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PRELIMINAIRE
Localisation
Source : Couverture (dos du livre) de Mythes, rites et transes à Madagascar, de JAOVELODZAO (Robert)
I
Historique
Nous présentons ici un bref aperçu historique des Betsimisaraka (une
ethnie de la côte orientale de Madagascar) et de la région qu’elle occupe, aperçu
historique auquel se rapporte en grande partie l’aspect socioculturel ou
traditionnel des contes constituant notre corpus. Les Betsimisaraka se répandent
dans la partie orientale de Madagascar, dans la province de Toamasina : de
Mahanoro au Sud jusqu’à Sambava au Nord 1 . Même s’il existe deux catégories de
Betsimisaraka (Antatsimo ceux du Sud, situés de Brickaville à Mahanoro et
Antavaratra ceux du Nord, de FénériveEst à Sambava), ils sont « désignés sous
le nom tribal de Betsimisaraka » 2 .
Le nom de Betsimisaraka peut être divisé comme suit > betsy(i)misaraka
Généralement, il est composé de :
be : un adjectif qui signifie immense, grand ;
tsy : l’adverbe ne … pas, et ;
misaraka : qui veut dire se séparer.
L’assemblage de ces trois éléments donne le mot Betsimisaraka qui
signifie « les nombreux qui ne se séparent pas, qui restent toujours ensemble
dans la vie quotidienne ». 3 D’après l’histoire 4 , cette région est l’une des premières
régions habitées de Madagascar, à une période, pendant laquelle l’écriture
n’existait pas encore. L’oral était le moyen de communication et d’éducation.
Jusqu’à ce jour, malgré la présence de l’écriture, l’oralité domine toujours
et garde son importance dans la société betsimisaraka que ce soit dans la vie
quotidienne ou dans les grandes occasions ou cérémonies.
1
Eugène Régis MANGALAZA, Vie et Mort chez les Betsimisaraka , essai anthropologique, p.11.
2
Salomon RAHATOKA, Pensée religieuse et rituels Betsimisaraka , in Ny Razana tsy mba maty, Cultures
traditionnelles Malgaches, Université de Nice, Association malgache d’archéologie, p.35.
3
Fulgence FANONY, Etudes de littérature orale Betsimisaraka du Nord, Thèse de Doctorat, inédit, p.12.
4
Edouard RALAIMIHOATRA, Histoire de Madagascar, des origines à la fin du 19 e siècle, 1955, p.37.
7
INTRODUCTION
La richesse de la culture malgache demeure essentiellement dans l’orature 5 .
Dans l’ensemble du pays (Madagascar), la population a maintenu l’oral dans la vie
quotidienne, surtout à la campagne. Le retard de l’introduction de l’écriture, c’està
dire, de l’enseignement à l’école, est l’une des raisons de la résistance de l’orature
dans les sociétés malgaches.
Les cérémonies traditionnelles telles que la circoncision famorana, le mariage
fanambadiana, les voeux tsikafara,… perpétuent l’orature dans la tradition sociale ;
chacune de ces cérémonies issues de la société ellemême respecte la tradition selon
les ethnies et leur évolution. Malgré la modernisation et l’imitation (ou les interférences
culturelles), la plupart des traditions ancestrales se maintiennent surtout dans
certaines régions pour honorer et respecter les ancêtres. Ce respect de la tradition
demeure toujours un acte sérieux et important pour un Malgache. Toute sa vie, il se
doit de célébrer ses ancêtres (retournement des morts, changer le lamba, prendre soin
de ceux qui sont encore vivants,…).
Chaque cérémonie a son déroulement propre. La plupart des rituels demeurent
oraux car les discours cérémoniels sont gravés dans la tête des orants (les sages de
la famille, de la société) qui prennent la parole. Seuls les papiers administratifs
autorisant certaines pratiques sont accouchés sur papiers.
L’individu grandissant acquiert des expériences au fur et à mesure qu’il assiste
à des cérémonies traditionnelles ; il entend les discours y afférents. Une personne
intéressée enrichit facilement son savoir. Les jeunes apprennent à parler dans
certaines circonstances. Ils posent des questions pour éviter des impairs lorsqu’ils
s’adressent à des plus âgés, à des cadets, à des égaux. Voici un exemple qui illustre la
longueur de la salutation traditionnelle qui est toujours utilisée et respectée ; cette
formule permet aux jeunes de démontrer leur bonne éducation :
5
Littérature orale
8
« Manakôry aby e ? Commentallez vous ?
Mböla tsara. Manakôry aby anare ? Nous allons bien. Comment allezvous ?
E ! ‘Zahay tô mböla tsara. Manakôry aby E ! Nous allons bien ici. Comment va
anare añy ? tout le monde, làbas ?
Tsaratsara fô. ‘Nan’are dahôlo. Nous nous portons comme charmes. Et
vous , comment vous portezvous ? Que
Tahian’Andriamanitra.
Dieu nous garde !
Tahian’Andriamanitra. Bien. Que Dieu vous garde.
Manakôry aby ny fahasalaman’ry göño ? Comment vont les enfants ?
E ! ‘Zare akao salama tsara anoinoin E ! Ils sont tous bien portants tout en ne
tsery. pouvant pas éviter la grippe !
Ano maivaña. Iry kakovavy, kakolahy ? Qu’ils aillent bien. Et les grands
… parents ?
Ehë e ! Mbola tsara ösaösan’ny Eh ! Ils vont bien en dépit du poids de
fahantëraña aka ! l’âge.
E ! samy tahian’Andriamanitra. Que Dieu nous bénisse tous !
Ary kabaron’are akeo fö hita maso Quelle nouvelle apportezvous en nous
mitsidiky ? visitant ?
E ! Kabaronay tô tsisy raha fôntry fö De nouvelle, nous n’en avons pas mais
andëha hamangy zare avarabaratra arö. Asa nous allons rendre visite à ceux qui sont au
raha manaköry ‘zare ‘kao zay ? Nord car nous sommes préoccupés de leur
‘ Zare akao salama tsara tahinjañahary. santé.
Ano mahivaña. Ils vont très bien avec l’aide du Créateur.
… » Que tout le monde se porte à merveille !
… »
Un moins âgé prend la parole lors de l’absence des aînés ou « Ray aman
dreny » pour assurer le bon déroulement des cérémonies : reconnaissances, vœux,
naissance, mariage, … pour faire face à ses responsabilités. Chaque individu a intérêt
à savoir parler à chacun selon son rang et son statut. Ainsi, on commence dès son
jeune âge à se montrer en public pour pouvoir affronter les situations au moment de
l’absence des aînés.
depuis des années, dans les villes et aussi dans certaines campagnes. La plupart des
gens s’intéressent plus aux travaux de la vie quotidienne qu’aux divertissements qui
les aident à sortir des routines. La tradition ancestrale consistant à animer tout un
village, une famille, des enfants,… en dehors des travaux champêtres, a perdu petit à
petit son importance. Les légendes suivent aussi cette mauvaise pente, elles ne sont
plus racontées durant les veillées funèbres, les travaux de champs,…. Autrefois, le
soir, lors des veillées, les ancêtres malgaches se réunissaient pour participer à des
devinettes et écouter des contes. De nos jours, très rares sont les villes et familles qui
respectent encore cette tradition de réciter des contes le soir même d’une manière
occasionnelle. Les contes pourraientils encore reprendre vie un jour dans la société et
être considérés par chacun de ses membres comme une tradition à ressusciter ?
Quoi qu’il en soit, les contes appartiennent au genre littéraire le plus populaire.
C’est une forme convenable de la littérature qui fonctionne selon les règles de
l’apprentissage culturel de la communauté.
En vue de connaître et d’approfondir la culture malgache, il est nécessaire
d’analyser les contes. Ce plongeon dans les contes permet d’élargir les connaissances
sur la façon de vivre de différentes ethnies, sur leur univers culturel. Ainsi, l’éducation
tout en se répandant transmet des savoirs, ou aide tout simplement les jeunes à
acquérir l’art de réciter les contes.
Les contes appartiennent au genre littéraire oral même s’ils se trouvent
consignés dans des livres. Ainsi, l’orature persistant surtout dans des endroits ruraux
maintient le genre conte dans le registre du récit vivant. Le conte a autant de
variantes que de récitants même si, actuellement, des chercheurs recueillent,
traduisent et publient des contes. Ces derniers demeurent pour nous dans la
« littérature orale » à l’instar de ceux de notre corpus.
En malgache, « conte » se traduit par « angano » alors que, ce terme englobe
mythe, légende et conte. Dans sa forme littéraire, les contes tendent à se confondre
avec d’autres genres narratifs brefs comme la nouvelle et la fable. Dans le cadre de
notre travail, nous portons notre centre d’intérêt sur l’acception générale du terme en
tant que court récit du monde imaginaire ; le conte assume une double fonction :
10
divertissement pour les enfants, source de réflexion pour les adultes. Les contes nous
font rêver, nous dépaysent et nous ouvrent le monde des merveilles, les événements
fictifs et les faits plus ou moins vraisemblables qui les emplissent. Il en résulte que
l’imaginaire et la fiction sont d’une importance particulière dans ce genre de récit. En
d’autres termes, l’irréalité renvoie, de façon implicite, à la vie sociale, aux normes de la
société, ou à l’idéal social. Et c’est dans cette perspective que se justifie le choix de
notre thème de recherche « la ruse » dans les contes Betsimisaraka.
La plupart du temps, nous considérons la ruse 6 comme un défaut. Toutefois,
nous constatons qu’avec la ruse, nous n’agissons pas toujours négativement. Dans
notre corpus, nous relèverons des types de ruse qui sont indissociables de ces récits
pour leur bon déroulement. Ikotofetsy et Imahakà sont les deux personnages les plus
connus des contes malgaches illustrant la ruse. Cette célébrité provient du fait que
plusieurs personnes ont mené des études sur ce même conte entré dans le
programme scolaire. Pourtant, il n’est pas le seul conte malgache qui porte son centre
d’intérêt sur la ruse. Dans les contes Betsimisaraka de notre corpus, la ruse a une
grande importance pour la valeur morale, pour chaque individu.
Donnant vie à la plupart des récits de contes, elle les structure selon l’ordre
hiérarchique suivant : il y a toujours un trompeur ou un méchant cherchant à terrasser
le plus faible ou le plus petit. Ce procédé est utilisé par le héros ou le fauxhéros pour
arriver à leurs fins. Nous utilisons une méthode qui tout en traitant le conte comme un
texte structuré tienne compte de son aspect de texte oral. Mais il n’y a pas de méthode
unique et définitive car plusieurs voies d’approches sont explorées en même temps car
le but n’est pas d’étudier un texte pour luimême d’une manière isolée mais de
comprendre ce qu’il révèle pour la société. Ainsi, notre travail s’articule comme suit :
d’une part, l’étude du fonctionnement du récit fera l’objet de la première partie de notre
développement, et de l’autre, l’analyse de la ruse constituera la seconde. La mise en
évidence de l’essence de la ruse et de son expression dans les contes founira la
troisième partie de notre travail.
6
La définition de ce terme va être précisée plus loin.
11
CORPUS
Nous tenons à souligner que les contes formant notre corpus ont été renvoyés
en annexe de ce travail pour une question de commodité. Les textes des huit contes
tirés des recueils de Fulgence Fanony que nous avons sélectionnés pour notre
mémoire sont seulement évoqués ici avec leur titre :
Ø L’OiseauGrandTison et Contes des Betsimisaraka du Nord et
Ø Le Tambour de l’Ogre et autres Contes des Betsimisaraka du Nord
Bingindrakakabe, Le Tambour de l’Ogre (Angano 30) ; cf. annexe I, p.108 ;
Mandriangödra, CouchedanslaFange (Angano 32) ; cf. annexe II, p.118 ;
Zanak’i Randriambe sy ny voangy, La fille de Randriambe et le citron (Angano
27) ; cf. annexe VI, p.154 ;
Lebokahely, PetitLépreux (Angano 9) ; cf. annexe VII, p.175 ;
Ces contes font l’objet de l’annexe de ce travail.
Le cadre théorique 7
PREMIERE PARTIE : LE CADRE THEORIQUE
1.Littérature orale
1.1.Brève approche de la littérature orale
Le terme « littérature orale » s’est formé principalement par l’existence de
l’écriture. Bien que l’oral soit la fondation de toute littérature, l’oralité n’était pas encore
incluse dans la « littérature » proprement dite. Nous constatons jusqu’à maintenant que
parler de littérature donne référence en premier lieu à l’écriture. En lisant tant
d’ouvrages littéraires, la plupart parle de la littérature écrite et de toute son histoire
sans préciser qu’elle existe grâce à l’oralité. Bien sûr que la civilisation de l’écriture
s’est manifestée oralement, verbalement entre deux individus au moins. N’oublions
pas qu’à l’apparition du terme « littérature » toute forme orale en était inconsciemment
ignorée.
« … les signes du langage humain sont en priorité vocaux, […] pendant des
centaines de milliers d’années, ces signes ont été exclusivement vocaux, et […]
aujourd’hui encore les êtres humains en majorité savent parler sans savoir lire.
On apprend à parler avant d’apprendre à lire : La lecture vient doubler la parole,
jamais l’inverse… » 7 .
La littérature orale concerne les textes anciens ou considérés anciens : contes,
proverbes, mythes,…. Elle est désignée plutôt par littérature traditionnelle Chaque
texte représente une culture, reste d’actualité, toujours vivant. Malgré cette spécificité,
la littérature orale « se caractérise par son instabilité, dans la mesure où elle n’est pas fixée
par l’écriture mécanique. 8 » Un conteur change souvent la succession structurale d’un
récit sans pour autant en trouver une explication. Quelques éléments : matériels,
moyens de transport,… changent dans le récit selon la société cible, l’époque,
7
A. MARTINET, Eléments de linguistiques général, p.11, in note de Lucien Xavier MICHEL
ANDRIANARAHINJAKA, Le système littéraire betsileo, Fianarantsoa, Ambozontany, 1987.
8
Emmanuel SOUNDJOCK, Introduction à la littérature orale in Herméneutique de la littérature orale, Colloque
de Yaoundé – Mvolyé, 24 septembre 1975, Collège Libermann, Douala, 1976, p.6.
Le cadre théorique 8
l’évolution de la technologie. « C’est donc une littérature qui accompagne le peuple dans
toute son histoire. » 9
Toutefois, la littérature orale ne s’écarte pas de la définition de la littérature en
général : c’est une tentative de réponse à la question « sur le sens de l’existence de
l’homme, sur l’origine et la destination de la vie humaine ». 10 Elle initie chaque individu de la
société jeune ou adulte.
Le corpus renferme diverses initiations adaptées à tout âge. Il fait découvrir le
mode de vie de différentes catégories de personnes appartenant à différentes
catégories sociales, le comportement des individus de classes sociales différentes ou
identiques.
1.2.Littérature ancienne et vivante
La littérature orale désigne un genre très vaste et diversifié dont les devinettes,
les proverbes, les fables, les maximes, les dictons et les contes. Ces genres de la
littérature étant universels occupent encore une place importante dans la vie sociale.
Ils se complètent la plupart du temps, comme : « Les proverbes sont bien souvent
9
Idem, p.13.
10
Ibid, p.5.
Le cadre théorique 9
l’essence d’un conte et le conte est souvent l’illustration d’un proverbe. » 11 . Le conte intitulé
« Le jeune orphelin haï par ses frères » 12 se conclut par un proverbe : « Que celui qui est laid
ne se décourage point ; que celui qui est beau ne soit point orgueilleux » 13 . Selon Geneviève
CalameGriaule, « dans les soirées Dogon, où l’on raconte une histoire, on doit toujours
commencer par un échange de devinettes, les contes et les fables viennent ensuite. 14 » Le
même cas se remarque aussi à Madagascar.
Actuellement, la littérature orale apparaît sous forme écrite mais elle se confine
dans l’oralité comme les sociétés malgaches. Nous pouvons constater qu’Ecrire et
Parler sont un phénomène naturel et pourtant, l’écriture proprement dite n’est apparue
que bien tard après l’oralité.
L’écriture doublait l’oral plus tard alors que les hommes se communiquaient
déjà avec la parole, des gestes, des sculptures, des codes, … L’évolution d’une
personne suit la même progression : la parole vient avant l’écriture. Les enfants
envoyés à l’école apprennent principalement à écrire. La littérature écrite s’inspire dans
les récits en vers ou en prose de la littérature orale.
Malgré son ancienneté, la littérature orale s’est toujours maintenue dans la
société qui la conserve intacte selon la mode dont la tradition s’est transmise. C’est
ainsi que l’oralité apparaît souvent dans des cérémonies traditionnelles : le jôro 15 lors
d’un mariage à Madagascar par exemple. Même si le mariage religieux prend de
l’importance de nos jours, l’ancestral domine toujours : ce qui atteste la bonne
conservation de la tradition orale dans la société. A titre d’illustration, les devinettes et
les contes requièrent un moment précis, le soir au crépuscule ou pendant les veillées
funèbres, … pour être cités. Ceci est encore le cas de nos jours.
11
www.contesafricains.com
12
Fulgence FANONY, Etudes de littérature orale Betsimisaraka du Nord, Thèse de Doctorat, inédit.
13
Idem
14
CALAMEGRIAULE, in http://www.tagnet.org
15
Invocation
Le cadre théorique 10
suit le changement de génération en génération tout en sauvegardant son essence.
Nous pouvons constater cette mutation aussi bien dans le récit (avec le vocabulaire
employé, l’événement, la période, …) que dans l’énonciation (à la radio, à l’école, …).
En tout cas, concomitamment à l’existence de l’écriture, l’oral est toujours utilisé.
Selon Jean Cauvin 16 , la société orale est un « groupe humain qui, même s’il connaît
l’écriture, fonde la plus grande partie de ses échanges de messages sur la parole. » La parole
est plus intelligible que l’écrit car elle s’adresse directement aux gens tout en
s’accompagnant de geste, de l’intonation… du narrateur (selon le déroulement de
l’histoire et sa compréhension du récit). L’interlocuteur peut, parfois, détourner le sens
initial du message. Dans ce cas, le message transmis n’est pas arrivé à bon port. Pour
Jean Cauvin 17 , « une société orale a lié son être profond, sa mémoire, son savoir, ses
conduites valorisées, son histoire, sa spécificité à la forme orale de communication. C’està
dire qu’il n’y a pas seulement un échange de messages dans l’instant actuel, mais il y a aussi
un échange entre le passé et le présent avec ce qui fait que telle société dure à travers le
temps parmi d’autres sociétés. » Cette assertion nous confirme qu’une société orale
conserve la parole tout en vivant le temps présent. Le maintien du lien avec le passé
constitue une des fonctions principales de la parole. Ce cordon ombilical préserve
toute la tradition dont l’oralité.
La société apprend à ses membres à quel moment parler et à quel moment se
taire. Chaque ethnie, village, pays possède donc ses interdits et son fonctionnement
que d’autres ignorent. « Le silence est perçu comme menaçant […] où l’ensemble de la vie
sociale est médiatisée par le langage, et où le pouvoir repose en grande partie sur le don de la
16
Jean CAUVIN, in http://users.cotu.fi de Jaana KILPENäho et Emilia MELASUO
17
Jean CAUVIN, in http://www.cyberportail.com
Le cadre théorique 11
parole » 18 chez les peuples volubiles et ceci contrairement aux « peuples faiblement
communicatifs » 19 qui valorisent le silence.
Pourtant les sociétés orales malgaches et africaines se trouvent au croisement
de ces deux cultures car « le crédit qu’elles concèdent au silence et au secret résulte en
partie de la nécessité de se prémunir contre cet aspect négatif du verbe. » 20
Toutefois, en présence de cette oralité, l’écrit garde un rapport plus ou moins
étroit avec les sociétés. Avec l’histoire de la marche des sociétés humaines, les
religions révélées et les explorateurs occidentaux, les colonisations ont colloporté en
Afrique dès le VIIIe siècle l’écriture. 21
Sources et propagations des contes
Les récits des contes sont basés sur des faits réels de la vie de tous les jours
de la société dans laquelle nous sommes plongés et dont nous ne pouvons nous
détacher. Ces récits décrivent la couleur, l’atmosphère sociale et son environnement.
Basés sur le divertissement, ils utilisent la pédagogie et la psychologie ; leur inspiration
est puisée dans la vie sociale. En d’autres termes, les récits des contes ont trait à la vie
de l’humanité.
Le conte est un court récit qui transmet de génération en génération, pour un
peuple ou une tribu, la sagesse des ancêtres, sa tradition, ses croyances et qui révèle
l’origine des choses. Il nous apprend la vie, à distinguer le bien du mal, et nous aide à
choisir. C’est une étude du passé qui explique le présent et qui donne des conseils
pour le futur. Les contes existent déjà dès avant JésusChrist. Il en existe plusieurs
types (merveilleux ou fantastique) mais ils ont tous pourtant le même objectif. Ils ont
aussi leurs diverses époques d’invention, c’est pourquoi nous rencontrons des contes
d’une période royale, du temps de la colonisation, de notre temps.
L’âge des contes est indéterminé. Ils sont tellement anciens qu’il est
impossible de savoir où et quand les premiers contes ont été racontés. Alors, des
18
Catherine KERBRATORECCHIONI, Interactions verbales, Tome III, in http://www.cyberportail.com
19
Idem
20
Geneviève CALAMEGRIAULE, Le conteur traditionnel, in La Revue du livre pour enfants n°181/182.
21
http://www.contesafricains.com
Le cadre théorique 12
questions se posent : Qui est le premier à en avoir inventé et dans quel coin du
monde ? Quel public écoutait ? Pourquoi devientil universel ? Comment et dans
quelles circonstances les racontaiton ? Comment ontil traversé les siècles pour être
encore présent de nos jours ? Ces questions demeurent et demeureront toujours sans
réponses car, selon le lieu, la société, la tradition et le conteur, les contes subissent
des changements dans le récit, dans le nom du personnage,…, tout en gardant les
mêmes contenus historiques. Mais l’origine de quelques contes est connue de la
société parce qu’ils sont tirés d’un fait réel, de l’histoire d’une personne, d’un objet
quelconque de cette société. L’exemple de Rapeto dont la gravure de pied gauche est
toujours présente dans la région Sud de Tamatave, à Andovok’Imbola à Marolambo,
le droit à Nosy Varika, amène à le croire. Même histoire pour les descendants de
Zafindrabay 22 à Maroantsetra. Jusqu’à maintenant, ils imitent leurs traditions de
reprendre leurs instruments de guerre, composés d’un « tandrokaka » 23 et un « bingy
tapaka » 24 quand il y a revendication publique. Ces instruments leur ont servi lors de
leur vengeance envers les habitants de Maroantsetra qui ont assassiné leur fils. Ces
habitants vaincus ont quitté le lieu à la merci de ceux de Zafindrabay.
Toutefois, l’origine des contes populaires reste un mystère. Leurs thèmes
répandus dans le monde entier posent une énigme. Seulement, les contes font partie
des produits spontanés de l’imagination populaire comme les proverbes, les devinettes
et les chansons. Ils pourraient aussi être issus des mythes en empruntant leur façon de
représenter le monde, tout comme les mythe pourraient être issus des contes.
Les contes ne restent pas dans une même société ou dans un même pays. Ils
se répandent de partout où le vent les emporte en subissant quelques transformations.
« […], De même que tous les fleuves vont à la mer, tous les problèmes de l’étude des
contes doivent finalement aboutir à la solution de ce problème essentiel qui reste
toujours posé, celui de la similitude des contes du monde entier. Comment expliquer
que l’histoire de la reinegrenouille en Russie, en Allemagne, en France, en Inde, chez
22
Descendants de Rabay. Rabay est le nom de leur aïeul, Ray amandreny de tribu à Mandritsara (dans le province
de Majunga) d’antan.
23
Cornes de zébu
24
Demi tambour
Le cadre théorique 13
les Indiens d’Amérique et en NouvelleZélande se ressemble, alors qu’aucun contact
entre les peuples ne peut être prouvé historiquement ? »25
Le contenu, le message d’un conte sont identiques même si le déroulement du
récit ou la façon de le réciter subit une ou des modifications avec des ajouts ou
omissions de quelques éléments.
Les contes se répandent dans le monde comme le vent souffle juste pour le
plaisir du divertissement et surtout pour le respect de la tradition. Ils semblent voyager
où le vent les pousse emportés par les voyageurs (les hommes) dans leur
pérégrinations, leurs transhumances tout en jouant un rôle très important dans la vie
de l’humanité. Prenons l’exemple de l’histoire d’Ibonia dont chaque région de
Madagascar possède sa version avec quelques variantes ou aussi celle de la fille qui
refusait tous ses prétendants, et finissait par épouser un monstre (genette) dans La fille
difficile 26 . Une région pourtant possède la version complète de chaque conte comme la
région du Sud pour Ibonia. Ils sont surtout récités selon la tradition ancestrale pour la
pédagogie.
En Europe, les contes sont un amusement populaire comme les proverbes, les
devinettes et les chansons. Il s’agit ici des contes populaires oraux et non des contes
littéraires comme ceux de Voltaire, de Balzac,…. C’estàdire ceux qui se rapprochent
le plus des contes africains.
Les contes populaires français, par exemple, sont un divertissement : « c’est
un moment agréable et une façon ludique de passer le temps ». La propagation des
contes dans la société française depuis le règne de Louis XIV en France, a enrichi tant
les contes euxmêmes que la culture. Cela ne veut pourtant pas dire que la société
française ne connaissait pas les contes avant Louis XIV ; elle en disposait, mais les
contes étaient récités d’une façon ancestrale, en famille et non sur scène par des
experts en littérature. Malgré cela, les bonnes habitudes (réciter en public, en groupe
pour l’amusement et la distraction) ont disparu petit à petit de la société française à
25
Vladimir PROPP, Morphologie du conte, Paris, Seuil, 1965 et 1970, p.27.
26
Fulgence FANONY, L’Oiseau GrandTison et autres contes des Betsimisaraka du Nord (Madagascar),
Littérature malgache,Tome 1, Angano 4, p.57.
Le cadre théorique 14
partir de la moitié du XVIII ème siècle 27 . On assiste cependant à leur renaissance depuis
quelques décennies dans la plupart des régions.
Par contre après le XVIII ème siècle, les contes de fées connaîssent une
évolution majeure en Europe, où les frères Grimm prennent le relais de Perrault en
publiant leurs Contes 28 en 1812. Les écrivains recueillent ou inventent en se référant
aux contes traditionnels de la société ; certains apportent des modifications qui
enrichissent encore ce genre littéraire.
Les contes sont arrivés dans la GrandeIle grâce aux voyageurs, venus des
autres continents (Afrique, Inde, Indonésie, Australie,…). C’est pourquoi des variantes
d’un même conte se rencontrent dans des ethnies différentes et même dans d’autres
pays. Les contes malgaches, y compris ceux des Betsimisaraka, ne sont pas très
éloignés des contes africains. Ils ont les mêmes buts et les mêmes rôles. De même
avant de raconter, on commence dans les deux cas par des devinettes.
Les contes relèvent de la culture et de la tradition ancestrale. Par exemple en
Afrique, depuis longtemps, selon les recherches menées jusqu’ici, réciter un conte
demande une mise en scène. On ne récite qu’au moment opportun. Grâce à la
brièveté des contes : la transmission et la compréhension demeurent faciles surtout
avec les éléments qui le composent (chant,…). Par contre, les romans composés de
détails entraînent parfois les auditeurs ou lecteurs, surtout les plus jeunes, hors de la
réalité historique ; ceuxci risquent de masquer le message du récit.
La littérature orale se distingue de l’oral de tous les jours. L’oralité est une
manière de penser et de communiquer. Ainsi, elle apparaît sous plusieurs catégories
qui renferment presque les mêmes objectifs dans la société.
1.3.Catégorie et typologie
La littérature orale désigne un genre très vaste et diversifié. Il regroupe les
mythes, les contes, les légendes, les devinettes, les proverbes, les maximes, les
fables,…. Les récits des contes, des légendes, des mythes et des fables, qui sont des
27
www.plaisirdelire.net
28
Grimm, Contes choisis par les Grimm, traduits de l’allemand par Frédéric BAUDRY, Hachette, 1875.
Le cadre théorique 15
récits structurés, se rapprochent même s’ils sont différents les uns des autres. Ils sont
soumis à des règles.
Dans le dictionnaire Larousse 29 , le mythe est définit comme :
« Un récit d’origine populaire et exprimant d’une manière allégorique, ou sous
les traits d’un personnage historique déformé par l’imagination collective, un
grand phénomène naturel ».
En un mot, le mythe véhicule l’histoire d’une personne célèbre d’une tribu,
d’une société ou d’un pays, transformée en une histoire inventée par le peuple ou tout
simplement une image de la société. Il recèle une explication du monde, d’une
personne célèbre,… dont la plus grande partie est basée sur la croyance. Le mythe
Ibonia 30 par exemple est une compréhension du monde.
La légende est un « récit à caractère merveilleux, où les faits historiques sont
transformés par l’imagination populaire ou par l’invention poétique » 32 . Elle « … se conclut
généralement en expliquant l’origine de quelque trait plus ou moins important de la société :
croyance, coutume, origine des fady 33 ou des interdits, règles de mariage, genèse d’un culte,
ou cause de sa disparition, bienfondé d’une expression courante, ou explication ingénieuse
des mœurs des animaux. »
29
Larousse, Paris, 1977.
30
Le mythe d’Ibonia, Angano Malagasy, Contes de Madagascar, Présentation de François NOIRET, Foi et Justice,
Antananarivo, 1993.
31
Contes Masikoro, Tsimamanga et autres contes malgaches en dialecte Masikoro, textes recueillis et transcrits par
F.Q. ANDRIANIRINARIVO, C. MANDIHITSY, A. ODON, C. et M.C. PAES et VELONANDRO, Foi et Justice,
Antananarivo, Juin 1995.
32
Le Petit LAROUSSE Illustré, 2005, 100 e Edition, Larousse, Paris, 2004.
33
Tabous
Le cadre théorique 16
Bien que les contes, qui sont l’objet de notre recherche aient une relation
étroite avec les mythes et les légendes, ils s’en distinguent. Les contes sont un « Récit,
assez court, d’aventures imaginaires » 34 , c’estàdire une petite histoire qui fait voyager
par l’imagination d’un monde réel vers un monde irréel, un monde fictif. Ils se
différencient des légendes et des mythes parce qu’ils ne sont pas situés dans la réalité.
Les fables leur sont très voisines seulement elles sontt en vers alors que les contes
sont en proses.
Les contes renferment plusieurs types 35 dont les plus courants se fondent sur
le contenu et les modalités du récit, notamment les personnages :
les contes d’animaux : Les personnages sont des animaux doués de parole à
comportement humain. Ils sont aussi caractérisés par leur enchaînement. Le même
personnage se retrouve dans différents contes tout en gardant les mêmes aventures.
L’ensemble de ces contes forme un cycle.
Exemple : Le chien est le sauveur ou le gardien de l’homme. La souris et la
fösa genette (à Madagascar) sont toujours petites et rusées, le renard (en Europe) est
très rusé aussi,…. Nous pouvons en tirer comme conclusion que les animaux
rencontrés dans les récits changent selon les régions tout en gardant la même trame :
le plus faible est forcément le plus doué contre un plus fort, stupide et crédule.
les contes facétieux sont des contes pour rire. La moquerie y tient une grande
place : ces contes montrent la niaiserie et la sottise des personnages qui les
conduisent dans une impasse d’où ils ne peuvent plus se tirer. Le récit « amaloño
azon’ampañilo » 36 peut l’illustrer. Sans recourir aux exemples des animaux, le
« jalôko », un homme qui suit une femme dans son village, ou « jaombilo », un jeune
homme entretenu par une femme plus âgée que lui (gigolo).
les contes merveilleux tiennent une grande place dans la littérature orale car
le surnaturel y fait surface. Les héros sortent toujours triomphants de leurs aventures
grâce à des aides magiques de vieilles sorcières, d’animaux, d’objets magiques.
34
Le Pluri Dictionnaire Larousse, 1977.
35
Jean, CAUVIN, Le Conte, Collection Comprendre, Tournai, Castermann, 1981.
36
Une anguille attrapée par un pêcheur
Le cadre théorique 17
les anecdotes : en malgache, ils apparaissent comme le ziva ou parenté à
plaisanterie. Les mpiziva se comportent en personnages et se connaissent. L’un
adresse la parole avec tant de méchanceté à l’autre, celuici répond avec des blagues
sans se mettre en colère mais se contente de répliquer à son ziva ou répond à l’autre
par des rires parce que c’est la sagesse de l’un et de l’autre qui s’y joue. En voici
quelques exemples de mpiziva parents à plaisanterie à Madagascar :
les Antemoro pour les Betsimisaraka
les Betsileo pour les Antesaka
les Sihanaka pour les Betsimisaraka
les Antemoro pour les Antakaraña.
les contes étiologiques sont notamment tournés vers l’explication de l’origine
des particularités des animaux et des plantes (formes, cris, couleurs, etc.). Prenons à
titre d’illustration l’origine du cri du milan :
« Filokokoho ! filokokoho ! »
« Mon aiguille la poule ! mon aiguille la poule ! ».
La poule lui a emprunté son aiguille mais elle l’a perdue sans la retrouver.
Jusqu’à maintenant la poule cherche toujours l’aiguille du milan, c’est pourquoi elle et
ses descendants fouillent partout où ils vont pour retrouver l’aiguille. Tandis que le
milan réclame toujours son aiguille et crie :
« Filikokoho ! » « Mon aiguille ! » à la poule !
Avec toutes ses typologies, les contes comportent ses propres particularités
tant au niveau de la narration qu’au niveau du déroulement du récit.
2.Particularité des contes
Les contes sont universels. Leur origine et même leur point de départ
demeurent incertaines jusqu’à présent. Leur universalité se caractérise par le choix
dans une société de la fin de la journée pour débiter des contes pratiquement le soir
quand tous les membres de la famille sont réunis. Comme les hommes voyagent, les
contes les suivent tout en restant là où ils ont été inventés.
Le cadre théorique 18
Ensuite, l’interrelation des peuples universalise le genre conte parce que les
différents conteurs maintiennent le fond de l’histoire tout en mettant à profit leur talent.
Ce fait explique les différentes variantes d’un conte rencontrées dans différents
ethnies, régions, pays,…
Toutefois, ces changements d’éléments ne modifient pas la narrativité des
contes qui respecte une règle bien déterminée : la narration se fait toujours au passé
avec un texte accessible à tous. En général, un récit de conte est divisé en trois parties
bien distinctes :
la formule introductive : le conteur doit préparer les auditeurs à pénétrer
dans l’univers du conte. Cette formule oriente les auditeurs vers le monde imaginaire
qui les libère de toutes leurs occupations journalières. La plus connue est « Il était une
fois,… » « Nisy ‘zany, hono,… ». La formule introductive établit une relation entre le
conteur et l’auditoire. Elle change l’environnement imaginaire de l’auditeur pour
l’introduire dans le monde du récit qui va suivre. Déjà, le verbe conjugué au passé aide
le public à se situer dans le temps même si la date et le lieu ne sont pas précis.
L’auditoire et le conteur se trouvent alors dans le passé, dans l’univers des contes,
dans la fiction. Il y a donc télétransportation du réel vers l’imaginaire à travers le
conteur.
Avec le prologue, la formule introductive résume brièvement les informations
nécessaires à la compréhension de l’action et présente le ou les principaux
personnages et les éléments essentiels pour le déroulement du récit qui sont
nécessaires pour l’action future.
Mandriangödra CouchedanslaFange37
débute par un portrait du héros nanti
de sa force divine en prévoyant le futur et montre le caractère compréhensif
(l’indulgence) du héros. La période prénatale du héros est évoquée, suivie de sa
naissance, de sa croissance jusqu’à l’arrivée de sa bellemère cruelle et impitoyable,
qui provoque la fuite, le voyage de Laza Gloire. Son bonheur primitif est ainsi brisé par
la jalousie qui l’incite à s’enfuir et à retrouver le bonheur ailleurs. De même, dans
37
Voir Annexe 6, p.154.
Le cadre théorique 19
Lebokahely PetitLépreux 38 , le même thème apparaît mais d’une autre manière :
essayer de sortir de la pauvreté, Lebokahely PetitLépreux tente sa chance auprès de
la jeune fille de Randriambe GrandSeigneur. L’introduction présente Lebokahely,
Randriambe et sa fille, Faravavihely PetiteBenjamine ; cette dernière refuse tous ceux
qui viennent la demander en mariage, ce qui conduit Lebokahely PetitLépreux à ne
pas la courtiser directement mais il se rabaisse au pauvre travail de gardien de porcs :
il donne la nourriture aux cochons de Randriambe pour pouvoir ensuite s’approcher de
plus en plus de Faravavihely PetiteBenjamine jusqu’à ce qu’elle l’accepte : « Et après
un certain temps, il a commencé à tourner du côté de chez la fille de Randriambe
GrandSeigneur. Il l’a courtisée, et finalement elle a accepté. » 39 Cet acte déclenche la
tristesse de Randriambe GrandSeigneur, sa haine pour Lebokahely PetitLépreux.
Cette vive hostilité de Randriambe restera inassouvie jusqu’au meurtre de l’effronté.
Les thèmes du courage, du bonheur et de l’amour sont le plus souvent
évoqués dans les contes traditionnels qui se terminent toujours par une réussite. A la
fin.
Viennent ensuite les éléments invraisemblables comme dans Ilay namono
tëña nahazo perabolamena Le suicidé à la Bagued’OrMagique 40 . Les animaux, les
objets parlent et se comportent comme des humains. Ils sont doués de pouvoirs
magiques, les plus faibles terrassent les plus forts, un personnage peut dormir pendant
cent ans, La Belle aux Bois Dormants ! Cette partie est composée d’un ordre originel
suivi d’un désordre et puis l’ordre final ou retour à la normale. Ainsi, au début du récit,
les personnages sont dans leur situation normale. Qu’ils soient riches, pauvres,
paysans, rois,… ils ne sont pas encore confrontés à un problème. Le problème surgit
et crée alors le désordre dans l’ensemble : la princesse a été enlevée, le petit dernier a
été perdu par ses frères ou encore la sorcière a jeté un sort à la famille royale ! Durant
cette partie, tous les personnages interviennent. L’ordre originel est rompu, déstabilisé
par un méchant. Le héros sauve la situation avec l’aide d’un sorcier, d’un objet
magique,… et rétablit l’ordre dans son état initial ou parfois meilleur que l’état initial.
38
Voir Annexe 4, p.139.
39
Idem, $12, p.139.
40
Voir Annexe 3, p.128.
Le cadre théorique 20
Les descriptions des événements sont courtes et la technique de répétition est
souvent utilisée pour tenir l’auditoire en haleine.
Une fois l’état normal revenu, la formule de clôture finalise le récit en
décrivant d’abord la situation présente et l’avenir heureux de la victime. Cette formule
aide l’auditoire à quitter le monde imaginaire pour revenir dans le monde réel.
Puisqu’en écoutant un conte, l’auditoire est dans un autre monde, ailleurs, il s’imagine
même être parmi les personnages ou être un des personnages (être à la place du
héros par exemple). Cette formule fait partie de la magie du conteur qui après avoir fait
voyager son public dans un monde fictif, le reconduit vers le réel du temps présent.
En général, la clôture des contes donne une conclusion positive à la conquête
du héros, et atteint le but visé sans entrer dans les détails. Mais dans les contes
formant notre corpus, la clôture peut avoir une forme détaillée ou restreinte suivant les
cas. Mandriangödra CoucheDanslaFange41
se termine par :
« On a donné alors des fêtes, qui se sont prolongées longtemps. Et des bœufs
du roi, on a fait un vrai massacre, pour que tous mangent de la viande, car les
gens de toutes les terres à la ronde avaient été invités à ces fêtes. Une
cérémonie grandiose, vous auriez vu ça ! Des fêtes éclatantes ! ». 42
Le Suicidé à la Bague d’Or 43 pourtant, n’a que deux lignes comme conclusion :
« Il l’a renvoyée. Et dès ce moment, Möteny Chassieux est devenu célèbre, à
cause de son argent. On l’appelait GrandSeigneur. » 44
Ces deux contes prennent fin en restant dans la nouvelle situation acquise. La
fermeture de Bafla, Rain’i Fitofañahy Bafla, Père de SeptEsprits 45 par contre donne
plus de détails sur son retour vers son père après avoir vaincu Randriambe Grand
Seigneur et en se remettant à garder les poulets. On retourne donc à la situation
initiale, après une fin heureuse en raison de la fortune amassée.
41
Voir Annexe VI, p.154.
42
Idem, $8, p.174.
43
Voir Annexe III, p.128
44
Idem, $6, p.138.
45
Voir Annexe II, p.118.
Le cadre théorique 21
Les formules d’introduction et de clôture sont des formules magiques du
conteur pour aider l’auditeur à pénétrer dans le vif du récit, à vivre ce que les
personnages vivent pour ensuite les ramener dans la réalité.
L’ordre du récit dans les contes, avec ce dérangement, donne l’image
suivante : au début du récit, le héros se trouve dans un état normal : nous le décrivons
par « ordre » ou « comble de bonheur ». Le désordre survient pour réduire le héros
dans le malheur : « comble de malheur ». Pourtant, le héros se révolte de cette
situation et est conduit vers le « comble de bonheur ».
Schéma ascendant de l’évolution du récit
Ordre Retour à l’ordre
Situation initiale Situation finale (comble de bonheur)
Désordre (comble de malheur)
Schéma descendant de l’évolution du récit (cas du Ilay Ampamintaña Le
Pêcheur)
Ordre
Comble de bonheur
Ordre suivi de désordre Situation finale
Situation initiale Comble de malheur
Comble de malheur
Le déroulement du récit des contes merveilleux suit généralement cette
évolution. Le héros ou le personnage part de l’état normal (heureux ou malheureux),
Le cadre théorique 22
est plongé dans le désordre où il subit toutes sortes d’épreuves. A la fin, il sort de ce
désordre pour se retrouver dans une situation meilleure. Exemple : Le héros du conte
Bingindrakakabe Le Tambour de l’ogre 46 .
Parfois, le schéma montre un héros misérable au début et durant le
déroulement du récit. Suite à son malheur originel, il se retrouve dans le désordre qui
le garde toujours dans son état initial ou le détériore encore plus. A la fin, il aboutit à
une situation nouvelle, bienheureuse « comble de bonheur ». Nous avons donc un
schéma ascendant. C’est le cas de Lebokahely Le PetitLépreux 47 .
Une exception peut se présenter quant à l’évolution du personnage des récits
des contes. Elle prend une tournure inverse. Ainsi dans le conte Ilay Ampamintaña Le
Pêcheur 48 , nous remarquons qu’au lieu de connaître une fin heureuse, le héros part
d’une vie heureuse qui se détériore suite à une expulsion de chez son père ou ses
frères. Seul, il améliore sa situation désastreuse et aboutit à une vie heureuse,
meilleure que la première situation. Mais il n’arrive pas maintenir cet état heureux et
replonge dans la misère ; car en l’expulsant, son père l’a condamné à ne jamais
trouver le bonheur :
« Toi, tu ne travailles pas, vaten, débarrassenous de ta présence, puissestu
mener vie chétive, avoir un sort mesquin, que rien ne te réussisse ! ». 49
2.1.La tradition dans les contes
Les ancêtres communiquaient au moyen du système oral sans recourir à
l’écrit. Ceci induit que la tradition orale peut compenser les insuffisances qualitatives ou
quantitatives des informations que les textes manuscrits et imprimés permettent
d’éviter.
Actuellement, la littérature orale, pour diverses raisons, a quasi disparu, sauf à
la campagne où la tradition orale conserve une place très importante. Lors des
46
Voir Annexe I, p.108.
47
Voir Annexe IV, p.139
48
F. FANONY, L’Oiseau GrandTison et autres contes des Betsimisaraka du Nord (Madagascar) Tome1, Paris,
L’Harmattan, 2001, p.265.
49
Idem, p.267.
Le cadre théorique 23
kabary50
(fanambadiana, fiterahana, famorana,…) ou encore de l’utilisation des
proverbes ; la société malgache reste fidèle à l’oralité en ce qui concerne les contes.
Car c’est dans l’orature qu’est consigné tout un trésor de récits du patrimoine paysan.
Les contes conservent tout en transmettant à la génération future la tradition. Cette
dernière prend ses racines dans l’histoire profonde de la société. La culture évolue
grâce à la conservation et à la transmission sans lesquelles, elle disparaîtrait
progressivement. Certainement, c’est dans cette perspective que nous pouvons
apporter une réponse à la question : Estce que l’écrit est absent dans une société
orale ? Les contes figurent dans le domaine de l’oral car leur mode de fonctionnement
nécessite la présence d’un conteur et d’un auditoire. C’estàdire qu’on ne conte pas
sans auditeur et qu’on n’écoute pas sans conteur.
L’écriture est un langage de signes comme les panneaux de signalisation. Elle
peut se contrôler car le texte est maîtrisable contrairement à la parole. Au contraire, les
contes oraux se transmettent d’une autre manière grâce aux générations successives :
les grandparents, parents,… récitent à leurs descendants ce qu’ils ont entendu de
leurs ascendants,…. La société orale garde toutefois un rapport plus ou moins étroit
avec l’écrit, car « La parole s’envole, l’écrit reste » selon le dicton. Ces contacts avec
l’écrit ont laissé des traces dans la société grâce au passage de l’oral à l’écrit, grâce à
la collecte, à la transmission des contes. Minimaliser l’utilisation de l’écrit dans la
communication reste un choix délibéré pour les contes, sauf pour ceux disparus avec
les ancêtres. Actuellement, la plupart des pays recourent à l’écriture mais l’oralité
demeure et garde une place très importante dans les sociétés rurales africaines.
L’écrit est sacré. Nous pouvons constater que de nos jours les résultats des
recherches sont conservés par écrit pour les générations futures. C’est le cas des
contes recueillis et conservés dans des livres, comme ceux de Fulgence Fanony, de
Rabearison 51 , du Révérend Schrives 52 et de tant d’autres amateurs, pour éviter la
déperdition de ce trésor. Comme disait Amadou Hampaté Bâ : « Un vieillard qui meurt
est une bibliothèque qui brûle ». C’est pourquoi certaines sociétés traditionnelles ont
50
Discours (mariage, naissance, circoncision,…)
51
Rabearison, Contes et Légendes de Madagascar , Antananarivo, TPFLM, 1994, 77p.
52
SCHRIVE, Le Révérend Père Maurice, Contes Betsimisaraka , Tananarive, Foi et Justice, 1992, 272p.
Le cadre théorique 24
recours à l’écrit mais uniquement en raison d’un choix de vie, d’une manière de penser
et de communiquer. L’alphabétisation des masses aide particulièrement à la
conservation des contes au lieu de les laisser emporter par le temps.
2.2.Une fiction brève et fantaisiste
Fidèle à leur caractère imaginaire, les contes sont souvent réputés se dérouler
à une époque bien antérieure à la nôtre. La royauté ou l’esclavagisme y sont souvent
mentionnés mais à une période indéterminée. Ilay namono tëña nahazo përa
bolamëna évoque cependant la civilisation (« route goudronnée « bitumée »
(bitumée), « avion », « lasety » (assiette),…) et la soif de savoir (partir à l’école, voir le
monde et la modernité) tout en gardant les aspects imaginaires : bague magique,
animaux (chat, rat) dotés de parole.
Même si les contes sont contemporains, les thèmes traditionnels sont toujours
maintenus : l’enfant handicapé ou orphelin (Laza Gloire), son expulsion de la cellule
familiale ou sociale heureuse (Bingindrakakabe, Laza Gloire), le mariage d’amour
empêché par jalousie ou par des interdits socioreligieux (…). Ces thèmes sont
présents également dans les contes philosophiques comme ceux de Voltaire (Candide,
L’Ingénue, Zadig).
2.3.L’utilisation de l’émotion et de l’ironie
La compréhension des contes repose surtout sur la puissance de l’émotion
que le conteur transmet à l’auditoire, qui à son tour prend plaisir à s’identifier aux
personnages, dont les malheurs ou les sottises provoquent chez lui la sympathie ou le
53
Il était une fois,…
Le cadre théorique 25
rire. Selon le sentiment qu’il éprouve, un auditeur (ou lecteur) se retrouve en
possession d’une arme psychologique qui lui permet de condamner les préjugés et les
injustices absurdes et cruelles dans la société. Comprendre un récit ponctué de
comique et d’ironie ne demande pas trop de réflexion. Actuellement, le cinéma tout
comme les romans et les théâtres utilise les mêmes moyens. Les demisœurs jalouses
dans Cendrillon 54 sont un exemple concret au sein d’une famille ou société ou encore,
le dessin animé Tom et Jerry 55 fait rire du plus petit au plus grand par le comique et
l’ironie (gestuelle) mettant en scène le dénuement et le désespoir du malfaiteur, …
La caricature joue également un grand rôle lors de l’émission du message d’un
récit. C’est là où « la satire et le rire sont plus efficaces que le raisonnement ou l’émotion
pour lutter contre les abus » 56 .
Les récits des contes sont souvent peuplés de personnages comiques. Le
narrateur l’accentue en ajoutant un rire plus subtil où l’humour et l’ironie s’entremêlent.
Grâce à l’humour, les contes présentent des situations plaisantes, absurdes ou
tragiques. Cela nécessite la complicité de l’auditeur avec le narrateur afin qu’il puisse
comprendre le vrai message transmis par le récit. Par exemple, dans Bafla, Rain’i
Fitofañahy, ou Bafla, Père de SeptEsprits, Fitofañahy SeptEsprits joue avec les mots
en réclamant à la femme de Randriambe ce que celuici lui demande. Après avoir
demandé à son mari, pour s’en assurer, la femme de Randriambe GrandSeigneur, le
lui offre puisque son mari luimême le lui a confirmé sans le préciser avec des mots
exacts :
« Ah ! si c’est comme ça, dit la dame, je vais lui demander tout de suite. Qu’est
ce que tu as dit à cet enfant de me demander ?
Mais la chose qu’il demande, là !
Et hop ! Il a possédé la femme de GrandSeigneur, et ensuite il est revenu avec
la corde. » 57
54
Walt Disney, Cendrillon, Cinderella
55
Walt Disney, Tom et Jerry, Dessins animés produits par Fred Quimby.
56
http://www.alterites.com
57
Voir Annexe III, $18, p.123.
Le cadre théorique 26
Les frères de Ambahitrila MoitiédeLiane dans Bingindrakakabe Le Tambour
de l’Ogre prennent la fuite face au monstre : « A peine l’ontils aperçu, que GrandAîné et
Puîné lâchent leurs fusils en tremblant de peur. » 58 Ils perdent tous leur courage alors que
devant leur père, ils se montrent très courageux, et n’ont peur de rien.
