Introduction au Spin des Particules
Introduction au Spin des Particules
Dans ce chapitre nous montrons comment décrire les degrés de liberté interne d'une
particule formés par son spin (moment angulaire intrinsèque).
Jusqu'à présent, l'état quantique d'une particule est décrite par sa fonction d'onde |ψ >.
2 3
Celle ci est vue comme un vecteur de l'espace de Hilbert H = L (R ) (qui est de dimension
innie).
Pour certaines particules (électron, neutron, protons,. . .voir plus loin) l'expérience montre
qu'elles possèdent un moment cinétique intrinsèque ~
s, appelé spin, et qu'il y a seule-
ment deux états de spin distincts. to spin signie tourner sur soi-même. Nous verrons
que c'est l'image que l'on peut se faire d'un électron. La direction du spin est la direction
de l'axe rotation.
173
174 CHAPITRE 4. PARTICULE DE SPIN 1/2
|+ z >
Faisceau
|− z >
Figure 4.0.1 Dispositif de Stern-Gerlach séparant les états de spin |+z > ou |−z > de
la particule.
2. Le deuxième principe est qu'il n'y a pas de direction privilégiée (dans l'uni-
vers).
Remarques :
◦ Pour relier cet état de spin |si = a|+z i + b|−z i à la mesure du spin selon l'axe z
dans l'appareil de Stern-Gerlach, gure 4.0.1, rappelons que le principe de la mesure
stipule que la probabilité d'observer la particule dans le faisceau supérieur sera alors
2 2 2 2
P+ = |h+hs|si
z |si|
= |a|2|a|+|b|2 et la probabilité P− = |h−hs|si
z |si|
= |a|2|b|+|b|2 de l'observer dans
le faisceau du bas. Après une détection, si la particule a été détectée dans le faisceau
du haut (par exemple), l'état de spin sera |si = |+z i.
◦ Le problème dans l'écriture (4.1.1) de l'état |s > ci-dessus, est que l'axe z semble
jouer un rôle privilégié, en contradiction avec le deuxième principe énoncé. Il nous
faudra trouver une description d'un état de spin sans faire référence à une direction
privilégiée.
◦ (*) Mathématiquement, la question précédente correspond à chercher une repré-
2
sentation projective du groupe de rotation SO(3) dans l'espace C . La théorie des
4.1. L'ESPACE DES ÉTATS DE SPIN 175
La rotation de l'état initial |−z i est de même (il est orthogonal au précédent) :
θ θ
R̂y (θ)|−z i = − sin |+z i + cos |−z i
2 2
En multipliant les équations précédentes par h±z | on obtient les éléments de matrice
h±z |R̂y (θ)|±z i de l'opérateur de rotation R̂y (θ) dans la base |±z i :
◦ Comme les rotations autour de l'axe y xé, vérient la relation de groupe R̂y (θ2 ) R̂y (θ1 ) =
R̂y (θ1 + θ2 ) (comme la fonction exponentielle) il est naturel de poser R̂y (θ) =
176 CHAPITRE 4. PARTICULE DE SPIN 1/2
exp − ~i θŜy où Ŝy est une matrice 2×2 appelée générateur des rotations du
|+ z> θ/2
|+ z>
θ |s θ> |s θ>
y
x |− z>
|− z>
Figure 4.1.1 Pour un spin dans le plan (x, z), l'espace ordinaire et l'espace de spin sont
directement reliés.
ˆ,
R̂y (2π) = −Id ˆ.
R̂y (4π) = Id
Ce signe (−) est assez surprenant. On peut penser au premier abord qu'il est non
détectable car une mesure détecte des probabilités, le module des amplitudes, et non pas
les phases. Mais on peut imaginer de séparer le faisceau en deux et de détecter les phases par
un phénomène d'interférences, comme sur la gure (4.2.1). Une interprétation géométrique
est de dire que l'espace de spin est un double recouvrement de l'espace des directions
de l'espace ordinaire. Ainsi une rotation de 2π ne sut pas à obtenir l'état initial, il faut
4π . Voir gure (4.2.2). Voir plus loin une discussion plus précise.
4.3. GÉNÉRATEURS DES ROTATIONS ET MATRICES DE ROTATION 177
Spin Flipper
− |+ z >
|+ z >
|+ z >
On notera de même R̂x (θ), R̂z (θ) les opérateurs de rotation autour des autres axes de
base x, z respectivement.
