Barrages 1
1 GENERALITES
1.1 Introduction
1.1.1 Définitions
Les barrages sont, par définition, des ouvrages hydrauliques qui barrent sur toute la
largeur une section d'une vallée, et qui créent ainsi une dépression topographique
artificielle étanche à l'eau. De manière générale et dans la plupart des cas, la hauteur
du barrage dépasse le niveau d'eau atteint par les cours d'eau en période de forte
crue.
Fondamentalement, les barrages ont 2 effets caractéristiques :
1. La retenue d'eau créée par la présence du barrage peut le plus souvent contenir
une part importante des apports d'eau;
2. Le barrage surélève le niveau du plan d'eau à l'amont.
1.1.2 Des ouvrages imposants
Les barrages constituent les ouvrages les plus imposants créés par l'homme dans
notre ère. Tout comme pour les monuments de l'antiquité et les cathédrales du
moyen âge, la durée de réalisation de ces ouvrages peut être très importante. Il est
courant que 10 à 30 ans séparent les premières esquisses de l'inauguration de l'ou-
vrage terminé.
Cette durée considérable et l’impact sur l’environnement par l’importance de
l’ouvrage sont aussi souvent à la source de controverses, voire de conflits, entre les
promoteurs et les défenseurs d'intérêts opposés.
1.1.3 Les barrages et les ingénieurs civils
Les barrages véhiculent une part importante de l'image de l'ingénieur civil. Cette
réalité est encore particulièrement vive en Suisse, pays de barrages. Malgré leurs
dimensions imposantes, les barrages ne constituent qu'une petite partie des ouvra-
ges de génie civil par rapport aux autres types d'ouvrages comme les ponts, les
tunnels, les routes ou les bâtiments. Ainsi, un ingénieur de barrages aura réellement
le sentiment de construire un ouvrage exceptionnel, l'œuvre d'une vie, lorsqu'il est
appelé à participer à la réalisation d'un tel monument.
La Suisse dispose d'une longue tradition dans le projet et la réalisation de barrages.
Plusieurs sociétés d'ingénierie sont actives dans le domaine et leur marché couvre le
monde entier. La Suisse peut aujourd'hui être considérée comme un pôle de com-
pétence dans le domaine, avec des équipes d'ingénieurs disposant d'une vaste ex-
périence dans la conception et la construction, mais aussi dans l'exploitation et la
maintenance des barrages. Alors que les grands barrages construits dans la pre-
mière moitié du 20ème siècle sont associés au nom d'un seul concepteur, l'ingénieur
2 Généralités
de barrages doit aujourd'hui s'intégrer dans une équipe pluridisciplinaire composée
également de géologues, d'électromécaniciens, d'environnementalistes, d'écono-
mistes voire de juristes.
1.1.4 Des ouvrages singuliers
Les barrages sont des ouvrages de génie civil singuliers par bien des points :
1. Ils prennent en compte un grand nombre de paramètres et de données. Ce sont
des structures complexes qu'il faut traiter comme des systèmes. Il n'existe pas de
procédure bien définie pour déterminer la meilleure solution. La démarche est
pragmatique, évolutive, systématique et récursive. Elle fait appel à un grand
nombre d'hypothèses qui sont petit à petit perfectionnées et vérifiées.
2. Le comportement d'un barrage durant son cycle de vie est complexe. Il est in-
fluencé par plusieurs phénomènes et facteurs plus ou moins bien connus : la mo-
dification des caractéristiques des matériaux (vieillissement), le comportement de
la fondation (souvent mal connu), les conditions météorologiques et thermiques
(variables), les effets chimiques de l'eau, les sollicitations sismiques (imprévisi-
bles), les risques hydrologiques et le mode d'exploitation de la retenue. Cette
complexité est maîtrisée par la mise en œuvre de modèles appropriés pour
l'ouvrage lui-même et pour sa fondation, ainsi que pour les influences que subit
l'ouvrage de la part de son environnement.
