Dessalines et la bataille de Vertières
Dessalines et la bataille de Vertières
• Archives : ISPAN
•Monument aux Héros de la bataille de Vertières, erigé sous le gouvernement du général Paul E. Magloire (19501956)
BULLETIN DE L’ISPAN, Numéro spécial , 23 pages
Sommaire.........................
•Contexte général et résumé succinct du
système colonial esclavagiste
•Résistance contre le système esclavagiste
et ses mul ples expressions au cours des siècles
•Tac ques, stratégies et mission des armées
qui se font face à Saint Domingue
•Recons tu on de la bataille de ver ères
par l’Académie Militaire d’Haï
•Que rapporter ? Quoi dire ? et comment
expliquer ?
Contexte général et résumé Résistance contre le système
succinct du système colonial esclavagiste et ses multiples
esclavagiste expressions au cours des siècles
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BULLETIN DE L’ISPAN est une publication de l’Institut de Sauvegarde du Patrimoine National destiné à
vulgariser la connaissance des biens immobiliers à valeur culturelle et historique de la République d’Haïti,
à promouvoir leur protection et leur mise en valeur. Communiquez votre adresse électronique à
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EDITORIAL
Chers lecteurs,
Les écoliers haïtiens, qui ont étudié l’Histoire d’Haïti dans le livre de J. C. Dorsainvil, ont été
marqués par le récit de la bataille de Vertières, mais surtout par les prouesses exceptionnelles de François
Capois dit Capois La Mort. Ce général émérite, est l’un des illustres héros qui s’est immortalisé en ce jour du
18 novembre 1803 et symbolise à lui seul ce cri de guerre « vivre libre ou mourir ».
Exemple de bravoure, d’intrépidité, d’abnégation, et d’engagement, cette armée en guenille s’est aguerrie
tout au long de ces treize années de lutte. On peut citer la révolte générale des esclaves, la bataille de la Ravine
à Couleuvre, celles de GrosMorne et de la CrèteaPierrot, les différentes confrontations dans les quartiers de
Marmelade, de Plaisance, de Dondon, de Mirebalais, autour du camp de la Tannerie, de la Croixdes
Bouquets, la prise de Port Républicain etc., ont porté ses capacités militaires à son paroxysme.
Aussi, estelle galvanisée face à l’armée napoléonienne et confiante en ses stratèges, ses tacticiens et
surtout en son général en Chef JeanJacques Dessalines, quand elle se présente le 16 Novembre 1803 dans le
quartier du Haut du Cap visàvis des camps militaires et du blockhouse de Breda (disparu). Cependant la
marche pour la prise de la place forte du CapFrançais est parsemée d’ouvrages militaires et de bouches à feu
redoutables tel que : Vertieres qui est un verrou d’importance stratégique, le block house de Champein
(disparu), la butte Charrié, le fort BelAir (disparu), en fait il faut enlever et réduire au silence toutes les
fortifications, redoutes, vigies, block house, fortins, qui sont aux mains des troupes françaises. C’est
seulement au prix de cette tâche meurtrière que la liberté peut être acquise.
Aujourd’hui, la totalité de ces lieux de mémoire et témoins muets qui matérialisent cette remarquable
victoire collective et ce haut fait d’arme exceptionnel sont en mauvais état de conservation et ne flattent
nullement la fibre patriotique nationale ainsi que la fierté quotidienne des citoyens haïtiens d’aujourd’hui.
Aussi estIl indispensable qu’une prise en charge étatique harmonise le discours, et les actions afin
que la nation se vivifie, se fortifie et se reconnaisse quotidiennement à travers ces lieux historiques
fédérateurs. Ce plaidoyer de l’ISPAN espère trouver un écho favorable pour la reconstruction de l’AME
NATIONALE par le biais d'un programme de restauration de ces monuments couplé à une campagne
d’éducation civique et de diffusion destiné à redonner à l’homme haïtien sa fierté dessalinienne.
Bonne lecture à tous
Jeanpatrickdurandis
Architecte de monument
Directeur Général ISPAN
Angle des Rues Magny et Capois
Port-au-Prince, Haïti
Téléphone : (509) 3600-8709
Email : [email protected]
Site web: www.ispan.gouv.ht
BULLETIN DE L’ISPAN • Numéro spécial • Novembre 2019
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Contexte général et résumé
succinct du système colonial esclavagiste
• Le Code Noir, promulgué par le
roi Louis XIV en 1685, se compose
de soixante articles qui règlemen-
tent la vie, la mort, l´achat, la vente,
la religion et l´affranchissement des
esclaves. Si, d´un point de vue
• Source : www.lewebpedagogique.com
•Carte du commerce triangulaire
L
e système colonial esclavagiste 3 Le trajet entre l’Afrique et le
est en place et structuré par Nouveau-Monde dure généralement
les Monarchies Européennes trois à six semaines en fonction
dès le début du XVIème siècle par des difficultés de la traversée. Les
le biais de différentes actions. On noirs sont entassés dans les cales
estime à 12 millions d’Africains le des ‘’navires négriers’’ et sont
nombre de déportés dans le cadre traités en tant que ‘’bétail humain’’. •Le code Noir, Gravure de Moreau le Jeune,
de la traite des Noirs qui s’opérait XVIIIe siècle
BULLETIN DE L’ISPAN • Numéro spécial • Novembre 2019
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de phénomènes d’illusions… Vous leur propre gré à notre recherche... ils
devez utiliser les esclaves à la peau resteront attachés à nous durant
foncée contre ceux à la peau claire des centaines… voire des milliers
et vice versa… la famille n’a pas d’années…''
droit d’exister… prenez le nègre le
plus fier… dénudez-le et fouettez-le
en présence de la femme et de
l’enfant afin de casser son image de
mâle protecteur… Utilisez cette
méthode de façon intense, les esclaves
eux-mêmes resteront perpétuellement
méfiants entre eux et attachés à
nous au point que notre absence les
•Premier plan, bastonnade par un •Instruments de torture
inquiète… après réception de cet commandeur blanc / arrière plan, esclave au
endoctrinement ils se mettront de pilori battu par un commandeur noir
•Plaquettes montrant les différentes facettes de la résistance contre le système esclavagiste (cérémonie Bois Caïman, Révolte des esclaves, incendies du Cap)
L
e marronnage, l’avortement, le suicide, la rébellion, la révolte, l’empoisonnement, l’assassinat, le meurtre, la
pendaison, l’infanticide sont entre autres, les multiples expressions de rejet et de lutte contre ce système
avilissant, dégradant et bestial. Ayant atteint son apogée, en aout 1791, la tornade noire : des centaines
d’habitations sucrières, caféières et d’indigoteries sont détruites, des milliers de colons sont massacrés et certains
d'entres eux ont pris la fuite vers Cuba ou des cieux plus cléments. Dans l’unique région du Nord, le bilan se ramène
à 1000 Blancs tués, 200 sucreries et 2000 caféières parties en fumée, soient 600 millions de francs de pertes... C'est
le début d’une guerre de treize ans, longue épuisante et meurtrière qui aboutira à l'indépendance en Janvier 1804....
