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Caractéristiques et contraintes de la production et consommation des
poissons de pisciculture dans le département du Borgou au nord du Bénin
Article · April 2020
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2 authors:
Rodrigue Orobiyi Edéya Pèlèbè Josué Yisségnon Gouwakinnou
Laboratoire de Recherche en Aquaculture et Ecotoxicologie Aquatique (LaRAEAq) University of Parakou
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Improvement of zootechnical performance and sanitary quality of fish reared in water reservoirs located at the cotton basin in northern Benin View project
Molecular identification of Sarotherodon melanotheron (blackchin tilapia) from some aquatic ecosystems in the Ouémé River basin, Benin View project
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Afrique SCIENCE 16(4) (2020) 227 - 238 227
ISSN 1813-548X, [Link]
Caractéristiques et contraintes de la production et consommation des poissons
de pisciculture dans le département du Borgou au nord du Bénin
Rodrigue Orobiyi Edéya PELEBE 1 * et Josué Yisségnon GOUWAKINNOU 2
1
Laboratoire de Recherche en Aquaculture et Ecotoxicologie Aquatique (LaRAEAq), Faculté d’Agronomie (FA),
Université de Parakou (UP), Bénin
2
Laboratoire d’Analyse et de Recherche sur les Dynamiques Economiques et Sociales (LARDES),
Faculté d’Agronomie (FA), Université de Parakou (UP), Bénin
_________________
* Correspondance, courriel : peleberodrigue@[Link]
Résumé
L’objectif de cette étude est d’analyser les caractéristiques du marché des poissons de pisciculture dans le
département du Borgou au nord du Bénin. L’approche méthodologique est basée sur des questionnaires
semi-structurés digitalisés dans l’application koBoCollect, utilisés sur téléphone mobile Android et
administrés à 20 pisciculteurs et 60 consommateurs dans deux communes représentatives du département.
Les données collectées ont été analysées grâce au tableau Excel 2007 et au logiciel statistique IBM SPSS
Statistics 20. Les résultats montrent que deux espèces du poisson dont les juvéniles proviennent à 70 % des
écloseries externes sont élevées notamment Clarias gariepinus et Oreochromis niloticus avec une plus forte
représentativité de la première. Environ 90 % des pisciculteurs enquêtés nourrissent les poissons en
utilisant majoritairement la provende importée. A taille marchande, les poissons sont vendus au
kilogramme soit sur la ferme (100 %), soit par livraison sur commande (50 %). Les achats des poissons sont
payés cash (100 %) ou à la limite avec un crédit d’un jour (10 %). Les principales contraintes liées à la
production sont la cherté de la provende importée, l’insuffisance d’appui technique, de fournisseurs de
juvéniles et de vendeurs d’aliments. Toutefois, 70 % des pisciculteurs cherchent à augmenter leur
production piscicole au regard de la demande croissante. Les consommateurs préfèrent le poisson de
pisciculture à cause de sa bonne qualité nutritionnelle (98,3 %), sa qualité organoleptique intéressante
(96,7 %), sa disponibilité (68,3 %) et son bon prix (60 %). Les principales contraintes limitant la
consommation des poissons de pisciculture sont la grande distance séparant la plupart des fermes des
agglomérations et la rupture souvent occasionnelle de stocks des poissons produits.
Mots-clés : production, commercialisation, poisson de pisciculture, marché, nord-Bénin.
Abstract
Characteristics and constraints of the production and consumption of farmed fish in
the Borgou department at northern Benin
The present study aimed to analyze the characteristics and constraints related to the market of farmed fish
in the Borgou department at northern Benin. Using the semi-structured questionnaires digitized in the
application koboCollect and used on Android mobile phones, data were collected in two communes
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representative of the department from 20 fish farmers and 60 consumers of farmed fish. These data were
analyzed with Excel 2007 and IBM SPSS Statistics 20. Results show that two fish species, for which 70 % of
juveniles come from external hatcheries, are farmed in particular Clarias gariepinus and Oreochromis
niloticus with a greater representativeness of the first. About 90 % of the fish farmers surveyed feed the
fish using mainly imported feed. At market size, fish are sold per kilogram either on the farm (100 %) or by
delivery on order (50 %). Fish purchases are paid cash (100 %) or at the limit with a credit of one day
(10 %). Fish farming faces several constraints. The most important of which are the high cost of imported
feed, the insufficiency of technical support, of juvenile’s suppliers and of feed fish sellers. However, 70 % of
fish farmers are seeking to increase their fish production in the face of growing demand. Consumers claim
to prefer farmed fish because of its good nutritional quality (98.3 %), its interesting organoleptic quality
(96.7 %), its regular availability (68.3 %) and its good price (60 %). They report as constraints that
sometimes limit their access to fish farming the large distance separating most farms from agglomerations
and the often-occasional rupture of fish stocks produced.
