MUSICIEN INTERVENANT AU TRAVAIL
(octobre 2012)
Les principaux modèles de statut professionnel qui peuvent être proposés pour l’embauche de
musiciens intervenant à l’école sont :
* salarié des collectivités territoriales :
- assistant territorial d'enseignement artistique principal
- contractuel
- vacataire
* salarié du secteur privé (associations en général, rattachées à la convention collective de
l’animation)
SALARIÉ DES COLLECTIVITÉS TERRITORIALES
ASSISTANT TERRITORIAL D'ENSEIGNEMENT ARTISTIQUE PRINCIPAL
Décret 2012-347 du 29 mars 2012 (JO du 31 mars 2012)
Décret 2010-329 et 2010-330 du 22 mars 2010 (JO du 26 mars 2010)
Décret 2012-1019 du 3 septembre 2012 (JO du 5 septembre 2012)
C’est l’unique cadre d’emploi existant pour les musiciens intervenants dans la fonction
publique territoriale. Il appartient à la catégorie B. Celui de professeur (catégorie A) ne
s’applique pas à la discipline “intervention en milieu scolaire” et il n’existe aucun cadre d’emploi
de catégorie C concernant l’enseignement artistique.
Le temps plein est de vingt heures hebdomadaires.
Ce cadre d’emploi comporte trois grades :
- 1er grade : assistant d’enseignement artistique
- 2ème grade : assistant d’enseignement artistique principal 2ème classe
- 3ème grade : assistant d’enseignement artistique principal 1ère classe
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La discipline « intervention en milieu scolaire » n’existe pas dans le 1er grade.
Le recrutement des musiciens intervenant à l’école se fait au 2ème grade (assistant principal 2ème
classe) qui comporte treize échelons, correspondant à des évolutions de salaire, qui sont gravis en
vingt-neuf ans au minimum et trente-trois ans au maximum, selon le mérite reconnu par
l’employeur à travers les procédures d’évaluation.
Un indice dit brut est affecté à chaque échelon, mais le calcul du salaire est effectué à partir de
l'indice dit réel majoré (il existe des tables de conversion entre les deux types d'indice).
Un assistant principal 2ème classe débutant (1er échelon) démarre sa carrière à l'indice brut 350 qui
correspond à l'indice réel majoré 327. Pour connaître son salaire brut mensuel, on multiplie
l'indice réel majoré par la valeur du point de la fonction publique qui, actuellement, s'élève à 4,63
euros. Cette valeur est plus ou moins régulièrement modifiée au niveau national pour tenir
compte de l'augmentation du coût de la vie.
Le salaire mensuel brut d'un assistant spécialisé à temps plein au 1er échelon est donc :
327 x 4,63 euros = 1514 euros
Le salaire net perçu (déduction faite des charges salariales, soit plus ou moins 20%) avoisine
1200 euros.
L'assistant principal 2ème classe, arrivé au terme de sa carrière au 13ème échelon, est rémunéré sur
la base de l'indice brut 614, correspondant à l'indice réel majoré 515. Il obtient ainsi un salaire
brut de 2384 euros et perçoit un salaire net d’environ 1900 euros.
Il a cependant la possibilité d’accéder par promotion au 3ème grade (assistant principal 1ère classe)
quand il a atteint le 5ème ou le 6ème échelon du 2ème grade. Il peut alors poursuivre sa carrière
jusqu’au 11ème échelon de ce grade, à l’indice brut 660 (réel majoré 551), soit un salaire brut de
2551 euros (soit un salaire net d’un peu plus de 2000 euros).
NB - Dans la fonction publique s'ajoutent généralement au salaire une indemnité de résidence et
des primes pour enfants à charge, ainsi que diverses indemnités variables suivant les collectivités,
selon des conditions sur lesquelles tout service du personnel compétent est en mesure de donner
des informations, qui font également l’objet d’une publication annuelle hors série de
l’hebdomadaire “La Gazette des communes”.
COMMENT ACCÉDER AU STATUT D'ASSISTANT PRINCIPAL ?
La procédure prévue, très classique en matière de recrutement de fonctionnaires, est la suivante :
1°) obtenir le DUMI
2°) s'inscrire aux concours* organisés par les Centres de gestion du personnel territorial, le
concours étant sur titres (DUMI) avec entretien pour le concours externe, sur épreuve
instrumentale puis mise en situation pour les concours interne et troisième
3°) réussir ledit concours
4°) être alors inscrit, sur une liste d'aptitude aux fonctions d'assistant principal
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5°) se porter candidat aux postes déclarés vacants par les collectivités
6°) la collectivité, pour choisir le meilleur des candidats, organise des entretiens d'embauche, des
concours, demande des projets ...