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Le 29 août 1793, décret, il affirma que sa mission était vaillante armée du monde. Les
Sonthonax prend une mesure de «préparer graduellement, sans Alpes, l’Italie, le Rhin et le Nil ne
radicale, qui représente l’un des déchirement et sans secousses, retentissent que du bruit de ses
événements les plus importants de l’affranchissement général des escla- exploits. Et tout ce qu’il y a alors de
l’histoire des Amériques; il décrète ves ». marins expérimentés est embarqué.
l’abolition générale de l'esclavage
Au cap Samana, Leclerc
dans la province du Nord (assortie La France Monarchique est
énumère ses forces de terre et de
néanmoins du devoir de reprendre le située à sept mille kilomètres
mer : 60 vaisseaux et plus de 30 000
travail sur les plantations pour ceux environ de "ses possessions" dans hommes. Avec tant de navires et de
qui ne combattent pas). Dans son le nouveau monde. La contrainte si braves capitaines, il se croit
d’avoir des troupes coloniales invincible. Il s’enorgueillit même
aguerries pour défendre ses d’apprendre, à ses dépens, que
intérêts contre les nations rivales Toussaint, désespéré, ordonne des
avoisinantes, l’oblige à former des fêtes pour l’accueillir.
soldats noirs et mulâtres, en dépit
du système esclavagiste. Toussaint Rochambeau attaque le Fort-
Louverture de lignée royale, fort de Dauphin par mer et par terre et
ses succès s'empare de la partie ensanglante la baie de Mancenille
espagnole de l'île et se désigne avec les dépouilles d’un régiment de
•Proclamation de l’abolition d’esclavage Gouverneur général à vie le 8 soldats noirs innocents et
juillet 1801 avec sous ses désarmés.
ordres directes les généraux
Leclerc, de son côté,
Jean Jacques Dessalines et
arrive avec ses
Henri Christophe. Au sommet vaisseaux dans la
de sa gloire il s’adresse à rade de la ville
l’Empereur N. Bonaparte dont du Cap, dont
il admire le génie militaire : Christophe tient
"du premier des noirs au le commandement. Il
premier des blancs…" Arrêté lui presse de rendre à
par traîtrise, il prononce cette l’armée expédition-
phrase illustre et annonciatrice naire cette place
sur le bateau LE HÉROS : « En forte.
me renversant à St-Domingue, Christophe
on n’a abattu que le tronc de répond à
l’arbre de la liberté, elle l‘envoyé de
•Portrait du Commissaire Civil Léger Félicité
Leclerc :
Sonthonax repoussera par les racines, car
« Allez dire
elles sont profondes et • Portrait de Toussaint Louverture, lithographie
de delpech d’après NicolasEustache Maurin à votre gé-
nombreuses »... (Perpignan, 1799 Paris, 1850) néral, que
Nous tenons à faire
les Français ne marcheront ici que sur
remarquer que nombre de navires
des cendres et que la terre les brûle-
sont fournis par la Hollande,
ra ». Il écrit ensuite sa résolution en ces
conquise par les armes francaises, et
termes : « je vous opposerai toute la
l'Espagne, qui s'allie à la France par
résistance qui caractérise un général, et
crainte. Cette première flotte (une
si le sort des armes vous est favorable,
autre arrivera en renfort) se compose
vous n’entrerez que dans une ville en
de 21 frégates et 35 vaisseaux de
cendre, et sur ces cendres, je vous
guerre, dont l’un est armé de 120
•Débarquement de l’armée expéditionnaire au combattrai encore ».
Cap Français bouches à feu, et transporte la plus
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TACTIQUES, STRATEGIES
et mission des armées qui se font face à Saint Domingue
•Vue sur la Batterie à barbette du Fort Picolet / ce fort français contrôlait la passe vers la rade du Cap Français
T
émoins muets, en ruine, et les restaurer, mais surtout, en devoir de mémoire et d’appro-
de plus, en très grand péril à s’assurant de leur lègue aux futures priation du patrimoine, qu’ils soient
cause de l’action combinée générations afin que la mémoire de dans le meilleur état de
de l’homme et des injures du nos aïeux et de nos origines conservation possible pour une
temps, le patrimoine militaire de la demeure vivace. large campagne de vulgarisation, de
République d’Haïti que sont les diffusion et d’éducation civique à
forts, redoutes, vigies, block-house, Aussi, devient-il néces- l’échelle nationale, en vue du réveil
arsenal et installations militaires saire et urgent, dans le cadre de ce de l’âme patriotique.
coloniales ont été conquis par le
fer, le feu, le sang, la sueur et les
armes. A ce titre, ils constituent à
tout jamais les éléments fondateurs
et identitaires de la Nation
Haïtienne, il en est de même pour
les habitations sucrières et
caféières. Ils méritent, du fait de ce
rôle fondamental un meilleur
traitement que ce qui leur est
infligé jusqu’à date. La Nation a
pour devoir impérieux de se
montrer reconnaissante, en
favorisant non seulement des
programmes d’interventions desti-
nées à les protéger, les classer et
• Vue aérienne du Fort Picolet
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Vicomte de Rochambeau, face à
l’armée indigène sous le
commandement du général en
Chef Jean Jacques Dessalines.
