La Tolérance
La Tolérance
La tolérance
C’est le respect de la liberté d’autrui. C’est le contraire de l’étroitesse de l’esprit, c’est être ouvert sur des
possibles. Mais cette attitude n’est pas innée ; elle se construit. Faisons de la tolérance un concept dans le sens
exprimé par Gilles Deleuze: « Le concept, c’est ce qui empêche la pensée d’être une simple opinion, un avis, une
discussion, un bavardage. Tout concept est un paradoxe, forcément. »...
...Mais voilà, il s’agit d’un premier acte d’humanité vers autrui, aussi provisoire soit-il. C’est un premier acte
politique lorsqu’une communauté accepte de reconnaître la pluralité.
Qu'elle soit ethnique, religieuse, philosophique ou politique, cette reconnaissance est fondamentale. Plus
qu’une vertu, elle est un devoir éthique.
Tolérer, cela peut être, endurer en silence, résister au mal, patienter devant une erreur, être indulgent vis à
vis du fautif, être respectueux de la parole, des idées différentes, intégrer l’autre dans sa propre approche. C’est
aussi accueillir l’autre chez soi sans perdre son identité, ni la sienne, ni la nôtre. De fait, le mot Tolérance doit être
rapproché de son historicité. Selon la période, les systèmes y donnent des significations et des valeurs différentes :
assimilation, accueil, complicité, endurance, indulgence, patience, pitié, perméabilité, résistance, respect,
souffrance...
... Il n’a de valeur qu’en rapport avec comment réagit un système vis à vis d’autrui. S’il est prêt
intérieurement à accueillir l’autre, l’étranger, sans perdre l’essence de ses propres valeurs, là il peut être tolérant.
D’où aussi l’expression qui émerge parfois : atteindre le seuil de tolérance quand il s’agit d’assimilation,
d’intégration. Selon déjà Aristote, c’est connaître (naître avec), devenir la chose connue, sans perdre son identité.
...A partir de l’écoute d’autrui, d’une possible conversion a lieu le dialogue, l’échange d’idées. Mais pour que
cet échange ait lieu, c’est aussi accepter la nouveauté, la transgression de pré-acquis culturels, de lever les interdits
à-priori. C’est donc là que se couple l’autre concept, celui du tolérable, de ce qui est humainement tolérable. Je dis
bien humainement car il ne peut y avoir une tolérance ou une intolérance abstraite, pas plus qu’objective. La
tolérance suppose la liberté, voire elle la précède. Dans l’histoire, l’une et l’autre agissent dans la continuité. Mais la
tolérance procède du relatif, de l’ouverture sur des possibles. Elle fait partie d’une logique de responsabilité vis à vis
d’autrui.
... Qui dit tolérance, dit aussi réciprocité. Contrairement à une bienveillante indulgence d’une civilisation qui
se croit supérieure à d’autres et par là s’octroie le droit de pitié, ou d’une certaine tolérance, il est nécessaire de
pouvoir se laisser convaincre par les arguments d’autrui. Donc, il s’agit de croire également à un autrui qui a la même
valeur que soi, même si elle est différente. C’est le contraire de la méfiance, de la peur. C’est aussi le contraire de
l’indifférence.
...La tolérance est une action difficile, qui pose de nombreuses questions mais qui n’a qu’une réponse en tant
qu’acte, celui de tolérer et d’être toléré. En effet, tolérer ce qui est caché ou dans l’ombre est plus facile. C’est ce qui
est visible ou montré qui est plus facilement intolérable. Il est plus facile de « fermer les yeux » que d’accepter la
différence. Que pouvons-nous tolérer qui ne soit pas de l’indifférence ? C’est à ce combat que nous sommes
confrontés. Il n’est pas possible de définir avec certitude si nous sommes tolérants lorsqu'il n’y a pas confrontation.
C’est au moment d’un conflit, d’une confrontation que l’autre risque de devenir le bouc-émissaire ou l’ennemi.
Si je reprends la question du combat, c’est aussi parce qu’en tant que substantif, tolérer, c’est aussi son synonyme
Supporter, au sens de supporter d’une équipe.
