Conbustible REP
Conbustible REP
Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie est strictement interdite.
© Techniques de l’Ingénieur, traité Génie nucléaire B 3 667 − 1
TRANSPORTS DES MATIÈRES RADIOACTIVES DU CYCLE DU COMBUSTIBLE REP ____________________________________________________________________
1. Contraintes des transports de leur concept, n’ont à recevoir d’agrément que de l’Autorité compé-
tente du pays du concepteur, de ceux de type B(M) qui nécessitent
du cycle REP l’agrément de chaque pays traversé.
2. Principaux emballages
utilisés
Les emballages utilisés dans le cycle du combustible REP [12] [13]
appartiennent habituellement aux exploitants de l’une des installa-
tions desservies et exceptionnellement à des transporteurs.
En France, la plupart des emballages appartiennent à la
Compagnie générale des matières nucléaires (COGEMA) et à ses
filiales, qui disposent d’installations spécialisées pour leur entretien
périodique et leur réparation éventuelle.
Rappelons (article Sûreté et réglementation des transports
radioactifs [B 3 845] dans ce traité) que la réglementation [1] [3]
définit quatre types de colis : les colis exemptés, les colis industriels
(IP), les colis de type A et les colis de type B. Lorsque ces colis
contiennent une quantité de matière fissile excédant les limites fixées
par la réglementation, ils sont de plus de type F. Parmi les colis de
type B, on distingue ceux de type B(U ) qui, du fait de la simplicité Figure 1 – Emballage DV 55
Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie est strictement interdite.
B 3 667 − 2 © Techniques de l’Ingénieur, traité Génie nucléaire
___________________________________________________________________ TRANSPORTS DES MATIÈRES RADIOACTIVES DU CYCLE DU COMBUSTIBLE REP
Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie est strictement interdite.
© Techniques de l’Ingénieur, traité Génie nucléaire B 3 667 − 3
TRANSPORTS DES MATIÈRES RADIOACTIVES DU CYCLE DU COMBUSTIBLE REP ____________________________________________________________________
Nota : MOX est le sigle de U-Pu Mixed Oxide (oxyde mixte U-Pu).
Le transport des assemblages irradiés requiert des emballages
de type BF, pourvus de blindages (écrans contre les rayonnements
gammas et neutroniques) dont la masse excède souvent 20 fois
celle du contenu.
Les emballages sont généralement étudiés pour desservir une
famille de réacteurs en se conformant aux critères d’acceptation de
l’installation prévue pour leur déchargement. Ceux de l’usine de
retraitement de La Hague imposent aux emballages [15] : Figure 5 – Emballage TN 12
— une capacité minimale de 7 assemblages refroidis 8 mois ;
— le type sec (§ 3.5) et la conformité à la Réglementation des
appareils sous pression pour les conditions (pression, température)
L’orifice de chargement du corps est obturé par un bouchon en
prévisibles en cours de refroidissement avant déchargement ;
acier inoxydable muni d’un double joint et serré au moyen de vis
— des surfaces en acier inoxydable ;
par l’intermédiaire d’une bride annulaire, le tout recouvert par un
— deux barrières de confinement munies chacune d’un double
couvercle de sûreté muni d’un double joint (double étanchéité). Ce
joint ;
corps contient un casier à 12 compartiments, formé de blocs en
— des interfaces compatibles avec l’outillage de l’usine, ses
alliage d’aluminium boré (transferts thermiques et contrôle de
engins de levage et les véhicules spéciaux (wagons, semi-
criticité) reliés par des tirants en acier inoxydable. En cours de
remorques) qui la desservent.
transport, les extrémités de l’emballage sont équipées de capots
Le modèle d’emballage le plus utilisé est le TN 12, d’une capacité de protection formés d’une enveloppe en acier inoxydable remplie
de 12 assemblages (figure 5). Son corps (virole et fond soudé) est de balsa. L’emballage TN 12 est utilisé avec une atmosphère
en acier au carbone forgé revêtu d’acier inoxydable déposé par d’azote en dépression, après séchage de sa cavité (emballage sec ).
soudure sauf à ses extrémités qui sont munies de caissons en tôle
Compte tenu de la masse des emballages pour combustible irradié
d’acier inoxydable remplis de balsa (amortissement en cas de
et pour minimiser les risques d’irradiation du public, leur transport
chute). Ce corps est pourvu d’ailettes de refroidissement en cuivre
s’opère dans la mesure du possible par voie ferrée (wagons spéciaux
nickelé qui traversent une couche de résine (écran neutronique) et
de 160 t circulant à 100 km/h) et par voie maritime (navires
de 6 tourillons boulonnés (manutention et dépose sur châssis).
spécialisés).
Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie est strictement interdite.
B 3 667 − 4 © Techniques de l’Ingénieur, traité Génie nucléaire
___________________________________________________________________ TRANSPORTS DES MATIÈRES RADIOACTIVES DU CYCLE DU COMBUSTIBLE REP
Figure 6 – Emballage FS 47
2.8 Déchets
En France, le conditionnement et l’emballage des déchets
radioactifs en vue de leur stockage définitif s’opère essentiellement
sur leur lieu de production, selon un cahier des charges qui doit
être approuvé par l’Agence nationale pour la gestion des déchets
radioactifs (ANDRA).
Celle-ci n’accepte que des déchets sous forme solide et, dans un
souci de rationalisation, s’efforce de limiter le nombre des modèles
de colis. Parmi les colis de déchets de faible et moyenne activité
destinés aux sites de stockage en surface, on trouve des colis
industriels (IP), des colis de type A et des colis de type B.
■ Les colis industriels comprennent principalement des fûts
métalliques standards, des caissons métalliques et des cylindres en
béton.
● Les fûts contiennent des objets contaminés superficiellement
(SCO) ne nécessitant pas de blindage, tels que les vêtements et les
déchets technologiques, des matières LSA, telles que les résidus de
procédé et les structures faiblement activées, en vrac ou enrobés
dans un coulis de ciment ou dans du bitume. Ils sont transportés
dans des conteneurs standards 20′ ou 40′ qui sont chargés sur des
semi-remorques spécialisées ou sur des wagons du type S 60, par
exemple.
● Les caissons métalliques sont prévus pour les déchets SCO ou
LSA trop volumineux pour des fûts standards.
● Les cylindres en béton sont utilisés pour les déchets enrobés du
groupe LSA-III nécessitant un blindage. Leurs dimensions externes
sont normalisées, leur épaisseur variant en fonction des besoins de
blindage. Ces cylindres, tout comme les caissons, sont transportés
bâchés, sur des semi-remorques équipées pour leur calage ou sur
des wagons du type R 20, par exemple.
Figure 7 – Emballage FS 69 (section transversale)
Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie est strictement interdite.
© Techniques de l’Ingénieur, traité Génie nucléaire B 3 667 − 5
TRANSPORTS DES MATIÈRES RADIOACTIVES DU CYCLE DU COMBUSTIBLE REP ____________________________________________________________________
Figure 8 – Emballage RD 16
Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie est strictement interdite.
B 3 667 − 6 © Techniques de l’Ingénieur, traité Génie nucléaire
___________________________________________________________________ TRANSPORTS DES MATIÈRES RADIOACTIVES DU CYCLE DU COMBUSTIBLE REP
Sections efficaces Sections efficaces ponctuelles et multigroupes THEMIS F DEMT CEN Saclay
NJOY USA OCDE/AEN Data bank
Concentration des produits de fission et d’acti-
vation, des actinides PEPIN F DEMT CEN Saclay
Terme source Spectre et intensité du rayonnement associé ORIGEN USA OCDE/AEN Data bank
(α, β, γ, n fission et capture) FISPIN GB OCDE/AEN Data bank
Puissance résiduelle
Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie est strictement interdite.
© Techniques de l’Ingénieur, traité Génie nucléaire B 3 667 − 7
TRANSPORTS DES MATIÈRES RADIOACTIVES DU CYCLE DU COMBUSTIBLE REP ____________________________________________________________________
En fait, l’écran gamma ralentit les neutrons émis par le 3.3.3 Écrans gamma en plomb
combustible et participe ainsi au blindage neutronique. De même,
l’écran neutronique participe au blindage gamma, d’autant plus Le plomb, métal connu depuis 5 000 ans, est fiable, bon marché
que sa masse volumique est élevée et son épaisseur importante. et d’approvisionnement facilité par l’existence de normes.
