AIL (ALLIUM SATIVUM)
Extrait du « Traité Pratique et Raisonné des Plantes Médicinales Indigènes » de F.-J.
CAZIN, 1868
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Ail
Allium sativum
Allium hortense. Frichs.
Liliacées. — Hyacinthinées. Fam. nat. — Hexandrie Monogynie. L.
L'ail croît spontanément en Sicile, en Espagne, en Egypte. Il est cultivé dans les jardins pour
l'art culinaire. Il est un objet de grande culture dans le Midi, où des champs entiers en sont
annuellement couverts.
Description. — Racines fibreuses, bulbe composé de plusieurs petits cayeux
nommés gousses, couverts de tuniques très-minces portées sur une sorte de plateau charnu qui
jette de nombreux filaments, des espèces de chevelus, qui sont la seule véritable racine. —
Tige de 30 centimètres et plus de haut, cylindrique. — Feuilles aplaties, linéaires. — Fleurs
blanches ou rougeâtres à six pétales oblongs, étroits, concaves, droits sortant d'une spathe
ovale, réunis en ombelle arrondie [entremêlées souvent de bulbilles charnus et écailleux.J —
Etamines tritides (juin et juillet). Semences sous-erbiculaires.
Culture, récolte. — L'ail est cultivé dans tous les jardins potagers ; on peut le propager par
graines, mais mieux par cayeux. En Provence, en Languedoc, on plante l'ail a la fin de
novembre ou au commencement de décembre ; dans le Nord, on plante en mars. Une tête d'ail
contient seize cayeux ; chaque cayeux fait sa plante dans l'année même. L'ail des provinces
méridionales est beaucoup moins âcre que celui qu'on cultive dans le Nord. On le récolte en
novembre, en lui conservant un peu de tige, pour en faire de petites bottes après dessiccation,
qu'on conserve dans un lieu sec.
Parties usitées. — Les bulbes.
Propriétés physiques et chimiques. — L'ail, d'une saveur piquante et chaude, d'une odeur
forte pénétrante, qui imprègne les appartements, passe dans nos humeurs et se communique à
nos sécrétions, contient, d'après Bouillon-Lagrange et Cadet, une huile essentielle volatile
très-âcre, pesante, de couleur jaune, de l'albumine, du soufre, une matière sucrée et de la
fécule. « L'huile de l'ail, dit Berzélius, extraite de la tige et de la bulbe de cette plante, est très-
volatile passe avec les premières portions d'eau, et tombe ensuite au fond de celle-ci. Sa
couleur est jaune, son odeur pénétrante, sa saveur forte et âcre. Appliquée sur la peau, elle
produit une douleur violente ; elle brûle en donnant beaucoup de suie et répandant une odeur
d'acide sulfureux..... Elle est très-soluble dans l'alcool.
Cette huile est tellement diffusible et pénétrante, qu'on a vu l'odeur de l'ail transpirer par la
surface des plaies ou des cautères quatre heures après l'ingestion de ce bulbe, si l'on frotte la
surface extérieure du corps avec de l'ail, on ne tarde pas a être infecté de son goût, et l'haleine
exhale bientôt une odeur alliacée. Le lait des vaches qui ont mangé des plantes alliacées est
imprégné de l'odeur de ces végétaux. Desséché au point de perdre plus de la moitié de son
poids, l'ail, dit Bodard, ne perd presque rien de sa saveur et de son odeur ; mais cuit dans l'eau
ou dans le vinaigre, il perd l'une et l'autre et se réduit en un mucilage très-visqueux, qui peut
rendre les plus grands services comme émollient, et remplacer les gommes arabique et
adragant.
[L'ail peut être excitant, rubéfiant ou émollient ; il doit les deux premières propriétés à l'huile
essentielle, la dernière au mucilage ; l'essence dérive du sulfocyanure de sulfure d'allyl ou
essence de moutarde ; celle-ci traitée par le potassium est transformée en sulfure d'allyl
ou essence d'ail. En effet:
Le radical hypothétique ou allyl est représenté par
L'oxyde d'allyl
L'essence d'ail ou sulfure d'allyl
Et l'essence de moutarde ou sulfocyanure de sulfure d'allyl
L'essence d'ail existe dans l'assa fœtida.]
