Procédure civil (Résumer)
I- La capacité :
La capacité est la possibilité d’avoir des droits et répondre à des obligations. Elle peut
être de jouissance ou d’exercice :
La capacité de jouissance est l’aptitude d’une personne à jouir de tous les droits qui lui sont
reconnus.
La capacité d’exercice peut être définie comme étant l’aptitude d’une personne à exercer les
droits dont elle a la jouissance. Cette capacité est reconnue à toutes personnes dès sa
naissance. Le droit d’agir en justice est subordonné à la capacité d’exercice.
II- La qualité :
C’est le titre juridique en vertu duquel une personne a le pouvoir de figurer dans une
procédure lorsque l’action est intentée par le titulaire du droit lui-même. Ont qualité pour agir,
le titulaire du droit litigieux ainsi que ces héritiers et ayant une cause universelle, le
mandataire légal ou conventionnel (le premier ministre pour l’état, ou le trésorier général pour
le trésor).
En tout cas, les personnes ayant qualité pour représenter les plaideurs ne peuvent le faire que
dans certaines situations et en respectant certaines conditions.
1- les cas de représentation en justice :
Le mandat conféré par une personne à une autre en vue d’agir en son nom et pour son compte
est parfaitement licite : c’est un mandat ad litem c ad un mandat de représentation en vue d’un
procès.
La représentation est obligatoire, constitution d’avocat devant certaines juridictions (cour
d’appel, cour suprême) sauf autorisation expresse d’agir en justice pour soi-même accordé par
le chef de la juridiction saisi du litige. Il en va de même devant le TPI en cas de procédure
écrite.
A préciser qu’exceptionnellement, la représentation en justice n’est pas admise lorsque le
tribunal ordonne la comparution des personnes des parties : par exemple, quand il s’agit des
mesures d’instructions supposant la présence des parties (expertise).
2- Conditions de représentation en justice :
-Toute personne capable peut être mandataire en justice.
-Les pouvoirs du représentant sont déterminés par la loi (mandataire légal pour les
administrations publiques) par le juge (mandataire judiciaire : pour le mineur il sera
représenté par le tuteur autorisé par le juge) ou par la volonté des parties (mandataire
conventionnel).
-Le représentant doit justifier de son pouvoir par acte authentique ou sous seing privé dûment
légalisé soit par la déclaration verbale de la partie comparaissant avec lui devant le juge. A
noter que le mandat doit être spécial à telle affaire déterminée.
-La procuration doit être écrite, le nom du mandant devant figurer à côté de celui du
mandataire. Cette obligation s’impose en vertu de la règle, nul ne plaide par procureur.
3- Les effets de la représentation en justice :
Ce n’est pas le mandataire mais le représenté qui est partie en procès, ainsi la notification
d’une décision de justice doit être faite à l’adresse du plaideur, plutôt qu’à celle de son avocat.
III- L’intérêt :
L’intérêt est la première condition nécessaire à l’exercice d’une action. L’importance de
cette condition est résumée par le nombreux adage juridique qui en fait la mesure de toute
action en justice. L’intérêt peut être défini comme étant le gain ou le bénéfice pécuniaire ou
moral que le demandeur peut tirer de l’action qu’il a intentée. Tout intérêt n’est bon pour
ester la justice. Cette condition doit se réaliser non seulement au moment de l’introduction de
la requête mais aussi tout au long du déroulement de l’instance.
1. L’intérêt personnel
L’intérêt est considéré comme étant personnel si l’action exercée est en mesure de
procurer au demandeur un avantage moral ou pécuniaire.
2. L’intérêt légitime
L’intérêt légitime est celui qui n’est pas contraire à la loi aux bonnes mœurs, à la morale
et à l’ordre public. Seul cet intérêt justifie l’exercice d’une action en justice.
3. L’intérêt juridique
L’intérêt doit être fondé sur un droit ou tendre à la protection d’un droit. Les litiges
portant sur des questions extra judiciaires ne peuvent pas être soumises à la justice.
L’intérêt juridique peut être soit pécuniaire soit moral. L’intérêt pécuniaire est celui qui
se rapport à un bénéfice matériel que le demandeur veut tirer de l’action. L’intérêt moral se
rapporte à la préparation d’un préjudice qui ‘n’est pas susceptible d’être évalué en argent.
