Progrès génétique et sélection efficace
Progrès génétique et sélection efficace
Si les reproducteurs sont choisis au hasard, il n’y a pas de raison pour que la moyenne d’une
population soit modifiée dans un sens ou dans un autre. A contrario, il y a sélection quand on
retient comme parents de la génération suivante les meilleurs individus ou, plus généralement,
un groupe d’individus supérieurs à la moyenne, pour un caractère donné. On peut prédire le
progrès génétique sous l’effet de la sélection, ce qui est utilisé pour comparer diverses
méthodes de sélection et pour recommander des stratégies aux responsables des programmes.
Valeur génétique
Descendants
Valeur génétique
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A. La prédiction et les paramètres du progrès génétique annuel
1. Hypoyhèses
Considérons la situation la plus simple sur la plan démographique, celle d’une population où
les générations sont séparées, ce qui est souvent le cas chez les volailles. Nous avons vu
comment on peut prédire la réponse à une génération de sélection fondée sur les valeurs
phénotypiques individuelles (GQ, chapitre IV), en utilisant les résultats établis à propos de la
relation parent-descendant. Nous allons généraliser cette approche à une sélection fondée sur
des index de valeur génétique construits à partir d’information(s) quelconque(s).
Soit un ensemble de candidats à la sélection qui sont comparés sur la base d’index de valeur
génétique. Tous les candidats disposent de la même information et sont ainsi connus avec le
même Coefficient de Détermination (CD, cf. chapitre précédent). Afin de faciliter les calculs,
on suppose (1) que les index des candidats suivent une distribution normale et (2) que l’on
effectue rigoureusement une sélection par troncature : on retient comme reproducteurs tous
les individus dont l’index de valeur génétique dépasse un certain seuil. Cette deuxième
hypothèse constitue évidemment une simplification de la réalité. Par ailleurs, on suppose que
les reproducteurs, une fois sélectionnés, s’unissent au hasard.
Candidats
Index (Â)
Descendants des
Animaux sélectionnés
Index
∆G
Changement de valeur moyenne d’index
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2. Transmission d’une génération à l’autre et définition du progrès génétique ypoyhèses
Par définition, l’espérance de la valeur génétique (A) d’un animal connaissant celles de ses
parents est égale à la moyenne des valeurs génétiques additives parentales. Cela est vrai pour
la valeur génétique moyenne d’un groupe de descendants. Soit en utilisant les indices d, p et
m pour désigner les descendants, les pères et les mères, respectivement :
e
E Ad Ap , Am = j 1
2
1
Ap + Am
2
Ceci représente l’espérance de la moyenne génétique totale (G) des descendants, puisqu’en
panmixie cette dernière ne fait intervenir aucun effet génétique non additif (cf. GQ chap. III).
Par définition, le progrès génétique est la différence entre, d’une part, la valeur génétique
moyenne des descendants issus des reproducteurs sélectionnés et, d’autre part, celle que l’on
aurait obtenue si les parents avaient été choisis au hasard. Soit ∆Gp la supériorité génétique
des pères sélectionnés par rapport à l’ensemble des candidats dont ils sont issus et ∆Gm celle
des mères sélectionnées, l’expression du progrès génétique (∆G) découle de l’additivité :
1 1
∆G = ∆G p + ∆Gm
2 2
Raisonnons au sein d’un sexe parental donné. Les parents sélectionnés ont une valeur
moyenne d’index supérieure à la moyenne des candidats. La différence correspondante est
désignée sous le terme de différentielle de sélection (S)20 :
Nous avons vu au chapitre précédent que l’index de valeur génétique d’un animal est égal à
l’espérance de sa valeur génétique. En conséquence, l’espérance de la supériorité des parents
sélectionnés ( ∆Gs ) est égale à la différentielle de sélection calculée sur les index :
b g
E ∆Gs = Indexsélectionnés − Index candidats = S
20
En génétique quantitative (fin du chapitre IV), la différentielle de sélection avait été définie comme un écart de
valeur phénotypique. Ici elle est définie comme un écart d’index moyen. De façon générale, la différentielle
s’exprime en fonction du critère de sélection utilisé.
