Pertes Et Dettes
Pertes Et Dettes
238. Mutisme des statuts. - La règle selon laquelle, dans la société en nom collectif, tous les
associés personnes physiques ou morales sont gérants (V. supra, n o 124) n'est pas absolue.
Elle ne vaut que dans le silence des statuts. Quand ceux-ci dérogent au droit commun, le
groupement comporte à côté du ou des gérants associés ou non, de simples associés
titulaires de droits et assumant des obligations. Ces derniers ne peuvent alors s'immiscer
dans la gestion sociale. Toute intervention de leur part, même unanime, constituerait une
révocation partielle des pouvoirs du gérant, normalement soumise aux conditions de la
révocation directe et expresse et opposable aux tiers, après seulement leur publication
régulière (C. com., art. L. 210-9 , al. 2).
240. Deux hypothèses. - Dès lors que, sauf stipulation contraire des statuts, les associés en
nom collectif sont tous gérants (C. com., art. L. 221-3 , al. 1 er), deux hypothèses doivent
être envisagées : – soit qu'effectivement les associés sont tous gérants, comme le prévoit le
code de commerce et mettent en œuvre leur droit à la gestion sociale conjointement avec les
autres droits que leur confèrent les textes législatifs et réglementaires ; – soit qu'une clause
statutaire confère la gérance à un ou plusieurs d'entre eux, ou à un tiers non associé. Il
s'ensuit que les associés non gérants ont besoin d'être protégés contre les pouvoirs des
gérants associés ou non.
241. Associés non-gérants. - Les associés non gérants ne restent pas étrangers à
l'administration de la société ; ils jouent même un rôle déterminant dans la société en nom
collectif. En effet, contrairement à ce qui se passe dans les sociétés de capitaux où
l'absentéisme a progressivement ôté tout fondement au schéma démocratique initial, les
associés en nom collectif ne peuvent, notamment en raison des risques courus sur leurs biens
personnels, se désintéresser de la marche des affaires sociales. Tandis que les textes
antérieurs ne se prononçaient quasiment pas sur la question et que la jurisprudence avait
élaboré des solutions, la loi du 24 juillet 1966 dont les dispositions ont été insérées dans le
code de commerce, a précisément réglementé entre autres, les droits extra-pécuniaires des
associés. Elle a cependant laissé une part d'initiative aux statuts dans l'aménagement des
relations entre associés. C'est pour assurer le respect de ses droits pécuniaires que le
législateur reconnaît à l'associé des droits tels que celui de participer aux assemblées ou
d'être consulté par écrit. Ces droits sont d'une importance aussi évidente, sinon plus, que
ceux d'accomplir des actes conservatoires du patrimoine et d'exercer certaines actions en
justice. Ils sont d'ordre individuel et collectif.
§ 1 er - Droit à l'information
243. Évolution législative. - Avant 1966, la doctrine admettait que les associés non gérants
disposaient d'un large droit d'information directe de l'activité du gérant grâce à l'accès à
l'ensemble des documents sociaux et à la possibilité de suivre concrètement la marche de la
société (LECOMPTE, Droit de contrôle des associés non gérants dans les sociétés en nom
collectif, Journ. sociétés 1934. 273). En revanche, la loi du 24 juillet 1966, soucieuse d'éviter
une pareille ingérence, a notablement réduit cette prérogative des associés, tout en
accroissant leur faculté de révocation du gérant. Les associés disposent tout de même d'un
droit d'être informés à l'occasion des assemblées générales et à deux moments de l'année
choisis par eux.
249. Déplacement au siège social. - Tout d'abord, les associés doivent se rendre
personnellement au siège social ; ce qui exclut toute possibilité de donner mandat à
quelqu'un, un associé ou un tiers, pour agir à leur place. Ils ne peuvent non plus emporter les
documents sociaux, ni donc contraindre le gérant à adresser à chacun un relevé ou une
photocopie des pièces dont ils veulent avoir communication. Cette règle est particulièrement
gênante pour les associés qui rencontrent quelques difficultés pour se déplacer. En revanche,
ils ont la faculté de prendre copie des documents sociaux.
250. Assistance par un expert. - Ensuite, les associés peuvent, dans l'exercice de ce droit,
se faire assister par un expert choisi sur une des listes établies par les cours et tribunaux.
Cette possibilité n'implique pas pour autant celle de se faire représenter par cet expert.
Admettre le contraire irait à l'encontre du caractère personnel du droit d'accès aux documents
sociaux.
251. Documents communicables. - En outre, la liste des documents communicables énoncés
par l'article R. 221-8 du code de commerce est limitée. Le droit d'accès et de consultation des
documents sociaux ne s'accompagne pas comme autrefois, de celui de prendre directement
connaissance des éléments matériels de l'actif social, comme la caisse, le portefeuille et les
stocks. Cela n'empêche toutefois pas les statuts de permettre cette consultation plus étendue
(HÉMARD, TERRÉ et MABILAT, op. cit. [supra, n o 226], n o 287).
252. Pacte social. - Enfin, le pacte social peut accroître le nombre de consultations annuelles
des documents sociaux instauré par le législateur (HÉMARD, TERRÉ et MABILAT, op. cit.
[supra, n o 226], n o 286).
253. Questions écrites. - Conjointement au droit de consultation des pièces sociales, les
associés non gérants peuvent deux fois par an poser par écrit, à propos de la gestion sociale,
des questions auxquelles il leur est répondu également par écrit. Le nombre de questions
n'étant pas limité par la loi, les intéressés peuvent donc en poser plusieurs. Là encore, les
statuts peuvent ouvrir plus largement ce droit, dans la limite des énonciations légales. Les
textes n'édictent aucune sanction pénale pour le défaut de réponse ; ils ne prévoient pas non
plus de sanction civile spécifique. Le gérant qui néglige ou s'abstient de répondre dans un
délai normal, s'expose à des dommages-intérêts ou à une condamnation sous astreinte. Son
comportement peut également constituer un juste motif de révocation, surtout s'il s'agit d'un
gérant non associé dont la destitution n'exige pas l'unanimité des voix. Ces mesures
menacent par ailleurs le gérant qui ne satisfait pas au droit de communication de l'associé en
nom collectif lequel, se heurtant à un refus, peut notamment saisir le président du tribunal de
commerce et obtenir une ordonnance de référé enjoignant au gérant, sous astreinte, de
communiquer les documents demandés.
§ 2 - Droit de contrôle
254. Nomination d'un commissaire aux comptes. - La loi du 1 er mars 1984 (abrogée et
recodifiée) a grandement innové en instituant la nomination facultative ou obligatoire, selon
certaines circonstances, par les associés des sociétés de personnes, de commissaires aux
comptes chargés de contrôler la gestion et les comptes sociaux (C. com., art. L. 221-9 ,
renvoyant à l'art. L. 221-6 ). La désignation de ce commissaire dans la société en nom
collectif s'impose pour les groupements qui, à la clôture de l'exercice social, dépassent deux
des trois seuils suivants fixés par décret en Conseil d'État (C. com., art. R. 221-5 ) : – total
du bilan (somme des montants nets des éléments d'actif ) : 1,55 million d'euros ; – chiffre
d'affaires hors taxes (ventes de produits et services liés à l'activité courante, diminuées des
réductions sur ventes, de la TVA et des taxes assimilées) : 3,1 millions d'euros ; – nombre
moyen de salariés (moyenne arithmétique des effectifs à la fin de chaque trimestre de
l'exercice comptable liés à l'entreprise par un contrat de travail à durée indéterminée) :
cinquante. L'établissement obligatoire de comptes consolidés par la société n'entraîne pas
l'obligation d'avoir un commissaire aux comptes, si les seuils prévus ne sont pas franchis (à
propos d'une SARL, mais applicable à la SNC, Rép. min. à DUBERNARD, JOAN Q 20 mars 1995,
p. 1544).
255. Nomination facultative d'un commissaire aux comptes. - Lorsque la société ne
dépasse pas ces chiffres, ce qui est le plus courant dans la société en nom collectif, la
nomination d'un commissaire aux comptes est facultative. Elle peut être décidée par les
associés aux conditions de majorité prévues par le pacte social ou à l'unanimité, en l'absence
de stipulations statutaires (C. com., art. L. 221-9 , al. 1 er, et art. L. 221-6 , al. 1 er). Elle
peut également être demandée en justice, c'est-à-dire au président du tribunal de commerce
statuant en référé, par tout associé quelle que soit sa participation au capital social.
256. Durée de nomination et récusation. - Les commissaires aux comptes (un titulaire et un
suppléant) nommés dans une société en nom collectif assument les mêmes fonctions,
subissent les mêmes interdictions et incompatibilités, encourent les mêmes responsabilités,
s'exposent à la récusation ou à la révocation et sont rémunérés de la même manière que les
commissaires des sociétés anonymes (C. com., art. L. 820-1 ). Ils sont nommés pour six
exercices et peuvent être récusés par décision de justice à la demande d'un ou de plusieurs
associés représentant au moins le dixième du capital social, du ministère public ou du comité
d'entreprise.
257. Nullité de délibérations. - Par ailleurs, les délibérations prises à défaut de désignation
régulière des commissaires aux comptes ou sur le rapport de commissaires nommés ou
demeurés en fonction contrairement aux dispositions textuelles, sont nulles. L'action en
nullité est éteinte si ces délibérations sont expressément confirmées par une assemblée, sur
le rapport des commissaires régulièrement nommés.
259. Assemblées ordinaires et extraordinaires. - Il n'y a pas lieu, comme dans la SARL ou
la société anonyme, de distinguer les assemblées générales ordinaires et les assemblées
générales extraordinaires, puisqu'en toute hypothèse, la règle de l'unanimité s'applique. Cela
n'empêche pas les statuts d'instaurer une pareille différenciation, même si elle n'offre pas un
grand intérêt.
266. Procès-verbaux des décisions collectives. - Les décisions collectives font l'objet de
procès-verbaux réglementés par les articles R. 221-2 à R. 221-4 du code de commerce. Ainsi,
notamment, doivent-ils être signés par chacun des associés présents, être établis sur un
registre spécial tenu au siège social, coté et paraphé, soit par un juge du tribunal de
commerce ou du tribunal d'instance, soit par le maire de la commune du siège social ou un
adjoint au maire ; les copies ou extraits des procès-verbaux des délibérations des associés
sont valablement certifiés conformes par un seul gérant. Le registre spécial peut être tenu et
les procès-verbaux établis sous forme électronique ; dans ce cas, les procès-verbaux sont
signés au moyen d'une signature électronique qui respecte au moins les exigences relatives à
une signature électronique avancée prévues par l'article 26 du règlement (UE) n o 910/2014 du
Parlement européen et du Conseil du 23 juillet 2014 sur l'identification électronique et les
services de confiance pour les transactions électroniques au sein du marché intérieur. Les
procès-verbaux sont datés de façon électronique par un moyen d'horodatage offrant toute
garantie de preuve (C. com., art. R. 221-3 , réd. Décr. n o 2019-1118, art. 1 er du 31 oct.
2019 relatif à la dématérialisation des registres, des procès-verbaux et des décisions des
sociétés et des registres comptables de certains commerçants). En outre, la certification peut
se faire au moyen d'une signature électronique qui respecte au moins les exigences relatives
à une signature électronique avancée prévues par l'article 26 du règlement (UE) n o 910/2014
du Parlement européen et du Conseil du 23 juillet 2014 sur l'identification électronique et les
services de confiance pour les transactions électroniques au sein du marché intérieur (C. com.,
art. R. 221-4 , réd. Décr. n o 2019-1118, art. 2 du 31 oct. 2019 relatif à la dématérialisation
des registres, des procès-verbaux et des décisions des sociétés et des registres comptables
de certains commerçants).
267. Publicité des modifications statutaires. - Les décisions modificatives des statuts
donnent lieu à publicité pour être régulières et opposables aux tiers. Il en va de même des
décisions qui, sans entraîner une rectification des statuts, affectent la composition des
organes sociaux : nomination et cessation des fonctions d'un gérant non statutaire.
C - Conditions de prise des décisions
268. Règle de l'unanimité. - Les décisions adoptées au sein de la société en nom collectif
n'obéissent pas, comme dans les sociétés de capitaux, à la loi de la majorité. Selon
l'article L. 221-6 du code de commerce, elles sont prises à l'unanimité, qu'il s'agisse de
décisions importantes telles que la modification des statuts, la révocation d'un associé
statutaire, la décision de continuer la société malgré cette révocation, en l'absence d'une
clause expresse des statuts, la cession de parts sociales, la transformation de la société en
SAS, l'absorption de la société par une SAS, ou de délibérations plus communes comme celle
concernant l'approbation des comptes annuels. Dans les autres cas, l'unanimité n'est requise
qu'en l'absence de clauses statutaires particulières. Les statuts peuvent alors déterminer à
loisir la règle de majorité applicable à telle ou telle décision (C. com., art. L. 221-6 , al. 1 er).
La majorité varie généralement en fonction de l'importance de la décision à prendre. Pour les
parts d'industrie, les statuts doivent indiquer les conditions dans lesquelles leurs titulaires
vont exercer leur droit de vote.
271. T itulaire du droit de vote. - À moins d'une énonciation contraire des statuts, chaque
associé dispose d'une voix. La majorité pouvant être en nombre et en capital, ou en nombre
ou en capital, on peut tout à fait admettre que chaque part sociale donne droit à une voix.
Reste à déterminer qui, du nu-propriétaire ou de l'usufruitier, sera le titulaire du droit de vote.
Bien que n'ayant pas la qualité d'associé, l'usufruitier peut prendre part à la vie sociale dans
la mesure utile à la jouissance des parts dont il a l'usufruit (sur la question en général, LE
BAY ON, L'usufruit des parts sociales, Rev. sociétés 1973. 435). Quant au droit de vote, une
clause statutaire peut en régler les conditions d'exercice entre l'usufruitier et le nu-
propriétaire (C. civ., art. 1844 , al. 3, issu de L. du 4 janv. 1978). Mais, dans le silence des
statuts, le droit de vote appartient au nu-propriétaire, sauf pour les décisions se rapportant à
l'affectation des bénéfices pour lesquelles il est octroyé à l'usufruitier, dès lors qu'ils ne
dérogent pas au droit du nu-propriétaire de participer aux décisions collectives (Com. 2 déc.
