Monnaie
Monnaie
La monnaie est un instrument de paiement spécialisé accepté de façon générale par les
membres d’une communauté en règlement d’un achat, d’une prestation ou d'une dette. Elle a
trois fonctions principales :
Certains auteurs considèrent que la capacité d’éteindre des dettes et des obligations,
notamment fiscales, constitue une quatrième fonction appelée "pouvoir libératoire" de la
monnaie.
Une monnaie se caractérise par la confiance qu’ont ses utilisateurs dans la persistance de sa
valeur et de sa capacité à servir de moyen d'échange. Elle a donc des dimensions sociales,
politiques, psychologiques, juridiques et économiques.
La monnaie a pris au cours de l'histoire les formes les plus diverses : bœuf, sel, nacre, ambre,
métal, papier, etc. Après une très longue période où l'or et l'argent (et divers métaux) en ont
été les supports privilégiés, la monnaie est aujourd'hui presque entièrement dématérialisée et
circule majoritairement sous des formes scripturales ou électroniques.
Chaque monnaie est définie, sous le nom de devise, pour une zone monétaire donnée (le plus
souvent un État). Elle y prend la forme de dépôts, de billets de banque et de pièces de
monnaie, dites aussi monnaie divisionnaire. Les devises s'échangent entre elles dans le cadre
du système monétaire international. De facto depuis 1973 où les parités des principales
monnaies mondiales cessent d'être défendues et de jure après les accords de la Jamaïque en
1976, les devises ne sont plus étalonnées directement ou indirectement par un poids de métal
précieux. Leurs valeurs relatives fluctuent sur un marché international des devises dans le
cadre d'un système de changes dits flottants ou flexibles.
En raison de l'importance de la monnaie, les États ont très tôt cherché à s'assurer le maximum
de pouvoir monétaire, en définissant une devise officielle et en faisant de cette devise l'un de
leurs symboles et une marque de leur puissance. Ils se sont arrogés progressivement un peu
partout le monopole de l'émission des billets et des pièces. Ils exercent un contrôle sur la
création monétaire des banques via la législation et la politique monétaire des banques
centrales.
En l’absence de monnaie, les échanges ne peuvent se réaliser que sous forme de troc d’un
bien contre un autre. Pour que deux agents A et B échangent des biens X et Y, il faut que
celui qui possède X préfère Y et que celui qui possède Y préfère X. C’est ce qu’on appelle la
condition de « double coïncidence des désirs ». Cette condition limite sévèrement le nombre
de situations où le troc est possible pour un particulier dans la vie courante.
Une opération d'échange d'un bien contre un autre est ainsi dissociée en deux opérations
séparées dans le temps : d'abord l'échange du bien possédé contre de la monnaie, et ensuite
l'échange de la monnaie contre le bien désiré. La fonction de moyen de paiement, quelquefois
présentée comme une quatrième fonction de la monnaie, n'est qu'un aspect de sa fonction
d'intermédiaire dans les échanges. En facilitant les échanges, la monnaie est un outil essentiel
du commerce libre.
La monnaie facilite l’emploi salarié, la division du travail et l'établissement des contrats. Elle
donne une expression commode aux obligations privées nées de toutes les sortes de contrat,
ou publiques (amendes, taxes, impôts) dès lors que la puissance publique lui donne un
pouvoir libératoire.
C’est une institution fondamentale pour l’économie des sociétés modernes fondées sur la
liberté du travail, des productions, de la consommation et de l’épargne.
La capacité de la monnaie est pratiquement garantie à court terme : il est rare qu'elle soit
amputée fortement de sa valeur du jour au lendemain, même si cela s'est déjà produit. À plus
long terme le pouvoir d’achat de l’unité monétaire est réduit par l’inflation. Pour échapper à
ce phénomène, les épargnants cherchent à placer leur épargne plutôt qu’à la conserver sous
forme de monnaie, sauf en cas de panique.
L’humanité a représenté la valeur économique d’un bien ou d’un revenu sous forme abstraite
depuis la plus haute antiquité. Le bœuf ou le blé ont été des repères fréquents. Ces repères
servaient dans presque toutes les sociétés antiques pour fixer l’étagement des compensations,
par exemple pour payer les amendes, répartir les productions, évaluer les rapports de troc, et
fixer les rémunérations en nature.
Le faible nombre de produits disponibles et la tradition fixaient le rapport de valeur entre les
biens d’une façon presque constante. Il y eut donc dans le passé de nombreuses unités de
compte qui n'étaient pas des monnaies circulantes. Ce fut notamment le cas de l'Égypte des
Pharaons, de la civilisation aztèque, des formes primitives des sociétés grecques et romaines
(la tête de bœuf) ou des formes féodales au haut Moyen âge après la dislocation de l'Empire
romain3. Leur organisation sociale hiérarchisée et le caractère primitif des productions
permettaient des modes de production, de distribution et d'échange reposant sur la contrainte
et limitaient l'échange libre au troc.
En revanche, une monnaie circulante devient naturellement l’unité de compte qui sert à
exprimer les prix. Dans un contexte où les biens sont très nombreux et où les prix relatifs
peuvent varier fréquemment sur des marchés libres, l’expression monétaire du prix est la
seule possible. Les agents fixent leur consommation en fonction de leur revenu disponible et
de leur épargne exprimés en unités monétaires, et arbitrent leur consommation en fonction des
prix des produits constatés sur les marchés. Le marché du travail permet également de fixer
une valeur monétaire au salaire.
La monnaie est ainsi un moyen universel d’expression de la valeur des flux et des stocks. On
parle de calcul économique quand cette évaluation est faite a priori et de comptabilité quand
elle est faite a posteriori.
Il arrive que des populations persistent à exprimer des prix dans des monnaies qui n'ont plus
cours depuis longtemps (le sou, le franc français depuis le passage à l'euro et l'ancien franc
avant lui, la guinée dans les magasins de luxe britanniqueN 1, etc.). Ces exemples anecdotiques
montrent l'emprise psychologique forte des monnaies de compte et la rémanence des prix
exprimés dans les anciennes monnaies, l’absence de connaissance des prix dans la nouvelle
empêchant « de se rendre compte » de l’importance d’un prix ou d’un revenu annoncé, faute
d’échelles familières. Un changement de l‘unité nominale d’une monnaie est toujours un
traumatisme pour les populations comme on l’a vu lors du passage à l’euro.
L’humanité a toujours montré le plus grand pragmatisme dans le choix de ses monnaies
divisionnaires qui circulent très vite et restent très peu de temps dans la poche des usagers. Le
risque qu’elles perdent leur valeur pendant la période où elles sont conservées est quasi nul
sauf très rares exceptions, et les sommes en jeu ne sont pas telles que la perte de valeur par
démonétisation soit réellement grave.
Beaucoup des objets présentés comme monnaies primitives sont en fait de la petite monnaie
dont la valeur intrinsèque n’a pas grande importance pourvu que l’objet ait une certaine
résistance et ne soit pas facile à dupliquer. Les coquillages (les cauris) en Chine ont par
exemple joué un rôle multi-millénaire de petite monnaie (jusqu’à la fin du XIXe siècle) alors
même que les étalons monétaires changeaient ainsi que l’étalon de la monnaie principale. Ces
cauris se retrouvent un peu partout et servirent très longtemps de petite monnaie en Afrique.
Pas de commerce de détail sans petites monnaies ! Ce qui rend les usagers peu regardants sur
les substituts si la monnaie divisionnaire officielle vient à manquer. Sur les autoroutes ou dans
les commerces italiens, on utilisait dans les années 1960 le bonbon pour le rendu de la
monnaie aux péages des autoroutes. La dévaluation de la Lire avait rendu plus avantageux de
fondre les pièces officielles de 10 lires que de les laisser en circulation, suscitant une
étonnante prolifération de bonbons de mauvaise qualité.
Le billet nait comme substitut pratique mais provisoire et remboursable des monnaies
métalliques. Après une histoire tourmentée, il finira par les remplacer totalement. On passe du
billet de banque au papier monnaie.
Le premier billet a été utilisé au XIe siècle en Chine4 5 6 à une période où une pénurie de métal
bloquait le monnayage. Les Jiao Z I étaient des planches en bois portant inscription à l’encre
vermillon et noire émises en règlement en substitut d’argent métal par des commerçants pour
leur usage propre. Ces planches ne circulaient pas sur les marchés. Mais même limitée cette
circulation n’alla pas sans abus qui permirent à la dynastie Song, à court de numéraire, de
prendre l’initiative en 1024 de monopoliser l’émission et d’en rendre le cours légal : le papier
monnaie pouvait dés lors être utilisé pour payer ses impôts. L’opération est un succès. Le
papier monnaie sera utilisé plusieurs siècles durant profitant de progrès techniques comme le
moulin à papier introduit en 1168 permettant d’imprimer sur un papier à base de pâte d’écorce
de murier. Le papier disparaît à partir du XIVe siècle à la suite d’émissions excessives, des
exactions mongoles, de la grande peste puis de l’abondance de l’argent fourni par Venise.
Il réapparait à Amsterdam en 1609 pour faire face à une situation ennuyeuse pour un
commerce alors en pleine expansion sur cette place. Plus de 400 pièces différentes de
monnaies métalliques, plus ou moins rognées, plus ou moins trafiquées, circulent
difficilement compte tenu des contrôles qui s’imposent à chaque échange. La banque
d'Amsterdam a l’idée de recevoir toutes les monnaies (à un prix cassé) pour les refondre et les
transformer en une monnaie métallique d’aloi certain. Au lieu de rendre directement cette
nouvelle monnaie aux déposants, elle émet des certificats de dépôt représentant cette monnaie
et convertibles à vue. Le métal collecté sert à financer la prise de pouvoir par Guillaume
d’Orange. La conjonction d’une innovation bancaire et d’un calcul politique se retrouvera à
travers l’histoire. Le Florin Banco ne circule pas dans le petit commerce.
En 1619, la Banque de Hambourg, créée par un banquier vénitien, Warburg, reçoit sa charte et
travaille sur le mode de la banque d'Amsterdam. En 1661, la banque de Suède se constitue sur
des bases comparables et crée véritablement le premier billet de banque occidental. La banque
d’Angleterre démarre en 1694, s’implante symboliquement sur l’emplacement du temple de
Mithras et obtient le privilège d’émission en contrepartie du financement massif des besoins
financiers de Guillaume III. Vient alors le tour de l’Écosse qui, excentrée par rapport au lit du
commerce, manque régulièrement de numéraire. La Bank of Scotland, créée en 1695, est
totalement indépendante et émet ses billets selon les règles prudentielles qu’elle se donne.
À la fin du XVIIe siècle, les billets sont une innovation à grand succès (alors que beaucoup
croient qu'ils datent du XIXe siècle). La technique est prête à essaimer partout dans le monde.
Les Écossais en seront les promoteurs. C’est en effet un Écossais qui dirige la Banque
d’Angleterre, un autre qui crée la première banque au Canada (qui conservera son droit
d’émission jusqu’en 1934). Et c’est à l’Écossais John Law7 que la Régence, aux prises aux
difficultés budgétaires laissées par le Grand Siècle, fait appel pour mettre en place un système
du même genre : les monnaies métalliques seront apportées à la banque et mises aussitôt à la
disposition de la Régence. En contrepartie, des billets seront mis en circulation remboursables
en une quantité donnée de métal précieux monétaire.
L’opération s’avère positive de 1716 à 1719. Elle ranime une activité commerciale déprimée.
Comme les banquiers italiens de Florence, Law en profite pour se faire affermer la collecte
des impôts et attribuer le monopole d’opérations commerciales extérieures avec la compagnie
perpétuelle des Indes.
Le cumul de deux innovations, la banque émettrice de billets et les grandes compagnies par
actions, allait provoquer l’apparition d’un agiotage frénétique. La Régence rembourse les
actionnaires en 1719, impose de nouvelles émissions et force Law à introduire, malgré ses
plus vives protestations, une modification des statuts de sa banque : le billet n’est plus
remboursable en une quantité précisée de métal précieux (« en monnaie de même poids et
même titre que la monnaie de ce jour » est l'expression exacte) mais « en espèces d'argent »8.
Puissance de la sémantique, la différence est rapidement perçue et la bulle financière éclate.
La banque est submergée de demandes de remboursement jusqu’à la banqueroute générale.
Law est exilé à Venise. L’idée d’une banque émettant des billets est déconsidérée en France
pour un temps.
Mais pas ailleurs. La banque d’Angleterre survit au krach de la Compagnie des Mers du Sud,
après une frénésie boursière identique à celle qui a perdu Law et avec le temps devient le
modèle de la banque d'émission.
Dans les colonies américaines de la couronne britannique, le besoin de monnaie est chronique.