Sa mise en œuvre est caractérisée par une température de fusion
3.3.1 Masse de l’écran gamma de 327 oC et une faible oxydation à chaud : elle est à la portée de
en fonction des matériaux constitutifs nombreux fabricants grâce à une abondante littérature et à l’assis-
tance offerte par le Centre technique du plomb. L’emploi du plomb
nécessite des solutions aux problèmes posés par :
Soit A, le facteur d’atténuation gamma d’une des couches de
— sa faible température de fusion, bien que le risque de pertes
matériaux formant la paroi d’un emballage. On a, en première
de blindage en cas d’incendie soit minime dans le cas des gros
approximation :
emballages, du fait de l’épaisseur de leur enveloppe externe et de
ln A la présence d’un écran neutronique se comportant comme un isolant
t = ---------- (1)
µρ thermique ;
avec t (cm) épaisseur de la couche, — son coefficient de dilatation linéaire de 33 × 10–6 K–1, cause
d’un jeu à froid de plusieurs millimètres par rapport au moule ;
µ (cm2/g) section efficace massique du matériau, — ses faibles caractéristiques mécaniques et son fluage dès 80 oC
ρ (g/cm3) masse volumique du matériau. qui demandent des enveloppes résistantes et des dispositions pour
Si la couche a une forme tubulaire et un diamètre interne d (en cm), contrôler son tassement en cas de chute.
sa masse linéaire M (en g/cm) peut s’écrire : Pour améliorer le contact thermique entre le plomb et son
enveloppe externe, on peut :
ln A ln A
M = π ---------- d + ---------- (2) — usiner les parois en regard et compter sur l’échauffement en
µ µρ service pour réaliser un frettage ;
Comme µ dépend peu de ρ, la formule (2) montre que si l’on se — faire adhérer le plomb à la paroi (préalablement étamée) par
donne A et d : un procédé particulier de coulée ;
— sceller le blindage en plomb (coulé à part dans un moule de
— M varie dans le sens inverse de ρ (M croît dans le sens U, Pb, dimensions réduites par rapport à celles de l’enveloppe externe) au
acier, fonte) ; moyen de plâtre, de ciment ou de résine prenant à température
— les différences entre les valeurs de M pour les divers ambiante, la composition et l’épaisseur (5 à plus de 300 mm) de cette
matériaux sont en première approximation indépendantes du liaison étant choisies en fonction des besoins (blindage neutronique,
diamètre interne d et proportionnelles à (ln A )2. conductivité thermique, isolement contre le feu).
On voit que le matériau qui constitue l’écran gamma d’un embal- Malgré ces dispositions, le gradient thermique dans la paroi des
lage influe relativement peu sur la masse de celui-ci lorsque : emballages peut atteindre 100 oC et se traduire par d’importantes
— le diamètre interne d est grand (emballages de grande différences de dilatations entre les enveloppes internes et externes
capacité) ; du plomb. Pour limiter les contraintes qui en résultent, on peut :
— le facteur d’atténuation de l’écran A est réduit (combustible très — éviter de brider les dilatations axiales ; les deux enveloppes
refroidi, taux de combustion élevé imposant un écran neutronique ne sont alors soudées l’une à l’autre que du côté du couvercle et
épais, emballage lourd nécessitant des enveloppes en acier épaisses les conduits de drainage de l’eau, reliés au fond de la cavité, sont
pour satisfaire aux impératifs de résistance structurelle). conçus pour accepter un déplacement relatif de leurs extrémités
Par exemple, pour un contenu de 28 assemblages REP, irradiés à égal à la dilatation différentielle des deux enveloppes, sans buter
45 000 MWj/t U et refroidis 5 ans, la masse du colis varie seulement contre le plomb ;
de 109 t à 112 t selon que l’écran gamma principal passe du plomb à — au contraire, souder les deux extrémités des enveloppes du
l’acier. plomb à des pièces massives qui constituent alors le logement du
couvercle et le fond de l’emballage et dans lesquelles les conduits
sont usinés.