Par rapport au récit du roman d’apprentissage qui est très détaillé, celui des
contes ne s’attarde pas sur des précisions mais s’intéresse surtout aux thèmes
importants de l’histoire, utiles et efficaces dans la transmission du récit. Le caractère et
la situation des héros, jeunes pour la plupart, évoluent par étape : initiation
intellectuelle, affective et sociale. C’est ainsi que l’auditeur tire de l’expérience des
héros un enseignement sur les vraies valeurs.
Ces caractéristiques des contes les rapprochent des romans d’apprentissage
qui racontent l’initiation d’un jeune héros : Le Rouge et le Noir de Stendhal (1830),
L’Education Sentimentale de Flaubert (1869). Des contes représentent des jeunes
inexpérimentés, jetés dans un monde hostile et corrompu : c’est une situation qui se
prête bien à la satire sociale. La découverte des vices propres à un riche, à un frère,
beaufrère ou bellemère jalouse enrichissent la connaissance du héros. C’est le cas
d’un héros qui reçoit une éducation selon son point de vue concernant la société.
D’autres héros sont éduqués par un tiers personnage (une vieille sorcière,…).
Par contre, la fin du récit de roman d’apprentissage ne correspond pas à celle du récit
des contes ; en plus, les contes sont brefs tandis que les romans d’apprentissage sont
souvent plus longs. Tandis qu’on assiste à la description de la réussite du héros avec
ces avantages dans les contes, les romans d’apprentissage donnent plutôt plus de
détails sur ce qu’est devenu le héros et font allusion à ce qui pourrait suivre s’il
désobéit aux règles sociales.
2.4. Définition du conte
« … Les contes sont et la chair de l’Histoire et un moyen d’introspection dans les
replis les plus intimes du cœur des hommes » 59 , ou encore, selon CalameGriaule, « … les
contes sont un miroir dans lequel la société s’observe à la fois telle qu’elle est réellement, avec
58
Voir Annexe I, $14, p.110.
59
SCHRIVES, Contes Betsimisaraka , Antananarivo, Foi et Justice, 1992, p.7.
Le cadre théorique 27
son décor et ses intuitions familières, telle qu’elle se souhaite à travers des héros idéalisés aux
pouvoirs merveilleux réparant les injustices et faisant triompher la vertu ; telle enfin qu’elle se
redoute, et c’est le niveau des fantasmes ». 60 Ce qui signifie que le conte reflète le cœur
humain.
En un mot, les contes sont un court récit imaginaire et populaire relatant
l’histoire d’un ou de plusieurs héros, nés dans une société, une région ou un pays au
travers d’événements passés afin d’être conservé et transmis de génération en
génération : il est une manière de garder, d’enrichir la culture d’une société donnée.
Les contes ont leurs propres particularités par rapport aux autres genres
littéraires, oraux ou écrits. La morphologie des contes évoque aussi cette particularité.
En font partie les « constantes » ou les fonctions qu’accomplissent les personnages
qui forment la partie constitutive fondamentale du conte.
3.La morphologie des contes
Portant ses études morphologiques sur les contes africains, Denise Paulme
s’est référé à la méthode proppienne et compare les fonctions trouvées par ce dernier
dans les contes européens aux fonctions des contes africains tout en approfondissant
ses propres recherches ; ainsi elle découvre différentes fonctions en plus de celles de
Propp. Elle souligne les différences culturelles exposées dans les contes africains tout
en faisant ressortir la tradition renfermée dans les contes africains ; elle insiste aussi
sur les informations et connaissances véhiculées par ces contes.
3.1.Les constantes des contes
Les contes ont en général à peu près la même forme. Le conte européen,
selon Vladimir Propp, est composé de « 31 fonctions s’enchaînant dans un ordre souvent
identique, même si elles ne sont pas toujours présentes dans chaque conte » 61 .
Nous pouvons constater effectivement à la suite de Denise Paulme que ces
fonctions proppiennes sont insuffisantes. Beaucoup d’éléments fournissant plus de
60
G. CalameGriaule, 1975, p. 7, in FANONY, F., L’Oiseau GrandTison, Tome 1, p.11.
61
Vladimir PROPP, Morphologie des contes, Seuil, 1965, in http://hisbook.html>Essais
Le cadre théorique 28
valeur au conte ne sont pas pris en compte alors qu’ils sont fondamentaux pour le
déroulement et la trame du récit.
En dehors des fonctions de Propp, nous avons pu dégager plusieurs fonctions
dans les contes malgaches et nous nous permettons de dire qu’en négligeant ces
quelques fonctions, les contes peuvent être inintelligibles.
Même s’ils reprennent le schéma des contes populaires, les contes modernes
s’éloignent de plus en plus des fonctions de Propp. En plus des quelques fonctions
répétitives se rencontrent des nouvelles. Cet état de choses permet de poser de
nouvelles questions sur l’apparition ou la disparition des fonctions.
Dans les contes modernes, les personnages sont nombreux par rapport aux
contes traditionnels. Parfois plusieurs personnages jouent le rôle d’un même héros.
Les 31 fonctions de Propp 62
62
Vladimir PROPP, Morphologie du conte, Paris, Seuil, 1965 et 1970, pp.3580.
Le cadre théorique 29
à un autre
16.Le héros et le méchant s’affrontent dans une bataille en Lutte H
règle
17.Le héros reçoit une marque ou un stigmate Marque I
18.Le méchant est vaincu Victoire J
19.Le méfait est réparé Réparation K
20.Le retour du héros Retour ↓
21.Le héros est poursuivi Poursuite Pr
22.Le héros est secouru Secours Rs
23.Le héros incognito gagne une autre contrée ou rentre chez Arrivée incognito O
lui
24.Un faux héros prétend être l’auteur de l’exploit Imposture L
25.Une tâche difficile est proposée au héros Tâche difficile M
26.La tâche difficile est accomplie par le héros Accomplissement N
27.Le héros est reconnu Reconnaissance Q
28.Le faux héros ou le méchant est démasqué Découverte Ex
29.Le héros reçoit une nouvelle apparence Transfiguration T
30.Le faux héros ou le méchant est puni Châtiment U
31.Le héros se marie et/ou monte sur le trône. Mariage W
Comme nous avons déjà parlé de personnages, un conte merveilleux est un
récit à sept personnages ayant chacun son propre rôle :
le héros : le sujet c’est la personne qui cherche à obtenir
l’agresseur : l’opposant et tout ce qui fait obstacle à la quête du héros
le mandateur : tout ce qui aide le héros dans sa quête
le donateur : procure au héros ce dont il a besoin pendant sa quête
l’auxiliaire : aide le héros dans sa quête
le fauxhéros ou imposteur : opposant
la princesse (ou le roi)
Il faudrait nous faire part des fonctions manquantes chez Propp maintenant.
Ces fonctions peuvent être relevées dans les contes malgaches.
Le cadre théorique 30
Suivant la méthode proppienne de l’analyse des fonctions des personnages
dans les contes, l’analyse des contes des Betsimisaraka comme Mandriangödra
Couchedanslafange nous permettra de nous situer par rapport aux fonctions de
Propp.
D’abord, le conte est divisé en trois parties. Le récit d’un conte commence
toujours par une phase d’introduction : le prologue ou l’ouverture. Ce passage n’est
pas considéré comme une fonction. Dans ce conte, le Prologue comprend le premier
paragraphe jusqu’au troisième paragraphe 63 . C’est la situation initiale : « Il y avait, dit
on,… entre nous deux ! ».
La fonction du donateur : les parents du héros lui donnent des tas de
choses qui l’aideront dans l’avenir
Vient ensuite l’éloignement : la mère du héros est morte.
L’arrivée de la nouvelle femme du Randriambe constitue le Nœud de
l’intrigue.
De là jusqu’à ce que le héros quitte le foyer paternel, la structure suit la
structure traditionnelle des contes merveilleux ainsi que l’interprétation proppienne.
[aDFβ²] [$@A”єζB] [?θnégAnégA] [AK↑]
Nous remarquons que la fonction du donateur est tout au début, avant la
disparition de la mère du héros et même avant sa naissance. La phase initiale est ici
[aDFβ²].
63
Voir Annexe VI, p.154.
Le cadre théorique 31
Randriambe, père de Gloire, a hésité avant de prendre sa décision.
Et puis, la phase [ ?θnégAnégA]. Dans cette phase Randriambe GrandSeigneur,
qui n’est pas qualifié de méchant, se trouve obligatoirement sous l’emprise de sa
femme (méchante et hypocrite). Il hésite au début et cède mais se rend compte de son
mauvais choix par la fuite de son fils. Voici la suite de fonctions pour la décrire [AK↑].
Gloire quitte son village puisque selon lui, son père Randriambe GrandSeigneur
préfère sa femme à son fils.
La deuxième partie peut se résumer comme suit : [Pr#] [E 4 F 6 9E 7 F 6 9EF] [£ln].
Chez Propp, c’est souvent le méchant qui poursuit le héros en vue de lui faire du mal.
Alors qu’ici c’est l’inverse. D’abord, c’est Randriambe qui poursuit son fils en espérant
le récupérer et le faire revenir vivre avec lui. Ensuite, il a abandonné désespérément sa
quête parce que Gloire s’est déjà éloigné dans une contrée reculée.
Nous notons la fonction Désespoir par # puisque nous ne la trouvons pas
parmi les fonctions proppiennes.
En chemin, le héros réagit aux fonctions du donateur. D’abord, il a eu le petit
milan. Ensuite, l’éléphante et à la fin la peau du monstre. En plus de ce que possède
déjà Laza, ces trois auxiliaires lui sont offerts.
Le cadre théorique 32
Après une très longue marche, Laza et les animaux ont enfin trouvé un village.
Mais Gloire ne s’y rend pas directement. Resté éloigné dans les bois avec ses
compagnons il y construit une maison. Les deux dernières fonctions £ (Découverte) et
In (Installation), loin d’être des fonctions proppiennes s’avèrent indispensables pour la
suite, le déroulement du récit.
Enfin, la partie suivante :
Nous n’avons qu’un seul héros, Laza Gloire ou Mandriangödra CoucheDans
LaFange. Le début de cette partie marque sa Transfiguration et le changement de son
appellation. Ce nom lui est attribué par les villageois suite à sa façon de s’habiller.
Les fonctions :
Nomination : ~
Exclusion : ¶
Rencontre : <>
Le héros et la fille du roi, Benjamine, se rencontrent et s’aiment. Le roi le
découvre parce que Benjamine est tombée enceinte. Le roi poursuit alors le héros.
Arrivent ensuite les moments de confrontation : [!?T’H Rs J1 I² T]
Trois fonctions se répètent trois fois : le royaume est attaqué trois fois par
différents ennemis. Les deux premières attaques sont successives mais la troisième
est devancée par d’autres fonctions. Après la deuxième attaque, nous remarquons les
fonctions [Rm He] où le roi recherche son mouchoir perdu sur le champ de bataille.
Le cadre théorique 33
Mandriangödra CoucheDansLaFange le lui a arraché sur le théâtre de combat après
avoir terrassé les ennemis venant de l’Est.
Nous notons la fonction Transfiguration par T, T’ ou T’’ pour montrer que le
héros s’est métamorphosé trois fois différemment dans cette partie.
T : couvert de fange et habillé de peau de bête ;
T’ : torse nu mais ceint de la peau de bête aux reins ;
T’’ : normalement vêtu et coiffé d’un chapeau.
La fonction Secours [Rs] se présente quand le héros apporte du secours aux
habitants du royaume. La définition de Propp : « on porte secours au héros » : ici, c’est
plutôt le héros qui porte secours. Nous remarquons également qu’au lieu de subir des
marquages, le héros en fait subir. Au début, il blesse le roi en donnant : « …au passage
un coup de son sabre sur l’avantbras de son beaupère. Le sang coule » ; ensuite, il lui
arrache son mouchoir et à la fin, son chapeau.
Chez Propp, au héros sont imprimés des signes permettant de le reconnaître
après. Ici, le cas inverse se produit mais conduit au même, la Reconnaissance d’un
individu dans le groupe.
A la fin de la guerre, Benjamine accouche. On force les indisciplinés
(Mandriangödra CoucheDansLaFange et Benjamine) à déménager dans une maison
en brique à toiture à moitié faite.
Nous avons noté par [Dt] la fonction Déménagement, qui montre qu’on se
soucie quand même d’eux, de leur situation. Cette fonction ne peut pas être dissimulée
derrière une autre.
Le roi tombe malade. Les devins consultés lui prescrivent du lait d’éléphante
frais et pur. La fonction Secours [Rs] réapparaît encore, et cette fois elle correspond à
la fonction proppienne. Le roi appelle ses gendres et leur ordonne de lui trouver du lait
d’éléphante qui le guérira.
La tâche est difficile [M] pour les trois gendres. Le héros, prétextant de les
aider, les dupe avec du lait d’éléphante mélangé d’eau. En plus, il exige d’eux qu’ils
Le cadre théorique 34
fassent une marque F avec un fer rouge sur chacune de leurs fesses avant de leur
livrer le liquidemiracle. Signalons qu’avant de les recevoir chez lui, le héros s’est
transfiguré.
Au moment des soins, seul le lait apporté par le héros guérit le roi. Le
monarque reconnaît Mandriangödra en lui donnant sa fille en mariage, il fixe luimême
la date de la cérémonie.
Enfin, le jour du mariage, le héros s’éloigne de la cour royale avec sa famille.
Ils se dirigent vers son campement dans les bois pour changer d’apparence. Une
nouvelle transfiguration à laquelle nous attribuons la fonction de Transfiguration :
T’’’ : nouvelle transfiguration du héros. Mais avant cela, Benjamine découvre la
vraie identité du père de son enfant.
A la cour, l’impatience ne cesse de grandir. Le héros et sa famille apparaissent
enfin mais personne ne les reconnaît encore. Le roi les reconnaît par son petitfils qui
est resté le même, sans déguisement. La reconnaissance du héros se multiplie grâce à
son intelligence.
La fin du récit suit la structure traditionnelle du conte merveilleux en général.
Au début, Laza Gloire occupe le rôle du héros. Des objets magiques sont transmis au
héros dès le début du récit. Et avant même sa naissance, le futur héros : « … s’est mis
à parler, dans le ventre de sa mère ». Ainsi, il va naître doté d’un pouvoir surnaturel.
A un moment du voyage, le milan exerce la fonction du donateur en offrant son
petit au héros. Pour l’éléphante et la peau du monstre, les donateurs ne sont pas
mentionnés mais il s’agit bien d’un don. Ces auxiliaires magiques restés les
compagnons de voyage et de guerre restent fidèles au héros pour lui permettre de
surmonter toutes les épreuves survenues.
Laza Gloire exerce tout à la fois les fonctions de héros, de mandateur et de
victime. La stratégie du héros repose sur la ruse et le combat. Il affronte sans
hésitation tous les combats, contre le royaume de l’Est, de l’Ouest et du Sud. La ruse,
il l’utilise depuis son état embryonnaire. C’est donc un héros extraordinaire.
Le cadre théorique 35
En suivant ce récit, nous ne retrouvons plus les personnages du début :
Randriambe GrandSeigneur, père de Laza Gloire, sa marâtre,… Le récit suit la vie du
héros où le retour en arrière ou la mise en perspective n’existe pas.
Ainsi, en faisant sortir les fonctions d’un conte malgache, nous ne saurions
ignorer celles qui constituent la trame du récit et qui sont absentes de l’étude de Propp.
Si nous nous référons seulement aux fonctions proppiennes, nous affaiblissons la
trame du récit ainsi que sa structure. Les fonctions de Propp ne sont pas toutes,
obligatoirement, présentes dans un conte merveilleux. Seulement, pour un conte
malgache, ces fonctions ne sont pas suffisantes.
Si nous ne considérons pas par exemple les fonctions Découverte [£] et
Installation [In], en quelles fonctions pourraientelles être qualifiées ? Ici, ne pas
signaler ces fonctions amoindrirait le champ de compréhension, la logique d’ensemble
du récit.
Les contes malgaches suivent la structure proposée par Propp mais
contiennent en outre d’autres fonctions. Dans celuici, Mandriangödra, nous avons
relevé treize (13) fonctions non proppiennes :
$ : Remplacement
@ : Egoïsme
? : Choix difficile, hésitation
# : Désespoir
£ : Découverte
In : Installation
~ : Nomination
¶ : Exclusion
<> : Rencontre
!? : Déclaration de guerre
Rm : Recherche
He : Echec
Rl : Révélation
Le cadre théorique 36
Prenons comme exemple la définition de Propp : Découverte se limite à la
révélation du fauxhéros ou du méchant, et dans notre optique Découverte comprend
aussi la découverte d’un nouvel horizon, …
Déclaration de guerre : mérite d’être considérée comme fonction, sinon, les
phases de préparation pour aller à la guerre, d’attaque par surprise tomberaient à
l’eau.
Les fonctions malgaches des contes suivent les fonctions proppiennes mais
des différences subsistent. Les contes malgaches gardent leur spécificité par rapport
aux contes européens et aux contes d’autres pays. Toutefois, la ruse se rencontre en
abondance dans les contes.
L’éducation par les contes se présente par la ruse ; une méthode que tous ou
presque les personnages des contes adoptent face à des obstacles ou pour en créer
aux autres. Cette ruse se rencontre le long du récit et aussi chez le conteur qui en crée
ou modifie selon l’auditoire ; ce qui montre la présence de la ruse dans la vie de
l’homme et sous différentes formes.
Analyse de la ruse dans les contes 37
Analyse de la ruse dans les contes 38
DEUXIEME PARTIE : ANALYSE DE LA RUSE DANS LES
CONTES
1.La ruse
1.1.Domaine de définition
Le dictionnaire définit la ruse comme suit : la ruse est un Q procédé habile et
déloyal dont on se sert pour parvenir à ses fins . f64 Dans le concept occidental, la ruse
renferme un double sens selon la situation : parfois elle a un sens positif, parfois
négatif. En se référent à la définition du dictionnaire, elle est plutôt négative parce que
“habile et déloyal” n’a rien de positif. Toutefois, elle renferme l’idée d’habileté en
agissant avec de la méchanceté envers quelqu’un ou avec de l’amusement des deux
côtés. C’estàdire, dans le concept occidental en général, la ruse est utilisée soit pour
s’amuser soit pour tromper.
En malgache, la ruse signifie “hafetsena” qui a comme radical “fetsy” (rusé). En
qualifiant une personne de « fetsy » « rusé », on utilise dans la plupart des cas le sens
négatif du terme. Une personne “fetsy” est un trompeur, menteur à qui on ne peut pas
avoir confiance. Tout le monde se méfie de lui et prend de la distance pour éviter de
tomber dans l’un de ses pièges. Le rusé est mal vu dans la société et n’obtient aucune
faveur sauf chez celui qui ne connaît pas ses manigances. Mais « fetsy » a aussi son
sens mélioratif quand la personne agit positivement dans ses actes de réussite.
Les contes utilisent la ruse avec ses deux facettes dans la vie de l’homme.
Souvent, le sens positif est attribué au héros et le négatif appartient à l’antihéros « Qui
ne connaît pas Aladin et sa lampe magique, qu’il suffit de frotter pour qu’apparaisse un génie ?
Cependant, dans ces contrées merveilleuses, s’il y a de bons génies, il y a aussi de méchants
magiciens… ».65
64
Le Petit Larousse illustré 2005, 100 e édition, Larousse, Paris, 2005.
65
Union Européenne, Aladin et la lampe merveilleuse , Dos du livre, MaxiLivres, Union Européenne, 2001.
Analyse de la ruse dans les contes 39
1.2.Application de la ruse
Voici un petit résumé montrant la ruse dans le conte Ilay namono tegna
nahazo perabolamena Le Suicidé à la Bagued’orMagique :
Un jour, Indriampôdimena un riche de l’autre côté du canal de Mozambique
veut s’emparer de la femme de Môteny. Pour se défendre du coup d’Indriampôdimena,
le mari a recours à la ruse. De son côté, Indriampôdimena aussi rusé que Môteny, a
envoyé sa mère comme espionne pour travailler chez Möteny dans le but de découvrir
son secret et voler la bague d’or magique. Une fois en possession de la bague d’or
magique, Indriampôdimena s’en est servi pour prendre la femme de Môteny. Il ne s’en
est pas contenté mais a ligoté Môteny avec son chat, il emmène et emprisonne dans
son pays le vaincu.
Indriampôdimena est plus que rusé. Il utilise la ruse non seulement dans le but
de se procurer des biens mais également pour détruire, voire tuer une personne
(Môteny). Môteny au contraire est tout à fait son opposé. Il n’a eu recours à la ruse que
comme moyen de légitime défense. Quand il fut maintenu en détention chez
Indriampôdimena, il a utilisé la ruse en emprisonnant à son tour le roi des rats pour que
les siens recherchent et lui ramènent la bague d’or magique. Il rentre tout de suite sans
chercher à se venger d’Indriampôdimena. Cependant, par prudence, il congédie sa
femme qui a failli l’envoyer à la mort.
Relevons maintenant les fonctions contenues dans ce conte en nous basant
sur la méthode de Propp. Ainsi, seize (16) fonctions proppiennes ont été relevées et
quinze sont absentes. Voici la liste des fonctions présentes :
Transmission, Transfert d’un royaume à un autre, Victoire, Le retour du héros,
Secours, Transfiguration, Châtiment et Le héros se marie.
En voici celle des fonctions manquantes :
La présence de bateaux, la traversée du Canal de Mozambique, le
contournement de l’île (par la mère d’Indriampôdimena), nous démontrent que le conte
prend ses racines à Madagascar (à l’Ouest). La mère aurait fait ce détour pour éviter
que Môteny ne la voie débarquer.
Le village de Môteny se trouve donc au bord de la mer. Géographiquement, le
conteur se trouve sur la côte Est alors que le conte est originaire de l’Ouest. Cela
prouve que « le conte a des ailes ».
66
Mots et expressions français malgachisés introduits à Madagascar par l’influence de la franchisation et de la
relation avec les Français venus dans le pays.
Analyse de la ruse dans les contes 41
Ainsi, ce ne sont pas uniquement les contes d’autrefois que l’on peut qualifier
de contes merveilleux traditionnels. De même, on ne peut qualifier de non traditionnels
les contes modernes. Ceuxci ne contiennent aucun élément permettant de les situer
dans le temps.
Pour suppléer aux fonctions manquantes, d’autres apparaissent. Ici, le récit
commence par la fonction Manque (a) pour aboutir à la Reprise de l’objet magique et à
un deuxième mariage, puisque Möteny a répudié sa femme qui a failli le tuer et en
prend une autre. La dernière fonction est : w 4 (non définie par Propp).
Des fonctions peuvent se présenter comme suit :
les fonctions assemblées par couple (exemple, <interdiction –
Transgression) ;
les fonctions assemblées par groupe ( aABC…)
les fonctions isolées
le dénouement de l’intrigue.
Même si l’action a l’air de se passer au temps de la civilisation, les Arabes
comme « Indriampodimena » sont toujours des rois à cause de leur fortune. Il s’agit ici
de l’adaptabilité du conte à l’époque de le réciter.
La tradition :
Demander la main d’une fille en mariage (les parents participent) :
« Alors, il décida de prendre pour femme la fille du souspréfet. Il désirait
prendre femme, confiatil à son père, et c’était la fille du patron qu’il avait
l’intention d’épouser. Il dit à son père :
Voilà mon projet. Alors, il faut que je vous en parle. Vous êtes les sages de la
famille.
Eh bien, dit le père, si tu l’as décidé du fond de ton cœur, nous allons prendre
cellelà. Mais si tu n’es pas décidé, il faut abandonner. » 67
67
Voir Annexe III, $6, p.133.
Analyse de la ruse dans les contes 42
Cette attitude nous révèle la tradition même s’il évoque une époque où
beaucoup de changements sont apparus sous l’influence de la colonisation.
Les fonctions assemblées par couple 68 se révèlent dans ce tableauci :
Môteny demande au souspréfet
Information – Information
í Le souspréfet lui donne la réponse
La mère d’Andriampôdimena se renseigne sur la
Information – Information
í richesse de Môteny.
La femme de Môteny révèle le secret.
Prisonnier, Môteny emprisonne le roi de rats à la
condition de le libérer si les autres rats lui
Prisonnier – Liberté
í ramènent la bague d’or magique
Bague retrouvée
Le roi libéré, Môteny et son chat libérés
Les fonctions assemblées par groupe fonctionnent comme ceci :
Besoin de civilisation
í Partir
Se suicider (préparation à l’obtention de la bague d’or)
í Obtention de l’objet magique
Action, utilisation (manque comblé).
68
http://www.forum.com/culture/contes.htm
Analyse de la ruse dans les contes 43
Nous pouvons apercevoir de manière courante que le mensonge existe, mais
aussi que les procédés rusés sont extrêmement variés : tromper par exemple par un
simple silence ou par omission (oubli), par écrit, par mimiques ou par attitudes.
2.Champs d’application
Le héros et le fauxhéros dans les angano contes sont rusés. Ces
personnages sont intelligents et habiles. Ils utilisent cette qualité (la ruse) pour
atteindre un but. Ainsi, ils ont recours à la ruse qui a souvent pour origine une
insatisfaction, un manque, un besoin ou une envie.
« C’est ainsi que les Sakalava ou autres bandes de pillards s’apprêtant à
attaquer un village, s’arrangent pour y introduire d’abord des charmes qui
auraient pour effet d’amener les habitants à pécher contre leurs tabous. Les
charmes du village, se trouvant soit introduits dans deux tuyaux et placés au
sommet du mur d’enceinte, soit enfouis sous la porte (d’autres étant conservés
dans les maisons), perdront complètement leur pouvoir de protection. La même
ruse est aussi employée en combat ouvert. Il s’agit d’obtenir que l’ennemi pèche
contre les tabous attachés à ses charmes de guerre et qu’ainsi il soit battu
d’avance. » 69
L’humanité a recours à la ruse pour atteindre ses ambitions. Dès que l’homme
arrive à l’âge de raison, la ruse est en lui ; la vie de l’homme est marquée par la ruse.
Seulement, la ruse dans les angano contes se conclut par une leçon de morale. Parce
qu’elle peut être utilisée pour amuser, pour rire, pour agir positivement, mais aussi pour
faire du mal ou tromper.
D’habitude, celui qui fait du mal aux autres est toujours puni dans les contes,
tout comme un voleur attrapé est enfermé dans une prison. C’est la loi même de la vie.
L’homme est un être pensant, sa réflexion l’amène à construire, à désirer
quelque chose. Désirer signifie : manquer de quelque chose, en un mot avoir besoin
de quelque chose. Mais l’homme n’est jamais satisfait car il cherche toujours le
meilleur pour lui, ce qui signifie qu’une fois un besoin satisfait, un autre apparaît.
69
Lars VIG, Croyances et mœurs des Malgaches, Traduit du norvégien par E. FAGERENG, édité par Otto Chr.
DAHL, Fascicule I, Trano Printy FLM, Tananarive, 2004, p.13.
Analyse de la ruse dans les contes 44
La ruse est liée à un but, à une intention. Et qui dit ruse dit mensonge. Or un
mensonge pourrait être commis avec une bonne intention (par exemple pour éviter de
faire de la peine à une personne), ou pour s’amuser, mais aussi dans le but de
tromper.
Mais souvent mentir est mal vu; par exemple dans un lieu de travail, les
collègues ont tendance à mentir entre eux pour blaguer. Ainsi, un être rusé pris en
flagrant délit se trouve dans une situation embarrassante. Toutefois, la ruse présente
certaines nuances : d’un côté elle paraît répréhensible, blâmable, quand elle essaie de
duper en vue de faire du mal. Ainsi elle s’apparente alors à la méchanceté ; d’un autre
elle est qualifiée de simple taquinerie. Visàvis de soimême, par exemple, la ruse est
bonne si l’action ne blesse personne. Elle est mauvaise quand elle amuse l’auteur au
détriment de l’autre.
La ruse requiert une certaine compétence, car elle demande de l’habileté de la
part du trompeur qui, tout en connaissant la vérité, dupe les autres en camouflant celle
ci. Car un menteur connaît toujours la vérité. C’est pourquoi la ruse fascine celui qui
l’exerce. En se plaçant à la frontière entre la sincérité et la tromperie, la ruse lui donne
l’impression de maîtriser le langage et l’action.
La ruse peut être anodine dans le cas où elle se limite à amuser : dans ce cas,
la victime détecte rapidement le mensonge et découvre immédiatement la vérité.
Toutefois, la ruse généralement est une mauvaise action parce qu’elle est en même
temps fausse et délibérée : une personne rusée doit par ailleurs faire attention, doit
garder secrète la vérité pour que sa victime ne la connaisse pas et que personne ne la
découvre. La ruse peut aussi être involontaire (l’acte de l’adversaire oblige à y recourir
comme l’utilisation d’un système de défense au cours d’un combat) ou mal
intentionnée (piège, mensonge,…). Mais, vu de l’extérieur, une ruse reste une ruse. En
ne restant pas honnête dans tous les actes envers les autres, une personne trahit son
engagement envers eux. En conséquence, les promesses de cette personne risquent
de ne plus être crédibles : « Ce qu’on fait se retourne contre soi » 70 affirme un proverbe
malgache.
70
Idem, p.11.
Analyse de la ruse dans les contes 45
La ruse est répandue dans la vie de tous les jours. Bien souvent lorsque
l’individu cherche à obtenir un résultat, il recourt à la ruse. Au moment où son acte est
dirigé contre une personne, il doit être ignoré par celleci. De plus pour pouvoir en tirer
tous les avantages, il faut qu’il soit conscient des mécanismes suivants :
une connaissance assez exacte du réel : il devrait maîtriser son acte afin de
ne pas aller audelà du réel. C’estàdire, être dans le réel mais en même
temps dans l’acte afin d’éviter que les événements ne se retournent contre
lui ;
une imagination suffisante pour construire la fable et préparer les parades
éventuelles ; avant l’utilisation de la ruse, un individu doit bien préparer
comment il va s’y prendre, quelle stratégie appliquer afin de ne pas être pris
en flagrant délit.
Le sujet peut avoir différentes raisons pour agir avec ruse, par exemple
l’intérêt, la cupidité, la haine, la vengeance, la passion, la défense, le sacrifice, le
besoin de se valoriser,… ou simplement la curiosité.
Le mécanisme de la ruse naît du désir bien arrêté de tromper dans un but
éminemment utilitaire. Il est soigneusement préparé, médité. Le rusé (enfant ou adulte)
sait très bien à qui il s’adresse, quels sont les meilleurs moyens qu’il a pour être
crédible, quelle manière il doit employer pour mieux capter la confiance de celui qu’il
veut tromper.
Les ancêtres malgaches, en complément, utilisaient la ruse des contes pour
éduquer, enseigner, communiquer avec leurs descendants.
3.Les personnages des contes
Nous aborderons maintenant l’analyse des contes, en nous concentrant sur les
rôles des personnages.
3.1.Le héros
Dans les contes, ou même dans les romans traditionnels, le héros est le
personnage principal, c’estàdire, celui qui occupe le devant de la scène. En général,
Analyse de la ruse dans les contes 46
le titre de l’œuvre porte le nom du héros : Mandriangödra (son surnom), Lebokahely
représentent chacun le personnage éponyme (personnage qui donne son nom)
présent durant le récit et dont l’histoire fournit le thème central. Le héros éponyme est
omniprésent, ou presque, puisqu’il est parfois accompagné d’un antihéros, mais il
garde toujours le rôle principal.
Bafla, Rain’i Fitofañahy, est un personnage éponyme, mais il s’est éclipsé
pendant une grande partie du récit : présent au début jusqu’à ce que son fils,
Fitofañahy, le remplace auprès de Randriambe, il ne se manifeste qu’à la fin quand
Fitofañahy sort vainqueur contre son patron grâce à la ruse.
Le héros hérite souvent son nom ou prénom par rapport à son physique
(Lebokahely PetitLépreux), son intelligence (Fitofañahy SeptEsprits), son
comportement (Mandriangödra CouchedanslaFange).
En général, les héros des contes se distinguent par des qualités hors du
commun. Les uns représentent la jeunesse et la beauté (Mandriangödra) tandis que
les autres, montrent, en plus de la jeunesse, la laideur ou un handicap (Lebokahely).
Mais que ce soient les premiers ou les seconds, ils possèdent un esprit chevaleresque.
Parfois, les traits physiques ne sont pas évoqués : seulement la marque de beauté ou
de laideur chez l’un et l’autre n’est pas évoquée. Celui [un(e) sorcier(ère) ou vieil(le)]
qui apporte de l’aide au héros est souvent très laid, aveugle ou presque, sale,
misérable,… mais d’une grande intelligence pour le triomphe du héros dans les
épreuves.
Comme les héros sont jeunes, ils sont naïfs et inexpérimentés. Malgré cela,
leur intelligence et leur sensibilité leur permettent d’évoluer. Ils peuvent ensuite, grâce
à ces capacités, raisonner, éliminer les préjugés et chercher une règle de vie plus
adaptée à la réalité de la société dans laquelle ils sont insérés. Dans la plupart des
cas, les héros se divisent en deux catégories : celle des démunis et celle des favorisés.
Analyse de la ruse dans les contes 47
La vie de Fitofañahy avec son père est très médiocre. Il est élevé dans un milieu
pauvre où les riches sont méprisants, en parlant aux plus démunis, jusqu’à ce qu’il soit
engagé pour remplacer son père chez un riche, Randriambe GrandSeigneur. Doté
d’une intelligence inhabituelle comme son nom Fitofañahy SeptEsprits l’indique, il
considère la moquerie comme un mensonge et une trahison, ce qui l’a incité à trahir à
son tour Randriambe, devenu son patron, afin que celuici se rende compte de la
gravité de son comportement envers Bafla et envers d’autres personnes. Tandis que
Randriambe récolte la ruine et la mort par sa malhonnêteté, Fitofañahy SeptEsprits
accède à la richesse en osant défier une personnalité plus importante que lui : en
trahissant Randriambe GrandSeigneur il possède sa femme,…
Lebokahely est encore plus démuni que Fitofañahy. Son courage et sa
patience l’ont aidé à combattre la haine et l’indifférence, le conduisant à atteindre son
but. Un proverbe malgache dit : « Izay maharitra vadin’andriana » 71 . Sa victoire
symbolise une victoire contre toute forme d’injustice et surtout contre les classes
privilégiées.
« Conformément à cette morale, ce qui est faible était considéré comme mauvais –
la faiblesse était un mal qu’on cherchait à conjurer. Elle était un obstacle au
progrès et au bonheur de la vie. » 73
71
« Celui qui persévère, épousera un roi. »
72
Voir Annexe IV, $5, p.155.
73
Lars VIG, Croyances et mœurs des Malgaches, Traduit du norvégien par E. FAGERENG, édité par Otto Chr.
DAHL, Fascicule I, Trano Printy FLM, Tananarive, 2004, p.43.
Analyse de la ruse dans les contes 48
En raison des vices de ses frères, il doit affronter successivement les dangers
et l’intolérance magique d’une vieille.
Laza Gloire (Mandriangödra) voit la trahison d’une bellemère jalouse et
préfère garder pour lui toute sa souffrance plutôt que de perturber le mariage de ses
parents. Comme solution, il s’enfuit dans une autre société où il subit mais tolère la
haine des habitants et son expulsion de la société. Mais il y connaît également l’amour
qui le conduit à retrouver son statut social ainsi que la reconnaissance de la nouvelle
société dans laquelle il s’est inséré.
Par contre, le héros du Suicidé à la bague d’or représente l’envie d’une
révolution, l’accès à la connaissance pour sortir de l’ennui et de la routine. La trahison
et la sottise de sa femme le conduisent à l’exil, il s’évade grâce à son intelligence et à
son envie de liberté. Contre l’étroitesse de l’esprit, il souhaite bénéficier d’un
enseignement. Empêché par ses parents, il est conduit au suicide qui est échangé
contre une bague d’or magique lui procurant tout le bonheur.
La plupart des héros sont accomplis, généreux et actifs si bien qu’après
quelques efforts, ils retrouvent leur mérite. Lebokahely Le PetitLépreux ne montre
aucune réticence aux propositions de ses beauxfrères qui, il le sait pourtant, veulent
sa mort en prétextant d’aller à la chasse. Il leur apporte une genette après avoir
survécu dans la forêt.
Lion 74, le
fils enfui retourne chez lui pour sauver la société tombée sous l’emprise de
son méchant et cruel oncle. Les contes enseignent à retrouver un monde nouveau où
règne la justice.
« Mandehandeha mahita raha, mipetraka antrano mahita jôfo » 75 , dit un proverbe
malgache. Les sorties, déplacements et voyages sont un instrument initiatique qui fait
prendre conscience de l’ampleur des maux sociaux, des variétés des opinions et des
civilisations. Cette découverte enrichit psychologiquement et développe spirituellement
le héros du conte. Mandriangödra quitte le royaume de son père, se retrouve dans un
autre où il découvre la mentalité des courtisans, leur comportement entre eux et envers
ceux qui n’appartiennent pas à la cour. Déjà, au cours de son voyage le héros
rencontre différents personnages ayant chacun son caractère ou découvre des milieux
différents de ceux déjà vus auparavant. Avant toutes ces rencontres, le héros se réfère
à luimême et aux autres (personnages,…) selon leur caractère pour analyser le bien
et le mal.
La plupart des contes traditionnels conduisent les héros à la réalisation de tous
leurs désirs. Lebokahely tente sa chance auprès de la fille du roi pour quitter sa
situation misérable. Il est en même temps aimé, choyé par la jeune princesse et haï
par son beaupère et ses beauxfrères. Chaque héros connaît une fin heureuse, à
. Celuici, maudit par son père, a connu une
l’exception du Pêcheur Ilay Ampamintaña76
vie très heureuse après avoir été haï par les siens et expulsé de la société. A la fin du
conte, ce pêcheur retourne cependant dans sa situation initiale de pauvre et de
misérable. Par contre, Ambahitrila MoitiédeLiane de Bingindrakakabe Le Tambour
de l’Ogre, connaît la même situation que lui mais aboutit à une fin heureuse.
Cet apprentissage correspond à celui de l’homme en général. La recherche du
bonheur n’aboutit pas toujours à ce que chacun espère. Seulement, avec respect de la
morale et intelligence (sans haine ni trahisons), on peut parvenir à un bon résultat.
74
Le Roi Lion, Walt Disney
75
Se promener, on découvre des choses, rester à la maison, on voit de la cendre ou de la poussière.
76
FANONY, F., L’Oiseau GrandTison, Tome1, Paris, L’Harmattan, 2001, p.265.
Analyse de la ruse dans les contes 50
3.2.L’antihéros
Simples d’esprit au départ, certains héros présentent des faiblesses face à leur
ennemi. Mandriangödra dissimule sa beauté sous un masque de boue chaque fois qu’il
sort de son coin : ainsi, il accepte la raillerie des gens, tandis que Le Pêcheur ne
proteste pas d’être expulsé de la maison familiale, se laisse enivrer par ses frères et
perd toute sa richesse.
En règle générale, les défauts et les faiblesses ne se rencontrent pas tellement
chez des héros des contes. Ils caractérisent cependant les antihéros 77 .
Alors que les héros sortent souvent gagnant d’une série d’épreuves : (luttes
contre des monstres, batailles,…) les antihéros échouent toujours. Après avoir vaincu
SeptEsprits, Randriambe GrandSeigneur tombe dans le traquenard. Les beauxfrères
de Lebokahely ainsi que son beaupère l’ont maintes fois piégé mais au fur et à
mesure que la situation s’aggrave, Lebokahely se montre plus courageux et sort
toujours vainqueur doublé de récompenses : perdu dans la forêt, il rapporte une
genette en retournant chez lui, prouvant ainsi son courage et sa force. La deuxième
fois, il rentre avec une grosse caisse d’argent qu’il fait fructifier chez lui. L’antihéros
goûte le plaisir de tromper, de voir souffrir le héros.
3.3.L’evolution des personnages
Au cours des voyages, les épreuves et les rencontres sont multiples ; ce fait
forge le caractère des jeunes héros tout en modifiant leur vision du monde. Leur
personnalité devenue mature se raffermit grâce à l’apprentissage intellectuel et affectif.
77
Le personnage qui se met toujours contre le héros
Analyse de la ruse dans les contes 51
spirituelle chez le héros. Laza Gloire possède dès le départ cette curiosité qui lui
permet d’analyser et de juger les manœuvres ou manigances de sa bellemère. Après
mûre réflexion, il prend la fuite ; il se retrouve dans une autre société à partir de
laquelle il prépare minutieusement sa vengeance contre ses beauxfrères pour les
corriger. Seulement ces derniers ne se rendent pas compte de ce qui les attend.
Fitofañahy SeptEsprits, pour sa part, découvre la triste déchéance de son père et se
venge sur Randriambe GrandSeigneur qui a osé tromper son propre père et lui
même. Pour venger son père, il envoie Randriambe GrandSeigneur par ruse à la mort
et devient son héritier (tous ses biens ainsi que sa femme).
Dans le Suicidéàlabagued’or, Möteny Chassieux se rend compte de la
monotonie de la vie dans la campagne ; celleci ne permet aucune évolution ni
développement ; il se fait alors scolariser en ville afin d’acquérir le savoir. Très motivé
et intéressé par l’enseignement, l’éducation et le développement, Koto (Möteny) quitte
son village natal. Mécontents, ses parents l’ont empêché d’y revenir. Gagné par le
désespoir il se livre à l’absurde, décide de se suicider. Mais au cours de sa tentative de
suicide, une aide magique lui est offerte : il reprend espoir et confiance en lui jusqu’à
ce que la trahison de sa femme l’oblige à l’exil et à l’emprisonnement. Mais il se rétablit
dans la vie avec l’aide de la bague.
L’apprentissage amoureux accompagne souvent l’initiation intellectuelle. Dans
ce cas, il se produit, soit au début du récit (Lebokahely), arrivé dans une société après
un long voyage (Mandriangödra, Möteny), soit avant la fin (SeptEsprits). Avoir un foyer
est l’une des choses les plus importantes dans la vie d‘un jeune en âge de se marier
dans les contes. Si le héros rencontre son (ou sa) bienaimé(e) au début ou au milieu
du récit, ils connaissent d’abord la souffrance avant de découvrir le bonheur, et le récit
de conclure : « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ». Dans la plupart
des contes Betsimisaraka, il est très rare de rencontrer cette conclusion.
Lebokahely, longtemps resté dans la misère, décide de tenter sa chance en
visant d’épouser la fille de Randriambe. A la fin du conte, il obtient la richesse qu’il fait
fructifier afin d’avoir encore plus de profit au lieu de se contenter de la dépenser.
Analyse de la ruse dans les contes 52
Tandis que Mandriangödra subit la jalousie de ses beauxfrères et l’expulsion de la
société, il finit par vivre dans la cour en épousant la princesse ; il devient roi à son tour.
Qu’ils soient issus d’une famille pauvre ou riche, les héros changent d’attitude
au milieu des contes. Lebokahely, si misérable, ose s’introduire dans la cour, au milieu
de la famille du roi, où il se montre patient, tolérant et compréhensif. C’est pareil pour
Mandriangödra quand il se moque de ses beauxfrères et de ses détracteurs. D’une
famille très aisée, bien éduquée et cultivée, Mandriangödra applique son savoirfaire
avec habileté, sagesse et intelligence. Il participe au combat sans se faire connaître ni
se faire honorer de sorte qu’à la fin du récit, la reconnaissance qu’on lui porte est
grandiose.
Dans les contes, on suit très rarement le déroulement de l’histoire à travers un
personnage secondaire, mais plutôt à travers le héros. Chaque personnage possède
toutefois sa fonction à travers le récit.
4.Les fonctions des personnages ou les « constantes »
Chaque personnage des contes garde ses propres fonctions tout au long du
récit. Que ce soit le héros ou le fauxhéros, il garde ses fonctions jusqu’à la fin de
l’histoire ; c’est ce qui maintient le caractère merveilleux des contes.
Le héros reste le personnage le plus présent dans le récit qui est pour la
plupart du temps, observateur.
Un être naïf et parfait est inséré dans un monde de vices et de maux où il doit
se protéger. Cela permet de montrer les absurdités, les injustices et les préjugés qui
dominent dans une société où le héros se trouve ou est envoyé par une force divine
afin d’instaurer l’ordre social. Bafla travaille pour un exploiteur mais comme il ne
possède pas le caractère pour le contrer, son fils est appelé à le remplacer. Sept
Esprits a sa façon propre à lui de « rendre le bâton à son propriétaire » et de corriger
les erreurs de Randriambe qui a pourtant eu confiance en lui dès le début. Il est
devenu son rival jusqu’à ce qu’ils s’envoient l’un l’autre dans la mort. Mais comme les
contes font toujours triompher le héros, SeptEsprits triomphe par son intelligence de
Randriambe.
Analyse de la ruse dans les contes 53
Dans le cours du récit, le héros des contes est en même temps la victime et
l’observateur qui devient, à la fin, l’observé. L’être vertueux est toujours récompensé
dans les contes même après s’être retrouvé dans une impasse. Son triomphe conduit
le lecteur, par un processus d’identification, à tenir compte de l’exemple et à se révolter
contre toute imperfection dans la société.
Les ancêtres et les auteurs des contes insufflent leurs doutes, leurs désespoirs
ainsi que leurs espérances et leurs satisfactions en utilisant un héros original, en
puisant dans leur vie personnelle, sociale et dans leur environnement pour imaginer
les déboires subis par les personnages.
Chacun de ces personnages présente un caractère exemplaire tiré de la vie
quotidienne de l’homme. Cela est le cas tant dans les contes contemporains que dans
les contes classiques ou traditionnels ; ils servent d’exemple moral, en partant de la
réalité telle qu’elle est, non d’une situation idéale plus ou moins illusoire.
Divisés en deux groupes (les bons et les méchants), les personnages
reproduisent le chemin que parcourt tout homme ou tout être vivant lors de sa
découverte du monde et de sa recherche du bonheur. Les personnages symbolisent
des types moraux utiles à la satire.
La description souligne le caractère du héros déjà évoqué par son nom (titre
de l’ouvrage) ou par l’histoire. De même pour l’antihéros, seuls les traits de caractère
contribuant à contrer le héros sont soulignés : les auditeurs savent que la bellemère
de Laza Gloire est très jolie, mais presque toutes les descriptions la concernant
décrivent uniquement son mauvais caractère.
Chaque personnage comporte des traits psychologiques propres. SeptEsprits
Fitofañahy est un être très rusé, difficile à tromper puisqu’il ne se laisse pas faire par
Analyse de la ruse dans les contes 54
son patron. Tandis que Randriambe (dans SeptEsprits) représente l’orgueil et donne
l’impression qu’il connaît tout, il sousestime ceux qu’il croit moins intelligents que lui.
La bellemère de Laza Gloire représente la jalousie, l’hypocrisie et l’égoïsme. Elle
n’aime pas rester dans la situation où elle se trouve mais en cherche encore une
meilleure. Elle désire prendre en même temps la place d’une épouse et d’un fils, mais
cela est contraire à la loi de la société parce que le fils (Mandriangödra) est encore
vivant.
Le récit, à travers chaque personnage, dénonce les vices humains. Lebokahely
rappelle un sage remettant sur le droit chemin un sujet errant, mais également la
persévérance. Le héros de Bingindrakakabe LeTambourdel’Ogre résume la
persévérance, la tolérance et se termine par le sort attribué à chaque personnage
selon son comportement comme lors du jugement dernier. La bellemère de Laza
Gloire symbolise un être borné, qui se contente du moment présent sans se soucier du
sort qui l’attend suite à ses mauvaises actions. Dans les contes modernes, le nom de
chaque personnage résume son caractère : le loup (méchant), le chien (sauveur de
l’homme).
La fonction des personnages dans le récit
Le schéma actanciel :
Le système des personnages tourne autour d’un personnage principal qui
favorise une compréhension facile du récit. Ce héros facilite la démonstration de la
morale voulue par l’auteur.
Chaque personnage assure sa fonction durant le récit. Parfois, un personnage
remplit deux ou trois rôles selon le récit.
Propp a formulé les quatre règles suivantes :
2.Le nombre des fonctions (pour un type de conte) est toujours limité ;
3.L’ordre des fonctions est défini ;
Analyse de la ruse dans les contes 55
4.Tous les contes appartiennent à une classe. »78
Ceci dit, les fonctions que l’on rencontre dans les contes suivent un ordre
hiérarchique comme la fonction Tache difficile réclame la fonction Accomplissement.
Ce modèle a pour but de faciliter ou de rendre possible la comparaison des
contes de différentes origines et en outre de mieux saisir les différents types de
variantes possibles, cellesci étant marquées par chaque culture de façon différente.
La plupart des contes reproduisent en général le schéma du système des
personnages du conte populaire autour du héros principal, qui tient le rôle du sujet.
Le rôle privilégié de la femme :
Elément primordial du schéma actanciel, la femme joue un rôle privilégié tantôt
l’objet et le destinataire, tantôt le sujet, qui mérite une analyse particulière.
Dans Mandriangödra, le père de Laza Gloire sacrifie l’être qui est le plus cher à
son fils pour guérir sa femme. Laza, dans un autre royaume, préfère la tolérance en
acceptant de rester dans la pauvreté jusqu’à ce qu’il puisse offrir à sa femme, Petite
Benjamine, sa vraie place. Misérable et laid tel qu’il est, Lebokahely tente sa chance
d’épouser la jolie fille de Randriambe, PetiteBenjamine, laquelle l’aime sincèrement et
le protège quand les siens s’acharnent pour le tuer. Satisfait du pouvoir magique de la
Bagued’or, Möteny part demander la main de la plus jolie fille de la société. Il lui a
78
Vladimir PROPP, La morphologie du conte, Seuil, 1965, in http://www.toutcomprendre.com
Analyse de la ruse dans les contes 56
procuré tout le bonheur et pourtant, la trahison de celleci le dépossède de tous ses
biens, le jette en prison et le conduit à en chercher une autre une fois sauvé. Le
système des personnages est plus complexe qu’il n’y paraît. Les protagonistes des
contes sont organisés en fonction de la démonstration sociale et s’insèrent également
dans le schéma actanciel tout en servant la satire. Cela permet au conteur de
présenter le récit sous une forme familière à l’auditeur, qui rend plaisante, vivante la
démonstration.
La qualification des contes par l’auditeur est le fruit du divertissement procuré
sans pour autant laisser de côté la réflexion. Par exemple, depuis l’Antiquité, le genre
fable illustré par Esope, puis au XVIIe siècle par La Fontaine, visait également à
instruire par l’intermédiaire d’une petite histoire plaisante, fantaisiste. L’originalité des
contes est sa simplicité, et le fait de terminer le récit, à travers le héros et ses
aventures, peuplées de ruses, par une fin heureuse et fructueuse les différencie de
tout autre genre littéraire.
