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Iv/ Connaissance E T Maitrise: de L'Espace Urbain

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BULLETIN DE LA SOCIETE LANGUEDOCIENNE DE GEOGRAPHIE

i
il
- -
Tome 16 Fascicule 1-2 Montpellier 1982 ‘;

IV/ CONNAISSANCE ET MAITRISE


DE L’ESPACE URBAIN

L’ATLAS DE KINSHASA:
LA VILLE ET SES PROBLEMES
[Link] MAXIMY et [Link]

1. Création d’une Mission Française d’urbanisme au Congo-Kinshasa


Kinshasa, ancienne Léopoldville, aura 100 ans en 1982. C’est une ville
récente.
Durant la période coloniale belge, Léopoldville fut essentiellement une ville
faite par les Belges et pour les affaires belges. Les << indigènes N n’y étaient accep-
tés que comme puissance de travail sans grande qualification. Ces travailleurs
étaient installés dans des cités D séparées de la ville européenne par des zones
neutres. Léopoldville fut ainsi, jusqu’en 1960, une ville très contrôlée.
Aussi lorsqu’en 1960, du jour au lendemain, le pouvoir colonial s’est effon-
dré, le contrôle de la migration sur la ville, a cessé. Les troubles dans le pays se
conjugant avec la disparition du pouvoir expliquent le << rush B sur la ville,
notamment sur toutes les terres de la i< plaine de Kinshasa D occupées aupara-
vant par de vastes concessions privées.
Ainsi, de 400 O00 habitants recensés en 1960 (probablement davantage si
l’on en juge par les i< irréguliers )) que les agents recenseurs ne comptabilisèrent
pas, par solidarité contre le pouvoir colonial) Kinshasa passa à 900 O00 habi-
tants en 1967 (étude de Maurice DUCREUX).
Aucune structure administrative n’ayant résisté au choc de l’Indépendance,
très vite le problème urbain de Léopoldville-Kinshasa s’est posé avec acuité
pour le pouvoir politique qui tentait de se conforter. C’est pourquoi en 1964 les
autorités de la future République,Démocratique du Congo firent appel a des
urbanistes français.

O. R.S.T. O. M. Fonds Documentairë.


t1
I
178 FI. OÈMAXIMY et M. PAIN

De 1964 à 1967 une série d‘études lancée sur Léopoldville-Kinshasa aboutit


à un SDAU de la Capitale, entériné par une ordonnance-loi de 1967. Mais, dans
ces débuts de la Mission Française d’urbanisme, qui n’était alors qu’une anten-
ne permanenfe de bureaux d’études français, le SDAU ne fut finalement qu’un
schéma.
1

1
t
I
i
a Aussi lorsque la Mission Française d’urbanisme s’étoKa en 1969-1970, une
nouvelle série d’études fut programmée pour préciser les premières réflexions I
t entreprises sur Kinshasa. II fallait passer d’un schéma directeur à des plans par-
ticuliers pré-opérationnels.
Très vite le problème s’est posé d‘établir un document irréfutable donnant
l’image la plus complète possible de la capitale du Zaïre, afin d’en expliquer le
fonctionnement et les processus d’urbanisation. C’est ainsi que l’idée d’un atlas
urbain srest fait jour.
i1 2. L’histoire de l’Atlas de Kinshasa
b

I
1
Les responsables de la Mission Française de l’urbanisme (MFU) et leurs équi-
pes (3 équipes : les études générales, les études techniques d’ingénierie, les étu-
des d’architecture et d’urbanisme) eurent donc à expliquer de la manière la plus
i claire possible et la moins contestable, leur vision de la ville.
Le dessin étant l’un des outils privilégiés des urbanistes (qu’ils soient archi-
tecte, ingénieur ou autre) l’idée d’un atlas fut bien accueillie, quoique avec une
certaine inquiétude car des géographes et dF leurs idées on ne savait guère.
La première difficulté fut de convaincre tous les agents concernés et de
trouver des crédits.