L’autre idée aussi de Supporter peut s’examiner à travers un exemple proposé par Jean Borreil. « La
tolérance, ce n’est pas supporter, sous prétexte que votre voisin est africain, qu’il vous réveille au milieu de la nuit
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par un concert inopiné, c’est de traiter votre voisin comme un singulier en lui faisant savoir clairement qu’il vous
arrive de dormir passé la mi-nuit. »
C’est le respect de la liberté d’autrui. C’est le contraire de l’étroitesse de l’esprit, c’est être ouvert sur des
possibles. Mais cette attitude n’est pas innée ; elle se construit. Faisons de la tolérance un concept dans le sens
exprimé par Gilles Deleuze: « Le concept, c’est ce qui empêche la pensée d’être une simple opinion, un avis, une
discussion, un bavardage. Tout concept est un paradoxe, forcément. »...
Selon déjà Aristote, c’est connaître (naître avec), devenir la chose connue, sans perdre son identité.
La tolérance est une attitude qui aujourd'hui va de soi. Elle apparaît comme une des vertus suprêmes de
notre époque moderne, comme ce qui est de l'ordre de l'obligation morale : il faut être tolérant. Elle représente
pour beaucoup une conquête de l'esprit des Lumières sur l'obscurantisme religieux en même temps qu'un progrès
lié à la démocratie. Mais derrière ces évidences, la tolérance suppose et implique des enjeux à la fois
épistémologiques, axiologiques et politiques: n'est-elle pas en effet la conséquence d'un certain scepticisme qui
suppose que toute valeur et toute vérité sont relatives et que toute attitude universalisante ne peut être
qu'illusoire ? De même, ne remet-elle pas en cause la valeur de la démocratie en traduisant une indifférence et un
laisser-faire vis-à-vis des lois? Loin d'être cette vertu suprême qui nous obligerait, n'apparaît-elle pas alors plutôt
comme l'une des conséquences majeures du nihilisme contemporain ?
I - Nos sociétés démocratiques sont fondées sur le pluralisme et la relativité des valeurs impliquant le respect
des opinions individuelles et de la liberté de conscience et d'expression dans la mesure où elles ne portent pas
atteinte à l'ordre public (pornographie, pédophilie, nazisme, etc ...). Ainsi tolère-t-on autrui, même si l'on est d'un
autre avis sur sa manière de penser (en politique par exemple) ou de vivre (homosexualité, etc...). Une telle attitude
se justifie par le caractère fini, dont parlait déjà Bayle, de la connaissance humaine: nous ne pouvons connaître la
vérité, ni en déterminer les critères absolus. La tolérance consiste à respecter le droit inaliénable de l'individu à
penser conformément à ses propres convictions parce qu'il n'y a pas en effet de vérité, ou de principe transcendant
absolu, et traduit par là le règne du subjectivisme: toutes les opinions se valent et tout le monde a le droit de les
exprimer. L'Etat lui-même, comme l'affirmait Locke dans sa Lettre sur la tolérance, se doit de ne pas contraindre les
individus et de respecter leurs opinions.
Ainsi entendue, la tolérance résulte du conventionalisme - toute vérité ne peut être qu'un accord entre les
hommes qui ne peut valoir que relativement - et de l'historicisme - tout phénomène humain ne peut être
qu'historique et donc relatif à tel ou tel moment donné de telle ou telle société - qui entérine la thèse selon laquelle
seul le particulier et le subjectif ont droit de cité.
II - Pourtant, cette conception de l'intolérance moderne repose sur des contradictions, voire des paradoxes,
qui ne vont pas sans poser problème.
En effet, ainsi que l'a montré Léo Strauss, le principe de tolérance se pose comme un absolu au moment même où il
affirme qu'il n'y a pas d'absolu. De même, il se veut universel alors qu'il résulte de la dissolution de l'universalisme.
Comment comprendre que d'un côté on nie absolument l'existence de principes de morale et de justice universels,
et que de l'autre on érige en absolu ce principe de relativité et d'équivalence qu'est la tolérance comme
conséquence nihiliste du conventionalisme et de l'historicisme ? Ce que met ainsi en jeu le principe de tolérance
n'est pas des moindres: comment continuer à respecter dans nos sociétés démocratiques les opinions de chacun et
échapper en même temps à la dissolution de nos valeurs et à renoncer à la recherche du vrai ?