5.Les formes de la ruse dans les contes
La ruse dans les contes, tout comme les actes des personnages, possède sa
morphologie. Comme elle ponctue le récit, la ruse aide le genre à garder sa forme
primaire. A son tour, elle est provoquée suivant les contes par des actes comme :
la sorcière enlève la princesse ;
la marâtre torture sa bellefille ou son beaufils ;
le père égare volontairement son enfant loin de son foyer ;
le père oblige inconsciemment son enfant à partir loin de son foyer.
Analyse de la ruse dans les contes 57
Que ce soit la sorcière, la marâtre ou le père, chacun a un but précis. Pour
atteindre leur but, ces personnages ont recours à la ruse à des degrés divers. Cet acte
est représenté par la fonction Méfait. Mais avant qu’il ne soit effectué, une ou plusieurs
fonctions le précèdent puisque le personnage ne peut avoir une idée en tête sans
raison ; souvent c’est la fonction initiale :
le roi refuse la visite de la sorcière ;
la marâtre est jalouse de la générosité de sa bellefille ou de son beaufils ;
le père n’arrive plus à nourrir sa maisonnée ;
le père, par son autorité, instaure une loi sévère.
Cette fonction initiale fait naître la ruse chez le personnage (marâtre,
sorcière,…) qui par la suite sera victime de sa propre manœuvre.
Ces fonctions pourraient se succéder comme suit :
Soit :
a)la fonction initiale :
Interdiction → Transgression → Méfait
soit :
b)la fonction initiale :
Départ du héros → Déplacement de héros → Arrivée du héros → Déguisement du
héros → Exclusion du héros.
Dans a), la ruse (la méchanceté) apparaît dès le début , avant le départ du
héros.
Dans b), c’est le héros qui utilise la ruse en premier qui sera pris par la société
où des tiers personnages essaient de l’éliminer, de le tuer. Nous remarquons
l’apparition d’un nouveau personnage qui aura une participation active dans le récit et
qui sera contre le héros ou apportera de l’aide au héros en exerçant la ruse.
La ruse est initiée par :
la jalousie → de la marâtre…
la haine → du beaufrère…
la curiosité → du roi, du prince…
Analyse de la ruse dans les contes 58
l’envie, le besoin de savoir → exemple : le conte Caractère bouillant du jeune
79
homme .
Par contre, un méchant, faisant subir à sa victime toute sa méchanceté durant
un certain temps, s’en repentira car « Ce qu’on fait se retourne contre soi » !
Nous distinguons dans chaque conte la diversité des traits psychologiques de
chaque personnage. Ainsi, l’action accomplie est toujours indépendante du
personnage, de l’enchaînement des actions entre elles, de leur importance et de leur
place dans la suite de toutes les actions réalisées dans les contes.
Les situations que tous les hommes vivent donnent naissance à cette
puissance intérieure chez l’individu selon sa façon de prendre en compte la gravité de
la situation. Il doit faire face à chaque événement qui se présente et essaie de
résoudre le problème pour se retrouver à l’état normal parce qu’une personne normale
trouve toujours une idée pour essayer de se sortir d’une difficulté. Certains individus se
moquent de certains problèmes mais d’autres les prennent au sérieux comme nous
pouvons le constater dans les contes. Cette analyse de la forme nous conduit à voir de
plus près chacune des formes de la ruse tout en scrutant leurs causes et
conséquences chez chaque individu représenté dans quelques contes. La ruse se
présente sous plusieurs formes pour ne pas dire que plusieurs personnes utilisent la
même idée pour atteindre un but visé. Il est à souligner que nous n’avons pas la même
capacité d’agir et de réfléchir. L’intelligence varie d’une personne à l’autre : c’est
pourquoi une réponse différente à une même question peut être obtenue à partir de
deux individus.
79
Rabearisona, Contes et légendes de Madagascar , Antananarivo, Trano Printy Fiangonana Loterana Malagasy,
1994, p.36.
80
Idem, p.73.
Analyse de la ruse dans les contes 59
L’homme agit selon sa conscience. Quand il a un désir à réaliser, des idées
surgissent en lui, demandant des moyens à utiliser pour la réalisation du projet.
Au fur et à mesure que le projet devient important, une force pousse l’homme à
s’avancer dans la bonne ou la mauvaise voie. En fonction de sa décision et de la
puissance intérieure qui le dirige consciemment ou inconsciemment, il recourt à la ruse
pour atteindre ce but en affrontant ses peurs ou ses appréhensions.
L’homme prémédite les actes de ruse qu’il va commettre afin d’aboutir à un
résultat positif. Il passe ses actes en revue par la pensée, et imagine leur déroulement
ainsi que les effets attendus. Suivant la gravité de l’action à réaliser et la force de son
adversaire, un être rusé est souvent angoissé, stressé même si son plan conçu semble
efficace et simple à mettre en œuvre. Malgré cela, sa force intérieure l’empêche de
faire marche arrière. Au contraire, elle le pousse à aller jusqu’au bout, afin de ne pas
être qualifié de faible et surtout d’arriver à ses fins.
Dans les contes, mettant en évidence pour la plupart du temps les normes
sociales, c’est le personnage le moins favorisé (cas de Ravetahely) qui sait le mieux
utiliser la ruse, parce qu’il est motivé à aller jusqu’au bout. Pour améliorer sa condition
de vie Ravetahely si pauvre et si misérable, trouve dans son rêve le moyen de
s’enrichir. Ravetahely propose alors à Randriambe un combat de taureaux : en cas de
défaite, lui et sa famille deviendraient esclaves de Randriambe ; mais en cas de
victoire, Randriambe lui céderait la moitié de ses biens. Randriambe, si riche, si fort, ne
craint pas l’issue de l’épreuve contre Ravetahely indigent. Il n’a donc eu recours ni à la
ruse ni même au Zañahary Créateur vers qui l’humanité se tourne en cas de difficulté,
de malheur, de joie, …. Par rapport au pauvre, un homme comblé de biens matériels
oublie souvent le Zañahary Créateur : c’est le cas de Randriambe. Comme il est
incapable de prévoir son avenir, Randriambe ne voit que sa situation actuelle et ne fait
pas référence à son passé, heureux ou malheureux. Il n’accorde pas d’attention à la
81
Voir Annexe VII, p.175.
Analyse de la ruse dans les contes 60
La conscience dicte en général la conduite de l’homme désireux de biens
matériels. Ravetahely, qui vivait depuis longtemps dans la pauvreté, ne cessait de
penser à Zañahary, par l’intermédiaire du Tangalamena ou sage de la société, de
l’honorer et de lui être fidèle car :
Son désir s’est réalisé grâce à l’aide du Créateur et à la ruse. S’il s’est
contenté tout simplement de son sort il ne se débrouillerait pas pour parvenir à son
idéal. Il serait toujours pauvre car « Zañahary tsy mitaha ny vaka » 86 . Notre désir « met
le feu sacré» en nous, ce qui nous procure une puissance, une force engendrée par la
foi divine et céleste, qui ne nous donne la conscience tranquille qu’une fois le résultat
escompté atteint. Ce désir prend possession de notre corps, de notre âme, nous met
dans un état d’insatisfaction qui travaille notre conscience devenue anxieuse. Le désir
82
Proverbe malgache : « La vie tourne et se retourne comme la roue d’une charrette. »
83
David de la Bible, l’Ancien Testament, http://www.bribe.net/forum.htm
84
Lars VIG, Croyances et mœurs des Malgaches, Traduit du norvégien par E. FAGERENG, édité par Otto Chr.
DAHL, Fascicule I, Trano Printy FLM, Tananarive, 2004, p.7.
85
Idem, p.7.
86
« Le Créateur n’aide pas les paresseux ».
Analyse de la ruse dans les contes 61
5.2.Sentiment pulsionnel ou agressivité pulsionnelle (Ravëtahely)
L’agressivité s’illustre souvent par des actes brutaux envers un objet ou un
individu. Pourtant elle se manifeste sous plusieurs formes. L’agressivité est l’action qui
consiste à nuire à autrui que ce soit de façon réelle, imaginaire ou symbolique. La ruse
peut résulter de l’agressivité suite à un sentiment de désir par exemple. Un individu
doit surmonter au cours de son existence, plusieurs stades d’angoisse (le traumatisme
de la naissance, l’angoisse de la dévoration, du huitième mois, du morcellement, de la
destruction, de la castration existentielle et l’angoisse de la mort). A chacun de ces
stades, la ruse s’instaure même inconsciemment. Selon le biologiste Lorentz :
« l’agressivité est un instinct naturel lié à tous les autres besoins vitaux, que ce
soit pour la prise de nourriture, la fuite devant un danger ou le comportement
sexuel. 87 »
Son origine est liée, principalement, à la libido pour la préservation du Moi,
intermédiaire du Surmoi et du Ça. Le plaisir est conditionné par le Ça qui est le pôle
pulsionnel. A ce stade, l’inconscient domine chez l’individu. Mais si le Moi, pôle
défensif, agit avant, il transforme l’agressivité du Ça en Surmoi qui réduit l’intensité de
la pulsion en se référant au réel : les interdits, la loi, les limites, …. Le Moi, conscient,
renvoie donc le sentiment pulsionnel du Ça au Surmoi. Sous la persistance du Ça et
sans intervention du Moi le Surmoi est vaincu. Par contre, le Surmoi triomphe avec la
résistance du Moi par l'inhibition du comportement agressif.
87
http://www.nistoud.fr
Analyse de la ruse dans les contes 62
la pulsion du Ça est bloquée. Ravëtahely, par son rêve, connaît un sentiment de
pulsion qui le pousse à affronter Randriambe dans un combat de taureau. Le Ça a pris
une très grande place au début mais par l’intervention du Moi, il revient petit à petit
dans la conscience. Il réfléchit profondément à cet acte qu’il va proposer à
Randriambe. Le Ça et le Moi se succèdent. D’une part, le Ça le démange pour
accomplir ce désir ardent que Ravëtahely ressent. D’autre part, le Moi revient sur lui
même en sauvant la personnalité pour rester dans le conscient et éviter de céder à
cette pulsion. Ravëtahely voit le danger externe de son acte s’il l’accomplit. Winnicott 88
parle du développement de l’agressivité avec le Moi qui passe par deux stades dont le
stade de noninquiétude pendant lequel l’enfant ne se soucie guère des résultats de
ses actes et le stade du souci dans lequel se trouve Ravëtahely. D’abord, le héros a
une pulsion qui le met dans l’Inconscient, le pousse à atteindre son but de devenir
riche. Mais, son Moi le remet dans le Conscient et lui montre la réalité : il se rend
compte de la personnalité de l’Autre, son adversaire Randriambe et surtout du résultat
de son acte sur celuici. Il se sent désormais coupable mais le Ça le pousse encore.
Alors, la ruse intervient, l’aide dans l’accomplissement de ce désir avec toute la
transparence possible, c’estàdire, il se reconnaît coupable d’engager un combat de
taureau avec Randriambe mais pour sauver ensuite sa personnalité, son statut social,
il lui propose un duel au terme duquel est établi la relation Vainqueur/Vaincu :
« Si ton taureau terrasse le mien, je m’engage avec toute ma famille à te servir
jusqu’à la mort. Nous te servirons comme escalves, au même titre que tous tes
esclaves.
Eh bien, dit GrandSeigneur, je te céderais la moitié de mes biens ! 89 ».
88
Winnicott, Donald Woods, in http://dicopsy.fre.fr/
89
Voir Annexe VII, $11, p.176.
Analyse de la ruse dans les contes 63
pour autant avoir le désir de nuire à autrui. La ruse de Ravëtahely a bien réussi et de
plus, il ne se sent pas coupable puisqu’il a agi avec conscience en proposant à
Randriambe ce combat.
La violence envers l’autre est donc écartée puisque Randriambe a accepté la
proposition. Pour éviter tout souci d’être condamné par la société qui portera atteinte à
sa personnalité, à sa conscience et à sa vie entière, Ravëtahely a eu recours à la ruse
qui l’aide à convaincre Randriambe sans le choquer ni le condamner par la suite. Il a
même choisi une punition qui sera pour toute sa famille et non pour lui tout seul afin de
convaincre Randriambe de s’engager dans le combat de taureaux. L’agressivité de
Ravëtahely n’est alors plus hostile puisque son adversaire a accepté sans hésitation le
contrat proposé. Le héros a tout fait pour égaler la part de l’un et de l’autre pour ne pas
blesser l’un ou l’autre. Comme c’est une agression de compétition, la loi du
Vainqueur/Vaincu est instaurée. Le dominé sera dans l’inhibition de sa défaite.
Cette situation conduit la plupart du temps à la vengeance, un sentiment
propre à chaque homme normal l’aidant à se défendre et à se battre contre l’injustice
ou bien à faire du mal aux autres.
La vengeance est un comportement qui peut être provoqué par les contacts
avec la société ou même avec la famille. Le comportement d’un individu vindicatif aura
de l’influence sur un enfant en relation avec cet individu. La SainteEcriture enseigne
qu’ « il valait mieux tendre l’autre joue plutôt qu’un poing vengeur à notre offenseur » 91 . La
vengeance est propre à l’homme. Seulement, elle est combattue par la conscience qui
vise le bien de soimême et d’autrui et refoule toute idée du mal. Dans certains cas
pourtant, la conscience n’arrive pas à pardonner en raison de la gravité de la situation.
La vengeance est en étroite relation avec la jalousie comme dans Faravavy zanak’i
Randriambe nariandry zôkiny qui ont perdu leur sœur cadette parce que celleci est
plus jolie qu’elles ; ou encore dans Bafla, Rain’i Fitofañahy où le héros se venge de
90
Voir Annexe II, p.118.
91
La Sainte Ecriture, in http://ideepsy.org.
Analyse de la ruse dans les contes 64
son père. La vengeance se présente sous plusieurs formes, allant de l’innocence à la
ruse, de la ruse au crime. On peut se demander s’il existe de bonnes ou de mauvaises
raisons de se venger. Le psychisme, qui ne peut pas maîtriser la force de son
sentiment coléreux, n’admet pas de rester dans la frustration créée en lui par une idée
vengeresse.
Dans le cas des vengeurs très violents, on est souvent en présence d’une
psychose puisque l’individu n’est plus maître de luimême en accomplissant un acte
bestial : il est conduit dans la voie de la déraison. Il existe cependant des cas où l’on
reste humain avec de la conscience humaine, mais où l’on adopte un comportement
bestial parce que son adversaire le mérite : il s’agit dans ce cas, d’une vengeance pour
se protéger.
Parfois la vengeance est accomplie par de la médisance ou des sarcasmes. Si
c’est la forme qui se présente, la personne est généralement complexée et fait preuve
d’une certaine faiblesse.
92
http://ideepsy.org
Analyse de la ruse dans les contes 65
L’équilibre recherché dans la vengeance n’aboutit souvent qu’à un cercle
vicieux : même si on peut arriver au but visé, la victime répond aussi par la vengeance
et, étant soimême mécontent, on réplique et ainsi de suite. On s’engage alors dans un
cercle vicieux qui, s’il commence par des ruses plus simples, peut aboutir à des actes
bien plus graves. La ruse dans le conte Bafla, Rain’i Fitofañahy est un exemple qui
peut illustrer ce sentiment de vengeance. Au début, Randriambe a utilisé la ruse visà
vis de Bafla en lui demandant d’apporter des cordes servant d’attache pour un bœuf
duquel il voulait boire du lait. Bafla demande de l’aide auprès de son fils Fitofañahy
SeptEsprits pour répondre à cette demande bizarre de Randriambe GrandSeigneur
qui veut boire du lait de bœuf ! Fitofañahy réplique à Randriambe en lui affirmant que
son père a accouché. Etonné par l’intelligence de Fitofañahy, Randriambe l’engage à
travailler pour lui, non plus comme gardien de bœufs, mais comme chargé de travaux
ménagers. « Toi, je ne t’emploierai plus à la garde des bœufs, tu vas t’occuper de notre
ménage, rien que ça. » 93 Ils étaient quittes de leur ruse. Seulement, Fitofañahy n’en est
pas resté là, il a possédé, par la ruse, la femme de Randriambe, son patron. En
l’apprenant, ce dernier se met en colère : il ordonne de jeter Fitofañahy, enfermé dans
un sac, dans l’eau profonde de la rivière. Grâce à la ruse, Fitofañahy a été sauvé. Il
s’est également emparé des bœufs et de beaucoup d’argent en trompant un pousseur
de bœufs 94 qui est jeté dans l’eau à sa place. Il retourne chez Randriambe en
racontant :
[…]
93
Voir Annexe II, $9, p.122.
94
On l’appelle le « Boanamaro », une troupe d’hommes achetant des bœufs loin de son village pour les vendre
ailleurs. Ils marchent en poussant ces bœufs jusqu’au lieu de la vente. Pour la plupart du temps, ils poussent depuis
le province de Majunga où on trouve beaucoup de troupeaux de bœufs.
Analyse de la ruse dans les contes 66
O ! Rien n’est plus beau. Ils t’envoient leur salutations, le père de ton grand
père, et ton grandpère, et puis ton père. Ils sont en parfaite santé làbas… Et
vous devriez les visiter un jour. » 95 .
Ces ruses ont évolué de la plus simple à la plus grave puisque Randriambe et
Fitofañahy ont chacun provoqué des meurtres. Leur vengeance est allée jusqu’à la
phase extrême. Fitofañahy est parvenu à obtenir des richesses et une femme en
réponse à la ruse qui avait été initiée par Randriambe.
Randriambe est pris à son propre piège. Dès le début, il se croyait le plus
malin, mais n’ayant pas réfléchi aux conséquences, il a récolté sa propre mort ainsi
que celle de ses enfants.
Il ne faut pas toujours faire confiance à n’importe qui. Dans ce conte,
Randriambe a engagé Fitofañahy en raison de son intelligence. Il lui a procuré plus
d’accès à ses propriétés qu’au père de Fitofañahy plus docile et moins intelligent que
son fils. Alors qu’au contraire, Randriambe aurait dû avoir plus confiance au père qu’au
fils qui a déjà essayé de le tromper en lui disant que son père avait accouché ! Une
personne aisée croit très rarement à l’intelligence d’un sujet moins favorisé que lui. Elle
l’estime toujours incapable d’agir comme il faut et quand il veut. Un proverbe
malgache dit : « Izay tsy mahay sandrify mahay fatambary » 97 , chacun a une part de ce
que le Créateur a offert. La ruse est propre à chaque individu de même que
l’intelligence. C’est ainsi, la plupart du temps, nous nous entraidons pour aboutir à un
meilleur résultat car « Ny hevitry ny maro mahatakadavitra » 98 .
95
Voir Annexe II, $68, p.125.
96
Idem, $10, p.125.
97
« Celui qui ne sait pas tisser une corbeille, sait tisser un panier ».
98
« L’idée d’un groupe est plus profonde ».
Analyse de la ruse dans les contes 67
La ruse (bonne ou mauvaise) peut être préméditée bien à l’avance. Fitofañahy
fait exprès de ne pas apporter la corde que GrandSeigneur le recommandait. Il
préparait déjà son coup de posséder ka femme de son patron à l’absence de ce
dernier. Mais elle peut aussi résulter d’une rapide réflexion : « dans un sac » 101 selon la
circonstance.
La plupart du temps, la vengeance est présente chez les deux protagonistes
(la victime et l’auteur du mal). Celui qui se venge en premier renferme en lui le
sentiment le plus coléreux envers sa victime. L’intensité de la colère envers lui incite
celleci à le pardonner ou à lui faire savoir que son acte est méchant, insupportable. Au
fur et à mesure que son adversaire avance et applique son idée de vengeance, la
victime se défend ou réplique pour que son adversaire arrête ou pour qu’il subisse la
même souffrance. Fitofañahy SeptEsprits réplique Randriambe d’avoir roulé son père
avec le lait de bœuf. Leur combat continue alors jusqu’à s’entre détruire parce que ni
l’un ni l’autre ne veulent supporter la méchanceté de son adversaire. Seule la défaite
de l’un ou son anéantissement met fin à cette bataille, sinon, la haine persiste entre les
deux camps. A la longue, la jalousie s’installe et crée une autre tension destructrice.
99
Voir Annexe II, $1, p.123.
100
Idem, $2, p.123.
101
« anaty gony »
Analyse de la ruse dans les contes 68
L’homme n’est pas satisfait de ce qu’il possède, de ce que le Créateur lui a
donné, que ce soit du point de vue matériel, physique ou spirituel. Jamais assouvi, il
n’arrête pas de rechercher toujours plus et mieux que ce qu’il possède déjà. A la
maison, un enfant boude parce qu’il n’a pas le même jouet que son frère; « mon voisin
vient d’acheter une voiture Renault, il faut donc que j’achète une BMW »; « mon voisin
de classe est plus intelligent que moi, ce n’est pas juste » ! Dans le conte Faravavy
zanak’i Randriambe nariandry zôkiny, la sœur aînée et la puînée jalousent la beauté
de la cadette. Il est très rare de rencontrer le comportement de Jacob dans la Bible à
qui son frère Esaü disait : « J’ai beaucoup de richesses » 103 et qui lui répondait : « Tu en
as beaucoup mais moi j’ai tout ce qu’il me faut ». Même si cela se présente dans notre
société entre deux individus, bien souvent on le dit juste par fierté, et la jalousie est
sousjacente.
En agissant par jalousie, un être agit en contradiction avec sa conscience. Les
filles de Randriambe savent qu’elles sont toutes les trois très jolies mais la plus jolie est
la cadette. « Alors, en ayant entendu que c’était la Petite Benjamine, la plus belle, elles lui
ont rasé les cheveux, et elles l’ont couverte de boue. » 104 La jalousie les conduit à la
haine, détruit la bonne entente entre sœurs puisque la cadette est frustrée par le
comportement de ses aînées, et que ces dernières nourrissent de la rancune envers
elle.
La psychologie de l’homme n’accepte pas l’infériorité, une situation qui la
pousse à la jalousie, à l’agressivité et même jusqu’à la haine.
Les aînées ne voulant pas monter sur le citronnier, elles forcent la cadette à y
monter en la menaçant « Vasy, ou bien on te tue ! » 105 . La menace est à son
comble. Suite aux tortures qu’elle a endurées en chemin (cheveux coupés et enduit de
boue fôtaka), la cadette n’éprouvait déjà plus que de la peur, de l’angoisse en
102
Voir Annexe V, p.147.
103
La Sainte Bible, Ancien Testament, in http://dicopsy.free.fr
104
Voir Annexe V, $5 p.148.
105
Idem, $15, p.148.
Analyse de la ruse dans les contes 69
imaginant l’épreuve qu’elle devrait encore subir si elle désobéissait. Cette menace
s’est aggravée et l’oblige à obéir à ses soeurs par peur d’être tuée. L’agression est en
même temps physique et morale. Psychologiquement, les deux sœurs ne supportent
pas l’idée que la cadette est plus jolie qu’elles.
La cadette est de plus, moralement, la préférée de la société. En s’en rendant
compte, les autres sœurs l’ont enduite de fôtaka (vase) (nihosôrampôtaka) afin que la
société la juge mal mais, au contraire, au fur et à mesure qu’on souille sa personnalité,
la reconnaissance de la société envers le bon comportement de la cadette ne cesse
d’augmenter. Tandis que les deux autres, de leur côté, continuent à l’enlaidir et à la
rabaisser, la société ne juge que les actes de chacune d’elles. Malgré cette jalousie qui
se transforme en haine intense, le caractère de la cadette ne change pas alors que
celui de ses grandes sœurs ne cesse de s’empirer. Elles auraient pu suivre l’exemple
de leur cadette. L’adage malgache dit : « Ny tarehy ratsy tsy azo ovàna, toetra ratsy sarotra
ialàna » 106 . La cadette obéit à ses sœurs en raison de son âge car les aînés ne
prennent pas au sérieux la parole des moins âgés. Par respect et intelligence, la
cadette ne cherche pas à utiliser la ruse visàvis de ses sœurs car psychologiquement
un Malgache respecte les dires d’un aîné : selon les ancêtres, une personne âgée est
plus sage et plus réfléchie. Dans ce récit, la cadette est consciente que ses deux
sœurs ne sont pas des modèles. Seulement par fahendrena sagesse elle ne les
contredit pas. Le comportement de ses sœurs aveuglées par la jalousie et la haine les
empêche de retrouver la raison. Elles agissent comme des animaux du fait de
l’intensité de la haine qui les ronge et qui atteint leur for intérieur. Il est impossible de
les raisonner.
Par contre, face à Rakakabe GrandMonstre, la cadette a eu recours à la ruse
pour que l’on vienne la chercher, la libérer de cette emprise, de Rakakabe. D’un côté,
Faravavy est tombée dans le piège de ses sœurs qui l’emprisonnent moralement ; elle
a besoin de secours pour se libérer de cette souffrance. D’un autre côté, personne
dans la société ne connaît le gros problème de Faravavy. Il fallait qu’elle appelle ses
parents ainsi que la société afin de leur exposer ce qui lui pèse, puisqu’elle doit
106
Proverbe malgache : « On ne peut pas changer un visage laid, mais on peut changer un mauvais caractère. »
Analyse de la ruse dans les contes 70
demander du conseil et de l’aide aux aînés. En entendant les supplications de
Faravavy, son père réunit les sages du village pour la sauver, libérer sa conscience
inquiète, torturée par ce que ses sœurs lui ont fait endurer. Elle ne peut plus supporter
cette souffrance physique et morale qui l’empêche de vivre normalement, qui la
soumet aux volontés de ses sœurs aînées : injustices, torture, ruse, mensonge,
exclusion.
En cédant à leur jalousie, les deux sœurs de Faravavy n’avivent que la haine
chez elles à tel point qu’elles n’ont pas conscience de détruire leur sœur et de se
détruire ellesmêmes. La victime ne venge pas ses sœurs mais essaie toujours de les
remettre sur pied pour faire cesser leur comportement dévastateur. Faravavy a peur et
de ses sœurs et de leur jalousie. Elle est trop faible pour les contrecarrer et demande
recours à ses parents pour la sauver.
Vivre dans la liberté en excluant toute haine et toute jalousie est le désir de
chaque homme. Mais comme il constate qu’il y existe des hauts et des bas ; jamais il
n’accepte une position inférieure à celle de son semblable même s’il n’a aucun moyen
d’y échapper. Pour l’homme, vivre heureux c’est posséder tout le confort matériel, plus
que ce que ne possède l’autre, et être plus beau physiquement. Alors que rester
simple, et vivre avec le nécessaire sans chercher de surplus, offrent une vie heureuse
et éloignent certains mauvais sentiments comme la jalousie et la vengeance. S’il ne
trouve pas ce qu’il cherche, l’homme ne sera pas heureux ; il risque de devenir plus
lamentable par rapport à son état normal. Dans le cas contraire, il est le plus heureux
mais ce cas ne se présente pas autant que son opposé.
La jalousie ne fait que détruire un individu physiquement et
psychologiquement. Les deux soeurs de Faravavy sont dévorées par la jalousie et par
la haine qui les entraînent vers l’expulsion de la société. Tout d’abord, elles ne seront
plus dans le foyer parental et perdent tous leurs avantages au niveau de la société.
Ensuite, en raison de leur acte envers leur sœur, ainsi qu’envers leurs parents, la
honte les dévorera tous les temps. Un individu pareil aura la réaction, soit de se
complaire dans sa haine et sa jalousie, soit de s’enfuir loin de ceux qui le connaissent.
Analyse de la ruse dans les contes 71
S’il y reste tout en continuant ses sentiments, il ne peut soutenir les propos de la
société. Enfin, même si la société l’accepte, il ne sera plus traité comme il l’était.
Agir positivement conduit vers une vie plus agréable produisant parfois un
miracle selon la sincérité et la confiance en soi. Pour cela, le désir qui naît en nous,
d’autres peuvent le sentir aussi. Toutes ces personnes voudraient atteindre le même
but que seule une d’entre elles atteindra. Chacune d’entre elles doit garder le désir de
vaincre.
5.5.Le désir (La fille de Randriambe et le citron 107 )
Se surpasser est dans la nature humaine. De tous temps, l’homme désire
dépasser ses limites. C’est le cas de l’époque actuelle avec la conquête spatiale et
l’évolution de la technique. Mais c’est également le cas depuis l’origine de l’humanité.
Le Dieu de la Bible a créé l’homme (homme et femme) à son image « Puis Dieu dit :
Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance . » 108 ainsi que toutes les choses
comme la nuit et le jour,…. S’il avait créé uniquement la nuit sans le jour ou l’inverse, le
ciel sans la terre, l’homme sans la femme, il n’aurait pas été satisfait. C’est pour cela
qu’Il a créé la femme pour accompagner l’homme. Adam et Eve furent créés et selon le
désir de Dieu, ils se complètent. Ces deux êtres que le Créateur a comblés de
bonheur, cherchent à en connaître encore plus de sorte qu’ils ont eu la tentation de
goûter le seul « fruit de la connaissance du bien et du mal » 109 du jardin d’Eden, suite à
l’instigation du serpent. Déjà, ce dernier avait réussi par une ruse à les piéger en leur
promettant une satisfaction immédiate. Leur forte curiosité à imiter Dieu les a conduit à
une situation désastreuse. Ensuite, par la ruse, conscients de leur nudité, Adam et Eve
se sont cachés. Depuis, l’être humain n’a cessé de chercher à améliorer sa vie en
exploitant sa propre intelligence, force qui n’est efficace qu’avec la ruse. L’homme est
créé satisfait mais il sentait encore de l’insuffisance même si son Créateur l’a
remarqué au début en lui offrant une femme pour la compléter. Ensemble, ils
éprouvent encore un manque, celui d’atteindre ce qui est interdit.
107
Voir Annexe VIII, p.181.
108
La Sainte Bible, « Genèse », chapitre I, 26a, Edition Vida, Nîmes, France, 1910 , p.1.
109
Idem., p.2.
Analyse de la ruse dans les contes 72
L’homme ne manque pas d’idées quand il a un but à atteindre. Il recherche par
tous les moyens à y parvenir et certains en trouvent grâce à leur intelligence. Chacun a
une certaine intensité de pulsions concrétisant son désir, ce qui le pousse selon son
courage vers un but bien déterminé. Les uns ne s’arrêtent qu’une fois leur but atteint
en dépit de nombreuses difficultés, les autres s’y engagent mais se découragent à mi
chemin, d’autres encore, par peur, par honte, par faiblesse, abandonnent. Le désir
ardent brûle l’intérieur de l’individu désireux, il en devient obsédé et cherche
absolument à réaliser son désir afin de ne pas en devenir fou. Car sa conscience
préoccupée ne voit que ce but à atteindre, qui le hante à chaque instant de sa vie. Il
s’inquiète en même temps de voir défiler dans son esprit différentes hypothèses,
différents actes (parole ou mimétique) lui montrant la façon d’assouvir son désir. Un
désir inapaisé peut aboutir à l’insatisfaction, la jalousie, la haine, l’hypocrisie et ainsi
qu’à l’agression si l’individu ne se contient pas. Un individu doit savoir mettre en
balance l’impossible et le possible, distinguer le bien et le mal et ne pas dépasser les
bornes.
Dans le conte La fille de Randriambe et le citron, les prétendants agissent
convenablement. Aucun d’eux en acceptant sa défaite n’a eu recours ni à l’agression,
ni à la haine. Le dernier prétendant a eu le désir ardent d’épouser la fille du roi. Il s’est
bien préparé pour remporter l’épreuve imposée par Randriambe à tous les soupirants
de sa fille. Il s’agit de faire tomber un citron, sur le giron de la fille assise droite sur une
natte sous le citronnier ce que personne n’est jamais arrivé à faire. Ce prétendant a eu
une idée très drôle mais néanmoins efficace, pour réaliser son désir, son rêve :
« Rabetsara a pris un miroir, et il l’a posé sur le giron de PetiteBenjamine… GrandSeigneur
jette les yeux sur le miroir, et il voit bel et bien que le citron était sur le giron de sa fille. » 110
Rabetsara est « un très beau garçon ». 111
« Le désir, chez Spinoza, est la manifestation de l’homme à exister et à
rechercher la joie qui est indissociable de la liberté. Le désir de force positive
mène l’homme vers ce but. Ce désir est dans la nature de l’homme ». 112
110
Voir Annexe VII, $7, p.184.
111
Idem, $5, p.183.
112
Spinoza, in http://dicopsy.free.fr
Analyse de la ruse dans les contes 73
Les premiers jeunes ou vieux hommes souhaitent réaliser leur désir qu’ils
espèrent les conduire à la joie, malheureusement ils n’ont pas réussi l’épreuve.
Rabetsara a, par contre, très bien saisi sa chance ; il a franchi le pas de la
complexité. Il ne sera dévoré ni de jalousie ni de haine, ce qui aurait été le cas s’il
n’avait pas fait preuve de ruse et avait laissé un autre saisir sa chance. Dans ce cas, il
a réalisé ce que sa raison lui dictait d’entreprendre.
Dévorée par la haine et la jalousie, la personnevictime n’accepte pas d’être
rabaissée au plus bas de l’échelle sociale.
Randriambe cherche un homme intelligent et curieux pour sa fille mais aucun
de ceux qui se sont présentés n’ont compris l’énigme de Randriambe. L’épreuve que
Randriambe fait subir aux prétendants de Faravavihely est la suivante : « Si quelqu’un
te demande […] et qu’il est capable de faire tomber un de ces citrons sur ton giron, alors
seulement tu accepteras […] Mais s’il n’est pas capable de faire tomber le citron sur ton giron
tu ne l’accepteras pas. » 113 Un jeune prétendant, selon la coutume Betsimisaraka, doit se
présenter chez les parents de la jeune femme à marier pour la demander en mariage.
Au pays des Betsimisaraka, une fille en âge de se marier est placée dans une autre
maison dans la cour même de ses parents. Elle y reçoit son ou ses prétendants et
choisit librement. Quand elle a fait son choix, elle présente son prétendant à ses
parents et celuici vient demander sa main. Au moment de la demande, le jeune
homme ne doit pas directement se placer à droite de la jeune femme. Selon la
coutume, la jeune femme appartient encore à ses parents.
113
Voir Annexe VII, $2, p.182.
Analyse de la ruse dans les contes 74
prendre la jeune fille : c’estàdire le jour du mariage. Le Mpangataka ou Mpikabary,
une personne très habile dans les joutes oratoires jouera un rôle très important dans
les demandes en mariage. Les Ray amandreny parents de la jeune fille introduisent
dans leur maison la famille du garçon en signe d’acquiessement. Dans le cas contraire,
ils refusent leur rentrée dans leur demeure. Devant cette situation, les demandeurs
n’ont qu’à rebrousser chemin.
Déjà, bien avant cette journée, les Ray amandreny parents se réunissent pour
organiser le Vody Ondry, Didy harena 114 , moment où ils négocient la somme à verser –
dot – à la bellefamille pour l’achat des effets nécessaires au nouveau foyer.
Le désir amène un individu à surpasser (dépasser) tout obstacle de sentiment
d’infériorité. Un jeune homme ressent toujours une certaine difficulté envers la famille
de celle qu’il désire épouser. L’intensité de sa sincérité, de sa confiance ainsi que son
espérance lui procurent la force de se présenter plein de respect devant les parents de
la jeune fille avec tous ses respects.
Le désir pousse donc l’homme à aller toujours de l’avant parce qu’il éprouve le
besoin d’atteindre son but. Ainsi, il lui arrive souvent que l’objet de son besoin
commande ses actes.
L’homme agit presque toujours avec ruse. Dans son for intérieur, sa
conscience, il utilise la ruse en fonction de ses désirs, pour y répondre
convenablement au fur et à mesure que l’envie de se procurer une chose augmente.
La pulsion pousse alors un individu à aller toujours de l’avant jusqu’à l’obtention de
l’objet de son désir. Si une personne possède cet objet, une autre peut utiliser la ruse
de se le procurer. Dans le cas où il l’obtient tout en privant l’autre, la vengeance naît
chez ce dernier et ils sont entraînés dans un cercle vicieux jusqu’à la destruction d’un
d’entre eux ! Dans ce combat qui perturbe la vie quotidienne, la jalousie et la haine
alimentent son esprit même si l’un d’eux reste impassible face à l’agressivité de l’autre.
Ces sentiments sont initiés par le désir qui est inhérent à l’homme depuis l’origine, et
provoquent le recours à la ruse, qui trouve donc sa source dans la vie. Celleci est dès
lors exprimée dans les contes.
114
Tradition du mariage
L’essence de la ruse et son expression dans les contes 75
L’essence de la ruse et son expression dans les contes 76
TROISIEME PARTIE : L’ESSENCE DE LA RUSE ET SON
EXPRESSION DANS LES CONTES
1.Orientation de la ruse
1.1.Ruse comme art : fantasme originaire
La pulsion exerce une force déterminante chez un individu. Elle prend
naissance dans le somatique pour atteindre le psychique. Elle renforce encore la ruse
qui est propre à l’homme depuis sa naissance. Les besoins de chaque personne
augmentent selon son environnement et ses conditions de vie ; ils le poussent à agir
par ruse en fonction de son désir. La ruse résulte donc de la pression de cette pulsion
par le somatique et le psychique. Bien qu’il y ait refoulement, au début (quand on est
encore petit), la ruse gagne plus de terrain avec l’âge.
Dès le commencement, l’homme est né avec la ruse en lui. Celleci est
devenue un fantasme à partir du péché originel où le Créateur a puni l’homme en
l’obligeant de « gagner son pain à la sueur de son front. 115 » A la recherche de ce pain,
dont il a besoin chaque jour de recourir à la ruse pour se satisfaire. Ce fantasme utilisé
consciemment ou inconsciemment lui est indispensable, indissociable pour se
considérer comme un être normal mentalement : c’est un processus de défense
élaboré par le Moi sous la pression du Surmoi et de la réalité extérieure permettant de
lutter contre l’angoisse.
Le besoin exige de la satisfaction. Ainsi, il s’appuie sur des objets qui sont des
supports de fantasme. Le fantasme est la condition nécessaire et suffisante pour
obtenir la jouissance, essentielle aussi pour l’épanouissement.
L’accomplissement exige la ruse pour éviter l’angoisse de ne pas obtenir l’objet
de son désir. La pulsion et le refoulement sont mélangés dans ce désir. L’un des deux
sort vainqueur selon le résultat de la lutte interne. La pulsion pousse à satisfaire le
désir tandis que le refoulement empêche par tous les moyens le but de la pulsion. Si
115
Ancien Testament, in http://dicopsy.free.fr
L’essence de la ruse et son expression dans les contes 77
cette dernière atteint le désir, la satisfaction est à son comble ce qui crée une
excitation intérieure ou extérieure. Dans le cas du triomphe du refoulement, la
mélancolie, la tristesse ou la colère est ressentie selon la gravité de la défaite. Ce qui
provoque le bouillonnement dans l’esprit qui atteint le système nerveux jusqu’au
désordre du fonctionnement intestinal.
Tout ceci se caractérise par l’agressivité d’une part et l’amour d’autre part
puisque la pulsion de la passion demeure. Chaque fois que cette pulsion persiste,
l’agressivité gagne du terrain, renverse tous les obstacles se trouvant sur le chemin de
l’accomplissement du désir. Tout autant, l’amour exerce sa puissance sur ce désir. En
agissant avec agressivité, un individu est poussé vers la destruction d’un objet, d’une
personne ou de luimême. Son sentiment ardent à parvenir au but visé le pousse à
ignorer toute peur. Esclave de son désir, dominé par sa puissance, il ne peut être dévié
de son objectif.
Même pulsion dans l’amour, seulement la représentation n’est pas la même
qu’avec l’agressivité. L’amour traduit une autre passion pour l’obtention de l’objet de
son désir. La nature de la pulsion ne se présente pas toujours de la même façon. Que
ce soit dans l’agressivité ou l’amour, la pulsion est toujours présente. Dans les deux
cas, la puissance d’action s’intensifie. Lorsque l’individu triomphe, il éprouve de la joie
mais la puissance d’action se retrouve en régression dans la tristesse. Joie et tristesse
n’empêchent pas la ruse qui est un fantasme déjà prêt à intervenir pour un autre but.
C’est dans ce cercle vicieux que la ruse de l’homme s’exerce. Triomphant ou
vaincu, un fantasme garde sa nature. Dans le cas de la ruse, le fantasme ne se lasse
pas d’intervenir afin d’accomplir un projet.
L’homme est ainsi fait que, les uns s’acharnent sur les autres. Ceci résulte
d’un désir profond qui le démange jusqu’à l’atteinte du but visé. Tant que son but n’est
pas atteint, l’homme restera perturbé consciemment ou inconsciemment par l’attirance
de son besoin ; son for intérieur le poussera à agir.
L’essence de la ruse et son expression dans les contes 78
La bellemère de Laza Gloire se trouve dans une telle situation quand elle veut
porter atteinte au bonheur de son beaufils. Elle trouve n’importe quel prétexte en
faisant semblant d’être gravement malade ; elle va jusqu’à payer les guérisseurs afin
de tuer le cheval de Laza. Elle a réussi brillamment son coup et pourtant celuici s’est
transformé en catastrophe puisque son mari éprouve une profonde affliction après la
fuite de son fils unique. La bellemère veut être la seule favorite de son mari alors que
celuici aime également son fils. Aveuglé par l’amour de sa femme, le mari ne se rend
pas compte de toutes ses manœuvres qui lui enlèvent ce qui lui est le plus cher : son
fils car :
« Jamba lehilahy amin’ny raha korañin’ny ninihelinjaza, tsy mahalala ny tëña
marina. » 116
Il a besoin d’une femme qu’il désire être sa compagne ainsi que d’un fils, pour
être son héritier. La femme est devenue esclave de ses besoins sans avoir conscience
du résultat auquel la gravité de ses actes va la conduire. L’influence de sa passion, le
besoin matériel et affectif la réduisent à un objet : elle n’est plus maîtresse d’elle
même. Elle est devenue esclave en réclamant sans cesse l’assouvissement de son
désir. Elle s’enferme dans une obsession qui la détruit au fur et à mesure de
l’intensification de son désir. Le père de Laza Gloire, perdant son enfant, en même
temps trahi par la femme qu’il croyait aimer, tente de récupérer Laza vainement ; il finit
par sombrer dans le désespoir. Quelle décision prendre envers une femme qui le
trahit ? Comment récupérer son fils ? Concernant ce dernier, il n’a plus le choix. Le
désir de la femme est réalisé ; elle a éliminé le fils pour occuper la place à elle seule.
Seulement goûteratelle ou non ce plaisir tant recherché ? Seule la conscience de
chacun peut donner la réponse.
Möteny se retrouve dans la même situation en sortant d’un monde enclavé
vers un monde civilisé où il découvre la modernité ; il fréquente l’école. Empêché de
continuer à goûter ce rêve devenu réalité, il décide de se suicider. C’est à ce moment
qu’il retrouve un avenir brillant en possédant une « bagued’ormagique » : son désir
se réalise à nouveau car il se retrouve même dans une situation plus favorable
qu’auparavant. Contrairement à la bellemère de Laza qui a gâché son bonheur,
116
« Un homme aveuglé par ce que la bellemère de l’enfant lui dise, ignore la vérité. »
L’essence de la ruse et son expression dans les contes 79
Möteny connaît le plaisir de vivre pleinement sa réussite dans la joie et le bonheur. Au
contraire du père de Laza qui voit son bonheur se transformer en misère et en
souffrance en raison d’un acte irréfléchi de son épouse, Möteny retrouve ce bonheur
par son courage et sa volonté.
La bellemère de Laza et Möteny ont été atteintes par la même psychose.
Mais pour la bellemère de Laza, cela s’est déroulé d’une manière indirecte : elle n’a
pas manifesté ses sentiments aux yeux de ses ennemis ; pour le second, la psychose
contre un monstre s’est manifestée en criant, en courant jusque dans la forêt, dans
l’eau.
L’être humain devient un objet lorsque son besoin commande ses actes. Le
besoin, exerçant une forte pression, devient automatiquement son maître car un être
n’agit qu’aux dépens de son besoin. L’homme se réduit alors à un esclave, réduit à
absolument satisfaire son besoin. Seule la stabilité de la conscience arrive à maîtriser
le psychisme pour limiter les pulsions ; elle garde l’état normal de l’esprit en évitant de
devenir déraisonnable, et de sombrer dans un état de folie.
On voit que la réalisation des désirs peut amener, suivant le cas, des résultats
positifs ou négatifs, et peut même conduire au désespoir.
1.3.La ruse, expression de la part manquante de la satisfaction
Cette unité se réfère surtout à l’Evangile au début duquel, l’homme nageant
dans une parfaite harmonie, ne manquait de rien. Au fil du temps, il y trouvait un
manque qui survenait de l’interdiction stricte du Créateur à propos de l’arbre de la
connaissance du bien et du mal. Cela nous rapproche de l’insatisfaction de l’être
humain qui dès son réveil cherche à assurer ses besoins et trouve tous les moyens
pour les satisfaire. Ces besoins recherchés sont cette part manquante qu’il continuera
à fouiller jusqu’à la fin de son passage sur terre.
La part manquante de la satisfaction sexuelle infantile peut constituer, ici, le
principal intérêt. En raison de son immaturité biologique, la masturbation de l’enfant
n’aboutit pas à l’orgasme. A l’âge adulte, il l’atteint mais le sentiment de manque
résiste toujours. C’est dans la nature de l’homme que réside cette insuffisance en soi.
L’essence de la ruse et son expression dans les contes 80
Mais cela ne suffit pas la plupart du temps, la nature humaine présente en
chacun de nous, avec une certaine pression ou prise de conscience, le refoulement,
etc.
Pourtant, l’homme cherche, selon le cas, à dépasser le refoulement dans une
attente imprécise. C’estàdire, sachant l’Objet de l’assouvissement de la satisfaction, il
attend la manifestation de cet Objet. Si le refoulement résulte de la culture, deux
attitudes peuvent être adoptées : soit l’individu se résigne à s’y soumettre jusqu’au
bout tout en éprouvant l’envie de se satisfaire, soit il peut encore espérer l’annulation
de la règle d’une tradition quelconque pour libérer la conscience de chaque individu.
Malgré cela, la culture reste mais réclame le refoulement de certains actes. Le Moi
exige de l’acceptation et aussi de la satisfaction car c’est devenu une habitude. On voit
donc que la réalisation des désirs peut amener, suivant le cas, des résultats positifs ou
négatifs, et peut même conduire au désespoir.
1.4.L’attachement, source de la ruse
La vie de l’homme depuis sa naissance est régie par la loi de l’attachement.
L’enfant est attaché à la Mère ou à la nourrice pendant les premiers mois de son
existence ce qui exclut toute autre personne étrangère à la famille. Il s’intègre à la vie
en société en commençant par ses contacts avec la Mère et puis aux membres de la
famille et ensuite à toute la société.
« La construction des premiers liens entre l’Enfant et la Mère, ou celle qui en
tient lieu, répond à un besoin biologique fondamental. Il s’agit d’un besoin
primaire, c’estàdire qu’il n’est dérivé d’aucun autre.117
»
117
CA n°2 (janvier 1992) in http://www.cahiersantispecistes.org
L’essence de la ruse et son expression dans les contes 81
Le besoin de nourriture est lié à cet attachement à la Mère. Au fur et à mesure
que l’Enfant grandit, il s’intéresse aux objets qui l’entourent et qui reviennent plus
souvent sous ses yeux. Cela se poursuit jusqu’à l’identification de son « Moi ».
L’Enfant devient plus indépendant et s’attache de plus en plus à la société tandis qu’il
s’éloigne de la Mère du point de la vue de la nourriture du contact sensoriel tout en
conservant avec elle le lien d’affection. Durant cette évolution physique et psychique,
l’Enfant réfléchit avec ruse, même inconsciemment : pleurer en cherchant le contact
sensoriel de la Mère, la nourriture ou la présence d’une personne,…. par lequel il
obtient du plaisir, de la satisfaction. Sa ruse est encore inconsciente mais les grandes
personnes le comprennent. La monotonie doit être rompue la plupart du temps jusqu’à
ce que, devenu plus grand, l’Enfant continue à explorer la société.
L’Enfant, par curiosité préfère fréquenter ce qui lui est étrange, c’estàdire
nouveau, attirant et qui ne lui fait pas peur, et semble merveilleux. Quand il trouve un
autre centre d’intérêt, il se lasse de l’ancien ou continue à y prendre plaisir tout en
profitant du nouveau et ainsi de suite jusqu’à un âge avancé. Le besoin est inné,
l’attachement se renforce juste pour satisfaire le besoin. Par ce besoin et son intensité
vient la ruse qui fait travailler l’esprit pour analyser l’acte futur ou immédiat qui
permettra de satisfaire ce besoin. Il ne se limite pas d’ailleurs au besoin matériel,…
mais aussi à celui de trouver un ou une partenaire. Le complexe d’Œdipe 118 se
dissipant, il se détache de la mère (ou, pour la fille, du père). Il cherche avec qui il peut
assouvir ce besoin qui lui est interdit visàvis de l’un de ses parents. Ce qui explique le
caractère inné du besoin puisqu’à la naissance, un enfant pleure pour montrer qu’il est
en vie. Ensuite, le toucher que la Mère exerce sur sa bouche avec son téton incite
l’enfant à ouvrir sa bouche et à téter pour se nourrir. Il en aura envie plusieurs fois au
cours de la journée jusqu’à un certain âge à partir duquel, le sein maternel ne lui suffit
plus pour satisfaire ses besoins quotidiens. Harlow 119 qui a étudié chez l’animal la
phase de l’attachement au détachement, montre comment le petit rhésus quitte la
Mère pour aller vers ce qui lui est inhabituel, étrange. « La Mère le retient mais il
118
FREUD, Sigmud, in http://fr.wikipedia.org/wiki/complexe.htm/
119
HARLOW, in http://ciepfc.rhapsodyl.net/
L’essence de la ruse et son expression dans les contes 82
La ruse de l’Enfant se développe de l’inconscient vers le conscient par les
expériences de la vie. La Mère lui a donné du lait pour le tenir en vie et le faire
grandir,…. Pour lui, la tétée est une source de plaisir, de satisfaction. Une fois que la
tétée prend du retard, l’enfant crie en la recherchant.
Enfant, Möteny reste chez ses parents au loin de la société dans la forêt, isolé.
Ce milieu le satisfait jusqu’à un moment où il cherche davantage la civilisation. Devenu
conscient d’autres réalités, il découvre grâce à son esprit critique qu’il ne peut pas se
limiter à sa situation d’isolement. Le besoin qui est inné donne naissance à la ruse,
maintenant il l’utilise avec plus de réflexion. Contrairement à ce que Jésus disait dans
la Bible : « Sambatra izay tsy nahita nefa mino. » 121 Le héros imite ce qu’un proverbe
malgache dit « Aleo mahita toy izay itantaràna. 122 » Möteny découvre alors qu’il existe,
quelque part, des choses qu’un homme sensé doit connaître, savoir, voir, découvrir par
luimême pour le plaisir et la culture. Il quitte ses parents et demande conseil auprès
du Préfet en lui demandant la permission de quitter le village pour suivre un
enseignement ailleurs. Il y côtoie la civilisation, la connaissance dispensée par l’école.