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Quant à l’autre armée, elle
allie une meilleure connaissance
géographique du terrain d’opé-
ration, à une formation militaire sur
le tas pour la majeure partie des
hommes de troupes. La condition
physique exceptionnelle de ses
membres est due à la rigueur du
système esclavagiste qui leur a
fourni la capacité de supporter la
faim, la soif ainsi que les aléas
•Portion de lettre du Général Leclerc au Ministre de la Marine Denis Decrès (Mars 1802)
climatiques tropicaux. En réalité,
espions), et plus habile dans en tout genre des soldats sur le tous les mauvais traitements infligés
l’utilisation de toutes les armes telles front. D’ailleurs dans le rapport final à ces hommes depuis environ trois
que : canons de campagne, pierriers, adressé au ministre de la marine, siècles en ont fait physiquement et
obusiers, boulets ramés, cou- l’absence de vivres alimentaires le psychologiquement une formidable
leuvrines, mousquet, pistolet, jour du 18 novembre, a été machine de guerre. L'histoire de
baïonnette etc… C’est l’une des présenté comme l’un des facteurs ces soldats d’élite avant la lettre,
plus fortes armées du monde au qui a joué sur le mauvais moral des ont probablement inspiré plus d’un
XVIIIème siècle, mais les conditions troupes. Richelieu, dans son stratège dans la formation des
climatiques de Saint Domingue ont testament politique, disait qu’il hommes faisant partie des forces
s’était toujours trouvé « plus spéciales telles que nous les
d’armées péries faute de pain que connaissons aujourd’hui. L’indispo-
par l’effort des armées ennemies », nibilité ou la simplicité (patate
et Frédéric II affirmait que « l’art de douce, arbre à pain, racines et
vaincre est perdu sans l’art de tubercules, bananes, maïs, etc…)
subsister ». Elle a pour mission le des rations alimentaires n’ont eu
rétablissement de l’esclavage même aucune incidence sur l’engagement
au prix d’un génocide, ce que de cette horde de soldats en
révèle d’ailleurs le général en Chef guenilles et armés pour la plupart
Leclerc dans sa lettre du 30 de machette. Ces soldats de l’ar-
fructidor au Ministre de la Marine mée indigènes, qui hier, étaient des
Denis Decrès « [...] une grande esclaves ont puisé dans leur souf-
partie des cultivateurs qui, france et humiliation séculaire cette
accoutumés au brigandage depuis
dix ans, ne s’assujettiront jamais à
•Expédition de Saint Domingue : Pétion, travailler... j’aurai à faire une guerre
Dessalines et Toussaint / en grand uniforme
d’extermination, et elle me coûtera
mis son effectif à mal par une bien du monde.. .» (17 Septembre
épidémie de fièvre jaune. De plus, 1802). Il s’agira dès lors de faire
elle nécessite un support logistique « peau neuve », c’est-à-dire
complexe pour la mise en place et d’exterminer 300.000 Nègres de
l’adaptation au besoin des Saint-Domingue et de les
équipements et matériels militaires remplacer par de nouveaux
sur les champs de bataille ainsi que Africains (des bossales). C’est un
pour l’efficacité des lignes de véritable fantasme génocidaire qui •Le Général Jean Jacques Dessalines, père de
la nation haïtienne
communication et de ravitaillement anime l’armée expéditionnaire.
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charge haineuse du système escla- Il en sera ainsi durant ces variation est fonction de l’arme-
vagiste qui s’est muée en un vingt-et-un mois, où cette guerre ment, de la topographie, et des
catalyseur explosif alimentant ainsi totale, prend des formes et des objectifs militaires à enlever. Cette
leur fougue, leur bravoure et leur tournures surprenantes telles que : guerre totale s’exprime non
mépris de la mort sur le champ de l’empoisonnement, la pollution des seulement par la destruction des
bataille. Le « vivre libre ou mourir »
a conduit l’armée indigène vers des
sommets d’abnégation et d’hé-
roïsme jusqu’alors méconnu et
• Combat à Saint Domingue d'après un dessin de Raffet gravé par Frilley
•Timbre en souvenir du Général Capois La Mort
infrastructures coloniales, mais
surtout par la suppression totale de
la classe des représentants du sys-
tème esclavagiste. Pour l’esclave,
lui, qui est en opposition, en
rébellion et en révolte contre le
système sanguinaire, il s’agit sur-
tout aujourd'hui de « vivre libre ou
mourir ».
