Char Bon
Char Bon
Charbon
Origine, constitution, classification
par Georges PRUDHON
Ingénieur de l’École nationale supérieure des industries chimiques (ENSIC) de Nancy
François JACQUESSON
Ingénieur de l’École nationale d’ingénieurs de Metz (ENIM)
Ingénieur thermicien à CDF Énergie
Juliette LETE
Ingénieur de l’École nationale de chimie de Mulhouse
Chef de projet au Centre de pyrolyse de Marienau
et Stéphanie PARIS
Technicienne chimiste
Pétrographe au Centre de pyrolyse de Marienau
Minéraux
Rayonnement
solaire
Schistes
Ro
es
Paléo- Schistes Schistes
ch
CO2
iqu
biomasse charbonneux bitumineux
es
m
sa
hu
pr
Cycle
es
op
biologique Charbons Charbons
ch
éli
court (sol sec) humiques sapropéliques
Ro
qu
Dépôts organiques schisteux schisteux
es
CO2 Attaque biologique Sapropélites
aérobie, oxydation CO2 dissous Charbons humiques
Cannels Bogheads
Métagenèse
structures sont reconnaissables dans le kérogène, mais aussi dans
les houilles où ils sont dispersés et imbriqués dans une matrice
- Anthracite o r ga n i q u e p l u s o u m o i n s g é l i fi é e q u i d é r i v e d e s t i s s u s
ligno-cellulosiques.
Un enfoncement relativement rapide a entraîné une augmen- Le cours des phénomènes sera très influencé par la teneur en
tation de la profondeur de la couche d’eau qui a empêché la végé- oxygène du matériau initial, de sorte que les comportements
tation de se développer. La matière organique s’est trouvée respectifs des dépôts organiques à dominante algale (ou à domi-
recouverte par des apports minéraux alluvionnaires sur lesquels un nante exinitique) et des dépôts ligno-cellulosiques seront fonda-
nouveau sol de végétation pouvait se reformer. La reproduction du mentalement différents.
phénomène a donné lieu à la physionomie des gisements de houille Les premières étapes de la catagenèse se caractérisent par la
qui comportent généralement plusieurs couches (ou veines) de poursuite de l’expulsion d’eau interstitielle et de l’élimination des
charbon superposées et séparées par des bandes stériles de schiste fonctions carboxyliques à l’état de dioxyde de carbone.
et de grès.
Ces étapes, conjuguées avec l’accroissement de la compaction
Dans les premiers stades du dépôt, les débris végétaux ont été du sédiment, entraînent un changement de couleur des lignites qui
profondément altérés sous l’influence de l’action bactérienne, des passent du brun au noir.
conditions physico-chimiques du milieu et de l’accessibilité de
l’oxygène de l’air. L’augmentation de la température du gisement au fur et à
mesure de l’enfoncement provoque une accélération des réactions.
La matière organique a connu :
Le départ d’eau et de dioxyde de carbone contribue au dévelop-
— une destruction par hydrolyse des fonctions vitales pement d’une microporosité très importante dans les sédiments
protéiniques azotées ; encore peu évolués.
— une désorganisation des structures ligno-cellulosiques sous
Les étapes les plus marquantes de la fossilisation débutent, dans
l’effet de réactions biochimiques dont les agents actifs sont des
des conditions de température et de pression déterminées (on
bactéries et des champignons aérobies en surface et des bactéries
parle de maturation ou macération), avec la rupture des liaisons
anaérobies en profondeur ; la dégradation aérobie libère du
carbone-carbone des chaînes aliphatiques, la cyclisation des
dioxyde de carbone et de l’eau ; la fermentation anaérobie produit
chaînes paraffiniques et l’aromatisation (ou condensation) de la
de l’hydrogène sulfuré, de l’ammoniac et du méthane ;
phase carbonée.
— un confinement du milieu ambiant, sous l’effet du déga-
gement d’hydrogène sulfuré et de l’absence d’oxygène, qui À l’échelle géologique, les phénomènes sont assez soudains ; ils
conduit finalement à la destruction des micro-organismes ; marquent le premier saut de houillification.