III - Aussi la tolérance doit-elle être critiquée dans son principe même, à partir des contradictions qu'elle met
en jeu de manières interne et externe.
- critique interne :
A supposer que son exigence éthique ne soit pas un paradoxe comme nous venons de l'analyser, elle ne
pourrait quand même pas rendre compte de sa propre essence puisque, pour se faire, elle devrait faire appel à des
présupposés universalistes qu'elle nie pour se constituer comme telle: elle ne peut, de fait, rendre compte d'elle-
même et du principe sur lequel elle repose.
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- critiques externes :
La tolérance traduit son attitude comme étant le respect d'autrui: or tout respect suppose une égalité de
droit alors que la tolérance sous-entend la supériorité - et donc l'inégalité - de celui qui veut bien consentir à
supporter - ainsi tolérer des immigrés, c'est être en position d'autorité et de pouvoir, s'arroger la possibilité de ne
pas tolérer. Tolérer, c'est faire en sorte que l'autre dépende de moi, de ma bonne volonté à son égard. Elle apparaît
alors plutôt, comme l'affirme Sartre dans L'Etre et le Néant, comme la négation de la liberté de l'autre, puisqu'à
travers une telle attitude, je fais de ma liberté la condition de la sienne. De la même manière, elle ne peut valoir
comme un droit universel puisque, dans son essence - ne rien imposer, tout se vaut, il n'y a de valeurs que relatives -
elle en est la négation, tout droit ne possédant de valeur effective que si précisément il fait force loi et s'impose à
tous. Elle représente la négation de toute démarche scientifique et philosophique: c'est bien parce que toutes les
opinions ne se valent pas qu'il faut impérativement les combattre aussi bien au niveau des sciences (Bachelard) qu'à
celui de la philosophie (Socrate), pour tenter de cheminer vers la vérité. Enfin, elle constitue un véritable danger
pour la démocratie dont elle prétend exprimer la valeur puisque, par principe, celle-ci, sous peine d'intolérance, doit
accepter même les partis qui en sont la négation.
La tolérance se donne ainsi comme cette attitude d'indifférence généralisée, voire de désintérêt ou de
mépris de l'autre - je n'ai pas à lui dire qu'il se trompe puisque toutes les opinions se valent - qui fait qu'on ne prend
pas parti: elle traduit le confort de l'irresponsabilité et l'individualisme égoïste de nos sociétés de consommation.
Le relativisme de l'épistémologie et des valeurs dont est issue la tolérance n'est pas un argument nécessaire
et suffisant pour amener au seul nihilisme: le recours aux principes de la morale universaliste de Kant et la recherche
de fondements de principes éthiques universels du sujet moral peuvent en être encore aujourd'hui les contrepoints.
Le 16 novembre 1995, date du cinquantième anniversaire de l'Organisation, les États membres de l'UNESCO
ont adopté une Déclaration de principes sur la tolérance. Ils y affirment notamment que la tolérance n'est ni
complaisance ni indifférence. C'est le respect et l'appréciation de la richesse et de la diversité des cultures de notre
monde, de nos modes d'expression et de nos manières d'exprimer notre qualité d'êtres humains. La tolérance est la
reconnaissance des droits universels de la personne humaine et des libertés fondamentales d'autrui. Les peuples se
caractérisent naturellement par leur diversité ; seule la tolérance peut assurer la survie de communautés mixtes
dans chaque région du g Tout comme l'injustice et la violence caractérisées, la discrimination et la marginalisation
sont des formes courantes d'intolérance. L'éducation à la tolérance doit viser à contrecarrer les influences qui
conduisent à la peur et à l'exclusion de l'autre et doit aider les jeunes à développer leur capacité d'exercer un
jugement autonome, de mener une réflexion critique et de raisonner en termes éthiques. La diversité des
nombreuses religions, langues, cultures et caractéristiques ethniques qui existent sur notre planète ne doit pas être
un prétexte à conflit ; elle est au contraire un trésor qui nous enrichit tous.