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récente dans l’histoire du Cap-
Français » ( J.-P. Le Glaunec,
L’armée indigène, La défaite de
Napoléon en Haïti, p.63). Vertières,
(ou Verrières, Verdière, Verdièrre,
Vertière, Verthiere, dépendamment
des sources françaises consultées),
tirant son nom de Marie-François-
Joseph Pourcheresse de Vertières,
fils de l’ancien président du Conseil
supérieur du Cap, qui l’aurait
affermé dans les années 1790, n’est
ni un blockhaus, ni une redoute, ni
un fortin, mais plutôt « une
habitation fortifiée, et plus précisément
une ancienne dépendance de
l’hôpital des Pères » (p.61) sise sur
•Plan et profil du BlockHouse de Breda / Bibliothèque national de France
un promontoire. Dessalines décrit
les généraux de l’armée indigène du général en chef de l’armée ce poste comme une simple
ont imposé aux troupes expédition- indigène Jean Jacques Dessalines. « maison percée à meurtrières »,
naires françaises dans l’objectif de les « située avantageusement sur une
vaincre et de renverser le système Vertières : Verrou éminence » (p.62). « Le système de
esclavagiste que l’armée française Sur la route de la place forte défense (du Cap) s’articule (plutôt),
est venue restaurer. du Cap-Français vers la fin de l’année 1802, autour
de postes jugés plus importants,
L’armée indigène met en Vertières ! « Lorsque la ba- nommés blockhaus » (P.63). Par
place une stratégie de harcèlement taille entame sa phase finale le jour exemple, à proximité de Vertières,
ainsi que des effets de surprise alliés du 18 novembre, Vertières est un s’érigent plusieurs buttes, dont celle
à une forte capacité de concentration, poste stratégique d’importance de Charrier, qui le surplombe, et
de dispersion, de duperie, de
leurre, d'embuscades de sabotages
« Koupe tèt boule kay » etc. face à
cette armée suréquipée et réputée
la plus puissante du monde au
début du XIXème siècle. Point
n’est besoin de vous dire qu’au
XXème siècle cette stratégie mise
en place par l’armée indigène a fait
des émules, plus d’un stratège
militaire d’ici et d’ailleurs ont
analysé ce haut fait d’arme, et le
classe en tant que ‘’guérilla rurale’’.
Les tactiques et stratégies utilisées
sont étudiées à l’école militaire
pour une compréhension
judicieuse de l’application sur le
terrain des consignes stratégiques
•Plan, profil et élévation du Bockhouse de Champein / Bibliothèque national de France
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des blockhaus, dont celui de nication du Cap, celle du Haut-du- Aussi, l’Institut dans le cadre
Champein, situé de l’autre côté du Cap et celle des approches de la de la commémoration des 216 ans
chemin du Haut-du-Cap. Rocham- ville. Ce qui explique l’ordre de la bataille de Vertières met-il à
beau en a fait ériger une centaine émanant du général Clausel, le 1er votre disposition chers lecteurs un
sur toute l’île en faisant prévaloir avril 1803, de fortifier le site. Ce document inédit, il s’agit d’un
des arguments raciaux plutôt que dernier, quartier général de exposé de la reconstitution de la
militaires : selon lui, « un blockhaus l’officier Michel Marie Claparède en bataille de Vertières réalisée par
serait censé effrayer des Noirs charge de la défense du Haut-du- l’Académie Militaire d’Haïti en
supposément lâches et désorga- Cap, (carte ci-dessous), doit être 1953, lors des festivités du tri
nisés » (p.63). l’objet d’une forte concentration cinquantenaire de ce haut fait
de troupe afin d’empêcher la prise d’armes.
L’importance stratégique de de Vertières, parce que « qui prendrait
Vertières vient du fait qu'il doit Vertières prendrait assurément la
absolument articuler le contrôle ville » (p.65).
défensif des deux voies de commu-
•Camps militaire du Haut du Cap
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Reconstitution de la bataille de vertières
par l’Académie Militaire d’Haïti
•legend
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TEMOIGNAGE D’ADMIRATION DE L'ACADEMIE MILITAIRE
AU
COMMANDANT SUPREME DES FORCES ARMEES,
LE GENERAL DE DIVISION
PAUL E. MAGLOIRE
PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE D'HAITI,
ET AU
CHEF D'ETAT-MAJOR DE L'ARMEE.
LE GENERAL DE BRIGADE
ANTOINE LEVELT
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Dessalines arrive au Morne Rouge le 15 Novembre 1803, il installe
son quartier général à Vaudreuil sur l'habitation Lenormand. Il a décidé d'en
finir. L'ennemi, bousculé joue sa dernière carte. Aucun renfort, aucun
approvisionnement ne peut lui parvenir car les voies de communication
avec Santo-Domingo sont coupées et les Anglais sillonnent la mer au large
du Cap. Une troupe privée de ses communications et de son ravitaillement
est perdue. Rochambeau s'en rend compte : mais encore confiant dans les
ouvrages de défense de la ville, il espère pouvoir tenir jusqu’à ce que la
marine française arrive à percer la flotte anglaise pour entrer au Cap.
En effet, le plan de défense du Cap est de très haute valeur, c’est
toute une ceinture de fortifications qui bloque l'accès de la ville: un coup
d'œil sur la carte permet de s’en rendre compte : en partant du Nord-Est
on rencontre d'abord le retranchement du bourg de la Petite- Anse. Armé
de 8 canons, il barre la route de l'Est et couvre la plaine, Plus au Nord, la
batterie Circulaire, la batterie du Mort, la batterie St. Joseph ainsi que le Fort
Picolet défendent l'entrée de la rade. D'ailleurs, au large, les bateaux anglais
sillonnent la mer. Picolet peut, au demeurant, tourner ses canons sur les
mornes à l'Ouest pour défendre la ville.
Plus au Sud, à quelque 75m, de l'Hôpital Français, trois batteries
veillent sur les mornes. Défendent le grand chemin et au besoin, peuvent
exécuter un tir plongeant sur le Haut du Cap. Ce sont les batteries des
Mornes.
En direction du Sud-Est, le Redan de la Barrière-Bouteille couvre
avec ses deux canons le chemin qui conduit à la ville.
A l’Ouest, sur la ligne de faite, la Vigie St. Martin éclaire les deux
versants du Morne du Cap. C'est un poste d'observation idéal pour les
opérations possibles. A 4150 m. de la Vigie, sur le versant Sud du même
massif. Pierre Michel domine la Grande route.
A hauteur du Haut du Cap et un peu à l’Ouest se trouve la
blockhauss de Bréla, fortification à étage pentagonal, armée de pierriers et
de canons. C’est la fortification la plus avancée sur la route d'approche des
forces indigènes.