— enfin, la compaction avec expulsion d’eau qui la met La catagenèse correspond à la pétroléogenèse ou à la fenêtre
désormais à l’abri des influences atmosphériques ; la formation à cokéfiable suivant la teneur en oxygène, qui est liée à l’origine
plus ou moins longue échéance d’une couverture de stériles marine ou continentale des dépôts précurseurs.
achève à jamais l’incorporation de la matière organique dans la
lithosphère où elle ne sera plus exposée qu’aux trois facteurs Dans la série houillère, qui prolonge le stade lignite, on observe
température, pression et temps. une poursuite de l’élimination de l’oxygène ; toutefois, la teneur en
hydrogène ne diminue que très peu pendant cette longue période
Au terme de la diagenèse, la matière organique n’est plus de fossilisation qui caractérise la catagenèse. Il n’y a pas à
exposée aux influences atmosphériques. Elle se présente comme proprement parler expulsion d’hydrocarbures, sinon d’un peu
un protokérogène, ou géopolymère insoluble dans les solvants d’eau, mais l’hydrogène se répartit différemment dans la structure
ordinaires (benzène, alcools), dont la typologie ou l’aspect visuel chimique de la macromolécule.
au microscope métallographique n’évolueront plus guère au cours
des phases ultérieures. Le degré de réduction du carbone augmente avec le départ
d’oxygène.
On observe un accroissement relatif des liaisons carbone-hydro-
La tourbe est un protokérogène qui possède encore la mor- gène aromatiques, au détriment des liaisons carbone-hydrogène
phologie et les caractères des tissus végétaux et qui représente saturées de type méthylénique (paraffinique).
l’état de la matière organique déposée dans les dernières pha-
ses de la diagenèse. La tourbe se place à la transition entre les Pour l’ensemble de la matière organique sédimentaire,
matières végétales et les sédiments organiques fossiles. l’observation du kérogène au moyen du microscope électronique
Les tourbières actuelles sont surtout répandues dans les révèle que le franchissement du premier saut de houillification
régions tempérées et froides de l’hémisphère Nord. Il est peu s’accompagne de l’apparition de cristallites élémentaires dont la
probable qu’elles conduisent à long terme à des formations taille est remarquablement homogène et dont la structure se
houillères. compose de deux ou trois feuillets superposés de molécules poly-
On distingue plusieurs sortes de tourbe en fonction de la aromatiques renfermant sept à huit cycles chacun. L’orientation des
nature de la paléoflore (tourbe herbacée, tourbe arborescente) cristallites est distribuée au hasard dans la macromolécule
et du comportement mécanique du sédiment (tourbe fibrique, organique [3].
tourbe hémique, tourbe saprique). Tandis que les lignites noirs offrent une résistance mécanique
Le meilleur paramètre de classement diagénétique des élevée, celle-ci amorce une chute relative, consécutive à la désor-
tourbes est la capacité de rétention d’eau [BE 8 532]. La teneur ganisation de la structure du polymère, au cours de la catagenèse.
en eau du produit à l’état naturel est très élevée, elle peut Les houilles présentent alors un comportement viscoélastique.
dépasser 90 % en masse. La limite entre la tourbe et le lignite se
Le cours de la maturation géothermique des houilles peut être
situe aux environs de 75 % en masse d’eau. En fonction du
altéré à des degrés divers par la tectonique (failles, fractures,
degré de compaction, la couleur de la tourbe varie du brun clair
plissements) et par des variations soudaines du gradient géo-
au brun foncé ; il existe des tourbes noires.
thermique (intrusions volcaniques, tectonique). Dans un horizon
donné, le degré d’évolution augmente généralement avec la
profondeur.
1.5 Fossilisation de la matière organique : Au terme de la catagenèse, les amas de matière organique
catagenèse fossile prennent des configurations diverses :
— sur les continents, les houilles proviennent des plantes supé-
Le sédiment organique fraîchement formé subira au cours de la rieures (cellulose et lignine) et forment la série ligno-cellulosique
fossilisation, ou catagenèse, de profondes mais très progressives des charbons humiques, où l’on reconnaît, à l’œil nu, une alter-
transformations chimiques, qui affecteront notamment la texture nance de lits brillants (tiges, racines : vitrinite, inertinite) et de lits
poreuse et la structure carbonée résiduelle. mats (spores : exinite, minéraux) ;
— en bordure de continent, on rencontre un classement granu- Le coke obtenu à partir des charbons moins évolués (de rang
lométrique du matériel détritique qui renferme en majorité des faible), mais néanmoins cokéfiables, apparaît isotrope au micro-
microspores dans les cannels-coals (altération de candle-coals, scope optique. Entre les deux extrêmes, il existe des solutions de
charbon de bougie, car ces charbons donnent une flamme fuli- continuité parmi lesquelles la texture en mosaïque, de faible
gineuse analogue à celle de la paraffine) et des algues dans les anisotropie.