3. Finalement, les exigences quant à la sécurité des barrages sont extrêmes. Ces
exigences se reflètent dans toutes les phases d'un projet: la conception, la réali-
sation et l'exploitation. La période d'exploitation est certainement la plus sensible
en terme de sécurité des populations. Pour cette raison, quasiment tous les pays
du monde ont prescrit des règles institutionnelles pour la surveillance des ouvra-
ges par une auscultation permanente et l'analyse du comportement.
1.2 L'évolution et l'avenir des barrages
Les premiers barrages importants sont nés avec les premières civilisations de l'anti-
quité, en particulier en Chine, en Asie du Sud et en Mésopotamie. Le but de ces
premiers barrages était la retenue de l'eau pour l'irrigation et l'approvisionnement des
cités en eau potable. Ce sont certainement les traces de ces anciennes civilisations
que les archéologues retrouvent le plus facilement (cf. figure 1.1).
2006 LCH EPFL
Barrages 3
Figure 1.1 : Barrage sur le wadi al-Qanatir, VIIIème siècle, Jordanie
L'essor des grands barrages n'a réellement commencé qu'avec l'industrialisation à la
fin du XIXème siècle et le développement démographique des villes.
La figure 1.2 montre clairement cette évolution (la Chine, pays qui possède le plus
grand nombre de barrages, est exclue de cette statistique de par la difficulté à gérer
l'information). Cette évolution apparaît aussi clairement en Suisse que dans le reste
du monde.
25'000 250
Etat 1998:
Monde sans Chine: 23'034
Chine: 21'600
20'000 200
Suisse: 153
Monde sans Chine
15'000 150
Suisse
10'000 100
5'000 50
0 0
1'850 1'900 1'950 2'000
Année
Figure 1.2 : Evolution du nombre de barrages dans le monde (hauteur > 15 m)
Sur le plan mondial, on observe une progression régulière du nombre de barrages
dans la première moitié du siècle. Depuis la fin de la seconde guerre mondiale et
jusqu'à 1970, la croissance du nombre de barrages devient extrêmement rapide tant
en Suisse que dans le monde. Dès 1970, on observe un net ralentissement qui per-
EPFL LCH 2006
4 Généralités
dure encore aujourd'hui. Cette stagnation, particulièrement marquée en Suisse, s'ex-
plique d'abord par la récession économique mondiale des années 1970, s'ajoute en-
suite le fait que le niveau d'équipement dans les pays industrialisés se rapproche ou
atteint le niveau maximal d'équipement économiquement possible. Cette limite est
particulièrement proche en Suisse, où seuls quelques rares sites sont encore techni-
quement envisageables. Enfin, la réalité économique et la sensibilité environnemen-
tale actuelle rendent de nouvelles réalisations improbables.
L’augmentation marquante dans les années quatre-vingt-dix dans le monde n’est pas
due aux activités de la construction, mais résulte de la correction des statistiques
après l’ouverture des pays communistes.
La figure 1.3 illustre l'évolution dans le temps des records de hauteur des barrages.
La distinction est faite entre les barrages en béton et les barrages en remblai. Ce
diagramme met en évidence le rôle des ingénieurs suisses qui détiennent depuis
1962 le plus haut barrage en béton du monde avec la Grande-Dixence (figure 1.4).
Ce mur en béton n'a été dépassé qu'au milieu des années 1980 par les barrages en
remblai de Nurek au Tadjikistan.
Grande-Dixence 285
300
Vejont 262
Nurek 300
Mauvoisin 237
Hoover 221
Chicoasen 250
Mica 242
Oroville 236
Hauteurs sur fondation
Barrages en béton
200
Chambon 131
Bennet 183
Kopperton III 177
Qwyhee 127
Trinity 164
Arrowrock 107
Diablo 119
Swift 156
Schräh 112
Buffalo Bill 99
New Croton 91
Anderson Ranch 139
Mud Mountain 130
Cheeseman 72
Kurit 64 (1850)
San Gabriel 115
100
Barrages en remblai
Salt Springs 87
Dix River 84
Stillwater 82
San leandro
47 (1892)
1900 1910 1920 1930 1940 1950 1960 1970 1980 1990
Figure 1.3: Evolution de la hauteur des plus grands barrages
2006 LCH EPFL
Barrages 5
Figure 1.4 : Barrage-poids de la Grande-Dixence, Valais, H=285 m
Le plus haut barrage en remblai de Suisse est le barrage de Göscheneralp, avec
155 m de hauteur (figure 1.5).