AgroParisTech, E. Verrier, X. Rognon, G. Leroy, T. Heams, Janvier 2009
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Afin de disposer d’un paramètre indépendant de la variabilité du caractère sélectionné, on
définit l’intensité de sélection (i) comme la différentielle exprimée en unités d’écart-type
(voir figure 1 et tableau 4) :
i = S σ Index
b g
E ∆Gs = S = iσ Index
b
CD = r Index, A g 2
=
b
var Index g b g
var Index = CD × σ 2A
var A bg, soit
b g
E ∆Gs = i CD σ A
La racine carrée du CD est désignée par le terme de précisons de la sélection (R) : c’est le
coefficient de corrélation entre l’index et la valeur génétique vraie :
b
R = CD = r Index, A g
b g
E ∆Gs = iRσ A
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Figure 1. Sélection par troncature dans une distribution normale centrée réduite.
0 x
i
- 75 -
L’espérance du progrès génétique (∆G) à l’issue d’une génération de sélection s’exprime alors
comme la moyenne des espérances des supériorités des pères et des mères sélectionnés :
b g
E ∆G =
1
2
d i 1
2
1
b g d
E ∆G p + E ∆Gm = i p Rp + im Rm σ A
2
i
Par ailleurs, d’un point de vue économique, il est toujours important de rapporter le progrès
attendu au temps nécessaire pour que ce dernier soit transmis d’une génération à l’autre. Pour
ce faire on définit l’intervalle de génération (T) comme l’âge moyen des parents à la
naissance de leurs descendants. Pratiquement, l’intervalle de génération se calcule comme une
moyenne d’écarts d’âge entre les parents et leurs descendants. L’intervalle de génération est
un paramètre démographique qui est différent de l’age à la première reproduction. Il est
fortement lié à la biologie de l’espèce. Dans les populations d’animaux domestiques,
l’intervalle de génération peut prendre des valeurs différentes selon la voie considérée et selon
les épreuves de sélection que l’on fait subir aux animaux.
Le progrès génétique annuel (∆Ga) est égal au rapport entre la moyenne des espérances de
supériorité génétique des parents sélectionnés et la moyenne des intervalles de génération :
b g b g
E ∆Ga = E ∆Gs T
21
Cette distinction sera développée et précisée au cours du TD n°1 d’amélioration génétique.
AgroParisTech, E. Verrier, X. Rognon, G. Leroy, T. Heams, Janvier 2009
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La moyenne est à effectuer sur les 4 voies de transmission des gènes (indicées v). En matière
de flux de gènes, chaque voie a le même poids (¼ des flux de gènes). L’espérance du progrès
génétique annuel s’exprime donc ainsi (après simplification par ¼ en haut et en bas) :
∑i R
b g
v v
E ∆Ga = v =1
4 σA
∑T
v =1
v
i R σA
E(∆Ga ) =
T
Intervalle de génération
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Paramètres du progrès génétique
Candidats
A A
Population 1 Population 2
R = [CD]½
Point précédent du cours
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Paramètres du progrès génétique
3) La sévérité du choix
Index
S
Intensité de sélection :
i = Différentielle standardisée = S / écart-type d’index
Intervalle de génération :
T = Ecart d’âge moyen entre un ensemble de descendants et leurs parents
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B. Comparaison des principales méthodes de sélection (un caractère)
Les index de valeur génétique combinent souvent des informations de nature différente :
performance individuelle, valeurs d’apparentés (cf. chapitre IV). Il arrive qu’un type donné
d’information ait un poids prépondérant dans l’index de valeur génétique, comme par
exemple la moyenne des performances d’un grand nombre de descendants. Il arrive enfin que
la sélection soit effectuée sur la base d’un seul type d’information. Cette dernière situation
définit les principales méthodes de sélection que l’on peut employer en vue d’améliorer un
caractère. Dans cette section, nous allons comparer ces différentes méthodes ; l’expression
des index de valeur génétique et des CD correspondants est disponible au chapitre IV (tab. 1
et section D). La comparaison portera sur l’incidence des méthodes sur les paramètres du
progrès génétique annuel ainsi que sur la facilité de mise en oeuvre et le coût. Enfin, nous
montrerons en quoi ces méthodes peuvent (et doivent) être utilisées en complémentarité.
