PP Complet Boucetta
PP Complet Boucetta
Principes élémentaires
de la procédure pénale marocaine
Mourad BOUSSETTA.
Professeur de l’Enseignement Supérieur.
Dépôt légal
Avant-propos.
1
- Bulletin Officiel (BO) n° 5078 du 30 janvier 2003.
2
- Voir loi de 1993 et surtout celle de 1974 (organisation judiciaire). Comme
exemple à cette régression, il suffit de citer, à titre d'exemple, le recul du
domaine de l'instruction…
3- Loi sur le terrorisme…il fallait que le phénomène frappe pour y penser…
4- Et on peut dire que certaines réformes sont arrivées un peu en retard,
mais vaut mieux tard que jamais !
2
- adhésion du Maroc aux traités et conventions
internationales où la question des droits de l’homme tient une
place prépondérante ;
- volonté déclarée – du moins officiellement- de
construire un Etat de droit ;
- lenteur des procédures et inefficacité des moyens
judiciaires en présence ;
- augmentation du taux de criminalité et apparition de
nouvelles criminalités liées à l’avancée scientifique et
technologique et aux conditions économiques et sociales ;
- inflation d’affaires (dossiers) devant les juridictions ;
certaines étaient simples mais mobilisaient les juridictions
collégiales.
Il faut dire que sur le plan du fond des innovations ont
été introduites. On peut citer à titre d’exemple :
- le principe de la présomption d’innocence se trouve
affirmé expressément à l’article premier du code ;
- retour dans des affaires mineures au juge unique ;
- instauration d’un contrôle judiciaire au lieu et place de
la détention préventive ;
- appel des décisions des chambres criminelles des
Cours d’appel ;
- moyens nouveaux pour assister et protéger la
délinquance juvénile et instauration de l’état dangereux ;
- implication de la magistrature dans l’application des
peines à travers l’institution d’un juge d’application des peines ;
- l’instauration d’un double degré d’instruction ;
- attribution d’autres pouvoirs à la police judiciaire et
au ministère public… etc.
Au niveau de la forme des changements sont aussi à
signaler :
- ajout d’un chapitre portant un seul article évoquant
expressément le principe de la présomption d’innocence ; les
3
sept autres chapitres reprennent les mêmes intitulés, mais un
livre huit est consacré à des règles diverses et finales1.
Les auteurs soulignent aussi un meilleur agencement
des matières et une formulation des règles plus claires et plus
précises. Puis on peut lire les vraies dénominations des
juridictions (des institutions) et des juges. Les réformes
survenues ont eu le défaut de laisser les vieilles dénominations
de juge de sadad, tribunal régional, chambre d'accusation…etc.
alors que ces institutions avaient regagné les archives de
l'histoire.
D’une manière générale il s’est avéré nécessaire voire
vital de revoir, après 40 années, le vieux code ainsi que les lois
qui l’ont modifiées et ce dans le but de moderniser la justice
pénale, de la mettre à jour par rapport à ce qui se passe sur le
plan international - notamment - en ce qui concerne les droits
de l’homme 2 sans renier les fondements « islamiques » de la
1
- Ou de conclusion – nous ne savons pas ce que veut dire cette
expression : « ahkam moukhtalifa wa khitamiyya ». En fait ce sont des
dispositions sur l'abrogation d'anciens textes, l'application du texte (non
rétroactivité pour les actes déjà accomplis)…
2
- les auteurs de la préface du dahir publié dans le B.O n° 5078 du 30 janvier
2003 estiment nécessaire d’évoquer des principes judiciaires pénaux
considérés comme fondamentaux en matière des droits de l’homme. Mais
c’est l’étude du texte et surtout son application qui diront à quel point cette
intention est respectée. Ils évoquent que :
- la procédure pénale doit être équitable (mouncifa), actuelle (peut-être dans
le sens de moderne ?) et garante des équilibres entre les parties ;
- les parties soient jugées dans les mêmes conditions et que des règles
similaires soient appliquées aux mêmes faits. Et avant, on faisait quoi ?
- tout prévenu soit considéré comme innocent tant qu’il n’a pas été condamné
définitivement. Ce principe de la présomption d’innocence est assuré et sa
violation entraîne condamnation ;
- le doute doit être interprété au profit de l’accusé ;
- toute personne doit être informée des preuves retenues contre elle ; qu’elle
puisse les discuter en étant assisté d’un conseil ;
4
société et les acquis du patrimoine juridique et judiciaire
marocain en la matière1.
Aujourd’hui, les marocains aspirent à une justice qui
respecte la Constitution de 2011. Dès septembre 2013, une
charte de la réforme du système judiciaire marocain a été
adoptée, mais le projet tarde à voir le jour voire à être mis sur
pied.
Des blocages se manifestent ici et là et nul ne sait ce
qu’est devenu le projet de la réforme de la justice marocaine !
- l’autorité judiciaire doit informer et veiller sur les intérêts des victimes à
toute étape de la procédure ;
- célérité des décisions ;
- maintien de voies de reCours légales.
1
- On cite parmi ces acquis la durée de la garde à vue (24 heures), droits de
défense pour l’accusé, information des familles de la garde à vue, droits à un
médecin en cas de besoin…Remarquons que tous ces principes ont une origine
occidentale. La référence à l’Islam, telle que les auteurs de la préface le
font, est matérialisé dans le respect des règles touchant les femmes
(conditions de fouille, séparation avec les hommes...)…mais ces principes
existent dans d’autres droits et des plus évolués.
5
Introduction Générale.
1
- C'était donc une conception restrictive qui dominait la procédure pénale
marocaine ; conception dépassée au regard des données de la criminologie et
de la pénologie plus particulièrement.
6
Autrement dit, la procédure pénale s'adresse en
premier lieu aux différents corps organisés chargés de la
sécurité publique et privée (police, gendarmerie, juridictions…)
dont elle organise et délimite les compétences et les
attributions. Elle s'adresse, en, outre, - cela va de soi- aux
citoyens censés plus que jamais connaître leurs droits et leurs
devoirs ! Mais il ne faut pas la confondre avec la police
administrative dont le rôle est essentiellement la prophylaxie
sociale.
L'importance de la procédure pénale n'a pas besoin
d'être spécifiée. Elle est évidente. De toutes les matières de
droit, elle est celle qui menace l’individu dans ses valeurs
existentielles. Mais cette importance ne doit pas être
appréciée uniquement du point de vue de l'individu, mais aussi
et surtout du point de vue de la collectivité. L'importance de la
procédure pénale se mesure à l'importance de l'équation qui
consiste à trouver un équilibre entre la sécurité et la paix de la
société d'une part et les droits et la sécurité des individus
d'autre part. La procédure pénale résume brillamment le
dilemme que vit le droit et qui consiste à assurer à tous
(individus et société civile) l'ambiance où peut se réaliser la
justice1.
Autrement dit, l'importance de la procédure pénale
s'apprécie doublement :
Pour la société, de bonnes règles de procédure pénale
lui permettent de se protéger en organisant rapidement les
poursuites et en prononçant des peines sans préjudice aucun
pour une bonne marche des institutions.
1 -
Conscient de ce que ce terme comporte de charge métaphysique, nous
l'entendons dans un sens primaire : celui du sentiment du juste tel que le
profane le conçoit et qui le rassure dans la confiance qu'il doit avoir dans les
instances judiciaires de son pays.
7
Inversement, l'intérêt de l'individu ne doit en aucun
cas être sacrifié sous prétexte de protection de la société. Les
innocents et les honnêtes gens, grâce aux règles de procédure,
doivent se sentir rassurer. Nul ne peut être poursuivi et
condamné injustement ou sous prétexte d'une obligatoire et
nécessaire condamnation. Ne dit-on pas que : " Mieux vaut
laisser cent coupables impunis que de condamner un innocent" !1
On voit alors apparaître le caractère dangereux et
grave des règles de procédure pénale, tributaire, il est vrai, du
droit pénal ou du droit criminel voire de toute la culture
véhiculée dans la société. La liberté, l'honneur, les biens et
même la vie de la personne sont menacés par la procédure
pénale. Ceci sans préjudice de la qualité des personnes qui sont
appelées à appliquer ses règles…
1
- Les auteurs de la préface citée n’ont pas manqué de soulever et d’insister
sur ce point au cœur de la procédure pénale.
8
juridique ou légal (l'infraction, le délinquant, la responsabilité
pénale, la sanction, la politique criminelle…)1. Il pose les
principes élémentaires et les théories concernant
l'incrimination et la répression pendant que le droit pénal
spécial se consacre à la personnalisation pratique de chaque
infraction, à l'étude de ses éléments constitutifs et aux peines
applicables. Le droit pénal spécial analyse les conditions
précises de l'incrimination des infractions et des peines qui
doivent leur être appliquer compte tenu des circonstances de
chaque infraction et de chaque cas. Il est qualifié, à raison, de
catalogue des infractions utile voire nécessaire à tous les
intervenants dans le domaine.
Mais ce droit pénal (général et spécial) ne peut être
mis en œuvre que grâce à la procédure pénale qui sème en lui la
vie. Autrement dit, c'est la procédure pénale qui donne
l'occasion au droit pénal de s'exercer et de s'appliquer.
Règles de fond et règles de forme, chaque catégorie
est soumise à un régime spécial notamment en ce qui concerne
l'interprétation et l'application des règles2.
Toujours est-il que les règles de procédure pénale sont
nécessaires à l'application du droit pénal, et c'est ce qui est
affirmé quand il est dit que le droit pénal est un droit
essentiellement judiciaire nécessitant un procès et
l'intervention du juge3.
1 -
Même si ailleurs on intègre de plus en plus les données de la criminologie,
mais avec l'aval de la loi.
2
- Stéfani et Levasseur proposent, pour la distinction des règles de fond des
règles de forme, de s'en tenir à leur objet et rejettent le critère du but de
ces lois. Voir Stéfani. G et Levasseur. G, Procédure pénale, Dalloz, 2ème Ed.
1962, p. 8.
3
- Cela contrairement au droit civil où le procès est considéré comme un
accident n'exigeant pas toujours la présence du ministère public.
9
Enfin la procédure pénale peut avoir des liens avec la
pénologie ou la science pénitentiaire. Cette dernière
s'intéresse aux problèmes posés par l'exécution des peines
devenues définitives et s'étend aux mesures post-
pénitentiaires c'est à dire celles de la réinsertion sociale. Le
législateur marocain, sous la pression des faits et au regard de
ce qui se passe ailleurs, vient consacrer le juge d’application
des peines (JAP). Il va jusqu’à imposer des visites non
seulement à ce magistrat spécialisé, mais aux juges du parquet,
de l’instruction et à des commissions provinciales (régionales)
auxquelles s’ajoutent des organisations de la société civile
s’intéressant à ce domaine1.
C'est donc, théoriquement du moins, un pas en avant
que le législateur marocain vient de réaliser. Le temps et la
pratique révéleront les ajustements à apporter, mais ne feront
nullement regretter les mesures prises.
1
- Cette application revenait à l'administration pénitentiaire et, d'une façon
complémentaire, aux services de police et de gendarmerie. L'autorité
judiciaire n'avait aucun rôle à jouer à ce niveau, hormis le rôle du ministère
public qui veillait plutôt et en premier lieu sur l’exécution des peines. Les
considérations socio-éducatives que le droit pénal moderne intègre dans sa
vision de la marginalité ne rentraient pas dans ses attributions.
10
la procédure inquisitoire. Mais il ne faut rien exagérer car les
deux procédures gardent plus d'un lien commun avec cette
nuance que la procédure civile a souvent été qualifiée de "droit
commun procédural".
Si l'on doit chercher la différence ou la raison de cette
différence force est d'avouer qu'elle est assez facile à saisir.
Elle réside dans la différence de l'objet du procès. Le procès
pénal met en jeu, d'un côté, la paix, l'ordre et la sécurité de la
société comme un ensemble, et d'un autre côté, le patrimoine,
l'honneur, la liberté voire la vie de la personne poursuivie ou
accusée. L'individu est opposé à la puissance publique dans un
rapport de force au profit de la deuxième. C'est pour cette
raison que des auteurs ont pu écrire : " On peut dire, sans
exagération, que la procédure criminelle est l'exact reflet des
conditions dans lesquelles, dans un pays donné, sont conçues les
relations entre l'Etat et la personne humaine"1. La procédure
civile, elle, reste dominée par la sauvegarde d'intérêts privés
et égoïstes.
S'agissant des principes communs aux deux procédures,
il convient de signaler l'unité des juridictions civiles et pénales
par opposition au principe de la spécialisation des juridictions.
Au Maroc, ce sont les mêmes organes, institués par l'Etat et
représentant l'autorité judiciaire, qui rendent la justice au
civil et au pénal2.
L'unité des juridictions civiles et pénales signifie que
1
- Merle et Vitu, Traité de droit criminel. Problèmes généraux de la
législation criminelle. Droit pénal général. Procédure pénale. Ed. Cujas, 1967.
p. 632
2
- Avec cette nuance qu'en matière civile et commerciale, il y a possibilité de
désigner d'avance des arbitres (compromis), mais jamais en matière pénale
sauf dans les cas exceptionnels où la poursuite est confiée à l'administration
(eaux et forêts, douane…) et revêt un caractère mixte de réparation et de
répression.
11
celles-ci relèvent de l'ordre judiciaire (et non administratif) et
qu'elles ont la même composition. Ce sont les mêmes magistrats
qui, par roulement, assurent l'administration de la justice civile
et pénale quand bien même celles-ci n'exigent pas les mêmes
aptitudes et les mêmes méthodes1.
Cette unité va loin et s'étend au recrutement des
magistrats, à l'identité de carrière et à l'existence d'un fort
esprit du corps surtout depuis la création de l'Institut
National des Etudes judiciaires.
Toutefois cette unité, assez compacte au Maroc, ne
connaît d'exception qu'à travers le juge d'instruction, le juge
1
- Les positivistes depuis le XIX.ème siècle et les criminologues contestent
cette unité. Cf. Stéfani et Levasseur, op. cit. p. 21. Et Merle et Vitu de
surenchérir : " Mais il faut aller plus loin et souligner combien l'esprit qui
anime le magistrat civil s'écarte de celui qu'on découvre chez le magistrat
pénal. Leurs rôles, en effet, se distinguent fondamentalement par les buts
qu'ils poursuivent. Alors que le juge civil peut, sauf quelques rares matières,
trancher le procès dont il est saisi sans connaître les parties et sans que leur
comparution personnelle soit indispensable, le magistrat pénal doit, au
contraire, avoir du délinquant qu'il juge une connaissance approfondie et
savoir quels sont sa personnalité, ses déficiences physiques, mentales ou
caractérielles, le milieu social et familial dans lequel il vit. Cette exigence,
longtemps ignorée, est devenue primordiale depuis que, sous l'impulsion de
l'école positiviste italienne, les criminalistes modernes ne se contentent plus
de voir juger une infraction, mais veulent que le délinquant passe au premier
plan des préoccupations du juge.
Il suit de là que, si le juge civil dit le droit et applique à la solution d'une
difficulté juridique toutes les ressources du raisonnement, le juge criminel,
lui, doit scruter une psychologie et appliquer des mesures d'assistance, de
surveillance, d'amendement ou d'élimination, ce qui fait de lui un spécialiste
nécessaire des sciences humaines; le premier est un logicien, le second un
clinicien. Est-il surprenant, dès lors, que l'on doivent exiger de celui-ci
d'autres connaissances techniques, d'autres préoccupations, que celles dont
celui-là est tenu d'avoir". Merle et Vitu, op. cit. p 633.
12
d’application des peines et les juridictions d'exception1 (dont
ne subsiste que le tribunal permanent des Forces Armées
Royales (FAR).
Et si l'unité des juridictions a été critiquée, notamment
par les positivistes, la spécialisation n'a pas non plus échappé
aux critiques. On lui a surtout reproché de comporter
l'inconvénient de rendre difficile la délimitation de la
compétence ratione materiae ou compétence d'attribution,
outre celui d'engendrer des frais plus importants
(augmentation du nombre des juges, de tribunaux, et du
personnel d'une manière générale). Mais force est de
reconnaître l'existence d'une spécialisation de fait selon la
nature des affaires (sociales, pénales, civiles…etc.) et sous
forme de sections et de chambres.
Enfin l'unité signifie l'obéissance aux règles de
jugement communes à toutes les juridictions de l'ordre
judiciaire comme la publicité des débats, leur oralité, la
motivation des jugements, la consécration du contradictoire, la
présence d'un greffier…etc.
Le deuxième principe commun aux deux procédures est
la collégialité. Assez récente pour les tribunaux de 1ère
instance, mais existante au niveau de l'appel et de la cassation,
le principe en lui-même consiste à rendre un jugement par un
collège de juges2. Théoriquement la collégialité présente des
avantages certains : meilleure qualité des jugements, risque
d'erreur moindre…, mais cela reste vrai au niveau simplement
théorique ; la pratique peut enseigner l’inverse.
1
- Dont ne subsiste que le tribunal permanent des forces armées royales
(TPFAR)
2
- Le nombre des juges est en fait et toujours impair pour faciliter le vote en
cas de partage des voies avec cet avantage de double voix pour le président.
Mais, théoriquement et en France, la loi peut décider un nombre pair, la voix
du président comptant pour double
13
La collégialité était le principe au Maroc dans les
tribunaux régionaux et les juridictions supérieures (appel -
cassation) jusqu'à 1974 où le législateur a consacré le principe
du juge unique.
De nos jours et il y a peu on retrouvait la collégialité à
tous les niveaux sauf en ce qui concerne les tribunaux
communaux et d'arrondissement, héritiers, dans une large
mesure, des anciens tribunaux de Sadad. Mais ces juridictions
sont tombées en désuétude et ont fini par être surplombées
par le juge de proximité1. Mais ni l’un ni l’autre n’avaient de
véritables compétences pénales.
Aussi doit-on souligner que la dernière réforme du code
de procédure pénale (2002-2003) a réintroduit le juge unique
au niveau du tribunal de 1ère instance pour les infractions dont
la sanction ne dépasse pas deux années d’emprisonnement ou
une amende seulement. Cette mesure vise la célérité et peut
être opportune ! (Art. 374).
Le troisième principe commun aux deux procédures
réside dans l'instauration de différents degrés de
juridictions2. Le principe a pour fondement la limitation des
erreurs et la possibilité de leur révision. Le premier et le
deuxième degré jugent au fond et l'appel s'applique même aux
décisions prises lors de l'instruction préparatoire. Le troisième
degré est matérialisé par la (appelé il y a quelques temps Cour
Suprême) qui coiffe toutes les juridictions du royaume, mais
elle n'est pas un troisième degré de juridiction dans la mesure
où son rôle consiste dans le contrôle de la conformité des
décisions rendues par les juridictions inférieures à la légalité.
1
- Dahir n° 1-11-151 du 17 août 2011 portant promulgation de la loi n°42-10
portant organisation des juridictions de proximité et fixant leur compétence.
2-
Ce principe a été inscrit dans le pacte international relatif aux droits civils
et politiques de la personne en 1966 en tant que principe fondamental de la
personne devant la justice et une des garanties du procès équitable.
14
Ceci étant, si les deux procédures ont des points
communs du fait que l'une est le rameau de l'autre, il ne reste
pas moins vrai que la procédure pénale a des règles propres à
elle. Les plus importantes sont une conception aiguë de la
légalité et de l'ordre public. On peut y ajouter l'intérêt de
l'existence ou non d'un élément populaire dans la composition
de la juridiction, les particularités de la preuve et un esprit
propre au domaine pénal d'une manière générale.
1
- [Link]. « Justice administrative et dualité de juridictions »
Revue juridique politique et économique du Maroc n° 27. (Texte sur la toile
internet).
Au Maroc le Dahir instituant les tribunaux administratifs apporte, dans son
article premier une nuance exprimée comme suit :
15
Et il n’existe pas d’interpénétration entre les deux
procédures semblables à celle qu’on trouve entre la justice
pénale et civile si l'on excepte quelques particularités sans
incidence sur la séparation des deux ordres1.
Aussi l’esprit qui anime les organes des deux
procédures est tout à fait différent notamment dans les pays
où la criminologie a imprégné le droit pénal. Pendant que le juge
pénal essaie de saisir la personnalité du délinquant, le juge
administratif -comme le juge civil- statue sur des dossiers à
travers une procédure écrite2.
En deuxième lieu, des différences importantes existent
quant au rôle des parties dans les deux procédures. Le procès
pénal est déclenché le plus souvent par le ministère public qui
peut le faire contre la volonté des parties et de la victime de
l’infraction. Or cette institution (commissaire royal de la loi et
du droit) a un rôle de défenseur d’une bonne application de la
16
loi et du droit (comme son nom l’indique). En outre la
transaction admise en matière administrative est, en principe,
inexistante en matière pénale que ce soit pour l’exercice de
l’action publique, la renonciation à l’exercice des voies de
recours ou l’acquiescement à une décision juridictionnelle
….Mais la dernière réforme du C.P.P. a ouvert une brèche pour
la transaction dans certaines affaires limitées bien sûr et a
permis un arrêt plus facile des poursuites – dans les mêmes
affaires - si la victime y consent1 (Art.41 et 372).
Ce rôle des parties se répercute sur le déroulement du
procès. La procédure pénale (comme la civile) connaît l’oralité
et la publicité alors que l’administrative est écrite et secrète2.
Les conclusions et les moyens des parties font l’objet de
mémoires déposés devant la juridiction administrative et le
juge administratif statue (en principe) sur le vu d’un rapport
établi par écrit3.
Enfin il y a la question de la preuve où des différences
importantes entre les deux procédures sont à signaler.
D’abord le principe du contradictoire consacré dans la
1
- En réalité la transaction existait notamment dans le cas de certaines
infractions spéciales où un intérêt financier était engagé, mais le nouveau
code est venu l’étendre aux infractions passibles de deux années
d’emprisonnement au plus ou d’une amende de 5000 dirhams. La transaction
fait l’objet d’un procès-verbal. Quant à l’arrêt des poursuites il n’était
possible que sur réquisitoire du ministère public et pour des raisons
juridiques et judiciaires valables (apparition de faits nouveaux, de véritables
responsables de l’infraction…). Le nouveau code donne droit à la partie lésée
de renoncer aux poursuites, mais c’est le ministère public qui présente un
réquisitoire dans ce sens. N’y a t-il pas là consécration d’une pratique connue
dans la mentalité marocaine et qui consistait à engager un procès puis à se
réconcilier et à demander l’arrêt des poursuites ; chose que les juges du
ministère public n’admettaient pas de bon cœur.
2
- Sauf texte contraire.
3
- Mais les parties ou leurs défenses peuvent intervenir oralement lors des
audiences si le besoin s’en ressent.
17
procédure civile et pénale l’est aussi en matière administrative
où il est affirmé comme principe égalitaire fondamental.
Ensuite, la procédure administrative se rapproche de la
procédure pénale (et s’éloigne de la civile) par le rôle très actif
du juge (qui met en cause les parties, ordonne la communication
des pièces, fixe les délais de réponse, peut même décharger le
requérant de la charge de la preuve…). Bien plus, le juge
administratif peut ordonner une instruction qu’il dirige et cela
constitue un parallèle avec la procédure pénale.
Enfin les deux procédures pénale et administrative
connaissent le principe de la liberté des preuves par opposition
au principe de la preuve légale admis largement en matière de
procédure civile.
1
- Voir Merle et Vitu, op. cit. p. 646 et suiv.
2
- Surtout pour les sociétés et institutions privées où l'on croyait trouver le
fondement de ce pouvoir disciplinaire dans le contrat de travail.
18
- c’est un droit assez récent et en évolution depuis un
demi siècle eu égard à la prolifération des activités où il est
susceptible de s’appliquer ;
- c’est un droit qui ignore, en matière d’incrimination, le
principe de la légalité. Plus précisément, il énonce dans des
formules générales les manquements graves souvent sous
forme de manquements aux règles de déontologie et d’atteinte
à l’honneur et/ou obligations imposées par l’appartenance à une
profession ou à une institution. Il appartient dès lors aux
autorités investies du pouvoir disciplinaire de prendre la
décision qui convient. Il semble que les sanctions sont mieux
adaptées et peuvent être sous forme de blâme, réprimande,
avertissement qui touchent l’honneur de la personne ou sous
forme de retrait de fonction, de déplacement, rétrogradation,
suspension, radiation ou exclusion…etc. qui touchent et
l’honneur et la fonction de la personne sanctionnée.
S’agissant des organes intervenant, il faut mentionner
que ceux de la procédure disciplinaire ne sont pas de l’appareil
répressif. Ils sont les supérieurs hiérarchiques de la personne
mise en cause ; le plus souvent celles qui détiennent le pouvoir
de nomination.
On ne peut pas parler à vrai dire d’une séparation de
fonctions de poursuite, d’instruction et de jugement. Des
conseils consultatifs peuvent apparaître, mais l’on ne peut pas
pousser la comparaison au delà.
L’action publique est indépendante de l’action
disciplinaire. L’équivalent de la règle : « le criminel tient le civil
en l’état » ne se trouve pas ici et l’autorité de la chose jugée au
criminel n’a pas, théoriquement, impact sur le procès
disciplinaire1.
1
- Mais il est difficile, pour ne pas dire impossible, pour l'autorité
disciplinaire d'ignorer la décision pénale surtout quand elle est privative de
liberté…!
19
Enfin, Les délais de prescription ne sont pas les mêmes
Toutefois si les témoins ne prêtent pas serment dans la
procédure disciplinaire, il est de plus en plus admis que la
procédure doit être contradictoire et l’intéressé doit pouvoir
consulter le dossier de la procédure comme il a la possibilité de
faire entendre des témoins, faire produire ces propres
preuves, être personnellement entendu et se faire assister par
un avocat (en France tout au moins).
Enfin, les décisions disciplinaires sont passibles d’un
recours devant les juridictions répressives ou devant les
juridictions désignées par les textes organisant l’institution.
1- La procédure accusatoire.
20
1000 Ap. J. C.).
Elle consiste dans le fait que l'accusation est
déclenchée par une personne contre une autre qui lui fait face.
C'est une procédure éminemment démocratique car
tout se passe devant le public et l'accusé se défend devant ce
même public.
Juridiquement (ou plutôt judiciairement), elle est orale,
mais surtout fait appel au sentiment populaire et la technique
juridique joue peu de rôle. Elle est donc publique et
contradictoire et se passe devant un juge (ou arbitre !)
impartial qui se contente de noter le déroulement et le résultat
des débats.
Cette procédure implique la nécessité d'un accusateur.
Au début, c'était un droit de la victime et de ses proches. Mais
ce système comportait des carences dont la plus plausible était
la difficulté de ramener toujours l'accusé devant le juge
surtout dans une société "de guerriers" où l'honneur avait une
connotation démesurée. Les choses allaient, sous l'effet de la
nécessité et d'un début d'organisation de la justice, évoluer
vers l'instauration d'un accusateur spécialisé. Cette fonction
n'était pas non plus évidente car elle était grave et exposait
l'accusateur à la vengeance voire à la loi de talion.
En France c'est au XIIIème siècle qu'on retrouve les
"procurators" chargés de représenter les parties au procès.
Les seigneurs, pour diverses raisons, les utilisèrent et au milieu
du XIVème siècle on retrouve "le procureur du roi". Désormais,
un accusateur spécialisé est institué dans la procédure et ceci
indépendamment de toute accusation privée. Cette dernière
n'est pas totalement éclipsée, elle peut déclencher les
poursuites ou se joindre à celles déclenchées par le procureur.
Le tout était question de dommage public ou privé et de
compétence.
La révolution de 1789 reprendra l'institution à son
21
compte et le procureur du roi devient celui de la société
matérialisée dans la République.
Quant à l'organisation judiciaire de cette procédure,
elle a connu une évolution où la forme du pouvoir politique a été
déterminante. Démocratique au départ (jugement par les
citoyens), elle a connu le jugement par les pairs puis par les
professionnels de toutes sortes et ceci jusqu'à la révolution
française. Cette forme démocratique est donnée comme ayant
duré jusqu'à la fin du VIIIème siècle (époque carolingienne) où
certaines formes limitatives de la présence de simples citoyens
ont commencé à s'institutionnaliser.
D'une manière tout à fait schématique on peut dire que
c'est l’étendue progressive des pouvoirs étatiques (ou des
souverains) ainsi que la crainte des représailles qui ont éliminé
l'élément populaire de cette forme de justice.
Sur un autre plan et à partir du règne des carolingiens
jusqu'à la fin du Moyen Âge (XVème s.) trois ordres de
juridictions, avec des procédures propres à chacune d'elles,
vont dominer la matière de la procédure.
22
fortement hiérarchisée1 où chaque classe avait sa propre
justice, ses propres sanctions et la peine de mort n'était pas
exécutée de la même façon pour tous2.
Dans ce système le seigneur déléguait son représentant
qui présidait l'audience et cette charge a fini par devenir
fonction.
Le développement de ces juridictions est dû au fait que
les hommes libres (vassaux notamment) fuyaient les corvées de
l'Etat (ce qu'on appelait à l'époque « les mâls » (comprendre
les maux) des comtes et des centeniers et préféraient rendre
hommage à un seigneur et se soumettre à sa justice. Mais ce
système - on l'imagine - était arbitraire et aléatoire car fondé
essentiellement sur l’humeur des juges et, accessoirement, sur
les usages et la coutume.
La procédure proprement dite était déclenchée par
l'accusateur. Les débats étaient publics et oraux. L'originalité
résidait dans le système des preuves basé sur le témoignage et
les ordalies (jugement de Dieu par le feu, l'eau...) ainsi que sur
le duel judiciaire. Les plus faibles recouraient au service des
plus forts. Les juges ordonnaient les débats et constataient le
résultat.
b- La justice ecclésiastique.
1
- A titre purement indicatif, on dénombrait les nobles (eux-mêmes
hiérarchisés), roturiers, vassaux et serfs…etc.
2
- Ex. pendaison pour les nobles, divers autres modes de mise à mort pour les
autres : écartèlement, la roue …
23
pris un essor considérable au XII et XIIIème siècle appliquant
le droit canonique même à des personnes laïques notamment
celles qui avaient reçu la tonsure, les étudiants des universités,
les croisés et toutes celles qui avaient bénéficié de la
protection de l'Eglise...
Les peines étaient plus clémentes (pas de peine de
mort, pas de torture en principe, emprisonnement qui
favorisait la méditation...) et faisaient une grande part à
l'amendement et au rachat du coupable. Mais la procédure
était plutôt de type inquisitoire.
Mais aussi paradoxal que cela puisse paraître, c’est au
sein de l’Eglise, et à partir du 12ème siècle, que va se développer
l’inquisition connue pour sa redoutable procédure et ses
sanctions non moins redoutables. Elle ne prendra fin qu’à la fin
du 18ème voire au début du 19ème siècle1.
Mais, bien avant et à partir du XIIIème siècle la
monarchie tentera et réussira la reprise d'une grande partie
des pouvoirs judiciaires de l'Eglise.
c- La justice royale.
1
- Il est soutenable que les abus de l’inquisition expliquent en grande partie les réactions
des philosophes et auteurs du siècle des Lumières (XVIII ème siècle) contre l’église et ses
hommes. La loi de 1905 sur la laïcité est, sans doute, une réaction contre ces abus qui
avaient allure d’obscurantisme.
24
Les traits essentiels de la procédure accusatoire
s'estompaient de plus en plus pour laisser la place à une
procédure de plus en plus inquisitoire.
A un degré supérieur des prévôtés et bailliages
apparaissaient les parlements (d'abord celui de Paris puis dans
d'autres régions) avec une chambre spécialisée dans les
crimes.
La naissance "officielle" du ministère public au XIVème
siècle finira par donner un essor considérable aux juridictions
royales au détriment des juridictions seigneuriales et
ecclésiastiques.
La procédure au Moyen Âge n'était pas la même.
Devant les justices féodales ce fut l'ancienne procédure de
l'accusateur, orale et devant le public. Elle évolua notamment
quant au système des preuves où les ordalies devinrent
exceptionnelles. En revanche, le système du duel judiciaire (le
condamné pouvait même provoquer au duel les juges ou l'un
d'eux) devint de plus en plus intolérable au fur et à mesure que
s'étendait le pouvoir royal. Ce dernier optera pour le système
de l'inquisition pratiquée, avait-on dit, par les juridictions
ecclésiastiques.
25
D'un point de vue technique juridique, elle reste
dominée par les techniciens et exclu les profanes en matière
de droit. Contrairement à la procédure accusatoire,
l'inquisitoire est secrète et écrite. Tous ses épisodes sont
consignés dans des actes (témoignages, déclarations des
parties, constatations...etc.). Enfin, elle n'est pas
contradictoire. Le juge joue un rôle actif notamment dans la
phase de l'instruction préparatoire et le jugement ne fait
souvent qu'entériner les conclusions de l'instruction
préparatoire. Cette procédure a une image noire et les droits
de la défense ont été sacrifiés au bénéfice des moyens moins
louables comme la torture, le chantage...etc. A ses débuts, le
juge avait des pouvoirs étendus et pouvait déclencher les
poursuites sur simple plainte de la victime, du ministère public
voire de sa propre initiative. A l'audience, les juges vérifiaient
les preuves, pouvaient ordonner "la question préalable (=
torture) notamment dans les cas graves et l'audience était en
principe publique. Notons que plusieurs appels étaient prévus
par les ordonnances royales.
De nos jours ses traits principaux subsistent, mais
largement atténués par une reconnaissance de plus en plus
grande des droits de la défense et partant de l'accusé.
26
la procédure inquisitoire notamment l'interdiction de la
question préalable, la nécessité de justifier les jugements.
Mais la situation politique avorta toutes ces réformes.
Le droit intermédiaire sera marqué par une instabilité
et un retour vers le système accusatoire avec l'instauration de
l'assistance d'un conseil (avocat) au moment du récolement et
de la confrontation de l'accusé avec les témoins, l'institution
d'un jury. Mais c'est surtout une organisation judiciaire
(calquée sur l'administrative) qui marquera cette époque. Cette
organisation est hiérarchisée en fonction de la nature de
l'infraction et on vit apparaître, au niveau des crimes, un jury
d'accusation et un autre de jugement. La procédure est
publique et contradictoire. Le commissaire du roi fait connaître
ses réquisitions sur la peine, la défense plaide mais sans
contester la matérialisation des faits et les juges avancent
leurs opinions publiquement.
Sous le Directoire1, pour des raisons de troubles
politiques (brigandages, coups d'Etat...) et pour d’autres
tenants aux défauts et failles de la justice (juges élus
manquant d'autorité, désordres dans la force publique) on
retourna au système de l'inquisition avec l'instauration d'un
juge d'instruction et une régression du caractère oral et public
de la procédure...
Le code napoléon de 1810, appelé code de l'instruction
criminelle, appliqua la procédure inquisitoire dans toutes les
phases de la procédure sauf à l'audience où ce fut
l'accusatoire qui s'appliquait. Une police judiciaire fut chargée
de la recherche des infractions et de leurs auteurs et
l'instruction fut confiée à un magistrat spécialisé : le juge
d'instruction. A ce stade et selon la gravité des infractions
c'est la chambre du conseil du tribunal correctionnel ou la
1
- Comité de 5 membres qui dirigea la France de 1795 à 1799.
27
chambre des mises en accusation qui décide du renvoi devant la
Cour d'Assises. Suite à cette décision, le procureur rédige un
acte d'accusation et c'est lui qui a la mission de déclencher
l'action publique.
A l'audience, les débats sont oraux, publics et
contradictoires. Un jury siégeait dans les crimes et des juges
professionnels en matière correctionnelle.
Le code de 1808 sauvegarde le principe de l'unité de la
justice, des degrés de juridictions, de la collégialité, du
professionnalisme et introduit le principe de la séparation des
fonctions.
L'évolution qui suivra sera marquée par les
bouleversements politiques et la procédure en sera marquée
tantôt en élargissant les droits de l'individu (de la défense,
circonstances atténuantes...) tantôt en aggravant la répression.
Mais l'adoucissement général des mœurs, l'apparition et
l'évolution de la science criminelle (criminologie) orienteront la
procédure vers un compromis entre les intérêts de la société
et ceux de l'individu. N'est-ce pas là l'ultime équilibre qui doit
régner sur la matière pénale ?
28
jurisconsultes, à tort ou à raison, considère cette période
(depuis l'introduction de l'Islam au Maroc, cela va sans dire),
comme dominée par l'application du droit musulman. Cette
affirmation doit être nuancée à un double point de vue.
Dans un premier stade, l'extension de l'Islam à l'Ouest
et son développement dans ces contrées n'était pas sans
imprégner le droit qui en est issu de certaines caractéristiques
dont la plus importante est le développement du 'âmal1. Ce
dernier est l'application de solutions faibles (da'if) ou isolées
(chadd) face aux solutions dominantes (machhour) dans l'école.
Il peut être soutenu que ce n'est là, en majorité, que des
applications d'usages et coutumes les plus tenaces. Mais pour
des raisons qu'on mentionnera plus loin, l'âmal n'intéressait que
peu la matière pénale ; mais il reste fécond et hautement
intéressant dans les autres domaines et notamment pour la
sociologie juridique,
Aussi certains principes théoriques avaient leurs
applications dans le cadre de la gestion globale de l'Etat. Ainsi
l'Imam (abstraction faite de son titre : khalife, sultan, émir...)
continuait à être le dépositaire de la wilaya de la justice qu'il
exerçait parfois dans le cadre des madhalim-s ou qu'il
déléguait (et même dans les autres domaines s’il le jugeait
nécessaire). Cette délégation connaîtra un essor important et
l'on a pu déceler deux sortes de cadis : les premiers avaient
une délégation générale (compétence générale) qui leur
permettait de connaître de toutes les affaires religieuses,
civiles, hudud, pénales, commerciales...etc. L'autre catégorie de
1
- Jurisprudence des prétoires, l'âmal constitue une création originale du
génie maghrébin en général et marocain en particulier. Voir l'ouvrage
intéressant de Berque. J. Essai sur la méthode juridique maghrébine, Had-
Kort, 1944. Du même auteur, Mot "'Amal" in encyclopédie de l'Islam, 2 ème éd.
t.1, 1960, p. 440-441. Mais peuvent aussi être consultés les ouvrages 'âmal
eux-mêmes et dont le plus célèbre reste celui d'Abderrahman al-Fassi.
29
cadis ne connaissait que des affaires spécifiques ou relevant
d'un domaine précis : l'armée, le statut personnel...
Mais c'est le développement de la vie citadine (et de
ses inconvénients) et la complexité de plus en plus croissante
de la vie économique et sociale qui ont contribué à l'apparition
de plusieurs institutions judiciaires spécialisées comme la
hisba, la wilaya sur les crimes...Dans le même ordre d'idées, les
gouvernants politiques, pour des raisons de sécurité publique et
de la gestion des masses, ont très tôt usurpé des pouvoirs
judiciaires qui revenaient en théorie au cadi seul. Ils le
faisaient notamment dans le vaste domaine du taâzir qui ne
nécessitait pas forcément l'appel aux principes de la religion.
Au Maroc cela concernera les pachas et caïds dont le rôle n'a
pas cessé de grandir et même d'apparaître « efficace »
attendu qu'ils disposaient de la puissance publique et qu'ils
n'étaient pas tenus à l'établissement de la preuve
conformément au droit musulman. Ce sera la fameuse justice
makhzen. Il reste qu'en théorie le cadi avait la compétence
générale et pouvait connaître de toutes les affaires devant lui
renvoyées, mais pratiquement il était dessaisi du domaine pénal
et ceci depuis bien longtemps.
Quant aux actes de procédure dans le droit pénal
musulman, ils étaient, sous quelques réserves, les mêmes qu'il
s'agisse d'affaires civiles ou pénales avec quelques originalités
pour les dernières : existence de la présomption d'innocence,
personnalité des peines, nécessité d'établissement de la
responsabilité pénale...Les peines étaient parfois originales et
comportaient la peine de mort, la flagellation, la
lapidation...etc. C'est leur dureté qui a poussé certains auteurs
a avancé l'idée du délaissement de la juridiction du cadi pour
celle du makhzen!.
Le système procédural musulman était par ses traits
plus proche de l'accusatoire. Le cadi pouvait se saisir de
30
l'affaire lui-même ou l’était par l'autorité publique quand il
s'agit de violation des droits de Dieu. Il était aussi saisi par la
personne victime de l'infraction ou de la violation de son droit.
Quant à la justice makhzen, elle était aussi proche de
l'accusatoire, mais c'est surtout la réputation d'être inique,
simple et arbitraire qui domine à son égard. Sans doute
l'existence d'un fort droit coutumier et d'une forte tradition
moraliste en atténuaient, tant que faire se peut, le caractère
inique et arbitraire.
Mais ce droit et cette construction resta, du moins au
Maroc, plutôt théorique. Et jusqu'à preuve du contraire, la
justice makhzen peut être considérée comme une scission voire
un remplaçant au système musulman. Mais il existait un autre
système fort antérieur au droit musulman est qui est celui de
la coutume.
Dans un deuxième stade, donc, force est de
reconnaître que de vastes régions amazighophones1
connaissaient le système judiciaire coutumier collectif c'est à
dire un système où le droit était prononcé par une assemblée
composée de notables (ou de chefs de familles ou de quelques
uns parmi eux seulement). Le système pénal dans ces régions
avait des caractéristiques originales comme l'existence du
serment collectif (les cojureurs), l'absence de la peine de mort
et de l'emprisonnement, l'intervention symbolique et même
effective d'un marabout (saint) ou sa descendance...De temps
en temps le système était mis en échec par "le pouvoir
personnel" ou le "caïdalisme". Mais sa survivance à côté de celui
du makhzen est expliquée par des considérations où le
subjectivisme et des raisons politiques ont une grande part :
1
- C’est une assertion hâtive et mal fondée de dire que seules les régions
amazighophones connaissaient le système coutumier ; ce dernier a existé un
peu partout même dans les grandes villes où les institutions musulmanes
(mosquées, medersa-s…) étaient bien implantées.
31
l'éloignement du pouvoir central et son inefficacité de fait
(manque d'emprise sur ces régions et sa faiblesse), la
délégation de certains pouvoirs...! Face au droit musulman, des
expédients (justificatifs) furent trouvés et invoqués pour
"légitimer" ces coutumes ou pour les condamner d'une manière
catégorique en méconnaissance des règles sociologiques
élémentaires. Les plus plausibles furent la coutume elle-même
comme source reprise par le droit musulman et la pratique des
prétoires (le fameux 'âmal).
L'honnêteté intellectuelle et scientifique commande de
reconnaître que plusieurs coutumes n'allaient pas dans le sens
des principes islamiques en matière pénale : pas de peine de
mort et d'emprisonnement, l'existence des cojureurs avait-on
dit, pas de peine hudud, rôle secondaire du talion, le
bannissement du coupable était la peine la plus redoutée car
elle isolait et rendait vulnérable celui qui en était frappé...etc.
La survie du groupe, son équilibre et son harmonie étaient
tributaires du respect des règles, entre autres, pénales.
La procédure avait des aspects d'une procédure
accusatoire avec beaucoup d'originalités notamment celles qui
instauraient la désignation de répondants (imassaïn) chargés de
garantir l'accusé et l'application des peines. Certaines
coutumes, comme celle des Aït Atta1, par exemple, avaient
développé un double degré de juridictions voire plus. Dans
certaines régions (le Sous par exemple) des coutumiers étaient
rédigés par des tolba-s et affichés souvent devant la mosquée.
Parfois, ils étaient portés à la connaissance du public par un
crieur public ou par un affichage devant la porte du marché
hebdomadaire. Mais ce système avait l'inconvénient d'être
plutôt adapté à la vie rurale et agricole. Il était en outre très
1
- Grande tribu au sud-est d’Ouarzazate constituant, par le passé, avec les
Aït Hadiddou et les Aït Marghad la confédération des Aï Yaflman.
32
diversifié comme le sont souvent les coutumes elles-mêmes.
2- Période du Protectorat.
a- La justice locale.
1
- Les berbères s’appellent en réalité les Imazighens (singulier : Amazigh qui
veut dire Homme libre. La dénomination de berbère est un dérivé du mot
« barbarus » utilisé au temps des Romains à l’égard de tous ceux qui ne
parlaient pas leur langue.
2
- Qui confondaient entre leurs mains des pouvoirs administratifs et
judicaires.
3
- Organisée par un dahir du 22 mai 1918, mais ne concernait que le statut
personnel de cette frange de la population marocaine.
33
survivance de la justice consulaire au profit des citoyens des
Etats-Unis.
Considérant la seule matière pénale, le cadi fut
purement et simplement écarté de la connaissance des affaires
pénales. Il fut cantonné dans des affaires civiles et surtout
dans les affaires matrimoniales et religieuses. Sans doute
l'attitude du Protectorat n'a fait que légaliser une situation de
fait qui durait depuis longtemps.
La justice coutumière fut organisée par un dahir de
1
1914 ayant valeur de reconnaissance de ces coutumes. La
véritable organisation fut l'œuvre du dahir du 16 mai 19302 qui
organisa cette justice d'une façon moderne (tribunaux
coutumiers avec la participation d'un élément populaire,
commissaires du gouvernement jouant le rôle du ministère
public, secrétaires greffiers...etc.) et lui attribua la
connaissance de tous les délits réservant la connaissance des
crimes aux tribunaux français. Ce dahir fut très critiqué car il
soustrayait une partie importante des marocains à la justice
locale pour les soumettre à la justice française. On lui
reprocha d'avoir des visées politiques et ségrégationnistes. Il
fut à l'origine de mécontentements ayant entraîné des
émeutes et paradoxalement amorça la naissance d’un courant
nationaliste dans les milieux « intellectuels » de l’époque. Une
réforme intervint en 1934 et élargit la compétence des
Cette justice, plus ancienne que la musulmane, resta discrète le long des
siècles et les juifs eurent le statut de dhimmis (protégés contre paiement de
la dime)…A l’arrivée du protectorat, les juifs marocains furent déçus de ne
pas jouir de statut de citoyen français comme leurs coreligionnaires
algériens. Ils gardèrent leur statut personnel et les juridictions de même
type. Bien évidemment le statut du Maroc n’était pas le même que l’Algérie.
1
- Dahir sur l’administration des tribus berbères de l’Empire. B.O n° 100 du
11 septembre 1918.
2
- B.O n° 928 du 8 août 1930.
34
tribunaux makhzen en leur reconnaissant la connaissance de
certaines affaires bénignes ou civiles et leur a attribué la
connaissance des délits et crimes de la compétence du haut
tribunal chérifien crée en 1918.
De son côté, la justice makhzen a connu une évolution
législative qui a débuté avec un dahir du 27-12-1912 organisant
les pouvoirs judiciaires des caïds et pachas en matière pénale.
Un autre dahir du 8-1-1913 attribua au grand vizir le pouvoir de
contrôler certains jugements des juridictions makhzen.
Ajoutons aussi que par dahir du 11-11-1913 fut attribué au
conseil criminel (composé entre autres du grand vizir et du
représentant de la résidence) la connaissance d'une série de
crimes (homicide, enlèvement, viol, vol à mains armées,
falsification). Mais la réforme la plus importante en la matière
fut réalisée à travers deux dahirs du 4-8-1918. Le premier
réorganisa les pouvoirs judiciaires des caïds et pachas avec
introduction de l'appel et du commissaire du gouvernement ; le
deuxième instaura le haut tribunal chérifien1. Quelques règles
concernant le procès et les voies de recours furent édictées.