Keywords : production, marketing, farmed fish, market, northern Benin.
1. Introduction
Le Bénin est un pays dont l’économie est essentiellement agricole [1]. Le secteur agricole béninois est sub-
divisé en trois sous-secteurs à savoir l’agriculture, l’élevage et la pêche. Ce dernier sous-secteur fournit du
poisson qui est reconnu pour ses bonnes qualités nutritionnelle et organoleptique [2, 3]. Il est d’ailleurs la
source de protéines la plus abordable aux segments les plus pauvres [4]. Au Bénin, les produits halieutiques
représentent environ 50 % de l’apport en protéines animales pour la population [5]. Malgré leur importante
contribution à la couverture des besoins nutritionnels des béninois, la production halieutique du Bénin est
depuis plusieurs années stagnant autour de 40 000 tonnes alors que la demande exprimée par la population
est en croissance rapide [5, 7]. Il existe donc un écart croissant entre l’offre et la demande intérieures en
produits halieutiques qui se creuse de jours en jours du fait du taux assez élevé d’augmentation de l’effectif
des béninois [8]. Pour combler ce déficit outre que par les importations massives des poissons, lourdes en
devises [8], le Bénin a depuis 2010, fait l’option de promouvoir la pisciculture continentale comme moyen de
garantir la sécurité alimentaire et nutritionnelle aux populations [4, 7, 9]. A cet effet, il a été élaboré dans
le Programme d’Actions du Gouvernement (PAG), un Programme Pêche et Aquaculture (PPA) 2016-2021, dans
lequel plusieurs projets de promotion et d’amélioration des systèmes aquacoles continentaux sont à exécu-
ter [10 - 12]. A titre d’exemple, Il est prévu un aménagement de 500 ha de zones aquacoles pour une pro-
duction de 20 000 tonnes en 5 ans avec la création de 18 000 emplois [10]. Aujourd’hui, la production pisci-
cole au Bénin complète de façon non négligeable les poissons issus de la pêche de capture et des importa-
tions [7]. La réussite de la politique gouvernementale qui ambitionne de faire du Bénin un pays autosuffi-
sant en poissons nécessite non seulement des appuis techniques et financiers conséquents mais aussi une
analyse efficace de l’environnement socio-économique des pisciculteurs afin d’identifier le potentiel de dé-
veloppement du marché. Cependant, les études scientifiques réalisées dans ce sens sont quasi-inexistantes
sur le plan national en général et dans la partie septentrionale du pays en particulier. La présente étude
conduite dans le département du Borgou au nord du Bénin, précisément dans les communes de Parakou et
de N’Dali est une contribution à la satisfaction de ce besoin en connaissances. Elle avait pour objectif
d’étudier les caractéristiques et contraintes de la production et consommation des poissons de pisciculture
dans cette zone du pays.
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2. Matériel et méthodes
2-1. Milieu d’étude
Les données ont été collectées à Parakou et N’Dali, deux communes situées dans le département du Borgou
au nord du Bénin (Figure 1). Parakou est la capitale régionale du septentrion béninois et est situé entre
9°15’ et 9°30’ de latitude Nord et 2°20’ et 2°45’ de longitude Est. Cette commune est limitée au Nord par la
commune de N’Dali et au Sud, à l’Est et à l’Ouest par la commune de Tchaourou [13]. La commune de N’Dali
quant à elle, est localisée entre 2° et 2°40’ de longitude Est et 9° et 10° de latitude Nord. Elle est limitée
au Nord par les communes de Bembéréké et de Sinendé, au Sud par les communes de Parakou et de Tchaou-
rou, à l’Est par les communes de Nikki et de Pèrèrè et à l’Ouest par les communes de Djougou et de Péhunco
[14]. Le choix de ces deux communes est lié au fait qu’elles abritent un nombre assez important
d’exploitations piscicoles du nord-Bénin si l’on tient compte des données disponibles à la Direction
Départementale de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche du Borgou (DDAEP-Borgou). Elles sont donc re-
présentatives du département du Borgou. De même, les populations habitant ces communes sont de diverses ori-
gines et ont une diversité d’activités, ce qui suppose l’existence d’une variabilité du pouvoir d’achat.