Un peu en retrait, mais toujours dominant la route. Charrier pour le
moment dépourvu d'armement.
Enfin Vertières, le fort le plus puissant de ce système de défense au triple
point de vue de sa position, à proximité de la route, de son orientation et
de son armement.
Une telle ceinture de fortifications ne pouvait être brisée que par
l’héroïsme des indigènes au service du génie de Dessalines. Dessalines
passe ses troupes en revue. Il sent dans l’air que le moment est venu. Il
tressaille de la fougue de ses hommes. Ils ne doivent pas se refroidir. Ils sont
affamés il est vrai, ils sont en guenilles: depuis Port-au-Prince, ils ne vivent
que de maïs et de patates boucanées; mais qu’importe, leurs yeux
étincellent de la joie d'être libres: ils souhaitent même ce dernier combat.
On attaquera le Cap sans délai.
La page 5
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Dessalines analyse la situation: quelles sont les troupes dont il
dispose :
a) Les 3e, 11e, 20e demi-brigades et 2 bataillons de la 4e, sous
les ordres de Gabart.
b) La 10e demi-brigade et le 3e bataillon de la 4e, composée de
l’élite de la jeunesse Port-au-Princienne commandée par le
Général Jean-Phillipe Daut.
c) La 6e demi-brigade commandée par Clerveaux, le plus ancien
des généraux.
d) Les 1ère et 12e demi-brigades commandées par Christophe et
Romain.
e) La 9e demi-brigade commandée par Capois-La-Mort, cette
demi-brigade est en uniforme. Les hommes s'étaient emparés
d'un dépôt français, à l'Ile de La Tortue.
f) Les 21e, 22e, 24e, commandées par Cangé. Ces troupes
étaient aussi en uniforme. Les hommes s'étaient approvisionnés
aux Cayes.
g) Les 14e et 17e commandées par Vernet.
h) Les dragons de l’Artibonite, commandés par le Colonel Charlotin
Marcadieux assisté des chefs d'escadrons Paul Prompt et Bastien. Ils font
partie de la réserve. Au total 27.000 hommes.
Les munitions abondent depuis la prise de Port-au-Prince.
L’objectif final est le Cap. La route par laquelle devront passer les troupes et
le matériel est couverte par les Forts Pierre-Michel, Bréda, Vertières.
D'autre part la Vigie St. Martin, les batteries des Mornets et Picolet
protègent le Cap au Nord et au Nord-Ouest ; de plus leurs feux peuvent
être dirigés sur la ville si celle-ci était prise. Enfin, les retranchements de la
Petite-Anse couvrent la plaine et une contrattaque de ces troupes peut
nous prendre de flanc.
Dessalines attaquera donc sur quatre colonnes La première
commandée par Clerveaux effectuera l’attaque principale sur la Barrière
Bouteille, par la grande route. La deuxième sous les ordres de Christophe
passera par la bande du Nord, les hauteurs d'Estaing et la gorge de la
Providence, s’emparera de la Vigie St. Martin, de la batterie des Mornets et
canonnera la ville. La troisième sous les ordres de Romain ira tourner
Picolet. La quatrième ira masquer la Petite-Anse. La réserve restera au Haut
du Cap, prête à être engagée le cas échéant.
Un tel plan d'attaque ne pouvait être conçu que par un Grand
Chef, On y remarque tout de suite le génie militaire du Général en Chef.
D'abord: le facteur psychologique: les troupes veulent se battre, il ne faut
pas les refroidir: de plus l’ennemi est inquiet, le moral est donc nettement
supérieur de notre côté.
Facteur militaire: Le passage est bloqué par les points-clés : Bréda,
Pierre Michel, Vertières, il faut les réduire. En même temps la manoeuvre
de flanc vers d'autres objectifs pour créer la diversion et diluer la défense
La page 13 ennemie.
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` Dessalines enverra donc d'abord Christophe et Romain. Ils ont une
longue route à parcourir par des chemins impossibles. Leurs canons
escaladeront les pentes les plus abruptes et à l'heure convenue ils seront
en position. Dessalines attendra leurs messages d'arrivée avant de mettre
en branle la colonne de Clerveaux. Cette précaution se comprend
aisément: la Vigie, la Batterie des Mornets convergent leurs feux plongent
sur la route, il faut donc avant d'engager l'attaque principale, s’assurer que
ces points de défense sont réduits. De plus, ces deux fronts ouverts
quelques heures avant l'attaque principale vont attirer la réserve du Cap au
Nord et au Nord-Ouest.
Le 17 Novembre 1803, Christophe annonce qu’il est en position: il
a enlevé la Vigie St. Martin et la batterie des Mornets. Romain campe en
face de Picolet et s’apprête à prendre ce fort d'assaut. Le message de
Cangé est catégorique. Les forces françaises retranchées à la Petite-Anse
sont encerclées. Elles font des tentatives de sortie, vite contenues.
Dessalines fait alors une reconnaissance du blockhauss de Breda. Pourquoi
va-t-il personnellement inspecter les alentours de cette fortification ? Breda
est le premier obstacle à vaincre. Il faut le canonner d’importance. Il faut
vérifier ses ouvrages pour mieux déterminer ses points faibles. La
reconnaissance personnelle du terrain est essentielle au Chef Militaire :
Dessalines le sait. Il arrive si près du blockhauss que les français le reçoivent
à coups de mitraille. Il pique son cheval fringant et rentre sain et sauf.
Quelle imprudence! Il aurait pu si facilement se faire tuer. Oui ! Mais il
existe des gestes qui sont l'apanage des grands ! Qui peut oublier
Bonaparte au Pont d'Arcole ! Le métier de chef comporte des risques qu'il
faut prendre sous peine d'abdication. Dessalines retourne à son Quartier-
Général. Il décide de faire exécuter un feu d'artillerie sur Bréda pour
couvrir l'avance de la colonne de Clerveaux. Conception tactique inscrite
dans tous les manuels militaires modernes ! Dans la nuit du 17 au 18
Novembre, Clerveaux fait dresser une batterie à 200 toises du Fort Bréda
(200 toises équivalent à 390 m.). Cette batterie se compose d'un obusier
de 6 pouces, d'une pièce de 4 et d'une pièce de 8.