4. L’intérêt actuel
Pour que l’intérêt soit actuel il faut que la violation du droit établie au moment de
l’introduction de la demande. Le juge ne peut trancher que des litiges déjà nés et non pas
des litiges futurs. C'est-à-dire ils ne peuvent pas servir de fondement à une action en
justice. De même une simple menace ou un simple risque ne peuvent pas justifier l’exercice
d’une action.
5. L’intérêt direct
L’exercice du caractère direct de l’intérêt est une condition qui vise à limiter le nombre
de personnes pouvant ester en justice en raison de la même prétention. Cette condition
concerne notamment les personnes morales. Le caractère direct de l’intérêt à pour
conséquence de réserver ce droit au membre concerné.
IV- La notification :
Les deux parties de l’action sont convoquer par la juridiction saisie immédiatement
après le dépôt de la requête ou de la déclaration cette convocation doit contenir les
mentions citées à l’art 36 du CPC.
1. Les modalités de convocation
La 1ère modalité consiste en la transmission de la convocation par l’un des agents du
greffe ou par un huissier de justice. L’agent charger de notification doit remplir un certificat,
et doit y consigner les mentions obligatoires.
La 2ème modalité consiste en la transmission de la convocation par voie de poste. Cette
transmission doit être effectuée par lettre recommandée avec accusé de réception.
La 3ème modalité consiste en la transmission par voie administratif. Il est fait recours
pour son accomplissement aux agents d’autorité tel que les cheiks, les Moqadem, les
membres de la police et de la gendarmerie.
La 4ème modalité est utilisée uniquement si le défendeur réside dans un pays
étranger. Elle consiste en la transmission de la convocation par voie de hiérarchique jusqu’à
sa remise aux services du ministère des affaires étrangères afin qu’elle soit acheminée par
voie diplomatique.
2. La remise de la convocation
La convocation doit être remise sous pli fermé. Ce pli ne doit indiquer que le non, le
prénom et la demeure de la partie. A chaque pli doit être annexé un certificat de remise. Ce
dernier doit indiquer la personne à qui le pli a été remis ainsi que la date de cette remise, et
signé soit par le destinataire soit par la personne qui a reçu le pli. En cas de refuse de
réception l’agent d’autorité qui assure la notification doit en faire mention.
La remise à personne
Dans ce cas la convocation est remise au défendeur lui-même. Cette modalité est la
plus importante de par les effets qu’elle est en mesure de produire.
La remise à domicile :
La notification peut être faite à tous les lieux où le défendeur est considéré comme
étant domicilié. Si le défendeur ne dispose pas de domicile au Maroc, la notification
peut être faite à sa résidence.
La validité de la notification de la convocation est subordonnée à la qualité de ceux
auxquelles le pli est remis.
A- Le domicile réel
Le domicile réel des personnes physique est définit par l’art 519 du CPC. Le
domicile des personnes morales corresponde au lieu où se trouve leur siège social.
B- Le domicile élu
Les justiciables peuvent procéder à l’élection d’un domicile pour l’exécution de
certains actes ou pour l’accomplissement des faits et des obligations qui en résultent.
C- La notification au cabinet du mandataire en justice
La notification de la convocation faite au cabinet du mandataire en justice ainsi que la
communication de toutes les décisions et de tous les actes de procédure sont valables
et produisent pleinement leurs effets à l’égard des parties. La notification des arrêts
rendus par la cour d’appel ne produit ses effets que si elle est faite à domicile du
défendeur.
D- Le domicile légal
Ce domicile est déterminé par une disposition expresse de la loi. Le domicile légal
d’un incapable est fixé par la loi au lieu du domicile de son tuteur. Celui d’un
fonctionnaire public est fixé au lieu où ce dernier exerce ses fonctions.
E- La résidence
A défaut de domicile au Maroc, la notification peut être faite au lieu de résidence.
Selon l’art 518 du CPC.
Les personnes habilitées à recevoir la convocation à domicile
La notification à domicile ou à résidence consiste en la remise du pli à une personne
qui se trouve dans le domicile du destinataire. Cette remise ne peut être valable que si
elle est faite entre les mains de l’une des personnes déterminées par la loi.
A. Les parents
Le pli peut être valablement remis à toute personne ayant un lien de parenté avec le
destinataire. Aucun degré n’est exigé.
B. Les serviteurs
La remise du pli peut être valablement effectuée entre les mains d’un serviteur du
défendeur. Est celui qui travail pour le compte du destinataire.