3.3.2 Écrans gamma en uranium Les enveloppes du plomb sont généralement en acier inoxydable
du type 304 L de la spécification ASME SA-240 [17] ou équivalent,
L’uranium est peu employé en raison de son coût élevé et de sa mais le type XM 19 de cette même spécification (limite élastique
fragilité. 380 MPa) et certains alliages de titane sont aussi envisagés pour
réduire leur épaisseur et par suite celle des parois de l’emballage.
Ce métal se prête à tous les procédés de mise en forme mais on
Par souci d’économie, on peut aussi utiliser un acier au carbone (par
l’utilise principalement sous forme d’assemblages soudés et usinés
exemple, type ASME SA-516 [17]) pour l’enveloppe externe, mais
de pièces coulées, pour lesquels il existe peu de fournisseurs, compte
cela accroît la dilatation différentielle entre enveloppes et demande
tenu des problèmes résultant de sa radioactivité (contamination des
une justification quant au risque de rupture fragile à basse tempéra-
ateliers, irradiation due aux déchets de fusion) et de son affinité pour
ture de l’acier choisi.
l’oxygène (fusion et soudure sous vide, copeaux pyrophoriques).
Les enveloppes du plomb assurant la résistance structurelle de
L’uranium est surtout employé :
l’emballage et le confinement de son contenu doivent être
— sous forme de renforts de blindage (aux coins d’une cavité de dimensionnées et réalisées en conformité avec un code de construc-
section polygonale, aux extrémités d’un emballage, etc.) ; tion agréé par l’Autorité compétente. On se réfère souvent au code
— associé à des enveloppes en métal de haute résistance (titane, ASME [18] en raison de son acceptation universelle.
acier XM 19) pour constituer le corps d’emballages routiers, dont le
coût élevé est compensé par une capacité pouvant atteindre
4 assemblages REP (refroidis 10 ans) pour un colis de 25 t. 3.3.4 Écrans gamma en acier
Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie est strictement interdite.
B 3 667 − 8 © Techniques de l’Ingénieur, traité Génie nucléaire
___________________________________________________________________ TRANSPORTS DES MATIÈRES RADIOACTIVES DU CYCLE DU COMBUSTIBLE REP
Par économie et pour améliorer les échanges thermiques, on Pour améliorer l’uniformité du refroidissement et faciliter les
utilise de préférence un acier au carbone protégé contre la corrosion contrôles de la santé interne, on coule généralement une pièce
par une couche de 3 à 5 mm d’acier inoxydable (déposée par creuse à parois cylindriques qui doit alors subir un ébauchage pour
soudure) ou par une tôle plaquée. Cette construction s’apparente à contrôles et un usinage final qui peut être important du fait que les
celle d’enceintes sous pression et, dans chaque pays, on trouve des codes de construction n’autorisent pas la soudure de la fonte. Ainsi,
constructeurs disposant des moyens voulus et qualifiés pour le matériau riche en hydrogène constituant l’écran neutronique est
appliquer le code de construction choisi (par exemple, code d’ordinaire disposé dans des logements forés dans l’épaisseur de
ASME [18]). l’ébauche en fonte et les ailettes de refroidissement produites par
En fait, les pièces forgées doivent non seulement satisfaire une usinage de la paroi externe de cette ébauche (figure 10). Les
norme d’approvisionnement admise par ce code, mais, de plus, revêtements anticorrosion sont alors constitués d’un dépôt de nickel
répondre à des exigences de ténacité à – 40 oC (température d’utilisa- électrolytique (à l’intérieur) et de peinture (à l’extérieur).
tion minimale prévue par la Réglementation [1] [2] et de santé interne Cette interdiction de souder la fonte s’ajoutant à la faible masse
qui limitent le nombre des fournisseurs. D’après la mécanique volumique de celle-ci (7,0 g/cm3) peut entraîner une diminution de
linéaire élastique de la rupture, on doit vérifier : la capacité de 10 à 20 % par rapport à des emballages en acier de
même masse. Cette perte est compensée par un délai de fabrication
d
K 1 > 2,145 n d a 1 / 2 (3) raccourci et des coûts réduits, dès lors que l’outillage et la mise au
point des coulées sont amortis.
