Le contact entre l’arabe marocain et le français au Maroc :
spécificités linguistique et sociolinguistique
Karima Ziamari
Université sidi mohamed ben abdellah (fès, Maroc)
cream-lacnad, Paris
[email protected]
Synergies Tunisie n° 1 - 2009 pp. 173-186
Résumé : Cet article s’interroge sur les pratiques linguistiques de jeunes
marocains dans une situation de contact linguistique entre l’arabe marocain
et le français plus précisément en code switching. Comment se manifeste le
code switching arabe marocain/français au Maroc ? Quelle est sa particularité
linguistique et sociolinguistique ?
L’étude est fondée sur un corpus équivalant à 11 heures d’enregistrements
de jeunes étudiants marocains. Trente trois informateurs de douze villes
marocaines ont participé à l’enquête dont dix sont de sexe féminin. A
partir de mon corpus, je questionnerai les statuts des deux langues dans les
pratiques de mes informateurs. A travers leur code switching, j’examinerai
également la situation de l’arabe marocain et du français dans ce contexte
sociolinguistique. L’étude conclut que les deux langues se disputent le même
rôle et sont fréquemment utilisées.
Mots-clés : code switching arabe marocain/français, contact de langues, arabe marocain,
arabe standard, français, représentations linguistiques, MLF, sociolinguistique.
Abstract: The aim of the present paper is to describe the linguistic practices of young
Moroccans in a situation of language contact between Moroccan Arabic and French and
more specifically in code-switching. The questions raised in the paper are: What are
the characteristics of Moroccan Arabic/French code-switching in Morocco? What is its
linguistic and sociolinguistic specificity?
The data consists of 11 hours of tape-recorded conversations among young Moroccan
students. Thirty-three informants from 12 Moroccan cities participated in this
investigation. Ten of them are females. The analysis will focus on the status of both
languages in the data. Through the subjects’ code-switching, an attempt will also be
made to examine the situation of Moroccan Arabic and French in this sociolinguistic
context. The study concludes that the two languages compete for the same role and
are frequently used.
Key words : Moroccan Arabic/French codeswitching, language contact, Moroccan Arabic,
French, Standard Arabic, linguistic representations, MLF, sociolinguistics.
173
Synergies Tunisie n° 1 - 2009 pp. 173-186
Karima Ziamari
Introduction
Dans cet article, je m’interrogerai sur la spécificité linguistique et
sociolinguistique du contact entre l’arabe marocain et le français au Maroc,
plus précisément le code switching, appelé aussi alternance ou mélange
codique. C’est l’usage simultané de deux codes dans le même énoncé, la même
proposition et parfois le même syntagme.
Quelle est donc la particularité sociolinguistique du code switching arabe
marocain-français tel qu’il est pratiqué par mes informateurs et comment se
manifeste-t-il linguistiquement ?
1. Le corpus et les informateurs
Le corpus qui sert cette étude correspond à 11 heures d’enregistrement recueilli
principalement auprès des élèves ingénieurs de l’Ecole Nationale Supérieure
des Arts et Métiers (ENSAM, Meknès) mais également auprès d’autres élèves
ingénieurs de l’Ecole Nationale d’Agriculture (ENA, Meknès)1. L’enquête
implique trente-trois informateurs, âgés de 18 à 30 ans, dont dix sont de sexe
féminin.
Le choix des informateurs répond à certains critères. D’abord, les informateurs
sélectionnés sont tous locuteurs natifs de l’arabe marocain. Ils sont d’origine
différente, ils représentent ainsi 12 villes marocaines. La collecte du corpus a
duré trois années (de 1998 à 2001) dans deux contextes différents. La première
situation consiste en des interactions dans l’espace classe2 (ENSAM), la seconde
est relative à des échanges dans des espaces non formels et en dehors de
l’institution (chambre dans la résidence universitaire, compartiment de train,
cybercafés…).
2. Cadres théoriques
Pour décrire linguistiquement le corpus, l’étude prend appui sur le modèle
insertionnel de C. Myers-Scotton : the Matrix Language Frame (désormais le
MLF). Ce modèle distingue entre la langue matrice, autrement dit la langue
qui fournit le cadre morphosyntaxique de l’énoncé, et la langue enchâssée, qui
y participe par les morphèmes lexicaux (C. Myers-Scotton : 1993a, 2002). Ces
deux concepts me serviront à présenter les données linguistiques du corpus.
Quant aux donnés sociolinguistiques du corpus, elles seront principalement
recensées à l’aide des réponses à un questionnaire qui a été distribué aux
informateurs. Ce questionnaire avait pour objectif de cerner leur profil
sociolinguistique.
3. La dynamique des langues dans le corpus
Le corpus reflète le contact entre trois langues3 : l’arabe marocain, l’arabe
standard et le français. Chaque langue jouit d’un statut et d’une fonction
particulière.
