Images Science Light
Images Science Light
D’HISTOIRE
DES SCIENCES
GENÈVE
Images
de science
Rédaction de la brochure Laurence-Isaline Stahl Gretsch, Stéphane Fischer,
Maha Zein
Cette brochure est publiée en lien avec l’exposition « Images de science » au Musée d’histoire des
sciences du 17 mai 2017 au 26 août 2018
L’exposition se poursuit dans le parc, avec un parcours de panneaux « Mes images de science » qui
présente des images choisies par des scientifiques contemporains, et dans la salle d’astronomie du
rez-de-chaussée, refaite pour l’occasion, « L’infatigable dessinateur du ciel : du Martheray, fondateur
de la Société astronomique de Genève ».
Introduction....................................................................................................................................................................... 3
1. Les images éclairent le texte...................................................................................................................................... 4
1.1. Images de science : définition............................................................................................................................. 4
1.2. Les images saisissantes..................................................................................................................................... 8
2. La fabrication de l’image.......................................................................................................................................... 19
2.1. Qui fait les images ?.......................................................................................................................................... 19
2.2. Les techniques de reproduction de l’image..................................................................................................... 26
2.3. La création d’imagerie...................................................................................................................................... 47
3. Par-dessus l’épaule des savants.............................................................................................................................. 49
3.1. Le prolongement des sciences par la technique............................................................................................. 49
3.2. Les aides au dessin........................................................................................................................................... 51
3.3. Les savants, le crayon à la main....................................................................................................................... 65
4. La science mise en scène : la gloire des savants..................................................................................................... 78
5. Bibliographie indicative............................................................................................................................................ 85
6. Les éléments interactifs de l’exposition.................................................................................................................. 85
7. Des activités à mener avant ou après la visite, en classe ou à la maison............................................................... 86
1
Mérian A. M. S., 1719 Trembley A., 1744
2
A l’occasion de la création de son exposition « Images de science », le Musée d’histoire des sciences propose
cette brochure d’accompagnement. Son contenu permet de développer certains éléments de l’exposition et
de valoriser une série d’instruments des collections du musée tout en proposant des pistes pédagogiques
à travailler en classe ou à la maison. Elle permet ainsi à chacun de préparer ou de prolonger la visite de
l’exposition.
INTRODUCTION
3
1. LES IMAGES ÉCLAIRENT LE TEXTE
4
L’image devient parfois elle-même
instrument de science
Ephéméride et astrolabe mobiles en
papier au recto-verso d’une page.
Oursel J. 1680. Le grand guidon et trésor journalier des astres pour le cours des temps et diverses saisons de l’année : contenant
l’usage avec les tables pour sçavoir trouver en chacune année les festes mobiles, & autres... / A Rouen : de l’impr. dudit Oursel
(Bibliothèque du Musée d’histoire des sciences)
L’image scientifique se destine autant aux pairs que, parfois, à des publics
aussi variés que les écoliers, les étudiants, le « grand public » ou les médias.
En plus d’être rigoureuse, elle se doit donc d’être compréhensible et
parfois même « saisissante ». Elle doit frapper l’imagination, faire voyager.
L’engouement pour les sciences dès le 17e siècle a produit de grandes quantités
de ces images impressionnantes, reprises dans les différents supports de la
vulgarisation scientifique, du dictionnaire au roman.
5
Exemple d’intégration d’images
scientifiques dans le texte, pour
illustrer le propos, le cours de
physique de Hartsoeker
Hartsoeker N. 1730. Cours de physique
accompagné de plusieurs pièces
concernant la physique qui ont déjà
paru, et d’un extrait critique des
lettres de M. Leeuwenhoek / par feu M.
Hartsoeker. La Haye : J. Swart
(Bibliothèque du Musée d’histoire des
sciences)
Page de droite : Exemple de planche naturaliste placée après le texte scientifique : les
vers de Claparède
Claparède R.-E. 1868. Les Annélides chétopodes du golfe de Naples. Genève ; et Bâle : H.
Georg, Mémoires de la Société de physique et d’histoire naturelle de Genève ; t. 19-20 [2]
(Bibliothèque du Musée d’histoire des sciences)
6
7
1.2. DES IMAGES SAISISSANTES
Nous avons choisi une série d’images scientifiques qui ont marqué l’histoire
de la pensée humaine et le regard de leurs contemporains sur le monde. Ces
illustrations, créées à des époques différentes, ont provoqué un « avant » et un
« après » les avoir vues.
8
Dans la ligne de Vésale, un squelette
mis en mouvement par le médecin
genevois Manget.
Manget J.-J., 1717. Theatrum
anatomicum, quo, non tantum
integra totius corporis humani in
suas partes, ac minutiores particulas
evoluti, et quasi resoluti, fabrica, ex
selectioribus, veterum et recentiorum
omnium observationibus, retecta
sistitur, quaestiones difficiliores in
arte prosectoria subinde enatae, ac
illae praecipue, de quibus etiamnum
hodie docti inter sese magna cum
contentione conversantur, curiose
enodatae reperiuntur : verum
etiam quicquid ad rei anatomicae
illustrationem pertinet, per grandiores
et vere elegantes tabulas aeneas bene
multas nitide explicatur... : adjectae
sunt ad calcem operis celeberr. Barth.
Eustachii Tabulae anatomicae, ab
illustrissimo Joh. Maria Lancisio,
Exemple de déclinaison des planches de Vésale, ici dans l’Encyclopédie archiatro pontificio, summa cum
Encyclopédie ou dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers / par une diligentia explanatae : cum indicibus
Société de gens de lettres ; mis en ordre & publié par M. Diderot, & quant à la partie necessariis. Genevae : sumptibus
mathématique par M. d’Alembert. Edition exactement conforme à celle de Pellet in- Cramer et Perachon, 2 vol.
quarto. A Lausanne et à Berne : chez les Sociétés typographiques. (Bibliothèque du Musée d’histoire des
(Bibliothèque du Musée d’histoire des sciences) sciences)
9
1.2.2. Les reliefs de la Lune
Hiver 1610, Galilée (1564-1642) pointe sa lunette – d’un grossissement
d’environ 20 fois – vers la Lune et observe, par le jeu des ombres et de la
lumière, un relief proche de celui des montagnes terrestres. Le monde parfait
et sans aspérités du ciel en prend un coup ! Il esquisse des croquis qui seront
repris par un graveur, en accentuant les ombres et les contrastes pour les
publier dans son ouvrage de 1610 Sidereus nuncius (Le messager des étoiles).
Les premières observations astronomiques à la lunette sont ainsi portées à la
connaissance du monde.
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1.2.3. La puce de Hooke
Voir l’invisible à l’œil nu à l’aide de microscopes : c’est dans cette démarche que
se lance le savant anglais Robert Hooke (1635-1703). Féru d’expérimentations
scientifiques, il publie en 1665 son ouvrage Micrographia dont les planches
reproduisent ses observations au microscope composé de plusieurs lentilles
(d’un grossissement d’environ 30 fois) qu’il est l’un des premiers à utiliser.
La star de cet ouvrage est une puce, dont le dessin très détaillé donne une
impression de volume. Il semblerait que Hooke ait utilisé un microscope
composé, pour garder une vue générale de l’animal et accentuer la profondeur
de champ, en parallèle d’un microscope simple, dont le grossissement est
plus fort, pour ciseler les détails.
Ce dessin va être repris de nombreuses fois, copié à l’identique, par exemple
dans l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, ou agrémenté de compléments,
comme dans Mikroskopische Gemüths (Amusements microscopiques),
l’ouvrage de Martin Frobenius Ledermüller de 1763 qui propose des dessins
alternatifs d’une tête de puce.
11
La puce de Hooke reprise par
Ledermüller, avec des propositions
alternative de tête.
Ledermüller M. F. 1776.
Mikroskoopische Vermaaklykheden,
zo voor de oogen als voor den
geest, behelzende de afbeeldingen
van veelerley voorwerpen, zo van
dielyke lighaamen, als van planten
en delfstoffen, ... / door mart. Frob.
Ledermuller ; vermeerderd door Adam
Wolfgang Winterschmidt. Amsterdam :
by de erven van F. Houttuyn.
(Bibliohtèque du Muséum)
12
1.2.4. L’arbre de l’évolution de Darwin
Dans son carnet de 1837, le naturaliste anglais Charles Darwin (1809-
1882) synthétise sa pensée et sa conception de l’évolution par quelques
traits de plume. D’un aspect à priori très simple, voire banal, son croquis
est l’un des premiers dendrogrammes (dessin en forme d’arbre) et illustre
schématiquement une théorie révolutionnaire : celle de la lignée des espèces
et surtout des mécanismes de la sélection naturelle. La parution en 1859 de
L’Origine des Espèces marque un tournant conceptuel majeur dans le regard
que les humains portent sur le monde et leur propre passé et suscite de
nombreuses controverses, dont de célèbres caricatures de Darwin représenté
avec un corps de singe.
13
1.2.5. La structure de l’ADN
Dès les années 1940, plusieurs équipes scientifiques tentent de comprendre
quelle molécule porte l’information génétique jusqu’à l’identification en 1944
du fameux acide désoxyribonucléique (ADN). Mai 1952, l’équipe de la biologiste
anglaise Rosalind Franklin (1920-1958) obtient la première image de l’ADN
aux rayons X à partir de thymus de veau : la fameuse « Photo 51 » montrant la
structure en croix de la molécule. C’est à partir de cette image que le physicien
anglais Francis Crick (1916-2004) et le naturaliste américain James Watson
(1928-) imaginent la structure de l’ADN en deux brins identiques enroulés
en double hélice qu’ils publient en 1953 et qui leur vaudra le prix Nobel de
médecine en 1962.
