Traitement actuel
de la migraine
Pr M. AIT- KACI - AHMED
Chef du Service de Neurologie
E.H.S Ali Aït Idir (Alger)
Alger, 04 Juin 2009
Importance du sujet
1. Sur le plan médical
- 12 à 15 % de la population générale
- premier motif de consultation en neurologie et
très fréquent en médecine générale
2. Sur le plan socio-psychologique
- maladie parfois très invalidante
- gênant la vie socio-professionnelle et familiale
3. Sur le économique
- premier motif de dépenses en médicaments (France)
- premier poste de dépenses en arrêts de travail (USA)
4. Disponibilité d’un traitement
- spécifique
- efficace
ATTENTION !!!
TOUTES LES CEPHALEES NE SONT PAS DES MIGRAINES
Trois types de douleurs de
l’extrémité céphalique :
CÉPHALÉES
ALGIES FACIALES
CERVICO-NUCHALGIES
PRIMAIRES : migraine, céphalées psychogènes
CÉPHALÉES
SECONDAIRES : causes multiples (HTA, tumeur)
Migraine avec ou sans aura
Phase Phase
Aura
céphalalgique céphalalgique
15-30 mn 4 h ou plus
1. La migraine sans aura (M.S.A)
- constitue 60 à 90 % des cas [2/3]
- phase céphalalgique d’emblée
- mais signes accompagnateurs habituels :
troubles digestifs, troubles de l’humeur, vertiges
2. La migraine avec aura (M.A)
- constitue 10 à 40 % des cas [1/3]
- les prodromes visuels sont les plus fréquents (90 % des cas)
- parfois des prodromes sensitifs :
paresthésies d’une extrémité ou de l’hémiface
- l’aphasie est très rare
La migraine sans aura (M.S.A)
A. Au moins cinq crises répondant aux critères B à D
B. Crises de céphalées durant de 4 à 72 heures (sans traitement)
C. Céphalée ayant au moins deux des caractéristiques suivantes :
1. unilatérale
2. pulsatile
3. modérée ou sévère
4. aggravation par les activités physiques de routine, telles que
montée ou descente des escaliers
D. Durant la céphalée, il existe au moins un des symptômes suivants :
1. nausée et/ou vomissement
2. photophobie et phonophobie
E. Au moins un des caractères suivants est présent :
1. l’histoire, l’examen physique et neurologique ne suggèrent pas une affection
codée dans les groupes 5 à 11 (céphalées symptomatiques)
2. ou bien celles-ci ont été écartées par les investigations complémentaires
3. ou bien celles-ci existent mais les crises migraineuses ne sont pas survenues
pour la première fois en relation temporelle étroite avec ces affections
La migraine avec aura (M.A)
A. Au moins deux crises répondant aux critères B à D
B. L’aura consiste en au moins un des symptômes suivants :
Symptômes visuels (migraine ophtalmique)
Symptômes sensitifs totalement réversibles : fourmillements, engourdissement
Troubles du langage totalement réversibles
C. L’aura présente au moins deux des caractères suivants :
Symptômes visuels homonymes et/ou symptômes sensitifs unilatéraux
Au moins un des symptômes de l’aura se développe progressivement en 5 minutes
ou plus
La durée de chaque symptôme est supérieure ou égale à 5 minutes et inférieure ou
égale à 60 minutes
D. Ce critère décrit la céphalée accompagnant l’aura :
Aura typique avec céphalée migraineuse : une céphalée remplissant les critères B à D de migraine sans
aura commence durant l’aura ou suit l’aura dans les 60 minutes
Aura typique avec céphalée non migraineuse : une céphalée qui ne remplit les critères B à D de migraine
sans aura commence durant l’aura ou suit l’aura dans les 60 minutes
Aura typique sans céphalée : une céphalée ne commence pas durant l’aura ou ne suit pas l’aura dans
les 60 minutes
Diagnostic pratique de la migraine
Accès à durée limitée (4 à 72 heures) séparés par des intervalles
libres de toute douleur.
Intensité variable : supportable à violente.
Aggravation par les mouvements de la tête et du corps.
♥ Caractère pulsatile (inconstant).
La topographie hémicrânienne, qui donne son nom à la maladie
(hémicrânie, chkika) n’est retrouvée que dans 60 % des cas.
Les troubles associés sont évocateurs et parfois au premier plan :
nausées et vomissements dans la MSA, troubles visuels dans la
M.A, troubles de l’humeur (abattement) dans certains cas.