On peut considérer les générateurs correspondant à ces rotations comme pour eq(??) :
178 CHAPITRE 4. PARTICULE DE SPIN 1/2
Dénition 4.3.1. L'opérateur de spin selon y noté respectivement Ŝy est le générateur
−i
∀θ, R̂y (θ) = exp θŜy (4.3.4)
~
−i −i
∀θ, R̂x (θ) = exp θŜx , R̂z (θ) = exp θŜz
~ ~
!
d|sθ > −iŜy
= |sθ >, avec |sθ >= R̂y (θ)|+z >
dθ ~
~
Ŝx,y,z ≡(base |±z >) σx,y,z ,
2
avec les matrices de Pauli :
0 1 0 −i 1 0
σx = , σy = , σz = (4.3.5)
1 0 i 0 0 −1
Les deux valeurs propres de chacun de ces opérateurs sont (±~/2). C'est
à dire que l'on a
~ ~
Ŝx |+x i = + |+x i, Ŝx |−x i = − |−x i, etc pour y, z
2 2
1 1
|+x i = √ (|+z i + |−z i) , |−x i = √ (|+z i − |−z i)
2 2
et ceux de Ŝy :
1 1
|+y i = √ (|+z i + i|−z i) , |−y i = √ (|+z i − i|−z i)
2 2
Remarques :
◦ Les vecteurs propres respectifs des opérateurs Ŝx , Ŝy , Ŝz correspondent à des états de
spins respect. parallèles aux axes x, y, z car ils qui sont invariants par ces rotations.
On note l'ensemble de ces trois opérateurs par un opérateur vectoriel :
◦ Les opérateurs autoadjoints Ŝx , Ŝy , Ŝz sont interprétés ici comme des générateurs
des opérateurs unitaires de rotation R̂x (θ), R̂y (θ), R̂z (θ). Mais comme remarqué page
(90), une autre interprétation est que ce sont des observables lors d'une opération
de mesure. Par exemple dans l'expérience de Stern-Gerlach ci-dessus, à cause de
l'orientation particulière du dispositif, la mesure est associée à l'observable Ŝz . Il y
a donc deux résultats possibles de la mesure que sont les états |+z > ou |−z >. Voir
TD.
180 CHAPITRE 4. PARTICULE DE SPIN 1/2
Démonstration. (*)Commençons par le calcul de la matrice de Ŝy : dans la base |±z >, d'après
(4.3.4) et (4.1.2),
!
− 12 sin 2θ − 12 cos θ
dR̂y (θ) 2
~ 0 −i ~
Ŝy = i~ = i~ 1 θ = = σy
dθ 2 cos 2 − 21 sin θ
2 θ=0
2 i 0 2
θ=0
Ensuite il sut de diagonaliser cette matrice. Voir Section A.2.2 page 363. Les valeurs propres
sont les racines du polynôme caractéristique P (λ) = det(Ŝy − λI) = λ2 − (~/2)2 , donc λ = ±~/2.
On recherche maintenant le générateur Ŝz des rotations autour de l'axe z . Comme pour
Ŝy , ses valeurs propres sont (±~/2) (car il n'y a pas de direction privilégiée), et les vecteurs
propres sont |±z > car ils sont situés sur l'axe de rotation qui est xe. Donc la matrice de
Ŝz est diagonale dans cette base.
Cherchons nalement Ŝx . L'axe x est obtenu en faisant tourner l'axe y de (−π/2) autour de
l'axe z, donc
z
Rx(θ) Ry(θ)
|s > y
θ
Rz(−π/2)
x
Figure 4.3.1 Cette gure montre que |sθ >= R̂x (θ)|+z >= R̂z (− π2 )R̂y (θ)|+z >. (Mais
attention R̂x (θ) 6= R̂z (− π2 )R̂y (θ), à vérier sur l'état |+y >).
π π
Ŝx = R̂z (− )Ŝy R̂z (+ )
2 2
Or !
eiπ/4
π −iŜz (−π/2) 0
R̂z (− ) = exp =
2 ~ 0 e−iπ/4
Ainsi on obtient
iπ/4 −iπ/4
~ e 0 0 −i e 0 ~ 0 1
Ŝx = =
2 0 e−iπ/4 i 0 0 e+iπ/4 2 1 0
~ 2 = ~2 3 Iˆ
S
4
2 2
(Aide : observer queσx = σy = σz2 = I ). Ce résultat sera obtenu en plus grande généralité
en section (6.3.6) page 255.
On dénit alors le vecteur ~s ∈ R3 par les valeurs moyennes de l'observable ~ˆ dans l'état
S
|s > :
~ˆ
D E
~s = S (4.4.1)
182 CHAPITRE 4. PARTICULE DE SPIN 1/2
<s|Ŝx |s>
sx =
<s|s>
<s|Ŝy |s>
~s = sy = <s|s>
s = <s|Ŝz |s>
z <s|s>
Propriété : ~s caractérise l'état quantique |si à une constante près (phase près
Le vecteur
si |si est normalisé). Plus précisement, le vecteur ~ s de l'espace ordinaire, en coordonnées
sphériques ~s = (θ, ϕ, k~sk), est relié aux composantes (a, b) de l'état |si dans l'espace de
Spin par :
~
k~sk = : norme xée
2
a θ −iϕ
z= = cotg e ∈C: si b 6= 0 (4.4.2)
b 2
L'interprétation graphique de cette relation est que z = a/b est la projection stéréo-
graphique du vecteur ~
s, voir gure (4.4.1).
