Roald Dahl - Fantastique Maitre Renard (1970)
Roald Dahl - Fantastique Maitre Renard (1970)
ROALD DAHL
Fantastique Maître
Renard
Illustré par JILL BENNETT
Gallimard
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ISBN 2-07-031027-2
Titre original : Fantastic Mr Fox
© Roald Dahl, 1970, pour le texte
© Jill Bennett, 1963, pour les illustrations
© Éditions Gallimard, 1977, pour la traduction française
Premier dépôt légal ; Mai 1983
Dépôt légal : Septembre 1988
Numéro d’édition : 44514
Imprimé par la Editoriale Libraria en Italie
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Bunce élevait des oies et des canards. Il avait des milliers
d’oies et de canards. C’était une espèce de nabot ventripotent. Il
était si petit que, dans le petit bain d’une piscine, il aurait eu de
l’eau jusqu’au menton. Il se nourrissait de beignets et de foies
d’oies. Il écrasait les foies et fourrait les beignets de cette
bouillie infâme. Ce régime lui donnait mal à l’estomac et un
caractère épouvantable.
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Bean avait des dindes et des pommes. Il élevait des milliers
de dindes dans un verger plein de pommiers. Il ne mangeait
jamais. Par contre, il buvait des litres d’un cidre très fort, qu’il
tirait des pommes de son verger. Il était maigre comme un clou
et c’était le plus intelligent des trois.
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Bunce, Bean, Boggis
Le gros, le maigre, le petit,
Laids comme des poux
Sont de vilains grigous !
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Voilà ce que chantaient les enfants du voisinage en les
voyant.
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Maître Renard
Tous les soirs, dès que la nuit tombait, Maître Renard disait
à son épouse :
« Alors, mon amie, que veux-tu pour dîner ? Un poulet dodu
de chez Boggis ? Un canard ou une oie de chez Bunce ? Ou une
belle dinde de chez Bean ? »
Et lorsque Dame Renard lui avait dit ce qu’elle voulait,
Maître Renard se faufilait vers la vallée, dans la nuit noire, et se
servait.
Boggis, Bunce et Bean savaient très bien ce qui se passait et
cela les rendait fous de rage. Ils n’étaient pas hommes à faire
des cadeaux. Ils aimaient encore moins être volés. C’est
pourquoi toutes les nuits chacun prenait son fusil de chasse et
se cachait dans un recoin sombre de sa ferme avec l’espoir
d’attraper le voleur.
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Mais Maître Renard était trop malin pour eux. Il
s’approchait toujours d’une ferme face au vent. Si quelqu’un
était tapi dans l’ombre, il sentait de très loin son odeur,
apportée par le vent. Par exemple, si M. Boggis se cachait
derrière son poulailler numéro 1, Maître Renard le flairait à une
cinquantaine de mètres et, vite, il changeait de direction, filant
droit vers le poulailler numéro 4, à l’autre bout de la ferme.
« La peste soit de cette sale bête ! criait Boggis.
— Comme j’aimerais l’étriper ! disait Bunce.
— Tuons-le ! aboyait Bean.
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— Mais comment ? demanda Boggis, comment diable
attraper l’animal ? »
Bean se gratta légèrement le nez de son long doigt.
« J’ai un plan, dit-il.
— Tes plans n’ont jamais été très bons jusqu’à présent, dit
Bunce.
— Tais-toi et écoute, dit Bean. Demain soir, nous nous
cacherons tous devant le trou où vit le renard. Nous attendrons
qu’il sorte. Et alors… pan ! pan ! pan !
— Très intelligent, dit Bunce, mais d’abord nous devons
trouver le trou.
— Mon cher Bunce, je l’ai déjà trouvé, dit ce futé de Bean. Il
est dans le bois, sur la colline. Sous un gros arbre… »
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La fusillade
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— Ne t’inquiète pas pour moi, dit Maître Renard. À
bientôt ! »
Maître Renard n’aurait pas été si sûr de lui s’il avait su
exactement où l’attendaient les trois fermiers, à l’instant même.
Ils se trouvaient juste devant l’entrée du terrier, chacun tapi
derrière un arbre, le fusil chargé. Et, de plus, ils avaient très
soigneusement choisi leur place, après s’être assuré que le vent
ne soufflait pas vers le terrier, mais en sens contraire. Ils ne
risquaient pas d’être trahis par leur odeur.
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« Ce devait être un rat des champs, se dit-il, ou une autre
petite bête. »
Il se glissa un peu plus hors du trou… puis encore un peu
plus. Il était presque tout à fait dehors, maintenant. Il regarda
attentivement autour de lui, une dernière fois. Le bois était
sombre et silencieux. Là-haut, dans le ciel, la lune brillait.
Alors, ses yeux perçants, habitués à la nuit, virent luire
quelque chose derrière un arbre, non loin de là. C’était un petit
rayon de lune argenté qui scintillait sur une surface polie.