Ce texte fut remanié par le dahir de 1934 qui créa un
ministère public confié à un commissaire du gouvernement,
révisa l'organisation du tribunal chérifien avec une chambre
d'appel pour les affaires pénales.
La procédure était simple, orale et publique.
En 1953 cette justice se verra dotée de quatre dahirs
portant la même date et insérés dans le même bulletin
officiel2.
Un code de procédure pénale qui a instauré et consolidé
le principe de la légalité, mais était très sévère pour les
1
- Les deux dahirs dans B.O n° 306 du 2 septembre 1918.
2 - Trois dahirs du 24 octobre 1953 intéressaient la procédure pénale, l'organisation des
juridictions makhzen et le statut des magistrats de ces juridictions et un
dahir formant code pénal marocain. B.O n° 2142 bis du 19 novembre 1953.
35
infractions politiques (et pour cause !). Il était inspiré du code
français du début du XXème siècle (1910).
Ce code distinguera entre l'action civile et l'action
pénale, organisera le ministère public (commissaire du
gouvernement) qui a le pouvoir d'accusation et l'exercice de
l'action publique. Il réglementera l'instruction préparatoire, la
police judiciaire, le jugement et les voies de recours.
Ces réformes allaient dans le sens d'une limitation des
différences entre la justice française dite moderne et la
justice makhzénienne. Toute l'orientation du droit marocain
sera imprégnée par ce rapprochement des principes du droit
français en la matière.
36
Il était divisé en chambres1 et jugeait, en 1er et
dernier ressort les crimes et l'homicide involontaire et en
appel, les décisions des tribunaux régionaux.
b- La justice française.
1
- Une chambre criminelle, une chambre des appels civils, une chambre des
appels correctionnels, une section pénale coutumière et une chambre de
révision et de cassation.
2
- « L’Espagne se voyait attribuer une zone comprise entre l’embouchure de
la Moulouya sur la Méditerranée et la partie occidentale de l’oued Loukos (sur
l’Atlantique) ainsi qu’une petite zone dans le sud du Maroc, sur laquelle elle
jouissait déjà depuis 1860 d’un droit d’établissement (autour d’Ifni) ».
Gilles Lapouge, « Le statut juridique du Maghreb ».
« Maroc : le régime international de l’empire chérifien depuis la fin du XIXe
siècle » , Le Monde diplomatique-Novembre 1955, pages 6 et 7.
[Link]
3 - Tous deux dans B.O n° 46 du 12 septembre 1913.
37
Maroc (aussi la renonciation des autres nations aux privilèges
de juridictions).
Ainsi l'organisation judiciaire du 12-08-1913 prévoyait
que le code d'instruction criminelle était applicable devant les
tribunaux français et que le code pénal français s'appliquait
aux infractions relevant de la compétence de ces tribunaux
sauf texte contraire.
L'organisation judiciaire quant à elle était composée de
tribunaux de paix (de simple police); des tribunaux d'instance
(correctionnel et criminel, mais dans ce dernier cas ils doivent
s'adjoindre 6 assesseurs jurés); une Cour d'appel à Rabat. Le
pourvoi en cassation se faisait devant la à Paris.
Ces tribunaux étaient compétents chaque fois que
l'auteur ou la victime de l'infraction était un français, un
étranger ou un marocain protégé d'une puissance contractuelle
de la France. Ils étaient aussi compétents pour les affaires
techniques – compliquées et peu connues de la vie des
marocains de l’époque - comme les accidents de circulation, les
assurances, les banques...même si les parties étaient des
marocains.
Quant à la procédure c'est, en général, celle qui sera
étudiée dans ce cours à quelques nuances près, celles-ci même
que l'évolution des mœurs a imposé1.
1
- Il ne faut pas exagérer cette assertion ; beaucoup de dispositions, et pas
des moindres, sont inspirées du droit français.
38
des services de l'Etat qui s'accommode mal de la présence de
fonctionnaires étrangers et de l'utilisation d'une langue autre
que la nationale1.
C'est ainsi qu'une série de mesures vont être prises :
abolition des tribunaux coutumiers, transformation des
juridictions makhzen en juridictions ordinaires, les tribunaux
français sont devenus les tribunaux modernes ; abolition des
juridictions du nord du pays y compris celles de Tanger
intégrées dans les juridictions ordinaires, création d'une Cour
suprême par dahir du 27-09-572. La justice pénale se trouvait
répartie entre les juridictions makhzen et les modernes. Et
c'est en 1959 (le 10-02) que fut promulgué le code de
procédure pénale qui a aboli toutes les lois antérieures
notamment le code d'instruction criminelle de 1913 et le code
de 1953 ainsi que les différentes législations du nord marocain
et de Tanger.
En 1965 une loi du 26-01 dite loi d'unification, de la
marocanisation et de l'arabisation de la justice fut
1
- Cette question a soulevé plus d’un débat et un dahir de la marocanisation et
de l’arabisation a vu le jour en 1965. Il a vu le jour sous la pression de
certains nationalistes représentés dans un parti très influent à l’époque pour
avoir su ramener à lui la question nationale de l’époque qui était
l’indépendance. Ce parti avait l’avantage de l’écrit et de la culture et tous
ceux qui n’ont pas pu s’exprimer ont été délaissés voire spoliés de leurs droits
historiques et ont été jusqu’à être désignés de collaborateurs avec les
français alors qu’ils étaient des militants sans porte-voix, et l’indépendance
de leur pays n’avait aucun prix pour eux. Les ruraux d’une manière générale
vont se trouver dans cette situation. Nous ne voulons pour exemple que les
Aït ‘Atta qui ont déposé les armes au-delà des années 1933 alors que le traité
du Protectorat é été signé à Fès en 1912 !
La réforme constitutionnelle de 2011 a fait du tamazight et du hassani des
langues officielles à côté de l’arabe. Verra-t-on un jour le droit marocain
exprimé dans ses langues ? Rien n’est impossible…
2
- Dahir n° 1-57-223. B.O n° 2347 du 18 octobre 1957.
A partir de 2003 elle sera appelée .
39
promulguée1. Les tribunaux à l'époque étaient ceux du sadad,
les tribunaux régionaux, Cours d'appel et la Cour suprême (de
cassation). La séparation des pouvoirs administratifs et
judiciaires fut consacrée par la disparition des tribunaux
makhzen.
Le contexte politique de l'époque permet de
comprendre l'esprit du code de 1959 et de la loi de 1965. Ce
contexte était dominé par des discussions nationales sur les
libertés publiques et les aspirations des citoyens après tant
d'années de frustration. Mais il manquait une certaine
expérience et une certaine accumulation justement de ces
expériences. C'est dire, à suivre certains auteurs, que ces lois
qui répondaient légitimement aux aspirations du peuple
marocain, méconnaissaient malheureusement les réalités
économiques, sociales et culturelles. Des régressions vont avoir
lieu par la suite et les réformes prises au cours des années 60,
73 et surtout 74 ont été décevantes car limitatives de
l'exercice d'un droit ou d'une liberté contenues dans les lois
antérieures2. Dernièrement des réformes notamment celles de
1992-3 semblent s'inscrire dans un esprit d'ouverture, mais
n'y aurait-il pas à ce propos l'impact de certaines pressions
extérieures ?
Quoiqu'il en soit, le code de 1959 s'était largement
inspiré du code français de 1958 lui-même une adaptation aux
nouvelles circonstances de l'après-guerre. Mais il s'inscrit
surtout dans la ligne d'évolution du droit pénal commencé par
le code de 18103 et enrichi par une jurisprudence et une
1
- B.O n° 2727 du 7 février 1965
2
- Voir à ce sujet Mohammed Machichi Drissi Alami, Procédure pénale, vol. 1.
1991 (en arabe). P. 32. L'auteur met l'accent sur le fait que ces réformes ont
négligé le contexte économique, culturel, politique et social du Maroc.
3
- qui s’inscrivait dans l’œuvre législative de Napoléon Bonaparte après le
fameux code civil de 1804 et celui du commerce de 1808.
40
doctrine d'un siècle et demi environ ; chose inexistante pour le
code de 1959. En outre le code de 1959 paraissait à maintes
égards compliqué c'est à dire qu'il ne donnait pas la priorité à
la simplicité, à la rapidité et à la collaboration entres les
autorités exécutives et judiciaires dans le respect de la
séparation des pouvoirs (ou du moins des autorités). On lui
reprochait également de ne pas donner suffisamment de
garanties aux justiciables, de moyens efficaces pour
l'exécution des jugements...etc.
La réforme de 1974, dans son exposé de motifs, semble
vouloir répondre à ces exigences en simplifiant les règles de
procédure : abolition du jury, introduction de la justice
populaire dans les affaires simples, limitation du domaine de
l'instruction...Mais il faut remarquer que certaines règles de
1974 étaient transitoires, mais perduraient. Il y a là un malaise
dû certainement aux incertitudes et hésitations des
responsables en la matière quand il ne s’agissait pas d’un simple
désintéressement.
Ce malaise et ses hésitations ont pris fin par l’adoption
par le législateur marocain d’un Dahir du 3/10/02 (Loi n°01/22)
emportant réforme du code de procédure pénale. Comme toute
réforme il comporte d’ores et déjà des avantages tels que la
mise en place de certaines institutions comme celle du juge
d’application des peines. Il était devenu insupportable que le
magistrat qui prononce une sentence ne soit pas en mesure d’en
suivre les effets et l’évolution. Il introduit en outre un nouveau
regard sur ce phénomène inquiétant de la délinquance juvénile,
élévation de l’âge de la majorité pénale, redéfinie les pouvoirs
du ministère public et de la police judiciaire et instaure un
double degré d’instruction, permet un deuxième regard des
décisions des chambres criminelles etc.
Ce nouveau code se veut actuel dans la mesure où il
prend en considérations les conventions et traités que le Maroc
41
a signés et intègre – selon ces auteurs – les nouvelles données
sur la criminalité dans un contexte international menacé par ce
que plusieurs appellent le terrorisme.
Bien d’autres réformes ont vu le jour comme
l’instauration d’un juge de proximité au lieu et place des
juridictions communales et d’arrondissement, et d’autres
modifications sans grande importance, mais la réforme tant
attendue de l’organisation judiciaire semble, pour le moment,
grippée.
***
42
PENALE ET STRUCTURE DE
L'APPAREIL REPRESSIF.
43
Chapitre I. Principes et règles organisationnelles en
matière pénale.
1
- Bien sûr d’autres principes peuvent être avancés comme celui du
contradictoire, du double degré de juridiction, de l’oralité, de la publicité, du
droit à la défense (avocat), à l’interprète…mais intéressent plus le procès
pénal comme phase de la procédure pénale. Ces principes sont nécessaires
pour la réalisation de ce qui a été appelé : « un procès équitable ».
44
l'interprétation de ces lois (de fond ou de forme) diffère selon
la nature de celles-ci.
1-
Cela n'est pas toujours démontré. Le dahir de 1974 sur l'organisation
judiciaire au Maroc a enregistré des reculs sur plusieurs points notamment
sur l'institution du juge d'instruction et sur le point, discutable il est vrai, du
juge unique. D'ailleurs cette institution sera remaniée et le législateur est
revenu à la collégialité en 1993 et à un système mitigé en 2003 avec la
dominante collégiale.
45
* La loi nouvelle ne s'applique pas immédiatement quand
elle supprime un droit acquis au profit de l'inculpé. Il en est
ainsi d'une loi qui supprimerait une voie de recours ou qui
modifierait les délais d'exercice de celles-ci ou leurs effets ;
* La loi nouvelle ne peut entraîner la nullité des actes
régulièrement accomplis sous l'emprise de la loi antérieure.
Enfin, la rétroactivité concerne les lois organisant la
prescription1. Ces lois qui peuvent allonger ou abréger les
délais, modifier les causes d'interruption ou de suspension de
la prescription s'appliquent immédiatement aux infractions
commises avant leur promulgation pour peu que la prescription
n'ait été pas encore réalisée au moment de la promulgation.
1-
Certains systèmes juridiques considèrent ces lois comme des lois de
procédure.
46
phase préliminaire. La jurisprudence a répondu par la négative
en se fondant sur un principe plus fort à savoir la présomption
d'innocence de l'inculpé pendant cette étape du procès. Le
faire bénéficier des services d'un conseil risque de se
retourner contre lui1 d'autant plus que la police judiciaire n'est
pas habilitée à se prononcer sur la culpabilité de l'accusé2.
1-
Voir Mohamed Drissi Machichi Alami, procédure pénale, T. I. Les
institutions judiciaires, publications de l'association pour le développement
des recherches et des études judiciaires, Ministère de la justice, L'institut
national des études judiciaires, 1991. P. 21. (En arabe).
Mais cet état de chose a changé et le gardé à vue peut être assisté par un
avocat lors de sa garde à vue depuis une loi du 11 avril 2011. Cette mesure est
aussi préconisée par les conventions internationales notamment la
Conventions européenne des droits de l'homme entrée en vigueur en 1953.
Au Maroc la possibilité de s'entretenir avec son avocat n'est possible que s'il
y a prolongement de la garde à vue et ce pour une durée de 30 minutes!
2
- Mais des avancées ont été réalisées à ce sujet puisque, en France, le
poursuivi a droit à un avocat en cas de mise en garde en vue et au Maroc en
cad de prolongation de cette même garde à vue.
3-
Ce qui est tout à fait différent en matière civile, commerciale ou sociale où
l'arbitrage est largement répandu. Notons aussi que l'esprit de la coutume
diffère de celui de la loi dans ce domaine. Des arrangements sous forme de
compensation ou de réparation étaient admis par la coutume qui faisait
intervenir une tierce partie pour sceller cet arrangement. Voir entre autre
47
- La juridiction et les parties sont tenues à un
respect rigoureux des règles de procédure et ne peuvent y
déroger ou transiger sous aucun prétexte sauf les cas
spécifiés par la loi.
- La notion d'ordre public apparaît également au
niveau de la poursuite où, sauf rares exceptions1, celle-ci
revient au ministère public en tant que représentant des
intérêts de la société. Le procès pénal n'est pas un procès
privé quand bien même la victime d'une infraction serait une
personne physique ordinaire. Les cas où la poursuite est
conditionnée par une plainte de la victime et les cas où une
transaction peut intervenir (douane, fisc…) sont dictés par des
considérations supérieures au droit de poursuite du ministère
public.
- Enfin, cette notion d'ordre public se répercute sur
l'appareil répressif comme un ensemble. La réaction sociale que
provoque l'infraction doit être une réaction raisonnée, neutre
et ferme. Pour ce faire, cette réaction reste soumise à des
règles de procédure précises que doivent respecter les
différentes autorités intervenant en la matière. A ce propos
une règle domine : la séparation des phases du procès avec
interdiction absolue faite à ces autorités de s'interférer dans
un même procès.
Duclos, « L'organisation judiciaire chez Les Aït Atta du Oued Drâa », Revue
de l'Occident Musulman et de la Méditerranée (R.O.M.M.), 2ème sem. 1967.
Le nouveau code de procédure pénale en faisant place à la conciliation
(arbitrage) et à la transaction le fait dans le cadre judiciaire dans la mesure
où un procès-verbal, dressé par le parquet, doit constater cet arrangement
(art. 41).
1-
Cas où la poursuite est subordonnée à la plainte de la victime (adultère, vol
entre parents jusqu'à un certains degré…) ou ne peut pas être déclenchée par
le jeu des immunités Voir infra : L'opportunité des poursuites.
48
&. III. Collégialité et présence ou non d'un élément
populaire (le Jury).
1-
Le juge unique peut être un élément populaire c'est à dire élu comme cela
se passe dans certains systèmes anglo-saxons. La justice peut être collégiale
et populaire, mais on la trouve dans d'autres matières que la pénale comme la
justice commerciale ou sociale et dans certains pays comme la France par
exemple.
2 -
Voir à ce sujet Machichi Alami, La procédure pénale (en arabe), p. 75 et
suiv. Merle et Vitu, Traité de droit criminel : problèmes généraux de la
législation criminelle. Droit pénal général. Procédure pénale. Ed. Cujas, 1967.
P. 1053 et suiv. Stefani, Levasseur et Bouloc, Procédure pénale, Dalloz, 1996.
P. 18.
3-
Entre autres et depuis le XIXème siècle les positivistes, les criminologues
et la défense sociale.
49
à résoudre les problèmes permettant la saisie de la
personnalité réelle de celui qu'il juge, mais il est également
inapte à résoudre les problèmes scientifiques que pose entre
autre la preuve (les expertises psychanalytiques, médicales,
toxicologiques, criminalistiques…).
Ils ajoutent à cet argument le caractère
impressionnable et sensible du jury1 outre les incidents
d'audience et l'éloquence "incontournable" de certains avocats.
De cet aspect de sensibilité des jurés découle, ou plus
exactement peut découler, des fluctuations dans les décisions
de la justice et ceci en fonction des sessions et des ressorts2.
Ainsi il a été souligné la sévérité du jury "paysan" à l'égard des
auteurs d'incendies de récoltes et l'inverse chez un jury
"urbain". En revanche il y a eu des acquittements, par ce
dernier, pour des crimes passionnels.
A ces critiques d'ordre général, les adversaires du jury
ajoutent d'autres plus techniques touchant aux mécanismes de
l'institution tel que les modalités de désignation des jurés, leur
rôle effectif ou sein du tribunal…etc.
Bien sûr les partisans de l'institution répondent à ces
critiques en soulignant surtout que le jury, pour tout ce qui est
scientifique et technique, n'est pas toujours moins
incompétent que les juges professionnels. En outre, les
membres du jury sont très souvent plus indépendants vis à vis
des pouvoirs publics que le sont les magistrats malgré le
principe énoncé de l'indépendance des magistrats. La mission
dont ils sont chargés, momentanée par définition, les incite à
faire appel plutôt à leur scrupule et à leur intime conviction.
Enfin, ils représentent l'opinion publique et sa conscience et
symbolisent "une démocratisation" incontestable de la justice
1-
Merle et Vitu, op. cit. p. 1034.
2-
Ceci est surtout vrai pour les Cours d'Assises en France qui ne sont pas des
juridictions permanentes et qui sont départementales.
50
pénale. Leur participation contribue à diminuer le fossé entre
la justice au sens technique, celle des professionnels, et la
justice telle que la population la ressent. Dans cette optique, le
jury a été avancé comme un critère de ce que doit être les
incriminations et les sanctions ainsi que la procédure d'une
manière générale1.
Quoiqu'il en soit, cette institution - du moins en France
- est tellement ancrée dans les habitudes que les seules
véritables questions qu'elle suscite ont plutôt trait à son
perfectionnement et à la façon de la rendre plus efficace.
Toutes autres sont les questions que cette institution avait
posées au Maroc puisqu'elle n'existe plus.
1-
Il va de soi que cette assertion pose le problème plus général de la
démocratie générale tout Court.
2-
L'histoire est riche d'enseignements de ce côté, mais reste mal connue
dans l'ensemble.
51
En ce qui concerne la justice dispensée aux marocains,
le premier volet concernant la justice makhzen1 connut une
organisation à partir de 19132, et surtout en 1918 (4 août) avec
deux dahirs l'un instaurant le haut tribunal chérifien ; l'autre
réaménageant la justice makhzen3. Le pacha était assisté de
khalifa. On diminua des pouvoirs exorbitants de ces
personnages et la justice qu’il rendait englobait l'aspect pénal,
civil et commercial4.
La réforme de 1944 (28 novembre)5 qui instaura des
juges délégués et des assesseurs (juges de carrière) à voix
délibérative auprès du pacha ne concernait que certains
aspects civils et commerciaux et non le pénal. Le haut tribunal
chérifien resta compétent en matière de crimes commis dans
les pays de coutume et ce depuis 1934. Il était sous contrôle
de la direction des affaires chérifiennes et doté d'un
commissaire du gouvernement ayant des compétences de
52
parquet. Mais au niveau local cette fonction se confondait avec
celle de contrôle tout court et le commissaire du gouvernement
auprès du haut tribunal chérifien était responsable du contrôle
de la justice makhzen entière.
Le 24 octobre 1953, alors que les rapports entre le
Sultan et la Résidence était au mauvais point, un dahir1
supprima ces juridictions et les remplaça par des tribunaux de
première instance (anciens juges délégués), des tribunaux
régionaux et par le haut tribunal chérifien. Toutefois, en
dehors des ressorts des tribunaux de première instance, on
maintint la juridiction caîdale et pachalique. Mais aucun jury
populaire n'était instauré. Les tribunaux régionaux et le haut
tribunal chérifien siégeaient d'une manière collégiale mais avec
des juges professionnels
Au fond, au risque de se répéter, le dahir de 1953
apporta un code "moderne" qui au regard du passé et de la
réputation de ces juridictions, fut l'apport le plus méritoire. Le
code introduisit les principes fondamentaux d'une justice
répressive. Il prévoyait un maximum et un minimum ainsi que le
principe de la légalité des délits et des peines.
Le deuxième volet intéresse la justice coutumière où
l'ancienne assemblée fut érigée en véritable tribunal. Et on a
pu dire que cette justice était très proche du système
accusatoire et que le droit applicable était la coutume et les
1
- - En réalité cette date vit la promulgation de quatre dahirs concernant la
justice pénale marocaine :
- un dahir emportant code pénal marocain ;
- ‘’ ‘’ sur la procédure pénale applicable devant les juridictions
makhzen ;
- un dahir relatif à l’organisation de la justice makhzen ;
- et un dernier dahir fixant le statut des magistrats des tribunaux makhzen.
Voir B.O n° 2142 bis du 19 novembre 1953.
Voir Amzazi Mohieddine, Essai sur le système pénal marocain. Centre
Jacques Berque. [Link]
53
usages. C'était, pour ainsi dire, une justice populaire où l'on
pouvait remarquer une démocratisation de la peine, une
spontanéité de la justice et une correspondance fort
importante entre la vie quotidienne et cette même justice1. La
justice était collégiale, mais le leitmotiv était le commissaire
du gouvernement qui était également l'autorité de contrôle.
Cette justice connut des remaniements importants dans le sens
d'une délimitation des compétences et de l'instauration d'une
procédure simple et réduite au minimum.
Quant à la juridiction du cadi, juge unique, elle fut
maintenue au niveau des juridictions subalternes et un collège
de trois magistrats au niveau de l'appel. Mais cette juridiction,
fidèle à son passé, ne pouvait connaître de jury eu égard à la
nature des affaires qu'elle était appelée à traiter et le pénal
lui échappait. Elle connut elle - aussi des remaniements dans le
sens " d'une modernisation " formelle mais ne fut jamais
compétente au pénal.
Pour les tribunaux français au Maroc, ceux de 1ère
instance statuant en matière criminelle s'adjoignaient un jury
de six assesseurs à côté des juges professionnels. Ils
participaient à la prise de décision quant à la responsabilité et
à la fixation de la peine et étaient un élément essentiel dans la
composition du tribunal. Autrement dit, leur absence entraînait
la nullité de la décision et la chambre criminelle de la eut
l'occasion de le dire.
En fonction de l'origine de l'accusé, les assesseurs
étaient tous des français ou de la nationalité de celui-ci dans
une proportion de la moitié (3/6). Cette disposition pouvait
s'appliquait aux marocains quant ils sont justiciables de ces
1-
Voir Machichi Alami, op. cit. (en arabe), p. 89. Les petites affaires
faisaient souvent l'objet d'une transaction ou d'une conciliation.
54
juridictions c'est à dire quand la partie demanderesse était
d'origine française ou étrangère ou protégée française1.
A l'indépendance, le législateur marocain consacra, par
un dahir du 20/09/1958 et par le code de procédure pénale de
1959, l'institution du jury au sein du tribunal régional
compétent en matière criminelle. Mais elle fut très critiquée :
liste des assesseurs dressée par les gouverneurs (immixtion de
l'exécutif), pas de rémunération à part une indemnité
insignifiante, mais surtout amende en cas d'absence
répétée…et le dahir de 1974 mit fin à son existence.
Le dahir du 15 juillet 19742 va instaurer un juge
populaire dont le statut est différent de tout ce que le Maroc
a connu jusqu'alors : le juge communal et d'arrondissement.
L’espoir était que ces juridictions introduiraient un brin de
démocratie dans la vie juridique de tant plus qu'elles se
caractérisaient par la simplicité. Mais Le mode de désignation
des juges, leur compétence et jusqu'à leur dénomination3
suscitent plus d'une interrogation. Aux faiblesses liées à la
technique et au savoir juridique, s'ajoutent des faiblesses liées
à l'ambiance générale de la société. Et comme l'a justement
noté le Pr. Machichi Alami : " Les juges communaux et
d'arrondissement dans l'état actuel appartiennent à des
1-
Ce système est à rattacher à celui des privilèges. Mais la présence de
marocains était un non-sens dans la mesure où ces assesseurs (marocains)
devaient soit exprimer l'opinion du publique (ce qui est leur rôle!) qui était
opposée à tout le système du protectorat, soit se soumettre à l'ambiance du
protectorat et, dans ce cas, leur rôle ne signifiait rien. Voir cette remarque
judicieuse in Machichi Alami, op. cit. p. 90.
2
- Dahir portant loi n° 1-74-338 du 15 juillet 1974 fixant l’organisation
judiciaire du Royaume, B.O., n° 3220 du 17 juillet 1974.
Un autre dahir de la même année (28 septembre) et édictant les mesures
transitoires n’apporta rien qui puisse être signalé à propos du jury.
3
- Le texte en arabe parlait de « hukkam », alors que l’équivalent en français
parlait de juges.
55
catégories sociales importantes (de citoyens) qui n'ont pas
encore été confronté d'une manière concrète aux mécanismes
de la démocratie et qui ne sont pas habitués à ses théories et à
ses applications de sorte qu'il n'est pas exclu que le
représentant d'une autorité publique quelconque puisse avoir
un ascendant sur eux »1. Heureusement ils n'avaient de
compétence pénale et ne pouvaient prononcer
l'emprisonnement et même la détention.
A cela s'ajoutaient les carences de la loi quant aux
capacités demandées (physiques et morales), à la gratuité des
charges…et l'on se rendait compte que l'expérience avait peu
de chance de donner les résultats escomptés.
Effectivement, ils finirent par disparaître et une loi du
17 août 2011 instaura des juges professionnels (juges de
proximité) qui héritèrent des compétences du juge communal
et d’arrondissement2.
Depuis, rien qui puisse être mentionné au niveau du jury
populaire. Le constat est à la domination du professionnalisme
avec un retour timide au juge unique pour des affaires ne
dépassant pas deux années d’emprisonnement ou/et une
amende. L’encombrement des tribunaux et la futilité de
certaines affaires peuvent justifier l’opportunité de cette
démarche législative !
1-
Ibid. p. 98.
2
- Notons que le juge communal et d’arrondissement ne prononçait que des
amendes et jamais de détention ou d’emprisonnement…heureusement
d’ailleurs !
3
- Ce terme est pris dans le sens du genre humain et non dans celui opposé
aux femmes, puisque, bien des femmes occupent des postes dans la
magistrature. Il a été préféré au mot "personnel", plus général, et qui évoque
plutôt les moyens humains d'une entreprise ou d'une administration
quelconque. Les honorables juges de par leurs fonctions de juger sont
56
La procédure pénale s'exerce dans le cadre
d'institutions chargées de fonctions diverses : poursuite,
instruction, jugement et application des peines. Ces
institutions, faut-il le dire, sont animées par un personnel assez
hétéroclite avec des rôles divers dont le point commun est la
recherche de la vérité. A côté des magistrats (&. 1) évolue un
personnel sans lequel la justice n'aurait pas pu s'exercer (&. 2).
57
Mais les uns et les autres restent concernés par certaines
règles et principes communs (A).
1
- Les juges communaux et d'arrondissement étaient exclus de ce statut et
soumis au dahir du 15-07-1974 les instituant.
2
- L’art. 8 du Dahir n° 1-16-41 du 24 mars 2016 pris en application de la loi
n° 106.13 relatif au statut de la magistrature. (BO n° 6456 du 14 avril 2016.
P. 33160) parle « ...d’un diplôme dont la loi fixe la nature et la durée
nécessaire pour son obtention ».
58
face aux tâches urgentes de l'époque. Une grande partie des
problèmes de la magistrature a été hérité de cette époque.
Toujours est-il que l’attaché de justice intègre la
magistrature par dahir (sur proposition du conseil supérieur du
pouvoir judiciaire) comme juge de premier grade avec espoir
d’atteindre le stade de hors-grade après avoir escaladé le
deuxième, le troisième grade et le grade exceptionnel.
- Quant à l'indépendance de la fonction du juge, elle
est une question toujours débattue et qui est intimement liée à
la notion première de la démocratie exprimée à travers le
principe des séparations des pouvoirs1.
La Constitution de 2011 le formule expressément dans
son article 107 :. " Le pouvoir judiciaire est indépendant du
pouvoir législatif et du pouvoir exécutif. Le Roi est le garant
de l’indépendance du pouvoir judiciaire"2.
Cette indépendance du pouvoir judiciaire l'est, à
ses débuts, du pouvoir législatif et exécutif, mais il n'est pas
erroné de la considérer par rapport à toute pression quelque
soit son origine. Ainsi le juge ne peut recevoir ni instruction, ni
injonction ni pression quand il traite une affaire. Et la
Constitution marocaine le formule d'une manière claire3 et fait
de son non-respect par le juge une faute professionnelle.
1
- Cette notion colle à Charles de Montesquieu (1689-1755) auteur du
célèbre "l'esprit des lois publié à Genève en 1748. Mais le principe remonte
à John Locke (1632-1704).
2 - Le dahir instituant le Conseil supérieur de l'autorité judiciaire l'affirme
également. Voir articles 2 et 4 de la loi du 42-03-2016.
3 Art. 109 de la Constitution marocaine de 2011 :
" Est proscrite toute intervention dans les affaires soumises à la justice.
Dans sa fonction judiciaire, le juge ne saurait recevoir d’injonction ou
instruction, ni être soumis à une quelconque pression. Chaque fois qu’il
estime que son indépendance est menacée, le juge doit en saisir le Conseil
Supérieur du Pouvoir Judiciaire.
59
La seule pression à laquelle est soumis le juge doit être
sa conscience et l'application de la loi.
C'est sans doute la gravité de cette charge qui fait que
le statut des magistrats est fixé par une loi organique. Aussi
faut-il associer cette gravité de la charge à la garantie de
l'inamovibilité des magistrats. Mais les juge du ministère public
échappent à la règle et reçoivent des instructions écrites, mais
de leurs supérieurs hiérarchiques seulement.
On parle en ce moment de soumettre cette dernière
catégorie de juges (parquet) au contrôle du procureur général
près de la Cour de cassation1 ! Chose faite en 2017 et
précisemment depuis la loi n° 33-17 appliquant les dispositions
des articles 110 et 117 du statut de la magistrature.
2- Le principe du professionnalisme.
60
qu'exige l'application des lois et la spécificité du procès pénal.
Mais un élément populaire a existé par le passé à travers les
assureurs - jurés du tribunal régional et le juge communal et
d’arrondissement quand bien-même ce dernier n'avait pas de
véritable compétence pénale.
Sans doute, dans l'état actuel des choses (relativement
à l'alphabétisation et au degré de conscience collective et de
compréhension des règles de la démocratie...) force est de
consacrer le principe du professionnalisme.
3- La spécialisation.
61
Enfin, mentionnant à titre d’information l'aspect
exclusivement pénal des juridictions d'exception dont n’existe
que le tribunal permanent des Forces Armées Royales.
La disparition en 2004 de la Cour spéciale de justice1
renforce l’uniformité de la justice pour tous !
4- La collégialité.
1 - Cette Cour a été Crée par un Dahir portant loi n° 1-72-157 du 6 octobre
1972 (B.O. n° 3128 du 11 octobre 1972, p.1321) tel qu'il a été modifié et
complété. Elle a été supprimée par le Dahir n° 1-04-129 du 15 septembre
2004 (B.O. n° 5248 du 16 septembre 2004) qui a transféré la compétence
matérielle de cette juridiction aux chambres criminelles chargées des
crimes financiers près des Cour d'appel.
62
Ces devoirs et droits font l’objet du titre II du statut
de la magistrature1 .
S’agissant des devoirs, le plus important reste le droit
de réserve imposée à la fonction de juger, grave et "noble" à la
fois.
Ce droit consiste pour les juges dans l'interdiction de
constituer un parti politique ou un syndicat ou d'y adhérer
(article 46 statut de la magistrature). Cette interdiction se
justifie en ce que la participation politique du juge peut
déteindre sur l'impartialité de son rendement.
Mais l’article 38 du statut de la magistrature et 111 de
la Constitution de 2011 sont venus reconnaître aux magistrats
le droit d’adhérer à des associations légalement constituées et
poursuivant des buts licites. Ils peuvent aussi créer des
associations professionnelles. Mais dans l’un et l’autre cas, ils
doivent tenir compte du devoir de réserve et de la
« déontologie judiciaire » notamment l’obligation d’impartialité.
A l’inverse, il leur est interdit de créer ou d’adhérer à
des associations non professionnelles ou de les diriger.
Ce même article 111 de la Constitution reconnait aux
magistrats également la liberté d'expression, mais la limite
toujours par "le droit de réserve et l'éthique judiciaire"2.
L’article 37 du statut de la magistrature parle de « la
préservation de la réputation, du prestige et de l’indépendance
de la justice ».
1
- Articles 26 et suiv..
2
- Cet art. 111 est ainsi libellé « Les magistrats jouissent de la liberté
d’expression, en compatibilité avec leur devoir de réserve et l’éthique
judiciaire. Ils peuvent appartenir à des associations ou créer des
associations professionnelles, dans le respect des devoirs d’impartialité et
d’indépendance et dans les conditions prévues par la loi. Ils ne peuvent
adhérer à des partis politiques ou à des organisations syndicales »
63
Où sont les limites?
1
- Cette droiture ne vas pas sans rigidité parfois au point où les juges ont
constitué une caste à part dans l’histoire des fonctions et charges de
l’Etat…
64
carrière du magistrat dans la mesure où celui-ci fait l’objet
d’un dossier individuel où sont mentionnées des informations
concernant son état civil et ses états de carrière (art. 53
statut magistrature). Et L’art. 22 du statut de la magistrature
de 1974 ajoutait : « Aucune mention relative à ses opinions
politiques ou confessionnelles ne doit y figurer ».
Aussi le juge est tenu à l'obligation de prêter serment
avant la prise de fonction devant la Cour de cassation 1.
Il doit résider dans la ville où il exerce sauf dérogation
et porter la robe lors des audiences (art.52 statut de la
magistrature).
Le magistrat ne doit recevoir ni injonction ni
instruction de quelque part que ce soit et ne doit donner son
avis sur une affaire soumise à la justice. Il doit statuer dans un
délai raisonnable dit l’art.45 du statut de la magistrature.
Par le passé (1974), les proches (conjoints, les membres
de la belle-famille, les oncles, les fils des frères) ne pouvaient
être juges au même tribunal sauf autorisation spéciale et
exceptionnelle. Les avocats proches ne pouvaient plaider dans
les affaires soumises au juge2. Ces situations sont à distinguer
des cas de récusation des magistrats.
65
Enfin, les juges sont tenus au secret des délibérations
et de l'instruction.
Les sanctions au manquement à ses obligations sont
l'incompatibilité, l'éviction du juge ou son attaque pour
suspicion légitime ou pour des raisons d'ordre public. Les juges
du ministère public ne peuvent en aucun cas être évincés.
Les juges sont inamovibles, indépendants et
irrévocables avec des nuances pour les magistrats du parquet.
Eu égard à ses fonctions le magistrat est protégé par
le code pénal et des lois spéciales contre « les menaces,
attaques, injures ou diffamations… »1.
1
- l’art. 39 du statut de la magistrature. L’art.20/1974 prévoyait cette
protection : « L'Etat leur assure, en outre, s'il est échu, conformément à la
réglementation en vigueur, la réparation des préjudices non couverts par la
législation sur les pensions et le capital décès, qu'ils peuvent subir dans
l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de leurs fonctions. En ce cas, l'Etat
est subrogé dans les droits et actions de la victime contre l'auteur du
dommage.
2
- Ordonnance du 23 décembre 1958 entrée en vigueur le 2 mars 1959,
66
Mais rappelons tout de suite qu'il n'existe pas de
spécialisation visant à former des juges d'instruction et
d'autres de jugement et maintenant d’application des peines.
Les différentes charges peuvent être occupées par les uns et
les autres tant qu'il ne s'agit pas de la même affaire.
L’alignement des uns à côté des autres ne se justifie que parce
qu’ils travaillent dans le même sens et selon une logique plus
proche que celle qui anime le ministère public.
1- Considérations générales.
1
- Par le passé récent, ce magistrat était parmi les magistrats assis de la
Cour d'appel tout simplement parce qu'il n'existait qu'à ce niveau.
2
- Même en cas de flagrance et même s’il effectue des actes rentrant dans
sa compétence, il doit solliciter le réquisitoire du ministère public.
67
dans le réquisitoire. Son but étant la recherche de la vérité, il
peut adresser l’accusation à toute personne en tant qu’auteur,
coauteur ou complice voire à un inconnu. Son appréhension des
preuves fait qu’il doit instruire à charge et à décharge.
Sa compétence et ses activités n'ont pas beaucoup
changé par rapport à 1959 qu'en ce qui concerne l'étendue
territoriale de cette compétence calquée sur celle de la Cour
d'appel. Mais il faut avouer que le nouveau code donne à ce
magistrat un pouvoir étendu en matière d’enquête de
personnalité et de réinsertion sociale (voir infra).
S’il n’existe qu’un seul juge d’instruction dans la
juridiction et que celui-ci se trouve dans l’impossibilité
d’exercer ses fonctions, le président du tribunal –en cas
d’urgence- et sur demande du parquet peut nommer un juge (ou
un conseiller) pour effectuer cette tâche dans l’attente d’une
désignation légale ou de l’enlèvement de l’empêchement (art. 53
CPP). En revanche, la pluralité des juges d’instruction dans une
même juridiction donne au ministère public le droit de désigner
celui qui instruira chaque affaire (art. 90 CPP)1. Mais ces
situations ne doivent pas être confondues avec celle de la
commission rogatoire (voir infra) et art. 86, 189, 190 et 193
CPP)
Le juge d'instruction applique une procédure
inquisitoire dans ce sens qu'elle est écrite, secrète et non
contradictoire (moins qu'avant). Et il ne peut en aucun cas
juger ou être membre d’une instance de jugement pour les
affaires qu’il a instruites (principe de la séparation des
fonctions).
1
- D’autres systèmes de désignation du juge d’instruction existent et sont
plus démocratiques tel que celui qui confie cette désignation au doyen des
juges d’instruction ou au président de la juridiction. Le ministère public
étant partie au procès, le procès équitable voudrait que la défense soit
associée à cette désignation !
68
Les décisions du juge d’instruction peuvent être
annulées ou attaquées en appel devant la chambre
correctionnelle1. Bien plus, le ministère public, d'office ou sur
demande de la partie civile ou de l'accusé peut demander à la
chambre correctionnelle de la Cour d'appel de retirer l'affaire
à un juge d'instruction et de la confier à un autre juge
d’instruction (art. 91 CPP)2.
Les juges d’instruction (en 1ère instance ou en appel)
sont coiffés par la chambre correctionnelle près de cette Cour
qui constitue un deuxième degré d’instruction dans la mesure
où elle connaît des appels interjetés contre les actes
(ordonnances et mandats) du juge d’instruction.
Les séances de cette chambre sont présidées par le
premier président ou son délégué assisté de deux conseillers,
et le parquet est représenté par le procureur général du Roi ou
un substitut général. Le greffe est tenu par un greffier de la
Cour.
La chambre se réunit sur demande de son président ou
du procureur général chaque fois que le besoin s’en ressent.
Ses discussions sont secrètes et ses délibérations se font sans
la présence du ministère public ou du greffier (Art. 236, 237).
1
- Voir 2ème partie : l’instruction.
2
- La chambre correctionnelle doit statuer dans un délai de 10 jours et son
arrêt n'est susceptible d'aucun recours tout comme la demande ne suspend
pas l'instruction.
69
garder pour une durée ne dépassant pas 24 heures (art. 89
CPP). Le procureur du Roi peut aussi demander au juge
d'instruction d'accomplir tel ou tel acte dans l'intérêt de
l'affaire et il le fait à titre de "maître" des poursuites1. Il peut
également demander l’ouverture d’une instruction provisoire
dans le cas où la plainte n’est pas étoffée de preuves
suffisantes et convaincantes. Enfin le ministère public (ou son
représentant) peut interjeter appel contre les décisions du
juge d'instruction devant la chambre correctionnelle de la Cour
d'appel.
Les pouvoirs conférés au ministère public ont souvent
été justifiés par son rôle comme partie dans l'affaire au nom
de la société. Mais ces pouvoirs doivent être circonscris à ce
qui a été avancé afin de préserver le principe de
l'indépendance de la justice vis à vis des autres pouvoirs et au
sein même de la juridiction. Le procureur de Sa Majesté, en
tant que chef suprême de la police judiciaire, et le juge
d'instruction en tant qu'officier supérieur de cette même
police, ne sont pas conçus dans une relation de totale ou
partielle subordination du deuxième par rapport au premier,
même si celle-ci correspond à une certaine idée de hiérarchie
«juridico-administrative». Le juge d'instruction assume une
tâche qui ne peut laisser indifférent celui que la loi a désigné
comme premier responsable des poursuites. Les rapports entre
les deux magistrats ne doivent pas dépasser ces limites.
Mais sur le plan pratique, le juge d'instruction ne peut
entamer une instruction sans la requête du ministère public et
si des divergences apparaissent entre les deux, la chambre
1
- Le juge d'instruction peut considérer cette demande comme inutile, il doit
prendre une ordonnance motivée dans les cinq jours de la demande du
parquet. En outre le dernier alinéa de l'article 134 oblige le juge
d'instruction à répondre dans les vingt-quatre heures à une demande du
parquet requérant une ordonnance de dépôt.
70
correctionnelle est habilitée à régler le litige dans les dix jours
de sa saisine. Ses décisions sont inattaquables.
Le juge d'instruction rend des ordonnances de renvois
devant la juridiction compétente (tribunal de 1ère instance ou
chambre criminelle) ou de non-lieu. Ces ordonnances peuvent
faire l'objet de recours toujours devant la chambre
correctionnelle.
1
- L’article 297 du code de procédure pénale sanctionne le non-respect de
cette règle par la nullité de la décision.
71
d'instruction qui sont interchangeables. Bien plus un juge du
ministère public désigné pour juger une affaire ne peut le faire
dans les affaires qu’il a eu à connaître en tant que membre du
parquet.
Enfin, si un ou plusieurs juges ne peuvent pas assister,
la juridiction se recompose et l’affaire doit être discutée du
début à nouveau.
Le président de l’audience dirige les débats, veille à la
bonne marche dans la recherche de vérité et garantie les
droits de la défense tout ou ayant le pouvoir de refuser voire
d’arrêter les plaidoiries inutiles ou tout ce qui peut perturber
l'audience. Il jouit d'une police d'audience.
Sur un autre plan et pour des raisons simples à deviner,
les juges peuvent se répartir les tâches en fonction des
disciplines juridiques. Mais un juge des mineurs (en instance et
en appel) est désigné par arrêté du ministre de la Justice sur
proposition du président de la juridiction et ce pour une
période de trois ans.
Toutes autres sont les fonctions du juge d’application
des peines1 introduit par la réforme de 2002-2003.
Repris sur le droit français, ce magistrat intervient a
posteriori et a comme mission principale la réintégration
sociale des délinquants. Il le fait par le suivi de l’application de
la loi dans les établissements pénitentiaires, les conditions de
détention, les propositions pour la libération conditionnelle.
1
- Voir les articles 596 et suivants du CPP.
72
Après la révolution française le procureur devint une sorte de
défenseur de la société ou de l'Etat dans les affaires pénales
et autres.
Le ministère public est une composante des juridictions
marocaines qui existe au niveau des tribunaux de 1ère instance
(procureur du Roi), des Cours d'appel (procureur général du
Roi) et de la Cour de cassation (avocats généraux). En outre, le
ministère public existait au niveau des juridictions d'exception
et il était dénommé parfois commissaire du gouvernement2.
Les fonctions du ministère public se caractérisaient par
le contrôle administratif direct exercé naguère par le ministre
de la Justice et les supérieurs hiérarchiques (art.38 et 39
CPP). Actuellement les juges du parquet sont sous le contrôle
du procureur général près de la Cour de cassation et les
supérieurs hiérarchiques. Les juges appartenant à cette
catégorie sont de ce fait soumis à la hiérarchie administrative
qui veut que le supérieur hiérarchique se trouve en droit de
formuler des ordres et des instructions aux subalternes. Par le
passé, cette règle heurtait de front le principe de
l'indépendance des juges (contrôlés par le ministre de la
Justice) qui de surcroît ne bénéficiaient pas de l'immunité
constitutionnelle les protégeant contre la révocation, la non
inamovibilité à l'instar des autres juges. Cet aspect de
subordination a été clairement mis en valeur par la dernière
réforme qui conférait au ministre de la Justice le soin de
veiller sur la politique criminelle qu’il doit communiquer aux
procureurs généraux afin d’exécution (art. 51). Ces derniers,
1
- En effet les nobles à cette époque louaient des terres, entraient en
différentes associations...et pouvaient entrer en conflits avec les autres
parties.
2
- Ces juridictions d’exception ont toutes disparues et n’existe actuellement
que le tribunal permanent des Forces Armées.
73
dans leurs ressorts respectifs, sont les artisans de la politique
criminelle.
Le ministère public apparaît alors comme un service
public de l'Etat chargé du déclenchement des poursuites, de
l'exercice des voies de recours et de l'exécution des décisions
de justice. Il est en outre le supérieur hiérarchique de la police
judiciaire qui travaille étroitement avec lui (articles 16 et 17).
Dans l'exercice de cette fonction, il le fait au nom de l'intérêt
général et ne doit en aucun cas suivre un intérêt personnel ou
égoïste. L'objectivité doit être à la base de tout ce qu'il
entreprend.
Sa compétence territoriale est la même que celle du
juge d’instruction et à fortiori celle de la juridiction où il
exerce à savoir le lieu de l’infraction, le lieu de résidence ou le
lieu d’arrestation de l’un des prévenus.
A- La police judiciaire.
74
Son rôle est très important en matière pénale et à
toutes les phases du procès pénal notamment dans la phase
première qui est celle de la constatation des infractions et la
recherche de leurs auteurs et des preuves. Son approche
mérite qu'on tente sa définition et sa composition. Ses
fonctions seront étalées dans la deuxième partie.
1
- La Gendarmerie royale relève des rouages de l’armée royale.
75
suffisant, le manque d'hygiène, le port d'armes, les
rassemblements des foules, le contrôle de la circulation, la
lutte contre l'usage et la vente des stupéfiants, contre les
maisons de jeux illégaux, les maisons closes ou la prostitution
d'une manière générale, etc.
En somme, la police administrative a un rôle de
prophylaxie sociale et de lutte contre les facteurs du crime.