174
Le contact entre l’arabe marocain et le français au Maroc :
spécificités linguistique et sociolinguistique
3.1. L’arabe marocain
Au Maroc, l’arabe marocain est la langue maternelle des Marocains non-
berbérophones (à côté du berbère, langue maternelle des berbérophones).
Cette langue4 est présente dans tous les domaines sociaux. C’est en effet aussi
la langue véhiculaire qui sert de moyen de communication.
Dans le corpus, l’arabe marocain est très sollicité par mes informateurs. On
le trouve dans toutes les conversations et dans tous les contextes. L’usage de
l’arabe marocain est en conflit avec les autres langues. Ce dernier rivalise avec
le français dans la mesure où il est employé dans l’espace classe réservé en
principe à cette langue. Je rappelle que le corpus comprend l’enregistrement
de séances de débat en cours de communication. Les étudiants doivent parler
en français, pourtant ils emploient l’arabe marocain.
Même s’il est utilisé dans tous les contextes par mes informateurs, l’arabe
marocain reste très stigmatisé. Le corpus reflète ce qui se passe au Maroc.
L’arabe marocain est « une sorte de langue nationale mais illégale » (Ch. Charnet
1985 : 42). C’est la langue la plus employée dans le corpus à côté du français
mais qui est loin d’être légitimée dans son rôle de langue de communication.
En examinant les exemples suivants, on peut souligner ce que pensent mes
informateurs de cette langue et le rôle qu’ils lui attribuent :
Un étudiant de la faculté des sciences –Meknès :
Informateur 1 : lla safi dak š-ši lli kent mɛeqqed men-u nhedru b l-meġribiya
mɛeqqed men ši masaʔil dert-ha mellit-ha bħal daba l-problème lli ɛend-na
dyal l-bnat f l-mġrib wili u ysiq l-ha bba-ha l-xbar msaħba wella ġir f š-šariɛ.
Non, c’est bon ce qui me complexait, parlons en arabe marocain, j’étais complexé de
certaines choses que j’avais faites, j’ai eu ma dose, comme par exemple le problème
des filles au Maroc, et si jamais son père apprenait ce qu’elle fait, elle a un petit-ami
ou elle sort se promener.
Plus loin encore, le même informateur croit parler en (meġribiyya) et continue
à alterner l’arabe marocain et le français :
Informateur1 : šetti on va parler b l-ɛerbiya d d-dariža baš ma ykun š gaɛ
ambiguïté.
voilà žuž ila bġaw yetsaħbu dik la question du premier pas ra-ha šwiyya elle
me paraît louche elle me paraît louche dik l-qadiyya dyal le premier pas.
Tu vois, on va parler en arabe, en arabe marocain pour qu’il n’y ait d’ambiguïté du
tout. Voilà deux personnes si elles veulent sortir ensemble, cette question du premier
pas vraiment elle me paraît un peu louche, elle me paraît louche cette question du
premier pas.
Dans un débat en classe sur le mariage, l’animatrice pose une question à son
camarade :
175
Synergies Tunisie n° 1 - 2009 pp. 173-186
Karima Ziamari
Informatrice 1 : yšedd l l-mra ɛini-ha c’est-à-dire ?
Fermer les yeux à sa femme c’est-à-dire ?
Informateur 2: ça veut dire yqenneɛ-ha ngulu b l-ɛerbiya, malgré le terme b
l’argot, il est très significatif.
Ça veut dire la combler, on le dit en arabe, malgré que le terme soit en argot, il est
très significatif.
Informateur 2 : Le terme significatif b l français wella b l-ɛerbiya gaɛ ma
telqaw-h.
Le terme est significatif, en français ou en arabe vous ne trouverez pas un mot aussi
significatif.
L’informateur 2 explique le mot (combler) en arabe marocain, ce qui a suscité
le rire des étudiants. Il continue à défendre son point de vue :
Informateur 2 : had ši lli gal l-k daba ndwiw-h b l’argot nedwiw-h b l’argot
même si le terme en argot ħit les expressions b l’argot yžib l-k llah ra-h c’est
du bla-bla ra-h c’est rien ra-h ġir t-tfelya non l-hedra lli ngul ana bon je suis
pas un expert mais je pense je pense qu’il y a pas mal de gens qui vont me
soutenir dans ce point had l-hedra lli ka nqul daba ra-h ɛend-ha des racines
qui sont d’ordre psychologique
Ce qu’on vient de dire, on parle en argot on parle en argot même si le terme est en
argot. Parce que les expressions en argot il nous semble que c’est vraiment du blabla,
c’est vraiment rien, c’est seulement des plaisanteries. Non, ce que je dis, moi, bon
je ne suis pas un expert mais je pense je pense qu’il y a pas mal de gens qui vont me
soutenir dans ce point ce que je dis maintenant est fondé psychologiquement.