2008, n o 08-13.185 , RJDA 2009, n o 231). En effet, le nu-propriétaire doit être convoqué et
peut participer à toutes les assemblées, toute clause contraire étant réputée non écrite (Com.
4 janv. 1994, n o 91-20.256 , Rev. sociétés 1994. 278, note Lecène-Marénaud ; RJDA 1994,
n o 526. – Civ. 2 e, 13 juill. 2005, n o 02-15.904 , RJDA 2005, n o 1224). Si, en vertu des
statuts, le droit de vote est confié à l'usufruitier, cela n'empêche pas le nu-propriétaire de
participer à l'assemblée et de s'y exprimer. Cette disposition à caractère général, sauf s'il n'en
est autrement disposé par la loi en raison de la forme ou de l'objet de la société (C. civ.,
art. 1834 ), a bien évidemment vocation à s'appliquer à la société en nom collectif.
V. Usufruit des droits sociaux [Sociétés].
A - Approbation de la gestion
1° - Modalités et conséquences de l'approbation de la gestion
273. Convocation périodique. - Comme dans toute société, les associés en nom collectif ne
participant pas à la gestion quotidienne des affaires sociales, doivent être conviés
périodiquement à se prononcer collectivement sur la conduite des affaires sociales par le ou
les gérants. Ainsi, disposent-ils du pouvoir d'approuver ou non la gestion des organes sociaux.
Dans l'affirmative, ils ratifient la gestion sociale, sans pour autant que le quitus donné à
celle-ci leur fasse perdre, comme dans le passé, la faculté d'agir en responsabilité contre leurs
dirigeants (C. civ., art. 1843-5 , al. 3). Dans l'hypothèse inverse, celle où les associés
désapprouvent un acte du gérant soumis à leur appréciation, celui-ci est privé de tout effet.
Le gérant ne saurait transgresser la volonté collective des associés. Si ces derniers décident
de mettre en réserve les bénéfices, aucune distribution de dividendes ne peut avoir lieu. En
revanche, le gérant ne peut, sans leur accord, prétendre priver les associés de leur droit aux
bénéfices.
274. Préservation des prérogatives du gérant. - Pour autant, les associés ne peuvent faire
obstacle à l'accomplissement par le gérant d'un acte qui relève de ses prérogatives.
Effectivement, une pareille réduction de pouvoirs ne peut intervenir qu'en vertu des règles
applicables aux modifications statutaires ; d'où la nécessité de procéder à une distinction
entre le gérant statutaire et le gérant non statutaire. Seul ce dernier s'expose à subir une
réduction partielle de ses pouvoirs en raison de la désapprobation par les associés d'un acte
qu'il peut accomplir en vertu de ses pouvoirs. Quant au premier, le gérant statutaire, il est
sujet à révocation de la part des associés, s'il ne tient pas compte de leur opinion.
Néanmoins, le fait de ne pas suivre les conseils ou les délibérations des associés ne constitue
pas obligatoirement une faute. Sa responsabilité ne sera engagée que s'il s'est rendu
coupable d'une faute caractérisée, notamment, s'il a agi contrairement à l'intérêt social.
275. Délibérations obligatoires. - Les associés non gérants délibèrent obligatoirement sur le
rapport de gestion et les documents comptables établis par le gérant. En contrepartie du fait
qu'ils ne participent pas à la confection du rapport de gestion et des documents comptables,
ces associés vérifient la conformité des comptes et approuvent la situation de l'entreprise
telle qu'elle leur apparaît d'après les comptes. Cette obligation de délibération des associés
est expressément prévue par l'article L. 221-7, alinéa 1 er, toute clause contraire aux
dispositions étant réputée non écrite, aux termes de l'alinéa 3 de ce texte.
276. Conventions passées entre le gérant et la société. - Ces associés doivent également
se prononcer sur les conventions conclues par le gérant avec sa société. Bien que la doctrine
et la jurisprudence envisagent avec réticence ces conventions, aucun principe général du droit
n'empêche le représentant d'une société de contracter ès qualités avec lui-même ou sa propre
société (DEMOGUE, Des rapports pécuniaires entre une société et ses administrateurs ou
gérants pendant la durée de la société, Journ. sociétés 1933. 192). Certes, ces conventions
sont valablement admises dans les sociétés en nom collectif, mais les tribunaux exigent
qu'elles soient conclues au vu et au su de tous les associés (Rouen, 19 janv. 1910, Journ.
sociétés 1910. 411. – Crim. 25 mars 1929, Journ. sociétés 1930. 16). Pour sa part, la doctrine
préconise que les associés donnent leur accord formel ou tacite à la suite d'une demande du
gérant et que le contrat soit exempt de fraude et conclu à des conditions normales (LY ON-
CAEN et RENAULT, Traité de droit commercial, 5 e éd. par AMIAUD, t. 2, 1 re partie, 1926-1929,
LGDJ, n o 263. – THALLER, PIC et KRÉHER, Traité général théorique et pratique de droit
commercial, t. 1, 3 e éd., 1940, n o 472. – HÉMARD, TERRÉ et MABILAT, op. cit. [supra, n o 226],
n o 289).
277. Mutisme de la loi. - Quant à la loi du 24 juillet 1966 dont les dispositions ont été
reprises par le code de commerce, elle n'a rien prévu sur ce point pour la société en nom
collectif ; elle ne l'a envisagé qu'à propos de la SARL et des sociétés par actions. Mais il
semble probable que le cas échéant, le gérant doive faire approuver par les associés, les
conventions qu'il projette de conclure avec la société qu'il dirige.
278. Participation à la vie sociale. - Indépendamment de ces différents actes sur lesquels ils
doivent impérativement se prononcer, les associés non gérants sont d'une manière plus
générale invités à prendre part à la vie sociale et, par conséquent, à exercer une surveillance
sur le fonctionnement de la société. Cette participation est cependant facultative. Ainsi, les
intéressés sont éventuellement appelés à surveiller les actes accomplis par le gérant de sa
propre initiative, mais qui échappent à leur approbation obligatoire. En effet, le gérant peut
effectuer seul et sans contrôle formel tous les actes qui relèvent de ces prérogatives. Cela ne
l'empêche pas de solliciter l'avis et les conseils d'un ou plusieurs associés, auquel cas, il
s'agit davantage d'une collaboration que d'une surveillance (THALLER, PIC et KRÉHER, op. cit.
[supra, n o 276], n o 549). Il peut notamment soumettre à l'accord des associés des projets de
conventions ou d'accords avec d'autres entreprises, l'acquisition de brevets, les conditions de
vente de produits ou de marchandises…
280. Actes de gestion conformes à l'intérêt social. - Dans la première hypothèse, les statuts
déterminant librement l'étendue des pouvoirs du gérant dans les rapports entre associés,
faute de disposition statutaire, celui-ci ne peut accomplir que les actes de gestion dans
l'intérêt de la société (C. com., art. L. 221-4 , al. 1 er). Cela signifie que dans certaines
circonstances, le gérant est tenu de demander une habilitation de la part des associés. Si
celle-ci répond aux intérêts des associés, elle sera accordée, sinon elle sera refusée, d'autant
plus que la responsabilité qui pèse sur ces derniers est illimitée. Cette situation demeure
néanmoins exceptionnelle et n'implique pas une modification profonde et définitive des
statuts.
281. Accord unanime des associés. - Dans la seconde hypothèse d'une modification durable
des statuts, il s'agit de mettre les statuts en harmonie avec des situations nouvelles. C'est
une prérogative essentielle des associés qui requiert leur accord unanime, puisqu'elle
constitue une modification statutaire, à moins que les statuts renferment une disposition
permettant de prendre cette décision à la majorité (C. com., art. L. 221-6 , al. 1 er). La règle
de l'unanimité se justifie à la fois par le caractère contractuel de la société et par la gravité
de la mesure relative à la modification des statuts.
283. Portée des droits pécuniaires. - Les droits pécuniaires dont jouissent les associés en
nom collectif ne présentent pas de particularités. Ils s'analysent en un droit de créance sur
une fraction de l'actif social net résultant de leurs apports. C'est ce droit de créance qui leur
confère un droit au remboursement des apports et à une part du boni de liquidation ; il ne
suscite pas d'observation. Seuls appellent quelques commentaires : le droit aux parts
sociales, la cession entre vifs et la transmission par décès de ces parts.
286. Réserve légale facultative. - Les SNC ne sont pas tenues de constituer une réserve
légale. La raison est que les associés en nom collectif sont indéfiniment et solidairement
responsables et, par conséquent, il importe peu que la totalité des bénéfices réalisés soit
distribuée ou mise en réserve ; les créanciers sociaux peuvent en effet, sous certaines
conditions, poursuivre les associés. Mais les statuts ou les associés délibérant en commun
peuvent décider de constituer des réserves avant de distribuer des bénéfices.
287. Droit aux réserves de l'usufruitier. - L'usufruitier a-t-il droit alors aux réserves ? Tout
va dépendre de la qualification conférée aux réserves. Si elles constituent des bénéfices
accumulés, l'usufruitier peut y prétendre. Dès lors que les réserves constituent des fruits,
notamment lorsque la distribution de réserves vise à pallier l'absence de bénéfices au cours
d'un exercice déterminé, l'usufruitier demeure seul bénéficiaire. En revanche, si elles
constituent non point des fruits, mais un accroissement du capital, la propriété du capital
étant acquise au nu-propriétaire, c'est lui qui perçoit ces réserves. Il bénéficie également des
parts émises lors d'une augmentation du capital, quand celle-ci se réalise par incorporation de
réserves, alors que l'usufruitier va exercer son droit de jouissance sur les nouveaux titres et
les anciens. Outre le droit aux réserves et éventuellement le droit préférentiel de souscription
à la suite d'une augmentation de capital, le nu-propriétaire a droit au remboursement des
apports, ainsi qu'au boni de liquidation lors de la dissolution de la société.
B - Indivision
289. Représentation par un mandataire. - Les copropriétaires indivis sont tenus de se faire
représenter par un mandataire unique choisi parmi eux ou en dehors d'eux, chargé de voter en
leur nom (C. civ., art. 1844 , al. 2 applicable à la SNC en vertu de l'art. 1834 ). Les statuts
peuvent cependant déroger à cette règle (C. civ., art. 1844 , al. 4) et ainsi stipuler que le
mandataire fasse partie des indivisaires ou, s'il n'est pas membre de l'indivision, qu'il soit pris
parmi les associés. En cas de désaccord sur sa désignation, le représentant est nommé par
décision du président du tribunal de commerce à l'initiative du copropriétaire le plus diligent
(C. civ., art. 1844 , al. 2 et 4 ; Décr. n o 78-704 du 3 juill. 1978, art. 17 ). Eu égard au
caractère d'ordre public de cette règle, le juge ne peut refuser de désigner un mandataire en
présence d'un désaccord entre indivisaires, même si l'un d'eux se trouve investi d'un mandat
général d'administration (Civ. 1 re, 15 déc. 2010, n o 09-10.140 , RJDA 2/2011, n o 153). La
désignation d'un mandataire n'empêche pas la participation sans droit de vote des indivisaires
à l'assemblée (Com. 21 janv. 2014, n o 13-10.151 , RJDA 5/2014, n o 443 ; D. 2014. 275, obs.
Lienhard ; BJS 2014. 212, note Barbier et Poracchia ; Dr. sociétés 2014, comm. 59, obs.
Mortier).
292. Décès d'un des époux associés. - En cas de décès de l'un des époux tous deux
associés, la qualité d'associé attachée aux parts sociales appartenant à la communauté
n'entre pas dans l'indivision post-communautaire qui ne recueille que leur valeur. Dès lors, le
conjoint survivant associé peut transmettre ou céder ses titres sans l'accord de ses
coïndivisaires (Civ. 1 re, 12 juin 2014, n o 13-16.309 , préc.). En cas de décès du conjoint de
l'époux seul associé, l'indivision successorale porte seulement sur la valeur des parts sociales,
si bien que les indivisaires ne disposent d'aucun droit de participer à la vie sociale et n'ont
donc pas à être convoqués aux assemblées de la société (Civ. 1 re, 9 juill. 1991, BJS 1991.
1030, à propos d'un GAEC, mais applicable par analogie de texte aux parts d'une SNC).
293. Dissolution de la communauté. - En cas de dissolution de la communauté, le conjoint
non associé peut obtenir l'inclusion dans la masse à partager des revenus des parts sociales
perçus par l'époux associé durant l'indivision post-communautaire (Civ. 1 re, 10 févr. 1998,
n o 96-16.735 , Bull. civ. I, n o 47, à propos de parts d'une SCP, mais extensible). Au moment
du partage, seul l'époux associé peut obtenir les parts sociales (Civ. 1 re, 4 juill. 2012, n o 11-
13.384 , RJDA 10/2012, n o 857).