Ses fonctions sont relativement paisibles par rapport à celles
de la police judiciaire. Mais ce sont les mêmes personnes
(fonctionnaires) qui effectuent les fonctions de l'une et de
l'autre. Les difficultés apparaissent quand on s'aperçoit que
des personnes représentant essentiellement l'autorité
administrative (gouverneur, pachas, caïds...) ont la qualité
d'officiers supérieurs de la police judiciaire au même titre que
les représentants "naturels" de l'appareil judiciaire (ministère
public, juge d'instruction...). Cet état est dû au souci de la
puissance publique d'assurer un maximum d'efficacité dans la
lutte contre les troubles quelle que soit leur origine. Et pour
distinguer ces autorités les unes des autres on a avancé le
critère du moment de l'intervention : avant ou après
l'infraction et celui de la subordination à l'autorité
administrative ou judiciaire. Mais ce dernier critère reste
inopérant attendu que la police d'une manière générale obéit
aux deux autorités judiciaires et administratives.
76
général du Roi et sous le contrôle de la chambre
correctionnelle de la Cour d'appel.
La police judiciaire proprement dite et à lire l’art. 19 du
CPP se scinde en cinq catégories : Officiers supérieurs,
officiers de la PJ, officiers de la PJ chargés des mineurs,
agents de la PJ et certains fonctionnaires.
1
- Les membres de la brigade nationale de police judiciaire n’interviennent
que dans les infractions suivantes : atteinte à la sûreté de l’Etat ,
terrorisme, association de malfaiteurs, homicide, empoisonnement,
enlèvement et prise d’otage, contrefaçon ou falsification de la monnaie ou
effets de crédit public, stupéfiants et substances psychotropes, armes,
munition et explosifs ainsi que les infractions liées à la protection de la
santé. Voir article 108 du CPP.
77
ministres de l’Intérieur et de la Justice, aux inspecteurs de
police de la sûreté nationale ayant au moins trois ans
d’ancienneté ainsi qu’aux gendarmes ayant la même ancienneté,
mais l’arrêt cette fois-ci doit émaner du ministre de la Justice
et de l’autorité gouvernementale chargée de la défense
nationale.
c- officiers de police judiciaire affectés aux affaires
des mineurs ont les mêmes pouvoirs que leurs homologues mais
se spécialisent dans la délinquance juvénile et la délinquance
contre les mineurs.
1
- Les juges communaux et d’arrondissement n’avaient pas ce pouvoir, mais
étaient susceptibles d’accomplir certains actes de police. Voir Mohamed
Drissi Machichi Alami, Procédure pénale, p. 110 (en français).
2
- Le code, dans la même logique, autorise l’aide d’une personne qui
communique mieux avec l’appréhendé surtout quand la personne est sourde ou
muette. Mention de l’identité du traducteur doit être faite sur le P.V.
Notons qu’il a fallu des décennies pour se rendre compte que bien des
régions du Maroc parlaient une autre langue que l’arabe officiel voire le
dialectal. La loi de 1965 sur l’arabisation et la marocanisation de la justice
mérite une sérieuse analyse et l’impact qu’elle a eu sur la qualité des décisions
judiciaires et le niveau de la justice d’une manière générale.
78
Quant à leur compétence territoriale, elle s'étend à
leur circonscription, mais en cas d'urgence, ils peuvent opérer
sur tout le territoire national sur demande de l’autorité
judiciaire ou publique. L’al. 3 de l’art. 22 d CPP ajoute : « Dans
toute circonscription urbaine divisée en arrondissements de
police, les commissaires exerçant leurs fonctions dans l’un
d’eux ont compétence sur toute l’étendue de la circonscription.
79
e- Il existe dans la procédure marocaine un certain
nombre de fonctionnaires qui ont des fonctions de police
judiciaire dans l'exercice de leurs propres fonctions1. En effet
certains fonctionnaires par la nature de leurs fonctions,
peuvent être en contact avec des infractions à la loi pénale.
Ce sont essentiellement à suivre l’ancien code de
procédure pénale : les ingénieurs et préposés des eaux et
forêts qui ne peuvent, toutefois, effectuer des perquisitions
qu'en présence d'un officier de police judiciaire et en cas de
flagrant délit, ils doivent ramener le délinquant devant ce
dernier. Ce sont aussi les ingénieurs des travaux publics, les
inspecteurs du contrôle et les agents de surveillance (police de
chemins de fer) ; les agents assermentés des travaux publics
pour la police des ports maritimes, les agents assermentés de
l'administration des douanes, les inspecteurs et sous
inspecteurs du travail et dans certains cas les ingénieurs des
mines, des travaux publics.... Les agents assermentés des
postes et télécommunications, les agents de vérification…, les
inspecteurs de la répression des fraudes, les contrôleurs des
prix ne sont compétents que dans leur domaine d'activité et
leur pouvoir de police judiciaire s'explique par des
considérations de spécialisation et par d'autres
2
géographiques . Ce pouvoir est, évidemment, moins étendu que
celui de la police judiciaire proprement dite.
1
- Il est curieux de constater que le nouveau code de P.P ne cite plus ces
fonctionnaires comme le faisaient les articles 26 et suiv. du dahir de 10
février 1959 formant code de procédure pénale excepté les cas du
gouverneur.
2
- Les inspecteurs de la régie des tabacs avaient ce pouvoir, mais la
privatisation de l’institution pose des questions à ce sujet !
La liste de ces fonctionnaires, au risque de se répéter, est énoncée dans les
articles 26 à 33 CPP de 1959.
80
En revanche le nouveau code confie toujours des
pouvoirs judiciaires au Wali ou gouverneur. Ce commis de l'Etat
est la plus haute autorité administrative au niveau de la wilaya
ou de la province, et il a des pouvoirs de la police judiciaire,
mais qui s'accordent mal avec ses pouvoirs administratifs.
C'est pour cette raison, sans doute, que l'article 28 CPP
(ancien art. 33) du code de procédure pénale limite ces
pouvoirs au constat des crimes et délits contre la sûreté
intérieure ou extérieure de l'Etat. L'art. 28 du CPP ajoute qu'il
faut qu'il y ait urgence et que le procureur général ou le
procureur du Roi doit immédiatement être informé. Il doit se
dessaisir, dans les vingt quatre heures, de l’affaire au profit de
ces autorités judiciaires auxquelles il doit communiquer et les
documents et les personnes arrêtées. Bien sûr les officiers de
police judiciaire peuvent être requis par lui. Son intervention
devient inutile si les autorités judiciaires (ministère public) se
trouvent saisies de l'infraction.
1
- Le contrôle et les mesures disciplinaires ou pénales qui peuvent en découler
s’appliquent à tous les éléments de la police judiciaire sans exception (Article
35 de la PP). L’article 34 semble viser les autres fonctionnaires autres que
les membres de la police judiciaire proprement dite puisque les mesures
81
Le procureur général peut faire ouvrir une enquête,
saisir ou dessaisir un officier de la police judiciaire et se faire
communiquer toutes les informations et à tous les stades de
l'enquête. En réalité, le véritable pouvoir est entre les mains
de la chambre correctionnelle (art. 30 CPP) de la Cour d'appel
et qui est actionné par le procureur général. Ce dernier
coordonne leurs actions, tient un dossier pour chaque O.P.J
(notation notamment) et peut adresser des avertissements à
ceux-ci ou saisir la chambre correctionnelle s'il y a lieu. Cette
dernière a comme tâche principale le contrôle de l'activité
justement des O.P.J à propos desquels elle peut prononcer des
observations, l'interdiction temporaire d'exercer les fonctions
d'O.P.J. pendant une durée ne dépassant pas une année voire la
déchéance définitive de cette fonction1. Elle peut annuler leurs
mesures. Dans tous les cas, elle procède par enquête et si la
responsabilité de l'O.P.J. est grave au point de constituer une
infraction, elle transmet son dossier au procureur général du
Roi.
- Cette responsabilité de l'O.P.J. peut être pénale
et/ou civile. Les fonctions de la police judiciaire sont graves et
peuvent toucher à la vie privée des personnes, mais elles
n'engagent la responsabilité des membres de la police
judiciaire que si elles dépassent les limites du droit. La victime
peut, en outre, demander une réparation civile du dommage
qu'elle a subi. Ces mesures judiciaires s'ajoutent (ou peuvent
s'ajouter) aux mesures disciplinaires administratives attendu
que la police judiciaire relève des rouages administratifs de
l'Etat et du ministère de l'intérieur plus exactement.
82
B- Le greffe ou le secrétariat-greffe.
1
- Bulletin Officiel n° : 2832 du 08/02/1967.
2
- Mais avouons que l’expression est mal formulée et s’adapte mal avec un
texte législatif.
3
- L’intégration de la fonction est ouverte aussi aux fonctionnaires du
greffe.
83
En principe et au niveau de la juridiction, les greffiers
effectuent leurs tâches sous les ordres du greffier en chef et
leur principale tâche consiste à épauler le juge en effectuant
une série de travaux nécessaires à la justice : enregistrement
des actions en justice, rédaction d'actes divers et
correspondance, transcription des débats à l'audience,
conservation des documents et d'objets divers, délivrance des
copies, notification des différents actes dont les minutes de
jugements...etc.
Témoin et garant de l’authenticité de la procédure il
est aussi son technicien et plus que ceci1.
Ce personnel du greffe doit être distingué du
secrétariat du parquet. Mais l'un et l'autre ont un rôle
important dans le fonctionnement de la justice et son
déroulement dans de bonnes conditions.
A- Les avocats.
1
- « Au-delà de la transcription fidèle des débats à l'audience, le greffier
est responsable du respect et de l'authenticité de la procédure tout au long
de son déroulement. Il est en quelque sorte le technicien de la procédure,
et l'on évoque fréquemment à son propos le terme de notaire de la
juridiction. Il enregistre les affaires, prévient les parties des dates
d'audience et de clôture, dresse les procès-verbaux, rédige des actes et
décisions. Son rôle est essentiel puisque toute formalité ou acte accompli en
son absence pourrait être frappé de nullité ».
Kustes, J.J. « Incidences de la Convention Européenne des droits de
l’homme sur ces métiers », dans Les acteurs du procès. Col. Démo-Droit.
Thémis. Voir : [Link]
84
Bien que la représentation des justiciables soit connue
au Maroc depuis longtemps, elle n’a pris la forme connue
aujourd’hui qu’à l’instauration du Protectorat1.
C’est un dahir du 10 janvier 1924 qui a reconnu
l’indépendance des avocats et la création du barreau après
avoir été sous le contrôle de l’institution judiciaire se limitant à
la représentation des plaideurs comme auxiliaires de la justice.
D’autres dahirs sont venus réglementés l’institution dont le
dernier en date est le dahir du 20 octobre 2008 (loi n° 28-08)
organisant en le réformant l’exercice de la profession
d’avocat2.
L’accès à la profession est ouvert aux marocains
et aux ressortissants des Etats ayant une convention avec le
Maroc. Le candidat doit être porteur d’une licence en droit (ou
d’un diplôme reconnu équivalent), du certificat d’aptitude à
l’exercice de la profession d’avocat, jouir de ses droits civils et
politiques et être en position régulière à l’égard du service
militaire ou civil ainsi qu’à l’égard du casier judiciaire (art. 5 du
dahir de 1993).
L’avocat peut exercer individuellement ou en
association, et dans ce dernier cas, ils ne peuvent défendre des
intérêts contradictoires. Leur responsabilité est solidaire vis à
1
- Machichi Alami, La procédure pénale, t.1 Les institutions judiciaires, 1991,
p. 261. Par le passé la justice du chrâa connaissait l’institution des oukils, et
dans certaines coutumes on trouvait celle des répondants « imassaïn ». Ces
derniers étaient plus des garants que des défenseurs proprement dit.
En France, il semble que les avocats ont commencé a assisté les plaideurs à
partir de 1897.
2
- Des dahirs sont venus réglementés l’institution et surtout l’adapter à de
évènements majeurs comme celui du 18 mai 1959 (indépendance), celui du 19
décembre 1968 (arabisation et marocanisation de la justice en 1965) , celui
du 8 novembre 1979, celui du 10 septembre 1993 et, enfin, le dahir u 20 oct.
2008.
85
vis des clients. Sur le territoire national il n'a pas, en principe,
besoin de mandat spécial.
1- Fonctions d'avocat.
1
- Et le même article de citer encore :
2. " Représenter les tiers et les assister devant toutes les administrations
publiques ;
3. " Faire ou accepter toute offre, déclarer tout aveu ou consentement,
donner mainlevée de toute saisie, et d'une manière générale, faire tous actes
dans l'intérêt de son client même comportant la reconnaissance ou l'abandon
d'un droit, toutefois lorsqu'il s'agit de dénier l'écriture, de déférer ou
référer le serment, il ne peut l'invoquer que s'il détient un pouvoir écrit ;
4. " Suivre dans les greffes, les secrétariats des juridictions et auprès de
toute autre autorité concernée toute procédure extrajudiciaire, y obtenir les
renseignements et les documents, procéder à toute formalité devant eux " "
suite à la prononciation d'un jugement, d'une sommation de payer, d'un arrêt
ou d'une transaction et donner quittance de tous les paiements qu'il reçoit ;
" 5. Donner des conseils et des consultations juridiques ;
86
Il semble que l'assistance devant les juridictions ainsi
que la représentation des plaideurs sont les fonctions
primordiales qui donnent au métier de défense ses titres de
noblesse.
Assister et défendre les parties ne supposent
nullement une déviation de la vérité de la part de l'avocat. En
tant qu'auxiliaire de justice, l'avocat doit défendre les droits
de son client par l'exigence d'une application stricte du droit
et d'une interprétation saine de ce même droit. A ce niveau, il
doit être indépendant dans ses rapports avec la juridiction et
avec son client. La première n'a pas à lui donner des consignes
et encore moins des ordres sur sa façon de travailler ou de
plaider1. Le deuxième, très souvent, n'intervient pas dans les
moyens de défense ni dans la tactique choisis par l'avocat.
Mais une concertation peut avoir lieu2.
L'assistance d'un avocat apparaît à maints égards
comme obligatoire quand bien même la culpabilité du prévenu
est établie. Elle vise à faire éclater la vérité loin de toute
considération subjective. Ainsi l'avocat peut demander, à toute
étape du procès, une expertise, l'intervention d'un médecin, la
constatation des lieux et des choses, le report…Cette
assistance apparaît clairement au niveau de la flagrance où
l'intervention d'un avocat reste obligatoire notamment quand il
s'agit de crime. Elle apparaît aussi en cas d'indigence du
" 6. Représenter les parties dans les contrats à condition d'être muni d'une
procuration spéciale.
L'avocat peut rédiger tout acte sous seing privé de quelque nature qu'il
soit.
1
- Le président de séance peut mettre fin à toute plaidoirie qui ne sert pas
l'affaire (art. 298 C.P.P.).
2
- Pour ces deux sortes de rapports (avec la juridiction et avec le client) voir
le dahir du 10 sept.-93 organisant l'exercice de la profession d'avocat
notamment ses articles 37 à 39 et 42 à 51.
87
prévenu où un avocat est commis d'office. L'assistance d'un
avocat n'a pas uniquement un but humanitaire. Elle devient
nécessaire et vient aider le juge à voir plus clair et à rendre
une décision conséquente1.
A ce niveau se pose la question de savoir si l'avocat
peut refuser ses services à un client. A priori, il peut. La raison
en est que la fonction d'avocat est une fonction libérale qui ne
ressemble pas à celle des commerçants, des industriels ou des
artisans ou le refus de vente peut constituer une infraction.
Mais d'un autre côté, l’exclusivité de l'assistance des plaideurs
réservée aux avocats2, les oblige moralement à cette
assistance. Ce qui est sûr c'est que l'avocat ne peut renoncer à
une affaire dont il est chargé sans raison valable (art. 46 du
dahir de 1993). Il doit, par lettre recommandée avec accusé de
réception, en informer son client, la partie adverse ou son
avocat et le greffier en chef de la juridiction saisie3.
1
- Voir Drissi Machichi Alami, op. cit. (en arabe), p. 262 et suiv.
2
- Cette exclusivité n'est pas absolue comme le dit l'article 31 du dahir de
1993 :
Art. 31. "— Les avocats inscrits au tableau des barreaux du Royaume sont
seuls habilités, dans le cadre de la représentation et de l'assistance des
parties à présenter les requêtes, conclusions et mémoires de défense dans
toutes les affaires à l'exception des affaires pénales, de pension alimentaire
devant les tribunaux de première instance et les
Cours d'appel et des affaires qui sont de la compétence des tribunaux de
première instance en dernier ressort.
Toutefois, les avocats exerçant dans un pays étranger lié au Maroc par
une convention aux termes de laquelle les nationaux de chacun des Etats
contractants ont accès dans l'autre à la profession d'avocat, peuvent se
constituer devant les juridictions marocaines à condition de faire élection de
domicile chez un avocat inscrit à l'un des barreaux du
Royaume, et sauf dispense par ladite convention, d'y avoir été autorisé
spécialement à l'occasion de chaque affaire par le ministre de la justice."
3
- En revanche un client peut à tout moment se séparer de son avocat à
condition de lui régler ses honoraire, d'avertir la partie adverse et le
greffier en chef de la juridiction saisie (art. 47/1993).
88
En outre, le métier d'avocat est un métier intellectuel
ayant des liens très étroits avec la liberté d'opinion et
d'expression, et il peut arriver que l'affaire présentée à
l'avocat soit de celles où il a des opinions radicalement
opposées1. Il ne peut la défendre sans se renier lui-même.
Force donc est d'admettre qu'un avocat, sur la base de
l'argument ci-dessus, peut refuser de défendre un client ou
plus exactement une cause. Toute autre est son intervention
dans le cadre de l'assistance judiciaire. Il intervient alors dans
un cadre humanitaire et ne peut refuser cette tâche - sous
peine de sanctions disciplinaires - sauf excuse ou empêchement
accepté par le bâtonnier. Il ne peut non plus refuser
l’assistance quand le président de l’audience le désigne d’office
sauf excuse valable (article 317 du code de procédure pénale).
La deuxième et importante tâche - parmi d'autres bien
sûr - qui incombe à l'avocat est la représentation des parties
devant les juridictions (et même devant l'administration et
autres organismes où il peut intervenir). A ce titre, il est
habilité à engager des procédures, effectuer tous les actes
nécessaires à la cause tels que présenter des demandes ou des
mémoires, intervenir au niveau de l'instruction, exercer des
voies de recours que lui permet la loi et ceci au lieu et place de
son client. Mais, il semble que cette représentation connaît une
exception de taille en matière pénale : elle doit être autorisée
par la juridiction compétente sauf en matière de crime où la
collaboration de l'avocat est obligatoire.
1
- « Il faut néanmoins préciser immédiatement que pour l’avocat, il est
essentiel de rester libre et indépendant, ce qui est d’ailleurs une garantie
pour le client lui-même ; cette indépendance s’exerce également vis-à-vis du
client lequel devra donc respecter la liberté de conscience de l’avocat qui a
prêté le serment de ne défendre que des causes qu’il croit justes ».
Bernard LEROY avec la collaboration d’Aude VERVOIR, Le mandat de
l’avocat. [Link]
89
Se pose toujours la question de la nature de ce lien
entre l’avocat et son client.
Pour une partie de la doctrine, il n’y a pas de contrat à
proprement parler et il ne s’agit que d’une assistance avant,
pendant et après le procès ou l’affaire.
Pour une autre partie de la doctrine il y a louage
d’industrie.
Une certaine jurisprudence va jusqu’à considérer ce
contrat comme un contrat innommé ou un contrat sui-generis1.
2- Responsabilité de l’avocat.
1
- Cour d'appel, Bruxelles 08/03/1962.
2- Ces obligations font l'objet du chapitre IV du dahir de 1993..
3
- En effet l'article 341 du code de procédure civile :" Dans le cas où des
disCours injurieux, outrageants ou diffamatoires seraient tenus par des
avocats, la Cour peut appliquer à ceux-ci par arrêt séparé, les peines
disciplinaires de l'avertissement et de la réprimande et même celle de
l'interdiction temporaire pour une durée n'excédant pas deux mois ou six
mois en cas de récidive dans l'année".
90
doivent rester raisonnables et éviter tout glissement du verbe
ou propos injurieux. L'emportement dans ses interventions doit
être circonscrit aux données de l'affaire qu'il défend.
Les règles de déontologie sont ici assez strictes et le
dahir de 1993 fait appel aux règles de probité et d'honneur qui
doivent caractériser la fonction d'avocat.
Ainsi un avocat ne peut faire des actes de démarchages
et de sollicitation et encore moins des actes de publicité (art.
35/93).
Ces règles réapparaissent au niveau de la tenue des
audiences. L’avocat n’est pas plus avantagé que les autres
présents à l’audience. Des situations tendues et des pertes de
contrôle de soi peuvent survenir ; des propos mal placés
peuvent être proférés, mais souvent le juge donnera un
avertissement, ordonnera l’évacuation de la salle voire, au pire,
prononcer l'arrestation de l'avocat pour vingt quatre heures. Il
semble que la pratique marocaine ne connaît
qu’exceptionnellement des situations de ce genre. Les usages
d’entraide et la convivialité finissent par triompher en cas de
tension.
Ces règles de déontologie faites d’honneur engagé et
qui oblige l’avocat à une certaine tenue vont plus loin et
imposent à l’avocat le respect du secret professionnel. On est
là à la limite entre les règles de déontologie (disciplinaire), le
pénal et le civil. La règle est absolue puisque l’article 36/93
stipule : « L’avocat, en toute matière, ne doit commettre
aucune divulgation contrevenant au secret professionnel ».
«Il doit notamment, respecter le secret de l’instruction en
matière pénale et s’abstenir de communiquer tout
renseignement pris des dossiers ou de publier des pièces,
documents ou lettres intéressant une information en cours ».
91
Cette responsabilité est lourde car elle découle de
l’accès au dossier que la fonction permet à l’avocat, de sa
prestation du serment et de sa qualité d’auxiliaire de justice.
Il faut avouer que le maintien du caractère confidentiel
du secret professionnel peut poser des difficultés dans son
application pratique. Le Pr. Machichi Alami, d’une manière
magistrale, expose les limites et les facettes que peut revêtir
cette situation1. En ce qui concerne le secret de l’instruction, il
s’agit là d’un principe « universel » qui répond à la philosophie
d’une bonne justice. En revanche le secret professionnel2 tel
que le définit le code pénal risque de poser quelques problèmes.
D’ores et déjà le secret peut toucher les parties au procès et
d’autres personnes impliquées d’une manière ou d’une autre. Il
peut également intéresser « les deux vies » qu’à toute
personne : sa vie privée et sa vie professionnelle. Les moyens
de le divulguer peuvent être directs et personnel ou par les
moyens d’information du public.
La divulgation du secret professionnel nous intéresse
plus quand celle-ci est faite dans le cadre judiciaire. Une
situation doit tout de suite être évacuée : celle où l’avocat
divulgue le secret dans l’exercice légal de ses fonctions. En
revanche, devant les instances judiciaires deux situations
peuvent se présenter. La première est celle de l’instruction
préparatoire (ou même de l’enquête préliminaire) où l’avocat ne
doit rien laisser sortir3. La deuxième est celle des audiences
1
- Voir Procédure pénale (en arabe), p. 267 et suiv.
2
- il faut distinguer le secret de fabrication du secret professionnel stricto
sensu.
3
- Même la loi donne à l’avocat ou à toute personne tenue au secret
professionnel la possibilité de le protéger. Ainsi l’article 103 nouveau dans
son alinéa in fine stipule : « Toutefois, en cas de perquisition dans les locaux
occupés par une personne tenue au secret professionnel, il a l’obligation de
prendre préalablement toutes mesures utiles pour que soit garanti le respect
de ce secret professionnel ».
92
caractérisée par la publicité. Cette dernière, peut elle-même
donner lieu à deux situations, à suivre le Pr. Alami : le prévenu
autorise l’avocat à divulguer le secret ou ne l’autorise pas.
L’avocat doit respecter l’attitude de son client sauf quand le
devoir d’assistance va contre la conservation du secret1.
Notons aussi que l’avocat qui assiste un plaideur ne peut
être entendu comme témoin (article 334). La règle semble
radicale. Mais ne peut-on pas entendre le témoignage d’un
avocat engagé qui a été informé en dehors de ses activités
professionnelles ? Il semble que la réponse doit être la
négative. En revanche, un avocat non engagé par l’une des
parties, et qui a des informations susceptibles d’aider la
justice peut être entendu comme toute autre personne.
1
- Le Pr. Machichi Alami voit que cette situation peut sonner la fin des
rapports entre l’avocat et son client. Cf. op. cit. P. 268.
2
- Dahir n° 1-80-440 du 25 décembre 1980 portant promulgation de la loi n°
41-80 portant création et organisation d'un corps d'huissiers de justice
3
- Dahir n° 1.06.23 du 14 février 2006 promulguant la loi n° 81.03 organisant
le métier de moufawad qada’i.
93
commerciale ou judiciaire (avocat, notaire, adel, courtier ou
conseiller juridique ou fiscal).
Une licence en droit ou un diplôme équivalent (Un
baccalauréat, une capacité en droit ou un diplôme jugé
équivalent est nécessaire pour l’exercice de la profession1.
Leurs attributions sont fixées par l’article 15 du dahir
organisant la profession.
L’huissier de justice procède à toutes notifications, à
l’’exécution des jugements, mandats et décisions ainsi que les
effets et contrats ayant force exécutoire avec recours à la
justice à chaque difficulté. Mais il ne peut procéder aux actes
d’exécution concernant l’évacuation des lieux et des ventes des
immeubles, des navires, des aéronefs et des fonds de
commerce.
L’huissier délivre les convocations du juge
conformément aux règles de la procédure civile et aux autres
règles spéciales ainsi que les citations à comparaître prévues
par le code de procédure pénale.
« Ils peuvent procéder au recouvrement de toutes
créances en vertu d’une décision judiciaire exécutoire ainsi
qu’aux prisées et ventes publiques de meubles et effets
mobiliers corporels ».
Il a aussi la faculté de notifier des mises en demeure à
la demande de l’une des parties.
1
- Dans le dahir de 1980 un baccalauréat ou une capacité en droit ou tout
autre diplôme équivalent était suffisant.
Est exigé aussi la nationalité marocaine, l’âge de 21 ans (lire 18 ans), des
capacités physiques, la jouissance des droits civils et politiques, un casier
judiciaire vierge, une position régulière avec le service militaire ou civil, ne
pas être frappé de sanction disciplinaire ou d’incapacité professionnelle et
avoir satisfait à l’examen professionnel et au stage.
Voir les articles 4 et suivants pour les conditions d’exercice de la profession,
le conours et l’autorisation d’exercice.
94
A la demande de la juridiction, l’huissier de justice peut
procéder à la constatation matérielle pure c’est-à-dire sans
émettre son avis et peut faire la même chose à la demande de
l’une des parties.
Il peut être remplacé par un secrétaire assermenté qui
reste sous sa responsabilité et pour uniquement les
notifications.
L’huissier de justice exerce ses fonctions
conformément aux règles générales de l’exécution sous le
contrôle du président du tribunal ou son délégué. Ce dernier
est tenu informé du suivi des dossiers et des causes du
retard1.
Il peut recourir à la force publique après autorisation
du ministère public.
L’huissier de justice établit ses actes, notifications et
les procès-verbaux en trois exemplaires2.
Il est responsable de ses fautes professionnelles et
doit s’assurer pour cela.
Il garde les dossiers pendant cinq ans à partir de la fin
des actes de procédure et doit les remettre à l’expiration de
cette date au greffe du tribunal contre récépissé.
L’huissier de justice bénéficie de la protection dont
jouit tout fonctionnaire public.
Plusieurs incompatibilités sont prévues par la loi telle
qu’avoir un intérêt dans les affaires qu’il traite ; participer aux
enchères publiques, mettre sur son compte bancaire des
sommes à lui confiées… (art.31).
1
- Voir art. 16 et suiv. pour plus de détails quant aux actes de l’huissier de
justice.
2
- Le premier est remis à la partie concernée exempt des droits de timbres
et d’impôt, le deuxième est déposé au tribunal et le troisième reste dans le
bureau de l’huissier.
95
Il ne peut en outre effectuer aucun acte à son propre
bénéfice, celui de son conjoint, ascendants, descendants,
collatéraux ou proches jusqu’au troisième degré.
Si le président du tribunal contrôle les activités de
l’huissier de justice, il revient au ministère public d’effectuer
une inspection dans les bureaux des huissiers de justice, au
moins, une fois par an et chaque fois que le besoin se fait
sentir. Il peut suspendre ses activités pour une durée ne
dépassant pas deux mois et même actionné une procédure
disciplinaire contre lui. Cette suspension dure le temps que
dure l’action publique si jamais celle-ci a été actionnée. Le
ministre de la Justice et des Libertés est informé de ces
actes.
Les mesures disciplinaires peuvent aller d’un
avertissement au retrait définitif de l’autorisation.
C- Les experts.
1
- Portant promulgation de la loi n° 45-00 relatives aux experts judiciaires.
96
L’expertise, comme le dit le Pr. Machichi Alami, n’est
pas la justice, elle ne créée et ne décide d’un droit. Mais elle a
une influence sur les droits et libertés des parties au procès1.
1
- Machichi Alami procédure pénale, (en arabe) p. 237. Voir l’approche
hautement intéressante de cet auteur à propos de l’expertise au Maroc et
ailleurs.
2
- Pour les conditions d’accès à cette fonction voir l’article 3 de la loi pour les
personnes physiques et 4 pour les personnes morales. Elles sont à peu près
les mêmes que pour les autres fonctions !
3
- La commission est présidée par un représentant du ministre de la justice
et comprend trois présidents des Cours d’appel, trois procureurs généraux
près des Cours d’appel et deux experts de la discipline du candidat Cette
commission instruit donc les candidatures à l’expertise judiciaire, élabore et
révise les tableaux des experts et exerce un pouvoir disciplinaire (Articles 8
et 9).
97
susceptible d’appel dans des délais assez courts (3 jours de la
notification de la décision du juge d’instruction ou vingt quatre
heures quand l’appelant est incarcéré (art. 223).
Le juge d’instruction qui décide d’une expertise doit en
informer le parquet et sa décision n’est susceptible d’aucun
appel1. En cas d’urgence2 le juge d’instruction peut ordonner
que la mission de l’expert commence tout de suite, mais il est
permis au ministère public, aux parties et à leurs conseils de
choisir dans un délai de trois jours des aides experts qui vont
aider celui-ci, mais une désignation par le juge d’instruction est
obligatoire3.
Dans leurs rapports avec l’accusé, les juridictions qui
ont provoqué l’expertise doivent exposer et comptabiliser les
choses scellées devant l’accusé et les consigner dans un
procès-verbal ; l’expert fait de même quant aux choses et
objets qu’ils ont ouverts ou réouverts.
Les experts peuvent entendre les déclarations de
personnes autres que l’accusé et peuvent même interroger
l’accusé mais en présence du juge d’instruction4 sauf à exclure
le cas des médecins qui peuvent l’interroger en dehors de la
présence du juge et des avocats (art. 203).
Les parties, de leur côté, peuvent demander au juge
d’instruction que l’expertise s’étende à des actes ou à des
personnes à même d’apporter quelques éclaircissements.
1
- Mais le parquet et les parties peuvent faire des remarques notamment
quand il s’agit du choix de l’expert ou de sa mission dans un délai de trois
jours de la notification de la décision.
2
- L’urgence ici se confond avec des marques, des matières ou des produits
susceptibles de transformation ou de détérioration.
3
- L’expert lui-même peut avoir besoin d’éclaircissements sur des points ne
rentrant pas dans son domaine. Il peut solliciter du juge d’instruction (ou de
la juridiction ayant sollicité l’expertise) l’aide de techniciens qui prêtent
serment et dont le rapport complet est versé à celui de l’expert.
4
- Ou devant la juridiction du jugement !
98
La mission de l’expert prend fin avec l’établissement
d’un rapport signé par lui et décrivant les opérations et leurs
résultats. Il doit attester qu’il les a réalisées personnellement
ou qui les a supervisées. L’expert assistant qui a des réserves à
faire valoir doit les consigner dans un mémoire que l’expert
rajoute à son rapport avec ses remarques (art.205 C.P.P). Le
rapport est déposé au greffe de la juridiction qui l’a demandé
contre récépissé.
Enfin les parties sont convoquées par le juge
d’instruction ou le juge chargé du contrôle de l’expertise pour
être informées des résultats de l’expertise et pour qu’elles
fassent des déclarations. Un délai leur est accordé pour
qu’elles présentent leurs observations et leurs demandes
notamment en ce qui concerne celles liées à une expertise
complémentaire ou à une contre-expertise. Ses demandes ne
peuvent être refusées que par décision motivée susceptible
d’appel. Une copie du rapport peut être remise aux parties.
Les experts peuvent être entendus comme témoins à
l’audience (art. 209).
99
L’expert – personne physique- (ou le représentant légal
d’une personne morale) prête serment et doit suivre les
sessions d’études organisées par le ministère de la justice sous
peine de non renouvellement de son inscription au tableau.
1
- Le dahir de 22/06/2001 semble omettre le juge d’instruction, mais le
nouveau code de procédure pénale le mentionne expressément dans son
article [Link].2.
2
- Le code de procédure pénale de son côté parle de la possibilité de changer
d’expert (voir article 199 du code de procédure pénale)
3
- Voir article 27 du dahir du 22/06/2001.
100
président ou le procureur général, sur la base de présomptions
de manquements à ses obligations, peut ordonner l’audition de
l’expert en question et « communique le procès-verbal
d’audition au ministre de la Justice qui le transmet à la
commission… »1..
Dans l’exercice de ses fonctions l’expert est exposé à
deux sortes de sanctions : disciplinaires et pénales. Les
premières relèvent de la commission ci-dessus indiquée ; les
deuxièmes des juridictions pénales.
Les infractions disciplinaires, imprécises par leur
nature2, font l’objet d’un rapport conjoint du premier président
et du procureur général près la Cour d'appel accompagné de
tout document utile et de l’appréciation personnelle de ses
deux magistrats. Il est communiqué au ministre de la Justice
qui le transmet à son tour à la commission. Cette dernière peut
ordonner une enquête complémentaire (du premier président ou
du procureur général). L’expert est convoqué devant la
commission pour être entendu. Il peut être assisté d’un avocat,
avoir communication du dossier et en faire copie à l’exception
du rapport du premier président et du procureur général près
la Cour d'appel. En cas de condamnation, un arrêté motivé est
pris par le ministre de la Justice et une série d’informations et
1
- Art. 30 du dahir du 22/06/2001.
2
- L’article 31 du dahir du 22/06/01 donne un exemple dans les termes
suivants : « La commission visée à l’article 8 ci-dessus est habilitée à
engager des poursuites et à prononcer les sanctions disciplinaires à l’encontre
de tout expert qui a commis une infraction aux textes législatifs ou
réglementaires relatifs à l’expertise, a manqué à ses obligations
professionnelles ou a commis des faits contraires à l’honneur, à la probité ou
aux bonnes mœurs ». Et l’article 35 en donne un autre exemple : « L’expert
judiciaire se rend coupable de faute professionnelle grave, notamment
lorsqu’il n’accepte pas, sans motif valable, de s’acquitter de la mission qui lui
est confiée ou qu’il s’en acquitte en dehors des délais prescrits, après une
mise en demeure qui lui est adressée par la juridiction concernée ».
101
d’affichage est organisée au niveau national ou régional selon
l’étendue des compétences de l’expert. Cette décision est
susceptible de recours devant les tribunaux administratifs
pour excès de pouvoir.
Au niveau pénal, l’expert est justiciable dans les mêmes
conditions que tout un chacun quand bien même le dahir du
22/06/03 mentionne les cas de corruption, de faux témoignage
et de fausse qualité.
102
Ils sont composés de juges sous l'autorité d'un
président, d'un parquet et d'un secrétariat-greffe.
Le tribunal tient ses audiences, depuis 1993, avec 3
magistrats et depuis le nouveau code de procédure pénale de
2002-2003 un juge unique peut statuer dans certaines affaires
dont la peine ne dépasse pas deux années d’emprisonnement ou
consiste seulement dans une amende. Aussi ne faut-il pas
oublier le cas spécifique des ordonnances contraventionnelles
où le juge statue sur la base d’un procès verbal chaque fois que
l’amende ne dépasse pas 5.000 dirhams.
Des sections peuvent se former1, mais chacune peut
statuer sur toute affaire sans spécialisation fixe.
Sans doute et pour soulager les tribunaux de 1ère
instance et remplacer les tribunaux communaux et
d’arrondissement, le législateur a introduit, à l’image du
législateur français, des juridictions dites de proximité par un
dahir du 17 août 20112. Elles siègent à juge unique et ne
connaissent que les contraventions.
Le parquet est composé d'un procureur du Roi, de
substituts et d’un secrétariat.
Un greffe s’occupe de l’administration et des aspects
techniques des procédures.
B- La Cour d'appel.
1
- L’art. 2 de la loi n° 34.10 prévoyait une section des affaires de famille,
une du juge de proximité, une civile, commerciale, immobilière, sociale et
pénale. Désormais, la famille et le commerce ont leurs propres juridictions
2 - B.O du 15 sept. 2011, n° 5978.
Modifié par un Dahir du 19 février 2015. Bulletin Officiel n° 6352 du 16
avril 2015.
103
tâches, est divisée en chambres. Mais toute chambre peut
connaître de toute affaire soumise à la Cour.
Mais depuis le code de procédure pénale de 2002 et
l’introduction d’un double degré d’instruction ainsi que l’appel
des décisions rendues en matière criminelle, la Cour a vu
éclater la chambre correctionnelle en chambre des appels
correctionnels (ghorfat al-jounah al-isti’nafia) et en chambre
correctionnelle près de la Cour d'appel1 (al-ghorfat al-
jounhiyya bi-mahkamat al-isti’naf).
De son côté la chambre criminelle s’est trouvée scindée
en deux chambres : l’ancienne chambre criminelle et la chambre
des appels criminels.
La chambre criminelle n’est plus composée de cinq
magistrats, mais d’un président et de deux conseillers.
Seulement, la chambre peut s’adjoindre un ou plusieurs
conseillers désignés par le président de la Cour d'appel à
condition qu’ils n’aient effectué ou participé à des actes de
poursuite ou d’instruction. Elle ne peut se déclarer
incompétente que dans les cas où l’affaire revient à une
juridiction spécialisée.
Le parquet est dirigé par un procureur général du Roi
assisté de substituts généraux. Un secrétariat du parquet gère
les tâches administratives de ce service.
C- La Cour de cassation.
1
- Respectivement en arabe : ghorfat al-jounah al-isti’nafia et al-ghorfat al-
jounhiyya bi-mahkamat al-isti’naf.
104
et juger une affaire quelle que soit sa nature. Elle tient ses
audiences avec 5 magistrats assistés d'un greffier. Un
procureur général du Roi assistés d'avocats généraux
composent le parquet.
La Cour de cassation comprend une chambre criminelle,
mais ses attributions sont essentiellement de cassation.
1
- La Cour spécial de justice et la Haute Cour ont disparu du paysage
judiciaire marocain. La première, disparue en 2004, sapait l’égalité des
citoyens devant la justice et la deuxième, non reprise par la Constitution de
2011, était désuète et ne pouvait, dans l’état actuel des choses, fonctionner.
105
instaurer un juge des mineurs au tribunal de 1ère instance
(compétent pour les contraventions et les délits dont la peine
ne dépasse pas deux années d’emprisonnement commis par le
mineur) et une chambre des mineurs auprès du même tribunal
présidée par le juge des mineurs assisté de deux assesseurs.
Les fonctions du ministère public et du greffe sont tenues
dans les conditions de droit commun (art. 522 C.P.P.)
Au niveau de la Cour d'appel, un conseiller et une
chambre correctionnelle des mineurs s’occupent de cette
catégorie de délinquants. Leurs décisions peuvent faire l’objet
d’appel devant la chambre des appels correctionnels pour
mineurs.
Au niveau des crimes, une chambre criminelle est
prévue avec un appel possible de ses décisions devant la
chambre des appels criminels des mineurs.
Aussi l’instruction est prévue et a une application plus
large que dans les cas ordinaires. La présence du ministère
public et du greffier a lieu dans les mêmes conditions
qu’ailleurs.
Ces juridictions se caractérisent par des mesures
visant la sauvegarde de ce qui peut l’être dans la vie d’un
enfant. Le nouveau code s’y attelle d’une manière intéressante,
mais reste le problème de l’application et de l’ambiance
générale dont évoluent ces mineurs…
106
du 13 mai 1958 et un autre du 19 février 1960)1. Il a son siège
à Rabat, mais peut, sur décision royale, tenir audience ailleurs.
Cette juridiction est à distinguer des juridictions militaires en
temps de guerre. D'ailleurs elle s'appelle le tribunal militaire
permanent.
Sa composition est différente selon le grade du
militaire à juger. Toutefois, en cas de pluralité des inculpés de
grade différents, on tient compte du grade le plus élevé.
Les fonctions du ministère public sont assurées par un
commissaire du gouvernement et l'instruction est assurée par
un juge assisté par des substituts. Toutes ces fonctions
doivent être assurées par des officiers militaires, mais la
présidence revient à un civil de grade de président de la Cour
d'appel ou de conseillers à la dite Cour. Un greffe est prévu.
1
- Il fallait le mettre en harmonie avec la Cour Suprême et le code de
procédure pénale.
2
- Répétons-le, il n’existe pour ainsi dire que les juridictions militaires et
celles des mineurs dont l’essentiel a été dit.
107
néfaste1. D’un point de vue pratique, la connaissance des règles
de compétence permet d’éviter une perte de temps et
d’énergie ; les règles de compétence étant d’ordre public.
1- En matière de l’instruction.
1
- Alami Machichi, Procédure en français, p. 75.
2
- N’existe pas de juridictions spécialisée à ce sujet…Le tribunal compétent
peut être parfois le tribunal militaire.
3
- Avant 1974 les crimes relevaient du tribunal criminel (qui était régional),
les délits
108
Rappelons -s'il en faut- que la réforme de 2002 a
instauré un double degré d'instruction comme c'était le cas
avant 1974 : un juge d'instruction (en 1ère instance et en appel)
et la chambre correctionnelle près la Cour d'appel.
- En ce qui concerne la compétence d'attribution, le
dahir de 1974 avait bouleversé les règles connues en la
matière. Ainsi l'instruction n'était plus obligatoire que pour les
crimes passibles de la peine de mort ou de la réclusion à
perpétuité et la dernière réforme a estimé étendre cette
instruction aux infractions encourant une peine de 30 ans de
réclusion. Elle était facultative pour les autres crimes alors
qu'elle était obligatoire pour tous les crimes et à deux degrés :
celui du juge d'instruction et celui de la chambre d'accusation
de la Cour d'appel. Dans tous les cas elle était obligatoire
quand le crime était le fait d’un mineur.
Elle était facultative en matière délictuelle sauf texte
spécifique alors qu'elle était tout simplement facultative dans
le système avant 19741.
L'instruction n'avait point lieu en matière
2
contraventionnelle .
Donc à ce niveau la réforme n'a pas apporté
d'innovations importantes et l’article 83 du nouveau code est
ainsi libellé : « L’instruction est obligatoire :
1
- Ce caractère facultatif s’étendait aux enquêtes sur la personnalité qui vise
à s’informer sur la situation matérielle, familiale et sociale du mis en cause
dans une infraction pénale. La loi n°01-22 a rendu cette enquête de
personnalité obligatoire comme elle a donné à ce magistrat la possibilité de
réinsertion sociale pour les délinquants de moins de vingt ans (art. 87).
2
- Cependant il faut nuancer cette affirmation et l’art. 44 du C.P.P. qui donne
au procureur du Roi autorité sur les officiers de la police judiciaire lui
confère par la même occasion la possibilité de demander une information en
matière délictuelle et contraventionnelle. Et l’art. 84 du C.C.P. ne laisse aucun
doute à ce sujet.
109
1) en matière de crime passible de la peine de mort ou
de la réclusion à perpétuité ou d’une sanction dont le maximum
est trente ans ;
2) dans les crimes commis par des mineurs ;
3) dans les délits en vertu d’un texte spécial.
Elle est facultative dans les autres matières sauf pour
les crimes et délits commis par les mineurs et pour les délits
dont la maximum de la sanction et cinq ans ou plus»1.
L'attribution, par le passé, de droit de regard exclusif,
dans les affaires criminelles, aux chambres criminelles des
Cours d'appel justifiait, aux yeux de certains, la suppression de
cette juridiction d’instruction au niveau de la juridiction de 1ère
l'instance2. Mais que devenait les délits dont était prévue une
instruction ?
Et si les décisions du juge de 1ère instance pouvaient
être attaquées par voie d’appel devant la chambre
correctionnelle de la Cour d'appel, cela ne pouvait suffire à se
taire sur cet oubli et cette défaillance. Que devenait les droits
de la défense devant l’instruction au 1er degré ?
Le malaise était d’autant plus grand que la chambre
correctionnelle de la Cour d'appel, qui avait succédé à la
1
- Traduction non officielle.
2
- Etait-ce une omission ou chose de délibérée ?
Les restrictions du domaine de l'instruction se justifiaient par la
simplification de la justice et de la procédure ainsi que par le désir de
rapidité dans le traitement des affaires. Mais cette justification était
sévèrement critiquée, et il fallait plutôt rechercher les raisons à ces
restrictions dans d'autres considérations dont les plus plausibles restent,
malheureusement, les questions budgétaires. Ces critiques étaient d'autant
plus fondées que l'instruction, ainsi conçue, enlevait à la défense des droits
qui se matérialisaient dans cette phase décisive du procès pénal et risquait
de pousser le juge, devant l’accumulation des affaires, à prendre les procès-
verbaux de la police judiciaire pour des preuves définitives.
110
chambre d’accusation, n’avait pas hérité de toutes les
compétences de cette chambre. En effet, la chambre
d’accusation comme la chambre correctionnelle connaissaient
des appels (formulés par l’accusé, la partie civile ou le
ministère public) contre les décisions du juge d’instruction,
mais la chambre d’accusation étaient un deuxième degré
d’instruction obligatoire dans la mesure où chaque fois que le
juge d’instruction terminait une instruction où ordonnait le
renvoi devant la juridiction criminelle du tribunal régional, son
ordonnance faisait l’objet d’un deuxième examen par la
chambre d’accusation. Ses attributions à ce niveau étaient
importantes : elle pouvait donner une autre qualification aux
faits, décider la poursuite ou non contrairement à l’ordonnance
du juge d’instruction et renvoyait devant la juridiction
compétente1 ou classait sans suite. La chambre correctionnelle
n’avait plus ses pouvoirs, elle devait se contenter de l’appel des
ordonnances du juge d’instruction.
Pour pallier au risque de dysfonctionnement de
l’instruction au 1er degré, la pratique s’est installée de faire
passer les dossiers directement du ministère public au juge du
1
- L’ancienne chambre d’accusation renvoyait devant la juridiction compétente
en fonction de la qualification qu’elle donnait aux faits : les délits
correctionnels ou de police étaient renvoyés soit devant la juridiction
correctionnelle soit devant le tribunal de paix ou de sadad ; les crimes
l’étaient devant le tribunal criminel. Dans ce dernier cas, les contraventions
et délits indivisibles ainsi que les contraventions et délits connexes de ces
crimes sont soumis à cette même juridiction (art. 235 et 230 du CPP).
