Royaume Du Maroc Ministere de La Culture PDF
Royaume Du Maroc Ministere de La Culture PDF
Ministère de la Culture
Mars 2013
Ce document de stratégie a été élaboré sous la direction de Monsieur Mohamed Amine SBIHI,
Ministre de la Culture, par :
• Alaoui Abdellah, Directeur du Patrimoine culturel ;
• Akerraz Aomar, Directeur de l’INSAP ;
• Arradi Alaoui Youssef, Chef de la Division des Etudes et des Interventions Techniques ;
• Belatik Mohamed, Chef de la Division des Musées ;
• Kafas Samir, Chef de la Division de l’Inventaire et de la Documentation du Patrimoine ;
• Kbiri Alaoui Mohamed, Enseignat-chercheur à l’INSAP ;
• Khiara Youssef, Archéologue, cadre à la Direction du Patrimoine.
Table des matières
Introduction........................................................................................................................................................................................................................................................................................................ 4
II.3. Conservation et restauration des monuments historiques et des sites archéologiques . .......................................................................... 16
Restauration des monuments historiques : un nouvel élan ............................................................................................................................................................... 16
III.1. Les grands axes stratégiques de la sauvegarde et du développement du patrimoine culturel du Maroc............................ 31
Introduction
Le Maroc est un creuset de civilisations. Son Patrimoine culturel, témoin de la grandeur de notre civilisation, reflète
la culture plurielle de notre pays et constitue notre mémoire et notre appartenance à cet espace géographique et
culturel spécifique.
La notion de patrimoine culturel ne cesse de s’élargir pour embrasser des domaines variés et des éléments divers
de la culture matérielle vivante de notre société moderne. Certains aspects, jadis négligés pour une raison ou
une autre, font désormais partie de notre héritage culturel national ; c’est par exemple le cas de l’architecture
du XXème siècle. En effet, une prise de conscience croissante tend à rendre justice à ce legs historique récent,
indissociable de notre histoire et de notre culture.
La notion a pris une grande ampleur avec l’apparition d’autres aspects qui faisaient référence il y a quelques
années, aux avancées technologiques réalisées par notre société. Il s’agit entre autres des patrimoines industriel,
audiovisuel, numérique et technologique… Cette dynamique nous rend aujourd’hui convaincus, qu’avec le temps,
le patrimoine est à la fois symbole d’une identité culturelle et témoin des phases passées de l’histoire de notre pays.
1. Le patrimoine archéologique se compose de toutes les traces matérielles de l’occupation humaine qui
peuvent prendre la forme de sites de surface, de grottes, de carrières ou de sites ensevelis et/ou dégagés lors de
travaux de fouilles ou d’aménagement.
• Période préhistorique
Les plus anciens vestiges archéologiques découverts au Maroc remontent à l’époque préhistorique, à une période
datée d’environ un million d’années. Depuis lors, le pays a connu la succession de plusieurs civilisations (Pebble
culture, Acheuléen, Moustérien, Atérien, Ibéro-maurusien, Néolithique et Protohistoire). Les plus importants sites
où sont représentées ces civilisations sont Casablanca (Sidi Abderrahmn, Thomas 1…), Tafoghalt, Rouazi-Skhirat,
Mzora et les aires rupestres de l’Atlas et du Maroc présaharien et saharien.
• Période antique
Les vestiges des périodes antiques datent des Phéniciens, des Carthaginois, des Royaumes Maures et des Romains.
Ces civilisations sont matérialisées dans plusieurs sites, notamment à Lixus, Mogador, Volubilis, Sala, Banasa,
Thamusida, Tamuda…
• Période islamique
La période islamique a connu la succession de plusieurs dynasties : premières principautés musulmanes,
Idrissides, Almoravides, Almohades, Mérinides, Wattassides, Saadiens et Alaouites. Plusieurs sites et monuments
témoignent de la grandeur de ces dynasties comme par exemple : Sijilmassa, Al Basra, Aghmat, Tamdoult, Qsar
Es Sghir, Belyounech…
Vue panoramique sur la médina de Fès inscrite sur la Liste du patrimoine mondial La kasbah d’Amridil, Skoura, province de Ouarzazate
3. Le patrimoine mobilier
Ce patrimoine englobe les vestiges archéologiques (en pierre, terre, métaux, verre, ivoire, etc.) et les objets
à caractère ethnographique, les œuvres artisanales, les archives et les manuscrits, les collections privées et
publiques qui ont une valeur nationale et/ou universelle.
Les musées publics qui sont sous la tutelle du Département de la culture sont au nombre de treize. Il existe aussi
cinq musées appartenant à d’autres départements, 11 musées privés et un seul municipal. Ces institutions abritent
de très riches collections permanentes qui couvrent environ 200 000 ans d’histoire.
Par ailleurs, les bibliothèques et les fonds Habous regorgent de manuscrits d’une haute valeur historique,
scientifique, culturelle et spirituelle.
Monnaie en or d’époque almoravide, Manuscrit du Coran, Séville, 632 H, Buste du Roi Juba II, (25 av.-23 ap. J.-C.),
Musée archéologique de Rabat Bibliothèque Ben Youssef, Marrakech Musée archéologique de Rabat
4. Le patrimoine culturel immatériel est d’une richesse extraordinaire et comprend entre autres les arts du
spectacle, les traditions et les expressions orales, les musiques et les danses traditionnelles, les festivals et les
moussems ainsi que les arts, les savoir-faire et les jeux traditionnels. Les instruments, les objets, les artefacts et les
espaces culturels qui lui sont associés en font également partie.
Le patrimoine immatériel comprend également les Trésors humains vivants qui sont les personnes reconnues pour
l’excellence et la rareté de leur savoir et/ou savoir-faire dans les domaines technique, artistique et ludique.
8 Orientations stratégiques…
Le patrimoine culturel
•Arts du spectacle
Le patrimoine immobilier Le patrimoine mobilier • Connaissances et pratiques concernant
la nature et l’Univers
• Espaces et lieux de mémoire
• Savoirs et savoir-faire
Le patrimoine Le patrimoine Le patrimoine Le patrimoine
archéologique architectural muséologique manuscrit • Pratiques sociales et événements festifs
La diversité et la richesse de l’héritage national ont conduit le Royaume à soumettre des biens à la reconnaissance
internationale de l’UNESCO. L’organisation onusienne a ainsi eu à reconnaître neuf biens culturels qu’elle a
inscrits sur la Liste du patrimoine mondial et quatre éléments qu’elle a intégrés à la Liste représentative du
patrimoine culturel immatériel (voir plus loin).
Jeu équestre Mata pratiqué dans la région des Jbala au nord du Maroc
2. Formation et recherche
La formation et la recherche dans les domaines du patrimoine sont du ressort de l’Institut National des Sciences
de l’Archéologie et du Patrimoine (INSAP), sous la tutelle du ministère de la Culture, créé en vertu du décret
n° 2.10.623 du 19 octobre 2011.