295. Restitution des dividendes fictifs. - Qu'advient-il des dividendes perçus en pareille
circonstance ? Les associés sont-ils tenus de les restituer ? Selon l'article L. 232-17 du code
de commerce, la société ne peut exiger des actionnaires ou porteurs de parts aucune
répétition de dividendes, sauf si la distribution a été effectuée en violation des dispositions
des articles L. 232-11, L. 232-12 et L. 232-15 et si la société établit que les bénéficiaires
avaient connaissance du caractère irrégulier de cette distribution au moment de celle-ci ou ne
pouvaient l'ignorer compte tenu des circonstances. À vrai dire, cette disposition relative aux
actionnaires et porteurs de parts de bonne foi, ne s'applique pas aux associés en nom collectif
(HÉMARD, TERRÉ et MABILAT, op. cit. [supra, n o 226], n o 253), car ne relevant pas du droit
commun, elle doit être strictement interprétée. La perception d'un dividende fictif par un
associé en nom collectif est la perception d'un indu qui l'oblige à le rapporter, sur la demande
de la société. Cette action en répétition de l'indu se prescrit par dix ans, selon certains
auteurs (HAMEL, LAGARDE et JAUFFRET, op. cit. [supra, n o 136], n o 469), trente ans (cinq ans,
dirions-nous aujourd'hui), selon d'autres (J. et E. ESCARRA et J. RAULT, Traité théorique et
pratique de droit commercial, t. 1, 1950, Sirey, n o 253. – AUBRUN, Le paiement des
dividendes des sociétés commerciales, thèse, Paris, 1963, p. 318). L'intérêt des créanciers
sociaux justifie cette règle, car s'ils obtiennent la restitution des dividendes fictifs, ils ne se
trouveront pas en concurrence avec les créanciers personnels des associés. Par ailleurs, les
dividendes, bénéfices « aménagés en revenus périodiques », sont considérés comme des
fruits civils. Ils sont donc acquis au jour le jour, de sorte qu'en cas de cession de parts
sociales, le cessionnaire n'a droit qu'à la part de bénéfices afférente au temps pendant lequel
il a été associé (HAMEL, LAGARDE et JAUFFRET, op. cit. [supra, n o 136], n o 468). Enfin, la
distribution de dividendes fictifs entraîne la responsabilité civile et pénale des gérants.
300. Applicabilité de la règle. - La règle s'applique, quels que soient le mode de cession et la
personne du cessionnaire. Elle vaut non seulement pour les cessions à titre gratuit ou à titre
onéreux, les cessions à un coassocié ou à un tiers étranger à la société, les cessions de la
totalité des parts ou d'une partie d'entre elles, mais également pour les échanges, car ils
modifient la composition de la société et, par conséquent, le pacte social auquel le cédant qui
y est partie ne saurait unilatéralement apporter de modification. Ces cessions proprement
dites se distinguent de celles qui ont lieu en cas de fusion ou de scission où la transmission
de parts s'effectue dans le cadre d'une dévolution du patrimoine de la société absorbante ou
scindée et ne peut s'assimiler à une cession isolée (Com. 19 avr. 1972, D. 1972. 538, note
Schmidt). La nécessité du consentement unanime des associés survit à la dissolution de la
société pour s'étendre à la période de liquidation (Com. 15 nov. 1950, JCP 1951. II. 6146,
note Bastian, pour la nécessité, pendant la liquidation, de l'agrément des associés à la
cession des parts d'une SARL).
306. Rachat des parts de l'associé retiré. - Les statuts énoncent fréquemment qu'à défaut
d'agrément, les parts de l'associé désireux de se retirer seront rachetées par la société ou les
associés. Quelle est la validité d'une telle disposition ? En faveur de cette clause, il est
possible d'invoquer le principe d'autonomie de la volonté en vertu de laquelle, sauf objection
des textes légaux et réglementaires, toute manifestation de volonté conventionnelle est
licite. Elle présente de surcroît l'avantage d'éviter que les associés en nom collectif restent
prisonniers de leurs titres (Aix-en-Provence, 25 mai 2007, RJDA 2008, n o 282 ; Dr. sociétés
déc. 2007, n o 221, obs. Monnet, selon lequel « la clause statutaire de rachat des parts
sociales de l'associé sortant à proportion du capital détenu par les associés restants,
contrepartie nécessaire et équilibrée au refus d'agrément unanime de la cession projetée n'est
pas nulle… »), le législateur n'ayant pas contraint les coassociés à racheter les parts sociales.
On peut toutefois objecter qu'une clause semblable aboutit à une nouvelle répartition non
désirée par certains associés (de RAVEL D'ESCLAPON, La validité des clauses de rachat dans
les sociétés en nom collectif, LPA 7 nov. 2008, n o 224, p. 4). En outre, les cessionnaires ne
sont pas précisément déterminés par avance ; ce qui n'est pas le cas de la société en faveur
de qui une clause de rachat pourrait être stipulée, cette dernière étant une personne juridique
préalablement déterminée. Encore faut-il que cette acquisition ne nuise point aux intérêts du
ou des opposants à la cession. La validité de la clause tient en effet à l'usage qu'en fait la
société. Elle est licite dans trois hypothèses. Ces différentes clauses peuvent contenir des
dispositions relatives à la détermination du prix de rachat. Néanmoins, en cas de
contestation, la valeur des droits est déterminée par un expert désigné soit par les parties,
soit à défaut d'accord entre elles, par ordonnance du président du tribunal statuant en la
forme des référés (Com. 5 mai 2009, n o 08-17.465 , Bull. civ. IV, n o 61 ; D. 2009. 1349, obs.
Lienhard ; Dr. sociétés juin 2009, n o 114, obs. crit. R. Mortier. – Sur cet arrêt, GIBIRILA, La
libre évaluation des droits sociaux par l'expert de l'article 1843-4 du code civil, RLDA 2009/40,
n o 2386. – MESTRE, Quelques éclaircissements récents sur le rôle du juge dans la vie des
sociétés, RLDA 2009/40, n o 2387).
307. Rétrocession des parts acquises par la société. - La société peut tout d'abord tenter
de rétrocéder les parts acquises par elle aux associés ou à des tiers. Cette rétrocession n'est
valable que si elle est unanimement agréée par les associés. Elle peut ensuite appliquer les
dispositions d'une clause statutaire aux termes de laquelle les associés s'engagent
réciproquement à se céder mutuellement à un prix forfaitaire, le nombre de parts nécessaire
pour établir l'égalité de leurs droits dans la société. Si cette dernière, cédant les parts,
respecte strictement les termes de la stipulation statutaire, la nouvelle cession n'a pas lieu
d'être agréée de nouveau. En revanche, l'agrément des associés s'impose lorsque les
propositions de la société diffèrent des modalités inscrites dans la clause. Enfin, faute d'avoir
trouvé un acquéreur agréé, la société cessionnaire va annuler les titres acquis, réduisant ainsi
le montant du capital social.
308. Conclusion d'une convention de croupier. - L'associé désireux de céder ses parts, mais
qui n'obtient pas les consentements requis, peut parvenir à un résultat assez proche, en
concluant une convention de croupier (RICHARD, La convention de croupier, Dr. sociétés déc.
1986, p. 3). Pour cela, il s'accorde avec un tiers à qui il cède les bénéfices générés par ces
parts. En contrepartie, ce dernier lui rembourse leur valeur et s'engage à assumer l'éventuel
passif social. Cette convention, qui opère une dissociation entre le titre appartenant toujours
à l'associé et la rémunération cédée au croupier, ne joue que dans les rapports entre les
parties ; la société n'entretient de relations qu'avec l'associé. Le tiers, le « croupier », ne peut
exercer aucune des prérogatives attachées à la qualité d'associé : en particulier, il ne
participe pas aux assemblées, ne dispose d'aucun pouvoir de contrôle sur la gestion et ne
perçoit aucun bénéfice. À l'inverse, il n'assume à l'égard de la société, aucune des obligations
incombant aux associés (libération des apports, contribution au passif social…). Quant à la
société, la convention de croupier ne lui ayant pas été signifiée, elle n'est pas responsable si
l'associé cède ses parts au mépris des droits du croupier (Com. 3 mai 1971, Bull. civ. IV,
n o 120). La convention de croupier ne doit pas cependant être utilisée pour contourner les
dispositions légales ou statutaires relatives à l'entrée dans la société de nouveaux associés.
Il a été ainsi jugé qu'une telle convention portant sur la majorité des parts d'une société en
nom collectif peut, en raison des droits consentis au croupier, aboutir à une cession déguisée
de ces parts, laquelle serait nulle, faute d'avoir été autorisée par les autres associés (Paris,
19 févr. 1979 et T. com. Paris, 12 mars 1979, Rev. sociétés 1980. 284, note Randoux). Les
dispositions de l'ancien article 1861 du code civil relatives à la convention de croupier n'ont
pas été reprises par la loi du 4 janvier 1978. Est-ce à dire qu'elle a perdu toute licéité ?
Certainement pas. Les travaux préparatoires de la loi de 1978 révèlent que le silence du
législateur traduit davantage un désintérêt à l'égard d'une technique quelque peu désuète,
qu'une volonté de condamnation. Pour la doctrine, la convention de croupier demeure valable
en raison du principe général de l'autonomie de la volonté (GUY ON, Les dispositions générales
de la loi du 4 janvier 1978, Rev. sociétés 1979. 3).
313. Nécessité d'un écrit. - La cession de parts doit être constatée par écrit, lequel peut être
un acte sous seing privé ou authentique (C. com., art. L. 221-14 , al. 1 er). Ce formalisme se
justifie d'autant plus que cette opération modifie les statuts, même lorsqu'il s'agit d'une
cession partielle d'un associé à un autre n'entraînant ni sortie d'un associé, ni entrée d'un
tiers dans la société et que les statuts doivent eux-mêmes être établis par écrit. La teneur
des textes incline à exclure toute possibilité d'acceptation tacite déduite de ce que les
associés ont consenti à la cession. De même, la connaissance personnelle de la cession par le
gérant n'exonère pas le cessionnaire d'une signification régulière à la société, personne
morale juridiquement distincte des associés ou de la formalité du dépôt de l'acte (Cass., ass.
plén., 1 er mars 1950, D. 1950. 363 ; JCP 1950. II. 5583, note D. B.). Néanmoins, en vertu de
l'article 1318 du code civil (futur art. 1370 ), l'acte de cession notarié non signé par le
notaire est dépourvu d'authenticité. Il vaut tout de même comme acte sous-seing privé
établissant la cession entre les parties signataires (Civ. 1 re, 28 sept. 2011, n o 10-13.733 ,
RJDA 2/2012, n o 168).
314. Portée de l'écrit. - Reste à savoir si l'écrit est simplement exigé à titre de preuve, alors
même qu'en l'absence d'écrit, celle-ci peut résulter de l'aveu ou du serment. En réalité, le
problème va au-delà de la preuve ; il se situe sur le terrain de la publicité légale, dans la
mesure où tout acte qui modifie les statuts d'une société doit être déposé en annexe au
registre du commerce et des sociétés (C. com., art. R. 123-105 ) et qu'en pratique le défaut
d'écrit empêche l'accomplissement des formalités de publicité, ce qui a pour effet de priver la
cession de toute opposabilité aux tiers (C. com., art. L. 123-9 ). Il a même été jugé qu'en
l'absence d'écrit signé par les parties et constatant la cession des parts sociales, le
cessionnaire ne pouvant procéder à aucune des formalités requises pour rendre la cession
effective, il peut demander la résolution de la cession sur le fondement du manquement du
cédant à son obligation de délivrance (Com. 7 avr. 2009, n o 08-15.593 , D. 2009. 1204, obs.
Lienhard ; Rev. sociétés 2009. 789, note Randoux ).
2° - Conditions d'opposabilité
315. Énoncé des conditions. - Pour que la cession soit opposable aux tiers, outre la formalité
ci-dessus, les statuts modifiés de la société doivent être publiés au registre du commerce et
des sociétés par un dépôt au greffe qui peut intervenir par voie électronique (C. com.,
art. L. 221-14 , al. 2, réd. Ord. n o 2014-863 du 31 juill. 2014. – GALLOIS-COCHET,
Ordonnance du 31 juillet 2014 : dispositions relatives aux SNC et SARL, Dr. sociétés 2014,
n o 145. – SAINTOURENS, Opposabilité aux tiers des cessions de parts sociales de SNC et de
SARL, Rev. sociétés 2014. 613 ).
316. Pas d'exigence de publicité. - En revanche, le consentement des associés à la cession
des parts sociales ne fait l'objet normalement d'aucune publicité. L'acte de cession précise
simplement que les coassociés ont donné ou donnent leur agrément à celle-ci et le plus
souvent, ils apposent leur signature au bas de l'acte. Le simple dépôt de l'acte de cession de
parts au greffe du tribunal de commerce ne constitue pas la publicité prescrite par la loi, faute
d'assurer l'information des tiers (Paris, 22 sept. 1995, RJDA 1995, n o 1375 ; BJS 1995. 1067 ;
JCP E 1996. I. 541, n o 12, obs. Viandier et Caussain ; Dr. sociétés 1996, n o 12, obs. Vidal).
Pareillement, l'enregistrement de la cession de parts à la recette des impôts, leur publicité et
leur dépôt au greffe ne suffisent pas à les rendre opposables à la société, faute de
signification dans les formes prescrites par l'article 1690 du code civil ou de preuve de dépôt
des originaux de l'acte de cession au siège social contre remise par le gérant d'une
attestation de dépôt (Paris, 18 déc. 2008, BJS 2009. 536, note Massart). L'absence de
notification prévue par la loi ou le défaut de formalité du dépôt de l'acte (V. supra, n o 314)
ôte à la cession de parts sociales toute opposabilité à la société, dès lors que le gérant qui a
figuré dans les actes de cession n'est pas intervenu à ces actes en qualité de gérant de la
société (Com. 21 juill. 1981, Rev. sociétés 1981. 771, note Daigre, à propos d'une SARL, mais
transposable).
317. Portée des formalités de publicité. - L'accomplissement des formalités de publicité rend
la cession opposable aux tiers, peu importe que les statuts aient été modifiés ou non (Com.
9 juin 1998, n os 96-12.061 et 96-15.657, Bull. civ. IV, n o 190 ; RJDA 1998, n o 871 ; BJS
1998. 1088, note Le Cannu ; Rev. sociétés 1998. 771, note Lucas ; Dalloz Affaires 1998,
n o 129, p. 1407, obs. M. B. ; RJ com. 1999. 129, note Chartier ; JCP E 1999, n o 1, p. 34, obs.
Viandier et Caussain ; D. 1999. 345, note Voinot , selon lequel l'opposabilité ne résulte pas
de la modification des statuts de la société et de leur publication, statuant sur pourvoi contre
Paris, 20 déc. 1995, BJS 1996. 214, note Le Cannu. – Sur cet arrêt, COURTIER, Validité et
opposabilité des cessions de parts de la société en nom collectif, Dr. sociétés 1998.