Elle acquittait par un arrêt de non-lieu quand les charges retenues ne
constituaient ni contravention, ni délit et encore moins un crime. Les
prévenus étaient libérés et les objets restitués (art. 232)
111
fond. Ce dernier recourait en cas de besoin à une enquête
complémentaire puis à une instruction complémentaire1.
2- En matière de jugement.
1
- Abdelwahed Al Alami, Explications à propos de la loi nouvelle relative à la
procédure pénale, vol.2, Société Marocaine de Distribution du Livre, 2009,
p. 22
2
- Voir l’appel des décisions du juge d’instruction – 2ème partie-.
112
* Compétence du tribunal de 1ère instance.
113
Etant la juridiction de droit commun, le tribunal de 1ère
instance connaît de toutes les infractions (délits et
contraventions) dont l'attribution n'a pas été confiée à une
autre juridiction. Les crimes sont hors sa compétence
contrairement à ce qui était connu par le passé où le tribunal
régional (son héritier) connaissait les crimes et le jury1.
Matériellement, le tribunal de 1ère instance est
compétent pour tous les délits (correctionnels ou de police) et
toutes les contraventions sauf attribution expresse - par un
texte - de ces infractions à une autre juridiction.
Par le passé récent, existait une maladresse du
législateur dans la mesure où la réglementation en vigueur en
donnant au juge communal et d’arrondissement la possibilité de
prononcer seulement des amendes pour certaines
contraventions, donnait au tribunal de 1ère instance celle de
prononcer l’emprisonnement ou la détention. Cette façon de
faire comportait quelque chose de gênant dans la mesure où
selon le juge devant lequel on se pourvoyait la peine peut être
différente2 . Avec le juge de proximité, cette maladresse
semble avoir disparu.
Aussi depuis la réforme dernière, le juge - quand il
s’agit de délits dont la sanction est une amende ne dépassant
pas 5000 dirhams peut - sur réquisitoire du ministère public et
en l’absence de toute victime, prononcer, par ordonnance, une
amende ne dépassant pas la moitié du maximum légalement
prévu (art. 383).
1
- Cette assertion mérite nuance. Par le passé, le tribunal régional
pouvait revêtir deux formes : une correctionnelle avec une formation
réduite ; l’autre criminelle avec une formation élargie comprenant un
jury.
2
- « Ceci constitue une complication inutile et éventuellement une atteinte à
l’autorité de la chose jugée ». Mohamed Drissi Machichi Alami, Procédure
pénale, Rabat, 1981, p. 80.
114
Du point de vue ratione personae, il est compétent à
l’égard de toute personne même à l’égard des mineurs de 18 ans
(pour lesquels il statut en chambre de conseil).
Ce tribunal a hérité des compétences de la Cour
spéciale de justice en matière de délits.
Depuis la dernière réforme du code de la justice
militaire, ce tribunal est compétent pour juger les militaires
ayant commis des infractions de droit commun..
Le tribunal peut statuer définitivement ou à charge
d'appel.
1
- Par le passé et en matière pénale, deux chambres nous intéressaient :
. La chambre correctionnelle (un président et 2 conseillers assesseurs)
connaissait des appels des délits et des décisions du tribunal de 1 ère
instance et appel des ordonnances du juge d'instruction. Elle pouvait en vertu
des articles 268 et 269 statuer en 1 ère et dernière instance sur certains
délits. Cette chambre avait hérité des attributions de l'ancienne chambre
d'accusation.
Elle avait également quelques compétences – moins que la chambre
d’accusation dont elle a hérité - dans ce sens qu’elle contrôlait l’activité des
officiers de police (art. 244 à 250 C.P.P.). Son président avait un droit de
regard (contrôle) sur l’activité des magistrats chargés de l’instruction quand
bien même cette chambre avait perdu la possibilité d’une instruction au
deuxième degré et ce depuis le dahir de 1974.
. La chambre criminelle (un président et 5 conseillers assesseurs)
connaissait matériellement des crimes à l'exception de ceux commis par les
militaires; ceux contre la sûreté intérieure ou extérieure de l'Etat et les
crimes commis par certains fonctionnaires comme le détournement,
115
Les deux chambres qui intéressaient la matière pénale
se sont vues scindées chacune en deux chambres.
La chambre correctionnelle comporte désormais une
chambre des appels correctionnels et une chambre
correctionnelle près la Cour d'appel.
La première s’occupe des appels interjetés contre les
jugements en premier ressort des tribunaux de 1ère instance,
alors que la deuxième apparaît un peu comme l’héritière de la
chambre d’accusation1. Elle intervient dans quatre domaines
spécifiés par l’art. 231 du code de procédure pénale à savoir :
- demandes de libération provisoire et des mesures
de mise sous contrôle judiciaire ;
- demandes d’annulation des actes d’instruction ;
- appels contre les ordonnances du juge d’instruction ;
- manquements attribués à un officier de la police
judiciaire dans l’exercice de ses fonctions.
116
Bien sûr elle juge les crimes naguère de la compétence
de la Cour spéciale de justice.
1
- Il s’agit du jugement de personnalités du rang de conseiller du roi, de
membre de gouvernement, de hauts magistrats….Voir infra dérogations aux
règles de compétence territoriales.
2-
Il s’agit des conseillers du Roi, des ministres et des magistrats...Voir
infra : Dérogations aux règles de compétence territoriales.
117
Le code de procédure pénale de 2002 a réaménagé les
règles concernant la poursuite et le jugement des délinquants
mineurs à savoir ceux qui n’avaient pas dix huit années
grégoriennes révolues au moment de l’infraction.
Bien évidemment c’est au regard de l’âge du délinquant
que le législateur a instauré, au sein du tribunal de première
instance une juridiction dite des mineurs composée d’un juge
des mineurs et d’une chambre de mineurs, et au niveau de
l’appel, d’un conseiller, d’une chambre correctionnelle des
mineurs, d’une chambre des appels des mineurs, d’une chambre
criminelle des mineurs et d’une chambre des appels criminels
toujours pour les mineurs.
Du point de vue structure judiciaire la réforme a fait
des efforts, du moins théoriquement. Elle a également fait des
efforts au niveau de la protection, de la rééducation ou de la
réinsertion du mineur1. Mais cela est-il suffisant face au
phénomène de la délinquance juvénile ? Cette structure
judiciaire, ces chambres et ces juges ont-ils les moyens, une
politique et une vision précise sur le phénomène ? Le problème
n’existe-il pas ailleurs ?
- Toujours est-il que la poursuite est toujours confiée
au ministère public en respectant la hiérarchie de cet organe
(selon le degré de juridiction) et l’action ne peut être
introduite par constitution de partie civile2. Mais une action
civile est possible.
Bien plus le ministère public a quelques prérogatives
non négligeables qui visent la protection du mineur et la retour
à un certain calme. D’abord lorsqu’il constate l’existence de
coauteurs ou complices majeurs avec le mineur, il doit
1
- Pour cette protection des mineurs voir : art. 466 – 473 - 474 – 475 – 476
du code de procédure pénale.
2- Une administration publique qui a un droit de poursuite en temps normal ne
peut le faire contre un mineur, elle doit passer par le parquet
118
constituer un dossier à part pour ce dernier ; dossier qu’il
communique au juge des mineurs ou au conseiller chargé des
mineurs. Ensuite, et en cas de délit, si le mineur et son tuteur
ainsi que la victime s’accordent, il pourra être fait application
de la procédure de conciliation (article 41 C.P.P). Enfin, il peut,
même après l’engagement de l’action et avant un jugement
définitif, requérir l’arrêt des poursuites si la victime accepte
de retirer sa plainte et de se désister. Bien sûr, le ministère
public reprend l’action publique si des évènements viennent à
apparaître à moins que l’affaire n’ait prit fin par prescription
ou autre motif, dit l’article 461 du C.P.P.
En matière de contravention, le mineur est soumis aux
dispositions de la loi pénale, mais le juge peut se contenter de
blâmer le mineur âgé de douze à dix huit ans. Pour le mineur de
moins de douze ans, il ne peut que le remettre à ceux ayant
autorité sur lui.
Si l’infraction nécessite une instruction, le ministère
public envoie le dossier au juge des mineurs. Il agit de même
quand l’infraction ne nécessite pas d’instruction1, et le mineur
est renvoyé soit devant le juge des mineurs soit devant la
chambre des mineurs près le tribunal de 1ère instance2. Cette
dernière applique la procédure ordinaire avec toutefois la prise
de certaines mesures visant la protection du mineur :
l’instruction et les débats sont à hui-clos3, présence obligatoire
1
- Le juge des mineurs peut se déclarer incompétent, mais doit statuer sur le
maintien de la garde provisoire ou sur le maintien de la détention en prison
(art. 470 in fine).
2
- Rappelons que le juge statue seul quand il s’agit du titre exécutoire
(assanad at-tanfidi) ou ordre judiciaire (amr qada’i) qui interviennent dans les
affaires où il n’y a pas de victime et sanctionnées par une amende seulement.
La chambre est compétente pour le reste.
3
- Ne sont admis à l’audience que les témoins, les proches, ceux ayant
autorité sur le mineur ou les organismes ou instances s’occupant du mineur,
119
du conseil, jugement du mineur séparément des coauteurs ou
complices majeurs, latitude large pour le juge d’évacuer au
besoin le mineur temporairement ou définitivement… (478 à
481).
Le juge et la chambre des mineurs peuvent, depuis le
code de 2002, prendre certaines mesures à caractère social.
Ainsi le premier, en matière délictuelle, peut ordonner
une ou plusieurs mesures concernant le régime de la garde
surveillée comme le fait de remettre le mineur à ses parents, à
un centre d’observation, à un établissement public
d’hébergement ou toute institution prévue et instaurée pour
recueillir des mineurs en difficulté1. Ces mesures sont toujours
applicables malgré les recours (appel possible) et sont
susceptibles d’être levées à tout moment. Le code ne distingue
pas entre les mineurs de plus ou de moins douze ans.
Quant à la chambre des mineurs – en cas de délit
toujours- elle a les mêmes pouvoirs – voire plus- que les juges
des mineurs. Mais le code apporte une distinction en fonction
de l’âge de l’enfant.
Le mineur de moins de douze ans doit être remis à ses
parents, aux personnes qui s’en occupent ou aux institutions
prévues à cet effet. La chambre peut décider de le confier à
une autre personne ou à une autre institution s’il s’avère que
l’enfant a été négligé, délaissé ou que ceux qui en avaient la
charge sont de mœurs peu louables. Elle peut décider enfin de
le mettre sous le régime de la liberté surveillée d’une manière
provisoire et plusieurs fois ou d’une manière définitive sans que
celle-ci aille au delà des dix huit ans du mineur.
120
Si le mineur a plus de douze ans, la chambre peut
décider, outre les mesures de protection et de correction
(remise aux parents, liberté surveillée…), le prononcé d’une
sanction de celles prévues à l’article 482 à savoir un
emprisonnement ou une amende dont le maximum et le minimum
sont ramenés à la moitié de ce qui est normalement prévu. Mais
le législateur prévoit ces mesures d’une manière exceptionnelle
et insiste sur leur nécessité au regard des conditions
matérielles et personnelles du mineur délinquant. De toute
façon, la chambre doit motiver sa décision quant à cet
emprisonnement qui doit s’exécuter en premier. Si des soins ou
une thérapie ont été prévu, ils doivent avoir lieu ; autrement
dit l’emprisonnement ne doit pas arrêter ses soins tout comme
le recours (opposition ou appel) contre la décision de la
chambre.
La chambre qui constate que les faits représentent un
crime doit déclarer son incompétence et se prononcer sur la
liberté surveillée et sur la continuité du dépôt en prison1.
A un niveau supérieur – Cour d'appel- se trouve un
conseiller (ou plusieurs) chargé des affaires des mineurs, la
chambre correctionnelle des mineurs près la Cour d'appel et la
chambre des appels correctionnels des mineurs.
Le premier est nommé par arrêté du ministre de la
Justice pour une période de trois ans. Il est mis fin à ses
fonctions dans les mêmes formes. Ce magistrat, en cas de
crime, instruit l’affaire (enquête sociale et matérielle de
l’article 474), peut prononcer la garde provisoire ou une des
mesures de correction et de protection de l’article 481 et peut
même ordonner le dépôt du mineur en prison en respectant les
règles prévues à cet effet. L’instruction finie, il envoie le
1
- Bien sûr si elle constate que les faits sont des contraventions ou des délits
de la compétence du juge des mineurs, elle renvoie devant ce magistrat.
121
dossier au procureur général qui, sous huitaine, doit lui
renvoyer ses remarques.
En fonction de la qualification des faits, le conseiller
renvoie devant la chambre criminelle des mineurs, le tribunal
de 1ère instance ou décide de la non poursuite. S’il renvoie
devant le tribunal de 1ère instance il décide des mesures de
garde, de dépôt en prison…Il doit faire de même – a fortiori-
s’il renvoie devant la chambre criminelle même si le code ne dit
rien (article 487).
Toutes ces décisions sont passibles d’appel devant la
chambre correctionnelle près la Cour d'appel car elles
s’apparentent à des mesures d’instruction et non de jugement.
Quant à la chambre des appels correctionnels, elle
consacre la plupart de ses activités à l’analyse, une deuxième
fois, des jugements émanant de la chambre des mineurs ou du
juge des mineurs.
Enfin, la chambre criminelle se compose d’un conseiller
pour mineurs comme président et de deux conseillers. Comme
toute juridiction la présence du ministère public et d’un
greffier est obligatoire. Elle statue d’une manière secrète.
La chambre peut innocenter le mineur si les faits ne lui
sont pas reprochables. Dans le cas inverse, elle peut décider
des mesures de protection et d’éducation de l’article 481, et
peut, pour les mineurs de plus de douze ans, décider d’une des
sanctions prévues à l’article 482. Mais dans les cas où la
sanction est la peine de mort, la prison à perpétuité ou trente
ans de réclusion criminelle, la chambre ne peut prononcer
qu’une sanction d’emprisonnement allant de dix à quinze ans.
Les décisions de la chambre sont passibles de l’appel
devant la chambre des appels criminels qui se compose d’un
président et de quatre conseillers.
Enfin, les décisions de cette dernière sont passibles de
cassation tout comme le sont les décisions de la chambre
122
correctionnelle des mineurs, celles de la chambre des appels
des mineurs près la Cour d'appel et les décisions de la chambre
criminelle des mineurs.
Il est à noter que le code de procédure pénale a prévu
des mesures multiples pour la protection de l’enfance
délinquante et ce depuis la commission de l’infraction jusqu’à
l’application de la peine en passant par une série de mesures à
caractère social et médical.
L’article 466 commence par interdire toute publication,
par quelque moyen que ce soit, concernant les débats (amende
de 10.000 à 50.000 dirhams + interdiction ou suspension des
moyens de diffusion + saisie des produits (films, imprimés…).
Mais le jugement peut être publié à la condition d’enlever
l’identité du mineur qui ne peut figurer même avec les
premières initiales du nom.
Au niveau du jugement plusieurs mesures son prévues
comme le huit-clos, la séparation du jugement des mineurs avec
les coauteurs ou complices majeurs qui ne peut avoir lieu
qu’après le jugement des majeurs (art. 476).
Mais le plus important et le plus significatif reste cette
latitude laissée au juge d’effectuer une enquête sociale
approfondie sur la situation sociale et matérielle du mineur, son
caractère et ses antécédents, son comportement scolaire,
professionnel avec ses amis et sur les conditions dans
lesquelles il vivait et il a été élevé (éduqué). Le juge peut
demander un examen médical, psychiatrique et psychologique
et ordonner toutes mesures qu’il estime utile (art. 474). Il peut
demander cette enquête à l’administration chargée des
affaires sociales, aux associations spécialisées ou aux
assistantes sociales compétentes1. Dans son jugement, les
1
- D’autres mesures et pas des moindres sont encore prévues par le code à la
fois pour protéger les mineurs victimes d’infractions et les mineurs
délinquants. Voir respectivement les articles 510 – 511 et 512 - 517. Voir
123
articles 471 et 481 lui permettent de solliciter les institutions
et de prendre des mesures à caractère éducatif qui s’imposent.
Au niveau de l’incarcération, un mineur de moins de
douze ans ne peut, quel que soit l’infraction commise, être
déposé en prison même provisoirement. Un mineur de douze à
dix huit ans ne peut y être déposé qu’en cas d’extrême
nécessité et il doit être isolé des majeurs surtout la nuit. Mais
il est regrettable que le code laisse une brèche pour les abus
quand il stipule que le mineur de plus de douze ans reste isolé
des majeurs dans la mesure du possible (article 473 al. 3 CPP).
D’ailleurs les juges des mineurs doivent visiter les lieux
où sont détenus ceux-ci au moins une fois par mois (art473
CPP).
124
B- Conflits de juridictions et dérogations à la
compétence d’attribution.
1
- A ces considérations, il faut ajouter d’autres internationales qui font qu’un
tribunal est compétent ou non !
2
- Que ce soit dans les rapports entre elles comme entités ou entre elles
comme catégories différentes.
125
« Soit lorsque plusieurs de ces juridictions se sont
déclarées incompétentes à propos du même fait par décision
devenue définitive ;
« Soit lorsque après renvoi ordonné par un juge
d’instruction la juridiction de jugement s’est déclarée
incompétente par décision devenue définitive ». Le juge
d’instruction s’entend aussi de la chambre correctionnelle.
Il convient de remarquer que ces conflits supposent
quelques conditions. Les décisions en question doivent
concerner cette question de compétence, être définitives (non
sujettes encore à l’appel ou à la cassation) et avoir un aspect
judiciaire et non administratif1.
En dehors des cas envisageables où la question peut
être résolue à l’amiable2, le code de procédure pénale donne les
solutions suivantes :
Entre deux juridictions relevant du ressort judiciaire
d’une Cour d'appel, le conflit est porté devant la chambre des
appels correctionnels3 ;
Entre deux juridictions n’ayant pas une Cour d'appel
comme juridiction supérieure commune, le conflit est porté
devant la chambre criminelle de la Cour de cassation. Cette
règle est applicable aux Cours d’appel et chaque fois que les
juridictions n’ont pas une juridiction supérieure commune
(article 262).
La chambre des appels correctionnels intervient chaque
fois que le conflit oppose une juridiction de jugement à une
autre ou, à plus forte raison, une juridiction de jugement à un
juge d’instruction voire entre les juridictions d’instruction
entre elles. Dans tous les autres conflits, c’est la chambre
1
- Mohammed Machichi Alami, Procédure pénale (en rabe), p. 169.
2
- ibid. et ibidem.
3
- Avant 1974, il était porté devant la chambre d’accusation statuant toutes
chambres réunies, puis après devant la chambre correctionnelle.
126
criminelle de la Cour de cassation qui intervient notamment
quand le conflit oppose une juridiction ordinaire à une autre
exceptionnelle.
La demande peut être introduite par le ministère
public, l’accusé ou la partie civile sous forme de requête
déposée au greffe de la juridiction. Dans les cinq jours suivant,
la requête est notifiée aux parties qui ont dix jours pour
déposer leurs mémoires. La juridiction a deux mois pour
statuer.
La requête et l’instance à laquelle elle donne lieu n’ont
pas d’effet suspensif à moins que la juridiction qui statue n’en
décide autrement. Cette dernière peut demander à ce qu’il lui
soit présenté tous les documents utiles et peut statuer sur la
validité des actes entrepris jusqu’alors. Sa décision n’est
susceptible ni d’opposition ni d’appel.
127
Ce sont des questions ou des difficultés civiles,
administratives ou même pénales soulevées avant le procès et
qui doivent être résolus avant le jugement de ce procès.
Il existe un principe qui veut que le juge de l’action soit
celui de l’exception. L’article 258 (ancien 260) du C.P.P. le pose
dans le cas marocain. En effet, ce principe donne au juge pénal
compétence pour trancher l’exception sauf les cas où la loi en
décide autrement ou lorsque l’accusé argue un droit réel
immobilier1. Mais l’exception visée par la loi doit être sérieuse
c’est à dire fondée sur des faits ou des titres à même de
détruire le fondement de la poursuite pénale ou de l’orienter
autrement. Dans ce dernier cas le juge désigne à l’intéressé
(l’accusé) la juridiction compétente en lui fixant un délai pour
introduire sa demande faute de quoi il est procédé au
jugement.
L’article 258 du CPP ne distingue pas entre l’exception
préjudicielle à l’action publique et celle relative au jugement2.
Quant à l’exception préjudicielle liée à un droit réel
immobilier – qui doit être tranchée par le juge civil – elle ne
présente d’intérêt que pour le droit applicable3. Toutefois, la
preuve d’un droit réel mérite nuance. Quand l’exception a trait
à un droit réel accessoire (droit sur une chose comme une
garantie, une hypothèque, gage) ou au titre constituant la base
128
de la preuve, le juge pénal reste compétent 1 ; mais quand
l’exception soulève la force probante de la preuve, il semble
que l’article 258 doit s’appliquer et le juge pénal doit orienter
l’accusé vers la juridiction civile2. Il doit en outre lui préciser
un délai plutôt court pour saisir la juridiction compétente sous
peine de poursuivre le traitement de l’affaire.
Quant à l’exception administrative et pénale (exception
d’illégalité ou de faux par exemple), force est de laisser au
juge pénal un grand pouvoir d’appréciation en fonction du
sérieux de l’exception alléguée, mais la question mérite plus de
recherche au regard des données nouvelles de la législation
marocaine notamment en ce qui concerne les juridictions
administratives.
b- La correctionnalisation.
129
La correctionnalisation sape les règles de compétence
d’attribution, la classification des infractions et le principe
légal, mais obéit à une philosophie. Procédé largement utilisé en
France par le passé1, il semble qu’il l’est de moins en moins.
Les raisons invoquées pour la correctionnalisation ont
été corroboré par l’esprit du droit pénal notamment le fait que
l’interprétation de celui-ci doit être en faveur de l’accusé et on
est venu à voir dans la correctionnalisation un mécanisme
favorable à l’accusé, mais avec l’avantage d’assurer une
sanction. Sur un plan strictement pénal, le mécanisme
consistait à ne pas tenir compte de certains éléments de
l’infraction.
La correctionnalisation pouvait avoir lieu tant qu’un
jugement sur le fond n’a pas été rendu, mais pas après au
regard de l’autorité de la chose jugée.
Au Maroc, cette technique semble n'avoir jamais existé
au regard de la nature de la justice pénale dans ce pays. La
jurisprudence, à l'aube de l'indépendance semble aller dans ce
sens2.
130
c- Cas d’extension de compétence.
131
sa place dans le code pénal. Si un lien existe entre ces
infractions la règle énoncée ci-dessus s’appliquera d’une
manière facultative (optionnelle).
* Infraction d’audience.
132
Dans la première situation, le juge – à l’audience ou dans
tout lieu où s’effectue une instruction judiciaire - est habilité à
expulser le perturbateur. L’ancien code prévoyait que s’il
résiste ou persiste, le juge ordonnait sa détention pour 24
heures. L’incident est relaté dans un procès-verbal qui est
remis au directeur de la maison d’arrêt comme justificatif de
la détention. Actuellement, l’article 358 distingue entre le cas
où le perturbateur et incarcéré ou non. Dans le premier cas, il
est transporté à l’établissement pénitentiaire et le greffier
doit se déplacer à cet établissement et lui faire un compte
rendu des discussions, réquisitoires du ministère public et des
jugements et décisions préparatoires rendus depuis son
expulsion. Mais pour le prononcé de la décision l’inculpé est
ramené à l’audience. Si l’accusé n’est pas incarcéré, et c’est une
nouveauté de la loi, l’inculpé est gardé sous surveillance de la
force publique à la disposition de la juridiction. Il est ramené à
l’audience pour assister au prononcé de la décision. Dans les
deux cas le jugement rendu est réputé contradictoire.
Dans la deuxième situation, l’inculpé peut avoir commis
une infraction à la loi pénale. D’ores et déjà, l’article 269, en
cas de délit susceptible d’emprisonnement ou de crime, donne
droit à la juridiction de déposer l’infracteur en prison ou de
l’arrêter. De leur côté, les articles 359 à 361 du C.P.P. font une
distinction : si le fait constitue une contravention ou un délit
de police le président fait dresser un procès-verbal, procède
aux interrogatoires et auditions s’il le faut et prononce une
condamnation non susceptible d’aucun recours. Si le fait
constitue un délit, les dispositions du nouveau code ne
prévoient plus la même procédure que pour les contraventions,
mais la procédure prévue pour les crimes. En effet dans ces
deux cas (délit et crime), la juridiction ordonne de dresser un
procès-verbal et remet l’auteur du délit ou du crime et le
133
dossier au ministère public au lieu du juge de l’instruction
comme avant1.
A- règles générales.
1- En matière d’instruction.
1
- Il y avait dans la façon de faire d’avant une maladresse flagrante dans la
mesure où le juge d’instruction avait toujours besoin d’un réquisitoire du
ministère public pour procéder à une instruction même quand il avait entamer
une (cas de flagrant délit).
2- Il faut penser à la multiplicité des juridictions et des magistrats, mais
aussi aux moyens de transport et ce qui s’en suit comme frais en argent et en
énergie humaine.
134
La compétence territoriale de ce magistrat s’étend à
toutes les infractions (crimes ou délits) commises dans le
ressort de la Cour d'appel où il exerce. Mais il peut instruire en
dehors de ce ressort si l’un des suspects y réside ou s’il y est
arrêté même pour une autre infraction. Bien plus, la lecture de
l’article 704 laisse entendre que le juge d’instruction est
compétent chaque fois qu’un élément de l’infraction a été
commis au Maroc même si les autres éléments l’ont été ailleurs.
Il est également compétent pour tout ce qui touche la
complicité et le recel suite à un fait principal commis au Maroc.
2- En matière de jugement
* Juge de proximité.
135
* Compétence territoriale du tribunal de 1ère instance.
b- Cour d'appel.
c- Cour de cassation.
136
Sa compétence ne pose aucun problème puisqu’elle
coiffe toutes les juridictions ordinaires ou non et quelque soit
leur degré.
1
- En réalité, la plupart de ses personnes étaient justiciables de la Haute
Cour non reprise par la Constitution de 2011.
Ainsi la dérogation dont il s'agit peut intéresser : un conseiller du Roi, un
membre du gouvernement, un secrétaire d’Etat, un vice-secrétaire d’Etat, un
conseiller à la Cour suprême ou à la Cour des comptes ou membre du Conseil
constitutionnel, wali ou gouverneur, premier président d’une Cour d'appel
ordinaire ou spécialisée, un procureur général du roi près la Cour d'appel, un
officier de police judiciaire ayant compétence sur tout le territoire national.
137
Il revient à la chambre criminelle de la d’ordonner, sur
réquisitoire du procureur général à ladite Cour, une instruction
dont sera chargé un ou plusieurs conseillers toujours de la
même Cour. L’instruction peut aboutir à une décision de non
poursuite ou à un renvoi devant la chambre criminelle de la
Cour de cassation. Cette dernière statue 1 et sa décision reste
susceptible d’appel, dans les huit jours, devant la Cour de
cassation toutes chambres réunies à l’exception de celle qui a
rendu la décision. Aucune demande de partie civile n’est
recevable devant la Cour de cassation. Remarquons
l’introduction, même exceptionnelle, d’une voie d’appel assez
originale.
A une échelle plus basse, quand le prévenu est un
conseiller à la Cour d'appel, un président du tribunal de 1ère
instance ordinaire ou spécialisé, un procureur du roi, un juge
d’une Cour des comptes régionale, la procédure est déclenchée
par le procureur général du roi près la Cour de cassation qui
saisit la chambre criminelle de ladite Cour qui, à son tour,
décide s’il y a lieu ou non à instruction2. Dans l’affirmative, elle
désigne une Cour d'appel autre que celle où exerce le poursuivi.
Le premier président désigne un juge d’instruction ou un
conseiller qui transmet le dossier, une fois l’instruction finie,
au procureur général afin de présenter ses réquisitions.
Si les faits constituent un crime, l’affaire est renvoyée
devant la chambre criminelle de la Cour d'appel. S’il ne s’agit
que d’un délit, la chambre des appels correctionnels est saisie.
Toutes les décisions concernant l’instruction sont susceptibles
de cassation.
1
- Le jugement, par le passé, était rendu par toutes les chambres réunies de
la Cour suprême. L’art. 270 du C.P.P. étendait cette procédure à l’officier de
police judiciaire dont la compétence territoriale est nationale.
2
- La partie civile peut intervenir devant la juridiction du jugement comme
par le passé.
138
Si les poursuites concernent un juge du tribunal de 1ère
instance ordinaire ou spécialisé1, le procureur général près la
Cour d'appel renvoie l’affaire (avec ses remarques) devant le
premier président de ladite Cour qui décide s’il y a lieu à
instruction ou non. Si oui il est procédé comme pour le cas
précédent.
Enfin si les faits concernent un pacha, le premier
khalifat du gouverneur, chef de cercle (généralement un super
caïd), caïd ou un officier de la police judiciaire autres que ceux
déjà mentionnés, le procureur général près la Cour d'appel
déclenche la procédure auprès du premier président de la Cour
d'appel qui, le cas échéant, saisi un conseiller chargé de
l’instruction de sa circonscription judiciaire. En fonction de la
qualification donnée aux faits, le conseiller saisi renvoie devant
la chambre criminelle ou devant un tribunal de 1ère instance
autre que celui où l’inculpé exerce ses fonctions.
La partie civile peut intervenir devant la juridiction du
jugement.
1
- Le texte ne dit rien pour les juges communaux et d’arrondissement. S’agit-
il d’une omission ?
139
Deux notions méritent examen à ce sujet : que signifie
le territoire et quelle est l'étendue de la compétence du juge à
l'égard de l'infraction commise à l'étranger par un marocain ou
par un étranger.
- S'agissant du territoire, le droit pénal a sa propre
conception. Il s'agit naturellement de l'étendue géographique
où s'exerce la souveraineté effective de l'Etat marocain. Mais
il s'agit également des "…navires et des aéronefs marocains
quel que soit l'endroit où ils se trouvent, sauf s'ils sont soumis,
en vertu du droit international, à une loi étrangère" 1. Mais sur
la haute mer, ce sont les juridictions marocaines qui
connaissent de l'infraction commise sur un navire portant
drapeau marocain.
Dans le même ordre d'idées, les ports et les
aérodromes marocains faisant partie du territoire marocain,
chaque infraction commis sur un navire ou un avion marchand en
stationnement au Maroc relève des autorités judiciaires
marocaines. L'inverse est aussi vrai à savoir qu'une infraction
commise par un marocain sur un navire marocain, mais en
stationnement dans un port étranger dessaisit le juge
marocain.
La juridiction compétente est celle où se trouve le port
ou celle où le délinquant a été arrêté. Pour les infractions dans
les avions, la compétence revient à la juridiction où l'avion a
atterri ou celle du lieu de l'arrestation du délinquant.
- La notion de navire ou d'avion laissée de côté, une
infraction commise à l'étranger par un marocain peut relever
de la compétence des juridictions marocaines. Cette
compétence vis à vis d'un étranger ne joue que s'il y a atteinte
à certains intérêts marocains.
1
- Article 11 du code pénal.
140
En effet, un marocain ayant commis une infraction à
l'étranger peut se voir juger par la justice marocaine sous
certaines conditions.
Le fait reproché doit être un crime ou un délit aux yeux
de la loi marocaine. Le délinquant doit rentrer au Maroc et
certitude doit être acquise qu'il n'a pas fait l'objet d'une
décision ayant acquis autorité de la chose jugée, et en cas de
condamnation qu’il a exécuté la peine ou que celle-ci a été
prescrite ou a fait l'objet d'une grâce. Le code ne parle pas de
l'amnistie, mais elle faut la retenir.
Les poursuites ne peuvent être exercées que par le
ministère public du lieu de résidence du délinquant ou du lieu
de son arrestation, et sur plainte de la victime en cas
d'atteinte aux personnes.
Rappelons qu'un seul élément de l'infraction commis au
Maroc justifie la compétence des tribunaux marocains. Il en
est de même en cas de complicité ou de recel d'un fait
principal commis au Maroc.
Vis à vis des étrangers, les juridictions marocaines sont
compétentes à leur égard dans deux situations.
Lorsque la victime de l'infraction est de nationalité
marocaine. Peu importe que l'étranger soit l'auteur principal,
coauteur ou complice.
La deuxième situation est celle où les agissements ont
lésé des intérêts de l'Etat marocain. Il en sera ainsi chaque
fois que l'infraction touche à la sécurité de l'Etat, contrefaçon
de sceaux, de monnaie et de billets de banque en cours au
Maroc ainsi que les atteintes au personnel ou aux sièges des
ambassades, des consulats ou des bureaux publics marocains.
Le code prévoit le cas où ces infractions sont commises par un
marocain et les considère comme étant .commises au Maroc.
Mais force est de constater que, dans ce domaine, des
efforts ont été fait en vue d'une coopération interétatique ou
141
internationale pour la lutte contre le crime. Le contexte
d'aujourd'hui fait ressortir cette nécessité d'une manière
éclatante. L'une des manifestations de cette coopération est la
possibilité de remise de délinquant d'un Etat à un autre ou
l'extradition.
b- l'extradition.
* Conditions de l'extradition
142
Autrement dit l'infraction reprochée au militaire (ou au marin
ou même ceux qui sont sous leur commandement) ne doit pas
être une infraction propre au domaine militaire.
S'agissant de l'infraction, elle ou les faits reprochés à
l'accusé doivent être de ceux que prévoit le droit pénal
marocain et qu'il sanctionne comme délit ou crime et dont le
minimum est une année d’emprisonnement. C'est dire qu'il ne
saurait y avoir d'extradition en matière de contravention. Et
l'article 720 de donner une série d'actes à titre indicatif.
Ainsi, l'infraction en cause doit être de celle sanctionné par
une peine privative de liberté dont le minimum est une année
d'emprisonnement. Mais si l'accusé a été condamné, il suffit
que la peine prononcée contre lui soit supérieure ou égale à
quatre mois d'emprisonnement. Ces règles sont applicables aux
cas de coaction et de complicité.
En cas de pluralité d'infractions 1 dont certaines ne
sont punies que d'une peine inférieure à une année,
l'extradition a lieu si le total des peines de toutes ces
infractions est égal au moins à deux années d'emprisonnement.
L'appréciation se fait au regard du droit du pays requérant.
L'extradition n'est accordée que si l'Etat requérant
s'oblige à ne poursuivre l'accusé que pour les faits mentionnés
dans la demande, et si une requalification a lieu au cours de la
procédure, l'extradition ne peut avoir lieu que si la nouvelle
qualification donne aux faits le caractère d'un délit ou d'un
crime (article 723).
1
- La pluralité des Etat demandeurs d'extradition est aussi envisagée par le
code de procédure pénale. L'Etat marocain remet l'accusé d'abord à l'Etat
avec qui il a une convention dans ce domaine. Vient ensuite l'Etat qui a été
lésé ou celui sur le territoire duquel a été commise une infraction. Bref, le
code propose que tous les facteurs (gravité de l'infraction ; lieu, date
d'arrivée des demandes) soient pris en considération (article 724).
143
En revanche, l'infraction politique ou celle liée à cette
infraction politique ne peut faire l'objet d'extradition. Et le
code de procédure pénale d'étendre cette interdiction
d'extrader à des situations où elle considère la vie de
"l'accusé" en danger pour des raisons racistes, de religion ou
des idées politiques. Est exclu toutefois de cette interdiction
les cas où l'infraction concernée consiste dans une agression
contre le chef de l'Etat, un membre de sa famille ou un
membre du gouvernement. Sont exclus aussi les actes commis à
l'occasion d'une révolte ou d'une émeute quand ils se
caractérisent par une sauvagerie horrible.
L'extradition n'est pas non plus accordée quand
l'infraction a été commise sur le territoire marocain ou quand
des poursuites ont été entamées au Maroc et un jugement
définitif a vu le jour quand bien même l'infraction serait
commise à l'étranger.
Les crimes liés aux impôts, aux droits douaniers et à
l'échange n'exposent pas leurs auteurs à l'extradition sauf
accord de réciprocité.
La prescription fait obstacle à la demande
d'extradition
144
La demande doit enfin comprendre une description
minutieuse de la personne demandée et l'engagement à ne le
poursuivre pour autres faits que ceux faisant l'objet de
l'extradition.
Le ministre des Affaires Etrangères adresse le dossier
à celui de la justice qui doit lui donner la suite nécessaire et
peut même demander des informations complémentaires.
Mais en cas d'urgence et sur demande directe des
autorités judiciaires de l'Etat requérant ou celui "d'Interpol"
(organisation mondiale de la police judiciaire), le procureur de
Roi près du tribunal de 1ère instance du tribunal de Rabat peut
ordonner l'arrestation d'une personne étrangère. Le procureur
ou un de ses substituts doit recevoir un des documents de
l'article 726 (original de la décision…). Cette façon de faire
n'exclut pas une demande par voie diplomatique. Si arrestation
il y a, le procureur du Roi près du tribunal de 1ère instance de
Rabat doit en informer immédiatement le ministre de la
Justice et l'avocat général près la Cour de cassation.
La personne arrêtée est soumise à un interrogatoire du
ministère public (1ère instance) dans les vingt quatre heures de
son arrestation. Ce dernier doit s'enquérir de son identité et
l'informer du titre exécutoire émis à son encontre. Un procès
verbal est dressé et la personne est transportée dans une
prison du ressort de la Cour de cassation. Cette dernière
statue sur la demande d'extradition et sur les demandes de
liberté provisoire (conditionnelle). Elle peut effectuer une
enquête complémentaire.
La Cour de cassation donne son avis sur l'extradition.
En cas de refus, pour erreur évidente ou manque d'une
condition, sa décision devient définitive et l'accusé est remis
en liberté. Le dossier est envoyé au ministre de la Justice dans
les huit jours qui informe les autorités diplomatiques de ce
refus. Dans le cas inverse, elle envoie le dossier et des
145
extraits de la décision, dans la huitaine, au ministre de la
justice qui peut provoquer un décret d'autorisation
d'extradition du 1er ministre.
***
146
cette action et la poursuite de l'accusé. Quant à l'action civile
- qui reste probablement un souvenir de la procédure
accusatoire - elle revient à la victime d'une infraction qui
demande réparation du dommage causé par cette même
infraction, mais qui déclenche l’action publique.
Si donc une infraction à la loi pénale entraîne presque
toujours une action publique (section I), il reste que la victime
civile de cette même infraction peut demander une réparation
du dommage par voie de l'action civile (Section II).
147
son complice), la réalité judiciaire et juridique fait apparaître
qu'il y a plusieurs sujets actifs et passifs dans une action
publique.
A- Le Ministère public.
1
- L’article 36 du nouveau code est clair à ce sujet : il stipule que le
déclenchement de l’action publique, son contrôle, la demande de l’application
du droit reviennent à l’institution du ministère public qui peut utiliser la force
publique.
2 -
Article 66 de la loi organique relative au Conseil supérieur du pouvoir
judiciaire : « En outre, en application des dispositions du dernier alinéa de
l’article 116 de la Constitution, le Conseil prend en considération, concernant
les magistrats du parquet, les rapports d’évaluation présentés par le
148
des magistrats rentrant dans la composition des juridictions et
bénéficiant du statut de la magistrature.
149
- contrôle de l’enquête préliminaire (ou de flagrance)
- notation les membres de la police judiciaire ;
- saisie des juridictions d’instruction ou de jugement ;
- demande d’application de la loi pénale et tout ce qui
est dans l’intérêt de la justice ;
- exercice des voies de recours ;
- remise des choses à leurs propriétaires en cas de
litige futile ;
- application des décisions du juge d’instruction et du
juge des mineurs ;
- retrait éventuel du passeport pour toute personne
susceptible d’une peine de deux années d’emprisonnement et
plus (mais une période ne dépassant pas un mois) ;
- information du procureur général des crimes dont il a
eu connaissance,;
- surveillance du déroulement de la garde à vue et
visite des lieux où se déroulent celle-ci au moins une fois par
semaine et chaque fois qu’il le juge utile (il en informe le
procureur général)…
Il est pour ainsi dire le personnage judiciaire le mieux
informé et le plus sollicité pour tout ce qui touche la sûreté de
l’Etat, des citoyens et des biens.
En outre, et étant de la juridiction debout, il ne
devrait, en aucun cas, participer au prononcé des jugements ni
même assister aux délibérations, mais le nouveau code lui a
reconnu la possibilité de procéder à des conciliations dans des
cas bien précis.
En effet, l’article 41 du code de procédure pénale
donne la possibilité à la victime et à l’accusé, avant tout
déclenchement des poursuites et pour les infractions dont la
sanction ne dépasse pas deux années d’emprisonnement ou une
amende ne dépassant pas 5.000 dirhams, de demander au
représentant du ministère public de bien vouloir consigner la
150
transaction convenue entre eux dans un procès-verbal. Celui-ci,
en cas d’acquiescement du ministère public, est dressé en
présence des parties et de leurs conseils et comporte
obligatoirement la date de l’audience en chambre de conseil
(ghorfat al-machoura) et la signature du procureur et des
parties. Le procès-verbal est enfin envoyé au président du
tribunal pour authentification en chambre de conseil sous la
forme d’une ordonnance judiciaire et en présence du ministère
public, des parties ou de leurs conseils. L’ordonnance comporte,
en plus de ce qui a été convenu, le paiement d’une amende ne
dépassant pas la moitié du maximum prévu légalement et un
délai pour l’exécution de la transaction –solh-1. L’ordonnance
n’est susceptible d’aucun recours.
Dans les Cours d'appel, le ministère public est
représenté par un procureur général du Roi assisté de
substituts généraux. Cet organe déclenche également les
poursuites et est partie au procès. Il a, si ce n’est plus, les
mêmes pouvoirs que le procureur au niveau du tribunal de
première instance (articles 48 à 51).
D’ailleurs d'un point de vue administratif, le procureur
général près de la Cour d'appel est le supérieur hiérarchique
des membres du parquet subalterne et de la police judiciaire
du ressort de la Cour d'appel. En fin et au regard des règles de
compétence, le ministère public, dans cette juridiction,
déclenche les poursuites en matière criminelle d'une manière
principale et dans les délits d'une manière exceptionnelle (en
vertu d'un texte. Art. 2 du C.P.P).
Le ministère public existe enfin au niveau de la
(procureur général du Roi et avocats généraux) bien que cette
1
- Cette procédure a lieu également en cas d’absence de la victime ou de
l’inexistence d’un plaignant. Mais dans le premier cas, la victime doit avoir
laissé un document attestant son désir de ne pas poursuivre. Dans ce cas
aussi, l’ordonnance du président du tribunal n’est susceptible d’aucun reCours.
151
juridiction ne constitue pas un troisième degré de juridiction
et ne juge pas au fond1.
1
- Et dans la logique des choses, il ne déclenche pas les poursuites en matière
pénale et n'est jamais partie dans les affaires que traite cette haute
juridiction. Mais il peut les ordonner et donne toujours ses conclusions.
En France, son rôle a bien changé.
Dans son audience de rentrée du 11 janvier 2002, le Procureur Général de la
soulignait l’évolution des fonctions de ce haut magistrat : « ils défendent la
société.
Toutefois, les problèmes de l'action répressive sont étrangers à la . Au
niveau de la juridiction suprême cet aspect classique de la fonction du
ministère public a disparu.
Son action se déroule uniquement sur le plan de la défense de la loi. A la son
rôle se réduit à cela et il atteint à cet égard sa plénitude.
Le ministère public près la doit essentiellement veiller :
- à ce que la loi soit correctement appliquée lorsqu'elle est claire ;
- à ce qu'elle soit correctement interprétée lorsqu'elle est ambiguë….
En effet, à la suite d'une interprétation contestée par l'ensemble des
magistrats de notre parquet général, de décisions rendues, ces dernières
années, par la Cour européenne des droits de l'homme, l'avocat général de la
ne pourra plus répondre que partiellement à la mission d'intérêt général qui
lui est dévolue.
Lui est interdit, à présent, l'accès à la conférence préparatoire des
audiences et aux délibérés de la Cour ; il ne suivra donc plus les évolutions
intellectuelles, les discussions juridiques qui s'y expriment.
Lui est refusée également la communication de la note et du projet d'arrêt
du conseiller rapporteur, aussi ne pourra-t-il plus, en raison du très faible
effectif du parquet général, donner son avis dans tous les dossiers, et ce, en
dépit des textes formels qui lui confient cette charge.
La justice de cassation va donc être désormais rendue, en bien des cas, sans
que l'avocat général ait pu faire valoir l'intérêt général ni son sentiment sur
la bonne interprétation de la loi.
C'est un recul très sensible de la qualité de notre justice, il ne sert à rien de
se le cacher et l'histoire saura dire à qui en revient la responsabilité.
Le second regard que l'avocat général portait, après le conseiller rapporteur,
sur chaque dossier était une garantie essentielle donnée aux justiciables qui
avaient la certitude que deux hauts magistrats appartenant à deux entités
152
Mais son rôle n'est pas moins important. Le ministère
public à la Cour de cassation propose ses conclusions pour une
bonne application de la loi et défend, dans ses discussions, les
interprétations légales qui lui semblent les plus conformes à la
loi. C'est dans ce sens que le code de procédure pénale de 1959
organisait le recours dans l'intérêt de la loi et le recours pour
annulation sur ordre du ministre de la Justice.
D'un point de vue administratif et depuis la loi
organique relative au conseil supérieur du pouvoir judiciaire, le
procureur général du Roi à la Cour de cassation a un pouvoir de
contrôle sur tous les membres du ministère public. Il a,
effectivement, redisons -le- pris la place du ministre de la
Justice depuis octobre 2017.
153
Pour information, un procureur général siégeait à la
Cour spéciale de justice assisté de deux juges de la Cour
d'appel. L'institution du parquet à cette Cour restait sous le
contrôle direct du ministre de la Justice qui restait le
véritable dépositaire de l'action publique. Cette mesure
exorbitante s'expliquait par la gravité de l'action et par les
conséquences qu'elle pouvait engendrer sur la réputation de
l'administration.
Enfin, le parquet à la Haute Cour de justice était
composé de membres désignés par l'assemblée nationale. Cette
façon de faire visait à concilier des considérations politiques
avec d'autres juridiques. Mais cette Cour est presque désuète
pour ne pas avoir siégé depuis bien longtemps. Elle a fini par
disparaitre dans la Constitution de 2011.
154
Pour des raisons historiques, politiques et pratiques les
membres du ministère public étaient jusqu’à hier sous
l'autorité du ministre de la Justice. Ils sont désormais sous
celle du procureur général de la Cour de cassation et du conseil
supérieur du pouvoir judiciaire. Mais ce changement de
responsables ne signifie pas un changement dans les activités
de ce magistrat.
Ce pouvoir qui englobe le pouvoir disciplinaire peut aller
jusqu'à la révocation en passant par un rappel à l'ordre,
déplacement, dégradation...
