1 L'approche naive de la théorie des ensembles
En 1895, Georg Cantor donnait la dénition suivante d'un ensemble: Nous
appelons ensemble toute runion M d'objets de notre conception,déterminés et
bien distincts, que nous nommerons éléments de M.
ou
Un ensemble est une collection dobjets (que l'on appelle éléments de l'ensemble),
ou une multitude qui peut être comprise comme un tout.
Cantor utilise les lettres majuscules pour les ensembles, et les lettres minuscules
pour les éléments d'ensembles. Comme lui, nous utilisons la notation:
M = {x; y; c}
pour écrire en extension l'ensemble M qui contient exactement les éléments x, y
et c. Notons que l'élément x est bien distinct de l'ensemble {x} qui contient x!
Nous allons en plus adopter le point de vue extensionnaliste d'identier deux
ensembles qui contiennent les mêmes éléments. Ainsi, par exemple, les ensembles:
{1; 1; 2}et{1; 2}
sont égaux.
Soit c le nombre de soues que Jules César a fait le dernier jour avant sa mort.
D'après la dénition de Cantor,
E = {20000; c}
est un ensemble. C'est l'ensemble qui contient exactement le nombre 20000 et le
nombre c. D'après le point de vue extensionnaliste, nous ne pouvons pas savoir
si cet ensemble contient un élément ou deux, car il est tout à fait possible que
c = 20000, auquel cas on aurait E = {20000}.
Le paradoxe de Russell
2 La théorie axiomatique
Maintenant nous allons (re)-développer la théorie des ensembles en utilisant une
approche formelle, que nous appelons la théorie axiomatique. Dans notre théorie
axiomatique, nous allons nous exprimer en logique du premier ordre en utilisant
le langage {∈}, où ∈ est une relation binaire, interprétée par l'appartenance.
Nous allons également utiliser l'égalité qui est toujours censée représenter la
vraie égalité. Dans cette approche les variables sont donc censées représenter
les ensembles et on ne demande pas la dénition d'un ensemble, juste comme,
par exemple, en géométrie on ne demande pas la dénition d'un point. Un
ensemble pour nous est une notion de base, prise comme étant donnée. Nous
commençons par deux axiomes qui sont évidents.
L'axiome d'Existence d'Ensembles Il existe un ensemble.
Cet axiome est parfois pris comme une conséquence de l'utilisation d'une formalisation
logique car il veut simplement dire que le domaine du discours n'est pas vide.
L'axiome suivant désigne la relation entre les ensembles et l'appartenance. Il
implique qu'un ensemble est complètement déterminé par ces éléments.
L'axiome d' Extensionalité Chaque ensemble est déterminé par ses éléments, ou
1
∀A ∀B [∀x (x ∈ A ⇐⇒ x ∈ B) −→ A = B]
Cela revient à dire que : si tout élément de l'ensemble A est aussi un élément
de B, et inversement, tout élément de l'ensemble B appartient à l'ensemble A,
alors les deux ensembles A et B sont égaux.
Une fois qu'un ensemble est donné, nous allons adopter une série d'axiomes qui
vont nous permettre de construire de nouveaux ensembles à partir des ensembles
déjà connus. C'est ici qu'intervient l'idée de Zermelo qui a résolu le paradoxe
de Russell. Ce qu'on appelle la Compréhension Étendue veut dire que pour
n'importe quelle propriété ϕ des ensembles, on peut former l'ensemble de tous
les ensembles qui vérient ϕ, c'est-à-dire {x : ϕ(x)}. Comme nous l'avons déjà
vu, cela donne une contradiction, montrée par le paradoxe de Russell. L'idée
de Zermelo introduit une Compréhension Restreinte : pour chaque ϕ et chaque
ensemble A, on peut former l'ensemble de tous les éléments de A qui vérient
ϕ.