7°) l’assistant principal recruté est nommé stagiaire pour un an, ensuite il est titularisé (ou
remercié!)
* Il existe plusieurs types de concours : le concours externe est accessible aux titulaires
des diplômes requis, le concours interne est destiné à des personnes justifiant d’états de
service dans la fonction publique, le 3ème concours est ouvert à des personnes ayant
exercé des activités professionnelles de droit privé, des mandats électoraux ou des
responsabilités associatives.
CONTRACTUEL
Entre deux concours, aucune embauche définitive n'est possible (sauf mesures spécifiques ou
personnes handicapées). Les mairies proposent donc, en attendant, des contrats d'un an
maximum, renouvelables*. Outre la précarité qui s'ensuit pour le salarié, aucune évolution de
carrière n'est prévue et, si aucun concours n’est organisé, au bout de 3 ou 4 ans les contractuels
sont toujours payés au 1er échelon. C'est cependant négociable avec l'employeur** et l'ancienneté
acquise pourra être partiellement récupérée lorsque les titularisations seront possibles.
Depuis 2009, il n’existe plus de contrôle de légalité des actes individuels, dont les contrats.
Cependant, pour éviter toute difficulté ultérieure, les collectivités territoriales doivent être en
mesure de prouver qu’elles ont bien essayé de recruter un titulaire et que, soit elles n’ont pas eu
de candidats titularisables, soit ils ne correspondaient pas au profil de poste défini. Un maire n’est
jamais obligé d’embaucher un salarié qui ne lui convient pas, même s’il remplit toutes les
conditions réglementaires.
* La loi 2005-843 du 26 juillet 2005 (JO du 27-07-2005), portant diverses mesures
de transposition du droit communautaire à la fonction publique, prévoit que le contrat
d’un agent occupant un emploi permanent depuis six ans en continu ne peut être
renouvelé que pour une durée indéterminée. Une négociation du salaire est prévue
tous les trois ans.
** Le Conseil d’État a émis en 1995 un avis précisant qu’aucune réglementation
ne fixe le niveau de rémunération d’un contractuel. Même s’il est conseillé de se
référer au salaire du titulaire correspondant, c’est à l’autorité territoriale de déterminer
la rémunération en fonction de la qualification et de l’expérience du salarié embauché.
VACATAIRE
De nombreux employeurs publics ou privés proposent quelques heures hebdomadaires
d'intervention sous le statut de vacataire. Il s'agit d'emplois précaires, payés à l'heure faite, qui
doivent être régis par un contrat écrit, comme tout emploi. Mais dans de nombreux cas, seul un
accord tacite est passé entre employeur et employé, ce qui est illégal et surtout ne simplifie pas
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les choses en cas de litige.
Ce statut (souvent qualifié d’illégal ce qui est vrai quand il correspond à une activité permanente)
n'est bien sûr pas souhaitable et il n'est pas raisonnable de l'accepter pour des horaires
hebdomadaires importants. Il peut cependant être tout à fait honnête et justifié dans des contextes
de travail ponctuel.
Avant de commencer à travailler dans ces conditions, il faut toujours au minimum une lettre
d'embauche précisant les conditions d'emploi et de rémunération et la durée du contrat. Il est utile
de savoir, pour le salarié et pour l’employeur, que l'absence de contrat peut être considérée
comme contrat à durée indéterminée pour un employeur privé. Dans le secteur public, la
jurisprudence montre que les interprétations sont variées et complexes, mais les tribunaux
administratifs ont dans certains cas contraint les employeurs au versement d’indemnités de
licenciement ou à la requalification du contrat. Il est donc de l'intérêt de tous d'établir rapidement
un contrat en bonne et due forme, et de prendre le temps de le lire à tête reposée avant de le
signer.
Les tarifs horaires appliqués sont très variés et font l'objet d'une négociation entre l'employeur et
le salarié. Un rapide calcul* permet de constater qu'en dessous de 25 euros brut de l'heure, le
salaire est inférieur aux tarifs de la profession qui n’ont déjà rien de pharaonique. En fin de
contrat, l'employeur doit verser les congés payés légaux (10% du salaire total perçu) s’ils n’ont
pas été pris, ainsi que — pour les employeurs privés uniquement — une prime de précarité (10%
des salaires perçus pendant la durée du contrat).