Il y a donc une relation bijective entre la direction du vecteur ~s, et l'état quantique
normalisé |s > (à une phase près).
sz
Sphère de la direction du spin
(rayon 1/2)
θ s
sy
ϕ
sx
Im(z)
z
Re(z)
Plan complexe z=a/b
s
θ/2 θ
|+ z > x
θ/2 θ/2
|s>
avec a, b ∈ C. Pourquoi peut-on dire que l'état physique de |ψi est caractérisé
seulement par le nombre complexe z = a/b ?
Sx |ψ> <ψ|Sy |ψ> <ψ|Sz |ψ>
sx = <ψ|hψ|ψi , sy = , sz =
b b b
2. Calculer les valeurs moyennes dans cet
hψ|ψi hψ|ψi
3
état, et les exprimer en fonction de z . On note ~ s = (sx , sy , sz ) ∈ R , et on montrera
que k~sk = 2 , donc que ~s est sur une sphère de rayon ~/2, appelée sphère de Bloch
~
1 2 2
(ou sphère de Riemann, ou P = P (C ) espace projectif de C ).
3. Inversement montrer que z = cotg (θ/2) e−iϕ , où (s, θ, ϕ) sont les coordonnées sphé-
riques du s = (sx , sy , sz ) ∈ R3 .
vecteur ~
1. Si M est un point sur la sphère, On place le plan complexe C, sous la sphère, tangent au pôle sud.
On considère la droite passant par le pôle nord et M . Elle intersecte C au point z . On dit alors que z ∈ C
est la coordonnée stéréographique du point M . Voir lm1 de [LGA].
184 CHAPITRE 4. PARTICULE DE SPIN 1/2
L'espace projectif CP 1 = P (C2 ) (*) L'association d'une sphère (ici sphère des vecteurs
~s) à partir d'un espace vectoriel de dimension deux (ici Hspin ) est générale et ne se limite pas
au cas du spin. Voici la construction générale dans le langage de la mécanique quantique.
Soit H un espace vectoriel (espace de Hilbert quantique) de dimension n. En terme
0
de mesure, il est impossible de distinguer le vecteur |ψ > du vecteur |ψ >= λ|ψ >
pour tout λ ∈ C. Pour cette raison, on appelle rayon quantique l'ensemble des vecteurs
proportionnels entre eux. Ainsi le rayon quantique de |ψ > (supposant ψ 6= 0), noté [ψ],
est :
[ψ] = {|ψ 0 >, tels que ∃λ ∈ C, |ψ 0 >= λ|ψ >} .
L'ensemble des rayons est appelé l'espace projectif de H, et est noté P (H).
Par construction, un rayon est une famille à une dimension complexe (obtenu en faisant
varier λ ∈ C),
et l'ensemble des rayons est donc un espace de dimension complexe n − 1,
(n−1)
donc de dimension réelle 2(n − 1), aussi noté CP .
2
Si H ≡ C est un espace à deux états, (comme le spin), le paragraphe précédent a
1 2 2
montré que l'espace projectif est une sphère. C'est à dire CP = P (C ) = S . Dans un
problème à deux états, il est souvent commode de représenter l'évolution quantique sur
cette sphère, aussi appelée sphère de Riemann ou sphère de Bloch.
Si on considère deux rotations diérentes autour d'axes diérents, par exemple R̂x (α)
et R̂y (β), alors en général le résultat de la combinaison de ces deux rotations dépend de
l'ordre avec lequel on les fait. En général :
mutent pas car R̂x (α), Ry (β) = R̂x (α)R̂y (β) − R̂y (β) R̂x (α) 6= 0.
−1 −1
Remarquer que Ry (β)Rx (α) 6= Rx (α)Ry (β) ⇔ Ry (β)Rx (α)Ry (β)Rx (α) 6= I . On va
−1 −1
donc calculer Ry Rx Ry Rx . Voir gure 4.5.2.
La relation suivante est importante. Elle montre que la non commutativité de ces rota-
tions est liée à la non commutativité de leur générateurs. Le résultat est général en théorie
des groupe.