Les généraux Daut et Gabart sont mandés à son Quartier-Général
et reçoivent le commandement de la réserve composée de leurs troupes:
les 3e, 10e, 11e et 20e demi-brigades et 3 bataillons de la de demi-brigade
auxquels s'ajoutent les dragons de l'Artibonite sous les ordres de
Marcadieux et toute la jeunesse de Port-au-Prince qui, à défaut de
connaissance technique du métier des armes, allait donner la mesure de
son ardent désir de vivre libre.
Le 10 Novembre 1803, la diane sonne au Fort Bréda. Les artilleurs
Zénon et Lavelanet n'attendaient que ce signal. Des quatre pièces ils
ouvrent le feu sur le blockhauss de Bréda. Tous les forts français répondent.
Dessalines dirige les opérations. Les troupes sont déjà engagées sur
la grand'route, en direction de la Barrière-Bouteille: Capois est à l'avant-
garde avec sa 9e demi-brigade. Le feu des forts se fait plus intense. La
La page 9 colonne est en danger, elle reçoit le feu de Breda, Pierre Michel et
Vertières.
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Dessalines analyse rapidement la situation : malgré la diversion
créée par Christophe et Romain, la route est encore fermée: trois points
clés bloquent le passage. Il faut les neutraliser, sinon on ne passera pas. En
grand tacticien, il n’hésite pas une seconde à changer ses plans pour faire
face aux nouvelles contingences de la bataille. Vertières reste le plus
dangereux des forts ; sa proximité avec la route, son armement plus
puissant, son orientation, tout fait de ce point-clé un ilot de résistance à
réduire pour rouvrir la marche sur la Barriere-Bouteille. Mais cette colline
fortifiée comporte des retranchements puissants, et surtout une barricade
qu’il faut coute que coute neutraliser par l’artillerie. Or la seule base de feu
qui puisse efficacement bombarder Vertières est la butte de Charrier, au
Sud. Il faut donc occuper cette butte qui n'est d'ailleurs pas défendue, y
amener des hommes et de l'artillerie. Cependant pour arriver à Charrier, il
faut contenir Vertières, car toute colonne qui s’aventurera vers Charrier
essuiera un feu de flanc de Vertières. En même temps, pense Dessalines, Il
faut contourner Bréda pour transporter son feu de la route vers les mornes
et ainsi diminuer la pression de ce fort sur la colonne Clerveaux. La
manœuvre est extrêmement habile. Qui se permettra ensuite de penser
que Dessalines n'était qu'un chef de bande ignorant et incapable ! On ne
doit jamais perdre de vue que les Généraux Indigènes avaient gagné leurs
grades sur le champ de bataille contre les Anglais et les Espagnols. Sitôt
La page 11 pensé, sitôt exécuté. Dessalines fait contourner Bréda par Clerveaux et il
lance Capois déjà à l'avant-garde, contre Vertières, Capois assisté de Vernet
fonce sur Vertières avec les 9e, 17e et 14e demi-brigades. Ils sont culbutés
par l'artillerie et la mitraille du fort. Ils se replient sur la grande route.
Dessalines réalise que la pression doit être maintenue sur Vertières.
Pas une seconde à perdre. Il emploie la réserve et ordonne à Gabart de
renforcer Capois avec les 3e, 11e et 20e. Le feu de Vertières se fait encore
plus meurtrier. Gabart et ses hommes sont repoussés. Entre temps Capois a
rassemblé sa troupe. II prend un cheval richement caparaconne et s’élance
de nouveau, il encourage ses hommes, il s’énerve ; un boulet renverse son
cheval: il tombe, se relève, tire son sabre ‘’En avant ! En avant’’ ‘’Bravo !
Bravo !’’. Ce geste de courage soulève l’admiration des français. Un
roulement de tambour se fait entendre. Le feu cesse ; un cavalier se
présente et transmet, en ces termes, les compliments du Général
Rochambeau : ‘’ Le Capitaine Général Rochambenu envoie son admiration à
l’Officier Général qui vient de se couvrir de tant de gloire’’. L’estafette se
retire, le combat recommence.
Dessalines juge le moment venu pour occuper Charrier y installer
sa batterie et canonner Vertières. Capois restera au pied du Fort pour y
contenir les français. La réserve, avec Gabart et Jean-Philippe Daut,
occupera Charrier. Encore une décision qui marque lumineusement le sens
tactique du General en Chef qui garde en pleine bataille une image
d’ensemble des opérations. C’est la 2e fois qu’il emploie sa réserve. Ici
encore nous voyons l’application classique du feu et du mouvement. C’est
La page 13 en maitre que Dessalines agit.
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La nouvelle base de feu est enfin établie. Charrier canonne
Vertières.
Rochambeau fait mettre une pièce de ’’16’’ en batterie dans la
savanne Champin, et ouvre le feu sur Charrier: c'est un duel d'artillerie.
Charrier démonte la pièce de ‘’16’’. Les Français se rendent compte que
cette position est la plus dangereuse pour eux. C'est pourquoi ils
concentrent sur la butte un feu nourri. La maison de Charrier est écrasé ;
plus aucun abri pour les indigènes. Clerveaux ordonne à ses soldats d'élever
un parapet en terre contre la mitraille.
Le Général Daut sort aussitôt des rangs et trace avec la pointe d'une
baïonnette la ligne des retranchements, sous les milliers de balles qui
pleuvent autour de lui. En moins d'une heure les travaux de retranchement
sont achevés.