Chron. 14, p. 10. – V. aussi PINIOT, Publicité et opposabilité des cessions de parts de SNC :
dernières précisions jurisprudentielles, RJDA 1998. 587). Faute d'accomplissement de ces
formalités, la cession est inopposable aux tiers, quand bien même en auraient-ils eu
parfaitement connaissance. Selon la Cour de cassation, les juges du fond n'ont pas à
rechercher si une société (tiers au sens de l'art. L. 221-14) en a eu autrement connaissance
(Com. 27 janv. 1998, n o 95-18.751 , Bull. civ. IV, n o 49 ; BRDA 6/1998, p. 3 ; RJDA 1998,
n o 608 ; Rev. sociétés 1998. 556, note Didier ; BJS 1998. 546, note Le Cannu ; Dr. sociétés
1998, n o 96, obs. Vidal, à propos d'un créancier qui a manifesté sa bonne information dans les
commandements de payer. – En ce sens, Paris, 4 nov. 2003, RJDA 2004, n o 998. – Paris,
8 mars 2005, RJDA 2005, n o 1231 ; RTD com. 2005. 760, obs. Champaud et Danet ; Rev.
sociétés 2005. 469, obs. Urbain-Parleani ). En l'absence d'opposabilité aux tiers de la
cession des parts sociales, les associés cédants demeurent indéfiniment et solidairement
responsables du passif social et peuvent faire l'objet de mesures de redressement ou de
liquidation judiciaire (Paris, 8 nov. 1989, BJS 1990. 98, note Jeantin. – V. aussi Paris, 12 juill.
1991, BJS 1991. 936, note Le Cannu).
318. Absence de dépôt des statuts par la société. - En l'absence de dépôt des statuts par la
société, le cédant ou l'acquéreur peut mettre en demeure le gérant d'effectuer le dépôt et, si
la mise en demeure reste vaine au terme d'une période de huit jours, il peut déposer lui-
même un exemplaire de l'acte de cession au greffe du tribunal, contre récépissé. Pareil recours
n'est cependant possible que sous réserve de justifier auprès du greffe d'avoir préalablement
demandé au président du tribunal d'ordonner sous astreinte au gérant de compléter les
statuts afin de faire apparaître la nouvelle répartition du capital et de les déposer au greffe
(C. com., art. L. 123-5-1 ou art. L. 210-7 ). À titre conservatoire jusqu'à la décision du
président, le dépôt de l'acte rend la cession opposable aux tiers, à condition qu'aient été
accomplies en respectant les dispositions de l'article L. 221-14, alinéa 1 er (C. com.,
art. R. 221-9 , réd. Décr. n o 2015-545 du 18 mai 2015) les formalités d'opposabilité de cette
cession à la société.
319. Insuffisance des formalités de publicité. - Lorsque la cession entraîne soit le retrait
d'un associé, soit l'entrée d'un tiers comme nouvel associé, l'accomplissement de toutes ces
formalités de publicité ne suffit pas à rendre la cession opposable aux tiers. Trois formalités
supplémentaires doivent être réalisées du fait qu'il y a modification des associés indéfiniment
ou indéfiniment et solidairement tenus des dettes sociales dont la mention est exigée par les
articles R. 123-54, 1 o, et R. 210-4, 7 o, du code de commerce.
321. Invocation du défaut de publicité par les tiers. - Seuls les tiers peuvent se prévaloir du
défaut de publicité à l'encontre de la société et des associés, notamment du cédant ; en
particulier, les créanciers sociaux peuvent toujours considérer ce dernier comme indéfiniment
et solidairement tenu des engagements même postérieurs à la cession. En effet, les
formalités de publicité visant à informer les tiers de la cession de parts intervenue, le défaut
d'accomplissement de ces formalités ne peut être invoqué par les parties à cet acte dont il ne
constitue pas une cause de nullité (Com. 24 nov. 2009, n o 08-17.708 , préc. supra, n o 301).
325. Époux, seul titulaire de la qualité d'associé. - Le cas échéant, l'époux, seul titulaire de
la qualité d'associé, exerce exclusivement les prérogatives attachées aux parts communes et
a seul le statut de commerçant. Seule la valeur pécuniaire des parts tombe en communauté
(Rouen, 27 nov. 1986, préc. supra, n o 103). Il en résulte notamment qu'en cas de décès du
conjoint non associé, l'indivision successorale porte non point sur les parts sociales, mais sur
leur valeur, si bien que les indivisaires ne disposent d'aucun droit de participer à la vie sociale
et n'ont pas à être convoqués aux assemblées de la société (Civ. 1 re, 9 juill. 1991, n o 90-
12.503 , BJS 1991. 1030, à propos d'un GAEC mais applicable à la SNC). En cas de
dissolution de la communauté, le conjoint non associé peut obtenir que les revenus des parts
sociales perçus par l'époux associé durant l'indivision postcommunautaire soient compris dans
la masse à partager (Civ. 1 re, 10 févr. 1998, n o 96-16.735 , Bull. civ. I, n o 47, à propos d'une
SCP, mais transposable à la SNC).
327. T extes applicables. - La saisie des parts sociales et des valeurs mobilières est
actuellement régie par la loi n o 91-650 du 9 juillet 1991 entrée en vigueur le 1 er janvier 1993
et le décret d'application n o 92-755 du 31 juillet 1992 réformant les procédures civiles
d'exécution (PUTMAN, Les saisies des droits d'associés et des valeurs mobilières, JCP 1993.
I. 3689. – THÉRY, La saisie des valeurs mobilières et des droits d'associés, JCP E 1993.
I. 239. – LE CANNU, Saisie-vente des valeurs mobilières : les règles nouvelles, BJS 1992.
1169 ; Saisie-vente des droits d'associé et des valeurs mobilières non cotées, BJS 1992.
1275 ; Les mesures conservatoires portant sur des droits d'associé ou des valeurs mobilières,
BJS 1993. 16. – DAIGRE, Qui peut procéder à l'adjudication forcée des valeurs mobilières et
des droits d'associés ayant fait l'objet d'une saisie ?, Rev. huiss. 1993, n o 19, p. 1201. –
BARBIÈRI, Saisie des droits sociaux. À propos de quelques difficultés de mise en œuvre des
nouvelles procédures d'exécution, LPA 30 juin 1993, n o 78, p. 10). Les dispositions de la loi de
1991 figurent dorénavant dans la partie législative du code des procédures civiles d'exécution
entrée en vigueur le 1 er juillet 2012 (DONNIER, Un code en l'état futur d'achèvement. À
propos de la partie législative du code des procédures civiles d'exécution, JCP 2012. 68). Il
s'agit d'une codification à droit constant, tout au moins pour la partie législative, réalisée par
l'ordonnance n o 2011-1895 du 19 décembre 2011 (JO 20 déc.). Les dispositions du décret ont
été reprises avec de légères modifications dans la partie réglementaire du code des
procédures civiles d'exécution issues du décret n o 2012-783 du 30 mai 2012 applicable
également depuis le 1 er juin 2012 (DONNIER, Entre accomplissement et inachèvement. À
propos de la publication de la partie réglementaire du code des procédures civiles d'exécution,
JCP 2012. 754).
328. Importance des textes. - Ces textes ont bouleversé la matière. Ils ont été rendus
nécessaires par la place importante progressivement occupée dans la fortune mobilière par les
droits sociaux et les valeurs mobilières. Certes, la pratique avait auparavant tenté de pallier
le mutisme du législateur et donc d'apporter une réponse à la question de la saisie des parts
sociales et des valeurs mobilières, en généralisant la saisie-arrêt (saisie-attribution). Mais
cette solution ne permettait pas la réalisation du transport cession au profit du créancier,
sans compter qu'était incertaine la détermination de la personne auprès de qui la saisie
devait intervenir. Dans le cas particulier de la saisie-arrêt des valeurs dématérialisées entre
les mains de l'intermédiaire teneur de comptes, il apparaît que le titulaire des valeurs
mobilières n'est pas créancier de l'intermédiaire teneur de compte (LE CANNU, Saisie des
valeurs mobilières : vers des techniques autonomes ?, BJS 1991. 779). Selon les cas, il n'est
que le mandataire de la personne morale émettrice ou du titulaire du compte ; d'où
l'inadaptation du mécanisme de la saisie-arrêt. Cette inadéquation était d'autant plus
flagrante que se multipliaient les occasions de saisir les parts sociales ou les valeurs
mobilières.
329. Nécessité d'une réforme des mesures d'exécution. - L'importance croissante des
portefeuilles de valeurs mobilières traduite par la tendance préalablement évoquée des
valeurs mobilières à constituer une fraction importante du patrimoine des particuliers et des
entreprises, a justifié une réforme des mesures d'exécution. Ce sont donc des motifs
d'efficacité et de plus grande cohérence juridique qui ont participé à l'éclosion des textes de
1991 et 1992. L'intérêt de ceux-ci est d'avoir innové, tout en s'adaptant aux dispositions
essentielles du droit des sociétés (THOMASSET-PIERRE, La « coexistence » réussie du droit
des sociétés et des nouvelles procédures civiles d'exécution, JCP E 1995. I. 467). Ils ont :
d'une part, privilégié autant que possible la technique de la vente amiable ; d'autre part,
assuré la coordination entre le droit de l'exécution et les règles propres aux cessions de droits
sociaux, notamment celles relatives à l'agrément des cessionnaires. V. Saisie de droits
sociaux et de valeurs mobilières [Sociétés].
330. Dualité de procédure. - Toujours est-il que les parts sociales, notamment d'associés en
nom collectif, peuvent désormais faire l'objet de deux types de procédure : la saisie-vente et
les mesures conservatoires. L'article L. 231-1 du code des procédures civiles d'exécution,
permet ainsi à tout créancier d'un associé, s'il est muni d'un titre exécutoire qui constate une
créance liquide et exigible, de saisir les parts sociales détenues par son débiteur et de les
faire vendre. La procédure de saisie vente appliquée aux parts sociales se caractérise par la
signification du tiers saisi et l'information du débiteur lui-même (C. pr. exéc., art. R. 232-5
e t art. R. 232-6 ). Elle a pour effet de rendre indisponibles les parts sociales et d'aboutir à
leur vente. L'article L. 233-1 du code des procédures civiles d'exécution, réserve aux seuls
créanciers saisissants qui se sont manifestés dans la vente, la faculté de faire valoir leurs
droits sur le prix de cette vente. Celle-ci peut intervenir de façon amiable ou forcée, la vente
forcée des parts sociales n'étant poursuivie qu'à défaut de réalisation par le débiteur d'une
vente amiable, dans le mois de la signification de l'acte de saisie.
331. Mesures conservatoires. - En ce qui concerne les mesures conservatoires, elles
regroupent deux institutions qui ont en commun le fait que le créancier ne dispose pas d'un
titre exécutoire, mais a obtenu une autorisation du juge : il s'agit de la saisie conservatoire et
du nantissement judiciaire (C. pr. exéc., art. R. 511-1 et art. R. 531-1 ). Dès lors qu'il
justifie d'une autorisation judiciaire, le créancier peut faire procéder à une saisie conservatoire
sur les parts d'un associé. Il suffit qu'il se prévale d'une créance apparemment fondée en son
principe et de circonstances susceptibles d'en menacer le recouvrement. La demande
d'autorisation est effectuée par voie de requête auprès du juge de l'exécution du domicile du
débiteur ou, pour une créance commerciale, auprès du président du tribunal de commerce du
lieu du domicile du défendeur. Certains créanciers sont toutefois dispensés d'autorisation : les
titulaires de titres exécutoires, les porteurs de lettres de changes acceptées ou de billets à
ordre. Par ailleurs, le créancier qui remplit les conditions pour obtenir l'octroi d'une mesure
conservatoire, a le droit de demander au juge le nantissement à son profit des parts sociales
de son débiteur. Sa mise en œuvre, qui suppose soit un titre, soit une autorisation judiciaire,
repose sur une double publicité : l'une provisoire, et l'autre, définitive.
332. Ouverture d'une procédure collective. - L'associé en nom collectif étant doté de la
qualité de commerçant, la saisie, dès lors qu'elle constate officiellement sa cessation des
paiements, doit en principe entraîner l'ouverture à son encontre d'une procédure collective. Si
celle-ci se traduit par un jugement de liquidation judiciaire ou arrêtant un plan de cession
totale, elle a pour conséquence la dissolution de la société, sauf clause contraire ou décision
unanime des associés (C. com., art. L. 221-16 , al. 1 er). Les coassociés peuvent également
éviter cette dissolution en agréant l'adjudicataire, mais cela risque d'altérer l'intuitus
personae qui fait obstacle à l'entrée dans la société de personnes qui n'ont pas leur confiance
(BASTIAN, Saisie et vente forcée des parts d'intérêt dans les sociétés de personnes, Journ.
sociétés 1934. 545). Parallèlement, une limitation qui dépasserait cet impératif, serait sans
fondement. Il convient alors d'adapter les effets de la saisie aux exigences de l'intuitus
personae.
333. Indisponibilité des parts saisies. - La réalisation de cet objectif passe d'abord par le
maintien des effets strictement conservatoires de la saisie qui n'aboutissent pas à faire entrer
un tiers dans la société. Les parts saisies deviennent indisponibles ; elles sont donc
incessibles et la société ne peut allouer au saisi les bénéfices attachés à ses parts. Elle
consiste ensuite à limiter les effets exécutoires de la saisie. Le saisissant peut ainsi se faire
attribuer le droit aux bénéfices. Mais cette disposition ne suffit pas toujours à le
désintéresser ; d'où la nécessité de prévoir qu'en cas de vente forcée, l'adjudicataire ne
devienne associé qu'avec l'agrément des coassociés du saisi, peu importe qu'il soit un tiers ou
un associé. Le saisi ne participe pas au vote, car bien évidemment, il s'opposerait à
l'agrément de l'adjudicataire, ce qui altérerait l'obligation de garantie de son fait personnel.
Quelles sont les conséquences d'un refus d'agrément ? Prive-t-il l'adjudication de tout effet ?
La doctrine considère que « la condition suspensive frappant l'adjudication affecte l'existence
de la qualité d'associé et non la validité de l'opération elle-même : l'adjudicataire n'entre pas
dans la société, c'est incontestable, mais la licitation n'est pas pour cela anéantie »
(BASTIAN, article préc.). L'adjudicataire doit alors se contenter de jouir des avantages
pécuniaires des parts sociales.