Figure 1 : Situation géographique des communes d’étude
2-2. Population cible et plan d’échantillonnage
La présente étude a pour population cible les pisciculteurs et les ménages consommateurs des poissons de
pisciculture. Le point de tous les pisciculteurs de chaque commune a été effectué selon les informations
reçues des agents la DDAEP-Borgou. A partir de la liste ainsi établie pour chacune des deux communes, la
taille de l’échantillon a été choisie de sorte qu’elle représente au moins 70 % de la population des
pisciculteurs fournisseurs du poisson marchand. Ainsi 70, 58 % et 80 % des pisciculteurs ont été enquêtés
respectivement dans les communes de Parakou et N’Dali (Tableau 1). Sur le terrain, les individus à qui les
questionnaires ont été administrés ont été choisis de façon aléatoire. Etant donné qu’il n’existe pas une liste
des ménages consommateurs des poissons issus des élevages piscicoles, trois ménages indiqués par chaque
pisciculteur ont été enquêtés dans chaque commune (Tableau 1).
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Tableau 1 : Effectifs des pisciculteurs et des ménages consommateurs enquêtés dans chaque commune
Cibles
Communes
Pisciculteurs Ménages consommateurs
Parakou 12 36 enquêtés à raison de 3 par pisciculteur
N’Dali 8 24 enquêtés à raison de 3 par pisciculteur
Total des enquêtés 20 60
Total général : 80
2-3. Collecte des données
Les données aussi bien qualitatives que quantitatives ont été obtenues par enquêtes en juillet 2018 à l’aide
des questionnaires semi-structurés digitalisés, créés dans le projet Kobotoolbox
([Link] et téléchargés dans les téléphones mobiles Android. Au niveau des ménages
consommateurs, les données collectées concernent les caractéristiques démographiques et socio-
économiques, les motivations d’achat des poissons de pisciculture et les contraintes limitant leur accès aux
poissons de pisciculture. Chez les pisciculteurs, en plus des caractéristiques démographiques et socio-
économiques, les autres données collectées (informations et contraintes) sont relatives à la production et à
la commercialisation des poissons.
2-4. Traitement et analyse statistique des données collectées
Les données collectées ont été exportées de la plateforme koBoCollect vers le tableur Excel 2007 dans le
quel les graphiques ont été réalisés à la suite de l’analyse statistique descriptive faite avec le logiciel IBM
SPSS 20 (Statistics Packages of Social Sciences version 20). Elle a consisté au calcul des fréquences pour les
variables qualitatives et à la détermination des moyennes et écarts-types pour les variables quantitatives.
3. Résultats
3-1. Caractéristiques démographiques et socio-économiques des enquêtés
Dans le Tableau 2 sont présentées les variables démographiques et socio-économiques des répondants.
Les consommateurs et les pisciculteurs ont en moyenne respectivement 36 ans (17 à 67 ans) et 43 ans
(22 à 70 ans). Ces producteurs ont une expérience moyenne d’environ 7 ans (1 à 29 ans) en production du
poisson marchand. Au niveau des consommateurs, les femmes sont majoritaires (66 %) alors que les
pisciculteurs sont dominés par les hommes (95 %). La plupart des consommateurs exercent une profession
libérale formelle (36,7 %) et la majorité des pisciculteurs ont considéré la pisciculture comme leur activité
principale au cours des douze derniers mois (50 %). Soixante-dix pour cent (70 %) des pisciculteurs
enquêtés n’appartiennent pas à une organisation de producteurs et 75 % ne sont pas en contact avec les
services d’appui technique. Une proportion de 95 % des pisciculteurs enquêtés n’ont pas accès à un crédit
formel. Les raisons de ce non accès au crédit sont le risque d’insolvabilité, l’inexistence de garantie à la
hauteur souvent exigée et la rareté des institutions prêtes à financer la pisciculture. L’appui technique reçu
par certains pisciculteurs concerne les formations sur la fabrication de provende, la reproduction artificielle
de Clarias et le conditionnement des poissons (surtout les juvéniles) pour transport.