Ces exemples illustrent comment quelques informateurs (souvent des garçons)
dénomment l’arabe marocain. L’arabe marocain est désigné par : l-meġribiyya,
l-ɛerbiyya et par d-dariža. Ce sont des appellations positives en comparaison
à « argot », perçu négativement, comme on voit dans les propos du dernier
informateur : « l’argot ce n’est rien, c’est du blabla ». L’arabe (l-ɛerbiya) permet
d’éviter toute « ambiguïté ». C’est une langue qui permet une complicité entre
les informateurs.
Même s’ils continuent à alterner les langues, l’arabe marocain est la langue qui
leur permet de se défendre dans des situations de communication (le débat,
entre autres) car dans ces différents contextes, le recours à l’arabe marocain
est motivé par le souci d’expliquer certains phénomènes et d’expliciter certains
sentiments que le français ne peut pas rendre ou exprimer :
Informateur 3 : bon il y a des familles où on trouve elles sont un peu
compliquées comme on dit en arabe mɛeqqdin.
bon il y a des familles où on trouve elles sont un peu compliquées comme on dit en
arabe complexés.
176
Le contact entre l’arabe marocain et le français au Maroc :
spécificités linguistique et sociolinguistique
Pourtant, le dépouillement du questionnaire montre que les attitudes de mes
informateurs sont généralement défavorables à l’égard de cette langue. Quand
il s’agit de choisir entre les trois langues (arabe marocain, arabe standard et
français selon la langue qu’ils voient comme la plus importante), l’arabe marocain
est la langue la moins importante, la moins utile en comparaison avec le français
et l’arabe standard.
Il existe une variation relativement aux attitudes vis-à-vis de cette langue liée
au sexe des informateurs. Chez les informatrices, l’arabe marocain n’est jamais
valorisé. Aucune informatrice ne considère l’arabe marocain comme la langue
la plus importante pour une raison ou pour une autre. Tandis que seulement 4
informateurs masculins (4 sur 13 garçons) lui attribuent une certaine importance
puisque c’est une langue, d’après eux, réservée à l’expression et à la création
artistique. C’est une langue privilégiée pour le relationnel.
Si on examine les réponses de mes informateurs et qu’on les compare avec ce
qui se passe dans le corpus, on peut dégager un certain écart et une certaine
contradiction entre leurs attitudes et leurs pratiques langagières. L’arabe
marocain occupe une place centrale dans le corpus, alors que les réponses des
informateurs lui attribuent une position défavorisée.
3.2. Le français
Le français a un statut particulier au Maroc. « Ce n’est ni une langue officielle, ni
une langue étrangère à proprement parler » (F. Benzakour & al. 200 : 70)5. Dans le
corpus, le français est très présent. Il est souvent concurrencé par l’arabe marocain,
cependant, il reste employé dans toutes les conversations. Contrairement à l’arabe
marocain, il reste très apprécié, voire sublimé et idéalisé. Pour la majorité des
informateurs, c’est la langue la plus utile pour leur formation et pour leur carrière.
C’est la langue la plus importante qui assure certainement la réussite sociale.
Chez les filles, le français s’avère plus valorisé. Elles classent le français en premier
choix (une seule étudiante classe mieux l’arabe standard). Il y a chez certains
informateurs un rapport affectif à cette langue. Une informatrice définit le français
comme sa langue maternelle. Selon les informatrices, le français est une langue
qui favorise l’intégration et qui aide à l’épanouissement. Chez les informateurs, on
peut ajouter la beauté et la clarté comme qualification du français.
3.3. L’arabe standard
C’est la langue officielle du Maroc. Il a un statut privilégié. Dans le corpus,
l’usage de cette langue dépend du sujet traité. Certains thèmes sont plus
réservés à cette langue (K. Ziamari 2007) comme la religion :
Informateur 2 : c’est pour cela que j’ai fait appel à la conception islamique
du mariage qelna belli kayen waħed r-rukn smit-u l-kafaʔa u l-kafaʔa tateqsed
fi-ha žamiɛ n-nuqat u madiyyan ma ši labuda tkun c’est pas très très yeɛni ça
sera pas la catastrophe le désastre vu billi kayen waħed l-ħadit ka yqul l-k
tunkaħu l-marʔatu je sais pas li talat li mali-ha li-žamali-ha wa li dini-ha.
177
Synergies Tunisie n° 1 - 2009 pp. 173-186
Karima Ziamari
Nous avons dit qu’il y avait un pilier qui s’appelle l’aptitude au mariage. On veut dire
par aptitude au mariage tous les points et l’aptitude matérielle n’est pas requise ce
n’est pas très très c’est-à-dire ça sera pas la catastrophe le désastre, vu qu’il y a un
Hadith qui dit : « on se marie avec une femme, je ne sais pas, pour trois qualités : Pour
son argent ; pour sa beauté et pour sa religion ».