Physiopathologie
L’excitabilité Dépression extensive
neuronale de Leao
Inflammation
neurogène
Le complexe
trigémino-vasculaire
XXXXX
SEROTONINE Libération de
substances
algogènes
L’orage
Terminaisons
vasculaire nerveuses
sensibles
Vasoconstriction Vasodilatation
Bases φπ du traitement
1. Hyperexcitabilité neuronale
- anticalciques
2. Peptides algogènes
- antalgiques, A.I.N.S
3. Inflammation
- aspirine, A.I.N.S
4. Vasodilatation
- vasoconstricteurs : ergotés, triptans
5. Sérotonine
- récepteurs sérotonine : antisérotonines, amitriptyline
- récepteurs sérotonine : triptans
Conduite du traitement
Accès Accès Accès Accès Accès
Ménopause,
Puberté
athérosclérose
Traitement Traitement
de l’accès de fond
Eviction Traitement des
des facteurs des troubles associés
déclenchants
- tr. digestifs
- sommeil - tr. endocriniens
- stress - allergie
- chaleur - tr. psychologiques
- règles - stress
- alimentation - etc
Conduite du traitement
1. Si les accès migraineux sont rares et bénins
(3 par mois ou moins) :
- traitement au « coup par coup »
- de la crise uniquement (si le patient le souhaite)
- éliminer les facteurs favorisants éventuels
2. Si les accès migraineux sont fréquents et sévères
(plus de 3 ou 4 par mois) :
- instauration du traitement de fond ou traitement prophylactique
- sur une durée de plusieurs mois
- traitement d’un trouble associé éventuel
Conduite du traitement
Fréquence et intensité
des accès migraineux
± 3 accès
par mois
Moins de 3 3 ou plus
Accès rares, bénins
Traitement au Traitement de fond
Abstention
« coup par coup » (ou prophylactique)
thérapeutique
Traitement de la crise
Dans tous les cas
- petits moyens : café, applications de froid ou de révulsifs
- repos, isolement, sommeil
1. Premier palier : antalgique périphérique
- aspirine ou paracétamol
- avec ou sans métoclopramide ou codéine
2. Second palier : A.I.N.S sous une forme à action rapide
- diclofénac : suppositoire ou injection
- naproxène (APRANAX 550) per os
- profénid, biprofenid
- ibuprofène
3. Trosième palier : utiliser un triptan
- formes orales (RELPAX, NARAMIG, IMIGRANE, CALMIG)
- forme S.C ou spray nasal (IMIGRANE)
Traitement de la crise
Aspirine
Première ligne :
Paracétamol
Dans tous les cas : antalgiques banals
Autres
repos, petits moyens
Diclofénac,
Deuxième ligne : profenid
A.I.N.S Ibuprofène
Autres
En cas d’échec :
revoir le diagnostic
sumatriptan
Troisième ligne : eletriptan
Problème de la triptans naratriptan
migraine intriquée autres
Les triptans
Almotriptan TIGREA Almirall
Eletriptan RELPAX Pfizer
Frovatriptan FROVA Vanguard Medica
Naratriptan NARAMIG GSK
Rizatriptan MAXALT MSD
Sumatriptan IMIGRANE GSK
Zolmitriptan ZOMIG Astra-Zeneca
Comprimés normaux ou sublinguaux
Spray nasal
Injections sous-cutanées
Utilisation des triptans
1. Les triptans sont des agonistes des récepteurs 5-HT1B et D de la sérotonine
agissant à la fois sur les mécanismes vasculaires et neuronaux de la migraine.
2. Le choix d’un triptan se fonde sur :
. sa rapidité d’action : réponse à 1 et 2 heures
. son efficacité sur les symptômes (céphalée et troubles associés)
. la modicité des effets secondaires
. le faible taux de rechute dans les 24 heures
3. Les effets secondaires sont relativement peu marqués :
. asthénie, vertiges, nausées
. troubles du rythme cardiaque
. sensation d’oppression thoracique (sans ischémie myocardique prouvée)
. contre-indications : ischémie myocardique, grossesse
4. En dernière analyse, c’est le patient qui indique au médecin le médicament
qui lui convient le mieux après en avoir éventuellement essayé plusieurs
(phénomène d’idiosyncrasie).
Traitement prophylactique : les moyens
1. Dihydroergotamine ( D.H.E , SEGLOR, IKARAN, TAMIK, etc )
2. Antihistaminiques et antisérotonines (pizotifène = SANMIGRAN,
NOCERTONE, MIGRISTENE, PERIACTINE, DESERNIL)
3. Antidépresseurs : amitryptiline (LAROXYL)
4. Bêtabloquants : propranolol (AVLOCARDYL) , métoprolol (LOPRESSOR)
5. Antiagrégants plaquettaires : aspirine + dipyridamole (ASASANTINE)
6. Anticalciques : flunarizine (SIBELIUM), vérapamil (ISOPTINE)
7. Antiépileptiques : acide valproïque (DEPAKINE, EPITOMAX)
8. Alpha Σ mimétiques : clonidine (CATAPRESSAN)
9. Adjuvants : magnésium, riboflavine (B2)
10. Moyens non médicamenteux : acupuncture, relaxation, etc.
Traitement prophylactique : en pratique
1. Dihydroergotamine : gouttes buvables (XXX x 3fois, comprimés)
D.H.E , SEGLOR, TAMIK
2. Antihistaminiques et antisérotonines
pizotifène (SANMIGRAN) : 2 à 3 comprimés par jour
3. Antidépresseurs
amitryptiline (LAROXYL) : 15 à 25 gouttes tous les soirs
4. Bêtabloquants
propranolol (AVLOCARDYL)
métoprolol (LOPRESSOR 200) : ½ ou 1 comprimé tous les matins
Cures de plusieurs mois… Associations possibles
Conclusions
1. La migraine est une « maladie » fréquente,
en règle facile à diagnostiquer et à traiter.
2. Le diagnostic est purement clinique (anamnèse),
l’imagerie cérébrale non indispensable.
3. Elle ne doit pas être confondue avec les autres
types de céphalées et de douleurs céphaliques.
4. Le traitement est facile à mettre en œuvre.
5. Mais il ne faut surtout pas confondre les médica-
ments de la crise et ceux du traitement de fond.
6. A ces réserves près, le traitement est souvent
efficace et peut transformer la vie du patient.