Maître Renard l’observa, immobile. Que diable était-ce donc ?
Maintenant, cela bougeait. Cela se dressait…
Grands dieux ! Le canon d’un fusil !
Vif comme l’éclair. Maître Renard rentra d’un bond dans son
trou et, au même instant, on eût dit que la forêt entière
explosait autour de lui. Pan-pan-pan ! Pan-pan-pan ! Pan-pan-
pan !
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La fumée des trois fusils s’éleva dans la nuit. Boggis, Bunce
et Bean sortirent de derrière leurs arbres et s’approchèrent du
trou.
« On l’a eu ? » demanda Bean.
L’un d’eux éclaira le terrier de sa torche électrique. Et là, sur
le sol, dans le rond de lumière, dépassant à moitié du trou,
gisaient les pauvres restes déchiquetés et ensanglantés… d’une
queue de renard !
Bean la ramassa.
« On a la queue, mais pas le renard ! dit-il en la jetant au
loin.
— Zut et flûte ! s’écria Boggis. On a tiré trop tard. On aurait
dû tirer quand il a sorti la tête.
— Maintenant, il réfléchira à deux fois avant de la sortir »,
dit Bunce.
Bean tira un flacon de cidre et but à la bouteille. Puis il dit :
« La faim le fera sortir dans trois jours au moins. Je ne vais
pas attendre, assis à ne rien faire. Creusons et débusquons-le !
— Ah, dit Boggis. Voilà qui est bien parler ! On peut le
débusquer en deux heures. On sait qu’il est là.
— Il y a sans doute toute la famille au fond de ce trou, dit
Bunce.
— Eh bien, nous les aurons tous ! dit Bean. À nos pelles ! »
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Renard fit de même. Mais Maître Renard ne pouvait pas dormir
parce que son moignon de queue lui faisait mal.
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— Sûr et certain ! Écoute !
— Ils vont tuer mes enfants ! s’écria Dame Renard.
— Jamais ! dit Maître Renard.
— Mais si ! sanglotait Dame Renard. Tu le sais ! »
Scrunch, scrunch, scrunch ! faisaient les pelles au-dessus de
leurs têtes. De la terre et des petits cailloux se mirent à tomber
du plafond.
« Ils vont nous tuer ? Comment ça, maman ? demanda l’un
des renardeaux, ses grands yeux noirs écarquillés de terreur.
Avec des chiens ? »
Dame Renard fondit en larmes. Elle prit ses quatre enfants
dans ses bras et les serra contre elle.
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Maître Renard s’était mis à creuser à toute vitesse avec ses
pattes avant et, derrière lui, la terre voltigeait follement.
Dame Renard et les quatre enfants accoururent pour l’aider.
« Vers le bas ! ordonna Maître Renard, nous devons creuser
profond ! Le plus profond possible ! »
Long, de plus en plus long, le tunnel avançait. Il descendait à
pic, profond, de plus en plus profond, loin de la surface du sol.
La mère, le père et les quatre enfants creusaient de concert.
Leurs pattes de devant remuaient si vite qu’on ne les voyait
plus. Et peu à peu, les bruits de raclement se firent de plus en
plus lointains.
Une heure après. Maître Renard s’arrêta de creuser.
« Stop ! » dit-il.
Tous s’arrêtèrent. Ils se retournèrent et levèrent les yeux sur
la longue galerie qu’ils venaient de creuser. Tout était tranquille.
« Ouf ! dit Maître Renard, on y est arrivé ! Ils ne descendront
jamais jusqu’ici. Bravo à tous ! »
Ils s’assirent, à bout de souffle. Et Dame Renard dit à ses
enfants :
« Il faudrait que vous sachiez que, sans votre père, nous
serions tous morts à l’heure qu’il est. Votre père est
fantastique. »
Maître Renard regarda son épouse qui lui sourit. Lorsqu’elle
lui parlait ainsi, il l’aimait plus que jamais.
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— Quoi ? dit Bean, je ne t’entends pas. » Bean ne prenait
jamais de bains. Il ne se lavait pas davantage. Et donc, ses
oreilles étaient pleines de toutes sortes de saletés : cire, bouts de
chewing-gum, mouches mortes et autres trucs de ce genre. Cela
le rendait sourd.
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Le grand maigre Bean s’éloigna, suivi du petit Bunce qui
trottait derrière lui. Le gros Boggis resta où il était, son fusil
pointé sur le terrier.
Bientôt, deux énormes pelleteuses noires, l’une conduite par
Bean, l’autre par Bunce, arrivèrent en grinçant dans le bois. On
aurait dit des monstres redoutables et destructeurs.
« Ohé ! Nous voici ! hurla Bean.
— Mort au renard ! » vociféra Bunce.
Les machines se mirent au travail sur la colline, arrachant
d’énormes pelletées de terre. Tout d’abord, le grand arbre sous
lequel Maître Renard avait creusé son trou s’abattit comme une
quille. De tous côtés, des rochers voltigeaient et des arbres
tombaient dans un vacarme assourdissant.