bogheads (littéralement « têtes de marécages ») ; Les houilles qui présentent la faculté de donner un coke à texture
— dans les lacs et les mers épicontinentales, on trouve des optique fortement anisotrope fournissent les meilleurs charbons à
algues, des spores, du pollen, des phytorestes et des zoorestes coke, et les cokes correspondants présentent une aptitude à la
mélangés à des proportions importantes de matière minérale. graphitisation supérieure à celle des anthracites.
Lorsque la concentration en kérogène est supérieure à une valeur
de 4 à 5 % en masse, on a affaire aux schistes bitumineux. Les
schistes bitumineux sont des roches mères pétrolières.
1.7 Évolution artificielle des charbons
par chauffage
1.6 Phase tardive de la fossilisation :
Une élévation de température au laboratoire prolonge et
métagenèse accélère le processus géologique, le charbon se ramollit aux
alentours de 300 oC, température qui coïncide avec une génération
À partir d’un certain degré d’évolution que l’on situe vers un de cristallites élémentaires analogues à celles décrites au
pouvoir réflecteur de la vitrinite de 1,5 % (§ 2.2.2), on observe une paragraphe 1.5.
modification relativement rapide de la structure chimique de la
Le comportement thermoplastique des charbons a lieu pour un
matière organique, qui correspond au second saut de houilli-
certain intervalle de degré d’évolution qui caractérise la fenêtre
fication. Les transformations se caractérisent par un ensemble de
cokéfiable et qui est l’équivalent de la fenêtre pétrolière dans les
phénomènes concomitants :
roches mères riches en hydrogène et pauvres en oxygène.
— une baisse de la teneur en hydrogène, expulsé sous forme de
méthane (et jamais sous forme d’hydrogène gazeux dans les Lorsque l’on poursuit le chauffage au-delà de 300 oC, à une vitesse
conditions de pression qui règnent dans la couche sédimentaire) ; de quelques kelvins par minute, analogue à celle qui est réalisée
dans les fours à coke, on accélère la vitesse de rupture des liaisons
— un réarrangement de la phase carbonée, caractérisé par
carbone-carbone paraffiniques, ou de craquage. La macromolécule
l’extension de la condensation des cycles carbonés et la disparition
se dépolymérise et les fragments les plus légers, ou goudrons, sont
de la viscoélasticité ; la dureté mécanique croît à nouveau et le
pratiquement liquides et agissent comme solvant du charbon. Deux
charbon ne présente plus de comportement thermoplastique par
types de réactions antagonistes entrent en compétition :
suite de la disparition des structures paraffiniques ; l’oxygène
résiduel se dégage sous forme d’oxyde de carbone ; — les réactions de craquage, qui consomment de l’hydrogène
— le développement d’une porosité très fine, comme pour saturer les radicaux libres formés ;
conséquence du départ de gaz légers. — les réactions de condensation de la phase carbonée qui, au
contraire, libèrent de l’hydrogène.
L’événement le plus original qui marque le début de la méta-
genèse est l’apparition (sur les images de diffraction sur fond noir Le cours des phénomènes est régi par l’équilibre du bilan
au microscope électronique) du phénomène de l’orientation hydrogène et par les conditions de pression et de température.
moléculaire, qui affecte les cristallites élémentaires. Ces cristallites La phase plastique peut être isolée à chaud des matières
ont tendance, à l’échelon local, à s’orienter parallèlement les unes minérales et de la matière organique infusible, par différents
aux autres sur des étendues variables selon les charbons. Les moyens (par exemple par filtration), puis elle peut être observée et
dimensions de ces étendues sont comprises entre 5 nm environ analysée. Cette phase plastique apparaît tout d’abord isotrope au
pour les charbons à haute teneur en oxygène et 200 nm environ microscope optique en lumière réfléchie, puis elle donne lieu à un
pour les kérogènes riches en hydrogène et pauvres en oxygène [4]. phénomène de démixtion de gouttelettes fluides, ou mésophase,
La formation des nuages d’orientation moléculaire marque la qui apparaissent comme des empilements de feuillets graphitiques
disparition des structures paraffiniques relativement riches en rendus extrêmement mobiles dans le milieu plastique.
hydrogène et l’extinction corrélative des propriétés cokéfiantes La coalescence des gouttelettes a lieu au détriment de la phase
dans la série houillère (ou l’aptitude à la libération d’hydrocarbures isotrope, tandis que des composés gazeux, ou matières volatiles,
liquides dans les roches mères pétrolières). se dégagent au sein de la masse.
