Baudin 2019
Baudin 2019
RÉSUMÉ
Les vitamines du groupe B sont des cofacteurs d’enzymes
contrôlant le métabolisme des nutriments énergétiques.
On regroupe sous le terme de vitamine B environ 8 vita-
mines de B1 à B12, soit B1, B2, B3, B5, B6, B8, B9 et B12.
Les avitaminoses sélectives concernent surtout les vita-
mines B1, B2, B3, B9 et B12. La carence totale en vita-
mine B1 donne le béribéri avec insuffisance cardiaque et
polynévrite généralisée ; celle en vitamine B2 est rare, elle
est associée à des lésions de la peau ou des muqueuses.
La carence en vitamine B3 donne la pellagre. Les déficits
en vitamine B9 et B12, parfois conjoints, sont à l’origine
d’anémies mégaloblastiques et de troubles neurologiques.
L’alcoolisme chronique, ainsi que les maladies du tube
digestif avec malabsorption, s’accompagnent fréquemment
de déficits vitaminiques globaux, dont ceux décrits ici.
© ©marucyan - [Link]
On trouve les vitamines du groupe B dans les céréales,
les fruits et légumes, les viandes et poissons, les laitages
et les œufs. La plupart des vitamines du groupe B sont
utilisées comme médicaments dans des traitements qui
dépassent les indications prévisibles par leur rôle dans le
métabolisme. On utilise des produits polyvitaminés après
chirurgie du tube digestif et chez les alités au long cours.
ABSTRACT
B vitamins: structure and functions in metabolism, nutritional
defects
MOTS CLÉS B vitamins are cofactors of enzymes controlling the metabolism of energetic nutri-
◗ déficit nutritionnel ments. Under the term of B vitamin, you can find 8 vitamins from B1 to B12, i.e. B1,
◗ métabolisme B2, B3, B5, B6, B8, B9 and B12. Selective avitaminosis concern mainly vitamins B1, B2,
◗ nutrition B3, B9 and B12. Total deficiency in vitamin B1 gives beriberi with heart failure and
◗ vitamine B generalized polyneuritis; the defect in vitamin B2 is rare, associating troubles of skin
and mucous [Link] deficiency in vitamin B3 gives [Link] defects in B9
KEYWORDS and B12 vitamins, sometimes both, are the cause of megaloblastic anemia. Chronic
◗ B vitamin alcoholism as well as diseases of digestive tract with malabsorption are frequently the
◗ metabolism cause of defects in B [Link] can find B vitamins in cereals, fruits and vegetables,
◗ nutrition meat and fish, dairy products and eggs. Most of B vitamins can be used as drugs for
◗ nutritional defect the treatment of some diseases not predictable by their role in [Link] also
use polyvitamins after surgery of the digestive tract and for patients confined to bed
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Figure 1. Les principales voies métaboliques productrices d’énergie à partir des nutriments.
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l’intestin et les grabataires, on favorisera la voie entérale
tant que c’est possible, la voie parentérale étant réser-
vée aux cas d’indisponibilité du tube digestif.
correspondent surtout à des changements d’habitudes âgées, les alités au long terme, les diarrhées chroniques,
alimentaires, comme dans des populations africaines à les résections du grêle et les syndromes de malabsorp-
alimentation monotone en remplaçant pour des rai- tion, aussi l’alcoolisme chronique. On a appris à la sup-
sons purement économiques l’alimentation tradition- plémenter dans les alimentations entérales et parenté-
nelle composée de manioc, de poisson et de riz rouge rales, surtout sous forme de cocktails polyvitaminiques.