Figure 1.5 : Barrage en remblai de Göscheneralp, Uri, H=155 m
EPFL LCH 2006
6 Généralités
La répartition géographique des environ 45'000 grands barrages est très irrégulière.
Près de 50% de tous les barrages de plus de 15 m de hauteur se trouvent en Chine.
Un tiers se trouvent dans les pays industrialisés d'Europe, d'Amérique du Nord et au
Japon alors que le reste du monde, principalement les pays en développement, se
partage les 15% restants. Ces derniers pays, avec leur démographie en expansion et
leurs besoins de plus en plus importants en irrigation et en ouvrages de protection,
présentent aujourd'hui un potentiel gigantesque.
Hauteur > 60 m Hauteur > 150 m
1. Chine 94 1. Chine 11
2. Iran 56 2. Iran 8
3. Turquie 54 3. Turquie 5
4. Japon 45 4. Inde 3
5. Inde 12 5. Brésil 3
6. Espagne 10 6. Japon, Philippines, Roumanie,
7. Italie 7 Venezuela, Georgie, Argentine,
Roumanie 7 Grèce, Uzbekistan, Ethiopie,
Brésil 7 Malaisie, Russie, Islande,
Vietnam 7 Mexique 13 x 1 = 13
11. Myanmar 6
12. Algérie 5
Russie 5
Total monde 369 Total monde 43
Figure 1.6 : Barrages en construction dans le monde, état en début 2004
Aujourd'hui, la construction de grands barrages fait l'objet d'efforts très important de
la part de certains pays (Figure 1.6). Les pays avec la plus grande activité de
constructions de barrages sont la Chine, l’Iran, la Turquie et le Japon. En Europe,
c'est l'Espagne, l'Italie et la Roumanie qui construisent le plus grand nombre de
barrages. C'est également dans ces pays que se situent le plus grand nombre
d'ouvrages du fait de la nécessité de réguler les apports hydrologiques pour
l'irrigation.
Depuis 2000, le nombre des barrages en construction plus haut que 60 m a
continuellement augmenté de 335 à 369 en 2004. C’est également le cas pour les
barrages de plus de 150 m, dont le nombre en construction est passé de 36 en 2000
à 43 en 2004. Le chantier le plus récent d’un barrage en Suisse est celui du barrage-
voûte de Luzzone, construit au début des années 1960 et dont la hauteur a été por-
tée de 208 à 225 m (surélévation entre 1995 et 1998 - figure 1.7).
2006 LCH EPFL
Barrages 7
Figure 1.7 : Barrage-voûte de Luzzone, Tessin, surélevé de 208 à 225 m
L'épopée des grands chantiers de construction de grands barrages en Suisse est
aujourd'hui derrière nous. Par contre, les perspectives de l'ingénieur civil dans le do-
maine des barrages sont encore réelles, comme le montre la figure 1.8.
Suisse Monde
Conservation des ouvrages ✪✪✪ ✪✪
existants
Extension des ouvrages exis- ✪✪ ✪
tants (surélévations)
Reconstruction ✪ ✪✪
Renouvellement
Nouveaux ouvrages ✪ ✪✪✪
✪ peu important ✪✪ important ✪✪✪ très important
Figure 1.8 : Perspectives pour les ingénieurs dans le domaine des barrages
EPFL LCH 2006
8 Généralités
1.3 Le rôle des barrages
Par la construction de barrages, l'homme influence de manière prépondérante
l'écoulement naturel des eaux de ruissellement. 3 raisons principales peuvent justifier
cette intervention:
1. La création d'une retenue
Selon le volume utile de la retenue et le débit des apports, on distinguera les
accumulations journalières, hebdomadaires, saisonnières ou inter-saisonnières.
2. La régulation des apports
Dans la plupart des régions du monde, les précipitations sont concentrées sur
des périodes courtes. Ces apports sont souvent très irréguliers d'une année à
l'autre. Les besoins en eau sont répartis de manière beaucoup plus homogène
sur l'année. Il s'ensuit donc une succession de périodes de pénurie et d'excès
que le seul moyen de compenser est la réalisation d'une retenue.