−1 −1 αβ h i
(Ry (β)) (Rx (α)) Ry (β) Rx (α) = I − 2 Ŝy , Ŝx + o(α2 , β 2 , αβ)
~
4.5. GROUPE SU(2) DE ROTATION DU SPIN, ET RELATIONS DE COMMUTATION185
z z
R1
x
Ry
Rx
y
y
R2
x
Figure 4.5.1 Cet exemple montre que les deux rotations suivantes sont diérentes :
R1 = Rx ( π2 )Ry ( π2 ) 6= R2 = Ry ( π2 )Rx ( π2 )
−1
Rx
−1
Ry
Ry
Résultat
Rx
Remarques :
◦ Cette dernière relation importante montre une signication des relations de com-
mutation en mécanique quantique : si les générateurs commutent, alors les éléments
du groupe commutent, et réciproquement. (C'est dans le cadre de l'interprétation
des opérateurs auto-adjoints comme générateurs).
Démonstration. Pour simplier les notations, on pose : A = −iŜx α/~, B = −iŜy β/~. On
a alors 1
R̂x (α) = exp −iŜx α/~ = exp (A) ' 1 + A + A2 + o(α2 )
2
−1 1
R̂x (α) = exp −iŜx (−α) /~ = exp (−A) ' 1 − A + A2 + o(α2 )
2
et de même pour R̂y (β). Alors
1 2 1 2
Ry Rx = 1 + B + B 1+A+ A
2 2
1 2 1 2
= 1 + A + B + BA + A + B + . . .
2 2
1 1
Ry−1 Rx−1 = 1 − A − B + BA + A2 + B 2 + . . .
2 2
donc
Il est donc important de calculer les commutateurs entre les générateurs. On trouve :
Proposition 4.5.2. On a
h i
Ŝx , Ŝy = Ŝx Ŝy − Ŝy Ŝx = i~Ŝz (4.5.1)
h i
Ŝy , Ŝz = i~Ŝx ,
h i
Ŝz , Ŝx = i~Ŝy
4.5. GROUPE SU(2) DE ROTATION DU SPIN, ET RELATIONS DE COMMUTATION187
Comme il n'y a pas d'axe privilégié, le résultat est identique en permutant les axes.
Remarque : Ainsi
αβ
Ry−1 (β)Rx−1 (α)Ry (β)Rx (α) = I + i Ŝz + o(α2 , β 2 , αβ) = Rz (−αβ) + o(α2 , β 2 , αβ)
~
qui s'interprète en disant que au premier ordre, la suite des opérations (innitésimales)
Ry−1 (β)Rx−1 (α)Ry (β)Rx (α) est équivalent à une rotation innitésimale d'un angle (−αβ)
autour de l'axe z .
Noter que nous avons établi ces résultats pour la rotation d'un spin quantique, mais
qu'ils sont valables aussi pour la rotation d'un objet solide en mécanique classique. La
diérence entre le groupe de rotation de spin (groupe SU(2)) et le groupe de rotation dans
R3 (groupe SO(3)) ne se percoit pas au niveau local ou innitésimal (où les deux groupes
sont isomorphes) mais globalement, comme l'a montré la section 4.2 (rotation de 2π ) ; voir
cours de math [Fau10b].
Nous avons déni au dessus les opérateurs de rotation du spin et les générateurs autour
des axes x, y, z .
Remarques :
◦ L'expression de R̂z (θ) ci-dessus est un cas particulier de cette formule avec ~u =
(0, 0, 1)
pointant vers l'axe z ; et de même pour les opérateurs R̂x (θ) et R̂y (θ)).
+
◦ L'opérateur Ŝ~
u = Ŝ~u est autoadjoint et de trace nulle : Tr Ŝ~ u = 0 (car
Tr Ŝx = Tr Ŝy = Tr Ŝz = 0). Donc R̂~u (α) est un operateur unitaire et de
A
déterminant 1 : det R̂~
u (α) = 1 (d'après la formule d'algèbre linéaire :det e =
eTr(A) ) dans un espace complexe de dim 2. On dit que c'est un élément du groupe
SU (2).
commutateur est encore un de ces trois opérateurs. Comme déni page 103, cela signie que
ces trois opérateurs forment une base d'une algèbre de Lie de dimension 3, appelée algèbre
de Lie des rotations, notée R, formée par les combinaisons linéaires de la forme :
ˆ~
~ .S ~ = (Ux , Uy , Uz ) ∈ R3
ŜU~ = Ux Ŝx + Uy Ŝy + Uz Ŝz = U ∈ R, U
h i
et (4.5.1) nous assure que
1
ŜU~ , ŜV~ ∈ R pour tous ~ , V~ ∈ R3 .
U
i
1 h i
ŜU~ , ŜV~ = ŜU~ ∧V~
i~
En posant :
~ = α~u,
U
~
α = U , ~u unitaire
on peut écrire
i i
R̂U~ = exp − ŜU~ = exp − αŜ~u = R̂~u (α)
~ ~
(la première relation signie la chose non triviale que la composition successive de deux
rotation est à nouveau une certaine rotation).
