Séminaire Groupe 4
Arrêt N°2
INTRODUCTION
Pour garantir le recouvrement effectif de sa créance, l’OHADA, à travers l’acte
uniforme sur les procédures simplifiées de recouvrement et des voies d’exécution
(AU/PSRVE) permet à tout créancier nonobstant la nature de sa créance, de contraindre son
débiteur défaillant à exécuter ses obligations à son égard ou de pratiquer une mesure
conservatoire pour assurer la sauvegarde de ses droits. L’atteinte de cet objectif peut se
réaliser de différentes manières. Ainsi lorsque la saisie est destinée à obtenir l’obligation,
cause de la saisie on parle alors de saisie attribution qui se décline en deux variantes selon
qu’on est en présence d’une saisie visant un bien meuble corporel ou une saisie visant un
meuble incorporel. Pour la saisie attribution de meuble nous avons entre autres la saisie
attribution de créance. C’est une procédure d’exécution forcée qui permet au créancier de
saisir entre les mains d’un tiers débiteur de son débiteur une créance de somme d’argent autre
que la créance rémunération de travail et de se le faire attribuer dès la signification de l’acte
de saisie.
C’est dans ce sens que s’inscrit l’arrêt rendu par la cour commune de justice et
d’arbitrage dans l’affaire Madame KHOURY Mary contre 1/SOCIETE HYJAZY SAMIH et
HASSAN dite INDUSCHIMIE 2/ SOCIETE GENERALE de BANQUES en COTE
D’IVOIRE dite SGBCI fait une application intéressante des règles de la saisie attribution en
démontrant toute sa rigueur.
En l’espèce, dans un litige opposant MADAME KHOURI Marie à la Société
INDUSCHIMIE, La première avait obtenu par arrêt n°447 du 17 mai 2001 de la cour d’appel
d’ABIDJAN une confirmation du jugement n 497/CSI du 28 mars 2000 ayant condamné ledit
employeur à lui payer différentes sommes s’élevant au total à 26 323 094 F CFA qu’en
exécution de cette décision de condamnation MADAME KHOURY, avait fait pratiquer une
saisie attribution de créance entre les mains de la SGBCI-Vridi le 08 octobre 2001 au
préjudice de la Société INDUSCHIMIE pour un montant de 28.910.515 FCFA représentant la
somme principale de la condamnation de l’arrêt n 447 du 17 mai 2001 ainsi que les intérêts
de droit et de frais ; que le 10 octobre 2001, la saisie attribution de créances sus indiquée fut
dénoncée par exploit de Maître Nicolas GAGO, huissier de justice à Abidjan, à INDUS
CHIMIE, laquelle avait aussitôt saisi le juge des référés du Tribunal de première instance
d'Abidjan d'une demande demain levée de ladite saisie-attribution de créances; que se
prononçant sur la demande dont il était saisi, ledit juge des référés y avait fait droit par
l'Ordonnance n° 4375/2001 rendue le 25 octobre 2001 ; que sur appel de Madame KHOURI
Marie, la Cour d'appel d'Abidjan avait, par Arrêt n° 148 du 29 janvier 2002, infirmé en toutes
ses dispositions l'Ordonnance de référé n° 4375 précitée et ordonné le maintien de la saisie-
attribution pratiquée le 08 octobre 2001 ; que sur une nouvelle action de la Société INDUS
CHIMIE par exploit d'huissier en date du 31 janvier2003, nonobstant l'Arrêt n° 148 devenu
définitif, le juge des référés du Tribunal de première instance d'Abidjan avait, par Ordonnance
n° 745 du 20 février 2003, d'une part, accordé un délai de grâce à ladite Société à travers un
échéancier pour l'apurement de sa dette à raison de 1.500.000 F CFA par mois à compter du
jour du prononcé de la décision et, d'autre part, donné mainlevée de la saisie-attribution de
créances du 08 octobre 2001 ; que sur appels principal de Madame KHOURI et incident de la
Société INDUSCHIMIE, la Cour d'appel d'Abidjan avait, par Arrêt n°464 du 18 avril 2003
dont pourvoi, débouté Madame KHOURI de son appel principal mal fondé, déclaré la Société
INDUS CHIMIE bien fondée en son appel incident et réformant l'Ordonnance n° 745
entreprise, ramené à un million (1.000.000) F CFA la somme à verser mensuellement à
Madame KHOURI par INDUS CHIMIE jusqu'à1'extinction de la dette, puis confirmé les
autres dispositions de ladite ordonnance.