Il est tel que la monnaie traditionnelle des « peaux rouges » comme le Wampum circule et que
certains états mettent en œuvre des monnaies agricoles comme le tabac9.
La première émission de monnaie papier a lieu au Massachusetts en 1690. Elle est suivie
d’une autre en Pennsylvanie en 1723 complétée par une seconde en 1729, avec de bons
résultats sur l'activité. D'autres expérimentations eurent lieu un peu partout, l'argent étant émis
par le biais de la dépense publique. L'exception du Maryland est remarquable : tous les
contribuables recensés reçurent 30 shillings en billets ! Il est à noter que toutes ces émissions
de billets furent rachetées en espèces au bout d'un certain temps.
La querelle entre colonisateur et colonisé, illustrée par les campagnes de Benjamin Constant
qui publie en 1729 sa Modeste enquête sur la nature et la nécessité d'une monnaie de papier,
porte largement sur la volonté de l’Angleterre d’imposer sa monnaie ce qui arrivera,
provoquera une récession dans les colonies et accélérera le mouvement vers l’indépendance.
La révolution américaine se finance par l’émission de billets dits « du congrès ». L’inflation
sera immédiate et après 42 émissions tournant à l'hyperinflation cette monnaie disparaîtra non
sans laisser le dicton « Ça ne vaut même pas un billet du Congrès ».
La révolution française pour les mêmes raisons se finance par l’impression de billets, les
assignats, dont on assure la garantie sur la valeur des biens nationaux confisqués au clergé et à
la noblesse. La terre garantit la monnaie. Comme pour le système de Law les débuts sont
excellents avec une reprise de l’activité et la constitution de remarquables fortunes comme
celle des Perrégaux, futur créateur de la banque de France. L’abus d’émission finit par faire
perdre toute valeur aux assignats qui resteront de sinistre mémoire.
Les deux siècles qui suivront verront la généralisation des billets avec une double évolution :
Les banques privées n’ont désormais plus le pouvoir d’émettre des billets, mais en
contrepartie, elles ont conservé et étendu celui d’émettre de la monnaie de crédit.
Les petites coupures sont des billets qui s’apparentent à la monnaie divisionnaire métallique
avec laquelle elle entre en concurrence. Le plus petit billet reste dans les encaisses des
commerçants et dans la poche des consommateurs. Ils ne sont pas souvent remis aux banques
et ne reviennent que lentement à l’institut d’émission. C’est la raison de leur plus grande
usure et saleté. Une polémique a été lancée en France pour la mise en circulation de billet
d’un Euro, moins coûteuse à produire que la pièce. L’impossibilité d’en garantir la propreté et
l’intégrité explique la réticence de la BCE à aller en ce sens.
Banque d'Écosse
Article détaillé : Monnaie scripturale.
Il a fallu une longue maturation pour que les agents économiques confient leur monnaie aux
banques sous forme de dépôt. Actuellement c'est devenu le principal réservoir de monnaie. La
principale raison est la sécurité offerte par les banques pour la conservation de l'épargne
liquide, moins aléatoire que celle du bas de laine, et les facilités de paiement offertes par le
système bancaire.
Tant que le chèque était payant et n'était pas accepté par l’État pour le paiement des impôts, le
développement en fut lent. La possibilité de payer ses impôts par chèque date de Napoléon III
qui fixe par les lois de 1865 les règles de son usage. En France, la possession de compte
chèque ne s'est généralisée qu'à partir des années 1960. L’emploi du chèque est aujourd’hui
très règlementé. Même s’il n’a pas cours légal (il peut être refusé par les commerçants) la loi
en a imposé l’usage pour nombre de paiements, ne serait-ce que pour assurer la traçabilité des
mouvements de fonds importants. Il est actuellement interdit de se transporter avec plus de
10000 euros en liquide dans le cadre d'un règlement valable pour l'Europe10, ce qui implique
des règlements via un compte bancaire pour toutes les grosses transactions.
La carte de crédit qui permet d’assurer un paiement garanti jusqu’à une certaine somme par
l’émetteur sans avoir se préoccuper de la provision du compte en banque de l’acheteur,
malgré son coût pour le vendeur, s’est désormais généralisée et l’emporte sur le chèque pour
la plupart des achats un peu coûteux en boutiques et pour presque tout sur Internet.
Les dispositifs électroniques de virement comme par exemple le système Swift permettent de
faire circuler les monnaies à travers le monde à grande vitesse. Instantanéité et ubiquité ont
donné un intérêt d’usage inégalable au dépôt bancaire pour les transactions de placement ou
d’achat liées à la mondialisation.
Les banques n'offrent pas leur service monétaire sans contrepartie. Outre que certains moyens
de paiement sont les plus souvent payants (virement, cartes bancaires)les dépôts fournissent
aux banques l'essentiel des ressources affectées aux prêts. À son tour le crédit permet de créer
de la monnaie dans la mesure où l’écriture créditée sur le compte de l’emprunteur est acceptée
comme base de paiement par les commerçants et d’autres banquiers. Cette acceptation a
d’abord été limitée aux réseaux de commerçants intéressés par l’emploi de monnaies
scripturales pour des raisons pratiques, puis s’est généralisée par différents dispositifs
prudentiels soit privés (la sélection des risques, l’ampleur des réserves en liquidité) soit
d’organisation générale, comme l’instauration de banque centrale prêteuse de dernier ressort,
la règlementation bancaire et la mise en place d'une politique monétaire.
L’inconvénient systémique du fait de lier dépôt et crédit est le risque d’un afflux de demandes
de conversion en billets, appelé crise de liquidité, par opposition à la crise de solvabilité qui
qualifie la déconfiture des crédits d’une banque entraînant sa banqueroute «de son fait» et non
pas à cause d’une panique générale. Ce risque a conduit les États à accorder des garanties
publiques aux dépôts bancaires pour éviter les ruées dévastatrices. Ces garanties ont été
récemment élargies et mieux coordonnées entre les États européens pour éviter une
concurrence déstabilisatrice basée sur ce seul aspect.
L'autre inconvénient de la monnaie créée par le crédit est qu'il est fugace : la monnaie
disparaît lorsque le crédit est remboursé. Alors que l’émission de billets par les banques
centrales est aujourd'hui permanente. La disparition de la monnaie de crédit suit donc celle du
crédit. Un « credit crunch », une déflation brutale de la masse monétaire qui asphyxie les
entrepreneurs, se produit quand les restrictions de crédit deviennent trop importantes.
La panique mondiale de septembre 2008 déclenchée par la crise dite des subprimes, les crédits
hypothécaires risqués américains, et marquée par la faillite de la banque américaine Lehman
Brothers, et la déstabilisation universelle des institutions financières, laisse craindre un
événement de ce genre.
La monnaie électronique est une monnaie stockée sur des dispositifs électroniques mobiles
permettant également des paiements. La monnaie stockée dans ces appareils ne figure plus
dans les dépôts bancaires. Il s'agit bien d'une forme sui generis distincte des trois précédentes.
Actuellement la seule monnaie électronique en France est celle qui peut être chargée sur les
dispositifs Monéo.
Comme pour toutes les monnaies l'adoption de la monnaie électronique pose la question de la
réalité des droits transférés au moment du paiement. Elle est actuellement garantie par le
consortium de banques qui soutient Monéo. Cela veut dire que le commerçant qui a constaté
des versements en monnaie électronique peut les reverser sur son compte de dépôt sans
contestation possible de la part de Monéo et des banques affiliées, qui pensent elles-mêmes
s'être assurées que personne ne peut créer de la fausse monnaie sur leur carte. De même la
confiance du propriétaire du porte-monnaie électronique est cruciale. Il veut être sûr que la
monnaie qu'il y a versée ne sera pas contestée.
Les très faibles montants que l'on peut stocker (100 euros maximum) et la très faible valeur
des opérations unitaires (moins de trente euros pour une opération sans vérification) ainsi que
la relative nouveauté du dispositif expliquent que la monnaie électronique soit encore
marginale. Mais c'est une monnaie dont l'usage possède un réel potentiel de diffusion.
Distinguons bien la monnaie électronique de son support de stockage. Qu'il s'agisse d'une
carte à puces, d'un téléphone portable ou d'une clé USB, ces outils ne sont pas de la monnaie.
Il ne faut pas confondre non plus la monnaie électronique qui peut être stockée sur les
différents supports Monéo et les dispositifs de prépaiement ou les cartes bancaires dans leur
usage non Monéo (on peut actuellement se servir de sa carte bancaire comme porte-monnaie
électronique).
Une carte bancaire permet de virer via un terminal de paiement une somme d'un compte de
chèque à un autre. Elle ne stocke aucune monnaie et n'est pas en elle-même de la monnaie.
De même les dispositifs de pré-paiement n'acquièrent pas du fait qu'ils soient électroniques un
caractère monétaire. Une carte métro-bus ou une carte de prépaiement de parking ne sont pas
de la monnaie. Pas plus qu'un abonnement annuel à une revue ou une inscription à un club de
golf ou une carte magnétique permettant d'aller au Louvre quand on veut. La prestation sera
effectuée progressivement. Elle a été payée d'avance. La vraie monnaie est dans le compte du
fournisseur.
Pour les besoins de l’analyse monétaire a été développé un concept de « quasi monnaie »
constitué par des placements bancaires pratiquement immédiatement disponibles mais qui
imposent un passage par un compte bancaire pour pouvoir être utilisés. Les opérations de
liquidation pouvant être faites quasiment en temps réel, il n’est pas absurde de considérer que
ces comptes sont quasi liquides et s’apparentent à la monnaie.
Les différents agrégats monétaires ont été définis sur une base statistique internationale.
M1 correspond à la monnaie fiduciaire (billets et pièces en circulation) détenue par les agents
non financiers, plus les dépôts « à vue » (dans les banques et les caisses d'épargne). À fin juin
2008, en zone euro, M1 = 3 838 milliards d'euros
M2 = M1 + les dépôts à terme à moins de 2 ans et dépôts avec préavis de moins de 3 mois
(tels les livrets A et bleu, CODEVI, compte d'épargne logement, livrets d'épargne populaire,
livrets jeunes, etc). À fin juin 2008 en zone euro, M2 = 7 667 milliards d'euros.
M3 = M2 + les titres de pension, les titres de créance émis à moins de 2 ans (tels les
obligations et les bons à moyen terme négociables, ainsi que les titres d'OPCVM et les
instruments du marché monétaire (SICAV monétaires, certificats de dépôts, bons des
institutions et sociétés financières). À fin juin 2008 en zone euro, M3 = 9 022 milliards
d'euros.
M0 qui n'est plus guère utilisé (on parle plutôt de « base monétaire ») n'est pas un agrégat
monétaire: il correspond à la monnaie émise par la banque centrale (billets + solde créditeurs
des banques secondaires à la banque centrale). En 2005 en Europe, M0 = 514 milliards
d'euros11.
Ces chiffres sont à rapprocher du montant du PIB en Euroland (15 pays de la zone Euro) au
31 décembre 2007 : 8 927 milliards d'Euros 12.
Tout ce qui affecte la masse monétaire peut avoir un effet direct et massif sur l'activité
« réelle ».
L’interprétation de ces agrégats est devenue complexe du fait des changements structurels qui
se sont produits récemment et l’introduction dans les produits relevant normalement de M3 de
nouveaux instruments financiers complexes comme les CDO ( Debt Obligations).
Le ratio M1/PIB est passé de 0,40 en 1950 à 0,25 en 1982. Depuis il oscille autour de 0,25 13.
Cette baisse traduit une meilleure gestion des trésoreries par les entreprises et par les
particuliers qui placent de mieux en mieux leur solde de compte créditeurs. En revanche, si on
prend la valeur absolue de M1 et qu’on retranche l’inflation on constate en général que
pendant les récessions M1 se contracte et se dilate pendant les phases d’expansion,
correspondant à une plus grande prise de risque et un accroissement de l’endettement par les
agents économiques.
Le 23 mars 2006, la Réserve fédérale américaine a cessé de publier M3, considérant que cet
indicateur « n’était pas utilisé ». La BCE continue à le faire même si Christian Noyer, l’actuel
gouverneur de la Banque de France a précisé que l’introduction de nouveaux produits en
changeait l’interprétation14.
L’examen rétrospectif de M3 montre le gonflement de la bulle immobilière et le début de son
renversement à fin 2007 qui allait précipiter le blocage puis la dégringolade des marchés
financiers et des banques.
Le pouvoir du système bancaire dans son ensemble de créer de la monnaie apparait bien si on
fait l'hypothèse d'une banque unique. Tout prêt à un agent est dépensé et la monnaie sort du
compte du déposant concerné mais la monnaie revient à la banque unique, dans les comptes
des fournisseurs ou prestataires, qui dispose à nouveau de la liquidité nécessaire à d'autres
prêts.