La subordination hiérarchique qui caractérise les
membres du ministère public s'applique entre les membres de
ce corps de fonctionnaires. Ainsi le procureur général près la
Cour de cassation peut donner des instructions et émettre ses
observations à tous les membres du parquet sous son autorité à
savoir les procureurs généraux près la Cour d'appel et les
procureurs près du tribunal de 1ère instance. Il informe
également le conseil supérieur du pouvoir judiciaire des
comportements déviationnistes des membres du parquet se
trouvant sous son autorité. Dans le sens inverse, les chefs du
parquet doivent rendre compte à leurs supérieurs (et bien sûr
au procureur général près de la Cour de cassation à travers les
procureurs généraux près des Cours d'appel) de l'état des
affaires importantes dans leurs ressorts respectifs et
demander, en cas de besoin, les instructions à suivre1.
Il va sans dire que, par le passé, cette subordination
hiérarchique au ministre de la Justice choquait de front le
principe de la séparation des pouvoirs et ne se justifiait que
par des considérations telle que la représentation de la société
ou de l'intérêt général par le gouvernement dont
1
- C’était du moins l’étant ancien, on imagine que, par analogie, l’état des
choses n’a pas changé.
155
l'administration en général et le parquet spécialement sont une
expression1.
Ce principe de subordination hiérarchique acquis, il ne
reste pas moins vrai que le ministère public bénéficie de
certaines limites à cette subordination.
D'abord les responsables ou chefs du parquet ont un
pouvoir propre. La mise en mouvement ou l'exercice de l'action
publique leur appartient et le non respect des instructions des
supérieurs peut donner lieu à des sanctions disciplinaires, mais
n'entraîne pas la nullité des actes accomplis par le
représentant du ministère public2. Dans la pratique cette
référence aux supérieurs est rare et ne se fait que dans
certaines affaires sensibles où les notions d’ordre ou de
sécurité publics sont trop présentes.
D'un autre côté, les membres du ministère public
assujettis à l'obligation administrative de suivre les
instructions dans la procédure écrite restent libres de
développer oralement leurs propres opinions. "La plume est
serve, la parole est libre" a été dit à leur propos et le nouveau
code consacre la règle expressément dans son article 383. Mais
cette liberté "orale" doit être guidée par le principe de justice
et de conscience individuelle de représentant du ministère
public. "Le procureur général de défense social, c'est à dire le
1
- Mais à la réflexion, a-t-on changé quelque chose au fond par le changement
des responsables?
Une réflexion au fond est entamée en France, depuis un certain temps, sur
cette institution !
2
- Mohammed Machichi Alami, op. cit. p. 67/I.
3
- Cet article impose au ministère public de présenter des réquisitoires
écrits en fonction des directives qu’il reçoit et en harmonie avec la politique
pénale menée sous la direction du ministre de la justice. Mais il lui permet de
présenter ses observations orales dans l’intérêt de la justice.
En réalité, cet art.38 renvoie à l’art.51 qui parle du ministre de la justice qu’il
fait dorénavant remplacé par le procureur général près la .
156
procureur général moderne, ne met pas sa gloire à accumuler
les arrêts de peine de mort ou les peines d'emprisonnement,
mais à trouver la peine qui puisse aider un homme à retrouver
sa place dans la société, ou s'efforce simplement à neutraliser
le délinquant dangereux"1.
Mais si le ministère public est un représentant de la
société auprès des tribunaux, il est également un magistrat
dont la présence à la juridiction répressive est obligatoire sous
peine de nullité de la décision judiciaire.
1
- Yvonne Marx. A propos des nouvelles tendances du droit pénal moderne.
Hommage à Lebret, p. 175.
157
séparation des fonctions de poursuite, d'instruction et de
jugement. Dans cette optique, le juge du jugement ne peut se
saisir d'une affaire directement sauf le cas d'infraction à la
police des audiences ou de citation directe et encore faut-il
« régulariser la situation » en permettant au procureur de
présenter ses observations en tant que maître des poursuites.
(a.341 C.P.P. ancien).
La même indépendance s'observe à l'égard du juge
d'instruction qui ne peut ouvrir une enquête que sur demande
du parquet sauf cas d'urgence ou de flagrance1. Et dans ce
dernier cas, il le fait à titre d'officier supérieur de la police
judiciaire habilité à procéder aux actes nécessités par
l'urgence ou la flagrance. Autrement et dans le cas d'une
instruction préparatoire, celle-ci ne peut être ouverte que sur
demande du ministère public. La seule exception à ce principe
est celle prévue à l'article 238 (ancien article 225) du C.P.P. qui
permet à la chambre correctionnelle d'ordonner une
instruction préparatoire ou d'étendre une instruction à des
personnes autres que celles incluses dans une instruction déjà
ouverte. En réalité dans les rapports du ministère public avec
le juge d'instruction on a pu souligner la prépondérance et un
contrôle quasi permanent du premier sur les actes du second.
L'indépendance du ministère public est encore très
apparente dans ses rapports avec les parties au procès,
qu'elles soient l'accusé, la victime de l'infraction ou la partie
civile. Non lié par la plainte de la victime d'une infraction, il
l'est aussi quant à tout ce qui peut intervenir entre les parties
au procès : désistement, retrait de plainte au profit de
l'accusé, transaction sauf les cas spécifiés par la loi. C'est que
le ministère public est partie au procès au nom de l'intérêt
1
- Et même dans cette situation, le juge d’instruction doit en référer au
représentant du ministère public.
158
général et non au nom de la victime de l'infraction ou de ses
ayants droit.
Cette indépendance du ministère public apparaît encore
au grand jour quand on se penche sur celle-ci vis à vis de ses
propres décisions et opinions. Les membres du ministère public
peuvent se rétracter et revenir sur leurs décisions chaque fois
qu'ils s'aperçoivent qu'ils se sont trompés ou qu'ils ont
demandé, par erreur ou par méconnaissance de certains faits,
une application donnée du droit. Et ceci ils peuvent le faire en
exerçant les voies de recours que sont l'appel et la cassation.
Cette "rétractation" s'applique aussi bien devant les décisions
du juge de l'instruction que devant celles rendues par les
juridictions de jugement. A ce propos, les magistrats du
ministère public, contrairement à ceux du siège, forment un
corps homogène exprimé par la règle de l'unité ou
l'indivisibilité du ministère public. Cela veut dire que l'acte
accompli par un de ses membres engage tout le ministère public
et, qu'au long d'un même procès, ils peuvent se remplacer les
uns les autres; chose inconcevable pour les juges de fond.
Enfin rappelons que malgré son statut de représentant
de la société, le ministère public garde une certaine marge
d'indépendance dans ses prises de position. Et si le supérieur
hiérarchique peut retirer le dossier à un de ses membres voire
le sanctionner par une mesure disciplinaire, l'une et l'autre
mesure ne vont pas sans inconvénient. La première risquerait
de perturber la marche de la justice et ouvrirait
éventuellement droit à un recours en annulation; la deuxième
exigerait une faute au sens administratif et solliciterait
l'intervention de l'autorité suprême puisque cette sanction
doit être prise par dahir.
159
c- Dans l'exercice de ses fonctions, le ministère public
peut engager sa responsabilité1.
1
- Voir articles 224 et suiv. du code pénal qui prévoit les abus d'autorité
émanant des fonctionnaires publics.
160
B- Autres sujets actifs de l'action publique.
161
Notons que la victime de l'infraction peut participer au
déclenchement de l'action publique en se constituant partie
civile devant le juge d'instruction ou le juge de fond, mais
s'attellera à sa demande de réparation.
162
elles sont des personnes morales de droit privé, leur
responsabilité ou celle de leurs dirigeants peut être engagée et
des sanctions appropriées sont prévues à cet effet : fermeture
d'établissement, liquidation, amende et même emprisonnement
pour les dirigeants...etc.
Le problème se pose autrement pour les personnes
morales de droit public (Etat, collectivités locales,
établissements publics...). Leur nature s'oppose,
théoriquement, à l'idée d'une action publique pour la simple
raison qu'elles émanent de l'Etat, symbole de la société et
"réalité intellectuelle et sociale"1. L'Etat c'est la société et
une action publique contre cette dernière est inconcevable car
il est inconcevable qu'elle se trouble elle-même. Cette fiction
juridique ne doit pas être confondue avec le cas du
fonctionnaire pénalement responsable d'infractions commises
dans l'exercice de ses fonctions? Le fonctionnaire même le
plus élevé dans la hiérarchie est potentiellement passible des
poursuites pénales. Mais l'Etat ou ses démembrements
peuvent-ils être civilement responsables? Certes, le droit
administratif prévoit l'hypothèse de la responsabilité
subsidiaire de l'Etat, mais notre question reste sans réponse
d'un point de vue strictement pénal. Toutefois, la logique veut
qu'une faute consciente du fonctionnaire n'entraîne pas la
responsabilité civile de l'Etat et pour éviter tout risque
d'insolvabilité du fonctionnaire fautif, il faudra peut-être
penser à créer un fonds de garantie ou une institution de ce
genre.
1
- Machichi Alami, Procédure pénale, Rabat, 1981, p. 167.
163
Abstraction faite des cas où intervient l'administration
ou la partie civile, le ministère public garde le monopole de
l'action publique. D'où le danger d'abus. Le législateur tout en
reconnaissant au ministère public la liberté de poursuivre ou
non lui apporte quelques réserves, mais réglemente cette
procédure par l'instauration d'un certain formalisme. Cette
liberté ou non de poursuivre se ramène au principe de
l'opportunité des poursuites et quand poursuite il y'a, elle doit
se faire selon certaines modalités précises.
A- Sens et contenu.
164
(d'instruction et de jugement) en raison de la séparation des
fonctions. Enfin, elle se manifeste à l'égard de la partie civile,
(victime de l'infraction).
Cette liberté de poursuivre ou non se justifie
essentiellement par le fait qu'étant le supérieur hiérarchique
de la police judiciaire, le parquet peut demander et concentrer
toutes les informations à même de lui permettre de décider de
l'opportunité ou non des poursuites. Une fausse qualification
des faits incriminés, leur prescription ou leur amnistie, leur
insignifiance, le risque d'une répression encore plus nuisible
qu'utile à l'ordre public...sont autant d'éléments qui peuvent
faire que le parquet décide de ne pas poursuivre. Autrement
dit, cette liberté du ministère public reste tributaire de
plusieurs considérations dont l’ampleur de l’infraction, le
dommage causé à l’ordre public et aux intérêts des tiers sont
autant d’éléments qui décident le ministère public. C'est là une
question de politique criminelle.
Il va sans dire que ce pouvoir du parquet peut
engendrer des abus dans les deux sens à savoir poursuivre
quand il ne faut pas vraiment ou l’inverse (ex. scandales où sont
mêlées des personnalités politiques ou celles ayant des
influences et qui sont souvent étouffés où l'inverse; poursuites
abusives suite à des animosités personnelles, ampleur moindre
d’un comportement dont la poursuite engendrerait des effets
plus néfastes...). Mais ces abus peuvent être ou limités par le
contrôle hiérarchique exercé sur les membres du parquet.
Toutefois, si le parquet décide de poursuivre son acte à
un caractère juridictionnel; dans le cas inverse, c'est à dire
dans le cas d'un classement sans suite, son acte reste une
mesure administrative non susceptible d'aucune voie de
recours et n'a pas l'autorité de la chose jugée. Le dossier est
archivé avec toutes ses pièces et le parquet peut à tout
moment le reprendre et déclencher les poursuites. Il en est
165
ainsi, à titre d'exemple, quand des éléments nouveaux
apparaissent et confèrent aux faits un caractère infractionnel.
L’alinéa 4 de l’article 40 est clair à ce sujet quand il stipule que
le ministère public transmet les procès-verbaux, plaintes et
dénonciations aux autorités chargées de l’instruction ou du
jugement ou les conserve par décision toujours révocable.
166
n'existent pas vraiment sauf à citer le cas de S.M. le Roi au
regard de sa position dans le système institutionnel et
judiciaire du pays1. Cette immunité, faut-il le dire, s'étend aux
membres de la famille royale.
L'immunité concerne également les parlementaires pour
les opinions exprimées en assemblée ou en commission sauf
quand les propos portent atteinte à la forme monarchique du
régime, à la religion ou au respect dû au Roi. En dehors de son
mandat, le parlementaire peut être poursuivi et a fortiori en
cas de flagrant délit.
D'autres empêchements définitifs ont trait à la
compétence du ministère public et plus exactement à son
incompétence.
Il en est ainsi des infractions commises par les
membres du gouvernement, certaines personnalités du rang du
conseiller du roi, des hauts magistrats...où c’est la chambre
criminelle de la Cour de cassation voire les Cours d’appels (pour
des magistrats de rang inférieur, certains officiers de la police
judiciaire..) qui interviennent2.
La démarche consiste à sortir de la procédure ordinaire
mais, est toujours diligentée et contrôlées par le ministère
public d’un rang supérieur ou relevant d’une juridiction dont le
ressort n’est pas celui de la personne poursuivie.
Ces immunités intéressent le droit interne.
1
- Avant 2011 l’article 23 de la Constitution considérait la personne du Roi
comme sacrée
L’Article 46 de la Constitution de 2011 dispose : « La personne du Roi est
inviolable, et respect Lui est dû. »
2
- Ceci suite à l’abolition de la Haute Cour (2011) et de la Cour spéciale de
justice (2004).
Voir infra dérogations aux règles de compétence territoriales.
Aussi livre II du code de procédure pénale.
167
Au niveau du droit international on parle plutôt
d'immunités diplomatiques. Elles concernent les chefs d'Etats
étrangers, les ambassadeurs et leurs familles. Il s'agit là d'une
coutume de courtoisie bien assise en droit international. En cas
d'infraction, le ministère public s'adresse au ministre de la
Justice qui transmet au ministre des Affaires Etrangères qui
informe son homologue étranger. L'Etat d'origine peut
rappeler et poursuivre son fonctionnaire. Mais l'immunité ne
s'étend pas aux coauteurs et aux complices de la personnalité
étrangère.
1
- Que se passe-t-il maintenant que la Cour spéciale de justice a disparu ?
168
Dans d'autres cas, une demande doit être formulée,
c'est le cas d'insultes à l'encontre de certains corps
constitués (tribunaux et Cours, armées de terre et de mer,
corps constitués et administrations publiques...). Ces corps
délibèrent et décident de la poursuite ou non (voir code de la
presse...journalisme). Dans le même ordre d'idées, on cite les
cas d'atteinte à l'honneur et d'insultes dirigées contre les
chefs d'Etats et leurs représentants diplomatiques.
Mais plus significatifs sont les empêchements
occasionnés par la nécessité d'une plainte de la victime. On
considère dans ces cas que le préjudice est beaucoup plus privé
que public. Ce sont les infractions commises entre parents :
adultère, vols, recel, abandon de domicile conjugal...etc.
L'intimité des ménages et l'option pour un règlement à
l'intérieur de la cellule familiale sont préférés à l'étalement de
ces affaires devant le grand public. Ces cas sont à rapprocher
de ceux où un avis (ou une autorisation) est demandé
préalablement aux poursuites car l'administration (c'est elle
qui est concernée dans ces cas), pour des raisons techniques,
doit être consultée et peut transiger et faire ainsi l'économie
d'un procès pénal (douanes, finances...).
D'autres empêchements temporaires englobent
l'hypothèse où la poursuite est conditionnée par une question
préjudicielle ou par la nécessité d'une mise en demeure.
La question préjudicielle n'intéresse pas les cas où
celle-ci est invoquée devant les tribunaux car cela suppose que
des poursuites ont été engagées. En droit marocain, il n'a
existé pour ainsi dire que le cas de l'art. 475/2 du code pénal
aujourd’hui abrogé :"Lorsque une mineure nubile ainsi enlevée
ou détournée a épousé son ravisseur, celui-ci ne peut être
poursuivi que sur la plainte de personnes ayant qualité pour
demander l'annulation du mariage et ne peut être condamné
169
qu'après que cette annulation du mariage ait été prononcée"1.
Cette disposition posait le problème du rapt de séduction
disparue ailleurs. Elle était maladroite et heurtait les principes
élémentaires des droits de l’Homme. Elle posait également le
problème de toute cette délinquance dirigée contre les mineurs
où ces derniers méritent une protection de leurs droits eu
égard à leur âge2.
Quant à la mise en demeure, elle a un rôle de preuve et
intervient dans les infractions comme l'abandon du domicile
conjugal ou le refus de paiement d'une pension alimentaire
allouée par la loi ou un jugement.
2- L'obligation de poursuivre.
1
- Cet article est abrogé par le code de 2015 et remplacé comme suit :
« Quiconque, sans violences, menaces ou fraudes, enlève ou détourne, ou
tente d'enlever ou de détourner, un mineur de moins de dix-huit ans197, est
puni de l'emprisonnement d'un à cinq ans et d'une amende de 200198 à 500
dirhams ».
2
- Le nouveau code de procédure, rappelons-le, a consacré plusieurs règles
concernant cette catégorie de délinquants. Il faut citer notamment les
articles 510 à 511 consacrés à la protection des enfants victimes de crimes
ou délits et les articles 512 à 517 consacrés à la protection de mineurs en
situation difficile.
170
la chambre criminelle, mais seulement pour un complément
d'information.
Enfin citons le cas de constitution de partie civile et
celui de l'intervention de l'administration publique. Dans tous
ces cas le parquet est obligé de poursuivre.
A- la citation directe.
1
- Mais, en France, c'est aussi un droit de la victime de l'infraction qui peut
l'obtenir par exploit d'huissier et constatée par un procès-verbal signé par
le prévenu.
2
- Toutefois, l’article 384 qui prévoient les moyens de saisine du tribunal de
1ère instance prévoit dans son alinéa 2 que celui-ci peut être saisi « par
citation directe que le procureur du Roi ou la partie civile délivre au prévenu
171
soumise à un formalisme strict ayant force d'un acte d'ordre
public et produisant par conséquent des conséquences
importantes.
172
en Océanie. Ces délais sont illogiques et correspondent plus à
un pays d'Europe.
173
fondé du réquisitoire voire à la découverte de ou d’autres
personnes impliquées dans l'infraction. Dans ce dernier cas,
ces personnes découvertes doivent être impliquées par le
réquisitoire. Autrement dit, le juge d'instruction doit
communiquer les informations au parquet et attendre la
décision d'opportunité. Un réquisitoire distinct ou
complémentaire, selon les cas, peut intervenir.
174
susceptibles d’aucune qualification pénale (article 92/3).
Ensuite et si le juge d’instruction prend une position différente
de celle du parquet, il doit prendre une ordonnance motivée.
Mais le parquet peut tout simplement demander l’ouverture
d’une instruction provisoire en cas de plainte non appuyée de
motifs ou de documents suffisants. Dans ce cas, le juge
d’instruction peut entendre toute personne mais comme
témoins en attendant que des accusations leurs soient
adressées expressément1.
Et si le parquet poursuit, il peut le faire par citation
directe ou par réquisitoire introductif d'instance quand une
instruction n'est pas obligatoire. Rappelons que la victime
d'une infraction pénale peut procéder par citation directe
devant la juridiction répressive, ce qui équivaut à sa
constitution de partie civile devant cette même juridiction.
Enfin la recevabilité définitive d'une constitution de
partie civile reste soumise à deux conditions : dépôt d'une
caution pour couvrir les frais du procès et élection d'un
domicile dans le ressort de compétence du juge d'instruction.
Dans le premier cas, c’est le juge qui décide de la somme au
regard des moyens matériels du plaignant qui peut tout
simplement bénéficier de l’aide judiciaire2. Dans le deuxième
cas et en cas de non élection d’un domicile, la partie civile ne
pourra pas invoquer la non notification comme moyen de
défense.
1
- Mais la personne peut demander à être entendu non comme témoin mais
comme accusé ; ce qui lui évite de prêter serment et de tomber
éventuellement sous le coup de faux témoignage. Le juge l’informe de ce
droit, l’informe de la plainte et consigner le tout dans un procès-verbal
(article 118).
2
- Quand l’accusé est un juge, fonctionnaire public ou auxiliaire rattaché à la
puissance publique et qu’il apparaît que l’Etat peut endosser la responsabilité
civile de l’accusé, le juge d’instruction en informe l’agent judiciaire du
royaume.
175
Notons enfin que la partie civile, le parquet ou l’accusé
peuvent contester toute autre demande de partie civile et que
le juge d’instruction qui s’aperçoit de son incompétence doit,
après les réquisitions du ministère public, rendre une
ordonnance de renvoi de l’intéressé devant la juridiction
compétente.
I- Le décès du prévenu.
176
quelle que soit le rang de la juridiction saisie. Mais l’action
civile demeure car l’action en réparation dirigée contre l’accusé
au départ, puis contre les héritiers à sa mort, est une dette qui
grève la succession. Il y a une transmission de l’action civile
avec le patrimoine. Aussi le décès de l'accusé, pendant le délai
d'exercice des recours contre la décision rendue, interdit au
ministère public et aux héritiers d'exercer ce recours sous
prétexte que la décision comporte une amende qui grève la
succession et les lèse de ce fait. Mais durant le renvoi et avant
qu’une juridiction « de renvoi » ne soit saisie, la juridiction
d’appel ou de cassation connaît des intérêts civils alors que
l’action publique est éteinte, et les héritiers sont recevables à
défendre leurs intérêts contre la partie civile.
Aussi et si le décès intervient alors qu’aucune décision
au fond n’est intervenue, la juridiction d’appel (correctionnelle)
ne peu connaître de l’action civile. Ainsi, la Cour suprême (Cour
de cassation) a donné raison à une Cour d'appel qui s’était
déclarée incompétente pour connaître de l’action civile
pendante à une action publique qui été engagée devant le
tribunal de 1ère instance alors qu’elle était prescrite1
Le complice ou le coauteur ne peut échapper aux
poursuites du fait du décès de l'auteur de l'infraction et
l'action civile existante subsiste contre les héritiers et les
civilement responsables éventuellement.
1
- Rapporté dans Hamdouchi. M. L’extinction de l’action publique, in Revue de
la sûreté nationale, n° 212. 2002, p. 7.
177
dont le plus curieux et douloureux à la fois reste l’adultère1. La
personne qui estime que son conjoint lui est infidèle doit
déposer une plainte sauf quand elle est en dehors du territoire
national auquel cas le ministère public, bien informé, pourra le
faire à sa place. Mais la preuve de l’adultère doit être faite
dans les formes strictes voulues par le législateur : un procès
verbal dressé par un officier de la police judiciaire constatant
l’adultère d’une manière flagrante, aveux contenus dans des
documents émanant du prévenu ou aveu judiciaire de ce même
prévenu (article 493 du C.P).
Le retrait de plainte ne profite jamais au complice et
s’il arrête les poursuites, il met aussi fin à l’exécution de la
condamnation.
Aussi on doit noter que la femme répudiée mais en
cours de la retraite de continence (ou ‘idda) est passible des
poursuites pour adultère car elle est toujours tenue par les
liens du mariage. La Cour de cassation a eu l’occasion de la
rappeler à maintes reprises.
Enfin, rappelons que le nouveau code de procédure
pénale s'est, en quelque sorte plié, à une mauvaise pratique
connue des bureaux des ministères publics et qui consistait
pour les plaideurs à demander l'engagement des poursuites puis
à se rétracter et à demander le retrait de plainte. Bien sûr
cette pratique a été circonscrite à des cas jugés futiles, mais
dont la peine peut, quand même, atteindre deux années
d'emprisonnement (voir article 372 et 41- voir infra : La
transaction).
1
- Nous employons ces termes car une telle infraction au Maroc comporte une
charge métaphysique et religieuse non négligeable. Pour une grande partie de
la population, elle constitue la plus grande des trahisons et le droit musulman
lui réserve un châtiment dur. Ailleurs, elle a été purement et simplement
abolie, et le législateur a estimé que la société est assez mûre pour régler
ses différends intimes en dehors des juridictions et de l’opinion publique.
178
III- La transaction.
1
- Ainsi le Pr. Hamdouchi rapporte quelques cas illustrant cette portée. Nous
en citons deux : « L’offre faite par l’appelant de souscrire aux fins du
demandeur, à condition que celui-ci le tienne quitte de tous dommages-
intérêts, astreintes et frais, ne constitue pas un désistement d’appel, mais
seulement une proposition de transaction qui, n’ayant pas été acceptée, laisse
subsister dans son entier le litige entre les parties » ou encore : « Une
transaction intervenue entre la victime et le coauteur d’un accident condamné
solidairement avec l’Etat à des réparations civiles, n’est pas opposable à ce
dernier, alors qu’il n’y a pas été partie et n’y a pas accédé »
179
(droit aux aliments)1. Valablement conclue, elle ne peut plus
être contestée même par les parties sauf à considérer leur
contrat comme un contrat commutatif. Elle doit aussi être bien
précise car elle ne s’applique qu’aux éléments sur lesquels elle a
été conclue. Mais elle peut être partielle et ne porter que sur
une partie de la somme due par exemple.
Aussi bien les personnes physiques que morales peuvent
transiger, mais l’Etat ne le fera que quand les administrations
mettent en mouvement l’action publique comme en matière de
douane et des eaux et forêts ou quand le prévenu consent à
payer l’amende comme c’est le cas en matière d’infraction au
prix.
A- La grâce :
1
- Voir article 1100 du dahir des obligations et contrats.
180
- du directeur de l'administration pénitentiaire ou son
représentant;
- d’un officier de l'Etat-major lorsque la peine est
prononcée par le tribunal permanent des Forces
Armées Royales.
Un fonctionnaire du ministère de la justice assure le
secrétariat.
Comme la libération conditionnelle, la grâce est une
mesure administrative (le sursis est prononcé par le juge;
l'amnistie par le législateur; la réhabilitation est tantôt
judiciaire tantôt légale).
La grâce peut être individuelle (demandée par la
personne elle-même, sa famille ou ses amis) ou collective
(accordée à l'occasion de certaines fêtes nationales).
La grâce peut être demandée avant ou pendant
l'exercice de l'action publique ou même quand une décision est
devenue définitive. Elle peut intervenir même devant la Cour de
cassation . Elle peut consister dans une commutation ou remise
partielle ou totale de la peine et abolir les effets de la peine
partiellement ou radicalement même en ce qui concerne les
incapacités et les déchéances. Elle ne concerne que l'infraction
pour laquelle elle a été demandée et octroyée.
Toutefois la grâce a des limites. Elle ne touche pas les
amendes prononcées à la requête des administrations
publiques, les frais de justice, les sanctions disciplinaires et les
mesures éducatives prononcées "en faveur" des enfants
mineurs. Elle ne touche pas non plus les mesures réelles et les
confiscations déjà réalisées tout comme elle ne porte pas
atteinte aux droits des tiers. Ses effets sont moins profonds
car la condamnation reste inscrite au casier judiciaire.
B- L’amnistie :
181
Elle a, à l’origine, le sens du pardon et prend la forme
d’une mesure collective contrairement à la grâce1. On a voulu
voir dans l’amnistie une mesure qui efface les faits délictueux
eux-mêmes réputés n’avoir jamais existé, mais cette acception
est erronée. Elle est plutôt une attitude s’orientant vers
l’effacement du caractère délictueux des faits. C’est en
quelque sorte la loi pénale qu’on voile aux dires d’un auteur.
L’amnistie est souvent décidée pour des raisons d’opportunité
politique.
L’amnistie prend effet à partir de la promulgation de la
loi la consacrant. Aucune poursuite ne pourra être entamée et
celles en cours tombent, mais laissent subsister l’action civile
devant la juridiction répressive. En revanche, lorsque l’action
publique n’a pas été engagée avant la promulgation de la loi
d’amnistie, les juridictions civiles restent compétentes pour en
connaître.
L’amnistie ne s’applique qu’aux faits qu’elle vise et
intéresse toutes les personnes impliquées dans ces faits
(caractère collectif).
1
- Certains voient dans l’amnistie une notion générique qui englobe la grâce ?
Voir Hamdouchi, op. cit. p. 9.
182
civils subsistent et leur réclamation doit se faire devant la
juridiction civile.
183
. Le jugement doit avoir été rendu par une juridiction
de l'ordre judiciaire et l'autorité de la chose jugée ne couvre
pas les mesures disciplinaires même celles rendues par une
juridiction de droit commun comme celles rendues par la
chambre correctionnelle contre les manquements
professionnels d'un officier de la police judiciaire.
. Le jugement ne doit pas être susceptible d'opposition,
d'appel ou de cassation.
Le jugement en question doit avoir porté sur les mêmes
faits et situations.
1
- Dans certaines sociétés méditerranéennes la vengeance est alimentée par
la croyance forte que l’âme de la victime d’un crime ne peut connaître le repos
éternel si elle n’a pas été vengée…
184
De toute façon, l'art. 5 du C.P.P. donne la règle des
délais de 15, 4 et une année (contre 20, 5, et 2 années dans
l'ancien système) de leur commission pour respectivement les
crimes, les délits et les contraventions1. La qualification légale
de l'infraction est la seule retenue pour la classification. Mais
si les circonstances atténuantes ne changent en rien la
qualification de l'infraction, les circonstances aggravantes, en
revanche, sont prises en considération dans l'appréciation des
faits incriminés. C'est là un aspect de la sévérité du code
pénal.
Aussi un mineur, victime d’infraction émanant de
descendants ou de ceux ayant autorité sur lui, verra le délai de
prescription courir à partir de sa majorité civile.
Toutefois le délai de prescription peut être interrompu
ou suspendu selon les cas.
Il est interrompu par tout acte de l’autorité judiciaire
(acte de poursuite ou d’instruction) et cette interruption
s’applique même aux personnes non englobées dans une
procédure qu’elles soient auteurs, coauteurs ou complice. Un
nouveau délai commence à courir à partir du dernier acte
effectué.
Par acte de poursuite ou d’instruction, il faut entendre
tout acte visant la recherche des auteurs de l’infraction, les
preuves ou ces ordres variés que peut donner le ministère
public ou le juge d’instruction à la police judiciaire tel que le
fait de requérir un témoignage, recevoir une plainte, faire un
1
- Il existe d’autres délais dits spéciaux par opposition aux délais de droit
commun et qui sont soient plus longs comme dans la justice militaire (un
déserteur ou un insoumis ne verra les délais Courir contre lui qu’à partir de
l’âge de cinquante ans) ; d’autres infractions sont imprescriptibles comme
c’est le cas, en général, pour les crimes contre l’humanité ; d’autres délais
sont plus Courts comme en matière des eaux et forêts, de la presse…Voir
Hamdouchi, op. cit. p. 11.
185
constat…etc. Il faut noter que les procès verbaux de douane ou
de gendarmerie sont interruptifs.
L’interruption s’étend aussi aux infractions connexes
même quand les poursuites ont été exercées séparément.
« C’est ainsi, écrit Hamdouchi, qu’une plainte avec constitution
de partie civile faisant état d’une opération complexe
déterminée, met l’action publique en mouvement et interrompt
la prescription à l’égard de toutes les infractions, même non
expressément qualifiées dans cette plainte qui ont été
commises à l’occasion de cette opération, et toutes les
infractions non visées résultant des agissements délictueux
commis par les dirigeants d’une société au cours du
fonctionnement de celle-ci » 1.
En revanche la suspension concerne les cas où il est
impossible d’agir pour des raisons provenant de la loi elle-
même. L’article 6 al. 4 prévoit cette situation et ajoute, dans
son al. 5, que le délai commence à courir de nouveau à partir du
moment où cette impossibilité a pris fin. La suspension
sauvegarde le délai déjà écoulé c’est à dire que ce délai est
pris en considération dans le calcul de la durée totale de la
prescription.
1
- Hamdouchi, op. cit. p. 12.
186
réservé à certaines personnes nommément limitées. Ce
problème revient, en définitive à celui de savoir quelles sont les
personnes actives et passives de cette action.
Elle doit être distinguée de l'action civile classique et
de l'action à fin civile; ce qui revient à poser le problème de
l'éclaircissement de sa signification, de sa finalité et des
personnes intervenantes (&. I) et celui de ses modalités (&. II).
187
éventuellement deux actions. Le cas pouvant servir d'exemple
est celui des coups et blessures provenant d'une mauvaise
manipulation d'un engin ou d'une machine; on aura une action
techniquement civile en réparation du dommage résultant des
coups et une action purement civile en réparation du fait de la
chose.
L'action à fin civile peut avoir une origine pénale, mais
elle a pour but l'exécution forcée d'une obligation légale ou
conventionnelle ou la résiliation d'une convention. Ces actions
existent notamment en matière de statut personnel et familial
comme l'action en vue d'obtenir un divorce judiciaire suite à un
adultère ou un abandon de domicile conjugal ou coups et
blessures...
L'action qui nous intéresse peut être exercée en même
temps que l'action publique voire servir au déclenchement de
cette dernière.
188
Seule compte la condamnation et pas forcément l'exécution de
la peine. La tentative et les actes préparatoires n'empêchent
pas l'action civile. Bien plus, la participation même de la victime
n'est pas un obstacle à l'action civile comme dans le cas de
l'acceptation d'un chèque sans provision.
* Il faut, enfin, une relation causale entre le préjudice
privé et l'infraction.
La réparation du préjudice privé peut prendre la forme
d'une réparation en nature ou par équivalent. la première prend
souvent la forme de restitution qui sont des applications de la
remise en l'état antérieur à l'infraction prévues à l'art. 106 et
suiv. du C.P. et qui prend la forme de remise à leurs
propriétaires légitimes des objets, sommes, effets
mobiliers...sous la main de la justice ou de publication du
jugement pratiquée souvent en matière de diffamation,
d'injures ou de dénonciation calomnieuse. La deuxième forme
consiste à attribuer à la victime de l'infraction l'équivalent des
pertes que lui a occasionné l'infraction. Elle a lieu
généralement dans les cas où les choses en question sont
fongibles ou ont disparu.
189
actionnant l’action publique, la victime de l’infraction demande
réparation du dommage civil ; mais si la personne n’est lésée
que d’un point de vue civil elle doit se constituer partie civile
devant le juge d’instruction (art. 92 C.P.P.)1 ou devant la
juridiction du jugement (art. 348 C.P.P.).
1
- Il est intéressant d’avoir à l’esprit ce qui a été dit auparavant ; les parties
du Cours de procédure pénale ne sauraient être complètement indépendantes.
190
Les syndicats des fonctionnaires et des professions ont
ce droit étant dotés de la personnalité juridique. Ils exercent
ce droit même quand le lien causal entre l'infraction et le
dommage n'est qu'indirect. En revanche elles perdent ce droit
quand l'infraction se limite au syndiqué ou lorsqu'elle
n'intéresse que l'ordre social.
Ce droit appartient aux associations quand elles sont
intéressées c'est à dire quand elles sont à but lucratif et on
leur assimile les sociétés. Quant aux associations
désintéressées, elles doivent prouver, en principe, un préjudice
personnel lié directement à l'infraction. Mais en réalité
l’article 7 du nouveau code de procédure pénale ne parle pas de
la personnalité juridique à propos des associations, mais
d’associations œuvrant dans l’intérêt général. Elles doivent, en
outre, être constituées depuis quatre ans avant la commission
de l’infraction dans les cas où l’action publique a été mise en
œuvre par le ministère public ou la partie civile.
191
Si la victime décède après des suites de l'infraction bien sûr,
les héritiers recueillent l'action civile comme élément du
patrimoine. Mais le préjudice doit être matériel (frais
médicaux et autres...) et la procédure devant le juge répressif
doit avoir été engagée du vivant de la victime, sinon ils doivent
l'exercer devant le juge civil attendu que le dommage qu'ils
invoquent est indirect. En revanche, un préjudice moral, donc
personnel, n'ouvre pas droit à une action civile des héritiers.
Dans le deuxième cas, celui où le décès de la victime de
l'infraction a été immédiat ou concomitant à l'infraction,
l'action civile naît dans le patrimoine des héritiers. Elle vise à
réparer le dommage matériel ou moral privé subi par les
héritiers.
Le droit français a une orientation légèrement
différente. Il distingue entre l'action exercée de son vivant
par la victime de l'infraction et celle qui n'a pas été
déclenchée de son vivant.
La première peut être continuée par les héritiers; la
deuxième ne permet d'intenter une action que pour dommage
matériel souffert par la victime. Mais en aucun cas, ils ne
peuvent se prévaloir du dommage moral. la victime de
l'infraction peut avoir pardonné à l'auteur de celle-ci. La
distinction englobe aussi le cas d'une infraction ayant entraîné
la mort immédiate de la victime. On estime dans ce cas que les
héritiers ont recueilli leur droit non de la victime, mais de la
mort (de la victime) et de ce fait leur action n'est pas
transmise. Ils ne peuvent exercer qu'une action en réparation.
La distinction englobe enfin le cas d'infraction après la
mort de la victime comme le cas d'atteintes à la mémoire du
défunt. Dans ce cas, le droit permet, sous certaines conditions,
l'exercice de l'action. Il faut, entre autres, que l'infraction ait
fait du tort aux ayants droit.
192
b- Les ayants cause de la victime.
193
contre toute personne susceptible de répondre civilement de la
réparation (article 8 C.P.P.).
1- L'auteur de l'infraction.
194
mort du délinquant, l'action civile est poursuivie devant la
juridiction répressive en vertu de l'art. 12 du C.P.P.
. La même règle s'applique quand l'action publique
tombe pour une cause d'extinction de cette action :
prescription, grâce, rétroactivité et disparition des lois...etc.
En réalité ces deux cas se trouvent englobés dans la
formule de l'art. 12 qui emploient le terme "...survenance
d'événements éteignant l'action publique...".
Mais qui doit dédommager ? L'ensemble des héritiers,
un seul ou la succession?
Les textes du droit marocain ne sont pas concordants
notamment les dispositions du D.O.C. (art. 186 et 229) qui
stipulent que les héritiers ne sont tenus de payer que leur part
de la dette héréditaire; celles de la procédure civile (art. 115)
qui font obligation au juge, ayant pris connaissance du décès de
l'une des parties, de convoquer ceux qui ont qualité pour
poursuivre l'action et les dispositions du droit musulman
(statut personnel) qui veulent que les dettes héréditaires
restent liées à la succession.
Ainsi dans le droit successoral marocain, les héritiers
ne sont tenus que dans la proportion de leurs héritages et il ne
saurait y avoir de passif sur leurs propres biens. Toutefois si
une réparation a été accordée, le prélèvement doit se faire sur
la succession avant tout partage. Le juge compétent reste le
juge civil sauf si l'action publique a été déclenchée auparavant
devant le juge répressif.
195
civile : frais du procès, réparation, restitution, publication du
jugement...Toutefois, la contrainte par corps ne peut en aucun
cas avoir lieu (art. 676 du C.P.P.).
Dans cette responsabilité, on distingue généralement
entre :
* les responsables civils du fait d'autrui. Ce sont les
pères, mères pour les mineurs sous leur garde et à leur charge;
les commettants et artisans pour les faits des préposés ou des
apprentis, les instituteurs et enseignants remplacés par l'Etat
et ce depuis 1942.
* les hôteliers et aubergistes sont responsables des
faits que peuvent commettre les personnes inscrites sur leurs
registres sous de faux noms ou non inscrits.
* l'Etat a une responsabilité qui pose des problèmes. Il
n'y a pas lieu ici de distinguer le cas traditionnel de faute
personnelle et de faute de service. En ce qui nous concerne, il y
a infraction pénale et l'Etat ne semble pas devoir répondre de
celle-ci quand elle est commise par un fonctionnaire sauf les
cas spécifiés par la loi (cas des enseignants, dommages causés
par un véhicule administratif...). La règle veut que :"L'Etat et
les municipalités ne peuvent être poursuivis à raison de ces
dommages qu'en cas d'insolvabilité des fonctionnaires
responsables" (art. 80. al. 2 du D.O.C.) ne s'applique qu'en cas
d'insolvabilité du fonctionnaire responsable de l'infraction.
Mais même dans ces cas l'extension de la règle semble difficile
à envisager en cas d'infraction pénale. Toutefois la
responsabilité civile pure est fréquente même fondée sur
l'infraction. Il suffit de démontrer l'insolvabilité de
l’infracteur.
196
Ces modalités doivent être distinguées des conditions
d'exercice de l'action civile. Et si les conditions se ramènent à
la capacité d'ester en justice, au fait que l'action doit tirer
son origine d'une infraction pénale et, enfin, au fait que le
dommage souffert doit présenter certains caractères, les
modalités tournent autour du problème de l'option offerte à la
victime d'agir soit devant le juge pénal soit devant le juge civil.
C'est la victime qui décide en optant.
197
- cas où la juridiction compétente au pénal est une
juridiction d'exception.
Inversement l'action civile doit obligatoirement être
portée devant le juge pénal quand :
- l'action est née de délits de diffamation contre les
corps constitués sauf cas d'amnistie ou du décès de
diffamateur;
- cas où l'action civile est née de la responsabilité des
instituteurs pour dommages causés à des élèves ou par des
élèves à d'autres élèves (substitution de l'Etat).
1
- Ce principe d’irrévocabilité de l’option devant le juge civil connaît une
exception prévue à l’alinéa 2 de l’article 11. En effet, la partie lésée – dont
l’affaire est devant le juge civil- peut aller devant le juge pénal quand c’est le
ministère public qui saisit la juridiction pénale avant que la juridiction civile
n’ait statué sur le fond.
198
B- L'exercice de l'action civile.
1
- Voir supra.
199
publique vient à s'éteindre au niveau de l'instruction, la victime
civile de l'infraction doit se rabattre sur la voie civile.
L'instruction n'est qu'une phase du procès pénal qui peut
aboutir à un non lieu d'un point de vue poursuites pénales
évidemment.
Sur un autre plan, l'action publique est considérée
comme déclenchée dès la réception par la victime de la
notification de se présenter à la juridiction ou dès sa
déclaration orale à l'audience de son intention de se constituer
partie civile. Mais si l'action publique est éteinte avant, la
juridiction répressive devient incompétente pour statuer sur
l'action civile. La nécessité d'une action publique avant, même
si elle vient à disparaître, ne permet l'option devant le juge
civile qu'au niveau du tribunal de première instance et non au
niveau de l'appel.
La deuxième condition de fond exigée est la
condamnation de la personne poursuivie; autrement l'action
civile n'a pas lieu devant le juge pénal.
Au niveau de la forme, la victime, demanderesse à
l'action civile, peut agir personnellement par voie de citation
directe, par plainte avec constitution de partie civile ou par
constitution initiale de partie civile devant le juge d'instruction
dans les affaires où l'instruction est obligatoire. En outre, elle
peut agir par voie d'intervention si le ministère public a déjà
déclenché l'action publique. Cette intervention peut avoir lieu à
l'instruction ou à l'audience jusqu'à la clôture des débats. la
constitution de partie civile pour la première fois devant la
juridiction d'appel est irrecevable.
Pratiquement, la partie civile formule une plainte au
juge d’instruction qui en informe le ministère public (voir
supra) et qui inclut dans ses investigations cette demande. Elle
peut se constituer partie civile devant la juridiction du
jugement et dans ce cas, elle doit déposer au greffe (avant
200
l’audience) ou entre les mains du président un mémoire où elle
précise ses conclusions le montant des dommages-intérêts
espérés. Le mémoire doit en outre permettre l’identification du
demandeur, de l’infraction origine du dommage et les motifs
justifiant cette demande. Elle doit, bien sûr, s’acquitter de la
taxe judiciaire ; le récépissé faisant foi (voir les articles 348 à
350 du C.P.P.).
Quant aux avantages et aux inconvénients de cette
démarche, ils découlent de l'idée principale que le juge pénal,
statuant sur l'action civile est un juge d'exception. Il reste
que parmi les avantages on peut avancer : la rapidité et « la
simplicité » de la preuve. Le procès civil est d'ordinaire plus
lent et exige des formalités plus complexes imposées par le
principe de la légalité des preuves. En outre, le juge civil, même
saisi, ne peut statuer que lorsque le juge pénal aura rendu son
jugement et se sera prononcé sur la responsabilité pénale de
l'accusé.
Les inconvénients se ramènent essentiellement au
risque pour le demandeur à l'action civile de se voir inculpé de
constitution de partie civile abusive. Devenue partie au procès,
elle ne pourra plus déposer comme témoin.
201
doit surseoir à statuer sur l'aspect civil jusqu'à ce que le juge
pénal ait statué sur la question de la responsabilité pénale. Cela
découle du fait évident que les deux actions entretiennent des
rapports étroits.
202
engendrer. Toujours est-il que le préjudice ne doit pas
supposer la participation de la victime.
S'agissant de l'exercice des deux actions, deux
situations peuvent se présenter :
* Le juge pénal est saisi des deux actions. S'il retient
la responsabilité pénale du délinquant, il doit obligatoirement
se prononcer sur la réparation civile. S'il acquitte ou relaxe, il
ne peut retenir la réparation civile.
* Les deux actions sont exercées en même temps, mais
devant des juridictions différentes, mais compétentes. Dans
ces cas l'action civile exercée devant le juge civile est fondée
sur une infraction portée devant le juge pénal se voit appliquer
la règle :"Le criminel tient le civil en l'état". Le juge civil reste
indépendant dans l'appréciation de l'affaire, mais doit
attendre la décision du juge pénal afin, entre autres, d'éviter
des contradictions. En outre la question de la responsabilité
pénale ressemble à une question préjudicielle qu'il faut
résoudre.
Enfin il faut respecter la gradation dans ce sens que
l'action publique reste tout de même plus importante que
l'action civile non seulement parce que cette dernière dépend
d'elle, mais parce que le procès pénal et la responsabilité qui en
découle sont plus importants.
***
203
Partie II. Le procès pénal en
mouvement.
***
204
Chapitre I. L’enquête préliminaire.
1
- Dans le sens d’une identification de l’individu seulement.
205
plus de la préparation d’un dossier sur l’infraction, elle permet,
quand une instruction préparatoire n’est pas prévue, d’avoir des
éléments sur cette même infraction.
En droit, cette enquête est toujours effectuée par les
membres de la police judiciaire sous le contrôle du parquet. En
pratique ces actes sont souvent effectués sans que le parquet
soit obligé de le demander.
A- Plaintes et dénonciations.
206
de police judiciaire ou au procureur du Roi ou même au juge
d’instruction par une personne ayant subi un dommage.
Par définition, elle émane de la victime qui doit donner
toutes les informations possibles sur le préjudice, le temps et
l’espace de celui-ci. Aussi doit-il mentionner, si possible, le nom
de l’auteur ou du suspect dans la mesure où il est connu. La
plainte reste une source importante de renseignements à
l’origine, très souvent, de l’enquête préliminaire. Mais cette
dernière utilise rarement des moyens de pression qui –même
utilisés- sont moins infamants que les moyens juridictionnels
dans ce sens que l’honneur de la personne, objet de la plainte,
n’est pas en principe touché. C’est sans doute la raison pour
laquelle la loi ne soumet la plainte à aucune forme ou condition
particulière. L’O.P.J. reçoit la plainte, l’enregistre et la fait
signer par son auteur ; le tout sous forme d’un procès-verbal
(voir infra). La notion de plainte osée (ou hardie) n’apparaît
qu’en cas de constitution de partie civile où les suspects
risquent des désagréments.
Parfois la plainte s’avère inutile car disproportionnée au
dérangement qu’elle peut provoquer, d’autres fois elle ne se
fait pas pour des raisons de morale, de pudeur ou de gêne
(affaires de mœurs) ou même de crainte (cas du chantage).
Mais il arrive que les tiers prennent sur eux de faire connaître
l’infraction aux autorités compétentes.
2- La dénonciation.
1
- Voir à ce sujet le Pr. Machichi Alami, Procédure pénale (en français).
