CHAPITRE I : PHONÉTIQUE
ET ÉCRITURE
AMAZIGHS KABYLES·MARDI 6 OCTOBRE 2020·TEMPS DE LECTURE ESTIMÉ : 13 MINUTES
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Phonétique, écriture
Les sons, consonnes et voyelles, qui forment les mots de la langue kabyle sont
représentés par un alphabet de 32 lettres, basé sur une notation latine.
Le kabyle s'écrit en caractères latins depuis plus d'un siècle avec un système de
notation qui a évolué constamment, depuis les travaux de Boulifa S.A. jusqu'à
ceux de M. Mammeri.
Le système de transcription employé ici représente le dernier stade de cette
évolution, qui n'est probablement pas encore arrivée à son terme.
Il suit les recommandations des ateliers sur la notation usuelle du berbère
organisés par le Centre de recherche berbère de l'Inalco (Institut national des
langues et civilisations orientales, Paris).
On présentera d'abord l'alphabet kabyle avant de le justifier et d'examiner les
conventions d'écriture.
a awal parole
b bedd être debout | bibb porter sur le dos
c amcic chat
č ečč manger
d ader citer | ldi ouvrir
ḍ aḍ ar pied
e lles tondre
f afus main
g agu brume , zgel rater, agem puiser
ğ eğğ , laisser
h ih oui
ḥ ḥ udd défendre
i if surpasser,
j jji guérir
k kra quelque, rkem bouillir, aker voler
l ili être
m imi bouche
n ini dire
γ iγi petit-lait , alγem chameau
q aqerruy tête, aqrab cartable, gibecière
r aru écrire
s sin deux
ṣ ṣedded être rouillé
t itri étoile
t ntu être enfoncé, ttru pleurer
ṭ iṭij soleil
u ut coeur
w awren semoule
x axxam maison axnac liège
y yiwen un
z izi mouche
ẓ aẓar racine
ɛ aɛrur dos
Notes:
Pour la transcription phonétique (utilisée dans des exemples ou à titre d'illustration
entre crochets []), on adoptera les règles suivantes:
• Le trait sous la consonne indique une spirante : ḇ,ḏ,ḡ... (voir 1.3.1)
• Le point sous la lettre indique l'emphase ou pharyngalisation : ḷ, ṣ... (voir
[Link]).
1.1 Les voyelles
Il existe 3 voyelles fondamentales : a, i et u (prononcé ou).
Suivant l'emplacement de la voyelle dans le mot et les consonnes qui l'entourent,
le timbre de la voyelle peut varier. Par exemple, la voyelle « u » peut avoir une
prononciation proche de « o » dans certains contextes, comme dans aḍu « vent ».
La voyelle neutre « e » (encore appelée voyelle zéro ou schwa) se prononce sans
esquisser de mouvement de la bouche. Elle facilite simplement la prononciation de
groupes de consonnes:
gzem couper
gezmen ils ont coupé.
Elle apparaît pour éviter la constitution de groupes de plus de deux ou trois
consonnes. Son instabilité dans le mot montre qu'elle n'a pas de statut
phonologique:
gzem [gzem] awal! Coupe la parole / tais-toi!
gezmeγ [gzemγ awal] J'ai coupé la parole.
gezmeγ-ak [gzemγ-ak] awal Je t'ai coupé la parole.
• Elle est notée en initiale dans les verbes à l'impératif de la forme ec(c): eg
«faire», enz «être vendu », ečč« manger »...
La place de cette voyelle dans le verbe à l'écrit est indiquée en annexe, car c'est
surtout là qu'elle pose problème.
1.2 Les consonnes
Les lettres f, j, l, m, n, z se prononcent comme en français.
s est toujours prononcé sourd (dur) comme dans le français « sourd
»
c est prononce « ch » comme dans le français « chat »
y prononcé comme dans « youyou»
w est prononcé « ou » comme le français « oui»
r est toujours prononce roule.
h se prononce prononce en expirant fortement l'air
q est prononcé en appliquant la racine de la langue contre le voile du
palais
x se prononce en rapprochant le voile du palais et la partie
postérieure de la langue (raclement au fond de la gorge).
γ est prononcé comme le « r » de « riz
ḥ s'obtient par le frottement de l'air expiré du fond du gosier entre
les parois du pharynx fortement contractées (consonne sourde).
ɛ s'obtient de la même manière que la précédente, mais avec
vibration du larynx (consonne sonore).
(Voir le tableau phonétique du kabyle en annexe)
1.3 Conventions
1.3.1 Consonnes spirantes et occlusives
Une consonne occlusive est émise en ne laissant aucun passage à l'air, elle ne peut
être prolongée.
Une consonne est spirante quand elle peut être prolongée. Elle est émise en
laissant un petit passage à l'air.
En kabyle, les consonne sont en règle générale prononcées spirantes.
Les occlusives ne sont que des variantes contextuelles toujours prévisibles (à
quelques exceptions près).
Il n'y a donc pas de distinction entre spirantes et occlusives à l'écrit: les occlusives
(comme k dans rkem « bouillir ») et les spirantes (comme k dans akal « terre »)
sont représentées par la même lettre.
Les lettres b, d, g, k et t peuvent avoir ces deux prononciations.
Les consonnes spirantes kabyles se réalisent occlusives dans les contextes
suivants:
(a) /k/ est occlusif après f, b, s, 1, r, n, h, c, s:
efk -donner
ibki singe
tilkit pou
rkem bouillir
ḥku raconter
ickir chêne
skef humer
nkikez s'agiter
ɛkef être courbé
b) /g/ est occlusif après b, j, r, z, c :
bges se ceindre
rgem insulter
jgugel se cramponner
egez être paresseux
ezg convenir
Exception: rgagi [r ḡa ḡi] trembler
Après n, /g/ est occlusif dans les mots suivants et leurs dérivés
ngeb se masquer
ngedwi se rassembler
ngeft être déchu
nages bousculer
ngeẓwer résister
ngedwal se rassembler
angaẓ misère
(c) /d/ est occlusif après l, n:
ldi ouvrir
ndu être battu (lait)
(d) /t/ est occlusif après 1, n:
ntu être fiché
ltex être écrasé
(e) /b/ est occlusif après m:
mbaḍ procurer
ambaṣi condamné
tambult vessie
Des homographes, ayant l'un un son spirant et l'autre un son occlusif sont rares.
On peut citer par exemple, le pronom régime direct k "te, toi" occlusif et son
correspondant indirect k [ik] "À toi" qui est spirant
• k-azneγ [aḵazneγ] je t'enverrai (toi, direct)
• k-azneγ [akazneγ] je t'enverrai (à toi, indirect).
1.3.2 Tension
La tension consonantique est fondamentale en berbère. La consonne tendue doit
être prononcée avec force. Il faut bien faire la différence entre une consonne
simple et une consonne tendue car le mot a une signification différente selon la
prononciation.
La tension est représentée par une double lettre: ifeγ « je surpasse » est différent
de yeffeγ « il est sorti ».
De même, il ne faut pas confondre ifis « hyène » et iffis « trèfle ».
1.3.3 Pharyngalisation ou emphase
- Le point sous la lettre indique l'emphase: ḍ, ṣ, ṭ, ẓ qu'il faut bien distinguer des
lettres sans emphase d, s, t, z(voir les exemples du tableau). Une seule exception,
le ḥ n'est pas emphatique. .
En plus de l'articulation principale (d, s, t, z), il y a poussée de la racine de la
langue dans la région du pharynx pour obtenir une emphatique.
- L'emphatique ṛ .
L'ancienne convention était de noter l'emphase r qu'en dehors du contexte
emphatique, c'est-à-dire si le mot ne contient pas une des emphatiques ḍ, ṣ, ṭ ou ẓ
ni une des vélaires x, γ ou q (aḍar « pied », aγrum « pain », aqerruy « tête »,
xrez « coudre grossièrement », xser « se gâter », mais : taṛakna « tapis », taṛuka
« quenouille »).
En fait, les cas d'ambiguïté sont rares et le contexte permet de les lever:
rwiγ « je ne suis pas bien, je suis tout remué » - ṛwiγ «Je suis rassasié »
La convention retenue ici est de l'écarter complètement de l'alphabet et donc de ne
pas la noter. On écrira donc : tarakna tapis taruka quenouille .
- Il existe d'autres emphatiques relevées dans de rares exemples llufan [ḷḷufan]
bébé, petit enfant uccay [uċċay] lévrier
L'emprunt à l'arabe llufan apparaît dans certains parlers kabyles sous la forme :
lḍufan ou lṭufan.
Ces emphatiques ne sont pas notées car il ne peut y avoir de confusion, le même
mot avec le son non emphatique n'étant pas attesté.
1.3.4 Affriquées
- L'accent circonflexe renversé est utilisé pour les affriquées: č est prononcé à peu
près comme le français tch et ğ est prononcé dj.
- L'affriquée « ⱬ» [prononcée dz] est très rare et apparaît toujours tendue, en
général dans une forme verbale (l'aoriste intensif) de verbes trilitères ayant « z »
pour consonne centrale:
aoriste. : gzem! « coupe ! »
aoriste intensif. : geⱬⱬem « coupe habituellement ! ».
Il n'y a aucun risque de confusion ni d'ambiguïté et sa prise en compte dans
l'alphabet n'est pas nécessaire. On écrira donc l'aoriste intensif de gzem « gezzem
».
On note quand même l'existence d’au moins deux verbes kabyles (empruntés à
l'arabe?) ayant comme consonne radicale l'affriquée : ⱬⱬu «exécuter, accomplir,
achever ; suffire » et ⱬⱬi« suffire ». On peut convenir de noter ces verbes comme
suit : dzu et dzi. On écrira aussi adzayri « Algérien », Dzayer ou Ledzayer «
Alger; Algérie
- L'affriquée « ț » [prononcée ts] est rare en dehors de la Kabylie (où elle n'est
d'ailleurs même pas généralisée). Elle correspond dans d'autres parlers ou dialectes
à la tendue tt.
Ce phonème se rencontre principalement dans l'aoriste intensif d'un grand
nombre de verbes kabyles et dans les préfixes [țwa] /[ țu] qui servent à former le
passif. On écrira donc par exemple (pour une exception, voir 3.1.1)
yettawi il prend pour [yețțawi]
yettwakrez il a été labouré pour [yețțwakrez] yettubeddel il a été changé pour
[yețțubeddel]
ttu oublier pour [țțu]
1. 3.5 Labio-vélarisation
Les consonnes g, k, y, x, et q sont parfois accompagnées d'un arrondissement des
lèvres, qui est l'amorce d'un w comme dans akwer « voler, dérober ». Ce
phénomène (appelé labio-vélarisation) n'existe pas dans certains parlers kabyles
et d'autres langues berbères.
Différentes manières de transcrire ce phénomène ont été employées
(a) consonne suivie d'un w sur la ligne:
awnac liège
akwer dérober
agwad avoir peur
alγwem chameau
aqwrab cartable
(b) consonne avec en exposant un w (notation de l'alphabet phonétique
international): axʷnac, akʷer, agʷad, alγʷem, aqʷrab
(c) consonne avec en exposant un o : ax°nac, ak°er, ag°ad alγ°em, aq°rab
(d) consonne surmontée d'un o
La labio vélarisée ḃḃ (pratiquement toujours tendue) n'est qu'une réalisation
régionale de la tendue ww Ailleurs, cette dernière se réalise ġġ
On adoptera la notation ww et on écrira par exemple
yewwi « il a emporté » (prononciations locales [yewwi] ou [yeḃḃi] ou encore
[yeġġi])
yewweḍ « il est arrivé » (prononciations locales [yewwed] ou [yeḃḃed]ou encore
[yeġġed])
Dans certains parlers kabyles, la labio vélarisation distingue deux mots qui sans
cela seraient homonymes et homographes), comme par exemple xerref « dire des
bêtises, des plaisanteries ou des mensonges » xwerref « cueillir, manger des
figues fraîches ». Or, d'autres parlers ne font pas la différence : ce sont des
homophones stricts.
Nous donnons plus bas quelques exemples de ces paires minimales.
Un grand nombre de termes sont des noms d'action verbaux ou des homonymes
empruntés à l'arabe
regʷgʷel < aor. int. de rwel fuir> | reggel <aor. int. de rgel boucher >
tegʷgʷ < aor int de egg, pétrir >| tegg <aor int de eg faire>
agʷdal prairie, pré | agdal, n. a. v. de gdel être protégé
aqʷrab cartable |aqrab, n. a. v. de qreb être proche
arekʷti pâte | arekti, n a v de rrekti diminuer
gʷri rester en amère | gri ourdir la chaîne
sqʷerqʷer s'arrêter de pondre |sqerqer épouvanter
La labio-vélarisation ne sera donc pas notée On écrira simplement -aker « voler »;
agad « avoir peur »; alγem « chameau »... On considérera les paires minimales
comme homonymes (et homographes). ..
1. 3.6 Phonèmes ɛ et ḥ
Les phonèmes ɛ et ḥ semblent à l'origine étrangers au berbère, et on les trouve
surtout dans les emprunts du berbère au sémitique. Ils ont souvent une valeur
expressive, et leur présence ou non dans un mot dépend également du parler; en
particulier pour ɛ.
Exemples: ( Koc : Kabylie occidentale, Kor : Kabylie orientale)
Ait Menguellat (Koc) : miẓẓed / s'étirer et bɛuẓẓel / s'étirer s'étendre de tout son
long
Ighil Ahi (Kor) mɛiẓẓed buẓẓel
1. 3.7 Modifications phonétiques
Les changements phonétiques entre les parlers kabyles sont très réduits et
l'intercompréhension est toujours immédiate.
Voici quelques exemples:
g /j : igider / ijider :vautour, aigle
l /y : ad yali / ad yayi : il montera
1/z : adfel / adfez neige
Les deux derniers cas sont systématiques dans certains parlers kabyles (l se
transforme en y dans l'un, et z dans l'autre).
Phénomènes que l'on trouve dans la plupart des parlers:
• En général, les tendues γγ, ww et 44 se transforment respectivement en qq, gg
[gg, gʷgʷ] ou bb [bb, bʷbʷ] et ṭṭ.
Comme beaucoup de verbes forment leur aoriste intensif (aspect qui indique
l'habitude ou la durée) par la tension d'une consonne, ce phénomène est très
fréquent. On le trouve également dans le nom d'action verbal et le prétérit (aspect
accompli) de certains verbes de qualité.
Aoriste / aoriste intensif
krez labourer / kerrez labourer hab.
lmed apprendre/ lemmed apprendre hab.
mais
Aoriste /aoriste intensif
γer lire, appeler/γγar → qqar, lire, appeler hab
rwe fuir/rewwel → reggel,fuir hab.
ḍ es coucher→ iṭas coucher hab.
Aoriste /Nom verbal
aḍ en, être malade /aṭṭan, maladie
bḍ u, partager / beṭṭu, partage -
La colonne centrale n'est pas tout à fait hypothétique: il existe des parlers kabyles
qui emploient la tendue γγ par exemple pour faire une distinction sémantique:
Aoriste/aoriste intensif
γer lire, étudier/ qqar
γer appeler/ γγar.
Certains parlers emploient également la forme rewwel au lieu de la forme la plus
courante reggel.
Ce phénomène n'est cependant pas limité aux dérivés, car on trouve des
réalisations différentes (entre crochets) pour les noms et les verbes entre parlers
kabyles:
tawwurt [tawwurt, taggurt, tabburt] : porte
eww [eww, eġġ eḃḃ] :être cuit, mûr
cewwel [cewwel, ceġġel, ceḃḃel] troubler
1. 3.8 Assimilation
L'assimilation se produit au contact de deux phonèmes. L'un des deux disparait,
l'autre se transformant en général en tendu, parfois avec apparition d'une
labialisation. Elle n'est pas notée à l'écrit.
Ce phénomène affecte plus particulièrement les prépositions suivies d'un nom et le
pronom, indéfini il ay suivi d'un verbe.
Le tableau suivant en donne des exemples (voir également le 4. 1.4)
Écriture /prononciation
n temγart, de la vieille / t-temγart
n wemγar, du vieux/w-wemγar, ġġemγar, ḃḃemγar, ppemγar
yiwen (n) wass, un jour/ yiwwas, yiġġas, yiḃḃas
n yemγaren, des vieux/g-gemγaren, y-yemγaren
deg wexxam, dans la maison/deg-gexxam deġ-ġexxam
deg yexxamen,dans les maisons/deg-gexxamen
deg unebdu,en été /deġ-ġnebdu, deg-gnebdu
γef ufus, sur la main/ γef-fufus
γef wakal sur la terre /γef-fakal
am ergaz, comme un homme/ am-mergaz
d taqcict, c'est une fille/ t-taqcict, ț-țaqcict
d teqcict, avec la fille/t-teqcict, ț-țeqcict
i iruḥ en, qui est parti/i-gruḥ en
i yeččan,qui a mangé /i-geččan
ay yefkan,qui a donné /a-geftan
teččiḍ -t, tu l'as mangé/ teččiṭ-ṭ
Les assimilations suivantes sont facultatives
Écriture/prononciation
awal n Rebbi,la parole de Dieu/awal r-Rebbi
arraw n Faḍ ma, les enfants de Fadhma / arraw f-Faḍ ma
rrif n lebḥ er,le bord de la mer /rrif l-lebḥ er
ayla n medden,les biens des gens/ayla m-medden
tamurt n baba, le pays de mon père/tamurt m-baba
Si la consonne est tendue, il n'y a pas assimilation
aqrab n mmi/le cartable de mon fils
arḍ el n lleft/une livre de navets
ussan n ddurt/les jours de la semaine
iferr n ttejra/la feuille de l'arbre
1. 3.9 Autres phénomènes
Au contact ou au voisinage des consonnes sonores d et z ou des chuintantes j et c,
« s » se réalise z, j ou c :
yenna-yas-d « il lui a dit » (prononcé [yenna-yaz-d])
zzenz « vendre » provient de la forme inusitée ssenz (dérivé de enz « être vendu »)
ccucef « prendre un bain » provient de la forme inusitée ssucef (dérivé de ucuf
«être baigné »)
Ces réalisations (sauf, pour certaines formes dérivées en s) ne sont pas notées.
Il est parfois utile et nécessaire de noter l'élision, comme dans m'ara < mi ara «
quand (+ futur) » et avec le verbe ini « dire » à l'impératif lorsqu'il est accompagné
de certains pronoms personnels compléments: in'as < ini-(y)as « dis-lui ».
1. 3. 10 Structure du mot
Le nom (ou le verbe) kabyle est formé à partir d'une racine, constituée d'une ou de
plusieurs consonnes, qui exprime une idée.
Le berbère compte principalement des racines à 2 ou 3 consonnes (bilitères ou
trilitères).
Un schème (affixes et / ou voyelles) permet d'obtenir les noms et les verbes.
Ainsi, la racine GMR (c1c2c3) fournit par exemple les mots:
- schème nul c1c2c3 : gmer (verbe) « cueillir»;
- schème a + c1c2 + a + c3 = ac1c2ac3: agmar (nom d'action verbal) « action de
cueillir »;
- schème an + c1c2 + a + c3= anc1c2ac3: anegmar (nom d'agent) « celui qui
cueille ».
Les dictionnaires actuels sont organisés selon les racines et non pas les mots. II
faut donc, avant de chercher un mot, trouver sa racine, c'est-à-dire le débarrasser
du schème dont il est porteur. Sous l'entrée du dictionnaire, c'est-à-dire à la racine,
on trouve les mots qui en sont issus.
Le nom et le groupe nominal II
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B. affixes des noms de parenté
<> Les noms de parenté sans voyelle initiale ont des affixes particuliers:
Personne /singulier/pluriel
1re p. m. / --- / tneγ
1re p. f. / --- / tenteγ
2 ͤ p. m./ ---/ twen
2 ͤ p. f./ ---/ tkent
3 ͤ p. m./ ---/ tsen
3 ͤ p. f./ ---/ tsent
Pour la 1re [Link]. , il n'y a pas d’affixes:
yemma ma mère
yemma-tneγ notre mère
mmi mon fils
mmi-s son fils
<>Les affixes sont liés par un tiret au nom de parenté:
gma-s son frère
weltma-tkent votre soeur
xalti-k ta tante
baba-twen votre père
<> Pour les noms de parenté avec voyelle initiale, on utilise les affixes des noms
ordinaires:
aḍeggal parent (allié)
ayaw neveu utérin
<> L'emploi absolu des noms de parenté le modèle suivant:
gma-s n Yidir le frère de Yidir (Litt. : son frère de Yidir)
3.1.4. 3 Pronom affixe des prépositions
(Les prépositions sont traitées au 5 3.1.7)
Les affixes sont toujours liés à la préposition par un trait d'union
Singulier /formes en 1)/formes en 2 / formes en 3.
1re p. m. / i, i, i
1re p. f. / i, i, i
2 ͤ p. m. /k, ak, ak
2 ͤ p. f. /m, am, am
3 ͤ p. m./ s, as, as
3 ͤ p. f. / s, as,as
Singulier /formes en 1, 2 et 3 .
1re p. m. / neγ , aneγ, atneγ
1re p. f. /nteγ, anteγ, atenteγ
2 ͤ p. m. /wen, awen, atwen
2 ͤ p. f. /kent/ akent/ atkent
3 ͤ p. m./ sen, asen, atsen
3 ͤ p. f. / sent, asent, atsent
(1) forme utilisée avec la plupart des prépositions
zdat-m devant toi (f.)
γur-s chez lui
nnig-neγ au-dessus- de nous
(2) forme employée avec les prépositions gar « entre » et fell « sur »:
gar-asen entre eux
fell-ak sur toi (m.)
(3) forme utilisée avec ddaw « sous » et d tama « à côté de ». Cette dernière se
terminant par la voyelle « a », les affixes perdent leur
voyelle initiale:
ddaw-as sous lui (elle)
ddaw-atneγ en-dessous de nous
d tama-s à côté de lui/elle
d tama-tneγ à côté de nous
Remarque : tama « côté » est un nom, c'est pourquoi certains parlers emploient
avec lui les affixes des noms ordinaires.
d tama-w à côté de moi
d tama-nsen à côté d'eux
3.1.4. 4 Pronom affixe du verbe
L’affixe, qu'il soit postposé ou antéposé, complément d'objet direct ou indirect, est
lié au verbe par un tiret dans l'écriture. Il existe une forme complète et des
variantes réduites liées à la morphologie du verbe et à son aspect (aoriste, ad +
aoriste, prétérit).
A. complément d'objet direct
Personne/Singulier/Pluriel
1re p. m. / (i)yi / γ , (y)aγ , naγ , (y)anaγ
1re p. f. / (i)yi/ γ - (y)aγ, tnaγ , (y)anteγ
2 ͤ p. m. /(i)k/ (i)ken
2 ͤ p. f. /(i)kem / (i)kent
3 ͤ p. m./ (i)t / (i)ten
3 ͤ p. f. / (i)tt / (i)tent
yuγ aserwal il a acheté un pantalon yuγ-it
il l'a acheté
yekrez tamazirt il a labouré le champ
yekrez-itt il l'a labouré
• Le y de la 1re p . p1. apparaît si la forme verbale qui le précède se termine par
une voyelle (rupture de hiatus):
teğğa -yaγ elle nous a laissés
yugar-aγ il nous dépasse
• Le pronom iyi/yi peut se simplifier en i
ad iyi-yissin = ad i-yissin il va me connaître
ad iyi-issinen = ad i-issinen ils vont me connaître
On trouve parfois dans certains parlers d'autres formes de l'affixe de 3e p. m. pl.
lorsqu'il précède le verbe: n (simplification) ou nt (métathèse)
mi n-fkiγ = mi ten-ftiγ lorsque je les ai donnés
a nt-fkeγ = a ten-fkeγ je les donnerai
• La forme en i (iyi, ik, ikem, it, in, iken, ikent iten, itent) est employée avec
- les formes verbales se terminant par une consonne à la 3 p. sg. des deux genres et
la 1re [Link].
tif-ikem elle te surpasse
yekrez-it il l'a labouré
nugar-ik nous te dépassons
yuγ itt il l'a épousée
- la 2e p. sg. de l'impératif des verbes se terminant par une consonne:
gzem-itent coupe-les (f.)
ssufeγ-it fais-le sortir
• Il existe une forme rarement usitée, avec un a préfixé: iyi, ak, akem..., aten, atent
B. complément d'objet indirect
Personnes du singulier / forme longue /forme courte
1re p. m. / (i)yi / yi
1re p. f. / (i)yi / yi
2 ͤ p. m. / (i)yak/k
2 ͤ p. f. / (i)yam/m
3 ͤ p. m./ (i)yas/s
3 ͤ p. f. / (i)yas/s
Personnes du pluriel / forme longue /forme courte
1re p. m. / yaγ / γ
1re p. f. / yaγ / γ
2 ͤ p. m. / (y)awen/wen
2 ͤ p. f. / (y)akent /kent
3 ͤ p. m./ (y)asen /sen
3 ͤ p. f. / (y)asent /sent
Autres formes:
1re p.m. / f. pl naγ, (y)ana γ /tnaγ, (y)anteγ.