- 80 -
1. La sélection massale
La sélection massale est la méthode de sélection la plus simple à mettre en oeuvre, ce qui en
constitue l’avantage majeur. Elle autorise une forte intensité de sélection. Son principal
inconvénient réside dans l’impossibilité qu’il y a de l’appliquer à certains caractères : ceux
qui ne s’expriment que dans un sexe ou que l’on ne peut mesurer qu’après abattage.
22
Ce terme provient de l’anglais mass selection, qui signifie "sélection dans la masse". On parle aussi de
sélection individuelle.
AgroParisTech, E. Verrier, X. Rognon, G. Leroy, T. Heams, Janvier 2009
- 81 -
2. La sélection sur ascendance
La sélection sur ascendance consiste à choisir les reproducteurs en fonction des informations
dont on dispose sur leurs parents ou sur des ancêtres plus éloignés. La mise en oeuvre de cette
méthode (comme celle des autres méthodes généalogiques) repose sur la disponibilité de
fichiers d’état civil fiables et tenus à jour. Ainsi, lorsque les enjeux génétiques ou
commerciaux sont importants, il est nécessaire de procéder à une vérification de la filiation
sue la base du polymorphisme biologique (cf. [Link], § B.1).
• La précision de la sélection sur ascendance est en général faible. En effet, une seule
performance individuelle renseigne mieux sur la valeur génétique que la connaissance
d’une performance de chaque ancêtre du pedigree23 complet24. Cet inconvénient peut
être tempéré dans le cas où l’on utilise un index d’ascendance fondé sur les index (et
non les performances) des parents directs (cf. Tableau 3).
• Compte tenu de la précision modérée à faible de cette évaluation, on évite d’effectuer
une forte pression de sélection à cette étape (l’intensité est généralement modérée).
• Le choix sur ascendance est généralement très précoce des reproducteurs, dès leur
naissance, ce qui permet de minimiser l’intervalle de génération. En fait, le choix
s’effectue le plus souvent dès la conception, en procréant une nouvelle génération de
candidats à la sélection en accouplant les tout meilleurs reproducteurs de la génération
précédente : on parle d’accouplements raisonnés. Cette étape est capitale, notamment
si les jeunes animaux ainsi procréés doivent passer au filtre de procédures ultérieures
longues et coûteuses de sélection. Plus généralement, il n’y a qu’en procédant de la
sorte que l’on peut réellement cumuler le progrès génétique au fur et à mesure que se
succèdent les générations : on parle également de recyclage du progrès génétique.
La sélection sur ascendance est la sélection la plus précoce que l’on puisse faire, ce qui en
constitue l’avantage majeur. On doit l’utiliser pour un premier tri des reproducteurs. Son
principal inconvénient réside dans sa faible précision. Aussi, ce premier tri doit être affiné par
la suite au moyen d’autres méthodes.
23
Mot anglais provenant de l’ancien français pié de grue (source : Le Petit Robert). L’empreinte du pied de la
grue est en effet une marque à trois traits, comme lorsque l’on symbolise une filiation avec un trait pour le père,
un pour la mère et un pour le descendant (source : La Hulotte, n°27).
24
Cette réalité ne semble pas encore admise dans certains milieux de l’élevage du cheval de sport ou de course
ou chez certains éleveurs traditionalistes de bovins allaitants, où, pour juger du mérite d’un animal, on attache
beaucoup d’importance à remonter sa généalogie sur quatre générations, voire plus.