C. Les personnes habitant avec le destinataire
Toute personne habitant avec le destinataire dans le même domicile est habilitée à
recevoir la convocation.
La convocation par pli recommandée
Si la convocation n’a pas pu remiser au destinataire ou à son domicile, il doit être
procédé, à la diligence du greffier, à la convocation sous pli recommandé avec accusé
de réception.
Le refus de réception
En cas de refus de réception l’agent chargé de l’exécution doit mentionner ce refus sur
le certificat. La notification sera dans ce cas comme valablement notifiée le dixième
jour qui suit le refus.
La procédure du curateur
Cette procédure est utilisée si le domicile et la résidence d’une partie sont inconnus de
l’autre. Le président de la juridiction, doit dans ce cas, procéder à la nomination d’un
agent greffe en qualité de curateur. Le curateur doit rechercher le défendeur avec le
concours du ministère public et des autorités administratives.
Si le défendeur est découvert à tout moment de l’instance, le curateur doit en informer
la juridiction qui l’a nommé.
Les délais de notification
Le jour de la notification de la convocation et celui fixé pour la comparution doivent
être séparés de 5 jour au moins si le défendeur est domicilié ou dispose d’une
résidence dans le ressort du TPI. Les personnes domiciliées ou résident sur le territoire
du royaume en dehors de ce ressort doivent bénéficier d’un délai égal au moins à 15
jours. Si celui qui est convoqué ne dispose ni d’un domicile ni d’une résidence au
Maroc, dans ce cas est soumis à la disposition de l’art 40 du CPC.
V- La compétence :
1- Les types de compétences :
SECTION 1 : LA COMPETENCE TERRITORIALE :
Paragraphe 1- Le principe général de la compétence territoriale : le domicile du
défendeur :
Concernant la compétence territoriale des tribunaux de première instance, l’article 27 du code
de procédure civile précise que « la compétence territoriale appartient au tribunal du domicile
réel ou élu du défendeur.
Si celui-ci n’a pas de domicile au Maroc, mais y possède une résidence, elle appartient au
tribunal de cette résidence.
Si le défendeur n’a ni domicile, ni résidence au Maroc, il pourra être traduit devant le tribunal
du domicile ou de la résidence du demandeur ou de l’un d’eux s’ils sont plusieurs.
S’il y a plusieurs défendeurs, le demandeur peut saisir, à son choix, le tribunal du domicile ou
de la résidence de l’un d’eux ».
D’après cet article, la juridiction du premier degré territorialement compétente est celle du
domicile réel ou élu du défendeur. Cette disposition se justifie par le fait que le demandeur
prenant l’initiative de troubler le défendeur et que le procès soit engagé dans les conditions
qui dérangeront le moins possible le défendeur.
Au niveau du domicile réel il faut distinguer entre les personnes physiques et les personnes
morales.
Pour les personnes physiques le domicile réel se détermine dans le lieu de séjour ou le lieu
d’activité professionnelle. Sous cet angle, l’article 519 du code de procédure civile précise
que le domicile d’une personne physique s’envisage dans le lieu où cette personne a son
habitation habituelle ou le centre de ses affaires et de ses intérêts. Aussi le domicile peut être
soit le lieu où séjourne habituellement un individu avec sa famille, soit celui ou l’individu
possède sa fortune ou encore exerce une activité professionnelle.
D’autre part le domicile réel d’une société est le lieu où se trouve son siège social ou encore le
lieu où se trouve l’une de ses succursales c’est-à-dire un établissement distinct du siège social
principal où existe un agent de la société chargé de la représenter auprès des tiers.
En revanche, il arrive qu’une personne physique ou morale fasse élection d’un domicile
spécial pour l’exécution de certains actes ou pour l’accomplissement des faits et obligations
qui en résultent. Ce domicile prévaut, d’après l’article 524 du code de procédure civile, sur le
domicile réel ou légal. En fait, l’élection du domicile peut être soit conventionnelle c’est-à-
dire fixée par le contrat conclu entre les parties, soit légale, autrement dit la loi impose parfois
l’élection du domicile dans le ressort d’une juridiction ou chez un mandataire constitué.
En outre, le domicile légal est le domicile imposé par la loi pour certaines personnes. Dans ce
cadre l’article 521 du code de procédure civile détermine le domicile légal des personnes
incapables et celui des fonctionnaires publics.