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1.2.6. Le fond diffus cosmologique
L’existence du fond diffus cosmologique est postulée par la théorie du Big
Bang à la fin des années 1940. C’est à deux physiciens des laboratoires Bell,
A. Allan Penzias (1933-) et Robert Wilson (1936-), que l’on doit sa découverte
en 1964, pour laquelle ils recevront le prix Nobel de physique en 1978. Lors de
la mise au point d’une nouvelle antenne destinée à mesurer le rayonnement
des ondes radio de la Voie lactée, ils enregistrent un bruit de fond qu’ils
attribuent tout d’abord à des pigeons et qui s’avérera être l’enregistrement de
micro-ondes cosmologiques captées dans toutes les directions.
Issue des données satellitaires, la représentation créée par traitement
informatique de ces ondes donne une image de l’état de l’Univers quelques
centaines de milliers d’années après le Big Bang.
Carte de la sphère céleste montrant les fluctuations (ou anisotropie) du fond diffus cosmologique observées par le satellite WMAP
(juin 2003)
(Source Wikipédia)
15
1.2.7. Lever de Terre depuis la Lune
Changer de point de vue et voir un lever de Terre depuis la Lune… C’est ce qu’a
photographié l’astronaute William Anders (1933-) le 24 décembre 1968, lors
de la mission Apollo 8 en orbite autour de la Lune. Cette mission préparait
les suivantes, dont Apollo 11 qui a permis au premier homme de fouler le sol
lunaire. Une image proche a été produite en haute résolution par compilation
de clichés en octobre 2015, pris depuis le module lunaire de la NASA Lunar
Reconnaissance Orbiter (LRO).
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1.2.8. Voir les atomes
En 1990, les chercheurs du laboratoire IBM de San Jose en Californie
dessinent leur logo avec des atomes de xénon sur une surface de nickel, en
les déplaçant à l’aide d’un microscope à effet tunnel. Ce type d’appareil avait
été inventé par leurs collègues de Zurich, Gerd Binning (1947-) et Heinrich
Rohrer (1933-2013) en mars 1981, pour lequel ils obtiennent le prix Nobel de
physique en 1986. Une pointe mobile ultra fine se déplace sur une surface en
suivant son relief à l’aide d’un très faible courant électrique. Cette pointe peut
aussi servir à déplacer des atomes d’une matière et les déposer sur une autre.
Logo d’IBM écrit avec des atomes de
Ce procédé permet des « dessins » à l’échelle de l’atome, voire la création de
xénon.
films d’animation. Il est utilisé dans l’ingénierie des nanotechnologies. (Source Wikipedia)
17
1.2.10. Casser les atomes pour voir les particules
élémentaires
La compréhension des particules élémentaires s’est fortement améliorée au
20e siècle. Dès les années 1930, les protons, neutrons et électrons paraissaient
être les briques les plus petites de la matière. Pourtant, ils peuvent à leur tour
se diviser lors de collisions à très haute vitesse. Naît ainsi, dès les années
1960, le « modèle standard » des particules élémentaires, une théorie qui
réunit quasi toutes les forces connues et permet le catalogue des briques de
matière encore plus petites (quarks, leptons, bosons).
En juillet 2012 dans le LHC, le CERN met en évidence le boson de Higgs, qui
serait responsable de la masse. Cette particule avait été prédite par Peter
Higgs à la fin des années 1960. La confirmation expérimentale de sa théorie
lui vaut le prix Nobel de physique en 2013.
18
2. LA FABRICATION DE L’IMAGE
On trouve fréquemment sous les planches gravées le nom des dessinateurs et graveurs :
Delineavit (ou Del.) : a tracé, a dessiné en latin. Indique le nom du dessinateur
Pinxit (ou Pinx.) : a peint en latin. Indique le nom du dessinateur, du peintre
Sculpsit (ou Sculp.) : a sculpté ou gravé en latin. Indique le nom du graveur.
19
Clin d’œil : Les petites mains
Sur de nombreux dessins scientifiques, le geste est signifié par une petite main. Selon les époques et les
publications, elle se pare d’élégantes dentelles ou est stylisée de manière sobre. Parfois, un œil l’accompagne…
20
Exemples de signatures
des dessinateurs, graveurs et
photographes de quelques planches de
l’exposition.
Nombreuses sont les femmes qui se sont distinguées par des talents artisti
ques mis au service de la science. On peut citer la naturaliste et peintre alle-
mande Anna Maria Sybilla Mérian (1647-1717), connue pour ses études des
insectes et de la flore exotique ainsi que pour la beauté de ses compositions,
Hélène Dumoustier de Marsilly, illustratrice de Réaumur jusqu’en 1757, mais
aussi Marie-Anne Paulze Lavoisier (1758-1836), qui a collaboré pendant 22 ans
aux travaux de laboratoire de chimie de son mari Antoine Laurent Lavoisier
(1743-1794), père de la chimie moderne, en se chargeant également du dessin
des planches de ses ouvrages et de l’édition des œuvres posthumes de ce der-
nier. Nées à notre époque, elles auraient certainement fait de brillantes car-
rières scientifiques, alors qu’aux 18e et 19e siècles, on a surtout mis en avant
leur talent de dessinatrices. C’est le cas à Genève notamment de C hristine
Jurine ou des filles de l’entomologiste Auguste Forel, Inez et Daisy.
21
Le « pinceau inimitable » de Christine Jurine (1776-1812)
La fille aînée du naturaliste genevois Louis Jurine (1751-1819) participait très
activement aux recherches de son père. C’est elle qui réalisait les dessins des
publications, suscitant admiration et respect de ses contemporains. En 1803,
ses compétences scientifiques lui valurent d’être nommée membre associé
honoraire de la Société des Naturalistes, même si on ne la laissait pas siéger
aux séances ordinaires…
Elle utilisait, pour ses observations et ses dessins, un microscope à projection
sur un écran (dit microscope lucernal, voir chap. 3.2) lui permettant de
reproduire de manière très fine les détails anatomiques des insectes observés.
La comparaison entre ses dessins et les planches publiées, notamment dans
l’ouvrage de son père sur les hyménoptères, montrent que le graveur a parfois
empâté les corps des animaux, ne rendant pas toujours exactement la qualité
des dessins originaux.
« Il m’aurait été impossible de faire connaître les résultats de mon travail d’une
manière satisfaisante si ma fille aînée, en me consacrant son pinceau, ne m’eut
encore fait le sacrifice de tout le temps nécessaire pour suivre mes observations
et mes expériences, voir et servir avec moi les mêmes objets avant qu’elle les
représentât avec la grâce de la vérité. Comme l’éloge de ces dessins serait déplacé
dans la bouche d’un père, je laisse aux amateurs le soin de les juger. »
Jurine cité dans Sigrist et al. 1999, p. 318.
22
23
La flore des dames de Genève (copie de la Flore du Mexique), un projet
participatif du 19e siècle
En 1817, le botaniste genevois Augustin-Pyramus de Candolle (1778-1841)
s’était vu confier pour un temps le compte rendu richement orné de très
nombreuses planches d’une expédition botanique au Mexique. Il espérait
pouvoir faire copier une vingtaine de ces planches, pour garder trace des
éléments les plus intéressants avant de rendre les originaux et… le projet
devint participatif, tout Genève s’y mit : plus de 800 dessins furent copiés en
moins de 8 jours, surtout par des femmes, d’où son nom de « Flore des dames
de Genève ».
« Quelle ne fut pas ma surprise et ma reconnaissance lorsque je vis se manifester
parmi tous les artistes et les amateurs de notre ville le zèle le plus aimable et le
plus actif pour conserver parmi nous autant de copies qu’il serait possible des
dessins de la collection mexicaine. Non seulement les personnes qui avaient
quelques relations avec moi, mais celles que je n’avais point le bonheur de
connaître, vinrent avec un empressement tout particulier m’offrir leurs crayons
et leurs pinceaux. (…) C’est particulièrement parmi les Dames que j’ai trouvé les
talents et le zèle dont je viens de parler ».
A.-P. de Candolle cité par H. Burdet dans son article des
Anales del Jardín Botánico de Madrid, 54.1996
Observations sur les pucerons, planche dessinée et publiée par Charles Bonnet
Bonnet C. 1779-1783. Œuvres d’histoire naturelle et de philosophie de Charles Bonnet. A
Détail d’une des planches de pucerons Neuchâtel : de l’imprimerie de Samuel Fauche.
dessinée par Charles Bonnet. (Bibliothèque du Musée d’histoire des sciences)
24
25
2.2. LES TECHNIQUES DE REPRODUCTION DE L’IMAGE
26
27
L’astronome et arpenteur hollandais Adriaan Adriaanszoon,
dit Metius, publie un traité sur l’astrolabe et sur d’autres
instruments d’astronomie. Les gravures, sur bois, sont intégrées
dans le texte.
Metius A. (Metii). 1633. Primum mobile Astronomice,
sciographice, geometrice & hydrographice nova methodo
explicatum (Opera ominia astronomica). Editio nova, ab
innumeris mendis vendicata, et instrumentis mathematicis /
aucta à Guilielmo Blaeu. Amsterdami : apud Guilielmum Blaeu.