AgroParisTech, E. Verrier, X. Rognon, G. Leroy, T. Heams, Janvier 2009
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3. La sélection sur descendance
• La précision de la sélection sur descendance est très élevée : elle peut tendre vers 1.
• Compte tenu de sa lourdeur de mise en œuvre, elle n’est généralement pas appliquée à
des effectifs très importants de candidats : l’intensité de sélection n’est pas maximisée.
• La sélection sur descendance a l’inconvénient d’être tardive, notamment si la mesure
du caractère nécessite que les descendants eux-mêmes se soient reproduits. Les
résultats de l’évaluation interviennent quand les pères testés sont déjà âgés (6 ans pour
les taureaux laitiers). L’intervalle de génération est alors notablement allongé.
- 83 -
La sélection sur descendance est la méthode qui permet d’obtenir le maximum de précision et
elle est applicable pour tous les caractères. Ce sont là deux avantages majeurs. La sélection
sur descendance représente cependant l’inconvénient d’allonger notablement l’intervalle de
génération.
Sur le plan pratique, la mise à l’épreuve de la descendance est coûteuse et nécessite des
infrastructures importantes et une organisation rigoureuse : elle ne peut être le fait d’éleveurs
individuels.
Les animaux mis à l’épreuve doivent avoir été triés au préalable par d’autres méthodes, plus
précoces et pouvant s’appliquer à un grand nombre de candidats.
- 84 -
ce qui évite ainsi d’allonger l’intervalle de génération. C’est typiquement le cas des
souches de poules pondeuses, où les coqs sont sélectionnés sur la base des
performances moyennes de leurs pleines sœurs (environ une dizaine) et de leurs demi-
sœurs (environ une centaine). C’est également le cas du choix des verrats pour
lesquels un effort de sélection est réalisé sur les caractéristiques de qualité de la viande
afin d’éviter leur détérioration, les verrats étant évalués sur la base des performances
d’un collatéral abattu.
L’évaluation sur collatéraux est en général assez peu précise et sa fiabilité peut être mise en
défaut en cas d’effet d’environnement commun, phénomène relativement courant pour des
pleins frères-sœurs. Son intérêt réside surtout dans la possibilité d’évaluer des candidats pour
des caractères qui ne s’expriment que dans un sexe ou dont la mesure nécessite l’abattage, et
ce sans passer par l’évaluation sur descendance qui est longue et coûteuse. La sélection sur
collatéraux est principalement employée chez les volailles, compte tenu des caractéristiques
biologiques de ces espèces et de la maîtrise importante des conditions de milieu qui existe en
sélection avicole.
Nous avons vu aux chapitres précédents que chaque méthode de choix des reproducteurs a des
avantages et des inconvénients, les inconvénients de l’une pouvant être compensés par les
avantages de l’autre. En référence aux paramètres du progrès génétique annuel (cf. § A.2),
aucune méthode n’a que des avantages, aucune n’a que des inconvénients. Il est donc logique
d’utiliser successivement ces diverses méthodes.
La première méthode disponible dans le temps est la sélection sur ascendance. Même peu
précise, elle permet un premier tri des candidats. Cette première sélection est à effectuer dès
que cela est possible, y compris dès la conception (accouplements raisonnés) pour permettre
d’affecter les moyens qui seront mobilisés aux étapes suivantes aux animaux dont on peut
penser, a priori, qu’ils sont parmi les meilleurs.
- 85 -
Complémentarité des méthodes de sélection
En pratique,
différentes informations et différentes méthodes de sélection
sont combinées
Ascendance
(accouplements raisonnés) X X X
L’étape suivante, indispensable compte tenu de la faible précision de l’étape précédente, est
constituée par la sélection massale. Permettant une forte intensité de sélection, le choix
correspondant est efficace, sauf dans le cas de caractères à faible héritabilité. Compte tenu de
la simplicité de cette sélection et de son peu d’impact sur l’intervalle de génération, on est
amené à s’en contenter dès que possible, c’est-à-dire dès que l’on peut faire les mesures
nécessaires sur les candidats à la sélection et que l’on ne cherche pas une précision trop
élevée. On peut également remédier au manque de précision, ou à l’impossibilité de faire la
mesure sur les candidats, en tenant compte des performances de leurs collatéraux.