2e p.f. pl. went, (y)awent
La forme réduite (k m s γ ) s'emploie avant le verbe, quand il est précédé d'une
particule préverbale, en particulier a (variante de ad et ur (voir exemple plus loin).
Les remarques concernant le pronom complément direct valent pour le
complément indirect
Après la négation ur et le pronom indéfini i / ay, on voit dans certains parlers
kabyles l'apparition d'une particule d avant l'affixe. La comparaison avec d'autres
langues berbères indique qu'il s'agit en fait d'une des variante pronoms
compléments indirects à préfixe d- diyi dak, dam, das, etc.:
ur das-nniγ ara (ur as -nniγ ara, ur s-nniγ ara) je ne lui ai pas dit
d nettat i d as-yennan (d nettat i s yennan) c'est elle qui lui a dit
C. ordre et place des affixes
L'affixe de régime indirect précède toujours celui du régime direct yefka-yas-t il
le lui a donné
Les pronoms affixes se placent après le verbe s'il est conjugué au prétérit, à
l'aoriste intensif ou à l'impératif, sauf s'il est précédé d'un subordonnant ou d'un
interrogatif:
uriγ-tt je l'ai écrite
asmi tt-uriγ lorsque je l'ai écrite
acu s-tenniḍ? que lui as-tu dit ?
Ils précèdent toujours le verbe:
a) si ce dernier est à la forme négative
ur as-nniγ ara je ne lui ai pas dit
b) s'il est à l'aoriste précédé d'une particule ara, ad, a, la...)
ayen ara sen-tawiḍ ce que tu leur apporteras
a t-fkeγ je le donnerai
la ten-yekkat il est en train de les frapper,
c) s'il s'agit d'un participe
win i s-yennan celui qui (lui) a dit / qui aurait dit que..
D. Remarques (voir également 4.1.4)
1. Pour simplifier l'écriture et éviter l'instabilité du « e », la forme - verbale est
notée invariable, indépendamment des affixes éventuels qui l'entourent.
krez laboure!
krez-it [kerz-it] laboure-le!
gezmeγ j'ai coupé
gezmeγ-as[gzemγ-as] je lui ai coupé
2. La particule d'orientation se place toujours après les pronoms affixes:
awi-yas-ten-id amène-les-lui ici
ad as-tent-id fkeγ je les (f.) lui donnerai
On notera que dans certains parlers kabyles, l'ordre et la place des affixes peuvent
être différents de ce qui a été présenté ici. On peut trouver par exemple la
construction suivante à l'aoriste
a tt-id-tjebḍeḍ-tt [a țidjehḍeḍț] tu la tireras
Cette double affixation est attestée pour les pronoms de la 3e p. m.
et f. (tt) avec certaines personnes du verbe dans les parlers de la Kabylie orientale
(parlers de la Soummam) ou de la région de Boghni Sud de Tizi-Ouzou), par
exemple.
3.1. 5 Les démonstratifs
Suffixés au nom, ils sont invariables dans la majorité des parlers
Proximité (y)a, (y)agi (y)agini ce /cet(te) / ces -ci
Éloignement (y)ihin (y)ihinna (y)inna ce / cet(te) / ces là
Absence: nni en question, dont on parle
La semi-voyelle y apparaît après un nom à finale vocalique
axxam-a cette maison.
ixxamen-agi ces maisons.
taqcict inna cette fille là
arrac-nni les enfants en question
tameγra-yagi cette fête
tili-yihin cette ombre là-bas
Dans certains parlers, il existe une forme pluriel pour le démonstratif de proximité
la voyelle a devient i au pluriel
ixxamen-igi ces maisons
timura-yigini ces pays
Pronoms (isolés)
Proximité
sg
m wa wagz wagini celui-ci
f ta tagi tagini celle-ci
pl
m wi wigi wigini ceux-ci
f ti tigi tigini celles-ci
Éloignement
sg
m wihin wihinna celui-là
f tihin tihinna celle-là
pl
m wihid wihidak widak-inna wigad inna widak-ihin wigad-ihin ceux-là
f. tihid, tihidak, tidak-inna, tigad-inna, tidak-ihin tigad ihin celles-là
Absence: :
sg
m win winna celui en question
f tin tinna celle en question
pl
m wid wid-nni widak widak-nni wigad-nni ceux en question
f tid tid-nni tidak tidak-nni tigad nni celles en question
3.1.6 Les indéfinis
Indéfini spécifique
adjectif invariable : nniden « autre »
aqcic nniḍenun autre garçon
taqcict nniḍenune autre fille
Pronom:
Singulier
m. wayeḍ un autre, l'autre
f. tayeḍ une autre, l'autre
Pluriel
m. wiyaḍ wiyiḍ les ou d'autres
f. tiyaḍ, tiyiḍ les autres ou d'autres
Certains parlers kabyles utilisent l'adjectif. On a alors, au lieu des
précédentes, les formes suivantes
Singulier Pluriel
m. win nniḍenun autre, l'autre
f. tin nniḍen une autre, l'autre
m. wid nniḍen les ou d'autres
f. tid nniḍen les ou d'autres
2 Autres indéfinis
acemma rien; un peu
akk tout, du tout
albeɛḍ un certain
ay ; i ; a ce (que)
ayennat truc, machin
ḥedd quelqu'un ; personne
kra quelque chose
yiwen yiwet quelqu'un; personne
kull kul chaque
medden les gens
winnat / tinnat un tel / une telle
yal yall maint
3.1.7 Les prépositions
d avec, et (formes employées avec affixes yid did ) deglgldz dans
s au moyen de, par (formes avec affixes iss yiss- yis)
yer / ar à (direction)
s vers
γur chez
γef /af/f sur (forme avec affixes fell)
ger entre (forme avec affixes: gar-)
seg si g de (origine)
ddaw / seddawsous
nnig sennigau-dessus de
am comme :
ià
ar jusqu'à
n de, à (appartenance)
deffir, zdeffirderrière
zdat, zzat devant
a) Le problème des assimilations avec les prépositions a déjà été examiné dans le
premier chapitre. On rappellera simplement que les assimilations ne sont pas
notées à l'écrit. On écrira donc
taxxamt n weqcicla chambre du garçon et non, suivant les prononciations
régionales:
[taxxamt -eqcic], [taxxamt ḃ- ḃeqcic], [taxxamt wweqcic].
b) Les prépositions ne sont pas liées au nom par un trait d'union:
argaz d yelli-sl'homme avec/et sa fille
c) La forme yis s'emploie devant un s; on écrira: yis-s au moyen de, par lui
d) Toutes les prépositions - excepté s « vers » et ar « jusqu'à » - sont suivies de
l'état d'annexion.
e) Certains parlers emploient gar « entre » avec les noms et les affixes.
f) am et i sont employées uniquement avec un nom ou un pronom isolé. Quant à la
préposition n, elle ne peut se placer qu'avant un nom (voir également § [Link]).
3.1.8 Les adverbes
L'adverbe est un mot invariable qui modifie principalement le sens
d'un verbe ou d'un nom. Certaines unités peuvent être employées
A l'état d'annexion, la voyelle initiale des adverbes se maintient avec apparition de
la semi-consonne correspondante (w devant a ou u, y devant i).
iḍelli hier E.A. yiḍelli
ass-a, assaaujourd'hui E.A. wass-a,wassa
Exceptions:
azekka demain E.A. uzekka
agemmaḍ en face E.A. ugemmaḍ
On trouvera ci-dessous une liste des adverbes les plus courants.
I / adverbes de temps
La plupart de ces adverbes proviennent de nomt employés seuls ouavec les affixes
démonstratifs a, agi, en, yen, nni(déictiques).
acḥal aya,
aṭas aya il y a longtemps
akkaḍani à pareille époque
akkamira à pareil moment
akkass chaque jour, toute la journée
aseggas-a, aseggas-agi cette année
aseggas-nni cette année-là
ass s wass un jour sur deux
assa, ass-a, ass-agi aujourd'hui
assen, ass-nni ce jour-là
azekka demain
azekkayen, azekka-nni le lendemain
ccaw au début
iḍazriyen la nuit dernière (Litt. : passée)
iḍelli hier
iḍelli-nni la veille
ilindi l'an passé
ilindi-nni l'année précédente
imira maintenant, actuellement
imiren, imaren,imir-nni imar-nni à ce moment-là
kullass toujours
(u)mbɛed après.
llin, ilinna, sgellin, sgellinna sgelli tout à l'heure (passé)
qabel l'an prochain
(u)qbel avant
seldazekka sellazekka après-demain
seldazekka-nni, sellazekka-nni le surlendemain
seldiḍelli, selliḍelli avant-hier
seldiḍelli-nni selliḍelli-nni l'avant-veille
seldilindi slilindi il y a deux ans
ssya d asawen, ssya d tasawent dorénavant
taggara finalement
taswaɛt, taswiḥt tout à l'heure (futur)
tazwara d'abord
ticki tout à l'heure (futur)
tikkelt une fois
tiklwal parfois
tura maintenant
wabel dans deux ans
ya, yagi, yakan déjà
zik autrefois, avant
zik-nni autrefois, avant, jadis
Quelques interrogatifs
mi, melmi? quand?
si melmi? depuis quand?
ar melmi? jusqu'à quand?
2 adverbes de manière
akk, akka, akkagi ainsi
akken, akk-nni ainsi, ensemble
baṭel gratuitement
bennegni sur le dos; la tête haute
bessif de force
fellaḥi à la manière paysanne
jelweḥ tordu
jmiɛ, lwaḥid ensemble
meqlubi à l’envers
mezleg de travers , penché
mliḥ bien
s leɛqel doucement
timendeffirt à reculant
tinnegnit, timennegnit à la renverse , sur le dos
tiγendist sur le coté
ɛejguri grossièrement
ɛeynani ouvertement, en public
On peut ajouter weḥd (emprunt à l'arabe) + affixe personnel » ou bien
« iman + pronom affixe du nom » qui se traduisent par « seul; tout seul »
weḥd-i ; iman-iw moi seul
weḥd-k ; iman-ik toi seul
weḥd-m iman-im toi seule
weḥd-s ; iman-is lui seul
weḥd-s ; iman-is elle seule
weḥḥed-ney ; iman-nneγ nous seuls
weḥḥed-wen , iman-nwen vous seuls
weḥḥed-kent ; iman-nkent vous seules
weḥḥed-sen ; iman-nsen eux seuls
weḥḥed-sent; iman-nsent elles seules
Yeqqim iman-is / Yeqqim weḥd-s. Il est resté seul / tout seul.
L'interrogatif principal est : amek ? « comment ? »
3. adverbes de quantité
acemma rien; un peu
aṭas, buhan beaucoup
cwiṭ, cwiya, ciṭ, ciṭuḥ (un) peu
ddeqs assez, suffisamment
drus peu; trop peu, insuffisamment
kan seulement
kter plus
mliḥ beaucoup (qualité)
nezzeh beaucoup (qualité) ; très
qell moins
L'interrogatif principal est acḥal? « combien ? »
4 adverbes de lieu
agemmad en face
akin au-delà, plus loin
berra dehors
d tama à côté
da, dagi, dagini ici
daxel zdaxel dedans
deffir, zdeffir (<s deffir) derrière
din dinna dihin là-bas
s ufella au-dessus
s wadda en dessous
ssya ssyagi ssyagini par ici
ssyihin ssyihinna par là-bas
ssyin, ssyinna par là-bas
ukessar, i ukessar, d akessar en bas
usawen, i usawen dasawen en haut
yeffus, yeffes à droite
zdat zzat (< s dat) devant
zelmeḍ à gauche
Interrogatifs principaux:
anda, anida? où?
sani, saniγer, saniwer? vers où?
ansi? d'où?
aniγer, aniwer? vers où?
5. autres adverbes
ih, anɛam, yirbeḥ oui
s tidet en vérité, vraiment
ala,xati non
ur ara ne pas
werğin, leɛmer jamais
werɛad pas encore
ahat, ahaqel peut-être .
Le nom et le groupe nominal III
<59-72>
AMAZIGHS KABYLES·MARDI 6 OCTOBRE 2020·TEMPS DE LECTURE ESTIMÉ : 13 MINUTES
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3.2 Les fonctions nominales
3.2.1 Le complément référentiel (CR)
Le verbe est obligatoirement accompagné de l'indice de personne, qui est en fait le
véritable « sujet » du verbe. Dans l'énoncé
yuzzel weqcic.
Le garçon a couru. (Litt. : il a couru le garçon)
On peut décomposer le syntagme verbal en : y « il » + uzzel « thème de prétérit du
verbe azzel (courir) » = « il a couru ». weqcic « le garçon » reprend ici l'indice de
personne et l'explicite.
On l'appelle complément explicatif ou complément référentiel (CR). «
Complément » parce que sa suppression - comme celle de tous les compléments -
ne détruit pas l'énoncé, et « explicatif » ou « référentiel » car il explicite ou fait
référence à l'indice de personne.
Dans cet exemple, l'indice de personne (ou désinence personnelle) - qui n'a pas
d'existence libre - fait référence à l'agent du procès, mais il peut représenter
également un patient, un bénéficiaire (ou attributaire) ou un instrument:
yuḍen. / Il est malade (patient).
yesɛa axxam./Il possède une maison (bénéficiaire ou attributaire).
igezzem ujenwi-ya./Ce couteau coupe bien, est aiguisé (instrument).
Il y a donc accord grammatical entre l'indice de personne et complément
référentiel.
Par commodité, on appellera parfois « sujet »l'agent, le patient, le bénéficiaire ou
l'instrument du procès, c'est-à-dire l'indice de personne ou bien le nom (ou groupe
nominal) qui le reprend ou l'annonce.
L'état et la position caractérisent le nom complément référentiel. Il est toujours à
l'état d'annexion et il se place après le verbe dans une phrase verbale ou son
équivalent dans une phrase non verbale. Le CR peut faire référence à d'autres
pronoms et même à des noms:
Après un énoncé nominal (parallèle à l'énoncé verbal)
d amellal ujeğğig. / La fleur est blanche. (Litt. : elle est blanche la
fleur)
L'énoncé verbal correspondant est:
mellul ujeğğig. /La fleur est blanche. (Litt. : elle est blanche la fleur)
Reprise d'un pronom affixe lié à
1. un verbe
teddem-it teqcict, usagem-nni yerrẓen. / Elle a pris la cruche cassée, la fille.
(Litt elle l'a prise, la fille, la cruche cassée en question)
2. une préposition
cfiγ fell-asent, teqcicin-agi. /Je m'en souviens, de ces filles.
γur-s lḥeqq wergaz-agi. /Il a raison, cet homme.
3. Un pronom interrogatif
anda-t webrid? /Où est le chemin
4. Un présentatif
ha-t wergaz-is! / Voilà son mari!
5. un nom
isem-is, weqcic-agi?/ Quel est son nom, à ce garçon?
Reprise d'un nom
d taxxamt icebḥen, texxamt n Masin. / C'est une jolie chambre, la
chambre de Massin.
3.2.2 L'indicateur de thème (IT)
La fonction d'indicateur de thème est liée à un procédé de mise en relief. Comme
pour le complément référentiel, l'indicateur de thème - qui est toujours à l'état
libre, qu'il soit avant ou après le verbe - annonce (ou reprend) en général un
pronom personnel affixe.
Annonce de l'indice de personne:
aqcic yettru. Le garçon pleure. (Litt. : le garçon il pleure) L'indicateur de thème
aqcic« le garçon » est à l'état libre, il annonce l'indice de personne y « il ». Il
représente ici le sujet de la phrase.
Annonce du pronom personnel:
axxam, yezzenz-it / La maison, il l'a vendue.
Ici, l'indicateur de thème axxam « la maison » est à l'état libre et annonce le
pronom complément d'objet direct it « le » (axxam est masculin en kabyle).
On se reportera au 8.1 pour le détail.
3.2.3 Le complément d'objet direct (COD)
Le complément d'objet direct est construit directement sur le verbe. On peut le
définir de la manière suivante: le COD est le complément qui se place
normalement soit immédiatement après le verbe, soit après le CR qui reprend
l'indice de personne. Il est toujours à l'état libre. Il peut être remplacé par un
pronom affixe complément direct.
yeddem weqcic aγanim. /Le garçon a pris un/le roseau. (Litt. : il a
pris, le garçon, un/le roseau)
yeddem aγanim, weqcic. / II a pris un roseau, le garçon.
yeddem-it weqcic /Le garçon l'a pris
Le pronom personnel est le COD Le noti un complément référentiel (voir plus
haut)
yeddem-it weqcic, uγanim. (it = COD ; wedlis = CR)
Le garçon l'a pris, le roseau. (Litt. : il l'a pris, le garçon, le roseau).
Le syntagme nominal< préposition + affixe » correspond au syntagme verbal «
indice + thème verbal » (voir le paragraphe sur la phrase nominale simple, 5 5.2).
L'énoncé "ce vieil homme possède une maison" peut se dire de deux manières
différentes:
γurs / axxam /wemγar-agi / Chez lui / une maison / ce vieil homme
qui est équivalent à :
yesɛa / axxam / wemγar-agi /Il possède /une maison / ce vieil homme
3.2.4 Le complément d'objet indirect (COI)
Le COI est obligatoirement lié au verbe par la préposition i « à ». Il est donc à
l'état d'annexion et il peut être remplacé par un pronom affixe complément
indirect. Il se place immédiatement après le verbe ou après d'autres compléments.
yefka weqcic aserwal i gma-s. / Le garçon a donné un pantalon à son
frère.
yefka-yas weqcic aserwal i gma-s. /Le garçon lui a donné un pantalon
(à son frère).
Le pronom yas « à lui » est le COI; i gma-s « à son frère » est la reprise lexicale du
COI, on peut l'appeler COI repris.
Quand le COI est annoncé par un pronom, la préposition i peut ne pas apparaître.
Dans ces conditions, le nom est un complément référentiel.
(1) ad yaγ alelluc i yelli-s. (i yelli-s = COI) /Il achètera un jouet à sa
fille.
(2) ad as-yaγ alelluc i yelli-s. (as = COI; i yelli-s = COI repris) /Il lui
achètera un jouet, à sa fille.
(3) ad as-yaγ alelluc, yelli-s. (as = COI; yelli-s = CR) /Il lui achètera un
jouet, sa fille.
3.2.5 Le complément circonstanciel (CC)
Le complément circonstanciel (CG) n'est pas un élément indispensable à la
proposition, il exprime les circonstances du procès (temps, lieu, manière, etc.) en
énoncé verbal ou nominal.
Il est introduit le plus souvent par une préposition (on parlera de complément
prépositionnel). Lorsqu'il fait référence, à l'espace ou au temps, la préposition est
parfois absente (on parlera de complément direct).
Le CC est un nom ou un groupe nominal, substantifs ou équivalents, adverbes ou
locutions adverbiales. On peut avoir plusieurs CC se rapportant à un même verbe
ou équivalent nominal.
3.2. 5. 1 Les compléments directs
(1) complément interne
Tout verbe (qu'il soit transitif ou intransitif) peut être suivi d'un complément direct
(à ne pas confondre avec le COD), le conplément interne, qui est un nom d'action
verbal de même racine que le verbe. Il est normalement toujours déterminé (par un
complément de nom, un élément antéposé au nom ou un adjectif).
yedder tudert (n) uẓawali. /Il vit une vie de pauvre.
yedder yir tudert. /Il a une mauvaise vie.(Litt. il vit une mauvaise vie)
yedder tudert taẓawalit. / Il vit pauvrement. (Litt. : il vit une vie
pauvre, misérable)
(2) complément de quantité
Il indique un prix ou une mesure:
yeswa duru. Il coûte un douro.
yewzen aqentar. Il pèse un quintal.
(3) certains compléments de lieu et de temps
Il s'agit d'adverbes (ou de noms) de lieu et de temps:
yeffeγ iḍelli. Il est sorti hier.
Des verbes d'action - en principe intransitifs - peuvent être suivis d’un complément
circonstanciel direct indiquant un lieu ou équivalent
ffγen tamurt, kecmen tayeḍ./Ils ont quittés une contrée et sont entrés
(dans) une autre
Le CC réfère à une date (melmi ? quand ?) ou à une combien (de temps) ?)
ad awḍeγ ass n tmeγra./J'arriverai le jour de la fête.
yeqqim aggur g tmurt/Il est resté un mois au pays
Les noms compléments circonstanciels de temps suivent directement au verbe:
Ad ffγeγ tameddit/Je sortirai le soir.
3.2. 5. 2 Les compléments prépositionnels
On distingue les CC suivant le sens qu'ils expriment examinerons les plus
importants.
1. CC de lieu il peut indiquer la situation (où l'on est), la destination où l'on va), la
provenance (d'où l'on vient), le passage (par où l'on passe ).
zedγeγ deg temdint. J'habite en ville.
ad ruheγ γer temdint. Je vais en ville.
usiγ-d si temdint. Je suis venu de la ville.
ad ɛeddiy γef temdint. Je passerai par la ville..
2. CC de cause (si, deg, g « de »; γef, ilmend « en raison de »)
taddart icerriḍen tewwi-d isem-is ilmend n wemkan ideg ters./Le
village d'Icherridhen tient son nom de l'endroit où il est fixé.
3. CC de but (γef, i« pour»; akken, i wakken « dans le but » ...)
yunag akken ad yissin timura./Il a voyagé pour connaître les pays.
4. CC de manière (abstrait) s « avec, par », war, (m)bla « sans »)
nettidir s usirem. / Nous vivons d'espoir.
[Link] de moyen (concret) (s « avec, par » war, (m)bla « sans ») yeddem-it s
teflut. Il l'a pris avec une cuiller.
6. CC d'accompagnement (être animés) (d « avec », war, (m)bla « sans »)
teffeγ d umeddakel-is. Elle est sortie avec son ami.
7. CC de comparaison (am « comme »)
itett am uwaγzniw. Il mange comme un ogre.
3.2.6 • Le complément déterminatif
Le complément de nom peut suivre directement le nom déterminé ou être précédé
de la préposition n « de ». Il est toujours à l'état d'annexion.
1. Le premier cas concerne quelques éléments formant 1es composés lexicalisés
ou en voie de l'être: u / ayt, at ; ult, welt / ist, sut ; bu /m (voir 3.1.1, composition).
weltma / ma soeur
at wexxam /les gens de la maison
m wallen tizerqaqin /celle aux yeux bleus
sut taddart / les femmes du village
2. Les noms de nombre sont construits directement avec le nom ou avec la
préposition n (la situation n'est pas identique d'un parler à l'autre)
snat teqcicin ; snat n teqcicin /deux filles
Remarque Le nom d'unité (yiwen, yiwet) donne la valeur d'indéfini à nom.
yiwen weqcic /Un garçon
aqcic /un garçon, le garçon
3. Les noms de parenté sont obligatoirement suivis de l'affixe de nom s « son, sa »,
puis du complément de nom (précédé de la préposition n)
mmi-s n gma le fils de mon frère (Litt.: son fils de mon frère)
yelli-s n tmurtune fille du pays (Litt.: sa fille du pays)
4. Dans certains cas, le complément de nom peut être construit sans préposition si
son état d'annexion est en i ou u.
Des raisons euphoniques peuvent expliquer l'absence de la préposition n, à que ce
ne soit un état de langue plus ancien ou une assimilation poussée.