Charrier canonne sérieusement Vertières. La maison crénelée de
Vertières saute. Devant la pression sur Vertières les français sortent du fort
avec 2 pièces de canon et tentent une contre-attaque par la route, pour
prendre de flanc Capois et enlever Charrier. Jean-Philippe Daut descend de
Charrier à la tête de ses hommes pour les combattre. Il est repoussé par un
bataillon français.
Dessalines analyse la situation : le désordre qui règne au Fort de
Vertières peut favoriser la marche vers la Barrière-Bouteille, par la
La page 14 grand'route. Cependant le bataillon français hors du fort le gêne, il faut le
repousser dans l'enceinte de Vertières. Il décide donc de le charger avec sa
cavalerie. Ici encore, nous voyons l'emploi judicieux que le Général en Chef
fait de sa réserve ; il l’emploie à bon escient, pour renforcer les points
critiques et amorcer une nouvelle manœuvre. Il appelle donc Paul Prompt le
commandant d'escadron de cavalerie, en réserve et lui dit : ‘’ Paul Prompt il
faut que dans quelques minutes, il n’y avait pas un seul blanc hors du fort, ou
que j’apprenne ta mort’’.
Paul Prompt, au son des clairons, charge les français. Ceux-ci
demeurent inébranlables. La première ligne, genoux à terre et les deux
autres lignes debout, font feu. Les cavaliers de Paul Prompt sont arrêtés. Par
intervalles les rangs français s'ouvrent et les deux canons font une trouée
parmi les cavaliers. Rien n’y fait. Les brèches sont colmatées. Paul Prompt
rallie ses hommes, fonce à nouveau, cette fois Avec une telle impétuosité
que les français sont refoulés dans le fort. Paul Prompt les poursuit, les sabre,
pénètre dans les fossés et se fait tuer. Sa cavalerie se replie et rentre au
quartier-général avec de son chef.
Soudain les indigènes reçoivent un feu d'artillerie venant du flanc
droit: les boulets crèvent les rangs. C'est un canon français, place sur un bac
sur la rivière du Haut-du-Cap qui tire sur eux. Cette manœuvre française a
pour but de diminuer la pression exercée sur Vertières, en attirant les feux
sur un autre front. Elle a aussi un but psychologique : créer la pagaille dans
les indigènes en les atteignant par surprise, presque par derrière. Rien n'y fait,
l'élan est trop fort et cette tentative avorte ; une bonne fusillade sur le banc
La page 17 et celui-ci disparait.
Les français se battent aussi avec courage et Rochambeau ne perd
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pas une seconde la physionomie tactique de déroulement des opérations.
Entre Dessalines et lui, tous deux grands tacticiens, c’est une savante partie
d'échecs qui se joue. C’est à qui présentera le premier la fissure par laquelle
l’adversaire plongera dans son sein la pointe mortelle. Dessalines, rusé et
aussi plein d'expérience de la tactique française n'oublions pas qu’il a
combattu sous leur commandement surveille attentivement les moindres
mouvements ennemis. Des observateurs bien placés le renseignent
rapidement. Ils sont les uns sur des arbres, les autres dans les broussailles,
bien cachés, ils ne prennent pas part à l'action. Ils sont les yeux et les oreilles
de Général en Chef. Les files de liaison, choisies parmi les soldats les plus
agiles, les plus rapides, sont échelonnées sur le champ de bataille. Leur
mission unique: apporter sans délai à I ’Etat-major les messages des poste
d'observation.
Rochambeau réalise que la situation est désespérée. La pression
indigène est irrésistible. Charrier surtout est meurtrier : son tir tombe en
plein dans Vertières. Il faut tenter quelque chose contre Charrier ! Il ne reste
plus que la Garde d’honneur. Rochambeau décide de tenter l’escalade de
Charrier en y lançant sa garde. On passera derrière le monticule, on
tournera Charrier du côté Ouest. La colonne s’ébranle. Mais notre service
de renseignements fonctionne à plein rendement. Clerveaux est
immédiatement prévenu. Ils auront ce qu'ils cherchent. Une compagnie est
La page 18 rapidement dissimulée dans le bois, non loin de Charrier, côté Ouest. Une
fusillade en plein dans les rangs de l’ennemi surpris, et c'est la débandade.
Les français au pas de course regagnent leur lignes. C’est la fin. Rochambeau
s’en rend compte. Il est 5 heures de l'après-midi. Bréda est encerclé. Pierre
Michel ne tire plus depuis plusieurs heures, peut-être ses munitions sont-elles
épuisées. Christophe ne cesse de canonner le Cap: d’un moment à l’autre il
va foncer sur la ville. Romain est à Picolet. La Petite-Anse n’a rien donné, elle
est Contenue depuis le commencement de la bataille. Vertières n’en peut
plus: plus on les tue, les nègres, plus il en revient. Et aussi, qu’ils sont
terribles ! Il faut évacuer et rentrer au Cap. De là on tentera un compromis
avec les Anglais ; si ça ne marche pas, on capitulera avant que les indigènes
n'entrent dans la ville. On va donc tenir jusqu’à la tombée de la nuit ; et à la
faveur de L’obscurité, on abandonnera les forts.
L'intelligence de Dessalines pénètre la pensée de Rochambeau. Il est
maintenant certain de la Victoire. L'ennemi résiste encore, mais c'est un
dernier sursaut. Il s'agit seulement de maintenir les doigts bien serrés sur la
gorge, jusqu'au dernier râle, et ce sera la fin.
Dessalines monte à Charrier. Toujours le flair du Grand Chef: il sent
sa présence personnelle indispensable parmi ses hommes. Après tout, ils ont
bien souffert. Les blessés amoncèlent sur la butte: il pleut à torrents. Les
soldats sont affamés, leurs gorges sont brûlantes. Dessalines les inspecte,
accompagné de l'adjudant-général Bazelais. II est 6 heures du soir. Des
acclamations de toutes parts. Dessalines informe des blessés, il ordonne de
les transporter au Quartier Général de Vaudreuil. Dessalines donne à
ACTE DE REDDITION DE Clerveaux l'ordre d'attaquer de nouveau l'ennemi au point du jour.