Pour des caractères non mesurables sur les candidats et lorsqu’une précision élevée est
nécessaire (reproducteurs mâles qui seront largement diffusés après sélection), il est
indispensable d’effectuer une sélection sur descendance, malgré la lourdeur de mise en
oeuvre de cette méthode et le rallongement de l’intervalle de génération qu’elle entraîne.
Il est intéressant de constater que l’utilisation successive dans le temps de toutes ces méthodes
permet d’employer chacune d’elles de façon optimale : progression de la précision et du coût,
diminution de l’intervalle de génération. Il faut par ailleurs veiller, en fin de programme, à ce
que ce soient les meilleurs reproducteurs d’une génération donnée qui procréent les candidats
- 86 -
à la sélection de la génération suivante. C’est de cette manière que le progrès génétique peut
se cumuler de génération en génération. Cet objectif de « recyclage du progrès génétique »
revient en fait à la première étape du programme vue plus haut, c’est-à-dire au premier tri des
animaux sur la base de leur ascendance. Pratiquement, on y parvient au moyen des
accouplements raisonnés. Ne pas procéder ainsi équivaut à la « mort génétique » des
reproducteurs de haute qualité mis en évidence à chaque génération.
Ces diverses étapes constituent la trame de tout programme de sélection. Il est évident que
chacun des programmes de sélection est adapté aux conditions particulières dans lesquelles il
est mis en oeuvre : espèce, type de production et caractères à améliorer, mode de
reproduction, organisation et environnement technique, etc.
La liaison génétique entre deux caractères s’apprécie par la corrélation génétique, notée ra et
définie comme la corrélation entre les valeurs génétiques additives d’un même individu pour
deux caractères différents (cf. GQ, § III.C.3). Quand on réalise une sélection sur un caractère,
les reproducteurs retenus ont en espérance une valeur génétique supérieure à la moyenne des
candidats. Ils ont donc, pour un second caractère génétiquement lié au caractère sélectionné,
une valeur génétique différente de la moyenne des candidats : supérieure à la moyenne en cas
de corrélation positive, inférieure en cas de corrélation négative. Ainsi, sans que l’on ait rien
fait pour cela, la réponse à la sélection sur le caractère sélectionné s’accompagne d’une
réponse corrélée sur le second, dont il est possible de prédire l’ampleur. L’encadré ci-dessous
donne une illustration de ce phénomène, à défaut d’en donner ici une démonstration formelle.
AgroParisTech, E. Verrier, X. Rognon, G. Leroy, T. Heams, Janvier 2009
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Conséquences du choix de taureaux laitiers pour deux caractères différents
La figure ci-dessous représente la distribution des index de valeur génétique de taureaux laitiers pour deux
caractères : quantité de lait (Lait, en kg/lactation) et taux protéique (TP, en g/kg). Chaque individu est repéré par
un point dont l’abscisse est égale à sa valeur d’index pour le Lait et dont l’ordonnée est égale à sa valeur d’index
pour le TP. Les animaux considérés constituent l’ensemble des taureaux de race Normande mis à l’épreuve de la
descendance parmi ceux nés en 1988, avec leurs résultats tels que publiés par l’INRA et l’Institut de l’Elevage
en août 1994. Il s’agit donc d’un ensemble d’animaux contemporains, qui n’avait pas encore fait à l’époque
l’objet d’une sélection sur la base de ces résultats.
TP (g/kg)
4
0
τ2
-2
τ1
-4
-1500 -1000 -500 0 500 1000 1500
Quantité de lait (kg)
Considérons que l’on doive retenir 20 taureaux parmi ces 97 et comparons trois stratégies possibles de sélection.