Quifallait-il convaincre ?
D’abord les responsables de la ville : Commissaire urbain (Gouverneur) et
son équipe ; Commissaire d’Etat (Ministre) au Département des T.P. et A.T.
ayant l’urbanisme dans ses fonctions ;Service de la Présidence.
Ensuite les bailleurs de fonds traditionnels et singulièrement le FAC.
Enfin des personnalités capables de devenir des défenseurs de cette idée :
Ambassadeur de France, professeurs d’université, personnalités diverses...

QÙ trouver les crédits ?


Le FAC, par le truchement de la Mission Française d’urbanisme (base
logistique et gestionnaire des crédits) a apporté une aide inestimable. I1 a en
outre permis le recrutement de 2 assistants techniques pour la réalisation de
effectit l’Atlas :Jean FLOURIOT, géographe ;Jean-François MERGAUX, I.T.G.C.E.
I gnCsla
.ment i Cependant, au Zaïre même, une action de persuation bien menée a permis
de trouver les moyens pour réaliser l’atlas. Ces moyens furent de trois ordres :
- la prise en charge d’un assistant technique : René de MAXIMY,
1

i ;
LES GRANDES VlllES AFRlCAlNES 179 Il ,
i,
I

- la participation de l’Institut Géographique du Zaïre (IGZa), équivalent


zaïrois dè I’IGN en France : création d’une équipe de 4 dessinateurs cartogra-
phes et possibilité d’utilisation du matériel de 1’IGZa. Cette participation fut
équilibrée par l’apport d’un ingénieur .français des travaux cartographiques de
1’Etat qui a valorisé la formation des dessinateurs de 1’IGZa.
- la collaboration de l’Hôtel de ville qui mit à la disposition de I’équipe de
l’atlas 74 enquêteurs (des fonctionnaires de la Ville) qui permirent de réaliser le
recensement de la population des 24 zones (communes) de Kinshasa sur une
période de 18 mois.
Enfin, des universitaires acceptèrent de participer directement à ce travail
(X. VAN CAILLIE) et même d‘en devenir l’un des responsables (M. PAIN).
Au sein de la Mission Française de I’Urbanisme devenue Bureau d’Etudes
d’Aménagements Urbains et de l’Institut Géographique du Zaïre, l’Atlas de
Kinshasa s’est ainsi réalisé en étapes :
- 1972. - Idée de l’atlas et mise en place d’un structure de travail. Premiè-
res esquisses et programmation proposée (MEU - R. de MAXIMY).
- 1973-1975. - Travail d’équipe (J. FLOURIOT; R. de MAXIMY, M.
PAIN), enquêtes et réalisation des maquettes des 42 premières planches.
- 1975. - Publication de l’atlas sous la responsabilité de M. PAIN.
I.-* ,-__I
- 1976-1978. - Compléments de l’atlas en 22 planches (M. PAIN).
La responsabilité technique de l’atlas (première et deuxième partie) a été
assuré par J.F. MERGAUX.
Le coût de cet atlas peut être évalué à cinq millions de francs français.

3. Kinshasa vue par les géographes


Kinshasa, la ville et ses problèmes, sont évoqués ici par une série de diapo-
sitives. Voici la progression de la projection :

3.1 :Une croissance unique en Afrique Noire.


- Présentation du site : les rapides, le port puis-leCentre des Affaires : les récen-
tes tours de béton et de verre et les derniers immeubles survivants d’une archi-
tecture caractéristique de l’époque coloniale en Afrique.
- Les anciennes cités, jouxtant la zone d’emplois au Nord : plan orthogo-
nal, habitat dégradé en briques adobes et habitat de parpaings. Forte den-
sification sur 700 ha environ.
- L‘urbanisation d‘après-guerre : croissance de la ville très forte (15 Yo par
an) ;création des zones industrielles de GOMBE et de LIMETE, implan-
tation des nouvelles cités (1940-1950, 575 ha) en prolongement des
anciennes cités (même type d‘habitat mais équipements plus importants)
et d’un typ: d’habitat très novateur: les cités planifiées (1955-1960) -
180 R. DE MAXIMY et M. PAlN