3. La surélévation du plan d'eau d'une rivière
La mise en place d'un barrage en travers d'un cours d'eau a pour effet de suréle-
ver le plan d'eau à l'amont. Cet effet est bien entendu utilisé pour la production
hydroélectrique, mais également pour gérer la dérivation des eaux d'une rivière
vers une prise d'eau puis un canal d'amenée pour l'irrigation ou l'alimentation en
eau.
La figure 1.9 met en évidence la variabilité des précipitations dans le monde. Dans
les pays subtropicaux et arides, les pluies sont concentrées sur des périodes très
courtes. La réalisation de retenue est dans ces pays la seule voie pour développer
l'irrigation et par conséquent l'agriculture.
Précipitations en mm
Moyenne annuelle Mois le plus sec Mois le plus humide
Marrakech, Maroc 253 5 40
Beyrouth, Liban 893 0 190
Zanzibar, Tanzanie 1486 35 335
Calicut, Inde 3085 10 830
Cherrapanji, Inde 10824 10 2560
Figure 1.9: Répartition temporelle des précipitations dans le monde
Dans les régions alpines, les débits des cours d'eau sont les plus élevés durant les
mois d'été. Ce fait est dû à la répartition des précipitations dans l'année et surtout à
la fonte des neiges. Par contre, la consommation d'énergie électrique est plus im-
portante en hiver. Pour palier à ce décalage dans le temps, les grands barrages al-
pins accumulent l'eau dans des retenues d'altitude en été. Le potentiel énergétique
de cette eau est utilisé en hiver pour produire de l'électricité. Ce mode d'exploitation
des retenues correspond typiquement à une accumulation saisonnière.
On peut également classer les barrages en fonction de l'utilisation principale qui est
faite de leur retenue:
1. Production d'énergie électrique;
2. Approvisionnement en eau potable et industrielle;
2006 LCH EPFL
Barrages 9
3. Irrigation;
4. Protection contre les crues (inondation, érosion);
5. Soutien d'étiage (garantie d'un débit minimal);
6. Pêche, pisciculture (élément économique essentiel dans certains pays);
7. Navigation fluviale (garantie d'un tirant d'eau minimal);
8. Loisir et tourisme.
Dans la plupart des cas, plusieurs de ces buts se combinent. On parle alors d'amé-
nagements à buts multiples.
1.4 L'impact sur l'environnement des barrages
Les aménagements hydrauliques comme les barrages sont bien entendu destinés à
accroître la qualité de vie et/ou la sécurité d'une population. Il n'en demeure pas
moins que la réalisation de tels ouvrages peut avoir des effets importants sur l'envi-
ronnement.
Le barrage constitue une barrière à l'écoulement naturel d'un cours d'eau et crée une
retenue. Plusieurs effets essentiels peuvent être mis en évidence:
1. Inondation des terres immergées par la retenue
Cela a comme conséquence la perte de la faune et de la flore et le déplacement
de populations. Le cas du barrage des Trois-Gorges, actuellement en construc-
tion en Chine est significatif.
2. Modification du régime d'écoulement à l'aval
En cas de dérivation, seul un débit minimal est restitué à la rivière à l'aval. Le lit
de la rivière est ainsi modifié, ce qui influence la capacité de la rivière à évacuer
les crues.
De plus, les petites et moyennes crues sont supprimées ou fortement réduites
par le laminage dans la retenue. L'inondation périodique de surface de frayères,
marécages et étangs, îlots et berges et autres zones de grande valeur écologi-
que est supprimée.
3. Obstacle au transport de sédiments
Le barrage agit comme un gigantesque décanteur, ce qui occasionne l'alluvion-
nement de la retenue. En conséquence, l'eau restituée dans le cours d'eau à
l'aval présente un déficit de sédiments. L'équilibre de transport solide est per-
turbé et on observe souvent un creusement du lit par érosion à l'aval.
D'autre part, les eaux prélevées pour l'irrigation sont déchargées d'une part des
matériaux fins en suspension, réduisant ainsi l'apport nutritif naturel et condui-
sant à l'emploi d'engrais chimiques.