Le fait de chercher ailleurs marque déjà une rupture avec la mère ou un
détachement de l’Enfant envers la Mère. Rupture ou détachement ne veut pas dire
exclure complètement l’affection maternelle. Suite à l’évolution du mental, du physique,
il a besoin d’affection en plus de celle de la Mère. Il complète le manque par ce qu’il
considère utile dans la vie. Il retourne chez ses parents puisqu’il a toujours besoin de
leur affection. A chaque rupture, il réfléchit à recoller la relation, l’attachement qui
enrichit son expérience de la vie. La ruse se développe alors par ses différents
parcours de l’attachement à la rupture, par ses découvertes,…
Möteny est ensuite empêché de retrouver la civilisation, de continuer à réjouir
de cette civilisation qui lui fait tellement plaisir et qui comble le vide en lui. Ce refus
démontre l’attachement des parents à leur enfant car ils ne veulent pas subir
120
http://ciepfc.rhapsodyl.net
121
« Heureux est celui qui n’a pas vu mais croit ».
122
« Vaut mieux avoir vu qu’écouter ce qu’on raconte ».
L’essence de la ruse et son expression dans les contes 83
(connaître) une autre rupture en le laissant chercher ailleurs la satisfaction de ses
besoins. L’affection des Parents pour l’Enfant pose une certaine entrave dans la vie de
ce dernier. Möteny, déçu de la réaction de ses parents, se livre au suicide. Il perd sa
raison d’être puisqu’il est privé de ce à quoi il tient tellement. Une autre rupture se
profile avec la société. Il renonce toutefois à la mort après avoir obtenu une bague d’or
magique qui lui offre tout ce qu’il demande : une grande belle maison, la liberté, la
civilisation, une conjointe et la relation avec l’extérieur. Le détachement renoué,
Möteny profite pleinement de cette découverte et de cette liberté tout en restant chez
lui. La rupture réapparaît lors de son départ pour aller demander la main de la fille du
Préfet et de son emprisonnement dans le pays de l’Arabe.
Avec ces attachement/rupture, Möteny utilise la ruse qui l’aide à surmonter
différents obstacles. Au fur et à mesure dans son existence, l’homme enrichit la ruse
selon son expérience. La ruse est donc une arme innée en chaque individu pour faire
face aux différents événements de la vie.
1.5.Vaincre l’infériorité
Un individu ressent parfois de la frustration face à un événement, à une
personne ou à un objet dont il se croit supérieur. Il se passe souvent que cette
supériorité n’existe que dans un seul domaine que l’individu devrait connaître pour ne
pas se dévaloriser.
Les personnages des contes qui nous servent souvent d’exemples, témoignent
la plupart du temps de ce courage d’élever leur personnalité à un niveau supérieur. La
plupart fuient ce sentiment négatif qui les emprisonne non seulement dans leur vie de
tous les jours mais aussi dans leur vie psychique. Celui qui se culpabilise d’être
inférieur aux autres ne verra jamais sa vie psychique évoluer, au contraire il se
détériore d’une manière continue. En se comparant aux autres il n’éprouve que de la
laideur : ce malêtre l’entraîne à intérioriser, à cacher aux regards des autres ce qu’il
considère comme un défaut insurmontable. Toute présentation en public va, au lieu de
le rehausser, le conduire encore dans un sens négatif qui le ridiculise. Ce
comportement voulant améliorer les choses produit l’effet inverse de ce que l’on
cherche : il mène à la psychose puisqu’au fur et à mesure de son évolution, il continue
L’essence de la ruse et son expression dans les contes 84
à ne voir que cette infériorité, cela devient une maladie psychologique. Celui qui essaie
de se surmonter arrive à vaincre l’existence de cette infériorité tout en l’acceptant.
Ravëtahely se sent inférieur à Randriambe du point de vue fortune : lui si
misérable et Randriambe fort riche. Il cherche à mener une vie aisée sans devoir
chercher chaque jour ses besoins de subsistance. Par ruse, après une mûre réflexion,
Ravëtahely montre qu’il est inférieur à son challenger d’une part mais lui est supérieur
d’autre part. Pour cela, il ne reste pas dans son coin à imaginer tout simplement ce
qu’il a de meilleur ; en toute honnêteté, il va à l’encontre de celui qu’il considère
supérieur et qui le croit aussi, en lui proposant un combat de taureaux qui n’est rien
d’autre qu’un combat intellectuel puisque Randriambe sait très bien que son adversaire
ne possède aucun taureau. Le richard a quand même accepté le combat en suivant à
la lettre les idées de Ravëtahely, celui qu’il considère comme inférieur, sans prendre
compte de son intelligence. Ravëtahely triomphe alors honorablement en vainquant
son infériorité envers Randriambe ; il a pu montrer ce qu’il a de supérieur :
l’intelligence.
Chaque individu ressent de l’infériorité qu’il doit surmonter pour ne pas
sombrer dans ce sentiment jusqu’à la fin mais en essayant de vivre avec sans trop le
considérer. Au contraire, il doit se remonter le moral, comme le fait Lebokahely en
courtisant une princesse qui l’a accepté sans regret ni souci de son physique.
Lebokahely vivant avec ruse et un certain orgueil subissait sans trop se plaindre la
jalousie, la haine de ses beauxfrères. Il leur fait savoir que leurs manigances ne font
que rehausser son courage puisqu’il dévoile leur intention de le tuer. Tandis que son
infériorité diminue, celle de ses beauxfrères gagne du terrain car d’un côté Lebokahely
découvre leur projet, d’un autre, ses beauxfrères essaient de le cacher.
La compensation positive de Lebokahely est ridiculisée par ces ennemis. Mais
comme il agit positivement, sans trop manifester son orgueil, il aboutit à rompre cette
infériorité tout en réagissant ironiquement à la maladresse de ses beauxfrères.
Dans notre monde actuel, même les personnalités politiques, qui se montrent
maîtres de l’opinion publique, ont leur sentiment d’infériorité. Elles essaient de cacher
leurs infériorités devant le public mais au fond, la frustration d’être rabaissés, de ne pas
L’essence de la ruse et son expression dans les contes 85
parvenir au but visé ou de paraître ridicules les terrorise. Dissimulée, cette faiblesse
apparaît toujours surtout en public en raison de la nervosité incontrôlée lors d’un
discours. A partir de ce moment, cette personne ressent qu’elle s’affaiblit encore plus.
Cela atteint le système nerveux qui fait bouillonner de chaleur le cerveau et déranger la
voie digestive ce qui donne mal à l’estomac ou au ventre jusqu’à occasionner des
vomissements… qui calment enfin le trouble.
Chaque individu a ce sentiment d’infériorité plus ou moins intense en lui. Mais
se fait jour aussi la façon de dissimuler ce complexe, de le maîtriser pour ne pas
paraître ridicule en utilisant la ruse. Dans ce cas, la ruse est devenue un art puisqu’il
faut une certaine aisance, la maîtrise de chaque geste et de la parole pour sentir une
fierté au lieu de la honte. Ainsi, la satisfaction est à son comble même si parfois elle
n’est pas complète.
La ruse dans les contes détient une forte capacité intellectuelle. Chaque conte
en présente à travers les personnages, surtout à travers le héros et le fauxhéros.
L’auditeur se met à la place d’un des personnages et puis se réfère aux procédés
utilisés par ces derniers dans sa vie quotidienne selon ses besoins. Grâce à la
compréhension à la concentration de l’auditeur, le message du récit atteint la personne
visée qui accorde de l’importance à la leçon de morale dispensée tout en la partageant
avec les autres. Les contes parviennent à éduquer l’auditoire. Les ancêtres ne les ont
pas racontés uniquement pour se divertir mais également pour la pédagogie ; ils
récitent aussi en utilisant leur ruse pour transmettre la sagesse à leurs descendants.
2.Fonctions des contes
2.1.Fonction de divertissement
Tous les diseurs de contes dans le monde, que ce soit un enfant, un adulte ou
un expert, adoptent un ton plaisant ! Accompagnée de ruse, l’histoire devient plus
humoristique. La présence du conteur et de l’auditoire renforce les passages comiques
car les gestes, les mimiques et les intonations du conteur animent le récit.
Une complicité s’installe alors entre le conteur et son auditoire. Ce dernier suit
sans contrainte le déroulement de l’histoire : il se délecte de la naïveté des
L’essence de la ruse et son expression dans les contes 86
personnages, constamment trompés par les apparences que le conteur veut faire
partager.
Certains conteurs manient bien la parole et incitent ainsi les auditeurs à mieux
les écouter. Ces conteurs arrivent à mettre de l’ambiance dans l’assemblée que le
divertissement est alors total ! De nouveaux éléments sont ajoutés mais le contenu et
la portée du récit ne subissent aucun changement. Les amuseurs et les conteurs
acteurs bougent suivant le personnage, expriment ses sentiments (joie, chagrin, pleur,
…) de manière à attirer le public, pour que celuici suive bien le récit, et comprenne le
message à transmettre. L’art de la parole et l’art de geste sont mélangés ; ils riment
bien ensemble pour la satisfaction de l’auditoire et pour augmenter son divertissement.
Le conteur donne vie à tous les protagonistes des contes avec la voix qui change
successivement selon le personnage et ses actions (homme, femme, enfant, animal,
gentil, méchant, sorcier,…). Ce changement de voix propage déjà le rire dans
l’auditoire.
Le conteur change de geste, de ton, de voix selon son public. En racontant aux
élèves, par exemple, il ne va pas faire les mêmes gestes devant des universitaires ou
des hommes d’affaires. Il lui arrive d’ajouter d’autres subterfuges pour la concentration
du public. A partir des contes, le conteur s’adapte à son auditoire et aux besoins de
celuici tout en actualisant la tradition qui marque encore son originalité.
2.2.Fonction psychologique
Dès la période fœtale, l’homme développe déjà son psychique en même temps
que son physique. En fonction des habitudes, des sentiments, des actes de la mère
ainsi que des bruits qu’il perçoit de l’extérieur, il continue à vivre.
D’abord, l’écoute d’un conte nous sort de la réalité pour entrer dans un monde
imaginaire. Déjà, notre esprit découvre quelque chose de nouveau par rapport à nos
habitudes. Ensuite, le récit nous révèle la vie, le caractère,… d’un personnage auquel
nous nous référons dans notre vie quotidienne. Chaque personnage des contes peut
être trouvé dans notre société. Et à la fin, grâce à la ruse employée dans ces contes,
L’essence de la ruse et son expression dans les contes 87
nous recevons des leçons de morale qui raffermissent notre esprit. Ce qui nous permet
de nous référer à la ruse qu’un personnage exerce dans un conte. Nous en avons déjà
et en aurons encore besoin pour un meilleur usage de la ruse. Le besoin de connaître
des ruses constitue déjà une ruse. Parfois ce besoin est constitué par une simple
curiosité, parfois il naît d’une envie de tromper, de se venger ou de se défendre.
La ruse pose en effet des problèmes, propres à chaque personne, auxquels
sont confrontés les individus en rapport avec des membres, d’une famille, d’une
société, …. Cette ruse constitue aussi une manière de proposer des solutions, d’un
côté pour évacuer des problèmes, d’un autre pour les surmonter ; dans un sens
négatif, le terme montre l’habileté déloyale d’un individu envers les autres. Ce dernier
aspect est exclu des messages des contes parce qu’avec les ruses, ils ne forment pas
les hommes pour contrer la loi mais plutôt pour la respecter selon la situation. Ce qui
nous amène à conclure que les contes ont un rôle important dans la formation de la
personnalité.
En premier lieu, les contes visent à former les enfants grâce à des expériences
facilitant l’évolution psychologique. Ainsi toute la société les aide pour le passage de
l’enfance vers l’âge adulte. Les enfants abandonnés ou séparés de leur famille sont
soumis à une mort symbolique. Cette mort initiatique les insère dans une autre vie
totalement différente de ce que ceux de leur âge vivent. Ils reçoivent un enseignement
qui modèle leur personnalité pour accéder à un statut social. Ce passage est
indispensable parce qu’au cours de celuici, les jeunes héros font preuve de qualités
diverses dont les principales sont la discrétion, la patience, la docilité et le respect des
personnes âgées. Grâce à ces qualités, ils réussissent dans leur quête en dépit des
épreuves subies. Pourtant, un deuxième personnage qualifié de méchant a souvent un
comportement infantile, impoli, indiscret et indocile. Celuici échoue et est puni, parfois
de mort.
La ruse apparaît surtout dans ce passage où le héros et le fauxhéros prouvent
leur habileté pour triompher des épreuves dans la vie quotidienne et sociale. Une
épreuve passée avec réussite constitue une leçon de morale sociale.
L’essence de la ruse et son expression dans les contes 88
2.3.Fonction pédagogique
La pédagogie est un ensemble de connaissances, d’aptitudes, d’attitudes qui
permettent à l’enfant de reconnaître les valeurs requises pour la vie commune. Elle
vise à former des hommes et des femmes responsables et autonomes.
L’éducation au même titre que la formation est avant tout l’acquisition de
connaissances, de compétences, de qualifications, processus qui se déroule dans le
temps avec des moments situés dans un espace social déterminé.
Les contes ont également pour fonction de transmettre un enseignement par le
biais d’une histoire. Comment cette histoire estelle racontée ? Les personnages sont
d’abord vus de l’extérieur, à travers le regard de l’auteur. Nous entrons dans l’action
par le biais d’une période narrative.
L’efficacité des contes ne se limite pas à leur seule morale, encore fautil que
celleci se fasse bien entendre et sache attirer l’attention : variation des gestes,
d’intonation, de voix et de façon de raconter. L’auditoire comprend mieux l’histoire,
parvient à s’y insérer et à se mettre dans la peau des personnages. Ceci nous amène
à dire que les contes constituent un art d’enseigner, une création d’ambiance de
divertissement, une ruse pour l’atteinte de l’objectif de nos ancêtres. Il consiste à
former tout homme et tout l’homme selon la norme sociale ; l’acquis est à transmettre
de génération en génération pour une bonne moralité de la société.
La gaieté des contes n’est pas seulement présente dans la forme et dans
l’élaboration des personnages, elle l’est aussi dans la critique de la société, dans la
satire. De ce point de vue, le conte Un grand roi qui s’est fait gardien de porcs 123 est
très instructif : il fait la satire des courtisans, il satisfait sa curiosité de connaître la vie
des gens de la basse société et celle des courtisans. Selon certains auteurs, « Le
conte est un miroir … ». Il évoque notre façon de vivre de tous les jours, nos attitudes,
nos comportements bons ou mauvais, nos caractères,… et essaie de corriger nos
travers pour nous diriger sur le bon chemin.
123
Rabearison, Contes et Légendes de Madagascar , Antananarivo, TPFLM, 1994, p.73.
L’essence de la ruse et son expression dans les contes 89
La plupart des enfants se réfèrent au héros. Si le conteur leur a bien transmis
l’histoire, s’il les a aidés à comprendre l’histoire ; les élèves garderont l’histoire et les
leçons de morale de ce conte. Parfois, ils ont déjà vécu certains comportements des
personnages ou sont encore en train de les vivre à l’école, à la maison ou dans la
société.
Pour transmettre une morale d’une façon plus simple aux enfants, les ancêtres
utilisent des contes, la plupart peuplés de ruses. Les enfants ou les auditeurs prennent
des exemples dans les expériences des personnages selon leurs ruses et enrichissent
leurs connaissances intellectuelles. Parce qu’ils sont déjà expérimentés, les plus âgés
enrichissent, multiplient encore les ruses des contes dans le but de mieux, dans leur
vie et aussi dans les contes, transmettre le message, ou pour accentuer la
considération, l’attention et la concentration de l’auditeur.
Nous constatons que les ancêtres utilisent aussi la ruse pour l’éducation de
leurs descendants. Au lieu de se contenter de leur donner des leçons de morale tout
simplement aux moments propices, ils les améliorent à l’aide des leçons tirées des
contes. De plus, les ancêtres développent les ruses des contes toujours pour le même
objectif, dans un but pédagogique.
Nous savons déjà que les chants, les gestes, l’intonation, … font partie des
ruses du conteur. Nous pouvons aussi remarquer que le moment de réciter des contes
le soir où tous les membres de la famille, de la société sont réunis montre leur ruse : ils
veulent que chaque membre soit présent et bénéficie de leur éducation orale et que
chacun d’eux suive le chemin tracé pour assurer la continuité, la conservation et la
propagation de la culture.
L’essence de la ruse et son expression dans les contes 90
Chez les Betsimisaraka, « le conte est un miroir de la société. Il évoque les
mentalités, révèle les croyances et valorise certaines conduites. Le conte expose en
général des problèmes familiaux (entre frères, parents et enfants, coépouses, co
époux). » Il donne aux auditeurs une leçon à la fois théorique et pratique. C’est un
véritable cours d’éducation morale parce qu’à la fin du récit, une leçon de morale est
tirée, parfois sous forme d’interrogations.
Les contes s’adressent d’abord à tout le monde, et chaque individu en tire des
leçons. Ils constituent donc un moyen de corriger les mauvaises habitudes, une
orientation du mal vers le bien, une invitation à suivre le bien. C’est également une
mise en garde. Les contes demandent une prise de conscience et incitent surtout à la
prudence grâce à la morale, aux conseils donnés.
En quelque sorte, les content sont un moyen de nous corriger de mauvais
comportements. Quelle que soit notre position dans la société, notre personnalité,
notre niveau intellectuel ou notre compétence, les contes traite de valeurs
essentielles : la constitution du Moi de l’enfant, la transgression des interdits, la
distinction du bien et du mal. Si un soûlard s’est fait agresser en rentrant tard le soir,
les autres qui apprennent ce danger se sentent obligés de rentrer tôt tout simplement
par prudence. Un proverbe dit : « Prudence est mère de sûreté » ou encore
« Prudence est mère des porcelaines » 124 . Ceci dit, la prudence protège les meilleurs
en minimisant les risques qui peuvent se produire.
Les contes distraient, amusent et approfondissent la connaissance de la vie. Ils
éduquent selon la culture nationale. Ils aident à reconnaître les différentes cultures
(soimême et celle des autres), à se connaître soimême, à définir des valeurs. Ils se
répandent en transmettant donc la culture, et nous enrichissent également grâce à ce
124
Proverbe chinois, in Midi Madagasca r, journal quotidien, 1989.
L’essence de la ruse et son expression dans les contes 91
partage de connaissance. Clovis Fontano disait : « Le conte est un moyen de relation
entre les cultures ». 125 En un mot, plusieurs cultures se découvrent grâce aux récits
des contes.
3.Finalité de la ruse : N’estce pas la métaphore de la vie ?
Les contes ont une liaison très étroite avec les rêves et les fantasmes :
fantasme de dévoration le Petit Chaperon Rouge 126 , de consommation sexuelle … Ils
traduisent les processus de l’inconscient sous forme d’images en utilisant la ruse. Dans
les contes européens par exemple, le Renard illustre la ruse dans le sens négatif du
terme tandis qu’à Madagascar, c’est la Genette Fösa qui en est l’illustration en se
mariant avec une fille difficile alors que son but est de s’en servir de repas. « L’araignée,
le trompeur au grand corps des contes d’Afrique occidentale et des Caraïbes, […] le coyote, le
corbeau et le lièvre des contes amérindiens. » 127 La ruse du Petit Dernier Faralahy sauve
ses grands frères de l’impasse.
125
FONTANO, Clovis, in http://www.africultures.com
126
Mordicus, in http://www.sostoutpetits.org/
127
Encarta Encyclpédie 2005.
L’essence de la ruse et son expression dans les contes 92
Les grandes personnes promettent aux enfants de leur amener des bonbons
ou des jouets à leur retour pour les empêcher de pleurer ou de les suivre. Les
politiciens, pour avoir plus de voix au référendum, organisent différentes
manifestations, attractions, offrent des dons pour les démunis, les handicapés, les
orphelins, … ou construisent des infrastructures pour le peuple. Les militaires, les
religieux portent un uniforme pour les distinguer des autres. Les voyageurs peuvent
rencontrer en chemin des cambrioleurs s’habillant en uniforme de militaire, etc.
Toutes ces formes de ruse que ce soit dans le sens négatif ou positif se
rencontrent dans la vie quotidienne de l’homme. Pour réussir son examen, un étudiant
adopte un moyen facile et efficace tout comme chaque enseignant a recours aux
méthodes faciles pour transmettre vite et facilement plus de connaissances à ses
élèves.
Cela ne veut pourtant pas dire qu’un introverti ne s’en sort pas moins
facilement qu’un extraverti ! Toute réussite dépend de l’efficacité de la méthode
employée. Un individu très intelligent peut être dépassé par un autre plus passif et
inversément parce que rusé ne signifie pas intelligent. C’est l’habileté d’agir qui compte
surtout quand il s’agit de contrecarrer un adversaire ou quand on est pressé. On peut
être intelligent sans être rusé. La plupart des ruses renvoient au mensonge, à la
tromperie, surtout à la méchanceté verbale, par mimique ou gestuelle. Dans les
contes, seuls ceux qui sont simples d’esprit tombent dans le piège : le fort, le costaud,
le riche, sont terrassés par le plus petit, pauvre, handicapé qui est, vu de l’extérieur,
L’essence de la ruse et son expression dans les contes 93
faible, naïf, simple. Intérieurement, ce dernier possède plus d’habileté d’agir, de
réfléchir. Il ne se laisse pas avoir facilement parce que même faible, il se bat pour avoir
une vie meilleure. Il exprime le triomphe de la ruse sur la force et la bêtise des
méchants. Ces derniers sousestiment la faiblesse de leur adversaire ; ils ne font pas
attention puisqu’ils sont sûrs de leur force physique. Ils ne pensent pas que la ruse
peut devenir la revanche des opprimés et des faibles. Marc l’Ascete disait : « La ruse
et la malice sont un filet aux mille mailles. Celui qui se laisse prendre en partie, s’il ne
fait pas attention, sera entravé tout entier » 128 . Nous rencontrons différentes
manifestations de la ruse dans notre vie quotidienne que ce soit en famille, en société
ou au travail. Les plus grands, les plus forts, les riches ou les supérieurs exercent sur
les autres une influence insupportable. En revanche, ceux considérés faibles répliquent
avec une telle aisance pour terrasser leurs adversaires physiquement forts mais
irréfléchis et sûrs de vaincre l’autre. Et pourtant, « Ny mahery tsy maody tsy ela
velona » 129 . Dans le monde du travail, la violence sexuelle envers les jeunes femmes
en quête d’emploi résulte de la ruse du responsable de recrutement qui promet un
poste à celles qui acceptent ses exigences. Si cellesci répliquent un jour, il peut se
retrouver dans l’impasse.
La ruse a aussi un sens positif. Comme nous avons déjà mentionné plus haut,
elle est aussi utilisée dans un but positif. L’adversaire la qualifie toujours de mauvaise
intention parce qu’il en est la cible mais un être rusé n’agit pas toujours négativement.
Il peut avoir recours à la ruse pour se défendre contre le mal, pour réussir sans se
presser et sans faire du mal aux autres et obtenir car « Petit à petit, l’oiseau fait son
nid. »
Les sentiments jouent un grand rôle dans la réalisation et l’accomplissement
d’un acte de ruse. Joyeux, triste, malheureux,… l’homme utilise toujours la ruse :
quand il est déçu, pour attirer l’attention des autres pour l’encourager, heureux pour
partager sa joie, jaloux, pour dissimuler sa jalousie. Avec la haine, il essaie par
exemple de réagir extérieurement par un sourire alors qu’au fond, il manigance un
128
L’ASCETE, Marc, Chapitres sur la loi spirituelle, p. 172, in http://www.spiritualitechretienne.com/
129
Proverbe malgache : « Un fort sans prudence sera vite anéanti. »
L’essence de la ruse et son expression dans les contes 94
coup pour détruire une personne. Pour se procurer des avantages aussi, chercher à
appartenir à un groupe social, religieux, politique, etc. la ruse intervient toujours.
Ce procédé présent dans les contes suit la règle de la vie de l’homme. La ruse
conditionne la réussite d’un homme. Dans notre monde actuel, réussir une action est
impossible sans la ruse. La ruse se présente comme une manière d’enseigner. Porteur
du message des ancêtres pour toutes les générations mais il décrit aussi comment se
déroule la vie de l’homme dans ses défaites, ses réussites ainsi que dans son
homogénéité.
La narration décrit chaque acte de ruse pour la bonne compréhension de
l’auditeur. Elle se termine toujours par une moralité.
4.La narrativité du récit
Ø L’importance de l’assertion
L’intervention du surnaturel, du miraculeux dans le récit classe les contes dans
un contexte temporel indéfini. Il n’est en effet pas possible de savoir à quelle période
de l’histoire de l’humanité on parlait de surnaturel, sans évoquer la religion. Par rapport
au fantastique, le genre merveilleux ne se limite dans un contexte temporel et spatial
défini. Selon M. Van Gennep, « le conte est un récit merveilleux et romanesque dont le
lieu d’action n’est pas localisé, dont les personnages ne sont pas individualisés ». 130
Dès l’introduction du récit, l’énonciation « Il était une fois,… » déclinée dans
toutes les langues avec de nombreuses variations comme « Il y avait… » classe déjà
les contes dans le passé. De plus, l’imaginaire et le surnaturel dominent durant le récit
qui montre des objets, des animaux, des plantes,… dotés de parole, de pouvoir
magique. Ces animaux ou objets parlent comme les humains et imitent parfois leur
mode de vie mais l’auditeur n’en est pas surpris. Au contraire, ces événements
surnaturels provoquent l’émerveillement chez l’auditeur, le distraient et l’amusent. Il se
laisse emporter dans ce monde merveilleux plein d’imagination où il ressent les
sentiments des personnages, vit les actions de ceuxci et prend leur place. Cette
130
GENNEP, Van, Paris, Flammarion, 1910, in8 Bibliothèque de philosophie scientifique, in http://agora.qc.ca,
Gourmont (Rémy de), Les contes et les légendes ; in La Revue des idées, n°75, mars 1910, pp.217220.
L’essence de la ruse et son expression dans les contes 95
immixtion dans le récit rend réelle toutes les actions chez l’auditeur mais demeure
dans un passé incertain.
En suivant le cours du récit et tout ce que le héros vit (stabilité, désordre,
toutes sortes d’obstacles à surmonter, retour à une stabilité plus florissante que celle
du début), les conte résument l’objectif de la vie de l’homme durant son passage sur
terre. La vie l’oblige à se battre pour une situation meilleure que celle qu’il a eue au
départ.
Le vocabulaire utilisé renferme le thème du merveilleux. Partant d’une
situation, normale, l’apparition de la souffrance, de la douleur, de la terreur physique et
morale introduit un facteur d’instabilité. Le bon ordre se présente au début et à la fin du
récit. La temporalité fournit très rarement un temps précis : « Une fois », « et après un
certain temps », « mais après un certain temps », « Et un jour », « après deux jours et
deux nuits », « finalement », « lorsque », « une autre fois », « après des journées et
des journées », « arrivé un peu plus loin », « quelques mois plus tard », « après cent
ans ». Certaines expressions accompagnant ces marques de temps démontrent
l’évolution du récit ; celuici commence par le stade normal, pénètre dans le désordre
jusqu’à s’en sortir vainqueur ; ces expériences illustrent le genre merveilleux : « vit
avec son épouse et ses enfants », « perdre », « seul », « solitaire », « misérable »,
« pleurer », « malheureux », « tuezle », « grand monstre », « crocodile géant »,
« méchant », « devineresse », « bagued’ormagique », « talisman », « combat »,
« son sang coulait », « mort », « s’enfuit », « punition », « s’aimer », « mariage »,
« noces », « vécurent heureux », …. Les contes démontrent qu’un homme tombé dans
le désespoir, malgré la haine, la jalousie des autres ne se laisse pas abattre, fait face à
la dureté de la vie, vainc tout obstacle pour se retrouver dans une situation normale.
S’il attend tout simplement que ces obstacles disparaissent, il restera à jamais dans la
misère et il pourra même trouver la mort. La résolution de ces difficultés demande une
certaine réflexion, de l’aisance, de l’habileté. Rester naïf dans chaque action n’amène
pas la réussite mais conduit à la défaite car chaque individu cherche la victoire ; il ne
se soucie guère du mal que son succès va causer à son adversaire. C’est toujours la
loi du plus fort qui domine. La naïveté d’un adversaire facilite la victoire de l’autre.
L’intensité des expressions utilisées dans les contes met en évidence l’importance de
L’essence de la ruse et son expression dans les contes 96
la ruse dans la vie de l’homme. La méfiance, la prise de conscience envers l’adversaire
sont mises en évidence : « … cette vilaine espèce de PetitLépreux 131 » a remporté la
victoire. Celui ou celle qui est haï, traité de bon à rien « Qu’estce que c’est que ce
type si sale, si dégoûtant ! », « c’est écœurant de le voir là 132 » devient le roi, la reine.
L’évolution du récit est très rapide sauf au moment des épreuves visant à
l’atteinte du but visé ou à l’obtention de l’objet de recherche. L’ellipse domine pour ne
pas s’encombrer de détails qui pourraient allonger le récit. Dans Mandriangödra
CoucheDansLaFange par exemple, on décrit une période de trois mois avant sa
naissance. Et à partir de cette naissance, un sommaire résume une période de quinze
ans racontée en onze (11) lignes seulement : « Trois mois après, la femme accoucha… 133
». Les ellipses et les sommaires accélèrent le déroulement du récit. Les détails y sont
éliminés pour ne raconter que le vif du sujet en ne faisant ressortir que les objectifs des
contes.
Quand le narrateur veut expliquer plus clairement des détails concernant le
héros, l’endroit ou des renseignements relatifs à certains personnages ; il recourt à une
brève description juste pour la compréhension du récit. Il s’agit d’une pause descriptive
où parfois le narrateur décrit la rêverie des personnages, comme « Et son père, tu sais,
c’était son premier enfant, il était ravi » ou « Voistu, autrefois, c’était l’or qui était la richesse
des gens… 134 ».
Si quinze ans de vie sont résumés en onze lignes, la discussion entre la mère
et l’enfant s’étale sur seize (16) lignes : « Ô maman ! Quand tu auras accouché, …,
c’est un secret entre nous deux ! 135 ». Une discussion qui couvre juste quelques
minutes de l’histoire, ce qui constitue la scène parce qu’il s’agit d’un dialogue. L’emploi
de la première personne « je » et de la deuxième personne « tu » domine. La scène
est rarissime dans le récit d’un conte. Elle n’apparaît que dans la narration d’un
événement important pour en appuyer l’intérêt.
131
Voir Annexe IV, $3, p.140.
132
Voir Annexe V, $5, p.163.
133
Idem, $1, p.155.
134
Ibid, $1, p.155.
135
Ibid, $9, p.154.
L’essence de la ruse et son expression dans les contes 97
Les perspectives narratives, qui sont le plus souvent attribuées aux héros,
offrent à l’auditeur plus d’éclaircissements sur le déroulement du récit. Le narrateur
décrit en prenant le regard du personnage. Ce dernier regarde et c’est le narrateur qui
décrit ce qu’il voit. La description dans « Mandriangödra » : « Tous les gens étaient
déjà bien arrivés dans le parc. Ils étaient six hommes, et le roi faisait le septième. » 136 ,
fournit plus de détails sur le nombre de personnes qui accompagnent le roi pour tuer
son cheval « Malandibe » « GrandBlanc ».
Dans les contes, l’auditeur ne cherche plus à comprendre pourquoi un chat ou
un serpent parle. Si le titre est déjà « Rabosy sy Ravalavo » 137 « Le chat et la souris »,
les personnages sont principalement ces deux animaux. Le récit est régi par la
participation de ces principaux personnages même si c’est le narrateur qui l’assume.
Quand il y a une scène, c’est entre « le chat » et « la souris ». L’attention de l’auditeur
est plutôt attirée par l’histoire sans être étonné par un chat qui parle ni prendre la peine
de savoir si le chat parle vraiment ou pas et comment ? La compréhension est
évidente même si avec une bague, un personnage construit une énorme propriété
avec une très belle et énorme maison en or, des terrains de cultures, … ; il lui arrive à
commander des monstres selon ses besoins, à posséder de nombreux esclaves.
Abordons maintenant la répétition dans la construction de l’intrigue. Ce
phénomène de répétition est assez complexe. Les répétitions structurales sont
caractérisées par le chant, les actions comme le combat ou la perte du héros ; elles se
présentent deux, trois fois ou plus au cours d’un récit. La répétition des caractères
divers comme un élément vestimentaire, physique ou un objet se rencontre aussi dans
les contes.
Ø Répétitions structurales
La ruse se développe chez les personnages et les incite à répéter l’action, par
nécessité. Ces répétitions peuvent se montrer chez le héros comme chez son
antagoniste. Les répétitions dans les contes sont souvent faites à l’instigation du
narrateur: elles peuvent être identiques ou variées. Elles représentent l’échec ou la
136
Ibid, $5, p.158.
137
« Le chat et la souris », Conte raconté par un étudiant originaire de Maroantsetra, octobre 2004.
L’essence de la ruse et son expression dans les contes 98
réussite d’un personnage. Dans Mandriangödra CouchedanslaFange, le héros allait
au combat trois fois en effectuant les mêmes actions. Au départ, il quitte la cour avec le
« vilain petit cheval brun, borgne et qui avait la courante 138 », le remise dans son petit parc.
Ensuite, il va avec ses compagnons GrandBlanc, GrandMilan et l’Eléphante, à la
guerre. Avant de quitter le champ de bataille, il arrache toujours un objet quelconque
au roi et s’enfuit en l’emportant. Il ramène ses trois compagnons dans le parc habituel
et retourne au village avec le petit cheval borgne. Malgré la déception du roi suite au
nombre de ses soldats morts au champ de bataille, il donne une grande fête pour
célébrer victoire. Deux fois, il a prononcé : « Oh ! je suis content ! 139 » pour marquer sa
satisfaction. Le narrateur montre deux adversaires : l’un porte secours à son ennemi
alors que ce dernier continue à le haïr d’une manière sournoise.
Une multiplicité de redondances structurelles peut aussi se rencontrer. Elle se
répète tellement de fois et peut ennuyer l’auditoire. Elle se termine toujours par l’échec
du méchant, provoquant la gaieté chez le vainqueur. On peut assister encore à une
138
Voir Annexe VI, $4, p.165.
139
Idem, $2, p.166.
140
LEPONT, Michelle, La répétitions dans la littérature orale, Mémoire de Maîtrise, in http://myspot.org/
L’essence de la ruse et son expression dans les contes 99
forme de réussite momentanée du méchant mais celuici sera toujours condamné par
le conte. Dans « Les filles jalouses de Randriambe », par la demande incessante des
grandes sœurs de PetiteBenjamine, aux gens qu’elles rencontrent de savoir laquelle
des trois est la plus jolie, constitue une redondance dans le récit. La demande de
secours de PetiteBenjamine présente la même structure parce qu’elle la répète
chaque jour jusqu’à sa libération. Le conte qui illustre encore plus clairement cette
redondance structurelle est celui où la fille difficile refusant tous ses prétendants finit
par épouser une genette. L’absence et le retour de cette dernière durant des nuits
successives, dans l’intention de surprendre sa femme, ses bellessœurs et son beau
frère dans le sommeil pour pouvoir les manger, constituent la multiplicité de ses
actions.
L’intensification de la ruse du personnage peut être montrée à force de répéter
la même action qui le conduit soit à la défaite (cas du méchant) soit à la victoire (cas
du héros) en créant une série binaire, ternaire ou plus présentées par la répétition du
caractère du personnage ou de l’objet utilisé.
Ø Répétitions de caractères divers
Il s’agit d’une question de style qui ressort du merveilleux, de l’irréel pour
magnifier le récit. Le nom du personnage qui est souvent le titre du conte lui est
attribué selon son physique, son caractère, l’objet qu’il utilise souvent, …. Ces
répétitions sont, en général, présentes dans les contes traditionnels formant notre
corpus et aussi dans des contes de fées transcrits par Perrault et autres.
la fin du récit parce que c’était seulement à son arrivée dans ce village qu’il a obtenu
son second nom. Il y est vu extrêmement laid, répugnant mais il garde sa bonté. Avec
sa famille, Laza Gloire est extrêmement beau, noble, doué d’intelligence. Comme
Ambahitrila MoitiédeLiane est né moitié garçon moitié liane, ses parents lui ont donné
ce nom. Sa famille, à l’exception de sa mère, ne le considère pas comme un être
humain et le hait. Pourtant, il restait bon, patient et courageux avec une beauté morale.
Tandis que son père et ses frères, tous normaux physiquement, montrent une valeur
morale très mauvaise.
Fitofañahy SeptEsprits est bien particulier puisque son nom lui est attribué par
son père dès sa naissance comme une bénédiction : « Je vais aller trouver mon fils qui
garde nos poulets làbas. Ce n’est pas pour rien que je lui ai donné le nom de Sept
Esprits. 142 » Ainsi, il est devenu très intelligent et habile comme son nom l’indique.
Randriambe se reconnaît plus rusé que tant d’autres mais ce Fitofañahy l’a dépassé.
Durant le récit, dès son apparition, son habileté d’agir, sa haute capacité intellectuelle
se répètent pour contrer son adversaire qui semble plus rusé que lui.
La suite de l’histoire dépend du caractère du héros, de sa patience et de ses
qualités morales. Après la troisième reprise, le récit commence à donner la conclusion
à l’intrigue. Le fauxhéros est démasqué et le héros est reconnu par les différentes
tâches accomplies. En général, le récit se termine par le châtiment du fauxhéros
tandis que le héros devenu très riche monte sur le trône.
Dans toutes ses manifestations, la ruse renferme un but précis ; elle est
inséparable à l’homme commandé par ses besoins, ses désirs. Depuis la naissance,
un individu éprouve le manque qui demande la satisfaction. Les ancêtres démontrent
les différentes formes de ruses dans les contes pour le divertissement, la psychologie
et la pédagogie de leurs descendants. Chaque personnage d’un récit ou chaque ruse
fait référence à un ou quelques membres de la société.
En étant universel, les récits des contes renferment leurs spécificités dans la
narrativité. Ils sont comme toutes littératures qui suivent des règles générales.
142
Voir Annexe II, $4, p.119.
Conclusion 75
CONCLUSION
La ruse est un phénomène complexe, qui est fondamental dans le
comportement des êtres humains.
En réalité, la ruse est initiée par le désir, qui habite tout être humain depuis son
origine. Ce désir est là occasionné par les exigences pulsionnelles du †a. La recherche
de la satisfaction que ces désirs provoquent de l’angoisse chez le sujet. La ruse étant
un processus de défense élaboré par le Moi, sous la pression du Surmoi et des règles
et valeurs élaborées par la société, permet de lutter contre cette angoisse.
Ainsi, la ruse est en effet présente en chacun d’entre nous. Il est dès lors
normal qu’elle joue un rôle essentiel au sein des contes, dans le dénouement des
situations délicates.
Lebokahely, abandonné par ses beauxfrères dans une île, se nourrissait de
ruse après chaque offre que Zañahary lui a fait pour apaiser ses pleurs. Il se déclare
avoir faim, Zañahary lui offre à manger ; quand il a froid, il reçoit une couverture ; sans
abri, on lui a construit une maison ; quand il se plaint de ne pas avoir la richesse,
Zañahary lui a offert une caisse pleine d’argent. En plus, il a été accompagné chez lui
avec tout ce qu’il a reçu. Tout cela parce que Zañahary ne supportait pas ses pleurs !
La ruse étant universelle, elle peut être utilisée, selon les individus, de manière
positive ou négative. Rabetsara et les autres prétendants, dans Zanak’i Randriambe sy
ny voangy, se présentaient chez Randriambe avec ruse pour réussir l’épreuve
proposée en vue d’avoir la jeune fille en mariage. Aucun d’entre eux n’a présenté un
comportement de jalousie ni de brutalité envers Rabetsara, le vainqueur.
Par contre, la bellemère de Laza, dans Mandriangödra, en espérant bénéficier
de l’affection de son mari pour elle toute seule, essaie de détruire l’amour de ce dernier
envers son fils Laza. Cet acte n’a fait qu’empirer la situation car son mari et Laza se
sont rendus compte de sa manigance.
Conclusion 76
La ruse est utilisée de manière positive quand elle ne nuit pas à autrui : c’est le
cas lorsqu’elle est utilisée pour amuser, pour corriger un défaut de son protagoniste ou
quand elle est utilisée en cas de légitime défense.
Mais la ruse mal utilisée est dangereuse et peut nuire à autrui : c’est le cas
lorsqu’elle est utilisée pour tromper, pour piéger, ou pour s’amuser aux dépens de
l’autre. Dans un cas extrême, la ruse peut même amener à la destruction des
protagonistes.
Nous voyons donc que la ruse est non seulement un phénomène complexe,
mais que son utilisation est également difficile.
D’autre part, nous savons que les contes ont trois fonctions principales en
général dans la société à tradition orale et surtout dans la société malgache en
particulier. Il s’agit de la fonction de divertissement, la fonction psychologique et la
fonction pédagogique.
Pour sa fonction de divertissement, le conte utilise la ruse. Par sa fonction
psychologique, le conte fait comprendre les mécanismes complexes de la ruse ; il
montre donc dans quelles conditions elle apparaît. Dans la fonction pédagogique, le
conte décrit les conséquences positives ou négatives de la ruse, dans le but de
permettre aux auditeurs du conte d’utiliser ce stratagème à bon escient. En général,
les héros font un usage positif de la ruse, tandis que les antihéros en font une
utilisation négative.
Le conte comme phénomène d’oralité devrait pouvoir se revitaliser devant
l’envahissement de l’audiovisuel du monde contemporain qui prend pour objectif à la
fois l’éducation et la distraction du grand public. Les membres de nos groupes
devraient regarder jouer cette petite communauté décrite dans les contes ; elle est le
« modèle » de la société des hommes. Là se trouve une prise de conscience culturelle.
Le conte n’est intelligible que l’on a conscience d’évoluer dans une société semblable à
celle des contes. Mais la société des contes à son tour est rendue compréhensible par
l’expérience de la vie quotidienne.
Annexes 104
Annexe I : « Bingindrakakabe » (Le Tambour de l’ogre), Angano 30.
143
Le conteur a déjà raconté dans la même séance une autre histoire où paraissaient déjà les personnages de GrandSeigneur et de son épouse.
144
Mot à mot, il était jumeau avec une liane, né jumeau d’uneliane. Ce personnage faitpenser aux héros qui n’ont qu’une moitié de corps. Tsisila (C. Renel, t. I,
pp.209214), Ambahitrila et Isilakolona (dans les Angano , édit. Molet, pp. 165185, 186204).
Annexes 105
andeha ambelanareo añy, ho izy, ka izaho, ho izy matahotro.
Oh ! Vous m’avez laissé tout seul dans la forêt. Vous m’avez laissé làbas tout
6. Ka raha amaraiñy : seul, alors j’ai eu peur.
Amaraiñy eky izy, a baba, andeha hariantsika, hoy zareo e. 6. Le lendemain, même chose. Ses frères avaient dit :
Ià, ho izy. Papa, demain, il faut aller le perdre quelque part.
Lasaña koa zareo nandeha hañary anazy iñy. Oui.
7. Nandeha zareo, nandeha zareo. Tônga talöhalöha tañy, nitöndra alañana Et ils étaient partis le perdre une deuxième fois.
indraiky izy, tönga alöhalöha apariakany alañana iñy, mandeha tönga alöhalöha,
7. Ils ont marché, marché… Et lui, il avait emporté du sable, et tout en avançant, il
apariakany alañana iny. Izikoa tönga akañy iñy :
semait un peu de sable, le long du chemin. Quand ils sont arrivés loin làbas :
Ake anao e !
Reste ici, toi !
Ià, hoy izy.
Oui.
8. Zareo nôdy, nizahany koa tany, napariakany alañana iñy, nizahany, nizahany,
8. Mais dès qu’ils sont partis, il s’est mis à chercher les endroits où il avait semé son
bôroko tönga tañy antanàña.
sable. Et, en suivant ce sable, il est revenu au village.
9. – Anao, atsia, handeha aiza koa, ho izy ry zôkiny io ?
9. – Où estce que tu vas encore, lui demandent ses aînés ?
Izaho, ho izy, ambelanareo añy, izaho araiky foaña, ho izy, ambelanareo
Vous m’avez laissé làbas, tout seul, ditil. Vous m’avez laissé làbas dans la
añaty ala añy. Ka zaho avy akeo.
forêt. Alors je suis revenu.
Atsika amaraiñy handeha halaka kitay indraiky, Ambahitrila, fö anao, ho izy,
Demain, MoitiédeLiane, nous irons chercher du bois. Mais cette fois, papa a dit
volañin’i papa, aza mitôndra alañana, aza mitöndra fary izaiñy indraiky
que demain tu ne dois pas apporter de sable, tu ne dois pas apporter de canne à
amaraiñy e !
sucre !
Ià, ho izy.
D’accord.
10. Lasaña zareo, nandeha zareo, nandeha zareo, nandeha zareo, tönga talöhalöha
10. Et ils l’ont emmené, ils ont marché, marché, marché. Et ils sont arrivés loin, bien
tañy.
loin.
Ià hoy zareo…
Voilà, disentils…
11. Nôdy. Izareo nôdy iñy, tsy hita lalambe nôdy. Takañy izy nitomañy foaña
11.Ils sont repartis. MoitiédeLiane ne pouvait pas retrouver son chemin pour rentrer.
izy, tsisy raha nohaniny, ka izareo ôloño io efa tönga antraño añy, tsy raha hita
Il était là, en train de pleurer, et il n’avait rien à manger. Et pendant ce temps, les
ndraiky lalambe môdy.
autres étaient arrivés à la maison, et lui, il ne retrouvait pas son chemin pour rentrer.
12. Nandeha izy añy anñaty ala añy, misy antiboavy hely izay. Nañatoño an’i
12. En errant dans la forêt, il a trouvé une petite vieille. Il s’est approché d’elle. Il lui
antiboavy io tañy izy :
a dit :
Izaho tô, kaky e, ho izy, narian’iry zôky, ho izy Ambahitrila. Misy vahy ila
Grandmère, mes frères m’ont perdu. Tu vois, je suis à moitié liane, j’ai un côté
Annexes 106
anahy tô, ho izy, hambaña amimbahy zaho tô, avy takao, ho izy, teraka, qui est liane, je suis né comme ça. Et c’est pour ça qu’ils m’ont perdu.
narianjareo, ho izy.
Ah, lui dit la vieille, reste avec moi. (Et cette vieille était une grande devineresse.)
A, ho izy antiboavy io, ake anao ! (Antiboavy io ndraiky mahay mapila be Reste avec moi. Nous sommes malheureux tous les deux, nous pouvons rester
izy io.) Ake anao, ho izy, atsika aroy miaraka mijalijaly ake, ho izy ensemble.
antiboavy io.
13. Et ses frères làbas, le GrandAîné et le Puîné, ils étaient déjà grands. Leur père
13. Zareo koa efa naventy iñy : leur a dit :
A, ho izy babanjareo tamin’i Talañolobe möha i Fañarakaraka io, añy, ho izy, Eh bien, il y a par là un grand monstre, énorme. Allez le prendre, ce monstre, ce
misy kakabe fatiariñy izay, ho izy, andao andeha alainareo kakabe izaiñy, ho GrandMostreauxSeptLangues, allez le prendre !
izy. Kakabefitolëla izay andeha alainareo, ho izy !
Il voulait les envoyer à la mort, le GrandAîné et le Puîné.
Hamono i Talañolobe möhan’i Fañarakaraka koa izy.
Oui, père, répondirentils. Nous l’aurons. N’aie pas peur, nous le tuerons.
Ehë, baba hoy zareo, azonay fô aza matahotro anao, fö matinay izaiñy.
Il leur a donné à chacun un fusil.
Nomeñy basy tsiraikiraiky.
14. I koa fa nañano an’iñy, efa hitan’i antiboavy io tañy koa. 14. Or la vieille les avait déjà vus partir. 145
Ambahitrila, ho izy. MoitiédeLiane !
Ià. Oui ?
Ry zôkinao avy akañy, ho izy, handeha hitifitry kaka, ho izy, ke ho faty Tes aînés arrivent. Ils veulent tuer le monstre. Mais ils vont à leur mort. Il faut
zareo, ho izy, fö andao, ho izy, andeha vonjeo zareo, ho izy, anday basy itô, que tu ailles à leur secours. Prends ce fusil, va avec eux.
ho izy, miaraka aminjareo anao.
Oui, dit MoitiédeLiane.
Ià, ho izy.
15. Lasaña zareo telo mianaka andeha takañy. Indroy kakabe fatiariñy. Izikoa efa 15.Ils sont partis tous les trois. Voilà qu’ils aperçoivent l’énorme monstre. A peine
nahita an’i kakabe io i Talañolobe sy i Fañarakaraka io, latsaka basy jiaby, l’ontils aperçu, que GrandAîné et Puîné lâchent leurs fusils et se mettent à trembler
nangôrohôro, natahotro. Izy jiaby avy tañy, i lela nazy nitselatra iñy, nitifirin’ni de peur. Et sur eux qui venaient d’arriver, le monstre dardait déjà ses langues…
Ambahitrila avy takao, nihintsaña aby lëlanazy jiaby io. Maty kaka iñy. Nôdy MoitiédeLiane tire, et toutes les langues tombent, tranchées nettes. Voilà le monstre
zareo. mort. Ils sont rentrés chez eux.
16. Zreo tönga tañy : 16. Une fois arrivés, les deux frères disent :
Ehë, baba, hoy zareo, zahay tô koa hitavandra i Ambahitrila edy, hoy zareo, Vraiment, père, si nous avions compté sur MoitiédeLiane, nous serions déjà
maty takañy tsisy raha vita ! I Ambahitrila izaiñy nahita i kaka io, latsaka morts ! Quand il a vu le monstre, son fusil est tombé. Si nous n’avions pas été là
basy jiaby io. Tamin’i basin’i Ambahitrila latsaka, izikoa tsisy zahay nitifitry pour tirer, certainement MoitiédeLiane serait mort.
145
Grâce à son dos de devineresse.
Annexes 107
i koa io, maty Ambahitrila.