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Ils se retournèrent tous et, oui ! l’ouverture du tunnel était
maintenant à quelques mètres et dans la percée, en plein jour,
ils aperçurent les deux énormes pelleteuses noires presque sur
eux.
« Des pelleteuses ! hurla Maître Renard, creusez à toute
vitesse ! Creusez ! Creusez ! Creusez ! »
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La course
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Parfois les renards gagnaient un peu de terrain et les
crissements devenaient de plus en plus faibles. Maître Renard
disait : « On va y arriver, je suis sûr qu’on va y arriver ! » Et
puis, quelques moments plus tard, les machines revenaient sur
eux et les grincements des puissantes pelles mécaniques
devenaient de plus en plus stridents. Une fois, les renards virent
même le tranchant métallique d’une pelle qui venait de soulever
la terre juste derrière eux.
« Continuons, mes enfants ! haletait Maître Renard.
N’abandonnons pas ! »
« Continuez ! hurlait le gros Boggis à Bunce et Bean. On va
l’attraper d’un moment à l’autre !
— Tu ne le vois pas ? demanda Bean.
— Pas encore, cria Boggis, mais vous devez être tout près !
— Je le cueillerai à la pelle ! aboyait Bunce. Je le découperai
en petits morceaux ! »
Mais à l’heure du déjeuner, les machines étaient toujours là.
Et les pauvres renards aussi. Voici maintenant à quoi
ressemblait la colline :
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Les fermiers ne s’arrêtèrent pas pour déjeuner. Ils avaient
trop hâte d’en finir.
« Hé là, Maître Renard ! vociférait Bunce en se penchant de
son engin, on vient t’attraper !
— Tu as mangé ton dernier poulet ! hurlait Boggis. Tu ne
viendras plus jamais rôder autour de ma ferme ! »
Une sorte de folie s’était emparée des trois hommes. Bean, le
grand sac à os, et Bunce, le nabot ventripotent, conduisaient
leurs machines comme des fous. Les moteurs s’emballaient et
les pelles creusaient à toute allure. Autour d’eux, le gros Boggis
sautillait comme un derviche en hurlant : « Plus vite ! Plus
vite ! »
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Le trou creusé était grand comme le cratère d’un volcan.
C’était un spectacle si extraordinaire que les gens arrivaient en
foule des villages alentour pour le voir. Ils étaient sur le bord du
cratère et regardaient Boggis, Bunce et Bean tout au fond.
« Hé là, Boggis ! Que se passe-t-il ?
— On est après un renard !
— Vous êtes fous ! »
Les gens se moquaient d’eux et riaient. Mais cela ne faisait
qu’accroître la fureur et l’obstination des trois fermiers, plus
déterminés que jamais à ne pas abandonner avant d’avoir
capturé le renard.
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Sur quoi, les trois hommes se serrèrent la main et firent le
serment solennel de ne pas retourner à leur ferme avant d’avoir
attrapé le renard.
« Et maintenant, que faire ? demanda Bunce, le nabot
ventripotent.
— On va t’expédier au fond du trou pour aller le chercher !
dit Bean. Allez, dans le trou, misérable demi-portion !
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« Maintenant, dit Bean, nous allons veiller à tour de rôle.
L’un veillera pendant que les deux autres dormiront et ainsi de
suite pendant toute la nuit. » Boggis demanda :
« Et si le renard creuse un trou dans la colline et sort par un
autre côté ? Tu n’y avais pas pensé, à ce tour-là ?
— Bien sûr que si, dit Bean qui n’y avait pas pensé du tout.
— Alors, vas-y, donne-nous la solution », dit Boggis.
Bean sortit une petite saleté de son oreille et la jeta d’une
chiquenaude.
« Combien d’hommes travaillent à ta ferme ? demanda-t-il.
— Trente-cinq, répondit Boggis.
— J’en ai trente-six, ajouta Bunce.
— Et moi, trente-sept, dit Bean. Ça fait cent huit en tout.
Ordonnons-leur d’entourer la colline. Chacun aura un fusil et
une torche électrique. Ainsi, pas moyen de s’enfuir pour Maître
Renard ! »
Les ordres arrivèrent donc aux fermes et, cette nuit-là, cent
huit hommes encerclèrent étroitement le bas de la colline. Ils
étaient armés de bâtons, de fusils, de hachettes, de pistolets et
de toutes sortes d’armes épouvantables. Cela rendait toute fuite
pratiquement impossible pour un renard et, bien sûr, pour tout
autre animal.
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Le lendemain, ils continuèrent à surveiller et à attendre.
Boggis, Bunce et Bean étaient assis sur de petits tabourets, les
yeux fixés sur le terrier, leurs fusils sur les genoux. Ils ne
parlaient pas beaucoup.
De temps à autre, Maître Renard se glissait près de l’entrée
du tunnel pour flairer. Puis il revenait et déclarait :
« Ils sont toujours là.