Tajewwaqt umeksa; tajewwaqt n umeksa / la flûte du berger
Le cas général est donc la présence de la préposition n. Outre celui du nom, il
existe plusieurs types de compléments déterminatifs
Complément d’un pronom
wid n dinna/ Ceux de là-bas
Complément d'un indéfini
kra n yergazen / Quelques hommes
Complément d'un adverbe
aṭas n tayri / beaucoup d'amour
Complément de l'adjectif
aberkan uqerruy / Noir de (la) tête, à la tête noire
3.2.7 L'apostrophe
Le nom en apostrophe est accompagné du vocatif a, ou ay devant voyelle:
a tala, efk-iyi-d aman ad stenjiγ!/Fontaine, donne-moi de l'eau, que je
me purifie!
ay at-madal, ma iban-d seksu neγ mazal?/ Ô gens de Madal, le
couscous apparaît-il ou pas encore?
ay argaz, ur t-nettaγ ara: anda ara tiliḍ? /Homme, nous ne
l'achèterons pas. où serais-tu?
L'apostrophe peut occuper n'importe quelle position dans la phrase:
efk-iyi-d, a tala, aman ad stenjiγ!/Donne-moi de l'eau, fontaine, pour
que je me purifie!
efk-iyi-d aman ad stenjiγ, a tala!/Donne-moi de l'eau pour que je me
purifie, fontaine!
3.2.8 L'apposition
Le nom mis en apposition précise la qualité du nom auquel il est apposé:
yidir, mmi-s n gma, d anelmad./ yidir, mon neveu, est étudiant.
3.3 La constitution du groupe nominal
3.3.1 Les nominaux
Le groupe nominal de base est constitué par
[Link] nom ou un pronom
nekk ad ruḥeγ. /Moi, je m'en vais.
yeğğa-tt. /Il l'a laissée.
gnen warrac. /Les garçons dorment.
2. un (pro)nom + un indéfini / un pronom / un adjectif (+ adverbe)
argaz-a / cet homme
argaz nniḍen /un autre homme
argaz-ameqqran /un homme grand I âgé
argaz ameqqran aṭas / un homme très grand / âgé
argaz-is / son mari
3. Un adjectif
yedda d umecṭuḥ. II est parti avec / a accompagné le petit.
4. Un nom + un complément déterminatif
arrac n da / les garçons d'ici
5. Un (pro)nom + une relative
argaz iruḥen. /l'homme qui est parti
aman neswa iḍelli. / l'eau que nous avons bue hier
3- 3 -1 -1 Coordination
La coordination de noms ou de groupes nominaux se fait par simple juxtaposition:
yuγ -d awren, aksum, taga./Il a acheté de la semoule, de la viande, (et)
des cardes.
On emploie également la préposition d « avec; et
seksu d wudi / du couscous avec du beurre
aγyul d wezger d yizem / l'âne, le boeuf et le lion
Pour l'alternative, on emploie la conjonction de coordination neγ « ou bien »:
ḥaca tilawin ma ffγent-d a dawint aman neγ isγaren i warraw-nsent /
sauf si les femmes sortent pour apporter de l'eau ou du bois à leurs
enfants
3.3.1. 2 Degré de l'adjectif
Comparatif de supériorité
On emploie des verbes marquant un état ou bien un énoncé nominal à base
d'adjectif suivi de la préposition γef, fell « sur, au-dessus de » ou seg « de
(origine), parmi »
gma meqqer yeγ Racid; gma d ameqqran γef Racid. /Mon frère est
plus grand que Rachid.
gma d ameqqran fell-as. /Mon frère est plus grand que lui.
taqcict-a tecbeḥ γef tmeddukal-is. /Cette fille est plus jolie que ses
copines.
On peut également employer les verbes suivants:
if valoir mieux, être supérieur, surpasser en qualité
ager surpasser en quantité
Karima tif Sekkura deg tiḥerci./Karima est plus intelligente que
Sekoura.
Yamina tugar Karima deg leɛmer./Yamina est plus âgée que Karima.
ugareγ-k s useggas./J'ai un an de plus que toi.
yif-it gma-s./Son frère le surpasse (en qualité).
tilawin ifent-ken lhiba./Les femmes sont plus redoutables que vous.
On signalera les formes figées de ces verbes ainsi que l'emprunt à l'arabe (a)kter «
plus que »:
- yif/ ttif« il vaut mieux »
yif rray uzzal ; ttif rray uzzal. / La diplomatie vaut mieux que la force
- yugar / ugar / agar / ttagar« il y a davantage, plus»
agar i turid tibratin i tura Karima./ Tu as écrit plus de lettres que
Karima.
-kter « plus que » qui tend à être remplacé par ugar
γurs idrimen kter nwen / γur-s idrimen ugar-nwen / II est plus riche
que vous.
Comparatif d'égalité
On emploie la préposition am « comme » ou annect (n) « autant que, de la même
quantité que »:
d awezlan am tewdect. / Il est trapu comme un galet.
ur tesɛim ara aman am wigi g tmurt-nwen./Vous n'avez pas pareille
eau dans votre pays.
llant tuddar-nsen mkull yiwet annect n temdint. /Chacun de leurs
villages avait l'allure d'une ville.
yesɛa idrimen annect-ik. /Il a autant d'argent que toi.
On utilise également yiwen « un »:
yiwen-nsen.
Ils sont semblables, identiques. (Litt. un - à eux)
Le comparatif d'infériorité
Il se réalise de la même manière que le comparatif de supériorité (verbe de qualité)
ou par l'inversion des termes de la comparaison ou encore par la négation de la
supériorité:
gma mectuḥ γef Racid./Mon frère est plus petit que Rachid.
gma ur meqqer ara γef Racid./gma mačči d ameqqran γef Racid./Mon
frère n'est pas plus grand que Rachid.
Racid meqqer γef gma./Rachid est plus grand que mon frère.
L'emprunt à l'arabe (a)qell « moins que » est également utilisé:
akrar-a yeswa qell n win./ Ce mouton-ci coûte moins cher que celui-
là.
Superlatif
Superlatif relatif
d Kahina i d tameqqrant.
d Kahina i meqqren.
C'est Kahina qui est la (plus) grande.
d Kahina, tameqqrant. / C'est Kahina la plus grande.
yidir d ameqqran deg-sen / Yidir est le plus grand d'entre eux.
yidir d ameqqran-nsen. / Yidir est le plus grand. (Litt. : Yidir est leur
plus grand)
Superlatif absolu de la forme : adjectif / verbe d'état + adverbe
d ameqqran aṭas ou meqqer aṭas. / II est très grand.
Le nom et le groupe nominal IV
<72-76>
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3.3.2 La proposition relative (REL)
Comme les différents compléments examinés plus haut, la proposition relative
complète un nom ou un groupe nominal. Le nom ou équivalent (que l'on appellera
antécédent) peut être suivi directement de la relative ou par un élément qui,
comme nous le verrons, peut être une préposition, un interrogatif ou le pronom
indéfini i/ay.
Deux cas sont à distinguer suivant la fonction de l'antécédent dans l'énoncé
indépendant (EI.)
3-2-1-1 L'antécédent correspond au sujet (CR ou
IT) de l'El
Dans ce cas, le verbe de la relative est un participe (voir S 4-1-2-6).
Énoncé indépendant
twala teqcict amcic./La fille a vu un chat.
teqcict « la fille» est à l'état d'annexion, c'est un complément référentiel.
Proposition relative
taqcict iwalan amcic/ La fille qui a vu un chat, la fille ayant vu le chat
Le participe est équivalent à un adjectif:
axxam mellulen /La maison qui est blanche, étant blanche
axxam amellal /La maison blanche
aqcic yettakren /Un garçon qui vole
aqcic amaker /Un garçon voleur
A chaque thème verbal correspond un participe (voir 4-1-2-6):
Prétérit.
ET |twala teqcict / la fille a vu
REL | taqcict iwalan /la fille qui a vu
Prétérit négatif
ET | ur twala ara teqcict la fille n'a pas vu
REL | taqcict ur nwala la fille qui n’a pas vu
ad/ a + aoriste.
ET | ad twali teqcict la fille verra
REL | taqcict ara iwalin la fille qui verra
Aoriste intensif
ET | tettwali teqcict la fille voit
REL | taqcict yettwalin la fille qui voit
Aoriste intensif négatif
ET ur tettwali ara teqcict la fille ne voit pas
REL taqcict ur nettwali la fille qui ne voit pas
Dans les exemples ci-dessus, on remarque qu’il n'y a pas de relatif après
l'antécédent. On peut cependant introduire le pronom indéfini i (ou les variantes a,
ay, iy), qui reste facultatif (voir la remarque (a) au paragraphe suivant)
taqcict iwalan amcic
ou taqcict i iwalan amcic (réalisé [i-gwalan /i-ywalan]
La fille qui a vu le chat
3-3-2-2 Autres cas : le verbe est conjugué
1. L'antécédent est un complément d'objet direct dans l'énoncé indépendant
Si l'antécédent est un COD en ET, il est simplement mis devant le verbe:
twala teqcict [Link] fille a vu le chat.
amcic twala teqcict le chat que la fille a vu
Le pronom indéfini i/ay est facultatif:
anwic twala teqcict ou amcic i twala teqcict
II est cependant parfois nécessaire pour lever une ambiguïté. Hors contexte, on
peut interpréter de deux manières différentes la chaîne suivante:
taqcict twala La fille a vu. / la fille qu'elle a vue.
Mais,
taqcict i twala ne peut signifier que: la fille qu'elle a vue.
Remarques:
Si le verbe est accompagné d'un pronom ou d'une particule de direction, le pronom
ilay est en général présent, sans être obligatoire. Il est cependant toujours absent à
l'aoriste (particule préverbale ara) et en énoncé négatif (particule négative ur).
win i d-yusan si tmurt /Celui qui est venu du pays
taqcict iwalan amcic / La fille qui a vu le chat
taqcict i t-iwalan /La fille qui l'a vu
taqcict yefkan aksum i wemcic / La fille qui a donné la viande au chat
taqcict i d as-t-yefkan /La fille qui le lui a donné
taqcict iyas-t-yeftan /La fille qui le lui a donné (variante)
taqcict ara yefken aksum i wemcic / La fille qui donnera la viande au
chat
taqcict aras-t-yefken /La fille qui le lui donnera
taqcict ur nefki aksum i wemcic / La fille qui n'a pas donné la viande
au chat
taqcict ur das-t-nefki / La fille qui ne le lui a pas donné
(pour l'affixe das, voir 3-1-4-4).
(b) Ne pas confondre:
taqcict walan / taqcict i walan la fille qu'ils ont vue
taqcict iwalan la fille qui a vu
2. L'antécédent est un COI ou un CC dans l'énoncé indépendant
Le nom est toujours suivi d'un relateur correspondant à la préposition du COI, à
celle du CC ou à sa nature si la préposition est absente : il peut s'agir de la
préposition elle-même, mais également d'un interrogatif ou d'une combinaison de
la préposition et du pronom indéfini i/ay. Par exemple, l'énoncé indépendant igen
deg wexxam « il a dormi dans la maison » devient après la transformation en
proposition relative avec axxam comme antécédent:
axam deg igen
axxam ideg igen
axxam deg i igen
La maison dans laquelle il a dormi
axxam deg way igen
axxam deg waydeg igen
axxam anda igen
la maison où il a dormi
On emploie comme relateurs des interrogatifs, des prépositions ou des complexes
prépositionnels. Les correspondants sont les suivantes (flous tons pas mentionné
toutes les variantes
Préposition/ relateur
i (à) /mi ; imi ; iwimi , iwumi , umi(à qui)
deg (dans)/ deg, ideg deg way; anda ; deg waydeg (dans quoi)
γef (sur) / γef, iγef; γef way ; γef waydeg (sur quoi)
seg (de) /seg, iseg; seg way; ansi (d'où)
γer (vers) / γer, iγer γer way (s) aniγer (s)aniwer (vers où)
γur (chez)/ γur, (w)uγur (chez qui)
s (avec) /s, is, iss ; s ways ; s wacu (avec quoi)
s (vers) /sani (vers où)
d (avec)/(w)ukud; wi d (avec qui)
On verra dans les exemples qu'en fait deg peut remplacer seg dans tous ses
emplois
Les prépositions peuvent donc jouer le rôle de relateurs, mais certaines comme
nnig, zdat, ddaw, ger, deffir... sont rarement employées dans cette fonction.
(a) Complément du nom
Pour ce complément , on emploie la forme correspondant au COI:
isem wergaz mechur Le nom de l'homme est célèbre.
argaz mi/iwimi mechur yisem l'homme dont le nom est célèbre
ar ileḥḥu, tessers-id lqeḍra n Sidi Rebbi deg wakal mi yefka assa isem is
Il se mit en route et Dieu le conduisit à cet endroit auquel aujourd’hui son nom est
attaché
(b) Complément d'objet indirect
tefka aksum i wemcic / Elle a donné de la viande au chat
amcic iwimi tefka aksum / Le chat auquel elle a donné de la viande
mačči d amγar i k yecban iwimi tlaq tmekḥelt /Ce n'est pas à un vieux
comme toi qu'il convient d'avoir un fusil
tamγart-nni twala aṭas n medden iwumi isawel. /La vieille vit qu'il
avait invité beaucoup de gens
A Sidi Ssaɛid u Ṭaleb a win mi tedɛa yemma-s /Sidi Said Outaleb, toi
que ta mère a béni !
(c) Complément circonstanciel
iḥila γer d-yettɛemmir /Le récipient dans lequel il puise
yesnɛet-asen amkan deg saqen waman/II leur montra l'endroit où
l'eau se perdait
yesmar-it γer yeγzer-nni deg waydeg i d-ttruḥun waman/Il le versa
dans le torrent d'où venait l'eau
zik tella tγemmert waydeg rekkḍen medden ticki ssiriden/Autrefois, il
y avait une dalle sur laquelle on piétinait le linge quand on faisait la
lessive
ur yebγi ara ad yeẓẓall g tala g waydeg iɛumm lγaci /II ne voulait pas
prier près d'une fontaine où il se trouvait beaucoup de monde
d amkan ideg t ttnejmaɛen yegrawen n lawleyya /C'est l'endroit où se
tiennent les assemblées des saints
amkan seg i d-ffγen waman/L'endroit d'où sort l'eau
IV-LE VERBE I <77 - 92>
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Nous présenterons dans ce chapitre les différentes formes avant d'étudier leur
emploi et nous terminerons en examinant les formes composées du verbe.
4-1 Morphologie
4- 1- 1 Formes verbales
La forme du verbe kabyle varie en fonction du genre, du nombre et de la personne.
Une forme verbale peut se décomposer de la manière suivante
forme verbale = radical ou thème + affixe(s).
Le radical est lui même formé d'une racine (comportant des consonnes porteuses
de sens) et d'un schème vocalique voyelles qui indiquent temps ou l'aspect du
verbe).
Les affixes (préfixe et / ou suffixe) sont les indices de personne ou de participe
(désinences personnelles)
Nous avons donc
forme verbale = racine + schème + affixes
Exemple:
argu <rêver>
turgamt = t-u-rg-a-mt <vous avez rêvé (f.)>
racine : rg
schème: u-a (prétérit ou passé)
radical ou thème : urga
affixes: t-, -mt.
Le verbe possède quatre thèmes:l'aoriste, l'aoriste intensif (ou inaccompli), le
prétérit (ou accompli) et le prétérit négatif. Le thème exprime un aspect du verbe.
Le prétérit, par exemple, indique que l'action est achevée. II correspond en général
au passe, compose ou au passé simple du français. L'aoriste intensif montre que
l'action est, soit en cours, soit habituelle. Le verbe est cite sous la forme de l'aoriste
qui est la plus simple du verbe.
Elle correspond en fait a l'impératif de la 2 P. sg.
On peut diviser les verbes en deux groupes: les verbes faibles (réguliers) et les
verbes forts (ou irréguliers).
Pour les verbes faibles, le thème de l'aoriste est identique a celui du prétérit,
contrairement verbes forts. Ces derniers subissent essentiellement une alternance
vocalique au prétérit. Exemples:
Thème de l'aoriste Thème du prétérit
verbe faible urar jouer ( joue!) urar
verbe fort azen envoyer ( envoie!) uzen
Formes verbales dérivées
Un verbe peut avoir des de'rive's exprimant le factitif, le passif, le réciproque ou
une combinaison de ces formes. Ils ont une conjugaison identique au verbe simple
ou primaire.
Factitif: ffeγ, sortir; ssufeγ, faire sortir
Passif: krez, labourer; ttwakrez être labouré
Réciproque: aru, écrire; myaru, correspondre
factitif + réciproque: derγel, être aveugle; sderγel,aveugler ; myesderγel,
s’aveugler mutuellement.
Nominaux dérivés du verbe:
Le nom d'action azdaγ : fait d'habiter (de zdeγ)
Le nom concret amezduγ: habitation
Le nom d'agent amezdaγ: habitant
L'adjectif aberkan noir (de ibrik)
Le nom d'instrument asergel bouchon
II existe deux types de verbes: les verbes ordinaires et les verbes de qualité.Ces
derniers se distinguent au prétérit par l’absence de désinences personnelles
préfixées et une forme unique au pluriel.
4.1.2 Verbes ordinaires
Les indices de personne sont identiques pour tous les thèmes:
Personnes / Singulier/ Pluriel
1p / - (e)γ / n(e) -
2p. m./ t(e) - (e)d/ t(e) - (e)m
2p.f . /t(e)- (e)d /t(e) - (e)mt
3p. m./ i/y(e) -/ - (e)n
3p. f./ t(e) - / - (e)nt
L'indice préfixé de la 3p. m. sg. s'écrit:
ye- devant un thème débutant par deux consonnes
yelḥa, il a marché y
essekcem, il a introduit
y- devant un thème débutant par une voyelle
ad yawi,il emportera;
yufa, il a trouvé.
i- devant un thème débutant par une consonne suivie d'une voyelle.
iwala, il a vu
ad inadi, il cherchera
Signalons que l'indice suffixé de la 2p. sg. connait les variantes t, d ou ṭ selon dans
certains parlers.
4-1-2-1 Aoriste
Le thème d'aoriste est rarement utilise seul. II est souvent accompagné du préverbe
(ou particule pré verbale) ad, qui exprime le futur, le souhait..etc. Dans les
exemples de conjugaison faisant intervenir l'aoriste, on emploiera la forme ad +
aoriste.
Personne /Singulier /Pluriel
1P. /ad aliγ <je monterai> /a nali <nous monterons>
2P.m. /ad talid <tu monteras> / ad talim <vous monterez>
2P. f./ad talid <tu monteras> /ad talimt <vous monterez>
3P. m. / ad yali <il montera> /ad alin <ils monteront>
3P.f / ad tali <elle montera> /ad alint <elles monteront>
ad s'assimile avec l'indice de personne du verbe qui le suit:
ad + t (>[at-t] ou [a-t]) et ad + n (>[an-n] ou [a n]). mais comme on le voit dans le
tableau, ces assimilations ne sont pas notées à l’écrit
Pour ad ( +n) , les deux notations ad et a peuvent être employées, la particule a
existant par ailleurs comme variante de ad
4-1-2-2 Aoriste intensif
L'aoriste intensif est utilise' pour indiquer une action habituelle, répétitive,
prolongée ou actuelle. II s'emploie seul ou avec les particules pré verbales la (qui
montre que l'action est en train de se faire) ou ad (qui signifie que Faction sera
habituelle dans le futur).
L'aoriste intensif peut se former de différentes manières:
Par préfixation sur le verbe primaire de tt ou t
zzi (tourner) :tezzi
afeg (voler (en l’air)): ttafeg
fi (jaillir) :ttfi
Par la tension d'une consonne
krez (labourer): kerrez
ẓer (voir) : ẓerr
Par une alternance vocalique.
ssken montrer. sskan (ou sskanay)
Par une combinaison des trois procédés précédents
beddel changer ttbeddil
ger mettre ggar
Le tableau suivant donne l'aoriste intensif irrégulier de quelques verbes courants:
ers être pose ttrus, ttrusu
els se vêtir ttlus, ttlusu
med grandir ttmad, mmad
efk donner ttak
eww cuire ttewway
egg pétrir tegg
err rendre ttarra
eg faire tegg
eğğ laisser ttağğa, teğğ
ečč manger tett
eḍ s rire ttḍ sa, ḍ ess
sew boire tess
(voir en annexe le mode de formation de l’aoriste intensif)
Le prétérit exprime un procès (action ou état) achevé, réalisé, accompli.
Pour les verbes faibles, l'aoriste est identique au prétérit. Le nombre de types
morphologiques différents est important (voir en annexe la liste de tous les types)
yekrez il a labouré ad yekrez il labourera
yeγli il est tombé ad yeγli il tombera
Les verbes forts ont un prétérit différent de l’aoriste. Cela se traduit par
l’alternance d’une ou deux voyelles et quelquefois par la tension d’une consonne.
Exemple du verbe azen << envoyer>> à alternance de la voyelle a; thème d'aoriste
azen / thème de prétérit uzen
Conjugaison:
Personne /Singulier/Pluriel
1p / uzneγ <j'ai envoyé> /nuzen <nous avons envoyé>
2p .m/tuzned <tu as envoyé> / tuznem <vous avez envoyé>
2p .f /tuzned <tu as envoyé> / tuznemt <vous avez envoyé>
3p .m / yuzen < il a envoyé>/uznen <ils ont envoyé>
3p .f/tuzen <elle a envoyé>/ uznent <elles ont envoyé>
L'alternance des voyelles entre les thèmes de l'aoriste et du prétérit sera désigné
par <voyelle(s) de l'aoriste / voyelle(s) du prétérit >, le symbole ø représentant
l'absence de voyelle
Exemples
azen possède l'alternance a/u
ekk << passer >> a une double alternance a/(i/a)
L’aoriste ekk (= ekkø) / prétérit kki pour les 2 premières p sg et kka pour les
autres - kkiγ <je suis passé(e)> tekkid <tu es passé(e) >, yekka < il est passé >,
tekka < elle est passee >, nekka < nous sommes passes >...
La liste de tous les types morphologiques des verbes forts est donnée en annexe.
On trouvera ci-dessous des exemples avec indication de l’alternance:
Type d’alternance /Aoriste / Prétérit
1 a/u afeg s' envoler ufeg
2 a/w awi emporter wwi
3 i/a mlil rencontrer mlal
4 u/a ucuf se baigner ucaf
5 i/u bibb porter bubb
6 ø/a - γeẓẓ croquer γeẓẓa
7 e/u mmet mourir mmut
alternance simple de deux voyelles
, aoriste prétérit
1 i-i/u-a inṭiḥ vociférer unṭaḥ
2 i-i/ø-a ikkil cailler kkal
3 a-i/u-a ami aborder uma
4 a-u/u-a argu rêver urga
5 a-ø/u-a jab procurer juba
6 i-i/a-a ttihi ridiculiser ttaha
7 i-a/u-a bibb porter bubba
8 i-i/ø-e idir vivre dder
Dans l'exemple 8, la première consonne est tendue au prétérit
double alternance d'une voyelle
aoriste prétérit
1 a/(i/a) mel montrer mli / mla
2 u/(i/a) rnu ajouter rni / rna
2 i /(i/a) li posséder li / la
deux alternances : l’une simple, l’autre double
1 (a-ø )/(u. i/a) af trouver, ufi / ufa
2 (a-u )/(u. i/a) aru écrire uri / ura
3 (i-i)/(e. i/a) ini dire nni / nna
Dans l'exemple 3, la consonne est tendue au prétérit
1. Signalons que dans certains parlers kabyles, la double alternance 2 (ø- u ou
i)/(i/a) se réalise différemment, i pour les deux premières personnes du singulier et
la deuxieme du pluriel, a pour les autres.
kkiγ je suis passé(e) nekka nous sommes passé(e)s
tekkiḍ tu es passé tekkim vous êtes passés
tekkiḍ tu es passée tekkimt vous êtes passées
yekka il est passé kkan ils sont passés
tekka elle est passée kkant elles sont passées
Dans d'autres, l'alternance a / w est plutôt a / i pour les verbes à première consonne
w. On a ainsi par exemple pour awi <emporte>> iwiγ <j'ai emporté >, tiwiḍ <tu as
emporté >, niwi <nous avons emporté> au lieu de wwiγ, tewwiḍ, newwi
respectivement.
4- 1- 2- 4. Formes négatives
Une forme verbale négative s'obtient a l'aide des particules ur et ara
ur + thème + ara
(Après un verbe se terminant par une voyelle, ara peut prendre la forme yara ou
wara)
(a) Prétérit négatif
Pour un certain nombre de verbes, le prétérit négatif est identique au prétérit
affirmatif. Les autres forment le prétérit négatif a partir de affirmatif par
l'introduction d'une voyelle i dans la dernière syllabe.