Dans la période postérieure au second saut de houillification, la La fluidité du charbon augmente d’abord sous l’effet conjugué
phase carbonée acquiert sa structure définitive. Les plages d’orien- de l’accroissement de la température et de l’augmentation de la
tation moléculaire juxtaposées et dirigées au hasard dessinent une vitesse de formation des goudrons, puis la fluidité passe par un
texture en forme de papier froissé, aplatie dans une direction maximum, pour diminuer ensuite, à mesure de l’épuisement du
parallèle au plan de stratification et perpendiculaire à la poussée milieu en fonctions hydrogénées. La vitesse de condensation du
des terrains sus-jacents. Les plages d’orientation moléculaire carbone l’emporte alors sur celle de craquage et le charbon se
constituent les parois des micropores. resolidifie pour former du semi-coke.
Au début de la métagenèse, la teneur en matières volatiles du Le phénomène de démixtion de la mésophase est fondamental
charbon [BE 8 532] se situe aux environs de 15 à 20 % en masse dans l’acquisition des propriétés cokéfiables. Cette aptitude est
suivant les gisements, et cette teneur descend aux environs de 4 favorisée par la fluidité et par la stabilité de la couche plastique,
à 7 % en masse dans les anthracites qui représentent le stade celle-ci elle-même avantagée lorsque le charbon de départ contient
ultime de la carbonification naturelle. moins d’oxygène, autrement dit lorsqu’il a acquis un degré
d’évolution assez élevé dans la catagenèse. Les gouttes de méso-
La structure carbonée de l’anthracite préfigure celle du graphite, phase restent figées dans la structure du semi-coke, c’est-à-dire du
mais elle présente encore de nombreux défauts de planéité et de solide formé immédiatement après la resolidification du charbon,
torsion. L’anthracite offre néanmoins une bonne aptitude à la et chaque goutte présente une orientation moléculaire dont l’exten-
graphitisation. sion peut dépasser largement celle acquise dans les anthracites
Exceptionnellement, dans les zones perturbées par des naturels. Ces plages peuvent atteindre 20 µm et sont parfaitement
intrusions magmatiques, on peut rencontrer du graphite, et même visibles au microscope optique. En lumière polarisée, l’orientation
(rarement) du diamant naturel. moléculaire donne lieu à une anisotropie texturale caractéristique.
2. Caractéristiques génétiques
des combustibles solides Figure 4 – Exemple d’observation des différents groupes
fossiles de macéraux sur une particule de charbon
2.1 Pétrographie et typologie Il est ainsi possible d’établir la pétrographie des houilles et
d’introduire le concept de macéral, dérivé de la macération, ou
2.1.1 Méthodes d’observation maturation, par analogie (ou par opposition) à celui de minéral. Les
L’ e x a m e n d e l a m a t i è r e o r g a n i q u e a u m i c r o s c o p e macéraux observés (figure 4) représentent les vestiges plus ou
optique [R 6 712] apporte une grande richesse d’informations sur la moins reconnaissables des composants de la paléoflore.
genèse du kérogène.
[Link] Fluorescence
[Link] Lumière transmise Dans ce cas, le microscope doit être équipé de lentilles en quartz
L’observation classique entre lame et lamelle révèle la présence car on emploie une longueur d’onde courte, située dans le proche
de spores et pollens (figure 3) dont l’étude relève de la palynologie ultraviolet. Certains macéraux, principalement ceux qui constituent
et permet de décrire la paléoflore. l’exinite et dont la structure est à caractère paraffinique, réagissent
au rayonnement incident en renvoyant un signal de fluorescence
[Link] Lumière réfléchie dans la lumière visible (figure 5). Le phénomène de fluorescence
est caractérisé par la couleur et l’intensité du signal émis, et par
[Link].1 Principe l’évolution au cours du temps de ces caractères, qui peut être
Un échantillon de charbon broyé (granulométrie inférieure à positive ou négative [2].