207
aux articles 209 et 210 C.P. et relative aux actes visant les
atteintes à la sûreté de l’Etat. Une autre application est prévue
à l’art. 42 du C.P.P. qui met à la charge de tout dépositaire
d’autorité publique qui, dans l’exercice de ses fonctions,
apprend la commission d’une infraction d’en informer le
procureur du Roi en lui transmettant tous les renseignements
et documents utiles. Il sera souvent question de la découverte
de faux, de détournement de fonds...etc. mais les autres
infractions même celles extérieures à l’administration ne sont
pas à exclure. On a voulu voir dans cette forme de dénonciation
une sorte de collaboration entre l’exécutif et le judiciaire
sanctionnée par des mesures disciplinaires. Mais les règles
relatives au secret professionnelles doivent être respectées
comme le veut la loi.
- La dénonciation comme devoir de nature morale
prévue à l’art. 43 du C.P.P. qui oblige toute personne témoin
d’une atteinte à la paix publique ou à la vie ou biens d’une
personne d’en informer le procureur du Roi. Malgré son
apparence autoritaire, elle reste une obligation morale qui
incombe à tout citoyen. Elle signifie généralement une
indignation et a un rôle dans les cas où la victime s’abstient de
porter plainte. Certains auteurs l’assimilent à une sorte de
démocratisation de la justice, mais le dénonciateur ne doit pas
avoir un intérêt personnel.
Le Maroc n’a pas encore dans son arsenal législatif
quelque chose comme les lanceurs d’alerte1.
1
- Voir Loi n° 2016-1691 du 9 décembre 2016 relative à la transparence, à la
lutte contre la corruption et à la modernisation de la vie économique dite loi
Sapin 2.
Le lanceur d’alerte n’est pas un délateur. Il est de bonne foi et animé de
bonnes intentions alors que le délateur est une personne vile et pitoyable.
208
est motivée par un intérêt égoïste (haine, méchanceté,
récompense...etc.). Dans ces cas, la réalité est souvent
déformée et il faut prendre avec beaucoup de méfiance les
dénonciations anonymes. Si parfois elles correspondent à
l’imminence d’une infraction elles peuvent, d’autres fois, être
calomnieuses et constituer une infraction.
- La dénonciation peut tout simplement être
calomnieuse susceptible de constituer un délit correctionnel et
tomber sous le coup de l’art. 4451. Elle consiste à déclarer
vrais des fais faux avec intention de nuire. Quand elle est
invoquée, elle est examinée à titre de question préjudicielle.
Cette dénonciation doit être distinguée de la
dénonciation osée et de celle fondée sur une erreur excusable.
Ces deux dernières peuvent être basées sur la bonne foi du
dénonciateur alors que la dénonciation calomnieuse se fonde
sur une volonté de nuire.
209
Le rapport est plus un moyen de communication au sein
de l’administration.
Le nouveau code de procédure pénale définit le P.V.
comme étant le document écrit que rédige un officier de la
police judiciaire dans l’exercice de ses fonctions et qui
contient ce que l’officier a reçu comme déclarations ou ce qu’il
a effectué comme actes rentrant dans ses compétences
(article 24 C.P.P.).
Mais à suivre-le même code notamment ces articles
289 à 292- on peut constater que le code distingue entre trois
sortes de procès-verbaux.
Les procès-verbaux n'ayant qu'une valeur d'actes de
renseignements. Ils ne se distinguent pas des écritures privées
et leur origine officielle ne les empêche pas d'être soumis au
régime juridique de ces écritures (article 291 CPP).
La deuxième catégorie est constituée par ce qu'on peut
appeler des procès-verbaux ordinaires rédigés par la police
judiciaire pour constater les délits et les contraventions
courants. On peut prouver leur contraire sans passer par la
procédure compliquée de l'inscription de faux (art. 291 du C. P.
P.).
La troisième catégorie de procès verbaux a une valeur
quasi absolue. Ils sont rédigés par les membres de la police
judiciaire dans les conditions de fond et de forme étudiés. La
preuve contraire par écrit ou par témoignage ne les atteint pas
et la rétractation même de leurs auteurs n'y peut rien. Leur
force ne peut diminuer que si leur caractère faux est
démontré par une instance pénale sous forme de question
préjudicielle (inscription de faux-article 292 C.P.P). Le juge les
entérine et ne peut que demander des éclaircissements à leurs
délits et les contraventions font foi jusqu’à la preuve du contraire par tout
moyen de preuve ».
210
auteurs.
Pour qu’un P.V. soit légalement reconnu, il doit remplir
certaines conditions.
Au fond, le P.V. doit émaner d’une autorité compétente
et contenir des constatations personnelles. La compétence de
l’autorité ayant rédigé le rapport est apprécié sur le double
niveau territorial et matériel. Si la première n’est enfreinte
souvent qu’en cas d’urgence, la deuxième a ses bases dans le
fait que le code de procédure pénale attribue certaines
compétences d’O.P.J à des fonctionnaires n’appartenant pas au
corps de la police judiciaire strictement entendu (eaux et
forêts, douane, chemin de fer et transport...etc.) (Voir article
289 du C.P.P.).
Quant aux constatations elles doivent être objectives
quelle que soit leur forme : faits observés, déclarations reçues
ou opérations effectuées. Autrement dit l’O.P.J ne doit ni
qualifier ni porter un jugement sur les constatations sinon son
travail se réduirait à une simple information.
Les conditions de forme sont plus importantes1. En
réalité la loi n’impose aucune forme, mais les administrations
ont entériné un formalisme déterminé. Le C.P.P, quant à lui, ne
parle que de l’écrit, des éléments d’authentification, des
documents complémentaires et des délais de transmission.
La rédaction du P.V. est obligatoire en dépit de
l’expression : procès-verbal. (Procès de ce qui a été dit
verbalement ?). Il doit être rédigé en arabe et signé par son
rédacteur qui doit mentionner, en outre, le lieu de son travail,
sa qualité, la date et l’heure de la réalisation de l’acte et de
celles de la confection du P.V. s’ils n’ont pas été effectués en
1
- L’article 289 C.P.P parle surtout de la forme. Voir surtout l’article 24 du
même code
211
même temps1. Si le déclarant est un prévenu l’officier de la
police judiciaire doit l’informer des faits à lui reprocher. Le
P.V. est lu par l’O.P.J. ou le déclarant qui doit signer le
document et, en cas de rature, d’adjonction ou de rectification
mention doit être faite de celle-ci et une autre signature doit
intervenir2.
Bien sûr si le déclarant ne sait pas ou ne veut pas
signer, mention doit être faite dans le P.V.
Enfin si le poursuivi ne parle pas ou ne comprend pas
bien l’arabe un « interprète » ou quelqu’un qui comprend son
idiome doit être désigné.
L’authentification signifie l’objectivité et la certitude
de ce qui a été rapporté. La signature de toutes les pièces par
l’auteur du P.V. est obligatoire et la mention de sa qualité
(question de compétence) l’est également. Le P.V. doit
comprendre ou plutôt être accompagné de toutes les pièces et
titres qu’il conteste.
En ce qui concerne les délais, les articles 23 et 71 du
C.P.P précisent que la communication au parquet doit
s’effectuer immédiatement après la fin de l’enquête, mais cela
n’intéresse que les situations de fin d’enquête et de flagrance.
Le reste des situations revient en général au fait que c’est le
ministère public qui décide des délais. Ce dernier reçoit
d’ailleurs la communication sous forme d’original du P .V et de
deux copies certifiées conformes de l’original. Certifier par
qui ? Les textes ne disent rien, mais certainement par le
supérieur hiérarchique de l’O.P.J.
Ces formalités non observées, le P.V. ne reste pas moins
valable mais perd sa force probante pour n’être qu’une source
1
- Un P.V. d’écoute, par exemple, doit mentionner la qualité de celui qui fait la
déclaration, le numéro de sa carte d’identité nationale, les questions et
réponses.
2
- Voir les articles 23 et 24 du C.P.P. pour tous ces détails.
212
d’information (article 291 C.P.P.). La pratique voit rarement des
P.V. défectueux car le procureur du Roi peut à tout moment de
cette phase faire rectifier la défectuosité ou la gaucherie du
rapport.
Soulignons enfin qu’il est possible d’attaquer les procès-
verbaux par tout autre moyen de preuve (article 290 C.P.P.),
mais certains ne peuvent être contredits que par la procédure
de l’inscription en faux en l’occurrence les P.V. auxquels il est
reproché d’être faux.
213
définitivement des rangs de la police judiciaire. L’officier
condamné peut se pourvoir en cassation dans les formes
ordinaires, mais ne bénéficie d’aucun appel eu égard à la nature
de ses fonctions !
Si les faits constituent un crime, la chambre renvoie
l’affaire au procureur général. Notons enfin que ces
dispositions intéressent toutes les personnes et fonctionnaires
agissants, dans leurs fonctions, comme membres de la police
judiciaire.
Toutefois, dans l’exercice quotidien de leurs fonctions,
les membres de la police judiciaire sont soumis au contrôle du
ministère public. Quant aux modalités de la surveillance, elles
sont réglementées dans le sens d'obligations qui pèsent sur les
membres de la police. De quelle manière ?
D'abord les membres de la police intervenant dans
l'enquête préliminaire doivent informer le parquet des
infractions dont ils ont eu connaissance et par la même
occasion lui transmettre les plaintes, dénonciations et les
procès-verbaux établis. Dès la clôture des opérations, ils
doivent lui communiquer l'original et les copies certifiées
conforme de tous les P.V. ainsi que les documents annexes et
les objets saisis. En cas d'infraction flagrante, ils doivent
immédiatement l'avertir.
Comme certains auteurs l'ont remarqué, cette
centralisation de l'information criminelle permet à un
magistrat "d'orienter la politique criminelle", mais surtout
permet d'éviter que la police ne s'arroge le droit de donner
aux infractions les suites qu'elle veut.
Ensuite, l'intervention du parquet permet de donner
une impulsion aux enquêtes qui risquent de s'éterniser entre
les mains de la police. D'ailleurs le contrôle du ministère public
se matérialise dans l'obligation de demander une autorisation à
celui-ci pour l'accomplissement des actes les plus significatifs
214
comme la prolongation du délai de la garde à vue.
Enfin, le procureur peut tout simplement prendre en
main la direction de l'enquête en cas de flagrance; ce qui ne
diminue en rien son contrôle lors de l'enquête préliminaire; bien
au contraire.
215
individus, mais c'est plutôt l'abus auquel elle peut prêter qui
est difficile à circonscrire. Là encore surgit le problème
inévitable des hommes qui, dans le pire des cas, peuvent abuser
de certains pouvoirs comme celui qu'a le magistrat instructeur
avec l'arme que constitue la détention préventive.
C'est pour cette raison que l'enquête préliminaire fait
l'objet, dans les législations d'aujourd'hui, d'une
réglementation minutieuse.
Au Maroc, les articles 18 et suiv. consacrent la légalité
des fonctions de la police judiciaire et l'art. 18 du C.P.P stipule
que la police "...est chargée...de constater les infractions à la
loi pénale, d'en rassembler les preuves et d'en rechercher les
auteurs.". Elle le fait ordinairement dans le cadre d'une
enquête préliminaire dont les principaux actes sont la
recherche des renseignements et indices matériels dont la
fouille des domiciles, l'audition de toute personne susceptible
de contribuer à la manifestation de la vérité, la garde à vue et
éventuellement les arrestations ; le tout sous le contrôle et
avec l’aval du représentant du ministère public.
1
- La preuve en est les articles 78 à 82 consacrés à l’enquête préliminaire et
qui sont une reprise fidèle de ce qui a été dit à propos de la flagrance.
D’ailleurs l’article 79 à propos des perquisitions et 82 concernant la garde à
vue renvoient aux dispositions consacrées à la flagrance. L’article 80
consacre les mêmes dispositions à propos de la garde à vue, de la présence ou
non de l’avocat et l’article 81 reprend les mêmes dispositions quant à la fouille
corporelle.
216
différence majeure entre les deux reste l'urgence que
requiert la flagrance.
I- Définition de la flagrance.
217
la clameur publique ou porteur d'objet attestant sa
participation à l'infraction);
- L'infraction assimilée à l'infraction flagrante; celle
commise à l'intérieur d'un domicile dont le chef sollicite
l'intervention des autorités compétentes. Cette dernière est
différente de l'appel au secours et des frictions familiales.
Quant à la notion du domicile, elle doit être entendue dans un
sens large qui est celui de l'art. 511 de code pénal qui stipule :"
Est réputée maison habitée, tout bâtiment, logement, loge,
tente, cabine même mobile, qui, même sans être actuellement
habité, est destiné à l'habitation et tout ce qui en dépend
comme cours, basses-cours, granges, écuries, édifices qui y
sont enfermés, quel qu'en soit l'usage et quand même ils
auraient une clôture particulière dans la clôture ou enceinte
générale".
218
par les O.P.J., le représentant du ministère public ou le juge
d'instruction. L'arrivée de ce dernier sur les lieux de
l'infraction dessaisit le procureur du Roi et l'arrivée de celui-
ci dessaisit l’O.P.J1. Dans la pratique c'est l'O.P.J. qui effectue
ces actes. Ces opérations ont un caractère administratif et non
judiciaire car ces magistrats interviennent comme supérieurs
hiérarchiques et non comme juges.
Les opérations de la flagrance n'ont pas non plus le
caractère d'actes d'instruction, mais le procureur du Roi jouit
de pouvoirs exorbitants car il interpelle, interroge, place sous
mandat et défère devant la juridiction du jugement c'est à
dire qu'il accompli les actes du juge d'instruction notamment
quand il s'agit de crimes non susceptibles d'instruction.
De toute façon, l’O.P.J. qui apprend la flagrance doit en
informer immédiatement le parquet, se déplacer sur les lieux
et effectuer tous les actes nécessaires à la conservation des
preuves et de tout ce qui peut aider à la manifestation de la
vérité (article 57 C.P.P.).
Ceci étant, les actes de procédure en cas de flagrance
peuvent se ramener à deux catégories d'actes : actes appliqués
aux personnes et actes appliqués aux choses.
1
- Dans le souci de respecter la hiérarchie le code va jusqu’à faire obligation
au représentant du ministère public de demander d’effectuer l’instruction au
juge chargé de cette tâche dans le cas où ils arrivent tous ensemble sur les
lieux. (Article 75).
219
A- La garde à vue.
1
- Cependant, s’il s’agit d’une infraction portant atteinte à la sécurité
intérieure ou extérieure de l’Etat la garde à vue est de quatre vingt seize
heures prorogeable une seule fois (article 66/3).
220
judiciaire du déroulement de la garde à vue dans des conditions
légales : indication de l’identité du gardé à vue, cause de la
garde à vue, son début et sa fin, durée de l’interrogatoire, celle
des repos accordés, état de santé du gardé à vue et
l’alimentation offerte
Le registre doit être signé de l’officier et de la
personne interpellée. Dans l’impossibilité de signer ou de refus,
mention doit être faite sur le document. Le registre doit être
présenté au procureur au moins une fois par mois afin de
signature et de contrôle. Bien plus, l’officier de police
judiciaire a l’obligation d’informer le parquet quotidiennement
des personnes gardées à vue durant les vingt quatre heures
précédentes. D’ailleurs ce dernier peut mettre fin à la garde à
vue à n’importe quel moment. L’article 67 reprend les mêmes
indications pour un P.V. d’audition d’une personne gardée à vue.
La personne gardée à vue jouit de certains avantages
d’inégale valeur. D’abord l’officier qui décide la garde à vue doit
informer sa famille par tout moyen et mention de cet acte doit
figurer sur le P.V. Mais plus importante est l’assistance d’un
avocat. Seulement le code de procédure pénale, dans son
article 66 /4 soumet cette assistance à la condition de
prorogation de la garde à vue et à l’accord du représentant du
ministère public.
Ce contact avec l’avocat qui peut avoir lieu dès la
première heure de la prorogation ne peut dépasser une demi-
heure et se passe sous le contrôle de l’officier de police
judiciaire.
Dans l’impossibilité d’entrer en contact avec le parquet,
l’officier de police judiciaire peut autoriser cette entrevue,
mais doit la mentionner dans un P.V. qu’il envoie immédiatement
au premier.
Enfin le parquet peut retarder cette entrevue sur
demande de l’officier de police judiciaire et il le fera chaque
221
fois qu’il s’agit de certaines infractions telles que celles
touchant la sécurité de l’Etat, la constitution d’association de
malfaiteurs, d’assassinat, d’empoisonnement, de séquestration
avec demande de rançons, de contrefaçon de la monnaie ou de
bons de trésor, de terrorisme, de stupéfiants et produits
agissant sur le cerveau, d’armes ou de munition ou d’infractions
liées à la santé publique. Mais ce retard ne peut et ne doit
dépasser quarante huit heures à partir de la première
prolongation
L’assistance d’un avocat, est une chose positive malgré
les critiques qui lui ont été adressée1. Mais il y a dans la façon
de faire du code quelque chose qui gâche ce droit. Pourquoi, en
dehors de certaines infractions, une autorisation du parquet, la
surveillance de l’officier et le délai de trente minutes ? Un
droit doit être complet ou ne pas être du tout !
L’avocat qui prend contact avec le prévenu ne doit rien
divulguer, mais il peut déposer auprès du parquet ou de la
police judiciaire tout document ou observations écrites.
Naturellement une garde à vue arbitraire est annulable
suite à un contrôle juridictionnel et l'O.P.J. peut même engager
sa responsabilité.
Enfin, elle doit être distinguée d'une mesure voisine;
celle où l'O.P.J. interdit à toute personne de s'éloigner des
lieux de l'infraction.
1
- Notamment celui de confondre la situation d’un simple prévenu avec celle
d’un véritable accusé.
222
de circuler alors qu’aucun jugement n’a été rendu. Mais le code,
et toujours en cas de flagrance, prévoit plus grave encore : le
dépôt en prison. Il s’agit d’une détention préventive qui ne dit
pas son nom.
Les articles 73 et 74 du CPP parlent respectivement
des cas d’un crime et d’un délit flagrants.
Dans le premier cas et si une instruction n’est pas
obligatoire, le procureur général ou un de ses substituts, peut
interroger le prévenu et l’informer qu’il peut désigner un avocat
ou celui-ci lui sera désigné par le président de la chambre
criminelle. L’avocat assiste à cet interrogatoire et peut
produire tout document ou écrit en faveur du prévenu comme il
peut demander à ce que son client soit consulté par un médecin.
Le procureur général apprécie cette demande et doit
l’ordonner chaque fois qu’il constate lui-même des traces de
violence et a fortiori quand la victime est un mineur. Dans son
interrogatoire, le procureur général peut recourir à l’aide d’un
traducteur ou de toute personne qui communique bien avec le
prévenu. S’il juge l’affaire en état d’être jugée, il ordonne
l’incarcération du prévenu et son renvoie devant la chambre
criminelle dans un délai de quinze jours au plus tard.
S’il s’agit d’un délit susceptible d’emprisonnement et si
le prévenu ne représente pas de garantie de comparution, le
procureur peut ordonner sa mise en prison et l’informer de la
possibilité de désigner un avocat qui agit comme dans le cas
précédent.
L’avocat peut proposer une caution matérielle ou
personnelle contre remise en liberté. Acceptée, cette caution
doit être précise et comporte l’obligation de « représentation
de l’inculpé à tous les actes de procédure et pour l’exécution du
jugement » ainsi que le paiement des sommes décidée, dit
223
l’article 1841.
Si le dépôt en prison a été décidé, le prévenu comparaît
dès la première audience tenue par le tribunal qui ne peut se
situer au delà de trois jours de son arrestation. Mais il peut
demander un report qui, accordé, ne peut être inférieur à
moins de trois jours. Le non respect de ces délais entraîne la
nullité du jugement. Quant aux témoins, ils sont convoqués
oralement par un officier de police judiciaire, un auxiliaire de
justice ou de la force publique et leur présence est obligatoire
sous peine d’amende pouvant aller de 1.200 à 12.000 dirhams
(article 128 du C.P.P.)..
1
- En effet l’article 184 précise ces sommes dans l’ordre suivant : les frais
engagés par la partie civile ; les sommes à restituer et les dommages-intérêts
ou les sommes dues à l’occasion d’une pension alimentaire éventuellement ; les
frais engagés par le demandeur à l’action publique ; les amendes.
224
de la part de la personne sollicitée entraînera un
emprisonnement de un à dix jours et /ou une amende de 200 à
1.200 dirhams.
1
- Ce sont celles touchant à la sécurité de l’Etat, aux associations criminelles,
assassinat ou empoisonnement, séquestration de personnes et prise d’otages,
falsification et fraude en matière d’argent ou de bons de l’épargne publique,
les stupéfiants et autres matières ayant une influence sur le cerveau, les
armes, munitions et explosifs, infractions relatives à la santé publique
(article 108 du C.P.P.).
225
président doit donner suite à cette demande en la confirmant,
la réformant ou l’annulant. Dans ce dernier cas, les écoutes
doivent cesser et les actes réalisés sont considérés comme
inexistants. La décision du premier président est inattaquable.
Si la demande est retenue, les opérations se déroulent sous le
contrôle du juge d’instruction ou du procureur général selon les
cas.
226
l’instruction, peut demander au juge d’instruction d’effectuer
ce déplacement chaque fois que la nécessité de l’enquête
l’exige. Et Le juge d'instruction agit comme un O.P.J et non
comme un magistrat sauf quand il est saisi par le parquet. Mais
l’un et l’autre doivent dresser des P.V.
Cette opération du transport sur les lieux est très
importante car d'elle dépendra, dans une large mesure, la
réunion des preuves et indices indiqués à l'art. 57 du C.P.P.
C'est dans cette optique que le code prévoit des sanctions
contre quiconque modifie les lieux du crime ou fait acte
d'obstruction à la justice comme il a été mentionné ci-haut1.
B- Les perquisitions.
1
- En effet l’article 58 du C.P.P. prévoit une sanction sous forme d’amende de
1.200 à 10.000 dirhams contre quiconque modifie ou enlève des choses des
lieux de l’infraction. La seule exception prévue à cela est quand la
modification des lieux est imposée par la nécessité de sauvegarder la santé
publique ou les seCours qui doivent être apportées aux victimes.
En revanche le même article prévoit des sanctions plus sévères qui vont
d’un emprisonnement de trois mois à trois ans et une amende de 3.000 à
12.000 dirhams contre quiconque efface des traces, ôte des choses ou fait
obstruction à la justice
2
- La notion de domicile s’entend de tout lieu où la personne réside quel que
le titre d’occupation. Une chambre d’hôtel peut être un lieu de résidence.
227
situations où l'infraction peut être prouvée par des papiers,
titres ou objets quelconques. L'art. 62 détermine son horaire
en l'interdisant avant 6 heures du matin (5 heures avant) et
après 21 heures sauf les cas exceptionnels prévus par la loi :
cas d'appel de l'intérieur d'une maison, extrême urgence,
crainte de disparition des preuves et cas où l'infraction est de
celle rentrant dans la catégorie du terrorisme. Les opérations
commencées avant 21 H. peuvent se poursuivre, les
perquisitions peuvent se faire en dehors de cet horaire dans
les lieux où s’effectue une activité de nuit...
Le propriétaire du domicile, ou son représentant, doit
être présent (article 60). S'il refuse ou est empêché, l'O.P.J.
désigne deux témoins indépendants de son autorité et qui
signent un P.V. Dans l’ancienne réglementation, les objets
saisis, avant d'être scellés, doivent être soumis au prévenu
pour reconnaissance. L’actuel code ne parle pas de cette
obligation de présentation à la reconnaissance, mais de
l’obligation pour l’officier de la police judiciaire d’envelopper et
de mettre les objets saisis dans une enveloppe, un sac ou un
contenant qu’il doit sceller après les avoir comptés. Il pourra
les compter après, mais tout doit se passer en présence des
témoins et un procès verbal doit être dressé. Cette procédure
est légèrement différente quand il s'agit d'une infraction de
terrorisme. En effet, si la personne chez laquelle la
perquisition doit avoir lieu refuse de collaborer ou si cet
accord est impossible à obtenir, l'officier de la police
judiciaire peut solliciter une autorisation écrite du ministère
public et la perquisition peut s'effectuer en présence de la
personne ou de deux personnes autres que celles qui sont sous
le commandement de l'officier.
Si la perquisition doit se faire chez un tiers soupçonné
de détenir des documents ou objets liés à l’infraction, ce tiers
doit être présent et dans l’impossibilité de cette présence,
228
l’officier de police judiciaire agit avec des témoins comme dans
le cas du propriétaire de la maison. Mais l'article 59/2 du
nouveau code et l'article 4 de la loi sur le terrorisme visent
respectivement les cas où l'infraction constitue une atteinte à
la sûreté ou de terrorisme. Dans ce cas seul l'officier et les
personnes qui sont avec lui peuvent prendre connaissance des
actes liés à l'infraction et les saisir.
Bien évidemment, l’officier de la police judiciaire peut
entendre toute personne pouvant l’éclairer sur les actes ou
document et objets saisis et peut même l’obliger à assister
après avoir informé le ministère public.
Une femme ne peut être fouillée que par une femme
choisie par l’officier de police judiciaire.
Tous ces actes font l’objet de procès verbaux que
doivent signer les personnes intéressées par la perquisition ou
leurs représentants ou les témoins. Mention doit être faite du
refus de signer, d’apposer les empruntes ou de l’impossibilité
de le faire.
La perquisition dans un lieu où l’activité oblige
l’occupant au secret professionnel impose à L'O. P. J.
l’obligation d’informer le procureur du Roi et doit en outre
prendre toute les mesures nécessaires pour garantir ce secret
professionnel. La perquisition dans un bureau d’avocat doit se
faire par un juge du ministère public en présence du bâtonnier
ou son représentant ou, tout au moins, l’informer de la
perquisition.
L'art. 61 prévoit des sanctions d'amende et
d'emprisonnement s'il y a communication de tout pièce ou
renseignement tirés de la perquisition quand bien même cette
communication rend service à l'enquête1. Il en est de même en
1
- La sanction est un emprisonnement d’un mois à six mois et d’une amende de
1.200 à 2.000 dirhams (article 61). Cette interdiction a été annoncée dans
l’article 59 qui excluait les cas d’atteinte à la sûreté de l’Etat.
229
cas de son utilisation.
***
1
- Au fond traiter la preuve avec l’instruction n’est pas aussi artificiel que
cela ; le juge d’instruction n’est-il pas une sorte de maître de la preuve
comme le procureur du Roi l’est pour la poursuite ?
230
l’information", ce magistrat jouit de pouvoirs plus ou moins
étendus selon le caractère « libéral » ou non des systèmes
judiciaires.
231
d'instruction, du parquet ou du fond, il doit faire appel à son
intime conviction et à sa conscience. L’article 286 du C.P.P. le
pose clairement : le juge statue selon sa conviction intime
et/ou profonde. Sa décision doit contenir les éléments qui l’ont
convaincu à statuer dans un sens ou dans un autre. Que ses
éléments soient des faits ou des actes juridiques, il doit les
faire ressortir dans sa décision afin de permettre aux
juridictions supérieures de les vérifier. C’est la motivation du
jugement qui permet de dire à quel point la décision était
conforme à la loi ou non.
A l'intime conviction, le code de procédure pénale
ajoute le principe de la liberté des preuves1 qui ne connaît de
limites que quand la loi décide un autre mode de preuve ou un
mode de preuve précis comme c’est le cas dans l’adultère. Le
droit pénal et le droit commercial ont ce principe de la liberté
des preuves en commun, et dans l’un et l’autre le principe se
justifie largement mais pas pour les mêmes raisons. La gravité
et le danger de la matière peuvent être avancés pour le pénal,
et la confiance et la rapidité des transactions pour le droit
commercial.
Et face à ce juge existe le fameux principe de la
présomption d'innocence consacré plus que jamais dans le
nouveau code de procédure pénale (article 1er) alors qu'en civil,
il appartient au demandeur de faire la preuve de ce qu'il
allègue.
1
- Tous deux exprimés dans l'art. 286 du C.P.P. dans ces termes :
" Hors les cas où la loi en dispose autrement, les infractions peuvent être
établies par tout mode de preuve, et le juge décide d'après son intime
conviction.
S'il estime que la preuve n'est point rapportée, il constate la non culpabilité
du prévenu et prononce son acquittement".
Mais il semble que le principe a été formulé et élaboré par la doctrine puis
sanctionné par la jurisprudence avant d’être consacré expressément par la
loi.
232
II- Charge de la preuve.
233
considérations s'étendent au problème de la complicité et au
dol éventuel.
Toutefois, la partie poursuivante n'est dispensée de
cette preuve que dans des cas spécifiques:
- cas des infractions dans lesquelles la faute est
présumée : les contraventions ou délits-contraventions où
l'élément moral est réduit au minimum, malgré les problèmes
de leur justification;
- cas où existent des présomptions légales (matière
douanière, certaines diffamations...); ou des présomptions
jurisprudentielles comme en matière de contrefaçon par
exemple.
Mais le ministère public doit également prouver les
causes de non responsabilité. C'est du moins l'avis de la
doctrine qui argue le principe de la présomption d'innocence.
Mais une autre tendance soutient le contraire notamment en
France. Les principes à la base du procès pénal nous poussent à
soutenir la première affirmation et le ministère public
aujourd’hui ne doit pas se cantonner dans l'accusation pure et
simple et à tout prix, mais doit également collaborer à
l'éclatement de la vérité de tant plus que les moyens dont il
dispose le prédestine à la connaissance de cette vérité.
L'adage "qui peut le plus, peut le moins" s'applique bien dans ce
cas.
La partie poursuivante doit s'appuyer, cela va de soi,
sur un texte qui incrimine le comportement infractionnel. Mais
il revient au juge de l'appliquer et de l'interpréter et ceci
même si le texte n'est que réglementaire.
S'il y a prescription, le ministère public s'acharnera à
démontrer qu'elle ne concerne pas le cas soumis à la
234
juridiction1. Aussi le maintien de l'élément légal en cas de fait
justificatif (ordre de la loi, légitime défense, état de
nécessité, contrainte...) doit être prouvé par le ministère
public.
Mais la personne poursuivie a un rôle dans
l'administration de la preuve. Elle a un rôle chaque fois que le
fardeau de la preuve est inversé comme dans le cas des
présomptions légales et jurisprudentielles. En fait, la partie
poursuivie doit démontrer sa bonne foi ou l'absence de faute,
établir une cause de non imputabilité (force majeure par
exemple), prouver le contraire des procès verbaux (s'inscrire
en faux), anéantir certains éléments de l'infraction, invoquer
un jugement déjà prononcé à l'étranger... Enfin la partie
poursuivie doit apporter la preuve des excuses et des faits
justificatifs atténuant la responsabilité ou tout simplement la
preuve de sa non culpabilité.
En un mot, le prévenu a intérêt à contester les
allégations du ministère public et de contribuer à convaincre le
juge du fond.
1
- Cet acharnement est en fait infondé. Le ministère public doit agir dans le
sens d’une bonne application de la loi et rien que cela.
235
Ainsi certains modes de preuve admis en matière civile
sont exclus en matière pénale comme le serment décisoire
déféré au prévenu ou la preuve par commune renommée...En
revanche, pour certains délits, comme l'adultère, certains
modes sont exigés. Celui-ci ne peut être prouvé que par la
procédure de flagrant délit, de l ‘aveu judiciaire ou de
document ou lettre du prévenu (art.493 CP).
Dans tous les cas le juge doit motiver sa décision afin
que la juridiction supérieure puisse exercer son contrôle.
Sur un autre plan, des limites à la liberté de la preuve
sont imposées par les valeurs de la civilisation comme la
torture dont les Etats et les autorités en font une application
loin d'être respectueuses de ces valeurs. "Ce procédé est à la
fois odieux et peu sûr, sa reconnaissance clandestine depuis la
seconde guerre mondiale est une honte et l'on aimerait que les
pouvoirs publics réagissent contre elle avec éclat "1. Stefani et
Levasseur, qui parlaient de l'Europe, auraient certainement
aiguisé encore plus leur jugement s'ils avaient à parler de ce
procédé dans d'autres contrées du monde. De son côté, le
législateur marocain condamne l’utilisation de la violence et de
la contrainte visant l’obtention d’un aveu et va jusqu’à
condamner l’auteur de ces agissements (article 293 C.P.P.). A la
torture, il faut ajouter toute forme de brutalité, les procédés
déloyaux2 et les procédés scientifiques d'obtention des aveux
et des déclarations. A ce niveau, il faut souligner ce que le
1
- Stéfani G. et Levasseur G. Procédure pénale, 2 ème éd. Dalloz, 1962, p. 296.
Les auteurs, fidèles à une conception aiguë de la dignité et de la liberté
humaines condamnaient ces procédés comme l'utilisation des écoutes
téléphoniques, les procédés scientifiques, le reCours à l'hypnose…
2
- Naguère, les écoutes téléphoniques étaient considérées comme un procédé
déloyal, mais les temps ont changé et la criminalité aussi. Il s’en est suivi une
évolution dans les mentalités et les écoutes téléphoniques sont,
actuellement, largement utilisés un peu partout.
236
nouveau code de procédure pénale comporte de dangereux pour
les libertés individuelles et collectives quand il autorise le juge
d’instruction et le procureur général à utiliser les écoutes
téléphoniques de certains suspects. Au niveau des principes, ce
procédé reste dangereux et risque de porter atteinte à la
liberté individuelle, mais au niveau de la pratique et au regard
de certains évènements qu’a connu le Maroc et la scène
internationale, il peut rendre service aux autorités judiciaires.
Il est certes difficile de prendre position par rapport aux
écoutes téléphoniques et c’est leur utilisation qui démontrera
la justesse ou non du législateur à ce propos.
Dans tous les cas le juge ne peut retenir et s’appuyer
que sur les preuves exposées et discutées publiquement et en
présence des parties au procès (article 287 du C.P.P.).
Ces considérations ont fait que la preuve en matière
pénale fait l'objet d'une réglementation minutieuse quel que
soit l'acte ou la forme de preuve recherché : la constatation
sur place, l'audition des témoins, les perquisitions, l'aveu...etc.
Aussi connaissent-elles une classification selon leur force
probante : aveux, littérales, testimoniales, expertise,
indices...etc.
Ces mêmes considérations ont fait apparaître la
nécessité d’une institution spécialisée dans l'appréciation des
preuves à savoir le juge d'instruction qui travaille dans le cadre
de l'instruction préparatoire. Mais cette instruction n'est ni
automatique ni obligatoire et n'est pas non plus générale, mais
il faut saluer, avec bonheur, le retour du législateur au double
degré d’instruction et la restructuration de cette institution
d’une manière plus cohérente qu’avant.
Enfin ces mêmes considérations ont dicté l'instauration
des voies de recours (opposition, appel, pourvoi en cassation,
pourvoi en révision...). Ces procédures consistent à réparer les
erreurs de fait et mêmes les erreurs de droit.
237
Il reste que cette matière de preuve est dominée par
le principe de la liberté des preuves, celle de les apprécier,
l'intime conviction du juge, la loyauté dans l'administration de
la preuve et le fameux principe de la présomption d'innocence.
Toutes ces caractéristiques transcendent d'une façon ou d'une
autre sur l'instruction.
238
L'information du juge d'instruction ou les actes qu’il
accomplit sont de nature judiciaire. Cela revient à dire que le
juge d'instruction instruit à charge et à décharge (neutre) et
ses décisions peuvent être contestées par voie d'appel devant
la chambre correctionnelle ; les décisions de cette dernière
peuvent être attaquées devant la du Royaume.
Quant à la preuve, et comme il a été dit, elle obéit au
principe de la liberté des preuves et de la présomption
d'innocence.
La liberté de la preuve signifie la liberté des moyens de
preuve et la liberté de son appréciation.
La présomption d'innocence quant à elle signifie
l'innocence présumée du prévenu jusqu'à sa culpabilité et ce
malgré les soupçons, les impressions et les indices qui se
dégagent de "l'affaire" en question. Ce principe est valable
pour les suspects primaires ou récidivistes. Et il appartient au
ministère public de faire la preuve de la culpabilité. Ce principe
ne connaît d'exception qu'en matière des infractions non
intentionnelles (dites à tort ou à raison infractions
matérielles), des infractions concrètement flagrantes et, dans
une moindre mesure des infractions présumées flagrantes et
en cas de détention préventive1.
1
- Encore que dans ce dernier cas (détention préventive), l’innocence du
détenu peut ressortir lors de son jugement comme ce fut le cas dans la
célèbre affaire d’Outreau (Nord de la France) où des faits de pédophilie et
d’abus sur mineurs se sont déroulés entre 1997 et 2000 et ont donné lieu à
des procès où la plupart des accusés ont été innocenté.
239
l'instruction et des matières sur lesquelles celle-ci intervient.
240
dans la pratique une institution supprimée par le législateur !
Le dahir portant loi du 03 octobre 2002 a mis fin à ces
anomalies. Un juge d’instruction existe au niveau du tribunal de
1ère instance et un conseiller chargé de cette fonction existe –
comme par le passé- au niveau de l’appel. Les décisions de ces
magistrats sont susceptibles d’appel devant la chambre
correctionnelle comme par le passé. Mais la réforme n’est pas
allée jusqu’à en faire un deuxième degré obligatoire
d’instruction comme c’était le cas avant le dahir de 1974 avec
la chambre d’accusation.
241
116 (ancien) étaient les juges de paix et de sadad, mais avec
leur disparition et suite aux textes de 1974 on est tenté de
penser qu'ils sont remplacés par les juges communaux et
d'arrondissement ainsi que par les juges de 1ère instance. Or il
n'en est rien. Les textes de 1974 ne donnaient pas la qualité
d'officier de police judiciaire ni aux juges de 1ère instance et
encore moins aux juges communaux et d'arrondissement. Il
semble que seuls les officiers de police judiciaire pouvaient
jouir des commissions rogatoires. Par le passé, la non
attribution de qualité d'officiers de police judiciaire aux juges
communaux et d'arrondissement se justifiait largement eu
égard à leur recrutement et, éventuellement à leur niveau de
culture générale et juridique, mais ne se justifiait pour les
juges de 1ère instance que si l'ont retient la règle du non cumul
des fonctions du juge d’instruction et du juge du fond.
Le code de 2003 est clair à ce sujet et son article 189
cite parmi les éventuels destinataires d’une commission
rogatoire les juges d’instruction, les juges ou les officiers de la
police judiciaire. Mais il se trahit dans le dernier alinéa quand il
prévoit que le juge d’instruction fixe les délais dans lesquels
l’officier de police judiciaire envoie les procès verbaux au juge.
C’est dire que, dans la quasi totalité des cas, ces commissions
sont effectuées par des officiers de la police judiciaire. Bien
sûr cette commission peut avoir lieu dans le ressort de la
juridiction où il exerce ou dans tous ressorts du territoire
national. Dans ce dernier cas, la personne commise doit en
informer le ministère public.
Quant à l'objet de la commission rogatoire, il se limite
aux actes d'instruction impliqués par la poursuite d'une
infraction. Cet objet ne doit pas se confondre avec l'ensemble
de l'instruction. Le délégataire, qui n'est pas toujours un
242
magistrat1, ne peut procéder à l'interrogatoire des suspects ni
à leur confrontation. Il ne peut prendre d'ordonnance ni
procéder à la garde du prévenu pendant plus de 24 heures sans
autorisation du juge d'instruction. Cette autorisation de juge
délégataire est également nécessaire pour entendre la partie
civile. Sauf ses limites, il a les mêmes pouvoirs que le juge
d'instruction (article 190 C.P.P.). S’il garde une personne à vue
les règles de celle-ci sont applicables.
Si un témoin est convoqué dans ce cadre il doit se
présenter et prêter serment sous peine d’utilisation de la
force publique et de paiement d’une amende allant de 1.200
12.000 dirhams. Rappelons ce que le serment a d’aberrant
surtout quand il est effectué devant l’officier de police
judiciaire2.
Sur le plan de la forme, l'acte de la commission
rogatoire est pris par écrit, désigne l'infraction poursuivie, les
suspects éventuels, le juge commettant (cachet et signature),
la date et le délai d'exécution. Le rapport du commis doit être
remis dans les 8 jours après la fin des opérations. En cas
d'urgence ou de pluralité des lieux d'exécution, le juge
d'instruction peut recourir à tous les moyens possibles
(exemple : la radiodiffusion de l'acte de commission rogatoire),
envoie de copies conformes avec la précision dans chaque
envoie des énonciations de l’original relatives à la nature de
l’accusation et le nom du juge à l’origine de la commission
rogatoire.
1
- Et quand bien même il serait magistrat, la loi ne lui permet pas certains
actes.
2
- Le code prévoit expressément que le témoin a droit à un dédommagement
pour sa présence, à la restitution des frais de voyage et de séjour. C’est le
juge d’instruction qui les fixe en fonction de la tarification judiciaire (article
127).
243
&. II- Cadre matériel de l'instruction et de la preuve.
244
C'est la question de la saisine du juge d'instruction afin
d'informer qui ne doit pas se confondre avec sa nomination
comme magistrat instructeur. Qui, donc, désigne le juge
d'instruction ?
Le droit français confie cette mission au président du
tribunal. Le code de 1959 l'attribuait au procureur de Roi et au
plus ancien des juges d'instruction quand le tribunal comportait
plusieurs juges d'instruction. Le dahir du 22/11/1962 est
revenu sur cette solution et a confié cette désignation au
procureur du Roi. Mais cette façon de faire ne signifiait
nullement un ascendant du ministère public sur le juge
d'instruction et ne devait pas le signifier tout au moins. Les
deux magistrats sont indépendants. D'ailleurs le
dessaisissement du juge d'instruction ne pouvait provenir que
de la chambre correctionnelle même si la demande de
dessaisissement émanait du ministère public (mais comme
partie au procès), du prévenu et de la partie civile. Cette
demande devait indiquer les motivations du demandeur qui ne
devaient pas être subjectives. Elle ne pouvait aboutir que si
une défaillance objective du juge existe.
Actuellement l’article 84 du C.P.P. pose la règle que
l’instruction ne peut avoir lieu que sur réquisitoire du ministère
public même quand le juge d’instruction accomplit ses fonctions
à l’occasion d’une infraction flagrante.
Pour ce qui est des effets de la saisine, elle entraîne
des conséquences pour le juge, le prévenu et pour la partie
civile.
Le juge saisi d'une plainte avec constitution de partie
civile ordonne à la victime de consigner auprès du tribunal une
somme d'argent pour couvrir éventuellement les frais du
procès et de désigner un domicile pour la correspondance
(souvent le cabinet d'un avocat). Ensuite le juge d'instruction
prend une ordonnance de soit communiqué par laquelle il
245
transmet le dossier au procureur du Roi. Ce dernier décide de
classer ou d'ouvrir une information. Dans la dernière
hypothèse, le procureur remet au juge d'instruction un
réquisitoire et il le fait aussi quand il a lui-même reçu la
plainte de la victime ou quand il a reçu des informations de la
police judiciaire à propos d'une infraction. Le réquisitoire ainsi
reçu, le juge d'instruction doit d'abord vérifier sa compétence
et procéder, si cette compétence est confirmée, aux
opérations contenues dans le réquisitoire et à tout acte
susceptible de contribuer à la révélation de la vérité. Mais ces
pouvoirs sont quand même limités par le réquisitoire et s'il
découvre d'autres faits, il doit en informer le parquet qui, par
réquisitoire complémentaire, peut autoriser l'extension de
l'information à ces faits. En revanche, la limite aux personnes
n'est pas stricte et le juge d'instruction instruit contre X en
cas d'absence de suspect désigné par le réquisitoire ou contre
toutes les personnes (coauteurs, complices) de l'infraction. La
réalité veut qu’on dise qu'il est difficile au juge d'instruction
de procéder à l'information contre les personnes non désignées
par le procureur sans en référer à ce dernier et ceci malgré la
loi qui le permet (art. 84 C. P. P.).
Les effets de l'ouverture de l'instruction sur la victime
reviennent au fait que cette dernière est considérée comme
partie civile et donc partie au procès.
Vis à vis du prévenu, celui-ci n'est à ce stade de la
procédure qu'un suspect et entendu comme témoin. Il est
juridiquement tiers au procès. Mais ce suspect peut demander
à être inculpé (surtout pour éviter de prêter serment et le
faux témoignage et pour avoir les garanties de la défense...).
Lorsque le suspect tient à être entendu comme témoin, le juge
d'instruction peut l'inculper d'office si des charges graves le
lui permettent. La désignation nommée de personnes par le
réquisitoire oblige le juge d'instruction à les inculper dès le
246
premier interrogatoire.
Le juge instruit à charge et à décharge avec étude de
la preuve dans le sens de l'inculpation ou de l'innocence.
247
meilleure compréhension des réalités est à peine à démontrer.
Cette enquête était prévue pour les mineurs et a été
postérieurement étendue aux adultes. Elle devait être
normalement effectuée par le juge lui-même ou par un officier
de la police judiciaire. Mais la pratique démontrait son
délaissement et la jurisprudence (française) ne retenait pas la
nullité de la procédure dans les cas où cette étude de
personnalité n'a pas été effectuée1. La réalité veut qu'on
attribue ces manquements au manque du personnel compétent
et à la nature des occupations quotidiennes des magistrats.
Seule une révision de la formation des juges et du concept de
la justice pénale permettra de donner à la personnalité du
délinquant le rôle qu'elle doit jouer dans l'affirmation de la
justice.
Le législateur de 2003 a répondu en partie à ses
demandes. L’article 87 - obligatoirement en matière de crime
et facultativement en matière de délits - ordonne au juge
d’instruction d’effectuer une enquête sur la personnalité du
prévenu, sa situation familiale et sociale. Il peut le faire lui-
même ou charger de le faire un officier de police judiciaire,
une personne ou une institution qualifiée. Le but est de
constituer un dossier qui s’ajoutera au dossier de la procédure.
Remarquons que ce travail relève ailleurs des assistantes
sociales, mais le fait qu’un code de procédure pénale associe
des tiers (associations, établissements qualifiés, personnes
physiques…) au travail de la justice ne peut être que salutaire.
La justice doit s'ouvrir sur la société et écouter les membres
de cette société qui sont au contact de certaines réalités.
Dans le même but et à l’égard des mineurs le juge
d’instruction a la latitude de chercher, par tous les moyens, la
1
- Cela est vrai pour le passé. Actuellement, il est presque anodin de parler de
cette enquête dans les pays comme la France.
248
possibilité de resocialiser le mineur délinquant. Seulement, il ne
peut le faire que pour un individu dont l’âge est inférieur à
vingt ans et qui encourt une peine ne dépassant pas cinq années
(article 87 C.P.P.). Le juge, dans la même optique, peut décider
de mettre le mineur sous le régime de la détention préventive.
A l’égard de tout individu soumis à une procédure
d’instruction, le magistrat instructeur, dit l’article 88, peut
décider tout ce qui lui semble utile en l’occurrence ordonner un
examen médical et plus précisément un examen psychologique.
Il peut également, mais après avoir reçu l’avis du ministère
public, ordonner la désintoxication de l’individu1 dans
l’établissement où il est incarcéré ou dans tout établissement
spécialisé. La procédure de l’instruction est arrêtée tout le
temps des soins, mais l’ordre d’incarcération reste valable. De
son côté, le prévenu ou son avocat peuvent demander ces soins
qui ne peuvent être refusés que par décision motivée.