4. Impact sur le climat
Les grandes retenues d'eau pourraient avoir un impact sur le climat. Ce phéno-
mène est sujet à de grandes discussions, en particulier à propos des grandes
retenues créées dans les pays intertropicaux (barrage d'Assouan sur le Nil en
Égypte, barrage d'Akosombo sur le fleuve Volta au Ghana).
EPFL LCH 2006
10 Généralités
5. Effet sur la qualité des eaux
Dans les retenues profondes en pays arides, on observe une stratigraphie ther-
mique importante. Ce phénomène empêche le brassage des eaux dans la rete-
nue. L'apport en matière organique de la rivière consomme pour la biodégrada-
tion une quantité importante d'oxygène, entraînant un déficit en oxygène dissous.
Ce phénomène est amplifié si la surface de la retenue n'a pas été totalement dé-
boisée avant le remplissage.
On observe aussi dans certains cas une accélération du phénomène d'eutrophi-
sation.
6. Effet sur la santé publique
Dans les régions chaudes et humides, la création de lacs de retenue peut avoir
une incidence sur les grandes endémies parasitaires (paludisme, bilharziose, on-
chocercose).
7. Effets sur la migration des poissons
Si des mesures particulières d'accompagnement ne sont pas réalisées (échelles
à poissons), la migration entre l'amont et l'aval est interrompue. Pas contre, on
observe souvent la colonisation de la retenue par de nouvelles espèces.
8. Séisme induit par la retenue
La surcharge qu'occasionne un réservoir dans une région à risque sismique
élevé pourrait provoquer des séismes si le premier remplissage ne s'effectue pas
sous un contrôle rigoureux.
9. Risque de glissement de terrain
La montée du plan d'eau dans une retenue peut mettre en mouvement des ter-
rains instables sur les rives. L'accident du barrage de Vajont (Italie, 1963) est si-
gnificatif: le remplissage de la retenue a mis en mouvement une masse de quel-
ques 250 millions de m3 qui s'est déversée dans la retenue, entraînant la dispari-
tion de plus de 2000 personnes.
Cette liste n'est bien entendue pas exhaustive. L'ingénieur doit être conscient de tous
les effets nuisibles qu'occasionne son projet dès le début de ses études. Il peut ainsi
prendre des mesures pour limiter ces effets et intégrer le rapport bénéfice-inconvé-
nients dans son analyse.
1.5 Les différents types de barrages
Selon la nature du matériau de construction utilisé, on classe les barrages selon 2
grandes familles :
• Les barrages en béton;
• Les barrages en remblai (digues).
Certains anciens barrages, datant pour la plupart du XIXème siècle, ont été réalisés
en maçonnerie. Nous les assimilerons en règle générale aux barrages en béton. Ils
se classent presque toujours parmi les barrages-poids.
On verra également que certains grands barrages peuvent être constitués de sec-
tions en béton et de sections en remblai mises côte à côte, ce qui complique la clas-
sification.
2006 LCH EPFL
Barrages 11
1.5.1 Les barrages en béton
Les barrages en béton sont toujours fondés sur une fondation rocheuse, de module
d'élasticité élevé. Comme l'illustre la figure 1.10, on distingue trois grandes familles
de barrages en béton, chacune comportant un certain nombre de sous-familles.
Barrages en béton
Barrage-poids Barrage à contreforts Barrage-voûte
Barrage-poids massif Barrage à contreforts Barrage à voûte
à tête élargie épaisse
Barrage-poids évidés
Barrage à voûte
Barrage à contreforts mince
à dalles planes
Barrage-poids voûte
Barrage à voûte
Barrage-poids Barrage à voûtes ou cylindrique
incurvé dômes multiples
Barrage à voûte à
Barrage en béton double courbure
Barrage évidé
compacté au rouleau
(BCR)
Figure 1.10: Les familles de barrages en béton
Les 3 types de barrages en béton se distinguent par leur forme, la nature de leur
système statique et leur manière de s'opposer à la poussée de l'eau.
1. Le barrage-poids, comme son nom l'indique, résiste à la poussée de l'eau par son
propre poids. Le barrage-poids est constitué d'éléments massifs juxtaposés. Le
barrage de la Grande-Dixence de la figure 1.4 fait partie de cette famille.