Mais l’expansion du passif est instable car il existe des possibilités organisées ou spontanées
de ponction sur leur circuit monétaire propre. Ces « fuites » sont :
Exemple :
Imaginons que la demande de monnaie fiduciaire est constatée à 20% des dépôts, que les
réserves obligatoires soient de 8% et que les banques disposent de réserves excédentaires
auprès de la banque centrale pour un montant de 100.
S’il y a demande de crédit des ANF, elles peuvent accorder un nouveau crédit de 100, et, en
assurant le total des fuites de 28, il leur restera 72 de réserves excédentaires.
Ces réserves vont, à leur tour, permettre 72 de nouveaux crédits, et le total des fuites sera de
20,2, le solde des réserve deviendra 51,9.
Ainsi de suite pour arriver à ce que les réserves excédentaires soient de 0, puisque le total des
fuites sera de 100.
Dans cet exemple, au total, à partir de 100 de monnaie centrale, les banques auront créé 357,
71,4 se retrouveront en monnaie fiduciaire, 28,6 en réserves obligatoires auprès de la banque
centrale et le retour des dépôts dans le système bancaire sera de 285,6.
Il y a donc bien création de monnaie par le système bancaire à partir du montant de monnaie
centrale dont elles disposent (base monétaire).
k = 1 / b + h (1-b)
avec b, coefficient de fuite sous forme de billets, et h le coefficient de fuite des réserves
obligatoires.
Sachant que dans la zone euro b = 15% et h = 2%, le système bancaire ne peut multiplier le
crédit qu'au maximum 5,48 fois.
Les banques commerciales sont tenues également à des règles dites prudentielles (Bâle 2 –
ratio Mac Donought) afin que les crédits qu’elles font ne dépassent pas différents ratios par
rapport aux fonds propres et aux dépôts de leur clientèle. L'extension de la titrisation et des
opérations hors bilan leur a permis largement ces dix dernières années d'échapper à ces
contraintes.
Pour limiter l’expansion du crédit et donc de la masse monétaire, la banque centrale peut agir
pour réduire la liquidité générale (opération d'open market) ou augmenter les taux de
refinancement en monnaie centrale (ce levier a été le moyen privilégié de contrôle de la
plupart des banques centrales ces dernières années).
Dans certaines formes d'organisation du contrôle bancaire, les autorités peuvent aussi agir
directement sur la quantité de crédit offerte par les banques. C’était par exemple le cas en
France dans le cadre des lois Debré dans les années soixante.
Les crédits doivent être remboursés. Lorsqu’ils le sont la destruction monétaire suit
exactement les mêmes règles que la création dans le sens contraire. L’activité monétaire de
crédit joue donc dans les deux sens. Si globalement les banquiers freinent puis réduisent leurs
crédits il y aura diminution de la masse monétaire.
Du désir d'encaisse liquide des agents économiques qui dépend étroitement de leurs
anticipations en matière de revenu, d'épargne, d'inflation ainsi que de l'idée qu'ils se
font de la solidité des placements possibles.
Des anticipations des banquiers qui, selon la conjoncture, privilégieront l'extension ou
la défense de leur bilan.
De l'action des autorités de régulation, par la règlementation ou par l'intervention.
Des autres sources de création monétaire qui l'alimentent plus ou moins
généreusement en dépôts (solde de balance des paiements, création monétaire par le
trésor public là où elle est possible).
Les banques doivent faire face aux fuites correspondantes aux besoins de monnaie banque
centrale : réserves obligatoires (2% dans la zone euro) et demande de monnaie fiduciaire
(estimé en moyenne à 15% des dépôts à vue, mais variable suivant les périodes et les lieux).
Si chaque banque accorde des crédits en fonction de ses parts de marché de dépôts, les fuites
se compensent et le marché bancaire est équilibré. Mais si ce n'est pas le cas, pour ajuster leur
trésorerie en monnaie banque centrale, les banques vont se tourner vers le marché monétaire
(Euribor, par exemple) qui leur permettront de placer, auprès des autres banques et
établissements financiers, leurs excédents ou d’obtenir d'eux le financement de leurs besoins
de monnaie centrale, après compensation journalière des mouvements entre banques.
Les opérations de la banque centrale sur les taux d’escompte et les opérations d’open market,
conjointement avec les règles de mises en pension de certains actifs monétaires, sont censées
réguler ce marché. Du fait d’une abondance excessive de liquidité des établissements
financiers, les taux du marché peuvent devenir inférieurs aux taux de refinancement de la
banque centrale. En cas de tension sur le marché monétaire, une mise à disposition de
liquidité (refinancement) par la banque centrale est de nature à réguler la situation.
Lorsque (comme ce fut le cas en 2008) aucune banque ne fait plus confiance aux autres, il
advient un blocage des prêts inter bancaires ou un taux de prêt trop élevé. Cette situation
bloque le marché monétaire et impose des refinancements massifs par les banques centrales
pour permettre aux banques commerciales d'assurer leurs besoins de monnaie centrale.
Si on parle de monnaie dès qu’un objet a été mis en réserve pour un usage d’échange ultérieur
ou à été utilisé régulièrement comme contrepartie des échanges ou qu’un symbole de
dénombrement a permis de comptabiliser un bien, les premières monnaies remontent aux
racines de l’humanité. La liste des matières ayant pu servir à l’une ou l’autre de ces fonctions
devient également quasiment infinie. En vérité, on peut épargner, troquer, compter en
n’importe quelle matière. Pour les tout petits achats, où la perte à l’échange n’a pas grande
importance, on a utilisé de tout temps comme moyen d’échange des objets commodes à
transporter et sans réelle valeur propre sans que cela soit véritablement des monnaies. Parmi
les moyens d’échange un peu réguliers que l’humanité a imaginés figurent :
Des matières naturelles : la pierre, le sel, le poivre (notamment en France au Moyen
âge), l’ambre, les pierres précieuses, les coquillages.
Des produits artisanaux : Pagne (Égypte, Afrique), verroterie (GnaïGnaï, perle « œil
de chat » du Sénégal en Afrique), couteaux (Chine), araires (Chine), haches
métalliques (Chine, pays celtiques), hâchoirs (peuples précolombiens), métrage de
tissu (Égypte, Amérique du Sud et du Nord, Afrique (Les Gabback du Nigéria)),
anneaux (Égypte), trépieds métalliques (Grèce), fer martelé (Guindja d'Afrique
centrale), alcool (Amérique), fusils (Amérique), etc.
Des humains : Les esclaves (Alger et empire Ottoman, l'achat par le sultan pour les
galères faisant office de banquier de dernier ressort) (commerce triangulaire avec
l'Amérique).
Des monnaies basées sur des objets ont persisté jusqu’à la fin du XIXe siècle (le sel au Tibet,
les cauris en Chine, en Inde et en Afrique…) et réapparaissent sporadiquement lorsqu’il y a
pénurie de monnaie, notamment pendant les grandes périodes de désordre et de pauvreté (le
paquet de cigarettes en Allemagne juste après guerre). Ces phénomènes ne sont pas seulement
anecdotiques : ils démontrent le besoin de disposer d'un moyen d’échange.
Les unités de compte existent depuis plus de 2 000 ans. Elles sont souvent dérivées des unités
de poids.
Une unité de compte, le Mine, existe par exemple dans l'empire d'Akkad (2300-2200 avant
J.C.).
L’Égypte antique des Pharaons dispose d’une série d’unités de compte : le Sha, le Deben son
multiple, ou le Quite le dixième du Deben utilisés quotidiennement par les scribes.
Les Aztèques (plus tard mais à un niveau de développement comparable) disposaient d’un
système de numération et également d’une unité de compte étalon le Quachtli égal à 100
cabosses de cacao ou une pièce de coton (l’Ixtle).
Mais la forme très hiérarchisée de ces sociétés, le peu de liberté des producteurs, le faible
nombre de produits, le peu de division du travail, le rôle écrasant des autorités dans la collecte
et la répartition des productions, expliquent que ces unités de compte ne circulaient pas. En
Égypte, seul le troc était légalement autorisé. Chez les Aztèques, on ne commence à voir une
circulation de la cabosse de cacao qu’à partir de l’arrivée des Européens16,17.
Au pouvoir par l’intermédiaire des tributs qui était acceptés en toute matière y compris
l’or ou les objets précieux comme les trépieds métalliques.
L’abandon progressif des sacrifices humains (au VIIe siècle av. J.-C.) pour se concilier les
dieux laissa la place aux sacrifices d'animaux et aux donations en objets de valeur, notamment
en or. La représentation des Dieux en métal précieux dans les temples perdurera longtemps,
par exemple la statue chryséléphantine d'Athéna au Parthénon. « L'argent servait de tribut et
n'était pas mis en circulation »18. Le dicton égyptien « L’or est le sang des Dieux » 1920 fut et
resta valable bien au-delà de l’Égypte antique21.
Les sanctuaires étaient le lieu d’une intense activité de dons et de contributions. L'ékaté est un
dixième religieux du même type que la dîme. « Les sanctuaires grecs étaient
incontestablement des agents économiques. Les Dieux étaient des manieurs d'argent »22. Les
pratiques religieuses autour de la monnaie continueront après la création de la monnaie
comme en témoigne la tradition de mettre une obole dans la bouche des défunts qui traversera
les âges grecs anciens (On donnait ainsi symboliquement la pièce à Charon, gardien du Styx,
le fleuve barrant l’entrée de l’empire des morts).
Jusqu’à ce qu’un roi lydien désacralise partiellement l’or et le fasse circuler sous forme de
pièces d’autant plus facilement acceptées qu’elles permettaient en dernier recours de se
dégager de ses obligations régulières vis-à-vis des Dieux et du temple. Le commerce des
prostituées (proches des temples) et l’ensemble du commerce de détail local furent bientôt
alimentés par ces pièces de monnaie qui étaient pratiques et qu’on était à peu près sûr de
pouvoir échanger contre tout bien disponible à la vente23.L’histoire des innovations
monétaires des trois derniers rois de la dynastie des Mermnades, Alyattès (610-560 av. J.-C.)
et Crésus (560-546 av. J.-C.), en Asie Mineure occidentale racontée par Hérodote 24 a été
confirmée depuis par les études archéologiques et numismatiques25. L’or du fleuve Pactole, la
manufacture des pièces et leur circulation dans les villes, les îles (en particulier Égine grâce à
l'or de Siphnos) et jusqu’aux colonies grecques lointaines (des pièces ont été utilisées à
Marseille dès la fondation de la ville) ouvrent une nouvelle page de l’histoire de l’humanité.
« La monnaie n'a sans doute pas été créée pour faciliter les transactions mais aussitôt créée
elle a été adoptée par le commerce ». « La monnaie a accompagné l'apparition du commerce
de détail » 26.
Sans la monnaie, la distribution des biens ne peut se faire que de trois façons :
le don ;
la réquisition ;
l’échange sous forme de compensation : troc de marchandises, ou paiement de
prestations en nature ou « au pair ».
L’échange compensatoire est très compliqué pour les individus et encore plus pour les
pouvoirs publics : comment rémunérer une grosse armée et des cohortes de fonctionnaires ?
La réquisition et la fourniture directe des moyens d’existence élémentaires, agrémentées par la
perspective du pillage est une chose. La mobilisation de citoyens libres en est une autre.
La Cité peut rémunérer les citoyens libres qui la servent avec des pièces qui permettront
d’accéder aux marchandises librement échangées par des producteurs ou des commerçants
libres. Les productions se diversifient, les échanges s’intensifient, le prêt devient facile, la
commandite d’expéditions lointaines aussi. Les hommes quittent les campagnes (où ils étaient
près des vivres) pour les villes (où la monnaie permet de se fournir en vivres).
La monnaie athénienne est une nomisma, de nomos, la règle. La monnaie est frappée sous
contrôle public et a cours légal, c'est-à-dire que si les autorités peuvent rémunérer avec elle
ses prestations, les citoyens peuvent réciproquement payer leurs impôts avec elle. Ils peuvent
aussi solder les dettes de toute nature. La monnaie grecque a un caractère légal et juridique.
Les indemnités accordées par les juges peuvent se faire en monnaie, une nouveauté pleine
d’intérêt qui limite les pensions en nature et les cessions de terre.
Dracon fixait précédemment les amendes en « têtes de bétail », un système fort peu pratique.
La monnaie est l’enfant des libertés publiques, et se voit garantie par les autorités.
Dostoïevski dira « la monnaie est de la liberté frappée ». Elle est aussi le symbole de la force
de la cité, car la cité la plus prospère et la plus forte peut montrer sa supériorité par
l’exposition de son numéraire. La tradition de symboliser les « temples de l’argent » par une
réplique du Parthénon date de là.