PRÉPARATIONS PHARMACEUTIQUES ET DOSES.
A l'intérieur
o Décoction, 4 à 15 gr. par 500 gr. d'eau ou de lait.
o Sirop (1 sur 2 d'eau et 2 de sucre), 30 à 60 gr. en potion.
o Huile par simple digestion des bulbes ; l'ail rend l'huile très-siccative.
o Suc, 25 à 60 centigr. en potion, bols ou pilules.
o [Sirop d'ail (pharmacopée des États-Unis. — Bulbes d'ail frais et nettoyés, 180 gr. ;
acide acétique dilué, 500 gr. ; sucre en poudre grossière, 750 gr. Faites macérer l'ail dans
250 gr. d'acide pendant quatre jours. Passez et exprimez. Mettez le marc avec le reste de
l'acide. Exprimez de nouveau pour obtenir un demi-litre de liquide. Filtrez et jetez le
liquide sur le sucre renfermé dans une bouteille d'un litre, et agitez jusqu'à dissolution.
Dose, 20 à 40 gr.]
o Teinture alcoolique, 10 à 15 gr.
o oxymel (1 de vinaigre d'ail sur 2 de miel), 30 à 60 gr. en potion.
o Vinaigre (1 sur 12 de vinaigre), 5 à 20 gr. dans 30 à 100 gr. de tisane.
A l'extérieur
o En substance comme épithème rubéfiant et vésicant. Le vinaigre d'ail pour lotions,
fumigations, etc.
o L'ail entre dans le vinaigre aromatique dit des Quatre-Voleurs.
L'ail a été employé de temps immémorial comme aliment et comme assaisonnement, bien
qu'il ait été tour à tour un objet d'estime et de mépris chez les anciens peuples. Les Athéniens
étaient grands mangeurs d'ail. Avant de descendre dans l'arène, les lutteurs en mangeaient
quelques gousses pour avoir plus de force et de courage. Chez les Romains, le peuple, les
soldats, les moissonneurs, se nourrissaient d'ail. Les esprits faibles croyaient même qu'il avait
la vertu d'éloigner les maléfices, comme aujourd'hui le peuple lui attribue la propriété de
préserver des maladies épidémiques et même de la peste. Cependant l'ail était rarement admis
dans la cuisine raffinée de Rome. Horace l'a comparé aux plus affreux poisons. De nos jours,
les habitants des provinces méridionales en mettent presque tous dans leurs ragoûts. Dans ces
pays, où la chaleur rend les fonctions digestives moins actives, on sent le besoin de ranimer
l'estomac par l'usage des stimulants. Les habitants robustes de la haute Auvergne, des Alpes et
des Pyrénées, qui vivent d'aliments grossiers, de pain mal fermenté, de viandes presque crues,
font aussi beaucoup usage de l'ail, et s'en trouvent bien.
Quelle est l'action physiologique de l'ail ? De tout temps, ce bulbe a été considéré comme
stimulant ; mais aujourd'hui on révoque en doute cette propriété. « On le regarde comme un
excitant, parce qu'il pique sur la langue et sur la muqueuse en général. N'est-ce pas là un effet
chimique dépendant du contact immédiat de l'huile alliacée, et qui ne décide rien sur la
véritable action dynamique de ce végétal ? Cette action dépend de l'impression du principe en
question sur l'organisme entier, après qu'il a passé dans le torrent de la circulation. Or,
qu'observons-nous chez les campagnards, par exemple, qui font habituellement usage de l'ail
dans leurs aliments grossiers ? Rien, si ce n'est que l'ail facilite la digestion ; mais on ne peut
dire, pour cela, qu'il soit excitant ; car le vinaigre qu'on met dans la salade, et qui est, certes,
loin d'être excitant, facilite également la digestion.... Un fait qui semble démentir la
présomption de l'action excitante de l'ail, c'est que les buveurs préviennent l'ivresse en faisant
infuser quelques gousses d'ail dans le vin qu'ils boivent, ou bien en mangeant de l'ail sur leur
pain (Merat et Delens). »
On peut opposer à cette manière de voir l'action fébrigène de l'ail, que tout le monde connaît.