1 mm) est enrobé dans une résine spéciale. Le bloc ainsi formé L’observation du signal fluorescent du kérogène apporte des
présente deux faces planes parallèles dont le contour peut être informations particulièrement intéressantes en matière de
circulaire ou carré. La face plane soumise à l’observation est recherche pétrolière. Elle permet aussi d’expliquer certains
soigneusement polie. Pour améliorer la qualité de l’observation, on comportements des houilles et, en particulier, des charbons à coke.
emploie un objectif à immersion d’huile.
On utilise généralement une lumière monochromatique dont la 2.1.2 Propriétés des macéraux
longueur d’onde est de 546 nm.
[Link] Propriétés optiques et thermoplastiques
[Link].2 Observation
Elle permet d’identifier des plages caractéristiques (de quelques [Link].1 Groupe de la vitrinite
micromètres à quelques dizaines de micromètres d’étendue) dont Les macéraux de la vitrinite (figure 6) forment des plages relati-
la typologie se distingue principalement par la forme, par la vement homogènes et étendues de télocollinite et de gélocollinite,
couleur et par la texture ou morphologie. dont la brillance, ou pouvoir réflecteur (§ 2.2.2), augmente de
25 µ
80
Teneur massique en MV (%)
70 EXINITE
60
*
Ex
ini
50
te
40
30
*Vit
rin
ite Figure 9 – Observation d’exinite au microscope optique
20
* Inert
inite
10
0
0,5 1,0 1,5 2,0
Pouvoir réflecteur (%)
* Charbon gras
La teneur en matières volatiles est rapportée au produit pur.
Mélanges de macéraux
Constituants élémentaires Groupes Composition macérale Lits visibles à l’œil nu
en lits microscopiques
ou macéraux de macéraux analogues des microlithotypes (1) ou lithotypes
ou microlithotypes
(suffixe inite ) (suffixe ite ) (% vol.) (suffixe ain )
Collinite
Télinite Vitrinite (V) Vitrite ................................. V > 95 % Vitrain ou lit brillant
Vitrodétrinite Vitrinertite ......................... V + I (E < 5 %)
Sporinite (spores)
Cutinite (cuticules) Clarite ................................ V + E (I < 5 %)
Alginite (algues) Exinite (E) Clarodurite ........................ V + I + E (V > I) Clarain ou lit semi-brillant
Résinite (résines) Duroclarite......................... I + V + E (I > V)
Liptodétrinite, etc.
Fusinite
Semi-fusinite Durite ................................. I + E (V < 5 %) Durain ou lit mat
Sclérotinite Inertinite (I)
Micrinite Microïte ............................. I (micrinite > fusinite)
Macrinite
Inertodétrinite Fusite ................................. I (fusinite > micrinite) Fusain ou lit fibreux
(1) Les macéraux composant les microlithotypes sont cités dans l’ordre des teneurs décroissantes.
)
2.2.1 Représentation des chemins d’évolution
(%
36
PC
MV
50 34 S(
La notion de rang, ou degré de houillification, découle direc- 7 MJ
en
32 /kg
tement de l’évolution de la matière organique sédimentaire décrite )
ue
40 30
au paragraphe 1 et repose sur le fait que les phénomènes naturels siq
présentent une grande similitude, quelle que soit la province
as
6
30
rm
géographique d’appartenance.
eu
20
Te
2,0
Huile de
Série sapropélique schiste
Alginite
1,5 Birthline
Série bitumeuse 1,6
* Désalkylation Sporopollénine
*
Exinite
1,2
(PRV = 0,5 %) Déshydroxylation
Série humique Lignite
1,0 Micrinite
Maximum de
*
production 0,8
d'huile Vitrinite
(PRV = 1,0 %) Diagenèse
Fenêtre
pétrolière Fenêtre Décarboxylation
cokéfiable 0,4
0,5 Catagenèse Fusinite
Courbes
(PRV = 2,0 %) d'isocarbonification
Deadline
Métagenèse 0
0 0,1 0,2 0,3 0,4
Rapport atomique O/C
Courbe de pyrolyse
0 Évolution naturelle (carbonification ou houillification)
0 0,1 0,2 0,3 Évolution artificielle (carbonification ou pyrolyse)
Rapport atomique O/C
La désalkylation correspond à la formation d'huile (CnHm),
PRV : pouvoir réflecteur de la vitrinite la déshydroxylation à la formation d'eau et la décarboxyla-
Les termes birthline et deadline définissent le début et tion à la formation de dioxyde de carbone.
la fin de la libération des hydrocarbures.