Habitat en bandes, à un ou deux niveaux, sur un espace bien equipe avec


une voirie très étudiée: 1250 ha furent occupés et 20000 logements
bâtis.
- Avec fes débuts de l’Indépendance, toute la basse plaine est envahie par
une occupation illégale (Gritable squatting). Sur plus de 2 O00 ha, appro-
priation des terres très rapide (1960-1961) mais l’espace ne sera réelle-
ment bâti qu’en 1967. Le module est constitué par la parcelle de 400 à
500 m2, intégré à un vaste maillage orthogonal qui recouvre indifférem-
ment tous les Cléments du site. Au départ, la savane et les restes de forêts
sont défrichés, puis clôtures, tas de sable et parpaings mis en attente
__ ___ -_ . ” -. -.--- apparaissent. Peu à peu, de petites constructions s’édifient et se multi-
fi
plient en même temps qu’un couvert végétal fait d’arbres fruitiers plantés
en très grand nombre. On peut a lire >) l’âge d’un quartier à travers la den-
sité de son habitat et la taille de ses arbres.
- En périphérie, sur des milliers d’hectares; l’occupation de l’espace, qu’il
s’agisse de basses terrasses ou de collines pentues, se poursuit désormais
sous I’égide des chefs de terre, en contradiction formelle avec les lois fon-
cières de 1966 et de 1973. Mais, bien qu’en dehors des lois écrites et bien
que générateur de toute une série de tractations frauduleuses, le rôle des
chefs de terre n’est pas négatif: ils structurent l’espace selon un ordre
minimal.
Les parcelles distribuées on Ih encore 400 à 500 m2. Elles étaient innombra-
bles, sur des espaces infinis et désolés, sans eau, sans électricité, sans véritables
voies d’accès.
La ville s’étend chaque jour davantage sans qu’on puisse saisir un réel ralen-
tissement. Cartes et graphiques montrent une croissance ancienne et soutenue :
IO.% par an, parfois plus, de 1924 à 1970. On pense que la croissance est
aujourd’hui de 7 à 8 Yo. Dans ces conditions, la ville devrait avoir au moins 3
millions d’habitants en 1985, peut-être 3’3.
De 1950 i 1975, d’après les photographies aériennes, la progression mesu-
rée a été de 700 ha par an. Aujourd’hui Kinshasa s’étend sur plus de 20 O00 ha.
La ville n’en recouvrait qu’un peu plus de 2 O00 en 1950 (a).
ri. 1 Cet étalement spectaculaire, unique en Afrique Noire, ne se fait pas sans
Y I poser de graves problèmes, problèmes communs à toutes les grandes cilles du
Tiers Monde confrontées à de semblables taux de croissance.
I ‘
3.2 :La crise urbaine
La planche << Dynamique de l’habitat >> (planche no 13, Atlas de Kinshasa
1re partie) révèle que la croissance se fait à l’heure actuelle dans toutes les direc-
tions. Le Sud et l’Ouest du site sont conquis et l’on voit des pentes occupées
alors qu’elles atteignent des valeurs de 15 a 20 O/o. Les planches des pentes et des
phénomènes d’érosion (planche no5 , I re partie), conjuguées aux cartes qui
détaillent la situation de la couverture végétale en 1950-1957 et 1968 (planches
3-4-5-6,20 partie) montrent l’ampleur du désastre écologique.
LES GRANDES VILLES AFRICAINES 181

La ville progresse depuis 20 ans en tâche d’huile et sans souci de préserva-


tion du site. Seuls les grands cirques d’érosion (mabenga) arrêtent l’habitat mais
ils commencent aujourd’hui a être découpés en gradins. Les pentes sont littéra-
lement détruites par des ravins d’origine anthropique : chemins piétonniers
transformés en gouttières puis en profondes rigoles de plusieurs centaines de
mètre de long. Dans certains cas, les habitations, très précaires, se tiennent sur
d’étroites lanières entre deux ravins qui s’approfondissent à chaque orage.
La forêt secondaire de la Lukunga, les forêts galeries de la Ndjili et de la
Lukaya, encore importantes en 1950, ont disparu en 1968. L’utilisation du bois
de chauffage (koni) et du charbon de bois (makala) fait reculer inexorablement
toute végétation arborée, créant un immense cercle déforesté autour de la ville.
On estime que la consommation de bois de Kinshasa se traduit par la disparition
annuelle de 4 à 6 O00 ha d’une forêt de 30 ans.
Aux problèmes posés par l’occupation incontrôlée du site s’ajoutent ceux de
la crise urbaine et de la pauvreté du plus grand nombre :
- la question du logement : la périphérie oh la terre n’est pas chère apparaît
comme la seule .Solution possible pour la plupart des citadins., Au début,
cases a rurales )) mais avec toit de tôles ou baraques d’atente, puis, cases
en parpaings mais toujours précaires. Une maison sur trois est inachevée
dans la lointaine périphérie.
- Le sous-développement dramatique de la ville récente : l’absence d’élec-
tricité bien sûr mais aussi d‘eau qu’on va chercher à la rivière plus ou
Y”.”.*_.I_.