(Bibliothèque du Musée d’histoire des sciences)
Exemple d’insertion de planches dans le texte : une vue microscopique de chocolat frelaté ! (en
regard, le chocolat dans son état normal).
Fonvielle W. de. 1867. Les merveilles du monde invisible / par Wilfrid de Fonvielle. 2e éd. Paris :
L. Hachette. Bibliothèque des merveilles. 360 pp.
(Bibliothèque du Musée d’histoire des sciences)
28
La gravure sur cuivre
Le cuivre se grave en « taille douce », c’est-à-dire qu’on évide le trait lui-même,
dans lequel l’encre sera ensuite déposée. Ce travail se fait soit en intervenant
directement sur le métal avec un outil de type pointe sèche ou burin, soit avec
de l’acide (« eau forte » selon l’ancienne appellation de l’acide nitrique). La
plaque de cuivre est recouverte d’un vernis noirci pour augmenter le contraste
sur lequel l’artiste trace le motif à graver, dénudant ainsi certaines zones qui
seront ensuite attaquées et creusées par l’acide. On peut jouer sur la dilution
de l’acide ou sur des préparations en plusieurs étapes, dénudant certaines
zones, en couvrant d’autres. Le vernis est ensuite enlevé et la plaque encrée.
Celle-ci passe sous presse une fois l’excédent d’encre ôté.
Ce système ne permet pas d’intégrer une figure dans le texte à cause de la
différence d’épaisseur entre la plaque et les caractères d’imprimerie. C’est
pourquoi les planches de dessin sont souvent placées sur des pages séparées
qui se déplient pour être lues en regard du texte. La gravure sur cuivre donne
lieu à des tirages plus restreints (quelques centaines d’exemplaires). La
plaque de cuivre doit ensuite être regravée.
29
Encyclopédie, ou, Dictionnaire universel raisonné des connaissances humaines : A - Z / mis en ordre par M. De Félice. Yverdon :
F.-B. de Félice, 1770-1776 (version rééditée électronique).
(Bibliothèque du Musée d’histoire des sciences)
30
31
« La préparation du cuivre est longue et ennuyeuse, mais on peut se reposer de
ce travail sur des gens qu’on aura dressés à cela : il ne s’agit que d’un peu de soin,
d’attention et de patience. »
Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, article Gravure en manière noire.
32
Au tout début du 18e siècle, le médecin
genevois Jean-Jacques Manget publie
un atlas anatomique synthétisant les
connaissances de son époque. Dans ce
cadre, il reprend les planches publiées
par d’autres, en les faisant redessiner.
Par exemple des détails de pieds et
de main ou la planche de squelettes
de fœtus humains est reprise du
catalogue de l’étrange collection du
médecin hollandais Frederik Ruysch
(1638-1731).
Manget J.-J., 1717. Theatrum
anatomicum, quo, non tantum
integra totius corporis humani in
suas partes, ac minutiores particulas
evoluti, et quasi resoluti, fabrica, ex
selectioribus, veterum et recentiorum
omnium observationibus, retecta
sistitur, quaestiones difficiliores in
arte prosectoria subinde enatae, ac
illae praecipue, de quibus etiamnum
hodie docti inter sese magna cum
contentione conversantur, curiose
enodatae reperiuntur : verum
etiam quicquid ad rei anatomicae
illustrationem pertinet, per grandiores
et vere elegantes tabulas aeneas bene
multas nitide explicatur... : adjectae
sunt ad calcem operis celeberr. Barth.
Eustachii Tabulae anatomicae, ab
illustrissimo Joh. Maria Lancisio,
archiatro pontificio, summa cum
diligentia explanatae : cum indicibus
necessariis. Genevae : sumptibus
Cramer et Perachon, 2 vol.
(Bibliothèque du Musée d’histoire des
sciences)
33
Exemples de matrices de gravure
Pierre lithographique
de Samuel-Ferdinand Gallot-Perrelet.
Portraits de A. P. de Candolle et de J.P.
Maunoir. 1re moitié 19e s.
(© Musées d’art et d’histoire, Ville de
Genève, Cabinet d'arts graphiques,
n° inv. E 2017-0402. Photo : Flora
Bevilacqua)
34
Matrice de gravure sur cuivre anonyme représentant le plan de la ville de Genève vers 1860. Editée par Béchérat, place du Lac à
Genève.
(© Musées d’art et d’histoire, Ville de Genève, Cabinet d'arts graphiques, n° inv. E 2017-0400. Photo : Flora Bevilacqua)
35
La lithographie
Le processus inventé par Aloys Senefelder à la toute fin du 18e siècle utilise
des procédés chimiques pour faire adhérer l’encre sur certaines parties d’un
calcaire très fin traité à cet effet. Il ne s’agit donc pas à proprement parler de
gravure, mais plutôt d’un traitement de surface exploitant la répulsion entre
la graisse et l’eau. Le dessin est effectué au crayon gras directement sur une
surface calcaire très finement polie. Après un traitement chimique, la pierre
est mouillée puis encrée. Le gras du crayon retient l’encre, au contraire des
surfaces non dessinées humidifiées. La pierre est ensuite placée dans une
presse.
Ce procédé laisse le dessinateur intervenir directement, sans passer par le
travail d’un graveur, et permet de très gros tirages.
Il est possible de superposer plusieurs pierres pour obtenir des tirages
en couleur. La chromolithographie est inventée en 1837 par Engelmann.
Portrait lithographié de l’inventeur de L’exemple de l’atlas anatomique du corps humain en grand format publié à
la lithographie, Aloys Senefelder
(Source Wikipédia)
Genève en 1894 par Laskowski en est un cas extrême. Certaines planches
ont été tirées en 18 couleurs, afin d’apporter toutes les nuances de teinte
des tissus et des organes, soit un total de 200 pierres pour l’ouvrage qui a
été imprimé à 160 000 exemplaires sur un papier spécialement fabriqué en
Hollande !
L’impression offset date de 1904. Elle découle directement de la lithographie.
La différence est qu’au lieu que le support soit rigide et en plaque, il est
cylindrique et sur un support souple en caoutchouc.
36
37
Photographie
La combinaison de la maîtrise de processus optiques et de réactions chimiques
(par exemple le noircissement du chlorure d’argent à la lumière qui peut se
stopper avec de l’hyposulfite de sodium) donne naissance à la photographie
dans la première moitié du 19e siècle par Nicéphore Niépce et Louis Daguerre.
1839 est retenue comme date officielle. Dès lors, le monde scientifique s’en
empare. La photographie devient un moyen de documentation et de diffusion.
On peut citer l’exemple de l’atlas astronomique de photos de la Lune publié
par Loewy et Puiseux en 1898, à partir de leurs 6000 clichés pris en 500
nuits d’observation. Ces vues resteront pertinentes pour la topographie
Première photo de Nièpce
lunaire jusqu’aux clichés pris par les sondes spatiales des années 1960.
« Point de vue du Gras »
(Source Wikipedia) La photographie entre dans les laboratoires et s’associe également à la
microscopie, bien que les images soient ensuite souvent copiées à la gravure
pour l’édition. Il faudra attendre la photolithographie, à la fin du 19e siècle,
pour imprimer directement des photos grâce à un procédé de trame, faite
de points plus ou moins gros en fonction de la valeur claire ou sombre qu’on
veut obtenir. La photographie s’associe très vite à la médecine, notamment
pour documenter des maladies nerveuses et des maladies de peau, en
remplacement des cires anatomiques très en vogue au 19e siècle. Des photos
noir-blanc étaient ensuite colorées à la main pour rendre le réalisme des
pathologies.
La technique photographique connaît rapidement de grands progrès. Le
temps de pose diminue (la première photographie de Niépce avait un temps
de pose de 8-10 heures !), les appareils deviennent plus légers et moins chers
et la partie du traitement chimique se stabilise. Après le daguerréotype – une
plaque d’argent recouverte d’iodures d’argent est exposée en chambre noire
(camera obscura) puis soumise à des vapeurs de mercure qui révèlent l’image
latente –, les images s’impriment sur papier positif recouvert de chlorure
d’argent fixé à l’eau salée. Le négatif est inventé dès 1840, avec des variantes
techniques à l’albumine ou au collodion humide, et permet plusieurs tirages
d’un même cliché. Tout d’abord en verre, il est remplacé par un film celluloïd
développé en 1885 par George Eastmann, le fondateur de la firme Kodak.
Les photos « en relief » par stéréoscopie sont mises au point vers 1841 : une
succession de clichés légèrement décalés, pris par des appareils à deux
objectifs, produit de doubles clichés qui sont regardés à travers un appareil
optique recomposant l’impression de volume. La photo couleur, après quelques
essais, est mise au point par les frères Lumière en 1903 avec les autochromes
(plaques faites pour la projection). La pellicule couleur est développée en 1935
et popularisée dans les années 1950. Le 21e siècle correspond à l’avènement
Foraminifère (Parathalmanninella
de la photographie numérique, technique développée commercialement
appenninica) au Microscope
élecronique à balayage dans les années 1990, avec notamment l’adoption de la norme JPEG (Joint
Photo André Piuz - Touria Kentri Photographic Experts Group) en 1992.
38
Maurice Loewy, directeur de l’observatoire
de Paris, et l’astronome Pierre-Henri
Puiseux publient le résultat de 15 ans de
travail : un atlas photographique de la Lune.