L’INSAP compte six départements de recherche et de formation :
• Département de préhistoire ;
• Département d’archéologie préislamique ;
• Département d’archéologie islamique ;
• Département d’Anthropologie ;
• Département de muséologie ;
• Département des monuments historiques.
c. Les Centres spécialisés d’études et de recherches sont créés dans la perspective du développement et de la
mise en valeur des spécificités culturelles et patrimoniales locales ou régionales.
L’établissement Date de création Localisation
Centre d’études et de recherches andalouses 1986 Chefchaouene
Centre d’études et de recherches alaouites 1988 Rissani
Centre d’études et de recherches sur les Kasbahs de l’Atlas et du Sud 1990 Ouarzazate
Centre du patrimoine maroco-lusitanien 1994 El Jadida
Parc national du patrimoine rupestre 1994 Agadir
Centre d’études et de recherches hassanies 1997 Laâyoune
Ministère de la Culture
Division des études et des Division de l’Inventaire Division des musées Les départements
interventions techniques et de la documentation
du patrimoine • Service des études • Département de préhistoire
• Service du suivi et de muséologiques • Département d’archéologie préislamique
l’évaluation • Service de l’inventaire du
• Service de la préservation • Département d’archéologie islamique ;
• Service de la patrimoine matériel
et des acquisitions
programmation • Service de l’inventaire du • Département d’Anthropologie
• Service des expositions
et des interventions patrimoine immatériel • Département de muséologie
patrimoniales
techniques • Département des monuments historiques
• Service du classement
140
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1912-1920 1921-1930 1931-1940 1941-1950 1951-1960 1961-1970 1971-1980 1981-1990 1991-2000 2001-2012
33,33%
2. L’inventaire systématique
La Direction du Patrimoine Culturel a lancé depuis 2003 une action qui s’inscrit dans le moyen terme pour
l’établissement d’un inventaire systématique du patrimoine culturel de la Province de Tata. Cette opération a été
achevée en 2008 pour donner lieu au premier inventaire topographique quasi exhaustif de toute une province.
14 Orientations stratégiques…
L’inventaire s’est poursuivi dans d’autres provinces du Royaume. La Direction du Patrimoine culturel a réalisé
également des inventaires thématiques notamment en matière de patrimoine culturel immatériel dont une enquête
sur une femme potière « Thamimount » réalisée dans la perspective de la mise en place d’un système des trésors
humains vivants (THV).
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1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012
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1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012
Par ailleurs, le ministère s’est engagé à créer le Musée National d’Archéologie et des Sciences de la Terre, initié
par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, dont le but est de doter le pays d’une grande institution muséale qui s’inscrit
dans les normes internationales. L’ouverture du musée des arts contemporains est prévue vers la fin de l’année
2012.
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7000
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M. Dar Si Saïd M. Archéologique M. de la poterie M. National de la M. des Arts M. Sidi Med Ben M. Archéologique M. Ethnographique M. Archéologique M. de la Kasbah M. Dar Jamaï M. des Oudaïas M. Batha (Fès) M. de Chefchaouen
(Marrakech) de Larache du Rif (Meknès) Céramique de Safi Sahariens Abdellah (Essaouira) de Rabat de Tétouan de Tétouan (Tanger) (Meknès) (Rabat)
(Laâyoune)
6. L’animation et la médiation
Des actions louables sont entreprises régulièrement pour animer et promouvoir les collections muséales. Le mois
du patrimoine organisé entre le 18 avril (Journée Internationale des Monuments historiques et des Sites) et le
18 mai (Journée Internationale des Musées) constitue un rendez-vous annuel incontournable des responsables
des musées avec le public. En effet ce mois est toujours émaillé d’activités culturelles intenses dont bénéficient
surtout les écoliers et le grand public.
Dans le même sens, plusieurs expositions d’envergure et de grande qualité scientifique et didactique ont été
organisées. Ces grandes manifestations ont permis de révéler aux visiteurs des aspects inédits ou peu connus du
patrimoine muséal marocain. Les plus importantes sont :
• 1991 : exposition des bronzes antiques, Rome ;
• 1996 : exposition “Art of Africa” à Londres, Berlin, New York ;
• 1999 : exposition “Trésors du Royaume” à l’occasion de l’année du Maroc en France, Paris ;
• 2002 : les grandes expositions patrimoniales (Tapis à Meknès, Bois à Marrakech, Poterie à Fès, bijoux à Rabat,
broderie à Tétouan) ;
… pour la gestion et le développement du patrimoine culturel marocain 21
Vue sur l’exposition Qalam, à la BNRM, Rabat Vue sur l’exposition le patrimoine culturel marocain à São-Paulo au Brésil
La mise en valeur du patrimoine muséal au Maroc devrait connaitre un nouvel élan avec la Fondation des
musées récemment créée. Cette institution a pour vocation principale d’impulser une nouvelle dynamique dans
l’animation de ce patrimoine culturel mobilier et sa communication au plus large public.
Vue sur l’exposition relative à la Préhistoire Vue de l’exposition « Les portes du sud du Maroc », 2012,
de Casablanca « Casa, il y a un millions d’années » Galerie Bab Rouah, Rabat
• la création du service des antiquités sous le Protectorat en 1912 pour la zone sous contrôle français et en 1923,
pour la zone sous occupation espagnole ;
• avec l’indépendance et la naissance du service de l’archéologie dans les années 70, on assiste à l’ouverture
des premiers chantiers co-dirigés par des chercheurs nationaux (Zilil, Belyounech) et la formation des premiers
archéologues marocains dans des universités étrangères ;
• la création de l’Institut National des Sciences de l’Archéologie et du Patrimoine (INSAP) en 1986 a permis
d’initier, pour le compte du Ministère de la Culture, les premiers chantiers de fouilles dirigés par des chercheurs
nationaux et de former des cadres marocains dans le domaine.
• aujourd’hui, l’INSAP gère 24 chantiers de fouilles et programmes de prospections à travers l’ensemble du territoire
national. Ces recherches sont menées par un corps composé d’une vingtaine d’archéologues, toutes spécialités
confondues (préhistoriens, antiquisants, islamisants, paléoanthropologues, zoologues, palynologues…).
Fouille de sauvetage sur le site de Dhar Aseqfane, Province de Fahs Anjra, Wilaya de Tanger
Les grands travaux de fouilles ont débuté avec la création du service des Antiquités en 1912 et les premières
fouilles de Volubilis en mai 1915.
Alors que la Préhistoire et plusieurs pans de l’histoire du Maroc étaient totalement inconnus, les fouilles menées
depuis le début du siècle dernier ont permis des avancées significatives et donné matière à de nombreuses
publications qui éclairent notre passé au fur et à mesure des recherches.
c. Archéologie et préhistoire
Pour les périodes préhistoriques, l’on sait aujourd’hui grâce aux fouilles de Casablanca que les premières
activités humaines au Maroc remonteraient à environ 1 million d’années, et que c’est au Maroc (Jbel Irhoud,
Safi) qu’apparaissent les premiers spécimens de l’Homme moderne. Les premières attestations de la culture nord-
africaine dite « Atérien » proviennent également de plusieurs sites marocains.