moins polluée (fosses d’aisance près de la nappe phréatique, dépôts


d’ordures fréquents) ; Le manque d’hygiène, l’insuffisance et même
l’absence d’équipements sanitaires et scolaires, le très grave problème des
transports dans cette ville immense, parfaitement souligné par la planche
a accessibilité et déplacements )) (planche 2 1 Atlas de Kinshasa 2” partie).
- L‘étroitesse du marché du travail, l’augmentation récente et très rapide du
coût de la vie. Vues sur les zones d’emplois traditionnelles (port, zone
industrielle de Limete, Centre des affaires...), mais aussi évocation de tout
le secteur informel : l’agriculture urbaine et les maraîchers, les jardins de
case (bien qu’assez rares à Kinshasa), les cuItures sur les espaces publics,
e t surtout la foule des petits métiers : petits commerçants et artisans, ven-
deurs permanents des marchés, micro-commerce flottant qui rassemblent,
si l’on ne retient que ceux qui paraissent stables, le 1/5” des emplois soit
75 O00 des 345 O00 emplois recensés en 1975.
- Les disparités et tensions sociales : l’opposition entre la ville des riches,
des a bourgeois )) comme on dit à Kinshasa, de plus en plus refermée sur
elle-même à l’abri d’immenses murs de clôture et la ville des pauvres ; la
démesure de certains équipements : Palais du Peuple, complexe radio-
télévision de la Voix du Zaïre, le Centre de Commerce International et la
carence générale des’équipements spciaux ailleurs ; le Centre des affaires

- ;
(a) Surface urbanisee : 1950 : 2 331 ha : 1957 : 5 512 ha 1968 : 12 663 ha ; 1975 : 17 922 ha ; espaces verts urbains,
vides intersticielsnon compris.
. 1 ._. - I . ‘ ,-, ....,. ~

,
182 R. DE MAXIMY et M. PAIN

monumental avec ses grands immeubles récents mais limité à 200 ha


pour une ville qui occupe aujourd’hui plus de 20 O00 ha comme on l’a
déjà dit ...
Par delà ces images et cette évocation rapide des principaux problèmes, on
ne peut que s’interroger sur le sort de Kinshasa. Comment la ville continue-t-
elle à vivre ? Comment la ville peut-elle encore grandir ? Sur le plan social, la
situation a pu paraître explosive à plus d’un observateur. La pauvreté va en
s’accentuant et depuis 1975 le Zaïre traverse une crise économique sans précé-
dent. Sur le plan politique, des tensions récentes n’ont fait que renforcer la mau-
vaise réputation qu’avait, vue de l’extérieur, Kinshasa. i- --.-y--%-
~