Loewy M. et Puiseux P. H. 1896-1910. Atlas
photographique de la lune. Observatoire de
Paris, Paris : Imprimerie nationale.
Photo Bettina Jacot-Descombes, Musée
d’Art et d’Histoire
(Musée d’histoire des sciences)
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Photographier le mouvement
Le Britannique Eadweard Muybridge (1830-1904) passe une partie de sa vie aux
Etats-Unis où il se passionne pour la photographie. Il crée un studio itinérant
en Californie et acquiert une bonne réputation de photographe paysagé et de
guerre. Il s’intéresse à la polémique de la course du cheval : ces animaux ont-
ils ou non (comme le soutient Marey) tous les sabots en l’air pendant un bref
instant lors des phases d’extension du galop ? Un prix est offert à qui peut
apporter la réponse par la photographie. Il place une série de 12 appareils en
ligne le long d’une piste. Un cheval déclenche les prises de vue sur collodion
humide (procédé précis, mais nécessitant un développement très rapide)
en traversant des fils tendus. Ses photos confirment la théorie de Marey. Il
met alors au point en 1879 un zoopraxinoscope (projecteur qui recompose
le mouvement) qui sera le clou de l’Exposition universelle de Chicago en
1893. Il publie un travail sur le mouvement animal (Animal Locomotion) en 11
volumes renfermant quelque 100’000 photos prises à des temps de pose très
courts (1/500, puis 1/1000 de seconde).
Photos de Sallie Gardner au galop prises par Muybridge. On voit que dans les phases d’extension, le cheval a toujours un sabot au sol.
(Source Wikipédia)
40
En parallèle, le médecin français Etienne-Jules Marey (1830-1904), professeur
au Collège de France et membre de l’Académie des sciences, se penche sur
l’étude du mouvement, notamment du vol des oiseaux. Il entend parler des
travaux photographiques de Muybridge et les adapte à ses recherches. Il met
au point un fusil photographique permettant 12 poses successives à 1/725 de
seconde avec de petites plaques photographiques à la place des balles, puis
développe un chronophotographe, imprimant plusieurs images sur la même
plaque. Il passe ensuite au support papier souple en nitrate de cellulose
(l’ancêtre de la pellicule) qu’il adapte à une caméra.
Course d’un homme, avec
La mise au point de pellicule avec des perforations latérales par Edison et les superposition de plusieurs clichés sur
la même plaque par Marey.
travaux des frères Lumière ouvrent le champ au cinéma. (Source Wikipédia)
Dispositif employé par Etienne-Jules Marey (personnage de gauche) pour photographier le mouvement, là d’une chèvre.
(Source Wikipédia)
41
Les éléments des collections
Daguerréotype
Cuivre, argent, bois, Bonijol, Genève,
seconde moitié du 19e siècle
MHS inv. 2484
Ce daguerréotype représentant un por-
trait de femme est signé Louis Bonijol,
un constructeur genevois d’instruments
scientifiques.
Le procédé consiste en une plaque
d’argent recouverte d’iodures d’argent
qui est exposée en chambre noire puis
soumise à des vapeurs de mercure qui
révèlent l’image latente.
42
Obturateur mécanique
Acier, laiton, Thury & Amey, Genève, fin
19e siècle
MHS inv. 2521
A la fin du 19e siècle, l’entreprise
genevoise Thury & Amey met au point
un obturateur rapide, dit instantané,
dont le temps d’exposition au 1/50e de
seconde permettait de photographier
des sujets en mouvement. L’obturateur
se place devant l’objectif. Il est constitué
de deux lames entraînées par une
crémaillère qui se croisent en sens
contraire.
« Posographe »
Aluminium, nickel, émail, Kaufmann,
Puteaux, France, vers 1930
MHS inv. 1988
Tabelle « automatique » donnant le
temps de pose pour prises de vue à
l’intérieur et à l’extérieur en fonction de
différents paramètres : luminosité, cou-
leur du sol, éclairage, mois de l’année,
etc.
43
Appareil photographique de type
folding
MHS inv. 2330
Cuir, acier, aluminium, verre, ICA,
Dresde, vers 1914
Cet appareil est une petite chambre
photographique portable. La mise au
point s’effectue en bougeant le soufflet
en cuir. Le support photographique est
constitué par des plaques en verre de
9x 12cm.
44
Stéréoscopie
Les photos « en relief » par stéréoscopie sont inventées vers 1841 : des
vues légèrement décalées l’une par rapport à l’autre sont obtenues par des
appareils à double objectif et produisent des paires de cliché qui sont regardés
à travers un appareil optique recomposant l’impression de volume.
« Perfescope »
Aluminium, bois, verre, White, USA, fin 19e siècle
MHS inv. 2331
Stéréoscope portatif destiné à visualiser des clichés
stéréoscopiques.
45
Tube de Crookes
Verre, aluminium, 20e siècle
MHS inv. 2235
Inventés au début du 20e siècle, ces tubes à décharge ont permis
de visualiser la trajectoire linéaire des rayons cathodiques (jets
d’électrons) dans un vide très poussé.
Tube à rayons X
Verre, platine, tungstène, cuivre, acier, verre, Allemagne, vers 1920
MHS inv. 2384
Tube à rayons X à usage médical. En appliquant une décharge à haute tension (150 000V) aux bornes du tube, on provoque l’ionisation
du gaz : certaines particules se chargent électriquement et acquièrent des charges positives ou négatives. Les particules positives sont
attirées par la cathode (de forme concave) en aluminium qu’elles viennent percuter, entraînant la libération d’électrons. Ces derniers
sont attirés par l’anticathode (au centre) avec laquelle ils entrent à leur tour en collision en provoquant l’émission de rayons X.
46
2.3. LA CRÉATION D’IMAGERIE
Avec l’imagerie scientifique, souvent utilisée à des fins médicales, on entre
dans un monde différent du dessin ou de la photo, puisque les images, quel
que soit leur mode de production, sont fabriquées (en général par traitement
d’un signal) et ne correspondent pas à une expérience visuelle directe.
47
Echographie
L’utilisation d’ultrasons (onde mécanique d’une fréquence trop élevée pour
être perçue par l’oreille humaine) a tout d’abord été orientée vers la détection
de sous-marins lors de la Première Guerre mondiale. Elle a ensuite été
dirigée tant vers l’industrie (contrôle non destructif des matériaux) que
vers la médecine (exploration des organes internes mous), notamment en
obstétrique. Le principe est que les ondes sonores se réfléchissent sur les
obstacles qu’elles rencontrent et qu’elles retournent à leur point de départ,
en écho, d’où l’appellation d’échographie.
L’image est obtenue électroniquement par traitement de signal (transformation
de certaines intensités d’ondes en niveaux de gris différents).
IRM
Mise au point à la fin du 20e siècle, l’imagerie par résonance magnétique
(IRM) est une méthode non invasive et non irradiante qui permet des vues
contrastées en deux ou trois dimensions de l’intérieur du corps. Elle nécessite
un champ magnétique puissant, généré par un aimant supraconducteur
qui magnétise les tissus. Des champs magnétiques oscillants sont alors
appliqués, faisant résonner les protons des molécules d’eau, ce qui produit
des signaux électromagnétiques mesurables, différents selon la composition
chimique des zones testées. Ce système s’applique à l’étude des tissus
mous, comme les muscles, les tumeurs et le système nerveux central, plus
particulièrement le cerveau, y compris en mode fonctionnel, ce qui permet de
suivre en temps réel ses activités.
48
3. PAR-DESSUS L’ÉPAULE DES SAVANTS
Le critère de Rayleigh permet d’indiquer le pouvoir de résolution, c’est-à-dire la capacité de séparer deux
points, d’un instrument optique (y compris l’œil humain), en corrélant le diamètre d’ouverture et la longueur
d’onde pour obtenir une valeur angulaire (exprimée en degré ou radian).
Pour une ouverture circulaire : Teta (ϑ) = env 1.22 λ/D
D : diamètre de l’ouverture
λ : longueur d’onde
C’est pourquoi, pour améliorer la résolution, soit on joue sur le diamètre de l’optique, comme c’est le cas des
télescopes, soit on joue sur la longueur d’onde, comme c’est le cas en microscopie électronique, qui utilise des
électrons avec une faible longueur d’onde.
Les points étant vus comme des taches, le minimum pour les voir distinctement est qu’elles empiètent les
unes sur les autres d’une valeur moindre que celle de leur rayon.
49
L’édition hollandaise des
Amusements microscopiques de
Ledermüller compte quelques
planches supplémentaires à la version
d’origine, dont cette magnifique
mouche, figurée sur la même planche
à sa taille réelle, puis fortement
agrandie par microscopie en cascade.
Ledermüller M. F. 1776.
Mikroskoopische Vermaaklykheden,
zo voor de oogen als voor den
geest, behelzende de afbeeldingen
van veelerley voorwerpen, zo van
dielyke lighaamen, als van planten
en delfstoffen, ... / door mart. Frob.
Ledermuller ; vermeerderd door Adam
Wolfgang Winterschmidt. Amsterdam :
by de erven van F. Houttuyn.
(Bibliothèque du Muséum)
50
3.2. LES AIDES AU DESSIN
Petit survol de quelques instruments ou dispositifs optiques et mécaniques
des collections du Musée d’histoire des sciences très en vogue avant
l’invention de la photographie, destinés à faciliter la réalisation de dessins au
microscope ou encore à agrandir l’image afin de permettre l’observation par
plusieurs personnes simultanément.