… pour la gestion et le développement du patrimoine culturel marocain 23
d. Archéologie et histoire
Pour les périodes historiques, les recherches archéologiques ont permis une bonne connaissance de l’occupation
antique et des rapports entre le Maroc et les civilisations méditerranéennes (Phéniciens, Carthaginois, Romains…).
Elles ont également permis la mise au jour d’une grande part du patrimoine urbain préislamique du pays d’une part
(Volubilis, Lixus, Sala, Banasa, Thamusida…) et un grand nombre d’objets archéologiques qui font actuellement
la fierté de certains musées nationaux d’autre part. Il en va de même pour les périodes islamiques qui ont pu être
mieux étudiées et pour lesquelles l’archéologie a apporté beaucoup de compléments d’informations par rapport
aux données historiques textuelles.
e. Archéologie de sauvetage
Les innombrables travaux d’aménagement du territoire qu’a connu et que connaît notre pays ont des effets
destructeurs incontestables sur le patrimoine archéologique national. Des centaines de sites ont certainement
disparu à tout jamais, sans laisser aucune trace. Toutefois, des opérations de sauvetage ont pu être menées à :
Khédis (Salé), Qsar es-Sghir (Tanger), Sidi Driss (Fès), Lalla Hniya (Safi), Abords de la Koutoubiya (Marrakech),
Mosquée de la Qarawiyine (Fès), Daidaat (sur l’autoroute près de Tanger)… Ces travaux ont eu le mérite de sauver
des sites qui se sont avérés très importants et de réunir une documentation scientifique très riche.
Fouille de sauvetage sur le site de Dhar Aseqfane, Province de Fahs Anjra, Wilaya de Tanger
On peut aujourd’hui considérer que l’INSAP s’est acquitté de sa mission qui consistait à doter le Ministère de la
Culture en cadres moyens et supérieurs dans les domaines relatifs au patrimoine culturel.
b. La formation continue
De nombreux conservateurs ont bénéficié, dans le cadre de programmes de coopération bilatérale, régionale
ou internationale, de programme de formation continue allant d’une semaine à 24 mois, dans les domaines du
patrimoine culturel :
• Master en patrimoine à l’Université de Senghor à Alexandrie ;
• Cours de Rabat, portant sur la conservation préventive des collections de musées ;
• Cours d’Alger, portant sur la conservation des monuments historiques ;
• Cours de Tunis, destiné à la formation d’architectes du patrimoine.
D’autres formations ont été dispensées à l’ICCROM, à l’Institut National du Patrimoine à Paris, et dans le cadre
des Programmes Euromed Heritage, Eurasmus-Mundus, programme conjoint « patrimoine culturel et industries
créatives »…
Aujourd’hui notre pays compte neuf biens inscrits sur la liste du patrimoine mondial :
• la medina de Fès, inscrite en 1981 ;
• la medina de Marrakech inscrite en 1985 ;
• Ksar Aït-Ben-Haddou inscrit en 1987 ;
• la ville historique de Méknes inscrite en 1996 ;
• le site archéologique de volubilis inscrit en 1997 ;
• la médina de Tétouan (ancienne Titawin) inscrite en 1997 ;
• la médina d’Essaouira (ancienne Mogador) inscrite en 2001 ;
• la ville portugaise de Mazagan (El Jadida) inscrite en 2004 ;
• Rabat, capitale moderne et ville historique, un patrimoine en partage, inscrite en 2012.
Vue aérienne de la ville de Rabat Vue panoramique de Ksar Aït Ben Haddou, Ouarzazate
4. Mémoire du monde
Dans le cadre du projet “Mémoire du monde” un Comité national a été créé et a entrepris en collaboration avec
l’UNESCO, une démarche visant l’inscription des trésors manuscrits du Royaume sur la le Registre international
Mémoire du Monde. Les efforts déployés à ce propos, ont permis en 2011 la consécration de Kitab al Ibar wa
Diwan al Moubtadaa wa al Khabar d’Ibn Khaldoun (Bibliothèque al Qarawiyine à Fès).
2. Catalogues d’expositions
Les expositions organisées au Maroc et à l’étranger donnent lieu à des catalogues illustrés qui suscitent l’intérêt
à la fois des professionnels et du large public. D’autres publications à caractère scientifique dont notamment Les
Trésors des Musées, édité dans le cadre d’un numéro spécial des Cahiers du Patrimoine et un Recueil de textes
législatifs sur le patrimoine mobilier, ont vu le jour et constituent pour les professionnels des musées des outils
précieux de travail. Une sélection de ces publications est présentée ci-après.
28 Orientations stratégiques…
3. Publications archéologiques
Outre les nombreuses monographies éditées au Maroc et à l’étranger ou les centaines d’articles publiés dans des revues
spécialisées nationales ou internationales, les recherches archéologiques font régulièrement l’objet de publications
dans différentes collections consacrées à l’archéologie marocaine : 21 numéros du Bulletin d’archéologie marocaine
(BAM), 10 numéros des Études et travaux d’archéologie marocaine (ETAM), 2 numéros des Villes et sites d’archéologie
marocaine (VESAM) et 17 numéros des Publications du Service des Antiquités du Maroc, (PSAM).
Malgré la richesse et la diversité qui le caractérisent et en dépit des efforts déployés depuis l’indépendance sur
les plans juridique, institutionnel, technique et financier, le patrimoine culturel marocain est devenu vulnérable
et encoure les risques de déperdition et de détérioration. Il se trouve aujourd’hui, menacé par plusieurs facteurs
dont notamment l’action néfaste de l’homme qui se traduit par une urbanisation anarchique et accélérée, les
aménagements irrationnels et la planification non maîtrisée de l’espace. Ces derniers engendrent la densification
des tissus traditionnels, la violation des sites et de leurs zones de protection (zones de servitudes non aedificandi
et non altius tolendi) et provoquent par conséquent, la disparition de pans importants de notre legs historique,
symbole de notre identité plurielle et de notre mémoire collective. A tous ces problèmes, s’ajoutent les effets du
vandalisme, des pillages et du trafic illicite et des spéculations foncières.
A ces dangers à caractère anthropique, s’ajoutent les effets de la nature qui pèsent énormément sur le patrimoine
matériel avec ses composantes mobilière et immobilière. En effet, les phénomènes d’érosion et de changement
climatique (humidité, intempéries et sécheresse…) contribuent largement à la dégradation du patrimoine bâti qui
subit des dégâts majeurs qui sont parfois irréparables.