336. Dépossession du constituant. - Les parts des sociétés de personnes en général, des
sociétés en nom collectif en particulier, ne sont pas représentées par des titres matériels et
n'étant pas des valeurs mobilières inscrites en compte, leur nantissement n'obéit pas au
régime de l'article L. 431-4 du code monétaire et financier. Comment donc répondre à la règle
de la remise au créancier du bien donné en gage ? (C. com., art. L. 521-2 , nantissement
commercial). Il convient, pour résoudre cette difficulté, de recourir aux modalités de la cession
de créance qui résident dans la signification du nantissement à la société considérée comme
débitrice du droit de créance appartenant à l'associé. Cette signification ne constitue pas une
simple mesure de publicité. Elle participe à la naissance du droit réel au profit du créancier
gagiste, en le mettant intellectuellement en possession, celle-ci étant impossible
matériellement, compte tenu du caractère incorporel du meuble donné en gage et de l'absence
d'un quelconque titre en constatant l'existence. Aussi longtemps qu'elle n'est pas intervenue,
le créancier n'est pas saisi (Civ. 27 déc. 1906, DP 1906. 1. 145, note Appleton ; S. 1906.
1. 393, note Naquet). Ainsi, la dépossession du constituant, également exigée pour les
meubles incorporels, s'opère lors de la mise en gage des parts d'intérêt dans les sociétés de
personnes, par la signification de l'acte constitutif du gage au débiteur de la créance donnée
en nantissement, à savoir la société, et la remise par le constituant au créancier gagiste de
l'original de l'acte de société, si l'acte a été rédigé sous seing privé ou, d'une expédition, s'il a
été établi en la forme notariée (TGI Seine, 3 nov. 1967, D. 1968. Somm. 54).
337. Inopposabilité aux tiers du contrat de gage. - Le non-respect des formes exigées pour
la mise en gage des créances est sanctionné par l'inopposabilité aux tiers du contrat de gage,
contrat réel dénué d'effet s'il n'y a pas eu « mise en possession du créancier ou d'un tiers
convenu entre les parties » (TGI Seine, 3 nov. 1967, préc. supra, n o 337). À l'opposé, la
remise d'un exemplaire certifié des statuts n'assure pas la mise en gage des parts du fait que
le débiteur peut obtenir autant d'exemplaires des statuts qu'il le désire et que l'acte de
société ne représente pas le droit de l'associé. À cet égard, à propos d'une SARL, une
juridiction d'appel a curieusement décidé que le nantissement de parts sociales, bien que
signifié à la société, n'était pas valable, car le débiteur n'avait pas remis au créancier un
exemplaire certifié des statuts (Rennes, 6 janv. 1965, D. 1965. 457, note Dalsace). Or,
l'article L. 223-15 du code de commerce condamne implicitement cette solution.
342. Détermination des droits sociaux au jour du décès. - La valeur des droits sociaux est,
conformément aux dispositions de l'article 1843-4 du code civil, déterminée au jour du décès,
d'un commun accord entre les parties. En cas de contestation, elle est fixée par un expert
désigné par les parties ou, à défaut d'accord entre elles, par ordonnance du président du
tribunal de commerce statuant en la forme des référés et sans recours possible (C. com.,
art. L. 221-15 , al. 6). La compétence exclusive du président de cette juridiction empêche
une cour d'appel de procéder à la désignation d'un expert (Com. 30 nov. 2004, 2 e esp., n o 03-
15.278 , RJDA 2005, n o 270). Les intérêts dus par la société courent à compter du jour de la
sommation de payer faite par les associés, sans qu'il soit nécessaire d'attendre le résultat de
la procédure d'expertise (Com. 21 oct. 1997, n o 95-16.231 , RJDA 1998, n o 300 ; Dr. sociétés
1998, n o 33, obs. Vidal ; BJS 1998. 50, note Garçon). En principe, le prix est payable
comptant. Toute clause contraire est réputée non écrite (Décr. n o 78-704 du 3 juill. 1978,
art. 58).
349. Agrément de l'héritier par la société. - Les statuts peuvent cependant subordonner
l'acquisition de la qualité d'associé par l'héritier, à l'agrément de la société. Cet agrément
résulte d'une stipulation expresse et non, comme en cas de cession de parts (C. com.,
art. L. 221-13 , réd. Ord. n o 2019-1067, art. 2, 1 o, du 21 oct. 2019 modifiant les dispositions
relatives aux offres au public de titres), automatiquement d'un texte. Aussi, dans le silence
de la loi, l'accord unanime des associés n'est pas obligatoire ; sauf clause contraire des
statuts, un vote majoritaire suffit (contra : CHARVÉRIAT, COURET et ZABALA, op. cit. [supra,
n o 305], n o 24533. – HÉMARD, TERRÉ et MABILAT, op. cit. [supra, n o 226], n o 310). De plus,
c'est la société qui détient le droit d'agrément et non les associés en tant que tels (C. com.,
art. L. 221-15 , al. 2). Cet agrément peut fort bien être donné par l'assemblée générale des
associés qui est l'organe social de délibération.
351. Suspension des droits attachés aux parts. - Durant ce laps de temps, ses héritiers ne
peuvent exercer les droits attachés à ces parts, l'agrément ayant précisément pour objet de
décider si les héritiers deviendront ou non associés. La solution inverse viderait l'agrément de
l'essentiel de sa signification. Il n'est pas non plus possible d'admettre que les héritiers
deviennent associés au décès de leur auteur, sous condition résolutoire du refus d'agrément,
puisque justement cet agrément conditionne l'accession à la qualité d'associé (C. com.,
art. L. 221-15 , al. 2, in fine). Un mandataire doit donc être désigné, afin de prendre les
mesures nécessaires. Si l'agrément est donné, l'héritier acquiert la qualité d'associé avec effet
rétroactif au jour du décès de son auteur. Si cet agrément est refusé, l'intéressé est censé
n'avoir jamais acquis la qualité d'associé. Il est seulement créancier de la société et n'a droit
qu'à une indemnité correspondant à la valeur des droits sociaux de son auteur,
éventuellement déterminée par un expert (Com. 21 oct. 1997, préc. supra, n o 342).
352. Obligation sociale proportionnelle aux forces de la succession. - Les héritiers mineurs
ne répondent des dettes sociales qu'à concurrence des forces de la succession de leur auteur
(C. com., art. L. 221-15 , al. 7). De plus, la société doit dans le délai d'un an, à compter du
décès, être transformée en société en commandite dont le mineur devient commanditaire. Si
celui-ci devait atteindre la majorité durant ce délai d'un an, il ne serait pas indispensable de
procéder à la transformation en société en commandite. À défaut d'une telle transformation
dans le délai imparti, la société est dissoute puis liquidée. Aucun délai de grâce n'est prévu
par la loi et toute régularisation s'avère impossible. La règle concerne également les mineurs
émancipés qui ne peuvent entrer dans la société en nom collectif, s'ils n'ont pas été autorisés
par le juge des tutelles ou le président du tribunal de grande instance à exercer le commerce
(V. supra, n o 27).
355. Imposition sur la part de bénéfice. - Dès lors que la société continue avec un ou
plusieurs héritiers, ceux-ci deviennent associés et sont donc imposés sur la part de bénéfice
correspondant à leurs droits dans la société (Rép. min. n o 53707, JOAN Q 2 avr. 2001,
p. 1963).
B - Pouvoirs du mandataire
360. Administration ou gestion entière ou partielle. - Le mandataire administre ou gère
entièrement ou partiellement la succession de son mandant pour le compte et dans l'intérêt
d'un ou de plusieurs héritiers identifiés (C. civ., art. 812 ). Dans le mutisme de la loi,
s'appliquent les règles du droit commun du mandat (C. civ., art. 812-1-4 , renvoyant aux
art. 1984 s., c. civ.). Pour accomplir sa mission, le mandataire a la faculté de réaliser des
actes conservatoires et d'administration, mais non de disposition sur les biens dont la gestion
lui est confiée. À moins d'une stipulation contraire du mandat réduisant ses prérogatives, il
peut entre autre voter les décisions collectives qui ne constituent pas des actes de
disposition, telles que les décisions de dissolution ou de prorogation de durée de la société,
ou encore de fusion et de scission. Les attributions du mandataire ne lui confèrent pas la
possibilité de s'opposer à l'aliénation par les héritiers des biens mentionnés dans le mandat,
celle-ci constituant une des causes d'extinction du mandat (Civ. 1 re, 12 mai 2010, n o 09-
10.556 , Bull. civ. I, n o 117).
§ 5 - Attribution préférentielle
361. Demande faite par le conjoint ou les héritiers. - L'article 831 du code civil offre au
conjoint ou aux héritiers d'un associé en nom collectif, la possibilité de demander l'attribution
préférentielle des parts sociales du défunt, dès lors que la taille de l'entreprise exploitée
n'exclut pas le caractère familial. Cette attribution ne peut être demandée par le concubin du
défunt (Civ. 1 re, 9 déc. 2003, n o 02-12.884 , RJDA 2004, n o 493), pas plus que par la
personne avec qui le défunt était lié par un Pacs (pacte civil de solidarité). En outre, si
l'attribution préférentielle est demandée par un héritier, la condition de participation effective
à l'exploitation peut être remplie par son conjoint ou ses descendants (C. civ., art. 831 ,
al. 1 er).
362. Justification d'un droit de copropriété des droits. - Le prétendant à l'attribution
préférentielle doit justifier d'un droit de copropriété des droits en cause. Par conséquent, le
conjoint qui ne recueille que des droits en usufruit ne peut y prétendre. Seul bénéficie de
l'attribution préférentielle, le conjoint ou l'héritier qui participe ou a effectivement participé à
la mise en valeur de l'entreprise. S'agissant de droits sociaux, cette dernière exigence ne
paraît pas pouvoir résulter de la seule qualité d'associé ; l'intéressé doit justifier d'une
contribution à la mise en valeur par son apport en industrie ou par l'exercice d'une activité
salariée ou de gestion. En principe, l'attribution préférentielle se fait à l'amiable. Mais, en cas
de désaccord entre plusieurs demandes d'attributions préférentielles, le tribunal appelé à
désigner l'attributaire doit tenir compte de l'aptitude des différents postulants à gérer
l'entreprise et à s'y maintenir, ainsi que de la durée de leur participation personnelle à
l'activité de l'entreprise (C. civ., art. 832-3 ).
363. Agrément par les associés survivants. - La demande ne fait pas obstacle aux
dispositions législatives et statutaires relatives à la continuation de la société avec le
conjoint ou les héritiers de l'associé prédécédé (C. civ., art. 831 , al. 2). En présence d'une
clause statutaire d'agrément du conjoint ou des héritiers, l'attribution préférentielle n'est
possible que si le conjoint ou les héritiers attributaires des parts de l'associé défunt ont été
agréés par les associés survivants.
§ 1 er - Régime général
367. Obligation indéfinie et solidaire. - Les associés répondent tous indéfiniment et
solidairement des dettes sociales (C. com., art. L. 221-1 , al. 1 er). Indéfiniment, c'est-à-dire
jusqu'à extinction complète de la dette ; il s'ensuit que les créanciers sociaux peuvent saisir
les biens personnels de l'associé et venir en concours sur ses biens avec ses créanciers
personnels. Si ce dernier est marié sous le régime de la communauté légale, ils peuvent le
poursuivre sur les biens communs, même si son conjoint n'a pas donné son consentement au
contrat de société (Civ. 1 re, 17 janv. 2006, 2 e esp., n o 02-16.595 , RJDA 2006, n o 423 ; JCP E
2006, n o 22, p. 974, note Lucas ; BJS 2006. 816, note Dereu). En effet, ne s'applique pas à
l'associé en nom collectif, l'article 1415 du code civil qui dispose que, sous le régime de la
communauté légale, chacun des époux ne peut engager que ses biens propres et ses revenus,
par un cautionnement ou un emprunt, à moins que ceux-ci aient été contractés avec le
consentement exprès de l'autre conjoint. Solidairement, cela signifie que tout associé peut
être engagé pour la totalité de la dette sociale, sauf son recours contre chacun de ses
coassociés pour sa part contributive à cette dette. Le créancier qui se prévaut de la solidarité
peut choisir son débiteur et n'est absolument pas tenu de diviser ses poursuites (Paris,
9 sept. 2003, RJDA 2004, n o 326 ; BJS 2004. 395, note Lucas). Il peut également renoncer à
toute poursuite individuelle contre les associés et accepter que seul le patrimoine social
réponde des dettes contractées envers lui. Pareille clause n'empêche pas le créancier de
solliciter l'ouverture d'une procédure collective contre la société (Com. 22 mars 2011, n os 09-
72.748 et 09-72.749, 2 esp., BRDA 8/2011, n o 2 ; RJDA 2011, n o 560 ; Dr. sociétés 2011,
o
n 155, obs. Legros).
369. Solidarité parfaite. - L'obligation solidaire est attachée de plein droit à la qualité
d'associé en nom collectif dont la détermination est parfois controversée, notamment lorsque
les parts sont grevées d'usufruit. Il s'agit d'une solidarité parfaite qui entraîne la
représentation des associés, les uns par rapport aux autres. Il en découle les conséquences
suivantes : – la prescription interrompue à l'égard d'un associé l'est également à l'égard des
autres (C. civ., art. 1206 , futur art. 1312 ; art. 2249 ) ; – la demande d'intérêts
moratoires formée contre l'un des associés fait courir les intérêts contre les autres (C. civ.,
art. 1207 ; futur art. 1314 ) ; – l'appel interjeté contre l'un des associés profite aux
autres. Néanmoins, le jugement rendu contre un associé ou en sa faveur ne profite, ni ne nuit
aux autres associés, pas plus qu'à la société. En effet, l'associé, s'il n'a pas la qualité de
gérant, ne représente pas ses coassociés, ni d'ailleurs la société.