La chambre noire
Aussi appelée camera obscura, la chambre noire est un dispositif optique très
apprécié des peintres et des artistes. Son principe aurait été décrit par Aristote
et son invention est attribuée au savant arabe Ibn al-Haytham (965-1039). La
Les rayons lumineux B pénètrent
chambre noire permet de reproduire une image réelle par projection. Elle
dans la chambre à travers une lentille
consiste en une enceinte fermée de toutes parts, sauf en un point muni d’une R et tendent à former une image
petite ouverture par où pénètrent les rayons lumineux venus de l’extérieur. sur la paroi opposée en O. Mais,
Ces rayons vont produire sur la paroi intérieure opposée une image réelle, rencontrant un miroir M incliné à 45°
sur leur chemin, les rayons changent
mais renversée, du monde extérieur. Par la suite, l’ouverture de la chambre
de direction et forment une image
noire a été remplacée par une lentille pour améliorer la netteté et la qualité horizontale sur le verre dépoli N que
de l’image projetée. On lui a aussi rajouté à l’intérieur un miroir à 45° pour l’utilisateur de la chambre obscure
renvoyer l’image sur un écran horizontal en verre dépoli afin de faciliter le pourra facilement recopier.
Ganot, traité de physique, Paris, 1884
travail du peintre ou du savant. (Bibliothèque du Musée d’histoire des
sciences)
Chambre noire
Bois, laiton, verre
MHS inv. 564
La netteté de l’image projetée sur le verre dépoli peut être réglée en avançant ou en
reculant l’objectif ou la paroi avant de la caisse en bois.
51
La chambre claire
Aussi appelée camera lucida, la chambre claire est un dispositif optique qui
facilite la reproduction par dessin d’un objet observé au microscope ou à l’œil
nu. Elle permet de superposer l’image de l’objet à dessiner à celle de la pointe
du crayon sur la feuille de dessin.
L’invention de la chambre claire est attribuée au physicien et chimiste anglais
William Hyde Wollaston (1766-1828) qui dépose en 1806 un brevet pour un
appareil à dessiner. Le mérite de Wollaston est d’avoir perfectionné un principe
optique connu depuis longtemps. Lorsque l’on regarde une feuille blanche
posée sur une table à travers une vitre inclinée à 45°, on voit apparaître
l’image (renversée) d’objets située devant nous.
La pièce maîtresse de la chambre claire de Wollaston est constituée par un
prisme dont une des faces est disposée devant l’oculaire. L’observateur place
La chambre claire de Wollaston son œil de manière à ce qu’il perçoive en même temps l’image de l’objet à
ABCD est un prisme quadrangulaire dessiner, reflétée dans le prisme, et la feuille de dessin.
porté par un pied. La face AB est
tournée vers l’objet à dessiner. Les Le dispositif de Wollaston a surtout été utilisé dans le dessin artistique. Les
rayons lumineux partis de l’objet L premières chambres claires pour la microscopie apparaissent au milieu du
tombent perpendiculairement sur cette
face, y pénètrent sans réfraction et
19e siècle. Il s’agit le plus souvent d’un double prisme placé au-dessus de
viennent se réfléchir sur la face BC. l’oculaire et fixé par une bague autour du tube optique. D’autres modèles
Ils subissent une seconde réflexion plus perfectionnés vont les remplacer comme la « camera d’Amici », du nom
totale entre C et D et ressortent de son inventeur le physicien italien Giovanni Amici (1786-1863), dont un des
perpendiculairement à la face DA.
Grâce à cette double réflexion, l’image prismes a été remplacé par un miroir métallique percé d’une ouverture qui se
est redressée, ce qui évite de la voir en place sur l’oculaire. Vers la fin du 19e siècle, le physicien allemand Ernst Abbe
miroir. L’œil qui reçoit ces rayons voit (1840-1905) met au point un modèle encore plus performant qui connaît un
en L’ l’image de l’objet L.
grand succès dans les laboratoires. Le dispositif comprend un prisme percé
Ganot, traité de physique, Paris, 1884
(Bibliothèque du Musée d’histoire des d’une ouverture, d’un miroir latéral et de plusieurs filtres colorés. L’image
sciences) microscopique est vue directement à travers l’ouverture du prisme alors que
celle du papier subit une double réflexion sur le miroir et sur le prisme.
Chambre claire
Bois, laiton, verre, Gourdon, Genève,
19e siècle
MHS inv. 2300
Le dispositif optique est formé d’un
prisme et d’une lentille grossissante.
La chambre claire est signée
Barthélémy Gourdon (1770-1850), du
nom d’un mécanicien-physicien installé
à Genève. Plusieurs de ses instruments
sont aujourd’hui conservés au Musée.
52
La chambre claire universelle
Première page d’un catalogue publicitaire pour la chambre claire Belleville.
Berville, la chambre claire universelle, Paris, 1935
(Bibliothèque du Musée d’histoire des sciences)
53
Appareil à dessiner « Réflex »
Acier, verre, France, 20e siècle
MHS inv. 2131
Encore très en vogue dans les
années 1960, l’appareil Réflex est une
chambre claire munie d’un prisme et
de différentes lentilles qui permettent
d’agrandir l’image observée.
54
Microscope polarisant avec chambre claire
Laiton, verre, acier, Nachet, Paris, 19e siècle
MHS inv. 2278
La chambre claire de Nachet est formée de deux prismes accolés l’un à l’autre.
55
Microscope horizontal avec chambre
claire
Laiton, verre, Charles Chevalier, Paris,
première moitié du 19e siècle
MHS inv. 460
La chambre claire est conçue pour des
microscopes horizontaux. Fortement
inspirée de la chambre claire d’Amici
(voir schéma), elle comprend un petit
miroir argenté percé d’une ouverture
au-dessus de l’oculaire et d’un prisme
horizontal qui réfléchit l’image du
papier sur celle de l’objet agrandi.
56
Chambre claire d’Abbe
Acier, laiton, verre, Zeiss, Allemagne, 19e siècle
MHS inv. 2211 et MHS inv. 986
A monter sur un microscope Zeiss
Le dispositif qui comprend un miroir et un prisme se fixe sur le tube optique du microscope de manière à ce que l’ouverture dans le
prisme se retrouve au-dessus de l’oculaire.
57
Les microscopes à projection
La microscopie est une activité très individualiste. Les objets observés sur
la platine ne peuvent être vus que par un seul observateur. Pour pallier
cet inconvénient, sont apparus au 18e siècle des microscopes de projection
projetant une image agrandie sur un écran qui peut être vue par plusieurs
personnes à la fois.
Le principe des microscopes à projection est fondé sur celui de la lanterne
magique. Les rayons lumineux provenant d’une source de lumière naturelle
(le Soleil) ou artificielle (lampe à huile, lampe à arc électrique) sont captés par
une grosse lentille collectrice qui les concentre sur l’objet (le plus souvent fixé
sur une lame en verre transparente) à observer. De là, les rayons traversent un
objectif où ils sont agrandis et vont former une image agrandie et renversée
de l’objet sur un écran placé devant l’appareil.
Microscope solaire
Bois, laiton, verre, 18e siècle
Collection Saussure
MHS inv. 399
58
Le microscope solaire en fonction
Figure 2 : projection au microscope solaire. L’instrument est fixé contre une paroi. Le miroir est à l’extérieur et reçoit les rayons du
Soleil. Figure 1 : la lame contenant les préparations est glissée dans le microscope pour l’observation.
Ledermüller M. F. 1776. Mikroskoopische Vermaaklykheden, zo voor de oogen als voor den geest, behelzende de afbeeldingen van
veelerley voorwerpen, zo van dielyke lighaamen, als van planten en delfstoffen, ... / door mart. Frob. Ledermuller ; vermeerderd door
Adam Wolfgang Winterschmidt. Amsterdam : by de erven van F. Houttuyn.
(Bibliothèque du Muséum d’histoire naturelle)
59
Le microscope solaire d’Adams et ses accessoires
Comme tous les microscopes solaires, il comprend deux parties principales qui se vissent l’une dans l’autre, le tube optique, avec le
miroir et la lentille condensatrice, destiné à capter la lumière du soleil (figure 4) et le microscope simple qui reçoit la préparation (figure
5). Devant le microscope se fixe une lentille amplificatrice (figure 6). Les objectifs sont constitués par des lentilles enchâssées dans des
plaquettes en ivoire (figure 8 et figure 9) qui se glissent dans l’ouverture q du microscope. Figure 7 : lame avec différentes préparations.
Figure 10 : lame en laiton contenant des capsules en verre pour contenir des insectes entiers. Figure 9 : tube en verre.
Adams G., Essays on the microscope, Londres 1798
(Bibliothèque du Musée d’histoire des sciences)
Microscope solaire
Bois, laiton, verre, Adams, Londres,
18e siècle
MHS inv. 1634
60
Microscope solaire
Laiton, verre, Secrétan, Paris, vers 1850
MHS inv. 2548
Fabriqué au milieu du 19e siècle par Marc Secrétan, un mathématicien vaudois établi à Paris dès 1844, ce microscope solaire est doté
de nombreuses améliorations inspirées par le constructeur parisien Charles Chevalier. Le tube optique comprend une seconde lentille
condensatrice mobile qui peut se placer plus ou moins près de l’objet à examiner pour moduler l’intensité du faisceau de lumière
incident. L’objectif est formé de trois lentilles grossissantes achromatiques. Il manque une lentille qui devait être fixée à l’origine
devant l’appareil pour amplifier la taille de l’image projetée.