Une stratégie « Lait » consiste à retenir les 20 meilleurs pour l’index de valeur génétique pour le Lait, soit en se
reportant à la figure ci-dessus, à sélectionner tous les taureaux qui se situent à droite du seuil τ1. Une stratégie
« TP » consiste à retenir les 20 meilleurs pour l’index de valeur génétique pour le TP, soit à sélectionner tous les
taureaux qui se situent au dessus du seuil τ2. Une stratégie « mixte » consiste à retenir les 20 meilleurs pour une
combinaison de lait et de taux. Les résultats, consignés ci-après, montrent clairement les conséquences d’une
sélection unicaractère lorsque le caractère sélectionné est en opposition génétique avec un second caractère : une
sélection sur le Lait se traduirait par une différentielle de sélection maximale pour ce caractère mais
s’accompagnerait d’une dégradation du niveau moyen de TP, et vice-versa. La sélection combinée permet de
progresser sur les deux caractères, mais pour un caractère donné, la différentielle exercée est plus faible que celle
correspondant à une sélection sur ce seul caractère (dispersion des efforts de sélection).
____________________________________________________
Différentielle de sélection (en unités d’index)
Stratégie ________________________________________
Lait TP
____________________________________________________
Lait + 662 - 0,7
TP - 216 + 1,7
Mixte + 550 + 1,2
____________________________________________________
- 88 -
Afin d’éviter ce type d’évolution défavorable, il est nécessaire de faire porter l’effort de
sélection simultanément sur tous les caractères d’intérêt. Signalons dès maintenant que cela
entraîne une dispersion des efforts de sélection, quelle que soit la valeur des corrélations
génétiques entre caractères, dispersion qu’il faut accepter. A pression de sélection constante,
une sélection simultanée sur deux caractères se traduira, pour un caractère donné, par une
manque à gagner par rapport au progrès génétique que l’on aurait attendu si ce caractère avait
été seul sélectionné. En effet, à effectifs constants, la prise en compte d’un deuxième caractère
n’autorise plus à ne prendre que les tous meilleurs pour le premier caractère. Ce phénomène
est également illustré dans l’encadré ci-après.
Le principe de cette méthode est de fixer des seuils pour chacun des caractères : seuls sont
retenus les animaux dont tous les index dépassent les seuils respectifs. Un des problèmes est
précisément celui de la fixation de ces seuils, qu’il est souvent difficile de définir de manière
objective en vue d’un progrès global. En outre, cette méthode n’est pas optimale dans la
mesure où elle ne permet pas à des animaux de compenser une valeur légèrement inférieure à
l’un des seuils par des valeurs nettement au dessus des autres. Elle est néanmoins bien adaptée
au cas où les informations nécessaires sont obtenues à des époques différentes de la vie de
l’animal : on peut effectuer des tris successifs dans le temps, ce qui évite de conserver tous les
candidats à la sélection jusqu’au terme des opérations. En évoquant la complémentarité des
méthodes de sélection (ascendance, massale, etc., cf. § C.1), plusieurs caractères étaient
considérés et c’est une méthode de ce type, par éliminations successives, qui était appliquée.
Ici, le principe est d’effectuer une sélection sur un critère unique, qui est une combinaison des
index pour différents caractères. Par exemple, pour les races traites de ruminants, des index
synthétiques laitiers combinent les index de quantité (en kg) de matière protéique (MP) ou de
matière grasse (MG), et de taux (en g/kg) protéique (TP) et butyreux (de matière grasse, TB).
Le choix des pondérations à accorder à chaque caractère est un problème majeur en soi.