Figure 13 – Chemins d’évolutions naturelle et artificielle.
Application aux différents macéraux et aux têtes de lignée
Figure 12 – Diagramme de Van Krevelen
quantités d’huile notables à partir des schistes bitumineux. On constate aussi que les che-
Van Krevelen a amélioré la présentation des chemins d’évolution mins d’évolution des composants de l’inertinite (fusinite et micrinite) suivent la courbe de
pyrolyse du lignite et sont très distincts de ceux de l’exinite et de la vitrinite.
en utilisant un diagramme portant en ordonnée le rapport
atomique hydrogène/carbone, et en abscisse le rapport atomique
oxygène/carbone (figures 12 et 13). 2.2.2 Mesure du pouvoir réflecteur. Réflectogramme
Sur ces diagrammes, les points figuratifs de l’ensemble des L’observation au microscope en lumière réfléchie permet de
sédiments organiques se répartissent sur trois bandes distinctes reconnaître le type des houilles au travers de la composition macé-
qui tendent à se confondre lorsque la teneur en carbone devient rale ou pétrographique (§ 2.1.2 et 2.1.3), et de déterminer le rang du
élevée (90 à 95 % en masse). Les trois bandes se différencient par charbon par la mesure du pouvoir réflecteur des plages de vitrinite.
la teneur en oxygène et la typologie du matériau d’origine. On Nota : sur la brillance, ou pouvoir réflecteur, voir § 1.1 de l’article Revêtements en
distingue : production industrielle : contrôles spécifiques [M 1 681].
— la lignée I, ou série sapropélique, formée de dépôts
organiques marins de type algal ; [Link] Principe
— la lignée II, ou série bitumeuse, formée principalement de Les déterminations du pouvoir réflecteur de la vitrinite (PRV)
matériel exinitique (spores, pollen, etc.) ; ainsi que celle de la composition macérale d’un échantillon de
— la lignée III, ou série houillère ou humique, caractérisée par charbon se réalisent sur un même bloc présentant une surface soi-
une teneur élevée en oxygène. gneusement polie qui sera soumise aux différentes observations.
Les lignées I et II possèdent un potentiel de génération d’hydro- Dans le cas de la mesure du PRV, le microscope est équipé d’un
carbures naturels. photomultiplicateur d’électrons qui quantifie et convertit la lumière
réfléchie. Il lui est également adjoint un bloc d’enregistrement et de
La direction des flèches dessinées sur la figure 13 renseigne sur
comptage du signal.
le mode prépondérant de transformation de la matière :
désalkylation pour la lignée I, déshydroxylation pour la lignée II et Le PRV est exprimé en pourcentage, représentant le rapport de
décarboxylation pour la lignée III. la lumière réfléchie à la lumière incidente. (0)
Nota : on a représenté en bleu sur la figure 12 la fenêtre pétrolière et la fenêtre
cokéfiable. On remarque qu’elles appartiennent à un intervalle de rang caractérisé par un [Link] Pouvoir réflecteur moyen
pouvoir réflecteur de la vitrinite (PRV) compris entre 0,5 ou 0,7 % et 2 %. Le maximum de
production d’huile et le maximum de fluidité des charbons cokéfiables sont obtenus pour La détermination du pouvoir réflecteur sur une surface polie
un PRV voisin de 1 %. demande entre 200 et 500 mesures sur des plages de vitrinite
La figure 13 présente les chemins d’évolution des principaux groupes de macéraux sur différentes, selon le degré d’hétérogénéité du charbon examiné. Les
lesquels on a superposé le chemin de pyrolyse de la sporopollénine, du lignite et de l’huile
de schiste [3]. La courbe du lignite s’écarte de la bande naturelle, tandis que celle de la moyennes arithmétiques des valeurs individuelles représentent le
sporopollénine emprunte le chemin d’évolution naturelle. Il est ainsi possible d’extraire des pouvoir réflecteur moyen, qui caractérise l’échantillon examiné.