L'éducation est un processus qui se prolonge toute la vie; il ne commence ni ne s'achève avec l'école. Les
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tentatives d'inculquer la tolérance au moyen de l'éducation ne réussiront que si elles touchent tous les groupes
d'âge, et partout : à la maison, à I’ école, sur le lieu de travail, dans les formations juridiques et celles dispensées aux
personnes chargées de faire respecter la loi, sans oublier les divertissements et les autoroutes de l'information.
«Le 16 novembre 1995, date du cinquantième anniversaire de l'Organisation, les États membres de
l'UNESCO ont adopté une Déclaration de principes sur la tolérance. Ils y affirment notamment que la tolérance n'est
ni complaisance ni indifférence. C'est le respect et l'appréciation de la richesse et de la diversité des cultures de
notre monde, de nos modes d'expression et de nos manières d'exprimer notre qualité d'êtres humains.
La tolérance est la reconnaissance des droits universels de la personne humaine et des libertés
fondamentales d'autrui. Les peuples se caractérisent naturellement par leur diversité; seule la tolérance peut assurer
la survie de communautés mixtes dans chaque région du globe. Tout comme l'injustice et la violence caractérisées, la
discrimination et la marginalisation sont des formes courantes d'intolérance.
L'éducation à la tolérance doit viser à contrecarrer les influences qui conduisent à la peur et à l'exclusion de
l'autre, et doit aider les jeunes à développer leur capacité d'exercer un jugement autonome, de mener une réflexion
critique et de raisonner en termes éthiques. La diversité des nombreuses religions, langues, cultures et
caractéristiques ethniques qui existent sur notre planète ne doit pas être un prétexte à conflit; elle est au contraire
un trésor qui nous enrichit tous. »
Tolérance et indifférence
«L'indifférence, c'est un état sans douleur ni plaisir, sans crainte ni désir vis-à-vis de tous ou vis-à-vis d'une
ou de plusieurs choses en particulier. L'indifférence, si elle n'est pas une pose, une affectation, n'a évidemment rien
à voir avec la tolérance. Dans la mesure où la tolérance, c'est l'acceptation de la différence, celui qui affiche
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l'indifférence n'a aucunement besoin de pratiquer la tolérance envers qui que ce soit ou quoi que ce soit. Si tant est
que l'indifférence soit un trait de la vieillesse, Maurois pouvait écrire: «Le vrai mal de la vieillesse n'est pas
l'affaiblissement du corps c'est l'indifférence de l'âme.»
Tolérance et indulgence
L'indulgence est une disposition à la bonté, à la clémence; une facilité à pardonner. L'indulgence va plus loin
que la tolérance, mais il est clair que les deux font un bout de chemin ensemble. L'indulgence est un trait de la
vieillesse quand celle-ci est un mûrissement et non un durcissement ou un pourrissement.
Tolérance et complicité
La complicité est une association dans le mal. Dans le langage juridique, comme dans le langage courant, il n'y a
complicité que dans un délit. En ce sens-là, il peut arriver que l'on tolère une situation, une conduite, parce que cela
fait «son affaire», comme on dit familièrement. Cette tolérance fournit un alibi, une excuse, un prétexte. Cette forme
de tolérance dure le temps d'un intérêt commun et provisoire.»
«(...) le terme de tolérance, pris en son sens propre, est inadéquat à la grande idée qu’on prétend lui faire
exprimer. En effet, tolérer une différence d’être et de la pensée, c’est la tenir en quelque sorte à distance avec une
note de condescendance et d’indulgence. Le respect d’autrui et de sa liberté demande plus et autre chose.»
«Tolérance s'oppose, bien sûr, à intolérance, mais cela ne nous avance guère. Il me semble que c'est le
fanatisme qui est le contraire de la tolérance. Alain définit la tolérance comme étant «un genre de sagesse qui
surmonte le fanatisme, ce redoutable amour de la vérité». On tient ici un bout de piste. Alain parle de «sagesse» et
de «surmonter». Non pas de la tolérance qui résulterait de l'indifférence, du mépris, de la faiblesse des convictions
ou du caractère, mais d'une sagesse qui surmonte. On retrace l'idée de force, nourriture souterraine de la tolérance.