Prétérits identiques:
urareγ ai joue ur urareγ ara je n ai pas joué
Prétérits différents:
kecmeγ je suis entré ur kcimeγ ara je ne suis pas entré
(Voir en annexe-les types morphologiques où la voyelle i apparait.)
(b) Aoriste négatif
On utilise le thème d'aoriste intensif
aor. ad aruγ j'écrirai
aor. ng. ur ttaruγ ara je n'écrirai pas
(c) Aoriste intensif négatif
II est identique à celui de l'aoriste intensif affirmatif:
aor. i. ttaruγ j'écris hab.
aor. mt. ng. ur ttaruγ ara je n'écris pas hab.
(d) Forme <a wer + verbe>
Elle est employée pour un souhait négatif:
ad yeqqim qu'il reste - a wer yeqqim qu'il ne reste pas
4-1-2-5 Impératif
IL se construit a partir du thème aoriste (impératif simple ) et de l’aoriste intensif
(impératif intensif ) selon le paradigme suivant
singulier 2 p.m./f. -
pluriel 2 p. m. —(e)t
2e p. f —(e)mt
Exemple:
nadi chercher: aoriste intensif ttnadi
impératif simple impératif intensif
nadi cherche ttnadi cherche hab., rég.
nadit cherchez (m.) ttnadit cherchez hab., rég. (m.)
nadimt cherchez (f.) ttnadimt cherchez hab., rég. (f.)
Dans certains parlers de Kabylie, on trouve la forme suivante pour la deuxième
personne du masculin pluriel: —(e)wt
kecmewt <entrez> au lieu de kecmet.
Pour la première personne du pluriel, on utilise la première personne du pluriel
futur + l'affixe de l’impératif pluriel
a nalit montons (m.) a nalimt montons (f.)
L'impératif simple comme l'impératif intensif ont la même négative. Elle utilise le
thème de l'aoriste intensif
impératif impératif négatif
aru écris ur ttaru ara n'écris pas
arut écrivez (m.) ur ttarut ara n'écrivez pas (m.)
arumt écrivez (f.) ur ttarumt ara n'écrivez pas (f.)
4- 1-2-6 Participe
C'est la forme du verbe dans une phrase relative où l'antécédent est le sujet du
verbe. Le participe est invariable en genre et en nombre, il existe au prétérit, à
l'aoriste et à l'aoriste intensif. Voici comment on le forme:
- Participe affirmatif:
i/y(e) + thème (prétérit, aoriste simple ou intensif + (e)n
- Participe négatif:
ur + [n(e)+thème (aoriste intensif ou prétérit négatif] +ara
La particule ad de l'aoriste prend la forme ara au participe.
Exemples:
af <trouver>
Forme affirmative thème participes affirmatifs
aoriste af ara yafen qui trouvera / trouveront.
aoriste intensif ttaf yettafen qui trouve(nt)
prétérit ufa yufan qui a / ont trouvé
forme négative participes négatif
prétérit ufi ur nufi ara qui n'a / n'ont pas trouvé
aoriste intensif ttaf ur nettafara qui ne trouve(nt) pas
aqcic yufan le garcon qui a troüvé
taqcict ara yafen la file qui trouvera
arrac ur nettafara les garcons qui ne trouvent pas
tiqcicin ur nufi ara les filles qui n'ont pas trouvé
1-1-2-7 Interrogation
L'intonation montante suffit en kabyle a indiquer l'interrogation. Il existe
cependant une particule interrogative, ma. Une autre particule, mi, st utilisée pour
l'interrogation dubitative:
yeγra taktabt-nni. Il a lu le livre (en qucsvion); :
yeγra taktabt-nni? .. :A-t-il Lu le livre en question
ma d nettat i t-yuγen? Est-ce elle qui l’a acheté ?
ɛni yeffeγ? Serait-il sorti?
On emploie également neγ ala <ou non > ou bien neγ mazal et neγ werɛad <ou pas
encore > à la suite de la question pour la renforcer niγ < n'est-ce pas > est utilisé
de la même manière, au début de l’ énoncé ???? à la fin .
yeddem taktabt-nni neγ ala? A-t-il pris le livre ou non?
iruḥi neγ mazal? Est-il parti ou pas encore.?
niγ iruḥ ? II est bien parti?
4-1-2-8 Verbe réfléchi
Outre les verbes implicitement réfléchis tels sgunfu <se reposer se lever >, on peut
former le réfléchi de la manière suivante:
verbe + iman + affixe du nom
Iman <La personne elle-même, soi> n'est plus senti comme substantif en kabyle,
mais il est conservé dans d'autres parlers Mozabite...) avec le sens de <âme, esprit,
soi>: .
walaγ iman-iw je me suis regardé
twalaḍ iman-ik tu t'es regardé
twalaḍ iman-im tu t'es regardée
iwala iman-is il s'est regardé. ..
twala iman-is elle s'est regardée .1
nwala iman-nneγ nous nous sommes regardés
twalam iman-nwen vous vous étés regardés
twalam iman-nkent vous vous êtes regardées.
walan iman-nsen us se sont regardés .... ...
walant iman-nsent elles se sont regardées.. .
4-1-2-9 . Cas particuliers
Certains mots (interjections...) prennent les marques de l'impératif comme ax (< aγ
< prendre> ?) <tiens !>, yya <<viens! >>, ess <<tais-toi !>...
ax tiens yya viens!
axet tenez! (m.) yyat, yyaw, yyawt venez! (m.)
axemt tenez! (f.) yyamt venez! (f.)
D'autres semblent être des vestiges d'anciens verbes et ne sont vivants qu'à une
seule personne (?), comme ugaγ <je pense, je crois que >.
4-1-3 Verbes de qualité ou d’état
Au prétérit, les indices de personne des verbes de qualité sont différents de ceux
des verbes ordinaires: ils n'ont pas d'indices préfixes. Les autres thèmes ainsi que
l'impératif se conjuguent comme les verbes ordinaires. Les formes négatives se
forment de la même manière que pour les verbes ordinaires. Les thèmes de prétérit
affirmatif et négatif sont toujours identiques.
4-1-3-1. Prétérit
Indices de personne:
singulier pluriel
1p. —(e)γ —it
2p. —(e)ḍ it
3p.m. — —it
3p.f. —(e)t —it
On voit qu'il n'y a qu'une seule forme pour le pluriel a toutes les personnes. Etant
donne la spécificité de ces verbes, le prétérit peut se traduire par un présent ou un
passé selon le contexte sémantique ou grammatical.
Exemple:
imγur être grand; prétérit : meqqer
Singulier
1.p. meqqreγ je suis (ou j'étais) grand(e)
2.P. meqqreḍ tu es (ou étais) grand(e)
3p.m meqqer Il est (ou était) grand
3p.f meqqret elle est(ou était) grande
Pluriel
1p. meqqrit nous sommes (ou étions) grand(e)s
2p. meqqrit vous êtes (ou étiez) grand(e)s
2p.m meqqrit ils sont (ou étaient) grands
2p.f meqqrit elles sont (ou étaient) grandes
4-1-3-2. Participe
La formation du participe est identique a celle des verbes ordinaires excepté pour
le participe du prétérit affirmatif qui ne prend pas d’indice préfixé.
aor. ara yimγuren qui grandira / grandiront
pr. meqqren qui est / sont / était / étaient grand(s) / grande(s)
aor. int. yettimγuren qui grandit / grandissent
pr. ng. ur nmeqqer ara qui n'est / ne sont / n'était / n’étaient / pas grand(s) /
grande(s)
aor. int. ng. ur nettimγur ara qui ne grandit / ne grandira pas
[Link] de verbes
Comme pour les verbes ordinaires, on distingue deux verbes faibles et les verbes
forts. La liste des types morphologiques des verbes de qualité est donné en annexe.
a. Verbes faibles (aoriste identique au prétérit) aoriste: rfufen être chiffonné / sale
prétérit
b. Verbes forts (aoriste différent du prétérit)
alternances aoriste prétérit
1 i—i /0—a ihriw être large hraw
2 i—i /0—i iẓid être doux, sucré ẓid
3 i—i / e—e ismiḍ être frais, froid semmeḍ
4) i—u /e—u imlul être blanc mellul
5) i—u / Ø— Ø imγur grandir meqqer
a—a /0—a aẓay être lourd ẓẓay
u—u /o—u uzur être gros, épais zur
Verbes d'origine arabe qui commencent par m(u)
Ils sont réguliers et ne s'emploient qu'au prétérit. Ex : mucaɛ < être célèbre >
mucaɛeγ je suis / j'étais célèbre
mucaɛed tu es / étais célèbre
mucaɛ il est / était célèbre
mucaɛet elle est / était célèbre
mucaɛit nous sommes / étions célèbres
mucaɛit vous êtes / étiez célèbres
mucaɛit us sont / étaient célèbres
mucaɛit elles sont /étaient célèbres
d. Formes isolées
II existe quelques rares verbes qui n'entrent pas dans le classement précédent,
comme:
Aoriste /Prétérit
zegzew être vert zegzaw
ḥirciw être rugueux iḥercaw
page 90
4-1-4 Particules d'orientation
Ce sont les particules d et n qui ajoutent au verbe un sens 1'orientation:
d oriente le procès vers le sujet parlant,
n oriente l’action vers l'auditeur ou vers un lieu évoqué par les - interlocuteurs.
Exemples:
Avec mouvement
iruḥ-d il est venu (vers ici)
iruḥ -n il est parti (là-bas)
Sans mouvement
yufa-d il trouva (ici)
yufa-n il trouva
Les particules d'orientation se placent:
Après le verbe sans particule
yusa-d il est venu (vers id)
ttas-d viens (vers ici, hab.)
• avant le verbe (forme conjuguée ou participe) accompagné d’une particule
préverbale (la particule ad devient a devant une particule d'orientation, voir plus
bas)
a d-aseγ je viendrai
ur d-yusi ara ii, n'est pas venu
win ara d-yasencelui qui viendra
win d-yusan celui qui est venu
win d-yettasen celui qui vient
la d-yettawi ii est en train d'apporter
a wer d-yas qu'il ne vienne pas!
2. d et n prennent la forme id et in après les pronoms affixes, direct (voir [Link])
awi-t-id apporte-le (vers moi)
awi-t-in emporte-le (vers toi)
3. d est plus utilisé que n, qui a même disparu dans certains parler kabyles. Dans
ce cas, la valeur de d se confond parfois avec celle de n.
L'opposition se réalise alors entre <verbe + > et < verbe sans d>
yusa-d il est venu vers ici ou là-bas
awi-t-id apporte-le (vers ici)
awi-t emporte-le (indéfini ou défini)
4. On utilise toujours la variante a de la particule ad de l'aoriste les particules de
direction. On écrira donc:
a d-awiγ j'apporterai (et non ad d-awiγ)
Si la forme verbale commence par un t (2e P. sg. et p1, 3e P. f.) il y a assimilation
avec la particule de direction d, assimilation qui est progressive ou régressive
selon les parlers (elle n'est pas notée a l'écrit).
a d-teffeγ > [a d-deffeγ] / [a t-teffeγ] / [a -effeγ]
5. Rappelons que la forme du verbe est invariable quel que soit l'environnement du
verbe (voir les remarques du 3.1.4) . On écrira:
yekcem il est entré / yekcem-d [ikecm-ed] il est entré (vers ici)
6. Certains verbes se conjuguent obligatoirement avec une particule d'orientation,
par exemple: as <venir > ; mmekti < se souvenir >
Le verbe II <92-112>
AMAZIGHS KABYLES·MARDI 6 OCTOBRE 2020·TEMPS DE LECTURE ESTIMÉ : 20 MINUTES
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4.1.5 Formes verbales dérivées
La dérivation s'obtient à l'aide de préfixes adjoints au verbe primaire.
Certains verbes dérivés sont cependant issus d'un nom, comme siwel <parler;
appeler> < awal << parole, mot >.
Il existe trois formes dérivées fondamentales: le factitif ou causatif, le réciproque
et le passif. Elles se conjuguent de la même manières que les verbes primaires.
Les verbes de qualité n'ont en général qu'une seule forme verbale dérivée, le
factitif.
Le sens des verbes dérivés ne correspond pas toujours a celui des préfixes comme
on le verra dans certains exemples. Les modes de formation de l'aoriste intensif
des verbes dérivés sont donnés en annexe.
4-1-5-1 Factitif
La forme en <s> (et variantes) donne un factitif ou causatif; elle introduit une
cause ou un agent qui est l'auteur du procès. En général, un verbe primaire
intransitif donne un verbe dérivé transitif.
kcem entrer —ssekcem faire entrer, introduire
Le verbe dérive peut aussi être réfléchi:
irid être lavé - ssired laver (transitif) ou se laver (réfléchi)
Il se forme par préfixation de s ou de ses variantes sse / ssu
Le préfixe s se transforme au contact de certaines consonnes primaire (z, ẓ s, ṣ, c,
j, ğ).
Exemples:
Primaire / factitif
kcem entrer /ssekcem introduire
zger traverser /ssezger, zzger faire traverser
ni être enfilé / sni enfiler
luγ être trouble / sluγ troubler
mmekti se rappeler / smekti rappeler
nnulfu être inventé / snulfu inventer
ffeγ sortir /ssufeγ faire sortir
eced glisser ccice/ faire glisser
ddu marcher seddu faire marcher
nnser s'échapper. ssenser faireéchapper
γer étudier ssγer enseigner
ekk passer sukk faire passer
afeg voler (oiseau)/ ssifeg faire voler
agad avoir peur / ssiged faire peur
arğu attendre / ssarğu faire attendre
ali monter /ssali faire monter
urug être verse / ssureg - verser
irid être lavé / ssired laver
ifrir surnager ssiferr, ssifrer faire surnager
imẓiy être jeune, petit ssemẓi zzemẓi rapetisser
ifsus être léger / ssifses, ssifess rendre léger
4-1-5-2 Réciproque
Il se forme en général par préfixation de m /my(e) /my /myu
Primaire Réciproque
hder parler / myehdar se parler
zwir précéder / myezwir se dépasser
siwel appeler / msiwel s'appeler réciproquement ,
cedhi désirer /mcedhi se desirer mut.
ẓer voir mzer se voir réc.
ṭṭef tenir myṭṭuaf se tenir
ttel enrouler myuttel s'enlacer
ssuden embrasser /msuden s'embrasser mut.
ssirem désirer/ msirem se désirer
if surpasser / myif se surpasser rec.
aru écrire/ myaru correspondre
ger mettre/ myegr se jeter mut. une chose
nnser se sauver myensar se faire sauver l’un l'autre
zzi tourner, retourner myezzi se détourner l’un de l'autre
ttu oublier myettu s'oublier réc.
ččar remplir myeččar se remplir réc.
4-1-5-3 Passif
Ii se forme par préfixation de ttu ttwa tt mm(e) n ou nn(e) sur le verbe primaire On
peut noter que la forme de derivation principale est la préfixation de ttu ou ttwa.
Le tableau suivant donne des exemples quelques verbes: LEVERBE
En général, ce sont les verbes primaires transitifs qul dorn dérivés intransitifs:
yeddem tabrat il a pris une /la lettre (tabrat COD)
tettwadem tebratla lettre a été prise (tebrat – CR(sujet))
Dans l'énoncé passif, on fait référence a un agent ou à un instrument qui a réalisé
l’action, même s'il n'est en général pas mentionné explicitement. On peut - procédé
assez rare - le nommer par un complément d'agent ou d' instrument introduit par
les préposition sγur <<par>>
tettwassew tebḥirt s waman ugeffur./Le jardin a été irrigué par l'eau de pluie
Le passif est utilisé lorsque l’on veut montrer ou que l’on sait qu’il y a un agent ou
un instrument, mais que l’on ne connait pas ou que l’on veut pas nommer (voir
également 4.2.1).
Primaire / Passif
krez labourer / ttwakrez être labouré
ɛdem détériorer / nneɛdam être détérioré
wet frapper / ttwet être frappé
nneḍ enrouler / ttwinneḍ être enroulé
tter demander / mmter emprunter, mendier
lebbes crépir / ttulebbes être crépi
rki tremper / ttwirki être trempé
ẓmi presser / nneẓmi être préoccupé
ttu oublier / mmett être oublié
aweḍ atteindre / ttwiweḍ être atteint; être attaqué
aγ prendre / ttwaγ être abimé
ẓer voir / mmẓer être vu
els se vêtir / mmels être porté, vêtement
e čč manger / mmečč être mangé
zlu égorger / mmzel être égorgé
irid être lave / nired être lavé (Mort)
En général, ce sont les verbes primaires transitifs qui donnent des dérivés
intransitifs:
yeddem tabrat il a pris une / la lettre (tabrat. COD)
tettwadem tebrat la lettre a été prise (tebrat. CR (sujet))
Dans l'énoncé passif, on fait référence a un agent ou à un instrument qui a réalisé'
l’action, même s'il n’est en général pas mentionné explicitement.
On peut - procédé assez rare – le nommer par un complément d'agent ou
d'instrument introduit par les préposition ou sγur <par>:
tettwassew tebḥirt s waman ugeffur.
Le jardin a été irrigué par l'eau de pluie.
Le passif est utilisé lorsque l’on veut montrer ou que l’on sait qu’il y a un agent ou
un instrument, mais que l’on ne connait pas ou que l’on ne veut pas nommer (voir
également 4.2.1).
4-1-5-4 Autres préfixes et formes complexes
On peut également former des dérivés complexes avec
combinaison de deux (ou plus) des préfixes précédents
enz être vendu
zzenz vendre
ttuzenz être vendu
enγ tuer
mmenγ s’entretuer
smenγ faire s’entretuer
dderγel être aveugle
sderγel aveugler
myesderγel s'aveugle
bibb porter
mbibb être empilé
ssembibb empiler
gguggi s'attrouper
mguggi s'attrouper
ssemguggi ameuter
ames être sale
ssimes salir
msimes se salir
eft donner
nnefk être donné
ttunefk être donné
Le sens du verbe dérivé ne correspond pas toujours à celui des préfixes
La dérivation est conforme au sens des préfixes:
enz être vendu ttuzenz être vendu
zzenz vendre mzenz se vendre mutuellement
• Les dérivés ne correspondent pas au sens des préfixes:
ɛqel reconnaire → smeɛqel essayer de reconnaitre
awi emporter → smawi cesser (pluie)
kti se rappeler qqn (fatigue, mal)
mmekti se souvenir, se rappeler
smekti rappeler, faire se souvenir
Outre les préfixes précédents qui sont bien attestés dans la langue, on peut en
ajouter d'autres qui semblent marginaux, comme par exemple:
• (m)mu, qui a en principe une valeur de passif, mais avec des nuances propres a
chaque verbe, qui font qu'il n'est jamais le doublet de la forme normale.
izγil être chaud → mmuzγel être tiède
qqen attacher, lier → mmuqqen être en gerbe, en botte (ttwaqqen
être attaché)
eg faire → mug, mmug : être place ; être fabriqué (ttwag / ttweg être
fait)
sw, préfixe de verbes polysémiques qui permet de spécialiser la forme dérivée
dans un des sens du verbe (note).
aγ prendre, etc. → swiγ détériorer, etc.
awi emporter → swawi procurer / faire endurer
Note : A moins qu'il ne s'agisse d'une ancienne radicale (w) qui réapparait dans la
forme dérivée (3.1.1, le genre).
4-1-5-5 Récapitulatif des différentes formes
verbales
Prétérit
Prétérit yura il a écrit
Négation ur yuri ara il n'a pas écrit
Aoriste
futur ad yaru il écrira
négation (aoriste intensif ) ur yettaru ara il n'écrira pas
Optatif ad yaru! qu'il écrive!
Négation a wer yaru qu'il n'écrive pas !
(ad/a + ur/wer ± aoriste)
Impératif simple aru! écris!
Négation (aoriste intensif ) ur ttaru ara n'écris pas
Aoriste intensif
Aoriste intensif. yettaru il écrit (hab. ou rég.)
Négation ur yettaru ara il n'écrit pas (habituellement ou régulièrement ):
Impératif intensif ttaru écris (hab. ou rég.):
Négation ur ttaru ara n'écris pas (hab. ou rég.)
4-1-6 Dérivés nominaux du verbe
Chaque verbe est susceptible de fournir des noms verbaux et des adjectifs par
dérivation. Les noms verbaux sont le nom d'action concret, le nom d'agent ou de
patient, le nom d'instrument et l’adjectif. Le nom d'action existe pour tous les
verbes, primaire ou contraire des autres noms. Le nombre d'occurrences pour le
nom d’agent est cependant beaucoup plus important que pour le nom d’instrument
4-1-6-1 Nom d'action
Le nom d'action signifie le fait de réaliser ou de subir l’action exprimée par le
verbe:
kres nouer → akras action / fait de nouer
ffer cacher → tuffra action / fait de cacher
Le nom verbal peut s'employer comme n'importe quel nom avec d'autres verbes et
avoir toutes les fonctions nominales. On signalera simplement ici deux exemples
(jour d'autres emplois, voir 3-2-5-1 (1), 6.3.1 et 8.1).
Il est utilisé avec son verbe pour en renforcer le sens:
yekres-it / d akras./Il l'a bien noué. (Litt. : il l'a noué / c'est le fait de nouer.)
Il peut parfois se traduire par un infinitif français:
tuffra n tidet / ur telhi./Cacher la vérité est mal. (Litt. : la dissimulation (le fait de
cacher) de la vérité / elle n'est pas bien.)
Formation
II existe plusieurs modes de formation des noms d'action. Les plus réguliers (notes
de I à VII) sont donnés dans le tableau ci-dessous.
Le mode de formation I est le plus répandu. Il s'emploie avec des verbes de deux
ou trois syllabes. Il se forme en préfixant directement la voyelle initiale a au verbe.
Si le verbe commence ou se termine par deux consonnes identiques, une seule
subsiste.
Les modes de formation II, III et IV associent, outre la préfixation de la voyelle
initiale a, la suffixation d'une voyelle (u, i). Les verbes concernés ont une seule
syllabe.
Le mode V est le mode de formation du nom d'action des verbes trilitères.
Le mode de formation VI concerne les verbes de type ffer <cacher >, nom d'action
: tuffra.
Le mode VII s'applique aux verbes de qualité de la forme ic1c2vc3
(exceptions: ihriw < être large > → tehri et imẓiy <être petit> → temẓi)
Mode /Forme du verbe/ Nom d'action
I /cvcv → acvcv
Zzeylell→azeylel
Bberzegzew→aberzegzew
II / c(c)vc(c)→ac(c)vc(c)v
III / c(c)ecc→ ac(c)ecci
IV / (c)cac(c)→a(c)cac(c)i
V / c1c2ec3→accac
VI/ ccec→ tuccca
VII / ic1c2vc3 →tec1c2ec3
Pour quelques types de verbe, le nom d'action a la meme forme verbe,
rar jouer
aha aller vite, faire vite
fad avoir soif
inig voyager
Quelquefois avec les marques du féminin
usu tousser
tusut action de tousser; toux
Le tableau ci-dessous donne des exemples pour quelques verbes:
verbe nom d'action
zdem ramasser du bois azdam
γer lire, étudier taγuri
eğğ laisser tiğğin
sew boire tissit
eft donner tikci, tufkin
ffer cacher tuffra
γeẓẓ mordre aγẓaẓ
bberzegzew être verdâtre aberzegzew
γli tomber aγelluy, aneγluy
zzi tourner tuzzya
zdi être uni azday
if surpasser→ tifin / tifit
ttu oublier→ tatut/tittin
nzu aborder en priorité→ anzay/ nnzu
lal naitre → (t)alali(t)
fad avoir soif→ fad
nnam avoir l'habitude→ anami, tannumi
laẓ avoir faim laẓ
mhurras bousculer → amhurres
afeg s'envoler → affug
asem être jaloux → tismin
aweḍ arriver → awwaḍ /aggaḍ
ali monter → (t)alluy(t)
agi refuser →tigin, tugin
azzel courir → tazzla
aγ prendre; acheter →tiγin
agad avoir peur→ tigdi(n)
agar dépasser→ tugarin
ndi tendre un piége→ anday/ tundin
all aider → tullin
ggall jurer → agalli
ẓall faire la prière → taẓallit
eg faire→ tigin
isin savoir, connaitre → tamussni / tussnin
iksin être responsable→ tuksinin
izdig être propre tuzdagin, tezdeg
iẓẓif crier, vociférer tuẓẓfa, tuẓẓifin
idir vivre→ tudert/tuddrin
ini dire → timenna
ili être → tilin, timella
aru écrire → tira, turin
argu rêver → turgin
irẓig être amer terẓeg
intill être abrité, caché → nntil, antal, ntell
iẓid être doux, sucré → tiẓet
uzur être gros, épais → tuzert
ḥ irciw être rugueux → tiḥ ercewt
zegzew être vert → tizegzewt
4-1-6-2 Nom concret ou abstrait
Le nom d'action peut avoir parfois un sens concret ou abstrait
aru écrire → tira action d'écrire / écriture
kres nouer → tiyersi action de nouer/ noeud; pomme d’Adam
ečč manger → tuččit action de manger /nourriture
À côté de ces noms d'action, on peut trouver des noms déverbatifs concrets, qui
relèvent du lexique
bri concasser → abray action de concasser,
broyer abruy grain (de sel, de couscous); petit morceau
zdem ramasser → action de ramasser du bois
tazdemt fagot
jjelkeḍ battre avec → ajelkeḍ action de battre
une baguette ajellaḍ baguette
gmer cueillir → agmar action de cueillir
tagmert cueillette
bges se ceindre abgas action de se ceindr
abagus, agus ceinture
nnezgem s'inquiter → anezgem fait de s'inquiéter
anezgum inquietude
4-1-6-3 Nom d'agent ou de patient
Le nom d'agent ou de patient se forme en kabyle par la préfixation de am au verbe,
avec la variante an - sans que cela soit systématique - si le radical du verbe
contient un m ou plus généralement une labiale (b, f, m, w). La voyelle initiale est
généralement i si le verbe contient cette voyelle.