En vérité, Athènes monétise principalement l’argent, d’où l’identité historique entre monnaie
et argent. Mais l’Asie mineure conservera le bimétallisme et même le tri métallisme initial de
Crésus avec des monnaies en or, en argent, ou en électrum, avec un rapport relativement
stable entre elles : l’or est à l’argent dans un rapport de 1 à 13 1/3. Le drachme, le statère et le
sicle deviennent les unités de compte de la civilisation helléniques après avoir été des unités
de poids.
Athènes ne monétisera l'or que rarement et dans des conditions d'urgence militaire. Vers 406,
les sept statues d'or du Parthénon sont monnayées27, sous forme de Statère et de Tétradrachme
avec un ratio 1/12 avec les équivalents en argent. Il faudra attendre 267-265 avant J.-C. pour
qu'un second monnayage d'or soit organisé.
La monnaie métallique gagne sur le modèle grec tout le monde antique, en dépit de certaines
résistances comme celle de Sparte qui affichait son mépris pour la monnaie et un adversaire
qui l'utilisait (la cité ne viendra à la monnaie qu'à partir du IIIe siècle av. J.-C.) ou des
Phéniciens, peuple pourtant de négociants qui attendront également quelques temps avant
d'entrer dans le système.
Elle sera un élément central de la vie économique et politique de deux empires : Rome et la
Chine.
Rome [modifier]
Le Solidus
Rome imita la Grèce en matière monétaire comme dans d’autres. Les premières monnaies
furent d’argent et de bronze. Auguste utilisera l’or avec l’aureus. La difficulté à laquelle
Rome fut confrontée est le manque de sources nouvelles et suffisantes de métal monétaire à
l'exception de la montagne espagnole de Las Medulas qui fut proprement détruite dans un
effort frénétique pour se fournir des quantités requises par le paiement des mercenaires (le
site, conséquence géographique de la passion pour la monnaie, est classé au patrimoine
mondial de l'humanité par l'Unesco). Les dépenses militaires furent telles qu’il fallut se
résoudre à de nombreuses dévaluations de la monnaie sous forme de changement des titres
des pièces en métal précieux. La teneur en argent des pièces fondit littéralement au cours des
siècles. Une réforme importante fut entreprise par Dioclétien qui créa une nouvelle unité
monétaire : le solidus en or. Il le fit en volant de façon éhontée tout l’or des temples païens
qu’il put trouver. Le solidus marqua les esprits et la langue française puisque de lui vient le
sol ou le sou.
Les manipulations romaines des monnaies leur ont valu une certaine mauvaise réputation
auprès d’auteurs respectueux des canons de l’orthodoxie monétaire, au point que certains y
ont vu une des sources de la chute de l’Empire romain. JK Galbraith30 ironisera sur ces
raisonnements idéologiques en notant qu’après tous les romains réussirent à dominer le
monde pendant des siècles avec et peut être grâce à une monnaie fondante.
La Chine [modifier]
En Chine, on trouve très tôt l’utilisation d’outils métalliques comme intermédiaires dans des
échanges (des couteaux et des houes) ainsi que des lingots métalliques, notamment en argent.
On ne passe à une véritable monnaie avec tous ses attributs qu’à compter du règne de Qin Shi
Huangdi (221-210 av. J.C.), qui non seulement unifia la Chine et créa la grande muraille mais
imposa aussi l’usage exclusif de la monnaie ronde à trou carré en cuivre qui survécut jusqu’en
1837. C’était une véritable monnaie: elle servait à payer les troupes et était acceptée pour
payer l’impôt. La société l’utilisait sur les marchés sous forme de ligature de Sapèques encore
que des formes non monétaires de règlements aient persisté jusqu’aux époques modernes, la
forme monétaire connaissant à certaines périodes des éclipses importantes. Il n’y eut jamais
assez d’or et d’argent pour frapper des pièces en ces métaux. Mais les gros commerçants
restèrent fidèles au lingot d’argent à travers les siècles, la Chine étant une destination de choix
pour ce métal.
L’usage de la monnaie connaît une régression dans l’Europe du Haut moyen âge avec les
restrictions au commerce et la mise en place presque partout de systèmes féodaux laissant peu
de places aux libertés économiques. Les Mérovingiens utilisent la monnaie ancienne et
abandonnent même la frappe nouvelle sur le modèle des anciennes pièces à des villes ou des
monastères. Les Carolingiens sont moins laxistes et frappent monnaie ainsi que leurs
successeurs. En 781, Charlemagne remplace les pièces anciennes par une nouvelle monnaie
frappée en argent. L'unité de base reste le denier, mais un nouvel étalon apparaît : la livre qui
vaut 240 deniers. Le sou, dont le prestige demeure grand, n'a plus d'existence propre mais
devient un multiple du denier. On a ainsi : 1 livre = 20 sous de 12 deniers = 240 deniers.
Ce système monétaire restera en vigueur pendant mille ans. Il permettra une reprise des
échanges commerciaux et une première renaissance économique.
En Asie mineure, la monnaie d’or reste en circulation pendant toute la durée de l’Empire
d’orient. Le monde musulman, s’inspirant du monnayage parthe (IIIe siècle), met en place un
système monétaire trimétallique : le dinar d’or vient du syriaque denarius aureus, pièce d’or
pour le nom et du solidus pour le poids. Le dirham est la drachme de l’antiquité et le fels, le
follis de la haute époque byzantine. La grande réforme de 696 vit la refonte (au sens propre)
totale des premières monnaies et la mise en place peu après de monnaies faisant référence à
l’Hégire et au Coran.
Monnaies d'argent
Au Moyen Age, toutes les unités monétaires sont définies partout en référence à leur poids
d’or ou d’argent. Sous réserves du contrôle de l’aloi, les monnaies peuvent être changées et
substituées partout sur la base de leur poids d’or et d’argent. À partir du IXe siècle, le
commerce renait avec des foires de plus en plus importantes. Des villes parviennent à obtenir
des franchises et les marchands des latitudes par rapport aux seigneurs, aux princes et au
clergé.
La banque naît, d’abord sous la forme de changeur puis rapidement sous celle de banque au
sens moderne. Venise, républicaine et indépendante, devient la plateforme monétaire du
monde. Son succès est basé principalement sur l’arbitrage entre les cours respectifs de l’or et
de l’argent entre orient et occident. Elle assèche l’argent existant en Europe provoquant de
nombreuses difficultés monétaires et par ricochet favorisant les manipulations monétaires. Les
rois de France usent de tous les artifices pour fausser en leur faveur le rapport entre valeur
nominale des monnaies et teneur en métal.
Cet afflux entrainent de graves difficultés pour le bimétallisme or et argent à partir du milieu
du XIXe siècle. L’argent métal finira par être démonétisé, le passage au monométallisme d’or
en 1873 aux États-Unis et dans tous les autres pays adeptes du bimétallisme dans les années
suivantes, marquant la fin du processus au prix d’une crispation politique d’une rare intensité
dans ce pays. Elle durera jusqu’à la guerre de 40, sous la pression des États américains
producteurs d’argent.
Lingot d'or
Article détaillé : Étalon-or.
La guerre de 1914 signe la mort programmée de l’étalon or. Les belligérants suppriment la
convertibilité des monnaies en or et en assurent la collecte auprès des particuliers. L’or quitte
les coffres européens pour les pays fournisseurs et notamment les États-Unis, où les autorités
fédérales mises en place en 1913 (en particulier la FED) tentent par tout moyen d’éviter que
l’afflux d’or ne provoque un excès de création monétaire et d’inflation.
L’or est si mal réparti au sortir de la guerre qu’il est impossible de revenir immédiatement à
l’étalon or. En 1922 on met en place un système de change basé sur l’or mais de façon
indirecte. Seuls la Livre et le Dollar sont réellement convertibles en or. Les autres monnaies
ne sont convertibles qu’en dollar ou en livre. Churchill commet une grave erreur en essayant
de stabiliser la Livre sur un cours en or intenable, provoquant la stagnation de l’économie
britannique. Le Franc Poincaré sera moins ambitieux et sans conséquences négatives.
Après de multiples péripéties, les principales monnaies cessent d’être convertibles en or aussi
bien dans la circulation nationale qu’internationale. À la libération, le système de Bretton
Woods revient à un système de Gold Exchange Standard avec seulement le dollar comme
monnaie convertible et uniquement pour l’ajustement des balances de paiement. Le système
succombe en 71 quand le président Nixon suspend la convertibilité du dollar en or. En 1976,
cent ans après la démonétisation de l’argent, la conférence internationale tenue les 7 et 8
janvier 1976 à Kingston permettent les accords de la Jamaïque et entérine la disparition de
l’or comme étalon monétaire, le cours des différentes devises devenant officiellement flottant.
Le régime de change des monnaies entre elles dépend du système monétaire international et
de la convertibilité des monnaies.
Une monnaie est dite inconvertible quand il est impossible de s’en procurer sur un marché
libre. L’autorité monétaire se voit remettre les devises étrangères qu’elle convertit en monnaie
locale selon sa règle propre. Elle délivre des devises à ceux qui veulent acheter à l’étranger ou
s’y déplacer en fonction des disponibilités après que l’État s'est couvert de ses besoins. Un
très grand nombre de monnaies sont aujourd’hui inconvertibles. Ce système est un frein
majeur au commerce international. Lors de crises sérieuses une monnaie convertible peut
cesser de le devenir temporairement. En France, le contrôle des changes à été rétabli
temporairement pour la dernière fois par le gouvernement Mauroy, sous la présidence de
François Mitterrand, après la mise en place du Programme commun de gouvernement et la
fuite de capitaux qu’il a provoquée.
Le système monétaire international définit le régime des changes que les grands pays sont
décidés à mettre en œuvre entre eux. Après l’échec successif du Gold Standard après la
guerre de 1914, puis du premier premier Gold exchange standard mis en place à Athénes en
1922, puis finalement du Gold Exchange standard institués par les accords de Bretton-Woods
en 1944, les accords de la Jamaïque en 1976 ont défini un système de flottement généralisé
des monnaies.
Le cours des monnaies s’établit sur un marché particulier où les États, les banques, les
entreprises et les particuliers peuvent intervenir. Sur l'organisation et l'évolution du marché
des changes depuis 1973, voir notamment : Forex et Dollar US.
Cette organisation de change est une nouveauté qui pose de nombreuses difficultés théoriques
et pratiques.
Le dollar est en fait la monnaie principale, Son cours a fait le yoyo depuis 1971, s’effondrant
dans un premier temps, puis revenant à des sommets à partir de 1997 avant de retomber très
bas en 2002. Ces variations qui vont du simple au double sont néfastes au commerce et
provoquent de la part des industriels des critiques vives dès que leur monnaie devient forte.
Elles posent de graves difficultés aux « petites monnaies », qui peuvent perdre beaucoup de
valeur et contraindre les autorités financières locales à monter très haut les taux d’intérêt pour
éviter une chute catastrophique. Les petits pays cherchent à échapper à cette difficulté en
utilisant différentes solutions comme la caisse d'émission, la dollarisation, les systèmes de
monnaies pivots (peg), avec des résultats mitigés.
L’histoire récente des changes flottants est marquée par une suite de crises financières et
économiques :
La création de l’Euro, c’est-à-dire d’une monnaie réellement transnationale gérée par une
banque centrale indépendante des États, marque aussi une étape importante de l’évolution des
régimes de changes. Pour les européens cela signifie que leur monnaie n’a plus de caractère
symbolique national, n’est plus gérée par leur gouvernement et permet de réaliser librement
toutes opérations financières sans risque de change dans la zone monétaire de l’euro dite
« Euroland ». Seize pays sont actuellement dans l'Euroland.
« Les premières réponses constituaient des vues doctrinales, des règles juridiques, des
préceptes moraux et des recettes politiques » (Alain Barrère, Histoire de la pensée
économique). Le normatif l’emporte le plus souvent sur l’analyse.
Aristote d'abord dans La Politique, puis dans l'Éthique à Nicomaque propose une vision
fonctionnaliste de la monnaie mais également philosophique et morale. La poursuite du gain
d’argent est néfaste. Dans l’échange monétaire, l’important ce n’est pas la monnaie. La
monnaie est en elle-même stérile.