LA VILLE DU CAP Rochambeau profite de l'obscurité pour faire évacuer les forts et Vertières
est enfin occupé.
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Quelles sont les conséquences de la chute de Vertières ? Le Cap
doit tomber, Rochambeau tente une nouvelle manœuvre, cette fois
diplomatique.
A minuit, un Officier Français se présente aux avant-postes de
l'Armée Indigène. II est conduit à Dessalines. Un armistice est demandé de la
part de Rochambeau. Dessalines refuse: il ne traitera que de la capitulation
du Cap. Rochambeau, écrit immédiatement au Commodore Loring de la
flotte anglaise pour traiter avec lui. Les conditions de Loring sont trop dures;
Rochambeau ne les accepte pas. II demande à Dessalines une cessation des
hostilités. Toutes ces manœuvres dilatoires de Rochambeau n’ont qu’un but :
gagner du temps pour essayer de voir clair dans ce chaos. Dessalines, aussi
malin et bon tacticien, ne y laisse pas prendre : ‘’ Allez dire au Général
Rochambeau que ses négociations avec les Anglais ne me regardent pas;
ceux-ci font la guerre pour leur compte et les indigènes pour le leur. Dites-
lui que si dans 24 heures rien n’a été arrêté entre lui et moi, je reprends les
opérations avec la plus grande vigueur".
A 5 heures de l’après-midi, le 19 Novembre 1803, I‘Adjudant
Commandant Français Duveyrier, muni des pleins pouvoirs, se présente à
l’Armée Indigène pour traiter de la reddition du Cap.
L'Acte de reddition est dressé et signé:
La page 20
ACTE DE REDDITION DE LA VILLE DU CAP
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être contraints à s'embarquer avec l'Armée Française.
Art. 7.- Les troupes des deux armées resteront dans leurs positions
respectives jusqu'au dixième jour fixé pour l'évacuation.
Art. 8.- Le Général Rochambeau enverra, pour sûreté des présentes
conventions, l'Adjudant-Commandant Urbain Deveau en échange duquel le
Général Dessalines remettra un Officier de même grade.
Fait en double et de bonne foi, au Quartier-Général du Haut-du-
Cap, les dits jour, mois et an précités.
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22
LISTE DES OFFICIERS AYANT PARTICIPE
À LA RECONSTITUTION DE LA BATAILLE DE VERTIERES
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Que rapporter ? Quoi dire ?
et comment expliquer ?
C omment donc rapporter au serait pas superflu de reproduire ici un Les fortifications, installations
monde et aux générations extrait de sa description des faits : militaires et armement remis à l’armée
futures que les Haïtiens, indigène selon les conditions de la
anciens esclaves, assoient “leur liberté « Le départ de l’armée dans les capitulation, constituent aujourd’hui
sur les ossements de soixante mille différentes villes, fut un spectacle d’effroi, encore un butin qui scande les mots
Français, les plus vaillants soldats du de douleur et de misères. Les familles « liberté et droits humains » avec
monde, morts à Saint-Domingue des colons et beaucoup de personnes une éloquence inégalable. Quant à
pendant les vingt-et-un mois qu’avait manquèrent de navires pour fuir la l’armement, il consacre la suprématie
duré la guerre entre ces deux vengeance des noirs irrités. Des épouses, militaire de l’armée indigène à travers
armées ? (Métral, A. Histoire de des enfants étaient obligés de se séparer la grande batterie des Caraïbes qu’est
l’expédition des Français à Saint- de leurs époux et de leurs pères. Les la Citadelle Henry, ainsi que des forts
Domingue, Éditions KARTHALA, rivages ne retentissaient que de cris et Culbuté, Décidé, Innocent, Doko,
1985, pp.223-224). Comment de pleurs ; les uns sur terre, allaient Madame, Fin du Monde, Jacques &
expliquer que des Africains, amenés à tomber entre les mains de leurs anciens Alexandre, Ralliement, Bonnet Carré,
Saint-Domingue comme esclaves, esclaves, les autres sur mer entre celles Platons, Rivière, Neuf, Desbois,
considérés comme des êtres des Anglais. Nombre de gens confiaient Marfranc, Gary, Campan, Ogé…, pour
inférieurs, chosifiés, désarmés, puissent leur vie et leur fortune à de fragiles ne citer que celles-là, construites après
se rendre maîtres de la plus barques. On fut obligé d’abandonner les la guerre de l’indépendance. On
prestigieuse des colonies françaises ? malades, et toute l’artillerie. Alors de la retrouve donc cet armement dans
Surtout lorsqu’on considère que mer, Rochambeau, les soldats et les toutes les fortifications de la
l’expédition de Saint-Domingue se colons virent des feux allumés par les République qui composent le système
compose des plus braves guerriers noirs sur les sommets des montagnes. défensif ordonner par le Général en
français dont Napoléon veut s’éloigner Ces feux étaient le signe de leur joie chef Jean Jacques Dessalines. Par
pour ne pas avoir à croiser leurs présente, ils avaient été celui de leur ailleurs, celui-là, désormais est muet et
baïonnettes sur le chemin du trône fureur passée. Ainsi lors de leur arrivée et dort un peu partout sous les
impérial ! (Ibid. p.162) Pourtant à de leur départ, les Français ne virent que broussailles, orne quelque fois l’entrée
peine reste-t-il assez de navires pour des flammes » (pp.216-217). de quelques misérables propriétés
la fuite de ce qu’il reste de l’expédition. campagnardes, mais partout, le même
Une fuite que Métral qualifie d’effroyable, langage, la même éloquence « vivre
de douloureux, de misérable. Il ne libre ou mourir ».
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