Outre ces menaces, on note de grandes insuffisances sur le plan juridique. La réglementation en vigueur n’est pas
bien adaptée pour assurer la protection des biens culturels et pour prévenir les risques de toute sorte. Les carences
enregistrées à ce niveau concernent :
• le non respect de la loi 22-80 qui elle-même accuse de grandes lacunes ;
• le non respect des règles d’urbanisme, elles-mêmes parfois incompatibles avec les lois régissant le patrimoine
culturel ;
• la lenteur des procédures de classement et d’inscription ;
• l’inexistence d’une politique de prévention des risques par l’instauration de « la carte archéologique » comme
instrument juridique ;
• l’absence d’études d’impact lors des travaux d’aménagement du territoire ;
• l’absence d’un cadre juridique clair pour le mécénat dédié au patrimoine ;
• plusieurs aspects patrimoniaux ne sont pas couverts par les textes de lois en vigueur dont notamment le
patrimoine immatériel.
La situation s’aggrave davantage faute d’une politique claire pour le patrimoine culturel, en l’absence d’une
couverture globale du territoire en institution techniques spécialisées, capables de mener des interventions
rationnelles et efficaces et à défaut de dotations budgétaires suffisantes et d’un personnel qualifié et spécialisé
dans toutes les branches du patrimoine ; à même d’enclencher une nouvelle dynamique et une véritable stratégie
de la recherche, de la sauvegarde et de promotion de notre héritage culturel.
D’autre part, les problèmes d’ordre socioculturel et éducationnel sont fréquents. Ils sont la conséquence de
l’absence d’une prise de conscience de la population sur l’importance du patrimoine national et de la négligence
et du mépris de ce secteur jugé passéiste,. L’absence de la dimension patrimoniale dans le système éducatif et
pédagogique et le manque d’actions de sensibilisation envers le large public participent largement à la dégradation
du patrimoine culturel.
Des problèmes d’ordre technique surgissent souvent lors des travaux de restauration et de réhabilitation des
monuments historiques et des sites. Ces derniers n’obéissent pas parfois aux règles de l’art en la matière. L’absence
d’une connaissance des chartes internationales en la matière, ajoutée au non respect des fondamentaux de la
restauration et de la réhabilitation, conduit à des dégâts irréparables sur des édifices d’intérêt patrimonial.
Par ailleurs, le patrimoine culturel au Maroc n’est pas bien exploité à des fins économiques ce qui se répercute
négativement sur le développement du secteur touristique, notamment le créneau du tourisme culturel, et par
conséquent sur les recettes de l’Etat et les revenus des communautés susceptibles d’en tirer profit. La majorité des
monuments et sites archéologiques situés surtout dans le monde rural, souffrent du phénomène d’enclavement
et demeurent complètement isolées des routes et des villages. Ils ne sont pas dûment identifiés, protégés et
mis en valeur pour le bien des populations qui vivent dans ou autour de ces sites. Loin de répondre à une
attitude passéiste, le patrimoine culturel doit être considéré comme un atout de développement et un facteur
d’enrichissement. Ceci passerait d’abord par son adaptation et son intégration dans la vie contemporaine, par
la sensibilisation et l’implication de tous les acteurs concernés (autorités, collectivités locales, secteur privé et
organismes non gouvernementaux…) dans un cadre de synergie d’action et de partenariat.
30 Patrimoine 2020
Enfin, les différentes composantes du patrimoine culturel sont insuffisamment connues et mises en valeur. La
promotion et la médiation ne touchent que quelques aspects saillants de ce legs historique (médinas, monuments
et sites célèbres), ceci au moment où plusieurs biens culturels sis notamment en milieu rural, sont négligés
et restent voués à l’oubli. Les supports communicationnels et promotionnels (catalogues, dépliants, sites web,
signalétique…), font cruellement défaut.
Ce constat à grands traits rappelle brièvement les principaux défis auxquels le patrimoine marocain se trouve
aujourd’hui confronté. Il est loin d’être complet, encore moins exhaustif. Une étude d’ensemble reste à faire
pour dresser l’état des lieux quant à la conservation et la sauvegarde du patrimoine national, toutes catégories
confondues. Il permettra de prendre la mesure des actions à entreprendre et des moyens à mettre en place pour
préserver l’héritage du passé au profit des générations actuelles et futures.
III. Patrimoine culturel : vers une
nouvelle gestion integrée
Kasbah Caïd Ali, Tamnougalt, Vallée du Draa, Ouarzazate Forteresse médiéval de Tiguemmi n Ouguellid, Guelmim
32 Orientations stratégiques…
Conserver, restaurer, réhabiliter et mettre en valeur, sont le domaine d’intervention patrimoniale, voir même
culturelle, le plus ancien au Maroc puisqu’il ont été mis en place depuis le début du siècle dernier. Ces
interventions techniques, étayées en amont par une protection administrative et juridique, ont pour dessein de
pérenniser toutes les formes et les types du patrimoine jugés d’intérêt public, aussi modeste ou aussi localisés
soit-ils. C’est le socle sur lequel repose toutes les actions relatives au patrimoine culturel.
Partant de ce principe, le ministère compte donner ainsi une seconde jeunesse à ces interventions pour qu’elles
soient plus pertinentes, de qualité et moins épisodiques. A cet égard, un effort budgétaire supplémentaire est
envisagé pour rattraper les retards et corriger certains disfonctionnements relevés, notamment les disparités
géographiques imputées aux contraintes financières qui acculent les responsables à œuvrer avec un ordre de
priorisation. Ce faisant le ministère espère poser le mécanisme d’une protection et d’une préservation territoriale
qui durent dans le temps, indépendamment des changements de la gouverne.
Sur un autre plan, et pour réunir les conditions de réussite de cette orientation, il y a une impérieuse nécessité
d’harmoniser les actions des différents départements ministériels impliqués dans le domaine du patrimoine : la
multiplication des intervenants et la duplication des plans de sauvegarde et des stratégies de gestion des médinas,
pour ne citer que cet exemple, manquent de concertation, sans parler des sommes d’argent public engagés avec
des résultats peu probants. Cela étant, le ministère de la culture compte jouer un rôle prépondérant au sein des
politiques interministérielles en rapport avec le patrimoine. Mais s’il est appelé à jouer le rôle de chef d’orchestre
de la politique nationale en matière de patrimoine, il ne se substitue nullement aux départements et secteurs
publics ou privés dont relèvent des pans entiers de l’héritage national.
Objectifs :
• Assurer une protection durable du patrimoine identifié (inventorié, inscrit et classé) afin de le transmettre aux
générations futures.
• Identifier de nouveaux patrimoines, les protéger juridiquement et les mettre en valeur.
Dans l’ensemble, la contribution des collectivités locales dans l’action culturelle en général et patrimoniale en
particulier a réalisé un bond significatif cette dernière décennie. Le nombre progressant des accords de partenariat
avec le ministère souligne éloquemment l’intérêt grandissant pour le patrimoine dans l’action culturelle des
collectivités territoriales (notamment les communes et les villes).