Ah, s’écrie le père, c’est très bien cela. Demain, vous repartirez, il y a un monstre,
A, ho izy babanjareo, tsara izaiñy. Amaraiñy, andao ndraiky anareo fö misy un peu plus loin, un MonstreauxSeptGenoux, allez lui tirer dessus, et tuezle.
kaka koa añy alöha añy, misy Kakafitolohalitry izaiñy, andeha tifironareo
Oui, nous le ferons.
koa izaiñy, andeha vonoinareo.
Et ils sont partis, d’un trait ils sont partis, MoitiédeLiane avec eux.
E, hoy izy, izikoa karahan’izaiñy, ià, ho izy.
17. Arrivés làbas, ils ont trouvé le MonstreauxSeptGenoux. Leurs fusils leur sont
Nanjavoño koa zareo nandeha, nanjavoño koa zareo, nandeha niaraka tamin
tombés des mains. (Je parle de GrandAîné et de Puîné. MoitiédeLiane, lui, restait
jareo koa Ambahitrila.
calme.)
17. Tönga tañy iñy, nahita Kakabefitolohalitry io zareo, latsaka aby i basinjareo.
18. Le monstre leur fonce dessus. Et dès que le monstre leur fonce dessus, Moitiéde
Talañôlo möha i Fañarakaraka io. Ambahitrila teo.
Liane tire : à terre, tranchés nets, les sept genoux du monstre ! Voilà le monstre mort.
18. I kaka iñy, niantomboko avy takañy, tifirin’i Ambahitrila teo. I kaka iñy, Une fois que le monstre fut abattu, ils ont piqué MoitiédeLiane de leurs fusils, par
niantômboko avy takañy, tifirin’i Ambahitrila avy takao, niraraka koa i lohalitr’i trois fois. Son sang coulait.
kaka io jiaby iñy, ilay Kakafitolohalitry io, maty. Niaraka koa io maty,
Alors, dis ! C’est toi qui l’as tué ? Ce n’est pas nous ?
nitribihinjareo basy Ambahitrila, tete ra.
Bon. Allonsy.
Anao nahafaty azy io, hoy Talañôlobe avy tao, tsy zahay ?
19. Ils s’en retournent, et ils disent à leur père :
Andao atsika.
Vraiment, si nous avions compté sur MoitiédeLiane, nous serions morts à
19. Lasaña zareo nôdy.
l’heure qu’il est.
E, ià baba, hoy zareo, Ambahitrila koa edy namaña, maty zahay tôy.
Alors que c’était MoitiédeLiane qui avait tué le monstre ! Mais ils se gardaient bien
Nefa i Ambahitrila nahafaty i kaka io fö tsy atoronjare. de le dire.
Nous serions morts, si nous avions compté sur MoitiédeLiane. Quand il a vu le
Maty izahay tôy i koa i Ambahitrila edy, hoy zareo, namaña. I kaka izaiñy
monstre, il a lâché son fusil, tellement il avait peur.
miaraka izy mahita kaka io, very aby basy anazy, hoy zareo, matahotro izy.
Bon, dit le père. Mais làbas, il y a, à ce qu’on dit, un crocodile géant. Demain
A, hoy babanjareo, arôho ndraiky misy voay be fatiariñy izaiñy, hoy zareo, vous irez le tuer.
andeha vonoinareo amaraiñy e.
Oui.
Ià, ho izy.
20. Et ils sont artis encore une fois. La petite vieille avait encore donné un talisman à
20. Lasa koa. Namian’i antiboavy helu iñy fanafody koa i Ambahitrila. Lasaña compté sur MoitiédeLiane. Ils sont repartis.
koa zareo nandeha.
21. Une fois arrivés làbas, ils ont vu le crocodile, qui était grand, énorme… Leurs
21. Tönga tañy iñy, niaraka nahita i voay be fatiariñy io, latsaka aby basinjareo i fusils leur sont tombés des mains. (Je parle de GrandAîné et de Puîné.) Et Moitiéde
Talañôlobe vao i Fañarakaraka. Ny an’i Ambahitrila avy takao, nitöndra kiso Liane, pour venir là, il avait pris un tout petit couteau. Il l’a lancé sur le crocodile. Et
heny. Nitifiriny voay iñy . Voay iñy nitsapôko nisambôriny amin’ny tañany. comme le crocodile se débattait, il l’a tiré par les pattes. Et il l’a pris à bras le corps, et
Famôrimpôriny reo amin’i Voay iñy, famôrimpôriñy zareo amin’i Voay iñy. il a lutté avec lui, en un combat sans merci. Il lui a planté son couteau dans le corps, et
Annexes 108
Natsisiny, nitombohiny kiso voay iñy, narôsony foaña i kiso io fö ampô, farany il a poussé, jusqu’à ce qu’il arrive au cœur de la bête. A la fin, voilà le crocodile mort.
maty voay iñy.
22. Une fois le crocodile mort, les deux frères assènent à MoitiédeLiane des coups
22. Niaraka i voay iñy maty, fandraka totobasy antalandöhan’Ambahitrila, de crosse sur la tête. Le sang coule. Ils disent :
mitete ra. Alors ? C’est toi qui l’as tué, hein ? Ce n’est pas nous ?
Bon. Allonsy.
Anao nahafaty azy io tsy zahay ? Hoy Talañolobe amy Fañarakaraka avy
akà. 23. Ils rentrent. Ils disent à leur père :
E, andao, ho izy. Vraiment, s’il n’y avait pas eu que ce MoitiédeLiane, il n’y aurait rien eu de
fait. Si nous avions dû compter sur lui, nous serions déjà morts. Quand la bête est
23. Lasaña zareo nôdy.
venue, il a lâché son couteau, il a lâché son fusil, dès que le crocodile est venu. Si
Ehë, baba, hoy zareo e, izikoa i Ambahitrila, hoy zareo, tsisy rahe vita, hoy nous avions dû compter sur lui ! Nous n’irons plus jamais avec lui.
zareo e. Izikoa hitavandra azy, maty foaña zahay tô. I raha i avy nariany
Ah non, dit le père. Ne faites pas cela. Vous irez toujours ensemble.
antsy anazy jiaby, nariany basy anazy, izikoa avy voay. Raha hitavandra izy
edy, izahay tsy hiaraka aminazy eky e. 24. La petite vieille, cette fois encore, avait fait sa divination… [Et elle avait vu que
GrandSeigneur donnait une nouvelle mission à ses fils aînés :]
Ehë e ! Aza mañano an’izaiñy, hoy babany, fö atôvo foaña.
Il y a làbas le tambour de GrandMonstre. Allez le cherche, ce tambourlà, allez
24. Nampila koa antiboavy iñy…
le chercher et rapportezle moi. Si vous réussissez à l’avoir, ce tambourlà, vous
A, hoy izy Randriambe avy takao, añy izay, ho izy, misy bingindrakakabe, êtes vraiment très forts.
ho izy. Alaivo bingindrakakabe izaiñy, ho izy, alainareo, ho izy, matanjaka
25. MoitiédeLiane a encore appris donc la nouvelle. Et la vieille lui a donné encore
mariñy anareo, ho izy.
des talismans. Elle lui a dit :
25. Reñin’Ambahitrila koa i raha iñy, namen’i antiboavy iñy aody koa i
Emporte ça.
Ambahitrila :
Oui.
Itô andôso e, ho izy e.
Il part.
Ià.
26. Et il y avait làbas une autre vieille qui était la gardienne du tambour en question.
Lasa.
Ils sont partis, ils ont marché, marché, marché, et une fois arrivés loin, bien loin, ils
26. Ary izy io misy antiboavy indraiky gardienn’i bingy io akañy. Lasa ont trouvé des gens de làbas, qui ont demandé à GrandAîné :
nandeha, nandeha, nandeha. Tönga talöhalöha tañy, avy ôloño talöhalöha tañy Où estce que vous allez ?
nivölaña : Eh bien, nous allons prendre le tambour de GrandMonstre.
Anareo tô handeha ho aiza ? Tamin’i Talañôlobe. Retournez sur vos pas, vous allez à la mort !
Ehë, andeha halaka bingindrakakabe. 27. Et GrandAîné s’est arrêté. Il s’est arrêté là. Mais le Puîné a continué, avec
UlcèresauxPieds, autrement dit MoitiédeLiane. Ils ont marché, marché…
Mihireña fô maty e !
28. Arrivés un peu plus loin, ils sont encore arrêtés par quelqu’un :
Annexes 109
Où estce que vous allez ?
27. Nidôko teo i Talañôlobe, nidôko teo. Nandeha koa i Fañarakaraka möha i
Eh bien, nous allons prendre le tambour de GrandMonstre.
Betombokantsôro, i Ambahitrila iñy. Nandeha, nadeha.
Retournez sur vos pas, vous allez à la mort !
28. Tönga talöhalöha :
Alors Puîné s’est arrêté à son tour.
Handeha aiza ?
29. Seul MoitiédeLiane a repris la route. C’est qu’il avait avec lui la foce de la petite
E, handeha halaka i bingindRakakabe. vieille, alors ! Il a marché, marché… Arrivé un peu plus loin, quelqu’un lui a dit :
Mihireña fö maty e ! Où estce que tu vas comme ça, MoitiédeLiane ?
Nidôko teo koa i Fañarakaraka iñy. Eh bien, je vais prendre le tambour de GrandMonstre.
29. I Ambahitrila foaña nandeha, efa nahazo hery tamin’i antiboavy hely iñy izy Retourne sur tes pas, tu vas à la mort !
ake ! Nandeha, nandeha. Tönga talöhalöha, nisy nivölaña :
30. Il poursuit sa route, il marche, marche… Et un peu plus loin, il trouve des gens
Andeha aiza, ho izy ?
qui lui demandent :
E, handeha hangalaka bingindRakakabe.
Où estce que tu vas ?
Mihireña fö maty e !
Eh bien, je vais prendre le tambour de GrandMonstre.
30. Lasa foaña izy, nandeha. Tönga talöhalöha, handeha.
Retourne sur tes pas, tu vas à la mort !
Handeha aiza anao ? Hoy zareo tamin’i Ambahitrila io.
E, handeha halaka bingindRakakabe, ho izy. 31. Il poursuit sa route, et finalement, il arrive làbas. Et là, trouve encore une autre
Mihirëña fö maty ! petite vieille.
31. Lasa. Tônga takañy izy. Misy antiboavy hely ndraiky.
32. Ary zareo, kaka io efa mandry, stisy raha reñiny, ary bingy io, pitahaña vañy 32.Et chez le monstre, voilà comme ils s’étaient arrangés : le monstre dormait, il
hely mañeno karaha avy eto Fenoarivo añy mahareñy an’i bingy io mañeno añy. n’entendait rien du tout ; mais son tambour, dès qu’on l’effleurait, il se mettait à
Aveo mipetaka aminazy, ipetahandalitry lasa teo i Tamatavy manontôlo battre, au point qu’on l’entendait d’ici à Fénérive 146 . Si on y touchait, comme ferait
mahareñy anazy. une mouche qui se poserait dessus, alors on l’entendait de toute la province de
Tamatave !
33. Izy avy takeo, nivölaña tamin’i antiboavy hely io :
33. Arrivé là, MoitiédeLiane dit à la petite vieille :
Izaho tô, ho izy, tamin’i antiboavy hely io akao, karahan’izao, ho izy, izaho Tel que tu me vois, pour l’instant je me repose, mais on m’envoie chercher le
mipetraka, ka andeha asaiñy halaka bingindRakakabe, ho izy, izaho tô. tambour du Grand Monstre.
34. – A, ho izy, kaka izaiñy indraiky, hoy izy, masiaka fö, izy koa môko, ho izy, 34. Elle lui répond :
rahavaviky, ho izy, i antiboavy volañinao izaiñy fö, andraso, ho izy, zareo Oh, mais tu sais, il est vraiment trop méchant, ce monstre. Et la petite vieille dont
mañano « Andrôngo, valavo, andrôngo, valavo… », miherotro, hoy izy, zareo, tu parles, c’est ma sœur. Mais attends ! Quand ils disent « lézards, rats, lézards,
rats… », c’est qu’ils ronflent, et que dans leur sommeil ils sont en train de
146
Ville située à une centaine de kilomètres de Tamatave, où se trouve le conteur.
Annexes 110
ary io zareo miherotro io, ho izy, mañonôfy, ho izy, zareo. Nôfinjareo koa, ho rêver 147 . Dans leurs rêves, ils disent « lézarr…rrds, rr…rrats, lézarr…rrds,
izy, mañano « a…ndrô…ngo, va…la…vo, a…ndrô…ngo, va…la…vo », zareo rr…rrats ». Et quand ils font leurs « lézards, rats, lézards, rats », c’est là que tu
koa efa mañano « andrôngo, valavo, andrôngo, valavo », izay anao mitöndra peux prendre le tambour.
bingy e.
35. Quand les monstres se sont mis à ronfler, qu’on les a entendus dire « lézarr…rrds,
rr…rrats », MoitiédeLiane n’y est pas allé tout de suite. Non, il a attendu qu’ils
35. Zareo koa fa niherotro kaka iñy, nañano « a…ndrô…ngo, va…la..vo »,
ronflent vraiment, qu’il les entende répéter bien clairement « lézards, rats, lézards,
mbôla tsy nandeha izy. Nierotro tsarabe zareo koa iñy, nañano « andrôngo,
rats », alors hop, le tambour sous le bras ! Et il est parti. Le voilà parti, filant
valavo, andrôngo, valavo, andrôngo, valavo », antañany bingy iñy, lasaña izy.
doucement, doucement, doucement… Et il était déjà arriové bien loin, quand… voilà
Nanjavoño izy, nanjavoño, efa lavitry be nisy vañy niantôfotro amin’ny vavan’i
qu’un moucheron 148 heurte la peau du tambour.
bingy iñy.
36. Et comme le moucheron avait heurté la peau du tambour : boum badaboum, boum
badaboum ! Boum badaboum, boum badaboum ! Boum badaboum, boum
36. Ny vañy iñy niampôfotro aminazy iñy nañeno bingy iñy : tsokomboromboño,
tsokomboromboño, tsokomboromboño ! E, tafaföha zareo kaka iñy, nanjavoño Badaboum ! Le tambour s’est mis à battre tout d’un coup. Et les monstres se sont
nañaraka. Nivakiny antôdiakôho araiky iñy,antôdiakôho avy tamin’i antiboavy réveillés. Et ils se sont lancés à sa poursuite. Alors MoitiédeLiane a cassé un œuf de
iñy, nanjary ranobe take. Nitsaka koa zareo, voay io. Izy tônga alavidavitry, poule, un œuf que lui avait donné la vieille femme. Et l’œuf est devenu une énorme
étebdue d’eau. Les monstres ont traversé cette eau, et pourtant elle était pleine de
ritry i rano iñy, nañindry koa, nañindry koa, nanjavoño, nanjavoño, nañindry.
crocodiles. Et ils l’avaient à peine traversée que déjà elle était tarie ! Ils ont continué
leur poursuite. Courant, filant plus vite et toujours plus vite.
37. Tônga talöhalöha, efa takatra koa i Ambahitrila. Tôndro be iñy nivakiñy koa 37. Un peu plus loin, MoitiédeLiane est sur le point d’être rejoint. De son pouce, il
antôdindamôka, nanjary ranobe koa take, tavela koa zareo, rakakabe i. écrase un œuf couvé qui libère encore une immense étendue d’eau. Les grands
monstres se trouvent, bloqués un moment.
38. Nanjavoño izy, nanjavoño, tönga talöhalöha izy, efa ho takany koa i
Ambahitrila, antoandro be ake. Najadony kakazo be fatiary, nanjary alandrahabe 38. Puis ils repartent à toute vitesse, à toute vitesse, et un peu plus loin, les voilà sur le
fatiariñy teo, fatsy tsy fatsy, ary zareo, kaka io nipetra takao, maty zareo, kaka point de rattraper MoitiédeLiane. Et il faisait grand jour. MoitiédeLiane a fiché
aroy. dans un sol un énorme bout de bois, qui s’est transformé d’un coup en une immense
forêt, pleine d’épines. Et quand les monstres se sont trouvés au milieu de ces épines,
39. A ! Nahazo bingy avy tañy, nivelominareo.
ils ont été déchirés. Morts, les monstres ! Les voilà morts, tous les deux 149 .
40. Hitan’i Fañarakaraka takeo.
39. Voilà ! Il a réussi à gagner le tambour. Et ils commencent à en jouer.
Ame tô, anao nahazo izy tô ? 40. Mais quand Puîné a vu ça :
Donnenous ça ! Ah, comme ça, c’est toi qui l’as eu, hein !
147
Les monstres (nous apprenons ici que GrandMonstre n’habite pas seul) ont leurs coutumes, qu’il faut connaître pour avoir une chance de les vaincre. En fait
ils font toutes choses à l’inverse des humains : quand ils veillent, ils restent parfaitement silencieux (sans doute ils sont à l’affût de leurs victimes), et c’est quand
ils dorment qu’on les entend parler, et même faire grand bruit… en effet ils parlent dans leurs rêves, et ils parlent des nourritures qui leur plaisent le plus : les
animaux répugnants, comme le rat et le lézard.
148
Vañy, techniquement une drosophile.
149
C’est ici seulement que nous apprenons que les monstres étaient deux.
Annexes 111
Il l’a roué de coups, une fois de plus. Le sang coulait à flots de la tête de Moitiéde
Dontsañinjareo koa, tete lasiteo ra antalandöhan’i Ambahitrila iñy.
Liane.
Anao nahazo izy tô, tsy zahay ? hoy zareo. Disle, hein ! Que c’est toi qui l’as eu ? Que ça n’est pas nous qui l’avons eu ?
41. Anefa i Ambahitrila nahazo anazy io. Lasa, tönga takañy tamin’i Talañôlobe 41. Et pourtant c’était bien MoitiédeLiane qui l’avait gagné. Et ils vont encore chez
koa. Niaraka hitan’i Talañôlobe koa fö vaky mitete koa ra amin’i Ambahitrila GrandAîné. Dès que GrandAîné a vu le sang qui coulait de la tête de Moitiéde
iñy, dontsañinjareo koa. Liane, il s’est mis à le rouer de coups lui aussi :
Anao nahazo it^$o, fö tsy zahay ? izikoa tsy zahay amin’i Fañarakaraka Disle, hein ! Que c’est toi qui l’as eu ? Que ça n’est pas moi et Puîné qui l’avons
azonao. eu ?
Oh oui, père. N’aie crainte, nous pourrons l’ouvrir 150 .
47. Nisokafiny letry tamin’ny sept heures. Lakile foaña miömba isankarazany,
tsymety misökatra. 47. On avait fixé l’heure de l’ouverture à sept heures du matin. On essaya toutes les
espèces de clés possibles. Aucune ne l’ouvrait. Alors on voit apparaître Ulcères
Ary avy takao Betombokantsôro. Izaho anie, ho izy, nañano i traño io, ho
auxPieds. Il dit :
izy, e.
C’est moi, vous savez, qui ai bâti cette maison.
48. Niaraka i Ambahitrila nivölaña an’izay, efa nikoñinjareo, efa nitete koa ra.
48. UlcèresauxPieds avait à peine fini de parler, que ses frères se mettent à le rouer
Anao nañano izy io, hoy zareo, tsy zahay ? de coups. Le sang coule…
C’est toi qui l’as construite, hein ? Ça n’est pas nous ?
Andraso, ho izy, izaho nañano anazy, ho izy, hanökatra anazy, hho izy !
Vous allez bien voir. Si c’est moi qui l’ai construite, je vais l’ouvrir, moi !
49. Izy efa nahazo hery tamin’i antiboavy hely io i Ambahitrila. Narôsony
taolankira, taolandrafian’i lakile araiky, nisökatra izy jiaby hatra amin’ny etazy 49. Et MoitiédeLiane avait avec lui la force de la vieille. Il a pris ne simple
baguette, juste une nervure de raphia, et il l’a mise dans la première serrure, qui
ambôny añy, nisökatra traño iñy. Mböla bingy jiaby io takao, mboan’ny entan
drakakabe lehy nivononjareo leha ny andRakakabe tañy. s’est ouverte. Et il a ouvert comme ça toutes les serrures de toutes les portes,
jusqu’au dernier étage. Et là, on voyait le tambour de GrandMonstre, et tous les
50. – Hitanao io, baba, ho izy, zaho nahafaty kaka iñy, ho izy, fö tsy zareo, ho izy affaires de GrandMonstre, qu’il avait prises à ceux qu’il avait tués.
e. Izahay, ho izy, izaho, ho izy, nahafaty kaka iñy, ho izy, fö tsy zareo, ho izy, e.
50. Tu vois, père, c’est moi qui ai tué le monstre, ce n’est pas eux ? C’est bien moi
Izahay, ho izy, niaraka karaha anio, ho izy, mandeha mamono voay iñy, ho izy,
izaho nahafaty voay. Nandeha namono kaka aroy iñy, ho izy, izaho namono kaka qui l’ai tué le monstre, pas eux ! Nous sommes partis ensemble pour tuer le
roy, ho izy. Nandeha nalaka bingindRakakabe, iñy, ho izy, izaho nahazo bingin crocodile, et c’est moi qui l’ia tué ! Ensemble encore, nous sommes partis
drakakabe, ho izy, fö tsy zareo, ho izy. Izaho foaña raha vangoinjareo, ho izy. chercher le tambour de GrandMonstre, et c’est moi qui l’ai pris, ce n’est pas
eux ! Et chaque fois, ils m’ont frappé.
51. – Ka e, ho izy babanjareo avy take, e, ry Randriambe avy take, anao mariñy,
ho izy, nahazo anazy io fö, firiky niany, ho izy, zanako anao. Fö irô, ho izy, be rö 51. Alors, leur père dit :
mandaigna, be tsy manjary io, ho izy, e ! Aleo vonoina añy io, ho izy, zareo roy. Alors, dit le père, GrandSeigneur, après cela, c’est donc bien toi qui as eu le
Talañôlobe, Fañarakaraka io. tambour. Désormais, tu es mon fils. Et ceuxlà, ce sont des aînés menteurs, des
E, aza vonoiñy zareo, baba, ho izy, fö ataontsika talen’andevo, ho izy, zareo. aînés bons à rien ! Ce qu’il faut faire d’eux, c’est de les tuer, le GrandAîné, et le
52. Natao talen’andevo. Puîné !
Non, père ! Ne les tue pas, dit MoitiédeLiane. Nous allons faire d’eux les chefs
Anao baba, ho izy, nitariky hañary izaho, ho izy, ataoko andevo, ho izy. I des esclaves.
mama, ho izy, nandrara zaho narianareo, ho izy, iñy, ho izy, mipetra miaraka 52. Et ils sont devenus les chefs des esclaves.
aminahy tô, ho izy. Et toi, père, dit encore MoitiédeLiane, c’est toi qui as voulu me perdre ! Tu
53. Izay ny bingindRakakabe. seras mon esclave. Mais ma mère, elle, elle voulait t’empêcher de me perdre.
Alors elle demeurera avec moi.
53. Voilà, c’était l’histoire du tambour de GrandMonstre.
150
C’est un test : cette maison est magique, et seul son vrai maître pourra l’ouvrir.
Annexes 113
Annexe II : « Bafla Rain’i Fitofañahy » (Bafla, Père de SeptEsprits), Angano 5.
151
En fait, plutôt richard, v. la note sur Ra ndriambe, au conte 1.
152
Formule de transition, classique dans les contes. Elle permet au conteur d’avancer dans le récit, en passant rapidement sir les moments où il ne se passe rien.
Annexes 114
153
Des plantes dont les feuilles se replient le soir, quand l’intensité de la lumière diminue. Le conteur s’amuse à situer son récit dans une atmosphère
conventionnelle des temps gasy, de l’époque où les inventions techniques des blancs n’étaient pas encore connues.
Annexes 115
Andao anao, ho izy, mitery aomby, pare tady anao mandraiñy, ho izy, fö
Va traire notre bœuf …, la corde est prête ce matin 154 , va traire le bœuf parce que,
hitery aomby vôsitry atsika, ho izy, mbö tihihinaña rononon’aomby vôsitry
moi, je veux boire du lait de boeuf.
zaho, ho izy.
Ià, ho izy Bafla. Oui.
12.Ka raha fa miheritreritry Bafla tamin’izy io, ary izy ray amandreny be 12. Bafla a bien réfléchi à la chose, à ce que le si grand personnage lui avait dit et il
ô… ! ary izy tsy afaka nikoraña taminazy. Dia nivölaña i Bafla : n’avait pas osé le questionner. Il se disait alors :
En ho izy, handeha amin’i zanako izaiñy, ho izy, fö, izay miandry akôhonay
añy izy, ary nataoko añarany Fitofañahy, ka andeha añy, ho izy. Je vais aller trouver mon fils qui garde nos poulets làbas. Ce n’est pas pour rien
13.Nandeha tañy i Bafla, ka raha fa nandeha takañy izy, nandeha tamin’ny que je lui ai donné le nom de Septesprits. Je vais aller le trouver.
zanan’io. 13. Bafla alla donc làbas trouver son fils.
14.Ho izy, amin’i Fitofañahy, ho izy :
Dia zavatra ataon’i Randriambe zaho, ho izy, nataony zaho, ho izy, dia izao, 14. Et il redit à SeptEsprits tout ce que lui avait dit GrandSeigneur :
ka zaho, ho izy, nivolañiny taminahy niany, ho izy. Ataovo pare tady, a Il m’a dit ceci, et cela, voilà ce qu’il m’a dit aujourd’hui … Prépare une corde nous
Bafla, fö hitery aomby tsika hitery aomby vôsitry, zaho ndraiky mbö ti allons traire un bœuf. Aujourd’hui je veux boire du lait de bœuf. Et je ne sais pas
hihinaña roronon’aomby vôsitry indraiky zaho izaiñy. Ka zaho tsy haiky comment faire pour avoir ce lait, aussi je te demande …
alañy ka mañontany aminao zaho.
15.A baba ! Izaiñy tsy hainao ? Ka izaho mahay izaiñy, anao baba, anao 15. –Ah, papa ! Tu ne sais pas ça ? Moi, je le sais, et pourtant toi, tu es mon père. Je te
babako fö azafady amonao fö zaho handeha añy. Ka zaho mandeha añy fö demande la permission d’y aller. Je te le dis, c’est moi qui vais y aller, dès que je
anao aza mandeha añy. me serai levé demain matin, et toi, n’y va pas.
16.He ! Manjary zaho tsy ho fatiny vö ? 16. –Hé ! Il ne va pas me punir ?
Ehë, anao miandry akôhontsika aketo fö akôhontsika böko tsisy
ampiandriandry Betsiriky eto izay, misy fösa misy vontsira. Ka izikoa kale Mais non ! Tu vas garder nos poulets ici, à Betsiriky, où il y a des genettes et des
öhatra ny raha mandeha añy atsika arolahy zaho hañatoro hevitry anao hötra furets. Et si nous allions làbas tous les deux pour que je te donne des conseils, il me
añy raha sarotro raha izaiñy. semble que ce serait plus difficile.
154
Détail réaliste. Il faut en effet une corde pour traire : les vaches sont en général plutôt rétives, et ne se laissent pas faire si elles n’étaient pas attachées.
Annexes 116
E ! Zaho, ho izy, zaho, ho izy. Mais moi !
Anà izôvy möa rö ? Toi, qui, mon gars ?
E ! Zaho Fitofañahy, ho izy. Moi, SeptEsprits !
Anao, Fitofañahy ! SeptEsprits ?
19.E ! Izay vao nandeha i, niföha Randriambe tönga izy. 19. Bon. C’est ça qui a fini de réveiller GrandSeigneur. Il vient voir.
Maladia, ho izy, a Randriambe, ho izy, fö amia bôrobôrotsimbo, ho izy, fö Vite, GrandSeigneur, donnemoi des vieux chiffons 155 , car mon père vient
niteraka i baba, ho izy. d’accoucher en revenant de chez toi.
A ! tsia, ino ?
Qu’estce que tu dis ?
Maladia Randriambe, ho izy, fö, amia börobörotsimbo fö niteraka i baba
akaho izy. Izy avy taminareo tetoy nametry, ho izy. Vite, GrandSeigneur, donnemoi des vieux chiffons, car mon père vient
A rö ! Anà zazahely karaha io hamitaka zaho ? d’accoucher. c’est en sortant de chez toi qu’il a accouché.
Ehë, tsy izaiñy koa Randriambe izaiñy koa mariñy, ho izy, ö ! Mon petit, tu veux me tromper ?
Ehë, ho izy, ino hampametry i babanao take nomaly izay kale ôlo lalahy
moa rö hametry. Non, pas du tout, GrandSeigneur, c’est une chose parfaitement vraie.
20. Tsy izaiñy koa an’i Randriambe, ho izy, añaovako izaiñy fö i baba Non ! non ! Comment estce ton père pourrait avoir accouché ? Hier encore, c’était
nomaly, ho izy, nandeha taminao tatô nasainao nitery rononon’aomby un homme, et il aurait accouché ?
vôsitry, ho izy. Nandeha taminahy takañy, ho izy, izy : E ! Zaho tô lany
fañahy asdain’i Randriambe indraiky zaho nivôlaña zaho e, i Randriambe io 20. –Mais voyons, GrandSeigneur, si je dis cela, c’est que hier encore mon père est
kony : Anao Bafla mandrambesa tady anao, fö tihihinaña rononon’aomby venu chez toi, et tu lui as dit de traire un bœuf. Il est venu me raconter qu’il était
vôsitry zaho. Izay ny naniny, ho izy, kale ; karaha inzay ndraiky i baba akà bien inquiet, parce que tu venais de lui dire de prendre une corde et d’aller lui traire
naletry ka ino ankalefahanao aminy ? du lait de bœuf, que tu voulais absolument boire. Voilà ce qu’il m’a dit. Et c’est
tout à fait la même chose : maintenant c’est mon père qui a accouché, et pourquoi
21. Ehë, anao edy, ho izy Randriambe, ö, i babanao iñy, rö, hely saiñy, kale estce que tu trouves ça risible ?
anà edy ny miasa aminahy ato maloto hevitry fö i babanao ampiandry
akôhonare añy. 21. –Hé toi, dit GrandSeigneur, hé, hé ! Ton père n’est pas trop fin ! C’est toi qui vas
Izaiñy, ho izy, Fitofañahy ? travailler chez moi. Toi, tu as des idées ! Et ton père n’a qu’à garder les poulets
Ià. Izikoa mañan’izaiñy anao edy rö ny mipetraka aminahy. chez vous.
22.E, izikoamañan’izaiñy zaho andeha amin’i baba añy zaho, ho izy, kale. Ah bon, dit SeptEsprits ?
Ka zaho handeha amin’i baba añy, ho izy, hivölaña zaho ho izy : anao baba Oui ! Puisque c’est comme ça, c’est toi qui va rester chez moi.
miandry vôroñontsika fö zaho izaiñy alain’i Randriambe hiasa e !
22. –Alors, je vais aller chez mon père, je lui dirai : toi, papa, tu gardes nos volailles, et
23.Ià, ho izy i Randriambe fö andao anao mahazo mandeha añy. Nandeha moi, GrandSeigneur me prend pour travailler chez lui.
izaiñy i Fitofañahy, nandeha tamin’i babany takañy.
155
Allusion à une coutume réelle. L’usage était en effet d’utiliser comme couches pour les bébés de vieux vêtements usés.
Annexes 117
156
Formule de transition, comme plus haut, § 5.
Annexes 118
I tady iñy ?
28. Et, GrandSeigneur toujours marchant le dernier, ils arrivèrent sur place.
E.
Où estelle, cette corde que tu as apportée, SeptEsprits ?
Adiaso zaho handeha, anao mitsinjöva ake foaña fö zaho andeha ihalak’i
La corde ?
tady izaiñy, ho izy.
Oui.
29.Tönga nihazakazaky izy nandeha ; ary madamin’i Randriambe io indraiky
Attends. J’y vais. Suismoi simplement des yeux pendant que j’irai làbas. Je m’en
bökany ôlo efa mipetraka antraño ake izy kale.
vais chercher la corde, ditil.
30.A ! Madamo, ho izy ! A ! Madamo, ho izy !
29. Il est parti en courant. Et la femme de GrandSeigneur, elle, gardait la maison.
Ô, ho izy i Madamo.
30. –Ah ! Madame ! Ah ! Madame !
Oui, dit la dame ?
Amio izaiñy raha angahoky korañin’i Randriambe. GrandSeigneur a dit de me donner ce que je te demanderai.
Ino möa atsiaña raha angahonao ? Et qu’estce que tu demandes, mon petit ?
Ehë, raha angahoky aminà, ho izy. Eh bien ! Je te demande ce que je te demande.
(Azafady fö tsy raha mañano koraã rahabeña fö izy izaiñy koraña raha (Faites excuses. Je ne voudrais pas dire ici des choses inconvenants, mais voyezvous,
naninjareo talöha kale tsy hay ny anjara.) c’est ça l’histoire, c’est comme ça que les anciens l’ont faite, et on ne peut pas connaître
31.Ehë izikoa mañan’izaiñy, ho izy, añontaniako edy : Ino moa raha son destin.)
nasainao nanontanianao i zaza io mö ?
31. –Ah ! Si c’est comme ça, dit la dame, je vais le lui demander tout de suite. Qu’est
Zavatra nangahony akañy aminazy.
ce que tu as dit à cet enfant de me demander ? 157
32. Be ! Nandihanany vadin’i Randriambe iñy, efa izay vao nondosiny tady.
Mais la chose qu’il demande, là !
Ba ! Efan’i Fitofañahy tô e ! Tady nangahonà, i avy ake anà… Anà
32. –Et hop ! Il a possédé la femme du GrandSeigneur, et ensuite i est revenu, avec la
vinoñy anao, fö anà nañala baraka zaho.
corde.
33.Nantsôviny Randriambe.
Bah, dit la dame, ce SeptEsprits m’a eue 158 . C’est la corde que tu devais demander,
E, ho izy Randriambe, izay tsy mivory, ho izy, na zafiky, ho izy, na
et après … Tu vas mourir, car tu m’as déshonorée.
zanako, ho izy, ary na ndevoko, ho izy, na talañôlon’andevo na
33. –On fit venir GrandSeigneur. Et GrandSeigneur déclara :
faralahin’andevo, ho izy.
Que tous se présentent à ma convocation, que ce soit mon petitfils, ou mon fils,
(Tamin’andro talöha izaiñy.)
que ce soit mon esclave, ou le chef de mes esclaves, ou encore le dernier des
esclaves.
(C’est comme ça autrefois).
157
Elle crie de loin, pour demander à son mari si c’est bien vrai qu’il a confié cette étrange commission au garçon.
158
Le conteur avance vite : sans doute la dame atelle ensuite reparlé de cette affaire avec son mari, et elle a découvert la supercherie de SeptEsprits.
Annexes 119
Seigneur 159 .
35.Izay nandeha izy. Ka raha fa nandeha i randriambe, navariñy tañaty gôny
35. Ils y sont tous allés, et GrandSeigneur aussi, et ils ont enfermé SeptEsprits dans
izaiñy i Fitofañahy. Izy navariñy tañaty gôny izy, nambelanjareo tan
un sac. Et après l’avoir enfermé dans un sac, ils l’ont posé un moment au milieu de la
teñateñan’arabe. Nambelanjareo tañ’arabe izy voatsentsy tañaty gôny. Avy
route. Et des toucheurs de bœufs 160 sont passés, conduisant leur troupeau. Les bœufs
ampanesy boanamaro nanesy aomby. Nanesy aomby ire. Raha fa tönga te i
arrivaient, et il y en avait beaucoup …
aomby io, maro zareo takañy…
36.A ! Ry zalahy, ho izy ! 36. –Oh ! Les gars !
Ary io ndraiky böko ny ôlo manesy boanamaro io ndraiky böko tsy maintsy
C’est lui qui les appelle. Et, vous savez, les toucheurs de bœufs, il y a en forcément un
misy alöhalöha hely e ! Añivoñivo ny sanany, alöhalöha ny sanany.
qui marche un peu en avant des autres. Les uns sont en avant, les autres au milieu des
A, ry zalahy, ho izy, tady völa ny anareo, ho izy, mbö tady völa ninahy
bêtes.
akato, ho izy. Ninahy aketo io, ho izy, mandray völa aivo, ho izy, isan
dera zaho akato io izao, ho izy, ka atôvonareo möramöra sabe misy Oh ! Les gars. Vous faites ce métier pour de l’argent, n’estce pas ? Eh bien moi
dian’aombinareo zaho, ho izy, e ! aussi ! Je touche cinq mille francs de l’heure 161 ! Faites passer vos bœufs tout
doucement pour qu’ils ne me piétinent pas, qu’ils ne me marchent pas dessus.
37.E, izikoa mañan’izaiñy, ho izy…
37. –Ah ! Si c’est ça …
A, rö tady völa izy ake i ?
Mais, vraiment, il gagne de l’argent à faire ça ?
E, ià !
Oui ! Oui !
E ! Zaho rö mbö hañano e !
Ah ! Alors moi aussi, je vais en faire autant !
38.Asesy malöha aombinareo, asesy arô, ho izy, avy ake izay vao, ho izy,
vahanareo izy tô kale, zaho avy, anareo miditry akà, izay vao zaho 38. –Poussez d’abord vos bœufs par làbas. Ensuite détachezmoi, et puis c’est vous
ampanjaitry anazy edy, h oizy, e ! qui entrerez dedans, et je recoudrai le sac, ditil.
Ià, ho izy i zalahy ampanesy aomby i. Oui, dit le premier toucheur de bœufs.
39.I koa fa nañan’iñy nalan’i ampanesy aomby i Fitofañahy, navariñy take 39. –Làdessus, un des toucheurs de bœufs a pris SeptEsprits, et l’a sorti du sac. Ils
zareo. Navarin’i Fitofañahy zareo, nalainy i aomby ireo navorivory tarô, izay ont sorti SeptEsprits, après avoir rassemblé leurs bêtes. Ils ont poussé leurs bêtes plus
vao navariñy Fitofañahy. Tönga tamin’i…, zahanao, izikoa fa nañan’iñy, loin, et c’est seulement ensuite qu’ils ont détaché SeptEsprits. Ensuite, voistu, une
nasesiny i aomby ire avy alavidavitry malöha izay vao nalainy indraiky fois que c’était fait, il a emmené les bœufs, et il les a conduits un peu plus loin. Après
navariny tañ’antara tsinjôviny fandihanany satria zareo fö i Randriambe möa quoi, les autres sont revenus pour le jeter à l’eau. Parce que GrandSeigneur voulait le
ôlo hamariñy anazy andrano ke mandiñy lera hely foaña, ka io koa foaña ilay faire jeter à l’eau, mais on l’avait posé là un petit moment en attendant, et c’est de ce
159
Une conclusion à laquelle il n’y a rien à répliquer. On se souvient d’avoir entendu la même formule dans la bouche de SireGenette au conte précédent (§ 11,
13, 17).
160
Les toucheurs de bœufs sont les employés chargés par une compagnie de commerce d’acheminer des bœufs d’un endroit à un autre. Le terme boanamaro, qui
désigne aujourd’hui ces convois de bétail, dérive du nom de la localité de Boanamary, près de Majunga, où était implantée depuis le début du siècle une grande
usine de préparation de viande frigorifiée et de corned beef.
161
A la date où le conte est recueilli, 60 000 Francs malgaches par mois font salaire tout à fait convenable.
Annexes 120
nalain’i Fitofañahy mböla tsara izay añaran’i Fitofañahy. petit moment que SeptEsprits avait profité. Vraiment SeptEsprits portait bien son
40.Alefa i Fitofañahy i ! nom.
40. –Allez ! Envoyez donc SeptEsprits !
Töngan’i Fitofañahy tafiditry take i Höva i. Be… ! nasesin’ny boanamaro. Mais en réalité, c’était un Höva 162 que SeptEsprits avait fait entrer dans le sac ! Le
K’ary ilay ampanesy aomby efa avy tañaty gôny e ! Nandeha izy. Ary convoi de bestiaux était très important … Et le toucheur, il était dans le sac. Sept
Fitofañahy izy efa nanesy i aomby ire. Tsinjotsinjôviny… ! amin’ny tanety Esprits du haut d’une colline, de temps en temps, jetait un regard sur celui qui était
ambo foaña ilay tafavariñy tañaty gony take. Avy Randriambe avy takañy enfermé dans le sac. A l’heure prévue, GrandSeigneur est venu le jeter à l’eau :
navariñy efa tôndroko ny lera ke :
Je vais le jeter ici. Jetezle, c’est un malfaiteur.
Ehë, avariky akato i. Avariñy izy e ! Ôlo efa ratsy izy.
41.Navariñy tandrano. Tsinjôviny… ! fandehany. Zahanao, nandeha 41. –On l’a jeté à l’eau. Et SeptEsprits suivait fort bien la chose des yeux … Il a
nambidiny aomby i. I koa fa naty böko i ôlo, koa fa voavariñy böko, efa maty poursuivi son chemin, poussant les bœufs. Ceuxci vendus, il est revenu pour parler à
edy e ! Nandeha izy, nandeha izy, nasesy i aomby ire, voavidiny i aomby ire, GrandSeigneur.
niheriñy izy, nikoraña tamin’i Randriambe ake. Ah ! SeptEsprits, encore toi ?
A ! Fitofañahy mböla anà koa möa rö avy ?
42.E ! Zaho iñy tsy raha naty, ho izy, zaho, ho izy, raha navarinareo añaty 42. –Oui. Je ne suis pas mort. Quand tu m’as fait jeter à l’eau làbas, il y avait là votre
raño foaña akañy, kakolahibenareo, ho izy, akañy, ho izy, i havanao iñy, ho grandpère, ditil, il y avait làbas ton frère, ton frère aîné qui est mort. C’est lui qui le
izy. Akañy, ho izy, ilay Talañôlobenao take ilay maty voalöhany iñy edy, ho premier m’a chargé de ses salutations. Voilà comment c’était. Et je reviens de chez
izy, nañame mböla tsara zaho voalöhany, ho izy. Ka izaiñy, ho izy, naniny, ho eux, de làbas.
izy, ke zaho, ho izy, avy tañy ho ! 43. –Et c’est bien làbas, l’ami ?
43.E, rö, tsara akañy e !
Ô ô ! Tsisy raha tsaratsaran’izaiñy, ho izy. Veloma izaiñy ho izy ry O ! Rien n’est plus beau. Ils t’envoient leurs salutations, le père de ton grandpère,
kakolahinao niteraka i kakolahinao iñy, avy ake veloma koa, ho izy, i abanao et ton grandpère, et puis ton père. Ils sont en parfaite santé làbas… Et vous
iñy, ho izy. Veloña tsarabe izaiñy izy akañy, mbö mila hamangy are e ! devriez les visiter un jour.
44.Izikoa nañan’iñy izy nivölaña Randriambe : 44. Alors GrandSeigneur s’écrie :
Izikoa izay tsy mañano vatsy hamaraiñy i babako izaiñy, miharo i kakolahiky Je vais faire visite demain à mon père et à mon aïeul. Quiconque ne préparera pas mes
izaiñy, ho izy, Randriambe. […] provisions pour cette visite ne sera pas des miens ! […]
Ehë, izikoa mañan’izaiñy, ho izy, mbö tahitahiky areo hahampy, ho izy, fö Oh, s’il en est ainsi, je vais faire mon possible pour vous aider. Eux, làbas, ils
izaiñy akao izay, ho izy, rö mila areo mafy, ho izy. désirent beaucoup vous voir.
162
C’estàdire un Merina. Le conteur n’est pas fâché de montrer dans cette situation lamentable un de ces Merina qu’on charge volontiers de tous les défauts …
On notera que ce type de méchante plaisanterie interethnique est attaché régulièrement un peu partout en Afrique au conte du niais envoyé dans un sac vers
l’autre monde (type 1737 de Aarne et Thompson) ; selon Denise Paulme, « la dupe varie selon les régions : Kado (« païen ») chez les Peul, mais Peul chez les
Limba de Sierra Leone, malinké ou colporateur dioula en Guinée forestière, il s’agit toujours d’un étranger, méprisé en tant que tel et qu’on a plaisir à voir
berné » (D. Paulme, 1976, p. 205).
Annexes 121
45.Zahaña, nahandro. Be… ! ahandro bökany, elaela ahandro iñy, vita ahandro 45. Alors, on se met à la cuisine : cuisine fort abondante, cuisine qui ne demanda guère
iñy, nalefany Randriambe e ! Navarinñy tañaty gôny, navariñy tandrano, efa de temps. La cuisine faite, on met GrandSeigneur dans un sac et on le jette rapidement
mekimeky böko. dans l’eau, tant il était pressé…
Atôvo vato izy io böko zaho mavila tönga e ! Attachezmoi une pierre, je veux y arriver plus vite !
46.Navariñy izy. Izy tönga takañy. 46. On le jeta à l’eau. Il est bientôt arrivé en bas.
Iñy, ho izy, babanao ake, ho izy, mikônty völa foaña. Tu vois ? Ton père, làbas, il ne fait que compter de l’argent.
Mahita rano miboeboeky… ! mikônty völa. On voit les bulles qu remontent à la surface : c’est qu’il compte de l’argent !
47.E ! Zaho indraiky, ho izy, Talañôlobe zaho izaiñy rô mbö handeha. 47. –Alors, moi aussi, dit le fils aîné, je veux y aller.
A, tsy ake ino koa atahöraña ake i. Eh bien, il n’y a pas de quoi avoir peur …
Nandeha izy, ka raha fa nandeha izy navariñy koa Talañôlobe. On jette aussi à l’eau le fils aîné de GrandSeigneur.
48.Ho izy, raha navariñy i ôlo ireo, tamin’ilay antarabe namariñaña an’i 48. Donc, ces gens ont tous été jetés dans le trou d’eau où ils croyaient que Sept
Fitofañahy, tsy raha Fitofañahy nandeha takañy fö ôlontrafa iñy, nivölaña izy. Esprits avait été jeté, c’était un autre… Et c’est ensuite que SeptEsprits a parlé. Il dit à
la femme :
49.Anao koa ho izy, kale tsy mañeky izaho, ho izy, ampañarahin’iñy koa, ho
izy, fö zaho handöva hariaña io, ho izy. 49. –Si tu ne me veux pas, je vais te faire suivre le même chemin, parce que c’est moi
qui vais hériter de la richesse.
E, ho izy, viavy i, anà raha hamono vadiky foaña, ho izy kale, mañino anao
mañan’i ? Tu ne voulais donc qu’une seule chose, lui dit la femme, c’était de faire mourir
mon mari ? Pourquoi astu fait une chose comme ça ?
50.Ehë, ho izy, zaho böko mbö nivononareo, tsy naty kale, zaho veloño kely,
ho izy, mbö avariky akañy koa areo, ho izy. 50. –Mais en réalité c’est moi que nous vouliez faire mourir, seulement vous
n’avez pas réussi. Je suis en vie. Je vais tous vous faire jeter à l’eau.
E, ho izy, viavy i, i koa mañan’izaiñy e, zaho mañeky zaho.
Bon. Si c’est comme ça, dit la femme, j’accepte.
Tamin’andro faha gasy, tsy raha misy ino fö nañano izy. Niöva
Betombokantsôrohely nandeha tamin’i babany. Jadis, aux temps malgaches, des choses comme celle de PetitUlcèresauxPieds 163 ; et
il est rentré chez son père. Son père est étonné :
A, Bafla, ho izy ?
Eh bien ! C’est toi, Bafla ?
51.Nandeha tamin’i babany takañy izy nandeha niandy akôho. 51. Donc, il est revenu chez son père, et il s’est remis à garder les poulets. Il dit :
Vañoño, ho izy, ny añaraña nataonao taminahy, ho izy, zaho i Fitofañahy, ho Vraiment il m’a porté chance, le nom que tu m’as donné, ce nom de SeptEsprits.
izy, zaho i Fitofañahy, ho izy, nandeha zaho, ho izy, nandeha takañy niasa Je suis SeptEsprits : je suis allé làbas prendre mon travail et je n’ai pas eu besoin
163
« Ulcèresauxpieds », Betombokoantsôro est le nom d’un personnage typique des contes, le petit garçon infirme, méprisé de tous, qui pourtant réussit à sauver
tous ses frères et sœurs de la gueule de l’ogre. Ici, ce nom représente celui qui apporte la fortune, la gloire à la famille.
Annexes 122
takañy, zaho tsy nandalondalo taminao tatô iñy, i Randriambe iñy, ho izy, efa de repasser chez toi une seule fois. J’ai fait mourir GrandSeigneur, et j’ai fait
natiky izy, ary ilay talañôlonjanany iñy, ho izy, efa natiky, ho izy. I aomby mourir aussi l’aîné de ses fils. Et le bœuf qu’il voulait me faire traire, il est encore
ilay nasainy nitirenà iñy, ho izy mböla akao, ho izy. Andao atsika andeha là. Allons donc làbas fêter tout cela, père. La pauvreté nous a quitté … parce que
akañy hañano fety, a baba, ho izy, fö afaka ny mahantra amintsika, ho izy, tu m’as donné comme nom SeptEsprits. Merci, je te suis reconnaissant de m’avoir
kale anao, ho izy. Zaho, ho izy, nataonao, ho izy, Fitofañahy misaotra anao donné ce nom.
zaho baba, ho izy, fö mbö nañano añaraña izaiñy ankasitrahiky, ho izy, anao,
52. Et voilà donc ce conte, et quand le conte se termine, on dit :
ho izy.
Ce n’est pas moi qui mens, ce sont les grands d’autrefois,
52. Ka izay nanin’ny angano i ke, raha fa vita ny angano, ka, SireRat à force de se rincer la bouche, devient chauve des dents,
Tsy zaho mandainga fö ôlombe talöha, Voilà mon conte !
Homokomoko Ravalavo söla ny nifiny ; Sois sec, ô toi, le temps, pour que tout ce qu’on fait soit bien ! 164
Ka izay nanin’ny angano anahy e !
Mahìña anao i andro i, fö anò soa amantsara zavatra atao !
164
Formulette de conclusion. La mention de SireRat qui se rince la bouche appartient généralement plutôt aux formulettes marquant le début du conte (v. par
exemple celle du conte suivant). L’allusion au temps sec renvoie à une croyance qui prétend établir un lien entre la vérité du conte et la réussite des cultures, cf. la
conclusion du conte 22.
Annexes 123
Annexe III : « Ilay namono tëña nahazo përabölamëna » (Le SuicidéàlaBagued’Or
Magique), Angano 1.
165
Vëta hely un petit pauvre, un petit mendiant, un misérable.
166
Le conteur enchaîne avec un autre conte qu’il venait de réciter ce jourlà, et où il était question aussi de pauvres et de richards.
Annexes 124
fa lehiben’ôlo talöha rö. Ary namonoaña vôroño izy nohaninjareo izy tamin’ny bien habillé, pour les gens d’autrefois, c’était déjà plus ou moins un chef. On
aliñy. Teo eky izy nipetraka tao nañano vacances teo, leralera tôko hidiraña. tua une volaille en son honneur, qu’ils mangèrent ce soirlà. Il demeura avec
eux pour toutes ses vacances, jusqu’à ce que ce soit le moment de la rentrée.