L’arabe standard est également associé, dans certains contextes, à l’ironie et à
l’humour (K. Ziamari 2007) :
- Informateur 4 : ʔa ma ʔarwaɛ-ak6 rahn l-ʔišara hada huwwa d-derri lli ka
yedwi ɛend-na u ka ygul ši haža.
Eh ! le meilleur pour te dire c’est le garçon qui sait parler parmi nous et qui dit des
choses intéressantes.
Informateur 5 : hada huwwa n-naqabi7 dyal-kum qra les techniques de
communication.
C’est lui votre syndicaliste (bon orateur), il a fait les techniques de communication.
L’informateur 4 utilise l’arabe standard pour l’ironie. L’informateur 5 répond à
cette ironie avec le même ton et en utilisant la même langue.
L’humour se manifeste, à titre d’exemple, par l’utilisation du correspondant
d’un mot en arabe standard comme le montre l’usage du mot « ħisan : cheval »,
qui apparaît plus et contraste avec le mot « ħmar : âne », perçu négativement
dans la société marocaine (K. Ziamari 2007) :
Informateur 6 : il a un niveau d’étude très bas ma qari š gaɛ ma qari š ma
qari š ħmar.
Il a un niveau d’étude très bas. Il n’a jamais été à l’école du tout, un âne (analphabète)
(Rire des étudiants)
L’animatrice du débat lui demande de modérer ses propos, l’informateur 6
continue :
Informateur 6: ma ši ħisan.
C’est un cheval.
L’arabe standard n’est pas souvent la langue préférée de mes informateurs.
Généralement, les informatrices optent pour le français. Une seule informatrice
préfère l’arabe standard parce que, dit-elle, c’est une langue riche par ses
mots. Toutefois, chez les garçons, l’arabe standard incarne l’identité arabe.
C’est parce que c’est la langue de la religion qu’elle est privilégiée. Par ailleurs,
ils estiment que c’est une langue belle et difficile.
Ce bref aperçu permet de confronter les représentations sociolinguistiques des
informateurs à l’égard des langues qu’ils parlent aux usages réels qu’ils en
font. Il y a un conflit d’usages et un conflit d’images pour reprendre les termes
178
Le contact entre l’arabe marocain et le français au Maroc :
spécificités linguistique et sociolinguistique
d’H. Boyer (1997). Les pratiques langagières de mes informateurs dévoilent une
concurrence et une lutte entre deux langues : l’arabe marocain et le français.
L’arabe marocain, quoiqu’il soit énormément stigmatisé et dévalorisé, est
présent dans le corpus. C’est en effet la langue de communication à côté du
français. Ces deux langues coexistent en conflit et en accord. Quelle est donc la
spécificité sociolinguistique du contact de ces deux langues dans ce contexte ?
4. Le code switching arabe marocain français : attitudes et représentations :
Nombreuses sont les informatrices qui sont indifférentes à l’usage du code
switching ou bien pensent que ce dernier dissimule une incompétence
linguistique (et pas forcément en français). Tandis que selon certains garçons,
le code switching est d’abord une stratégie de communication, même s’il peut
résulter d’une incompétence en français. Chez d’autres, c’est bien un moyen
d’expression et de création artistique car mes informateurs s’amusent aussi à
créer des mots nouveaux et ludiques en mélangeant et alternant les codes (K.
Ziamari 2007). Par ailleurs, quand les étudiants ont écouté les enregistrements
faits en classe, la réaction de la plupart des locuteurs était la surprise : « moi
j’ai dit ça ? » Ce qui me permet de dire que l’usage qu’ils font du code switching
n’est pas systématiquement volontaire et conscient.
Les fonctions du code switching dans le corpus sont nombreuses. Comme l’a
souligné M. Darot pour son étude du code switching arabe tunisien/français,
«L’apparition de l’alternance codique […] dépend de l’image que le locuteur
se fait de l’interlocuteur» (M. Darot, 1995 : 121), le recours à l’alternance
codique dans le corpus dépend énormément de la personne à qui l’on parle.
Mes étudiants se sentent en sécurité et ne sont nullement gênés.
Contrairement par exemple à l’étude de Y. Derradji (1995) faite sur le code
switching arabe algérien/français à l’université, mes informateurs ne séparent
pas systématiquement les codes dans l’espace classe. Dans les débats enregistrés
en classe, le français est certes dominant, mais l’arabe marocain le concurrence
fortement comme je l’ai montré plus haut.
Dans les conversations de mes informateurs, le code switching arabe marocain/
français est une stratégie discursive et conversationnelle. Elle sert à reprendre
l’information, à citer et à rapporter un discours, comme cela a été mis en
avant par P. Auer (1998) et F. Laroussi (1995). Elle reste également liée à
l’espace, à l’interlocuteur et au sujet. Mais à ces caractéristiques discursives,
conversationnelles s’ajoute l’affirmation d’une identité qui est propre à mes
informateurs. Il reste vrai que le code switching au Maroc touche différentes
catégories sociales mais marque, en particulier, le mode de communication des
jeunes bilingues comme c’est le cas, ici, pour mes informateurs. Même s’ils sont
bilingues compétents en français, ils recourent massivement et fréquemment
au code switching comme moyen de communication, d’abord entre eux,
ensuite avec les autres qui ne font pas partie de leur groupe (professeur, autres
jeunes...).