Dans le même ordre d'idées, Guitton écrit: «Il y a dans la sagesse un esprit de compromis. La modération est-elle un
abandon? Si toute sagesse est l'acceptation de quelque incohérence, ne faut-il pas placer la sagesse du côté de
l'imperfection, et non pas du côté du bien?» Le «Tout ou rien» est le propre de l'intolérant. L’intolérance est raide et
abstraite; la vie est souple et «impure».
Dans l'idée de tolérance, il y a l'idée de délai. On tolère facilement une situation ou une personne que l'on
est sûr de pouvoir éviter ou neutraliser, à son gré ou prochainement. On tolère par politesse, par ruse, par calcul ou
tout bêtement par lassitude. Mais, au fond, on attend de n'avoir plus à tolérer. Si l'on veut sortir de cette conception
et de cette pratique de la tolérance, il faut passer à l'idée de respect. Si , au lieu de tolérer l'autre, c'est-à-dire le
différent et même l'opposant, je m'efforce de le comprendre et de le respecter, je fais preuve de force et de
confiance. Confiance dans la raison et dans le bien. Au-delà du respect, on entre dans l'ordre de la charité. Je ne sais
pas que saint Paul ait jamais prêché la tolérance, mais il écrit: «L'amour est patient, il ne s'irrite pas, il supporte tout,
croit tout, espère tout, endure tout.»
La tolérance, du latin tolerare (supporter), est la vertu qui porte à accepter ce que l'on n'accepterait pas
spontanément. C'est aussi la vertu qui porte à se montrer vigilant tant envers l'intolérance qu'envers l'intolérable.
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En d'autres termes, c'est une notion qui définit le degré d'acceptation face à un élément contraire à une
règle morale, civile ou physique particulière. Plus généralement, elle définit la capacité d'un individu à accepter une
chose avec laquelle il n'est pas en accord. Et par extension moderne, l'attitude d'un individu face à ce qui est
différent de ses valeurs.
la tolérance sociale : attitude d'une personne ou d'un groupe social devant ce qui est différent de ses valeurs
morales ou ses normes ;
la tolérance civile : écart entre les lois et leurs applications et l'impunité ;
la tolérance selon John Locke : « cesser de combattre ce qu'on ne peut changer » ;
la tolérance religieuse : attitude devant des confessions de foi différentes ;
la tolérance en technique : marge d'erreur acceptable, ou capacité de résistance à une agression.
Toute liberté ou tout droit implique nécessairement, pour s'exercer complètement, un devoir de tolérance
et de respect.
Selon certains moralistes, la notion de tolérance est associée à la notion absolue de bien et de mal. La
tolérance s'exerce lorsqu'on reconnait qu'une chose est un mal, mais que combattre ce mal engendrerait un mal
encore plus grand. La tolérance peut alors conduire à une abstention volontaire dans le combat contre un mal
identifié comme tel. Cette abstention n'est pas motivée par une relativisation des notions de bien et de mal, mais au
contraire par la pleine conscience d'un mal qui ne peut malheureusement pas être combattu sans produire un autre
mal plus grave encore.
Tolérance politique
La notion de tolérance est fondamentalement une notion morale, devenue notion politique et juridique. Elle
a été théorisée sous cet angle par la philosophie à partir des XVIIe et XVIIIe siècles, une époque où sévissaient en
Europe les guerres civiles dites guerres de religion (c’est-à-dire une époque où la religion était le véhicule de conflits
politiques débouchant sur des guerres). Elle a été développée pour y mettre fin, en définissant les règles et
conditions auxquelles la diversité des idées, opinions et croyances, pouvaient être supportées et tolérées dans une
même société, sans pour autant la mettre en danger en créant des divisions incompatibles. L'auteur de référence
pour la théorie de la tolérance est l'anglais John Locke.
Tolérance sociale
La tolérance sociale est la capacité d'acceptation d'une personne ou d'un groupe devant ce qui n'est pas
similaire à ses valeurs morales ou les normes établies par la société.
On a souvent tendance à assimiler la tolérance à des notions qui se révèlent fondamentalement différentes,
bien que proches sur certains points.
L'indifférence
L'indifférence est de n'éprouver ni plaisir, ni douleur, face à ce que l'on perçoit. Il n'y a aucunement besoin
de tolérance face aux choses pour lesquelles on n'éprouve pas d'émotion. Par exemple, une personne pour qui les
questions de religion ne sont pas une préoccupation, ne peut être qualifiée de tolérante ou intolérante en matière
religieuse.