avec K d1 ( MPa ⋅ m 1 / 2 ) ténacité de l’acier à – 40 oC pour la vitesse
de mise en charge (de l’ordre
de 5 × 10 –3 Pa · m 1/2 · s –1 ) en cas d’une
chute de 9 m sur un sol indéformable,
a (m) profondeur maximale d’une entaille
pouvant préexister au point d’application de
n d qui se déduit de la taille des défauts
tolérés dans les pièces forgées pour autant
que leur évolution sous l’effet des
contraintes cycliques en cours d’exploita-
tion des emballages reste négligeable,
nd (MPa) contrainte principale de traction au point le
plus sollicité au cours de la chute de 9 m à
– 40 o C sur un sol indéformable (les
amortisseurs de l’emballage étant
dimensionnés pour que nd n’excède pas la
limite élastique).
Pour rendre négligeable le taux de rebut, on adopte généralement
une valeur de a voisine de 6 × 10–3 m, bien que la forme simple des
pièces permettrait une limite plus petite (contrôles automatisés).
Pour cette valeur de a, la formule (3) indique qu’un acier ASME
d
SA-350 grade LF5 (limite élastique 325 MPa) doit avoir un K 1 supé-
rieur à 54 MPa · m1/2.
En fait, on peut obtenir des pièces forgées en acier faiblement allié
(comme par exemple en acier du type précédent) qui, grâce à 1 à 2 %
de Ni et à un double affinage (quantité de soufre inférieure à 10–2 %),
d
présentent un K 1 supérieur à 80 MPa · m1/2, contrôlable selon la
norme ASTM E 399 au moyen d’éprouvettes de taille raisonnable
(type CT 100).
Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie est strictement interdite.
© Techniques de l’Ingénieur, traité Génie nucléaire B 3 667 − 9
TRANSPORTS DES MATIÈRES RADIOACTIVES DU CYCLE DU COMBUSTIBLE REP ____________________________________________________________________
3.3.6 Écrans neutroniques (si l’enveloppe de confinement renferme ce gaz), soit par la mesure
de l’évolution d’un vide ou d’une pression (créée à cette fin dans
Le matériau de blindage neutronique peut être liquide (eau la capacité).
additionnée d’antigel et d’acide borique pour réduire l’énergie des Les gorges ne doivent pas avoir un volume inférieur à celui du
photons émis lors de la capture des neutrons) ou solide (poly- joint correspondant à la température Tm afin que les portées se
éthènes). fassent toujours métal contre métal.
■ L’intérêt de l’eau vient de sa concentration en hydrogène Les vis de serrage sont dimensionnées comme l’exige le code de
(0,11 g/cm3), du fait qu’elle est incombustible et transmet bien la construction, compte tenu de l’effort d’écrasement des joints et de
chaleur par convection, de son coût négligeable et de sa facilité la précontrainte nécessaire pour équilibrer les charges dynamiques
d’approvisionnement. Mais, du fait qu’un écran liquide ne survivrait en cas de chute. Le couple de serrage correspondant à cette
pas aux conditions réglementaires d’accident (chutes et feu), l’eau précontrainte ne devant être appliqué que lorsqu’on approche de
ne convient que si sa perte entraîne un débit de dose inférieur à l’équilibre thermique, les contrôles d’étanchéité se font sans attendre
10 –2 Sv/h à 1 m du colis. celui-ci, après serrage à un couple réduit mais suffisant pour écraser
le joint.
De plus, l’enceinte de l’eau doit résister sans déformations
significatives à des chutes de 30 cm, comporter un volume On utilise surtout des joints toriques : leur diamètre de tore est
d’expansion d’environ 10 % pour absorber sans perte de blindage choisi assez grand pour qu’ils ne glissent pas mais plutôt roulent
et quelle que soit l’orientation du colis la dilatation de l’eau et, si sur eux-mêmes lors du déplacement relatif de leurs portées, comme
la température de celle-ci peut excéder 100 oC, être conçue comme cela peut arriver en cas de chute (jeu radial de quelques millimètres
un récipient sous pression. du couvercle dans son logement) ou par suite de dilatations
différentielles.