2. Le barrage à contreforts résiste également à la poussée de l'eau par son poids
propre, mais un certain nombre de dispositions permettent de diminuer le volume
de béton par rapport au barrage-poids. Ce type de barrage est formé d'éléments
juxtaposés, nommés contreforts, dont la géométrie est complexe. Chaque
contrefort est constitué d'un masque continu à l'amont et d'une âme, le contre-
fort, qui reprend l'effort exercé par la poussée de l'eau. Les contraintes dans le
corps du barrage et au contact avec la fondation sont plus élevées que pour un
barrage-poids de même hauteur.
3. Le barrage-voûte est une structure tridimensionnelle agissant comme un voile ou
une coque. Il présente une forte courbure en plan et transmet une partie impor-
tante des efforts sur les flancs de la vallée. Lorsque toutes les conditions néces-
saires sont réunies, il permet d'économiser un volume important de béton par
rapport aux 2 types précédents.
Relevons quelques points communs à tous les types de barrages en béton :
• L'ouvrage est constitué de béton de masse, non armé, mis en place à une ca-
dence élevée avec des moyens fortement mécanisés.
EPFL LCH 2006
12 Généralités
• De manière générale, la géométrie est optimisée de sorte à éviter l'apparition de
tractions dans le béton en quelque point que ce soit de l'ouvrage, et sous toutes
les conditions de charge.
[Link] Les barrages-poids
La plupart des barrages poids sont massifs, sans vides significatifs. Le parement
amont est vertical ou légèrement incliné (moins de 5%). Le parement aval est incliné
avec un fruit de 75 à 80%. Cette géométrie lui permet de résister par son propre
poids au renversement et au glissement sous l'action des forces extérieures.
75 ÷ 80%
0 ÷ 5%
[1:0.75 ÷ 1:0.8]
0.75 ÷ 0.8 H
Figure 1.11: Barrage-poids : profil-type
Dans certains cas, pour économiser du béton, le barrage-poids comporte des évide-
ments. On parle alors de barrages-poids évidés. Pour compenser le poids de béton
supprimé, le parement amont est incliné (jusqu'à 10%) pour bénéficier d'une compo-
sante verticale de la poussée de l'eau.
Le barrage-poids n'est pas limité dans sa longueur. Il peut être rectiligne, polygonal
ou légèrement incurvé pour s'adapter aux besoins de la géologie et de la topogra-
phie. Lorsque la courbure est forte, celle-ci influence la statique de l'ouvrage par un
effet tridimensionnel. Le terme de barrage-poids incurvé ou de barrage poids-voûte
est alors utilisé.
Les barrages-poids sont constitués d'une succession de plots (parfois aussi appelés
blocs), de 12 à 19 m de largeur. Ces blocs sont séparés par des joints (1 à 3 mm) qui
sont libres de s'ouvrir ou de se fermer selon les conditions. Ces joints de dilatation
sont en fait les joints de retrait qui s'ouvrent lors du refroidissement du béton. Ces
joints sont munis d'un système d'étanchéité à l'amont (par exemple bandes waters-
top).
[Link] Les barrages à contreforts
Le barrage à contreforts est toujours réalisé en béton. De par les évidements qu'il
comporte, le volume de béton qui le constitue est plus faible que pour un barrage-
poids équivalent. Par contre, la surface de coffrage est plus importante, ainsi que la
difficulté de mise en place du coffrage.
Comme dans le cas des barrages-poids, les contreforts sont construits côte à côte et
sont séparés par un joint vertical doté d'une bande d'étanchéité à l'amont.
2006 LCH EPFL
Barrages 13
Amont Aval
20÷40% 60÷80%
1/3 2/3
12÷14 m
tête âme
0.95 ÷ 1.0 H
Figure 1.12: Barrage à contrefort : profil-type et section horizontale
On distingue plusieurs types de barrages à contrefort selon la forme même du
contrefort. La solution la plus aboutie, avec contrefort à tête élargie, est la plus ré-
pandue. La figure 1.12 illustre la coupe horizontale schématique dans un barrage à
contrefort.