Insatisfaite MADAME KHOURI Marie se pourvoit en cassation au motif que la cour d’appel
a violé l’art 39 de l AU/PSRVE en se basant simplement sur la situation de la société
INDUSCHIMIE la cour d’appel a ramené à un montant inferieur le montant qu’elle devait
percevoir jusqu’à épuisement de la créance alors que pour accorder un délai de grâce le juge
doit nécessairement tenir compte de la situation des deux parties au litige.
La cour de cassation était donc confrontée au problème de droit suivant : la cour
d’appel peut-elle accorder des délais de grâces en se basant que sur la situation du
débiteur sans pour autant prendre en compte la situation du créancier saisissant ?
la cour de cassation répond par la négative en considérant que : Doit être cassé, pour
violation de l'article 39 de l'Acte uniforme sus énoncé, l'arrêt de la Cour d'appel qui, pour
accorder le délai de grâce à la Société INDUSCHIMIE pour le paiement de sa dette à l'égard
de Madame KHOURI Marie, n'a fait état, ni donné son appréciation des besoins de la
créancière, Madame KHOURI, se bornant à indiquer que c'est pour permettre à celle-ci de
percevoir régulièrement sa créance qu'elle ramène à 1.000.000 F la somme mensuelle à payer
par INDUSCHIMIE. Ce faisant, la Cour d'appel ne s'est pas conformée aux dispositions de
l'article 39 l'Acte uniforme précité.
I- Le maintien de la saisie attribution
A) L’absence de recours dans le délai légal
En vertu de son pouvoir souverain d’appréciation, le président du tribunal peut rejeter la
requête du saisissant pour faire droit à celle-ci en autorisant la saisie. En effet, la décision du
juge de l’exécution statuant sur la demande d’autorisation est susceptible d’appel. Aux termes
de l’article 49 alinéa 2 AU/PSRVE « sa décision est susceptible d’appel dans un délai de
quinze jours à compter de son prononcé ». Cependant le délai ne commence à courir qu’à
compter de la notification de la décision et non à partir de son prononcé tel que prévu par
l’article précité. Le pouvoir de contestation de la décision autorisant la saisie appartient au
débiteur qui peut saisir les juridictions d’appel dans le délai sus indiqué. Faute de faire
prévaloir son droit dans le délai légal rend l’arrêt « définitif ». Telle est la solution retenue par
l’arrêt N°35 du 2 Juin 2005.
En l’espèce la Cour d’appel a rendu un arrêt en la date du 29 Janvier 2002. Ledit arrêt n’a pas
fait l’objet de recours dans le délai légal. Ainsi selon la Cour, cet arrêt « n’a pas fait de
recours dans le délai légal et est devenu définitif ». En d’autres termes la partie défenderesse
n’ayant pas attaqué la décision dans le délai légal conduit le juge à « ordonner le maintien de
la saisie attribution ».
Ainsi, une personne ayant fait l’objet d’une saisie attribution à le droit de la contester devant
le juge compétent en la matière qui n’est autre que le juge de l’exécution précisément celui du
lieu où demeure le débiteur. Le débiteur peut invoquer à l’appui de ses contestations toute
violation des conditions de la saisie que ses contestations portent sur le fond ou sur les règles
de procédure, que ses conditions soient sanctionnées par la nullité ou par la caducité. Mais
pour être recevable devant la Cour, celles-ci doivent être introduites dans le délai légal. Dans
le cas échéant, le délai est prescrit.
