ENSEIGNEMENT THEMATIQUE
L’alliance avec Dieu
Le sujet abordé en avril était centré sur l’alliance que Dieu a conclue
avec l’homme ; cette réflexion nous a conduits à comparer
l’alliance nouvelle et l’alliance ancienne.
La première question posée dans les questions préparatoires était celle
de l’enjeu :
• En quoi la distinction des alliances ancienne et nouvelle porte-t-
elle à conséquence ?
De prime abord le problème ressemble à une querelle de spécialistes.
Mais à la réflexion, il s’avère qu’une insistance sur l’ancienne alliance
(au détriment de la nouvelle) conduit à un christianisme légaliste. Par
contre l’oubli des racines de la nouvelle alliance (plongées dans
l’ancienne) aurait la tendance de faire de la foi chrétienne une doctrine
spiritualiste sans attache avec le réel, le concret.
• Quelles sont les caractéristiques générales des traités d’alliance
de l’antiquité ?
• Y a-t-il des points de comparaisons entre ces alliances et
l’alliance avec Abraham (Genèse 17) ?
Les découvertes archéologiques du 20ème siècle ont permis de mieux
comprendre la société vivant en Palestine au 2ème millénaire avant
Jésus-Christ. Des traités d’alliance liaient des partenaires sociaux ; ils
étaient rédigés selon un canevas dont les points ne se suivaient pas
toujours dans le même ordre mais qui n’en étaient pas moins des
stipulations précises. Une telle structure est repérable en Genèse 17 où
Dieu conclut une alliance avec Abraham 1 (voir tableau ci-dessous). Ce
parallélisme peut surprendre ; mais quand Dieu s’approche de nous en
un mode de faire humain, ne nous donne-t-il pas une preuve de sa
miséricorde ?
1
Voir le travail du Professeur S. Külling : Zur Datierung der « Genesis-P-Stücke »,
Immanuel-Verlag, Riehen, 1984, pages 228-234
Structure du traité d’alliance Parallèles en Genèse 17
- le préambule où figurent les « Je suis le Dieu Tout-
noms des contractants. Puissant (verset 1)
- le prologue historique avec un
bref rappel des événements :
- les stipulations générales « Marche devant ma face et sois
contenant les attentes de intègre. J’établirai mon alliance
principe. avec toi, et je te multiplierai à
l’extrême. » (versets 1b-3a)
- les stipulations particulières Voir versets 4 – 14)
où sont abordés des problèmes
plus concrets.
- l’appel aux témoins
(généralement les divinités)
- les bénédictions et les « Je bénirai Sara et je te
malédictions ; celles-ci accom- donnerai d’elle aussi un fils… »
pagnent ou frappent les parte- (verset 16,
naires selon qu’ils respectent voir aussi versets 15-21)
ou enfreignent l’alliance.
- les dispositions prises en vue de
la ratification et de la mise en
œuvre commencent souvent par
un repas d’alliance.
• Quelles sont les différences entre l’ancienne et la nouvelle
alliance ?
Le tableau de la page suivante met en évidence les points de
comparaison sur les thèmes suivants : médiation, critère d’entrée, signe,
relation à la terre et éthique.
De toute évidence, la nouvelle alliance offre infiniment plus que
l’ancienne : elle est don de grâce.
L’ancienne alliance La nouvelle alliance
Médiation Moïse (Hé 9:18-19) Jésus-Christ
(I Ti 2 :5 ; Hé 9:15)
Critère Appartenance au La foi en Jésus-Christ,
d’entrée peuple d’Israël Sauveur et Seigneur
(donc être circoncis)
Signe Le sabbat Le sceau du Saint-Esprit
(Ex 31:12-17) ; (Ep 1:13) ;
la circoncision est le le baptême et la cène sont
signe de l’alliance avec enseignées par le
Abraham et sa Seigneur ; mais la nouvelle
descendance alliance, de nature
essentiellement spirituelle,
n’a pas de signe matériel ;
je préfère considérer le
sceau de l’Esprit comme
signe de la nouvelle
alliance (Jérémie 31:31-34)
Relation à la La terre de Canaan est Pas de terre, mais la vie
terre, promise en héritage éternelle dans le ciel
l’héritage (Ex. 23 : 20-33) (Ph 3:20) ; pourtant le
Seigneur promet de
prendre soin de nous tant
que nous serons sur cette
terre.
(Mt 6:24-34 ; I Ti 4:8)
Ethique La mise en pratique de L’amour de l’Esprit
la loi est l’expression de jusqu’à la mise en pratique
la foi des commandements.
(Ex 19:4-6 ; 20:1-17) (Ga 5:22-23 ; Rm 13:8-10)
• En quoi pourrions-nous courir le danger de minimiser les
conséquences de la nouvelle alliance ? Y aurait-il une tendance
de retourner à l’ancienne ?
Ce danger est combattu par Paul dans l’épître aux Galates en termes
très vigoureux : « O Galates insensés ! Qui vous a fascinés, vous aux
yeux de qui a été dépeint Jésus-Christ crucifié ? Voici seulement ce que
je veux apprendre de vous : Est-ce en pratiquant la loi que vous avez
reçu l’Esprit, ou en écoutant avec foi ? Etes-vous tellement insensés ?
Après avoir commencé par l’Esprit, allez-vous maintenant finir par la
chair ?» (ch. 3, v.1-3). Paul qualifie ce retour à la loi de charnel en ce
qu’il contribue à une auto-satisfaction et une auto-glorification de
l’homme (voir 6 :12-15).
L’épître aux Hébreux est aussi adressée à des croyants bien partis
dans la course chrétienne mais tentés de retourner aux « gloires » du
passé d’Israël et à son culte lévitique. Tout le message tend à prouver la
supériorité de la nouvelle alliance sur l’ancienne.
Tout au long de l’histoire de l’église se sont manifestées les
influences à l’œuvre dans les églises de Galatie. Elles ont eu pour
effet : une recherche du salut par les œuvres, le légalisme, le
cléricalisme, valorisation des formes extérieures du culte. Peut-être que
le lien unissant église et état s’est aussi développé sur la base d’une
certaine compréhension des alliances ancienne et nouvelle.
Le partage après l’exposé a fait surgir la question suivante :
Les chrétiens messianiques, font-ils bien de respecter les coutumes
juives (circoncision, sabbat, fêtes) ? Celles-ci, en plus du fait qu’elles ont
été données par Dieu à Israël, ont un aspect culturel. Et dans ce cas, il
est compréhensible que les croyants juifs restent attachés à ces
différentes traditions tout comme les chrétiens suisses, français, italiens
ou espagnols respectent leurs diverses traditions nationales. Il importe
cependant de bien établir une hiérarchie des valeurs en affirmant que les
réalités spirituelles de la nouvelle alliance priment. Pour éclairer le débat,
nous pouvons prendre en compte que le même apôtre Paul a pratiqué la
circoncision de Timothée et qu’il a prononcé un vœu selon le rite juif. Par
contre il n’a pas fait circoncire Tite. Voir Actes 16:3 ; 21:23-26 ;
Galates 2:3. Le message qu’il a répandu partout est l’Evangile de Jésus-
Christ par qui l’homme est uni à Dieu dans une alliance nouvelle et
éternelle.
Jörg Geiser