Le microscope solaire
Les rayons du Soleil R R’ sont réfléchis par le miroir M, réfractés par la lentille condensatrice C et la lentille c qui les concentrent sur
l’objet o. Les rayons qui repartent de l’objet sont repris et réfractés par les lentilles de l’objectif L et vont former une image agrandie et
renversée de l’objet. On peut encore rajouter une lentille plan concave A pour agrandir encore davantage l’image projetée. L’usage d’un
prisme P permet de reporter l’image sur une table ou un plafond.
Chevalier, des microscopes et de leur usage, Paris, 1839
(Bibliothèque du Musée d’histoire des sciences)
61
Microscope à projection
Laiton, verre, Watkins & Hill, Londres, première moitié du 19e siècle
MHS inv. 47
L’instrument fonctionne selon le principe d’une lanterne magique. La source de lumière externe est captée par la grosse lentille
collectrice. L’image de la préparation est projetée de manière agrandie sur un écran.
Microscope à projection
Aluminium, acier, verre, 20e siècle
MHS inv. 1633
Microscope à projection
Aluminium, acier, verre, ICA, Allemagne
20e siècle
MHS inv. 2380
62
Le microscope lucernal
Parallèlement au microscope solaire, un deuxième type de microscope à
projection est apparu au 18e siècle, le microscope lucernal. Son invention est
attribuée aux constructeurs londoniens George Adams père et fils vers 1770.
Eclairé par une puissante lampe à huile, ce microscope projette une image
agrandie de l’objet sur une plaque en verre dépolie fixée à l’extrémité d’un
caisson en bois. L’image peut être ainsi aisément recopiée.
Microscope lucernal
Acier, bois, laiton, verre, Harris, Londres,
deuxième moitié du 18e siècle
MHS inv. 234
Ce microscope lucernal fabriqué par
l’opticien londonien Thomas Harris est
fortement inspiré du modèle inventé par
Adams en 1770. L’image de la préparation
est projetée sur un écran en verre dépoli
placé à l’extrémité du caisson de projection.
L’appareil est doté de deux supports
différents destinés à recevoir des objets
opaques ou transparents. Ce microscope
lucernal fait partie d’un kit optique
extrêmement bien conservé qui comprend
aussi un microscope composé monté sur
trépied et divers accessoires (objectifs,
cuves en verre, préparations diverses) qui
peuvent s’adapter sur l’un ou l’autre des deux
microscopes.
63
Le microscope lucernal en situation
Fig. 1 : le microscope lucernal sur son trépied. Trépied muni d’un support pour préparations opaques. n : lentille condensatrice ; o :
miroir concave réfléchissant. O : objectif ; B écran. Fig. 3 : lampe à huile de type Argand qui éclaire le microscope. Fig. 4 : support pour
préparations transparentes. L : oculaire
Adams G., Essays on the microscope, Londres 1798
(Bibliothèque du Musée d’histoire des sciences)
64
3.3. LES SAVANTS, LE CRAYON À LA MAIN
Dessin d’hydres à l’encre dans les marges du journal de laboratoire d’Abraham Trembley.
(Bibliothèque de Genève, Fonds Trembley 25, enveloppe 12, folio 5)
65
Il documente ses recherches dans un journal agrémenté de croquis. Il
envoie ensuite à d’autres savants des « kits » de polypes et des indications
suffisamment précises de ses travaux – tant la méthode employée que
les résultats – pour que des Réaumur, Bonnet, Baker ou Lyonet puissent
répliquer l’expérience (Bonnet la poursuit sur des vers). Enfin il publie ses
observations et conclusions, agrémentées de planches dessinées par Lyonet,
dans un ouvrage en forme d’articles publiés en 1744 à Leyde, dans lesquels
il incorpore des fragments de son journal d’expérience sous la forme de
tableaux.
Trembley aura passé moins de 10 ans à expérimenter en biologie et pourtant
l’importance de sa découverte, la très grande rigueur apportée à ses
recherches, à leur validation et vérification par ses pairs, ainsi que le soin
apporté à l’iconographie assurent sa renommée et l’excellente diffusion de
son travail. Il reçoit la Copley Medal de la Royal Society, l’équivalent d’alors
d’un prix Nobel.
« Les deux premières années que je les ai observés, j’ai été, en quelque manière,
entraîné d’une observation à l’autre : en sorte que je n’ai eu que le temps de faire
Publication de Trembley présentant
ses observations sur la régénération ces observations, et de les noter dans mon journal ; et c’est pourquoi je n’ai pu
des hydres. Dessins et gravure de commencer de bonne heure à dresser les Mémoires que je donne à présent au
Pierre Lyonet. Public (…)
Trembley A. 1744. Mémoires pour
servir à l’histoire d’un genre de polypes Comme il m’a paru, dès que j’ai commencé à observer les polypes, que la
d’eau douce à bras en forme de cornes. connaissance des propriétés remarquables, qui se trouvent dans ces Animaux,
Leyde : Jean et Herman Verbeek.
(ci-dessus Bibliothèque de Genève et pouvait faire plaisir aux curieux, et contribuer en quelque chose aux progrès de
ci-contre ETH de Zurich [eRARA]) l’Histoire Naturelle, je me suis fait un devoir de communiquer mes découvertes,
66
« Die Fortsezung von Polypen ».
Publication par Ledermüller d’hydres
Ledermüller M. F. 1776.
Mikroskoopische Vermaaklykheden,
zo voor de oogen als voor den
geest, behelzende de afbeeldingen
van veelerley voorwerpen, zo van
dielyke lighaamen, als van planten
en delfstoffen, ... / door mart. Frob.
Ledermuller ; vermeerderd door Adam
Wolfgang Winterschmidt. Amsterdam :
by de erven van F. Houttuyn.
(Bibliothèque du Muséum)
Présentation du dispositif de
microscopie de Trembley pour
observer les hydres (Die Armpolypen),
dit microscope aquatique, tel que
compris par Ledermüller. En fait il
omet l’élément important qui est le
système de fixation de l’organisme
vivant à l’intérieur du bocal, permettant
de l’observer en mouvement.
Publication par Ledermüller d’hydres
« Die Fortsezung von Polypen ».
Ledermüller M. F. 1776.
Mikroskoopische Vermaaklykheden,
zo voor de oogen als voor den
geest, behelzende de afbeeldingen
van veelerley voorwerpen, zo van
dielyke lighaamen, als van planten
en delfstoffen, ... / door mart. Frob.
Ledermuller ; vermeerderd door Adam
Wolfgang Winterschmidt. Amsterdam :
by de erven van F. Houttuyn.
(Bibliothèque du Muséum)
67
à mesure que je les ai faites. J’ai donné des polypes, autant que je l’ai pu, à ceux
qui ont souhaité de répéter mes Expériences ; & je leur ai indiqué comment je m’y
suis pris pour les faire. »
Trembley, 1744. Mémoires pour servir à l’histoire d’un genre
de polypes d’eau douce à bras en forme de cornes, p. iv-v
68
Horace-Bénédict de Saussure (1740-1799) : la très discrète découverte de la
mitose… sans images
Ayant débuté l’étude des sciences naturelles par la botanique, le grand savant
naturaliste du 18e siècle est surtout connu pour ses travaux en géologie et
météorologie, qui voient leur point culminant avec ses expéditions scientifiques
en haute montagne, plus particulièrement au Mont-Blanc dont il atteint le
sommet en 1787. Ses travaux biologiques sont moins connus et pourtant…
En 1765, Saussure étudie au microscope des « animalcules » qu’on trouve
dans de l’eau dans laquelle il a mis à tremper des plantes et qu’on appelle
joliment à son époque « infusoires ». Il tient un journal de ses travaux (deux
cahiers intitulés Observations sur les Animalcules des Infusions), dans lequel il
rassemble notes et croquis. C’est dans ce cadre qu’il observe et décrit le mode
de reproduction des unicellulaires : la division cellulaire, qu’on nommera
mitose vers 1880 en l’observant avec des appareils plus performants. Lors
d’un voyage à Londres, Saussure raconte informellement sa découverte aux
membres de la Royal Society, dont le naturaliste John Ellis (1714-1776) fait
partie, mais ne la publie pas. Ellis refait les observations, sans en savoir
tous les détails techniques, et publie un article à ce sujet en 1769, avec une
planche. Au même moment, John Needham (1713-1781), tenant de la théorie
de la génération spontanée, va également parler de la division identifiée par
Saussure, en considérant qu’elle corrobore ses théories. Du coup, Charles
Bonnet, l’oncle de Saussure, l’invite à décrire son expérience, ce qu’il fait
dans une lettre en septembre 1769, mais sans dessins. Bonnet inclut celle-ci
dans la réédition de sa Palingénésie philosophique en 1770. L’expérience est
reproduite par d’autres et de nouvelles planches sont alors dessinées.
L’absence de publication dans un journal scientifique et surtout de dessins ou
de planches de synthèse des observations a desservi la propagation de cette
remarquable découverte.
69
Journal de laboratoire d’Horace-Bénédict de Saussure avec le croquis montrant la division cellulaire.
(Bibliothèque de Genève, Archives de Saussure 63, p. 92)
Palingénésie philosophique de Bonnet dans sa version revue de 1783, dans les Additions de laquelle il insère la lettre de Saussure.