Le nom d'agent est actif (acteur ou auteur du procès), le nom de patient est passif
(subit l'action ou en est bénéficiaire).
Verbe nom d'agent ou de patient
ḥ areb protéger amḥ areb protecteur
cebbeb grimper amcebbeb, grimpeur imcebbeb
inig voyager iminig voyageur
gmer cueillir anegmar celui qui cueille
nger s'éteindre, famille amengur homme sans postérité
qedder couper du bois aqeddar bucheron
zdem ramasser du bois de azeddam bucheron chauffage
agem puiser anagam celui qui puise
aḍ en être malade amuḍ in malade
tter demander, mendier amattar mendiant
ṭṭef tenir anaṭṭaf celui qui tient
ssuter demander amsuter demandeur
ssuget faire abonder, multiplier amsuget prolixe
niwel faire la cuisine t tamnawelt cuisinière
eks paitre ameksa berger
ẓed moudre amẓad client du moulin ameẓẓad meunier
ẓẓall prier, ameẓẓallu qui fait la prière
4-1-6-4 Nom d'instrument
Les noms d'instrument sont assez rares en kabyle. Il existe bien cependant un
procédé spécifique de formation à partir du verbe, par suffixation d'un s apparenté
à la préposition s <avec, au moyen de > ou au préfixe s du factitif. Certains sont
formés de la même manière que le nom d'agent (ici agent instrumental), d'autres
sont confondus avec le nom d'action.
Voici quelques exemples:
zzizdeg nettoyer timzizdegt passoire, fitre
ẓber débroussailler timeẓbert serpe
rgel boucher; être bouché asergel bouchon
qqes piquer; mordre tisiqest aiguillon
agem puiser asagem cruche
lwi cueillir (des fruits) imelwi gaule, cueilloir
ddez piler amaddaz maillet azduz pilon, maillet, massue
mzi pour, lisser azemzi objet pour pollir
nqec piocher amenqac pioche; celui qui pioche
nqer perforer, trouer amenqar poinçon, outil pour trouer
4-1-6-5 Adjectif
(Voir également 3.1.2)
L'adjectif exprime une propriété, une qualité ou une caractèristique du nom (être
animé ou chose) auquel il se rapporte. Il se forme sur les 2 types de verbes, mais
principalement sur les verbes d'état:
verbe adjectif
izwiγ être rouge azeggaγ rouge
ibrik être noir aberkan noir
dderγel être aveugle aderγal aveugle
zzelmeḍ être à gauche azelmaḍ gauche, de gauche
L'adjectif peut se former:
Sur le modèle du nom d'agent ou de patient
llaẓ avoir faim (verbe ordinaire) amellaẓu
aẓay être lourd (verbe de qualité) amaẓay lourd
mḥ ejwer rougir amḥ ejwer rouge
truzi être naturalisé ametruzi naturalisé
cihwi avoir envie, convoiter imcihwi insatiable
agad avoir peur amagad peureux
ihriw être large amahraw large
rbeḥ gagner amerbuḥ bienvenu
rku pourrir amerrku pourri
zwir précéder amezwaru premier
rreẓ être cassé amerrẓu casse
gri rester en arrière aneggaru dernier
zleg être tordu amezlagu tordu
Par suffixation de -an, en particulier au verbe de qualité
iẓid être doux, sucré aẓidan
aẓay être lourd aẓayan
iγzif être long aγezzfan
ihriw être large ahrawan
qqar être dur aquran
cib blanchir, avoir le poil blanc aciban
kkaw être sec akiwan
fuḥ puer, sentir (mauvais) afuḥ an
sur le schème de prétérit des verbes de qualité (la dernière voyelle
étant a dans l'adjectif)
izwiγ être rouge (pr. zeggaγ) azeggaγ rouge
zegzew être vert ou bleu (pr. zegzaw) azegzaw vert, bleu
ismiḍ être frais, froid ([Link]ḍ ) . asemmaḍ frais, froid
imlul être blanc (pr. mellul) amellal blanc
ifsus être léger ([Link]) afessas léger
Sur le schème uc1c2ic3 pour certains verbes trilitères
ḍ fer suivre uḍ fir suivant
zmer pouvoir uzmir fort
ẓwer réussir, être habile uẓwir habile
Autres exemples
zmumeg sourire . azmamag souriant
ḥ diqer être agité, inquiet aḥ daqar étourdi
Certains verbes possèdent deux ou trois formes pour l’adjectif : Employées avec le
même sens dans des parlers différents
amaẓay / aẓayan lourd :
amahraw / ahrawan large
Distinguant des nuances
iẓid être doux, sucré
aẓidan sucré
imiẓid doux
amẓiẓdan, amuẓuẓdan douceâtre
ibrik être noir
aberkan noir.
imsibrik brun, noirâtre
4-2 Verbes transitifs, intransitifs et réversibles.
On commencera par donner quelques definitions générales avant de traiter les cas
particuliers:
4.2.1 Définitions .
• Verbes transitifs: ce sont des verbes qui admettent un COD. C’est-à-dire que
l’action exprimée par le verbe s'applique à ce complément
yeddem taγenjawt.
Il a pris la cuillère.
• Verbes intransitifs: ces verbes n'admettent pas de COD.
yeffeγ weqcic.
Le garçon est sorti. (Litt. ii est sorti le garçon)
• Verbes réversibles (ou symétriques, mixtes) : ces verbes peuvent être transitifs
ou intransitifs.
ldi ouvrir / être ouvert
Dans l'emploi transitif du verbe, le < sujet > est un agent:
teldi tawwurt.
Elle a ouvert la porte. (tawwurt est COD)
Si le verbe est utilisé avec sa valeur intransitive, le <sujet> est un patient sur lequel
s'applique l'action ou l’état exprimé par le verbe
teldi tewwurt La porte est ouverte
tewwurt est le <sujet> du verbe, complément référentiel à l'état d'annexion. Il ne
peut y avoir de complément d'objet direct. Il s'agit de la constatation d'un fait sans
aucune référence à un agent qui aurait ouvert la porte. Pour faire intervenir un
agent, il faut avoir recours à une forme dérivée, le passif.
4-2-2 Remarques
[Link] verbes admettent un complément direct (sans préposition) mais qui n'est
pas objet du verbe.
yeffeγ tameddit. II est sorti le soir.
tameddit ne répond pas la question du COD mais Melmi i yeffeγ <Quand est-il
sorti ?> C'est donc un complément circonstanciel de temps (CC) (voir 3.2.5).
2. Des verbes transitifs peuvent avoir une construction intransitive
tessen irgazen. /Elle connait des / les hommes (transitif).
tessen-asen i yergazen /Elle s'y connait en hommes (intransitif) (Litt
Elle connait - à eux -aux hommes)
3 Certains verbes transitifs peuvent se passer de COD. Le sens du verbe est alors
parfois modifié:
yesɛa abernus. II possède un burnous.
yesɛa est riche (en contexte).
4-3 Emploi des formes verbales
4-3-1 Définitions
Le thème verbal exprime un aspect. Fondamentalement, on peut distinguer deux
aspects: un accompli, qui exprime que l'action est achevée, et un inaccompli, qui
indique que l'action est en train de se réaliser, sans être accomplie. Elle peut avoir
lieu dans le passé, le présent ou le futur. On précise le moment où se déroule
l'action par le contexte, à l'aide d'adverbes de temps par exemple. D'autres aspects
peuvent être exprimés (passé récent, imminence, inchoatif, etc.) soit avec des
particules ou certains adverbes, soit par des verbes auxiliaires.
Nous avons vu en morphologie que l’on pouvait distinguer quatre thèmes verbaux.
On peut écrire en première approximation:
• Les prétérits affirmatif et négatif correspondent l'accompli.
• L'aoriste accompagné de la particule ad et l'aoriste intensif correspondent à
l'inaccompli.
• Quant à l'aoriste simple (sans particule), il n'est plus guère employé' en kabyle
que dans les cas que nous verrons plus bas. Il a la valeur que lui donne le contexte.
En réalité, l'aspect tient à la fois de la sémantique du verbe, du thème et de la
construction grammaticale.
Suivant ces trois paramètres, un verbe peut présenter:
• au prétérit:
- un aspect accompli; .
- un aspect impliquant un état présent résultant d'une action passée (résultatif) ;
- un aspect indiquant un état permanent ou ne résultant pas d'une
action passée (statif); .
•à l'aoriste intensif
- un aspect qui implique une action en cours ou le passage d'un état a un autre
Remarque : Sans autre précision, le terme procès désignera dans la suite
indifféremment une action ou un état.
4-3-2 Les formes
4-3-2-1 L'aoriste
1. Aoriste sans particule
La valeur de l'aoriste est donnée par le contexte .Il peut être soit au début d'une
proposition soit précédé d'un verbe. En général, il prend le sens d'injonctif (ordre)
et / ou d'optatif (souhait) ou bien il exprime un enchaînement dans le procès, dans
une narration .
(a) injonctif enchainé .
Les verbes exprimant un ordre et qui suivent un impératif peuvent être mis à
l'aoriste. II y a enchaînement des déficientes actions d'où le nom d'injonctif
enchainé.
rnu-d aḍref neγ sin, tebruḍ-asen ad ksen!
Ajoute encore un ou deux sillons et détache les (boeufs) pour qu'ils paissent ! .
(b) éventuel ou hypothétique
mi d-ters tbaqit, yečč neγ yeqqim!
Quand le plat est pose, qu'il mange ou qu'il reste! .• - r . .
aksum, wi bγun yečč-it, taḍut wi bγun yels-itt.
La viande, en mange qui veut; la laine s'en vête qui veut.
(c) optatif enchainé
L'optatif exprime un souhait ou un désir. Le lien entre deux
propositions juxtaposées ou le verbe de la première est un optatif
(ad + aoriste) se fait par l'aoriste dans le verbe de la deuxième.
ad ak-yeɛfu Rebbi, yeɛfu-yaγ asmi ara k-in-naweḍ!
Que Dieu te pardonne et nous pardonne à nous-mêmes lorsque nous te
rejoindrons!
A γ-yemneɛ Rebbi , yejber-aγ!
Que Dieu nous épargne et nous préserve!
• (d) aoriste enchainé
Dans une narration, 1'enchainement dans le récit peut se faire par l'aoriste, qui a la
valeur du verbe précèdent.
yerna-yas-d wuccen la d-yettlummu fell-as, yin as: atan wanda γ-d-
yessaweḍ...
• Le chacal continua à le blâmer et lui dit :< Voilà ou nous a
amenés...>
tewweḍ γur-s, tawwurt teqfel, mi tendeh-as, tin as: ldi-yi tawwurt ababa
ḥnini. Netta yin as: čenčen tizebgatin-im a sγira yelli, a sγira yelli. mi yeldi-
yas tawwurt. Mi tekcem, mi tessers-as lqut, mi twelli-d.
Elle arrivait, la porte était fermée ; elle appelait en disant: <Ouvre-moi la porte,
papa chéri, papa chéri !> . Il répondait: <Fais tinter tes colliers Sghira ma fille,
Sghira ma fille !> Alors il lui ouvrait la porte : elle entrait, lui déposait la
nourriture et repartait.
(e) injonctif irréel
tinm-as a wen-d-yefk cwiṭ!
Vous auriez dû lui dire de vous (en) donner un peu!
(f) optatif irréel enchainé
a wi kem-yeran yiwen wass yemmet di talwit!
Te voir un seul jour et mourir en paix!
(g) injonctif
ar d-awḍen teččem.
Quand ils arriveront, vous mangerez.
2. Aoriste avec particule
(g) ad/a + aoriste
II exprime le futur, le souhait, l'éventualité, l'exhortation, l'intention ou la menace.
Nous donnerons quelques exemples de son emploi :
• futur
ad as-t-fkeγ tameddit.
Je le lui donnerai le soir.
• discours didactique
ad ceggɛen yiwen weqcic ad yeɛreḍ iḥbiben d imeddukal. Yiwet tmeṭṭut a d-
tessu yiwet tzerbit, a d-tessers tarbut n seksu....
On envoie un garçon inviter amis et compagnons. Une femme tend un grand tapis,
pose un plat de couscous...
• optatif
ad aγ-yenju Rebbi si yir lfal!
Que Dieu nous préserve du mauvais augure!
Ruḥ, a k-d-yefk Rebbi asennan g tiṭ n tegcrirt...!
Va! Que Dieu te donne une épine dans la rotule de ton genou...!
• optatif négatif : forme a + wer + aoriste
a wer tesɛuḍ tamettut iγef ttγennin imeksawen!
Puisses-tu n'avoir pour épouse une femme qui inspire les chansons des bergers!
A wer yekkes i wallen ayen ẓrant!
Puisse-t-il (Dieu) ne pas enlever aux yeux cc qu'ils ont vu!
(b) ara + aoriste:
• proposition relative
- avec participe de I'aoriste
win ara yeswen ad yeḥlu. Celui qui boira sera guéri.
- avec verbe conjugué
adlis ara taγeḍ yesɛa azal.
Le livre que tu vas acheter a de la valeur.
• mise en relief
d netta ara yeddmen taqecwalt.C'est lui qui prendra la corbeille.
d ayen ara yeddem.C'est ce qu'il prendra.
(c) énoncé exclamatif au futur
ara iru mi ara isel !
Comme il pleurera quand il sera au courant!
(d) serment: ar (d) + aoriste (d disparait devant un pronom COD)
ar d a t-yečč!
Je jure qu'il le mangera!
ar ten-tawiḍ!
Je jure que tu les emporteras!
4-3-2-2 Le prétérit
Le prétérit exprime un procès achevé, réalisé, accompli. Des auxiliaires permettent
de marquer l‘antériorité dans le passé ou le futur.
ufgen yegḍaḍ. /Les oiseaux se sont envolés.
mi ara d-tawdeḍ, ad ifin ufgen./Quand tu arriveras, us se seront
envolés.
mi d-wwḍeγ, yuγ lḥal ufgen./Quand je suis arrive, ils s'étaient (déjà)
envolés.
mi d-wwḍeγ, ufgen./A mon arrivée, us se sont envolés.
1. Verbes d'état ou de qualité
Au prétérit, ils indiquent un statif.
semmeḍ wedfel./La neige est /était froide.
2 Verbes ordinaires
(a) Les verbes (transitifs ou intransitifs) comme zdeγ <habiter> issin <savoir> scu
<avoir> swu <valoir> ili <<être>> idir < vivre > zmer < pouvoir >, etc indiquent
un résultatif (présent ou passé suivant le contexte) au prétérit
yezdeγ γur gma-s./Il habite / a habité chez son frère.
(b) Les verbes intransitifs dont le sujet n'est pas un agent' enz <être
vendu> irid <être lavé> qqar <être dur> eww <<être mur, cuit>>
erγ<être brulant >, etc peuvent exprimer au prétérit un accompli ou un état, selon
leur sens et selon le sujet
yerγa /Il est très chaud, brillant (état) / il a brulé (accompli)
(c) Les verbes réversibles indiquent un état quand le sujet est un patient
teldi tewwurt./La porte est / était ouverte.
Remarque : La forme passive exprime l'aspect résultatif.
tettwaldi tewwurt./La porte a été ouverte.
Le verbe III <112-122>
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4-3-2-3 L'aoriste intensif
II indique en général le déroulement de l'action ou du procès
1. Aoriste intensif sans particule
Il est utilisé pour indiquer une action habituelle (dans le passé ou le présent) ou
actuelle (duratif). La présence d'un adverbe ou d'un auxiliaire permet de situer le
procès dans le passé ou le présent.
yeznuzuy irden../Il vend du blé (habituellement ou actuellement).
zik, yeznuzuy irden./Autrefois, il vendait du blé.
a) Verbes d’état ou de qualité
À l'aoriste intensif, ils indiquent le duratif, l’itératif ou une valeur
générale.
yettimγur weqrur./L'enfant grandit.
Cp. ad yimγur. Il grandira. (aor.)
meqqer. Il est / était grand. (pr.)
b) Verbes ordinaires
À l'aoriste intensif, us indiquent soit une propriété soit un aspect
Duratif ou itératif:
ireqq. (aor. erγ)/Il peut bruler (propriété) / ii est en train de bruler
(duratif).
yettγar. (aor. qqar)/Il durcit. (Propriété ou duratif)
yettewwa (aor. eww)/II cuit ou murit. (propriété ou duratif)
c) Verbes réversibles
L'aoriste intensif indique une propriété ou un aspect duratif (actuel):
tleddi tewwurt.
La porte s'ouvre / la porte peut s'ouvrir.
2. Aoriste intensif avec particule
Dans certains parlers kabyles, les particules ar, la, a la ne sont pas
utilisées ou ne sont pas connues. On les remplace par un auxiliaire ou la particule
a/ad - en leur lieu et place - Si cela est vraiment nécessaire, sinon le contexte suffit
à indiquer l'aspect du procès.
a) ar donne le sens d'une action prolongée:
ar ileḥu deg wayla-s, tagelzimt γef tayett.
Il marche dans son champ, la hachette sur l'épaule.
ar leḥḥun ar leḥḥun.
Ils marchèrent longtemps.
b) la l'action continue, se déroule, se prolonge pendant un laps de temps (= < en
train de.> ).
La m-teqqar. (= teqqar-am.)/Elle te dit, elle est en train de te dire.
atan la yettazzal. (= atan yettazzal.)/II est / le voilà en train de courir
c) a la : prolongement de l'action
a la yeqqar.
Il est / était en train de dire
a la leḥḥun.
Ils sont /étaient en train de marcher.
d) ad : futur duratif ou répétitif
ma ruḥeγ γer tmurt, ad ttmerriḥeγ kan din.
Si je vais au pays, je n'y ferai que me promener.
4-4 .Auxiliaires
Comme dans beaucoup de langues, il existe en kabyle des formes composées. Les
éléments utilisés pour fournir ces formes sont les auxiliaires qui sont autant de
possibilités d'exprimer ou de préciser l'aspect du verbe.
(1) lliγ ttaruγ. /J'écrivais / j'étais en train d'écrire. (Litt. : j'étais (pr.)
j'écris (aor. int.)
(2) Iteddu ad iruh. il allait partir. (Litt. : il marche (aor. int.) il partira
(ad + aor.)
Dans (1), ili <être > est employé comme auxiliaire temporel.
Dans (2), ddu < marcher, aller, accompagner > est un auxiliaire aspectuel
(Pour les énoncés nominaux, voir 5 2 6)
4.4.1 Auxiliaires temporels
Deux verbes sont utilisés comme auxiliaires ili <être, exister > et aγ < prendre
(sens général) >
4.4.1. 1 Le verbe ili
Les emplois de cet auxiliaire ili + verbe sont les suivants
Indice/ ili /verbe / valeur générale
1. /ad + aoriste /+ prétérit/ probabilité; antériorité dans le futur
1. /ad + aoriste /+ aoriste intensif/ probabilité; duratif ou itératif dans le futur
2./ prétérit /+ prétérit /antériorité dans le passé
2./ prétérit /+ aoriste intensif duratif, itératif dans le passé
3./aoriste intensif /+ prétérit qualité ou état habituel, normal
On peut représenter schématiquement les principales réalisations dans le tableau
suivant
Formes simples formes composées
Prétérit /avec ili au prétérit
yeswa il abu → yella yeswa il avait bu
yebzeg il est mouillé → yella yebzeg il était mouillé
Prétérit /avec ili a l'aoriste
yeswa il a bu → ad yili yeswa il aura bu; il doit avoir bu
yebzeg il est mouillé → ad yili yebzeg il doit être mouillé
Prétérit / avec ili à l'aoriste intensif
yebzeg il est mouillé → yettili yebzeg il est normalement mouillé
Aoriste intensif avec ili au prétérit
tessey je bois - lizy tessey je buvais, ;'étais en train de boire
Aoriste intensif avec ili à l'aoriste
tesseγ je bois - ad iliγ tesseγ je serai en train de boire
Exemples
Prétérit + aoriste intensif:
lliγ tesseγ ayefki.
Je buvais habituellement du lait / j'étais en train de boire du lait
Préterit + prétérit
yella yeffeγ.
ad + aoriste + prétérit
ad iliγ fγeγ Je serai (déj&) sorti
ad yili yeffeγ. II doit être sorti / il sera sorti
a nili nečča (yagi) Nous aurons (alors) mange
ad + aoriste + aoriste intensif:
ad yili ixeddem.
Il doit être en train de travailler / il sera en train de travailler.
ad ilin ttmeslayen
Es seront en train de parler / us doivent étre en train de parler. • aoriste intensif +
prétérit:
yettili yebzeg.
II est habituellement mouillé / il est normalement mouillé
4-4-1-2 La locution verbale aγ lḥal.
aγ dont le sens général est <prendre> est employé' sous la forme du prétérit yuγ ou
de l'aoriste intensif yettaγ, dans les expressions yuγ lḥal, yettaγ lḥal, formes
impersonnelles qui peuvent se combiner avec un pronom complement direct Son
emploi est équivalent a celui du verbe
yuγ lḥal yemmut mi newweḍ γer din
Il était (déjà) mort quand nous arrivâmes là-bas.
yuγ lḥal yečča
Il avait (déjà) mange
yuγ-iten lḥal ad awḍen ass-nni.
Ils devaient arriver ce jour-là.
yettaγ lḥal rẓag
Il et normalement ou habituellement amer.
Ces deux formes sont générales a la Kabylie. On peut ajouter cependant que aγ est
employé sous une forme figée dans au moins deux régions de Kabylie ttuγ dans
des parlers de la Kabylie maritime orientale (Aokas et At -Smail) et tuγ (le t est
spirant), en particulier a Draa-el-Mizan
et Boghni, au sud de Tizi-Ouzou.
Ces syntagmes figés sont utilisés avec les pronoms personnels affixes régime
direct dans les mêmes conditions que iii au prétérit:
tuγ-iyi j'étais
tuγ-ik, tuγ-ikem tu étais (m., f.)
tuγ-iyi ffγeγ j'étais sorti
tuγ-ikem teččiḍ tu avais (déjà) mange (f.)
4.4.2 Auxiliaires d'aspect
Certains verbes sont employés avec un sens diffèrent de leur sens habituel. Ils
expriment le déroulement ou l'achèvement du procès du verbe, considéré dans sa
durée. Ils peuvent exprimer différentes valeurs du procès: inchoatif (commencer
a), cessatif ou terminatif (finir de), continuatif (continuer a, ne pas cesser de),
ingressif (se mettre à), imminence (être sur le point de), l'aspect récent (venir de),
itératif (répétition)...
En kabyle, les verbes les plus utilisés sont: kker <se lever >, welli <revenir>, ddu
<marcher>, ruḥ <partir >, ɛeddi <passer>, bdu < commencer >, kel < passer la
journée >, qqim <s'asseoir>, wwet <frapper >, uγal (qqel) <revenir, devenir >, ezg
<séjourner >, ṭef <prendre >, ddem < prendre>, etc.