Et cependant, pour ceux qui y vivent, pour les citoyens de toute la Républi-
que du Zaïre, Kinshasa garde une extraordinaire force d’attraction. La capitale
est sublimée à chaque instant. Tout s’y passe. Elle permet encore, plus facile-
ment qu’ailleurs, de s’instruire et de travailler. Elle offre à bien des ésards une
vie meilleure : il sufit pour s’en convaincre d‘aller au profond de certaines cam-
pagnes zaïroises et d’y partager la vie des villageois.
Enfin, dans cette périphérie immense et sous équipée, la population tente
spontanément d’aménager son espace social. Le secteur informel bien intégré à
la vie quotidienne structure le quartier, les missions religieuses suivent l’exten-
sion urbaine et assurent un minimum d’équipements : culte, dispensaires, écoles
et lieux de rencontre, les habitants font pression sur les autorités et créent eux-
, mêmes parfois écoles et marchés. Il convient de souligner la remarquable adap-
tation des citadins à des conditions de vie dificiles et l’émergence d’une classe
’ << d’urbains n, très à l’aise dans le Kinshasa des années 80 et qui, en tout état de
cause, n’ont plus rien de i< rural B.
La question n’est plus de savoir si la ville est i< bonne )) ou i< mauvaise 1) :
elle est là. Il faut maintenant maîtriser la croissance, saisir les facteurs de dyna-
mique interne, réduire les disparités sociales qui s’exaspèrent aujourd’hui.
C’est dans cette optique que l’atlas de Kinshasa a été conçu. Après l’analyse
minutieuse des paysages et des mécanismes urbains, l’atlas est apparu aux géo-
graphes comme un outil privilégié pour servir la réflexion des urbanistes, con-
vaincre les décideurs, attirer les investisseurs. C‘est à la suite des Ctudes entrepri- ._(

ses que le rapport justificatif du nouveau SDAU est paru en 1976. Mais voici
dans le détail le contenu de l’atlas et l’utilisation qu’on peut en faire.
4; Contenu de l’Atlas
L‘atlas se présente en deux parties (première partie : 1975 ; deuxième par-
tie : 1978), totalisant,66 planches (format 40 x 62). Il a été imprimé sur les pres-
ses de l’IGN/France.’
Cet atlas a suivi, pour des raisons didactiques, un cheminement très habi-
tuel chez les géographes :
I. le milieu physique
2. le phénomène urbain :les étapes de la croissance, la typologie de l’habi-
tat, le parcellaire et ses coûts, les dynamisme de croissance, etc...
LES GRANDES VILLES AFRICAINES 183 I
I
li
(i

3. la population :structure, densité, dynamique, etc...


4. les activités :implantation, structure, évolution.
5. les études sectorielles : marchés, équipements, VRD, scolarisation, etc...
6. cartes de synthèse : l’organisation urbaine.
7. les points particuliers :port, gare, aéroport.
8. la place de Kinshasa sur le plan national et international.
9. le plan local et le schéma directeur.
La deuxième partie apporte des compléments d’information sur des thèmes
déjà abordés et des déments nouveaux : plusieurs planches photographiques, la
couverture végétale et son évolution, la mobilité des petites activités et les mar-
chés, l’accessibilité et les déplacements, etc... A cela s’ajoute une étude détaillée
des types de parcelles bâties.

5. Utilisation de l’atlas et ses limites


L‘atlas a d’abord, et déjà lors de son élaboration, dérouté les urbanistes du
Bureau d’Etudes d’aménagements Urbains. I1 fallut alors que les auteurs eux-
mêmes a expliquent )) leur travail et leurs intentions. Ils durent détailler toutes
les utilisations possibles de leur ouvrage.
Dans le même temps, l’atlas commençait son rôle de prestige : on le retrou-
ve consultable dans les Ambassades du Zaïre, en de nombreux bureaux d’études
. - etc... Mais au-delà du document de prestige et de son acceptation par les urba-
nistes, l’atlas est souvent apparu comme un document peu utilisable (sauf pour
les géographes eux-mêmes et ceux qui enseignent l’urbanisme).
On peut faire à cela deux types de réponses :
1. Considérer l’atlas comme la totalité du travail géographique fait sur
Kinshasa serait une erreur. Une énorme documentation utilisée par le BEAU, et
consultable auprès de cet organisme, est disponible. Cette documentation four-
nit des documents d’analyse allant jusqu’à des plans et des schémas au 1/2 OOOe.
Et cette documentation, très analytique et précise, est utilisable immédiatement
par les aménageurs, dans la mesure oÙ ceux-ci disposent de moyens politiques et
financiers suffisants pour mettre en œuvre leurs propositions.
2. L‘atlas propose des cartes de synthèses relatives (1/100 000, 1/50 000,
1/20 000) mais pour obtenir des décideurs et des bailleurs de fonds une adhésion
aux analyses du fonctionnement urbain afin de passerà l’opérationnel il faudrait
des documents plus synthétiques et donc plus persuasifs. Pour une telle entrepri-
se, des croquis qui ne permettraient peut-être pas la réflexion approfondie mais
qui seraient particulièrement convaincants, apparaissent nécessaires. L‘atlas ne
les fournit pas vraiment.
Mais l’atlas donne l’information. Une lecture attentive de l’ouvrage peut, au
fil des planches, faire ressortir l’image d‘un quartier ou donner des Cléments suf-
fisants pour I’établissement d’une fiche précise sur tel ou tel secteur.