— Tu en es sûr ? demandait Dame Renard.
— Sûr et certain, disait Maître Renard. Je peux sentir ce
gredin de Bean à un kilomètre. Il empeste. »
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— Plus très longtemps, maintenant, répondit Bean. La faim
et la soif le feront bientôt sortir. C’est sûr. »
Bean avait raison. Dans le tunnel, lentement mais sûrement,
les renards mouraient de faim.
« Si seulement nous avions rien qu’une petite goutte d’eau,
dit l’un des renardeaux. Oh, papa, tu ne peux pas faire quelque
chose ?
— Et si on allait en chercher, papa ? On aurait une petite
chance de réussir, non ?
— Aucune chance, coupa Dame Renard. Je refuse de vous
laisser monter affronter ces fusils. Je préfère que vous mouriez
tranquillement ici. »
Maître Renard n’avait pas parlé depuis longtemps. Assis,
tout à fait immobile, les yeux fermés, il n’écoutait même pas ce
que disaient les autres. Dame Renard savait qu’il essayait
désespérément de trouver une solution. Et à présent, voilà
qu’elle le vit se remuer et se mettre lentement sur pattes. Une
petite flamme dansait dans ses yeux.
« Qu’y a-t-il, mon ami ? demanda-t-elle vivement.
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— Quoi, papa ? s’écrièrent les renardeaux. Oh, quoi ?
— Allons, fit Dame Renard, dis-nous vite !
— Eh bien… », dit Maître Renard.
Puis il s’arrêta, soupira, secoua tristement la tête et se rassit.
« Elle n’est pas bonne, dit-il, ça ne marchera jamais.
— Et pourquoi, papa ?
— Parce qu’il faudrait creuser davantage et aucun de nous
n’est assez fort pour cela, après trois jours et trois nuits sans
manger.
— Si, papa ! Nous sommes assez forts ! s’écrièrent les
renardeaux.
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« Eh bien… Nous pourrions essayer, dit-il.
— Allons-y, papa ! Dis-nous ce que tu veux qu’on fasse ! »
Lentement, Dame Renard se mit sur pattes. Plus que les
autres elle souffrait de faim et de soif et elle était très affaiblie.
« Je suis désolée, dit-elle, mais je ne crois pas que je vous
aiderai beaucoup.
— Reste là, ma chérie, dit Maître Renard. Nous pouvons
nous débrouiller tout seuls. »
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manquions – ce qui est fort possible – vous seriez horriblement
déçus. Je ne veux pas vous donner trop d’espoir, mes enfants. »
Pendant longtemps ils continuèrent à creuser. Combien de
temps cela dura, ils ne savaient pas, car, dans ce tunnel sombre,
il n’y avait ni jours ni nuits. Mais à la fin, Maître Renard donna
l’ordre d’arrêter.
« Je crois que nous ferions mieux de jeter un coup d’œil au-
dessus, maintenant, pour voir où nous sommes. Je sais où je
voudrais me trouver, mais de là à affirmer que nous en sommes
près… »
Lentement, péniblement, les renards se mirent à creuser le
tunnel vers la surface.
Cela montait, montait… Soudain, au-dessus de leurs têtes, ils
rencontrèrent quelque chose de dur. Ils ne pouvaient aller plus
loin. Maître Renard se redressa pour voir ce que c’était.
« C’est du bois ! chuchota-t-il. Des planches en bois.
— Qu’est-ce que ça veut dire, papa ?
— Ça veut dire, murmura Maître Renard, à moins que je ne
me trompe complètement, que l’on est juste sous la maison de
quelqu’un. Restez tranquilles, pendant que je jette un coup
d’œil. »
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poulets. Il y en avait des blancs, des bruns et des noirs, par
milliers.
« Le poulailler numéro 1 de Boggis ! disait Maître Renard.
Exactement là où je voulais aller ! j’ai tapé droit dans le mille !
Du premier coup ! N’est-ce pas fantastique ? Qu’est-ce que je
suis malin ! »
Les renardeaux étaient fous d’enthousiasme. Ils se mirent à
courir dans tous les sens, en poursuivant les stupides volailles.
« Attendez ! ordonna Maître Renard. Ne perdez pas la tête !
Reculez ! Calmez-vous ! Agissons comme il faut ! Avant toute
chose, allons boire ! »
Tous coururent vers l’abreuvoir des poulets et avalèrent la
délicieuse eau fraîche. Puis, Maître Renard choisit trois poules
des plus grasses et, d’un petit coup de mâchoires, il les tua en un
clin d’œil.
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« De retour au tunnel ! commanda-t-il. Allons ! Pas de
bêtises ! Plus vite on partira, plus vite on mangera ! »
Les uns après les autres, ils se coulèrent dans l’ouverture du
plancher et, bientôt, ils se retrouvèrent dans le tunnel sombre.
Maître Renard remit très soigneusement les planches à leur
place. Il le fit avec grand soin, de telle façon que personne ne
puisse voir qu’on les avait déplacées.