On sait que les prisonniers, les conscrits, se procurent momentanément la fièvre en se servant
de l'ail en suppositoire. J'ai fréquemment constaté ce fait chez des militaires qui désiraient
obtenir leur entrée à l'hôpital. Ici, l'action primitive, instantanée et excitante de l'ail sur le
système sanguin, par suite de son action locale irritante, ne laisse point de doute. Mais une
action spéciale, simultanée ou secondaire de l'ail pris à trop grande dose, et due à la
diffusibilité de son huile essentielle, peut s'exercer sur le système nerveux.
« Verùm usus ejus frequentior molesfus est et noxius, partim ob foetorem intolerabilem
prœcipuè vero quia dolorem capitis
infert, sitim excitat, oculis nocet, sensuumque omnium instrumentis (Ray). »
Haller, cité par Bulliard, regarde l'ail comme suspect, et dit qu'il n'a pas de peine à croire
Spigélius, lorsqu'il assure que cette plante trouble l'esprit.
L'ail, pris à dose ordinaire, augmente l'appétit et favorise les digestions. Il est généralement
considéré comme un excitant énergique, d'une action momentanée sur tout l'organisme, mais
se prononçant plus particulièrement et d'une manière plus soutenue sur l'appareil génito-
urinaire, sur la peau et les organes respiratoires. Il augmente manifestement l'action des
vaisseaux absorbants et les sécrétions.
On l'emploie dans diverses maladies chroniques sans phlegmasie, les fièvres intermittentes,
les hydropisies, l'asthme humide, les catarrhes chroniques, la coqueluche, le scorbut, les
affections vermineuses. On l'a proposé aussi contre les fièvres typhoïdes, le typhus, la
pourriture d'hôpital, le choléra.
L'emploi de l'ail comme préservatif du mauvais air est tout à fait populaire. Son odeur forte,
extrêmement volatile et très-pénétrante, semble justifier son usage pendant le règne des
épidémies. Je ne pense pas qu'il agisse ici seulement comme tonique stimulant. Son arôme
imprégnant l'atmosphère et pénétrant dans nos humeurs, peut les modifier et s'opposer à
l'intoxication qui produit les fièvres de mauvais caractère, le typhus et la peste. J'ai connu des
paysans qui ont pu se préserver de fièvres intermittentes sévissant dans les marais du Calaisis,
en mangeant de l'ail matin et soir. Il serait à désirer qu'on en fit un usage habituel dans les
lieux aquatiques. La vertu fébrifuge de l'ail, reconnue par Celse et constatée par Bergius et par
Boerhaave, ne m'a laissé aucun doute depuis que je l'ai moi-même employé dans des cas de
fièvres invétérées et accompagnées d'un état cachectique voisin de l'hydropisie. Comme les
célèbres médecins que je viens de citer, je fais prendre matin et soir une gousse d'ail, que le
malade mange ; j'augmente jusqu'au nombre de six. Quand la fièvre est passée, je fais
diminuer jusqu'au nombre de deux, et le malade continue ce nombre pendant plusieurs
semaines. J'emploie souvent comme fébrifuge et vermifuge, chez les sujets pauvres,
lymphatiques, détériorés par la misère, un vin d'ail et d'absinthe, que j'administre par
cuillerées plus ou moins rapprochées, suivant l'âge et le but que je me propose. Klokow a (2)
recommandé la teinture de bulbes d'ail, contre les fièvres intermittentes, à la dose de 15 gr. à
prendre à l'approche du stade de froid, et autant à sa cessation. Il fait continuer ce remède à la
même dose, matin et soir, pendant quinze jours après la cessation de la fièvre.