(Bibliothèque du Musée d’histoire des sciences)
70
Publication par Ellis de ses observations effectuées après avoir entendu Saussure présenter ses expériences à la Royal Society.
Ellis J. 1769. « Observations on a particular Manner of Increase in the Animalcula of vegetable Infusions », Philosophical Transactions,
t. lix, pp. 138-152.
(Bibliothèque de Genève, Ra 141)
71
Alphonse Favre (1815-1890) dessine la carte géologique des environs de
Genève tout en proposant un modèle de plissement des Alpes
Le géologue genevois, professeur à l’Académie entre 1844 et 1852, inscrit ses
pas dans ceux d’Horace-Bénédict de Saussure dans l’étude du Mont-Blanc, du
Salève et du Canton de Genève dont il dessine la carte géologique à la demande
de la classe d’agriculture de la Société des Arts. La petite centaine d’années
qui le sépare de Saussure permet de mesurer l’évolution des connaissances
en géologie et de voir s’élaborer des théories qui seront reprécisées, voire
abandonnées plus tard. Il discute par exemple de l’origine des grottes du
Salève, réfutant une action de cours d’eau comme l’avait imaginé Saussure.
Caractérisé par son souci de précision dans ses observations, Favre complète
ses relevés de terrain par l’étude des fossiles et les indications de chronologie
relative qu’ils amènent.
Pensant que les plissements géologiques découlent de la rétractation des
roches lors du refroidissement de la Terre après sa création, il élabore,
à la suite de James Hall, un modèle expérimental en argile posé sur du
caoutchouc fortement étiré ; les expériences sont effectuées avec Turrettini à
la Société genevoise d’instruments de physique (SIP) et publiées en 1878. Ces
Un des blocs d’argile sur caoutchouc modèles ont été conservés et font partie des collections du Musée d’histoire
modélisant le plissement de des sciences. La Bibliothèque du Musée d’histoire des sciences conserve
montagnes (collections du Musée
d’histoire des sciences MHS-632) et également ses carnets de terrain : chacune de ses sorties était l’occasion
leur publication dans Archives des d’une description, d’un récit, d’un croquis ou d’un dessin élaboré, tant du
sciences en 1878 (photo reprise en paysage que des coupes de terrain, voire de la première formulation de ses
lithographie pour impression).
hypothèses. Il les utilisera ensuite pour rédiger ses synthèses (les carnets
(Bibliothèque du Musée d’histoire des
sciences) portent la marque de grands traits obliques et de références à des articles).
Son goût du terrain le pousse à fonder le Club alpin suisse qu’il préside en
1866.
72
« J’ai commencé, en 1840, à parcourir la Savoie et les contrées voisines : je l’ai fait
sans idées préconçues et sans plan arrêté. Je ne savais d’abord si j’utiliserais les
notes que je recueillais avec activité, j’observais pour avoir le plaisir d’observer. Je
ne connais pas, en effet, de jouissance plus vive que la poursuite et l’étude d’une
idée dans un laboratoire aussi splendide que la chaîne des Alpes : à chaque pas,
le travail scientifique est interrompu par la contemplation de beautés de la nature
auxquelles des milliers de touristes rendent hommage chaque année J’ai éprouvé
et savouré longtemps le bonheur que procure ce genre de recherches. Lorsque
les matériaux que je recueillais ont été abondants et que chez moi le corps ne
s’est plus trouvé à l’unisson de l’esprit passionné pour les voyages à pied, pour les
grandes escalades, pour la vie dure qui accompagne la carrière de géologue alpin,
je me suis décidé avec quelque peine à réunir mes observations. Plus familier
avec le marteau qu’avec la plume, j’ai éprouvé de nouvelles difficultés en prenant
celle-ci. Et je crains de ne pas les avoir convenablement surmontées. »
Favre, 1867. Recherches géologiques dans les parties de la Savoie,
du Piémont et de la Suisse voisines du Mont-Blanc. Paris, Masson, pp. vi-vii
Coupe aquarellée du Salève (Petite
« On ne sera donc pas étonné du sentiment de défiance que j’éprouve au sujet Gorge)
des théories que je propose ; en général, les systèmes passent, les observations
restent, et chacun peut en tirer parti. » ibid p. xii
Raccord entre les couches du Grand et du Petit Salève Vue artistique de la jonction entre les
(Bibliothèque du Musée d’histoire des sciences, carnet 5) deux Salève et plan topographique
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Coupes à travers le Salève
Favre A. 1867. Recherches géologiques
dans les parties de la Savoie, du
Piémont et de la Suisse voisines du
Mont-Blanc. Paris : Masson
(Bibliothèque du Muséum)
74
Dessin et décompte de fossiles du
Salève (carnet n° 9 conservé dans
les collections du Musée d’histoire
des sciences) et planche publiée des
fossiles de l’Oolithe coralienne et
Valangien du Salève.
Favre A. 1843. Considérations sur le
Mont-Salève. Mémoires de la Société
de physique et d’histoire naturelle de
Genève
(Bibliothèque du Muséum)
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Jean-Louis Prévost (1790-1850) : l’embryologie expérimentale
Le médecin Prévost, après avoir fondé le Dispensaire à Genève, établissement
de soin pour les indigents, choisit de s’éloigner de la clinique pour se plonger
dans la recherche, notamment en physiologie animale. Il est considéré
comme un des précurseurs de la biochimie. Il s’associe avec le chimiste
français Jean-Baptiste Dumas rencontré à Genève pour certains travaux,
notamment ceux sur la fécondation animale, où ils éclaircissent le rôle des
spermatozoïdes (qu’ils appellent encore animalcules spermatiques). Deux
écoles s’affrontaient alors : soit tout venait de l’ovule, et les spermatozoïdes
(découverts par Leeuwenhoek au 17e siècle grâce aux débuts de la microscopie)
n’étaient que des parasites, soit c’étaient les spermatozoïdes seuls qui
apportaient les éléments héréditaires. Prévost et Dumas démontrent que les
apports parentaux se font par les deux moyens. Cette théorie ouvre la porte,
des années plus tard, à l’étude de la génétique.
Il s’intéresse également à des applications pratiques de l’électricité (par
exemple pour dissoudre des calculs de la vessie), dans les décennies qui
suivent l’invention de la pile par Volta.
La bibliothèque du Musée d’histoire des sciences possède ses carnets
d’expérience de 1844 à 1848 en embryologie.
Animalcules spermatiques de
grenouille et de salamandre publiés
par J.-L. Prévost dans les Mémoires
de la Société de Physique et d’Histoire
naturelle de Genève, vol. 9, 1841-42, pp.
289-293.
76
Croquis de développement d’embryons de poulet par J.-L. Prévost en 1844 dans son carnet Physiological objects, n° 2.
Développement du cœur chez un embryon de poulet publié par J.-L. Prévost en 1845
dans les Annales des Sciences Naturelles.
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4. LA SCIENCE MISE EN SCÈNE : LA GLOIRE DES SAVANTS
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Portrait du mathématicien et cartographe Gemma Frisius (1508- Les astronomes Tycho Brahé (1546-1601) et
1555), maître de Vésale et de Mercator, par van Stalburgh 1557. Johannes Kepler (1571-1630) à Prague, lors de leur
(Musée d’histoire des sciences) collaboration.
Figuier L. 1870-1884. Vies des savants illustres depuis
l’Antiquité jusqu’au dix-neuvième siècle / par Louis
Figuier. Paris : Hachette, 5 vol.
(Bibliothèque du Musée d’histoire des sciences)
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« Une distraction de Rouelle dans son cours de chimie au jardin du roi ».
Le chimiste Guillaume-François Rouelle (1703-1770) et ses célèbres cours publics.
Figuier L. 1870-1884. Vies des savants illustres depuis l’Antiquité jusqu’au dix-neuvième siècle / par
Louis Figuier. Paris : Hachette, 5 vol.
(Bibliothèque du Musée d’histoire des sciences)
80
Réaumur (1683-1770) dans son cabinet de travail pour
des travaux de thermométrie.
Portrait d’Antoine Lavoisier et de sa femme Figuier L. 1870-1884. Vies des savants illustres depuis
Cette célèbre œuvre du peintre David met en scène Antoine (1743-1794) l’Antiquité jusqu’au dix-neuvième siècle / par Louis
et Marie-Anne (1758-1836) Lavoisier dans un laboratoire… de salon. Figuier. Paris : Hachette, 5 vol.
Les croquis de Marie-Anne montrent que les expériences de chimie se (Bibliothèque du Musée d’histoire des sciences)
faisaient dans un véritable laboratoire et non dans une pièce d’apparat.
(Source Wikipedia)
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Alessandro Volta (1745-1827) invente la première pile
électrique.
Figuier L. 1867-1870. Les merveilles de la science ou
description populaire des inventions modernes. Paris :
Furne, Jouvet et Cie.
(Bibliothèque du Musée d’histoire des sciences)
82
Autoportrait humoristique du chimiste
Jean-Charles Galissard de Marignac
(1817-1894).
Documents de la famille
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Photo d‘Albert Einstein (1879-1955) et
J. Robert Oppenheimer (1904-1967)
Taton R. (dir). 1964. Histoire générale
des sciences. T. 3, La science
contemporaine / F. Abelès... [et al.].
Vol. 2, Le XXe siècle. Paris : Presses
universitaires de France. VIII, 1080.