« Mon fils, fit-il en donnant les trois poules grasses au plus
grand des quatre renardeaux, cours rejoindre ta mère. Dis-lui
de préparer un festin. Dis-lui que nous serons de retour en un
clin d’œil, dès que nous aurons fini quelques autres petits
préparatifs… »
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La vue de la nourriture sembla redonner des forces à Dame
Renard.
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Blaireau
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« Blaireau ! s’écria Maître Renard.
— Ce vieux Renard ! s’exclama Blaireau. Mon Dieu, que je
suis content d’avoir enfin trouvé quelqu’un ! Je creuse en rond
depuis trois jours et trois nuits et je n’ai pas la moindre idée de
l’endroit où je me trouve. » Blaireau élargit le trou du plafond et
se laissa tomber à côté des renards. Petit Blaireau (son fils) se
laissa tomber à son tour.
« Tu n’es pas au courant de ce qui se passe sur la colline ! dit
Blaireau tout excité. Le chaos ! La moitié de la forêt a disparu et
il y a des hommes armés de fusils dans tout le pays. Aucun de
nous ne peut sortir, même la nuit ! Nous allons tous mourir de
faim !
— Qui, nous ? demanda Maître Renard.
— Nous, les animaux fouisseurs, moi, Taupe, Lapin, nos
femmes et nos enfants. Même Belette est obligée de se cacher
dans mon trou avec son épouse et ses six petits. Que diable
allons-nous faire, mon vieux Renard ? Je crois que c’en est fini
de nous ! »
Maître Renard regarda ses enfants et il sourit. Les enfants lui
rendirent son sourire d’un air complice.
« Mon cher vieux Blaireau, dit-il, tout ça, c’est ma faute…
— Je sais, que c’est ta faute ! dit Blaireau d’un ton furibond.
Et les fermiers n’abandonneront pas tant qu’ils ne t’auront pas
pris. Malheureusement, ça veut dire qu’ils nous auront aussi,
nous, les animaux de la colline. »
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Blaireau s’assit et mit une patte autour de son petit.
« Nous sommes perdus, dit-il doucement. Là-haut, ma
pauvre épouse est si faible qu’elle ne peut plus creuser un mètre.
— La mienne non plus, dit Maître Renard. Et pourtant, à
l’instant même, elle prépare pour moi et mes enfants le plus
succulent festin de poulets dodus et juteux…
— Arrête ! hurla Blaireau. Ne me fais pas enrager ! Je ne
peux pas le supporter !
— C’est vrai ! s’écrièrent les renardeaux. Papa ne plaisante
pas ! Nous avons des poulets à foison !
— Et puisque tout est entièrement ma faute, dit Maître
Renard, je t’invite à partager le festin. J’invite tout le monde,
toi, Taupe, Lapin, Belette, vos femmes et vos enfants. Il y aura
plein à manger pour tous, je peux te l’assurer.
— Sérieusement ? s’écria Blaireau, tu parles vraiment
sérieusement ? »
Maître Renard approcha son museau de celui de Blaireau et
chuchota d’un air mystérieux :
« Sais-tu d’où nous venons ?
— D’où ?
— Du poulailler numéro 1 de Boggis.
— Non !
— Si ! Mais ce n’est rien à côté de là où nous allons
maintenant. Tu es venu au bon moment, mon cher Blaireau. Tu
peux nous aider à creuser. Et pendant ce temps, ton petit n’a
qu’à courir rejoindre Dame Blaireau et tous les autres pour
répandre la bonne nouvelle. »
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Maître Renard se tourna vers Petit Blaireau :
« Dis-leur qu’ils sont invités au festin de Renard. Et puis
fais-les tous descendre ici et suivez ce tunnel jusqu’à mon logis.
— Oui, Maître Renard, dit Petit Blaireau. Oui, monsieur.
Tout de suite, monsieur. Oh, merci, monsieur ! » Et il regrimpa
vite par le trou du plafond et disparut.
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Le sourire de Maître Renard s’élargit un peu plus sur ses
dents blanches.
« Écoute, dit-il, j’irais les yeux fermés jusqu’à ces fermes.
Pour moi, c’est tout aussi facile dessous que dessus. »
Il se dressa et poussa une latte en bois, puis une autre. Il
passa la tête par l’ouverture.
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Contre les quatre murs de l’immense pièce, entassés dans
des armoires et empilés sur des étagères qui allaient du sol
jusqu’au plafond, il y avait des milliers et des milliers de canards
et d’oies des plus beaux, des plus gras, plumés et prêts à cuire !
Et au-dessus, pendus au plafond, il devait y avoir au moins une
centaine de jambons fumés et cinquante flèches de lard.
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« Arrêtez ! ordonna Maître Renard. C’est mon festin. Aussi,
c’est moi qui choisirai. »
Les autres reculèrent en se léchant les babines. Maître
Renard se mit à faire le tour de l’entrepôt, examinant ce
magnifique étalage de nourriture d’un œil connaisseur. Un filet
de salive dégoulina le long de sa mâchoire.