La propriété anthelmintique de l'ail est connue depuis des siècles, et son usage comme tel est
devenu populaire. Hippocrate, Galien, Dioscoride, en font mention. Rosenstein et Tissot ont
réussi à faire rendre des tœnias en continuant l'usage de l'ail. Le premier cite une femme qui,
après avoir mangé pendant six mois une gousse d'ail tous les matins, rendit enfin un taenia de
16 brasses de long. Goelis employait, contre les ascarides vermiculaires, des lavements de
décoction d'ail. Le suc d'ail, à la dose de 15 gr. dans 180 gr. de lait sucré, et dont on prend une
tasse matin et soir, est la meilleure préparation contre les ascarides lombricoïdes et les
oxyures vermiculaires. Alibert a souvent employé avec succès des lavements préparés avec
une décoction d'ail contre les ascarides qui tourmentent les enfants du premier âge. La
médecine domestique, dit Roques, prescrit aux enfants tourmentés par les vers deux ou trois
bulbes d'ail infusés dans du bouillon, dans du lait ou dans une tasse d'eau sucrée. Ce remède
simple fait périr ou met en fuite les vers lombrics et les vers ascarides. Les paysannes se
contentent de faire manger à leurs enfants quelques morceaux de pain bien frottés d'ail. On
peut aussi leur appliquer sur le ventre une espèce de liniment préparé avec deux ou trois
cuillerées d'huile d'olive et deux gousses d'ail écrasées.
Cependant, on ne doit employer ce bulbe qu'avec précaution chez les enfants dont les voies
digestives sont irritables, et s'en abstenir dans les cas d'irritation gastro-intestinale qu'on
observe fréquemment pendant la dentition. J'ai vu de graves accidents résulter de son
administration en lavements chez les enfants à la mamelle. Outre l'action immédiate de ce
médicament sur la muqueuse intestinale, plus ou moins irritable, il y a action dynamique sur
tout l'organisme de l'enfant par l'absorption du principe actif de l'ail. (Coster emploie en
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lavements, contre les oxyures, une décoction de fruits d'ail.)
L'ail a été recommandé comme diurétique dans les hydropisies. Petrus Forestus cite deux cas
d'hydropisies très-graves dont la guérison fut opérée par le fréquent usage de l'ail cru.
Bartholin, Cullen, Sydenham, ont également observé les bons effets de l'ail dans l'hydropisie.
Vitet recommande contre l'hydrothorax le suc d'ail mêlé avec une infusion plus ou moins forte
de racine d'aunée ou de feuilles d'hyssope, de marrube blanc ou de marrube noir. Le suc de ce
bulbe, mêlé dans un verre de vin blanc et pris à jeun, m'a réussi pour dissiper en peu de temps
l'anasarque essentielle, suite de suppression de transpiration ou de fièvres intermittentes. Le
mélange de suc d'ail avec celui de citron, à parties égales dans l'infusion de raifort, m'a été
aussi très-utile comme diurétique dans l'albuminurie chronique, les hydropisies, les fièvres
intermittentes anciennes avec infiltration cachectique, etc.
Les anciens employaient l'ail comme atténuant et discussif contre « la pituite accumulée et
épaissie dans l'organe de la respiration ». Dans ces cas son action est analogue à celle de la
scille. Dioscoride en préconise l'usage « quand la toux est vieille ». Mead a confirmé cette
opinion. Rosenstein administrait l'ail cuit dans du lait comme expectorant. Miller l'employait
dans le catarrhe pulmonaire, l'asthme, la dyspnée. J'ai souvent retiré de grands avantages, dans
ma pratique rurale, de l'oxymel et du sirop alliacés contre ces affections, surtout chez les
sujets lymphatiques, lorsque l'expectoration était abondante et qu'il n'y avait ni irritation vive
des bronches, ni fièvre. Dans un cas d'abcès du poumon, suite d'une pneumonie négligée, chez
un cultivateur âgé de 26 ans, arrivé au dernier degré d'épuisement, expectorant un pus fétide
en abondance et comme par régurgitation, ayant des sueurs nocturnes, etc., l'emploi simultané
du sirop d'ail (six à dix cuillerées à bouche par jour), de la poudre de charbon à grande dose
(quatre à six cuillerées à bouche dans les vingt-quatre heures) et d'une forte décoction d'écorce
de saille pour boisson, ont amené la guérison en deux mois.