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Tableau 2 : Synthèse des variables démographiques et socio-économiques
Caractéristiques démographiques et socio-
Consommateurs Producteurs
économiques
Age (en années) 36, 08 ± 12, 41 43,45 ± 16,83
Nombre d’années d’expérience en production des
- 6,75 ± 6,72
poissons marchands
% Masculin 33 95
Sexe
% Féminin 66 15
% Salarié secteur public 18,3 -
% Salarié secteur privé 25 -
Catégories socioprofessionnelles des % Profession libérale
36,7 -
consommateurs formelle
% Profession libérale
20 -
informelle
Agriculture - 15
Commerce - 5
Activités principales des producteurs au cours des
Elevage - 5
douze mois passés
Pisciculture - 50
Autre - 25
% Non - 70
Appartenance à une organisation de producteurs
% Oui - 30
% Non - 95
Accès au crédit formel
% Oui - 5
% Non - 75
Contact avec des structures d’appui technique
% Oui - 25
3-2. Caractéristiques de la production et commercialisation des poissons de pisciculture dans
le département du Borgou au nord du Bénin
3-2-1. Espèces élevées, sources de juvéniles et nourrissage des poissons
Les deux espèces produites par les pisciculteurs enquêtés sont Oreochromis niloticus
(75 % des producteurs) et Clarias gariepinus (90 % des producteurs) (Figure 2).
Figure 2 : Photographies des espèces piscicoles élevées (A : C. gariepinus ; B : O. niloticus)
Les pisciculteurs s’approvisionnent en juvéniles principalement par l’achat dans une écloserie externe
(70 %) et la production interne à l’intérieur de la ferme (20 %) (Figure 3). Les principales écloseries qui
fournissent aux pisciculteurs les juvéniles sont le Centre Piscicole de Thian, la ferme Royal Fish Bénin, le
Centre de Recherche et d’Incubation Aquacole du Bénin, l’Organisation Non Gouvernementale AR2PI
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(Association pour la Recherche et la Promotion en Pisciculture Intégrée) et le centre Songhaï d’Atagara. Près
de 90 % des pisciculteurs enquêtés nourrissent leurs poissons. Ils utilisent prioritairement la provende
importée et accessoirement la provende locale et des aliments naturels. La majorité des pisciculteurs
enquêtés (70 %) ont pour ambition d’augementer leur production du poisson au regard de la demande
croissante existante (Figure 4).
Figure 3 : Moyens d’approvisionnement en juvéniles des pisciculteurs
Figure 4 : Proportions de pisciculteurs cherchant à augmenter leur production au regard du marché existant
3-2-2. Systèmes de commercialisation des poissons O. niloticus et C. gariepinus à taille marchande
Les poissons produits sont principalement commercialisés suivant un circuit court partant du pisciculteur aux
consommateurs. La totalité des pisciculteurs enquêtés vendent les poissons au kilogramme (kg). Les prix de
vente au kg sont identiques pour toutes les tailles chez 70 % des pisciculteurs enquêtés alors que ce prix
est fixé en fonction des tailles (notamment le poids) selon 30 % des répondants. L’étude des techniques de
vente des poissons marchands produits montre que tous les pisciculteurs enquêtés pratiquent la vente sur
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la ferme; cependant la vente sur commande est utilisée par 50 % des répondants (Figure 5). Aucun des
pisciculteurs répondants ne pratique pas la vente dans les marchés et la vente ambulante. Mais 5% des
pisciculteurs approvisionnent les structures de restauration (Figure 5). Pour le règlement des achats, la
totalité des pisciculteurs adoptent le paiement cash et 10 % de l’effectif enquêté acceptent le crédit avec un
délai de paiement d’un jour (Figure 6).
Figure 5 : Techniques de vente du poisson utilisées par les pisciculteurs
Figure 6 : Modes de règlement des achats du poisson
3-2-3. Contraintes liées à la production et à la commercialisation des poissons O. niloticus et
C. gariepinus de pisciculture
La production des poissons est soumise à diverses contraintes dont les plus représentées sont la cherté des
provendes importées, l’insuffisance d’appui technique, l’insuffisance des fournisseurs de juvéniles des
poissons et l’insuffisance des fournisseurs d’aliments pour poissons (Figure 7). En ce qui concerne la
commercialisation des poissons de pisciculture, plus de 60 % des pisciculteurs ne rencontrent pas les
contraintes liées à la concurrence et à l’inexistence du marché (Figure 8).