Souvent, ce choix est guidé par une démarche revenant, schématiquement, à calculer les
répercussions en terme de revenu, de l’augmentation de la moyenne de la population d’une
AgroParisTech, E. Verrier, X. Rognon, G. Leroy, T. Heams, Janvier 2009
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unité de chaque caractère. Des index multicaractères sont définis dans la très grande majorité
des situations de sélection. Leur usage, comme critère de sélection, dépend néanmoins de
l’intérêt porté, ou non, au cas particulier de chaque animal. Chez les volailles ou le porc, les
troupeaux de sélection ont des effectifs importants et on s’intéresse essentiellement à
l’évolution de la moyenne des populations : les index multicaractères ont ici été facilement
adoptés. Chez les herbivores, les troupeaux sont de petite taille et les éleveurs sont sensibles à
la notion d’animal à aptitudes équilibrées : les index de synthèse sont utilisés à l’échelon des
organismes de sélection mais beaucoup moins chez les éleveurs individuels qui utilisent
principalement les index publiés caractère par caractère.
- 90 -
La définition des objectifs de sélection
L’exemple des bovins laitiers (2) : Index de synthèse
Fertilité
Comptages cellulaires
Exemple de l’ISU en Prim’Holstein INEL
Morphologie
Longévité fonctionnelle
Evaluation génétique
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4. Un exemple d’évolution génétique sous l’effet de la sélection : le cas des bovins laitiers
2500
Lait Taux Protéique
0,75
1500
0,25
500
-500 -0,25
1980 1990 Année 2000 2010 1980 1990 Année 2000 2010
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4. La sélection assistée par le génotypage ou par le marquage
Nous avons vu ([Link]) qu’il est possible, avec certains moyens d’investigation, d’identifier
des gènes, ou d’identifier des portions de chromosomes (QTL), responsables de variations sur
des caractères mesurés. Les outils de la biologie moléculaire des procédés de typage sans
ambiguïté des animaux, ce qui constitue une aide à la sélection. Il convient de distinguer,
d’une part, le cas où le typage moléculaire porte sur le gène lui-même (gènes Halothane, RN,
Caséine α-s1, ... cf. [Link]) et, d’autre part, le cas où le typage porte sur un marqueur
(microsatellite, par exemple) dont on a pu établir auparavant qu’il est associé à un QTL du
caractère considéré. La sélection intégrant l’information moléculaire est désignée sous le
terme de Sélection Assistée par le Génotypage (SAG) dans le premier cas et de Sélection
Assistée par Marqueurs (SAM)25 dans le second.
Il faut insister sur le fait que la SAG ou la SAM ne sont efficaces que si l’effet des gènes
identifiés, ou l’association marqueur-gène, sont établis sans erreur, ou tout du moins avec un
risque d’erreur très faible. La mise en évidence des gènes ou des QTL et de leurs effets
reposent sur des observations phénotypiques et des analyses statistiques : il y a toujours un
risque de décréter significatif un effet qui n’est pas réel (risque de 1ère espèce, voir Stat).
Compte tenu de la nécessité de minimiser ce risque et de l’importance des effets de milieu,
qui constituent un très important bruit de fond, les protocoles expérimentaux ou les dispositifs
d’exploitation des performances mesurées en ferme en vue de détecter des gènes ou des QTL
sont relativement lourds. Ajoutons enfin que l’on ne peut mettre en évidence un gène ou QTL
que s’il est polymorphe : si les individus portent tous le même allèle, le gène ou le QTL ne
peuvent induire aucune variation phénotypique et ne peuvent donc être détectés.
Lorsque l’on souhaite éliminer rapidement un allèle défavorable (anomalie, gène PrP chez les
ovins, gène RN chez le porc, ... cf. Ch. III), on considère l’information sur le gène considéré
indépendamment des autres informations. En dehors de ce cas, on cherche plutôt à intégrer
25
En anglais, Marker Assisted Selection (MAS).