Dewecs vante l'ail dans le traitement de la coqueluche. Il fait donner, matin, midi et soir, aux
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enfants de six à sept ans, le tiers, et aux enfants de onze ans la moitié d'une gousse d'ail, en
augmentant graduellement la dose ; il fait frictionner en même temps toute la colonne
vertébrale avec un liniment préparé avec du suc d'ail. Il est à remarquer que ce médecin ne le
prescrit pas aux enfants du premier âge, auxquels d'ailleurs le sirop d'ail, administré avec
prudence, conviendrait mieux. « Le liniment d'ail, dit Buchan, est un remède très-connu en
Ecosse contre la coqueluche. On le prépare en pilant de l'ail dans un mortier, avec partie égale
de saindoux : on en frotte la plante des pieds deux ou trois fois par jour. Mais la meilleure
manière de l'employer est de l'étendre sur du linge et de l'appliquer sous forme d'emplâtre. On
le renouvelle soir et matin, parce que l'ail perd promptement sa vertu. C'est un excellent
remède contre la coqueluche et contre les toux opiniâtres. Cependant il faut prendre garde de
l'employer quand le malade est échauffé ou qu'il y a de la disposition à la fièvre, parce qu'il
augmente ces symptômes. » Cette dernière remarque vient à l'appui de ce que nous avons dit
plus haut sur les précautions qu'exige l'emploi de l'ail chez les enfants.
J'ai fréquemment appliqué à la plante des pieds, contre la coqueluche, un mélange d'axonge,
de feuilles de jusquiame et d'ail, réduit en pommade. Une légère rubéfaction avait lieu, et
l'action de la jusquiame se faisait remarquer par une diminution marquée dans la fréquence
des quintes. Cette diminution était moins prononcée par le simple mélange de l'ail et de
l'axonge, employé comme révulsif, bien que la rubéfaction fût plus promptement produite.
W. Turnbull, au rapport de Buchan, employait avec avantage dans le croup la décoction
suivante : ail et vinaigre, de chaque 20 gr. ; eau d'hyssope, un double décilitre. Broyez l'ail
dans le vinaigre, versez peu à peu l'eau d'hyssope, et ajoutez : miel 90 gr. ; faites bouillir sur
un feu doux ; passez. A prendre par cuillerées plus ou moins répétées suivant l'âge et les
forces du malade. Le croup n'était pas alors considéré en Ecosse comme franchement
inflammatoire. Les travaux de Bretonneau sur la diphtérite ont confirmé cette opinion après
un demi-siècle d'incertitude et de tâtonnement.
Dans une lettre adressée par Michel, médecin à Avignon, au Bulletin de thérapeutique (année
1849), nous trouvons les passages suivants relatifs à l'emploi de l'ail dans le choléra
épidémique : « Assurément, ce n'est point par amour d'innovation que nous exhumons de
l'oubli un médicament aussi prosaïque que l'ail, mais parce que, en vérité, nous lui avons
reconnu des propriétés que nul remède ne possède à un plus haut degré que lui. C'est ainsi que
dans plusieurs affections adynamiques, léthargiques, dans la paralysie, l'atrophie des
membres, divers cas cacochimiques et comateux, il relève les forces contractiles, met en jeu la
circulation, et excite cette fièvre salutaire qui est souvent le sûr garant et le triomphe de la
nature dans les crises qui vont s'effectuer.
« Dans la période algide du choléra, alors que tout l'organisme est stupéfié, et que la vie
anéantie va s'éteindre, maintes fois, à notre grand étonnement, nous avons vu la réaction
s'opérer, et le malade marcher sans entrave vers la guérison. Malgré la figure décomposée et
livide, le pouls insensible, les ongles violets, les extrémités froides, le hoquet, les crampes, la
stupeur et l'asphyxie cholérique, présages d'une mort certaine, nous avons vu, sous l'influence
de l'ail, les ressorts de la vie se mettre en mouvement sur des cholériques pour ainsi dire
agonisants.