Les canonistes médiévaux posent la question du bien commun, notamment à travers les
travaux de saint Thomas d'Aquin et de ses réflexions sur la nécessité de la propriété privée,
essentielle à l’apparition d’un droit monétaire individualiste, et de la recherche du juste prix
dans les échanges. Ils se rangent aux conceptions d’Aristote sur la stérilité de la monnaie et
interdisent conformément au dogme théologique le prêt à intérêt, interdiction qui entre dans le
droit civil pour des siècles. La possibilité de la monnaie d’aider la spéculation, déjà entrevue
et condamnée par Aristote, génère une méfiance séculaire, source de nombreuses
interdictions. Le prêt à intérêt ne sera pratiqué pendant longtemps que par les Syriaques
(chrétiens d’orient) et plus tard par lesJuifs.
Avec l’abondance des métaux précieux en provenance des mines d’Amérique du Sud se
posent de nombreuses questions comme la relation entre cette abondance et la hausse des prix
très forte que l’on constate partout en Europe, le bien fondé des politiques commerciales qui
laissent s’échapper le métal à l’étranger et donc la question de l’accumulation ou de la
circulation des espèces. Ces réalités conduisent à une intense réflexion sur le rôle des
monnaies et la législation qui s’impose aux échanges monétaires.
Des thèses font valoir que le marchand est puissant parce que riche d’espèces monétaires et
que la puissance du prince est d’accumuler également les signes monétaires pour financer ses
ambitions.D’autres soulignent qu’il s’agit d’une illusion, l’illusion chrysohédonique, et que la
vraie richesse est ailleurs.
monnaie mauvaise, car, non seulement celle-ci déprécie l'ancienne, mais, pour ainsi dire, elle
la chasse. »32
Mais pendant toute la période des idées contraires sont proposées : Antoine de Montchrestien
(1576-1621) publie en 1615 son « traité d’économie politique », imposant le nom de la
nouvelle discipline, qui défend le nationalisme économique, les restrictions au commerce et
exprime une grande méfiance vis-à-vis de l’excès de monnaie qui hausse les prix et
déséquilibre les échanges extérieurs. Il souligne la nécessité d’une intervention forte de l’État.
D’Adam Smith à JB Say, de Ricardo à Marx, de Stuart Mill à Walras, les grands auteurs de la
science économiques de l’époque, s’accordent pour éliminer la monnaie du cœur des
discussions. Elle est un voile. Elle est neutre. Elle est au mieux un lubrifiant. La réalité est
ailleurs. Marx abonde dans ce sens en déclarant que la monnaie est aussi un leurre qui cache
la réalité des phénomènes de domination.
Le paradoxe est que la banque et les institutions monétaires prennent au même moment une
expansion prodigieuse. La réconciliation entre réalité et théorie prendra la forme comme
souvent de l’apparition d’une orthodoxie doctrinale dominante.
La monnaie ne doit pas être perturbatrice puisque ce n’est pas la chose au monde la
plus importante. Elle doit donc être saine et gérée sainement.
La seule vraie monnaie est la monnaie métallique. Les billets de banques et les dépôts
ne sont pas de la monnaie mais des substituts ou des dérivés, Irving Fisher dira des
« succédanés ».
Le seul effet des créations monétaires est d’altérer le niveau général des prix, ce qui
n’est pas souhaitable (la théorie quantitative de la monnaie de Bodin étendue par
Ricardo devient officielle et la seule enseignée).
La production des billets ne peut être laissée à la fantaisie et à l’anarchie. Il faut des
banques centrales et gérées par des gens de haute élévation morale et d’un grand
sérieux afin d’éviter des perturbations causées par des comportements fâcheux et
condamnables.
Les prêts des banques et leur création corrélative de monnaie « dérivée » doivent être
strictement contrôlés.
L’étalon or internationalement reconnu est la solution la plus satisfaisante, le
bimétallisme troublant le jeu économique sous-jacent.
Toute autre pensée est hérétique voire diabolique.
Cette doctrine atteint son apogée entre 1873 et 1913 avec la généralisation de l’étalon or
partout en Occident et l’achèvement du mouvement d’établissement des banques centrales
avec la création du système de réserve fédéral américain en 1913.
Avant que la guerre de 1914 puis la crise de 1929 fassent exploser cette orthodoxie, divers
auteurs, en général mal considérés, en contestent l’essentiel.
Richard Cantillon (Essai sur la nature du commerce en général, 1730) étudie les effets
différentiels de la création de monnaie sur les différents acteurs économiques au cours du
temps. Les bénéfices vont d'abord à ceux entre les mains desquels apparaît la monnaie
nouvellement créée, puis se diffuse progressivement à l'ensemble de la société. À la fin du
cycle, non seulement le niveau général des prix s'est élevé, mais les prix relatifs des biens ont
été modifiés et les premiers récepteurs de la monnaie se sont enrichis au détriment de tous les
autres. Ce phénomène est connu sous le nom d'« effet Cantillon ».
L’apparition de crises économiques régulières conduit à des réflexions sur leurs causes et à la
responsabilité des crédits et de l’activité irrégulière des banques. C’est notamment le cas de
Clément Juglar.
Les nominalistes contestent que la monnaie ne puisse être que métallique et que sa valeur soit
intrinsèque. Marcel Mongin en 1887 affirme que la monnaie est un « bon d’achat », en terme
moderne une créance sur l’économie et qu’elle peut s’exercer par tout support ad hoc bien
géré. F. Knapp établit que la monnaie se manifeste par sa geltung (son pouvoir libérateur à
l’égard des dettes contractées précédemment). Et pas seulement sa Wert, son pouvoir d’achat.
Pour lui c’est l’État qui fixe la Geltung et le marché la Wert.
Knut Wicksell observe pour sa part que la réalité ne correspond pas à la doctrine : à la fin du
XIXe siècle les prix restaient déprimés alors que les taux d’intérêt étaient très bas. Il démontre
la contradiction entre la loi des débouchés de Say et la théorie quantitative de la monnaie.
Pour ne pas se couper de l’ idéologie dominante il voit ses observations comme un
perfectionnement de la pensée classique mais en fait il dresse un constat d’échec de la théorie
quantitative et fait apparaître des notions nouvelles comme les contradictions possibles entre
le marché des biens de consommations et celui des biens de production et les effets
cumulatifs, un trouble initial pouvant prend une ampleur cumulative et s’aggraver de façon
accélérée.
Bertrand Nogaro part aussi d’un constat contraire à la Doctrine. Le prix des métaux dépend du
fait qu’ils sont ou non monétisés. Donc la valeur de la monnaie n’est pas liée à une valeur
intrinsèque du métal. La démonétisation de l’argent, contemporaine de ses écrits, lui en donne
une ample confirmation. Elle n’est pas « une marchandise ordinaire ». En même temps il
prouve que la hausse des prix en cas d’abondance monétaire n’est ni générale, ni uniforme, ni
inconditionnelle.
Joseph Schumpeter en 1911 dans « théorie de l’évolution économique » met en avant le rôle
des entrepreneurs et signale que l’expansion du crédit, donc de la monnaie, est indispensable à
l’investissement donc à l’activité et la croissance. La monnaie cesse d’être neutre et devient
une condition de l’expansion économique.
Les États après guerre ne parviennent pas à rétablir l’étalon or et doivent faire face à des
crises multiples (hyperinflation en Autriche et en Allemagne), récession de 1921 aux États-
Unis et dans une grande partie du monde, en même temps que des guerres et des révolutions
continuent un peu partout. La conférence d’Athènes au début des années 1920 met en place
un système de Gold Exchange, qui fonctionne mal. La tentative de restauration de la monnaie
anglaise sur des bases surévaluées provoque une récession. On parle encore
« d’assainissement » des diverses monnaies quand la crise de 1929 survient et prouve
l’incapacité des banques centrales à éviter la récession. Pour certains 33 elles ont même eu une
certaine propension à l’aggraver.
Sur les ruines du modèle prévalent en 1900 s’installe une nouvelle orthodoxie autour de
l’œuvre majeure de John Maynard Keynes : « théorie générale de l’emploi de l’intérêt et de la
monnaie » publiée en 1936, trop tard pour être d’un intérêt pratique pour sortir de la
dépression, mais dont la propagation rapide en fera le guide des politiques économiques
d’après guerre. Keynes fait valoir que la loi de Say (pour simplifier : l’offre fournit les
moyens de sa propre demande) est fausse et qu’on peut aboutir à des situations de chômage
par insuffisance de la demande globale. L’action par les taux d’intérêt pour ranimer la
conjoncture est inefficace et il faut une politique macro économique conduite par les
gouvernements pour assurer le plein emploi.
Ces idées devenues dominantes à travers le monde conduiront à une extension ininterrompue
et massive de la place de l’État dans l’économie et à une hausse corrélative des impôts, de la
dépense publique et de la dette publique. En France, par exemple, en 2006, la dépense
publique est supérieure à la valeur ajoutée des entreprises du secteur marchand34. Ce
mouvement général dans les économies développées suscitera une réaction conservatrice.
Carl Menger reconnaît le rôle central de la monnaie et décrit son invention comme celle d'un
ordre spontané. Les différents moyens d'échange primitifs ont été progressivement supplantés
par ceux qui étaient les plus durables, les plus commodes à utiliser et dont la valeur était la
plus pérenne à cause de leur rareté, c'est-à-dire les métaux précieux. Toutes les fonctions de la
monnaie sont des aspects ou des conséquences de sa fonction de moyen d'échange. Cette
attitude cohérente avec celle des classiques est développée par les économistes de la tradition
autrichienne, dont Ludwig von Mises qui voit dans la création excessive de monnaie et de
crédit par l'État l'origine unique des crises économiques.
Ils sont relayés par les écrits éloquents de Milton Friedman et des économistes de l’école de
Chicago. Ils dénoncent comme illusoires les politiques de relance monétaire et intenables les
changes fixes.
Ces conceptions ont conforté le système de changes flottants qui s’est instauré de facto depuis
l’explosion du système de Bretton-Woods en 1971 et les politiques libérales de dérégulation
financières et monétaires qui ont été largement mises en place ultérieurement, en dépit de
protestations théoriques vives comme celle du Français Maurice Allais qui critique les
changes flottants et les risques d’une nouvelle crise globale de crédit : « Ce qui doit arriver
arrive », écrit-il.
C’est la théorie la plus ancienne, la plus débattue, la plus perfectionnée et la plus modélisée,
sous le nom de théorie quantitative de la monnaie et des prix.
Monnaie et croissance
Monnaie et cycles économiques
Monnaie et salaires
Monnaie et formation de capital
Monnaie, change et taux d’intérêt
Elle se produit en Angleterre dans les années 1840 à la suite d’une crise bancaire qui a vu la
faillite de plusieurs banques. Son objet est de fixer les règles à appliquer à l’émission des
billets de banque.
Le currency principle dispose que les billets remplacent les monnaies métalliques 1 pour 1.
Tout billet émis peut donc être converti sans aucune difficulté ce qui assoira la confiance et
permettra de bénéficier des avantages du billet sans les risques d’insolvabilité des banques
que l’on constate.
Le Banking principle considère que l’émission des billets doit être ajustée au besoin de
l’économie qui, si elle est contrainte par le faible accroissement des ressources en métal, ne
sera pas optimale.
La querelle durera jusque dans les années trente où Roosevelt remonétise partiellement
l’argent, provoquant une raréfaction en Asie qui mettra en difficulté le régime chinois de
Tchang Kai Check et favorisera involontairement la révolution communiste 35.
Les questions monétaires ont toujours agité les États-Unis. Après l’épisode d’hyperinflation
des billets du Congrès on ressent le besoin d’une émission monétaire un peu mieux contrôlée.
Une banque des Etats-Unis est créée en 1791 par Alexander Hamilton, dont la charte est
temporaire 20 ans.37 Elle ouvre huit succursales, sert de dépôt pour les fonds de l'État, assure
les transferts d'un bout à l'autre des États-Unis et joue le rôle de payeur général des dépenses
publiques. Elle émet des billets convertibles en or ou en argent. Ces billets ne perdirent pas de
leur valeur et "connurent l'estime générale" 35.
L'avis de Jefferson était sans nuance : « J'ai toujours été l'ennemi des banques : non de celles
qui acceptent des dépôts mais bien de celles qui vous refilent leurs billets de papier, écartant
ainsi les honnêtes espèces de la circulation. Mon zèle contre ces institutions était tel qu'à
l'ouverture de la Banque des Etats-Unis je m'amusais comme un fou des contorsions de ces
bateleurs de banquiers cherchant à arracher au public la matière de leur jongleries financières
et de leurs gains stériles. »38
Mais les préventions sont telles qu’on lui donne un nom neutre (Système Fédéral de Réserve,
dit familièrement FED) et on crée dans plusieurs régions (states) un établissement similaire
avec de larges pouvoirs. Ce n’est que bien après le déclenchement de la crise de 1929 et la
faillite de plus de 9000 banques que la FED obtient de Roosevelt en 1935 tous les pouvoirs
d’une véritable banque centrale (1929 : 659 faillites de banque, 1930 : 1352, 1931 : 2294 ; fin
1933, près de la moitié des banques avaient disparu car 4004 banques firent faillites cette
année-là). Mais ce n'est pas à la FED que l'on doit l'arrêt des faillites bancaires mais à la
Société Fédérale D'assurances des dépôts qui offrit une garantie d'État aux déposants. En 1934
62 banques cessèrent leur paiement. La crise bancaire était terminée.