Sur une coupe horizontale, on distingue clairement les 2 zones du contrefort :
• La tête, dont la largeur est de 12 à 14 m. La bande d'étanchéité est située dans le
joint entre 2 têtes juxtaposées.
• L'âme, dont l'épaisseur est le plus souvent constante et de l'ordre du tiers de la
largeur de la tête. Dans certains cas, l'âme est élargie à l'aval pour diminuer les
contraintes. Le changement de section doit alors être progressif pour limiter les
concentrations de contraintes dans l'angle.
L'épaississement de l'âme à l'aval peut dans certain cas atteindre la largeur de la
tête, de sorte que le barrage forme à l'aval un parement continu. Ce masque aval
peut être souhaité pour rendre les contreforts plus résistants aux sollicitations
dynamiques ou pour protéger l'âme des effets du gel.
La tête du contrefort de la figure 1.12 est appelée tête élargie ou tête en forme de
diamant. D'autres formes sont parfois choisies. La figure 1.13 montre différentes so-
lutions pour la forme de la tête.
EPFL LCH 2006
14 Généralités
a) b)
c) d)
Figure 1.13: Formes de la tête des contreforts - différentes solutions
a) à tête ronde
b) à tête en forme de marteau
c) à tête en forme de T
d) à dalles planes.
Pour limiter encore le volume de béton, certaines solutions originales ont été déve-
loppées pour des cas particuliers :
• Les contreforts à dalles planes, mais ces ouvrages sont particulièrement sensi-
bles aux séismes
• Les barrages à voûtes multiples ou à dômes multiples, constitués de voûtes min-
ces s'appuyant sur des contreforts. Dans ce type d'ouvrages, les effets de tem-
pérature provoquent des contraintes de tractions importantes dans les voûtes,
lesquelles doivent être armées en conséquence.
Figure 1.14 : Barrage à voûtes multiples
Parmi tous les types de barrages évoqués jusqu'à présent, ces 2 derniers types
constituent certainement les plus légers. Pour assurer la stabilité au glissement du
contrefort, il est nécessaire de compenser le manque de charge verticale due au
poids propre par une composante verticale importante de la poussée de l'eau. Cette
2006 LCH EPFL
Barrages 15
force est mise en œuvre en inclinant très fortement le parement amont du barrage,
jusqu'à 100 %, comme le montre la figure 1.12.
[Link] Les barrages-voûtes
Le barrage-voûte est incurvé en plan. Il est dans tous les cas construit en béton. Du
fait de sa courbure, une part importante des efforts dus à la poussée de l'eau est
transmise aux flancs de la vallée.
Pour illustrer cet effet tridimensionnel, on peut modéliser le barrage-voûte par une
série d'éléments porteurs horizontaux et verticaux, selon la figure 1.15 :
• Les éléments porteurs horizontaux sont des poutres courbes à 2 appuis, les arcs.
• Les éléments porteurs verticaux sont des poutres consoles.
Dans un tel modèle très simplifié, la poussée de l'eau appliquée au point d'intersec-
tion de 2 éléments se répartit selon le rapport de leurs rigidités respectives. Il appa-
raît évident dans ce contexte que les arcs sont des éléments beaucoup plus rigides
que les consoles (de par leur hyperstaticité), et que les efforts dus à la poussée de
l'eau sont par conséquent guidés de manière préférentielle vers les flancs de la val-
lée.
arc
console
Figure 1.15: Barrages-voûtes : modèle statique simplifié
Plus la voûte est mince, plus le rapport des rigidités tend à diriger les efforts vers les
flancs de la vallée. On distingue ainsi les barrages à voûte mince, dont l'épaisseur à
la base est de l'ordre de 10 à 20 % de la hauteur, et les barrages à voûte épaisse,
dont l'épaisseur à la base dépasse 25 % de la hauteur.
D'autre part, on distingue les barrages-voûtes cylindriques (à courbure horizontale
seulement, simple courbure) et les barrages-voûtes à double courbure (horizontale et
verticale).