« Pour produire cet heureux phénomène, il ne faut que piler quelques bulbes d'ail dans un
mortier, avec addition de 50 à 75 cent. d'encens, qui se réduisent facilement en pommade, et
l'employer en frictions et en cataplasmes sur plusieurs parties du corps, principalement sur les
régions thoracique et abdominale, pendant que d'un autre côté on administre quelques tasses
d'une infusion chaude préparée avec quelques gousses de cet asphodèle. Bientôt un sentiment
de chaleur, suivi de sueur, se déclare avec une forte odeur alliacée. C'est le prélude de la
réaction qui doit sauver le malade.
« Certainement nous ne voulons point signaler l'allium sativum comme un spécifique contre
le choléra ; mais à l'aide de cet agent nous avons obtenu, nous le répétons, de si beaux
résultats, que nous croyons utile de l'indiquer à nos confrères, faute jusqu'ici de médicament
plus énergique contre cette maladie régnante. »
Lange, de Porancy (Marne) , se fondant sur les propriétés fébrigènes de l'ail, a aussi employé
(5)
ce bulbe contre le choléra. Plusieurs de ses malades moururent ; quelques-uns qui semblaient
très-gravement atteints résistèrent, et Lange crut pouvoir attribuer la guérison à la réaction
déterminée par l'emploi de l'ail. Comme cette réaction peut arriver spontanément, ainsi qu'on
l'a observé chez des cholériques qui n'avaient été soumis à aucun traitement, des faits répétés
et bien appréciés peuvent seuls donner une certitude thérapeutique. Voici, du reste, le mode
administratif employé par Lange : en boisson, 3 ou 4 gousses d'ail crues, écrasées et lavées
dans un verre d'eau froide. En topique, l'ail cru, écrasé et réduit en pulpe, appliqué par plaques
sur la peau, et contenu par une compresse de papier grossier, la matière gluante de l'ail le
faisant d'ailleurs adhérer à la peau : ces topiques restent en place 12 heures et plus, et, en
général, on ne les relève que lorsque la réaction est déclarée. En lavement, eau tiède et même
froide provenant du lavage des gousses écrasées ; enfin, en suppositoire, une gousse d'ail d'un
volume approprié, légèrement entamée.
A l'extérieur, l'ail agit comme rubéfiant et excite même des phlyctènes, comme la semence de
moutarde. Je l'ai souvent employé dans mes tournées à la campagne, faute d'autres substances,
pour remplacer la moutarde ou les cantharides. Il peut produire la vésication au bout d'une ou
deux heures. C'est surtout pendant l'hiver que je me servais de ce moyen. Pendant l'été, des
plantes âcres et vésicantes s'offrent en foule pour produire le même effet. A Sumatra, une
feuille stimulante frottée d'ail sert de vésicatoire. On a employé l'ail en substance avec
avantage contre l'ophthalmie catarrhale chronique. On touche momentanément la conjonctive
avec un quartier d'ail; la muqueuse blanchit comme lorsqu'on la touche avec la pierre
infernale.
L'ail est un antiseptique populaire. Le vinaigre d'ail convient en lotions dans la pourriture
d'hôpital, la gangrène, les ulcères vermineux. On a aussi employé ce bulbe en topique contre
les cors aux pieds, en instillation (le suc plus ou moins délayé dans l'eau), contre certaines
surdités ; en frictions, mêlé avec l'axonge, contre la gale. J'ai vu un garçon de ferme se
débarrasser de cette dernière affection par des frictions faites pendant huit jours avec un
mélange de suc d'ail et de beurre salé. La pommade d'ail pourrait être employée comme
résolutive sur les engorgements lymphatiques, les tumeurs scrofuleuses, etc., si son odeur
désagréable ne lui faisait préférer d'autres résolutifs tout aussi efficaces.
(D'après Landerer, d'Athènes, l'huile essentielle d'ail est employée en Orient par le peuple en
frictions contre les rhumatismes. Son action est très-rubéfiante : elle détermine souvent la
production d'ampoules .) (6)
Célérier, de Brannes , a traité six cas de scarlatine angineuse exclusivement par le vinaigre
(7)
antiseptique. Il a cru remarquer qu'à mesure qu'il agissait sur l'angine et la modifiait par
l'action de cet agent thérapeutique, la fièvre diminuait, ainsi que la rougeur de la peau. J'ai
appliqué avec avantage, dans les mêmes cas, et dans l'angine couenneuse, sur les fausses
membranes, le mélange, à parties égales, des sucs d'ail et de citron. (Voyez l'art. Citron.)