Aujourd’hui que le Maroc a couronné le processus de décentralisation entamé depuis trente ans, par
l’institutionnalisation de la Région dans sa nouvelle constitution, il importe d’accompagner ce choix et de lui
préparer le terrain. La Région, à ce jour moins engagée que les communes et les villes, devra s’impliquer d’avantage
dans la gestion du patrimoine local. Le défi sera donc d’inciter les régions à un niveau d’activité indispensable à la
conservation et à la sauvegarde du patrimoine culturel et orienter la Région, ainsi que les collectivités territoriales,
vers une gestion concertée du patrimoine présent sur leur sol. Il s’agit là d’une politique volontaire de partage des
responsabilités, des compétences et des charges.
Pour être en phase avec cette nouvelle démarche, des mesures d’accompagnement doivent être opérées au
sein des services régionaux, notamment les directions régionales de la culture. Une des mesures importantes
envisagées et d’accroître la part déconcentrée du budget du patrimoine pour plus d’autonomie. Parallèlement,
une révision du cadre juridique et administratif des services régionaux en charge des monuments historiques et
des sites (inspections, conservations) sera à l’ordre du jour, afin de leur accorder des compétences et des missions
bien définies de manière à leur permettre de mieux négocier avec les acteurs locaux. Il importe également
d’élargir les missions des services régionaux pour inclure des prérogatives nouvelles telles que l’inventaire, le
patrimoine culturel immatériel et la médiation culturelle.
Objectifs :
• Promouvoir la diversité culturelle, y compris au sein des régions.
• Soutenir l’Etat dans son effort de sauvegarder le patrimoine culturel et naturel et aider à la préservation des biens
culturels non protégés.
• Faire du patrimoine une préoccupation locale au même titre que les infrastructures dits « prioritaires» (routes,
assainissements, hôpitaux, santé, éducation…).
Le patrimoine culturel peut contribuer au développement. Ce constat est le résultat de plusieurs expériences
réussies à travers le monde. Disposer aujourd’hui d’un patrimoine riche et divers est un atout considérable qui
peut être assimilé à une ressource naturelle préexistante et gratuite que l’on peu exploiter. Appréhendé sous cet
angle, le patrimoine s’avère être un secteur d’activité synonyme de production économique. Le Maroc dispose
d’un patrimoine riche et polymorphe, universellement reconnu mais qui n’est pas une ressource renouvelable.
Aujourd’hui, sa contribution au développement durable reste limitée, eu égard au potentiel existant.
Hormis les villes impériales, tout l’arrière pays et avec lui, l’ensemble du monde rural ne profite pas d’une
manne économique à portée de main. Patrimoine archéologique et monumental (igoudars, parc rupestre,…),
spectacles traditionnels vivants (moussems, festivals,), savoir faire patrimonial et artisanal (architecture de terre,
orfèvrerie, ébénisterie...), patrimoine culinaire, écomusées, sont autant d’opportunités qui constituent un facteur
d’attraction des visiteurs nationaux et étrangers, voir même de grands projets d’investissements.
Partant de ce constat, le département de la culture souhaite mener une action intersectorielle avec les différents
acteurs institutionnels, publics et privés, afin d’imprégner les stratégies réalisées, ça et là, d’une dimension culturelle
qui n’obéit pas uniquement aux lois du marketing et préserve par la même des éventuels effets préjudiciables aux
sites et aux biens. Les sites actuels et d’autres à identifier et à valoriser doivent être mis à niveau pour contribuer
au tourisme culturel.
Par ailleurs, et en guise de mesure d’accompagnement de ces dispositions, le ministère compte entamer un
processus soutenu de labellisation des sites et des traditions locales de valeur soit au titre de patrimoine national
ou même mondial. Cette démarche sous-tend à forcer le trait du caractère culturel des sites pour être plus attractifs.
Une véritable économie du patrimoine peut générer des ressources supplémentaires à l’Etat, créer des emplois et
contribuer à la diversification des sources de revenus des populations locales.
Objectifs :
• Développer le tourisme culturel ;
• Impliquer les communautés et les acteurs locaux dans la préservation de leur patrimoine ;
• Créer des emplois et des activités génératrices de revenus.
Il est un constat certain, le ministère de la Culture communique peu ou chichement, en dépit des efforts louables
fournis et des avancées réalisées. Le patrimoine culturel ne déroge pas à cette règle. On peut dire sans risque
d’erreur que la situation actuelle de la médiation culturelle du patrimoine est encore dans sa phase embryonnaire :
cet aspect de l’action culturelle n’a pas constitué une priorité dans les anciens programmes du ministère de la
culture.
En réalité la question de la communication et de la médiation est intimement liée à la problématique de la
démocratisation de l’accès à la culture. Plus que jamais, cette question est à l’ordre du jour. Pour parer à cette
déficience, le ministère de la culture compte mettre en place une réelle politique de communication et de partage
de l’information. S’agissant du patrimoine, le dispositif conçu repose sur quatre principes complémentaires :
Informer, éduquer, enrichir l’expérience du visiteur et responsabiliser le public. Pour la mise en marche de ce
projet, trois grandes actions sont programmées. D’abord améliorer les structures d’accueil du public dans les
sites, devenues désuètes, et proposer un nouveau contenu, plus pédagogique aux visiteurs comme les bornes
interactives, les films et reconstitutions 3D, l’animation interactive, banques d’images, etc. Cette action sera
soutenue par une mobilisation continue des ressources humaines spécialisées (conservateurs, concepteurs
d’expositions temporaires, animateurs et personnels de l’action culturelle).
La deuxième action consistera à user des techniques de communication conventionnelles : les conférences,
l’édition, l’affichage, les masses médias, ainsi que les nouvelles technologies numériques notamment les réseaux
sociaux, les contenus pour supports mobiles et systèmes embarqués et les découvertes itinérantes connectées.
La troisième action, mettra à contribution les lieux de médiation de proximité comme les bibliothèques, les
médiathèques, les maisons de la culture et les centres culturels.
Enfin, il est crucial d’intégrer la connaissance du patrimoine dans les programmes scolaires des niveaux primaires
et secondaires. Nous pensons que le temps est venu d’inclure des cours sur le patrimoine assorti de visite de
terrain. Le département de la Culture devra travailler avec l’Education nationale pour mener cette expérience à
bon port. Une action pilotée pourrait être expérimenté en l’occurrence.
Objectifs :
• Diffuser la culture et partager la connaissance autour du patrimoine.
• Éduquer et responsabiliser le citoyen.
• Favoriser la cohésion sociale et renforcer le sentiment d’appartenance.
Une étude visant la mise en œuvre d’un système de Trésors humains vivants a été préparée dans le cadre du
Programme Conjoint de Coopération cité ci-dessus. Elle prévoit trois mécanismes nécessaires la mise en place
du système :
• un projet de loi sur les Trésors humains vivants ;
• un mécanisme administratif chargé de mettre en place le système des THV ;
• un mécanisme financier destiné à en assurer la pérennité.