■ Comme matériau de blindage neutronique solide, on utilise autant Les joints sont généralement en élastomère et montés dans une
que possible des polyéthènes en raison de leur concentration en gorge de section trapézoïdale dont la profondeur est de l’ordre de
hydrogène (0,12 g/cm3) et de la possibilité de s’en procurer sous 70 % du diamètre du tore. Leurs portées sont alors polies [rugosité
forme de plaques avec une charge pouvant atteindre 2 % de bore. de l’ordre de 0,8 µm (NF E 05-015)] pour ne pas les marquer et
L’emploi des polyéthènes sous forme massive se heurte au coût de permettre ainsi leur utilisation répétée. Comme élastomère, on
ces plaques, à leur faible conductivité thermique (nécessitant des utilise surtout du Viton pour sa tenue dans les conditions de feu et
ponts thermiques métalliques) et à leur combustibilité qui impose sa faible perméabilité aux gaz, mais la nuance doit être sélectionnée
une protection contre le feu accroissant leur température en service pour que le fluage après un an à la température normale d’utilisation
normal, alors que celle-ci est limitée par la température de ramollis- (150 à 180 oC) n’empêche pas les joints d’appuyer sur leurs portées,
sement du produit (130 à 150 oC). même si la température ambiante tombe à – 40 oC, et pour qu’à cette
Les polyéthènes peuvent également être utilisés sous la forme température, le matériau soit encore élastique. En dépit de leurs
économique de granulés (ou de poudres) dans une matrice à base bonnes caractéristiques mécaniques entre – 40 et 300 o C, les
de ciment ou de résine polymérisable à la température ambiante silicones ne sont guère utilisés du fait de leur perméabilité aux gaz.
(polyesters). L’adjonction de minéraux hydratés et borés (alumine, Les joints peuvent également être métalliques et montés dans une
magnésie, chaux, serpentine, colemanite) peut rendre le mélange gorge de section rectangulaire comme par exemple le joint hélicoflex
autoextinguible et diminuer l’énergie des photons émis lors de la qui comporte une âme creuse, formée d’un fil à haute limite élastique
capture des neutrons sans réduction notable de son efficacité comme (Inconel ) enroulé en spirale à spires jointives, et un revêtement
blindage neutronique. La masse volumique de ces mélanges est formé d’une feuille élastique (acier inoxydable) elle-même
généralement comprise entre 1,5 et 2,0 g/cm3 et leur température recouverte d’une feuille en métal mou (aluminium, argent). Ces
limite d’utilisation à l’air libre voisine de 170 oC. Le choix des composants sont dimensionnés de sorte que les déformations
composants du mélange doit tenir compte de la fiabilité de leurs subies par l’âme restent dans le domaine élastique tout en exerçant
approvisionnements car il est souvent difficile d’imposer aux sur la feuille de métal mou une réaction suffisante pour l’imprimer
fournisseurs des spécifications détaillées (impuretés, granulo- (par déformation plastique) sur de fins sillons concentriques usinés
métrie). Il faut également vérifier l’absence d’interaction entre les sur les portées (rugosité de l’ordre de 3,2 µm). Ces joints remplissent
composants et s’assurer que leur stabilité à chaud est acceptable, leur fonction dans une plage de températures plus étendue que ceux
compte tenu du confinement prévu. En l’absence de confinement en élastomère et sont moins perméables aux gaz, ce qui leur permet
dans une enceinte, les hydrates formés lors de la prise des ciments
relâchent de leur eau de constitution à une vitesse variable selon d’atteindre un taux de fuite de l’ordre de 10–3 Pa · cm3 · s–1 (au lieu
la température, les impuretés, les conditions de la prise et le degré de 1 Pa · cm3 · s–1 pour les joints en élastomère). Par contre, ils
de fragmentation du produit. De leur côté, les résines chauffées doivent être remplacés à chaque utilisation, coûtent plusieurs fois
perdent de l’hydrogène par oxydation à l’air. Une simple enveloppe le prix de ceux en élastomère et sont d’approvisionnement plus
(munie d’une soupape pour le relâchement des produits volatils difficile, du fait du caractère artisanal de leur fabrication et des
comme l’eau libre des minéraux et le styrène en excès dans les poly- précautions nécessaires pour leur transport et leur stockage. En
esters) permet souvent d’accroître la température d’utilisation des outre, ils nécessitent un renforcement des brides et de leurs moyens
écrans à base de résines, de ciment et de minéraux hydratés comme de serrage (effort de compression important) et un usinage plus
l’alumine. De leur côté, la magnésie, la chaux, la serpentine et la précis de celles-ci (planéité, profondeur des gorges).
colemanite présentent l’intérêt d’être pratiquement stables à 250 oC
à l’air libre.