Note : Cette situation se répétera en 2008 où après la crise de confiance suivant la chute des
bourses et la faillite de Lehman Brothers, ce sont les États qui déclarèrent garantir les
déposants pas les banques centrales.
Les souverainistes ont expliqué que la monnaie était un attribut fondamental de la nation qui
ne pouvait être transféré et que l’abandon de la souveraineté monétaire signifiait l’abandon de
la souveraineté tout court.
L'extrême-gauche fit campagne pour dénoncer le projet d’euro comme une concession au
« néolibéralisme » et privait l’État de toute politique monétaire rejoignant curieusement les
affirmations d’une de leur bête noire, Milton Friedman, qui réponds dans le n°53 de
Géopolitique au printemps 96 à la question « Croyez vous à la possibilité d’une monnaie
unique en Europe » par ces mots : « Pas de mon vivant en tout cas. Pas plus en 97 qu’en 99 ou
en 2002 ! »
Les désordres monétaires en cours ont plutôt conforté le désir de rejoindre une zone monétaire
large comme celle l'Euro que celui d'en quitter la protection. Les difficultés extrêmes que
connait l'Islande portent à réfléchir des pays comme la Hongrie ou certains pays baltes qui ont
du pousser leur taux d'intérêt très haut au détriment de leur économie pour éviter le naufrage
de leur monnaie.
Éviter le retour de situations de ce genre pèsera nécessairement sur le débat pour l'entrée dans
l'Euro en Hongrie. La situation est la même notamment au Danemark et en Pologne.
Lorsque la monnaie était métallique, des crises pouvaient se produire du fait de la raréfaction
ou de la disparition du métal.
Aujourd’hui les crises ne sont plus physiques et prennent la forme d’une perte massive de
confiance.
Les déposants se ruent à leur banque pour retirer leurs dépôts et les transformer en billets. Ils
provoquent la faillite de la banque. La panique est contemporaine de la création des banques
et il s’en produit encore de nos jours (exemple de la banque Northern Rock au Royaume Uni).
Les faillites se propagent de banque à banque et peuvent faire disparaître la quasi-totalité du
système bancaire d’un pays en deux ou trois ans. On parle de risque systémique.
L'hyperinflation [modifier]
L'hyperinflation est une situation où les prix montent à très grande vitesse et la spirale
s’achève quand la monnaie ne vaut plus rien. En fin de scénario les billets peuvent atteindre
des montants vertigineux se comptant en dizaines ou centaines de milliards.
L’exemple le plus récent est l’explosion du système de caisse d'émission monétaire (currency
board) argentin au début des années 2000. Le système assurait une parité entre le Peso et le
Dollar. Il avait permis de restaurer la convertibilité de la monnaie, la stabilisation des prix,
l’investissement étranger et une forte croissance initiale. Mais la forte remontée du dollar
allait provoquer la crise des pays émergents et mettre à mal les monnaies les plus fragiles.
Le Réal brésilien argentin est dévalué fortement fin 1999, alors qu’il s’agit du pays qui a les
plus grosses relations économiques avec l’Argentine. Le pays est engagé dans une déflation
douloureuse et confronté à un assèchement de liquidité. Certaine provinces argentines
produisent des monnaies de substitution (comme l'argentino) en même temps que les dollars
fuient le pays ou surtout n'y entrent plus.
Les comptes des argentins sont bloqués dans un « corralito » puis autoritairement dévalués.
Les comptes en dollars sont convertis de force en comptes en pesos avec une forte décote. Les
épargnants perdent une part très importante de leurs avoirs ainsi que les investisseurs
étrangers.
Les CDO sont des dettes en général immobilières du marché américain qui ont été
rassemblées puis transformées en titres, découpées en mini blocs notés par les agences de
notation et vendus aux enchères sur le marché de gré à gré des produits quasi liquides. Elles
ont été intégrées en masse dans les placements monétaires « dynamiques » par des
intermédiaires financiers qui ont ainsi dopé un temps le rendement de la trésorerie de
particuliers comme d’entreprises. En juillet 2007 ces titres se sont révélés invendables et ont
perdu l’essentiel de leur valeur provoquant des pertes directes et massives de trésorerie et
bloquant le marché interbancaire.
Quelle qu’en soit la forme, les crises monétaires sont les plus graves car elles provoquent un
collapsus général et immédiat de pans entiers de l’économie.
L’un des désagréments de la crise économique mondiale en cours est qu’elle est très
largement monétaire donc sévère.
Amateurs et contempteurs de la monnaie [modifier]
Les amateurs [modifier]
L’étude de la monnaie permet aux historiens et aux archéologues de dater des sites,
d'identifier la succession des régimes, et de dimensionner les flux économiques du passé, tout
en clarifiant les sphères d’influence.
Il a longtemps été sanctionné par la peine capitale. Certains billets qui portèrent un temps la
promesse d’un remboursement finirent que par n’afficher que les sanctions encourues en cas
de faux monnayage. Le développement des techniques de numérisation et d’impression
couleur ont créé un risque nouveau qui a obligé les banques centrales à mettre en œuvre des
techniques de plus en plus complexes pour contrer les tentations offertes par la facilité de la
photocopie des billets.
Le passage à l’Euro a permis en Europe de supprimer des coupures qui étaient devenues trop
faciles à imiter. La généralisation chez les commerçants de dispositifs permettant de détecter
les faux billets traduit la montée du faux monnayage. La sanction du faux monnayage reste
très élevée dans l’échelle des peines.
Certaines théories militaires ont laissé penser qu’en s’attaquant à la monnaie d’un pays on
pouvait durablement porter atteinte à ses fondements. On a prêté cette intention aux Nazis
puis à l’Union Soviétique vis-à-vis du dollar. Cette fantaisie a nourri une abondante littérature
mais l’histoire ne rend pas compte de tentatives qui aient eu ne serait-ce que le début d’un
effet. En revanche, on cite abondamment les propos de Keynes ou de Lénine expliquant que le
meilleur moyen de créer les conditions d’une révolution était de pervertir la monnaie.
la sphère du don
La sphère de la contrainte.
la sphère du contrat (où s’applique la monnaie)
La contestation sociale de la monnaie provient donc soit de personnes qui pensent que
l’extension de la sphère monétaire a grignoté la sphère du don entraînant ce qu’ils pensent être
un recul de civilisation, soit de groupes qui considèrent que la contrainte directe est une
manière plus immédiate d’obtenir la répartition des richesses : réquisition des logements
vides, interdiction des stocks options et des parachutes dorées, « prendre l’argent où il est »
etc.
La famille a été historiquement le domaine économique le plus important fondé sur le don.
L'émancipation de la femme remet largement en cause l'isolement du Gynécée de la sphère
marchande. Beaucoup de femmes préfèrent aujourd'hui en Occident, malgré la pression de la
tradition, la liberté qu'offre une monnaie qu'elles peuvent s'approprier et qui est gage
d'indépendance et de liberté, à l'abnégation d'une vie sans droit économique propre.
Plus récentes sont les tentatives qui se placent dans la sphère des échanges et préconisent le
retour au troc pour permettre une meilleure convivialité et supprimer ce qui est présenté
comme les inconvénients de la monnaie. Monnaies "locales", "sociales", "solidaires",
"virtuelles", "libres", "affectées", "complémentaires", "alternatives", "plurielles"... une
floraison de qualificatifs s’applique à des pratiques qui visent à établir un rapport « non
marchand » au sein de « communautés de base » membres d’une « économie solidaire,
plurielle et qualitative ». Le projet SOL en France est représentatif de ces tendances même si
la floraison des adjectifs l'emporte encore sur celle des boutiques affiliées.
En l'absence de monnaie, la sanction publique ne peut prendre que des formes physiques :
confiscation de bien ; travail forcé. Elle est relativement difficile à étager. La monnaie permet
de simplifier le système des amende et de proposer des sanctions nuancées qui peuvent pour
les délits sans trop d'importance ne pas entraver la vie courante des contrevenants.
Les pouvoirs publics sont seuls capables de donner un pouvoir libératoire à une monnaie,
c'est-à-dire une capacité d'éteindre toute dette y compris les dettes fiscales et les dettes pénales
ou civiles, en tout lieu et à tout moment dans la zone où un moyen de paiement a cours légal.
Toutes les formes monétaires n'ont pas nécessairement cours légal. Généralement n'en sont
doté que seuls les billets émis par une Banque Centrale et les pièces de monnaie. Le chèque
n'a généralement pas cours légal. Il peut être refusé par les commerçants.
Pourtant, inversement, il n'est pas possible d'effectuer tous les paiements avec une forme
monétaire ayant cours légal.
L'émission de monnaie de crédit est strictement encadré par le droit bancaire et des
institutions étatiques de contrôle.
La monnaie est le compagnon de tous les jours du citoyen. La confiance qu'il a en sa monnaie
a des influences extrêmement importantes sur l'activité économique.
Une action psychologique visant à rasséréner la population a été pratiquée en tout temps. La
monnaie stimule la mythification de certains personnages. En France le cas le plus notable est
celui de M. Antoine Pinay, "l'ermite de Saint Chamond".
Ayant réussi le lancement d'un grand emprunt gagé sur l'or à un moment où les finances
publiques françaises de la quatrième République étaient au plus bas, il deviendra une forme
d'oracle que tout ministre des finances se devait de consulter à chaque émission d'un nouvel
emprunt. On vit ainsi Valéry Giscard d'Estaing, puis Raymond Barre, faire le pèlerinage de
Saint-Chamond pour obtenir la caution de l'oracle.
En Allemagne, Herr Schacht fut considéré comme le père d'une sorte de miracle allemand lors
qu'il réussit à faire sortir l'Allemagne des suites de la crise de 1929 et son aura réussit à
survivre au discrédit du nazisme.
Plus récemment le Président de la FED, l'américain Alan Greenspan, fut aussi largement
considéré comme une génie de la finance dont les oracles, à dessein rarement
compréhensibles, étaient guettés avec ferveur par les milieux économiques et boursiers dans
les années 1990 et jusqu'en 2007. Considéré désormais comme un des instigateurs de la crise
des subprimes, la magie de son verbe a quelque peu faibli.
Alan Greenspan
Tous les grands plans lancés actuellement pour faire face à la crise monétaire, bancaire,
boursière et économique en cours ont une forte dimension d'action psychologique. La réunion
du G20 à Washington en novembre 2008 avait essentiellement pour but de montrer la
détermination et l'unité de l'ensemble des grands pays. L'affichage de plans de sauvetage
gigantesques et de plans de relance colossaux est aussi largement d'essence psychologique.
S'ils n'ont pas permis de supprimer le pessimisme ambiant ni d'altérer le cours de la récession,
ils ont tout de même réussi à conjurer une panique bancaire et une ruée désastreuse sur les
dépôts.
L'or, valeur psychologique s'il en est, est un bon indice de la confiance. Bien que démonétisé
il est le refuge en cas de peur sur la monnaie. Actuellement le dollar a perdu environ 95% de
sa valeur en or, traduisant l'effet de l'inflation rampante depuis 1971 et celui d'une certaine
fuite devant cette monnaie. Cette dévaluation est d'autant plus remarquable que la production
d'or n'a jamais été au plus haut. Alors qu'il n'avait été extrait que 45,360 tonnes de l'origine
des temps à 1956, 102,700 tonnes seront extraites après 1956. Les monnaies ne se sont pas
dévaluées par rapport à un métal plus rare mais beaucoup plus abondant...
Bibliographie [modifier]
Article de vulgarisation
Création monétaire
Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
La monnaie a pris des formes très différentes depuis son invention en Lydie au VIIe siècle
avant J.-C. et chacune a connu des méthodes de création différentes.
Le monnayage métallique était assujetti à la disponibilité de la matière première. Selon les
pays et les époques, cette disponibilité a beaucoup varié entraînant de grandes conséquences
sur les économies.
L'essentiel de la monnaie circulant aujourd'hui est constitué des dépôts bancaires. La création
de monnaie par le système bancaire est encadrée par des législations strictes qui peuvent être
différentes d'une zone monétaires à l'autre. C'est une opération complexe et difficile à piloter.