Outre la reconnaissance publique, des mesures sont prises dans le cadre du système, par exemple sous forme
d’aides et subventions spéciales, en faveur des Trésors humains vivants, afin de leur permettre d’assumer leurs
responsabilités en vue de la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel. Ces mesures visent notamment à :
• la perpétuation et le perfectionnement de leurs connaissances et savoir-faire ;
• la transmission de ceux-ci aux générations suivantes par des programmes de formation formelle ou informelle ;
• la contribution à la production de documents et d’archives du patrimoine culturel immatériel considéré
(enregistrements audiovisuels, publications, etc.) ;
• la diffusion et la promotion de leurs connaissances et de leurs savoir-faire ;
• toutes autres fonctions qui pourraient leur être confiées.
Le système devrait aussi encourager les jeunes à acquérir les connaissances et les savoir-faire nécessaires pour
interpréter ou recréer des éléments du patrimoine culturel immatériel en leur assurant la reconnaissance et
l’audience du public à l’échelle communautaire, nationale ou internationale.
2. Pour une gestion integrée des sites archéologiques et des monuments historiques
La vision actuelle tend vers la mise en place de projets intégrés de préservation de ce patrimoine, de sa réhabilitation
et de sa valorisation pour qu’il devienne un véritable levier de développement économique et social.
La mise en œuvre de cette vision nécessite des budgets conséquents qui s’inscrivent dans la durée.
Les efforts déployés pour la connaissance, la protection et la conservation du patrimoine n’auraient pas de
sens s’il n’est pas accessible et ne profite pas aux citoyens. Ainsi, les actions de promotion, de diffusion et de
rayonnement d’un bien culturel immobilier font de ce dernier un lieu de rencontre et d’échange voire un vecteur
de développement durable.
A cet égard, l’action du Ministère de la Culture s’inscrit désormais dans le cadre d’une politique globale visant
la promotion et le développement intégré des monuments historiques et des sites naturels et culturels. Cette
politique se déploie selon quatre grands axes :
• développement des connaissances sur les monuments historiques et les sites naturels et culturels ;
• mise en valeur des sites archéologiques et des monuments historiques ;
• mise en place d’un plan national d’urgence pour la préservation du patrimoine culturel en péril ;
• élaboration de plans de gestion des villes et des sites historiques ;
• la revitalisation et l’animation du patrimoine culturel bâti.
a. Développement des connaissances sur les monuments historiques et les sites naturels et culturels
Toute intervention sur un bien culturel ou naturel nécessite une connaissance préalable de ses caractéristiques
propres ainsi que toutes informations relatives à son état de conservation et son potentiel socio-économique. Il
est ainsi préconisé de procéder à :
• la réalisation des études scientifiques et techniques nécessaires (histoire de l’art, archéologie, état de conservation,
étude des matériaux, relevés architecturaux et photogrammétriques, etc.) ;
• l’édition de publications de vulgarisation et d’études scientifiques sur différents supports (brochures, guides,
supports promotionnels, monographies, etc.) ;
• l’élaboration de guides et de manuels de conservation-restauration ;
• la réalisation d’une base de données dédiée à la conservation des biens immobiliers ;
• l’organisation d’actions de sensibilisation (expositions, manifestations culturelles, visites guidées ou circuits
culturels et aussi ouverture de centres d’interprétation et de documentation).
… pour la gestion et le développement du patrimoine culturel marocain 39
Pour cela, il faudrait mettre en place un mécanisme comprenant : des allocations de recherche ; la soumission
par les chercheurs de projets éligibles à un financement ; des appels à manifestation d’intérêt pour la réalisation
de recherches, d’études et de projets portant sur le patrimoine immobilier.
b. Mise en place d’un plan national d’urgence pour la préservation du patrimoine culturel en péril
L’élaboration d’un plan national pour la préservation du patrimoine culturel ne pourrait se concrétiser qu’à travers :
• l’adoption d’une définition du péril en matière de patrimoine immobilier ;
• l’inventaire des sites, monuments historiques, éléments du patrimoine culturel immatériel qui se trouvent dans
un état de péril ou qui nécessitent une sauvegarde urgente ;
• l’estimation du coût en ressources humaines et financières nécessaires à la conservation, la réhabilitation et la
sauvegarde ;
• le renforcement des capacités d’intervention des inspections des monuments historiques et des conservations
de sites pour mener des actions préventives
• la réalisation des diagnostics et des études préalables à toute action de préservation et de valorisation ;
• l’établissement d’un plan d’actions avec un échéancier pour parer aux menaces de destruction et de disparition
des biens culturels ;
c. Élaboration des plans de gestion des villes et des sites historiques marocains :
La conservation et la promotion des valeurs que représentent les quartiers historiques doivent s’inscrire dans un
projet urbain dont la portée et la responsabilité n’est pas du seul ressort de la Direction du Patrimoine Culturel et
appellent une implication active des Mairies, des Wilayas et des autres Ministères, sous une direction supérieure à
l’instar d’un Comité de pilotage. D’où l’importance à établir des plans de gestion pour les villes historiques. Dans
cette perspective, la Direction du patrimoine culturel œuvre pour mettre en place ces documents stratégiques
à travers une action pilote en s’inspirant de l’exemple du plan de gestion de la ville de Rabat, considéré par le
Comité du patrimoine mondial comme un document de référence. A cet effet, un séminaire regroupant tous les
acteurs concernés a été organisé en octobre dernier par la Direction du patrimoine culturel en collaboration
avec la Commission européenne et ce dans la perspective de doter les villes et sites historiques marocains de
véritables plans de gestion (voir ci-après le modèle de plan de gestion auquel ont abouti les travaux du séminaire
sus-mentionné).
40 Orientations stratégiques…
Avertissement :
• Le Royaume du Maroc souhaite que ses villes historiques se dotent d’un plan de gestion, qu’elles soient inscrites ou non sur la Liste du Patrimoine mondial.
• Le schéma ci-après présenté a été élaboré lors d’un séminaire tenu à Rabat les 4 et 5 octobre 2012 pour servir de cadre de référence.
• Ce schéma doit être adapté aux réalités propres à chaque ville historique, soit par l’ajout de l’une ou l’autre rubrique, soit par moindre développement
de certains points.