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Figure 7 : Importance des différentes contraintes liées à la production du poisson
Figure 8 : Importance des différentes contraintes liées à la commercialisation du poisson de pisciculture
3-3. Caractéristiques et contraintes liées à la consommation des poissons O. niloticus et C.
gariepinus de pisciculture dans le département du Borgou au nord du Bénin
Les poids préférés par les consommateurs des poissons de pisciculture sont de 421,75 ± 208,58 g
(100 g à 1000 g) et 685 ± 414,09 g (200 g à 3000 g) respectivement pour O. niloticus et C. gariepinus. D’une
part, la consommation de ces poissons est motivée chez plus de 95 % des enquêtés par leur bonne qualité
nutritionnelle et organoleptique (Figure 9). D’autre part, plus de 60 % des enquêtés consomment les
poissons de pisciculture à cause de leur bon prix et de leur disponibilité à une période spécifique de l’année
(Figure 9) correspondant aux mois allant de novembre à janvier. La disponibilité à faible ou élevé prix des
poissons importés et ceux issus de la pêche de capture est insusceptible de changer la décision de consommer
les poissons de pisciculture chez plus de 60 % des répondants (Figure 10). Les principales contraintes qui
limitent actuellement l’accès des consommateurs aux poissons de pisciculture sont la grande distance entre les
fermes piscicoles et les ménages et la rupture du stock des poissons marchands dans les élevages (Figure 11).
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Figure 9 : Principales raisons poussant les consommateurs à acheter les poissons de pisciculture
Figure 10 : Facteurs susceptibles de changer la décision de consommer les poissons de pisciculture
Figure 11 : Contraintes limitant l’accès aux poissons de pisciculture
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4. Discussion
Dans la présente étude portant sur la caractérisation du marché des poissons de pisciculture dans le
département du Borgou au nord du Bénin, il est ressorti que la quasi-totalité des pisciculteurs enquêtés sont
de sexe masculin. Ils sont âgés d’environ 43 ans. Cette valeur est proche de l’âge de 46 ans rapporté par
[15] lors du recensement des pisciculteurs au Bénin. [16] ont également trouvé dans leur étude que 92 %
des producteurs du poisson au Bénin sont des hommes. Ces constats s’expliquent par le fait que certaines
opérations dans la pratique de la pisciculture nécessitent un effort physique auquel la plupart des femmes
et des personnes très âgés ne peuvent facilement pas faire face [17]. Le nombre moyen d’années
d’expérience des pisciculteurs enquêtés est de l’ordre de 7. Ce qui témoigne que la pisciculture est une
activité relativement récente dans le nord du Bénin. En effet, jusqu’à 2015, il y a des communes dans le nord
du Bénin qui ne comptaient aucun pisciculteur [15]. La moitié des pisciculteurs enquêtés ne considèrent pas
la pisciculture comme leur principale activité, ils pratiquent d’autres activités pour diversifier leurs sources
de revenus. Cet éparpillement d’énergie peut limiter l’efficacité technique des producteurs. D’ailleurs [16]
ont révélé que la majorité des pisciculteurs béninois sont techniquement inefficaces. Cette inefficacité
technique pourrait compromettre la rentabilité financière de l’élevage [18].
Nos résultats montrent que le tilapia du Nil O. niloticus et le poisson-chat africain C. gariepinus constituent
les deux espèces les plus élevées. Ceci est en accord avec les données de la littérature [18 - 20]. Malgré
l’existence des poissons importés congelés sur le marché, la majorité des pisciculteurs enquêtés ont
manifesté un besoin d’augmenter les quantités produites des poissons. Ceci corrobore les travaux de [18]
qui rapportent que la demande quantitative en poissons de pisciculture est peu satisfaite dans la commune
de Parakou. Par ailleurs, l’autre atout qui favorisera l’écoulement des poissons qui résulterait de
l’accroissement des capacités de production est l’accessibilité et l’alignement des prix de vente (2000 F CFA
à 2500 F CFA pour le tilapia et de 1300 F CFA à 1500 F CFA) pratiqués avec les budgets moyens des ménages
[18]. L’augmentation de la production locale permettra donc la satisfaction des besoins des populations. Les
nombreuses potentialités piscicoles du nord du Bénin principalement les retenues d’eau devraient être
mises en valeur pour assurer une autosuffisance alimentaire du point de vue besoins en poissons dans le
septentrion béninois et implicitement réduire le déficit résultant de l’écart entre la production locale et la
demande nationale. Il est heureux aujourd’hui que les techniques d’élevage sain dans ces retenues d’eau
sont mises au point et disponibles [21, 22].