Pour spécier la rotation R̂~u (α),
il faut trois paramètres : la direction (θ, ϕ) de l'axe
~ = α~u ∈ R3 . Pour cela on dit que c'est un groupe
~u, et l'angle de rotation α, ou encore U
à trois paramètres continus, ou un groupe de Lie de dimension trois.
(on vérie facilement que cet ensemble forme un groupe avec la multiplication de matrices).
Inversement, à une matrice M ∈ SU (2), on associe un opérateur de rotation de spin R̂
par la même relation ci-dessus (voir preuve ci-dessous).
Ainsi le groupe des rotation du spin 1/2 exprimé dans une base orthonormée s'identie
au groupe de matrices SU(2).
1. Montrer qu'un générateur des rotations du spin 1/2 (i.e. élément de l'algèbre de Lie
~ ∈ R3 , s'exprime dans une base o.n. par une matrice hermitienne
Rspin ) ŜU~ , avec U
2 × 2 de trace nulle. Montrer inversement qu'une matrice hermitienne 2 × 2 de trace
nulle détermine un générateur ŜU ~.
2. Montrer que l'ensemble des matrices hermitienne 2 × 2 de trace nulle forme l'algèbre
de Lie su(2) du groupe SU (2) déni ci-dessus. Montrer que les matrices de Pauli
σx , σy , σz forment une base de cette algèbre su(2).
3. Grâce à l'application exponentielle, déduire que le groupe des rotations du spin 1/2,
Rspin , exprimé dans une base o.n., s'identie au groupe SU(2) des matrices.
190 CHAPITRE 4. PARTICULE DE SPIN 1/2
Hespace = L2 R3
Hspin ≡ C2
Alors l'espace de Hilbert total est le produit tensoriel :
4.6.1 Remarques
◦ Pourquoi le produit tensoriel ? tout simplement, car il est possible d'envisager que
la particule soit dans un état quantique comme
|ψ >= a|x1 > |+z > +b|x2 > |−z > (4.6.1)
(avec des amplitudes a, b ∈ C), qui traduit un état où la position x est corrélée avec
l'état de spin. C'est exactement le cas à la sortie de l'appareil de Stern-Gerlach,
gure (4.0.1), où |x1 > est un état situé dans le faisceau supérieur avec spin |+z i,
et |x2 > un état situé dans le faisceau inférieur avec spin |−z i.
◦ Comme décrit page 148, le produit tensoriel d'espace de Hilbert permet l'existence
d'état corrélés qui sont surprenants pour le sens commun. C'est le cas de l'état
eq(4.6.1), ou l'état de spin est corrélé avec la position de la particule. Si on observe
la particule en x1 , elle aura le spin |+z >. Si on l'observe en x2 , elle aura le spin
|−z >. (Voir TD).
Les états |~x >, ~x ∈ R3 , forment la base (continue) de position de l'espace Hspatial .
De même les deux états |±z > forment une base de l'espace de spin Hspin .
D'après la dénition du produit tensoriel, voir (3.1.5), une base de l'espace
qui forme donc une fonction d'onde sur l'espace à deux composantes complexes. Cela
2
s'appelle un champ vectoriel à valeur dans C ou plus précisément un champ spinoriel.
C'est l'analogue du champ électrique ~ x)
E(~ qui lui est une fonction à trois composantes
réelles.
Noter que les deux composantes ψ+ (~x), ψ− (~x) dépendent du choix de la base |±z >, et
dépendent donc du choix de l'axe z . Pour éviter de choisir une base particulière, on peut
dire que |ψ > est une fonction
2
d'onde à valeur dans Hspin .
neutron |n > ne sont que deux états particuliers de l'espace à deux états du nucléon
2
appelé espace d'isospin, noté Hisospin ≡ C , et ayant pour base |p >, |n >. Par
1
exemple un nucléon peut être dans l'état interne d'isospin |N >= √ (|n > +|p >)
2
qui est une superposition. Cependant cette notion d'espace d'isospin est en fait
équivalente au point de vue plus conventionnel qui distingue le proton et le neutron.
comme un avantage dans l'échange de messages que l'on veut garder secrets, et d'éviter
ainsi l'espionnage.
En eet la cryptographie quantique se sert de l'énoncé équivalent :
0 ⊕ 0 = 0, 1 ⊕ 0 = 1, 0 ⊕ 1 = 1, 1 ⊕ 1 = 0.
Exemple : message = 10100110, clef=00110111, alors message crypté=10010001.
4.8. MESURE DE SPIN, APPLICATION RÉCENTE : LA CRYPTOGRAPHIE QUANTIQUE193
Exercice En supposant que Bob possède aussi la clef, quelle formule doit-il utiliser pour
décrypter le message ?