Les propositions de mensualisation fictive qui consistent à répartir sur 12 mois le salaire des
vacations effectuées sur 8 mois, si elles partent généralement d’une bonne intention, ne
constituent pas de bonnes solutions. Le salaire mensuel ainsi obtenu devient minime ce qui
pénalisera le salarié en cas de chômage, maladie, ... (et pour les cotisations de retraite) et ôtera
toute possibilité de bénéficier d'indemnités de chômage pendant les périodes de vacances**.
D'une manière générale, il est rarement souhaitable d’installer des situations qui dissimulent la
réalité de l’emploi.
* Un assistant spécialisé débutant gagne 18168 euros brut par an pour un travail
effectif de 20 heures pendant environ 36 semaines (= 720 heures dans l'année).
Chaque heure effective de travail est donc rémunérée : 18168 : 720 = 25,23 euros
Ses congés payés sont naturellement inclus dans cette somme, alors qu'ils s'ajoutent
pour le vacataire. Un salaire horaire de 25 euros brut reste donc comparable à celui
d'un assistant spécialisé de base. (Pour information : 25 euros brut correspondent
approximativement à un coût de 36 euros pour l'employeur et à environ 20 euros net
pour le salarié).
La seule référence réglementaire dont nous disposons est le taux horaire brut
applicable aux heures supplémentaires effectuées par un assistant territorial principal,
et qui s’élève à 28,11 euros, montant proche de celui trouvé par le calcul ci-dessus, si
l’on tient compte du fait que l’heure supplémentaire est majorée par rapport à l’heure
normale.
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Le calcul officiel de ce taux horaire est le suivant : taux annuel de l’heure supplémentaire
régulière multiplié par 25% de majoration et divisé par 36 semaines.
Cette information d’apparence anodine (taux horaire applicable aux heures
supplémentaires) constitue en fait un argument de poids dans certains cas (cf. rubrique
vacances) car elle montre clairement que le temps de travail pris en compte est bien basé
sur seize semaines de congés scolaires et non sur les cinq semaines légales.
C’est aussi cet avantage des congés qui justifie la rémunération relativement faible au
regard de leur qualification, des assistants d’enseignement.
** Le salarié précaire d'un employeur public doit vérifier sur son bulletin de salaire s’il
cotise à Pôle emploi, ce qui n'est pas systématique. Si ça n'est pas le cas, c'est à l'employeur
d'assumer l'indemnisation de chômage. Depuis quelques années, Pôle emploi tend à
assimiler les musiciens, ayant chaque année des contrats de septembre à juin chez le même
employeur, à des travailleurs saisonniers, non indemnisables.
SALARIÉ DU SECTEUR PRIVÉ
Là, tout est possible. Il existe cependant une convention collective de référence : celle de
l'animation qui concerne a priori toutes les écoles de musique associatives. Mais tous les
employeurs potentiels n’y sont pas systématiquement affiliés.
Le statut qu'elle propose est désavantageux par rapport à celui de la fonction publique
territoriale. Deux cadres d'emploi existent : celui de professeur qui doit un temps de travail
hebdomadaire de 24 heures, et celui d'animateur technicien qui doit 26 heures hebdomadaires. Le
statut d'animateur technicien (indice 245) ne correspond pas au niveau de qualification du DUMI
ni aux fonctions de musicien intervenant à l'école. Il faut donc le refuser. Toutefois la définition
des fonctions s’apprécie en fonction du parcours proposé aux élèves et des notions de cursus et
d’évaluation.
Le salaire est calculé en fonction d'un indice et d'une valeur de point. Actuellement l'indice de
départ est 255. Le point vaut 5,83 euros.
Le salaire mensuel brut à temps plein est donc 255 x 5,83 = 1486,65 euros (un peu moins que
l'assistant principal et pour 20% d'heures de travail en plus).
Le professeur bénéficie du droit commun en matière de congés payés, c'est-à-dire cinq semaines
par an. Pendant les autres périodes non travaillées, du fait des congés scolaires ou autres
circonstances, il perçoit 10% de son salaire normal.
Les différentes réformes du droit du travail, la multiplicité des dispositifs d’emplois aidés, etc.
génèrent une situation parfois confuse qui doit être précisément clarifiée avant tout engagement.