Tableau 5 – Caractéristiques de quelques combustibles naturels solides en fonction de leur degré d’évolution
C (% en masse)
H/C
A
100
B 1,0
90 Phase plastique
C 0,8
80
0,6 Charbon
70
0,4
0 1 2 3 0 1 2 3 0 1 2 3
a PRV (%) d PRV (%) g PRV (%)
50 5
Spectre RPE
MV (% en masse)
η (% en masse)
50
40 4 40
30 3 30
20 2 20
10 1 10
0 0 0
0 1 2 3 0 1 2 3 0 1 2 3
b PRV (%) e PRV (%) h PRV (%)
H (% en masse)
D (N/mm2)
S (m2/g)
100 1000
800
75 800
600
50 600
400
25 400
200
0
0 1 2 3 0 1 2 3 0 1 2 3
c PRV (%) f PRV (%) i PRV (%)
A bande 1710 cm-1 (fonctions oxygénées) : l'intensité de cette raie a fonctions oxygénées, hydrocarbures saturés et hydrocarbures
varie suivant le nombre de fonctions oxygénées aromatiques
b matières volatiles sur produit pur
B hydrocarbures saturés : la variation est fonction du nombre de
liaison C-H paraffiniques c humidité de rétention
d teneur en carbone
C hydrocarbures aromatiques : la variation est fonction du nombre e largeur de bande du spectre RPE
de liaisons C-H aromatiques f microdureté
g rapport atomique H/C
L'échelle portée en ordonnée est arbitraire (figure 15a).
Phase plastique : variation du rapport H/C dans la phase plastique
extraite du charbon
h rendement d'extraction par la pyridine
i surface massique des micropores
La catagenèse correspond à un PRV (pouvoir réflecteur de la vitrinite) compris, environ, entre 0,5 et 2 %.
Figure 15 – Variation des propriétés physico-chimiques des charbons en fonction du degré de houillification
3.2 Classification internationale masse et du pouvoir calorifique supérieur [BE 8 532] au-delà d’un
taux de matières volatiles de 33 % ;
des houilles — le deuxième chiffre (variable de 0 à 3), qui représente le
groupe, dépend de l’indice de gonflement [BE 8 532] ou de l’indice
Les classifications proposées par les différents pays ne sont pas Roga [BE 8 532] jugé équivalent et peu usité en France ;
toujours comparables et, sous l’impulsion de la Communauté — le troisième chiffre (variable de 0 à 3), qui représente le
économique européenne, une première étape de classification sous-groupe, dépend de l’essai dilatométrique Audibert-Arnu
internationale, dite classification de Genève, a été proposée [BE 8 532] ou de l’essai Gray-King [BE 8 532] jugé équivalent.
en 1956.
La manipulation des codes chiffrés n’est pas toujours aisée et,
Cette classification internationale (figure 17) définit les houilles pour faciliter les échanges, on a superposé à la classification
par un code à trois chiffres qui traduisent les plages de variation internationale, en 1988, un classement dit commercial dont les
des paramètres de classification les plus couramment utilisés à seuls paramètres sont le taux de matières volatiles et l’indice de
l’époque : gonflement (codes I à VII, avec sous-divisions, figure 17). Ce
— le premier chiffre (variable de 0 à 9), qui représente la classe, dernier usage est plus proche de la classification française
dépend du taux de matières volatiles [BE 8 532]) jusqu’à 33 % en (NF M10-001).
1400
Surface interne massique (m2/g)
1200
Carbones
non graphitables
1000 Diffusion des
rayons X
Carbones
800 graphitables
600
Adsorption de la Flambant sec
vapeur d'eau
Gras B
400
Flambant sec
Fermeture des micropores
Gras B Maigre
200 Disparition des pores
Gras à coke
Anthracite Gras à coke
Maigre
0
0 500 1000 1500 2000 2500 3000
Température (°C) Figure 16 – Étude de la texture poreuse de
vitrains de houille. Relation entre le rang, la
plasticité et l’aptitude à la graphitisation
Groupes Sous-groupes
(déterminés d'après le pouvoir agglutinant
Nombres conventionnels (déterminés d'après le pouvoir cokéfiant)
Paramètre de détermination Le premier chiffre du nombre conventionnel indique la classe, déterminée Paramètres de détermination du
du groupe (au choix) d'après l'indice MV. sous-groupe (au choix)
N° du N° du
groupe Le deuxième chiffre indique le groupe, déterminé d'après le pouvoir agglutinant. sous-
Indice de gonflement Le troisième chiffre indique le sous-groupe, déterminé d'après le pouvoir cokéfiant. Essai Essai
Indice Roga groupe dilatométrique Gray-King
au creuset
Classes
(charbons contenant jusqu'à 33 % de MV) ou par paramètre de pouvoir calorifique (charbons contenant plus de 33 % de MV).