3.5 Emballages secs et humides
3.4 Joints d’étanchéité On dit qu’un emballage est humide ou sec selon qu’il est prévu
ou non pour être transporté avec de l’eau dans sa cavité.
Le taux de fuite de l’enveloppe de confinement des emballages
■ Le chargement en piscine d’un emballage sec est donc plus long.
ne doit pas excéder quelques Pa · cm3 · s–1 pour une température
Il comprend les opérations ci-après :
des joints pouvant aller de – 40 oC à la température maximale (Tm
de l’ordre de 300 oC), atteinte dans les conditions réglementaires de — le drainage de l’eau de la cavité, au lieu d’une simple mise à
feu. niveau ;
— le séchage, nécessitant une installation particulière (pompe à
On facilite les contrôles d’étanchéité en munissant chacun des vide ou soufflante et condenseur, filtres blindés) et pouvant
orifices de deux joints concentriques. On détermine le taux de fuite demander plusieurs heures en raison du diamètre réduit des
de la capacité annulaire ainsi formée soit par un contrôle à l’hélium orifices ;
Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie est strictement interdite.
B 3 667 − 10 © Techniques de l’Ingénieur, traité Génie nucléaire
___________________________________________________________________ TRANSPORTS DES MATIÈRES RADIOACTIVES DU CYCLE DU COMBUSTIBLE REP
— le contrôle de séchage ;
— la mise en atmosphère neutre (N2 , He) pour éviter la formation
d’U3O8 pulvérulent en cas de rupture de crayons combustibles ;
— la mise sous vide partiel de la cavité.
■ L’eau remplissant un emballage humide participe à son blindage
neutronique (figure 11 ) tout en abaissant la température des
assemblages combustibles (refroidissement par convection) et en
permettant de simplifier la structure de rangement (qui n’a pas à
transférer la chaleur émise par le combustible vers la paroi de
l’emballage, comme dans le cas des emballages secs ). Mais le
remplissage de la cavité ne peut être que partiel pour tenir compte
de la dilatation de l’eau et des gaz formés par la décomposition de
celle-ci sous rayonnement (radiolyse) : le combustible qui émerge
est moins bien refroidi et subit des chocs thermiques du fait des
mouvements répétés de la masse de liquide au cours du transport.
Ces mouvements ont également un effet mécanique pouvant
endommager les crayons combustibles et mettre en suspension la
contamination déposée à leur surface (crud ) tout comme cela peut
se produire avec un emballage sec si son remplissage en eau avant
déchargement en piscine est brutal.
L’expérience acquise lors de l’utilisation d’emballages humides
montre qu’au lieu de croître régulièrement avec le temps, la pres-
sion partielle des gaz de radiolyse tend vers un équilibre n’excé-
dant pas quelques bars (1 bar = 10–5 Pa), à moins que l’un d’eux ne
soit déplacé (fixation de l’oxygène par des matériaux de l’embal-
lage comme le carbure de bore et l’acier doux, getter prévu pour
éviter la formation d’un mélange explosif, diffusion de l’hydrogène
à travers les joints). Le plafonnement de la pression que l’on peut
observer s’expliquerait par une recombinaison des gaz formés par
radiolyse (réaction inverse) mais, faute de pouvoir maîtriser avec
certitude cette réaction inverse (impuretés de l’eau de piscine,
corps étrangers au fond de l’emballage), on préfère souvent la
négliger et limiter la quantité de gaz dans l’emballage en fixant
l’oxygène sur un getter tout en permettant à l’hydrogène de diffu-
ser vers l’extérieur.