Solution :
message = message cry pté ⊕ clef
Exemple : message crypté =10010001 , clef=00110111, alors message = 10100110.
Remarque : cette méthode de cryptographie est la seule prouvée être sans
faille. Les inconvénients sont que Alice et Bob doivent être les seuls à connaître la clef
secrète, et qu'ils disposent d'une clef secrète aussi longue que le message à se transmettre.
Cette méthode s'appelle one time pad (1926). La diculté est donc que Alice et Bob
partagent une clef secrète. C'est là qu'intervient la cryptographie quantique présentée ci-
dessous.
La méthode la plus utilisée (sur internet par exemple) est cependant un encryptage
asymétrique à clef publique, de type R.S.A. (1978), basé sur la factorisation de grands
nombres premiers. Mais dans ce cas, il n'est pas prouvé qu'il n'existe pas d'algorithme
rapide permettant de décrypter le message.
Pour appliquer la méthode dite one time pad (1926) présentée plus haut, Alice et Bob
doivent partager une clef (suite de 0 et 1) connue d'eux seuls.
C'est là que la mécanique quantique intervient. Cette méthode a été mise au point
récemment et utilise non pas des spins 1/2, mais les 2 états de polarisation de la lumière :
l'échange d'une clef secrète se fait via l'échange de photons dans une bre optique.
Pour simplier la présentation, nous remplaçons la polarisation de la lumière par le spin
1/2 : nous supposons que Alice et Bob échangent des particules ayant deux états possibles
de spin 1/2.
Alice et Bob ont chacun de leur côté un appareil de type Stern-Gerlach qui permet à
Alice de polariser le spin de la particule dans l'état qu'elle veut, et à Bob de mesurer ce
spin par rapport à une direction choisie. Voir gure 4.8.1.
x y
|+ x > |+ y >?
z z
|−y >?
Figure 4.8.1 Alice prépare un état de spin, polarisé selon x ou y. Bob ensuite détecte
la polarisation avec un appareil orienté selon x ou y.
simplier :
Bx : |+x i ≡ 0 , |−x i ≡ 1
By : |+y i ≡ 0 , |−y i ≡ 1
(il est habituel en théorie de l'information quantique de noter une base de deux états
quantiques par |0i, |1i, et de l'appeler quantum bit ou qbit).
Voici la séquence des opérations :
1. Alice envoie des particules individuelles à Bob. Pour chacune d'elle, elle choisit l'état
de spin au hasard parmi les quatre ci-dessus.
Pour Alice, cela correspond à une suite de qbits (0 et 1) associée à une suite de
Bases, exemple :
0 1 1 0 1 0 0
Bx Bx By Bx By By Bx
2. Pour chaque particule reçue, Bob mesure l'état de spin par rapport à une base Bx
ou By qu'il choisit au hasard. Cela lui donne un résultat, une suite de qbits (0 et
1). Exemple :
0 1 0 0 1 1 0
Bx By Bx Bx By Bx Bx
Propriété :
◦ Si Bob a fait le même choix de base que Alice, alors il détecte le même qbit. (En
eet si Alice envoie |+x i, et que Bob détecte dans la direction x, il mesurera à
coup sûr |+x i).
◦ Pour les qbits où Bob a fait un choix diérent de base, il a en moyenne 50%
d'erreurs. (En eet si Alice envoie |+x i, et que Bob détecte dans la direction y ,
1
on décompose |+x i = √ (|+y i + |−y i), ce qui donne une probabilité P|+y i = 1/2
2
et P|−y i = 1/2)
◦ Au total, Bob a donc en moyenne 25% d'erreur sur sa suite de qbit.
4. Parmi cette suite, Alice annonce (publiquement) à Bob quelle sous suite corresponds
au même choix. Exemple ici :
Bx Bx By Bx
5. Alice et Bob ne gardent chacun que cette sous suite de qbit, ce qui correspond en
moyenne à 50% des évènements. Cette suite de 0 et 1 est nalement leur clef
secrète. Exemple ici : (0,0,1,0).
Pour être sûr que cette clef est secrète (i.e. connus d'eux seuls) il faut montrer que une
tierce personne nommée Eve ne puisse intercepter leur échange de qbit sans que Bob et
Alice ne s'en aperçoive (Eve est le nom habituel donné à l'espion en cryptologie, et vient
de l'anglais eavesdropper=qui écoute aux portes ).