par du poulet et du riz blanc, donc en éliminant la seule De même, on doit contrôler la teneur en vitamine B1
source de vitamine B1 disponible dans ce régime : le riz des laits pour nourrisson, s’ils sont trop pauvres on
rouge qui en est riche dans son péricarpe. D’autres épi- les supplémente. On rencontrerait aussi des déficits
démies ont été signalées chez des nouveau-nés alimen- en vitamines du groupe B, dont de B1, chez les indivi-
tés par du lait maternel pauvre en vitamine B1 (zones dus ne consommant que des conserves et des aliments
endémiques), avec une forte mortalité car le déficit a stérilisés, donc pas de produits frais (formes frustres
été difficile à identifier. Dans un autre cadre, des cas de du béribéri), comme dans les aberrations alimentaires
béribéri ont été reliés à la consommation de poisson liées à la sédentarité. Signalons enfin que cette vita-
dont la chair est riche en thiaminase, une enzyme qui mine est aussi un médicament utilisé per os et par voie
détruit par hydrolyse la thiamine, enzyme normalement injectable pour traiter les troubles neurologiques, en
détruite par la cuisson, mais des cas ont été trouvés particulier les polynévrites dont celles liées à l’alcoo-
au Japon, pays où on mange le poisson cru ; là encore lisme et surtout au cours des encéphalopathies qu’on
l’origine de l’épidémie a été difficilement décelable [6]. appelle « béribéri cérébral ». C’est aussi un antalgique
De façon plus sporadique, des déficits relatifs sont utilisé dans la prise en charge des rhumatismes et des
retrouvés en service de réanimation et de soins inten- migraines [5,7]. On utilise un chlorhydrate de thiamine,
sifs de chirurgie digestive, aussi chez les personnes très sel d’ammonium quaternaire soluble en milieu aqueux.
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La vitamine B3 ou PP
Il s’agit tout simplement du nicotinamide ou niacine,
l’amide de l’acide nicotinique (figure 4). Ce n’est pas
tout à fait une vitamine car on en synthétise pour
environ un tiers de nos besoins à partir du trypto-
La vitamine B2 phane, un acide aminé essentiel ! Normalement, notre
complément en vitamine PP (pour les deux tiers) se
Cette vitamine du groupe B est en fait la riboflavine trouve dans les céréales, les fruits secs, les viandes
(figure 3), un nucléotide qui cristallise sous forme et les poissons, le lait et les fromages ; les bactéries
de jolis cristaux jaune orangé. On la trouve dans les commensales de notre intestin nous en fournissent un
levures et les céréales comme sa sœur la vitamine peu aussi (tableaux 1 et 2).
B1, mais aussi les viandes et les poissons ; le foie est Évidemment, nous avons besoin d’ingérer quotidien-
particulièrement riche (c’est son lieu de stockage), les nement de la niacine pour assurer le fonctionnement
œufs, le lait et les laitages en contiennent (tableaux 1 d’un grand nombre d’enzymes à NAD ou NADP,
et 2). Elle existe sous forme libre et d’ester de phos- autrement dit la plupart des déshydrogénases, des
phate (nucléotide). La vitamine B2 intervient aussi oxydoréductases et autres réductases ; développer ce
dans le métabolisme énergétique, puisque c’est le chapitre serait une bonne occasion de revoir toute la
cofacteur d’enzymes à flavines (ou flavoprotéines). biochimie métabolique, des catabolismes (glycolyse,
On en trouve dans la chaîne respiratoire pour trans- voie des pentoses, cycle de Krebs, -oxydation, dégra-
porter les protons issus du NADH,H+ vers la coen- dation des acides aminés) aux anabolismes, comme
zyme Q ; c’est aussi le cofacteur d’enzymes permet- ceux du cholestérol et des acides gras [1-5].
tant d’utiliser les acides gras (-oxydation), ou de Les carences en vitamine B3 ou PP (pellagra preventive
synthèse des acides gras à longues chaînes, ainsi que factor) se rencontrent chez les peuplades à alimen-
du catabolisme des purines avec la xanthine-oxydase tation monotone, ne mangeant par exemple que du
et des acides aminés pour leur désamination oxy- maïs ou du millet, ou pauvres en protéines, ou que
des protéines végétales pauvres en tryptophane. Ces
dante, bref partout où on trouve des enzymes à FMN
carences alimentaires ne se rencontrent que dans
ou FAD. Autant dire qu’elle est indispensable ; on ne
sait pas la produire, pas plus que les bactéries com-
mensales de notre tube digestif (le microbiote intes- Figure 4. Structure moléculaire de la niacine
tinal) [1-5]. De plus, elle est vitamine B6 dépendante, ou acide nicotinique (vitamine B3)
montrant des interrelations entre les vitamines du
groupe B.