La crise financière en cours de 2008 est largement imputée à un gonflement excessif de la
création monétaire par l'activité de crédit.[réf. nécessaire]
Les autres formes de la monnaie sont la monnaie divisionnaire dont l'approvisionnement suit
des règles propres, et la monnaie électronique que l'on charge à partir de son compte bancaire.
Comprendre la création monétaire exige donc de passer en revue ces différentes formes de
monnaie.
Les proto monnaies sont toutes les marchandises qui ont pu servir à un moment ou une autre
pour assurer tout ou partie des fonctions d'une monnaie.
En général étaient choisis des objets pas trop faciles à se procurer soit qu'il faille les produire
soit qu'il faille les cueillir ou les pêcher, pas trop volumineux et assez solides. les Cauris ont
eu par exemple un succès mondial comme petite monnaie du fait de leur relative solidité, de
leur faible encombrement et de la difficulté d'en trouver. Mais il fallait aussi que ces objets
aient la confiance des parties à l'échange. Des pièces de tissus ou des objets métalliques plus
ou moins indifférenciés ont été ainsi largement utilisés un peu partout à travers le monde. On
obtenait ces monnaies soit par l'échange, soit par le pillage et la conquête, soit par le tribut.
Pour les transactions de petites valeurs on voit parfois des objets prendre soudain valeur
monétaire. Ce fut le cas après guerre en Allemagne après guerre pour les paquets de
cigarettes. En Italie on vit les bonbons acidulés remplacer la petite monnaie sur les autoroutes
dans les années soixante, les dévaluations successives de la Lire ayant fait disparaître les plus
petites pièces.
Le monnayage est l'opération par laquelle une quantité d'or ou d'argent est transformée en
pièces de monnaie. L'atelier de monnayage fabrique alors un alliage dont l'aloi est fixé,
fabrique des flans et frappe sur ces flans des images et symboles qui donnent l'identité de la
pièce et garantit à l'utilisateur le poids et l'aloi.
On fabrique les pièces à partir de métaux précieux (or et argent) de différentes origines :
- d'anciennes pièces que l'on frappe autrement selon deux techniques principales : la frappe à
froid au dessus de la frappe existante ; la refonte totale. Il va de soi qu'une pièce ne peut
supporter plus d'un certain nombre de frappes sans être refondue. La refonte est beaucoup
plus coûteuse : Innombrables exemples, chaque pouvoir cherchant à imposer sa marque.
- des pièces "étrangères" dont on interdit la circulation, les pièces locales ayant seules cours
dans la zone monétaire : une pratique fréquente qui a commencé très tôt après la création des
monnaies !
- du produit des mines dont le prince est propriétaire : exemple des mines du Laurion en
Grèce antique pour l'argent ou celles du Mont Pangée ou de l'île de Siphnos pour l'or.
- du métal récolté par les marchands sur les marchés internationaux : exemple de Venise
enrichie par l'arbitrage entre argent acquis en Europe et vendu en Extrême Orient et or acquis
auprès des pays musulmans et monnayé en Europe.
- du métal confisqué par l'État à des organisations ou des particuliers : fonte des statues en or
du Parthénon (par un tyran en mal de liquidités, pillage des temples païens (Dioclétien),
destruction des templiers, réquisitions du temps de guerre (en Angleterre pendant les guerres
napoléoniennes, en France et beaucoup d'autres pays pendant la guerre de 1914)...
- du métal acquis par la victoire militaire, la conquête ou le pillage. Ici encore d'innombrables
exemples, commençant par la Victoire de Darius sur le roi Pausole puis les guerres
alexandrines. Le sac de Constantinople apporte aux commanditaires des tonnes d'or ! La
conquête de l'Amérique du sud est un exemple très connu ainsi que la ruée vers l'or du
Klondike. On sait moins que le système monétaire de la Prusse sera établi à partir de la rançon
en or versée par la France à Bismark après la défaite de 1870.
Le progrès technique est aussi source d'un renouveau de la production et d'une plus grande
disponibilité de métal. C'est lui qui permet par exemple d'accéder à l'or australien au milieu du
19ième siècle et qui permettra une hausse massive de la quantité d'or disponible.
Toutes ces techniques ont été utilisées pendant près de deux millénaires pour satisfaire les
besoins monétaires.
En sens inverse un pays peut perdre des ressources soit par perte de l'accès à des mines (cas
des conquêtes musulmanes qui coupent l'accès à l'or nubien), soit par épuisement des mines,
soit par les défaites qui entraînent rançons et pillages (exemple frappant du Franc à cheval
créé pour libérer Jean le Bon !), soit même par des victoires qui ont exigé pour l'achat des
armes et fournitures à l'étranger la mobilisation de l'essentiel de l'or disponible (cas de la
France en 1914). La thésaurisation pendant les périodes troublées est aussi une raison de la
diminution de la disponibilité de métal monétaire (cas du haut Moyen Âge).
Les différences de coût du seigneuriage entre les différents pays ont entraîné également de
larges compétitions et tensions pendant toute la période où les métaux ont été monnayés. Un
seigneuriage trop élevé pouvait entraîner la fuite du métal concerné vers des zones plus
compétitives et l'utilisation du monnayage étranger dans la circulation intérieure, avec des
réactions plus ou moins brutales de la part des autorités comme l'interdiction de conserver et
d'utiliser des pièces étrangères avec des sanctions parfois très lourdes. La création monétaire
des monnaies métalliques n'a jamais été sans difficultés.
Il est à noter que le coût du seigneuriage des monnaies métalliques a été une des forces qui
ont poussé les banques à créer des billets qui eux n'étaient pas soumis à ces droits. L'État se
rattrapera en monopolisant l'émission des billets au sein des banques centrales et en les
nationalisant, récupérant ainsi la rente d'émission. En revanche elle laissera aux banques le
privilège du seigneuriage des dépôts qui est la forme de monnaie principale et de loin
aujourd'hui, ce qui explique qu'à nouveau les banques cherchent à diminuer leurs en cours en
billets au profit de la monnaie électronique qui elle même n'est pas soumise à un seigneuriage
public.
La manipulation des monnaies métalliques a été une autre caractéristique majeure de leur
mise en circulation. Par exemple la modification du cours légal de la livre tournois en métal
précieux pouvait être opérée de 14 façons différentes, selon que la dévaluation ou la
réévaluation était recherchée. Une dévaluation ou une réévaluation pouvait donc être
théoriquement obtenue de 7 façons différentes :
Les dévaluations de ce type étaient en fait appelées des augmentations. Typiquement, les 6
réformations de 1690, 1693, 1701, 1704, 1715 et 1720, ont utilisé ce procédé. Les
réévaluations étaient à l'inverse, appelées des diminutions. Après le dénouement de la crise de
Law, plusieurs réévaluations sont intervenues (3 en 1720, 1723 et 1726).
Type 2 : Variation du titre du métal.
Ce type de dévaluation a été fréquemment utilisé durant la guerre de Cent Ans. En particulier
sous les règnes de Philippe VI et Jean II, où l'aloi des monnaies d'or passe de 24 à 18 carats
entre 1345 et 1355. C'est à cette époque, d'ailleurs, que la Loi de Gresham est formulée. Les
réévaluations par hausse de l'aloi auront pour but de restaurer la confiance en l'autorité
monétaire (1355, 1429), taxée d'émettre de la "monnaie de mauvais aloi". C'est la raison pour
laquelle, l'aloi ne sera plus que rarement utilisé comme variable d'ajustement. Entre 1430 et
1640, il se stabilisera à 23 carats. Et, à partir du passage au système Louis d'or, en 1640, l'aloi
des monnaies restera fixé à 22 carats.
Les combinaisons utilisées étaient en réalité encore plus sophistiquées pour rendre les
manipulations monétaires moins transparentes aux yeux du public :
Compte tenu des conditions variables d'approvisionnement en métal, des pratiques en matière
de seigneuriage et des manipulations monétaires, le destin des peuples et l'état de l'économie
réelle subiront les lourdes conséquences des aléas de la création de monnaies métalliques .
L'abondance monétaire conduit le Roi lydien Pausole à se lancer dans la conquête de la Perse.
Il est vaincu. Et le vainqueur met en place le Darique une monnaie d'or qui lui assurera
longtemps la prédominance politique et monétaire.
Les succès de Philippe de Macédoine et surtout d'Alexandre La Grand sont largement fondés
sur l'or des monts Pangée puis sur la mise en œuvre d'ateliers monétaires en Asie Mineure au
fur et à mesure des conquêtes.
L'Empire Romain s'est largement appuyé sur la monopolisation des ressources minières en or
et en argent. La rareté du métal conduira à de nombreuses manipulations dont la
responsabilité est évoquée par certains comme cause de son déclin.
La conquête par l'Islam des principaux territoires où se trouvent les mines d'or, explique
nombre des difficultés de la création monétaire en Europe et l'importance de l'argent au
détriment de l'or comme base monétaire. La découverte d'argent dans les pays germaniques
permet une alimentation régulière et fera la richesse des marchands de la Hanse. Venise pour
sa part établit sa fortune sur la maîtrise du commerce vers l'est, c'est à dire vers l'or musulman.
Le sac de Constantinople lui permet de mettre la main sur ses réserves d'or : plusieurs dizaines
de tonnes. En même temps elle exploite la très forte demande d'argent de la Chine en
trafiquant avec les Moghols. Le ducat d'or vénitien devient une des pièces principales de la
circulation en Europe. Florence connait également la richesse comme financier international
de l'Église, autant que comme banquier du commerce. Le succès de Gênes vient également de
sa domination commerciale et de l'accès aux ressources métalliques de l'Espagne.
Le XIII ème siècle voit un développement économique extrêmement fort fondé largement sur
l'abondance monétaire.
La guerre de 1914 en concentrant l'or d'abord entre les mains des États belligérants puis dans
celles des États fournisseurs, notamment les États-Unis rend impossible le maintien de l'étalon
or. L'or est progressivement retiré de la circulation nationale et continue à jouer un rôle
comme étalon monétaire international dans des systèmes d'étalon de change or. Le dernier de
ces systèmes, basé sur les accords de Bretton Woods disparait en 1971 quand les États-Unis
refusent de payer en or leurs déficits de paiements. L'or n'a plus de rôle monétaire officiel
depuis 1973, les accords de la Jamaïque organisant un système de flottements généralisées de
monnaie administrative sans référence à un quelconque étalon métallique.
L'un des arguments les plus souvent avancés pour refuser un retour à l'étalon or, qui serait
techniquement possible compte tenu des progrès de l'extraction et du raffinage, est le
caractère saugrenu de faire dépendre la croissance mondiale des aléas de la production d'un
métal quel qu'il soit. L'ampleur de la crise monétaire et financière actuelles met l'accent sur
les aléas que recèlent également les monnaies totalement administratives non gagées sur un
métal précieux dont la valeur ne dépend pas des pratiques étatiques et financières.
Le billet de banque apparait à la fin du XVIIème siècle et se généralise ensuite selon plusieurs
modalités.
Le billet peut être un certificat de dépôt d'espèces métalliques émis par une banque privée et
qui circule à la place des pièces. Il porte au départ un droit de remboursement de la quantité
spécifiée de métal monétaire déposé. Son utilisation est entièrement liée à la confiance qu'ont
les usagers dans ce remboursement par la banque concernée. Sinon c'est un moyen pratique :
il prend peu de place ; la contrepartie est en sécurité à la banque ; on peut faire des paiements
importants sans se transporter avec des sacs volumineux facilement repérables. La
coexistence de nombreuses monnaies métalliques n'en rend pas l'usage facile : il faut
expertiser chaque monnaie en fonction du risque de faux monnayage, de l'usure, etc. Le billet
connait vite le succès. Le billet de banque émis par des banques privées persistera très
longtemps notamment en Écosse et au Canada.
Il peut être également un instrument émis par une banque spéciale, dotée d'un monopole par
l'État et en liaison intime avec l'État. C'est le cas par exemple de la Banque d'Angleterre.
Il peut être aussi émis directement par une autorité publique. C'est par exemple le cas des
billets du congrès émis par les jeunes États-Unis d'Amérique pour financer la guerre
d'indépendance de l'Angleterre et les "greenbacks" destinés eux à financer la guerre de
Sécession.
Les règles d'émission des billets dans chacun de ces trois canaux ont connu de fortes
variations d'une période à l'autre et d'un système à l'autre.
Des tentatives d'élaboration de règles rationnelles d'émission de billets de banque ont lieu au
rythme des ruées sur les comptes bancaires des déposants paniqués. La Banque d'Angleterre
adopte au milieu du XIXème siècle le "Currency principle" qui veut qu'on ne crée de monnaie
fiduciaire qu'à concurrence des dépôts en monnaie métalliques, 1 pour 1. D'autres proposaient
un "banking principle" selon lesquels les billets devaient être émis en tant que de besoin.