. . . . . , . . ., ., , . .
s p . .
*..$ ,.u.
,. ...i..:: ,
, , , J

I .
t R. DE MAXIMY et M. PAIN
184

I1 faut néanmoins souligner la contradiction existante entre les raisons de


l’atlas : faire un document persuasif pour les décideurs et les investisseurs d’une
part, et le travail fourni : des documents qui demandent que le lecteur soit un
utilisateur averti de la représentation cartographique et géographique des phéno-
mènes urbains d’autre part.
I1 faudrait arriver à présenter un document aisément lisible. Ce qui suppose
une simplification des informations fournies et notamment sur le fonctionne-
ment de la ville. Il faudrait .multiplier les cartes à petite échelle stylisant
l’expression graphique et renforçant les visions de synthèse, les schémas de fonc-
tionnement, les croquis didactiques.
Ce type de cartes et de croquis auraient pu se trouver dans l’atlas. C*pen----
dant, de l’avis des auteurs, ceci introduisait le risque d’une option trop orientée
qui pouvait devenir l’objet d’une politique sans souplesse et sans modification A
terme.

DISCUSSION

J.-M. MIOSSEC. - Dificulté de faire passer le message d‘oÙ la nécessité du recours à des <( h a -
ges H les plus simples possibles.
A titre de comparaison, l’étude des activités tertiaires du Centre de Tunis qui a été également
rendu sous la forme d’un atlas, n’a pas reçu de la part des décideurs (Ministère de l’Intérieur, Direc-
tion de l’aménagement du territoire) l’accueil attendu après un travail long et ce souvent pour des
raisons de dificultés d‘interprétation, de simple lecture. DoÙ l’utilisation de photographies obliques
et autres moyens simples d’exposition pour faciliter la compréhension. Par ailleurs, ce type d’étude.
lourde, nose le problème de son suivi, et de son actualisation.
R. DE MAXIMY, M. PAIN, - L’usage de la photographie oblique sur laquelle l’aménagement
inscrit ses propositions paraît une excellente solution pour faire passer les idées et propositions
auprès des décideurs. En ce sens le travail sur Sfax (du ((groupe Huit M)est exemplaire. II serait tout à
fait souhaitable que cette:technique soit généralisée car les responsables politiques de l’urbanisation
suivent parfaitement ce type d‘information.
Il En outre, lorsque les équipes d’enquêteurs ont été formées à des enquêtes légères mais exhausti-
, . ,
ves, il est possible d’assurer le suivi des études avec un minimum de moyens à condition que I’enca-
. .
drement soit maintenu. On a pu le vérifier à Kinshasa.
F. BODIN. - Pour arracher une décision du pouvoir, le dégré de précision n’est pas absolument
nécessaire. Tout le travail effectué reste nécessaire pour accrocher les financiers et pour définir les
grandes orientations proposées. Sans attendre l’achèvement d’une telle étude, un audio-visuel simpli-
ficateur et caricatural peut et doit inciter le pouvoir 1prendre une décision.
-
--A-
-