CHAPITRE I : INTRODUCTION
I.1. Rôle du Plan de Gestion
I.2. Statut juridique du Plan de Gestion
I.3. Etapes et mécanismes de préparation du Plan de Gestion
CHAPITRE II : PRESENTATION DU SITE ET DE SES VALEURS
II.1. Présentation des valeurs urbaines
II.2. Le périmètre de sauvegarde prioritaire
II.3. La zone tampon
II.4. Le cadre territorial
CHAPITRE III : ETAT DES LIEUX
III.1. Contexte social
III.2. Contexte urbain (bâti, monuments historiques, espaces publics…)
III.3. Contexte environnemental
III.4. Contexte économique
CHAPITRE IV : OBJECTIFS STRATEGIQUES
IV.1. Vision
IV.2. Objectifs à long terme
IV.3. Objectifs sectoriels
CHAPITRE V : PRINCIPES ET MODALITES DE GESTION
V.1. Cadre légal
V.1.1. Cadre actuel
V.1.2. Propriété foncière
V.1.3. Questions à résoudre (immatriculation foncière, procédures règlementaires)
V.2. Cadre institutionnel
V.2.1. Intervenants et mécanismes de concertation
V.2.2. Rôle des instances élues
V.2.3. Pilotage
V.2.4. Outils opérationnels et maîtrise d’ouvrage
V.3. Financements
V.3.1. Fonds publics
V.3.2. Fiscalité
V.3.3. Partenariats public-privé
V.3.4. Secteur privé
CHAPITRE VI : PARTICIPATION, SENSIBILITATION et COMMUNICATION
VI.1. Mode de participation des populations concernées
VI.2. Sensibilisation (écoles, associations…)
VI.3. Communication (media, relations publiques…)
CHAPITRE VII : PLAN D’ACTIONS
Partie I : Méthodologie
VII.I.1. Projet
VII.I.2. Porteurs et partenaires
VII.I.3. Estimation et mode de financement
VII.I.4. Phases et calendrier de mise en œuvre
Partie II : Actions
VII.II.1. Protection et mise en valeur du bâti
VII.II.2. Gestion urbaine (espace public, jardins, services collectifs, transports…)
VII.II.3. Projets de développement durable
VII.II.4 Gestion des risques majeurs (inondations, incendies, tremblements de terre…)
VII.II.5. Formation (administrations, professionnels, etc.)
VII.II.6. Artisanat
VII.II.7. Création artistique et animation culturelle
VII.II.8. Maîtrise de l’activité touristique
VII.II.9. Activités de recherche (études, inventaire et documentation, fouilles…)
VII.II.10. Participation aux réseaux des villes historiques marocaines
VII.II.11. Autres ...
CHAPITRE VIII : EVALUATION, SUIVI ET MISE A JOUR
VIII.1. Evaluation
VIII.2. Mécanismes de suivi du Plan de Gestion
VIII.3. Echéances de mise à jour
… pour la gestion et le développement du patrimoine culturel marocain 41
• la réalisation d’au moins 50 projets de sauvegarde des monuments historiques et sites archéologiques menacés
avec un budget annuel prévisionnel de 10 000 000 millions de dirhams, soit 80 000 000 de Dh d’ici 2020 ;
• la restauration et la mise en valeur de vingt (20) sites archéologiques et monuments historiques dans un cadre
de partenariat à l’échelle locale et régionale, et ce pour un budget global de 18 000 000 Dh ;
• la mise en place de cinq (5) centres d’interprétation du patrimoine dans les sites et monuments majeurs du
Royaume pour un budget de 25 000 000 Dh ;
• la mise à niveau de l’infrastructure d’accueil liée aux monuments et sites (accessibilité, parking, éclairage,
sanitaires, signalétique appropriée, aménagement de circuits de visite, services). Une première tranche de vingt
20 sites et monuments en 2013-2014 sera réalisée. Sur la durée des huit ans, il est prévu d’élargir l’opération
pour toucher la quasi-totalité des sites et monuments ouverts au public à l’échelle du territoire national. Cette
opération coutera 14 000 000 Dh ;
• le classement et/ou inscription de 200 biens au titre de monuments historiques nationaux.
a. Objectifs généraux
• Construire un système permettant de centraliser et de rendre accessible les éléments de connaissance du
patrimoine culturel du Maroc.
• Assumer les responsabilités confiées par la loi au ministère de la Culture en matière de d’inventaire du patrimoine
en vue de sa protection et sa valorisation.
• Améliorer et renforcer en les consolidant les missions de coordination de la collecte, de gestion et de diffusion
des connaissances sur le patrimoine qui sont celles de la Direction du patrimoine culturel au sein du ministère
de la Culture.
b. Échéances
Formaliser les orientations d’une ligne politique pour les 08 ans à venir en 4 phases de 2 ans chacune, correspondant
au rythme de révision des listes d’inventaire fixé par le projet de loi.
Ministre
Commission nationale
du patrimoine culturel
Contrôle technique
Direction du patrimoine
Fonction stratégique
Division de l’Inventaire
Direction Stratégique de l’inventaire
Direction Scientifique
Direction Technique
Conseil scientifique de l’inventaire : Secrétariat général
DIDP, Division des musées, CERKAS,
Division de l’Inventaire
INSAP, représentants autres ministères
Direction opérationelle
Collections archéologiques
Fichiers mobiliers et objets
Division des musées
Carte archéologique
CERKAS
INSAP
INSAP
DIDP
DIDP
Conservation
Collections archéologiques
Fichiers mobiliers et objets
Division des musées
Carte archéologique
CERKAS
INSAP
INSAP
DIDP
DIDP
A l’horizon 2020, on prévoit ainsi le nombre de 20 000 biens culturel immobiliers inventoriés. L’accélération des
inventaires aura des répercussions directes sur :
• le nombre de biens inscrits ou classés sur la Liste du patrimoine national ;
• le nombre de fiches enregistrées sur le système documentaire et le système d’information géographique du
Ministère (Idpc.ma/Sigpcm.ma) ;
• le nombre d’études publiées ;
• le nombre d’expositions temporaires organisées.
• le nombre d’e sites mis en valeur et ouverts à la visite.
Pour atteindre les objectifs escomptés il est primordial de :
• créer des structures en charge de l’inventaire à l’échelle régionale. Ces entités qui seront instaurées au sein des
Inspections régionales des monuments historiques, doivent être dotées des équipements nécessaires, des budgets
conséquents et des ressources humaines qualifiées à même de mener les enquêtes de terrain et d’exploiter les
résultats dans la perspective de promouvoir les spécificités du patrimoine culturel dans les régions. La création
de ces structures, au nombre de 10 entités, nécessitera un budget total de 4 000 000 Dh ;
• réserver un budget conséquent pour le fonctionnement de la Division centrale et des entités régionales. Ce
budget est estimé à 7 000 000 Dh répartie sur sept ans ;
• affecter un effectif suffisant de cadres et de techniciens qualifiés pour le bon fonctionnement de ces structures.
Il faut ainsi prévoir pour chaque unité régionale un minimum de deux conservateurs du patrimoine et un
technicien soit un total de 30 conservateurs et de 10 techniciens.