« N’exagérons pas, dit-il, ne vendons pas la mèche. Il ne faut
pas qu’on sache que nous sommes venus. Agissons avec ordre et
propreté et ne prenons que quelques morceaux de choix. Aussi,
pour commencer, prenons quatre canetons dodus.
Il les prit sur une étagère.
« Oh, comme ils sont beaux et gras ! Pas étonnant que Bunce
les vende si cher au marché… Très bien, Blaireau, donne-moi un
coup de patte pour les descendre… Vous, les enfants, vous
pouvez aider aussi… Allons-y… Mon Dieu, comme vous avez
l’eau à la bouche ! Et maintenant… nous ferions bien de prendre
quelques oies… Trois devraient suffire… Prenons les plus
grasses… Oh ! mon Dieu, mon Dieu, il n’y a pas plus belles oies
dans la cuisine d’un roi… allons-y doucement… voilà… et que
diriez-vous de deux beaux jambons fumés ?… J’adore le jambon
fumé, pas toi, Blaireau ? Passe-moi un escabeau, s’il te plaît…
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— Je raffole du lard ! s’écria Blaireau, dansant d’excitation.
Prenons une tranche de lard ! Cette grosse, là-haut !
— Et des carottes, papa ! dit le plus petit des trois
renardeaux. Prenons quelques carottes.
— Que tu es bête, dit Maître Renard. Tu sais bien qu’on n’en
mange jamais.
— Ce n’est pas pour nous, papa. C’est pour les lapins. Ils ne
mangent que des légumes.
— Mon Dieu, tu as raison ! s’écria Maître Renard. Tu penses
vraiment à tout, mon petit ! Prenons dix bouquets de
carottes ! »
Bientôt, tout ce magnifique butin forma un beau tas sur le
sol. Les renardeaux étaient accroupis à côté, la truffe
frémissante, les yeux brillants comme des étoiles.
« Et maintenant, dit Maître Renard, nous allons emprunter à
notre ami Bunce deux de ces charrettes, dans le coin. Elles nous
seront bien utiles. »
Blaireau et lui allèrent chercher les charrettes et chargèrent
les oies, les canards, les jambons et le lard. Ils les firent
descendre par le trou du plancher et s’y glissèrent à leur tour.
Dans le tunnel, Maître Renard remit les lattes du plancher à
leur place. Ainsi personne ne pourrait voir qu’on les avait
déplacées.
« Mes enfants, dit-il en désignant deux des trois renardeaux,
prenez chacun une charrette et courez rejoindre votre mère de
toute la vitesse de vos quatre pattes. Dites-lui combien je l’aime.
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Dites-lui que nous avons invité à dîner les Blaireau, les Taupe,
les Lapin et les Belette, que ce doit être vraiment un festin
grandiose et que nous reviendrons au logis dès que nous aurons
fini un autre petit travail.
— Oui, papa ! Tout de suite, papa ! » répondirent-ils.
Ils saisirent chacun un chariot et foncèrent dans le tunnel.
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— M’ennuyer ? dit Maître Renard. Quoi ?
— Tous ces… tous ces vols. »
Maître Renard s’arrêta de creuser et fixa Blaireau comme s’il
avait complètement perdu la boule.
« Chère vieille toupie poilue ! s’écria-t-il. Connais-tu une
seule personne au monde qui ne chiperait pas quelques poulets
si ses enfants mouraient de faim ? »
Il y eut un bref silence au cours duquel Blaireau réfléchit
profondément.
« Tu es beaucoup trop honnête, dit Maître Renard.
— Il n’y a pas de mal à être honnête, dit Blaireau.
— Écoute, dit Maître Renard, Boggis, Bunce et Bean ont
décidé de nous tuer. Tu t’en rends compte, j’espère ?
— Je m’en rends compte, mon vieux Renard, je m’en rends
bien compte, répondit le gentil Blaireau.
— Mais nous ne sommes pas aussi vils. Nous ne voulons pas
les tuer.
— Bien sûr que non, dit Blaireau.
— Ça ne nous viendrait jamais à l’idée, dit Maître Renard.
Nous leur prendrons simplement un peu de nourriture par-ci,
par-là, pour nous maintenir en vie, nous et nos familles.
D’accord ?
— Je crois que nous y sommes obligés, dit Blaireau.
— Laissons-les être odieux s’ils veulent, dit Maître Renard.
Nous, ici, sous terre, nous sommes de braves gens pacifiques. »
Blaireau inclina la tête et sourit à Maître Renard.
« Mon vieux Renard, dit-il, je t’adore.
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« Diable ! Qu’est-ce que c’est ? dit-il, ça ressemble à un
solide mur de pierre. »
Maître Renard et lui grattèrent la terre qui le recouvrait.
C’était bien un mur. Mais il était fait de briques, pas de pierres.