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La soumission
La soumission est l'acceptation sous la contrainte. Pour qu'il y ait tolérance, il faut qu'il y ait choix délibéré.
On ne peut être tolérant qu'avec ce qu'on a le pouvoir (d'essayer) d'empêcher.
L'indulgence
L'indulgence va plus loin que la tolérance, en cela qu'elle est une disposition à la bonté, à la clémence, une
facilité à pardonner, alors que la tolérance peut être condescendante.
La permissivité
La permissivité, tout comme l'indulgence, va plus loin que la tolérance. Elle se distingue de l'indulgence par
l'absence de référence aux sentiments. Elle se définit comme une propension à permettre sans condition.
Le respect
Le respect suppose que l'on comprenne et partage les valeurs d'une personne ou d'une idée dont l'autorité
ou la valeur agit sur nous. Par le respect, nous jugeons favorablement quelque chose ou quelqu'un ; en revanche, par
la tolérance, nous essayons de supporter quelque chose ou quelqu'un indépendamment du jugement que nous lui
portons : nous pouvons haïr ce que nous tolérons, accepter à contre cœur. La sensation de se sentir respecté ne
peut que mener à notre épanouissement.
Tolérance et idéal
La tolérance est généralement considérée comme une vertu, car elle tend à éviter les conflits. Ainsi Kofi
Annan disait-il que « La tolérance est une vertu qui rend la paix possible. »
Dans certaines philosophies, comme la philosophie bouddhique, la tolérance est le premier pas vers
l'équanimité, c'est-à-dire l'acceptation sans effort. La tolérance envers ce qui nous agresse, est un exercice à
pratiquer sur soi-même.
Tolérance et réprobation
Cependant, on considère généralement qu'il n'y a pas de tolérance sans agression, c'est-à-dire qu'on ne peut
être tolérant que face à ce qui nous dérange (c'est-à-dire ce avec quoi on n'est pas en accord) mais qu'on accepte
par respect de l'individu (l'humanisme) ou pour la défense d'un idéal de liberté (le libéralisme).
« Je ne suis pas d'accord avec toi, mais je te laisse faire par respect des différences. »
La tolérance pour la défense d'un idéal de liberté, est parfaitement illustrée par une célèbre citation
attribuée de façon apocryphe à Voltaire « Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'au
bout pour que vous puissiez le dire. »
Cela semble un résumé de ce que disait Voltaire sur Helvétius à l'article Homme des Questions sur
l'Encyclopédie : « J’aimais l’auteur du livre De l’Esprit. Cet homme valait mieux que tous ses ennemis ensemble ; mais
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je n’ai jamais approuvé ni les erreurs de son livre, ni les vérités triviales qu’il débite avec emphase. J’ai pris son parti
hautement, quand des hommes absurdes l’ont condamné pour ces vérités mêmes. »
La tolérance est soit un choix dicté par une conviction, soit un choix condescendant. Dans tous les cas, pour
qu'il y ait tolérance, il faut qu'il y ait choix délibéré. On ne peut être tolérant qu'avec ce qu'on a le pouvoir d'essayer
d'empêcher. L'acceptation sous la contrainte est la soumission.
Depuis les années 1950, la tolérance est généralement définie comme un état d'esprit d'ouverture à l'autre.
Il s'agit d'admettre des manières de penser et d'agir différentes de celles que l'on a soi-même. Il est d'autant plus
difficile de comprendre un comportement (et éventuellement de l'accepter) qu'on n'en connaît pas les origines. C'est
pourquoi l'éducation est souvent considérée comme un vecteur de tolérance.
Ainsi Helen Keller disait « Le meilleur aboutissement de l'éducation est la tolérance. »
Tolérance civile
Les mentalités évoluant — sur certains sujets — plus vite que les lois, il existe un décalage entre la morale
sociale (celle qu'un groupe légitime) et les lois civiques. Ainsi, certaines dispositions de la loi peuvent, à un moment
donné, être reconnues inadaptées et, de ce fait, n'être appliquées que partiellement ou plus du tout, faute de
moyens.