[Les autres espèces d'allium telles que l'A. porrum ou poireau, l'A. cepa ou
oignon, l'A. schenoprasium ou civette, et l'A. scoroprasium ou rocambolle, renferment une
huile essentielle analogue à celle d'ail, mais elle est moins abondante ; elles jouissent des
mêmes propriétés, mais elles sont moins énergiques.]
(1) Écho médical, décembre 1858.
(2) Gazette médicale de Paris, 1830, p. 84.
(3) Journal de médecine de Gand, janvier 1863.
(4) A treatise on the phys. and med. treat. of children. Lonilon, 1826.
(5) Revue de thérapeutique médico-chirurgicale, 1853.
(6) Echo médical, 1860.
(7) Union médicale de la Gironde, janvier 1856
Commentaires
1. PAGES Irene dit
19 juin 2020 à 17:30
Tout d'abord, un grand merci pour votre site, passionnant !
Je viens de refaire cette cure, que je n'avais plus pratiquée depuis peut-être 15 ans, et avec le confinement c'était plus
facile, je ne craignais pas de faire fuir mon entourage !
J'aimerais savoir ce que vous en pensez ; en tous cas, j'ai constaté plusieurs signes, en particulier la disparition de
brûlures dans le bas-ventre, que j'avais depuis le mois de novembre, et des diarrhées qui les accompagnaient, alors que
des compléments alimentaires types prébiotiques n'y avaient pas changé grand chose.
Les ingrédients de la recette
• 350 g d’ail bio de préférence
• ¼ de litre d’alcool à 70 degrés
Préparation de la recette
Mélangez l’ail cru, épluché et pilé ou broyé à l’alcool dans une bouteille en verre. Fermez-la hermétiquement et
laissez-la au réfrigérateur pendant 10 jours. Une fois les 10 jours écoulés, filtrez le liquide, qui a pu devenir verdâtre,
avec un collant ou un autre tissu. Puis mettez-le de nouveau au réfrigérateur pour une période de 3 jours cette fois-ci,
avant de pouvoir commencer votre cure.
Comment suivre la cure ?
Il est très important de suivre rigoureusement les règles d’élaboration de la préparation. Il vous faudra la prendre en
suivant le nombre de gouttes indiquées, mélangées à un peu d’eau, 20 minutes avant chaque repas. Pour plus de
facilité, vous pouvez utiliser un goutte-à-goutte que vous laisserez aussi au réfrigérateur.
- 1er jour : 1 goutte avant le petit-déjeuner, 2 gouttes avant le déjeuner, 3 gouttes avant le dîner.
- 2ème jour : 4 gouttes avant le petit-déjeuner, 5 gouttes avant le déjeuner, 3 gouttes avant le dîner.
- 3ème jour : 7 gouttes avant le petit-déjeuner, 8 gouttes avant le déjeuner, 9 gouttes le dîner.
- 4ème jour : 10 gouttes avant le petit-déjeuner, 11 gouttes avant le déjeuner, 12 gouttes avant le dîner.
- 5ème jour : 13 gouttes avant le petit-déjeuner, 14 gouttes avant le déjeuner, 15 avant le dîner.
- 6ème jour : 15 gouttes avant le petit-déjeuner, 14 gouttes avant le déjeuner, 13 gouttes avant le dîner.
- 7ème jour : 12 gouttes avant le petit-déjeuner, 11 gouttes avant le déjeuner, 10 gouttes avant le dîner.
- 8ème jour : 9 gouttes avant le petit-déjeuner, 8 gouttes avant le déjeuner, 7 gouttes avant le dîner.
- 9ème jour : 6 gouttes avant le petit-déjeuner, 5 gouttes avant le déjeuner, 4 gouttes avant le dîner.
- 10ème jour : 3 gouttes avant le petit-déjeuner, 2 gouttes avant le déjeuner, 1 goutte avant le dîner.
À partir du 11ème jour, vous prendrez 25 gouttes 3 fois par jour jusqu’à terminer la préparation.