En plus du domicile réel et du domicile élu, le législateur a conféré compétence au tribunal de
première instance de la résidence du défendeur. En effet, la résidence est le lieu où la
personne se trouve effectivement à un moment donné (l’article 520 du code de procédure
civile). Il s’agit, en fait, d’un lieu de séjour même temporaire qui présente une stabilité. Donc,
la résidence envisage un rapport de fait entre la personne et le lieu où elle réside, alors que le
domicile constitue un rapport de droit.
Paragraphe 2 - Les dérogations au principe :
Le principe de la compétence territoriale du tribunal du domicile du défendeur comporte un
ensemble d’exceptions qui reposent sur des considérations de nature diverses.
Ces considérations peuvent aboutir soit à la compétence unique d’un tribunal déterminé pour
des raisons pratiques ou d’ordre public, soit à offrir au demandeur un choix entre deux ou
plusieurs tribunaux dans le cadre d’une option de compétence, cette option sera exercée soit
en fonction de la situation du demandeur qui mérite une faveur particulière, soit du lieu de la
situation de l’objet du litige, soit du lieu de la création ou de l’exécution de l’obligation objet
de la contestation.
SECTION 2 : LA COMPETENCE D’ATTRIBUTION :
Paragraphe 1 - Compétence de 1ère Instance :
1- Détermination de la nature des affaires :
Sous réserve de la compétence spéciale attribuée aux juridictions de proximité, le TPI connait
toutes les affaires civiles, de famille, commerciales, administratives et sociales, soit en 1 er et
dernier ressort soit à charge d’appel.
Cette compétence est d’ordre public car l’al.2 de l’art « il est également compétent,
nonobstant toutes dispositions contraires, même au cas d’une loi spéciale aurait dévolu la
connaissance d’une catégorie d’affaire à une autre juridiction »
Il est à signaler que parallèlement au TPI, le président de ce tribunal dispose d’une
compétence spéciale pour ordonner certaines mesures ou statuer dans certaines matières.
2- La détermination de la valeur du litige :
Il y a lieu de distinguer les demandes indéterminées ou déterminées.
Pour les litiges à valeur indéterminée la décision dépend du 1er ressort.
Quant aux litiges à valeur déterminée, la demande peut être unique ou multiple.
S’il s’agit d’une demande unique, le TPI est compétent, selon les règles suivantes :
- En 1er ressort, à charge d’appel, devant les chambres d’appel des TPI des demandes
jusqu’à valeur de 20.000 dhs
- En 1er ressort et à charge d’appel, mais cette fois-ci devant la Cour d’Appel pour les
demandes supérieures à 20.000 dhs.
L’avant-projet du CPC établit une distinction selon les tribunaux et la nature des affaires :
- Pour les TPI, le taux de compétence en dernier ressort est à laisser à 5.000 dhs
- Au-delà de 5.000 dhs l’affaire est jugée en 1er ressort
Au cas où le TPI ne comporte pas de section commerciale ou ne se trouve pas dans le ressort
d’une juridiction commerciale, il est habilité à statuer des affaires commerciales en 1 er ressort
et à charge d’appel lorsque la valeur est inférieure à 20.000 dhs.
Le taux de la compétence en dernier ressort est déterminé uniquement par le montant de la
demande tel qu’il résulte des dernières conclusions du demandeur, et ce à l’exception des frais
de justice, les intérêts moratoires, les astreintes et les amendes fiscales.
Lorsque dans une même instance, plusieurs demandes sont formulées par le même demandeur
contre le même défendeur, la décision du prononcé à charge d’appel que si la valeur globale
de ces demandes dépasse le taux du dernier ressort, alors même que l’une des demandes serait
inférieure à cette somme.
Lorsque la demande est formulée par plusieurs demandeurs contre plusieurs défendeurs
collectivement ou en vertu d’un titre commun est jugé en dernier ressort si la part afférente à
chacun des demandeurs ne dépasse pas le taux de dernier ressort.
En revanche, elle est jugée pour le tout en premier ressort si la part de l’un des intéressés
excède cette somme.
Toutefois, ces dispositions ne sont pas applicables en cas de solidarité, soit entre les
demandeurs soit entre les défendeurs ou lorsque l’objet du litige est indivisible.
Il est à signaler que le tribunal connaît de toutes les demandes reconventionnelles ou en
compensation qui par leur nature ou valeur sont dans les limites de sa compétence.