(Bibliothèque du Musée d’histoire des
sciences)
En 1928 le biologiste écossais Alexander Fleming (1881-1955) découvre accidentellement la pénicilline. Il est souvent photographié
des années plus tard dans son laboratoire, avec ses boîtes de Petri montrant la disparition des bactéries suite à une exposition au
penicillium
(Source web)
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5. BIBLIOGRAPHIE INDICATIVE
Chansigaud, Valérie. 2009. Histoire de l’illustration naturaliste. Des gravures
de la Renaissance aux films d’aujourd’hui. Delachaux et Niestlé, Paris, 239 pp.
Daston Lorraine. 2014. Scientific Image in Early Modern Europe. Archives des
sciences, 67/2, Société de Physique et d’Histoire Naturelle de Genève, pp. 159-
174.
Ratcliff, Marc J. 2009. The quest for the invisible
: microscopy in the
Enlightenment. Farnham : Ashgate.
Ratcliff, Marc J. 2016. Genèse d’une découverte, la division des infusoires (1765-
66). Paris : Muséum national d’Histoire naturelle, 751 pp.
Rifkin Benjamin A., Ackerman Michael J. et Folkenberg Judith. 2006. L’anatomie
humaine (cinq siècles de sciences et d’art). Paris : Ed. de la Martinière.
Sicard Monique. 1998. La fabrique du regard. Images de science et appareils de
vision (XVe-XXe siècle). Ed. Odile Jacob : Le champ méthodologique. 275 pp
Sigrist René, Barras Vincent et Ratcliff Marc J. 1999. Louis Jurine (1751-1819)
Chirurgien et naturaliste. Bibliothèque d’histoire des sciences, 2. Genève :
Georg.
Trembley Jacques (éd.). 1988. Les savants genevois dans l’Europe intellectuelle
du XVIIIe au milieu du XIXe siècle. Ed. du Journal de Genève.
http ://www.photo-museum.org/fr/histoire-photographie/
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7. DES ACTIVITÉS À MENER AVANT OU APRÈS LA VISITE,
EN CLASSE OU À LA MAISON
Une image - un texte, A partir d’une image de science, l’enfant doit raconter ou écrire un texte qui
un texte - une image peut être strictement descriptif, « je décris ce que je vois », ou il peut imaginer
toute une histoire découlant de l’image qu’il observe.
Inversement, à partir d’une simple légende, l’enfant peut dessiner une image
telle qu’il l’interprète.
Suite à l’exercice, l’image et la légende d’origine peuvent être comparées aux
productions des enfants et amener une discussion autour de l’interprétation
des images de science.
Voici les légendes des quatre images suivantes. Les images peuvent donner
lieu à un texte, les légendes, quant à elles, peuvent servir à la production
d’une image.
• Image 1 : Présentation du dispositif de microscopie d’Abraham Trembley
(savant naturaliste genevois du 18e siècle) pour observer les hydres, dit
microscope aquatique, tel que compris par Martin F. Ledermüller. Celui-ci
omet l’élément important qui est le système de fixation de l’organisme vivant
à l’intérieur du bocal, permettant de l’observer en mouvement.
• Image 2 : Réaumur présente les abeilles dans son traité sur les insectes
en montrant ces animaux en grandeur réelle, distinguant l’ouvrière du
faux-bourdon et de la reine (fig. 1, 2 et 4). La fig. 3 représente les ouvrières
accrochées en guirlande et les fig 5 et 6 deux types de ruches. Tiré de Réaumur
R. A. Ferchault de, 1734-1742. Mémoires pour servir à l’histoire des insectes
/ par M. de Réaumur. Paris : de l’Imprimerie royale, (Musée d’histoire des
sciences)
• Image 3 : Vue de la Terre depuis l’orbite lunaire prise par la mission Apollo 8
à Noël 1968 (NASA).
• Image 4 : Cette magnifique mouche est figurée sur la même planche à
sa taille réelle puis fortement agrandie par microscope. Elle est tirée de la
version hollandaise des Amusements microscopiques de Ledermüller où sont
présentées quelques planches supplémentaires à la version d’origine.
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Un dessin scientifique Le dessin de la page suivante est une planche de Monocles, avec signature de
Mlle Jurine, tiré de Histoire des monocles qui se trouvent aux environs de Genève
à compléter
écrit en 1820 par son père Louis Jurine, chirurgien et naturaliste genevois.
Les enfants ont le choix de le compléter en respectant la symétrie et la logique
scientifique ou de créer une suite plus imaginative.
« Monocles » est l’ancien nom donné aux copépodes, petits crustacés dont
les adultes ne mesurent souvent pas plus d’un à deux millimètres. Ils se
développent dans tous les milieux aquatiques, des océans au plus petit des
étangs. Ce sont les organismes pluricellulaires les plus abondants de la
planète et ils composent la majorité de la masse du zooplancton. Certaines
espèces sont parasites d’animaux marins. Dans ce cas, leur corps a souvent
subi d’importantes modifications, au point que seule la larve permet de
reconnaître le parasite comme un copépode.
Tigriopus brevicornis, copépode mâle adulte photographié au microscope. A noter l’œil nauplien unique en rouge et le vert des
intestins dû à son alimentation de microalgues. La taille réelle de l’animal est d’environ 1 mm.
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Sur le terrain La cour d’école, un parc ou un trottoir peuvent constituer un terrain
d’observations très riche. Si vous avez la possibilité d’explorer une prairie ou
un jardin, c’est encore mieux !
Les boîtes-loupes sont un outil précieux, car elles font office de boîtes de
récoltes et d’instruments d’observation.
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Germination d’une graine de haricot Suivre la croissance
Le but de cette activité est d’observer et dessiner le développement d’une d’une plante
plantule de haricot, de la germination au fruit.
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Activités créatives Une technique de « gravure » facile
Matériel
- Une plaque de verre, de
gomme, de polystyrène ou
de plexiglas. On peut aussi
utiliser un plat en verre
retourné
- Un rouleau de peinture en
mousse
- Des cotons-tiges, de vieux
stylos, une fourchette, les
doigts !
- Du papier cartonné A4.
Idéalement, la taille du
papier doit être la même
que le support
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Marche à suivre
1. A l’aide du rouleau, recouvrir le support de peinture 2. Avec le coton-tige ou autre outil, réaliser des
dessins sur la peinture. On enlève ainsi la peinture
sur certaines zones.
3. Presser le côté lisse de la feuille cartonnée sur la 4. Retirer délicatement la feuille et laisser sécher.
peinture
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Fabriquer une camera obscura
- Une petite boîte – tapisser l’intérieur de la boîte avec du papier noir. Inciser le couvercle en
cylindrique de chips laissant juste la bordure et faire un petit trou au centre, du côté fermé de
- Du papier calque la boîte
- Du papier cartonné noir – recouvrir le côté ouvert avec un morceau de papier calque et le caler avec
- Du scotch le couvercle découpé
– enrouler un morceau de papier noir autour de la boîte de manière à ce que
le papier calque soit à l’intérieur du rouleau
– regarder un endroit où il y a un contraste clair-obscur, par exemple une
fenêtre dans une pièce où il fait sombre.
Que se passe-t-il ?
Les rayons lumineux qui partent des objets extérieurs se croisent en passant
par le trou et l’image qui apparaît sur le calque est alors à l’envers.
Cette chambre noire est l’ancêtre de l’appareil photo. Dans celui-ci, le
trou est remplacé par une lentille et l’image est imprimée sur un support
photosensible : pellicule photo pour les appareils argentiques et capteur pour
les appareils numériques.
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Ce bricolage peut être complété par l’expérience suivante :
– se placer devant une fenêtre ouverte en plein jour
– mettre une loupe devant une feuille blanche
– en plaçant la loupe à la bonne distance de la feuille, on voit apparaître en
plus petit et à l’envers le paysage.
Que se passe-t-il ?
Le paysage éclairé par le soleil envoie de la lumière vers la loupe qui forme
une image inversée sur la feuille. La loupe joue le même rôle que le trou
dans la chambre noire. Elle est constituée d’une lentille convexe qui va faire
converger les rayons lumineux provenant du paysage sur la feuille.
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VOLET PÉDAGOGIQUE
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Pour organiser votre visite
Accès Le Musée se trouve dans la Villa Bartholoni, une villa de maître nichée
dans le Parc de la Perle du Lac.
Il est conseillé de s’y rendre en transports publics.
Déconseillé en voiture. En semaine, il n’y a que quelques places disponibles
à l’entrée du parc de la Perle du Lac. Le week-end, possibilité de stationner
au parking de l’IHEID voisin.
INFORMATIONS PRATIQUES
HORAIRE
Le Musée d’histoire des sciences est ouvert
tous les jours de 10h-17h, sauf le mardi,
le jour de Noël (25 décembre) et le jour de l’An (1er janvier).
Les 24 et 31 décembre, le Musée ferme à 16h.
MUSÉE
D’HISTOIRE
DES SCIENCES
GENÈVE
Parc de La Perle du Lac
128 rue de Lausanne
CH-1202 Genève, Suisse
CONTACT
Tél. +41 22 418 50 60
www.museum-geneve.ch
[email protected]
ACCÈS
bus 1-25 (arrêt Sécheron)
tram 15 (arrêts Butini & France)
bus 11-28 (arrêt Jardin botanique)
bateau Mouettes M4 (arrêt Châteaubriand)
Le bâtiment étant ancien, il ne dispose d’aucun ascenseur