14.Ary añövan’iñy izy narian’iry babany kitapo anazy, i kahie jiaby ire efa
voasaritaka niroanjare. Ka natao izy handeha hieriñy avy vacances, viñitry izy, 14. Mais, entre temps, son père avait jeté son cartable d’écolier, et tous ses cahiers
zahany i raha tsy teo i raha aby ireo. avaient été éparpillés et brûlés. Et quand il voulut repartir, les vacances
terminées, il se fâcha, quand il vit que ses affaires n’étaient plus là.
E, ho izy, handeha hamono teña izy, ho izy, fö tsy tantiny tô, ho izy. Ny
zavatra hely hivoahako, iñy edy ataonareo azy, ho izy. Iñy, ho izy, raha Eh bien, je vais me suicider, ditil, car je ne peux pas supporter cela. Le peu de
nambarambaran’ny ray amandreny antanàña ho izy, mianara, ho izy, ke zaho choses qui me permettrait de progresser, voilà ce que vous en faites. Les
hianatra indraiky ataonare io, ho izy. Hamono teña , ho izy, zaho. notables du village me conseillaient d’étudier, d’aller à l’école. Et quand moi, je
veux étudier, voilà ce que vous me faites. Je veux me tuer.
15.Nikirôtoko tamin’izay izy, nahazo añaty ala ire, niantöratöraka amindraha izy,
tôt tô… ! nefa tsy nety naty izy. Nataony eky, nahita tsiriry hely… ! nañembaña 15. Il s’est précipité dans la forêt, et là il se jetait contre les arbres, pan, et pan… !
izy. Mais il n’arrivait pas à se tuer. Et, à ce momentlà, il a vu des petites, petites,
sarcelles qui prenaient leur vol.
Amin’ny tany misy i añy misy raja mamono foaña, ho izy, ke handeha
harahiky izy, ho izy. Là où elles vivent, il doit bien y avoir quelque chose qui me tue. Je vais le
suivre, se ditil.
16. Mañembaña tsiriry i, harahiny avy afara mihazakazaka. Ar ro ro ro ro…,
trötraka tamin’ny farihibe teo izy, zahaña farihy midañadaña tsy hay edy e 16. Les sarcelles s’étaient envolées, il les suivit en courant. Ar rouh rouh rouh
atsimo môho avaratra, atsiñanaña tamin’ny farihy. Natao, zahaña nijedaña teo. rouh…, il tomba dans un grand lac. A le voir, c’était un lac immense, on n’en
apercevait pas les limites, ni au sud, ni au nord, ni à l’est… C’est là que les
17. Zahaña indro kakabe, ho moa ! Geda eky kony izeny e ! Ny masony, helihely
sarcelles s’étaient posées.
tsy mitovy davöla bory iñy ! Nandeha taroy.
17. Alors surgit un grand monstre, un grand, oh la la ! Un monstre gigantesque !
I mahafaty fö i, ho izy !
Ses yeux, énormes, la pleine lune, ce n’était rien à côté ! Il va de ce côté. Il se
Nilomaño izy nandeha tarý hañatoño i kaka i. I kaka io, hono, efa lany fañahy. disait :
Nandevy rano farihy be iñy itsapopan’ni kaka iñy.
Celuilà pourrait bien me tuer !
Aza mañan’i anà, ho izy !
Il nage en direction du monstre. Et le monstre, à ce qu’on dit, ne savait plus où
Izeny ndraiky raha volañin’i kaka iñy. donner de la tête. L’eau s’agitait, bouillonnait tant il se débattait.
Zaho tô, ho izy, nde hamono teña, ho izy. Hoano zaho, ho izy ! Ne fais pas ça !
18.Nitsapopoko tamin’izay i kaka i. Voilà ce que criait le montre.
Aza mañan’i anà, ho izy, i kaka i. Zaho tô kony hivinonà e ! Je veux trouver la mort, réponditil. Mangemoi !
Zaho kony edy ny hamono teña, fa tsy anà e ! 18. Le monstre se débattait davantage.
Ehë, izikoa i, ho i kaka, aza mañan’i, fö, anà ameky völa e ! Ne me fais pas ça, répétaitil. Tu vas me tuer !
Annexes 126
Zaho tsy mararimböla, hoy izy, zaho te hamono teña, ho izy. Mais c’est moi qui veux mourir, je ne veux pas te tuer !
Ka, izikoa mañan’iñy, ho izy, kaka i, ameky peratra hely akato izay anao, ho Oh, si c’est comme ça, dit le monstre, ne fais pas ça, je vais te donner de
izy. l’argent !
Peratra karaha akôry, ho izy ? Mais moi, je ne veux pas d’argent, je veux me tuer.
E, izany, ho izy, Perabölamenamahefa izeny añaran’izeny, ho izy, ka Si c’est comme ça, dit le monstre, vois, je te donner cette petite bague.
Perabölamenamahefa añarany, ho izy. Izy ka, zay raha tianà angatahiñy
Qu’estce qu’elle a cette bague ?
aminazy, ho izy, azonà edy, ho izy.
C’est la Bagued’OrMagique. Voilà le nom qu’on lui donne : la Bagued’Or
Oa rö, tsy lainga, ho izy gaoño hely i ? E, tsy lainga ?
Magique. C’est son nom. Tout ce que tu lui demanderas, tu l’auras.
Ho izy, i Môteny iñy.
Oh, l’ami, ça n’est pas un mensonge, ça ? dit le garçon. Ca n’est pas un
I zôvy añaranà, ho izy, i kaka i. mensonge ?
Ehë Môteny añarako, ho izy. Voilà ce que dit Chassieux 167 .
Zahaña amparikesany i raha hely tô edy, ho izy e, ho izy k’i kaka i. Et puis comment t’appellestu ? lui avait demandé le monstre.
Ià. Atanà aminazy, mivölana anà, ho izy : Zaho Môteny Eh bien, je m’appelle Chassieux.
ampanômpolahin’Andriamanitry, mangataka Bakoperimý fö anò misy zavatra
Et, en la rapprochant, il montra la petite bague, tout en disant :
be ake, ho izy, manjary ohaniny.
Oui. Voilà ce que tu en feras. Tu lui diras : Moi, Chassieux, fidèle serviteur de
Ià.
Dieu, je demande à Bakoperimy 168 qu’il ait ici plein de choses qui se mangent.
19.Izikoa nañan’io, pare edy lay zalahy :
Oui.
Zaho Môteny ampanômpolahin’Andriamanitry, mangataka Bakoperimy fö ano
19. Alors le garçon était tout prêt. Il dit :
misy sakafo masaka be aketo fö zaho izeny tehihinaña, ho izy, k’i Môteny io.
Moi, Chassieux, fidèle serviteur de Dieu, je demande à Bakoperimy que des
Ka… Teky latsaka te sakafo, mö… ! sôsy jiaby petraka teo, latsalatsahany
manafohely io teo, vôky. nourritures cuites se trouvent là, parce que j’ai faim.
Iñy ny fandehany e, ho izy k’i kaka i. Zaho rö aza godañiny eky fö efa nahazo Et… Aussitôt il est tombé du ciel de la nourriture, en quantité, avec toutes sortes de
zavatra tôko hankasoa anao e ! Zaho aza godañiny fö, atahörako kony anao ake sauces. Et le petit gars s’en est empiffré, jusqu’à ce qu’il n’ait plus faim.
io, ho izy, i kaka i. Voilà comment elle fonctionne, dit le monstre. Alors, toi, ne viens plus me
20.Nu ôlo andeha hamono teña izy, teo indraiky nanjary tsy naty izy, nahazo tourmenter, car tu as gagné ce que tu devais faire ton bonheur. Vat’en. Ne me
167
On apprend ici que le garçon a pris en grandissant ce nom, qui convient bien à la situation de départ du héros, enfant élevé à l’écart de la société, qu’on
suppose sale, mal débarbouillé…
168
C’est le nom du génie de la bague, un nom qui a en malgache une sonorité étrangère (on croit y reconnaître le mot français « permis »).
Annexes 127
zavatra hankasoa izy. tourmente plus, parce que, tu sais, tu me fais vraiment trop peur.
A zaho, ho izy, Môteny, ho izy, ampanômpon’Andriamanitry, ho izy, 20. Quelqu’un qui voulait se tuer ! Le voilà qui est encore en vie, et en plus il a
mangataka Bakoperimy, ho izy, atôny mazava lalambe môdy amin’iry baba gagné de quoi faire son bonheur. Chassieux dit :
añy, ho izy.
Moi Chassieux, fidèle serviteur de Dieu, je demande à Bakoperimy de me
Ià. débroussailler le grand chemin pour retourner chez mon père.
Oui.
Ka antao, izy io nisava… ! i atiala jiaby i.
Et voilà, toute la forêt est dégagée d’un coup !
Mö ! Hôtry raha niteven’ôlo aby i atiala i, takatr’i Perabölamenamahefa. Oh la la ! On aurait dit que des gens sont venus défricher la forêt, et c’est le
Nisava tañy, nandeha izy. travail de la Bagued’OrMagique.
21.Izy hômby tañy, efa saiky handritaka koa ry babany nahita azy. Le paysage était dégagé. Il partit.
21. Quand il arriva chez lui, ses parents, en le voyant, voulaient encore prendre la
Aza milefa, ho izy, fö zaho tô Môteny, ho izy. fuite.
Aö ! Ho zareo. Mais ne vous sauvez pas ! C’est moi, Chassieux.
Nidôko te. Ka nandry tamin’ny aliñy ry babany, nitöka tamin’ny Ah !
Perabölamenamahefa io izy. Ils se sont arrêtés. Dans la nuit, pendant que son père dormait, Chassieux invoqua la
la Bagued’OrMagique.
Zaho i Môteny ampanômpolahin’Andriamanitry mangataka Bakoperimy, ho Moi, Chassieux, fidèle serviteur de Dieu, je demande à Bakoperimy qu’il y ait
izy, ano mhisy traño völamenabe aketo, ho izy, aminy zeny andevo tapa ici une grande maison en or, avec un lot d’esclaves qui remplisse la moitié du
tanàña, ho izy, tomobily, ho izy… village, et une voiture…
Zay zavatra tiatiany jiaby io nangatahiny tamin’ny raha io teo, Ainsi priait Chassieux qui demandait tout ce qu’il voulait à la la Bagued’Or
Perabölamenamahefa io. Ka natao, azony i raha i jiaby io. Nandrainddraiñy, lany Magique. Et il obtenait tout ce qu’il demandait. Son père en était émerveillé, ainsi
fañahy ilay baban’ôlo môho ninin’ôlo. que sa mère.
22. A ! Môteny, anà moa raha nañino ? 22. – Ah ! Chassieux, qu’estce qui t’est arrivé ?
Ehë, ho izy, zaho ka tsy raha nañino, ho izy, fö tô zavatra azoko tañy, ho izy, Oh, ditil, il ne m’est rien arrivé du tout. C’est une chose que j’aie eue làbas,
zaho andeha hamono teña, ho izy, e ! Tô zavatra hankandriaña, ho izy. alors que je voulais me suicider. C’est une chose qui est capable de m’enrichir.
23. Devant out cela, son père était stupéfait. Il était bien surpris, car jamais encore
23.Izikoa nañan’io, lany fañahy teo ry babany e ! Fa…, gagagaga hely zareo, satria
pareille chose ne s’était produite dans leur village si isolé. Ils étaient stupéfaits :
raha tsary nisy tamin’ny tanàñanjare, ôlo nijôño foaña, ke lany fañahy zare, raha
c’était une chose qu’ils n’avaient jamais vue. C’était bien la première fois ce
tsary hitahita. Ke andron’io edy ahitanjareo azy, la ny fañahy.
jourlà qu’ils voyaient une chose comme ça. Ils étaient stupéfaits.
Annexes 128
169
Proverbe. Il n’est rien que le temps ne puisse altérer.
170
Randriambe est bien, étymologiquement, un GrandSeigneur ; mais le caractère est plutôt celui du richard, du grand personnage, de l’homme d’importance.
171
C’est l’oiseau cardinal, dont le mâle a en effet le plumage rouge à la saison des amours.
Annexes 129
tamin’ny tanànañ’i Môteny teo, i Môteny. puis Chassieux avait installé leur ménage dans son village.
30.Ary ampañanövan’iñy indraiky, avy Indriampôdimena fö andeha hañontany 30. Sur ces entrefaites, arrive SireMoinneauRougedePlumage, qui veut se
ilay zazavavy halainy. Tsara… ! böko zazavavy kalazavavimbiavy izy, amin’izay renseigner sur cette femme pour la demander luiaussi. Et cette femme était
tany misy azy, hatsarany. Ka natao, avy Indriampôdimena iñy tañy, ferafera avy belle… ! Elle était célèbre pour sa beauté, parmi toutes celles qui vivaient dans
tañy. Tampoko mböla anteñateñandranomasiñy tañy, efa nitöka ilay zazalahy le pays. Et voilà SireMoinneauRougedePlumage qui arrive, tout essouflé.
teto, i Môteny : Mais comme il était encore en pleine mer, déjà, Chassieux avait invoqué son
talisman :
31.Zaho, Môteny ampanômpolahin’Andriamanitry, ho izy, mangataka
Bakoperimy, ho izy, anò lentiny are sambo io, ho izy, sambo fito io, ho izy. 31. –Moi, Chassieux, fidèle serviteur de Dieu, ditil, je demande à Bakoperimy que
coulent ces bateaux, ces sept bateaux.
Natao, tsy hay raha nañano azy, te nihitsoko ta i sambo fito i. Nihitsoko tañy i
Alors, sans qu’on sache ni pourquoi ni comment, les sept bateaux ont sombré . Les
sambo fito io, zahaña lany fañahy indriampôdimena tañy amin’ny tany nisy azy,
sept bateaux ont sombré, et SireMoinneauRougedePlumage en est bien stupéfait,
tamy Harabo tañy. Ka nalefany koa sambo fôlo koa avy tañy.
làbas, dans ce pays arabe qui est le sien. Il envoie encore dix autres bateaux de
32.Korotoko efa marikidrikitry amôrontanety : chez lui.
Zaho, Môteny ampanômpolahin’Andriamanitry, ho izy, mangataka Bakoperimy, 32. Dès qu’ils approchent de la terre :
ho izy, anò mihitsoko añy koa sambo folo, ho izy.
Moi, Chassieux, fidèle serviteur de Dieu, je demande à Bakoperimy que ces dix
bateaux sombrent aussi.
Nihitsiko tañy i sambo i. Ka natao, efa lany hevitry ilay zazalahy. Indriampôdimena io Et les dix bateaux sombrent aussi . Alors, cet homme, SireMoinneauRougede
amin’ny tany Harabo tañy. Ka natao, nafaliny avy tañy nihoatra Canal de Plumage, qui venait des terres arabes, le voilà bien embarrassé. Il fait faire à ses
Mozambique avy tañy eky sambo anazy io, nikodidiñy Madagascar hizaha tany bateaux un détour par le Canal de Mozambique, pour contourner Madagascar, et
hitsahany handeha higödaña ilay zalahy Môteny io. chercher un endroit où mouiller pour attaquer Chassieux.
33.Ka nalefany avy tañy, i nininy foaña indraiky nasainy niditry asa amin’i Môteny io. 33. Et il envoie tout simplement sa mère pour qu’elle entre en qualité de servante chez
Teo… ! i antiboavy io niditry asa amin’i Môteny teo, ino asan’ny antiboavy io ? Chassieux. Et voilà… ! Voilà la vieille engagée chez Chassieux. Et quel était son
Ampanome hanimbôroño, ampañontany kabarin’ôlo andraño. Ka natao, izy io avy travail ? Elle donnait à manger à la volaille, et elle était chargée de l’accueil des
teo, i antiboavy io koa fa zajatra, iñy nahalaza völaña izy tamin’ilay vadin’i Môteny io visiteurs de la maison 172 . Alors, une fois accoutumée à la maison, c’est elle, la
teo : vieille, qui a trouvé l’occasion de parler à la femme de Chassieux :
Ino fö zanako, ho izy, raha mankandriaña be areo, tsy mety lany völa, tsy lany Comment se faitil, ma fille, que vous soyez si riches, que l’argent ne vous
hariaña, ho izy ? Aomby misôsoko isan’andro, misôsoko isan’andro, ho izy ? Ka manque jamais, que la richesse ne vous fasse jamais défaut ? Comment se faitil
mbö ino zavatra mankandriaña areo amin’izy io ? que vos troupeaux augmentent de jour en jour ? Qu’estce qui peut bien être la
source de toute cette richesse ?
34.Ehë, ho izy, k’ilay zazavavy fö, izyio akà raha hely, ho izy, peratra hely, ho izy,
zeny izay raha angatahiny aminazy azo fö, ho izy. 34. –Oh, lui répond la jeune femme, ce n’est qu’une toute petite chose, une petite
bague, mais tout ce qu’on lui demande, toujours on l’obtient.
172
Mot à mot « celle qi demande les nouvelles des gens ». A chaque visiteur la personne chargée de l’accueil doit demander l’objet de sa visite.
Annexes 130
Ka natao, izikoa nañan’io nitöka ilay zazavavy. Et làdessus, la jeune femme se met à invoquer la bague.
Zahà edy a mamà, ho izy, e ! Izy tô, ho izy, zaho Môteny Ecoute bien, maman ! C’est ça qu’il faut dire : Moi, Chassieux, fidèle serviteur de
ampanômpolahin’Andriamanitry mangataka Bakoperimy ano misy sakafo be Dieu 173 , je demande à Bakoperimy qu’il y ait force nourriture à manger ici !
aketo !
Alors, hop… ! Des mets de toutes sortes tombent à côté de la vieille et de la jeune
Zahaña, zeky… ! latsaka teo sakafo tamin’ny antiboavy môho i tovovavy, vadin’i épouse de Chassieux. Elles en mangent tout leur soûl. Après avoir mangé, elles
Môteny i. Zahaña, ehë, vôky zareo. Nihinaña, namboariñy lasety, vita fihinanaña. rangent les assiettes, le repas est fini.
35.Ka nandany misy telo töño koa izy teo antiboavy io : 35. Et la vieille était restée là trois ans. La femme de Chassieux lui disait :
Iñy raha mankandriaña zahay e, ho izy. Voilà ce qui fait notre richesse.
Nandeha nisy efatra tôño izy teo, fahaefatra töño, nitsaka i antiboavy io, azony peratra Elle resta encore une année de plus, et quand ce fut la quatrième année, elle retraversa
tsy manjaryhely i, lasa taminjay izy tamin’i Indriampôdimena tañy : la mer. Elle s’était emparée de la mystérieuse bague. Et la voilà repartie chez son fils,
SireMoinneauRougedePlumage :
Tô kony, ho izy, zanako, raha mankandrianña zare akà, ho izy, e ! Tsy eky, ho izy,
Voici, ditelle, ce qui fait leur richesse. Il n’y a rien d’autre. C’est cette petite
tô peratra hely tô, tsisy eky, ho izy.
bague. Ils n’ont rien d’autre, ditelle.
I mamà, ho izy ? C’est donc ça, maman ?
Ià, ho izy, k’i. Oui, c’est ça.
173
La femme invoque la bague au nom de son mari, qui en est le vrai propriétaire.
Annexes 131
tu te croyais trop malin.
Ehë, zaho tsy mañeky izeny, ho izy Indriampôdimena, fö vinono fö anà mañano
mafoaka loatra. 38. – Avant de me tuer, implore Chassieux, il y a mon chat, celui que j’ai élevé et qui
me respecte, je voudrais l’emmener avec moi.
38.Ke zaho, ho izy, alöha ka hivinonà, ho izy, piso anazy, ho izy, zavatra nitariminy,
ho izy, mañaja azy, ho izy, ihentiky, ho izy, röñe e ! Bon. Qu’estce que j’ai à faire de ce pauvre chat ? Attachezle pour qu’on le tue
avec lui, ordonne SireMoinneauRougedePlumage des terres arabes.
E, io ahoako ino moa boroboropiso tsy manjary i ? Rohia edy, hivinono miaraka
aminao e, ho izy Indriampôdimena tany Harabo. 39. Alors ils sont partis. Ils ont emmené Chassieux dans leur bateau pour gagner les
terres arabes, le pays de SireMoinneauRougedePlumage. A leur arrivée, Sire
39.Natao, nandeha zareo efa nihentiñy añaty sambo eky i Môteny e ! Nitsaka amin’ny
MoinneauRougedePlumage a dit :
tany Harabo amin’Indriampôdimena tañy. Ka natao, homby tañy, nilaza
Indriampôdimena : Puisque nous l’avons capturé, enfermons Chassieux dans la GrandeMaisonde
Pierre, ditil, parce qu’il se croyait trop fort chez lui. Nous l’avons vaincu, nous
Raha fa azo, afahintsika ao Andrañovatoboe i Môteny, ho izy, fö satria mañano
l’avons défait. Aussi, en attendant de le tuer, jetezle dans la GrandeMaisonde
kalazalahy loatra amin’ny tany misy azy añy, ho izy. Fö resintsika izy, ho izy,
Pierre.
resintosiky, parapamonoaña azy ho izy, atôvo Andrañovatoboe akà .
Nafahy tao añaty Andrañovatoboe tao i Môteny io, miaraka amin’ny piso anazy io. On a enfermé Chassieux dans la GrandeMaisondePierre, avec son chat. Il est resté
Tao izy… ! andro raiky tsy nameña haniñy. là tout un jour, sans manger.
40.Ma ! Izeny koa zalà mafimafy e ! Izikoa ôlombeloño tsy ameña haniniñy andro 40. Que c’est dur ! C’est vrai, les amis ! C’est vraiment dur pour un être humain de
araiky, ehë izikoa hôtry ny teñako efa silöñi tatôbe edy kony zaho e, tihihinaña i rester toute une journée sans rien manger, et à sa place, moimême, j’aurais senti
Môteny tao. Efa tsy aminazy ilay Bakoperimy, ilay peratra hely i. Tratranjareo la famine. Chassieux avait effectivement très faim là où il se trouvait.
tamin’ny pômôro i Môteny. Bakoperimy, la petite bague, il ne l’avait plus avec lui. Chassieux était battu à
plate couture, écrasé 174 .
41.A, tamin’ny aliñy nikararàka avy tañy, nitsapaiñy teo…, nitsoroaka valavo hely avy
tañy, nitsoroaka valavo hely avy tañy, Ampanjakambalavo izeny, hony, voatsiray take, 41. Et puis, pendant la nuit, on entend courir, cra cra cra ! Il tâte autour de lui…, voilà
azon’i piso i. Raha fa azon’i piso i Ampanjakambalavo io, nitanany piso io tambany un petit rat surgi d’on ne sait où, voilà un petit rat surgit d’on ne sait pas où.
take. Nilaza ireo valavo aby ireo : C’était le Roi des Rats, à ce qu’on dit. Le chat l’a attrapé. Et une fois attrapé, ce
Roi des Rats, il le gardait là, dans leur cachot. Tous les rats sont venus déclarer :
Azafady, ho izy, k’i ny valavo, fa io ampanjakanay io antañanareo io. Amlefaso.
Grâce ! C’est notre roi que vous détenez là. Libérezle.
E, ho izy, i Môteny rôñe ! Perabölamenamahefanahy koa tsy hitako, ho izy, tsy
azoko, tsy alefako Ampanjakambalavonareo, ho izy. Ampanjakanareo tsy Ah non, dit Chassieux ! Ma bagued’Ormagique est introuvable. Je ne l’ai plus.
azonareo io, hohanin’i piso anahy io, ho izy, manjary sakafo koa i niany. Am Tant que je ne l’aurai pas, je ne libérerai pas votre Roi des Rats. Vous n’aurez pas
pañanövan’iñy, andeha zahanareo peratra anahy, ho izy Môteny, fö alefako votre roi, il sera mangé par mon chat, il lui servira de repas aujourd’hui. Allez,
ampanjakanareo, ho izy. tout de suite, chercher ma bague, et je relâcherai votre roi.
42.Kiritoko tamin’izay zareo nandeha nizaha i raha fanaka tandraño vatra valo 42. Branlebas général pour trouver la bague. Les rats sont allés inspecter tous les
174
Mot à mot « ils l’avaient pris au point mort », métaphore automobile empruntée au français.
Annexes 132
amin’ny folo, lanimbalavo, tömbatömbaka. Nandranga ilay faha sivy ambin’ny fôlo, meubles de la maison, et ils ont percé jusqu’à dixhuit malles. Toutes grignotées
nisy i Perabôlamenamahefa i eky. par les rats ! Toutes percées ! Quand ils ont attaqué la dixneuvième, voilà que la
Bagued’OrMagique était dedans.
43.Azon’i Môteny, alin’iñy izy, nilaza izy :
43. Chassieux a repris la Bagued’OrMagique. Cette nuit même, il déclare :
Zaho Môteny ampanômpolahin’Andriamanitry mangataka Bakoperimy, ano misy
Moi, Chassieux, fidèle serviteur de Dieu, je demande à Bakoperimy qu’on avion
aviöño eto hitsahako añy aampitany, amin’ny tanin’i Môteny.
vienne me chercher pour m’emmener outremer, dans mon pays.
Nisy aviöño tönga teo miaraka amin’ny pilote, satria Môteny tsy raha ôlo pilote izy fö Un avion arriva, avec un pilote, parce que Chassieux n’était pas pilote luimême,
raha ôlo manaña zavatra fangatahaña azy foaña, amin’ny Perabôlamenamahefa i. simplement il avait ce qu’il fallait pour en demander un : il avait la Bagued’Or
44.Nidavoko tamin’izay ilay aviöño, lasaña nitsaka tañy izy. Izy avy añambo arô efa Magique.
mitöka tany ijedañan’ny aviöño io. 44. L’avion décolla, et partit pour l’outremer. Arrivé làhaut, Chassieux invoqua la
Bagued’OrMagique pour trouver l’endroit où l’on devait se poser.
Zaho i Môteny ampanômpolahin’Andriamanitry mangataka Bakoperimy ano hisy
tany ijidañan'’ aviöño tô aroy añy, ho izy. Moi, Chassieux, fidèle serviteur de Dieu, je demande à Bakoperimy que se
Nazava ritry tarô garan’aviöño. Nijedaña teo izy. présente un terrain où l’on puisse se poser.
45.Ka natao, badradràka Indriampôdimena tañy, tsy hita koa i Môteny io. Ilay Un terrain d’aviation se présenta au grand jour. L’avion s’y posa.
Perabôlamenamahefa efa azony. 45. Alors, SireMoinneauRougedePlumage était médusé. Disparu, le Chassieux ! Il
46.Ka i koa nañan’iñy, narian’ny zalahy i viavy saiky hamorery azy io fö : avait retrouvé sa Bagued’OrMagique…
Annexe IV : « Lebokahely » (PetitLépreux), Angano 9.
Ah, c’est une chose qui m’attriste ! Voilà que c’est mon ouvrier qui a courtisé ma
9.Ô, ho izy, Randriambe mampalahelo zaho, ho izy, ke lay ôlo ampiasa anahy,
fille ! Pas quelqu’un de présentable, non, mais cette espèce de PetitLépreux !
ho izy, manjengy zanako, ho izy, tsy ôlo vantaùmbantaña, ho izy, fö ôlo
Comme c’est triste… 175
Bokahely mañano raha karahan’io. Io, ho izy, zalà, mampalahelo zaho e, ho izy !
10. Il y a eu des gens si riches, qui sont passés, et qui l’ont demandée, et elle les a
10.Take, ho izy, nisy ôlo manankariaña be, ho izy, mandalo ake, ho izy,
manjengy azy, tsy mandeha izy, ho izy. Ôlo… ! Bokahely karahan’io indraiky, refusés. Et quand c’est cette vilaine espèce de PetitLépreux, ditil, elle accepte !
ho izy, andihanaña, mampalahelo e ! Ataoko foaña raha hevitry hamono izy io,
Comme c’est triste ! Je ferai tout pour le faire disparaître.
ho izy.
11.Tabe, indraiky andro izy io, izy Talañôlobe indraiky lalahibe, valilahin’i ilay 11. Et un jour, il parle au GrandAîné, au beaufrère de PetitLépreux. Grand
zalahy Bokahely i. Seigneur lui dit :
Tarihinareo mandeha añaty ala izy io, ho izy Randriambe. Emmènele dans la forêt.
12.Tarihinjareo mandeha añaty ala. Nivölaña indraiky ny viavy : 12. Donc, ils l’ont emmené dans la forêt. Mais sa femme lui avait dit :
Anao izaiñy kony hivinonjareo e ! Mañahia raha anà. Toi, ils vont essayer de te tuer, sois prudent.
Ie, ho izy, ilay Bokahely. Oui, dit PetitLépreux.
Tarihinjare. Ils l’ont emmené.
Atsika valilahy andeha añaty ala e ! Beaufrère, allons en forêt.
13.Nandeha izy. (Ary izy amin’nio mböla boka foaña.) Añy, mandeha añaty ala 13. Il partent donc (et lui, il était toujours lépreux 176 ), ils l’emmènent dans une
be, añaty ala veloño añy, tarihinjare amy tany misy kaka izy.
grande forêt, une forêt vierge, un endroit où il y avait des bêtes féroces. Et ils
Angidingidin’ala… ! Tönga tañy. Homba tañy izy.
Anao valilahy, ho izy, hoy zare, mandehana amin’ny tanety raiky rôho, arrivent en plein milieu de la forêt. Une fois arrivés là, ils lui disent :
zahay homba akatoho e !
Toi, beaufrère, passe sur cette montagne, et nous, nous allons passer par ici.
14.Ary zare io indraiky mandeha mizaha tintely izaiñy. Take izy nandeha 14. Et ils étaient partis pour récolter du miel. En parcourant la forêt, PetitLépreux
tamin’ny ala i tarô, fanjôko i tany misy fösa… ! zany, misy fösa zaiñy tany tombe dans un endroit où il y avait des genettes, mais des genettes ! C’était plein
andihananay. Ke nandeha izy nadeha, zahany, nañodidiñy jiaby take hatra de genettes. Et en regardant aux alentours, il voit que les genettes avait tout
amin’ny kakazo madiniky jiaby efa lanin’ny fösa ireo, tsy misy raha tavela izy dévasté, jusqu’aux petits arbres, il n’en restait rien, tout était dévoré. Rien !
175
On notera que le GrandSeigneur du conte ne paraît même pas songer qu’il pourrait interdire à sa fille cette liaison mal assortie. Fautil en tirer es conclusions
sur la liberté des filles dans la coutume Betsimisaraka ?
176
Précision nécessaire, car dans d’autres contes analogues, le mari n’est qu’en apparence un misérable déshérité, et quand l’occasion se présente il se révèle bel
homme séduisant. Notre conte aurait très bien pu bifurquer dans cette direction au moment où PetiteBenjamine lave son amant : à ce moment sa peau de lépreux
aurait pu se détacher, et il aurait pu apparaître dans toute sa beauté… Mais ici le héros reste lépreux.
Annexes 135
tsy raha kakazo maventy fanaoko hoaniñy. […] Arbustes, herbes, tout avait été saccagé par les genettes 177 . […]
15.Ke homby tamin’ny vôdy kakazobe geda, homby tamin’i, avy i fösa aby ire 15. Et comme il arrivait au pied d’un grand arbre, tout d’un coup, voilà les genettes !
avy tönga te. E, nañaniky lehy ôloño, anteñanteñany kakazo io taény izy, i Notre homme grimpe sur l’arbre, et c’était un arbre énorme… il grimpe dessus.
kakazo be fatiary io, nañaniky taény izy.
16. Eh bien, les genettes sont montées aussi, tandis que lui, il restait assis sur la
16.E ! Nanihin’i fösa ire, nibidôko tsarabe tañ’ëfany izy. Ke i fösa ireo mañaniky fourche. Et au fur et à mesure que les genettes grimpaient et qu’elles arrivaient à
iñy i koa fa tönga ake, ifôhiny. Nañaniky koa araiky tönga ake, ifôhiny. sa portée, il les tapait l’une après l’autre.
17.Nañaniky koa araiky tönga ake, ifôhiny, nañaniky koa araiky tönga ake, 17. En voilà une qui monte ; à peine arrivée, il la frappe. En voilà une autre qui
ifôhiny, böraka aliñy foaña ny andro, mböla mamango foaña ilay zalahy monte ; à peine arrivée, il la frappe. Et ainsi jusqu’à la nuit, sans interruption, il
mamioko. Avy teo, böraka kiaka foaña ny andro, mböla mamango foaña ilay continue à taper, à frapper. Et quand le matin arrive, il continue encore à taper, à
zalahy mamioko foaña. frapper…
18. Finalement les cadavres des genettes tuées arrivaient jusqu’au milieu du tronc du
18.Böraka nisasaka i kakazobe io amy fösa maty, efa niavôtro foaña, efa mivônto
grand arbre, entassés les uns sur les autres. Ah, il était fatigué, notre homme, il
teñan’i zalahy i aila mamioko i fösa io, böraka efa aliñy anron’io efa diavin’izy
souffrait de son bras enflé à force de frapper sur les genettes. Il a continué jusqu’à
avy añefany ake i fösa ire niavôtro matiny.
la tombée de la nuit. Les cadavres s’entassaient jusqu’à ce qu’il puisse poser le
19.Take efa voantihihinaña eky ilay zalahy, efa vitsivitsy tavela amin’ny fösa pied dessus…
ire. Izy niandra hely nañan’io iñy, hitany tintelyake io mariny azy ambôny helin’i 19. Alors, le jeune homme finit par avoir faim, et il restait encore un certain nombre
talandöhanazy. de genettes. En levant les yeux, il voit une ruche tout près de sa tête.
20.Ehë, efa tsy navavy eky izy nandrahabe fö, raha afa nalaka eky foaña izy 20. Bon, il n’hésite plus. Il cueille le miel, qui était dedans. Tout en mangeant du
amin’ny tintely i. Nihinaña malöha avy ake eky elaela izy, a mböla avy koa ny miel, il ne s’arrêtait pas de frapper sur les genettes qui venaient l’attaquer.
sasany amin’ny fösa i, mböla mamioko izy, teteky tsisy eky fösa ireñy natiny, Quelque temps après, il n’en restait plus : il les avait toutes tuées. Alors il est
nandrôroño eky izy, töngany arô. descendu. Il a emporté avec lui deux genettes.
21.Nindôsiny tantanàña andro efa naiziñiziñy tamin’ny aliñy, [ôlo efa hoandry,] 21. Il les a emportées au village. Quand il est parti il faisait déjà un peu sombre,
efa nisasak’aliñy ny andro avy ake izy tönga. Ary ny viavy antanàña ake [c’était l’heure où les gens allaient se coucher,] si bien qu’il est arrivé au village
mitomañy foaña io mikonty azy ho faty. au milieu de la nuit. Et la femme, au village, pleurait, elle le croyait déjà mort.
22. Il arrive. Il frappe à la porte.
22.Avy teo, tönga teo, nikonkoñiny ilay traño.
Qui est là ? dit la femme.
Zôvy moa zaiñy, ho izy, ny viavy ?
177
La genette est un petit carnivore, en réalité peu dangeureux pour l’homme, et en tout cas bien incapable de s’attaquer à des arbres ! Mais il s’agit ici de la Bête
fauve de la forêt, une Bête de légende, qui n’a plus grandchose de commun avec la vraie genette mangeuse de poulets.
Annexes 136
E, zaho e ! C’est moi.
Anà izy ake zaiñy ake ? C’est bien toi ?
E e, zaho e ! Oui, c’est bien moi.
23.Nisokafin’ilay viavy traño iñy, voasökatra, niditry. 23. La femme ouvre la porte. Une fois la porte ouverte, il entre.
Oa ! Zaiñy izy, mböla valilahy avy zaiñy e ! Oh ! C’est beaufrère qui arrive là ?
E e ! Oui, c’est bien lui, il n’es pas mort.
Mböla veloño ihany izy. Non ? Non ?
Ha zalahy ! Il est toujours bien vivant.
Oh ça alors !
24.Natao izy io e ! Homby teo, ehë, namboahaña sakafo, nihinaña ake
nandraindraiñy. 24. Et alors, le matin, on lui donne à manger.
E ! Zaho iñy a valilahy, ho izy ilay zalahy, saiky ivinonareo fö, tsy naty e ! Eh bien, oui, beauxfrères ! Vous avez voulu me faire disparaître, mais vous
Zaho mböla zaho tö. Ke zaho natölakinareo takañy, tô raha azoko takañy. n’avez pas réussi à me tuer ! Je suis toujours là : Et lorsque vous avez voulu me
perdre, venez voir ce que j’ai eu làbas !
25.Nitarihany ôlo tany misy i fösa i, zahaña fö, amboambon’ikakazo i eky akañy
25. Il a conduit les gens de l’endroit où il avait les genettes. Alors on a pu voir le tas
i tany niazon’i fösa ireo matiny, miavôto avy avy ambodiny zisiky antendrony.
de corps de genettes gisant au pied de l’arbre les unes sur les autres, jusqu’au
sommet de l’arbre.
26.Ake homa tandro hafa koa indraiky zareo io, tsiefaefan’io koa ; hindôsinjareo
handeha amy tany misy ranomanisñy koa, handeha amy nôsy, handeha halaka 26. Une autre fois, comme ils n’étaient pas satisfait de leur premier coup, ils l’ont
laoko zaiñy. emmené en mer, dans un îlot, pour chercher des poissons. C’était ce qu’ils
Ke atsika handeha… (Nôsin’i fidolavany zanaJañahary zaiñy.) Atsika disaient…
handeha akañy, zay misy laoko e ! Allons làbas… (Et c’était l’îlot où les fils de Dieu venaient jouer.). Allons làbas,
27.Nivölaña ilay viavy. il y a beaucoup de poissons.
E ! Zaho handeha foaña, ho izy, aiza andrahabe ho faty, ho izy, handeha fö N’y va pas, tu y mourrais, ils veulent te tuer.
zaho, ho izy. Mais si, je vais y aller, tu crois vraiment que je vais mourir ! Il faut que j’y aille.
Handeha anà ? Tu y vas ?
E e ! Oui.
28.Nandeha foaña izy, nandeha koa zare nandray lakaña, nandeha, nandeha, 28. Et il y est allé quand même .Ils sont partis en pirogue, et ils ont avancé, jusqu’à ce
Annexes 137
nandeha baraka zisiky tañy. qu’ils arrivent làbas :
Atsika andrahabe fö, tönga atsika e ! Anao valilahy akà añy aila akañy fary Nous allons nous répartir, maintenant que nous sommes arrivés. Toi, beaufrère,
atsimo añy, zahay fary atô. tu iras du côté du sud, et nous de l’autre côté…
Ary lakaña aminjare ake. Oui.
29.Ke ilay valilahiny io hoatra taila, ilay Bokahely i izy ka fö tañila tañy izy, ehë, Et leur pirogue était restée là.
nilahösanjare ilay Bokahely, nitavela tamy nôsy io tarô.
29. Les beauxfrères étaient partis ensemble, et PetitLépreux de l’autre côté. Ils ont
30.Take izy avy tañy, nizahany lakaña efa mañeriñery, efa tsy hay tsarabe izy abandonné PetitLépreux sur l’îlot.
ôloño arô andakaña arô.
30. Lorsqu’il est revenu, il a vu la pirogue qui était loin, loin… On ne voyait même
E ! Maty zaho e, ho izy, ilay Bokahely, nilahösanjare zaho. plus très bien les gens dedans.
31.Avy teo, nitomañy ilay Bokahely nitomañy izy, nitomañy izy, nitomañy izy. Je suis mort, se dit PetitLépreux, ils m’ont abandonné.
Reñin’i zanaJañahary andeha hidöla amy tany fidolavajare io.
31. Alors PetitLépreux s’est mis à pleurer, à pleurer. Et les fils de Dieu qui allaient
32.Ino moa zaiñy, hoy zanaJañahary io ? jouer à l’endroit habituel de leurs jeux l’ont entendu.
E ! Misy ôlo mitomañy akao e. 32. Les fils de Dieu se demandent :
Ôloño ino handeha ake, i,o raha andihanan’ôloño ake, zôvy hahasahy haha Qu’estce que c’est ?
fantatra handeha ake tany fidolavantsika, zôvy ôlo hahafantatra handeha
C’est quelqu’un qui pleure.
ake ? Ake tsy afak’ôloño ake.
Quel homme a pu venir jusqu’ici, et pourquoi estce qu’il serait venu ici ? Qui
E ! Zaiñy akà ôloño foaña zaiñy e !
estce qui oserait pénétrer à l’endroit de nos jeux ? Qui estce qui saurait venir
jusqu’ici ? Non, ici, personne ne connaît.
33. Nandeha takañy.
Mais si ! Mais si ! C’est un homme.
Andeha zahà zaiñy, Kotolahifasaiñy.
33. Ils y vont.
Nandeha takañy i Kôtolahifasaiñy.
Va donc voir, PetitCoursier 178 !
E ! Zaiñy akà kony ôloño e !
PetitCoursier y va.
Raha ôloño mañino ? Asay mangiñy eky zaiñy alà ake i ôloño zaiñy.
Mais oui, c’est bien un homme.
34.Avy te :
Et quel genre d’homme ? Dislui de se taire et enlèvele de là.
Anà zaiñy mangiñy, fö ake tany fidolavanjaza, anao mialà akeo e !
34. Une fois transporté là, [Dieu l’interroge] :
Zaho tô tsy satriky mandeha ake fö nariany ry valilahy zaho e !
178
C’est le petit esclave des fils de Dieu, qu’ils envoient faire leurs commissions porter leurs messages.
Annexes 138
35.Ke natao : Tu n’as rien à dire ! Ici, c’est l’endroit réservé aux jeux de mes enfants. Vat’en
d’ici !
Izy io narian’iry valilahiny izaiñy izy akà fö, tsy satriny zaiñy handeha akao
e ! Mais je ne suis pas venu ici de mon propre gré. J’ai été abandonné ici par mes
beauxfrères.
Zahavo ke zodizodin’ôlo avy akañy kale andeha hizodizody ake amin’ny
tany fidolavanjanako io, mampalahelo zaho raha mañan’izaiñy, asay 35. Alors :
mieñiñy izy amy tañy anazy zaiñy.
Ah il dit qu’il a été abandonné par ses beauxfrères. Il n’est pas venu de son
36.Ake nasainy nieñiñy izy amin’io zaiñy ; nahay nifeñy foaña izy. propre gré.
Zaho, ho iay, ho faty aketo, ho izy, kale mampalahelo zaho, zaho, ho izy, Examinez bien si ce n’est pas un vagabond, qui vient ici vagabonder à l’endroit
ariaña aketo, ho izy, kale tany tsary nidiran’ôlo, ho izy, ariaña aketo, ho izy, réservé aux jeux de mes enfants, une chose bien attristante pour moi : jamais
mampalahelo zaho e ! personne ne s’y était introduit. Il faut qu’il arrête ses larmes.
37.E izikoa mañan’izaiñy, ho izy k’i Zañahary io, anao mangiñy fö, ino mö 36. On lui a ordonné de cesser de pleurer, mais lui, il pleurait de plus belle.
mahery mampitomañy anà ?
Moi, je vais mourir ici, voilà ce qui m’afflige. On m’a abandonné ici, dans cet
E ! Zaho zaiñy tihihinaña. endroit où personne ne pénètre jamais. On m’a abandonné ici ! Comme je suis
triste…
38.Naminkaniñy izy, teteky izy voky hely i haniñy iñy nitomañy koa izy,
nitomañy koa izy, nitomañy e ! 37. – Si c’est seulement pour ça, que tu pleures, dit Dieu, taistoi. Ou bien y atil
autre chose qui te fait pleurer ?
Oa ! Mböla i ôlo iñy koa nitomañy zaiñy ?
E, mb<ôla izy foaña kony e ! Oui, j’ai faim.
Ino koa raha mampalahelo anao zaiñy akà ?
38. On lui donne à manger. Au bout d’un moment, alors qu’il était un peu rassasié, il
Ehë, mampalahelo zaho tô kony, amba daradarà hely andriaña aby e ! Tsisy
se remet encore à pleurer.
mampalahelo zaho e !
Take izikoa mañan’izaiñy, atero añy darà tô. Oh ! C’est encore lui.
39.Nateriñy aminazy darà i. Ke nahazo darà niforiporitry hely take i. Teteky Qu’estce qui t’attriste encore maintenant ?
namavatra koa izy nitomañy, nitomañy koa izy, nitomañy koa izy. Ce qui m’attriste ? Donnezmoi au moins un drap pour dormir, si je l’ai, rien ne
E, mböla i ôlo iñy foaña kony mitomañy zaiñy ? m’attristera plus.
Ino koa mampalahelo anao ? Si c’est comme ça, donnezlui un drap.
39. On lui apporte un drap. Dès qu’il a le drap, il se blottit un moment dedans, et puis
il se remet à pleurer encore davantage.
Oh ! C’est encore cet homme qui pleure, là ?
Qu’estce qui t’attriste encore ?
Annexes 139
179
On notera que le héros ne demande même pas à Dieu de la guérir de sa lèpre. Seule la quête de la fortune intéresse ici le conteur.
Annexes 141
Annexe V : « Faravavy zanak’i Randriambe nariandry zôkiny » (Benjamine fille de Grand
Seigneur perdue par ses sœurs), Angano 33.
Tsara, ho izy, Talañôlo, ho izy, Elle est bien belle, PremièreNée, disentils,
180
Ici, des brèdes sauvages, diverses plantes de la brousse ou de la forêt, dont les feuilles, les bourgeons, ou fleurs entrent dans le bouillon qui accompagne le riz.
181
Chanté.
Annexes 142
Tsara Fañivoivo, ho izy, Elle est bien belle, Cadette, disentils,
Tsisy manahitry Faravavihely e ! Mais aucune ne l’emporte sur PetiteBenjamine !
4.I koa karahan’io, reñinjareo tsaratsara Faravavihely io, niborianjareo viron 4. Alors, ayant entendu que c’était PetiteBenjamine la plus belle, elles lui ont rasé
dôhany, nisöranjareo fötaka. Nandeha, nandeha zareo. Tönga talöhalöha, sendra les cheveux, et elles l’ont couverte de boue. Elles ont marché, marché…
ôlo namboly. Velompañontaniaña koa zareo : Avançant encore un peu, voilà qu’elles rencontrent de gens qui semaient .
Aussitôt, elles leur demandent :
Irô anareo mifira irô ! Izôvy eky ny tsaratsara aminay telo vavy tôy e ?
Ô vous qui semez, ditesnous : de nous trois, laquelle est la plus belle ?
Nivôlaña ilay ôlo mifira irô :
Elle est bien belle, PremièreNée, disentils,
Tsara, ho izy, Talañôlo, ho izy,
Elle est bien belle, Cadette, disentils,
Tsara Fañivoivo, ho izy,
Mais aucune ne l’emporte sur PetiteBenjamine !
Tsisy manahitry Faravavihely !
5. Et puis, elles ont marché, marché, marché… Ayant avancé un peu à ce qu’on
5.Ka nandeha, nandeha, nandeha. Zareo tönga talöhalöha, hony, sendra i voangin
dit, voilà qu’elles trouvent le citronnier de GrandMonstre. Alors, elles
dRakakabe izeny. Ka nifañioa, hony, zareo, hihalaka i voangy iñy. Nasaiñy izeny
entreprennent de cueillir les citrons. On commissionne d’abord PremièreNée :
i Talañôlo.
Vasy, PremièreNée, monte sur l’arbre !
Andà Talañolo anà mañaniky i voangy io !
Fi donc, dit PremièreNée ! J’ai une Cadette, et c’est moi que vous
Mmoà, ho izy Talañôlo. Izaho tô kony misy Fañivoivo eky, izaho asainareo !
commissionnez ! A Cadette de monter !
Andà Fañivoivo.
Fi donc, dit Cadette ! J’ai une Benjamine, et c’est moi que vous
Nasaiñy Fañivoivo.
commissionnez ! A Benjamine de monter !
Mmoà, ho izy Fañivoivo. Izaho tô kony raha misy Faravavy eky, izaho
On commissionne Benjamine.
asainareo ! Andà Faravavy !
Je ne peux pas, dit Benjamine.
Nasaiñy Faravavy.
Vasy ou bien on te tue !
Tsy töngako, ho izy Faravavy.
Mais je ne peux pas, grandes sœurs !
Indana anà, vinonay e !
6. Alors, voyezvous, elles ont forcé PetiteBenjamine à monter dans le citronnier.
Tsy töngako io, zôky.
Ne fois làhaut, elle demande :
6.Zahaña, niserenjareo foaña i Faravavihely iñy, tafañaniky tamin’i voangy iñy.
Celuici, fautil le prendre, grandes sœurs ?
Izy nañaniky iñy, mivölaña izy :
Itô alaiñy, zôky ? Oui, lui disent ses sœurs.
182
Le conteur fait réponse de plus en plus bas, imitant la voix des sœurs qui s’éloignent.
Annexes 143
Ie, ho izy, zy zôkiny ireñy. Mais au moment où elle disait : « celuici, je le prends », elles se préparaient déjà à
s’enfuir.
I zaza iñy, mañano : « Itô alaiky » iñy, nilefa zareo amin’io iñy.
Itô alaiñy, zôky ? Celuici, fautil le prendre, grandes sœurs ?
Ie ! Oui !
Itô alaiñy, zôky ? Celuici, fautil le prendre, grandes sœurs ?
Ie ! Oui !
Itô alaiñy, zôky ? Celuici, fautil le prendre, grandes sœurs ?
Ie ! Oui ! 182
7.Ambaraka zareo fa milefa… ! tañy, milefa alavitry be tañy, i fö naniny. 7. Tant et si bien qu’elles s’éloignent de plus en plus, et elles sont déjà bien loin
làbas, et elles continuent toujours pareil :
Itô alaiñy, zôky ?
Celuici, fautil le prendre, grandes sœurs ?
Ie !
Oui ! 183
8.Farany tsy reñiny eky mañano : « Itô alaiñy » fö. Ka ela, avy tañy nivovoko 8. A la fin, Benjamine questionne toujours, mais elle n’entend même plus leur
Kakabe navy tañy, vo… ! vo… ! tönga teo. réponse. Et, au bout d’un moment, voilà GrandMonstre qui arrive. Fracas de
l’ouragan, vouh, vouh… il est là !
Izovy mangalatra voangy anahy io ?
Qui estce qui me vole mes citrons ?
Izaho, ho izy zaza iñy.
C’est moi, dit la petite fille.
Miroröña fö hohaniky, ho izy.
Descends, que je te mange !
E, izaho, ho izy, atahörako i vôlovôlo benao io.