Les modalités d'application de la loi qui devraient dépendre des décrets qui les promulguent, dépendent en
fait souvent de la disponibilité du pouvoir à les faire appliquer. Par exemple, les décrets Jean Zay (1936) prévoient
l'interdiction du port de signes religieux et politiques dans les écoles françaises, pourtant, la non application de ces
décrets a conduit les autorités à soumettre une nouvelle loi sur le même sujet en 2004. Ainsi Georges Clemenceau
disait dans Au soir de la pensée, « Toute tolérance devient à la longue un droit acquis. »
Historiquement, la première notion de tolérance est celle défendue par John Locke dans sa Lettre sur la
tolérance, qui est définie par la formule « cessez de combattre ce qu'on ne peut changer ».D'un point de vue social, il
s'agit de supporter ce qui est contraire à la morale (ou à l'éthique) du groupe posée comme un absolu. Il s'agit
principalement de réaction face à un comportement que l'on juge mauvais, mais que l'on accepte parce qu'on ne
peut faire autrement. C'est donc à partir d'une glorification de la souffrance que s'établit une conception éthique de
la tolérance.
Le respect de l'individu et de ses idées n'intervient qu'à partir du moment où l'on ne peut convoquer la
puissance publique contre sa façon de faire et ce respect globalement n'apparaît dans le droit qu'à partir de 1948 et
de la déclaration universelle des droits de l'homme. Dans ce cadre, la tolérance n'est pas une valeur individuelle,
mais un dynamisme évoluant entre la réception de la règle et l'aptitude du pouvoir à la faire respecter. Cette notion
de tolérance dépend donc de la façon dont le pouvoir conçoit sa relation à la vérité et des moyens qu'il est disposé à
investir pour faire valoir cette conception.
Exemple
Les débats contemporains sur l'homosexualité. Tant que la puissance publique considéra les pratiques de
cette minorité comme un délit, il était facile de menacer un homosexuel de la perte de son travail ou d'organiser des
chasses aux homosexuels qui demeuraient impunies. Depuis que le délit a disparu du Code pénal de la plupart des
pays démocratiques, on respecte les individus tout en manifestant contre les projets visant à leur accorder, suivant
les points de vue, soit la pleine jouissance des Droits de l'homme, soit une symétrie absolue avec l'hétérosexualité.
Le philosophe américain John Rawls, dans son ouvrage de philosophie morale A Theory of Justice (Une
Théorie de la justice), établit que la tolérance est une vertu nécessaire à l'établissement d'une société juste. Mais il
pose la question « Doit-on tolérer les intolérants ? ». Rawls y répond positivement, indiquant que de ne pas les
tolérer serait intolérant et serait donc une injustice. Par contre il établit qu'une société tolérante a le droit, et le
devoir, de se protéger et que ceci impose une limite à la tolérance : une société n'a aucune obligation de tolérer des
actes ou des membres voués à son extermination.
Discussion
La « Théorie de justice » fait référence à « une société juste », dont les membres seraient pour la plupart
tolérants, et capable de tolérer les intolérants. On peut légitimement lui opposer « une société tolérante », ce qui
implique pour chacun de ses membres, la pratique de la « tolérance mutuelle », et exclut la permissivité et
l'intolérable.
Tolérance religieuse
La tolérance religieuse est une attitude adoptée devant des confessions de foi différentes ou devant des
manifestations publiques de religions différentes. Exemple, l'édit de Tolérance de 1787 (France) autorise la
construction de lieux de cultes pour les protestants à condition que leur clocher soit moins haut que celui des églises
catholiques.
« Le mot, en son sens moderne, vaut [...] comme rejet ou condamnation ; la secte, c'est l'Église de l'autre. »
— André Comte-Sponville, Dictionnaire philosophique, Paris : PUF, 2001.
Il faut différencier trois domaines de tolérance religieuse. Tout d'abord, la tolérance inscrite dans les textes
sacrés auxquels se réfère la religion. Ensuite, l'interprétation qui en a été faite par les autorités religieuses. Enfin, la
tolérance du fidèle, qui, bien que guidée par sa foi, n'en reste pas moins individuelle.