179
Synergies Tunisie n° 1 - 2009 pp. 173-186
Karima Ziamari
Même si l’on considère souvent que le code switching au Maghreb reste « le fait
de bilingues profonds qui ont étudié le français ou qui ont le français comme
langue de la maison » (D. Caubet 2001 : 22) et comme l’ont confirmé M. Lahlou
(1991), A. Abbassi (1977) M. Darot (1995) A. Bentahila et E. Davies (1983, 1995,
1998) et bien d’autres, il est un mode de communication par défaut de mes
informateurs. Ainsi, le mélange du français et l’arabe marocain caractérise les
pratiques langagières de mes étudiants. Ils ne séparent pas les langues et ce
dans tous les contextes. Ce qui donne aux deux langues un pouvoir linguistique
considérable.
5. Le code switching arabe marocain-français : particularité linguistique
Dans le contexte sociolinguistique dans lequel a été menée cette recherche, le
changement de langue qui fournit le cadre grammatical à l’énoncé est un trait
linguistique saillant (K. Ziamari 2008). L’arabe marocain n’est pas forcément la
seule langue qui joue ce rôle, comme on l’a souligné (D. Caubet : 2002), et il
arrive souvent que le français le concurrence dans ce statut. Ce changement de
la langue matrice définit le choix sociolinguistique de ces jeunes étudiants. Il
est étayé par le statut et la dynamique des langues dans les pratiques de mes
informateurs.
Si les deux langues rivalisent socialement, elles disputent linguistiquement le rôle
de langue matrice à plusieurs niveaux : syntaxique, morphologique, prosodique
et phonologique. Cette compétition entre les langues génère des phénomènes
linguistiques peu attestés voire peu courants. On constate que le mélange
linguistique au Maroc à travers le code switching de mes informateurs change. Il
diffère des autres cas de mélange (M. Lahlou 1991; A. Bentahila & E. Davies 1983,
1996, 1998) en ce qu’il a énormément évolué (K. Ziamari 2007).
Ainsi, les travaux menés sur le code switching arabe marocain/français (depuis
A. Abbassi 1977, A. Bentahila & E. Davies 1983, 1995, M. Lahlou 1991, M.
Aabi 2004) ont été principalement dévolus au niveau morpho-syntaxique. Or,
l’approche du mélange au Maroc, tel qu’il a lieu actuellement, requiert la prise
en compte d’autres dimensions comme le phonétique, le phonologique et le
prosodique, c’est une particularité linguistique de ce corpus et une preuve de
l’évolution de ce contact.
Sur le plan morphosyntaxique, le code switching dans ce contexte se qualifie
par la fréquence et la richesse des structures relevées. Dans plusieurs études
(K. Ziamari 2007, 2008), j’ai démontré à quel point ce contact au Maroc offre
d’importants champs d’investigation du moment que plusieurs études accessibles
datent déjà d’au moins une décennie. Ainsi, certains phénomènes linguistiques
démontrés sont identiques à ceux qui ont été attestés dans la littérature. J’ai
choisi d’exposer les plus pertinents qui caractérisent cette paire de langue : il
s’agit de ceux relevés dans le cadre de la détermination, de la morphologie et
des dimensions phonologique et prosodique.
180
Le contact entre l’arabe marocain et le français au Maroc :
spécificités linguistique et sociolinguistique
5.1. La détermination
Il est courant que l’arabe (algérien, marocain) au contact du français génère
quelques particularités liées à la détermination. On peut citer l’insertion du
substantif français dans la structure matrice de l’arabe marocain :
xdit l-billet (informateur 7)
j’ai acheté le billet.
Association bla wraq ra-h xatira (informateur 8)
Une association sans papiers, c’est vraiment dangereux !
les choses vraiment weslu l waħed n-niveau (informatrice 2)
les choses sont vraiment arrivées à un niveau.
Ces structures, où le français participe par un morphème lexical (substantif)
et où l’arabe impose ses morphèmes grammaticaux (les déterminants), sont
très fréquentes dans d’autres études (M. Lahlou 1991, A. Abbassi 1977, A.
Bentahila & E. Davies 1983, 1991, 1996). D’ailleurs l’arabe marocain participe
souvent par ces mêmes morphèmes dans plusieurs autres situations de contact
(arabe marocain/espagnol A. Vicente 2003, A. Vicente & K. Ziamari 2008, arabe
marocain/néerlandais L. Boumans 1998).