370. Obligation légale incontournable. - La responsabilité indéfinie et solidaire des associés
en nom collectif relève de l'essence même du groupement. Il s'agit d'une obligation légale à
laquelle il leur est impossible de se soustraire. Elle existe dès lors que le créancier apporte la
preuve du caractère social de sa créance. En vertu de cette obligation aux dettes édictée par
l'article L. 221-1 du Code de commerce, les associés en nom sont tenus de s'acquitter de
sommes que la SNC a été condamnée à payer par une décision de justice devenue irrévocable
(Com., 6 déc. 2017, n o 15-16.993 , BRDA 1/2018, n o 5 : Dr. sociétés mars 2018, comm. 44,
obs. Heinich). Un associé ne saurait y échapper en faisant valoir que cette qualité est
incompatible avec le statut de salarié dont il bénéficie au sein de la société (Com. 29 sept.
2009, BRDA 21/2009, n o 2 ; RJDA 2010, n o 52 ; Dr. sociétés 2009, n o 225, obs. Gallois-
Cochet). Aucune stipulation statutaire, fût-elle régulièrement publiée, ne pourrait éluder le
caractère indéfini et solidaire de l'obligation. Celle-ci ne se retrouve que dans le GIE (C. com.,
art. L. 251-6 , al. 1 er), alors que dans les sociétés civiles professionnelles (L. n o 66-879 du
29 nov. 1966, art. 15. – V. supra, n o 6), à l'instar de la société civile de droit commun,
l'obligation bien qu'indéfinie est simplement conjointe (C. civ., art. 1857 , al. 1 er. – DEREU,
La responsabilité des associés dans les sociétés civiles, thèse, Nancy II, 1977 ; L'application
aux associés des sociétés civiles des procédures collectives de liquidation, Rev. sociétés
1979. 247). Une partie de la doctrine considère toutefois qu'une dérogation à la solidarité
devrait être admise, dès lors qu'aucun texte ne l'interdit et que cela constituerait un juste
retour au droit commun. Pour autant, depuis l'avènement de la loi de sauvegarde des
entreprises n o 2005-845 du 26 juillet 2005, en dépit de leur obligation indéfinie et solidaire au
passif, les associés en nom collectif sont à l'abri de l'extension à leur égard de la procédure
collective ouverte à l'encontre de la personne morale (V. infra, n o 387).
371. Solidarité légale profitable aux tiers. - À vrai dire, la liberté contractuelle en droit des
sociétés n'est pas toujours évidente. Le législateur ayant instauré plusieurs types de
sociétés, les associés qui choisissent l'un d'eux ne pourraient, au risque de nuire à la sécurité
des tiers, en éliminer les caractéristiques par une disposition statutaire. La responsabilité
dans les SNC constitue, en effet, un cas de solidarité légale profitable aux tiers. Aussi, ne
saurait-on leur reprocher de n'avoir pas consulté l'extrait soumis à la publication, afin d'y
déceler la clause élusive de leur garantie, une pareille dérogation statutaire étant considérée
comme non avenue à leur égard.
§ 2 - Régime particulier
373. Obligation des associés sortant et rentrant. - Si l'associé présent lors de la naissance
du passif social et toujours en place au moment des poursuites est indubitablement tenu, il
peut en être de même, sous certaines conditions, des associés sortant et rentrant.
376. Ensemble des dettes sociales antérieures au départ. - L'associé qui se retire de la
société demeure tenu à l'égard des tiers, de l'ensemble des dettes sociales antérieures à son
départ, quelles qu'en soient les raisons et circonstances et quand bien même aurait-il quitté
la société et publié son départ avant l'engagement des poursuites par les créanciers (Com.
4 janv. 1994, n o 91-19.680 , RJDA 1994, n o 538 ; JCP E 1994. I. 363, n o 9, obs. Viandier et
Caussain ; BJS 1994. 314, note Le Cannu ; Dr. sociétés 1994, n o 55, obs. Le Nabasque). Une
disposition contraire n'aurait aucune valeur. Ainsi, l'ancien associé est tenu des loyers et des
indemnités de résiliation dus ou encourus après la publication de son retrait, à raison d'un
contrat de crédit-bail antérieurement signé (Com. 1 er oct. 1996, préc. supra, n o 94). De même,
est-il garant du solde débiteur du compte courant bancaire de la société, tel qu'il apparaît au
jour de la publication de son retrait, même si, à cette date, le compte n'est pas clôturé et si
la dette correspondante n'est pas alors exigible (Com. 4 févr. 1997, préc. supra, n o 375). Il
reste débiteur du prêt souscrit par sa société avant qu'il cède ses parts, même si le
remboursement de ce prêt n'a pris fin qu'après son départ (Nancy, 7 juill. 1992, BRDA 2/1993,
p. 9), ou du paiement d'effets de commerce correspondant à une dette antérieure à la
cession, même si leurs échéances sont postérieures à celle-ci (Paris, 2 juill. 1993, Rev.
sociétés 1993. 883, obs. Guyon ; BJS 1993. 1046, note Daigre ; Dr. sociétés 1994, n o 11, obs.
Le Nabasque. – V. aussi, Paris, 29 oct. 1999, RJDA 2000, n o 175). En outre, deux anciens
associés ayant respectivement acquis la qualité d'associé avant et après la date de conclusion
d'un contrat de location par la société ont été condamnés à couvrir les échéances de loyers
impayés et l'indemnité de résiliation mise à la charge de la société, peu important la date de
constatation de cette dette et le fait qu'ils aient ultérieurement perdu la qualité d'associé
(Com. 21 oct. 2008, n o 07-16.654, 2 esp., RJDA 2009, n o 39 ; Dr. sociétés 2009, n o 9, obs.
Gallois-Cochet). De même, dès lors que le prêt consenti à la société est devenu intégralement
exigible par la déchéance du terme intervenue avant la cession des parts, l'ancien associé
demeure tenu envers le créancier (Paris, 4 févr. 2010, BJS 2010. 551, note Harel).
377. Retrait issu d'une cession des droits sociaux à un tiers. - Lorsque le retrait d'un
associé en nom collectif résulte, avec l'accord unanime de ses coassociés, d'une cession de
ses droits sociaux à un tiers qui prend sa place au sein de la société, cet associé reste encore
personnellement et solidairement tenu du passif social. Il ne peut en effet échapper à son
obligation sous prétexte que sa dette est assumée par l'associé rentrant, une cession de
dette n'étant valable que si le créancier a accepté le changement le débiteur. En d'autres
termes, l'intéressé ne saurait se libérer de sa dette qu'avec le consentement des créanciers
sociaux à une novation par changement de débiteur (HÉMARD, TERRÉ et MABILAT, op. cit.
[supra, n o 226], n o 243. – CHARVÉRIAT, COURET et ZABALA, op. cit. [supra, n o 305],
n o 24082). L'associé reste donc garant à l'égard des tiers, des dettes sociales nées avant
l'accomplissement des formalités de publicité rendant son retrait opposable aux tiers.
Cependant, dès lors qu'il a réglé l'intégralité de la dette sociale, l'associé peut exercer un
recours en contribution contre son coassocié, même si celui-ci a acquis ses parts
postérieurement à la naissance de la dette, l'article L. 221-1 du code de commerce
n'établissant aucune distinction selon la date d'entrée des associés dans la société (Paris,
19 févr. 2003, Dr. sociétés 2003, n o 214, obs. Monnet). Il peut également en demander le
remboursement intégral à la société (Com. 29 oct. 2003, préc. supra, n o 368, rejetant le
pourvoi contre Paris, 8 oct. 1999, préc. supra, n o 231). C'est dire que l'associé poursuivi ne
saurait exercer un recours en paiement contre ses coassociés avant d'avoir lui-même payé
(Paris, 9 sept. 2003, BJS 2004. 395, note Lucas). Il convient de préciser que le départ d'un
associé en nom collectif ne peut intervenir que par cession de parts sociales, dans la mesure
où le droit de retrait n'est légalement organisé que dans les sociétés civiles (C. civ.,
art. 1869 ) et dans celles à capital variable et statutairement prévu, dans la société par
action simplifiée.
380. Exonération des dettes sociales postérieures au retrait. - L'associé retiré n'est pas,
en principe, tenu des dettes sociales contractées postérieurement à son départ, plus
précisément à la publicité régulière de ce départ. Décider différemment revient à admettre son
engagement à vie, quand la société est constituée pour une durée illimitée ou pour une durée
qui excède celle de l'espérance de vie normale d'un être humain. Les textes sont bien loin
d'instaurer une solution aussi draconienne. Au contraire, en exigeant la publication du nom
des associés et des modifications relatives à leur situation personnelle, les dispositions sur le
registre du commerce et des sociétés induisent qu'un associé en nom collectif n'est pas
responsable des dettes contractées après son départ du groupement. L'associé sortant peut
cependant répondre du passif social dans deux cas : – lorsqu'il n'a pas fait publier son départ
dans les formes prescrites par la loi, si bien qu'en pratique on tient compte de la date de
publication de son retrait de la société pour déterminer son obligation au passif social. Il a
donc tout intérêt à vérifier que les représentants légaux de la société ont accompli cette
formalité ; – quand, ayant cautionné les dettes de la société sans limitation de durée, il n'a
pas pris soin de dénoncer son engagement au moment de son retrait.
381. Exonération du gérant non-associé. - Les associés en nom collectif étant seuls
solidairement responsables des dettes sociales, le gérant non associé n'y est pas
personnellement tenu, peu importe qu'il quitte ou non la société. Il en va autrement du gérant
associé qui, étant obligé au passif en tant qu'associé et non comme représentant du
groupement, demeure solidairement responsable s'il cesse ses fonctions de gérant sans
quitter la société.
384. Obligation ne relevant pas de l'ordre public. - L'obligation de l'associé en nom collectif
aux dettes sociales antérieures à son entrée ne relève pas de l'ordre public. Une stipulation
statutaire régulièrement publiée peut exonérer le nouvel associé du passif social. Cette clause
impérativement connue des tiers soustrait le cessionnaire à l'action de ceux-ci qui, par
ailleurs, ont la possibilité de poursuivre le cédant. À ce propos, les parties décident souvent
entre elles par une clause de garantie de passif, que le cédant s'engage à faire siennes des
dettes sociales antérieures à l'entrée du cessionnaire dans la société, sans qu'aucune
formalité particulière soit nécessaire (COURET, L'exécution de clauses de garantie de passif,
BJS 1987. 73. – FREY RIA, Réflexions sur la garantie conventionnelle dans les actes de droits
sociaux, JCP E 1992. I. 146. – MOUSSERON, Les conventions de garantie dans les cessions de
droits sociaux, 1992, Nouvelles éditions fiduciaires). Une semblable disposition ne suscite
guère de difficultés, lorsqu'elle ne poursuit pas un autre but que celui de répartir la
contribution au passif social entre le cédant et le cessionnaire. En revanche, son opposabilité
aux tiers est incertaine, même lorsqu'elle a été publiée au registre du commerce et des
sociétés. Il a été notamment jugé que la procédure collective de la société doit être étendue
à un nouvel associé acquéreur de parts, même s'il est stipulé dans les statuts que le
cessionnaire ne répondra pas des dettes postérieures à la cession (Paris, 13 janv. 1995, RJDA
1995, n o 445 ; BJS 1995. 262, 2 arrêts, note Jeantin). Quoi qu'il en soit, la règle
d'engagement indéfini et solidaire des associés en nom collectif, répondant à un objectif de
protection des créanciers sociaux, ne s'oppose pas à l'acceptation par eux, à condition qu'elle
soit expresse, d'un changement de débiteur (Com. 4 janv. 1994, préc. supra, n o 376). Sous
cette même réserve, le créancier pourrait également renoncer à la solidarité pour une
opération déterminée (Civ. 16 mars 1942, JCP 1942. II. 1854, note Bastian).
385. Absence de disposition statutaire ou de clause de garantie du passif. - Reste à savoir
si en l'absence d'une disposition statutaire ou d'une clause de garantie du passif, de simples
réserves formulées par le nouvel associé et expressément publiées suffisent à l'exonérer de
son obligation au passif social antérieur à son arrivée dans le groupement. Il ne le semble
pas, dans la mesure où les créanciers sociaux peuvent toujours arguer d'une méconnaissance
ou d'une connaissance insuffisante de ces réserves. De surcroît, il a été jugé que
l'engagement souscrit par le cessionnaire des parts d'une société en nom collectif de régler
les dettes sociales antérieures à la réalisation de la cession, aux lieu et place du cédant, est
inopposable au créancier de la société ; l'opposabilité au créancier de la substitution du
débiteur suppose l'accord du premier (Grenoble, 6 mars 1990, Dr. sociétés 1990, n o 318).
387. Critique de l'ancien régime. - Cette mise en procédure collective quasi systématique,
difficilement admissible et critiquée pour ne pas prendre en considération la situation propre à
chaque associé, en dehors de l'option entre le redressement et la liquidation judiciaire, a été
supprimée par la loi du 26 juillet 2005 (Com. 16 juin 2009, n o 08-10.232 , Bull. civ. IV,
n o 83 ; Gaz. Pal. 1 er et 3 nov. 2009, p. 18, obs. Lebel). Dorénavant, ces personnes sont
soumises au droit commun des procédures collectives. Cela signifie entre autres, qu'elles
peuvent, en qualité de dirigeant, être poursuivies en responsabilité pour insuffisance d'actif
(C. com., art. L. 651-2 ). Néanmoins, quand elles ne sont pas immatriculées en tant que
commerçants, ce qui est le cas des associés en nom collectif, l'amélioration de leur situation a
pour contrepartie l'impossibilité de solliciter elles-mêmes l'ouverture d'une procédure
collective et de profiter de la suspension des poursuites individuelles des créanciers sociaux.
388. Conditions, procédure et effets. - Dans le cadre d'une société in bonis, l'application aux
associés en nom collectif de leur responsabilité indéfinie et solidaire suppose l'existence de
conditions et l'observation d'une procédure ; elle entraîne des effets.