On donnera quelques exemples:
1. kker < se lever > (ingressif)
yekker icennu.
Il se mit à chanter.
2. ddu <marcher> (+ ad + aoriste), avec le sens de <être sur le point de, aller>
(futur immédiat). Il est utilisé' en général à l'aoriste intensif (plus rarement au
prétérit).
iteddu ad iruḥ γer lḥij.
iteddu a t-yawi.
Il allait le prendre.
Sens plein:
teddun tettren.
Ils marchent / marchaient en mendiant.
3. kel < passer la journée> (continuatif)
ikel iteddu. Il marche sans arrêt.
ad ikel ad iteddu. Il marchera sans arrêt, continuellement.
kliγ ttazzaleγ. J'étais toujours en train de courir.
4. bdu <commencer, se mettre>
yebda yesteqsay-it.
Il se mit à le questionner.
5 ṭṭef< prendre, saisir> (inchoatif)
yeṭṭef wergaz-nni yefsi-yas acuddu.
L'homme se mit à lui enlever les liens.
6. ezg < séjourner> (continuatif)
yezga yettɛassa.
Il est /était toujours en train de surveiller.
7. qqim <rester > (continuatif ou inchoatif)
yeqqim yettawi-yas-d timucuha.
Il commença a lui raconter des histoires.
yeqqim yettru./Il ne cesse de pleurer / il se mit à pleurer.
8. wwet <frapper> (se mettre tenter de, essayer de)
yewwet a tt-id-yessukkes ur yezmir ara.
4-4-3. Éléments modifiant l'aspect du verbe
Quelques éléments permettent également de modifier l'aspect du verbe.
• akken indique un passé proche (aspect récent)
akken (kan) i d-yekcem.
II vient juste de rentrer.
Certains parlers emploient également ḥaca < sauf, excepté >. On obtient le même
sens avec tura < maintenant >.
tura i d-yekcem. (Litt. : (c'est) maintenant qu'il est rentré.) (Énoncé avec
focalisation, voir 8. 2)
• nniqal <être sur le point de, faillir, devoir>
nniqal a d-yas. Il a failli venir, Il devait venir.
nniqal yeγli. II a failli tomber.
L'adverbe qrib est utilisé également dans le même sens mais uniquement au
prétérit.
qrib i [Link] a failli venir. (Litt.: (c'est) presque qu'il est venu.) (Énoncé avec
focalisation, voir 5 8.2).
Au futur, ii indique l'imminence:
qrib a d-yekcem. Il est sur le point de rentrer.
zuni indique tine éventualité , une probabilité non réalisée:
zuni a d-yas. Il devait venir (mais il n'est pas venu).
• Enfin, la forme figée tili / yili du verbe ili <être> indique une hypothèse irréelle
ou irréalisée dans le passé.
tili teddiḍ yid-sen.
Tu aurais dû les accompagner.
4.5 Locutions verbales
On définira la locution verbale comme: <verbe + groupe nominal >,ou
l'association des deux éléments forme un compose dépassant leur sens.
Le groupe nominal est en général réduit à un nom qui peut être précédé d'une
préposition.
efk awal écouter, croire
efk afus deg abandonner
yuker-it wul γef tmurt il a la nostalgie du pays
yerra awal il a répondu
yerra deg wawal il est revenu sur sa parole, sa promesse
yerra iman-is... il fait semblant de...
yerra aḍar il s'est corrigé, amendé
yerra tawwurt il a fermé la porte
yuγ s berru ii a acheté à crédit
yuγ awal Il a obéit
erẓ awal nne pas obéir a, ne pas suivre les conseils de
erẓ deg wawal-is ne pas tenir parole
yewwi-d tafat s wudem passer une nuit blanche
yewwi ugeffur la pluie a cessé
yettawi dderk il supporte (les soucis...)
teččur-as il est mort
ger amcic deg(ou ger) semer la zizanie, la dispute ou la méfiance entre...
4-6 Quelques verbes particuliers
4-6-1 Le verbe ini
Le pronom complément indirect de la 3 p sg (y)as <à lui, à elle> utilisé avec le
verbe ini - à côté de son utilisation normale - sert a indiquer la forme réfléchie du
verbe, même au pluriel, suivie facultativement de deg wul-is < en lui-même>
(Litt.: <en son coeur>).
nnan-as a neqqim da. II se dirent : <<Nous resterons ici >>.
imeyyez, yenna-yas... II réfléchit et se dit...
Pour exprimer le doute, on emploie la 2e p. sg. a la forme < ad + aoriste> avec le
même pronom as
ad as-tiniḍ a s-tiniḍ
4-6-2 Divers
II existe quelques verbes qui sont employés de manière impersonnelle
En dehors de leur utilisation normale - comme liq / laq ou ssefk <falloir, devoir>:
ilaq a t-iẓer ou yessefk a t-iẓer.
Il faut qu'il le voie.
Le verbe ili sous la forme yella (litt.: il y a; il est; il existe) est
employé avec le sens de <de toute façon>:
yella ad ruḥeγ ou yella yella ad ruḥeγ.
Je vais de toute façon partir.
Sous la forme figée ha accompagnée des affixes personnels directs, le verbe ili est
employé dans des tournures interrogatives, en particulier avec anda <où >:
anda lla-k ? Où-es-tu (forme normale conjuguée anda tellid ?)
anda lla-tent ? Où sont-elles (forme normale anda llant ?)
Dans quelques parlers kabyles, les verbes d'état sont conjugués avec les affixes
personnels directs ẓẓay-iyi "je suis lourd"(forme classique ẓẓayeγ, voir 4.1.3).
Certains groupes ou éléments se sont lexicalisés.
γur-k <fais attention (litt. : chez toi) > est devenu dans certains parlers un véritable
verbe compose γurek << faire attention >.
ad iγurek. Il fera attention.
γurkemt ! Faites attention (f)!
berka <<assez! arrête !> est conjugué comme un verbe ordinaire avec le sens de <
arrêter, cesser >.
Ad tberkaḍ neγ ala? Tu vas arrêter, oui ou non?
LA PHRASE SIMPLE <123-
134>
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La phrase simple
La phrase simple est composée d’un énoncé minimum (EVM ou ENM) et d’un
ou plusieurs compléments (GN).
Dans les exemples , on prendra souvent pour les groupes constituants la phrase l’
élément minimum pour les besoins de l’analyse.
5.1 La phrase verbale
Une phrase verbal complète peut n’ être constituée que d’un verbe et d’un indice
de personne. C’est l’ énoncé verbal minimum (EVM). On donnera le nom de
phrase simple à une phrase de type : EVM + un ou plusieurs compléments.
La structure théorique de la phrase simple la plus complète est la suivante . avec
l’ordre normal ou plutôt préférentiel:
EVM / CR(EA) /COD (EL)/COI / [CC]
Derrière le verbe, on peut trouver un complément référentiel (CR) à l’état
d’annexion (EA) qui reprend l’indice de personne du verbe.
Viennent ensuite les compléments d’objet : direct (COD) à l’état libre (EL) et
indirect dont le nom est à l’EA puisqu’il est précédé de la préposition i. Enfin , on
trouvera le (ou les) compléments circonstanciel (CC) qui est en général
déplaçable et peut occuper n’importe quelle position.
En fait le verbe est souvent accompagné de pronoms compléments direct
(pCOD) ou indirect (pCOI) qui sont éventuellement repris plus loin par des
noms. On peut également avoir la présence d’une particule d’orientation (po).
Derrière le verbe , on trouve les mêmes éléments que pour l’énoncé sans satellites
du verbe, avec ici un deuxième complément référentiel (CR1) correspondant au
COD car il reprend un pronom complément direct.
On obtient donc pour la phrase simple:
EVM(+ pCOI + pCOD + po) /CR/CR(COD repris)(EA)/COI/[CC]
Les différents compléments (CR/COD/COI/CC) sont des groupes nominaux dont
la constitution a été étudiée (3.3)
Accord du verbe avec le sujet:
[Link] sujet (placé avant le verbe) a la fonction d’indicateur de thème : le verbe
s’accord en genre et en nombre avec le sujet.
Aqcic yetturar / Le garcon joue.
Arrac ttutaren / Les garcons jouent.
Tiqcicin tturarent / Les filles jouent
Si le sujet est un groupe de deux nominaux (ou plus) reliés par la préposition d
(=avec) , le verbe se met au pluriel. Si les deux genres sont présents , le verbe est
au masculin:
Argaz d yelli-s leḥḥun / L’homme et sa fille marchent
Tameṭṭut d yelli-s qqarent / La femme et sa fille lisent.
2. Le sujet (CR) est placé après le verbe : ce dernier s’accorde en genre et en
nombre avec le CR qui le suit immédiatement .
Yetturar weqcic . / Le garcon joue.
Tturarent teqcicin. / Les filles jouent.
Ileḥḥu wergaz d yelli-s / L’homme marche avec sa fille.
Truḥ nettat d umeddakel-is /Elle est partie avec son ami.
5.2 La phrase non verbale
Elle exprime une constatation ou une définition, elle n'est pas située dans le temps
sauf si elle est complétée par un déterminant temporel ou aspectuel (adverbe ou
CC)
La phrase non verbale, que l’on nomme également < phrase nominale> est,
comme son nom l'indique, une phrase sans verbe L'ENM, énoncé nominal
minimum - correspondant à l'EVM - a des formes diverses qui sont en général une
combinaison de deux éléments, un nom ou équivalent (prédicat correspondant au
verbe en EVM) accompagné d'un élément prédicatif qui peut être:
la particule prédicative d <c'est, ce sont> qui est à la base de la
majorité des énoncés non verbaux, une préposition accompagnée parfois d'un
pronom, un présentatif.
D'autres éléments (verbes ou composes figés, adverbes, interrogatifs, négatifs)
sont également susceptibles d'être à la base des ENM.
Dans tous les cas, on appellera énoncé nominal minimum (ENM) la phrase
complète la plus simple, qui sera passée en revue dans les paragraphes suivants.
La phrase simple sera définie comme un ENM assorti d'au moins un complément.
5-2-1 La particule prédicative d <C’est, ce sont>
Elle se place toujours devant le nom a l'état libre (singulier ou pluriel)
d izem. C'est un lion. .
d ixxamenCe sont des maisons
d taqcict C'est une flue
d timγarin. Ce sont de vieilles femmes. .
Devant le féminin, la particule s'assimile
/d + t /> [t-t ou tt-tt] (voir le premier chapitre)
La forme négative s'obtient avec ačči, mačči lači ou lamči
d aqcic amecṭuḥ C'est un petit garçon
mačči d aqcic amecṭuḥ Ce n'est pas un petit garçon
Après une formule de serment, qu'elle soit nominale ou verbale, on emploie ma
welleh ma d nettat . Par Dieu, ce n'est pas elle
yeggul ma d nettat. Ii a juré que ce n'tait pas elle.
La négation nominale avec la particule utilisée pour le verbe, ur, en lieu et place
de mačči, est un procédé qui n'existe qu'à l'état de trace en kabyle.
Remarque
II ne faut pas confondre cette particule avec
La particule d'orientation d du verbe (occlusive),
La préposition d avec, <et > qui demande l'état d'annexion
L'énoncé minimum comporte la particule prédicative d et un des éléments
suivants: nom, nombre, adjectif ou pronom (personnel, démonstratif, indéfini) II
peut être étoffé par d'autres éléments pour donner la phrase simple.
5-2-1-1 Énoncé nominal minimum
l.d+nom
d aqcic. C'est un garçon.
d adfel. Il neige (Litt.: c'est la neige). . . . . . ;. .
2.d+nombre
d yiwen wergaz. C'est un homme.
3. d + adjectif
d amellal. Il est blanc / c'est blanc.
4. d + pronom
Personnel indépendant d nutni. Ce sont eux.
Démonstratif d tagi. C'est celle-ci.
Indéfini d wayeḍ. C'est un autre.
5.2.2 Phrase simple
Comme pour la phrase verbale, le complément est un groupe nominal:
complément référentiel, indicateur de thème, complément circonstanciel, adjectif,
etc.
netta (IT) d aqcic. Lui, c'est un garçon.
iḍelli (CC) d asemmiḍ. Hier, ii a fait froid.
axxam (IT) d ameqqran. La maison (elle) est grande..
d ameqqran wexxam (CR) La maison est grande.
D axam ameqqran (attribut) C'est une grande maison.
Équivalence avec la phrase verbale:
axxam d ameqqran = axxam meqqer. La maison est grande
d ameqqran wexxam = meqqer wexxam. La maison est grande
d axxam ameqqran = d axxam meqqren. C'est une grande maison.
Remarques (voir aussi 5-2-6 et 6-3-1)
La particule prédicative d a des emplois particuliers, par exemple
• elle a le sens de comme, en fait de
a t-awi γ d aɛwin.
Je le prendrai comme viatique.
• elle marque l'insistance
ad yaweḍ s axxam d ad yaweḍ.
Il arrivera surement 'a la maison.
5-2-2. La préposition n <de ; à>
5-2-2-1.Énoncé nominal minimum
L’ENM a la forme <de ; à> + nom (pronom)
n gma . C’est à mon frère ; cela appartient à mon frère .
Il n’est cependant utilisé qu’en contexte. EN général, un complément accompagne
toujours l’ENM , qui devient une phrase simple.
La préposition n indique l’appartenance.
[Link] simple
Elle a la forme : ENM + groupe nominal (anté- ou postposé). Si le complément est
un indicateur de thème , une pause sensible est nécessaire entre lui et l’ENM. Sans
cette pause l’ENM n’est en effet plus qu’un complément de nom.
1 / n + nom ou adjectif
n mmi-s , userwal agi (CR) . C’est à son fils , ce pantalon.
aserwal agi (IT) , n mmis . Ce pantalon est à son fils.
Qui est différent de ( sans la pause matérialisée par la virgule );
aserwal agi n mmis d amehraw
Le pantalon de son fils est large
(Litt. ce pantalon à son fils est large)
2/ n + nombre
n snat teḥdayin-a , tisila-yagi
Elles sont à ces deux filles, ces sandales .
3/ n + pronom personnel affixe
Il y a amalgame entre n et l’affixe personnel. Cette forme correspond à celle des
affixes possessifs (forme longue):
inu : c’est à moi
inek: c’est à toi.
nneγ: c’est à nous
axxam agi, ines. Cette maison (elle) est à lui.
mais :axxam agi ines Cette maison à lui.
4/ n + démonstratif
timengucin, n ta
Les boucles d’oreille sont à celle-ci.
Dans le cas où l’état d’annexion du CR est en u ou qu’il n’est pas marqué (nom en
i), la préposition n peut être absente.
tajewaqt-a , umeksa outajewaqt-a , n umeksa
Cette flûte est au berger.
axxam-a, iggellilen ou axxam-a, n iggellilen.
Cette maison est celle de pauvres gens.
5.2.3 Les autres prépositions
1. am <comme> = être comme
am nekni, warrac-a.
Ils sont comme nous, ces garçons.(Litt. : comme nous, ces garcons)
sut taddart-a, am tilawin-nneγ.
Les femmes de ces villages sont comme les nôtres. (Litt. les femmes de ce village,
comme nos femmes)
2. γur <chez> = avoir (+ pronom personnel)
γur-s takerrust tamellalt.
Il a une voiture blanche.
(Litt. : chez lui une voiture blanche)
3. deg < dans> être dans, y avoir, contenir (+ pronom personnel)
deg-s aman, uzangil.
Il y a de l'eau dans le seau. (Litt. : dans lui l'eau, le seau)
4. fell <sur> = être sur (+ pronom personnel)
ixxamen-ihinna,fell-asen adfel.
Il y a de la neige sur ces maisons là-bas. (Litt. : ces maisons là-bas, sur elles la
neige)
5.2.4 Les présentatifs
Les présentatifs aql (pour la 1 et la 2 p.) et ha ou a (pour la 3 p.) sont suivis des
affixes personnels compléments directs. Ils peuvent se combiner avec les
particules d'orientation.
Singulier
1P. aql-i , -iyi me voici (aql-i , aql-iyi)
2P(m.) aqi-ak , -ik te voici (m.) (aqi-ak , aqi-ik)
2P(f.) aql-akem, -ikem te voici (f.) (aqi-akem, -ikem)
3P (m.) ha-t, a-t le voici (hat, at)
3P (f.) ha-tt, a-tt la voici (hatt, att)
Pluriel
1P. aql-aγ nous voici (aql-aγ)
2P(m.) aql-aken, -iken vous voici (m.) (aql-aken , -iken)
2P(f.) aql-akent, -ikent vous voici (f.) (aqi-akent , -ikent)
3P(m.) ha-ten , a-ten les voici (m.) (haten , aten)
3P(f.) ha-tent, a-tent les voici (f.) (hatent, atent)
Les 1re et 2e personnes se combinent avec les particules d'orientation (id et in)
pour indiquer, la proximité ou l'éloignement:
aqi-ik-id te voici (m.) = localisation près du locuteur
aqi-akem-in te voici (f.) = localisation loin du locuteur dans un endroit connu.
La 3e p. se combine avec les particules a (sg.) / i (pl.) et aya pour l'orientation vers
le locuteur ou les particules d'orientation (i)d et (i)n (éléments que l’on pourra lier
au présentatif a l'écrit
haten-i, haten-id, haten-aya les voici
hat-a, hat-aya le voici
hat-a-n le voila'.
Le présentatif est toujours accompagné d'un pronom personnel régime direct
(ENM), qui peut être repris par un complément référentiel (à l'état d'annexion). La
phrase simple est de la forme ENM + groupe nominal.
aql-iyi am nekk am medden.
Je suis (me voici) comme tout le monde.
la s-qqaren : ata da ! ata da!
Ils disaient : < Il est ici ! Il est ici!>
atan wergaz-im.
Voilà, ton mari.
atenta teqcicint timelḥanin.
Voilà les jolies filles.
5.2.5 Autres éléments prédicatifs
ulac,ulaḥedd il n'y a pas
ulansi il n'y a pas par ou
ulamek il n'y a pas moyen
kifkif c'est pareil
fiḥel, ulayγer il / ce n'est pas nécessaire
d lɛali c'est bon, excellent
ima, γas, xas cela ne fait rien; il n'y pas d'inconvénient
ulanda il n'y a pas ou
ulayγer, ulayγef ii n'y a pas de raison
berka cela suffit
mazal c'est encore
dir- (d ir) c'est (ou il est) mal, mauvais
ack- être mignon, joli, bien
Les affixes se combinant avec certains de ces elements sont écrits séparément et
lies par un trait Anion:
berka-tt cela lui (f.) suffit
mazal-ik tu es encore
ulaḥedd-it il n'est pas là
dir-iten ils sont mauvais
d lɛali ken vous êtes bons
ulac it il n'y est pas , i1 n'est pas là (Litt il n'y a pas lui)
On ajoutera certains interpellatifs utilisés avec les affixes personnels ou les
désinences de l'impératif
yya / yyaw, yyat /yyamt viens / venez / venez (f.)
arwaḥ / arwaḥewt/ arwaḥemt viens / venez / venez (f)
γur-k/ γur-m attention à toi/à toi (f.)
γur-wat / γur-wamt attention a vous /à vous (f.)
ttxil-k / txill-m . Je t'en prie / je t’en prie (f.)
ttxil -ken, ttxil -wet / ttxil -kent ttxil -wemt je vous en prie / je vous en prie f)
annect ; annect-ila / ili + affixe complément direct <être énorme, immense > (ili
est le verbe <être >; voir plus bas pour annect)
Axxam agi annect-ili-t / axxam agi annect !
Cette maison est immense!
• ack+affixe direct <être trés bien,joli, mignon>
ack-itt, tmeṭṭut-a!
Cette femme est très bien!
• akka+ affixe direct <être comme cela, comme ça >
akka-ten yergazen n tura.
Les hommes d'aujourd'hui sont comme ça.
annect <avoir la même mesure que; être égal â>.
annect-is, gma, di teγzi.
Mon frère a la même taille que lui.
annect n gma, weqcic-a.
Ce garçon a le même âge (ou la même taille) que mon frère.
berka <assez, c'est assez>
ddem lwiz d lfeṭṭa, berka-k taẓallit!
Prends l’or et l'argent, tu as assez prié!
mazal << encore / pas encore))
ar assa, mazal deg-s lebni n Rruman.
De nos jours, on y trouve encore des constructions romaines.
fiḥel ; ulayγer << ce n'est pas la peine, c'est inutile >)
fiḥel ma tennuγeḍ.
Il n'est pas nécessaire de te battre.
ala ; ḥaca <<sauf, excepté>
Ala kečč ur ntess.
Il n'y a que toi qui ne boit / boira pas.
nom + affixe possessif
tiṭ < œil > = avoir l'intention de
tiṭ-nsen a ten-ssččen
ils ont l'intention de les empoisonner.
isem < nom > = s'appeler
isem-is Sekkura
Elle s'appelle / s'appelait Sekkura (Litt. : son nom (est / était) Sekkura).
iman <<la personne elle-même>> = seul; être seul
iman-is deg wexxam.
Il est seul a la maison.
adverbes:
aṭas << beaucoup >>, drus < peu >, ddeqs < assez >>, etc.
ddeqs-is.
Cela lui suffit, ii en a assez.
drus yid-sen.
Ils sont peu nombreux.
• interrogatif + affixe personnel (+ nom)
Anda-ten yexxarnen? Oi sont les maisons? Acu-t? Qu'est ce que c'est?
5-2-6 Introduction du temps dans la phrase nominale
Un énoncé nominal peut être situé dans le temps de diverses manières.
- Par le contexte qui peut préciser le moment où se déroule le procés
yekcem s axxam tameddit yenna yas ulac-iten di taddart
Il rentra à la maisonle soir, et lui dit : < Ils ne sont pas dans le village >.
- Par la présence d'un adverbe
iḍelli d adfel.
Hier, il a neigé.
zik, n gma.
Autrefois, cela appartenait a mon frére.
- Par les auxiliaires temporels étudiés au 4-4-1:
d ameksa. C'est un berger / ii est berger.
lliγ d ameksa. J'étais un berger.
yella d ameksa. C'était un berger / il était berger.
ad yili d ameksa. il sera berger / il doit être berger (probabilité).
tuγ d ameksa. C'était tin berger.
tuγ-it d ameksa. Il était berger.
yuγ lḥal d ameksa. Il était alors berger.
Yettili d amellal. II est (normalement, d'habitude) blanc.
LA PHRASE COMPLEXE <135-
148>
AMAZIGHS KABYLES·MARDI 6 OCTOBRE 2020·TEMPS DE LECTURE ESTIMÉ : 14 MINUTES
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6.1 Définition
La phrase complexe est composée de deux ou plusieurs propositions ou phrases. Il
existe deux types de relation entre phrases: la coordination et la subordination.
Dans les deux cas, la liaison peut se faire soit par une conjonction soit simplement
par le sens (juxtaposition).
6.2 La coordination
La coordination relie deux propositions de même nature. Elle peut se faire par
simple juxtaposition ou l'aide d'une conjonction (ou locution conjonctive).
6.2.1 La juxtaposition
Les propositions se suivent sans élément de liaison:
yekcem s axxam, yuli γer teɛrict, yessers-it.
Il rentra à la maison, monta à la soupente et le posa.
La coordination négative se fait en général par simple juxtaposition sans l'élément
ara qui accompagne normalement la négation
ur nγiγ ur ukireγ.
Je n'ai ni tué ni volé.
6.2.2 Les conjonctions de coordination
Quelques conjonctions:
ahat peut-être
ardeqqal tout l'heure (plus tard)
dγa alors, puis
daγnetta c'est pourquoi
i et, pour ce qui est de
mi alors
ladγa surtout; en fait
meqqar au moins, du moins
niγ n'est-ce pas
ugar il y a plus, encore plus
yak n'est-ce-pas?
ziγ, ziγen, ziγemma, ziγenni en fait, il se trouve que
ammar de crainte de
ardmani soit, admettons, ensuite
daγ, daγen, diγen encore
(ḥ)qaḥqa soi-disant
ihi donc, alors
la…la aussi bien que (et ... et; ni ni)
ɛni(γ) serait-ce que
neγ, naγ ou
nnaqal, nniqal presque, peu s'en faut
wannag, wamag tandis que, cependant, mais
yerna de plus, et pourtant
zuni, zunik comme si, soi-disant
Elles ont différentes valeurs:
1.L'alternative : neγ (niγ, naγ) <ou bien> ; ama ... ama <soit ... soit>
• phrase verbale
Ibuxtucen leḥqen ddaɛa belli mkull mi ara tili tmeγra γur-sen, ad azzlen
idammen neγa d-tewwet lehwa.