Il arrive également que tout le syntagme nominal français soit inséré. Ainsi
on constate l’abondance des articles français accompagnant le substantif
français :
ouf xayba l’indifférence ! (informatrice 3)
Ouf l’indifférence est horrible !
ɛend-na un DS (informatrice 1)
Nous avons un devoir surveillé
Ce n’est nullement une présence « exceptionnelle » comme l’avance P. Muysken
(2000 : 86) en comparant entre plusieurs paires de langues, entre autres le code
switching arabe marocain/français et arabe marocain/néerlandais. Dans mon
corpus cette structure est très fréquente en comparaison à celles relevées ci-
dessus où le déterminant est en arabe.
Par ailleurs, d’autres combinaisons sont rares voire absentes dans la littérature
sur le code switching arabe marocain/français, pourtant elles sont présentes
dans mon corpus (K. Ziamari 2008) :
waħed une distance kbira (informatrice 4)
à peu près une grande distance
ši un lundi (informatrice 5)
un lundi
Par ailleurs, le syntagme nominal enchâssé peut être formé d’un substantif
français déterminé par un adjectif possessif qui demeure très rare dans d’autres
corpus, voire inexistant :
181
Synergies Tunisie n° 1 - 2009 pp. 173-186
Karima Ziamari
walakin fina huwwa had mon genre (informatrice 5)
mais où est mon genre ?
šnu ndir f ma vie (informatrice 4)
ce que je vais faire dans ma vie
Une des structures jamais vérifiées dans d’autres corpus concerne l’intégration
de l’adjectif français qui reçoit la détermination du nom qu’il qualifie selon les
règles de l’arabe marocain :
l-ħala l-parfaite ma kayna š (informateur 9)
L’état parfait n’existe pas
En comparant le code switching arabe marocain/français et arabe marocain/
espagnol (A. Vicente & K. Ziamari, 2008), on peut avancer que la détermination
est une caractéristique de l’arabe marocain comme langue matrice8.
5.2. Les verbes
L’insertion des verbes français dans la matrice morphologique de l’arabe
marocain (voir D. Caubet 1998 pour l’arabe algérien et H. Ghoul 2006 pour
l’arabe tunisien) est très courante. Les verbes français se conjuguent comme
des verbes quadrilitères défectueux en arabe marocain (K. Ziamari 2008).
Dans le corpus, les verbes français utilisés sont intégrés morphologiquement
dans la structure de l’arabe marocain, langue matrice :
yrezolvi (informatrice 5 )
il résoudra
ma ka ysatisfi š… (informateur 4)
il ne satisfait pas …
5.3. Le contact entre l’arabe marocain et le français est aussi phonologique
et prosodique.
La dimension phonologique et prosodique demeure une autre caractéristique
du code switching tel qu’il est pratiqué par mes informateurs. Le contact entre
l’arabe marocain et le français se fait également au niveau prosodique et
phonologique. Dans certains énoncés, il est possible de reconnaître la langue
matrice grâce à une simple pause :
l’internat # problème (informateur 10)
L’internat est effectivement un problème
Même si l’énoncé est apparemment en français, la structure est celle de
l’arabe marocain qui tolère l’agencement entre le sujet et son prédicat grâce
à la copule zéro. Ces énoncés réalisés en français sont en fait des calques
syntaxiques de l’arabe marocain.
L’impact de l’arabe marocain, selon les appartenances régionales des
informateurs de sexe masculin, est très important sur leur intonation et leur
prononciation du français. Les informatrices, quant à elles, s’efforcent de
182
Le contact entre l’arabe marocain et le français au Maroc :
spécificités linguistique et sociolinguistique
maintenir une prononciation du français à la « française ». Pour elles, c’est
une manière d’imposer le caractère urbain, féminin de cette intonation. Les
filles comme je l’ai déjà souligné demeurent celles qui stigmatisent le plus
l’arabe marocain et qui utilisent le moins l’arabe standard en comparaison aux
informateurs masculins.
Ces derniers s’engagent dans d’autres considérations. Ils sont plus fidèles à
leur prononciation et leur intonation d’origine, forme d’affirmation identitaire.
Ils marquent fortement leur virilité en roulant le r, dorso-uvulaire du français,
qui est prononcé [r] ou [r] apico-alvéolaire. D’autres consonnes comme le t
apico-alvéolaire du français, à titre d’exemple, change de point d’articulation
et se prononce plus dental par un informateur de Khoribga. On pourrait aussi
souligner le zézaiement d’un informateur de Meknès qui prononce ž : z (geste
est prononcé zeste) (K Ziamari 2008 : 256).