Le mur était juste en face d’eux, bloquant la voie.
« Qui donc a eu l’idée de construire un mur sous la terre ?
demanda Blaireau.
— Très simple, dit Maître Renard. C’est le mur d’une pièce
souterraine. Et si je ne me trompe pas, c’est exactement ce que
je cherche. »
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C’est mon domaine ! J’y suis venu le premier ! »
Maître Renard sourit. Ses dents étincelaient.
« Mon cher Rat, dit-il, je suis un renard affamé et si tu ne
files pas en vitesse, je ne ferai qu’une bouchée de toi ! »
Ça marcha. Le rat disparut de leur vue en un clin d’œil.
Maître Renard éclata de rire, et se mit à enlever d’autres briques
du mur. Quand il eut agrandi le trou, il s’y glissa, suivi par
Blaireau et le petit renardeau.
Ils se trouvaient dans une vaste cave humide et sombre.
« C’est ça ! s’écria Maître Renard.
— Quoi ? dit Blaireau, l’endroit est vide.
— Où sont les dindes ? demanda le plus petit renardeau, les
yeux écarquillés dans l’obscurité. Je croyais que Bean élevait des
dindes.
— Il en élève, dit Maître Renard, mais nous n’en cherchons
pas, maintenant. Nous avons de quoi manger en quantité.
— Alors, de quoi avons-nous besoin, papa ?
— Regarde bien autour de toi, dit Maître Renard. Tu ne vois
rien qui t’intéresse ? »
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Blaireau et le petit renardeau scrutèrent la pénombre. Quand
leurs yeux se furent habitués à l’obscurité, ce qu’ils virent
ressemblait à tout un lot de grandes jarres en verre, disposées
sur des étagères, contre les murs. Ils s’approchèrent. C’était bien
des jarres. Il y en avait des centaines et sur chacune on pouvait
lire : cidre.
Le petit renardeau fit un grand bond en l’air.
« Oh, papa ! s’écria-t-il. Regarde ce que nous avons trouvé !
Du cidre !
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— Le cidre est particulièrement bon pour les blaireaux, dit
Blaireau. Nous le prenons comme remède. Un grand verre trois
fois par jour aux repas et un autre au coucher.
— Cela transformera le festin en banquet », dit Maître
Renard.
Pendant qu’ils parlaient, le petit renardeau avait pris une
jarre sur une étagère et il avait bu une gorgée. « Ouh ! dit-il,
haletant, Ouaouh ! » Vous avez deviné qu’il ne s’agissait pas du
cidre ordinaire, léger et pétillant, que l’on achète dans les
magasins. C’était du vrai de vrai, du cidre « maison », de l’alcool
fort qui vous brûlait la gorge et vous enflammait l’estomac.
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Le rat était perché sur la plus haute étagère de la cave, les
observant derrière une énorme jarre. Dans le col de la jarre, il y
avait un petit tuyau de caoutchouc qu’il utilisait pour aspirer le
cidre.
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La femme
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« Combien en veut-il, cette fois, Mrs Bean ? » hurla la
femme.
Et du haut des marches, l’autre voix répondit :
« Montez deux ou trois jarres.
— Hier, il en a bu quatre, Mrs Bean.
— Oui, mais il n’en veut pas autant aujourd’hui parce qu’il ne
va plus rester là-bas que quelques heures. Il dit que le renard
sortira sûrement ce matin. Il ne peut pas rester un jour de plus
dans ce trou sans manger. »
Dans la cave, la femme étendit les bras et souleva une jarre.
Il ne restait plus qu’une jarre entre la femme et celle derrière
laquelle se cachait Maître Renard.
« Je me réjouirai quand cette sale bête sera tuée et pendue à
la porte d’entrée, criait-elle. Et à propos, Mrs Bean, votre mari
m’a promis la queue en souvenir.
— La queue a été mise en pièces par les balles, dit la voix du
dessus. Vous ne le saviez pas ?
— Elle est donc perdue ?
— Bien sûr qu’elle est perdue. Ils ont tiré sur la queue mais
ils ont raté le renard.
— Oh, zut ! dit la grosse femme. Je voulais tant cette queue !
— Vous aurez la tête à la place, Mabel. Vous pourrez la faire
empailler et l’accrocher au mur de votre chambre. Maintenant,
dépêchez-vous avec ce cidre !
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— Oui, m’dame, je viens », dit la grosse femme. »
Et elle prit une deuxième jarre sur l’étagère.
« Si elle en prend une autre, elle va nous voir », pensa
Maître Renard.
Il sentait le corps du petit renardeau, serré étroitement
contre lui, tremblant de peur.
« Est-ce que deux ce sera assez, Mrs Bean, ou dois-je en
prendre trois ?
— Mon Dieu, Mabel, ça m’est égal du moment que vous vous
pressez. »
« Alors, va pour deux, se dit l’énorme femme en elle-même.