Les principales contraintes associées à la production des poissons de pisciculture dans le département du
Borgou sont relatives aux juvéniles des poissons, aux provendes aquacoles et aux appuis techniques. Des
études réalisées par [21, 23] avaient déjà répertoriées ces difficultés comme facteurs entravant l’essor de
la pisciculture au Bénin. Particulièrement, des appuis techniques sont plus qu’indispensables au vu du faible
niveau d’expérience des pisciculteurs. Cependant, il n’est pas question de reléguer au dernier rang,
l’accompagnement financier des pisciculteurs [24]. Il urge donc que des solutions durables soient trouvées.
Pour cela, les services du Ministère de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche dans le département du
Borgou, les différentes mairies et les importateurs d’aliments doivent revoir leurs stratégies d’actions. En
ce qui concerne l’amélioration des capacités financières des pisciculteurs exerçant déjà et dans une
perspective d’inciter d’autres personnes, les institutions d’octroi de crédit et de subvention devraient
considérer la pisciculture parmi les activités prioritaires à accompagner. Les poissons de pisciculture locale
présentent plusieurs avantages favorisant leur consommation comparativement aux poissons substituts.
Pour plus augmenter les motivations des ménages à consommer du poisson de pisciculture et satisfaire leur
préférence, les producteurs doivent arriver à disposer des poissons marchands de poids tournant autour de
400 g et de 600 g respectivement pour O. niloticus et C. gariepinus. Ceci fait encore appel aux efforts
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techniques. Pour les consommateurs enquêtés, les prix de vente ne constituent actuellement pas des
facteurs limitant leur accès aux poissons de pisciculture. Le prix étant un déterminant de la compétitivité
d’un produit [25], les pisciculteurs gagneront à s’investir dans l’optimisation des pratiques techniques pour
réduire le coût de production. Selon [26], la proximité géographique des fermes piscicoles est un important atout
pour la distribution des produits. Dans ce sens, les consommateurs ont signalé comme facteur limitant leur accès
aux poissons de pisciculture la grande distance entre les ménages et les fermes de production. Pour une
meilleure commercialisation des produits, la création dans les agglomérations des points de vente des poissons
de pisciculture demeure une action favorisante. Il urge aussi que l’Etat et les divers programmes/projets
interviennent dans l’organisation de la commercialisation des poissons de pisciculture car jusque-là, la plupart
des actions entreprises n’ont visé que l’amélioration des conditions techniques de production.
5. Conclusion
La pisciculture dans le département du Borgou au nord du Bénin se pratique en grande partie par des jeunes
hommes ayant en moyenne environ 7 ans d’expérience. Le silure Clarias gariepinus et le tilapia Oreochromis
niloticus sont les deux espèces élevées. Les juvéniles produits à l’intérieur de la ferme ou achetés dans une
écloserie sont nourris prioritairement avec la provende importée. Les poissons marchands sont à dominance
vendus sur la ferme au kilogramme avec un paiement cash. Les principales contraintes liées à la production sont
la cherté des provendes importées, l’insuffisance d’appui technique, des fournisseurs de juvéniles des poissons
et des fournisseurs d’aliments piscicoles. Nonobstant ces difficultés, la majorité des pisciculteurs entendent
augmenter leur production piscicole au regard de la demande qui ne cesse d’accroitre. Les consommateurs
préfèrent les poissons de pisciculture à cause de leur bonne qualité nutritionnelle et organoleptique, leur bon
prix et leur disponibilité. Ils signalent comme contraintes limitant leur accès aux poissons de pisciculture la
grande distance séparant la plupart des fermes des agglomérations et la rupture souvent occasionnelle de
stocks des poissons produits. Les actions doivent donc être entreprises pour améliorer les capacités productives
de ces pisciculteurs et valoriser toutes les potentialités piscicoles qui existent au nord du Bénin.
Remerciements
Nous remercions les agents d’enquête qui ont participé à la collecte des données sur le terrain. Merci également
à la Direction Départementale de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche du Borgou (DDAEP-Borgou) pour avoir
satisfait sans grandes contraintes nos préoccupations dans le cadre de cette étude.
Références
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Rodrigue Orobiyi Edéya PELEBE et Josué Yisségnon GOUWAKINNOU
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Rodrigue Orobiyi Edéya PELEBE et Josué Yisségnon GOUWAKINNOU
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