Les Iboukhtouchen ont encouru la malédiction suivante: chaque fois qu'ils ont une
noce, il y a du sang répandu ou bien il se met à pleuvoir.
mkull lğens, imi akken yebγu yili di ccaw amezwaru, yuqem ger cwiṭ d waṭṭas
icriken i Sidi Rebbi, ama iɛemmed, ama ur iɛemmed, yesɛa leɛwayed iγellin
ulamma kra ileḥḥu di tmusni.
Tous les peuples, quel qu'ait pu être leur degré de civilisation, aux temps reculés,
ont associé à Dieu d'autres dieux, peu ou prou; que leur religion le leur permit ou
non, ils ont gardé soigneusement ces coutumes qui, pourtant, tombent au fur et à
mesure qu'ils progressent en civilisation.
Phrase nominale
wi tt-i ẓuren ur iγelli, d ilemẓi ne γ d amγar.
Qui la (une sainte) visite ne saurait périr, qu'il soit jeune ou vieux.
qeddmen-d γer zdat, ufan aksum yers-d, rreḥbat nniḍen ɛemrent, ama d
nneɛma, ama d zzwayel, ama d ayen nniḍen.
Continuant leur route, ils trouvèrent la viande étalée, les divers emplacements d'un
marché remplis de céréales, bêtes de somme, et autres.
2. L'opposition: lameɛna, meɛna, lakin <mais, cependant >, wannag <tandis
que ; cependant, mais >, yerna<<pourtant >>, etc. (et leurs variantes). On pourra
employer également maca <mais, cependant> qui nous vient du berbère marocain
et qui se répand chez les auteurs et les locuteurs kabyles.
yerna (ou yernu)est une grammaticalisation du verbe rnu <ajouter> ala 3 p. m.
sg. Il reste invariable.
i ɛecra yid-sen, s ɛan arraw-nsen ɛemren tuddar-nsen ; wannag, zik, yiwen
baba-tsen : yessefrurex-iten Rebbi am lbaṭaṭa!
Ces dix hommes eurent tous des descendants qui peuplèrent leur village. Ils
n'avaient pourtant que le même ancêtre: c'est Dieu qui les fit se multiplier comme
des pommes de terre!
nutni imir nnan-as: amek ara t-nesṭixxer? yexdem lxir, meɛna yerked-it!
Les gens se demandaient : <Comment nous débarrasser de lui ? II nous a rendu un
service, mais il le foule aux pieds!
bγan ad cetkin medden, lakin ugaden.
Les gens auraient bien voulu se plaindre, mais ils avaient peur.
3. La cause: ɛlaxaṭer, axaṭer<parce que, car>. acku <parce que>, qui nous vient
du Maroc, est de plus en plus employé par les auteurs.
ad iɛeddi, axaṭer ur tezmirem ara ad tekksem lɛada-yagi n tmurt-nneγ.
Il passera car vous ne pouvez pas supprimer ainsi cette coutume de chez nous.
dγa tessaki-t-id tegmart-is, axaṭer ttett tamart-is deg wakken telluẓ!
Sa jument le réveilla: elle était en train de lui manger la barbe, tellement elle avait
faim!
4. La conséquence: daγnetta <c'est pourquoi, aussi >, ihi <<donc >>, dγa <<alors
>>, d aymi <c'est pourquoi>
yesɛedda ass, yeswa azal-is: γas ye ɛya, ur s-iḥulfa ara. daγnetta, ula i t-
yeṭṭfen ad yuγal azekka-nni.
Il a passé une journée bien remplie; peu importe la fatigue: il ne la sent pas. C'est
pourquoi rien ne l'empêchera de retourner demain a son travail.
mi ara d-temlil tgersa aẓru, tettkerkir deg-s, qqaren-as tesliliw, daγnetta d
lfal yelhan; akken ara s-isel ufellaḥ, a s-yini : s rrbeḥ!
Quand le soc rencontre une pierre et la dépasse en grinçant, on dit qu'il pousse des
youyous; c'est un bon présage et, en l'entendant, le laboureur dit: <C'est gagné!>
La gradation: yerna, yernu <en outre, de plus >
yerna jerrben-t lγaci : kra d-yenna yeḍra.
Les gens l’ont vraiment expérimenté tout ce qu'il a dit est arrivé.
i wakken ur isell ara i lbarud (ugadent a t-id-nγen), ddment tassirt la ẓẓadent
nneɛma, yernu cennunt.
Pour qu'il n’entendit pas les coups de feu - elles (les femmes) craignaient qu'on ne
le tuât - elles se jetèrent sur le moulin et se mirent à moudre en chantant.
6. La négation : la ... la .< aussi bien ... que, ni ...ni>
Elle est plus rare que la juxtaposition (ur ... ur, voir plus haut)
la yeẓra tafat, la yemmut di talwit.
II n'a pas vu la lumière et n'est pas mort en paix.
Remarque la ... La s'emploie également pour relier deux nominaux avec le sens <et
... et > ou bien < ni ... ni >.
la kečč la nettasignifie < ni toi ni lui > ou bien <et toi et lui (aussi bien toi que
lui)> selon le contexte.
7. La transition : ziγ, netta < en fait, or, or donc>
netta lbir-nni γur-s taryact iγer iɛelleq wemrar.
Or, ce puits avait une poulie à laquelle était suspendue une corde.
P140-148
6.3-La subordination
Une proposition qui a , dans une autre proposition , la fonction d’un ... est dite
subordonnée
Yebγa ad isew : il veut boire (Litt. il veut il boira/qu’il boive).
Yebγa tissit : il veut boire (Litt. il veut la boisson/le fait de boire).
<Ad isew> est une proposition subordonnée à <Yebγa> (proposition principale),
tissit est le complément d’objet direct du verbe Yebγa et ad isew a la même
fonction que tissit
On peut donner une définition de la subordination : une phrase est subordonnée à
une autre s’il existe une relation de dépendance entre elles ?66? “ On parle de
hiérarchie ou d’ enchâssement entre les propositions.
Cette relation peut se faire avec ou sans l’aide d’un subordonnant . On
distinguera donc d’une part la proposition juxtaposée et d’autre part les
propositions circonstancielles , interrogatives et exclamatives liés par une
conjonction de coordination qui a un sens .
6.3.1-Proposition subordonnée juxtaposée
Certains verbes peuvent être suivis directement par un autre qui leur est
subordonnée. On les appelle verbes opérateurs. Il s’agit de verbes exprimant en
particulier une constatation, une estimation, un souhait, une déclaration, un désir,
une volonté, un refus, un espoir,etc.
Yebγa ad yeṭṭes. Il veut dormir (Litt.: il veut il dormira).
On peut s’assurer que l’on est bien d’une subordonnée par l’un des tests suivants:
La proposition subordonnée peut être remplacée par un complément nominal
direct ou indirect.
La négation de la proposition principale doit porter sur l’ensemble de la phrase:
L’ énoncé : yugi ad isew : il refuse de boire
est équivalent à : yugi tissit : il refuse la boisson
Sa négation :
Ur yugi ara ad isew il ne refuse pas de boire (autrement dit : il boira)
Porte sur toute la phrase, c’est donc bien une subordonnée.
Si la deuxième proposition est simplement coordonnée à la proposition principale,
il y a rupture prosodique entre les deux , c’est à dire qu’il y a une pause.
Elle est matérialisée par une virgule . Nous aurions dans ce cas:
yugi, ad isew il refuse, il boira (autrement dit : il boira)
qui a le sens contraire de la phrase avec subordonnée
Le verbe opérateur peut avoir un complément d’objet direct (nom ou pronom) qui
est le sujet du verbe de la subordonnée.
yufa aqcic yetturar il a trouvé le garcon entrain de jouer
yufa-t yetturar il l’a trouvé en train de jouer.
On distingue deux types de verbes opérateurs:
ceux qui sont obligatoirement suivi de la particule ad (+aoriste): bγu <vouloir>,
ɛreḍ <essayer>, arğu <attendre>, agi<refuser>, nadi<chercher>, ggami<ne pas
pouvoir>,etc.
ceux qui peuvent être suivis d’un verbe à n’importe quel aspect , les restrictions n’
étant en principe que sémantiques.
γilen yekcem ils croient qu’il est rentré
γilen ur yekcim ara ils croient qu’il n’est pas rentré
γilen ikeččem ils croient qu’il rentre habituellement
γilen ad yekcem ils croient qu’il rentrera
de même sel <entendre>, ẓer <voir>, uγal <revenir, devenir>, etc.
La présentation principale peut être un présentatif:
aql-i ddiγ yid-sen
Je vais les accompagner (maintenant)
(Litt.: me voici, je les ai accompagnés)
Attan yeffeγ
Il vient de sortir (Litt. : le voilà, il est sorti).
Le verbe de la proposition subordonnée a parfois obligatoirement le même sujet
que certains verbes de la principale, comme nnam <avoir l’habitude>, issin
<savoir>, zmer<pouvoir>, etc.
yenum ițeffeγ
Il a l’habitude de sortir
Pour d’autres , même si l’indice de personne est identique, les référents peuvent
être différents et parfois même nécessairement différents (auquel !!! la 1re
personne est impossible):
yesla yerwel.
Il a entendu dire qu’il avait fuit (Litt. : il a entendu il a fui).
Les sujets des deux verbes sont en principe différents dans une subordonnée . Par
contre, s’il y a coordination , les référents sont identiques .
yesla, yerwel
Il a entendu et a fui (Litt. : il a entendu, il a fui)
La proposition subordonnée juxtaposée peut être un énoncé nominal parallèle à un
énoncé verbal:
yeqqim d amecṭuḥ = yeqqim mecṭuḥ
Il est resté petit
L’ énoncé nominal est constitué d’un attribut introduit par la particule prédicative.
Les verbes peuvent être suivis de ce type d’énoncé sont le verbe ili <être> ,
d’autres verbes indiquant un état , uγal <devenir>, qqim <rester>, etc. ainsi que
certains verbes en général transitifs comme ffeγ <sortir>, mmet <mourir>, ruḥ
<partir>, uγal <revenir>, eg <faire>, err <rendre, faire devenir>, etc.
yuγal d asemmaḍ
Il est devenu froid (Litt. il est devenu c’est froid).
yemmut d aẓawali
Il est mort pauvre (Litt. il est mort il est pauvre)
Remarque: On peut indiquer la simultanéité par la juxtaposition de deux
propositions dont l’une comprend un énoncé focalisé avec un nom d’action verbal
de la même racine que le verbe
d akeččun i d yekcem , tuzzel γur-s
À peine était-il rentré qu’elle courut vers lui.
(Litt.: C’est l’entrée qu”il est entré, elle courut vers lui.)
Cet énoncé est équivalent à:
akken d yekcem , tuzzel γur-s
6.3.2 Propositions circonstancielles
Les deux propositions (principale et subordonnée) sont liées par un subordonnant
(conjonction de subordination) qui a un sens . Certaines conjonctions ne sont pas
spécifiques à la subordination mais sont également employées comme
subordonnants . On peut distinguer les propositions suivantes (nous n’avons pas
indiqué les différentes variantes de conjonctions)
.Temporelles : la conjonction marque
La simultanéité
mi, mti, asmi, ticki / quand
akken /comme, pendant que
skud/tant que, pendant que
s imi / en attendant que
kra n tikkelt , mkull mi ara /à chaque fois que
simmal / au fur et à mesure que
L’antériorité et la postériorité
qbel, uqbel/ avant que
segmi, seg wasmi, degmi / depuis que
alamma, ar d, armi, alarmi, alammi / jusqu’à ce que
sseg, ticki / après que
yesla-yas Yusef u Qasi i wergaz-nni mi d yehder.
Yousef Ouqaci entendit l’homme quand il parla
ğğan ten armi d uγalen
Ils les laissèrent jusqu’à leur retour
At tewrirt ddan yid-sen armi d amkan nni n teffeγt
Les gens de Taourirt les accompagnèrent jusqu’à l’endroit où la fiancée devait être
prise
akken tfukk acraw n tlitten , at wasif wwḍen-d tama-s
Comme elle achevait d’éplucher ses cordons, les At-Ouacif s’approchèrent d’elle.
mi mutteγ tawim-t
Quand je serai mort , emmenez-le.
mi kren i weɛdaw γur-sen Faḍma, rebḥen fell-as
Depuis l’arrivée de Fadhma chez eux, tout allait pour le mieux
.Causales:
imi / puisque, comme
segmi, seg wakken, γef wakken, deg wakken / du fait que , etc
deg akken yelha wul-is, iɛawen-itt-id Sidi Rebbi
Son cœur était si bon que Dieu vint à son aide
.Finales:
akken , iwakken / pour que, afin que
ammar / de peur que
mel-as abrid ammar ad yeɛreq
Montre lui le chemin de peur qu’il ne se perde
.Concessives :
γas, γas akken, ulamma, γas ulemma, γas ma / malgré, quoique, etc
ulamma ireggem deg-sen , nutni bγan ad iruḥ γur-sen
γas akken aṭas i yemmuten, ad kemmlen amennuγ
Bien que beaucoup soient morts , ils continuèrent le combat
.Hypothétiques:
ma, ma d ay (yella), ma d ara / si (réel)
lemmer, lukan, limmer, lammer , mer , mmer / si (potentiel, irréel) (Voir
également plus haut)
ma ḥubben-k s wul , ma truḍ a k-id-sseḍsen
S’ils t’aiment du fond du coeur et si jamais tu pleures, ils te feront rire
.Comparatives:
akken /comme
amzun /comme si
err-aasen akken yessulef lḥal
Réponds-leu comme il convient
muqlet kan akken i yi xedmen !
Regardez ce qu’ils m’ont fait !
Accord entre les propositions
alamma, armi (ou almi alarmi alalmi), ar d / jusqu’à ce que
alamma: verbe de la principale au futur , subordonnée au prétérit, le procès est
dans le futur
armi, almi, alarmi, alalmi : verbe de la principale au prétérit, subordonnée au
prétérit (ou phrase non verbale), le proces est dans le passé.
ar d : verbe de la principale au futur, subordonnée à l’aoriste ( ou phrase non
verbale)
lemmer, mmer , lukan (d’origine arabe) si
Ces conjonctions sont interchangeable dans tous leurs emplois, indiqués ci-
dessous. La subordonnée conditionnelle est appelée protase.
Elle est en général suivie de la proposition principale (appelée apodose) qui
présente la conséquence et la conclusion
Potentiel
Protase : lemmer /lukan + ad /ara + aoriste (ou forme négative)
Apodose : ad + aoriste (ou forme négative)
Lemmer a neḍs seksu- yinna , asagi yiwen ur d yettuγal !
Si on touche à ce couscous, pas un d’entre nous ne sortira vivant aujourd’hui !
Lukan ad greγ iman-iw di lqeɛda uγanimm , ad i-yesekfel Busseɛd.
Si je me cachais dans un nœud de roseau, Boussad ne découvrirait .
Lukan a t-yecrek webrid d walbeɛḍ aqell-is, ar d yesɛeddi fell-as d lbaṭel
azzeggwaγ !
Si lui-même avait eu pour compagnon de voyage un plus petit que lui, vous
pouvez être sur qu’il lui en aurait fait voir des belles !
.Irréel dans le présent ou le futur
Protase : lemmer / lukan + (di , i) + prétérit négatif /énoncé non verbal
/aoriste intensif
Apodose : yili /tili /yalli / yif ahat / yalfi / tilaq (facultatif) + ad + aoriste (pu
forme négative) /prétérit
lemmer d i s tefkiḍ tissura , (yili) ur yettruẓ ara tawwurt
Si tu lui avais donné les clés, il n’aurait pas cassé la porte
lukan d i kem tḥemmel , a kem tettağğa ad tesewwayeḍ a d tekkseḍ
Si elle t’aimait , elle te laisserait faire la cuisine et puiser dans les réserves
lemmer yelli inisi d win iwumi yeqseḥ wul, tili ad as yini ...
Si le hérisson avait été méchant, il lui aurait dit...
lukan weḥd-m deg wexxam , akken d am yehwa ad txedmeḍ
Si tu étais seule à la maison , tu agirais à ta guise.
.Irréel dans le passé
Protase : lemmer / lukan + (di, i) + prétérit négatif / énoncé non verbal
Apodose : yili/tili/yalli/yif ahat/ yalfi /tilaq (obligatoire) + prétérit
lukan macci d tassara yagi , yili yeγli wexxam fell-awen
N’ était-ce cette poutre, la maison vous serait tombée dessus
tili tfukk tmacahut agi dagi , lukan di ulac di ddunnit sstayet
Cette histoire s’ achèverait ici s’il n’y avait pas de méchantes vieilles
6.3.3 L’interrogation et exclamatives indirectes
L’interrogation (ou exclamation) indirect est toujours de la forme
proposition principale + proposition interrogative directe partielle ou titale (voir
7.2).
Les verbes de la proposition principale sont du type ẓer <voir>, nadi <chercher>,
muqel <regarder> steqsi<demander>.
muqel anida yella \ regarde ou il se trouve
ur ẓriγ ara ma ad yeddu \ je ne sis pas s’il va venir.
ur ẓriγ ara melmi ara d-yas \ Je ne sais pas quand il viendra
txemmem anwa isem ara s-tuqem.
Elle réfléchit au nom qu'elle allait lui donner.
La proposition principale peut être un énoncé d'origine verbale mais figé: aneḍra,
amenḍer <je me demande, qui sait >, wissen, wiss, ss, s <je ne sais pas, qui sait >.
aneḍra ma yemmut bab-is neγ ala.
Je me demande si son propriétaire est mort ou non.
wissen anda t-yessers.
Qui sait où il l'a posé.
6.3.4 Propositions négatives
On donnera ici des exemples du cas où la proposition principale négative se
compose d'un élément prédicatif plus ou moins lexicalisé : ula < il n'y a pas >,
ulanda < ula anda> <il n'y a pas où >, ulayγer < ula iγer > < il n'y a pas de raison
pour, ce n'est pas la peine >, etc.
daγnetta, ula i t-yeṭffen ad yuγal azekka-nni!
C'est pourquoi rien ne l'empêchera de retourner demain a son travail
ulanda ara yekrez, ula anda ara yezdeγ.
Il n'a rien à labourer, il n'a pas où habiter.
lameɛna ula wukud i d-ddunt.
Mais ii n'y avait personne pour les accompagner.
ulayγer ara tettruḍ, a yemma.
Ce n'est pas la peine de pleurer, maman.
Modalités de la phrase <149-
156>
AMAZIGHS KABYLES·MARDI 6 OCTOBRE 2020·TEMPS DE LECTURE ESTIMÉ : 7 MINUTES
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Modalités de la phrase
La relation entre le sujet et le prédicat d'une phrase peut se traduire de différentes
manières, qu'on appelle modalités de la phrase. L'énoncé peut être une constatation
ou une déclaration, on présente un fait comme juste ou faux, c'est l'assertion. La
demande d'information sur un fait, comme dans une question, est l'interrogation.
Pour exprimer une réaction face à un fait, on utilise l'exclamation. La dernière
modalité de la phrase est ion (impératif ou ordre)
7.1 L'assertion et sa négation
L’assertion pose un l’état de chose comme vrai ou faux. Comme nous l’avons vu
en 5.1 et 5.2, l'ordre normal de la phrase verbale (ordre préférentiel) est EVM / CR
/ COD / COI / CC (où le CC peut être placé dans n'importe quelle position) et
celui de la phrase nominale ENM/CR ou Attribut/ CC. .
En fait, les compléments lexicaux sont souvent des reprises de liés aux verbes.
L'ordre des pronoms est identique qu’ils soient antéposés au verbe ou postposés:
Pronom COI - pronom COD - particule d'orientation
Ils sont placés après le verbe conjugué sans particule, c'est-à-dire au prétérit
affirmatif ou à la forme affirmative de l'aoriste, intensif ou non
Prétérit yeddem as-t-id Il le lui a pris
Aoriste intensif yettawi yas-d tibratin Il lui apporte les lettres
Dans tous les autres cas, c'est-à-dire lorsque le verbe est précédé d'un des éléments
grammaticaux suivants, ils sont placés avant le verbe
· Des particules ad a ara la
· De la particule de négation ur
· Du pronom indéfini i/ay
· D’un subordonnant
a t-yečč Il le mangera
win ara tt-yawin celui qui l'emmènera
ur t-yečči ara Il ne l'a pas mangé
aqcic i t- yeččan le garçon qui l'a mangé *
7- 1-1-Négation de la phrase verbale
La négation totale porte sur l'ensemble de la proposition
yebγa ad yeṭṭes/ur yebγi ara ad yeṭṭes.
Il veut dormir. / Il ne veut pas dormir.
Fkan as-t-id/ur das-t-id fkin ara
Ils le lui ont donné/Ils ne le lui ont pas donné
La négation partielle porte sur un élément de la phrase
bγiγ ad sweγ aman mačči ayefki
Je veux boire de l'eau, pas du lait.
7-1-2 Négation de la phrase nominale
Elle s'obtient avec mačči (et variantes) OU ur:
d amellal/ mačči d amellal
Il est blanc. /Il n'est pas blanc.
deg-s aman./ ur deg-s aman.
Il contient de l'eau/Il ne contient pas d'eau
On emploie de préférence ulac « il n'y a pas » dans ce dernier exemple: ulac deg-s
aman./ Il ne contient pas d'eau.
Après une formule de serment, on utilise ma:
yeggul ma d nettat. /Il jura que ce n'était pas elle.
7-1-3 Restriction ou exception
On emploie les particules ala ou maca:
asmi ten-id-tebda tmeγziwt, ala iγed-nsen i d- ğğan.
Quand commença leur déclin, ils ne laissèrent que leurs cendres.
7.2 L'interrogation
L'interrogation peut porter sur l'ensemble de la phrase (interrogation totale) ou sur
un de ces éléments (interrogation partielle). Elle peut être directe (proposition
indépendante) ou indirecte (proposition subordonnée). Pour cette dernière, on se
reportera au chapitre sur la phrase complexe.
7.2.1 Interrogation totale
Elle porte sur l'ensemble de phrase. C'est une interrogation à réponse par oui ou
non. Nous avons indiqué (4-1-2-7) que l'intonation montante suffisait pour
l'interrogation, mais que certains éléments – qui ne sont pas spécifiques de
l'interrogation - pouvaient être employés cette fin
tebγid a nekcem?
Tu veux que l'on rentre?
7.2.2 Interrogation partielle
Elle porte sur un élément de la phrase L'énoncé interrogatif peut être verbal ou
nominal. S'il est verbal, il est constitué d'un élément interrogatif (pronom, adverbe,
etc.) suivi d'une proposition relative et les affixes du verbe sont toujours antéposés.
Quelques éléments interrogatifs
anwa / anta qui, lequel / laquelle
anwi / anti lesquels / lesquelles
wi qui
s wacu avec quoi
deg wacu, seg wacu dans quoi
γef wacu, deg waydegdans quoi
wukud,ukudavec qui
acimi, acuγer, acuγefpourquoi
ayen i wacu ayγer pour quoi
γef waydeg sur quoi, pourquoi
seg waydeg d'où
iwimi umi iwumi pour qui
wuγur, uγur chez qui
acu dacu (< d acu) quoi, que
s ways avec quoi
7-2-2-1 Énoncé interrogatif verbal
• Si l'interrogation porte sur le sujet de la phrase, on utilisera les pronoms
interrogatifs suivants wi « qui », anwa anta anwi anti « qui / lequel, laquelle,
lesquels, lesquelles », acu dacu «
Dacu ara ken-icafɛen?
Qu'est-ce qui intercédera en votre faveur?
wi ara yaγen axxam?Qui achètera la maison?
wi k-ilan? Qui es-tu? (Lit. : à qui appartiens-tu?)
• Si elle porte sur un complément d'objet direct, les éléments interrogatifs sont les
mêmes:
acu ara yi-tefkem ma rriγ-awen-d aman-nwen?
Que me donnerez-vous si je vous rends votre eau? -
acu tebγam ? Que voulez-vous?
wi ṭfen? Qui ont-ils pris?
anwa i k-yezzenzen aḥriq-a? Qui t'a vendu ce terrain?