La compétence matérielle des tribunaux de commerce :
La compétence matérielle des tribunaux de commerce est déterminée par les articles 5 à 9 de
la loi 53-95 instituant les juridictions de commerce promulguée par le dahir du 12/02/1997 tel
que modifié et complété.
Il est à noter, que les tribunaux de commerce sont compétents en 1 ère instance pour connaître
des demandes pour le principal n’excède pas la valeur de 20.000 dhs.
S’agissant de la compétence matérielle des tribunaux administratifs :
Elle est définie par les articles 8,9 et 20 à 44 de la loi 41-90 instituant les tribunaux
administratifs promulguée par le dahir du 10/09/1993 tel que modifié et complété.
Les tribunaux administratifs sont compétents sous réserve les dispositions des articles 9 et 11
de la loi pour juger en 1er ressort un des recours :
- En annulation pour excès de pouvoir formé contre les décisions des autorités
administratives,
- Des litiges relatifs aux contrats administratifs,
- Les actions en réparation des dommages causés par les actes ou les activités des
personnes publiques à l’exclusion toutefois de ceux causés sur la voie publique par un
véhicule quelconque appartenant à une personne publique
- Les litiges nés à l’occasion de l’application de la législation et de la règlementation
des pensions et du capital décès des agents de l’état et collectivités locales, des
établissements publics, du personnel de l’administration de la chambre des
représentants et de la chambre des conseillers.
- De la législation et de la règlementation en matière électorale
- De la législation et de la règlementation fiscale
- Le droit de l’expropriation pour cause d’utilité publique
- Les actions contentieuses relatives au recouvrement des créances du Trésor
- Des litiges relatifs à la situation des fonctionnaires et agents de l’état, des collectivités
locales et des établissements publics, des fonctionnaires de l’administration de la
chambre des représentants et des fonctionnaires de la chambre des conseillers
3- Sanction de non-respect des règles de compétence (d’attribution) :
Il est à souligner que l’incompétence en raison de la matière peut être prononcée d’office par
le juge de 1er degré. Toute exception d’incompétence doit être soulevée par les parties avant
toute autre exception ou moyen de défense au fond.
Elle ne peut être (l’incompétence matérielle) invoquée en cause d’appel que dans le cas d’un
jugement rendu par défaut.
Le demandeur à l’exception est tenu de faire connaître à peine d’irrecevabilité la juridiction
devant laquelle l’affaire doit être portée.
Si l’exception est accueillie, le dossier transmis à la juridiction compétente qui se trouve saisie
de plein droit et sans frais.
Enfin, le tribunal saisi d’une exception d’incompétence doit statuer sur celle-ci soit par
jugement séparé, soit en joignant l’incident au fond.
Paragraphe 2 : Compétence des Cours d’Appel, et des Chambres d’Appel des TPI :
Sauf disposition légale contraire, les Cours d’Appel connaissent les jugements de 1ère instance
ainsi que, les appels, les ordonnances rendus par leur président.
Par dérogation à cette disposition, la Chambre d’Appel du TPI connaît des appels formés à
l’encontre des jugements rendus en 1er ressort par les TPI dans la limite des dispositions du
paragraphe 1er de l’article 19 du CPC.
Il est à rappeler que, l’avant-projet du CPC et le projet de loi sur l’organisation judiciaire
prévoient la suppression des Chambres d’Appel devant les TPI.
SECTION III : PROROGATION DE COMPÉTENCE
On entend par prorogation de compétence le fait de donner à une juridiction le pouvoir de
juger un litige qui normalement excéderait les limites soit de sa compétence d’attribution
soit de sa compétence territoriale.
Cette prorogation de compétence peut découler d’une décision judiciaire lorsque sur renvoi
après cassation une juridiction autre que celle qui aurait était territorialement compétente
pour statuer est désignée par la cour de cassation pour trancher à nouveau le litige pour
fond.
La prorogation de compétence peut aussi résulter d’une convention des parties, celles-ci
décident d’un commun accord de porter un litige déjà né, ou un litige à naître devant une
juridiction autre que celle qui devrait normalement être saisie.
Il faut distinguer entre la prorogation de compétence d’attribution et la prorogation de
compétence territoriale.