Concernant l’instruction des dossiers du Patrimoine mondial et du Patrimoine culturel immatériel, nous prévoyons
la présentation de quatre propositions d’inscription au titre de la Convention de 1972 et six candidatures au titre
de la Convention de 2003. Cette dernière possède quatre mécanismes : (i) la Liste représentative du patrimoine
culturel immatériel ; (ii) la Liste du patrimoine culturel immatériel nécessitant une sauvegarde urgente ; (iii) le
Registre des programmes, projets et activités reflétant le mieux les principes et objectifs de la Convention ; (iv) les
demandes d’assistance internationale au titre du Fonds du patrimoine culturel immatériel (dont le financement
peut aller jusqu’à plusieurs dizaines de milliers de dollars des Etats-Unis d’Amérique et qui pourraient servir à
financer l’inventaire et la formation, entre autres. D’autant plus que le Maroc cotise à ce fonds à hauteur de 1%
de sa contribution obligatoire au budget ordinaire de l’UNESCO). Pour ce faire, il faut consacrer un budget global
sur huit ans à hauteur de 4 500 000 Dh.
b. Ressources humaines
Le corps des archéologues professionnels demeure très limité malgré l’effort de formation fourni par le Ministère
de la Culture à travers l’Institut National des Sciences de l’Archéologie et du Patrimoine depuis le milieu des
années 1980.
Aussi, le développement des recherches archéologiques doit obligatoirement passer par une politique de formation
plus soutenue mais surtout par un recrutement des diverses compétences nécessaires pour une recherche
archéologique de qualité et qui touche toutes les époques de l’histoire et l’ensemble des régions du pays. Outre
la recherche archéologique, l’anthropologie doit être renforcée par le recrutement de chercheurs spécialistes au
profit du département de cette discipline à l’INSAP.
Pour le recrutement d’enseignants-chercheurs, celui-ci doit s’activer pour porter sur les spécialités telles que la
conservation restauration, l’anthropologie… Ainsi, à l’horizon de 2020, 10 postes sont à créer en plus de 6 autres
destinées à remplacer les enseignants-chercheurs qui seraient partis à la retraite.
c. Ressources financières
Le budget annuel alloué à la recherche archéologique par le Ministère de la Culture n’a jamais dépassé, pour une
vingtaine de programmes, les 700 000 Dh.
Or, les besoins réels d’une seule mission archéologique doivent être estimés à au moins 80 000 Dh, soit pour
20 programmes un montant global de 1 600 000 Dh.
Par ailleurs, il serait opportun d’élever le statut de l’Institut National des Sciences de l’Archéologie et du Patrimoine
au rang de Service de l’État Géré de manière Autonome (SEGMA). Ce statut lui permettra, entre autres avantages
prévus par la loi, de bénéficier de financements dans le cadre de la coopération internationale.
d. Archéologie et environnement
L’archéologie est une composante importante de l’environnement et il n’est pas compréhensible que le Ministère
de la culture ne fasse pas partie des départements représentés au sein du comité national des études d’impact sur
l’environnement tel qu’il est prévu par le Décret n° 2-04-563 du 5 Doul kaâda 1429 (4 novembre 2008).
Il est donc impératif d’amender ce décret afin que le patrimoine archéologique national soit mieux protégé.
e. Archéologie préventive
Les nombreux travaux et projets d’aménagement du territoire national (lotissements, routes, autoroutes, ports,
aéroports, barrages, travaux agricoles, assainissement…) ont des impacts négatifs, voire néfastes, sur le patrimoine
culturel matériel en général et archéologique en particulier. Des centaines de sites sont détruits annuellement sans
qu’ils soient repérés ou documentés, privant ainsi la Nation d’éléments précieux pour une meilleure connaissance
de son histoire et de vestiges importants de son patrimoine culturel.
Afin de remédier à cette situation, il est impératif d’instituer la notion d’archéologie préventive et de prévoir les
mécanismes de son financement (taxe d’archéologie préventive) comme le prévoit le projet la loi révisée, et ce à
l’instar des législations en vigueur dans de nombreux pays.
f. Recherche anthropologique
L’INSAP a le privilège de compter le seul département d’anthropologie sociale au Maroc. C’est un petit département
qui regroupe aujourd’hui quatre enseignants chercheurs. Hormis la formation à laquelle il contribue, il n’a pas
encore pleinement trouvé sa place au sein de cette institution. Au niveau de la recherche, deux possibilités se
présentent :
• étoffer le corps des enseignants chercheurs afin que le département élabore ses programmes de recherche
spécifiques sur des thématiques pertinentes au regard des mutations profondes que connaît la société marocaine ;
• participer aux programmes des départements de l’archéologie et de la muséologie en conduisant des recherches
sur des thématiques transversales et selon une approche pluridisciplinaire.
48 Orientations stratégiques…
g. Publications
Les différents travaux de terrain aussi bien archéologiques qu’anthropologiques engendrent des résultats qui
gagneront à être publiés. Ainsi, à l’horizon de 2020, nous escomptons la publication de :
• 3 numéros du BAM ;
• 3 numéros de l’ETAM ;
• 2 numéros des VESAM.
Atelier de formation sur les plans de gestion des médinas, tenu à Rabat les 4 et 5 octobre 2012
… pour la gestion et le développement du patrimoine culturel marocain 49
b. Formations à développer
• Conférenciers de musées et de monuments ;
• Animateur du patrimoine ;
• Architectes-restaurateurs des monuments historiques ;
• Restaurateurs d’objets patrimoniaux (mosaïque, métal, céramique, bois ; tissus, tapis, etc.) ;
• Scénographes ;
• Spécialistes du patrimoine culturel immatériel.
Si le bilan de la formation aux métiers du patrimoine est globalement positif dans la mesure où le patrimoine
culturel est actuellement pris en charge par des cadres spécialisés et conscients de l’importance de leur mission,
il n’en demeure pas moins que de nombreuses lacunes subsistent pour une meilleure protection et mise en
valeur de l’héritage culturel national. De nombreux métiers restent à développer, ce qui ne peut se faire que par
l’élaboration de nouvelles filières et par la mise en valeur des métiers du patrimoine.
Si ces conditions sont réunies, nous escomptons former 200 étudiants à l’horizon de 2020 dont le tiers sera
spécialisé en Muséologie.
6. Pour l’accompagnement de la Fondation nationale des musées dans la mise a niveau des
institutions museales
Une nouvelle structure de gestion a été créée en vertu du Dahir n° 1-10-21 du 18 avril 2011 promulguant la loi
n° 01-09, portant institution de la « Fondation nationale des musées ». Conscient de l’intérêt de cette initiative,
le Ministère de la Culture œuvrera pour faciliter la tâche de cette institution dans ses missions de gestion et de
conservation des collections muséales. Il l’accompagnera pour mener à bien ses activités visant, comme le stipule
la loi de sa création, à « valoriser le patrimoine muséographique national en harmonie avec les dispositions de la
loi n° 19-05, relative au patrimoine mobilier, modifiant et complétant la loi n° 22-80 ».
Étant tenu, selon la loi créant la Fondation, de transférer une première liste de musées, le Ministère de la Culture
devra en outre établir avec la Fondation une convention en vue d’asseoir une collaboration entre les deux parties.
Bien plus, les opérations d’inventaire systématique des collections sont en cours, l’inscription des œuvres et des
pièces archéologiques va continuer. L’appui du Ministère à la Fondation nationale des musées portera aussi sur
la formation et la formation continue ainsi que sur les différentes missions de gestion des collections de musées.