1
- Le texte en arabe parle d’empoisonnement chronique suite à la prise
d’alcool, de drogues ou de produits ayant une influence sur le cerveau. Il ne
peut s’agir, donc, que d’une intoxication.
249
de contradiction et de confrontation entre le suspect et son
adversaire et du rôle trop pesant de l'appareil judiciaire.
Même soumis à des conditions, l'évolution historique
(notamment celle du Moyen - Âge européen, français en
l'occurrence) mettra en valeur ce mode de preuve et ne se
souciera que peu ou pas du tout des moyens de l'obtenir
(tortures physiques et morales horribles et hautement
révélatrices de l'évolution des mœurs des humains).
La religion - l'idée chrétienne d'avouer son pêché, de
se confesser pour retrouver la voie du salut et le repos de
l'âme - encourageront d'une manière manifeste le procédé de
l'aveu. Mais sa pratique, et son évolution systématique et par
tous les moyens, ont fini par le dévaluer.
Actuellement, dans le droit marocain, la combinaison
des systèmes inquisitoire et accusatoire, la liberté de la preuve
et le principe de la présomption d'innocence font que l'aveu n'a
qu'une valeur relative à l'instar des autres moyens de preuve.
Bien plus, seul le Dahir des Obligations et Contrats (D. O. C.
dans ses art. 405 et suiv.) réglemente l'aveu. Cela revient à
dire que le juge pénal apprécie souverainement cette preuve
sans être lié par les dispositions du D. O. C. Le juge ne retient
ou ne doit retenir que des considérations objectives et les
droits de la défense. Ainsi, l'aveu doit provenir de la personne
même. Celle-ci doit jouir de ses facultés mentales et ne pas
avouer sous la contrainte, la ruse ou l'hypnose. Le juge peut
diviser l'aveu en fonction des faits et des personnes et peut
l'accepter ou le refuser et ceci qu'il soit judiciaire (fait devant
l'autorité judiciaire) ou non. Enfin, et dans le but d'exercer le
contrôle des instances supérieures, la décision du juge de le
retenir ou non doit s'appuyer sur des motifs clairs et précis.
Au fond, l'aveu est conditionné par les circonstances où il
intervient.
Et parmi ces circonstances, la plus importante reste
250
l'interrogatoire dont celui effectué par le juge d'instruction
est le plus important. Mais la loi reste muette sur ses
techniques et son processus qui restent dépendant de la
personnalité du juge et du délinquant.
S'agissant de l'interrogatoire de première comparution
et eu égard à l'appréhension du premier contact, le législateur
l'a entouré de quelques mesures dont le but est
l'éclaircissement des droits du suspect et les pouvoirs de la
société.
Ainsi, le juge d'instruction s'assure de l'identité
complète du prévenu et peut prendre toutes les mesures
nécessaires à l'établissement de celle –ci (recours au service
anthropométrique, examen médical…).
Ensuite, le juge d'instruction informe le prévenu de son
droit à désigner un avocat 1 sinon il lui désigne un d’office et
mention doit être faite au procès verbal. Le conseil assiste à
l’interrogatoire d’identité. Il le met au courant des faits à lui
reprochés et l’informe qu'il est libre de ne pas faire de
déclaration lors de cette première comparution (mention au
P.V.). Si le prévenu veut immédiatement faire une déclaration,
le juge doit la recevoir sans délai.
Ce droit à un conseil est reconnu au prévenu incarcéré
qui comparaît pour la première fois devant le juge d’instruction.
Bien plus le code parle du droit du prévenu à entrer librement
en contact avec son avocat (article 136).
Mais pour des raisons multiples, le juge d’instruction
peut interdire au prévenu de rentrer en contact avec les tiers
pour une durée de dix jours renouvelable une fois. Cette règle
ne s’applique en aucun cas au conseil.
Quant au prévenu ayant subi la garde à vue, il peut en
1
- La partie civile jouit du même droit d’être assistée d’un avocat dès les
premières déclarations.
251
personne ou par l’intermédiaire de son avocat, demander à être
soumis à un examen médical ; examen qui peut être décidé par
le juge lui-même s’il l’estime nécessaire.
Si on doit synthétiser les données sur l’instruction,
force est de constater qu’elles intéressent à la fois le juge, le
prévenu et l’interrogatoire lui-même.
D’abord seul le juge d'instruction procède à
l'interrogatoire. Les officiers de la police judiciaire agissant
dans le cadre d'une enquête préliminaire ou d'une commission
rogatoire n'ont pas cette prérogative alors que la pratique la
donne à un juge agissant dans le cadre d'une commission
rogatoire.
S'agissant du prévenu, il est entendu sans qu'il prête
serment. Ce dernier a un caractère nettement religieux en
droit marocain et sa prestation à ce stade de la procédure
risque de léser les droits de la défense.
Quant à l'interrogatoire enfin, il est "relativement"
secret, non contradictoire et écrit. Le ministère public et la
partie civile n'assistent pas à l'interrogatoire. L'avocat, lui,
assiste. En cas de pluralité de prévenus, le juge d'instruction
les interroge séparément et ne peut les confronter qu'à titre
complémentaire de peur d'influences néfastes contre la
manifestation de la vérité. Les questions et réponses doivent
être consignées par écrit par un secrétaire-greffier. Le
procès-verbal est signé par le juge, le greffier et le prévenu.
Un interprète est prévu par les textes et l'interrogatoire doit
se dérouler en dehors de toute contrainte ou torture.
Toutefois, le code prévoit l’hypothèse de
l’interrogatoire et même de la confrontation du prévenu avec la
partie civile (article 139 C.P.P.). L’interrogatoire des deux ou
leur confrontation ne peut avoir lieu sans la présence de leurs
avocats respectifs à moins d’une déclaration expresse de l’un
ou de l’autre qu’il s’en passe.
252
Le juge d'instruction ne peut déroger à ces règles et
procédure qu'en cas d'urgence absolue : danger de mort d'un
témoin, risque certain de perte des preuves ou de traces, cas
de flagrance...etc.
A toutes ces règles, il faut ajouter l'interrogatoire de
fond qui doit clore toute instruction préparatoire sauf cas de
non-lieu au début de l'information. Cet interrogatoire n'a ni
objet ni technique définis par la loi sauf à indiquer que si le
prévenu est assisté d'un avocat, celui-ci doit être convoqué 48
H au moins (deux jours) avant le jour de l'interrogatoire (à
moins d’être informé dans la séance d’avant). L'avocat a 24 H
(un jour) pour consulter le dossier de l'instruction. Le prévenu
qui renonce à ces droits peut les recouvrer (comme le cas de
renoncer à l'assistance d'un avocat). La partie civile a les
mêmes droits que le prévenu vu les dangers qu'elle encourt
(notamment celui d'être poursuivi pour accusation
calomnieuse).
Il reste que l'avocat qui assiste à l'instruction ne plaide
pas et ne défend pas. Il prépare la défense et évite à son
client des négligences et des imprudences. Il ne peut, en
conséquence, que poser des questions à son client après
autorisation du juge. Les questions refusées par le juge doivent
figurer au P.V. afin de les discuter éventuellement au stade du
jugement.
253
important et grave, il est réglementé par la procédure pénale
quant à ses conditions et à sa valeur.
* A propos de ses conditions, le témoignage secret
devant le juge d'instruction et rechercher par lui n'a lieu lors
de l'instruction définitive (jugement) que sur demande du
ministère public et des particuliers. Le témoignage porte sur
les circonstances de l'infraction, la condition de ses auteurs et
sur tout ce qui peut intéresser l'application du droit dans la
complète objectivité.
Le juge d'instruction entend toute personne pouvant le
renseigner1. Le témoin peut être un homme ou une femme2, un
adulte ou un mineur condamné ou non pénalement, civilement ou
professionnellement, un préposé du bénéficiaire du témoignage.
Le mineur est dispensé du serment et le juge apprécie son
témoignage. Il en est de même pour les condamnés pénalement,
les faillis non réhabilités, les ascendants et le conjoint qui
peuvent être entendus comme témoins (mais toujours sans
prestation du serment). Seule la suspicion présupposée de leurs
dires justifie cette dispense.
Aussi le témoignage de certaines personnes est entouré
1
- Il utilise à cet effet les convocations par un auxiliaire de la force publique,
de justice, les lettres recommandées avec accusé de réception ou encore la
voie administrative. Le témoin peut se présenter de lui-même. (Article 117
C.C.P.).
2
- Ici encore peut surgir le conflit des cultures. Le code de procédure pénale
ne fait aucune distinction entre l'homme et la femme alors qu'en droit
musulman, le témoignage d'une femme n'est pas toujours recevable en
matière criminelle. Voir Ibn Abi Zayd Al-Qayrawani, La Riçalat ou Epitre sur
les éléments du dogme et de la loi de l'Islam selon le rite malikite. Texte
arabe et traduction française par L. Bercher, 5 ème éd. Ed. populaire de
l'armée. 1975, p. 263. Assayed Sabiq, Fiqh As-Sunna, vol. 3, al-fath li al-i'lam
al-arabi, p388-9. on peut lire dans ce dernier que même le témoignage de
deux homme ou celui d'un homme et de deux femmes est irrecevable en
matière de hudud.
254
de mesures particulières.
Ainsi, et en principe, la règle veut que l'on prête
serment devant le juge d'instruction et devant le juge du fond.
La prestation du serment, dans le droit marocain, revient à
invoquer Dieu comme témoin de la vérité avancée par le témoin
(sa formule est : "Je jure par Dieu le tout puissant de
témoigner sans rancune ou peur, et de dire la vérité toute la
vérité et ne dire que la vérité"1. Cette disposition ne s'explique
que par l'impact de la religion dans la société. Dans les sociétés
laïques, le témoignage se fait par référence à la société toute
entière et par référence à l'honneur de la personne. La solution
du droit marocain semble boiteuse dans la mesure où le
serment est déféré aux croyants et aux non croyants avec la
sanction du faux témoignage et non la sanction religieuse du
"taâzir". La formule textuelle du serment doit être consignée
dans le P.V. et ne doit être prononcée qu'une seule fois avant la
déposition. Mais la pratique judiciaire la tolère a posteriori
lorsque la prestation du serment a été oubliée.
A l'égard des personnes tenues au secret
professionnel, le droit marocain adopte des solutions nuancées.
Ainsi l’ancien article 325 du C. P. P. interdisait l'audition des
avocats chargés de la défense du prévenu et les ministres du
culte. Cette dernière interdiction n'avait aucun sens dans le
droit marocain vu l'absence de clergé et de confession dans
l'Islam. Elle est un oubli manifeste et un legs de l'époque du
Protectorat que le code réformé a abolie. Le même article ci-
dessus permettait, sous des conditions déterminées par la loi,
la violation du secret professionnel, mais impose sa non
1
- Traduction littérale personnelle de l’article 123. L’ancien article 116 la
formulait ainsi : « Je jure de parler sans haine et sans crainte, de dire toute
la vérité, rien que la vérité ». Le mot vérité traduit le mot « haq » en arabe
qui veut dire aussi un droit. Mais ici il est obtenu du mot « haquiqua » qui
signifie bien la vérité.
255
publicité.
Vis à vis de témoins de la catégorie du Premier ministre,
des membres du gouvernement et des représentants des pays
étrangers, le code de procédure pénale soumet leur témoignage
à l’approbation du conseil du gouvernement suite à un rapport
du ministre de la Justice (voir les articles 326 et suiv.).
Quant à la technique de la déposition, elle n'obéit à
aucune réglementation spéciale. L'identité, le domicile (tribu,
fraction…), le lien de parenté ou le lien professionnel avec le
bénéficiaire du témoignage doivent être établis. Le procès-
verbal doit contenir ces questions-réponses et le juge doit
informer les témoins des sanctions prévues pour le faux
témoignage. Une fois cela fait, le témoin lève la main droite et
répète la formule légale du serment. La déposition est ensuite
faite entre les mains du juge sous forme de narration en
principe. Elle prend également la forme de réponses aux
questions du juge ou aux celles permises par lui. La déposition
est relue par le greffier qui l'intègre au P.V. et elle doit être
sans surcharge ni rature ni blanc1. Le juge et le greffier la
signent et la paraphent en bas des pages du P.V. Le témoin (et
éventuellement le traducteur) signe également. Le juge peut
confronter les témoins entre eux ou avec l'inculpé en présence
de leurs avocats. Il peut les faire participer à la reconstitution
de l’infraction et à tout acte susceptible d’aider à la
manifestation de la vérité (article 125 C.P.P.).
Le juge entend les témoins séparément et sans la
présence du prévenu et un procès-verbal est dressé pour
chaque témoignage. Un traducteur peut être sollicité et en cas
1
- Si rature il y a, toutes les parties (le juge d’instruction, le greffier, le
témoin et le traducteur) doivent approuver (ratifier) ces ratures sinon elles
sont considérées comme inexistantes.
256
de contestation sur ses propos, le juge décide1. Notons que la
personne actionnée mais qui est en même temps mis en cause
peut refuser de déposer comme témoin ; le juge doit l’informer
de ce droit et peut alors déposer comme accusé (article 118).
Autre chose est le cas du témoin sourd-muet. Le juge
l’interroge par écrit et s’il est illettré il est fait appel à une
personne ayant l’habitude de communiquer avec elle ou à toute
personne pouvant communiquer avec elle. Cette dernière
personne prête serment et peut être évincée en cas de
suspicion. Les nom et prénom, âge, fonction et domicile du
traducteur ainsi que le serment qu’il a prêté sont consignés
dans un procès-verbal qu’il signe.
Pour ce qui est de la valeur du témoignage dans le droit
marocain actuel, il faut dire que c'est un moyen relatif
notamment quand il émane d'un enfant, d'un parent, d'un
concurrent ou un ami...D'autres conditions extérieures
économiques ou politique voire même métaphysiques peuvent
l'altérer. D'où la liberté du juge à son égard attendu qu'il peut
rejeter une partie ou un groupe du témoignage, mais il doit
motiver sa décision. Il reste donc souverain dans l'appréciation
des faits et le refus de témoigner constitue une infraction
pénale tout comme le refus de ne pas répondre à une
convocation du juge d'instruction ou d'observer le silence
devant les questions du magistrat alors qu'on connaît la vérité
ou une partie de celle-ci.
Mais il ne faut pas confondre la valeur d’un témoignage
avec celle d’un procès verbal. Ce dernier est non avenu chaque
fois qu’une signature, un paraphe ou une empreint n’ont pas été
1
- Le reCours à un traducteur est prévu par l’article 120 et peut être
demandé par les accusés, les parties, les témoins ou le juge d’instruction. Le
traducteur doit être âgé de plus de dix huit ans et ne pas être témoin dans
l’affaire. S’il n’est pas assermenté il doit jurer devant le juge de traduire
fidèlement ?
257
faits correctement, alors que le juge d’instruction restes
souverain de retenir en totalité ou en partie ou de rejeter un
témoignage.
Quant au témoignage lui-même, il peut connaître des
difficultés liées au témoin ou à des circonstances ne dépendant
pas de sa volonté.
D’abord il peut s’agir d’un témoin se trouvant dans
l’incapacité de se présenter devant le juge d’instruction. Si ce
dernier réside dans la circonscription judiciaire du juge
d’instruction celui-ci se déplace pour l’entendre ou le fait faire
par le moyen de commission rogatoire. Si, en revanche, il se
trouve en dehors de sa circonscription judiciaire il le fait faire
par son homologue qui lui-même peut déléguer à cet effet un
officier de la police judiciaire. Le juge convaincu de la non
véracité des dires du témoin quant à son incapacité de réponde
à la convocation peut lui infliger une amende allant de 2.000 à
10.000 dirhams.
Autre chose et le faux témoignage où les sanctions
peuvent atteindre vingt ans de réclusion criminelle en matière
criminelle et cinq ans en matière délictuelle1. Mais, il peut s’agir
tout simplement d’un témoin qui ne répond pas à une
convocation. Dans ce dernier cas, et sur réquisitoire du
ministère public, -cela a été dit ailleurs- le juge d’instruction
peut décider d’une amende de 1.200 à 12.000 dirhams sauf
excuse valable. Le témoin peut échapper à cette sanction tant
que l’instruction n’a pas été close et qu’il accepte de collaborer.
(Article 128 C.P.P.).
L’article 130 du C.P.P. prévoit le cas du témoin qui a
déclaré publiquement qu’il connaît l’auteur de l’infraction et qui
refuse de répondre aux questions du juge d’instruction. Ce
témoin encourt un emprisonnement d’un à trois mois et/ou une
1
- Voir les articles 386 et suivant du code pénal.
258
amende de 1.200 à 10.000 dirhams.
259
et des sanctions contre l’utilisation abusive de ce moyen ou
contre la diffusion d’un enregistrement ou un ordre existe à ce
sujet1.
1
- Sous réserve des peines les plus sévères, l'article 115 de code de
procédure pénale prévoit une peine d'un mois à une année d'emprisonnement
et/ou 10.000 à 100.000 dirhams d'amende. Ce comportement, en cas
d'infraction terroriste, est puni de cinq à dix ans de réclusion.
2
- Le régime des études universitaires devrait permettre la visite de ces
laboratoires notamment celui de la gendarmerie à Rabat.
260
d'instruction le droit et la liberté de procéder aux
investigations là où il l'estime nécessaire.
Notons, toutefois, que si le code de procédure pénale
lui permet d'effectuer ses perquisitions, en cas de crime, en
dehors des horaires fixés par la loi; cette même latitude lui
est conféré par la loi sur le terrorisme chaque fois qu'il s'agit
d'une infraction terroriste (art. 4). Il peut même et par
décision motivée, en cas d'urgence, solliciter un magistrat ou
un ou plusieurs officiers pour effectuer des perquisitions et ce
par commission rogatoire.
Dans tous les cas, les actes effectués par ce magistrat
portent sur des traces, pièces à conviction et indices. Ils
reviennent toujours à des matériaux au sens large (débris,
vêtements, écrits, traces, objets divers...etc.). Ils sont d'un
intérêt primordial car, dit-on, "les indices ne mentent pas". A
leur égard le juge produit un effort de logique différent de
celui qu'il produit dans un interrogatoire par exemple. Le juge
peut faire appel à l'expertise technique ou scientifique qui lui
permettra d'obtenir la preuve scientifique dite aussi objective.
Celle-ci est de plus en plus obtenue grâce au progrès de la
science et l'utilisation du raisonnement inductif ou déductif qui
se traduit par la formulation d'hypothèses à partir d'indices
matériels ou légaux. La criminalistique a son mot à dire ici. Mais
dans l'état actuel des connaissances et vu plusieurs facteurs
tant externes qu'in ternes, ces moyens de preuve doivent être
manipulés avec prudence.
261
difficulté à résoudre est de démontrer son origine et la
relation causale entre l'écrit incriminé et son auteur.
Quoiqu’il en soit, le code de procédure pénale réformée,
donne au juge d’instruction des pouvoirs non négligeables et qui
ne sont pas sans incidence sur la liberté des individus. Ainsi
l’article 146 lui donne pouvoir d’ordonner la fermeture des
frontières devant certaines personnes, de décider d’une
caution en argent, d’ordonner que les choses reviennent à ce
qu’elles étaient avant en cas de contestation relative à la
possession et d’ordonner la restitution de choses saisies au
cours de l’instruction voire d’ordonner leur vente si elles sont
périssables ou difficiles à conserver.
Mais plus grave sont les écoutes téléphoniques. Ils sont
aussi des actes subjectifs puisqu’il s’agit d’écouter les autres.
Le code, après avoir annoncé l’interdiction de ce procédé,
permet au juge d’instruction d’y procéder sans passer par le
ministère public. Le premier président de la Cour d'appel y a
aussi droit (voir supra).
262
la détention préventive à laquelle il faut ajouter les contrainte
morales et physiques qui caractérisent l'interrogatoire et les
confrontations, on en déduit que les actes juridictionnelles du
juge d'instruction méritent une attention particulière. Ces
actes sont soit des ordonnances soit des mandats.
263
supporter les frais, mais peut le dispenser par décision motivée
si elle est de bonne foi à moins que ce ne soit elle qui a
déclenché l’action publique.
Il libère les prévenus incarcérés, à moins qu’ils le soient
pour une autre affaire et la mise sous contrôle judiciaire prend
fin.
Enfin, sur demande de la partie concernée ou du
ministère public, il ordonne la publication de l’ordonnance de
non lieu en totalité ou en partie. Il peut spécifier les
énonciations à publier. Cette ordonnance est susceptible
d’appel devant la chambre correctionnelle.
B- L'ordonnance de renvoi.
264
textes pénaux applicables. Cette ordonnance n’est passible que
de la cassation. Le dossier est alors transmis au ministère
public à des fins de convocation. Mais les mandats d’arrêt ou de
dépôt en prison restent exécutables jusqu’à ce que la décision
de l’instance de jugement (arrêt) acquière la force de la chose
jugée. Aussi décide-t-il de la mise sous contrôle judiciaire.
Bien évidemment, le juge d’instruction qui constate qu’il
a affaire à une contravention ou un délit renvoie devant la
juridiction compétente et décide à propos de la détention
préventive et de la mise sous contrôle judiciaire.
1
- Toute décision du juge d’instruction ne peut être prise qu’après
observations du ministère public.
265
Ils sont de véritables ordres coercitifs susceptibles
d'exécution par la force publique. Certains sont assimilables à
des actes d'instruction ou peuvent être interprétés comme
tels, d'autres tendent à la privation de liberté. Seul le juge
d'instruction est habilité à prendre un mandat, mais le code de
procédure donne également ce pouvoir au procureur du Roi
notamment en cas de flagrance. Les pouvoirs donnés au
gouverneur en certaines matières ne peuvent être interprétés,
à suivre une certaine doctrine, comme donnant cette
prérogative à ce commis de l'Etat.
Le mandat doit être écrit et doit reproduire
l'infraction et les textes qui la répriment, l'identité du
concerné (numéro de sa carte d’identité nationale), la date, la
signature et le cachet du juge. Leur exécution peut se faire sur
tout le territoire marocain (article 143 du C.P.P.).
266
C'est un ordre du juge d'instruction donné à la force
publique de ramener devant lui (par la force s'il le faut) un
prévenu qui n'a pas répondu à un mandat de comparution ou
contre lequel des charges graves pèsent. En cas d’urgence, ce
mandat est diffusé par tous les moyens et doit mentionner les
énonciations principales du l’original (identité de l’accusé,
nature de l’accusation, le nom du juge…). Une copie est remise à
l'intéressé et le chef de la maison pénitentiaire se charge des
formalités si l'accusé est déjà en détention.
Le prévenu doit être interrogé –assisté de son avocat-
dès son arrivée devant le juge d'instruction. Il ne peut rester
plus de 24 heures en détention avant cet interrogatoire;
autrement il doit être présenté au procureur du Roi qui
sollicite le juge d’instruction, et dans l’impossibilité pour celui-
ci d’interroger le prévenu, le procureur sollicite un juge de
fond. Si l’interrogatoire n’intervient pas durant ces vingt
quatre heures, le prévenu doit être relâché sinon sa détention
sera considérée comme abusive (article 148).
Si le prévenu réside en dehors de la circonscription du
juge d'instruction qui a émis le mandat, Le prévenu est conduit
devant le procureur du lieu de son arrestation. Ce dernier
l'interroge et rédige un P.V. à moins que le prévenu n'opte pour
le silence. Les formalités accomplies par le procureur (et le
prévenu) sont transmises au juge d'instruction compétent.
Seulement si le prévenu discute sérieusement et réfute
raisonnablement ce qui lui est reproché, le parquet
l'emprisonne et en avertit immédiatement le juge d'instruction
(par P.V. notamment) seul habilité à prendre une décision dans
ce cas. (Art. 149). Mais le code ne dit rien sur les délais où doit
intervenir la décision du juge d'instruction. Il parle seulement
d’informer le juge d’instruction par les moyens les plus rapides
existants. Enfin, et en cas d'échec des opérations pour
retrouver le prévenu, le mandat est acheminé au juge
267
d'instruction accompagné d'un procès verbal constatant les
opérations effectuées et leur échec.
La force publique est mise à contribution chaque fois
que le prévenu refuse de se présenter devant le juge
d’instruction ou tente d’échapper.
268
l'arrestation se produit, le prévenu est conduit à la prison et
doit être interrogé dans les 48 H. qui suivent.
Si le juge n'y procède pas, le chef de la maison de
détention conduit l'inculpé devant le procureur du Roi qui
requiert du juge d'instruction ou d'un autre juge de procéder à
l'interrogatoire. Dans l'impossibilité de l'effectuer, le prévenu
doit être libéré immédiatement sous peine de détention
arbitraire.
Si le prévenu a été arrêté en dehors de la
circonscription judiciaire du juge d’instruction, il est conduit
devant le procureur compétent qui l’interroge sur son identité
et reçoit ses déclarations. Le prévenu peut ne faire aucune
déclaration. Le procès-verbal est alors envoyé au juge
d’instruction compétent. Dans l’impossibilité de le transporter
devant le juge compétent, le représentant du ministère
consulte le juge d’instruction.
Reste le cas où le juge d’instruction a effectué un
renvoi devant la juridiction compétente. Dans ce cas le
procureur s’assure de l’identité du prévenu, reçoit ses
déclarations si le prévenu choisit de les faire et envoie le
procès verbal, dans les vingt quatre heures, au procureur de la
juridiction saisie.
L’arrestation doit se faire conformément à la loi (après
six heures et avant vingt et une heures) et la mobilisation de la
force publique est autorisée. Mais si celle-ci s’avère
irréalisable, le mandat d’arrêt est affiché au dernier domicile
du prévenu et un procès verbal est dressé. Ce dernier est
rédigé par le porteur du mandat en présence de deux témoins,
voisins proches du prévenu. Il est ensuite présenté à l’officier
de police judiciaire ou à son remplaçant pour signature et
envoyé au juge d’instruction ou au procureur compétent.
Toutes ses formalités doivent être respectées par le
parquet, le juge d’instruction ou le greffier sous peine de
269
sanctions disciplinaires voire de sanctions pénales en cas de
détention abusives (article 158 du C.P.P.).
270
l’annuler d’office, sur demande du ministère public, de l’accusé
ou de son avocat. Il peut aussi changer la mesure ou y ajouter
d’autres mesures d’office ou sur demande de l’une des parties
citées. Il peut enfin la transformer en un dépôt en prison
chaque fois que le prévenu n’a pas respecté ses obligations,
mais il doit prendre l’avis du ministère public.
L’article 161 du code de procédure pénale énumère les
mesures que peut contenir l’ordonnance du juge d’instruction.
Elles sont nombreuses et variées et vont de l’interdiction de
quitter le territoire national, le domicile, de se présenter aux
services désignés à des moments précis, de fréquenter
certaines personnes et lieux, de conduire, de se soumettre à
des examens médicaux, de répondre à toute vérification
demandée par les autorités ou les personnes compétentes, ne
pas s’adonner à certaines activités professionnelles, sociales ou
commerciales, ne pas conserver certaines armes, présenter des
garanties personnelles ou réelles, ne pas émettre de
chèques…etc.
Le juge d’instruction ou le juge délégué choisit la
personne ou l’organe qui sera chargé de ce contrôle. Il peut
s’agir d’une personne physique ou morale, un service de police
ou de gendarmerie ou tout autre service judiciaire ou
administratif. Ils s’assurent que le prévenu s’acquitte de ses
obligations et informe le juge en conséquence. Ainsi ils
contrôlent son enseignement, notent les dates de ses
présentations et informent son entourage (familial en cas de
paiement de pension alimentaire ; professionnel en cas de
reprise de son activité…etc.).
Ils sont rémunérés sous forme d’indemnisation et de
remboursement des frais engagés.
B- La détention préventive.
271
La détention préventive va à l'encontre du principe de
la présomption d'innocence puisque le juge d'instruction la
décide sans jugement au fond. Elle constitue également une
sanction qui ne correspond pas à une infraction. En revanche,
elle permet au juge d'avoir sous la main le prévenu tout le
temps nécessaire à la manifestation de la vérité. Elle constitue
en outre une mesure de sécurité et pour la société et pour
l'inculpé lui-même surtout en matière de crime. Mais son
efficacité dépend des conditions de son application
Elle peut être décidée à tout moment de l’instruction
dans les mêmes formes que la mise sous contrôle judiciaire.
Mais elle peut également être décidée par une juridiction de
jugement.
272
pénitentiaire ni au travail et son contact avec l'extérieur est
fonction de la décision de détention.
En outre et dès la disparition des motifs de son
inculpation, le juge d'instruction doit le libérer et il peut le
faire même spontanément, mais après consultation du
ministère public et après que le prévenu se soit engagé à se
présenter chaque fois que l’instruction l’exige, à informer le
juge de ses déplacements et de son installation. Cette
libération provisoire peut même être subordonnée à une
attestation émanant d’un organe public ou privé, de santé ou
d’enseignement, et s’engageant à prendre en charge le prévenu.
Elle peut être également subordonnée à une caution matérielle
(financière) ou personnelle voire être assortie de la mise sous
contrôle judiciaire.
De son côté le ministère public peut à tout instant
demander la libération provisoire et le juge d’instruction doit
répondre dans les cinq jours du réquisitoire.
Le prévenu (ou son avocat) peut présenter une demande
de libération provisoire au juge d’instruction qui doit adresser
la demande, sous vingt quatre heures, au procureur du Roi afin
de présenter ses observations. La même demande doit parvenir
à la partie civile pour remarques. Dans tous les cas il doit
rendre une ordonnance dans les cinq jours de la demande. A
défaut de réponse dans ce délai, le prévenu peut s’adresser à la
chambre correctionnelle qui a quinze jours pour décider après
avoir consulté le ministère public (qui a quarante huit heures
pour présenter ses remarques). A défaut d’une décision dans
les quinze jours, le prévenu est remis en liberté sauf
l’existence d’un acte d’instruction supplémentaire à accomplir.
273
l'instruction, la décision de liberté provisoire revient à la
juridiction de renvoi avec cette particularité que la décision
rendue par la chambre criminelle ou la chambre correctionnelle
d’appel n’est susceptible d’aucun pourvoi. Et s’il y a un pourvoi
en cassation, la dernière juridiction ayant statué est
compétente pour se prononcer sur la détention préventive sans
que sa décision puisse être attaquée une quelconque voie de
recours. Les mêmes règles s’appliquent en cas de décision
d’incompétence. De toute façon la juridiction a huit jours pour
se prononcer et décider, dans les cas où elle accorde la liberté
provisoire, de l’accompagner de l’une des mesures prévues pour
la mise sous contrôle judiciaire (articles 180 et surtout 182 à
1871).
En revanche les décisions rendues à ce propos par le
tribunal de 1ère instance sont susceptibles d’appel devant la
chambre correctionnelle d’appel. Le délai est assez Court
puisqu’il peut être interjeté avant la fin du jour suivant son
prononcé.
Que le ministère public interjette appel ou non, le
prévenu reste en détention quand il s’agit de délits touchant
les valeurs sacrées de la nation ou les stupéfiants, à moins que
celui-ci ne décide de la liberté provisoire. La chambre
correctionnelle d’appel a dix jours pour statuer sur l’appel du
ministère public ou du prévenu et l’appel ainsi que la procédure
qui s’ensuit ne sont pas suspensifs.
1
- Ces articles intéressent surtout le cas où une caution est exigée.
274
estimé nécessaire de lui consacrer expressément un
paragraphe dans le code (articles 214 à 221) (II).
Seulement, le recours – notamment l’appel- dont il s’agit
ne s’exerce pas forcément à la fin de l’information ; il peut
avoir lieu, dans les limites autorisées par la loi, après la prise
de certaines décisions. Aussi ne faut-il pas oublier les cas où un
acte d’instruction est nul, ceux où une deuxième instruction
s’impose.
275
demande avec indication des causes de la nullité.
Les documents entachés de nullité sont alors retirés du
dossier de l’instruction et il est interdit d’y recourir pour en
déduire des preuves contre les parties sous peine de sanctions
disciplinaires contre les juges et les avocats (article 213).
Notons que le prévenu ou la partie civile peut renoncer
à la nullité reconnue en leur faveur, mais cette renonciation n’a
de valeur que si elle est expresse, en présence de l’avocat (ou
après convocation) et avec l’approbation de la chambre
correctionnelle.
276
A- Etendue de l’appel.
277
Pour toutes les parties, l’appel est formulé sous forme
de déclaration faite au greffe de la juridiction du juge
d’instruction dans le jour qui suit la notification de la décision
en ce qui concerne le ministère public, et dans les trois jours
qui suivent la notification de la décision en ce qui concerne le
prévenu et la partie civile.
B- Procédure d’appel.
1- Une copie certifiée conforme car le juge garde le dossier pour la simple
raison, estimons nous, que si la décision attaquée ne concerne pas la fin de
l’information, ce juge continue son information tant que la chambre
correctionnelle n’a pas décidé autrement. Mais une fois l’arrêt de la chambre
rendu, aucune défense basée sur la nullité des actes d’instruction ne peut
être admise (article 227 C.P.P.).
278
La chambre qui statue sur l’annulation d’un acte
d’instruction peut étendre l’annulation aux actes suivants s’il y
a lieu. Elle agit, dans le cas de l’annulation d’un seul acte, en
confiant l’instruction à un conseiller ou un juge d’instruction. En
revanche si tout l’instruction qui a été vicié, elle renvoie le
dossier au ministère public et statut sur la détention
provisoire et le contrôle judiciaire.
L’instruction complémentaire effectuée, le dossier est
déposé au greffe de la juridiction qui en informe les parties et
leurs conseils par lettre recommandée avec accusé de
réception. Ce dossier reste quarante huit heures au greffe en
cas de détention provisoire (sa durée) ou de mise sous contrôle
judiciaire ; cinq jours dans les autres cas.
Les délibérations de la chambre sont secrètes en
dehors de la présence du représentant du ministère public ou
du greffier. Elle statut en chambre de conseil après avoir pris
connaissance du rapport du conseiller chargée de l’affaire, des
observations du ministère public et des mémoires des parties.
Sa décision est rendue en audience publique et peut décider de
la présence personnelle des parties et des moyens de preuve.
La décision de la chambre correctionnelle peut revêtir
plusieurs formes :
- elle peut décider de l’incompétence du juge
d’instruction ; elle désigne alors la juridiction ou le juge
d’instruction compétent ;
- elle peut confirmer la décision du juge d’instruction
de ne pas poursuivre; elle le fait savoir par arrêt;
- elle peut annuler la décision de ne pas poursuivre et
renvoie l’affaire soit au tribunal de 1ère instance soit à la
chambre criminelle.
Le renvoi devant la chambre criminelle comprend celui
des délits et contraventions indivisibles. En outre la chambre
correctionnelle doit, sous peine de nullité, détailler les faits et
279
leur qualification juridique ainsi que les textes applicables. Elle
doit aussi prendre un arrêt de dépôt de l’accusé en prison ou
son arrestation. Mais elle statue en ce qui concerne la
détention préventive ou la mise sous contrôle judiciaire dans un
délai de quinze jours.
Naturellement le président et le greffier signent
1
l’arrêt , les noms des juges doivent apparaître ainsi que ceux du
représentant du ministère public et du greffier. Mention doit
être faite des documents, mémoires et réquisitions contenues
dans le dossier.
En définitive, la chambre exerce un contrôle
d'opportunité qui revient à l'examen du contexte des décisions
du juge d'instruction (motivation, finalité, nécessité...) et un
contrôle de régularité qui consiste dans l'examen des
fondements légaux et rationnels des ordonnances
juridictionnelles du juge d'instruction. Rappelons que la
chambre correctionnelle peut évoquer l'affaire, demander un
complément d'information ou y procéder elle-même. Elle prend
enfin un arrêt de non lieu ou un arrêt de renvoi.
1
- Cet arrêt doit être envoyé dans les vingt quatre heures aux parties et à
leurs conseils par lettre recommandée.
2
- Partie I – Chap. I.
280
d'accomplissement de la dernière formalité et description des
cas de détention préventive. Il adresse ses instructions aux
juges d'instructions, visite, s'il le veut, les détenus
préventivement et saisi, le cas échéant, la chambre
correctionnelle.
/***/
1
- En réalité, le nouveau code de procédure pénale a inauguré une autre phase
de la procédure et pas des moindres : la phase post-jugement. Il l'a fait en
instaurant un juge d'application des peines comme cela existait depuis
quelques temps en France. Espérons que cette expérience réussira et
ramènera dans la société des individus que des circonstances ont jeté dans le
monde de la délinquance.
281
il faut d’abord qu’elle soit saisie (Section I). Le procès s’ouvre
et des règles sont à observer à chaque étape de la procédure
(Section II) dont le but reste le prononcé d’une décision
(Section III).
&. I- Le principe.
1
- Voir les moyens d’action du ministère public et les ordonnances du juge
d’instruction.
282
contrevenant ou du responsable des droits civils dans les
cas d’un titre exécutoire ( assanad attanfidi)1.
1
- Certains de ces moyens n'ont pas reçu les développements qu'ils méritent
de tant plus qu'ils sont nouveaux… !
283
par les tribunaux de proximité (anciens
tribunaux communaux et d’arrondissement
dont les décisions ne souffraient
(presque) aucun renvoi, ou par le juge en
dehors de l’audience. A préciser voir
surtout l’article 375 et ss CPP et l’art.
383.
Cela revient à dire que seules la
citation directe, la traduction devant la juridiction du
jugement en cas de flagrance et la saisine par décision de
renvoi gardent un intérêt certain.
284
faire, au plus tard, dans les trois jours qui suivent.
En cas de crime flagrant, une citation est adressée à
l'accusé qui ne peut être traduit devant la chambre criminelle
que cinq jours après (délai minimum). La prolongation du délai
doit être dans l'intérêt de la défense.
285
magistrats une grande responsabilité. Car, on l’oublie souvent,
dans un procès pénal on juge la personne, son passé et son
présent. Son intimité est étalée au grand jour et ce sont ces
considérations qui donnent au droit pénal (et à la procédure
pénale) ses propres caractères et qui en font un droit grave
minutieusement réglementé. L’accusé, face à la société, a des
garanties d’un jugement entièrement légal. Dans un autre côté
le procès en entier est réglementé et l’omission de certains
actes ou la défaillance d’un magistrat, par exemple, risque
d’annuler toute la procédure.
Ainsi le procès a des caractères fondamentaux et le
prévenu jouit de garanties (&.1) ; son déroulement en l’audience
est soumis à des règles bien précises (&.2).
1
- Voir introduction générale.
286
être confondue avec celles administratives ou policières prises
à l'occasion de certains procès. Enfin des mesures spéciales
intéressent la presse.
L'oralité des débats répond à un besoin de
simplification et de discussion immédiate des preuves et les
consignations du greffier n'altèrent en rien le caractère oral
de la procédure.
B- Le droit à un interprète.
287
par le prévenu, le ministère public ou la partie civile1. La
récusation doit être pour juste motif et la décision de la
juridiction à ce propos n’est susceptible d’aucune voie de
recours. Le non respect des règles à propos de l’interprète
annule la procédure2.
Dans tous les cas, le prévenu sourd ou muet doit pouvoir
comprendre les débats. Les questions et les réponses sont
faites par écrit dans la mesure du possible. Sinon un interprète
pouvant communiquer avec lui doit être désigné et un P.V.
comportant l'identification de cet interprète ainsi que
l'indication de la prestation de serment et la signature de cet
interprète est dressé3. La non désignation de l'interprète
expose le jugement à la nullité.
D’autres droits sont confirmés par la code de
procédure pénale tel que celui d’attaquer des actes au cours de
l’enquête préliminaire, de l’instruction ou même du jugement ;
de prendre la parole en dernier après les demandes de la partie
civile et le réquisitoire du ministère public ; de récuser des
magistrats même ceux de l’instruction…etc.
288
juger. La gravité des crimes justifie certaines règles
particulières1.
A- ouverture de l’audience.
3
- En effet celui-ci se verra juger par défaut, ce qui le privera de l’opposition.
L’article 314 cite quelques exceptions : l’accusé ou son conseil demande à ce
289
ou l'accusé détenu n'a pas besoin de notification et celui qui a
été présent la première fois (lui ou son représentant) ne peut
plus être considéré comme faisant défaut dans les cas où il se
retirerait de l'audience ou qu'il refuserait de se défendre.
En dépit de ces règles, la notification peut être objet
de difficultés.
D’abord, la notification doit comporter, sous peine de
nullité, le jour, l’heure, le lieu, la nature de l’infraction, date et
lieu de sa commission et les articles applicables.
Ensuite, un délai de huit jours entre la notification et
l’audience doit s’écouler et si l’accusé réside à l’étranger il faut
un délai de deux mois s’il réside dans un pays du Maghreb ou
d’Europe ou de trois mois s’il réside dans un autre pays que
ceux cités.
Enfin, l’accusé peut attaquer la régularité de la
notification avant toute discussion sur le fond sinon ce droit
tombe. S’il est présent à l’audience, il doit soulever cette
nullité, demander la régularisation de la notification et la
juridiction peut lui accorder un délai pour préparer sa défense
(article 310 C.P.P.).
Tout autre est le cas de l’accusé qui ne peut pas
assister pour des raisons de santé. La juridiction, par décision
spéciale et motivée, désigne un des siens pour l’interroger là où
il se trouve avec l’aide d’un greffier.
Il appartient à la juridiction saisie de statuer sur les
290
demandes de report de l’audience qu’elle ne peut octroyer que
si toutes les parties sont présentes ou sont représentées. Elle
n’a pas à formuler d’autres convocations. En revanche, elle peut
décider du report à une date ultérieure auquel cas elle doit
renouveler les convocations (art. 299 C.P.P.)
B- L’interrogatoire de l’accusé.
291
l’exception jusqu’au prononcé de la décision sur le fond. Elle
poursuit alors les débats et le recours reste garantie et doit
être exercé en même temps que le recours contre la décision
du fond (article 323 C.P.P.). Mais devant la chambre criminelle,
aucun incident n’est recevable (pour incompétence) lorsque
celui-ci touche au pouvoir d’appréciation du président et,
contrairement aux juridictions subalternes, les pourvois contre
un incident ne sont recevables qu’en même temps que le pourvoi
contre la décision au fond.
Les débats sont soumis à un ordre : la partie civile
(quand elle en existe une) formule sa demande des dommages-
intérêts suivie du ministère public qui présente ses réquisitions
et le prévenu ou le civilement responsable interviennent en
dernier lieu pour exposer leur défense. Le prévenu a toujours
la parole en dernier et la clôture des débats peut intervenir
(306). Mais il est exceptionnel au regard du nombre des
affaires et de leur complexité qu'une affaire soit examinée en
une seule audience; dans ce cas le juge ordonne la continuation
de l'examen de l'affaire pour une date ultérieure qu'il fixe
séance tenante. L'impossibilité à déterminer une date
ultérieure oblige la juridiction à reformuler une citation à
comparaître (art. 307).
Durant les débats, le ministère public, les juges et les
parties ou leurs conseils peuvent poser des questions au
prévenu par l’intermédiaire du président. Et chaque fois qu'un
incident apparaît (refus de répondre une question par
exemple…), la juridiction statue.
Dans la marche des débats, le président a un rôle et
des pouvoirs très importants. Il peut ordonner des mesures,
donner la parole à un témoin ou à un expert une deuxième fois
voire plusieurs fois, et peut, après avoir consulté le ministère
public, ordonner l’utilisation d’appareils photos,
d’enregistrement, d’envoi ou de réception de correspondance
292
dans la salle d’audience ou dans tout lieu où se déroule une
instruction judiciaire. Quiconque y déroge est puni d’une
amende de 5.000 à 50.000 dirhams.
Cet examen et ses débats font l’objet – quelle que soit
la juridiction saisie - d’un procès verbal où le secrétaire
greffier résume l’essentiel des réponses des prévenus, les
déclarations des témoins et énonce brièvement les demandes à
enregistrer, les plaidoiries et les moyens de défense avancés
par les parties ou leurs conseils. Il en donne également l’issue.
Le procès verbal est signé du président et du greffier. Il est
permis au ministère public et aux parties de demander au
président d’ordonner la lecture en totalité ou en partie du
procès verbal et d’y ajouter ce qui a été omis (article 305 et
442 C.P.P.).
1
- Mais l’article 423/2 ajoute : « …accompagné de gardiens pour l’empêcher
de fuir » (traduction personnelle)..
293
personne (s’il le faut par mandat d’amener) à même de
contribuer à la révélation de la vérité.
L’ordre des interventions est le même que devant le
tribunal de 1ère instance. Les débats, quand il n’y a plus rien à
rajouter, sont déclarés clos et la chambre peut délibérer.
Le procès-verbal d'audience résume les réponses des
accusés, les dépositions des témoins, les questions
incidentes...Le président d'audience et le greffier le signent
obligatoirement. La Cour se retire pour délibérer à la clôture
des débats. Les délibérations sont matérialisées par un vote
sur le dispositif, les circonstances atténuantes, les excuses
légales, les circonstances aggravantes...
1- Le témoin ordinaire.
1
- Voir les articles 326 et 327 pour le témoignage des ministres et des
représentants des puissances étrangères.
2
- La peine peut aller de cinq à dix ans de réclusion en matière criminelle et
de deux à cinq ans d’emprisonnement. Ces sanctions peuvent être aggravées
si le faux témoin a touché de l’argent. Voir articles 368 et suivants du CP.
294
Avant toute déposition, le président doit s'assurer de
l'identité du témoin : nom, prénoms, âge, profession et
demeure du témoin. Il s'assure, le cas échéant, de sa tribu et
sa fraction, du lien de parenté et du lien de travail qu'il peut
avoir avec le prévenu ou la partie civile. Il s'assure de
l'inexistence d'une incapacité de témoigner et de l’absence
d’interdiction de prêter serment.
Les témoins sont entendus individuellement.
Les témoins sont alors conduits dans une salle préparée
à cet effet et ne doivent la quitter que pour prêter serment.
Aussi le président peut prendre toute mesure nécessaire pour
éviter la communication entre les témoins ou entre ces
derniers et l’accusé. Une fois évacués, le président commence
l’interrogatoire de l’accusé et les autres parties – y compris les
juges suppléants- ne peuvent adresser de question à l’accusé
que par l’intermédiaire du président ou après son autorisation.
Le témoin doit prêter serment à peine de nullité du
jugement et peut être informé des sanctions prévues en cas de
faux témoignage. Mais devant la chambre criminelle, certains
témoignages sont reçus à titre d’informations notamment
quand le parquet, l’accusé, la partie civile ou le responsable
civilement s’opposent à ce que le témoin prête serment.
Le renouvellement du serment n'est pas obligatoire
quand le témoin est entendu plusieurs fois au cours des mêmes
débats, mais le président peut lui rappeler cette prestation.
La déposition des témoins se fait en fonction de l'ordre
établi par la personne qui les invoque. Sont entendus d’abords
les témoins de celui qui a engagé les poursuites ; mais le
président peut décider autrement (art. 336). La déposition se
fait oralement et, exceptionnellement, en s'aidant de notes si
le président ne s'y oppose pas. Après chaque déposition, le
prévenu est invité à répondre à ce qui vient d'être dit, et le
ministère public et la partie civile sont invités à poser des
295
questions s’ils le désirent.