Oh ! C’est que j’ai peur de tous tes grands poils, ditelle.
Fafafafà vôlovôlo, fafafafà vôlovôlo !
Envolés, envolés les poils, envolés, envolés les poils !
9.Nihintsaña izany vôlovôlon’i kakabe. Ary angôfon’i kaka iñy izeny hony efa
jilajila lavabe, ary sômotro amin’izay efa karaha ino ! 9. Les poils tombent comme feuilles mortes. Mais les griffes du GrandMonstre
qui étaient si raides, si longues…, et sa barbe, comme ça !
Miroröña eky anao hohaniky.
Descends, que je te mange !
Atahörako i angöfo benao io, ho izy, i zaza iñy.
Oh ! C’est que j’ai peur de tes griffes, ditelle.
Fafafafà angôfo lava, fafafafà angôfo lava !
Envolées, envolées les griffes, envolées, envolées les griffes !
183
Presque inaudible : les grandes sœurs sont déjà loin.
Annexes 144
Nihintsaña angôfo jiaby. Les griffes tombent aussi comme feuilles mortes.
Miroröña eky anao ! Descends maintenant.
10.Nirôroño izeny, hony, i zaza i takañy, nirôroño, tönga tambôny tany. 10. Alors la petite fille est descendue, à ce qu’on dit, elle est descendue. La voilà
arrivée à terre.
Akôry, ho izy : ino tiatianao, hohaniky anao, ho izy, vö hotarimiko ?
Eh bien maintenant, qu’estce que tu préfères : je te mange, ou bien tu seras ma
E, ho izy, i zaza io, fö izaho, ho izy, hipetraka aminao, tsy tôko ohaninao e. fille ?
Ka nipetraka aminazy izeny, hony, i zaza io. Tañy… ! tañy i zaza io. Oh, dit la petite fille, je veux rester avec toi, il ne faut pas me manger.
Et la petite fille est restée chez le monstre. Elle y est restée longtemps. Et au village
Nañontaniaña, aiza Faravavy ? on demandait [à ses sœurs] où était passée Benjamine.
Ehë, izy iñy kony tsy hitanay… Ah non ! Nous ne l’avons pas vue…
Efa mikonty very aby, nizahaña tsy hita. On la pensait perdue pour toujours ; on avait renoncé à la rechercher.
11. Et finalement, après cela, le jour commençait à chauffer un peu, et au pied
11.Ka farany avy takeo raha iñy, lasaña elaela mafanafana andro, ary io am
de…, chez e monstre, il y avait une grotte profonde, avec un grand arbre à côté
bodiny i…, amin’i kaka iñy, misy lavaka be… ! izay, izay vao misy kakazo boe
de la grotte, un haramy 184. Et, comme le jour commençait à chauffer, l’enfant
izeny ambody lavaka ake, misy haramy. Ka andro nafanafana, nañaniky i zaza
s’est mise à grimper dans l’arbre, n’estce pas, elle est montée tout en haut. Et
io, nañaniky… ! tañambo tañy. Zahaña, tönga tantampn’ny kakazo, ke tsinjôviny
uns fois arrivée au sommet de l’arbre, voyezvous, elle pouvait apercevoir les
ôlo tantanàñan’ny papany take, fa nadiñy… ! ny sasany.
gens dans le village de son père ; il y en avait qui ne faisaient qu’attendre, tout
12.Niôsiky izy, nivölaéna izy : tristes…
12. Et elle chantait, et voilà ce que son chant disait :
Zareo indreo mañano sary mandry, Elles, voisles, elles feignent de dormir,
Zareo ndreo mañano sary mandry, Elles, voisles, elles feignent de dormir,
Nariantravaña e ! Mes sœurs m’ont abandonnées eh !
Ee dady e, mahamaimay ny andro ô. Eh eh, grandmère, le jour est bien chaud !
Et le monstre répondait :
Nivölaña indraiky kakabe io :
Je vais manger, eh ma petitefille !
Hihinankaniniñy afy e !
Eh eh, grandmère, le jour est bien chaud !
Ee dady e, mahamaimay ny andrô.
184
Grand arbre du genre Cana rium, qui fournit une résine utilisée comme encens.
Annexes 145
13. Et elle répétait toujours ces mêmes paroles, la jeune fille, et ainsi pendant assez
13.Izay naniny. Teo foaña. Elaela nañano koa i zaza iñy. Nivölaña izy… Handeha
longtemps. Elle disait… Elle aurait bien voulu aller au village, mais elle ne le
akañy izy tsy afaka amin’ny Kakabe, mahita ôlo midöla ireñy, mivölaña izy :
pouvait pas, à cause du GrandMonstre ; et en voyant les gens qui s’amusaient,
Zareo indreo mañano sary mandry, elle disait :
Zareo ndreo mañano sary mandry, Elles, voisles, elles feignent de dormir,
Nariantravaña e ! Elles, voisles, elles feignent de dormir,
Ee dady e, mahamaimay ny andro ô. Mes sœurs m’ont abandonnées eh !
Hihinankaniniñy afy e ! Eh eh, grandmère, le jour est bien chaud !
(Hoy i kaka iñy.) Je vais manger, eh ma petitefille !
Ee dady e, mahamaimay ny andrô. (Voilà ce que disait le monstre.)
Eh eh, grandmère, le jour est bien chaud !
14..Zahaña teo i raha iñy…, i reñin’i Randriambe feony.
14. Alors…, après bien longtemps, GrandSeigneur a fini par entendre ce chant.
Hô, ho izy, mangina dahôlo, ho izy, ny ôlo jiaby io fö misy feondraha, ho Oh ! Faites silence, tout le monde, ditil, parce que j’ai l’impression d’entendre
izy, reñiky ake mañanoñano izaiñy, ho izy ! comme une musique par ici, qui fait comme ça…
Ary hitan’i zaza io dahôlo raha jiaby ataonjareo io kele, hitany tsisy ôlo nihetsiky. Et la fille, de làhaut, elle voyait tout ce que les gens faisaient. Et elle a bien vu que
tout s’arrêtait, que plus personne ne bougeait.
15..Zahaña, nivölaña i raha io, misy ho reñinjareo, ary tsy miöva fivolañany io : 15. Alors , elle répétait toujours son chant, pour qu’ils l’entendent. Et elle ne
Zareo indreo mañano sary mandry, changeait jamais les paroles.
Zareo ndreo mañano sary mandry, Elles, voisles, elles feignent de dormir,
Nariantravaña e ! Elles, voisles, elles feignent de dormir,
Ee dady e, mahamaimay ny andro ô. Mes sœurs m’ont abandonnées eh !
Hihinankaniniñy afy e ! Eh eh, grandmère, le jour est bien chaud !
(Hoy i kaka iñy.) Je vais manger, eh ma petitefille !
Ee dady e, mahamaimay ny andrô. (Voilà ce que disait le monstre.)
Ho izy. Zahaña : Eh eh, grandmère, le jour est bien chaud !
Hô, ho izy i Randriambe, andevo jiaby, ho izy, ôlo jiaby aketo, ho izy,
mitondrasa izay raha marañitry, ho izy, na filo, na ino… Alors, GrandSeigneur a ordonné :
Annexes 146
16.Nivôry ôlo jiaby, nandeha, nitöndra karazandraha izay zavatra fö nahafaty. Oh ! Vous tous, les esclaves, et vous tous, le peuple qui est ici ! Apportezmoi
Nandeha, nandeha, nandeha, nandeha, nitandriñesiny feo anazy io. Nivölaña i tout ce qui peut piquer et trancher, depuis les aiguilles, et tout le reste…
zaza io :
16. Tous se sont rassemblés, portant toute pièce de chose qui peut faire passer de
Zareo indreo mañano sary mandry,
vie à trépas. Ils ont marché, marché, marché… Et ils écoutaient la voix. La
Zareo ndreo mañano sary mandry, petite fille disait :
Nariantravaña e ! Elles, voisles, elles feignent de dormir,
Elles, voisles, elles feignent de dormir,
Ee dady e, mahamaimay ny andro ô. Mes sœurs m’ont abandonnées eh !
Hihinankaniniñy afy e ! Eh eh, grandmère, le jour est bien chaud !
Je vais manger, eh ma petitefille !
Ee dady e, mahamaimay ny andrô. Eh eh, grandmère, le jour est bien chaud !
17.Zahaña, ambaraka zareo efa nariny, niôsiky foaña zaza viavy iñy, nataony
foaña i raha iñy. Zahaña i olo iñy takeo… Ary i basin’i Randriambe tô koa efa 17. Alors, jusqu’à ce qu’ils arrivent tout près, on entendait toujours la petite fille
nifahañaña. Tönga dia nidonanjareo tifitry tañaty lavaka takao, nivoamboaña i qui hantait, elle chantait toujours sa chanson. Alors les gens, là… Les fusils de
kaka io avy takao, nivoaña avy takañy, nampianjareo fioko izay vao samby GrandSeigneur étaient chargés. Sans hésiter, ils ont tiré à l’intérieur de la
nanôto…, ny sasany nanomboko saböha…, karazandraha zavatra fö hahafaty io grotte, et le monstre a bondi hors de la grotte, il a bondi, oui, mais on s’est mis
koa, nitombotombohinjareo kaka i. Naty kakabe, izay vao nasaiñy nirôroño i zaza à le harceler à coups de bâtons, tout le monde s’est mis à le taper…, les uns le
viavy iñy. perçaient de leurs sagaies, les autres de…, on le perçait de tout ce qui pouvait
servir à le faire passer de vie trépas. Et, une fois le monstre tué, c’est alors
qu’on a pu dire à la petite fille de descendre.
18.Zaza viavy iñy nirôroño avy takao efa naimbo kaka. Naimbo kaka i zaza viavy 18. Et quand la fille est descendue de là, elle était empuantie par l’odeur du
io. Izay vao nihentiñy nôdy. I tönga tantanàéna takeo nañano fety be izeny, hony, monstre. Elle puait le montre, cette petite fille 185 , une fête énorme, à ce qu’on
zareo io, izy tönga tantanàña tañy. Ilay aroivavy, ilay nañary ananjy io, nariaña raconte, pour célébrer son retour au village. Et les deux autres filles, celles qui
izeny, tsy natao zanaka Randriambe io. l’avaient perdue, on les a rejetées, rayées du nombre des enfants de Grand
Seigneur.
19. Angano, arira,
19. Conte, sornette,
Izaho ampitantara, Moi, je ne fais que conter,
Anareo ampitsentsitry. A vous de vous délecter.
185
La fête se prépare sera donc en même temps un rite de purification, marquant le retour de la fille dans le monde des humains.
Annexes 147
Annexe VI : « Mandriangödra » (CouchedanslaFange), Angano 32.
4. Trois mois après, la femme accoucha. Elle appela l’enfant Gloire. Et, au moment
4.Telo völaña avy, teraka viavy io. Laza nataony añarany. Zaza tsara, karaha
où il sortit, il était beau, comme un vrai ange 186 . Il était là, il était là… Et son
186
La conception de l’ange, et aussi bien la métaphore exprimant la beauté de l’enfant, sont des emprunts aux idées occidentales.
Annexes 148
187
On donne ici à l’enfant un allié un animal. Dans Trésor Amedlon (conte 39) il en a deux, qui sont ses frères, nés comme lui par opération d’un talisman.
Annexes 149
ampanjaka mañatoño ampomoasy. Mandeha amin’ny mpomoasy araiky, tsy et s’il allait en consulter un autre, il lui disait autre chose de complètement
mitôvy raha korañiny, mandeha aila, hafa raha korañiny… Efa hain’i viavy io différent… Et la femme savait bien que GrandSeigneur allait consulter les
koa i Randriambe mandeha amin’ny ampomoasy. Izy mandeha mitsapa devins. Un jour que GrandSeigneur était parti passer en revue ses soldats, la
maramilanazy Randriambe iñy, nivölaña koa vaiavy io. Nijeky izy nañaoño femme a parlé. Elle est partie trouver les devins, parce que, n’estce pas, ils ne se
ampomoasy aby re, satria zare tsy mandeha amin’nt dokotera zany fö faisaient pas soigner par des médecins, ils avaient toujours des devins qui
ampomoasy foaña mañodidiñy lapanjare, reo mitaha zare izikoa misy marary. fréquentaient la Cour, et c’étaient ces devins qui les soignaient quand ils étaient
Nantsôviñy ampomoasy re : malades. Donc, elle a appelé les devins :
Prenez bien garde de ne rien dire au roi, s’il vous demande quelque chose ! Je
Tandremo are mivölaña amin’ny ampanjaka fö, ameky völa roa arivo are,
vous donnerai deux mille piastres.
raha öhatra mañontany are izy.
Et deux milles piastres, à cette époque, cela faisait énormément d’argent 188 .
Fôntry völa roa arivo zany talöha !
10. En réalité, je ne suis pas malade du tout. Mais je n’aime pas le fils du roi. Si le
10.Zaho tô tsy raha marary fö halako zanany io. Raha ampanjaka mañontany roi vous interroge, diteslui simplement ceci : vous avez un cheval dans votre
are, volaño izy fö : io misy savaly Malandibe io ambalanare akà, ke io koa tsy parc 189 , qui s’appelle GrandBlanc. Si tu ne le sacrifies pas dès vendredi, hélas, ta
vonoinà amin’ny jomoa ho avy io, ehë maty vadinao e ! femme est morte !
Les devins dansaient déjà de joie à l’idée de recevoir les deux mille piastres. Ils
Ie, ho izy ampomoasy aby re, sady nanefatefaka nahazo völa roa arivo zany.
répondent :
11.Avy ampanjaka. Nivadibadiky izy, tsy mivölaña sady tsy hömaña viavy tsy Oui.
manjary io. Nandeha ampanjaka nañatoño ampomoasy anazy re.
11. Le roi revient. Et elle, elle se tournait et se retournait dans son lit, refusant de
Mboa zahanare hely edy vadiky io marary, ho izy ampanjaka. parler, refusant de manger, la méchante femme. Le roi est allé consulter ses
devins.
A ! Ampanjaka, raha misy savaly malandy tôho ambalanare akà, raha tsy Examinez un peu le cas de ma femme. Elle est malade.
vonoinà zio, ehë vadinao io maty e !
Oh, Sire roi, il y a ici, dans votre parc, un cheval blanc. Si tu ne sacrifies pas ce
Zany natàn’ny ampisikidy re. Mandeha amin’ny araiky, io miboaka : mandeha cheval, hélas, ta femme est morte !
aila, io miboaka. Miasa löha ampanjaka. Zanaka mö tiaña, sady tökaña añaty
traño ; ny vady koa mö tiaña ! Lany fañahy ampanjaka. Voilà ce que disait les géomanciens. Le roi en consultait un : c’était cela l’oracle. Il
allait en consulter un autre : même réponse. Le roi était bien embarrassé. Il aimait son
E, zany zalahy, tsaraha zanako vonoky fö savaly ke vonoky foaña io amin’ny fils unique. Mais il aimait aussi sa femme ! Voilà le roi bien perplexe.
188
Deux mille piastre, si on se réfère au compte ancien de la monnaie à l’époque précoloniale. Mais en 1977, la même expression s’emploie pour dire dix mille
franc malgaches, une somme relativement modeste (200 francs français). D’où la remarque du conteur.
189
Le cheval, animal exotique, est ici représenté comme une variété de bœuf, logé dans un kraal ou parc à bœufs. On projette d’ailleurs de l’employer comme
victime sacrificielle – comme on le fait classiquement avec les bœufs dans la coutume malgache. C’est une réinterprétation malgache d’un motif d’origine
étrangère.
Annexes 150
jomoa.
Oh mais au fond, ce n’est pas mon fils que je vais mettre à mort, c’est son
12.Ary Laza efa mahay raha jiaby, hatra amin’ny niniheliny nañano sary marary cheval ! Vendredi, je vais le tuer.
io, hainy, izy tsy hömankaniñy io hainy, môfo maiñy aby atan’ny niniheliny
12. Or Gloire était au courant de tout. Que sa marâtre faisait semblant d’être malade,
ambanin’ny fandriaña io hainy. Aminjany, tönga jomoa. Ndihivonoñy zany
il le savait… Qu’elle refusait de manger, il le savait. Qu’elle cachait du pain sec
Malandibe. Namôry ampomoasy anazy reo ampanjaka.
sous son matelas, il le savait. Et entre temps, le vendredi arriva. On allait tuer
Oa, zalahy, atsika andeha e, andeha hamôno Malandibe mañeno akôho ! GrandBlanc. Le roi a réuni ses devins :
13.Raha afa nañano io raha io… Nalaky völañanahy ! Nivölaña Laza tamin’ny Mes amis, allonsy. AU chant du coq nous allons tuer GrandBlanc !
savaly anazy :
13. Alors, après cela… Non, je suis allé un peu trop vite. D’abord, Gloire avait parlé
à son cheval :
Malandibe ! Ary baba hamôno anà, ke raha zare hômby ambala akà, na GrandBlanc ! Mon père veut te tuer. Alors, quand ils viendront au parc, appelle
amin’ny firy na amin’ny firy antsôvo zaho. moi, à n’importe quelle heure.
Ià. Oui.
Zare koa hômby ambala, mikaiky anà : raha alavonjare anà, mikaiha, raha Dès qu’ils arrivent au parc, tu cries. Quand ils voudront te renverser à terre, tu
didianjare ambôzonao, alöhaka handidianjare ambôzonao, mikaiha anà. cries. Et juste au moment où ils voudront te couper le cou, tu cries.
Intelo zany anà mikaiky.
Oui, dit GrandBlanc.
Ia, ho izy Malandibe.
Nous allons fuir, tous les deux.
Fö atsika andeha e, ndihilefa atsika roilahy.
Oui, dit GrandBlanc.
Ià, ho izy Malandibe ;
14. Et, cette nuitlà, on avait envoyé Gloire dormir chez son oncle maternel, qui
14.Tamin’ny aliñy zy malöha, nalefa Laza nandry amin’ny zamany añy. Zare habitait dans le même village, mais un peu plus loin. On avait fait dire à Gloire
ndraiky ôloño samby tanàndraiky fö mañano lavidavitry hely leha misy d’y passer la nuit :
zamamny. Nandeha nampandreñy tany i Laza io :
Tu vas aller dormir làbas.
Añy anà mandry e.
Et lui, il savait déjà. Il y est allé. Mais, même làbas, il fallait qu’il entende l’appel de
Raha io afa hainy, nandeha izy. Nefa na dia añy izy, tsy maintsy mahareñy GrandBlanc.
Malandibe mikaiky.
15. Au premier chant du coq, GrandBlanc appelle. De làbas, Gloire l’entend.
15.Mañeno akôho tökaña, mikaiky Malandibe. Tañy. Reñin’i Laza zio.
Mon oncle, mon oncle, j’ai mal au ventre, ouvremoi la porte, j’ai mal au ventre.
Zama ! Zama ! Marary kibo anahy, sokoafo tamiaña, marary kibo anahy.
Entendant cela, son oncle lui a ouvert la porte. Gloire est sorti. Et on ne l’a plus
Nahareñy io leha zamany, nisokoafiny tamiaña. Niboaka Laza. Tsy hita revu…
nomboany.
Où estil donc passé ce garçon ?
Annexes 151
Aiza eky nomboany lay gaño iñy ? Eh bien, il avait couru se cacher au pied du parc. Tous les gens étaient déjà arrivés
dans le parc. Ils étaient six hommes, et le roi faisait le septième. C’était au premier
Ay izy io efa nihazakazaka, nipitsa ambôdy vala teo izy. Afa homby ambala
chant du coq. Ils n’avaient pas vu Gloire qui était là, bien caché. Ils essayaient de
ôloño aby re. Misy enindahy zare, fitolahy mboan’ny ampanjaka zany. Mañeno
renverser le cheval à terre. Hi hi hi ! C’est GrandBlanc qui appelle. Le garçon est là,
akôho tökaña io. Tsy hitanjare Laza mipitsa, mipitsa. Nalavonjare savaly, i, i, i,
bien caché. Et dans un instant, GrandSeigneur, père de Gloire, va couper le cou de
mikaiky koa Malandibe. Lay gaño amin’io efa akeo, mipitsa foaña izy,
GrandBlanc.
Randriambe, ampanjaka baban’i Laza lahate hanapaka ambôzoño Malandibe.
16. Comme GrandSeigneur lève le couteau pour trancher la gorge de GrandBlanc,
16.Izikoa hambiky meso amin’ny tendan’i Malandibe Randriambe,
Gloire sort en courant du coin du parc, pour se coucher en travers de la gorge de
mihazakazaka Laza avy amin’ny zôrombala iñy, nantsilañy nañaniky amin’ny
son cheval.
tendan’i savaly io.
Coupemoi le cou, père, si tu veux tuer mon cheval.
Didià tendanahy, iada, raha vononà savaly anahy
Le roi se met à trembler. Il laisse tomber son couteau en pleurant.
Nangitakitaka ampanjaka, latsaka meso anazy sady tomoañy.
Oh ! Mon fils, je ne peux pas te tuer.
E, zanako, ho izy, zaho tsy mahafaty anao zanako.
17. Alors on a détaché le cheval.
17.Nivahaña zany savaly io.
Voilà, père : si tu m’aimes, ce cheval de toutes façons tu vas le tuer, c’est toi qui
Zao izy iada : raha tia zaho anà, savaly tô mö hivononà, sitrapônà nañame
as décidé de me le donner, tu peux décider de le tuer. Mais laissemoi faire
azy zaho, sitrapônà amonoanà azy, ambilà zaho hiôdiñy impito mañodidiñy
d’abord avec lui sept fois le tour de notre village.
tanàñantsika.
Il monte sur son cheval. Et tous les gens, il les laisse là…
Nitikininy savaly anazy. Oloño aby re napetrany te…
18. C’était le petit matin. Il avait préparé toutes ses affaires, tout ce qu’il avait hérité
18.Naraindriañy andro. Ay zy afa nañamboatra entaña jiaby, löva anazy tamin’i
de sa mère, il avait tout mis dans une valise : l’or de sa mère, les vêtements de sa
nininy, reñy natàny añaty valizy aby jiaby : völamenan’i nininy, akanjon’i
mère, et ses propres vêtements, et une partie des galons de son père, car son père
nininy, akanjo anazy giradin’i babany sasany, satria babay baka ampanjaka eniñy
était ampanjaka , il avait le grande de XVI honneurs 190 .
amin’ny fôlo voninahitry.
19. Il va partir, partir pour les pays inconnus, droit devant lui. Il fait un tour, et en
19.Handeha izy, handeha amin’ny tany tsy hay, zay tondroan’ny löhany foaña.
même temps il écrit. Il fait un tour avec son cheval. Le cheval était tout harnaché
Nihôdiny izy sady nanöratra. Mihôdiñy izy amin’ny savaly anazy. Ravahiny
d’or. il fait un tour de village… Il a déjà fait trois tours. Alors il prend la lettre
völamena aby savaly anazy io. Nihôdiñy tanàña io izy. Nahavita intelo izy.
qu’il a écrite, et il la pose sur le bureau de son père. Une fois la lettre posée sur le
Nalainy taratasy io napetrany ambônin’ny latabatr’i babany. Napetrany
bureau de son père…, il part ! Gloire part, de tout le souffle de son cheval, de
ambônin’ny latabatr’i babany, lôsoño taminajy. Laza nandeha eraka ny aiñy e,
toute la vitesse de son cheval. Course effrénée, vers le sud…
190
Les « honneurs » étaient les anciens grades de l’armée et du gouvernement du royaume de Madagascar précolonial. Ils ont été maintenus à l’époque coloniale
comme décoration attribuée aux fonctionnaires et aux chefs indigènes. Plutôt qu’un « roi » à proprement parler, notre GrandSeigneur serait donc ici plutôt un de
ces notables à qui l’administration coloniale attribuait des titres de « chefs de canton à titre politique », pour essayer de profiter de leur influence sur les
populations.
Annexes 152
eraka zay vita. Nihazakazaka taminjay, nihazakazaka taminjay nañatsimo.
20. Comme GrandSeigneur revenait de passer en revue ses soldats, il entre à la
20.Randriambe avy nizha maramilanazy, niditry. Izy niditry iñy, zahaña ndre maison. En entrant dans la maison, il voit la lettre sur le bureau. Il la lit, et voici
taratasy ambônin’ny latabatra. Nivakiñy. Ho izy taratasy : ce qui y était écrit :
21. – Oa iada, vadinà tianà, zaho halanà. Ke raho iada handeha e, zaho handeha 21. – Père, ta femme, tu l’aimes, et moi, tu me détestes. Eh bien, je vais partir, père,
oui, jej vais partir, parce que je ne veux pas que tu fasses mourir mon cheval.
e, zaho handeha, halako savaly anahy vononà. Io vadinao io, vadinao tianao io,
Cette femme, ta femme que tu aimes, elle n’est pas malade, père, c’est par la
zio tsy marary, iada, fö tsy fitiavany zaho añanövany marary, amonoany savaly haine de moi qu’elle fait semblant d’être malade pour pouvoir faire mourir mon
cheval. Et les devins, elle les a payés deux mille piastres pour faire mourir mon
anahy. Ampomoasy re nikaramainy roa arivo raha maty savaly anahy. Tamin’ny
cheval. La première fois que tu étais parti, souvienstoi, tes géomaciens n’avaient
anà nandeha tañy voalöhany, tsy nahita raha teo ampisikidinà re, tsisy raha rien trouvé : la raison en est qu’elle n’est pas malade du tout. Pourtant, la fois
suivante, ils avaient trouvé : la raison en est qu’ils sont tous complices. J’ai tout
hitanjare : dikan’izany tsy marary izy. Ke tato afara zare nañano nahita :
surpris, je les ai vus se réunir, et converser avec ma marâtre. Et pour ce mal dont
komiberaka zare jiaby zio. Raha io reñiky, hitako zare nivôry, nikorañin’i elle parle, qui cause tous ces craquements, qui lui fait crier qu’elle a si mal,
qu’elle a si mal au dos, soulève donc le matelas, père, tu y trouveras les morceaux
ninihely zy. Ke raha mipôpôko volañiny io : « Ato marary, andilañanahy
de pain sec que marâtre y a mis. Quand elle tourne et se retourne, c’est ça qui
marary… », raha mipôpôko io, intano kidoro ao, baba, akà misy môfo maiñy craque, et craque… Alors, je pars, père. Adieu père, adieu pour toujours.
apetran’i ninihely akà, avy ake izy mivadibadiky iñy, mipôpôko raha io akà. Ke Voilà ce qui était écrit dans la lettre du garçon.
zaho lôsoño, iada e, veloma iada, ary mandrakizay. 22. Alors GrandSeigneur a demandé :
Quel est le plus fort de mes chevaux ?
Zany vakin’ny taratasin’ilay gaño io.
Et dans le parc, il n’y en avait pas de plus fort que GrandBlanc, et après lui c’était
22.Raha afa nañano io izy Randriambe :
GrandBrun. [Les serviteurs du roi répondent :]
Aiza, ho izy, savaly farany matanjaka ?
Eh bien, c’est GrandBrun.
Ary tambalanjare ta tsisy hôtry Malandibe mahery matanjaka, avy ake mañaraka
azy Tombolôhabe. Allez vite me le chercher.
E, Tombolôhabe matanjaka.
Alà malaky, ho izy.
23. On est allé chercher GrandBrun. Course effrénée du roi vers le sud. Et ce Grand
23.Nalaiñy Tombolôhabe. Namango ampanjaka nihazakazaka nañatsimo. Ary
Brun, tu sais comme sont les bêtes…, pas leur pareil pour flairer une trace. Voilà
Tombolôhabe io, hitanà mö biby io, mahay mañarapôfoño diandraha. Nañaraka
GrandBrun lancé sur les traces de GrandBlanc, tagada, tagada, tagada ! Arrivés
tamin’izay Tombolôhabe, nañaraka dian’i Malandibe, katrak, katrak, katrak !
un peu plus loin, ils voient comme un nuage de poussière noire, tout petit làbas
Hômby talöha, zahaña iñy jôfontany, afa maintiñy hely tazaña lavitry arô. Jofon
dans le lointain. Un nuage de poussière, mais tout petit. Le roi presse l’allure, il
tany foaña hita afa hely. Namely ampanjaka, namely ampanjaka, tsy takatra
Annexes 153
E, mahaveloño are lahy e, tahölaña raha hitanà re, tahölaña zanako aby ny Je te remercie, dit l’oiseau. De tous les os que tu vois ici, la plupart sont les os de
mes petits. Mes petits sont sur cet arbre, et cet être venait encore de m’en dévorer
191
Un serpentmonstre. Selon la légende, l’arpenteurdelaforêt lorsqu’il voulait attaquer quelqu’un, « projetait vers lui une feuille ; si celleci l’atteignait, il se
précipitait alors sur l’importun et, de sa gueule effilée, le frappait jusqu’à la mort. Il ne s’éloignait de sa victime qu’après s’être assuré qu’elle ne respirait plus. Si,
en se précipitant, il manquait son but, sa tête s’enfonçait profondément dans le sable, ainsi qu’une partie de son corps. » (G . Julie, 1928.).
Annexes 154
ankabiazaña izy ake re. Zanako reo arô añambo rôho, efa misy araiky laniny un. Je suis bien content. Ne me tue pas, je suis venu te donner un présent en
zy. Ravoravo zaho ary aza vonoñy zaho fö zaho ndeha hañome mahaveloño reconnaissance. Si tu veux, je te donne un de mes petits. Il sera ton compagnon
anà. Izikoa tianà, ameky zanako araiky anà hentinà miaraka aminao añy dans les combats que tu livreras sur ton chemin.
mboa namanà miady añy andalaña añy.
C’est bien dit Gloire, si tu me l’offres de bon cœur, si tu me le donnes, je
Ehë, ho izy Laza, fö izikoa foinà hentiky, izikoa amenà zaho edy zany. l’emmène.
29. Alors le grand milan a pris son petit sur l’arbre et l’a posé sur l’épaule de Gloire.
29.Nalain’ny papango be zanany avy tañambo tañy, napetrany ambônin’ny
Et le petit du milan a déployé ses ailes pour faire de l’ombre sur la tête de Gloire.
havain’i Laza. Namelatra elany be io zanapapango io nañalokaloko löhan’i Laza
Et Gloire est remonté sur son cheval, et il a continué sa route, tagada, tagada,
aby. Nakatra ambônintsavaly Laza, lôsoño nanôhy dia, katrak, katrak, katrak !
tagada. Un peu plus loin, voilà GrandBlanc qui pousse un cri, hi hi hi !
Hômby talöha koa, i, i, i, hozy Malandibe nihaiky.
Qu’estce qu’il y a encore, l’ami ?
Ino koa zaiñy zalahy ?
Comme Gloire se tournait de côté et d’autre, il a vu un monstre qui dormait là. Il s’est
Nitoditodiky Laza, nitoditodiky izy, zahaña ndre misy kakabe mandry. Nañatoño
approché, tout doucement.
Laza, nañatoño möramöra.
30. L’énorme bête, en voyant Gloire, a redressé la tête. C’était une éléphante 192 .
30.Hitan’i biby io Laza, nankôhiny löha anazy. Ay zio elefaña.
Je suis malade, dit la bête, je n’ai pas mangé depuis une semaine, je suis blessée à
Marary zaho, hozy kaka io. Añatin’ny heriñandro tsy nihinankaniñy, voa
la patte par un bout de bois qui ne veut pas sortir, une écharde qui est là.
kakazo hongotro anahy tô tsy afaka, misy sitriky akà. Avy akà, nitsoahin’i Laza
mesopiky benazy, nididiaña hongotro elefaña, nididiaña, zahany nisy sitriky
hôtry tôndro ta. Nitsoahany kakazo io.
A, ho izy, elefaña ! Misaotra anà fö veloño zaho. Izikoa tianà zaho mboa Alors, Gloire prend son gros canif, et il incise la patte de l’éléphante. Il l’incise, et il y
hañaraka anà. trouve une écharde grosse comme le doigt. Il l’enlève.
Anà koa afaka, ndahy. Zaho tô tsaraha malaiñy anà, anà koa handeha, ndahy. Ah, je te remercie, dit l’éléphante, je suis guérie. Si tu veux, je vais te suivre.
31.Nandeha zare miaraka. Si tu veux, viens. Je ne refuse pas ton amitié. Si tu veux venir, viens.
Andà anà alöha, ho izy i Laza, fö, anà tsy afaka, anà marary hongotro ke, anà 31. Ils partent ensemble. Gloire dit à l’éléphante :
tsy afaka. Raha zahay mandeha alöha, tsy rarakà dianay.
Marche devant, parce que tu ne peux pas marcher vite. Si c’est nous qui passons
devant, tu ne pourras pas nous suivre.
32.Nandeha elefaña mitringo mitaridalaña. Hômby ambônin’ny tanety araiky,
misy lavabato be. 32. L’éléphante part : c’était elle qui ouvrait la marche, en boitant. Ils arrivent au
sommet d’une montagne, et ils y trouvent une grande grotte.
Eto atsika hatory e, hozy Laza, satria anà tsy afaka, tamin’i elefaña, fö sady
andro koa efa aliñy. Dormons ici, dit Gloire à l’éléphante, tu n’en peux plus, et d’ailleurs la nuit va
venir.
192
Le texte malgache ne permet pas ici de savoir s’il s’agit d’un mâle ou d’une femelle. Mais un peu plus loin, il sera question du lait de l’animal.
Annexes 155
33. Ils se sont installés là. Ils étaient déjà bien loin. Ils se sont installés là. Gloire a
33.Te zare nantôtry. Afa lavitry zany. Nantôtry te zare. Nalefany savaly
lâché le cheval blanc pour le laisser pâturer, ainsi que l’éléphante. Et à ce
Malandibe nandeha nihinaña, nalefany koa elefaña nandeha nihinaña. Vôroño
momentlà, le petit du milan avait grandi. Parce qu’ils avaient marché depuis si
hely aminjany afa geda. Satria nandihiananjare io mivölandraha zany möra fö,
longtemps… C’est bien vite raconté, mais cela faisait bien longtemps qu’ils
afa elaela nandihiananjare io. Te zare nandry andavabato, tsy leñy. Elaela,
marchaient… Ils ont passé la nuit au sec dans la grotte. Au bout d’un moment,
nandeha Laza nihazahaza, zahany ta nisy tahötahölandraha.
Gloire est parti voir un peu les environs, et il a vu qu’il y avait là des os. Il se dit :
A, izy tô dönko misy kaka e, ho izy. 34. Au bout d’un certain temps, arrive un GrandMonstre. Dès que ce GrandMonstre
se montre, Gloire lui tire dessus. Il est mort.
34.Tateky avy Rakakabe koa niboaka iñy, tifirin’i Laza, maty.
Et alors ? Tout ça pour se laisser tuer comme ça !
Akory, ho izy, tsy anà maty iñy mö ! Il prend la peau du GrandMonstre, il l’écorche il la fait sécher. Et ça a fait beaucoup
à manger pour le milan, toute la viande de ce monstre, parce que, n’estce pas, les
Nalainy hoditr’i Rakakabe, nindahiny, avy ake natapiny. Afa haniñy papango be milans, ça se nourrit de viande, c’est ça leur nourriture. L’éléphante et GrandBlanc
edy fatinkaka io e, satria baka papango raha hömaña nôfonkena, io haniñy de leur côté, sont allés à la pâture.
anazy. Ary elefaña ndraiky Malandibe mandeha hömankömandraha añy.
35. Au bout d’un certain temps, ils arrivent à une autre grotte, et ils s’y installent pour
35.Tateky avy zare tañy, nandry tañaty vato ta zare. Naraindraiñy : dormir. Au petit matin :
tantara : mandriangödra ny añarany. puisqu’il était tout plein de fange. C’est l’histoire : on l’a appelé Couchedansla
Fange.
39.Lôsoño izy nitety traño, nandeha nizaha raha hoaniñy. Nandeha an
tanàñan’ampanjaka añy izy. 39. Il part, passant de maison en maison pour chercher à manger. Il va à la Cour du
roi.
Ndao añy, zôvy koa tô ôloño maloto be tsy manjary tôho ! Tô tsisy raha ilàna
azy, ndao añy. Ame haniñy zy zaza aby re fö misy andihianany añy, Eh, vat’en ! Qu’estce que c’est que ce typer si sale, si dégoûtant ! Vraiment on
mahakamo aby mizaha azy ndre, hozy ampanjaka re. n’avait pas besoin de ça ! Vat’en ! Donnezlui à manger, les enfants, qu’il s’en
aille, c’est écœurant de le voir là, disent les gens de la famille du roi.
40.Avy te izy nahazo varifôtsy, nahazo hena, lôsoño. Eñy izy mandidy ahitry iñy,
ahitry mahitsohitso reñy hentiny amin’ny savaly anazy. 40. Alors, i la eu du riz et de la viande, et il est parti. Il s’est installé un peu à l’écart,
et il s’est mis à couper de l’herbe, de l’herbe verte, pour son cheval.
41.Ary lalaña amin’ny tôby hely anazy mijôño añy mandalo amin’ny
zaridainan’ampanjaka re. Isaka izy mandalo ake, hitany foaña zanaka ampanjaka, 41. Or, le chemin qui conduisait à son petit campement, ce chemin passait par le
mañidindraho añaña, miriaria añaty zaridaiñy be io, afa misy fantenteraña aby jardin de la famille du roi. Et chaque fois qu’il passait là, il voyait les filles du roi
ambôdy tsöha reñy ndraiky ambôdy manga reñy. Harivariva ndraiky qui arrosaient leurs brèdes 193 , et qui se promenaient dans leur grand jardin. Il y
maraindraiñy zanaka ampanjaka re mandeha miriaria io. avait là des sièges au pied des citronniers et au pied des manguiers. Chaque soir et
chaque matin, les filles du roi venaient là pour se promener.
42.Ary Laza, izy hôdy iñy, eo amin’ny falöhandrano eo izy misandry, miseky
izy. Miseky izy, madio izy, miboaka aminjay eky hatsarañanazy e. Ary zio isaka 42. Et Gloire, avant de rentrer, se baignait à la source, il s’y lavait. Il s’y lavait, et une
izy miseky harivariva iñy, alöhaka handianany môdy iñy, tsary tsy hitan’ny fois qu’il était bien propre, sa beauté réapparaissait. Et ainsi, chaque fois qu’il se
zanaka ampanjaka Faravavy. Gaga izy : baignait le soir, avant de rentrer, Benjamine, la plus petite des filles du roi ne
manquait jamais de le remarquer. Elle était étonnée. Elle se disait :
Mandriangödra io, raha ôloño tsarabe karaha io aviky izy. Ce CouchedanslaFange, quand même, quel bel homme !
43. Et elle commençait à l’aimer beaucoup, cette petite fille, la fille du roi. Et ensuite,
43.Nanjary tia azy be te zaza hely zanaka ampanjaka io. Avy eo mañano akanjo
CouchedanslaFange changeait de vêtements, et il revenait à son campement. Et
Mandriangödra, lôsoño nôdy antôby anazy añy izy. Isan’andro io foaña atàny.
c’était la même chose tous les jours.
44.Farany, harivariva andro, nandeha izy niriaria anjaridain’ny ampanjaka. 44. Enfin, un soir, en allant se promener dans le jardin du roi, il a vu Benjamine, la
Hitany Faravavy zanak’ampanjaka. Nanöratra taratasy izy, nanöratra. Avy take fille du roi. Il lui a écrit une lettre, et une fois écrite, il l’a déposée près de la
taratasy io, napetrany ampalöhandrano. Raha avy miseky Mandriangödra, source. Puis, après s’être baigné, CouchedanslaFange est rentré chez lui.
nôdy. Avy te Faravavy io namaky taratasy io. Benjamine est venue aussitôt pour lire la lettre. Et la lettre disait :
Avia aketo anà amaraiñy harivariva, zany vakin’i taratasy io. Viens ici, demain soir.
45. Le lendemain soir, la petite jeune fille est venue. Ils se sont rencontrés là. Et là, ils
45.Amaraiñin’i zy, harivariva, avy viavy hely io, fankahita zare avy te. Te zare, sont devenus très amis. Et il n’a pas fallu longtemps pour qu’elle soit enceinte, la
fampisakaiza te zare. Ela, bikibo zaza hely zanaka ampanjaka io. Tsy voavony petite jeune fille, la fille du roi. A la fin elle ne pouvait plus cacher son ventre.
kibo io farany. Avy iadany nañano ankety azy : Alors son père l’a interrogée :
193
Les plantes potagères, dont les feuilles entrent dans le bouillon qu’on mange avec le riz.
Annexes 157
Qui estce qui t’a engrossée ?
Zovy naha bikibo anà ?
Mais la petite fille ne disait rien.
Tsy nivölaña zaza viavy hely io ;
Qui estce qui t’a engrossée ? Imbécile, idiote !
Zôvy naha bikibo anà ? Lefaka, tsisy fañahy ! Le roi tarabustait sa fille. Mais, qu’estce qu’il y pouvait ? Puisqu’elle était déjà
Nitihitihin’ny ampanjaka te zanany io. Atà akôry mö, anteña efa bikibo ! enceinte !
Ady amaraiñy, pare jiaby. Demain, c’est la guerre. Que tout le monde soit prêt.
Samby nañomaña savaly anazy, fiadiana anazy, maramila jiaby. Ary io Chacun de préparer son cheval, ses armes. Mais, ce roi, jamais il n’avait vu de fusil.
ampanjaka io mböla tsy nahita basy zany. Mandriangödra rö manaña. Mböla Le seul qui en avait, c’était CouchedanslaFange. Ils ne connaissaient pas d’autres
saböha ndraiky foaña hntinjare miady. armes que les sagaies.
49. Alors, au petit matin, les soldats partent pour la guerre. CouchedanslaFange
49.Izikoa mañano io, maraindraiñy, maramila re lôsoño ndihiady. n’avait pu avoir, en fait de cheval, qu’un vilain petit cheval brun, borgne, et qui
Mandriangödra tsy nahazo savaly. Savaly tombolôha gila maso sady marary kibo avait la courante. Voilà le cheval que son beaupère lui avait trouvé. Quand
hely namiandrafözany azy. Nitikibib’i Mandriangödra zio, miporitsiky aby CouchedanslaFange a voulu le monter, il s’est mis à faire du crottin sans arrêt,
tainy, feno hôngotro Mandriangödra. si bien que CouchedanslaFange en avait plein les jambes.
50.Farany zio napetraka Mandriangödra tanaty valatseky hely anazy ta savaly 50. Finalement, CouchedanslaFange est allé remiser le cheval malade dans son
194
Apparaît ici une nouvelle fois l’ange ; mais au lieu de l’angelot, figure de la beauté enfantine, que nous avions rencontré au début du conte (§4) nous avons
maintenant plutôt affaire à un archange guerrier : dans les deux cas, on notera la pénétration des notions chrétiennes dans le conte.
Annexes 158
marary io. Tsisy ôloño mahita valatseky anazy io. Napetrany akà savaly io. petit parc. Et personne n’était au courant de l’existence de ce parc. Il a laissé là ce
cheval. Et il a dit :
Ale Malandibe, Papangobe, avy ake Elefaña, ndihiady atsika, hozy
Holà, GrandBlanc, et toi GrandMilan, et toi l’Eléphante ! Nous allons à la
Mandriangödra.
guerre.
51.Hômby tañy, afa mirafitry ny ady. Afa maro miaramilan’ny ampanjaka 51. Quand ils sont arrivés làvbas, la bataille était déjà engagée. Beaucoup de soldats
rafözaña Mandriangödra maty, zay vôho avy Mandriangödra. Izikoa avy iñy, izy du beaupère de CouchedanslaFange étaient déjà morts avant que Couche
ndraiky tsy nañano lamba, fö hôditry kakabe nivonony iñy, io nisikininy. danslaFange apparaisse sur le champ de bataille. Et lui, il n’avait rien sur lui,
aucun vêtement ; juste, serrés autour des reins, la peau du monstre qu’il avait tué.
Anjaranà, hozy Mandriangödra tamin’ny elefaña ! Il dit à l’éléphante :
52.Giahin’ny elefaña aminjay rano, apofony aminjany rano iñy, voadifiky A toi !
aminjay maramila fahavalonjare. 52. L’éléphante s’est mise à avaler de l’eau, et à la lancer sur les ennemis. Ils en
étaient complètement aveuglés.
Anjaranà, ho izy, papango !
A toi maintenant, Milan !
Rahôfiny aminjay talandöhanjare, avy aminjay Mandriangödra, nitifitry, Alors le milan se jette sur les crânes des ennemis, pendant que CouchedanslaFange
nitifitry, farany resy maramila tandrefaña. tire, tire… Finalement, l’armée de l’ouest est battue.
53.Nimpôdy Mandriangödra, pinoakany sabatra taminjay bôntañany rafözany, 53. En repartant CouchedanslaFange donne au passage un coup de son sabre sur
nivalandy. Lôsoño zare efadahy. l’avantbras de son beaupère. Le sang coule. Les quatre guerriers ont le champ
54.Teo antilahy io nitomoañy fö fôntry maramila anazy maty. Nefa izy naharesy. de bataille.
Nous arrivons. Préparezvous, nous allons vous attaquer.
57.Maraindraiñy, lôsoño niady, niady. Mandriangödra aminjany mböla nandeha
amin’ny toby hely anazy añy, nandeha nañapetraka savaly tomboloho gila be Le beaupère de CouchedanslaFange était encore embarrassé.
sady marary kibo io. Mböla io foaña baka amen’ny rafözany azy isaka mandeha
57. Au petit matin, départ pour la guerre… Alors, CouchedanslaFange est reparti à
miady.
son petit campement remiser son cheval brun, celui qui était borgne et qui avait
la courante. Chaque fois qu’il fallait aller en guerre son beaupère lui donnait
58.Lôsoño koa izy nisikiny hôditr’i kaka be nindahiny io. Niaraka koa zare efa
toujours le même cheval.
dahy : Elefaña, Papangobe izy ndraiky Malandibe.
58. L est parti encore avec pour seul vêtement la peau du monstre qu’il avait écorché.
59.Izikoa hômby tañy iñy, zahaña maramilan’i Randriambe zany maro afa voa. Il étaient quatre : l’Eléphante, GrandMilan, GrandBlanc et lui.
Izikoa nañano io :
59. Une fois arrivés làbas, voilà : il y avait déjà beaucoup de morts parmi les soldats
Anjarako, hozy Elefaña ! de GrandSeigneur. Alors l’Eléphante dit :
C’est à moi !
Nitsôfiny tamin’izay rano. Rahôfin’ny papangobe aminjay. Mandriangödra
L’eau gicle. Et GrandMilan se jette sur les crânes, pendant que Couchedansla
amin’izany manibitribiky foaña amin’ny sabatra, manibitribiky foaña, raha
mahay miady raha io, letry nahahely azy, raha hainy io ! Fange ferraille du sabre, ferraille du sabre… ah, il savait se battre, depuis son plus
jeune âge, oui, il savait se battre !
60.Resy koa miaramila avy antiñanaña fahavalon’ny rafözañ’i Mandriangödra. 60. Les soldats de l’est sont battus , les ennemis du beaupère de Couchedansla
Izikoa nimpôdy avy tañy Mandriangödra iñy, nirahesiny mosoaran’i Fange. Mais au moment de s’en retourner, CouchedanslaFange arrache le
Randriambe ; satria baka izy nitomañy, maro loatra maramila anazy maty mböla mouchoir de GrandSeigneur, parce que n’estce pas, GrandSeigneur pleurait : il
Mandriangödra tsy avy. Nirahesiny mosoara, lôsoño koa zare efaèdahy nôdy, avait vu mourir tellement de ses soldats, avant que CouchedanslaFange vienne
namonjy toby. Hômby tañy, napetraka koa leha telolahy nangala disaka. Lôsoño sauver la situation. Il lui arrache son mouchoir, et les voilà partis tous les quatre,
izy nandeha antanàña. pour rejoindre leur campement. Là, CouchedanslaFange laisse les trois bêtes
pour qu’elles se reposent, et lui, il repart au village.
61.Oloño jiaby efa hômby antanàña, iñy Mandriangödra voho avy. Izy amin
jany feno taintsavaly kaka. Avy teo ravoravo koa ampanjaka io. Nañano fety, 61. Tout le monde était déjà réuni au village quand CouchedanslaFange est arrivé,
naharesy zany. tout plein de crottin de son cheval. Et le roi était ravi, il fêtait sa victoire. Et il dit :
Zao, ho izy ampanjaka, ny sarvety anahy, ho izy, very, tamin’ny ady farany J’avais un mouchoir 195 , qui a été perdu pendant la bataille. A celui qui le
iñy, ke zay mahita azy ameky gadô. retrouvera, je ferai un cadeau.
62.Nahareñy zany vadin’ny miaramila aby reo, namôroño sarvety, asiaña añaraña 62. Quand elles ont entendu cela, toutes les femmes des soldats se sont mises à
ampanjaka aby. Avy akà navôry taminjay mosoara re. coudre des mouchoirs, et le roi a dit :
Ambilay zahako azy, hozy ampanjaka. Montrez un peu, que je les voie.
Nizahaña tsiraikiraiky mosoara, nizahaña, tsisy ndra raiky. Mosoara io amin’io Il les a examinés un par un, il les a examinés…, mais non, le sien n’y était pas. Ce
195
Le mouchoir (mosoa ra ) est devenu ici une serviette (sarvety) ; mais le conteur va s’apercevoir de son erreur, et reprendre dans la suite le premier mot. On a
donc rétabli partout le terme exact dans la rédaction.
Annexes 160
196
Le conteur devance une objection de l’auditoire : si les armées de l’ouest, de l’est et du sud ont attaqué, pourquoi celles du nord ne se manifestentelles pas ?
Annexes 161
masonao io. vue.
70. Ayant entendu cela, le roi a réuni ses trois gendres :
70.Ke, nahareñy zany ampanjaka navôry aby ary zalahy vinantony telolahy.
Cherchezmoi du lait d’éléphante, sinon mes yeux ne verront plus la lumière.
Are mizahà ronônon’ny elefaña, izikoa tsy zany, tsy mahita maso anahy tô.
Et CouchedanslaFange, il n’est pas là ?
Ary mandriangödra mö ake ?
Bon, faitesle venir, saiton jamais, peutêtre qu’il en trouvera ?
Ehë, antsôvo atô izy tsaha mba mahita.
On l’appelle.
Nantsôviñy.
Si vous trouvez du lait d’éléphante, c’est cela, paraîtil, qui pourra me guérir !
Are koa nahita ronônon’ny elefaña, zany hony mankahivaña zaho tôy e !
Ià. Bien.
71.E, izikoa zio, nitsakaraka leha efadahy. 71. Alors, làdessus, les quatre gendres se mettent en quête.
E, ho izy, Mandriangödra fö hitanare rôy atiatiala rô, alankininy io, ho izy ? Eh bien, dit CouchedanslaFange, vous connaissez le petit bois làbas, le bois
d’eucalyptus ?