La carence nutritionnelle en vitamine B2 est rare et
les signes cliniques sont frustres ; on peut retrouver
des lésions cutanées ou des muqueuses (dermite
séborrhéique, perlèche, stomatite avec une « langue
pourpre ») et parfois une atteinte oculaire avec une
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asthénie physique et psychique intense avec mélan-
colie délirante à tendance dépressive (démence pella-
greuse), enfin d’atteintes digestives (gastrite, entéro-
colite) avec diarrhées et plus tardivement de troubles
neurologiques sensitifs et douloureux. On administre
de la niacine dans toutes les manifestations de la pel-
lagre, carentielle ou non, selon la règle des trois D Figure 6. Structure moléculaire
« dermatite, démence, diarrhée » [6]. La pellagre a tout de la pyridoxine (vitamine B6).
de même beaucoup diminué sans avoir disparu tota-
lement, principalement en Afrique subsaharienne et
dans l’éthylisme chronique à cause de la malabsorption
intestinale [5,7].
La vitamine B5
C’est l’acide pantothénique (figure 5) qui entre dans
la composition de la coenzyme A. Cette vitamine est
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très répandue dans la nature (panthos : que l’on trouve
partout) et on ne connaît pas de carence spécifique,
seulement dans les dénutritions sévères donnant de
l’insomnie, des nausées et une plus grande sensibilité
aux infections. Elle est le cofacteur de nombreuses nine, la dopamine, les amphétamines et le Gaba. Elle
enzymes du métabolisme des acides gras, des sucres est essentielle au métabolisme des acides aminés
et des acides aminés (métabolisme intermédiaire et des protéines (cofacteur d’environ 60 enzymes) ;
et cycle de Krebs). Son absorption intestinale est pour être active, elle est transformée en phosphate
incomplète, on en retrouve donc dans les fèces, et de pyridoxal et éliminée dans les urines sous forme
cette vitamine est éliminée dans les urines (l’acide d’acide pyridoxique. On trouve la vitamine B6 dans
et ses sels). La vitamine B5 est utilisée comme médi- les céréales et les levures, les fruits et les légumes,
cament, un peu comme la biotine, pour traiter les les viandes et les abats. Les besoins augmentent au
alopécies et maladies du système pileux, aussi les cours de la grossesse et pendant l’allaitement. La
plaies et brûlures comme agent cicatrisant (ulcères
carence est exceptionnelle, entraînant une sébor-
variqueux, fistules anales), ainsi que les affections
rhée, une glossite pellagroïde, une polynévrite voire
pulmonaires chroniques ou des voies aériennes, ou
une dépression avec accès maniaque. Il peut s’agir de
encore les atonies intestinales par un effet parasym-
causes iatrogènes (traitement à l’isoniazide ou à la
pathomimétique [1-5]. On utilise ses sels (Na, Ca)
D-pénicillamine) ou suite à la grossesse ; des convul-
cristallisés et solubles dans l’eau, par voie orale et des
sions chez le nourrisson ont déjà été rapportées.
voies locales (crèmes, pommades) ; seul le composé
On utilise les vitamines B1, B6 et B12 en association
dextrogyre est actif.
pour traiter les polynévrites, en particulier reliées à
l’alcoolisme où de graves carences en vitamines du
La vitamine B6 groupe B sont retrouvées, ainsi que pour traiter les
convulsions du nourrisson, par voie orale ou paren-
La vitamine B6, ou pyridoxine (figure 6), est la coen- térale, quand elles sont réfractaires aux autres traite-
zyme de nombreuses enzymes dont les transami- ments (Valium©, Tegretol©…) [1-5]. La vitamine B6 est
nases, les désaminases et des décarboxylases qui aussi utilisée par voies locales dans les dermatoses
produisent des neuromédiateurs comme la séroto- séborrhéiques et l’acné.