AgroParisTech, E. Verrier, X. Rognon, G. Leroy, T. Heams, Janvier 2009
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l’information moléculaire (typages) et les informations phénotypiques (performances) dans
une évaluation globale de la valeur génétique des animaux : la SAG ou la SAM reposent alors
sur une évaluation génétique assistée par le génotypage ou le marquage.
c.1. Chez les caprins, la sélection en faveur du taux de caséine dans le lait (et donc du
taux protéique global), est aidée par le génotypage au gène de la caséine α-s1, compte tenu de
son effet majeur sur ce caractère. Les animaux typés sont les jeunes boucs candidats à
l’agrément pour l’IA, ainsi que leurs parents dans le cadre des accouplements raisonnés.
c.2. Chez les bovins laitiers, après un long programme de recherche, plusieurs QTL
relatifs à 8 caractères d’intérêt (fertilité, qualité du lait, résistance aux mammites, ...) ont été
mis en évidence. Sur cette base, depuis 2001, la SAM est opérationnelle chez les trois
principales races françaises. Un total de 45 marqueurs, les plus proches des différents QTL
détectés, sont pris en compte. Les animaux typés, au nombre de 10 000 par an, sont les jeunes
taureaux candidats à l’IA et les potentielles mères à taureaux, ainsi que leurs parents directs et
divers autres apparentés. L’information moléculaire est intégrée dans le dispositif
d’évaluation génétique et les index diffusés représentent toujours l’espérance de la valeur
génétique conditionnée par l’information disponible : pour les animaux typés, cette
information est plus riche et plus précoce, l’évaluation plus précise que sans les marqueurs.
AgroParisTech, E. Verrier, X. Rognon, G. Leroy, T. Heams, Janvier 2009
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4. La gestion des risques génétiques à court et à long terme
Au cours des 20 à 30 dernières années du XXème siècle, dans la plupart des espèces
domestiques, les opérations de sélection se sont intensifiées, notamment du fait, d’une part, de
l’emploi de méthodes d’évaluation génétique de plus en plus performantes et, d’autre part,
d’une concentration progressive sur une élite réduite de reproducteurs, favorisée par le
développement dans certaines espèces des biotechnologies de la reproduction telles que
l’insémination artificielle et le transfert embryonnaire. On peut légitimement se demander s’il
n’y a pas des risques, à court et à long terme, à faire reposer l’évolution des populations
d’élevage sur de faibles effectifs de reproducteurs largement diffusés directement comme
pères de femelles ou indirectement comme pères de mâles, et donc grands-pères de femelles.
A court terme, il faut évaluer le risque de diffusion d’allèles récessifs induisant des anomalies
héréditaires graves (cf. [Link]). Si un reproducteur porteur sain à l’état hétérozygote de l’allèle
responsable est largement utilisé, alors cet allèle est largement diffusé dans la population et
l’incidence de l’anomalie s’accroît de façon substantielle. Quelques cas au sein de certaines
races bovines laitières indiquent qu’il ne s’agit là nullement de science-fiction. Un autre point
à considérer est que la valeur génétique d’un reproducteur n’est connue qu’avec une marge
d’erreur, d’autant plus grande que le CD de l’index est faible. Il est ainsi nécessaire
d’équilibrer l’utilisation des reproducteurs (cela concerne surtout les mâles) afin de limiter les
risques liés aux anomalies ou à une connaissance imparfaite des valeurs génétiques.
A long terme, on peut se demander si l’on ne risque pas de voir s’éroder la variabilité
génétique des populations sélectionnées. En effet, la réduction du nombre reproducteurs,
notamment des pères de pères, et leur utilisation déséquilibrée constituent un resserrement des
origines des générations futures, ce que l’on désigne sous le terme de goulets d’étranglement.
La conséquence en est une élévation de la consanguinité et une réduction de la variabilité
génétique dans les générations futures. Un certain nombre d’analyses rétrospectives, pour
plusieurs espèces, illustrent ces phénomènes. Il est ainsi nécessaire de ne plus exploiter la
variabilité génétique de façon minière mais en cherchant à combiner progrès génétique
immédiat et préservation à moyen terme des capacités d’évolution des populations. Plusieurs
méthodes, plus ou moins simples à appliquer, sont disponibles pour atteindre ce double
objectif. Dans plusieurs situations, ces méthodes sont progressivement mises en oeuvre.
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AgroParisTech, E. Verrier, X. Rognon, G. Leroy, T. Heams, Janvier 2009
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