Si elle porte sur un complément d'objet indirect ou un CC (prépositionnel ou non),
on emploie les composés (w)uγur «chez qui », (w)ukud « avec qui », acuγer,
ayen « pourquoi », s ways « avec quoi », etc. et les interrogatifs melmi « quand »,
amek « comment », anida, anda « où ».
amek i t-yeɛqel?Comment l'a-t-il reconnu?
anda ara truḥem?Où irez-vous
anda ara tiliḍ ? Où seras-tu?
nekk d tmețțut iw d imγaren amek ara nesɛu aqcic 2
Moi et ma femme sommes vieux : comment aurions-nous un garçon?
Ansi i d-tekkid akka a winnat?
D'où viens-tu comme ça, toi
ay amγar, sani ttedduḍ? .
Vieillard, où vas-tu? .
acimi, a tameṭṭut, ur terriḍ ara tawwurt? .
Pourquoi, femme, n'as-tu pas fermé la porte?
umi d-tewwiḍ tismert-nni
Pour qui as-tu aporté la cuisse?
aniwer akka a tleḥḥum?
Où allez-vous donc comme ça? .
7-2-2-2 Énoncé interrogatif non verbal
On emploiera les mêmes interrogatifs que dans l'énoncé verbal, l'élément qui le
suit étant un nom ou son équivalent:
dacu-t ? Qu'est-ce que c'est
acḥal di lɛmer-is ? Quel âge a-t-il / elle ?
anta ta? Qui est-ce? / Qui est-là?
anda-t webrid? Où est le chemin? •. •
dacu-k, ar dak-fkeγ aserdun? Qui es-tu, pour que je te donne un mulet? .
7.3 L'exclamation
Comme dans le cas de l'interrogation, l'intonation suffit parfois à transformer un
énoncé neutre en un énoncé exclamatif.
La modalité exclamative exprime l'étonnement, le plaisir, la colère, l'indignation...
N'importe quel énoncé •déclaratif (assertion) et certains énoncés interrogatifs
peuvent en principe devenir « exclamatifs »
yemmut. Il est mort. (constatation)
yemmut! Il est mort! (exclamation)
yemmut? Il est mort? (interrogation)
Les procédés - autre que l'intonation pure - pour exprimer l'exclamation ne lui sont
pas spécifiques. Voici quelques exemples:
Exclamations utilisant des outils grammaticaux
• i / ay: ce que, que, combien, comme (il n'apparait pas au futur où la particule de
l'aoriste est obligatoirement ara)
i yuγen irgazen ur ttrun!
Que n'est-il arrivé aux hommes sans qu'ils pleurent !
ay tecbeḥ /Quelle est belle!
lemmer ad tezreḍ i twenneɛ!
Si tu savais comme elle est bien faite!
ara y ḍrun yid-k!
Que ne va-t-il pas t'arriver!
ara yellez asmi ara isel!
Comme il sera content quand il (le) saura!
• akken: comme, combien, que
akken yeḍɛef!Comme il est maigre!
a / ay : particule exclamative
A nnger-ik! Que le diable t'emporte! (Litt.: ta disparition)
• Autres éléments
ack: se combine souvent avec les affixes compléments directs, triais également
avec un nom; il ne s'emploie jamais seul.
Ay ack-it! (ou ack-it!)
Qu'il est mignon, bon, beau!
arezg: combiné souvent avec les affixes compléments indirects. Ay arezg-is / (ou
amarezg-is !)
Quelle chance, il a!
aḥlil: verbe de qualité incomplet. Il est employé soit seul, soit avec.
• une préposition ou un affixe:
• Aḥlil-ik, a win ur nebgis!
Quel malheureux, toi qui n'es pas prêt au combat!
yiwen « un », kra « quelques, quelque chose, chose »
yiwen wungif deg-s (kra n wungif deg-s!)
Il est d'une bêtise! Quel imbécile ! (Litt.: un imbécile dans lui !)
7.4 L'ordre ou l'injonction
Pour l'ordre, on utilise l'impératif ou l'aoriste (voir des exemples au 4-3-2-1).
LA MISE EN RELIEF <157-171>
AMAZIGHS KABYLES·MARDI 6 OCTOBRE 2020·TEMPS DE LECTURE ESTIMÉ : 15 MINUTES
1 lecture
Mise en relief
On examinera dans ce chapitre la mise en relief d'un élément de la phrase, procédé
très courant en kabyle.
Soit la phrase suivante:
yelsa wergaz abernus.
L'homme est vêtu d'un burnous.
Nous avons vu plus haut que l'ordre des éléments de cette phrase était celui qui
correspond à un énoncé neutre : c'est l'ordre normal.
wergaz « homme (à l'état d'annexion) » : complément référentiel
(reprend l'indice de personne du verbe els « être vêtu »);
abernus « burnous » : complément d'objet direct du verbe els.
Cet ordre peut être, modifié de diverses manières, soit en déplaçant des, éléments
de la phrase, soit en ajoutant des pronoms compléments au verbe ou bien encore
par la prosodie, suivant te que l'on cherche à exprimer:
1 yelsa wergaz abernus
2 yelsa-t wergaz ubernus
3 yelsa abernus wergaz
4 yelsa abernus argaz
5 yelsa-t uberhus, argaz
6 yelsa-t ubernus wergaz
7 argaz yelsa abernus
8 argaz, yelsa-t, ubernus
9 argaz, yelsa-t, abernus
10 argaz, abernus, yelsa
11 argaz abernus yelsa-t
12 abernus, yelsa-t wergaz
13 abernus yelsa argaz
14 abernus yelsa wergaz
15 abernus, yelsa-t, argaz
L'énoncé non verbal peut également être modifié:
γur-s axxam wergaz
Il a une maison, l'homme
1 γur-s axxam wergaz
2 γur-s wergaz axxam
3 γur-s axxam, argaz
4 argaz γur-s aam
5 argaz axxam γur s
6 axxam γur-s, wergaz .
7 axxam γur-s, argaz
8 axxam, argaz, γur-s
Parmi tous ces nombreux énoncés possibles, seuls quelques-uns sont vraiment
utilisés Ils sont liés aux conditions d'énonciation et au contexte
Nous allons étudier ici les énoncés où il y a mise en relief, les autres ont été
examinés dans le chapitre consacré au groupe nominal
Les énoncés verbaux qui nous intéressent sont les suivants 4/ 5 / 7 / 8 / 9 / 10
/11/12/13/14/15.
Dans 4 et 5, le sujet argaz est mis en relief en fin de phrase
Dans 7 et 8, le sujet argaz est mis en relief en tête de phrase.
Dans 9, 10 et 11, le sujet et le COD abernus sont mis en relief.
Dans 12 à 15, abernus est mis en relief ainsi que argaz dans 13 à 15.
Pour l'énoncé non verbal, on peut faire le même examen.
Dans 3, argaz est mis en relief en fin de phrase ; dans 4, il est en tête comme
axxam dans 6.
Dans 5, 7 et 8 axxam et argaz sont mis en relief en tête et / ou en fin de la phrase
La mise en relief (ou: mise en valeur, emphase, topicalisation) consiste donc à
présenter un constituant (élément ou groupe) comme le thème de la phrase dont le
reste sera le commentaire. On met de cette manière l'accent sur ce constituant et on
attire l'attention sur lui.
Il existe deux procédés fondamentaux de mise en relief: la thématisation et la
focalisation.
8.1 La thématisation
L'élément mis en relief est placé le plus souvent en tête de phrase, ou plus
rarement en fin de phrase dans la thématisation.
Cet élément est en général repris plus loin (ou annoncé avant) par un pronom, sauf
dans certains cas particuliers. Il peut correspondre en théorie à n'importe quelle
fonction d'un élément de la phrase, sauf à celle du prédicat (verbe ou équivalent en
énoncé non verbal). Dans le cas où il est repris par un pronom, on peut qualifier la
fonction du nom d'anticipée (avant le pronom) ou de reprise (après le pronom).
Exemples:
(1) yekcem weqcic deg [Link] garçon est entré dans la maison.
(2) aqcic, yekcem deg wexxam. Le garçon, il est entré dans la maison
(3) aqcic yekcem deg wexxam. Le garçon est entré dans la maison.
(4) yekcem deg wexxam, weqcic. = (1)
(5) yekcem deg wexxam, aqcic. = (2)
En position normale (1), le sujet lexical de la phrase, weqcic, placé après le verbe,
est à l'état d'annexion. C'est le complément référentiel. Cette marque - l'état
d'annexion - indique clairement la fonction du nom comme d'ailleurs dans (4) où il
est précédé du CC.
Le nom mis en relief n'a aucune marque syntaxique qui permette de le reconnaître
bien qu'il soit le sujet de la phrase: il a la fonction d'indicateur de thème (IT).
aqcic est à l'état libre avant le verbe (dans 2 et 3) mais également après (dans 5),
quand il est mis en relief. L'intonation est importante car en situation de discours,
elle seule permet souvent d'éviter des ambiguïtés. Il y a une pause sensible (2)
entre l'indicateur de thème et le reste de la phrase. Elle est matérialisée à l'écrit par
une virgule. Dans le cas où l'indicateur de thème correspond au sujet, elle est
facultative (3). Comparer par exemple:
yekcem deg wexxam ameqqran.
Il est entré dans la grande maison.
yekcem deg wexxam, ameqqran.
II est entré dans la maison, le grand.
En énoncé normal, on aurait:
yekcem umeqqran deg wexxam. (= yekcem deg wexxam n umeqqran.) Le
grand est entré dans la maison
A ne pas confondre également avec:
yekcem deg wexxarn umeqqran. (= yekcem deg wexxam n umeqqran.) II est
entré dans la maison du grand.
La reprise par un pronom anaphorique (Ou l'annonce par un pronom cataphorique)
n'est pas neutre. L'absence de reprise (ou d'annonce) n'est possible que dans le cas
où l'indicateur de thème n'est pas défini ou déterminé. Exemples:
• énoncé normal /neutre (sans pause):
nečča aγrum.
Nous avons mangé du pain / le pain.
(Défini ou indéfini : le contexte seul permet de le savoir.)
• énoncé avec thématisation:
(1) Aγrum, nečča. (2) nečča, aγrum.
Du pain / pour ce qui est du pain, nous (en) avons mangé. (Le « pain » est ici
indéfini.)
La pause est nécessaire en (1) si aγrum est indicateur de thème. Sinon, c'est un
groupe nominal où aγrum est l'antécédent d'une relative:
aγrum nečča. le pain que nous avons mangé
En (2), l'absence de pause correspond à l'énoncé normal.
Suivant le contexte, les deux énoncés (normal / avec thématisation) peuvent être
équivalents ou pas du point de vue syntaxique comme sémantique.
Par contre
nečča aγrum-nni.
Nous avons mangé le pain en question. (Le « pain » est ici défini.)
aγrum-nni nečča: Cet énoncé est difficilement concevable, car l'indicateur de
thème est ici défini explicitement par un démonstratif. Il doit être obligatoirement
repris par un pronom complément d'objet direct
aγrum-nni, nečča -t.
Le pain en question, nous l'avons mangé.
Dans les cas où il n'y a pas reprise ou annonce, l'indicateur de thème peut ne
correspondre à aucune fonction dans un énoncé normal qui serait d'ailleurs
impossible du point de vue sémantique. C'est le cas pour les noms d'action
verbaux en fonction d'indicateur de thème, où 1' « énoncé normal » est impossible,
sauf si ce nom peut désigner également un nom concret, ou s'il est déterminé:
iγimi, yeqqim. = yeqqim, iγimi.
Pour ce qui est de s'asseoir, il est assis.
yeqqim iγimi: l'énoncé normal est impossible sans une détermination. L'indicateur
de thème iγimi « fait de s'asseoir, manière de s'asseoir, position assise » ne
correspond à aucune fonction en énoncé normal parce qu'il n'est pas concevable.
Si on lui adjoint un complément déterminatif, l'énoncé normal devient possible
yeqqim iγimi ugellid.
Il est assis à la manière d'un roi.
Autre exemple:
(1) Tuččit, yečča! = yečča, tuččit!
Pour ce qui est de manger, il a mangé!
La nourriture, il l'a mangée!
(2) yeččatuččit
Il a mangé la nourriture.
Dans (10, tuččit peut être interprété comme « le fait de manger » ou comme «
nourriture », alors que dans (2), en énoncé normal, la deuxième interprétation est
seule possible.
Exemple avec reprise:
nečča-t, weγrum.
Nous l'avons mangé, le pain.
Le complément référentiel (weγrum « le pain ») est défini car il est annoncé par le
pronom personnel direct t (cataphore).
aγrum, nečča-t.
Le pain, nous l'avons mangé.
Ici, l'indicateur de thème est repris plus loin par le pronom (anaphore).
Le pain a déjà été mentionné auparavant dans le discours et il est de ce fait défini.
Dans un énoncé interrogatif non verbal, l'interrogatif est obligatoirement
accompagné d'un pronom affixe qui représente un complément, présent ou non:
anda-t? Où est-il?
anda-t webrid? Où est le chemin?
abrid anda-t? Le chemin, où est-il?
Du fait que l'indicateur de thème n'a aucune marque syntaxique permettant
d'identifier la fonction qu'il aurait en énoncé normal, c'est le contexte et la
vraisemblance sémantique qui - permettent de retrouver cette fonction, si elle
existe.
8.1.1 Reprise de l'élément thématisé par un pronom
Dans les exemples ci-dessous, l'indicateur de thème est en tête, mais - l'analyse est
valable quand il est en fin de phrase. Pour l'énoncé normal, l’indicateur de thème
peut être le sujet, le COD ou le COL
yefka wergaz tafzimt i tmeṭṭut.
L'homme a donné la broche à la femme.
(Litt. : Il a donné l'homme une broche à la femme.)
1. Sujet (complément référentiel en énoncé normal)
Argaz yefka tafzimt i tmeṭṭut.
L'homme a donné la broche à la femme.
L'indicateur de thème ai-gaz est repris par l'indice de personne y du verbe.
• complément d'objet direct:
tafzimt, yefka-tt wergaz i tmeṭṭut.
La broche, il l'a donnée, l'homme, à la femme.
L'IT tafzimt est repris par le pronom complément d'objet direct tt du verbe.
• complément d'objet indirect:
tameṭṭut, yefka-yas wergaz tafzimt
La femme, il lui a donné, l'homme, la broche.
LIT tameṭṭut est repris par le pronom complément d'objet indirect yas du verbe
Un complément circonstanciel peut également être thématisé
Énoncé normal
tga tacmuxt s ideqqi.
Elle a fait une cruche avec de l'argile.
Avec thématisation du CG:
ideqqi, tga yis-s tacmuxt. (ou : de qqi, tga tacmuxt yis-s.)
L'argile, elle en a fait une cruche. (Litt. : L'argile Une a fait de lui une cruche.)
IT ideqqi est repris par le pronom affixe s de la préposition yis « avec »
Énoncé normal:
tessers taqecwalt γef udekkan. .
[Link] a posé la corbeille sur la banquette. -
Avec thématisation du CG:
Adekkan, tessers fell-as taqecwalt.
(ou : Adekkan, tessers taqecwalt fell-as.)
La banquette, elle a déposé la corbeille dessus (Litt.: sur elle).
L’IT adekkan est repris par le pronom affixe as de la préposition feue « sur »
1.2 Indicateur de thème non repris
Dans les exemples suivants, l'indicateur de thème n'est pas repris par un pronom.
iγimi, yeqqim. .
Pour ce qui est de s'asseoir, il (s)est assis. (Voir supra)
taqcict-a, sser, ur tesci ara.
Cette fille n'a aucun charme.
(Litt. : cette fille, du charme, elle n'a pas.)
win yeffγen, tuγalin ur telli.
Pour celui qui sort, il n'y a pas de retour.
Exemples d'énoncés non verbaux:
d amellal userwal-agi. aserwal-agi, d amellal.
Il est blanc ce pantalon. Ce pantalon (il) est blanc.
γur-s adrim, wergaz-agi. argaz-agi, γur-s adrim.
Il a de l'argent, cet homme. Cet homme a de l'argent.
deg-sent tibexsisin, tqecwalin. Tiqecwalin, deg-sent tibexsisin
Elles contiennent des figues, les corbeilles. Les corbeilles, elles contiennent des
figues.
N Yidir, wexxam-agi. Axxam-agi, n Yidir.
Elle appartient à Yidir, cette maison. Cette maison, elle appartient à Yidir.
On peut avoir plus d'un élément thématisé dans une phrase:
Tefka tmettut yelli-s i mmi-s n gma-s.
La femme a donné sa fille en mariage à son neveu.
Avec le sujet et le COI thématisés, on aura:
Tameṭṭut, mmi-s n gma-s, tefka-yas yelli-s.
(Litt.: La femme, son neveu, elle lui a donné sa fille en mariage.)
8.2. La focalisation
La focalisation consiste à présenter un élément d’un énoncé verbal ou non verbal,
à le mettre en évidence ou en relief en le faisant suivre d’une proposition de forme
relative.
On a le schéma suivant pour la focalisation:
prédicat verbal ou nominal + proposition relative sujet , complément direct
ou indirect.
La proposition relative peut être mise en relief (thématisation) en tête de la phrase
, c’est dans ce cas un indicateur de thème .
(Pour les détails sur la relative , voir 3.3.2)
8.2.1 Focalisation du sujet ou du COD
Si le groupe nominal (élément focalisé) antécédent de la relative est sujet,
complement d’objet direct, la forme du premier membre de l’énoncé est : d
<c’est> + groupe nominal. L’énoncé complet suit les schema ci-dessous:
d + sujet ‖ i/ay ‖ relative participe
d + COD ‖ i/ay ‖ relative à forme personnelle
Énoncé normal
Tefka tmeṭṭut yelli-s i mmi-s n gma-s
La femme a donné sa fille en mariage à son neveu.
Sujet: tameṭṭut
COD: yelli-s
Avec l’un de ses deux éléments focalisés, on obtient les énoncés suivants :
Sujet :
d tameṭṭut i yefkan yelli-s i mmi-s n gma-s
C’est la femme qui a donné sa fille en mariage à son neveu.
COD
d yelli-s i tefka tmeṭṭut i mmi-s n gma-s
C’est sa fille que la femme a donné en mariage à son neveu
Exemple de thématisation de la relative (sujet)
Ay yefkan yelli-s i mmi-s n gma-s d tameṭṭut
(Celle) qui a donné sa fille en mariage à son neveu, c’est la femme.
Remarque:
Si le COD commence par un nom de nombre, la particule prédicative est absente.
ẓriγ snet teqcicin J’ai vu deux filles
snat teqcicin ay ẓriγ Ce sont deux filles que j’ai vues
8.2.2 Focalisation d’un complément direct
Pour les CC directs (CCD) , la particule prédicative est normalement exclue . On
a le schéma suivant:
CCD + i/ay + relative à la forme personnelle.
On peut cependant employer la particule prédicative pour renforcer l’insistance sur
l’ élément focalisé.
iruḥ wemγar iḍelli γer ssuq Le vieux est allé au marché hier.
iḍelli ay iruḥ wemγar γer ssuq . C’est hier que le vieux est allé au marché
ad iruḥ wemγar γer ssuq azekka. Le vieux ira au marché demain
azekka ara iruḥ wemγar γer ssuq. C’est demain que le vieux ira au marché
yeffeγ tameddit ad yemenṭṭer Il est sorti l’après-midi pour vagabonder
tameddit i yeffeγ tameddit ad yemenṭṭer . C’est l’après-midi qu’il est sorti pour
vagabonder.
yewzen [Link] pèse un quintal
aqentar i yewzen. C’est un quintal (ce) qu’il pèse.
Pour renforcer la mise en valeur , on dira : d aqentar i yewzen !
8.2.3 Focalisation d’un complément prépositionnel
Si l’ élément focalisé est un COI ou un CC prépositionnel, on peut avoir les
schémas suivants
CC ou COI + i/ay + relative à forme personnelle (pratiquement obligatoire
avec les prépositions : nnig <au-dessus de > , ddaw <sous>, deffir
<derrière>...
d + nom + (i) + préposition ou complexe prépositionnel (iwimi, imi <à qui, de
qui, dont > pour le COI) + relative à la forme personnelle.
Exemples avec COI:
énoncé neutre
tefka tmeṭṭut yelli-s i mmi-s n gma-s
La femme a donné sa fille en mariage à son neveu.
Énoncé focalisé
i mmi-s n gma-s i tefka tmeṭṭut yelli-s
C’est à son neveu que la femme a donné sa fille en mariage
d mmi-s n gma-s iwimi tefka tmeṭṭut yelli-s
C’est son neveu à qui la femme a donné sa fille en mariage
Exemples avec CC
tsers adlis γef udekkan
Elle a posé le livre sur la banquette
γef udekkan i tsers adlis = d adekkan i γef tsers adlis
C’est sur la banquette qu’elle a posé le livre
iruḥ wemγar iḍelli γer ssuq
Le vieil homme est allé hier au marché
γer ssuq ay iruḥ wemγar iḍelli = d ssuq i γer iruḥ wemγar iḍelli
icuddit umakar s wemrar
Le voleur l’a attaché avec une corde
s wumrar i t -icudd umakar = d amrar s ways (i) t -icudd umakar.
C’est avec la corde que le voleur l’a attaché
yečča seksu s tqessult il a mangé du couscous dans l’assiette
g tqessult i yečča seksu d taqesult i deg yečča seksu
C’est dans assiette qu’il a mangé du couscous
yedda d gma-s γer temdint
il est allé en ville avec son frère
d gma-s i yedda γer temdint (1) d gma-s ukud yedda γer temdint (2)
C’est avec son frère qu’il est allé en ville
(1) d = préposition; (2) = particule prédicative
yekcem ddaw tduli
Il est entré sous la couverture
ddaw tduli i yekcem
C’est sous la couverture qu’il est entré
yeqqim zdat wexxam
Il est entré devant la maison
zdat wexxam i yeqqim
C’est devant la maison qu’il est entré
8.2.4 Focalisation d’une proposition subordonnée
Pour les propositions subordonnées (PS), le schéma est:
PS + i / ay + proposition principale
Rappelons que i ou ay n’apparaissent pas devant ara + aoriste ou devant un énoncé
négatif.
ad yazzel alamma yezwar imeddukal-is
Il courut jusqu’à ce qu’il précède ses compagnons
Alamma yezwar imeddukal-is ara yazzel
truḥ γer ssuq akken ad taγ akrar
Elle est allée au marché pour acheter un mouton
akken ad taγ akrar i truḥ γer ssuq
yeswa alarmi yerwa
Il a bu jusqu’à satiété
alarmi yerwa i yeswa
ad yeddu skud tella tafat
Il marchera tant qu’il fera jour
skud tella tafat ara yeddu
Remarque: Une phrase qui a la forme d’un énoncé avec focalisation peut être
ambiguë dans l’absolu. C’est le contexte qui permet de savoir si c’est une simple
relative ou une phrase avec mise en relief.
Comparer:
d argaz ay ikerrzen
C’est un / l’homme qui laboure.
d argaz i yezzenzen tamacint-is
C’est un/l’homme qui a vendu sa machine
d argaz ay ikerrzen i yezzenzzen tamacint-is
C’est l’homme qui laboure qui a vendu sa machine.
(1) peut être la réponse à la question : wi t-ilan ou anwa-t ? <Qui est-ce ?> . Dans
ce cas, on est en présence d’une relative où argaz est défini, ay est facultatif et où
ikerrzen équivaut à un adjectif épithète. Il n’y a pas de pause entre d argaz et
ikerrzen si ay n’est pas présent.
Si, par contre , la question est : wi ikerrzen ? <Qui laboure ?>, on mettra en
valeur l’homme qui est ainsi focalisé. Ce n’est pas un enfant , ni une femme qui
laboure mais un homme. Le pronom indéfini ay est en principe obligatoire , sinon
une pause est ici nécessaire entre d argaz et ikerrzen.
On peut faire le même raisonnement pour (2).
En (3), la première relative est épithète et la présence de la deuxième relative fait
que le groupe à laquelle elle appartient est obligatoirement focalisé
8.3 Thématisation et focalisation
Dans un même énoncé, on peut trouver les deux procédés de mise en relief:
amγar, γer ssuq ay iruḥ iḍelli
Le vieil homme , c’est au marché qu’il est allé hier:
amγar est ici indicateur de thème et γer ssuq est un CC focalisé
Comme indiqué plus haut, la relative de l’énoncé focalisé peut être thématisée:
i t-yeččan d amγar
(Celui) qui l’a mangé , c’est le vieux.
i t-yeččan est ici un indicateur de thème .