Même en minimisant de la sorte les effets de la radiolyse, la
pression dans un emballage humide peut excéder 10 bar en service
normal et 25 bar en cas d’incendie pour un chargement dégageant
80 kW, alors qu’un emballage sec de même puissance resterait en
dépression ; de ce fait, les emballages secs présentent moins de
risques pour l’environnement en cas de rupture accidentelle de leur
enceinte de confinement. De plus, les emballages dont la pression
interne peut excéder 7 bar doivent être agréés indépendamment par
chacun des pays concernés par leur utilisation [type B(M)] ce qui
pose de nombreux problèmes (coûts, délais, interprétation de la Figure 11 – Emballage humide (NTL 11)
réglementation, agréments). Pour ces raisons, on s’oriente de plus
en plus vers des emballages secs en dépit de leur défaveur auprès
des exploitants de réacteurs.
Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie est strictement interdite.
© Techniques de l’Ingénieur, traité Génie nucléaire B 3 667 − 11
P
O
U
Transports des matières radioactives R
du cycle du combustible REP
E
N
par Paul BLUM
Ingénieur de l’École Centrale de Paris
S
A
Bibliographie V
Références
[1] Réglementation pour le transport des
[7] Advisory material for the IAEA regulations for
the safe transport of radioactive materials.
[15] Critères d’acceptation pour le déchargement
à l’usine de La Hague des emballages de trans-
O
AIEA Safety Series no 37 (1990).
matières dangereuses par chemin de fer, par
voies de terre et par voies de navigation inté-
rieure. Direction des transports terrestres,
[8] Schedules of requirements for the transport of
specified types of radioactive material [16]
port. COGEMA, Branche retraitement
Révision A, mars 1984.
Critères d’acceptation pour le chargement à
I
approuvé par arrêté ministériel (modifié par
les arrêtés subséquents Imprimerie natio-
nale), 15 avril 1945. [9]
consignements. AIEA Safety Series no 80
(1990).
CHESHIRE (R.D.) et STRAW (R.J.). – Expert
l’usine de La Hague des emballages de trans-
port de résidus. COGEMA, Branche retraite-
ment Révision, 1 juin 1987.
R
[2] Recommandations on the transport of dange- system aids transport regulation users. [17] Boiler and pressure vessel code. American
rous goods. United Nations committee of RAMTRANS, vol. 1, no 2, p. 127-130, Nuclear Society of Mechanical Engineers Sect. II,
experts on the transport of dangerous goods Technology Publishing (1990). Part. I, Ferrous Materials (1989).
[3]
ST/SG/AC10/1/Rev 6.
Règlement de transport des matières radio-
[10] Physical protection of nuclear material. AIEA
INF CIRC 225/Rev 2 (1989).
[18] Boiler and pressure vessel code. American
Society of Mechanical Engineers Sect. III,
P
actives. Normes de sûreté de l’AIEA. Collec- Div. 1, Subsect NB (1989).
[4]
tion Sécurité no 6 (1990).
Quality assurance for safety in nuclear power
[11] International conventions on civil liability for
nuclear damage. AIEA Legal Series no 4
(1976).
Revues spécialisées
International journal of radioactive materials trans-
L
[5]
plants : a code of practice. AIEA Safety Series
no 50-C-QA (1978).
Emergency response planning and prepared-
[12] FRADIN (J.). – Le transport des matières
radioactives dans le cycle du combustible.
RGN, no 3, p. 201-214, mai-juin 1981.
port RAMTRANS.
Journal of the institution of nuclear materials
U
ness for transport accidents involving radio-
active materials. AIEA Safety Series no 87
(1988).
[13] BLUM (P.). – Les transports du cycle du
combustible REP. Évolution des besoins et des
moyens. RGN, n o 5, p. 355-364, sept.-oct.
management JNMM.
Nuclear engineering international NEI. S
Nuclear europe (Journal of ENS).
[6] Explanatory material for the IAEA regulations 1989.
for the safe transport of radioactive materials. Revue générale nucléaire RGN.
[14] Recommendations for providing protection
AIEA Safety Series no 7 (1990). during the transport of uranium hexafluoride.
AIEA TECDOC 423 (1987).
Normalisation
American National Standards Institute ANSI Association Française de Normalisation AFNOR
N-14.1 1982 American national standard for packaging of uranium A 32-201 1987 Pièces moulées en fonte à graphite sphéroïdal.
hexafluoride.
E 05-015 1984 État de surface des produits. Prescriptions.
2 - 1993
Fournisseurs
Doc. B 3 667
S
A
V
O
I
R
P
L
U
S