Il est important de préciser que, même si nous ne sommes pas capables de le justifier, d’après le manuscrit original,
cette thérapie ne doit pas se répéter avant 5 ans.
Répondre
o sabine dit
20 juin 2020 à 00:29
bonjour Irène
je ne connais pas mais à première vue cela à l'air intéressant , cette recette vous a fait du bien? et de quel manuscrit parlez-
vous , c
Répondre
Irène Pagès dit
20 juin 2020 à 10:11
Bonjour Sabine,
En fait, j'avais connu cette pratique une première fois par un ami romain, en 1992 : il disait que ça venait d'Egypte ; je l'ai
recommencée dix ans plus tard, toujours en Italie, avec un ami guérisseur dans la région de Bologne. Ensuite, je l'ai recherchée,
et j'ai trouvé sur internet le texte que je vous ai joint : ils appellent ça la "cure tibétaine". Bon, j'ai quand même un doute quant à
la provenance réelle 😉 Il s'avère que cela se pratique dans plusieurs endroits.
Répondre
sabine dit
20 juin 2020 à 15:23
en tout cas merci pour le partage , je l'ai noté 🙂
Répondre
2. charlene desjardins dit
11 février 2020 à 08:16
Bonjour, tout d'abord je tiens a vous remercier pour vos articles qui sont une mine d'or. C'est un grand geste de
partager tout ça, et de plus, en accès libre.. Merci
J'aimerais faire de la teinture dail, car elle est efficace pour vermifuger les lapins en élevage bio
(cf https://www.produire-bio.fr/articles-pratiques/sante-elevage-de-lapins-bio-focus-trois-maladies-majeures-moyens-
de-lutte/).
Est-ce qu'elle se prépare comme une teinture mère de plantes sèches ? J'ai vu les doses, 10 à 15 gr (pour 1L ?)
Merci d'avance pour votre réponse
Répondre
o sabine dit
12 février 2020 à 08:10
bonjour Charlène
la teinture d'ail se prépare avec de l'ail frais (je n'ai pas d'indication pour le sec mais pourquoi pas)
alcool fort et ratio 1:2
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3. Hervé GOURIOU dit
19 décembre 2017 à 17:57
Bonsoir Sabine, Effectivement j'ai fait quelques recherches et apparemment c'est un procédé assez nouveau qui daterait
de 1999/2000, découvert par des Japonais qui font chauffer l'ail blanc à 30°C pendant un mois et ensuite il le laisser
sécher à l'air etc....??... L'ail noircit et se conserve... Les analyses pratiquées montreraient des qualités bien supérieures
à l'ail blanc originel et un avantage consistant dans la suppression ou en tout cas la réduction de l'odeur très forte que
dégage l'ail blanc.
Ce serait très intéressant d'avoir des données scientifiques, médicales ou de Laboratoires et de chercheurs, sur le sujet...
En attendant, je vous souhaite une bonne, voire excellente, soirée.... et un bon courage pour répondre à toutes nos
questions 🙂
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o sabine dit
19 décembre 2017 à 21:04
merci et toujours intéressée par votre curiosité 🙂
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4. Hervé GOURIOU dit
17 décembre 2017 à 11:53
J'ai réalisé une extraction de jus d'ail bio (suc) (25cl) avec succès, mais maintenant mon problème est de savoir
comment conserver et surtout consommer ce suc, car une seule petite cuillerée pure est littéralement imbuvable pas au
niveau du goût, certes très très fort, mais surtout pour les réactions au niveau de l'estomac... Je pense même qu'il y a
danger de consommer du pur jus !... Avez-vous une ou des recettes à cet effet ?... Merci et Bonne journée (au
soleil ?...)
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o sabine dit
19 décembre 2017 à 22:23
bonsoir Hervé
à part la congélation peut être , le jus d'ail ne va pas se conserver très longtemps , mettez en dans tous vos plats ou mélangez
le avec d'autres jus (carottes, jus verts etc..) je préparerais une sorte de beurre persillé , j'y mettrais un peu de jus d'ail et hop
au congel pour des préparations futures 🙂
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