B) L’impossibilité de soulever les contestations devant la Cour d’appel
Les décisions rendues par les cours et tribunaux n’ont pas la même sanction sur
l’ordonnancement juridique. En effet, il peut arriver que le jugement se borne à reconnaitre
des droits préexistants, en pareil cas la décision rendue consacre un état de fait qui lui
préexiste et auquel il convient de restaurer toute sa portée juridique. Ainsi lorsque le juge fait
à une prétention réclamant l’exécution d’une créance contractuelle, sa décision est déclarative
de droit car la créance contractuelle préexistant au jugement. Cette décision rendue revêt
l’autorité de la chose jugée. En effet, ce principe peut être défini comme une force juridique
attachée à une décision juridictionnelle réputée conforme au droit. Cette autorité qui s'applique tant
au dispositif de la décision qu'à ses motifs, est plus ou moins importante et ne produit d’effet qu’à
l’égard de ce qui fait l’objet du jugement. Cela signifie que les contestations tranchées devant le
juge « ne peuvent plus être soulevées ». C’est le cas de l’arrêt rendu par la Cour Commune de
Justice et d’Arbitrage en la date du 2 Juin 2005.
En l’espèce Madame KHOURI MARIE fait valoir son droit suite à son action en justice pour la
procédure de saisie attribution de créance au profit de la Société INDUSCHIMIE. Cette dernière a fait
des contestations suite à la procédure initiée par madame KHOURI. Ces contestations ayant été
déclarées recevables ont été tranchées par le juge. A ces arguments, la question qu’on se pose est de
savoir si de nouvelles contestations peuvent être soulevées.
Face à cette question, la Cour répond par la négative au motif que « les contestations tranchées par
le dispositif de l’arrêt N°148 peuvent plus être à nouveau soulevées sans violer le principe de
l’autorité de la chose jugée ». Soulever de nouvelles contestations amènerait à violer le principe de
l’autorité de la chose jugée. Un principe qui interdit que des faits jugés et tranchés devenus définitifs
et qui fait obstacle à ce que la même affaire soit à nouveau jugée dès lors qu’il y a identité d’objet, de
cause et de parties.
Par ailleurs, « de nouvelles contestations » peuvent aussi violer « l’article 154 sus énoncé de l’Acte
uniforme susvisé ». Selon cette disposition « l'acte de saisie emporte, à concurrence des sommes
pour lesquelles elle est pratiquée ainsi que tous ses accessoires, mais pour ce montant seulement,
attribution immédiate au profit du saisissant de la créance saisie, disponible entre les mains du
tiers1 ». Il ressort de l’interprétation de cet article que l’acte de saisie, dès l’instant où elle est
signifiée au tiers saisi, emporte cautionnement automatique du montant de la saisie.
II- L’effet attributif de la saisie de créance
L’effet attributif de la saisie permet de mettre un terme aux conflits à travers l’impossibilité de
suspension de la saisie attribution (A) puis par l’annulation de la mesure de délai de grâce (B)
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Article 154 AUPSRVE
A) L’impossibilité de suspendre les effets de la saisie attribution
La Saisie attribution de créance est pratiquée par un créancier muni d’un titre exécutoire,
recourant à un huissier de justice interrompant la prescription de la créance du débiteur à
l’égard du tiers saisi. Elle permet de mettre un terme aux conflits entre les créanciers. Il rend
le tiers personnellement débiteur des causes de la saisie dans la limite de son obligation. Ainsi
le juge de cassation se penche sur une impossibilité de suspendre les effets de saisie
attribution. En effet l’acte de saisie emporte l’attribution immédiate et exclusive de la créance
2
au saisissant. Le transfert de propriété a lieu plutôt dès l’exploit de saisie attribution. La
Haute Cour retient qu’il y’a un « transfert instantané de la créance saisie dans le patrimoine
du saisissant ». En d’autres termes, les sommes saisies sortent immédiatement du patrimoine
du débiteur. En l’espèce une saisie attribution de créance avait été pratiquée le 08 Octobre
2001. Ainsi cette saisie produit des effets qui sont dans l’impossibilité d’être suspendu car
l'acte de saisie emporte, à concurrence des sommes pour lesquelles elle est pratiquée,
attribution immédiate au profit du saisissant de la créance saisie disponible entre les mains du
tiers ainsi que de tous les accessoires3, il rend le tiers personnellement débiteur des causes de
la saisie dans la limite de son obligation, l'acte de saisie rend aussi indisponible les biens qui
en sont l'objet. De ce fait cette saisie est maintenue à l’encontre de la Société INDUSCHIMIE
car le de délai de paiement doit être respecté comme prévu à l’article 39 c’est-à-dire dans un
an.