Dans la pratique, on vit coexister de nombreuses pratiques discordantes d'un pays à l'autre
malgré la domination progressive d'une certaine orthodoxie monétaire, jusqu'à ce que
l'émission de monnaie de papier soit monopolisée par des banques centrales.
Les abus de création de billets avec les effets désastreux sur l'économie comme par exemple
les crises hyperinflations ont conduit les grands États à interdire la création de monnaie par la
Banque Centrale pour satisfaire les besoins publics. Les déficits publics doivent dans
beaucoup de pays et notamment dans la zone Euro être financés par l'emprunt.
La banque centrale est aussi chargée de détecter et d'éviter le faux monnayage qui malgré tous
les efforts a tendance à croître avec l'arrivée des techniques informatisées de reproduction.
Il ne faut pas confondre impression des billets et émission de monnaie de papier. L'échange
d'un papier usagé par un billet neuf n'est pas une création de monnaie . Le billet ancien est
immédiatement détruit et la valeur de l'ensemble des billets en circulation reste la même.
Les réserves des banques centrales en contrepartie desquelles elles peuvent émettre de la
monnaie différent d'une zone monétaire à l'autre.
On trouve en général de l'or, des dépôts au FMI, des devises utilisées dans le commerce
international comme le dollar, et différentes classes d'actifs publics et privés.
Avec la crise actuelle, les banques centrales ont eu tendance à accepter des actifs
commerciaux non traditionnels et potentiellement plus problématiques.
Un des mécanismes les plus importants pour la compréhension de la création monétaire par
les banques centrales est celui lié à la gestion des soldes de balance des paiements.
Si un pays accumule un excédent vis-à-vis par exemple des États-Unis, la quantité de dollars
qui s'accumule à l'actif de la banque centrale tend à gonfler. La banque centrale crée alors de
la monnaie nationale à due concurrence. Ces mécanismes peuvent provoquer une inflation
induite dans le pays excédentaire, l'impact dépendant du système monétaire international en
vigueur. Dans le cadre des accords de Bretton-Woods, l'Allemagne a été ainsi contrainte au
début des années 70 à créer trop de monnaie nationale en contrepartie des déficits américains.
Ils ont fini par refuser de respecter les règles de l'accord et les États-Unis ont fini par ne plus
assurer le change des dollars en or. Toutes les monnaies se mirent bientôt à flotter.
La création de monnaie par le Fonds monétaire
international : les droits de tirages spéciaux [modifier]
Pour faire face à une pénurie alléguée de monnaie internationale, le Fonds monétaire
international a été autorisé à émettre des droits de tirages spéciaux (DTS), pour venir en aide
aux pays en graves difficultés de change. Le flottement général des monnaies a rendu ces
mécanismes un peu décalés par rapport aux nouvelles pratiques. La crise actuelle fait
redécouvrir le besoin de financement en monnaie internationale de certains pays en déroute.
On parle d'augmenter les ressources propres du FMI et éventuellement les DTS.
C’est vers le milieu du XVIIe siècle à Londres, avec la transformation progressive des
orfèvres en banquiers qu’est apparu le processus de création monétaire bancaire
En 1640, Charles Ier fait saisir les lingots d'or et d'argent déposés à la Tour de Londres. Les
marchands de la cité réagissent immédiatement en transférant leurs métaux précieux et autres
objets de valeur, dans des refuges considérés comme plus sûrs, les boutiques d'orfèvres, et
reçoivent alors en contrepartie un reçu nominatif et détaillé. Ce reçu leur permet de récupérer
à tout moment (à vue, c'est-à-dire sans échéance de retrait), les objets mêmes qu'ils avaient
déposés. La boutique de l'orfèvre n'est alors qu'une simple consigne protégée.
Progressivement les orfèvres établiront leurs reçus en valeur en livres sterling plutôt qu’en
liste d’objets. Cet anonymat permettra le remboursement par prélèvement sur l'ensemble de
l'encaisse détenue, « réserve » composée d'éléments interchangeables. De plus ces certificats
de dépôts sont de plus en plus souvent créés pour des sommes rondes et au porteur. Le
déposant peut alors remettre en paiement directement le certificat, au lieu d'être obligé de
venir retirer les pièces avant de les transmettre au créancier qui pourra soit à son tour utiliser
ce certificat en tant que moyen de paiement, soit se faire rembourser en espèces au moment et
à l'endroit désirés (réseau de correspondants dans tout le royaume et à l'étranger). L'utilisation
et la circulation des certificats est facilitée et ils contribuent à retarder les demandes de
remboursement à l’orfèvre, devenu « banquier ».
Les certificats de dépôts ne font cependant que compenser exactement le montant de la valeur
des objets précieux ou de la monnaie présents dans les coffres et retirées de la circulation
active. La masse monétaire demeure strictement inchangée, la circulation de papiers se
substituant partiellement à la circulation de métal précieux.
Dans le bilan de l’orfèvre, les certificats émis (au passif) sont donc intégralement couverts par
une encaisse métallique ou précieuse (à l’actif).
Mais les orfèvres banquiers vont s'apercevoir que le stock de métaux précieux ne descend
jamais en dessous d'un certain seuil car des dépôts nouveaux tendant à équilibrer les retraits et
les détenteurs des certificats demandent rarement la conversion. Tous les billets ne seront pas
présentés à la fois pour être convertis.
Plutôt que de conserver cet or et cet argent qui dorment, mieux vaut dès lors les faire
fructifier. Face à ce constat, vers 1665, les orfèvres vont alors commencer à émettre des
certificats en échange d'un titre de dette et non d'un dépôt d'or ou d'argent. L'orfèvre remet à
son client emprunteur, privé ou public, des billets en tout point identiques aux autres.
La valeur faciale de l'ensemble des certificats émis est désormais supérieure à la valeur du
stock métallique détenu, la différence représentant la valeur du portefeuille d'effets escomptés
(qui figurent dans les actifs puisque la banque conserve dans ses coffres ces reconnaissances
de dettes). Il y a bien là création monétaire puisque le volume de moyens de paiement
disponibles s'est accru et progressivement la création résulte seulement de demandes de
financement. La monnaie peut alors être définie comme la dette des banques qui circule.
Le principe fondamental de la création monétaire par les banques - émettre une créance sur
elles-mêmes qui est acceptée par le public comme moyen de paiement - est donc en place dès
la fin du XVIIe siècle, et très vite l'État prends le relai puis s'octroie le monopole d'émission
des billets. Plus tard les billets deviennent inconvertibles (cours forcé). La création monétaire
n'a ainsi plus besoin de « l'alibi » d'une couverture or, même partielle, et est devenue très
majoritairement de nature scripturale. Aujourd'hui pour prêter, une banque n'a plus
besoin de sommes préalablement déposées.
La création monétaire aujourd'hui est une simple double écriture au bilan d'une banque
commerciale
Lorsqu’un particulier dépose une somme en billets (monnaie fiduciaire, émise par la seule
banque centrale) dans une banque de dépôts, la banque passe l’écriture comptable :
Cela signifie que le déposant a fait un prêt à la banque. Ce prêt est sans intérêt et peut être
révoqué à tout moment, en tout ou en partie, soit en retirant les sommes déposées soit en
utilisant le compte pour effectuer des paiements.
Pour la banque, les montants des comptes de dépôts de ses clients sont des dettes inscrites à
son passif. Comme il s’agit d’une dette, si la banque fait faillite, le déposant devient un simple
créancier qui sera indemnisé à hauteur de ce qui reste après la liquidation. Des garanties
données par les États ont été accordées et notablement étendues en 2008 pour éviter les
retraits par panique (70 000 € par compte).
S’il transfère la monnaie fiduciaire dont il dispose sous forme de monnaie scripturale (dépôt à
vue) à la banque, c’est que cette opération :
Lui facilite la vie : il va pouvoir effectuer des paiements par chèques, virements et
cartes de paiements.
Lui est imposée par l'État : un certain nombre de règlements doivent être fait
impérativement par chèque. La traçabilité des mouvements en compte est appréciée
par le fisc. La surveillance de l’argent sale est également une préoccupation de l’État
(voir en France le dispositif Tracfin).
Les billets que la banque reçoit dans son compte de trésorerie n’ont pas vocation d’y rester :
l’excédent des billets est centralisé tous les jours à la banque centrale où ils seront comptés et
vérifiés.
Les faux billets sont retirés de la circulation lors du contrôle par la succursale concernée de la
banque centrale et constituent une perte pour la banque remettante : c’est pour cela que les
billets sont vérifiés lors des remises aux guichets des banques. Les billets en mauvais état sont
retirés de la circulation et remplacés par des neufs. Cet échange ne correspond à aucune
émission nouvelle de monnaie fiduciaire. C’est juste un échange.
- les banques centrales imposent le plus souvent une réserve obligatoire sur les dépôts.
- les banques commerciales sont tenues à fournir le public de la monnaie fiduciaire qu'il
demande en échange de la monnaie scripturale ou d'un débit de son compte: les banques
commerciales doivent donc acheter cette monnaie à la banque centrale.
- les banques doivent compenser en monnaie centrale les soldes négatifs des échanges
journaliers auprès de leurs concurrentes
- des règles prudentielles sont imposées aux banques afin que les crédits qu’elles accordent ne
dépassent pas différents ratios (déterminés par les règles dites de Bâle 2 ).
- de plus la banque centrale peut agir pour réduire la quantité de monnaie centrale disponible.
- dans certains cas les autorités peuvent aussi agir directement sur la quantité de crédit offerte
par les banques. C’était par exemple le cas en France dans le cadre des lois Debré dans les
années soixante.
Mais même en l’absence de tout contrôle ou tout dépôt fractionnaire, la création monétaire ne
serait pas infinie. Les crédits doivent être remboursés. Lorsqu’ils le sont la destruction
monétaire suit exactement les mêmes règles que la création dans le sens contraire. L’activité
monétaire de crédit joue donc dans les deux sens. Si globalement les banquiers freinent puis
réduisent leurs crédits il y aura diminution de la masse monétaire. Néanmoins si le montant du
capital du prêt est détruit par le remboursement du crédit, il n'en est pas de même pour les
intérêts qui s'ajoutent à la dette de l'emprunteur.
en jouant sur les taux directeurs : les établissements de crédit empruntent sur le
marché interbancaire ou empruntent aux banques centrales à un taux d'intérêt défini
par la banque centrale, le taux de refinancement, la monnaie banque centrale dont elles
ont besoin 1. En augmentant (respectivement en baissant) ses taux d'intérêt, la banque
centrale rend plus difficile (respect. plus facile) l'accès au refinancement par les
banques commerciales, et induit un renchérissement du coût d'un crédit pour
l'emprunteur (ménage ou entreprise). De ce fait, une hausse du taux d'intérêt entraîne
(toutes choses égales par ailleurs) une baisse de demande de crédit. Une diminution du
taux de refinancement à évidemment un effet contraire.
en imposant des règles à l’ensemble des banques, afin que ces dernières présentent des
garanties au regard des risques qu’elles prennent (voir banque – rôle et directives Bâle
II notamment). En effet, si une banque commerciales prend trop de risques dans les
prêts accordés, elle risque de rencontrer des défauts de paiement de la part de ses
emprunteurs, et ensuite de restreindre de façon drastique les prêts accordés à d'autres
acteurs économiques. Il y a un alors un risque de credit crunch.
Une banque ne peut pas créer de monnaie fiduciaire (billets). En ce qui concerne la monnaie
scripturale, tous les crédits qu'elle accorde doivent être couverts par un pourcentage de
monnaie centrale (réserves obligatoires, demande en billets du public, soldes de
compensation)
Plus récemment, Maurice Allais considérait en 1999, dans La Crise mondiale aujourd'hui
comme « inappropriée » la structure de création monétaire actuelle4. Il considère le système
actuel comme instable et risqué, les engagements et les créances n'étant pas nécessairement au
même horizon et le risque d'un retrait massif de liquidités par les épargnants étant toujours
possible. Ainsi, selon Allais, « L'économie mondiale tout entière repose aujourd'hui sur de
gigantesques pyramides de dettes, prenant appui les unes sur les autres dans un équilibre
fragile ». Il appelle de ses vœux un système où la création monétaire ne relève que de l'État,
dans un cadre de régime de change fixe.
Une solution appelée crédit social ou dividende monétaire préconisée par certains libéraux
démocrates et historiquement due à C.H Douglas est que toute création de monnaie libre de
dette (augmentation de la masse monétaire centrale) soit distribuée à l'ensemble des citoyens
de façon parfaitement équitable, et que la monnaie créée par l'emprunt (monnaie temporaire)
soit mécaniquement limitée à deux fois la masse monétaire centrale (monnaie permanente).