390. Allégation préalable du défaut de caractère social de la dette. - Les juges du droit
exigent que le moyen issu du défaut de caractère social de la dette soit allégué
préalablement à l'exception de prescription. En effet, si l'associé se prévaut de celle-ci après
avoir invoqué la prescription de l'action du créancier, c'est qu'il a accepté le débat au fond et
reconnu de ce fait à la dette litigieuse son caractère social (Civ. 27 mai 1914, S. 1914. 1. 425,
note Lyon-Caen ; DP 1921. 1. 121, note Lacour). Dès que celui-ci est établi, les associés sont
tenus sans que leur engagement soit nécessairement prévu dans une convention ou dans un
jugement intervenu contre la société ; la condamnation prononcée contre celle-ci est
exécutoire de plein droit contre eux (Civ. 8 avr. 1903, DP 1903. 1. 208).
391. Régime antérieur à la loi de sauvegarde des entreprises. - Ainsi, sous le régime
antérieur à la loi de sauvegarde des entreprises n o 2005-845 du 26 juillet 2005, l'obligation de
l'associé n'existait que si la dette sociale n'était pas d'ores et déjà éteinte. Celui-ci pouvait
se prévaloir du défaut de déclaration du créancier au passif de la société en procédure
collective et de l'extinction qui s'ensuivait, en vertu de l'ancien article L. 621-46 du code de
commerce (Com. 25 nov. 1997, n o 95-16.202 , Bull. civ. IV, n o 309 ; BRDA 24/1997, p. 3 ;
RJDA 1998, n o 472 ; Dalloz Affaires 1998, n o 99, p. 28, 2 e esp. ; BJS 1998. 156, note Le
Cannu ; Dr. sociétés 1998, n o 48, obs. Chaput). À l'heure actuelle, les créances non
régulièrement déclarées dans les délais requis sont inopposables au débiteur durant
l'exécution du plan et, après cette exécution, lorsque les engagements énoncés dans le plan
ou décidés par le tribunal ont été tenus (C. com., art. L. 622-26 , al. 2).
392. Caractère légal de l'obligation. - Il faut, en second lieu, que l'obligation soit légale, en
ce que serait inopposable aux tiers toute clause statutaire, même régulièrement publiée, qui
permettrait à un associé d'échapper complètement à la poursuite des créanciers, de n'être
tenu que dans la limite de son apport ou de ne répondre que de certaines dettes sociales. Il
reste que cette stipulation des statuts conserve toute sa validité dans les rapports des
associés entre eux, dès lors qu'elle ne revêt pas un caractère léonin.
394. Mise en demeure préalable de la société. - L'obligation aux dettes incombe d'emblée à
la société qui doit en répondre sur son propre patrimoine. Aussi, les créanciers sociaux
doivent-ils, préalablement à l'exercice de l'action contre un associé, mettre la société en
demeure de payer par acte extrajudiciaire. Un tel acte ne peut émaner que d'un huissier de
justice, une lettre recommandée avec avis de réception ne saurait être valable (Com. 1 er juin
1993, n o 91-16.887, RJDA 1993, n o 625 ; BJS 1993. 1044, note Daigre ; Dr. sociétés 1993,
n o 187, obs. Le Nabasque ; JCP E 1994. I. 331, n o 12, obs. Viandier et Caussain. – Com.
14 juin 2000, préc. supra, n o 389). Il a été ainsi jugé que le comptable du Trésor, tenu de
mettre en demeure par courrier recommandé avec demande d'avis de réception une SNC avant
d'engager des poursuites contre elle, n'est pas dispensé, lorsqu'il envisage d'agir contre les
associés en nom collectif, de mettre en demeure cette société conformément à l'article L. 221-
1 du code de commerce (Com. 19 déc. 2006, n o 02-21.333 , Bull. civ. IV, n o 262 ; RJDA 2007,
n o 501 ; BJS 2007. 472, note C. Regnaut-Moutier, D. 2007. AJ 92, obs. Lienhard . – Sur cet
arrêt, CERATI-GAUTHIER, Mise en demeure des associés d'une société en nom collectif en
procédure collective, RLDA mars 2007, n o 796. – V. aussi NURIT-PONTIER, L'obligation aux
dettes sociales des associés de sociétés à risque illimité, BJS 2008. 152. – Sur renvoi, Aix-en-
Provence, 13 nov. 2008, RG n o 07/5333, BRDA 9/2009, n o 2 ; RJDA 2009, n o 657, selon lequel
la mise en demeure n'est pas vaine lorsque le remboursement de la créance est prévu dans le
plan de redressement de la société, sauf inexécution de celui-ci. – Com. 20 févr. 2007, n o 05-
19.608 , Dr. fisc. 2007. 663, mise en demeure préalable de la société, par le comptable
agissant en recouvrement d'une dette fiscale). Il y a vaine mise en demeure, lorsqu'il n'y a ni
paiement, ni constitution de garanties par la société dans les huit jours (Com. 10 févr. 2015,
n o 14-10.612 , F-D). Si la société a été mise en redressement ou en liquidation judiciaire
avant l'engagement des poursuites contre les associés en nom collectif, la déclaration de
créance qui vaut mise en demeure rend inutile la délivrance d'une mise en demeure par acte
extrajudiciaire à cette même société. La mise en demeure est considérée comme vaine si
dans les huit jours, éventuellement prolongés par ordonnance du président du tribunal de
commerce statuant en référé, la société n'a pas payé sa dette ou constitué des garanties
(C. com., art. L. 221-1 et art. R. 221-10 ).
395. Défaillance de la personne morale. - Ce n'est qu'en cas de carence de la personne
morale, que la poursuite des associés peut intervenir (Paris, 8 oct. 1999, préc. supra,
n o 231) ; d'où l'irrecevabilité de l'action dirigée contre un associé poursuivi en même temps
que la société (Civ. 3 e, 5 déc. 2001, n o 00-14.522 , Dr. sociétés 2002, n o 29, obs. Lucas). En
outre, une exécution forcée implique la détention par le créancier d'un titre exécutoire à
l'égard de la personne même qui doit exécuter. Aussi, le titre délivré à l'encontre d'une
société n'emporte pas le droit de saisir les biens des associés, fussent-ils indéfiniment et
solidairement tenus du passif social, faute de titre exécutoire pris contre eux (Civ. 2 e, 19 mai
1998, n os 96-12.944 et 96-13.268, Bull. civ. II, n o 161 ; Dalloz Affaires 1998, n o 122,
o
p. 1089 ; RJDA 1998, n 1289 ; D. 1998. 405, concl. Tatu ; BJS 1998. 1182, note Daigre ;
RTD civ. 1998. 933, obs. Gautier , conf. Paris, 12 déc. 1995, RJDA 1996, n o 358. – V. aussi
Com. 26 oct. 1999, n o 97-17.823 , RJDA 2000, n os 39 et 85. – Civ. 2 e, 15 janv. 2004, n o 34
F-PB, RJDA 2004, n o 750 ; BJS 2004. 711, note Lucas, à propos d'un GIE, mais transposable. –
Com. 3 mai 2006, n o 03-15.462 , Bull. civ. IV, n o 112 ; BRDA 10/2006, n o 5 ; RJDA 2006,
n o 917 ; D. 2006. AJ 1532, obs. Lienhard ; Rev. sociétés 2007. 88, note Moury . –
TRUCHOT, L'exigence d'un titre exécutoire à l'égard des associés pour le recouvrement par les
comptables du Trésor des dettes fiscales de la SNC, RJF 2006. 849).
397. Concours entre les créanciers sociaux et les créanciers personnels. - Quand les
créanciers sociaux s'en prennent ainsi aux associés, ils le font en tant que créanciers
personnels de ceux-ci ; par conséquent, ils viennent en concours avec les autres créanciers
personnels des associés. L'associé en nom collectif n'a pas un bénéfice de discussion
identique à celui dont profite la caution ou l'associé d'une société civile, car il nuirait au crédit
de la société et provoquerait des lenteurs incompatibles avec l'exigence de rapidité du monde
des affaires. En effet, la poursuite de l'associé n'est pas subordonnée à l'inefficacité de
l'action intentée contre la personne morale, c'est-à-dire à l'insolvabilité de cette dernière. Une
simple mise en demeure suffit, pourvu qu'elle soit infructueuse. Peu importe les motifs de la
société, qu'elle ne puisse ou ne veuille pas payer ; le refus de payer suffit.
398. Associé garant de la société. - Cette situation s'explique par le fait que l'associé en
nom collectif n'est ni la caution, ni le débiteur solidaire de la société, mais son garant. Les
associés étant débiteurs subsidiaires, mais non coobligés de la société débitrice principale, il
incombe au porteur du chèque impayé émis par cette dernière de rapporter la preuve de la
dette sociale dont il leur réclame le paiement, une telle preuve ne pouvant résulter du seul
titre exécutoire obtenu contre la société (Com. 20 mars 2012, n o 10-27.340 , Bull. civ. IV,
n o 61 ; BRDA 7/2012, n o 3 ; D. 2012. 874, obs. Lienhard ; Dr. sociétés 2012, n o 102, obs.
Roussille ; Rev. sociétés 2012. 577, note Dexant de Baillencourt . – Sur cet arrêt, GIBIRILA,
Conditions de l'obligation aux dettes sociales des associés en nom collectif, RJDA 2012.
599. – V. aussi, BRIAND, Retour sur la notion de coobligé, BJS 2012. 676), car un titre
exécutoire est susceptible d'être contesté quant à l'existence et au montant de la créance
dont il ordonne le paiement (Civ. 2 e, 21 mars 2002, n o 00-18.657 , Bull. civ. II, n o 51. –
Civ. 2 e, 11 sept. 2003, n o 01-13.652 , RJDA 2/2004, n o 219). Néanmoins, le titre exécutoire
reconnu par une décision de justice irrévocable ne peut être remis en cause à propos de
l'existence de la créance visée (Civ. 1 re, 4 oct. 2005, n o 03-13.375 , RJDA 2/2006, n o 189).
Cet associé ne peut non plus arguer du bénéfice de division. En vertu de la solidarité, les
créanciers sont fondés à réclamer à l'un quelconque des associés le paiement intégral de la
dette. L'insolvabilité de l'un des membres de la société ne peut porter préjudice à l'ensemble
des créanciers. La division volontaire des poursuites ne fait pas supporter au créancier le
risque d'insolvabilité de l'un des associés. Il s'agit d'une dette sociale et non d'une dette
personnelle que les associés acquittent quand ils désintéressent un créancier de la société sur
le fondement de leur obligation aux dettes (Civ. 3 e, 6 mai 2015, n o 14-15.222 , RJDA
7/2015, n o 506, à propos d'une société civile, mais transposable notamment aux SNC). La
créance de remboursement détenue par un associé en nom collectif, qui a acquitté les dettes
de la société à l'égard d'un autre associé, a pour origine l'engagement solidaire contracté, aux
termes de l'article L. 221-1 du code de commerce, envers la société, et ne naît pas au
moment du paiement. Qu'ayant constaté que la SNC avait été créée entre deux associés en
1991 et que l'un d'eux avait été mis en redressement judiciaire le 13 novembre 1993, la Cour
de cassation a considéré que la cour d'appel a exactement retenu que la créance dont se
prévaut le second à l'égard du premier, antérieure au jugement d'ouverture, devait être
déclarée et que faute de déclaration, elle est éteinte, par application des dispositions légales
antérieures à l'entrée en vigueur de la loi n o 2005-845, du 26 juillet 2005 de sauvegarde des
entreprises (Com., 20 mars 2019, n o 15-26.171, BRDA 8/2019, n o 5 ; JCP E 2019, n o 36, 1407,
note Lebel).
399. Saisine du président du tribunal de commerce. - Toujours est-il qu'afin d'obtenir une
prolongation de délai de la part du président du tribunal de commerce, tout associé doit le
saisir avant toute poursuite du créancier. La prorogation effective du délai rend irrecevable
l'assignation antérieurement lancée par un créancier. Une nouvelle assignation doit être
signifiée pour que le tribunal soit valablement saisi.
400. Acceptation des garanties par le créancier. - Les garanties éventuellement constituées
par la société qui, selon l'article R. 221-10 du code de commerce, permettent à l'associé
d'échapper à l'action du créancier, doivent être acceptées par ce dernier à qui le président de
la juridiction commerciale ne saurait imposer. Toujours est-il que l'affectation hypothécaire
consentie lors de l'ouverture d'un crédit ne s'assimile pas à une constitution de garantie de
paiement d'une dette sociale qui ne devient exigible que par l'effet de la mise en demeure
délivrée par le créancier et qui peut se révéler bien supérieure aux montants des engagements
initialement garantis. Décider du contraire reviendrait à nier le principe de solidarité des
associés en nom collectif et à mettre en échec toute poursuite contre lesdits associés, dès
lors qu'une garantie, si minime soit-elle, aurait été prise par le créancier sur la société, lors
de l'engagement initial (Versailles, 14 janv. 1999, RTD com. 1999. 442, obs. Champaud et
Danet ; RJ com. 1999. 423, obs. Maury ; BJS 1999. 581, note Ginestet. – Paris, 19 nov.
2013, RG n o 11/21510, BRDA 24/2013, n o 2 ; RJDA 3/2014, n o 421).
410. Pluralité de conséquences. - La solidarité passive qui régit les rapports entre les
associés et la société génère plusieurs conséquences. La première conséquence a trait à
l'interruption de prescription à l'encontre de la société : elle est opposable aux associés. Si le
groupement se trouve en liquidation, la dette des associés non liquidateurs se prescrit par
cinq ans à compter de la publication de la dissolution de la société au registre du commerce
(C. com., art. L. 223-9 ). Quant aux actions engagées contre le liquidateur ès qualités, elles
se prescrivent par trois ans à compter du fait dommageable ou, s'il a été dissimulé, de sa
révélation (C. com., art. L. 225-254 , sur renvoi de l'art. L. 237-12 , al. 2). Le liquidateur
poursuivi comme associé en raison des obligations pesant sur tous les associés, est soumis
au même titre qu'eux à la prescription quinquennale. Selon la deuxième conséquence, la mise
en demeure adressée à la société fait courir les intérêts à l'égard des associés. En ce qui
concerne la troisième conséquence, la chose jugée contre la société est opposable de plein
droit aux associés. Le créancier titulaire d'un titre exécutoire contre la société n'est nullement
obligé, pour que celui-ci soit opposable à l'associé, d'obtenir un jugement envers lui. L'associé
ne peut alors contester le caractère social de la dette. Inversement, les associés peuvent
invoquer à l'encontre des tiers, la décision rendue à la requête du gérant agissant ès qualités.