De toute façon, il boit trop. »
Portant une jarre à chaque main et serrant le rouleau à
pâtisserie sous son bras, elle traversa la cave. Au bas de
l’escalier, elle fit halte et regarda autour d’elle, en reniflant.
« Il y a encore des rats, ici, Mrs Bean. Je les sens.
— Alors, empoisonnez-les, ma brave, empoisonnez-les. Vous
savez où l’on met le poison.
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— Oui, m’dame », dit Mabel.
Elle remonta l’escalier lentement et disparut. La porte
claqua.
« Vite ! dit Maître Renard, prenez chacun une jarre et
filons ! ».
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— Fadaises ! dit le rat. Je la vois mettre le poison de mon
perchoir. Elle ne m’aura jamais. »
Maître Renard, Blaireau et le petit renardeau saisirent
chacun une jarre et ils traversèrent la cave en courant.
« Salut, Rat ! lancèrent-ils en disparaissant par le trou du
mur. Merci pour ce cidre délicieux !
— Voleurs ! hurlait le rat. Pilleurs ! Bandits !
Détrousseurs ! »
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Le grand festin
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Tout en courant, Maître Renard chantait une petite
chanson :
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Dame Renard et les trois renardeaux. Dame Blaireau et les
quatre petits Blaireau.
Taupe, Dame Taupe et les quatre petits Taupe.
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Avec des cris de joie, on plaça les énormes jarres de cidre sur
la table et Maître Renard, Blaireau et le petit renardeau
s’assirent avec les autres.
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« Ce repas délicieux… », commença-t-il.
Dans le silence qui suivit, il eut une formidable éructation. Il
y eut des rires et d’autres applaudissements.
« Ce délicieux repas, mes amis, continua-t-il, nous est
gracieusement offert par Boggis, Bunce et Bean. (Autres vivats
et autres applaudissements.) Et je souhaite que vous en ayez
profité tout autant que moi. »
Il eut encore une colossale éructation.
« C’est meilleur dehors que dedans, dit Blaireau.
— Merci, dit Maître Renard avec un large sourire. Mais
maintenant, mes amis, soyons sérieux. Songeons à demain, à
après-demain et aux jours suivants. Si nous sortons, on nous
tuera. Vrai ?
— Vrai ! crièrent-ils.
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— On nous tuera avant que nous ayons fait un mètre, dit
Blaireau.
— Ex-ac-te-ment, dit Maître Renard. Mais de toute façon,
qui désire sortir ? Nous détestons l’extérieur. L’extérieur est
plein d’ennemis. Nous sortons seulement parce que nous y
sommes obligés, pour chercher des vivres pour nos familles.
Mais à présent, mes amis, nous allons nous organiser
différemment. Nous sommes à l’abri dans un tunnel qui mène
aux trois meilleurs magasins du monde !
— Oui, c’est vrai, dit Blaireau, je les ai vus.
— Et vous savez ce que ça signifie ? dit Maître Renard. Ça
signifie qu’aucun de nous n’aura plus besoin de sortir ! »
Il y eut de l’agitation et des murmures dans l’assistance.
« Donc, je vous invite tous, continua Maître Renard, à rester
ici, avec moi, pour toujours.
— Pour toujours ! crièrent-ils. Mon Dieu ! C’est
merveilleux ! »
Et Lapin dit à Dame Lapin : « Ma chérie, pense un peu ! On
ne nous tirera plus jamais dessus, de toute notre vie ! » « Nous
construirons un petit village souterrain, dit Maître Renard, avec
des rues, et des maisons de chaque côté, des maisons
individuelles pour les Blaireau, les Taupe, les Lapin, les Belette
et les Renard. Et tous les jours, j’irai faire des courses pour vous
tous. Et tous les jours, nous mangerons comme des rois. »
Les vivats qui suivirent ce discours durèrent plusieurs
minutes.
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C’est au pays de Galles que Roald Dahl est né. Ses parents
étaient norvégiens. Il passe sa jeunesse en Angleterre, et à l’âge
de dix-huit ans part pour l’Afrique, où il travaille dans une
compagnie pétrolière. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il
est pilote de chasse dans la Royal Air Force. Il se marie en 1952,
et, comme le renard de l’histoire qui va suivre, il a maintenant
quatre enfants. Après toutes ces aventures, Roald Dahl s’est mis
à écrire : des histoires souvent insolites, telles que Charlie et la
chocolaterie ou James et la grosse pêche ; des histoires
quelquefois méchantes comme Les Deux Gredins ou La Potion
magique de Georges Bouillon ; des histoires toujours
humoristiques… mais Boggis, Bunce, Bean et Maître Renard en
diront beaucoup plus à ce sujet !
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Jill Bennett est décoratrice de théâtre. Fantastique Maître
Renard fut le premier ouvrage dans lequel elle dessina. Depuis,
elle en a illustré beaucoup d’autres. Au bout de son crayon, des
personnages sont nés, tels que Roald Dahl les avait imaginés.
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