C'est donc au salarié de négocier avec son futur employeur les conditions d’embauche. Toutes les
questions sur le salaire, les avantages sociaux (retraite complémentaire, mutuelle, comité
d'entreprise, possibilités de formation continue...), les horaires, les vacances, ... sont à envisager.
Avec des salaires apparemment égaux, il peut y avoir des différences non négligeables.
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Comme pour les vacations, le contrat de travail, à durée déterminée ou indéterminée, est
indispensable.
LES DÉPLACEMENTS
Certains travaillent en secteur rural et parcourent, à la demande de leur employeur, un grand
nombre de kilomètres. Cela entraîne des frais que l'employeur doit prendre en charge soit sous
forme de remboursements calculés au départ du siège de l’employeur, soit en mettant à
disposition un véhicule de service.
D'autre part cela prend du temps. S'il est normal de négliger les quelques minutes prises pour
aller jusqu'à l'école distante de 500 mètres, il est également normal que l’employeur prenne en
compte les heures que le salarié passe dans sa voiture pour aller, à sa demande, de village en
village. Un arrêt du Conseil d’État de décembre 2010 confirme cette analyse.
Les heures de déplacement sont à comptabiliser au temps réel passé (et non double comme des
heures d'intervention). Quand le musicien passe six heures par semaine en déplacements, il ne
peut plus assurer que dix-sept heures d'interventions sur son plein temps de vingt heures.
C’est une question à aborder dès l’embauche. Elle est souvent source de conflit lorsqu’elle n'a pas
été prévue dès l'origine.
En revanche, la distance entre son domicile et son lieu de travail est le problème du salarié. Les
employeurs qui acceptent de dédommager leurs salariés doivent réintégrer cet avantage dans le
salaire et verser toutes les cotisations correspondantes pour rester dans la légalité, sauf lorsqu'ils
financent les abonnements de transports en commun pour inciter à l'utilisation de ce mode de
déplacement.
LES VACANCES
Le bénéfice des congés scolaires n'est pas un droit légal, mais un droit coutumier. Tout salarié est
réputé avoir droit à cinq semaines de congés payés par an, mais dans certains secteurs d'activité
tels que l'enseignement, il est de coutume d'accorder des conditions particulières (les niveaux de
salaires des fonctionnaires enseignants ont à l’origine été fixés en intégrant cet avantage, donc à
des taux assez bas au regard des qualifications). Il faut parfois là encore négocier et informer
l’employeur qui ne connaît pas forcément les contraintes spécifiques de la profession. Un certain
nombre d'éléments sont à mettre en avant :
* la définition de poste prévoit l’intervention à l'école, qui ne peut avoir lieu que lorsque les
écoles sont ouvertes.
* les heures supplémentaires occasionnelles ne sont généralement pas payées et l’intervenant en
fera forcément au moment de l'aboutissement des projets. Il y a donc échange de bons procédés.
* c'est un temps qui n’est pas uniquement consacré au repos, mais qui est indispensable pour
préparer les projets à venir, renouveler la documentation, enrichir le répertoire, suivre l'actualité
culturelle en participant à des festivals, maintenir une pratique personnelle de musicien souvent
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difficile à concilier avec les contraintes du travail de l’année ...
La transaction qui consiste à faire plus d'heures chaque semaine pour conserver la totalité des
vacances est intenable dans la durée, et ne peut qu’engendrer une perte de qualité de travail
dommageable pour tous. De plus, elle est illégale dans le cadre du statut d’assistant principal, de
nombreuses jurisprudences l’ont confirmé.
Les ministres de la Culture et de la Fonction publique ont l’un et l’autre répondu par le passé à
des questions écrites à ce sujet en précisant que le droit aux congés scolaires n’est pas contestable
même s’il ne repose pas sur une règle de droit.
Enfin, le taux légal de rémunération des heures supplémentaires (mentionné ci-dessus) vient
confirmer que le temps de travail annuel est bien envisagé sur la base du fonctionnement scolaire
(36 semaines) et non sur 47 semaines.
Ces considérations sont valables dans le cadre du statut d'assistant principal. On a vu que la
convention collective de l'animation a réglé le problème dans un sens beaucoup moins favorable
au salarié.
Tous les textes législatifs et réglementaires en vigueur, ainsi que les conventions collectives
sont disponibles sur le site [Link].