Ainsi, on trouvera par ordre croissant de classement, les déno- — en ordonnée : le pourcentage de vitrinite, avec quatre caté-
minations suivantes, longtemps utilisées dans les transactions gories, de la basse à la haute teneur ;
commerciales en France, avec leur code simplifié correspondant : — dans un deuxième temps, la teneur en cendres, découpée en
— anthracite : .................................. I ; cinq tranches venant compléter les données ci-avant.
— maigre : ....................................... II ;
— quart gras :.................................. III ; 3.4 Classifications nationales diverses
— demi-gras : .................................. IV ;
Les grands pays producteurs restent cependant attachés à des
— trois quarts gras : ....................... VA ; textes nationaux. Ainsi, les États-Unis utilisent la norme
— gras à coke :................................ VB ; ASTM D 388. La Chine utilise la norme GB5751-86 et l’Allemagne
— gras A : ........................................ VC ; privilégie la norme DIN EN 13847. On retrouve souvent des
— gras B : ........................................ VD ; analogies avec la classification internationale, avec cependant des
particularités en terme de critères, dépendant de certains usages
— flambant gras A :........................ VIA ; industriels typiques ou catégories de charbons présents le plus
— flambant gras B : ........................ VIB ; fréquemment dans chacun des pays producteurs.
— flambant sec : ............................. VII.
Mais à la suite du développement du commerce international de 3.5 Classement des charbons à coke
charbon, il est apparu que cette classification présentait des limites
car elle ne permettait pas de situer convenablement des produits du Centre de pyrolyse de Marienau
de l’hémisphère austral, ne couvrait pas des produits en marge des Le Centre de pyrolyse de Marienau (CPM), à Forbach (Moselle)
charbons traditionnels (schistes bitumineux par exemple) et enfin est la station d’essais nationale de l’industrie cokière française
avait peut-être cherché la simplicité au détriment de la précision. pour les usages en sidérurgie. Au fil des ans et en s’appuyant sur
les résultats d’un vaste champ d’expérimentation, le CPM a été
amené à établir pour son propre usage un classement, ou échelle,
3.3 Classification internationale des charbons sous l’angle des propriétés cokéfiantes, en
en vigueur privilégiant la précision et la pertinence vis-à-vis de ces usages. Les
critères suivants sont retenus :
L’International Organization for Standardization (ISO) a, à la fin — pouvoir réflecteur de la vitrinite ;
des années 1990, travaillé sur un projet de classification des — teneur en matières volatiles sur pur ;
charbons qui est à l’heure actuelle validé sous forme de la norme — indice de gonflement ;
ISO 11760:2005. — température de resolidification ;
Schématiquement, ce classement des houilles utilise comme — dilatométrie.
paramètres, le rang, la composition pétrographique et la pro- Une corrélation peut être réalisée avec les dénominations
portion ou la nature des matières minérales. commerciales ainsi que par rapport à d’autres classifications (inter-
Les propriétés suivantes sont retenues : nationale, ASTM, etc.).
— le pouvoir réflecteur de la vitrinite ;
— le pourcentage de vitrinite qui désigne la composition
pétrographique ;
— la teneur en cendres.
4. Utilisation du charbon
Cela permet de caractériser les charbons sur un diagramme qui Le tableau 6 présente de manière simplifiée les corrélations entre
porte : les caractéristiques les plus pertinentes des charbons et les deux
— en abscisse : le pouvoir réflecteur de la vitrinite, dans des principales familles d’utilisation, l’usage thermique (charbon
valeurs croissantes, permettant de balayer les grandes familles de vapeur) – production d’électricité essentiellement, à laquelle s’ajoute
combustibles solides, depuis les lignites jusqu’aux anthracites en ponctuellement une utilisation industrielle – et l’usage comme matière
passant par les charbons sous-bitumineux et les bitumineux ; première pour la sidérurgie, en transformant le charbon en coke.