LES GRANDES VILLES AFRICAINES 185

-
R. DE MAXIMY, M. PAIN. Nous ne pouvons qu’être d’accord sur la démarche initiale, mais
en sachant d’une façon absolue qu’il ne s’agit Ià que du commencement de la démarche pour enclen-
cher l’action. ,
Ici on se heurte à ce que l’on attend des experts w. On attend de ceux-ci qu’ils répondent à cha-
que instantà toute question concernant l’organisation de la ville et sa planification. 11 s’agit bien évi-
demment d’une demande réclamant des solutions rapidement réalisables.
C‘est pourquoi effectivement le croquis, l’esquisse, le schéma très simple, la caricature dont par-
le F. Bodin semblent être une bonne réponse dans l’instant. Réponse qui, si elle entraîne un accord
de principe, permet alors d’entamer des études opérationelles et d’envisager des actions qui elles,
devront s’appuyer sur des études beaucoup plus exhaustives du type de l’atlas.
I
‘A. DURAND-LASSERVE. -Je m’indigne de la manipulation à laquelle l’esquisse de l’urbanis-
te peut conduire. Je m’interroge sur la légitimité du système de valeurs et de représentations qui
sous-tend la décision de l’urbaniste (au nom de quoi, de qui, décide-t-il). Peut-on parvenir à tenir
compte des vœux exprimés par les populations intéressées ?
R. DE MAXIMY, M. PAIN. - L‘indignation de Durand-hsserve est en partie motivée. 11 n’est
guère possible d’y répondre vraiment sans entrer dans une longue discussion. On peut cependant ten-
ter d’expliquer comment réagissent les urbanistes.
En effet, les urbanistes doivent faire face à un problème simple :intégrer ou tenter d’intégrer les
quartiers apparus sans le contrôle minimal des autorités urbaines et qui ont grandi sans le moindre
équipement. II leur est demandé une réponse immédiate, une réponse miracle en quelque sorte. Et
cela parce que le phénomène urbain, si enveloppant, inquiete énormément par les tensions sociales
qu’il induit.
Dans ce cas, on doit faire fi de trop d’inquiétude philosophique. Cependant il faut bien savoir
que si les urbanistes sont astreints A répondre vite, ils sont aussi tout à fait conscients de n’être pas du
Pays, d’être effectivement l’instrument d’une politique oh le Tiers-Monde se trouve dans un rapport
de force avec les pays dominants. C‘est pourquoi ils agissent avec leurs moyens et leur expérience, en
cherchant les solutions qu’ils estiment humainement et techniquement les meilleures.
Pour répondre à la deuxième partie de la question, on pourrait montrer comment les gens
s’adaptent à la ville. I1 existe à Kinshasa toute une classe de citadins qui, à la 2‘ et 3“ génération, ne
sont plus des semi-ruraux, qui sont parfaitement intégrés à la ville et dont le comportement est indé-
niablement urbain. On pourrait évoquer ainsi tous ces adolescents avec leur code vestimentaire et
leur argot. Ces a bill )) de Kinshasa qui défraient souvent la chronique. Les ((bill B sont en fait un
véritable produit de la capitale.
A. DURAND-LASSERVE. - Mais au nom de quel modèle prend-on les décisions ?
-
F. BODIN. Du meilleur !
R. DE MAXIMY, M. PAIN. - I1 faudrait pouvoir parler au nom de la base qui, elle ne peut pas
donner une réponse rapide. II faut réagir dans les faits et vite en face des croissances explosives des
grandes villes africaines. Le kinois appréhende parfaitement son espace, son quartier et son lieu de
travail mais certainement pas toute la ville. C’est donc un problème de stratégie : mieux vaut avoir
raison à 20 Yo et agir plutôt qu’avoir raison à 80 Yo et de ne pas agir. II ne faut pas être long.
W. BENICHOU. - Dans la mesure oh beaucoup de programmes de rénovation urbaine nécessi-
tent des financements par des organismes internationaux, par la Banque Mondiale par exemple, il
s’ensuit que dans un premier temps vous devez faire adopter VOS conclusions par le pouvoir local,
lequel à son tour doit le faire avaliser par le bailleur de fonds.
Quels sont alors vos rapports avec de tels organismes?
R. DE MAXIMY, M. PAIN. - Les experts du FED ou de la Banque Mondiale par exemple,
nous consultent en général directement avant d‘en débattre avec les responsables gouvernementaux.
En fait les responsables gouvernementaux ne tiennent pas à avoir des rencontres avec les experts
avant que ceux-ci soient correctement informés par les spécialistes nationaux ou par les personnes
mises au service de I’Etat concerné.
Si les experts ne sont pas consultés d’abord, les responsables gouvernementaux envoient h m é -
diatement les représentants des organismes internationaux auprès des spécialistes mis au service de
I’Etat concerné.

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