Le monothéisme
Avec le développement du monothéisme (judaïque, chrétien, puis islamique) apparaît la notion d'exclusivité
du divin.
Judaïsme : « Tu n'auras pas d'autres dieux devant ma face. », (Exode 20,3).
Christianisme : « Je crois en Dieu, le Père Tout-puissant, Créateur du ciel et de la terre. » (Symbole des
Apôtres, IIe siècle)
o Catholicisme : en 392 Ambroise de Milan obtient de Théodose II un édit autorisant la mise à mort
des « juifs, des païens, et des hérétiques ».
o Protestantisme : « Dirons-nous qu'il faut permettre la liberté de conscience ? Pas le moins du
monde, s'il s'agit de la liberté d'adorer Dieu chacun à sa guise. C'est un dogme diabolique. »,
Théodore de Bèze, 1570. En cela Théodore de Bèze est un excellent témoin des 150 premières
années du protestantisme qui furent tout aussi autoritaires que le catholicisme. Toutefois le
tournant fut pris avec John Locke et sa lettre sur la tolérance intervenant dans le conflit entre le
courant calviniste et dogmatique et les Remontrants.
Islam : « Il n'est d'autre dieu qu'Allah » mais aussi pas de contrainte en religion (Coran 256/2)
On comprend donc que la tolérance n'est pas une vertu intrinsèque de telle ou telle religion mais dépend du
choix de ses hommes et de ses hiérarchies comme de leur capacité à s'associer à un pouvoir.
Le dialogue interreligieux
La tolérance n'a donc pas de tout temps existé. Déjà Platon, d'après une rumeur colportée par Diogène
Laërce, aurait voulu brûler en place publique les œuvres de Démocrite. L'ouverture de la culture grecque aux
cultures extérieures et le dialogue continuel des philosophes entre eux ont généré un climat intellectuel tendu mais
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propice aux échanges et à la réflexion. C'est la philosophie des Lumières qui transforme ce qui semblait une faiblesse
chez Augustin d'Hippone, théoricien de la persécution légitime, tel que le présentait Bossuet.
Le symbole du tournant est cette phrase de Voltaire : « je n'aime pas vos idées mais je me battrai pour que
vous puissiez les exprimer ». Il se constitue alors un mouvement intellectuel luttant contre les intolérances du
christianisme : « De toutes les religions, la chrétienne est sans doute celle qui doit inspirer le plus de tolérance,
quoique jusqu'ici les chrétiens aient été les plus intolérants de tous les hommes. » (Dictionnaire philosophique,
article « Tolérance » 7).
Le développement des Sciences religieuses dans la philosophie allemande du XIXe siècle a permis la mise en
œuvre d'un savoir laïc sur le phénomène religieux qui est perçu comme une menace par les religions. Tel fut l'enjeu
de la crise moderniste, tel est encore l'enjeu de bien des conflits ayant à voir avec le phénomène religieux.
Les moyens de transport et de communication du XIXe siècle et du XXe siècle ont permis des échanges
culturels qui ne facilitent pas autant le dialogue interreligieux. La démocratisation du voyage se fait par la méthode
du voyage organisé qui permet rarement la rencontre de l'autochtone. En revanche, les échanges d'étudiants,
jusqu'ici réservés aux classes supérieures des pays développés, pourraient améliorer la situation par des
financements européens, tel le programme ERASME.
Du fait de la vocation de la plupart des religions à n'enseigner que ce qu'elles croient vrai désignant par
toutes variantes du faux tout ce qu'elles n'ont pas exprimé elles-mêmes (méthode des épicycles coperniciens décrite
pour la première fois dans le domaine religieux par John Hick dans God Has Many Names (1988) et popularisé par
depuis par Régis Debray dans Le Feu sacré : Fonction du religieux, Fayard, 2003), on ne peut dire que la culture
religieuse de l'Européen moyen ait grandement avancé.
La réflexion sur la vérité religieuse, pourtant bien amorcée par Michel de Certeau, dans L'invention du
quotidien, t. II : manières de croire n'a été reprise par aucune religion. Le croyant ignore donc le sacré des autres et
exige des mêmes autres la révérence en ce que lui croit, révérence qu'il n'est pas prêt à manifester à l'égard de ses
interlocuteurs.