Pour cela :
4.9. INTERACTION DU SPIN AVEC LE CHAMP ÉLECTROMAGNÉTIQUE 195
Théorème de non-clonage : Eve ne peut pas faire une copie de qbits sans les perturber
preuve : Supposons la possibilité d'une opération idéale de copie (i.e. sans perturbation) d'un
état quantique |ψi par Eve dans un registre, symbolisée par la transformation :
1
|+y i ⊗ |Registrei ⊗ |Eve0 i −→ √ (|+x i ⊗ |+x i ⊗ |Eve+ i + |−x i ⊗ |−x i ⊗ |Eve− i)
2
1 ˆ ~ ~xˆ, t)
2
Ĥ = ~σ . p~ − q A( + qU (~xˆ, t) (4.9.1)
2m
où ~σ = (σx , σy , σz ) sont les matrices de Pauli agissant dans l'espace du spin Hspin .
Cet Hamiltonien s'écrit aussi sous la forme plus commode :
1 ˆ ~ ˆ
2
~ + qU (~xˆ, t)
~ e .B
Ĥ = p~ − q A(~x, t) − M (4.9.2)
2m
196 CHAPITRE 4. PARTICULE DE SPIN 1/2
avec
~e= qS
M ~ :moment magnétique de l'électron (4.9.3)
m
Preuve : On utilise la relation (A.2.2), et p~ˆ ∧ A
~ = −i~ rot(A) ~ ∧ p~ˆ (à
~ −A démontrer).
Remarques
◦ La forme (4.9.1), découle directement de l'équation de Dirac dans la limite non
relativiste. L'équation de Dirac est une équation d'onde qui a une écriture assez
naturelle et qui décrit la fonction d'onde d'un électron en théorie relativiste. (Il y
a cependant des problèmes théoriques avec l'équation de Dirac, qui ne sont résolus
que dans le cadre de la théorie quantique des champs).
◦ Le terme (4.9.3) est très semblable à l'expression du moment magnétique d'un dipôle
magnétique en mécanique classique : considérons une particule classique de charge
q sur une orbite circulaire de rayon r. La période de rotation est τ = 2πr
v
. Le courant
correspondant est
q qv
I= =
τ 2πr
et la surface du dipôle magnétique créé est S~ = πr2 .~u (~u est un vecteur normal
unitaire). Par ailleurs le moment orbital
3 est
~ = p~ ∧ ~r = m~v ∧ ~r = mvr~u.
L
Alors le moment magnétique est :
1 ˆ 2
~ ~xˆ, t) − M.
~ B~ + qU (~xˆ, t)
Ĥ = p~ − q A(
2m
avec :
~
~ = gµ S
M : moment magnétique
~
|e| ~
µ= : magnéton
2m
g : rapport gyromagnétique
3. On verra au chapitre ?? que le moment angulaire ~
L sont les générateurs des rotations dans R3 et
Valeurs expérimentales :
Électron Proton Neutron
g 2,002319314 5,5883 -3,8263
Remarques :
◦ Le Hamiltonien de Pauli (4.9.1),(4.9.3), donne ge = 2. La valeur expérimentale un
peu diérente s'explique à cause d'eets d'inuences de l'électron sur le champ élec-
tromagnétique quantique que l'on peut calculer dans le cadre de l'électrodynamique
quantique. Les valeurs de g pour le proton et le neutron sont dues à la structure
interne des ces particules (structure de quarks et de gluons), mais on ne connait pas
à ce jour de calcul précis qui le montre.
◦ Le moment magnétique du neutron est anti-parallèle à son spin. (signe négatif de
gn ).
◦ Pour le neutron ou proton, µN = e~/(2mp ) s'appelle le magnéton nucléaire. Pour
l'électron µB = e~/(2me ) s'appelle le magnéton de Bohr.
Nous discutons ici l'évolution de l'état de spin 1/2 d'une particule, qui pourrait être un
noyau nucléaire de spin 1/2, dans un matériau.
La particule est supposée être au repos, ce qui permet d'oublier l'état quantique spatial
de celle-ci, et de ne traiter que l'état de spin |s(t) >∈ Hspin . (Pour être plus précis, on peut
supposer que le champ ~
B est uniforme, et que l'état spatial de la particule est dans l'état
2
fondamental de Ĥespace = 1 ˆ − q A(
p
~ ~ ~xˆ, t) + qU (~xˆ, t).
2m
Ainsi, |ψ (t)i = |ψ0,espace i ⊗ |s (t)i, et on ne s'intéresse que à la dynamique de |s(t) >∈
Hspin décrite par :
gµ ~ ~
Ĥspin = −
S.B
~
1 gµ ~
qui a deux valeurs propres E± = ± ~ω , ω = B . L'équation d'évolution de Schrödinger
2 ~
est
d|s(t) >
i~ = Ĥ|s(t) >
dt
Nous cherchons à décrire l'évolution du vecteur spatial de spin déni eq(4.4.1) page 181 :
~ˆ =< s(t)|S|s(t)
~ˆ
D E
~s(t) = S >
Nous rappelons que inversement le vecteur ~ s(t) déni l'état |s(t) > à une phase près.