Le système vocalique de la langue enchâssée, le français, subit également
des modifications au contact de l’arabe marocain, les plus importantes sont
l’allongement de la voyelle a en syllabe ouverte et de i :
comunicātion (la communication) (informateur 11)
lÀ vie (la vie) (informateur 11)
s-synonīme (le synonyme) (informateur 11)
Ces jeunes étudiants sont certes capables de conserver une prononciation et
une intonation plus standard du français, pourtant ils parlent français à leur
manière marquant leur différence sexuelle par rapport aux informatrices qui
imposent un mélange plus syntaxique que prosodique ou phonologique.
Conclusion
Le code switching arabe marocain/français, tel qu’il est pratiqué par mes
informateurs, se singularise par certaines spécificités tant linguistiques que
sociolinguistiques. Sur le plan linguistique, les deux langues se disputent le rôle
de langue matrice. Tantôt l’arabe marocain l’emporte sur le français, tantôt
le français domine structurellement l’arabe marocain. De ce duel linguistique,
naissent plusieurs phénomènes caractérisant ce contact et touchant la
détermination, la morphologie (intégration morphologique de presque tous les
verbes), et les dimensions phonologique et prosodique.
Sociolinguistiquement, le contact de ces deux langues est la pratique langagière
par défaut de mes informateurs, capables par ailleurs de séparer les codes. Ces
derniers utilisent le code switching dans tous les contextes. Ce qui donne aux
deux langues, l’arabe marocain et le français, une dynamique fort importante.
Bibliographie
Aabi, M., 2004, « On parametrization and the syntax of Code Switching », in La linguistique
sémitique, africaine et appliqué, Langue et Linguistique 13, fès, 67-83.
183
Synergies Tunisie n° 1 - 2009 pp. 173-186
Karima Ziamari
Abbassi A., 1977, A sociolinguistic analysis of multilingualism in Morocco, University of
Texas, Austin.
Aguade J., 2008, « Morocco », Encyclopedia of Arabic Language and Linguistics, volume
III, Brill, Leiden-Boston, 287-297.
Auer P., 1998, Code-switching in conversation, Routledge, London.
Benzakour, F., Gaadi, D., Queffelec, A., 2000, Le français au Maroc : lexique et contacts
de langues, Actualités Linguistiques Francophones, Duculot, Bruxelles.
Bentahila A., Davies E., 1983, « The syntax of Arabic-French code-switching », in Lingua
59, 331-343.
* 1991, « Constraints on code-switching: a look beyond grammar », in Papers for
the Symposium on Code-switching in Bilingual Studies, vol. 2, 369-403.
* 1992, « Code-switching and Language dominance », in Cognitive Processing in
Bilinguals, R. J. Harris (ed.), Elsevier, Amsterdam, 443-458.
* 1995, «Patterns of code-switching and patterns of language contact», in Lingua
96, 75-93.
* 1998, « Code switching: an equal partnership? », in Code switching worldwide,
R. Jackson (ed.), Mouton de Gruyter, 25-49.
Boukous A., 1995, Société, Langues et Cultures au Maroc. Enjeux Symboliques,
Publications de la Faculte des Lettres et des Sciences Humaines, Rabat.
Boumans L., 1998, The syntax of code switching: analyzing Moroccan Arabic/Dutch
conversations, Studies in Multilingualism 12, Tilburg University Press, Tilburg.
Boyer H., 1997, « Conflit d’usages, conflit d’images », Plurilinguisme : “contact” ou
conflit” de langues?, l’Harmattan, collection Sociolinguistique, Paris, 9-35.
Canut C., Caubet D. (eds.), 2001, Comment les langues se mélangent : code switching
en Francophonie, L’Harmattan, Paris.
Charnet Ch., 1985, La situation du français au Maroc, Thèse de 3ème cycle, Université
d’Aix-Marseille I.
Caubet D., 1997, « Un exemple concret d’alternance de codes en Algérie : les spectacles
de Mohamed Fellag », in Politiques Linguistiques : mythes et réalité, C. Juillad et J-L.
Calvet (eds.), AUPELF-UREF, collection Actualité Scientifique, 109-114.
* 1998, « Alternance de codes au Maghreb : pourquoi le français est-il arabisé ? »,
in Plurilinguismes n° 14, Alternance des langues et Apprentissage en Contextes
Plurilingues, CERPL, Université René-Descartes, Paris, 121-142.
* 2001, « Comment appréhender le code switching », dans Comment les
langues se mélangent : code switching en Francophonie, C. Canut et D. Caubet (eds.),
L’Harmattan, Paris, 21-32.
* 2002, « Métissages linguistiques ici (en France) et là-bas (au Maghreb) », In
Pratiques langagières urbaines, Enjeux identitaires, enjeux cognitifs, Ville-Enjeux-
Intégration Enjeux 130, 117-132.
184
Le contact entre l’arabe marocain et le français au Maroc :
spécificités linguistique et sociolinguistique
* 2008, « Moroccan Arabic », Encyclopedia of Arabic Language and Linguistics,
volume III, Brill, Leiden-Boston, 273-287.