Paragraphe 1er : la prorogation de compétence d’attribution
Le principe est que les règles de compétence d’attribution sont d’ordre unique et qu’il n’est
pas possible d’y déroger par convention. Les parties ne peuvent pas décider de soumettre au
Tribunal de Commerce ou au Tribunal administratif un litige qui relève de la compétence du
TPI en raison de sa nature ou de sa valeur.
Inversement, un demandeur ne peut présenter au TPI une affaire qui de par sa nature ou son
taux relèverait de la compétence du Tribunal de Commerce ou du tribunal administratif.
De même, les parties ne peuvent pas décider de soumettre directement à la Cour d’Appel un
litige relevant du TPI, car on ne peut pas déroger à l’ordre normal des juridictions.
Enfin, on ne peut soumettre à la Cour de Cassation un litige qui n’a pas été tranché en
dernier ressort par le juge du fond.
Paragraphe 2ème la prorogation de compétence territoriale
Ces clauses de prorogation de compétence territoriale sont fréquemment utilisées en
pratique, ainsi, on en trouve de nombreuses applications notamment dans les contrats
établis par les sociétés financières particulièrement celles qui pratiquent le crédit à la
consommation et dont les services de contentieux sont centralisés dans certaines grandes
villes.
Les clauses de ces contrats attribuent souvent compétence au tribunal du lieu du siège social
de ces sociétés qui peut ne pas être celui du défendeur.
La question se pose de savoir si le juge est tenu d’accepter cette prorogation de
compétence. La réponse à cette question est résolue par différentes dispositions légales. En
premier lieu, la réponse découle de l’article 27 du code de procédure civile selon lequel la
compétence territoriale appartient au tribunal du domicile réel ou élu du défendeur. Ce
texte comme l’article 524, selon lequel lorsqu’il a été fait élection du domicile, ce domicile
prévaut sur le domicile réel ou légal.
Ceci implique nécessairement que cette prorogation conventionnelle de compétence
s’impose aux juges. Ceci est confirmé par l’article 16 du code de procédure civile qui précise
dans son dernier alinéa que l’incompétence en raison de la matière peut être prononcée
d’office par le juge du premier degré ; à contrario, cela implique que l’incompétence
territoriale ne peut pas être soulevée d’office par le juge. De ce fait, si les parties se sont
accordées pour choisir un juge territorial autre que celui normalement compétent, celui-ci
(le juge) ne pourra pas d’office prononcer son incompétence.
SECTION IV : LA SOLUTION DES CONFLITS DE COMPÉTENCE
Les conflits de compétence peuvent surgir à différents stades de la procédure.
Un défendeur peut tout d’abord opposer une exception d’incompétence.
D’autre part, il peut y avoir un conflit soit positif soit négatif entre les décisions rendues sur
le même litige par des juridictions différentes qui se seraient prononcer en sens contraire sur
leur compétence respective.
Paragraphe 1er : l’exception d’incompétence (le cas où c’est soulevé en amont par le
défendeur lui-même)
Il y a lieu de distinguer entre l’incompétence d’attribution et l’incompétence territoriale.
La principale différence, entre elles, réside dans le fait que le juge peut soulever d’office
l’incompétence d’attribution sans même qu’une partie l’ai invoquée, en revanche le juge ne
peut soulever d’office l’incompétence territoriale, le dernier alinéa de l’article 16 du code de
procédure civile est à cet égard formulé d’une manière particulière ; il dispose que
l’incompétence en raison de la matière peut être prononcée d’office par le juge du premier
degré.
Il résulte d’une lecture littérale de cette disposition que l’exception d’incompétence
d’attribution ne peut pas être soulevée d’office devant la juridiction du second degré.
En réalité, il s’agit d’une hypothèse théorique puisque le litige ne devrait normalement pas
être soumis à la juridiction du second degré, mais tranché en premier et dernier ressort par
le TPI.
Toutefois la problématique reste posée dans le cas où un TPI se déclare incompétent sur une
contestation qui ne relève pas de sa compétence pour des raisons d’ordre public. C’est
notamment le cas s’il statue sur une demande tendant à annuler un acte de l’administration
ou d’une collectivité publique en violation de l’article 25 du code de procédure civile et si
l’incompétence du tribunal n’a pas été soulevée, la cour d’appel puisse néanmoins statuer
sur la question sans pouvoir soulever d’office son incompétence. Par conséquent si
l’incompétence du tribunal n’a pas été soulevée, la cour d’Appel devra statuée sans pouvoir
soulever d’office son incompétence.