Comme k~s(t)k = ~2 , cette évolution déni des trajectoires sur la sphère de Bloch.
Propriété
~s(t) évolue d'après les équations de Bloch :
d~s(t) dHspin gµ
~ ∧ ~s
= ∧ ~s = − B (4.9.4)
dt d~s ~
198 CHAPITRE 4. PARTICULE DE SPIN 1/2
où Hspin = − gµ ~
~s.B est le Hamiltonien (Classique).
~
Les trajectoires sont donc des cercles autour du champ ~,
B à la fréquence
gµ ~
ω= B
~
dans le sens indirect. Voir gure 4.9.1.
s(t)
ωp gp µN
= ' 5000
ωe ge µB
preuve : (TD)
◦ Argument rapide : lors de l'évolution, l'énergie est constante, donc ~ est constant donc
~s.B
l'angle ~
sB
c ~ est constant, ce qui oblige le spin ~s a tourner autour de B~.
~
◦ Autre preuve rapide, en coordonnées : on peut supposer que B = B ~ez . Alors Ĥspin =
− gµB
~ Ŝz . Il est utile de travailler dans la base (|+z >, |−z >) : si
a (t)
z (t) = = z (0) e−2iEt/~ = z (0) eiωt
b (t)
donc ϕ (t) = −ωt + ϕ (0) et θ (t) = θ (0) = cste, ω = 2|E|
~ = gµ ~
~ B .
4.9. INTERACTION DU SPIN AVEC LE CHAMP ÉLECTROMAGNÉTIQUE 199
Remarques :
◦ L'énergie de la trajectoire classique du spin est Espin = − gµ ~,
~s.B qui est extremum
~
pour ~s et ~
B parallèles. On vérie en particulier que dans ces derniers cas, ce sont
deux points xes de la dynamique de ~s(t), correspondant aux deux états propres
Ĥspin .
◦ On a des coordonnées canoniques (q, p) S 2 est
sur la sphère montrant que la sphère
un espace de phase classique pour la dynamique du vecteur classique ~
s(t) (θ, ϕ sont
les coordonnées sphériques) :
q = cos θ
p = s.ϕ
dq ∂Hspin
=
dt ∂p
dp ∂Hspin
=−
dt ∂q
@@TD : Décrire la trajectoire du neutron de spin 1/2 dans champ magnétique in-homogène.
Exp. de Stern-Gerlach
L'interaction du spin des particules avec un champ magnétique décrite ci-dessus, est
très utilisée pour faire de l'imagerie dans beaucoup de domaines (physique des matériaux,
biologie, médecine,...). Ces techniques d'imagerie se sont très developpées ces dernières
années et sont en particulier un outil formidable en médecine pour l'étude des tissus vivants,
et a révolutionné le domaine (voir par exemple une carte précise interactive du cerveau
[Link]
200 CHAPITRE 4. PARTICULE DE SPIN 1/2
Ces techniques sont basée sur l'interaction d'un champ magnétique appelé sonde avec
les spins des noyaux nucléaires du milieu étudié.
2. A un moment donné, et sur une courte durée (pulse de quelques µs.), le champ
magnétique appliqué est de la forme :
Bz
s(t)
x
Ce pulse a donc pour eet d'inverser les populations N+ , N− . Il faudra ensuite
un certain temps, appelé temps de relaxation T2 (' 1s), pour que les populations
retrouvent leur valeurs d'équilibre selon z. Durant tout ce temps, les spins ( +1/2
ou −1/2) qui sont ainsi rentrés en résonance ont émit un champ magnétique
induit qui est détecté collectivement. Le signal temporel ainsi détecté, appelé Free
Induction Decay (FID), constitue l'information de base sur l'échantillon.
ω1 ' ω . Or ω = gµ
(a) Il y a un signal, si il y a résonance. Il faut
~
B dépend de g ,
B , qui dépendent du noyau. Par exemple g = 2.016pour un spin 1/2 de F e3+
dans le composé M gO . La valeur de B = B0 (1 − s) ressentie par le noyau est
la valeur B0 modiée légèrement par l'environement électronique du noyau (les
−6
électrons créent un champ magnétique induit, appelé diamagnétique). s ' 10 .
Cet eet s'appelle le déplacement chimique.
(b) Il y a une faible interaction entre les spins de noyaux nucléaires voisins, qui
dépend de la conguration de la molécule dans laquelle se trouve le noyau.
Ces interaction, se traduisent par des décalages de fréquences ω , ou des multiplets
dans le cas de noyau indentiques comme dans CH4 .
(c) Le temps de relaxation T2 dépend beaucoup du matériau. C'est essen-
tiellement ce signal qui est utilisé en imagerie.