Enfin, pour la dernière conséquence relative à l'intervention et aux voies de recours, la société
peut être assignée en son siège social, sans que les associés le soient personnellement. À
l'inverse, elle peut agir en justice, sans que ses membres aient à intervenir à l'instance. Cela
n'empêche pas un associé en nom collectif, s'il le juge nécessaire, d'intervenir à l'instance.
Cette règle résulte du statut de caution solidaire reconnu à ces associés. Mais cette situation
les prive du droit de former une tierce opposition. Le refus du bénéfice de cette voie de
recours se justifie par le fait que les associés, compte tenu du lien solidaire qui les unit à la
société, sont véritablement représentés au procès engagé contre cette dernière et peuvent
par conséquent faire appel de la décision rendue.
411. Division des recours contre les coassociés. - L'associé peut également agir contre ses
coassociés (Com. 16 juin 1969, Bull. civ. IV, n o 226), mais doit diviser ses recours, à moins
qu'il n'ait joué le rôle de tiers pour l'opération qui a donné lieu à l'action ; auquel cas, il
dispose d'une action pour le tout, sans avoir à déduire sa quote-part. L'associé qui aurait fait
des avances à la société pourrait également poursuivre ses coassociés (Civ. 25 août 1869, DP
1869. 1. 467). En principe, sauf convention contraire, chaque associé supporte le poids
définitif du passif social en proportion de son apport, en application du droit commun de la
solidarité (Com. 12 oct. 1976, Bull. civ. IV, n o 258).
414. Pertes à la charge de l'acquéreur des parts sociales. - En cas de cession de parts
sociales en cours d'exercice social, l'ensemble des pertes de cet exercice est supporté par
l'acquéreur si l'acte ne règle pas expressément leur sort (Paris, 12 mai 2000, RJDA 2001,
n o 170 ; RTD com. 2001. 449, obs. Champaud et Danet , et sur pourvoi rejeté par Com.
31 mars 2004, n o 00-17.043, RJDA 2004, n o 833 ; Dr. sociétés 2004, n o 149, obs. Monnet ; BJS
2004. 1421, note Mousseron). En revanche, la clause statutaire qui se contente de rappeler
l'obligation des associés de contribuer aux pertes ne permet pas d'exiger qu'ils comblent les
déficits en cours de vie sociale (Com. 5 mai 2009, n o 08-14.044 , RJDA 2009, n o 645, rendu
au sujet d'une société civile, mais valable pour une SNC). Le cédant est tenu de contribuer
aux pertes qui ont été affectées, par une décision d'assemblée générale, à son compte
courant d'associé dès lors qu'il ne peut se déduire des clauses de l'acte de cession, qui
stipulaient que le cessionnaire serait subrogé dans les droits et obligations du cédant à
l'égard de la société, que l'acquéreur a accepté d'en supporter la charge (Com. 30 nov. 2004,
n o 01-12.063 , RJDA 2005, n o 262 ; BJS 2005. 631, note Lucas). Pour autant, le cédant
n'étant pas tenu de contribuer dès la clôture de l'exercice à la perte figurant au bilan de la
société, la cession de parts sociales ne saurait avoir pour conséquence de transférer cette
obligation au cessionnaire (Com. 13 nov. 2003, n o 01-14.062 , Dr. sociétés 2004, n o 27, obs.
Monnet ; BJS 2004. 110, note Parot ; RTD com. 2004. 109, obs. Champaud et Danet ; Rev.
sociétés 2004. 365, note Randoux ).
415. Pertes annuelles à la charge de la société. - Tant qu'elle est en mesure de les
supporter, les pertes annuelles demeurent à la charge de la société. Il s'ensuit une diminution
du patrimoine social, et par conséquent, de la valeur des parts sociales (T. com. Vannes,
27 avr. 1973, Gaz. Pal. 1973. 2. 610 ; Journ. sociétés 1973. 255). Chaque associé n'est tenu
de contribuer aux pertes lui incombant qu'au jour de la dissolution de la société. Mais les
statuts peuvent prévoir que les pertes devront être apurées par les associés dès leur
constatation. Dans ce cas, dès l'approbation de la perte par l'assemblée générale, la société
dispose d'un recours contre chacun des associés dans la mesure de la contribution aux dettes
à laquelle il est tenu.
416. Régime de la contribution aux pertes sociales. - La Cour de cassation a eu l'occasion
d'apporter des précisions sur le régime de la contribution aux pertes sociales. Elle a décidé
qu'une cour d'appel a déclaré à bon droit irrecevable l'action engagée par une société en
commandite simple issue de la transformation d'une société en nom collectif, contre d'anciens
membres de cette société, tendant au paiement de leur part dans les pertes d'exploitation
subies. En alléguant que, sauf application des dispositions légales et réglementaires ou de
stipulations particulières, c'est seulement en cas de SNC ou de société en commandite, que
celle-ci peut agir contre ses membres en paiement de ses pertes, la cour d'appel n'a
absolument pas méconnu que l'existence de toute société est subordonnée à l'engagement
des associés de contribuer aux pertes. Elle a pu ainsi décider qu'était irrecevable l'action
litigieuse de la société non dissoute, dès lors qu'était en cause la contribution aux pertes et
non l'obligation aux dettes (Com. 3 mars 1975, préc. supra, n o 412). En revanche, un
liquidateur judiciaire est recevable à agir, sur le fondement de l'article 1832 du code civil,
contre les associés d'une société en nom collectif en fixation de leur contribution aux pertes
sociales (Com. 27 sept. 2016, n o 15-13.348 , BRDA 19/2016, n o 5 ; D. 2016. 1998 ; Rev.
sociétés 2016. 362, note Saintourens ; Rev. sociétés 2016. 768, note Henry ).
417. Énonciation des obligations. - L'associé qui n'a pas entièrement libéré son apport au
moment de la constitution de la société, doit répondre aux appels du gérant qui peut le
contraindre en justice à honorer ses engagements. Il peut être tenu à une répétition de
dividendes fictifs, tout comme des sommes qui lui auraient été allouées en l'absence de
bénéfice, à titre d'intérêt fixe (C. com., art. L. 232-17 ). Par ailleurs, l'associé peut être tenu
d'une obligation de non-concurrence si les statuts l'envisagent, s'il a fait un apport en
industrie, s'il a apporté un fonds de commerce, ou s'il participe effectivement à l'activité
sociale.
422. Position doctrinale préférable. - À l'inverse, d'autres auteurs considèrent qu'à défaut de
clause statutaire, l'obligation de non-concurrence ne s'applique qu'aux apporteurs en industrie.
Quant aux autres associés, ils pourraient, sauf stipulation contraire des statuts ou
application, en cas d'apport de fonds de commerce, de la clause de non-rétablissement,
exercer une semblable activité, sous réserve bien évidemment de ne pas effectuer d'actes de
concurrence déloyale (LY ON-CAEN et RENAULT, op. cit. [supra, n o 276], n o 249). Cette
dernière opinion doctrinale paraît préférable à la précédente car, sauf hypothèses
exceptionnelles préalablement signalées, elle seule se trouve en accord avec le principe de la
liberté du commerce et de l'industrie. La Cour de cassation a pourtant mis à la charge d'un
associé une obligation de non-concurrence, en raison de l'affectio societatis propre au contrat
de société. Elle a censuré pour défaut de base légale une décision qui s'était bornée à
constater l'absence de faute susceptible de fonder la concurrence déloyale, sans répondre aux
conclusions qui soutenaient que par sa seule qualité d'associé, ce dernier avait l'obligation de
s'abstenir de tout acte de concurrence envers la société (Com. 6 mai 1991, n o 89-13.780 ,
Bull. civ. IV, n o 151 ; Rev. sociétés 1991. 760, note Guyon ).
423. Incertitude jurisprudentielle. - La jurisprudence n'est cependant pas fermement
attachée à cette solution, si bien que la question de l'obligation légale de non-concurrence
reste discutée. Ainsi, la Cour de cassation a, dans une autre affaire, relevé au contraire qu'à
défaut de faute prouvée dans le comportement d'un actionnaire, la concurrence déloyale ne
peut être établie (Com. 26 nov. 1996, n o 94-15.403 , Bull. civ. IV, n o 284 ; BJS 1997. 134,
note Roca, à propos d'un président de conseil d'administration). Elle a ultérieurement décidé
qu'en l'absence de stipulation statutaire prévoyant une obligation de non-concurrence,
l'associé n'est « en cette qualité, tenu ni de s'abstenir d'exercer une activité concurrente de
celle de la société, ni d'informer celle-ci d'une telle activité et doit seulement s'abstenir
d'actes de concurrence déloyaux » (Com. 15 nov. 2011, n o 10-15.049 , Bull. civ. IV, n o 188 ;
RLDA 2012/67, n o 3810). Il est vrai que ces différentes décisions, rendues à propos d'une
SARL ou d'une société anonyme, ne sont pas nécessairement transposables à la société en
nom collectif au sein de laquelle une obligation de non-concurrence paraît plus aisée à
reconnaître, eu égard au rôle plus actif joué par les associés (Civ. 3 e, 12 oct. 1971, Bull.
civ. III, n o 486), sans compter que les circonstances de fait propres à chaque espèce sont
également déterminantes. En effet, l'exercice commun d'une même activité professionnelle
rend difficilement acceptable qu'un associé exerce concurremment sa profession au sein d'une
société et en dehors de celle-ci. Une pareille situation semble fautive au regard de l'obligation
de bonne foi dans l'exécution du contrat de société (C. civ., art. 1134 , al. 3 ; futur
art. 1104 ) et de la communauté d'intérêt des associés (C. civ., art. 1833 ).
■ Associé 238 s.
apport 50
association ou société civile, non 40
capacité 17 s., 125
commerçant, qualité de 6, 18 s.
débiteur solidaire, caution non 398
décès 112 s., 340 s.
dette sociale, obligation 366 s.
dette sociale, répartition 407 s.
époux 37, 323
étranger 33 s.
EURL 49
garant, oui 398
gérant 123 s., 240
immatriculation au RCS, non 19
incapacité 22 s.
incompatibilité et interdiction 29 s.
indivision 120, 289 s.
interdiction de gérer 107
mésentente 101
nombre 16
obligation aux dettes 93 s., 366 s.
part sociale 51, 284 s.
personne morale 38
procédure collective, ouverture 8
qualité d' 285
redressement ou liquidation judiciaire 96 s., 110
régime fiscal 56 s.
régime social 63 s.
responsabilité indéfinie et solidaire 6
retrait, cession de parts 320
salarié 21
statuts 62
tutelle ou curatelle 22 s., 109
■ Caractéristiques 1 s.
avantages 9
caractère familial 11
inconvénients 12
intuitus personae 5
PME 11
responsabilité indéfinie et solidaire des associés 6
simplicité 3 s.
■ Caution 71
communauté d'intérêts 168
gérant, dette personnelle 167
■ Clause léonine 52
■ Clause de non-concurrence 418
■ Comité d'entreprise
assemblée, convocation 262
■ Constitution 14 s.
■ Continuation de la société
avec le conjoint survivant ou avec un ou plusieurs héritiers 353
avec les héritiers ou le conjoint survivant 345 s.
avec une personne désignée ou à désigner 356
entre les associés survivants 346 s.
■ Débit de tabac 43
■ Décès
dissolution 112
part sociale, transmission 340 s.
■ Dénomination sociale 45 s.
sanction pénale 198
■ Dissolution 98 s.
associé, décès 112
associé, état et capacité 107
causes communes 98 s.
gérant, démission 232
révocation d'un gérant associé statutaire 106
■ EIRL 7
■ Époux
cession de parts, régime matrimonial 323
revendication de la qualité d'associé 37, 69
■ EURL 49
■ Faute de gestion 9
■ Fonctionnement 3
■ Fonds de commerce
vente 170
■ Gérant(Démission) 224 s.
abusive ou déguisée 236
caractère unilatéral et irrévocable 225, 230
d'office 237 s.
effets 229
forcée 233 s.
liberté 227
notification 228
■ Gérant(Désignation) 123 s.
associé ou non 10, 134 s.
capacité 125
interdiction 129 s.
nomination postérieure 137 s.
personne morale 126
publicité légale 140 s.
statutaire 10, 135
■ Gérant(Responsabilité)
civile 185 s.
pénale 197 s.
■ Gérant(Révocation) 203 s.
dommages et intérêts 219 s.
gérant associé 211 s.
gérant non associé 215 s.
judiciaire 213, 217 s.
juste motif avec faute 204 s.
juste motif sans faute 207
retrait 212
statuts 222
■ Hypothèque 400
■ Immatriculation au RCS 61
■ Inconvénients 12 s.
■ Indivision 120, 289
successorale 292, 325
■ Insuffisance d'actif 9
■ Intérêt social 167 s.
définition 173
■ Inventaire 198
■ Laboratoire d'analyses de biologie médicale 42
■ Liquidation 114 s.
associé, partage 119
clôture 119 s.
créancier, action directe 121
personnalité morale, maintien 118
■ Nue-propriété 288
■ Objet social 41 s., 167 s.
activité sociale, distinction 174
définition 172
gérant, pouvoirs 167 s.
intérêt social, distinction 173
statuts 44
■ Personnalité morale 2
maintien pour les besoins de la liquidation 118
■ Pharmacien
perte de la qualité de 107
■ Titre négociable
interdiction 42, 284
■ Transformation 71 s.
associé, interdiction, liquidation judiciaire 111
en commandite simple 89
effets 93 s.
forcée 79 s.
en GIE 91
modalités 81 s.
motifs 75
en SA 90
en SARL 84 s.
en SAS 88
en société de capitaux 82 s.
en société civile 87
volontaire 76 s.
■ Transparence 2
■ Usufruit 285, 366