Derradji Y, 1995, « Remarques sur l’alternance codique conversationnelle en Algérie »,
dans Alternances codiques et français parlé en Afrique, Actes du Colloque d’Aix-en-
Provence, A. Queffélec (ed.), PUP, 131-141.
De Ruiter JJ., 2006, Les jeunes marocains et leurs langues, l’Harmattan, Espaces
discursifs, Paris.
Darot M., 1995, « L’alternance codique français/arabe dialectal tunisien dans les
conversations téléphoniques », dans Alternances codiques et français parlé en Afrique,
Actes du Colloque d’Aix-en-Provence, A. Queffélec (ed.), PUP, 119-129.
Ghoul H., 2006, « Contact des langues en Tunisie : le cas des messages publicitaires »,
L’arabe dialectal: enquêtes, descriptions, interprétations, sous direction de Salah
Mejri, actes du colloque d’AIDA, Hammamet, Publications de Centre des Etudes et des
Recherches Economiques et Sociales, 149-157.
Heath J., 1989, From code switching to borrowing : a case study of Moroccan Arabic,
Kegan Paul International, London.
Lahlou M., 1991, A morpho-syntactic study of code switching between Moroccan Arabic
and French, Ph. D. dissertation, The University of Texas, Austin.
Laroussi F., 1995, « L’alternance de langues arabe tunisien/français : limites de l’approche
morpho-syntaxique », dans MAS-GELLAS nouvelle série 7, 205-222.
Muysken P., 2000, Bilingual speech. A typology of code-mixing, Cambridge University
Press, Cambridge.
Myers-Scotton C., 1993a, Duelling languages : grammatical structure in code switching,
Clarendon Press, Oxford.
* 1993b, Social motivations for code switching : Evidence from Africa, Clarendon
Press, Oxfrod.
* 2002, Contact linguistics: Bilingual Encounters and Grammatical Outcomes,
Oxford University Press, Oxford.
Virasolvit J., 2005, La dynamique des représentations sociolinguistiques en contexte
plurilingue : le cas de Tanger, l’Harmattan, collection Sociolinguistique, Paris.
Vicente Á., 2003, « Le code-switching arabe marocain-espagnol dans la ville de Sebta »,
in I. Ferrando, J.J. Sánchez Sandoval (eds.), Actes du colloque d’AIDA, Publications de
l’université de Cádiz, Cádiz, 143-153.
Vicente A., Ziamari K., 2008, « L’arabe marocain au contact du français et de l’espagnol »,
In Between the Atlantic and Indian Oceans : studies in contemporary Arabic Dialects, S.
Procházka and V. Ritt-Benmimoun eds, Proceedings of the 7th AIDA Conference, Neue
Beihefte zur Wiener Zeitschrift für die Kunde des Morgenlandes Bd. 4, Vienne, 457-469.
Ziamari K., 2006, « La construction SN dyal SN en code switching arabe marocain/français:
les failles du Matrix Language Frame », dans L’arabe dialectal: enquêtes, descriptions,
interprétations, sous direction de Salah Mejri, Actes du colloque d’AIDA, Hammamet,
Publications de Centre des Etudes et des Recherches Economiques et Sociales, 499-509.
185
Synergies Tunisie n° 1 - 2009 pp. 173-186
Karima Ziamari
* 2007, « Development and linguistic change in Moroccan Arabic-French code
switching», in Arabic in the City, C. Miller, D. Caubet, J. Watson et E. Al Wer (eds.),
London-New York, Routledge (Taylor et Francis), 275-290.
* 2008, Le code switching arabe marocain/français au Maroc : l’arabe marocain au
contact du français, L’harmattan, espaces discursifs, préface de Carol Myers-Scotton.
Ziamari K.; Backus A., 2006, « Embedded language Islands in Moroccan-Arabic French and
Turkish-Dutch Code switching », International seminar : Cities on the Mediterranean: old
world modernities in the New Millennium, Cádiz.
Notes
1
Un étudiant, lauréat de la faculté des Sciences, a également participé à l’enquête.
2
Pendant l’enquête, j’étais enseignante dans cette école et j’ai enregistré mes cours de
communication orale, dispensés en français.
3
L’anglais est également présent dans le corpus.
4
Voir A. Boukous : 1995, D. Caubet : 2008, J. Aguadé : 2008, JJ. De Ruiter : 2006.
5
Voir également J. Virasolvit 2005 : 43-45
6
Littéralement signifie le meilleur. Dans ce contexte, il s’agit d’une ironie.
7
En discours monolingue, ce terme signifie : syndicaliste. Dans ce contexte il est employé pour
l’ironie. Il signifie : un bon orateur, quelqu’un qui sait parler et convaincre.
8
Ceci a été aussi étoffé par l’étude comparative que j’ai faite avec Ad Backus en comparant le
code switching turc/néerlandais et le code switching arabe marocain/français (K. Ziamari & A.
Backus 2006).
186