Ià, ho izy leha telolahy.
Oui, répondent les trois autres.
Ao, ho izy, misy ôloño zay ao manaña elefaña zay, akà dönko azahoantsika Il y a quelqu’un là qui a une éléphante. Nous pourrons peutêtre y avoir du lait. Et
ronôno e ! Izy ndraiky añy atsimotsimo be añy lalaña mandeha aminy. pour y aller, il faut prendre le chemin qui passe du côté sud.
Oui.
Ià.
Allezy donc, commencez à chercher, moi, j’ai encore une petite commission à
Andà are manampôno fö zaho mböla hañano raha hely. faire.
72.Nandeha nanampôno ary zalahy telolahy, nalefany amin’ny lalaña lavitry. Izy 72. Alors les trois gendres ont commencé leur quête. Il les avait envoyés sur un
mañano lalamahitsy, nitsôfotro akà izy. Nañano lamba tsara izy, ià. Nantôtry chemin qui faisait un long détour, et pendant ce temps, il a pris tout droit, et il
ambônintsezy, mariny latabatra avy tañy, nañano satroko izy, karaha atsikilany s’est retrouvé chez lui. Il a mis ses beaux habits. Oui. Il est là, assis sur un
hely aby satroko anazy. Avy tañy leha telolahy, namepeky. fauteuil, auprès d’une table, et un chapeau sur la tête, un peu incliné, le
chapeau… Voilà les trois autres qui arrivent. Ils frappent.
Mandroso, ho izy. Entrez.
73. Ils entrent.
73.Niditry avy tañy.
Annexes 162
La raison de notre venue, outre la visite, qui – selon le dicton – jamais ne va
A, dianay tôy, sôsoko famangiaña tsy mahatökaña, fö marary ampanjaka, seule 197 , c’est que le roi, notre beaupère, est malade. Si on ne lui baigne pas les
rafözanay, ka izikoa tsy ronônon’ny elefaña anasaña maso anazy tsy mahita ; yeux avec du lait d’éléphante, plus jamais il ne verra la lumière. Et on nous a dit
ke are korañin’ôloño manaña ? que vous avez de ce lait ?
Ehë, ho izy, fö zaho ake io avy nitery edy fö raha zany, itahaña aretiñy ka Oui, justement, je viens de le tirer. Si c’est pour soigner un malade, oh, bien sûr,
misy akeo ô ! il y en a !
74. Et c’était CouchedanslaFange qui leur parlait, mais aucun des trois ne l’avait
74.Nefa Mandriangödra io, tsy hainy ary zalahy re.
reconnu.
Fö alöhaka are ameñy azy, zalahy, hasiaña mariky e, atà mariky hely arô.
Mais, avant que je vous en donne, les gars, il faut que le vous fasse une petite
75.Nalain’i Mandriangödra vy mahamay, iñy napetany amin’ny bakilamporiny marque. Oui il faut vous faire une petite marque.
ary zalahy telolahy, ary zy misy söratra « F ». Avy ake, nameny ronôno afa 75. Alors CouchedanslaFange a pris un fer rouge, et il le leur a appliqué sur les
naharony rano. fesses à tous les trois, et la marque, c’était la lettre « F ». Ensuite il leur a donné
Tô, ho izy, hento ronôno tôho, samby minday tavoangy araiky are, anasan’ny du lait, mais mélangé d’eau. Il leur dit :
rafözañare maso, aminjay are samby mahita. Voici, prenez ce lait, emportez chacun une bouteille, pour laver les yeux de votre
beaupère. Comme ça, vous en aurez trouvé tous les trois.
76.Namby nitöndra tavoangy raiky zare telolahy, lôsoño. Zare koa lôsoño,
nañöva akanjo koa i Mandriangödra. Nandeha izy. Hômby tantanàña izy, mböla 76. Ils en emportent tous les trois, chacun a sa bouteille. Ils s’en vont. Dès qu’ils sont
tsy naboakany ronôno anazy. Satria nihinazy teña ronôno tsisy raha miharo azy, partis, CouchedanslaFange se change, et il s’en va à son tour. Une fois arrivé
tsisy rano fö izy foaña. au village, il se garde de montrer le lait qu’il avait, parce que le sien était du lait
pur, sans mélange, sans eau, rien que du lait.
77.Nisasaña tamin’ilay fa nihentin’ileha telolahy masondrafözanjare, hanita
manjavozavoño hely. Izikoa nañano io zio, nandeha Mandriangödra nitöndra 77. On a lavé les yeux du beaupère avec le lait qu’avaient apporté les trois gendres et
ronôno anazy. Izy hômby tañy, izikoa nisandry tamin’iñy rafözany iñy, biaã le beaupère a commencé à y voir, mais sa vue était encore un peu floue. Alors
maso anazy mahita. CouchedanslaFange est venu à son tour apporter son lait. Il arrive, et le beau
père se lave avec son lait. Et tout de suite, ses yeux s’ouvrent, et il voit !
78. Zôvy nitöndra tô, ho izy ? 78. – Qui a apporté ce lait, demande le beaupère ? 198
Zaho, ho izy, Mandriangödra. C’est moi, dit CouchedanslaFange.
197
C’estàdire : nous avons la joie et l’honneur de te rendre visite ; mais rendre une visite n’est jamais le seul motif qu’on a de venir voir quelqu’un : on a
toujours plus ou moins quelque chose à demander, quelque avantage à espérer…
198
Ce motif d’apparence exotique se rencontre dans le conte des deux frères, publié par A. Dandouau, et dans celui de Tandrokomana, receuilli par J.C. Hébert.
Dans le premier cas il s’agit de lait d’ânesse (farasy, qui pourrait être aussi une jument), et dans le deuxième de lait de lionne (simba ), mais toujours les rivaux
n’obtiennent que du lait frelaté, étendu d’eau, et à condition d’accepter de se laisser marquer au fer rouge. Hébert rattache de manière bien convainquante ce motif
à une source indienne (A. Dandouau, 1922, pp. 196197, J.C. Hébert, 1963, pp. 1718).
Annexes 163
Tsara, ho izy. Mahazo traño mariñy anao ndraiky Faravavy, ke amin’ny C’est bien. Tu seras marié à benjamine selon les coutumes, et vendredi prochain –
jomoa ho avy rö atsika – jomoa mö andron’ny ampanjaka, raha tianjare vous savez que c’est le vendredi qui est le jour des rois, le jour qu’ils préféraient
talöha baka zy – hañano fanambadiañanareo e, hañano tsaboraha. Atômboko au temps jadis – vendredi prochain nous ferons les noces, nous ferons la fête. La
jomoa maraindraiñy tsaboraha zany . fête commencera vendredi matin.
79.Afa nampakariñy amin’ny lapa i Mandriangödra. Io nanon’ni raha io. Ara afa 79. Alors CouchedanslaFange a pu monter à la Cour. C’est ainsi que cela s’est
nañomañomaña Mandriangödra. passé. Et il a fait tous ses préparatifs. Il a dit à sa femme :
Atsika, ho izy tamin’ny vadiny, mionjoño maraindraiñy mañeno akôho atsika Demain nous nous lèverons au premier chant du coq, et nous partirons. Nous irons
mandeha. Atsika handeha halake fanañana hely anahy fö atsika tô raha atà chercher mes petites affaires, puisqu’on va attribuer la dignité royale, et que nous
ampanjaka zany, hipetraka amin’ny trano lapa be, atsika handeha añy. allons demeurer à la Cour ; il faut que nous y allions.
80. Or, le beaupère de CouchedanslaFange n’avait que le grade de VIII honneurs
80.Ary rafözaña Mandriangödra io valo vononahitry foaña z’io. Mböla antsasaka
seulement. C’était juste la moitié des galons du père de Gloire, qu’il avait
nihin’ny baban’i Laza nihentiny io. Ke izikoa nañan’iñy maraindraiñy jomoa
apportés avec lui. Alors, au petit matin du vendredi, ils sont partis tous les trois,
lôsoño zareo telo moanaka, Mandriangödra, Faravavihely zanaka ampanjaka ary
CouchedanslaFange, la petite Benjamine, fille du roi, et leur fils. Ils sont
zanakanjare. Nañeno akôho hômby tañy iñy, nisokafin’i Mandriangödra vatra :
arrivés làbas au chant du coq, et CouchedanslaFange a ouvert sa malle :
Io alà zay akanjo tianà akà.
Voilà, prends les habits qui te plaisent.
(Satria akanjon’ny reniny, löva anazy nihentiny).
(Parce qu’il avait apporté avec lui les habits de sa mère, qui étaient son héritage.)
81. Zay rôjo tianà ake, babanà tsary nisy io aby. Zaho tsy Mandriangödra zany 81. – Prends tout ce que tu veux comme colliers, jamais ton père n’en a eu de pareils.
añaraña anahy fö : Laza petitJean. Zaho zanak’ampanjaka avy añy avaratra, Mon vrai nom, ce n’est pas CouchedanslaFange ; je m’appelle Gloire, et mon
eniñy amin’ny fôlo vononahhitry zaho. Babanao valo voninahitry. prénom c’est PetitJean 199 ; et je suis le fils du roi du nord, et j’ai le grade de XVI
honneurs, alors que ton père n’en a que huit !
82.Satria Laza, giradiny, reñy raha nihentiny aby ke ! Izikoa nañan’io tomoañy
viavy hely io teo. 82. Et en effet, Gloire avait apporté toutes les décorations de son père. En voyant
cela, la jeune femme pleurait de joie.
Ay, ho izy, anà tò ôloño ampanjaka ? Kanefa ampijalin’ny babako !
Ah, donc, tu es roi ? Et mon père qui te persécutait !
83.Avy teo, nañano sembon’ny ampanjaka, ampanjaka e, afa apetraka girady 83. Après cela, il a mis ses vêtements de roi, c’était vraiment un roi, avec tous ses
reñy, añ’avay aila aila, ô ma ma, raha mavesatra ! Avy ake nampañanövaña galons, il en avait sur les épaules, des deux côtés, bien lourds, vous auriez vu ça !
akanjo zaza hely io, akanjon’ny ampanjaka vavy. Legaño hely io, io tsisy akanjo Et ensuite, on a habillé la petite femme avec des vêtements de reine. Il n’y a que
anazy te fö, mböla izy foaña… le petit garçon, pour qui rien de spécial n’était prévu ; alors, il est resté comme il
était…
84.Ke, nitikiñy savaly Malandibe zre telo mianaka, Elefaña mañarakaraka azy
199
Le héros a maintenant un nom « moderne » de structure occidentale, avec nom et prénom. On notera aussi que PetitJean est le héros bien connu de tout un
cycle de contes créoles.
Annexes 164
afara, Papangobe mipetraka ambônin’ny havain’i Laza mañalokaloko zare.
84. Alors, ils sont montés tous les trois sur le cheval GrandBlanc, et l’Elephante les
suivait par derrière, et GrandMilan se tenait sur l’épaule de Gloire, et leur faisait
86.Zahaña, amin’ny valo tsy mety avy zare.
de l’ombre avec ses ailes.
Ôloño lefaka, tsisy fañahy, ho izy ampanjaka. Ôloño tsisy… Ôloño atà 85. Mais il était déjà huit heures, et ils n’arrivaient toujours pas.
tsaboraha nilefa ? Fabaraka atska tô ! Ôloño efa vôry, ny raha jiaby efa
Quel idiot, disait le roi, il n’a pas un grain d’intelligence ! Il n’a pas… C’est lui le
maty ! Ino dikan’itô ?
héros de la fête, et il ne vient pas ? Nous sommes déshonorés ! Tous les invités
Tateky, nizahaña amin’ny maso lavitry ampanjaka : sont là, toutes les bêtes ont été tuées pour le festin ! Qu’estce que cela veut dire ?
A, rö, ho izy, misy ôloño, ôloño hanafiky dönko rô fö ôloño Au bout d’un moment, on se décide à regarder avec la longue vue du roi :
manamboninahitry be avy rô… Oh ! Les amis, voilà des gens, mais on dirait que c’est une armée qui vient nous
attaquer, ce sont des officiers de haut grade qui arrivent…
86.Nahay nañatoño Malandibe, avy tönga zare, katrik, katrik ! Afa mariny hely
86. Ils approchaient, au pas de GrandBlanc. Les voilà qui arrivent, tiguidi, tiguidi !
nañomañomaña aby ôloño jiaby, maramila, salañinjare ôloño hanafiky,
nañomañomaña aby ôloño jiaby. Tateky hitan’ny ampanjaka legaño hely zafiny. Ils étaient déjà tout près, mais tout le monde se préparait encore, avec les soldats,
parce qu’on croyait que c’était une armée qui venait attaquer. Tout le monde se
Oà, ary karaha zafiky, zalahy ? préparait. Mais, au bout d’un moment, le roi a reconnu son petitfils.
Oh, il semble que c’est mon petitfils ?
Izy homby teo iñy, nivölaña Laza : Et, en arrivant sur place, Gloire prit la parole.
Avy vinantoko, zanako, ho izy ampanjaka. C’est mon gendre qui arrive, c’est mon fils 200 , dit le roi.
87.Ha ! Gaga aby ôloño jiaby. 87. Ah ! Tout le monde était stupéfait.
Ô, ôloño eniñy ambin’ny fôlo voninahitry, zalahy, Mandriangödra ; Eh bien ! C’était donc un officier à XVI honneurs, ce CouchedanslaFange, les
Mandriangödra ôloño eniñy ambin’ny fôlo voninahitry ! gars ! Oh ! C’était n officier à XVI honneurs, ce CouchedanslaFange !
Gaga aby ôloño jiaby. Nandongalitry ampanjaka. Rafözany nandongalitry, Tout le monde était stupéfait. Le roi se jette à genoux. En voyant son beaupère à
nandongalitry koa Laza. genoux, Gloire se jette à genoux aussi :
Tôkony zaho, ho izy, baba, mandongoalitry fö tsy anà. Anà iadako sady C’est moi, père, qui devrais me mettre à genoux, et non toi. Tu es mon père, tu es
rafözako ary ampanjaka. mon beaupère, et tu es le roi.
88.Natà ny tsaboraha fanambadiaña. Vita tsaboraha namaky kabary ampanjaka. 88. On a célébré les noces. A la fin de la cérémonie, le roi a parlé le premier. Puis,
Izy afa avy nivölaña ampanjaka : après le roi, Gloire a demandé à parler aussi :
Ie, iada, ho izy, mboa mahazo mivölaña zaho, ho izy ? Père, estce que je peux parler ?
200
Par courtoisie, le gendre est aussi appelé « fils ».
Annexes 165
E, mahazo mivölaña anao e. Mais oui, tu peux parler.
89. – Voici ce que j’ai à dire : je suis le fils d’un roi du nord. Et si je suis venu ici,
89. Ià, zaho zanak’ampanjaka avy añy avaratra añy. Ary nandihanako tatô, ho
c’est parce qu’il y avait une petite mésentente entre nous. Et sachez bien, à
izy, mö nisy raha tsy fañarahaña hely ta. Ka zaho eto tô, Laza añarako fö tsy
compter de ce jour, que je m’appelle Gloire et non plus CouchedanslaFange.
Mandriangödra zany, manomboko niany. Zany añarako natàn’iadako zaho. Ke
Gloire est le nom que m’a donné mon père. Il y a quelque temps, tu as fait la
teo anà niady, intelo niady te, nisy ôloño nanafiky anà naharesy, zaho ôloño
guerre, tu as fait la guerre par trois fois, parce qu’on est venu t’attaquer. Et trois
natànao anjely nanohitry fahavalonao reñy, tô, Elefañanahy, tô Papangobe anahy
fois tu a été vainqueur. Eh bien, celui que tu prenais pour un ange, celui qui
namako miady, azy raho nisikiñy hôditry biby iñy, misy zaho tsy hainao.
repoussait tes ennemis, c’était moi ! Voici mon Eléphante, voci mon Grand
Nifiraiky tañanà tamin’ny sabatra anahy. Mariñy mö tsy mariñy ?
Milan, ce sont mes compagnons de combat. Et moi, je m’étais habillé d’une peau
de bête, pour que tu ne me reconnaisses pas. Et je t’ai blessé au bras, avec mon
Mariñy, hozy ampanjaka.
sabre. Estce que c’est vrai, oui ou non ?
90.Mosoaranà very anà tomoañy, nalaiky, mariñy mö tsy mariñy ? C’est vrai, dit le roi.
91.Nalain’ny ampanjaka raha io. Le voilà, ton mouchoir, Sire roi.
91. Le roi le prend.
Satrokonà very, tamin’ny ady iñy, anà tomoañy iñy, nalaiky satrokonà. Tô
satrokonà, baba. Teo narary masonà, nandeha nalaka ronôno ary zalahy re, Ton chapeau aussi s’était perdu pendant le combat. Au moment où tu pleurais,
nandeha nalaka ronônon’ny elefaña, nasiako rano. Ary zaho tômpon’ny c’est moi qui te l’ai pris. Le voilà, père. Ensuite, quand tu avais les yeux malades,
elefaña io tsy hainjare zaho. Avy zaho nitöndra izy, nameky anao iñy, les autres sont allés chercher du lait, du lait d’éléphante, mais j’y avais mis de
nankahivaña ano iñy. Ke raha mifamàtra zany are, avy eto leha vinantonà l’eau. Et c’était moi, le maître de la bête, mais ils ne m’ont pas reconnu. Et puis je
telolahy, ôloño nahajainao letry ela. suis venu en porter moimême, et je t’en ai donné, et tu as été guéri. Et si vous
avez encore des doutes, qu’ils viennent donc ici, tes trois gendres, ceux que tu as
92.Naboaka leha telolahy. tellement honorés depuis tout ce temps.
92. On les a fait sortir les trois.
Ampandrorôño hely foaña lamabanare io.
Baissez donc un peu vos pagnes !
Nampandroroñy iñy, zahaña nisy mariky « F ». Ils ont baissé leurs pagnes. Et on a pu voir qu’ils étaient marqués de la lettre « F ».
Zaho nañano mariky io, ho izy. C’est moi qui leur ai fait ces marques.
93. Oh, en voyant cela, le roi maître du lieu se jette à plat ventre par terre :
93.E, izikoa nañano io, nandady ampanjaka tômpintraño.
Eh bien ! A partir d’aujourd’hui, que mes trois gendres quittent la Cour. C’est
Annexes 166
Gloire, qui sera votre roi, qui vous commandera tous, vous qui appartenez à mon
A, manomboko niany, ho izy, izy vinanto telolahy, miala eto añaty lapa. Ary royaume, qui appartenez à mon territoire. C’est Gloire qui est votre roi et non
Laza, izy ampanjakanare, izy mifehy are, are jiaby ato añatin’ny fanjakana plus moi. Il a le grade de XVI honneurs, quand moi, je n’en ai que huit. Donc, à
anahy, añatin’ny faritany anahy. Laza ampanjakanare fö tsy zaho, izy eniñy partir de ce jour, je remets tous mes pouvoirs à Gloire.
ambin’ny fôlo voninahitry, zaho valo. Ke, manomboko niany ameky fahifaña
Oh, de la foule montent les acclamations, et les vivats, et les mercis !
Laza.
94. On a donné alors des fêtes, qui se sont prolongées longtemps. Et des bœufs du roi,
Ô…, lemarobe, nanefatefaka lemarobe, ela veloño…, misaotro e ! on a fait un vrai massacre, un vrai massacre, pour que tous mangent de la viande,
car les gens de toutes les terres à la ronde avaient été invités à ces fêtes. Une
94.Natà taminjay fety, raha io avy te baka nitôhy. Niripardipaka ombin’ny cérémonie grandiose, vous auriez vu ça ! Des fêtes éclatantes !
ampanjaka, niripadripaka, hoaniñy. Ôloño jiaby mañodidiñy faritany anazy iñy
raha nantsôviñy aby ke, hañano fety io. Tsaboraha be nangotrokotroko ô ma ma Et c’est ainsi que cette affaire s’est terminée. Ce n’est pas moi qui ai menti, ce sont
les grands hommes d’autrefois. Et ce conte, c’est un conte qui m’avait été raconté par
ma, raha naresaka.
Tilahy Jean Edouard, quand nous étions encore élèves du C.E.G. d’Antsohihy en
95.Ka iñy natàn’i raha io, tsy zaho mavandy fö ôloño be talöha. Io angano io, 1968. Et je vous l’ai raconté à mon tour.
angano nataon’i Tilahy Jean Edouard taminahy mböla zahay nianatra ao amin’ny
C.E.G. Antsohihy tamin’ny taoño 1968. Ka zao izy tantaraiky aminare.
Annexes 167
Annexe VII : « Ravëtahely sy Randriambe nampiady aomby » (PauvreHère et Grand
Seigneur font un combat de taureaux), Angano 44.
1.Ka i tantara hilazaiky eto io izao, momba ny tantaran’i Ravëtahely zaren’i 1. L’histoire que je vais raconter est une histoire de PauvreHère et de Grand
Randriame. Ke toeraña misy zareo moa : i Randriambe talöha ary Ravetahely Seigneur. Leurs demeures se disposaient comme ceci : GrandSeigneur habitait
tañava. Ka zareo io mö ôloño niteraka. Ka zareo niteraka mö matetiky miaraka en haut du village et pauvreHère en bas. Et ils avaient des enfants. Et souvent
midöla zanakanjareo, na zanak’i ravetahely avy tañava zaiñy, na zanak’i leurs enfants jouaient ensemble, les enfants de PauvreHère d’en bas avec ceux
Randriambe talöha. Ka nivölaña zareo zaza madiniky reo ampidolavaña akeo : de GrandSeigneur d’en haut. Et tout en jouant, ces petits enfants parlaient :
2. Nañino moa rö, iry nininareo miharo babanareo io, ho izy Ravetahely tañava, 2. – Comment se faitil que vos parents soient riches, demandent les enfants de
zareo andriaña be, zahay akao kony rö mijaly ? Akondro maherihery foaña PauvreHère d’en bas, alors que nous sommes si malheureux ? Nous n’avons à
ohaniña. Raha vangavangaiñy, sahiraña izikoa fa misy zavatra vangaiñy. Ka ino manger que des bananes dures. Les petites choses qu’il faut acheter, nous avons
mbö nampandriaña zareo io teo e, ho izy zabak’i Ravetahely avy tañava ? bien du mal à les payer. Qu’estce qui a bien pu les rendre si riches, demandent
les enfants de PauvreHère d’en bas ?
3. E, izy io kony tsy fantako, ho izy zanak’i Randriambe fö zany hoe izahay tô
zaza madiniky ary mahalaña mañontanintany raha ; fö raha korankorañinjareo 3. – Eh, ne n’en sais trop rien, dit le fils de GrandSeigneur, et nous, les enfants,
matetiky edy, mahay mifañaraka hevitry zany zareo hony. K’ary zaho indreky, ho nous ne posons pas souvent des questions ; mais ce que nous les entendons
izy zanak’i Randriambe io, mbö hañontany aminareo, asa ino ndreky raha mbö souvent se dire, c’est que c’est à cause de leur bonne entente. A moi maintenant
nahatönga i babanareo môho nininareo veta io rö ? de vous retourner la question : Comment vos parents sontils devenus si
pauvres ?
Ehë ! Izy io mä rö mbö tsy haiky koa fö, izany, ho izy, asa raha fitondran
Jañahary, asa raha mañano akôry, asa vintañanjareo izy io. Zahay tô akao koa Oh ! Je ne le sais pas si bien non plus. Mais peutêtre estce par la volonté du
any rö sahiraña e ! Créateur, saiton jamais ? Ou bien par le fait de leur propre destin. Toujours est
il que nous sommes bien malheureux.
4.Ka zahaña i koraña io mandeha. Ary indraindray mbö reñiny gaomadiniky re
amin’ny ray amanndreninjare, zare miñoñoño, ray amandreninjare miñoñoño 4. On revenait souvent sur ce sujet. Et, de temps en temps, les enfants entendaient
mivölambölandraha miankiñy amin’i raha io. Ka zahaña, tsy andro be tsy andro leurs parents parler à voix basse entre eux, et discuter toutes ces choseslà. Et
masay, ho izy ny ampañangana, nahita hevitry i Ravetahely avy tañava. un beau jour, un jour où on s’y attendait pas (comme dit le créancier), voilà que
PauvreHère d’en bas eut une idée :
Zaho, ho izy, asa raha mbö vintaña anahy izy tô, asa raha tsy mbö mañano
hevitry hely andrahabe mbö mahatönga zaho sahiraña be tö.Ka mbö hitaha Je ne sais, ditil si c’est là mon destin, ou si c’est parce que je ne me prends pas
aminJañahary zaho. en mains, que je suis si malheureux. En tout cas, je vais demander l’aide du
Créateur.
5.Ke tamin’ny andro aliñy izy, hôtry ny azo nôfy, nahita hevitry izy.
5. Cette nuitlà, comme par songe, lui est venue une idée :
Ehë, zaho, izikoa fa mbö mivôry indraiky ando, misy lañonaña, mbö hilaza
amin’ni Randriambe zaho, ho izy, hitady hevitry. Bon. Quand il y aura une grande assemblée, un jour de fête, je parlerai à Grand
Seigneur, à propos de cette idéelà.
6.Ka zahaña i raha io tamin’ny fivoriaña indraiky andro, nivölaña i Ravetahely,
Annexes 168
ho izy :
6. Et puis, un jour, en effet, il y eu une assemblée, et PauvreHère a entrepris
Zaho, ho izy, rö, indraiky andro mbö hiangavy anà, hampiady aomby atsika GrandSeigneur :
mbö hataontsika ny fampiadivaña aomby.
Moi, un de ces jours, je vais te demander de faire battre nos taureaux. Nous
7.Ka ho izy Randriambe : ferons un combat de taureaux.
A rö ! Ino ndreky möa rö ahafantaranao hevitry karahan’izaiñy ? Ary mbö 7. GrandSeigneur lui ad demandé :
aiza aomby hampiadivinao amin’ny aomby anahy ? Aomby anahy ake izay rö
Oh toi ! Comment astu eu une idée aussi bizarre ? Et où sont les taureaux que
maro ny maventy ary maro ny lahiny, ka io koa hiady amin’ny aombinao
tu pourras opposer aux miens ? Dans mon troupeau je connais plus d’un
mety tsy hatahotro loatra zaho.
puissant taureau, alors s’ils doivent affronter les tiens, je ne crains rien.
Izaiñ nanin’i Randriambe.
Ainsi a parlé GrandSeigneur.
8.Ka nivölaña ôlo niaraka nikoraña taminjareo takeo tamin’io lañonaña io :
8. Et les gens qui les entouraient et qui participaient à leur conversation en ce jour
Aha, avy öla ndraiky i Ravetahely io, aiza mbö aomby hampiadiviny amin’ny de fête se disaient :
aombin’i Randriambe ?
Oh, à quoi pense PauvreHère ? Où vatil trouver un taureau à opposer à ceux
E, izikoa karahan’izañy, rö, hañano atsika, ho izy Randriambe. Ary raha misy de GrandSeigneur ?
aomby anà, ka resin’ny aomby anahy aombinà, ino fantoko ?
Eh bien, s’il en est ainsi, je relève le défi, dit GrandSeigneur. Mais si tu en
9.Nivölaña i Ravetahely : présentes un et que le mien le terrasse, qu’aurastu à me donner ?
Izikoa resin’ny aombinà edy, rö, aomby anahy, ehë, hiasa aminareo zahay 9. PauvreHère dit :
mianakavy ka mandrapahafatinay, hiasa aminareo zahay, hataonareo andevo
Si ton taureau terrasse le mien, je m’engage avec toute ma famille à te servir
tahaka andevonà aby reo. Ary raha ohatra ndraiky resin’ny aomby anahy
jusqu’à la mort. Nous te servirons comme esclaves, au même titre que tes
aombinà, ho izy Ravetahely kale, akôry ?
esclaves. Et si c’était ton taureau qui était vaincu par le mien, ajouta Pauvre
E, ho izy Randriambe, ameky anà antsasaky fanaña anahy ! Hère, qu’estce que tu ferais ?
10.Ka zahaña io raha io, namôño andro zareo aroilahy : Eh bien, dit GrandSeigneur, je te céderais la moitié de mes bien !
Amin’ny andro karahan’izaiñy, ho izy, ataontsika ny raharaha. 10. Alors, les deux hommes ont fixé le jour de l’affrontement :
11.Ary ny ôlo moa izikoa fa nahareñy lazandraha karahan’io, ehë, liaña ary tia Tel jour, nous ferons l’affaire, disentils.
hahita ary tiahahafantatra raha fisehondraha akeo. Satria raha hitanjareo
11. Et quand l’assistance a entendu cette étrange nouvelle, oh, quel émoi ! Tous
andavan’andro i Ravetahely tsy manaña aomby, ary Randriambe mö manaña
attendaient le dénouement de cette affaire. Parce que tout le monde voyait bien
rökarökan’aomby maro be.
que PauvreHère n’avait pas de bêtes, alors que GrandSeigneur en avait à
12. Ka asany eky raha hitranga amin’i Ravetahely io izikoa fa hañano i raha foison.
zaiñy e !
12. – Que vatil advenir de PauvreHère s’il se lance dans cette affaire ?
Izaiñy nanin’ôlo amponiñy mañodidiñy. Ka zahaña nañano peky andro zareo
Voilà ce que se demandaient les gens alentour. Et le jour que les deux adversaires
Annexes 169
aroilahy, tönga ilay peky andro iñy, nivôry zareo tamin’ny toeraña araiky. avaient fixé finit par arriver. Tout le monde se réunit.
13.Ary izy io mö efa hevipetsifetsy lahateo nondôsiñ’i Ravetahely, ka nandeha 13. Mais PauvreHère avait déjà préparé une ruse. Pour le combat, il attira son
amin’ny tany misy tendrombohitry izy, ary raha fantany ilay toeraña adversaire dans un endroit montagneux, un endroit qu’il connaissait
hañanövanjareo ilay zavatra. parfaitement.
14.Ka zahaña i raha io, nivôry zareo indraiky andro. Ke tafavôry tañy ny 14. Le jour dit, il y avait une grande assemblée. Le peuple s’était réuni à l’endroit
vahoaka, tönga tañy iry Randriambe mianakavy, ary nivôry tañy ny aombilahy indiqué, GrandSeigneur était venu avec toute sa famille, et il avait amené ses
maro maventy. Ka zahaña izikoa fa tafavôry teo somary taratara ndraiky iry plus beaux taureaux. Et, comme tout le monde était réuni, PauvreHère s’est
Ravetahely tönga tamin’ny toeraña io. présenté avec quelque retard.
Aiza lahy izy Ravetahely iñy e ? Où sont donc passés PauvreHère et sa famille ?
Ehë, zareo kony mbö ela e ! Oh, on dirait qu’ils vont être en retard !
15.Elaela, avy ry Ravetahely avy takao. 15. On a attendu un bon moment, et puis, enfin PauvreHère parut :
Akôry, pare anao ? Mivölaña i Ravetahely Randriambe. Estu prêt, lui demanda GrandSeigneur ?
Ehë, pare zaho. Oui, je suis prêt.
K’ary aiza mö, rö, aombinao ? Et où sont tes taureaux, mon ami ?
Ehë, ake zaho mahita anazy fö, ake anareo mahita anazy, fö haboakako ake Oh ! Je les vois déjà. Vous allez les voir bientôt, je les fais sortir, mes fameux
aombinahy zaiñy. taureaux.
16.Nakatra zareo mianakavy, nakatra io tanety io, nakatra böraka tönga tan 16. GrandSeigneur monte avec toute sa famille, il monte, il monte jusqu’au
tampony ke… sommet de la montagne, et…
Pare anareo vö, ho izy, Ravetahely tantampony ? Vous êtes prêts, demande PauvreHère du haut de la montagne ?
E, pare zahay e ! Aiza mö a rö aombinao zaiñy ? Oui, nous sommes prêts ! Mais où sont donc tes taureaux ?
17.Avy antanety akao. 17. Ils sont arrivés en haut de la colline.
Ià, ho izy. Nous y sommes, dit PauvreHère.
18..Zahaña, tantampony tanety io ndraiky misy vato maventiventy, vato maventy 18. Or, tout en haut de cette montagne, il y avait un amas de grosses pierres, de très
lahate. Ka nañozoño izy tamin’ilay vato. (Ke raha talöhalÖha mö tsy raha grosses pierres, même. Alors, PauvreHère s’est mis à conjurer ces pierres. (Et,
haintsika avahizo fö tao ny fomba ilay nañanövany anazy…) les choses d’autrefois, nous n’en savons pas trop les raisons, mais de fait il
connaissait le moyen de le faire…) Il dit :
Itô anao Vato tô, ho izy, anao tô Vato masiñy, masiñy ny Tany, masiñy ny
Lañitry, ho izy, kale, izikoa tsy raha voaôzoño ho veta mandrakizay zaho, Ô toi, Pierre, tu es Pierre sacrée, la Terre est sacrée, le Ciel est sacré, s’il n’y a
miaraka anao Vato misondröta ! pas sur moi une malédiction qui me condamne à être pauvre éternellement,
alors, Pierre, soulèvetoi immédiatement !
Annexes 170
201
Chanté.
Annexes 171
Ny ombilahy, ninjôvy e ny mahery ? Les taureaux, à qui est le plus fort ?
E, ninahy e ny mahery ! Eh c’est le mien, le mien est le plus fort !
23. Alors la pierre s’est élancée en ronflant, et tous les taureaux de GrandSeigneur
23.Zahaña, nidalavoko avy takao io vato io, aombin’i Randriabe jiaby ilay qu’elle atteignait, elle les broyait tous. Tous ont pris la fuite… tous les gens qui
takatr’i vato io indraiky fölapölaka dahôlo, nilefa…, ôlo jiaby ireo nilefa dahôlo. étaient là, ils se sont enfuis.
Ehë, tsisy. Jamais !
Ehë, resy i Randriambe, ho izy ôlo jiaby reo, naharesy i Ravetahely. Eh bien, GrandSeigneur est vaincu, c’est PauvreHère qui a gagné.
Voilà ce que tout le monde dit.
25.Ka zahaña i raha io añy, raha moa ifañikiaña.
25. Et dans une affaire de ce genre, il faut que tout le monde soit d’accord :
Akôry rö tsy resin’ny aomby anahy aombinao ? Alors, mon ami ? Estce que mon taureau a battu les tiens ?
Oui, il les a battus, convint GrandSeigneur.
E, izy iñy rö resiny edy e, ho izy Randriambe !
26. Mais, parmi l’assemblée du village, quelquesuns ont contesté que le vainqueur
26.Ka tamin’izay nitsarain’ny fôkonôloño sanany fa tsy aomby : ait été un taureau :
La transformation de cette pierre, c’est un prodige qui est arrivé devant tout le
Tanteraka ilay vato fö fahagagaña niboaka tamin’ôlo takeo jiaby. monde.
Ary tsisy ôlo nahabeko vato karahan’io izikoa tsy Ravetahely, ke sahala Jamais personne d’autre que PauvreHère n’a pu se faire obéir d’une pierre.
amin’ny anjara anazy ilay antsasaky hariañan’i Randriambe. Aussi c’est comme si le destin lui offrait la moitié des richesses de Grand
Seigneur.
Annexes 172
Et GrandSeigneur a dû donner la moitié de ses richesses à PauvreHère.
Dia namian’i Randriambe i Ravetahely antsasak’i hariaña anazy.
27.Fa zaiñy moa angano, fa izany hoe ny tsara hokotrahaña aminazy dia izao : 27. Tel est le conte. Et voici la morale qu’il faut en tirer : le Créateur, comme on le
izany hoe ny Zañahary, hono, tsy mitahy ny kamo, satria izay mikôfoko dia dit, ne soutient pas les paresseux, son aide va seulement à ceux qui font effort.
ampiany ihany. Tsy hanampy amin’ny politiky na hafitsiaña izy fö, izany hoe Il n’aidera pas les politicien 202 , ni le mystificateur. Si par toimême tu secoues
raha öhatra mbö mikôfokôfoko anao, anony sahintsahiraña, añy andro, añy völaña le poids de ta misère, arrivera un jour, arrivera un mois où le Créateur viendra à
tsy maintsy hampian’i Zañahary foaña. ton secours.
28. Anganoko zaiñy, anganoko, 28. Si c’est mon conte, si c’est mon conte,
Mahiña io andro io, Puissestu être sec, toi, le temps !
Tsy anganoko zaiñy, tsy anganoko, Si ce n’est pas mon conte, si ce n’est pas mon conte,
Mañoràna anao io andro io. Puissestu donner de la pluie, toi, le temps ! 203
Tapatapahiko farimbazaha ohanintsika jiaby, izay no anganoko. Je débite en petits morceaux la canne à sucre blanche, pour que nous en mangions
tous. Et c’est ça mon conte.
202
Dans le texte on a ici un emprunt au français : politiky, qui a pris en malgache sens de « ruse malhonnête », et qui est renforcé par ha fitsiaña « ruse,
mystification, fraude ». Remarquons que cette conclusion contredit en fait le récit, puisque la victoire de PauvreHère était attribuée plus haut (§ 13) à une ruse,
hevipetsifetsy.
203
Pour cette formulette de conclusion, cf. contes 5, 21.
Annexes 173
Annexe VIII : « Zanak’i Randriambe sy ny voangy » (La fille de Randriambe et le citron),
Angano 27.
204
C’est une idée qui s’exprime fréquemment dans les discours de demande en mariage, p. ex. :
Zanapiso somôrin’ampitirahaña,
tôvolahy tsy anarimanjengy.
Aômbilahy ma rimtañana tsy lavo arôso,
Tôvolahy marangitra tsy tanin’ñy « Avila y zaho ! »
Vody ra fia tsy föha drivotra ,
Tôvolahy feno taoña tsy meñabiavy.
« Le petit chat en naissant a déjà de la moustache,
au jeune homme on n’enseigne pas à faire la cour.
Le taureau bien campé sur ses pattes n’est pas facile à renverser,
le jeune homme bien trempé ne se lasse pas pour un « Laissemoi ! »
L’arbre à raphia ne se laisse pas abattre par la tempête,
le jeune homme mûr n’a pas honte devant les filles. »
Et encore : Mañara dian’aômby mitety kijany,
Ny manantôvolahy vahinin’ñy nitera bavy.
« Celui qui suit ses bœufs à la trace doit parcourir les pâturages,
et celui qui a un garçon doit venir en hôte chez les parents de la fille. »
Annexes 174
prétendants 204 .
5.Teteky tañy izy io. Ka nizingen’ôloño i Faravavihely, izy nizingenjareo. Ehë fö,
alöhak’izaiñy malÖha voatsitohiñy hely ny anahy iñy, hadiño helyraha betibety : 5. Bientôt, donc, vinrent les prétendants, pour demander PetiteBenjamine. Mais,
misy voangy indraiky antanàñan’i Randriambe…, misy voangy antanàñan’i faites excuses ! Il y a une chose que j’avais oubliée de dire : il y avait un
Randriambe io, izy io tsy mety raraka samba taoño moôsotro ririniñy miteteky tsy citronnier dans le village de GrandSeigneur, un citronnier qui portait deux
mety raraka voangy aro hambaña izay. citrons jumeaux. Et passaient les années, passaient les saisons, mais jamais les
citrons de ce citronnier ne tombaient.
6.Ka anao koa Faravavihely, ho izy, anao koa zingen’ôloño, ho izy, anao koa
zin,gen’ôloño, ho izy, ôlo koa mahalatsaka izy io ampofoaña anao akeo, ho izy, 6. – Si quelqu’un te demande, PetiteBenjamine, lui avait dit son père, Grand
mandeha anao e, ho izy. Na kombo, ho izy, na ôlo manandraha, ho izy, Seigneur, si quelqu’un te demande, et qu’il est capable de faire tomber un de
mandehana anao, ho izy. Fö, izikoa ôlo tsy mahalatsaka izy io, ampofoaña anao ces citrons sur ton giron, alors seulement tu accepteras. Que ce soit un infirme,
ake, fö izy io indraiky tsy azo balabalaña, tsy azo kitroñy edy e, fö raha alatsaka avaitil dit, que ce soit un richard, tu l’accepteras. mais s’il n’est pas capable de
möramöra foaña, masoko izaho mbö mizaha. faire tomber le citron sur ton giron tu ne l’accepteras pas. Et il n’aura pas le
droit de les faire tomber en y lançant des bâtons, ni en les gaulant, il faut que le
citron tombe de luimême, et que je le voies, de mes yeux.
Oui, dit petiteBenjamine. C’est bien.
E, izikoa mañan’izaiñy, ho izy Faravavihely, ià e.
7. Les prétendants vinrent en foule. Vinrent les jeunes gens les plus illustres, et les
7.Nirôtro , ny ampanjengy. Nandeha ny tôvolahy malaza, nanjengy ny saidilahy
hommes mûrs aussi vinrent faire leur cour, car le proverbe reste toujours vrai :
lava tañaña, baroko nahavian’ny öhabölanjareo avaìzo io : « Antidahy manam
« Le vieillard riche mange des bonnes choses. » Tous, enfin, vinrent demander
böla, hömandraha tsara i. » Ehë e, mbö nandeha nanjengy. Ehë, mböla tsy nahita i
la main de PetiteBenjamine. Mais aucun, non aucun, ne trouvait le moyen de
plaña andatsahaña i voangy i ampofoañan’i Faravavihely.
faire tomber le citron sur le giron de PetiteBenjamine.
8.Ela, nihazakazaka i Laikôtovilavila. Aminazy zanaka angano tsy atao koraña tsy
8. Ensuite, accourut BelAstucieux. Et là, c’est le cas de le dire, « dans un petit
ela. Ehë, nitsatsaka avy takao izy, avy aminazy lay gaoño araiky mahilaka, tönga
conte, tout va très vite ». Oui bien, le voilà, tout fringuant, un garçon déluré, qui
take, nanjengy ilay viavy.
vient demander la jeune fille.
Izaho tô, ho izy, Randriambe, aza mahafady fö ampañontany ilay viavy mitôvo
Me voici, ditil à GrandSeigneur, mille excuses, mais je viens demander la
aminareo akato. Ampanjengy, ke tia, izaiñy izy edy izy diany tô, andeha
main de votre fille. Si l’on est demandeur, c’est qu’on aime, et c’est là l’objet
hanjengy viavy, hañontany viavy mitôvo sabe koa misy.
de ma quête, de demander une fille à marier – si toutefois il est bien vrai qu’il y
9.Ià, avak’i Randriambe, izaho, avak’i Randriambe tsy mahidy, fö izaho amin’izy en a une ici ! 205
io tsy malaiñy, fö, izaho amin’izy i, tsy miriry ôloño, fö, izikoa, ho izy, misy 9. – Eh bien, dit GrandSeigneur, je ne suis pas avare de ma fille, je ne la retiens
voangy aminahy ake izay, ho izy. Ehë e, ataoko mahazo azy e, ary mavila i zanako nullement, je ne suis pas difficile sur le choix de l’élu, mais voilà : j’ai là un
handeha. citronnier, eh bien, celui qui fera tomber le citron de ce citronnier, je lui donne
205
Formule traditionnelle dans ce genre de demande : alors même que, évidemment, le jeune homme sait fort bien quelle jeune fille il vient demander, il prétend
venir au hasard et s’enquérir si, par aventure, il n’y aurait pas chez son hôte respectable quelque fille à marier… On pousse parfois cette petite comédie jusqu’à
prétendre hésiter entre plusieurs des filles de la maison.
Annexes 175
ma fille. Et ma fille est toute prête à le suivre.
10.Ehë, lany fañahy ilay zazalahy :
10. Voilà le garçon bien embarrassé :
Akôry möa atao fomba fandatsahaña azy ? Comment faire tomber ce citron ?
Et pour le faire tomber, ajoute GrandSeigneur, il ne faut pas le gauler, il doit
E fandatsahaña azy, ho izy, Randriambe, izy io tsy kitroñy, izy io tsy alatsaka
fö, atao ake foaña, ampofoaña ake, izaho mö, masoko tô, mahita. tomber de luimême, juste sur le giron de ma fille, et que je le voie de mes
yeux.
11.E, niheriñy ilay zalahy, nizahazahaña i raha i fö an’ambo tsy takatra rangasiñy,
hikitroñy izy io tsy hikehiny, balabalaña izy io tsy hikehiny, ary raha alatsaka 11. Le jeune homme revint, et il observa bien : le citron était très haut, il ne
möramöra ampofoañ’i zanany, izay vao mahazo zanany. Tsy mahazo, miheriñy. pouvait pas l’attraper ; le gauler, c’était interdit ; le faire tomber en y lançant un
Natao, lany fañahy. petit bâton, c’était interdit aussi. Il fallait qu’il tombe doucement, de luimême,
dans le giron de la jeune fille. Telle était la condition. Rien à faire. Il s’en
retourna, bien troublé.
12.Nitsoroaka koa raiky avy takañy, gaoñolahy tsara tarehy, nandeha nanjengy izy 12. Après lui, il s’en présenta un autre, un très beau garçon, qui demandait la main
i, izy nanjengy izy io tönga takeo izy navy tamin’i Randriambe, añaran’i zalahy, de la jeune fille. Pour demander la main de la jeune fille, il se présenta chez
izaiñy böka zandriky izaiñy, zandrin’i Tiozara böka izaiñy, i Rabetsara böka izaiñy. GrandSeigneur. Et le nom de ce garçon c’était…, c’était mon petit frère, le
frère de Tiozara, c’était Rabetsara 206 .
13.I Rabetsara nandeha nanjengy i viavy i, tönga takeo :
13. Donc ce Rabetsara vint demander la fille. En arrivant, il dit :
Izaho tô, azafady Randriambe fö, izaho, ho izy, andeha hanjengy viavy, ka
izaho handeha hanjengy viavy, manam—pitiavaña ke andeha hañontany viavy Fais excuse, GrandSeigneur ! Je suis venu pour te demander la main de ta fille, et
mitôvo aminareoo akato e. mila zaho ary mangetaheta tihahazo. si je suis venu te la demander, c’est que je l’aime. N’astu point ici une fille à
marier ? J’en suis fort amoureux, j’ai grand soif d’elle.
Io avak’i Randriambe, izaho, ho izy, tsy mifidy, sambaha kômbo izy ake,
sambaha aminazy, manamböla,, ho izy, kandrefa, ho izy, ny anjara samby Certes dit GrandSeigneur, je ne suis point difficile sur le choix de l’élu, que ce
miady ny anazy fö, fomba fandatsahaña i voangy röho, ho izy. Izikoa ke soit un infirme, que ce soit un richard, si c’est son destin, je l’accepte. Mais il
nahalatsaka izy io ampofoaña anazy, ho izy, mahazo zanako edy, ho izy. faut qu’il fasse tomber ce citron. Celui qui parviendra à faire tomber ce citron
sur le giron de ma fille, c’est lui qui l’aura.
14.Aiza moa i voangy izaiñy avik’i Rabetsara ?
14. – Et où est ce citron, demanda Rabetsara ?
E, ho izy fö, irôho.
Le voici, ditil.
Niboaka, nalaka tsihy madio, nampanteraña i Faravavihely zanaka Randriambe te
izy. Nitambolimpöza i Faravavihely. Alors on sortit, on déroule une natte neuve, et on fit asseoir dessus Petite
Benjamine, fille de GrandSeigneur. Petitebenjamine s’assit en tailler sur la natte.
15. GrandSeigneur s’est assis à sa droite tout à côté d’elle. Rabetsara s’est assis à
206
C’est vraiment le nom d’un frère du conteur, et ce nom convient d’ailleurs parfaitement à l’histoire, puisqu’il signifie « GrandBelHomme ». Rire de tous les
assistants.
Annexes 176
207
Öhabölaña , mot à mot un « exemple de parole » ; mais nous savons que öhabölaña est aussi le mot généralement traduit par « proverbe ». L’anecdote du
citron descendant de l’arbre « en image » dans le miroir (et non matériellement sous le choc du bâton) est à bon droit appelée öhabölaña , du même mot que le
proverbe ; cela peut nous servir à comprendre en quoi consiste au fond ce qu’on appelle, pas très exactement, les « proverbes » malgaches.
208
Fitsa pankevitry, mot à mot un « essai de l’idée », un « sondage de la pensée ». Le GrandSeigneur avait voulu éprouver, tâter, l’esprit de son futur gendre.
C’est aussi pourquoi, dès le début, le conteur avait appelé son récit raha fanta riñy, une « chose à deviner », une énigme.
209
Et en effet, sur ces mots le conteur rentre chez lui, car au moment où il termine ce récit il est déjà presque onze heures du soir.
177
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182
REMERCIEMENTS I
Localisation II
Historique III
INTRODUCTION 1
PREMIERE PARTIE 5
Corpus 6
PREMIERE PARTIE : LE CADRE THEORIQUE 7
1.Littérature orale 7
1.1.Brève approche de la littérature orale 7
1.2.Littérature ancienne et vivante 8
1.3.Catégorie et typologie 14
2.Particularité des contes 17
2.1.La tradition dans les contes 22
2.2.Une fiction brève et fantaisiste 24
2.3.L’utilisation de l’émotion et de l’ironie 24
2.4. Définition du conte 26
3.La morphologie des contes 27
3.1.Les constantes des contes 27
3.2. Analyse des constantes ou fonctions dans le conte « Mandriangôdra » 30
DEUXIEME PARTIE : ANALYSE DE LA RUSE DANS LES CONTES 386
1.La ruse 38
1.1.Domaine de définition 38
1.2.Application de la ruse 39
2.Champs d’application 43
3.Les personnages des contes 45
3.1.Le héros 45
3.2.L’antihéros 50
3.3.L’evolution des personnages 50
4.Les fonctions des personnages ou les « constantes » 52
5.Les formes de la ruse dans les contes 56
5.1.Puissance intérieure (Ravëtahely sy Randriambe mampiady aomby) 59
5.2.Sentiment pulsionnel ou agressivité pulsionnelle (Ravëtahely) 61
5.3.Sentiment de vengeance et actes non réfléchis (Bafla, Rain’i Fitofañahy) 63
5.4.Jalousie, grandmère de la haine (Faravavy zanak’i Randriambe nariandry
zôkiny) 68
5.5.Le désir (La fille de Randriambe et le citron ) 71
TROISIEME PARTIE : L’ESSENCE DE LA RUSE ET SON EXPRESSION DANS LES
CONTES 764
1.Orientation de la ruse 76
1.1.Ruse comme art : fantasme originaire 76
1.2.L’homme, objet de ses besoins, esclave de son désir (Mandriangödra) 77
1.3.La ruse, expression de la part manquante de la satisfaction 79
1.4.L’attachement, source de la ruse 80
1.5.Vaincre l’infériorité 83
183
BIBLIOGRAPHIE 177
TABLE DES MATIERES182