La vitamine B9
C’est l’acide folique (figure 8), que l’on trouve sous
forme de polyglutamates dans le foie, les rognons, les
viandes et les légumes verts (tableaux 1 et 2). Après
des transformations dans la muqueuse duodéno-
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jéjunale, l’acide folique va être stocké sous forme par-
tiellement réduite (dihydrofolate) dans les organes à
activité synthétique importante, comme le foie, les reins
et les hématies. La coenzyme active est la forme totale-
La vitamine B8 ment réduite (tétrahydrofolate ou acide folinique). On
peut doser ces différentes formes (les folates) dans le
Il s’agit de la biotine (figure 7) dont il existe deux iso- plasma et les hématies. L’élimination est biliaire, donc
mères, l’␣-biotine se trouvant préférentiellement dans le fécale, et urinaire en cas d’excès [1-5].
jaune d’œuf, et la -biotine dans le foie et les rognons, Le déficit en vitamine B9 va s’accompagner de troubles
un peu moins dans les légumes secs, les champignons, le neurologiques variés, par défaut en ATP, GTP et en
chocolat et les levures, notre flore intestinale en fabri- phospholipides formant les gaines de myéline. Les
quant un peu. Elle intervient dans le métabolisme des carences sont de diverses origines :
◗ défaut d’apport, donc les carences nutritionnelles :
acides aminés comme cofacteur de carboxylases et de
transcarboxylases ; dans celui des sucres, la biotine agit consommation monotone de lait de chèvre, abus de
sur une enzyme de la gluconéogenèse, et dans celui des conserves, syndromes de malabsorption ; s’y ajoutent
acides gras, la biotine est le cofacteur de la première les carences relatives devant des besoins exacerbés,
enzyme de leur biosynthèse. La biotine est directement comme dans les anémies hémolytiques, hémorragiques
active ; elle est absorbée au niveau intestinal et élimi- ou leucémiques. On traite ces carences par l’acide
née dans les urines et les fèces. Il n’existe pas de déficit folique, en particulier afin d’établir le diagnostic dif-
férentiel de l’anémie mégaloblastique par déficit en
spécifique, en revanche sa carence est retrouvée dans
vitamine B12 ;
les hypovitaminoses globales, où toutes les vitamines
du groupe B font défaut, souvent d’autres aussi, comme ◗ cirrhose hépatique en particulier alcoolique :
après antibiothérapie, au cours de régimes aberrants, par par inhibition de la dihydrofolate-réductase par
exemple où on ne consommerait que le blanc d’œuf. On l’éthanol ;
retrouverait des signes cliniques peu spécifiques avec une ◗ causes iatrogènes :
dermatite squameuse avec atrophie des glandes séba- on a cité les anticonvulsivants ajoutant des troubles neu-
cées et des follicules pileux, une anorexie, des nausées, rologiques, mais aussi les anticancéreux antimétabolites
La vitamine B12
C’est une cobalamine (figure 9), un noyau
tétrapyrrolique (un peu comme l’hème)
et un nucléotide reliés par un pont ami-
nopropanol. Un atome de cobalt (Co2+)
est en liaison de coordination métallique
avec les azotes pyrroliques, un azote de la
base purique (adénine) du nucléotide et
un -OH pour l’hydroxycobalamine (hexa-
coordination). Cette vitamine est synthé-
tisée par les micro-organismes, mais dans
notre alimentation on la retrouve dans le
foie, les abats et la viande, un peu le lait,
les fromages et les œufs et il n’y a pas de
sources végétales (tableaux 1 et 2). Elle
forme des complexes avec les protéines
animales, dont environ la moitié sera
absorbée au niveau intestinal. Le passage
intestinal nécessite la liaison au facteur
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