Paragraphe 2ème : les règlements des juges
Dans des cas très exceptionnels, les conflits de compétence peuvent aboutir à des conflits de
juridiction soit négatif soit positif.
Ainsi, si le tribunal a fait droit à une exception d’incompétence et si la juridiction de renvoi
qu’il a désigné se déclare à son tour incompétente, il y a conflit de compétence négatif.
Ces conflits négatifs ou positifs donnent lieu à une procédure particulière de règlement des
juges qui est régie par les articles 300 à 302 du CPC pour la Cour d’Appel, et les articles 388 à
390 du CPC pour la cour de cassation.
L’article 300 du CPC, consacrant la jurisprudence, dispose qu’il y a lieu à règlement des juges
lorsque dans un même litige plusieurs juridictions ont rendu des décisions irrévocables par
lesquelles elles se déclaraient également compétentes ou incompétentes. Il en résulte qu’il
doit s’agir d’un même litige qui oppose les mêmes parties avec le même objet et, bien
entendu, la même cause c’est ce qu’on appelle le même litige. Par ailleurs les décisions
rendues doivent être irrévocables.
Lorsque ces conditions sont réunies, la demande en règlement de juge doit être portée par
requête devant la juridiction immédiatement supérieure commune aux juridictions dont les
décisions sont attaquées, et devant la Cour de cassation lorsqu’il s’agit de juridiction n’ayant
au-dessus d’elles aucune autre juridiction supérieure commune.
La requête devant la Cour d’Appel est examinée en Chambre de Conseil sans la présence des
parties ou de leurs mandataires. Devant la cour de Cassation, cette requête est notifiée dans
les mêmes conditions qu’un pourvoi.
Deux phases sont alors prévues :
- La juridiction saisie peut estimer qu’il n’y a pas lieu à règlement de juge. C’est le cas si
l’une des décisions n’est pas irrévocable ou si les décisions sont relatives à des litiges
différents. Dans ce cas la Cour rendra un arrêt de rejet qui doit être motivé. Cet arrêt
peut faire l’objet d’un pourvoi en Cassation.
- En revanche, si la juridiction saisie estime qu’il s’agit d’un cas de règlement de juge,
elle renvoie l’affaire au magistrat rapporteur pour qu’il soit statué dans les formes
ordinaires. Les délais prévus par la loi étant toutefois réduits de moitié, cette décision
suspend à sa date toute poursuite et procédure devant le juge de fond.
À l’exception des actes simplement conservatoires, tout acte qui viendrait à être accompli en
violation du sursis accordé serait entaché de nullité.
La décision qui statue à l’issue de la deuxième phase va devoir soit désigner la juridiction
compétente, soit si elle n’estime qu’aucune des juridictions saisies n’était compétente, invite
le demandeur à se pourvoir devant celle qu’elle estime devoir saisir. Si l’une des deux
juridictions était bien compétente, on peut se poser la question de savoir si le principe de
l’évocation obligatoire, tel qu’il est posé par l’article 146 du CPC, devrait alors s’appliquer
lorsque l’affaire est en état d’être jugée. Le texte ne le prévoit pas expressément mais rien
ne s’y oppose, semble-t-il.
S’agissant de la procédure devant la Cour de Cassation, celle-ci connaît des règlements de
juge entre juridiction n’ayant au-dessus d’elle aucune autre juridiction supérieure commune.
La requête en règlement de juge est présentée à la Cour de Cassation et notifiée dans les
conditions prévues aux articles 362 et suivants.
Si la Cour de Cassation estime qu’il n’y a pas lieu à règlement de juge, elle rend un arrêt de
rejet motivé. Dans le cas contraire, elle rend un arrêt de soit communiqué qui est notifié au
défendeur dans le délai de 10 jours. Cet arrêt suspend à sa date toute poursuite et
procédure devant le juge de fonds.
Il est ensuite procédé à l’instruction de l’affaire dans les conditions fixées aux articles 362 et
suivants devant Cour de cassation.
Toutefois, les délais prévus sont réduits de moitié en cas de contrariété de délais ou de
jugement devenus irrévocables émanant des Tribunaux ou Cour d’Appel différents, la Cour
de cassation saisie par requête dans les formes prévues à l’art 354 du CPC peut alors annuler
son renvoi l’une des 2 décisions dont elle est saisie.