B) L’annulation de la mesure de délai de grâce
L’article 39 donne le pouvoir au juge d’accorder au débiteur un délai de grâce contre tenu de
la situation de ce dernier et en considération des besoins du créancier. Ce pouvoir
d’appréciation du juge doit se faire dans une constante recherche d’équilibre des intérêts du
créancier et du débiteur. C’est dans cet climat d’idée que l’article 39 de l’acte uniforme
portant organisation des procédures simplifiées de recouvrement et des voies d'exécution qui
dispose en ses termes que le débiteur ne peut forcer le créancier à recevoir en partie le
paiement d'une dette, même divisible.
Toutefois, compte tenu de la situation du débiteur et en considération des besoins du
créancier, la juridiction compétente peut, sauf pour les dettes d'aliments et les dettes
2
Anne Marie H. ASSI ESSO et N. DIOUF « recouvrement des créances » BRULANT Bruxelles 2002
3
Article 154 Acte Uniforme portant Procédures simplifiées de Recouvrement et des Voies d’Exécution
cambiaires, reporter ou échelonner le paiement des sommes dues dans la limite d'une année.
L’arrêt commenté pose précisément l’appréciation des conditions d’attribution des délais de
grâce. En effet la Cour Communautaire a eu à rappeler que ne se conformait pas aux
dispositions de l’article 39 une juridiction qui pour accorder un délai de grâce « n’a ni fait
état, ni donnait son appréciation des besoins de la créancière (…) se bornant a indiqué que
c’est pour permettre à celle-ci de percevoir sa créance qu’elle fixe un montant que le débiteur
doit payer mensuellement. Telle est la solution retenue par un arrêt de la CCJA. Par ailleurs
la pondération de la situation du débiteur et des intérêts du créancier est un facteur
déterminant pour le juge avant d’accorder les délais de grâce. Le juge vérifie si le débiteur est
malheureux, c’est-à-dire s’il éprouve des difficultés économiques intrinsèques 4 ou refusera
d’accorder des délais de grâce si le débiteur ne rapporte pas des justifications, ni des preuves à
l’appui de sa demande. Après avoir vérifié qu’il est susceptible d’accorder les délais de grâce
au débiteur au vue de sa situation, le juge doit se rassurer, par des éléments probants, qu’une
telle décision ne sera pas de nature à mettre le créancier dans une situation difficile ou à le
ruiner. Ainsi, selon la CCJA, la Cour d’Appel viole l’article 39 en accordant des délais de
grâce permettant au créancier « de percevoir régulièrement sa créance qu’elle réduit le
montant mensuel. De surcroit, l’échelonnement de paiements qui était proposé en l’espèce
aller au-delà de la limite d’un an imposée par l’acte uniforme ». En outre une Cour d’appel a
censuré une décision attribuant les délais de grâce contre tenu de l’état de santé du débiteur et
de sa situation de retraité sans faire référence au besoin du créancier disposant d’un titre
exécutoire5. Le juge ne peut faire jouer sa clémence au profit du débiteur que lorsque les
intérêts du créancier ne sont pas mis en péril.
Toutefois, l’analyse des tendances jurisprudentielles en matière des délais de grâce
révèle une application restrictive de la bonne foi. Elle consiste en la preuve d’actes positifs de
la part du débiteur marquant sa volonté malgré ses difficultés de s’acquitter de sa dette. C’est
le cas du débiteur qui s’est acquitter de la moitié de la créance restante due 6. Quant à la
mauvaise, elle s’interprète par un faisceau d’acte positive et négatif. En effet, les juridictions
nationales refusent d’accorder des délais à un débiteur qui a posé des actes frauduleux visant à
en retarder le paiement de sa dette ou à s’y soustraire7
4
TGI Ouagadougou n°27 29 Janvier 2003
5
C.A Abidjan n°920 du 28-10-2005 Société HESNAULT France SA c/ D.S
6
C.A Abidjan n°127 du 16-02-2007 SOGEPIE c/ K.G
7
TPI Lomé Ch. Civ. et Com du 4-06-2010 G.Y.P. et A.K. F/ A.A