Il est aisé de comprendre la latitude que le code laisse
au président de l’audience d’office -ou sur demande du
ministère public ou des parties- de faire évacuer les témoins,
de les ramener tous ou de ramener certains pou une nouvelle
audition. Il peut même les confronter. Il peut aussi avant,
pendant et après audition des témoins ordonner l’évacuation
d’un ou plusieurs accusés et les entendre par la suite à propos
d’un cas spécifique de l’affaire. Mais il doit les informer de ce
qui s’est passé en leur absence. Le président peut aussi
exposer toutes les preuves (outils de conviction dit le code) et
les montrer à l’accusé, aux témoins et aux experts.
Toute ajout, diminution ou différence entre les
premières déclarations et la déposition devant la juridiction
peut faire l’objet d’un procès verbal à la demande du président,
du ministère public ou des parties ; ce procès verbal est
rajouté au procès verbal des débats (article 340).
Mentions de l'identité des témoins, de leur prestation
des serments doit être faite dans le procès-verbal dressé par
le greffier sous peine de nullité du jugement ou de l’arrêt. Un
résumé des dépositions est également inséré dans le procès-
verbal.
296
n'était pas tenue n'est pas une cause de nullité du jugement
sauf si le ministère public ou l’une des parties s’étaient opposés
à cette façon de faire.
Dans le deuxième cas, il faut citer le cas du défenseur
du prévenu pour ce qu'il sait du fait de sa qualité de défenseur
et de certaines personnes liées par le secret professionnel (qui
ne peuvent le faire que dans le cadre et les conditions de ce
que la loi permet)1.
En dehors du faux témoignage2, le témoin qui ne se
présente pas et dont la déposition s’avère déterminante, se
verra ramener pour déposer en utilisant la force publique outre
les frais qu’il doit supporter (nouvelle notification, déplacement
des témoins une deuxième fois…). Dans le même ordre d’idées,
il peut faire l’objet d’une amende en cas d’absence, de refus de
prêter serment ou de déposer.
Bien sûr un témoin qui a besoin d'interprète ou qui
souffre d'infirmité de surdité ou de mutisme se verra
appliquer les dispositions appropriés et prévues par le code de
procédure pénale.
Enfin, sauf ordre différent du président, le témoin doit
rester dans la salle prévue à cet effet jusqu’à la fin des débats
1
- Par le passé récent, le code avait prévu le cas du ministre du culte alors
que cette disposition intéressait plutôt le christianisme où la confession faite
au ministre du culte est protégée par la loi. Pourtant le code a été élaboré en
1959 !
2
- Il est intéressant de souligner que devant la chambre criminelle, le
président confronté à un cas de faux témoignage doit inciter le témoin en
question à dire la vérité pour une dernière fois sinon il sera poursuivi pour
faux témoignage. Voir cette disposition originale dans l’article 425 C.P.P..
297
que les témoins.
Les non assermentés doivent prêter serment consistant
à collaborer avec la justice selon leur honneur et conscience et
ceci devant Dieu.
Ils sont entendus en audience et exposent ce qu’ils ont
réalisé. Le président d’office ou sur demande du ministère
public, des parties ou leurs conseils, peut poser toutes les
questions jugées utiles. Ces derniers peuvent, après
autorisation du président, poser les questions directement à
l’expert. Mais un témoin (ou informateur) qui s’oppose aux dires
de l’expert ou qui propose des nouveautés techniques oblige le
président à demander à l’expert, au ministère public et aux
parties d’avancer leurs observations. Dans ce cas, le président,
par décision motivée, peut écarter les dires du témoin et
continuer les débats ou reporter les débats et décider tout
acte utile à l’expertise.
En principe, les experts assistent aux débats sauf avis
contraire du président et sauf opposition du ministère public
ou des parties.
298
supplémentaire a pratiquement les mêmes pouvoirs que le juge
d’instruction sauf qu’il ne peut délivrer de mandats. La même
règle doit se trouver au Maroc. En effet, une fois l’information
accomplie, l’affaire revient à la juridiction du jugement sans
qu’il y ait lieu à une ordonnance de clôture. Ces mesures
supplémentaires intègrent bien la notion de l’instruction
définitive et les débats reprennent devant la juridiction saisie.
A la fin des débats, le juge prononce la clôture de
ceux-ci (art. 306). Souvent, la juridiction prend un certain
temps de réflexion ou de méditation et peut même renvoyer à
une autre audience. Pratiquement Le président met l'affaire en
délibéré; ce qui donne aux magistrats, en principe, le temps de
réfléchir à la décision. Autrement dit, si l’affaire n’est pas en
état d’être jugée, la juridiction peut décider de son report,
mais ce report doit avoir un motif sérieux (article 362).
299
La décision de justice, notamment en matière pénale,
est grave. Des conditions de forme et de fond sont strictes et
l’omission de l’une ou de l’autre donne lieu inéluctablement à la
censure de la décision. Bien sûr, la chambre criminelle a
quelques règles particulières qui la distinguent des autres1.
A- Enonciations communes.
1
- Il n’y a pas que la chambre criminelle qui a des règles propres, mais les
autres chambres aussi. Mais comme il a été avancé déjà, on s’en tient au droit
commun.
300
S’il s’agit du tribunal de 1ère instance, le président de la
juridiction en cas de juge unique, ou le doyen des juges ayant
assisté au procès en cas de collégialité signent respectivement
la décision dans les vingt quatre heures du constat de
l’incapacité. Mais mention doit être faite, dans la décision.
S’il s’agit de la chambre correctionnelle, de la chambre
criminelle, ou de la chambre des appels correctionnels, la
décision est signée par le doyen des conseillers ayant assisté à
l’audience. Mention de cette substitution doit être faite sur la
décision.
Si l’empêchement provient du greffier, le président ou
le juge qui supplée mentionne cet empêchement et signe à sa
place.
Mais l’empêchement des uns et des autres fait revenir
l’affaire pour discussion et jugement à nouveau.
Doit être indiqué si la décision a été rendue en audience
publique, en premier ou dernier ressort, contradictoirement,
réputé contradictoire ou par défaut (art. 366).
L'omission d'une de ces mentions peut exposer le
jugement à la nullité notamment quand elle touche aux droits
de la défense1.
Dans les décisions sur le fond, le dispositif doit décider
1
- A titre d’exemple, la nullité des jugements est prononcée chaque fois
qu’une des énonciations de la l’article 370 du C.P.P. n’est pas respectée. Il en
est ainsi en cas de :
- non respect de la formule qui doit constituer l’entête ;
- composition illégale de la juridiction ou non présence des
magistrats à toutes les audiences ;
- non motivation ou motivation contradictoire ;
- non énonciation des dispositions de l’article 366 relatives au
caractère public, contradictoire…
- ne comporte pas la date du jugement et les signatures exigées.
301
de la condamnation, de l’absolution ou de l’acquittement et des
frais du procès.
En cas de condamnation, la décision doit contenir
l’infraction, objet du procès, les dispositions juridiques
appliquées (les textes de lois), la peine prononcée voire, en cas
de besoin, les peines complémentaires, les mesures de sûreté
et les droits civils qu’il a tranchés.
La condamnation règle le sort des personnes, des
choses et des frais de justice.
A l’égard des personnes, les accusés absous, acquittés
ou condamnés avec sursis doivent être relâchés immédiatement
et/ou se voient non soumis aux mesures de contrôle judiciaire
même si un appel ou un pourvoi en cassation est interjeté. En
revanche, devant la chambre criminelle, la juridiction peut
décider l’arrestation de la personne comparue librement et le
pourvoi ne sursoit pas à l’exécution de la décision.
Le dispositif doit se prononcer sur le cas du dément au
moment de la commission des faits ou celui qui le devient au
cours de l’examen de l’affaire devant la juridiction. Une fois
constatée (ou prouvée) le juge déclare la personne
irresponsable, l’absous de la peine, de l’indemnisation et des
frais du procès. Il ordonne également son internement dans un
établissement psychiatrique.
Vis à vis des choses, la décision peut statuer sur la
restitution de celles-ci à qui de droit ou de restituer leurs
valeurs si les choses ont été vendues sur décision du juge
d’instruction ou de fond par crainte de leur perte (péremption
égarement ou impossibilité des les conserver). Le code semble
libéral de ce côté puisque le dispositif peut contenir la
restitution des choses à condition qu’elles soient non
dangereuses et non nécessaires à la marche du procès ou non
susceptibles de saisie. Le propriétaire s’oblige à les ramener
devant la juridiction en cas de besoin. Bien plus, il peut même
302
ordonner la restitution de choses dangereuses sur demande du
propriétaire qui prouve son besoin pour ces choses et donne
des garanties sur leur danger (article 366 C.P.P.). Devant la
chambre criminelle, et en cas de condamnation, la restitution
au propriétaire ne peut se faire que si ce dernier prouve que le
condamné n’a pas usé du pourvoi en cassation, que le délai de
celui-ci est passé ou qu’il s’est pourvu en cassation et que la
haute Cour a statué par une décision ayant acquis force de la
chose jugée
Enfin, il doit décider du sort des frais du procès qui
sont toujours à la charge du condamné ou du responsable civil
condamné1. Toutefois l’accusé peut être exonéré des frais
totalement ou partiellement ou les faire endosser au
responsable civilement. De toute façon, la décision ne peut
condamner aux frais une personne acquittée sauf dans les cas
prévus par la loi. En revanche, la partie civile qui perd le procès
doit payer les frais au trésor. Il ne peut y échapper totalement
ou partiellement que quand les poursuites ont été déclenchées
par le ministère public et que la partie civile était de bonne foi.
1
- Toutefois le condamné peut être exonéré d’une partie des frais quand la
juridiction n’arrive pas à statuer sur toutes les affaires, objet des poursuites
ou s’il a statué sur des affaires dont la qualification a changé au Cours de
l’instruction ou lors du jugement, ou, enfin, si elle décidé de sortir des
prévenus de l’action. La juridiction doit motiver sa décision et démontrer que
l’exonération se justifie par l’inexistence de liens entre l’infraction poursuivie
et les frais demandés.
303
1- Tenue des délibérations.
2- prononcé de la décision :
304
chargé de cette mission. La décision peut comporter la
libération conditionnelle moyennant caution ou non et/ou la fin
des mesures de contrôle judiciaire.
Le président informe le condamné qu’il a dix jours pour
faire appel.
1
- Cet article énonce que doit comporter un jugement ou un arrêt (et même
une ordonnance) :
Il doit commencer par royaume du Maroc- Au nom de Sa Majesté et contenir
à titre d’exemple : l’instance qui a rendu la décision, sa date, désignation des
parties à l’action avec énumération détaillée de l’identité de l’accusé, les
faits, présence des témoins, les bases réelles du jugement, nom des juges qui
ont rendu la décision, signature du président etc. Le défaut de l’une des
mentions est sanctionné par la nullité de la décision comme l’annonce l’art.
370.
2
- Cet art. est relatif aux délibérations et à l’octroi des circonstances
atténuantes ou non et du sursis à exécution de la peine.
305
Les délibérations aboutissent forcément à la prise de
position de la juridiction quant aux éléments discutés. Mais il
faut noter que la chambre criminelle n’est pas tenue par la
qualification donnée aux faits qu’elle juge. Elle peut et doit les
qualifier comme elle l’estime juste légalement et appliquer les
textes pénaux conformes au résultat de l’enquête définitive.
Mais si un ou plusieurs faits aggravants, non contenus dans
l’ordonnance de renvoi, apparaissent au cours de l’instruction
définitive, la chambre ne peut en tenir compte qu’après avoir
entendu le ministère public et la défense.
La chambre absous ou acquitte chaque fois que les faits
qu’elle juge apparaissent comme n’ayant aucun lien avec l’accusé
(relation de causes à effets), sont non punissables ou le sont
devenus (suite à l’amnistie, la grâce, la prescription, la
dépénalisation…). L’inculpé est immédiatement relâché. Il l’est
aussi chaque fois que la peine est une amende ou une peine
privative de liberté avec sursis à exécution. Il ne peut rester
en détention que s’il est poursuivi pour d’autres faits. Bien plus,
un accusé innocenté ou absous pour les faits dont il est jugé,
peut se voir inculpé pour d’autres faits qui apparaissent au
cours de l’instruction définitive. Le ministère public enregistre
son droit de poursuite et le président ordonne la remise de
l’inculpé à celui-ci.
Il garde le droit de demander des dommages-intérêts à
la partie civile dans les formes ordinaires.
En cas de condamnation, la chambre criminelle peut
ordonner l’arrestation de l’accusé comparé en liberté et
l’exécution a lieu quand bien même un pourvoi serait intenté. La
partie civile se voit attribuer un dédommagement pour le
dommage qu’elle a subi. La chambre criminelle reste
compétente pour trancher l’action civile quand bien même
l’action publique vient à s’éteindre par la mort, la prescription,
l’amnistie, la dépénalisation ou quand le jugement a atteint la
306
force de la chose jugée. Elle apprécie également dans les cas
de l’aliénation du poursuivi. Mais la chambre doit se déclarer
incompétente chaque fois qu’il acquitte ou absous.
307
peut avoir une nature juridique différente selon la nature du
procès engagé. Autrement dit, un jugement peut être un
jugement de procédure (jugements avant dire droit,
d'incompétence, d’irrecevabilité) ou des jugements sur le fond
(jugements de condamnation, de relaxe ou d'acquittement). Les
premiers, comme leurs noms l'indiquent, ne tranchent pas le
fond, n’acquièrent l’autorité de la chose jugée qu’une fois
rendue définitivement sur la question soulevée et ne sont, en
principe, attaquables qu’en même temps que la décision sur le
fond (article 401 C.P.P.).
Non seulement ils peuvent être rendus par une même
juridiction, mais peuvent intervenir dans une même affaire.
Leurs effets sont déterminants pour la suite du procès et pour
les droits des plaideurs. On les appelle les jugements de
procédure par opposition aux jugements sur le fond.
308
devant la chambre des appels correctionnels, de la décision
pour vice de forme, d’omission ou d’incompétence permet à
ladite chambre d’évoquer l’affaire s’il est en état d’être jugée.
309
de prescription ne soit écoulé.
Toutes ces décisions, en principe, sont susceptibles de
cassation devant la Cour de cassation.
***
310
Chapitre IV. Les voies de recours.
311
Section I. Les voies de recours ordinaires.
312
* Dans tous les cas, la présence du prévenu à
l'audience, lui enlève le bénéfice du jugement par défaut même
s’il quitte les lieux aussitôt ou ne se défend pas (art. 313).
* Aussi, le défaut de se présenter après une
notification légalement valable - et faute d'un motif sérieux de
non comparution – donne droit à la juridiction de juger l’affaire
et le jugement sera réputé contradictoire (art. 371. al. 4).
- En revanche, le jugement sera contradictoire sur le
fond (314/5) quand le prévenu déclare faire défaut après un
premier jugement préparatoire "rejetant contradictoirement
ses conclusions sur un incident…" et avant l'audition du
ministère public.
* Le jugement est toujours contradictoire quand il y a
plusieurs chefs d'inculpation et que le prévenu a accepté le
débat sur un ou plusieurs, mais a déclaré faire défaut sur les
autres (314/6).
La partie civile et le civilement responsable se voient
appliquer les mêmes règles.
Mais l'opposition ne concerne jamais le représentant du
ministère public dont l'absence rend le jugement nul. Elle ne
concerne pas non plus la victime qui ne s'est pas encore
constituée partie civile ni un tiers civilement responsable qui
n'a pas encore été mis en cause.
313
quand elles sont notifiées à temps (art. 383)1.
B. Formulation de l'opposition.
1- Formes de l’opposition.
2- Délais.
1 - C'est ce qui faisait dire, sans doute, au Professeur Machichi Alami : "Il
reste à signaler, dans toute la mesure théorique encore possible, que les
ordonnances contraventionnelles restent aussi soumises à l'opposition". op.
cit. p. 317.
314
mentionner la recevabilité de l'opposition dans un délai de 10
jours (art. 372).
Ces délais, comme tous les autres, sont francs. L'art.
750 formule la règle dans les termes suivants :
" Tous les délais, prévus au présent code étant des
délais " francs, ne comprennent ni le jour initial, ni celui de
l'échéance.
" Les jours fériés sont comptés comme jours utiles
dans le calcul du délai".
Cependant, l’opposition du condamné à une peine n’est
recevable que si la notification de la sentence a eu lieu ou s’il
renoncer à celle-ci, auquel cas une convocation pour la
prochaine audience doit lui est remise.
S’agissant de l’action publique et à défaut d'une
notification à personne ou d'un acte d'exécution, l'opposition
reste recevable jusqu'à l'expiration des délais de prescription
de la peine (393). Mais cette règle ne s'applique pas à la partie
civile ni au tiers civilement responsable dont l’opposition doit
rester circonscrite à leurs intérêts.
Enfin le refus de recevoir la notification fait courir le
délai de l'opposition du lendemain du jour de ce refus. Nul ne
peut échapper à la justice par un comportement
abstentionniste, avance une certaine doctrine1.
1
- Mohamed Drissi Machichi Alami, Procédure pénale, p.319.
315
semble qu'ils peuvent être exécutés en vertu d'une décision
spécialement motivée.
Mais l'effet le plus spectaculaire est l'anéantissement
du jugement attaqué même dans ses dispositions civiles. Cet
effet est pleinement réalisé quand l'opposition émane du
prévenu. Ainsi la première décision est tout simplement
écartée et ignorée et ne peut servir de référence à la nouvelle
décision qui doit être prise sur la base de nouveaux débats.
En revanche, à l'égard de la partie civile ou du
civilement responsable, l'opposition ne concerne que les
intérêts civils.
Une fois l'opposition reçue, une nouvelle notification
est délivrée, à la requête du ministère public, à toutes les
parties en cause et si l'opposant ne comparait pas à la date
fixée, l'opposition devient non avenue (art. 394). Aussi n’est
pas admise une opposition à la décision fondée sur une
opposition antérieure.
Les frais de la notification du jugement par défaut et
de l'opposition peuvent être laissés à la charge de l'opposant
(art. 395).
316
une ordonnance de contumace1 et un nouveau délai de huit jours
(dix avant) est octroyé à l'intéressé au terme duquel il est
considéré comme rebelle à la loi, s'il ne se présente pas devant
les autorités compétentes. Le contumax est alors privé de
l'exercice de ses droits civils, de la jouissance de ses biens qui
seront séquestrés pendant l'instruction de la contumace2 et
que toute action en justice lui sera interdite. Un jugement sera
rendu malgré son absence et toute personne connaissant où il
se trouve doit en informer les autorités compétentes.
L'ordonnance indique l'identité et le signalement du contumax
ainsi que le crime qui lui est reproché et ordonne son
arrestation (prise de corps).
Huit jours après l'affichage de l'avis, il est procédé au
jugement du contumax par le tribunal criminel (chambre
criminelle de la Cour d'appel) sans l'assistance d'un défenseur
sauf, pour sa défense ou sa famille (et même ses amis), à
démontrer l'impossibilité pour l'intéressé à se présenter.
L'excuse acceptée, la juridiction sursoit au jugement et peut
éventuellement ordonner la levée du séquestre pendant un délai
qu'elle fixe.
En revanche si aucune excuse n'a été avancée ou a été
refusée, la juridiction procède au jugement du contumax qui
débute par la lecture à l'audience, par le greffier, de l'arrêt
de renvoi et de l'acte d'accusation, de l'ordonnance de
contumace et du procès verbal constatant l'affichage de
l'ordonnance. La partie civile et le ministère public sont
1
- Cette ordonnance est affiché au dernier domicile de l'accusé ou à la porte
du prétoire si ce domicile est inconnu (art. 444). Une diffusion de l'avis de
contumace est faite sur les ondes de la radiodiffusion trois fois en huit
jours. Voir modèle de cet avis in art. 445 du C.P.P.
2-
Une expédition de cette ordonnance est envoyé au directeur des domaines
du dernier domicile de l'accusé ou au directeur des domaines du lieu où siège
le tribunal si ce domicile est inconnu (art. 444).
317
entendus et la juridiction statue sur l'accusation et
éventuellement sur les intérêts civils. L'instruction à l'égard
des coaccusés ne peut être retardée ou suspendue pour cause
de l’absence de l'accusé (452).
En cas de condamnation, le séquestre est maintenu et
des subsides peuvent être accordés à qui de droit (épouse,
ascendants, descendants). Un extrait du jugement de
condamnation est inséré au bulletin officiel à la demande du
parquet. Il est également affiché à la direction des domaines
et le condamné se trouve frappé de toutes les déchéances
prévues par la loi.
Notons que le pourvoi en cassation n'est ouvert qu'au
ministère public et à la partie civile " en ce qui concerne ses
intérêts", dit l'art. 451 du C.P.P.
Enfin si le contumax se constitue prisonnier ou s'il est
arrêté avant la prescription de sa peine, il est procédé à son
jugement dans des conditions ordinaires et le premier
jugement ainsi que les procédures effectuées sont anéanties.
Les dépositions par écrit des témoins ou les réponses écrites
des autres accusés sont recevables dans la mesure où elles
peuvent aider à la manifestation de la vérité. Si le contumax
est acquitté ou absous, il est tenu quand même aux frais
occasionnés par la procédure de contumace sauf décharge par
la juridiction.
318
est vrai que la situation d’avant était critiquable dans la mesure
ou un accusé susceptible d’une peine légère avait un droit
d’appel, alors que celui qui risque la peine de mort ou la
réclusion à perpétuité n’avait que la cassation.
L’appel devant la chambre criminelle obéit aux mêmes
règles que l’appel ordinaire et il est exercé devant la chambre
des appels criminels se composant d’un président – le premier
président de la Cour d'appel y compris- et de quatre
conseillers (voire plus art.457 CPP) qui n’ont pas participé d’une
manière ou d’une autre au premier jugement de l’affaire. Cette
chambre a son siège dans la même Cour d'appel pour des
raisons, avance-t-on, de rapprochement de la justice des
justiciables. Mais on ne voit pas où elle peut siégeait
autrement !
I. Modalités de l'appel.
319
personne faisant ses fonctions.
L'article 424 du C. P. P ajoute les administrations à qui
la loi confère le droit d’exercer l’action publique alors que
l’ancien code citait uniquement l'administration des eaux et
forêts ayant exercé l'action publique.
Notons que l’appel en matière de contravention n’est
recevable que si la peine est privative de liberté, sinon il n’est
susceptible que de cassation. Toutes les parties au procès sont
admises à le formuler, mais la partie civile ne peut le faire que
pour ses intérêts civils.
B. Formulation de l'appel.
320
recours!
Les appelants peuvent, d’une manière expresse
renoncer à leur appel ; le parquet n’a pas cette possibilité
(art.403 CPP).
C- Délais de l'appel.
321
cas, si l'une des parties exerce ce droit (d'appel), les autres
parties ont cinq jours de plus pour faire de même. Le chef du
parquet général est exclu de ce droit.
Le procureur général du roi (Cour d'appel) dispose d'un
délai de soixante jours à partir du prononcé du jugement. Ce
délai exorbitant qui peut s'expliquer par les tâches multiples
de ce commis de l’Etat constitue tout de même un des aspects
du déséquilibre qui caractérise encore le procès pénal. Ailleurs
- moins au Maroc - cela est source de critiques notamment face
à l'idéologie des droits de l'homme.
2- Délais spéciaux.
322
406).
- Les jugements préparatoires statuant sur les
incidents ou les exceptions peuvent faire l'objet d'appel mais
en même temps que le jugement sur le fond. Ceux concernant la
compétence peuvent l’être également à l'exclusion de ceux
intéressant l'incompétence à raison de la matière soulevée
avant tout débat - ou défense- au fond1.
L'exécution volontaire du jugement préparatoire ne
peut constituer une fin de non recevoir pour un appel.
- S'il y a contestation sur la nature du jugement et un
refus du greffier de recevoir la demande en appel, le
demandeur, dans les vingt quatre heures du refus, peut, par
requête, "solliciter" du président de la juridiction d'ordonner
que le greffier reçoive sa déclaration. Ce dernier doit
s'exécuter et l'ordonnance du président n'est susceptible
d'aucune voie de recours comme pour l’opposition.
Enfin notons une nouveauté du code qui consiste dans la
possibilité pour les appelants de retirer leur appel. Une
déclaration expresse est exigée et ce retrait n’a de valeur
qu’une fois authentifier par la juridiction.
1
- Il s’agit en réalité ici d’une question préjudicielle qui doit être réglée par
la juridiction saisie avant tout débat sur le fond.
323
donner celle-ci à la partie appelante puis à l'intimé. L'ordre
d'entente des appelants et des intimés - s'ils sont nombreux -
est fixé par le président de séance. Dans tous les cas, le
prévenu, qui le demande, a la parole en dernier.
Le jugement ne pouvant être rendu immédiatement, le
président met l'affaire en délibéré et indique la date de
l'audience ultérieure.
La décision de la chambre des appels correctionnels
peut prendre une attitude légèrement différente suivant la
qualité de l’appelant.
En effet, si l’appelant est le ministère public la
chambre peut confirmer, modifier ou annuler la décision au
profit ou contre l’intimé. En revanche, l’appel formulé par
l’accusé ne permet à la chambre que de confirmer ou d’infirmer
la décision (art. 409), mais si elle estime que la voie empruntée
est régulière en la forme, mais n'est pas fondée, elle confirme
le jugement attaqué et condamne aux dépens tout appelant
autre que le ministère public ou l'administration. Rappelons
que l’article 406 permet à la chambre d’évoquer l’affaire
chaque fois que l’appel à un fondement dans les violations des
règles de forme.
L'appel de la partie civile ou du civilement responsable
ne s'attaque qu'aux intérêts civils et permet l'appréciation des
faits générateurs de cette responsabilité1. Il n'a aucun
incident sur l'action publique qui acquiert, après la décision,
force de la chose jugée. Bien sûr cet appel permet d'infirmer,
de modifier ou de confirmer le jugement rendu en matière
civile; autrement dit le jugement dans son aspect civil.
Mais en matière correctionnelle comme en matière de
police, la juridiction d'appel peut ordonner le dépôt ou
l'arrestation du prévenu (mandat) sur réquisition du ministère
1
- Voir infra = effet dévolutif.
324
public. Cette décision spéciale doit être motivée et ne peut
être attaquée ni par l'opposition ni par la cassation.
La Cour d'appel qui s'aperçoit que le fait reproché au
prévenu ne constitue pas infraction à la loi pénale et n'est pas
imputable à son auteur, prononce l'acquittement et doit
déclarer son incompétence à statuer sur l'action civile, mais
statue, le cas échéant, sur la restitution des choses. Rappelons,
toutefois, que la juridiction d'appel reste compétente pour
statuer sur l'action civile dans les cas où l'action publique est
éteinte pour une des causes énumérées à l'article 4 du C. P. P1.
Si le fait ne constitue qu'une contravention, la Cour
infirme le jugement attaqué et statue à nouveau sur la
culpabilité, les demandes de restitution et sur les dommages-
intérêts.
En revanche si le fait constitue un crime il est fait
application de l'article 390 : la Cour se déclare incompétente
et renvoie la partie poursuivante :"…à se pourvoir ainsi qu'elle
avisera. Elle peut, s'il y a lieu, discerner un mandat de dépôt ou
d'arrêt, laisser subsister l’incarcération de l’accusé ainsi que
les mesures judiciaires et il appartient au parquet de saisir la
juridiction compétente.
Notons enfin que la décision rendue, le président doit
informer la partie défavorisée par la décision qu’elle a un délai
de dix jours pour se pourvoir en cassation.
1
- Rappelons que ces causes sont le décès du prévenu, la prescription,
l’amnistie, l’abrogation des textes qui incriminent les faits, l’acquisition de la
décision de la force de la chose jugée, l’intervention d’une transaction et du
retrait de la plainte.
325
L'effet suspensif veut dire que les délais d'appel
empêchent l'exécution de la décision. Cette règle absolue dans
le code de 1959 ne l'est plus dans la procédure actuelle dans
la mesure où l'appel du procureur général près la Cour d'appel
n'est pas suspensif (art. 398 C.P.P). Dans l’ancienne procédure,
le juge avait cette possibilité de décider la mise en exécution
de la décision sur réquisitions du ministère public.
Quant à l'effet dévolutif, il revient à l'envoi à chambre
des appels correctionnels de tous les éléments et pièces qui
ont servi à la juridiction du premier degré. Son appréciation
peut porter sur tous les éléments de fait et de droit qu'a
discutés la juridiction inférieure, mais ne peut pas et ne doit
pas discuter des faits qui n'avaient pas été rapportés devant
les juges du premier degré à moins qu’ils ne se rattachent à un
point déjà soulevé par l’appel. La chambre des appels
correctionnels peut requalifier les faits, s'assurer de la
réunion ou de l'absence des éléments de l'infraction, des cas
d'atténuation ou d'aggravation…mais ne peut sortir des
éléments déjà débattus.
Rappelons que le regard de la Cour d'appel est fonction
de la qualité l'appelant. Saisie par le ministère public, elle
statuera sur l'action publique; saisie par la partie civile, elle se
limitera à la réparation civile; enfin saisie par le prévenu elle
examinera les deux actions publique et civile.
Quel que soit la qualité de l'appelant, celui-ci pourra lui
demander de réexaminer toute l'affaire ou certains éléments
seulement. Elle se prononce sur ce qu'on lui demande. Mais si
elle ne doit pas aggraver la situation de l'appelant en
augmentant par exemple sa peine, elle peut le faire quant
l'appelant est le ministère public seul.
Enfin, l'appel formulé par deux ou plusieurs parties
libère la Cour d'appel qui retrouve son pouvoir d'appréciation
tant en ce qui concerne l'action publique que l'action civile.
326
Section II. Voies de recours extraordinaires.
327
suppose des conditions de fond et de forme.
A- Conditions de fond.
1
- Et il y a peu les arrêts de la Cour spéciale de justice
328
même temps que le pourvoi au fond. En revanche- toujours par
le passé- le renvoi devant une autre juridiction répressive
n’était possible que lorsque l'arrêt de renvoi "…contient des
dispositions définitives que la juridiction de renvoi n'a pas le
pouvoir de modifier" (ancien art. 574/2). L’actuel code ne dit
rien à ce propos !
Un arrêt touchant la mise en liberté provisoire ou les
mesures judiciaires, décidé par la chambre criminelle, ne peut
être attaqué par cassation qu’en même temps que la décision
sur le fond. Ne peut l'être non plus - et toujours en matière
criminelle - les décisions d'acquittement ou d'absolution quand
celui qui veut se pourvoir est la partie civile à moins que la
décision attaquée ne l’ait exclue de l’action ou n’ait pas statué
sur un chef d’accusation. Par le passé, ce droit appartenait au
représentant du ministère public, mais ne pouvait le faire que
si l'absolution a été décidée sur la base de l'inexistence d'un
texte pénal qui pourtant existait (ancien art. 576). Il pouvait le
faire de tant plus facilement qu'il a le recours dans l'intérêt
de la loi.
Ne sont pas non plus susceptibles de pourvoi en
cassation les décisions déjà rejetées et dont une première
attaque a été vaine et ceci sous quelque motif et par quelque
moyens que ce soit (art. 531). Enfin doivent être écartées du
pourvoi les décisions ne comportant que le paiement d’une
amende ne dépassant pas 5.000 dirhams à moins d’avoir payé
effectivement cette amende.
329
- incompétence;
- violation de la loi de fond;
- manque de base légale ou défaut de motif.
Mais une nullité constatée en première instance et qui
n'a pas été soulevée en appel ne pourra pas être soulevée
comme moyen de cassation (art. 535). En outre le moyen
invoqué doit être un de ceux qui fondent le dispositif.
Enfin, lorsqu'il y a erreur dans la qualification, mais que
la peine se justifie il n'y a pas lieu à cassation mais le juge de la
cassation rectifie les chefs d'inculpation en désignant ceux à
qui la peine s'applique (art. 589).
1
- Les rédacteurs de l’introduction au dahir formant le nouveau code de
procédure pénale pouvaient écrire que : la situation actuelle ne permet pas ce
reCours et le seul bénéficiaire de cette situation reste l’accusé. Le ministère
public, en tant que représentant de la société, est lésé et l’équilibre rompu à
330
B- Conditions de forme. (Art. 577. 578. 579. 580. 581).
1- Formulation du pourvoi.
2- Délai du pourvoi.
son détriment. Aussi ne permet-elle (la situation) pas de corriger les erreurs
des chambres criminelles. Le reCours au bénéfice de la loi ne permet cette
correction qu’au niveau du principe dans la mesure où il ne permet pas de
sanctionner l’accusé ou de le juger une deuxième fois même si le reCours a
été accepté.
331
notamment celles jugées par défaut, le délai ne court qu'à
compter de la notification de la décision à personne ou à
domicile (art. 527 C.P.P.).
3- Le mémoire.
332
4- Consignation d'une caution.
333
L'affaire enrôlée au greffe, le premier président
transmet le dossier au président de la chambre compétente qui
désigne un conseiller rapporteur responsable de la procédure.
Ce dernier fait notifier, selon les cas, le mémoire à
toutes les parties intéressées- y compris l’agent judiciaire du
royaume au cas où il aurait intervenu devant la juridiction du
fond - par la solution du pourvoi ou seulement la déclaration du
pourvoi si le mémoire n'a pas été produit.
Dans le mois de la notification, les parties ont la
faculté de déposer un mémoire en défense signé par un avocat
agréé près de la Cour de cassation. Elles peuvent y joindre les
pièces dont elles entendent se servir. Ce délai peut être,
exceptionnellement, prolongé par le conseiller rapporteur.
Toutefois, la révélation par l'examen de l'affaire de
l'existence d'un cas de nullité, d'irrecevabilité ou de
déchéance "flagrante" du pourvoi autorise le conseiller
rapporteur à inscrire l'affaire au rôle de la prochaine audience,
mais doit auparavant consulter le président de chambre et le
ministère public. Seul le demandeur fait l'objet de la
notification cinq jours au moins avant l'audience (art. 544).
Le conseiller rapporteur établit ensuite son rapport et
rend une ordonnance de soit-communiqué au ministère public.
Ce dernier, et dans le mois de cette transmission, doit
renvoyer le dossier au conseiller rapporteur avec ses
conclusions écrites.
Le président de la chambre procède alors à l'inscription
de l'affaire au rôle non sans avoir reçu l'avis du ministère
public. Notons cette prédominance du ministère public qui - au
niveau de la cassation- doit être entendu dans toutes affaires.
La date de l'audience est alors notifiée à toutes les parties
cinq jours au moins avant celle-ci.
La Cour statue en premier et dans un délai ne
dépassant pas trois mois de la réception du dossier sur les
334
affaires où le demandeur est incarcéré
Les audiences de la Cour de cassation sont en principe
publiques. Le conseiller rapporteur procède à la lecture de son
rapport suivi des observations orales des avocats et des
conclusions du ministère public. Les opinions des conseillers
sont recueillies par le président suivant l'ordre de nomination
et en commençant par le conseiller le plus ancien. "Le
rapporteur opine toujours le premier et le président le
dernier", disait l’ancien article 598/in fine. On procède alors à
la mise en délibéré de l'affaire et au prononcé de l'arrêt qui
doit se faire en audience publique.
335
intérêts civils.
L'accusé détenu dont la décision a été cassée reste
détenu préventivement jusqu'à la décision de la juridiction de
renvoi.
Il n'y a pas de renvoi lorsque " l'arrêt de la Cour de
cassation ne laisse rien à juger au fond" (art. 533) tout comme
la cassation peut être partielle quand elle ne vise que quelques
griefs ou n’influence pas l’essentiel de la peine prononcée. En
revanche, lorsqu'il y a renvoi, la juridiction de renvoi doit se
conformer à la décision de la Cour de cassation notamment sur
le point de droit jugée par ladite Cour.
Enfin, le greffier de la Cour de cassation doit
transmettre, dans les huit jours, un extrait de l’arrêt au
procureur général près ladite Cour de cassation qui le transmet
au procureur près de la juridiction qui a rendu la décision
attaquée.
336
comporter des restrictions de nature à limiter cet effet.
- Le pourvoi en cassation a un effet suspensif pendant
le délai de recours sauf en ce qui concerne les réparations
civiles (art. 584).
Incarcéré, il demeure détenu à titre préventif. Absous
ou acquitté, il est remis en liberté. Il l'est aussi quand la
condamnation est avec sursis ou comporte seulement une
amende. Il l'est enfin, quand la durée de la détention a atteint
la durée prononcée par la condamnation.
337
Cour de cassation pour lui apprendre qu'une décision a été
rendue en violation de la loi ou des formes substantielles de
procédure. Cela suppose que les parties -qui avaient intérêt à le
faire- ne l'ont pas fait dans les délais impartis à ce pourvoi.
Le deuxième, lui aussi informé par le même procédé (ou
tout autre moyen) donne l'ordre au procureur général près la
Cour de cassation d'informer la chambre criminelle des
décisions judiciaires rendues en violation de la loi ou des règles
essentielles de procédure. Bien sûr un tel recours ne doit pas
s'appuyer sur des moyens déjà rejetés par la Cour de cassation
lors d'un précédent recours.
La procédure suivie dans les deux situations est la
procédure ordinaire sauf à souligner que le procureur général
présente ses réquisitions avant le rapport du conseiller
rapporteur étant partie principale au procès.
338
S'agissant du pourvoi sur ordre du ministre de la
Justice, l'art. 560 donne une règle inverse à celle formulée
pour l'annulation suite au pourvoi du procureur général : " Les
décisions ainsi déférées peuvent être annulées par la Cour de
cassation et l'annulation lorsqu'elle se produit peut profiter au
condamné sans préjudicier, en aucun cas, à ses intérêts et sans
avoir d'effet sur les intérêts civils".
Notons enfin, que contrairement à ce qui se passe dans
une procédure ordinaire, le représentant du ministère public a
la parole avant le conseiller rapporteur. Cette règle est
justifiée par sa qualité de partie principale au procès.
339
pourvoi est possible :
- cas où il est prouvé que la victime d'un homicide est
encore vivante suite à des pièces ou preuves contenant des
indices ou des présomptions suffisantes de cette survie;
- existence de deux condamnations successives
contradictoires à propos d'un même fait et de deux accusés
différents (au moins);
- condamnation postérieure d'un témoin à charge pour
faux témoignage contre l'accusé ou le prévenu;
- réalisation d'un fait ou son apparition ou encore la
production de pièces nouvelles de nature à établir la vérité et à
innocenter le condamné.
340
toute acte (enquêtes, confrontations, identifications,
investigations…) à même de dégager la vérité.
La saisine de la chambre criminelle entraîne des effets
assez intéressants. Ainsi si le condamné n'a pas exécuté sa
peine, l'exécution sera suspendue de plein droit à partir de la
transmission de la demande par le ministre de la Justice à la
Cour de cassation. S'il est en état de détention, l'exécution
pourra être suspendue sur ordre du ministre de la Justice
jusqu'à la décision de la chambre criminelle.
Prête à être jugée, la chambre criminelle rend soit un
arrêt de rejet soit un arrêt d'annulation. Dans ce dernier cas,
et si rien ne subsiste qui puisse être qualifié de crime ou de
délit, la chambre ne procède à aucun renvoi. Mais même en cas
d’annulation et si la chambre estime que des débats oraux en
présence des parties peuvent avoir lieu, elle renvoie devant une
juridiction de même degré et de même ordre que celle qui avait
rendu la décision attaquée ou devant la même juridiction
autrement composée. Un nouveau jugement dans les formes
ordinaires intervient alors et le représentant du ministère
public procède à un nouvel acte d'accusation.
Mais quid si les accusés ou prévenus sont décédés,
devenus aliénés mentaux, ou si les faits ne constituent plus une
infraction depuis l’arrêt de la Cour de cassation qui a annulé la
décision de condamnation1 ?
La Cour de cassation statue au fond en présence des
parties civiles s'il y en a et des curateurs nommés à la mémoire
de chaque mort. Elle annule les condamnations injustement
prononcées "et décharge, s'il y lieu, la mémoire des morts"
1
- L’ancien article 619 énumérait aussi le cas d’irresponsables pénalement, de
contumace, prescription (de l'action ou de la peine), défaut d'un ou de
plusieurs condamnés. Mais l’actuel article 572 ajoute l’existence d’une excuse
légale
341
(ancien art. 619).
En outre, en cas d'innocence du condamné, des
dommages-intérêts peuvent être alloués, mais celui-ci doit en
faire la demande. Décédé, ses dommages-intérêts peuvent être
alloués à son conjoint, à ses descendants et ascendants voire à
des parents lointains à condition qu'ils prouvent un préjudice
matériel résultant de la condamnation. La demande des
dommages-intérêts peut être faite à tout moment de la
procédure en révision. Ses dommages-intérêts sont à la charge
de l'Etat qui se réserve un recours contre les parties civiles, le
dénonciateur ou le faux témoin dont le comportement a
injustement entraîné la condamnation de "l'accusé". L’Etat paie
les dommages et les frais de justice.
Quant aux frais de l'instance en révision, ils sont à la
charge du demandeur jusqu'à l'arrêt de recevabilité; après ils
sont à la charge de l'Etat. L'issu du procès décide après de ses
frais. En cas de condamnation, la décision peut comporter le
remboursement par le condamné des frais à l'Etat ou peut les
mettre à la charge des demandeurs en révision. Autrement dit,
si le condamné perd le procès (succombe) il est tenu à tous les
frais.
Enfin, l'arrêt innocentant le condamné est affiché dans
la ville où a été prononcée la condamnation, dans celle du siège
de la juridiction de révision, dans la localité du lieu du crime ou
du délit, dans celle des demandeurs en révision et du dernier
domicile de la victime de l'erreur judiciaire si celle-ci est
décédée entre temps. Toujours dans le cas de décès de
l’injustement condamné, l’arrêt d’innocence est inséré
automatiquement au bulletin officiel et le demandeur de la
révision choisit sa publication dans cinq journaux s'il le
demande. Tous ses frais sont à la charge de l'Etat.
342
C’est un pourvoi en révision, mais qui ne concerne que
les décisions de la Cour de cassation. Ce nouveau pourvoi
permet de revoir les décisions de cette Cour et ce dans les cas
suivants :
- arrêts rendus en se basant sur des documents
reconnus par déclaration ou aveu comme falsifiés ;
- pour corriger des erreurs matérielles en partant
des éléments même des décisions;
- si l’arrêt omet de statuer sur une demande ;
- En cas de non motivation de l’arrêt de la Cour de
cassation ;
- Arrêts de refus d’accepter le recours ou le
déclarant forclos se basait sur des « documents » ayant un
caractère officiel mais qui apparaissent par la suite comme non
valides au regard de nouveaux documents officiels (avancés
comme arguments).
La demande est soumise aux règles du pourvoi en
cassation ; et la procédure ainsi que la décision suivent la
procédure prévue pour le pourvoi en cassation dans l’intérêt
des parties. Seulement, et dans le premier cas le demandeur
doit déposer une caution de 5.000 dirhams sous peine
d’irrecevabilité de la demande et qu’il perd justement en cas de
jugement d’irrecevabilité de la demande. Le ministère public ou
l’administration est dispensé de ce dépôt.
En outre et toujours pour ce même cas (falsification),
le demandeur doit déposer un mémoire signé de la partie qui se
base sur la falsification ou de son représentant spécial. Le
mémoire est transmis au parquet.
Quant à la demande visant la rectification d’une erreur
matérielle, elle est faite avec mémoire devant la chambre qui a
rendu la décision erronée. Si la chambre accepte la demande, il
est procédé à la rectification sans renvoi.
343
Section IV. L'autorité de la chose jugée.
344
sanction. Il est donc partout identique.
Quant aux parties on peut dire que le ministère public
est toujours le même. Quant au prévenu, l'autorité de la chose
jugée signifie que la même personne soit poursuivie à nouveau
avec la même qualité (auteur, complice...). L'important c'est
l'identité de la personne et l’assurance de sa qualité dans les
deux procès. Ainsi une personne poursuivie comme tiers
civilement responsable dans un procès peut être poursuivie une
deuxième fois en tant qu'auteur de l'infraction.
Enfin l'identité de cause est formulée par l'article
369/2 du C. P. P. marocain quand il déclare :" tout prévenu
acquitté ou absous, ne peut plus être poursuivi à raison des
mêmes faits, même sous une qualification différente".
345
***
Avant-propos……………………………………………………………………………….….
Introduction générale…………………………………………………………………..
I- Approche et importance de la procédure pénale……………….
II- Procédure pénale et les autres matières de droit………….
A- Procédure pénale et les matières de droit criminel…………
B Procédure pénale et autres procédures………………………………
III- Historique sommaire de la procédure pénale……………….
A- Aperçu historique de cette procédure en France………….
B- Aperçu historique et sources de la procédure pénale
au Maroc…………………………………………………………………………………
346
&. I. La force de la légalité en matière pénale……………………….
I- Application des lois de procédure dans le temps……………..
II- L'interprétation des lois pénales de procédure…………..…
&. II. L'importance de la notion d'ordre public…………………….
&. III. Collégialité et élément populaire…………………………………
I- Position à l'égard du jury………………………………………………………
II- Le jury au Maroc………………………………………………………………….
347
II- Les juridictions d'exception………………………………………………
A- - La Cour spéciale de justice……………………………………………….
B- La juridiction des mineurs……………………………………………………
C- Le tribunal militaire………………………………………………………………
D- La Haute Cour………………………………………………………………………….
&. II- De la compétence des juridictions……………………………..…
I- Compétence d’attribution (matérielle)……………………………..
A- Les règles générales…………………………………………………………….
B- Conflits et dérogations………………………………………………………..
II- Compétence territoriale………………………………………………….…
A- règles générales…………………………………………………………………….
B- Dérogations aux règles de compétence territoriale……..
348
III- La transaction…………………………………………………….………………
IV- La grâce et l’amnistie………………………………………………………...
A- La grâce………………………………………………………………………………….
B- L’amnistie………………………………………………………………………………
V- L'abrogation de la loi pénale…………………………………………..….
VI- L'autorité de la chose jugée…………………………………………....
IIV- La prescription de l'action publique…………………………..…
349
II- Contrôle de l'enquête de police……………………………………….
&. II. Son utilité et l'importance de la légalité………………....
350
&. II- Cadre matériel de l'instruction et de la preuve……..
I- Domaine de l'instruction préparatoire…………………………….
351
A- Etendue de l’appel………………………………………………………………..
B- Procédure d’appel……………………………………………………………….…
C- Le rôle du président de la chambre correctionnelle……..
352
B- Devant la chambre criminelle…………………………………………….
II- La motivation du jugement…………………………………………….…
&. II- Sens de la décision……………………………………………….………
I- Les jugements d’incompétence……………………………………..…
II- les jugements avant-dire droit………………………………………..
III- Jugements d’irrecevabilité…………………………………………….
353
II- Du pourvoi dans l'intérêt de la loi……………………….……….…
A- Les titulaires de pourvoi…………………………………………………….
B- Effets de ce pourvoi……………………………………………………………
&- 2. Le pourvoi en révision…………………………………………………..…
I- Conditions du pourvoi en révision………………………………………
A- Décisions susceptibles de ce pourvoi………………………………
B- Les titulaires du pourvoi en révision……………………………….
II- L'arrêt de révision………………………………………………………….…
&.3. Réexamen de la décision de la Cour suprême…………
***
354