Dans la première moitié du XXème siècle, plusieurs barrages à voûtes cylindriques ont
été réalisés dans des vallées particulièrement étroites. Ces barrages ont une cour-
bure constante de la fondation jusqu'au couronnement. Nous verrons au chapitre 4
que les conditions de mise en œuvre de ce type de barrage sont tout à fait particuliè-
res.
EPFL LCH 2006
16 Généralités
0.15÷0.20 H >0.25 H
Voûte mince Voûte épaisse Voûte cylindrique
Figure 1.16 : Profils-types de barrages-voûtes
Comme le barrage-poids, le barrage-voûte est construit en plots juxtaposés, mais
une différence constructive essentielle les distingue : alors que les joints séparant les
plots du barrage-poids sont ouverts, les joints d'un barrage-voûte sont injectés avec
du lait de ciment pour rendre la voûte monolithique et assurer la transmission des
efforts horizontaux jusqu'aux rives. Cette injection s'effectue avant le premier rem-
plissage de la retenue et en hiver, de sorte que la résultante des charges extérieures
crée toujours une compression dans ces joints (voir figure1.17).
Niveau du couronnement
joints verticaux
joints verticaux
plots en construction
Figure 1.17: Joints verticaux injectés
A priori, le barrage-voûte nécessite la mise en place de sensiblement moins de béton
que le barrage-poids. Le matériau est également beaucoup mieux utilisé.
De par son système statique, le barrage-voûte sollicite de manière importante la fon-
dation sur les flancs de la vallée. Ceux-ci doivent être résistants et peu déformables.
Alors que les barrages poids peuvent s'adapter à n'importe quelle forme et n'importe
quelle largeur de vallée, le barrage-voûte nécessite des caractéristiques topographi-
ques bien particulières et ne peut se concevoir que dans des vallées relativement
étroites.
2006 LCH EPFL
Barrages 17
On définit l'élancement d'un barrage :
longueur développée du couronnement
=
hauteur du barrage
En règle générale, on admet que l'élancement ne doit pas dépasser 4 à 5 (excep-
tionnellement 6). Ce facteur limite dépendra en particulier de la géologie du site.
[Link] Les barrages en béton compacté au rouleau BCR
Depuis la fin des années 1970, une nouvelle technologie s'est développée pour op-
timiser la construction de barrages-poids: le béton compacté au rouleau BCR (roller
compacted concrete RCC). La mise en place de béton BCR permet d'utiliser des
béton très secs, très faiblement dosés en ciment. Les résistances obtenues, particu-
lièrement faibles, sont compatibles avec les exigences des barrages-poids qui s'op-
posent à la poussée de l'eau par leur poids propre. On exploite au mieux les pro-
priétés du béton en mettant en œuvre des techniques de mise en place et de com-
pactage qui sont issues des barrages en remblai.
1.5.2 Les barrages en remblai
Les barrages en remblai sont constitués essentiellement de matériaux granulaires
naturels meubles prélevés à proximité immédiate de l'ouvrage.
On distingue 2 catégories de barrages en remblai :
• Les barrages en terre, réalisés essentiellement à partir de sols naturels meubles
prélevés dans des gravières;
• Les barrages en enrochement, dont la majeure partie est constituée de matériau
de carrière concassé.
Comme pour les autres types de barrages, les barrages en remblai doivent répondre
à 2 fonctions essentielles : la fonction statique, qui consiste à transmettre à la fonda-
tion la poussée de la masse d'eau retenue à l'amont, et la fonction d'étanchéité.
Les sols meubles des barrages en terre peuvent, selon leur caractéristiques géo-
techniques, être suffisamment imperméables pour suffire aux 2 fonctions. Il existe de
ce fait un grand nombre de barrages ou de digues en terre homogène.
Lorsque la perméabilité du sol d'emprunt principal est trop importante, la solution
consiste à concevoir un barrage en remblai zoné, c'est à dire constitué de plusieurs
matériaux répartis par zones dans le corps du barrage.
Les matériaux de carrière avec lesquels sont constitués les barrages en enroche-
ment sont toujours perméables (à des degrés divers). Ces enrochements sont donc
toujours associés à un autre élément assurant la fonction d'étanchéité.
EPFL LCH 2006
18 Généralités
Barrages
Barragesen
enremblai
remblai((digues)
digues)
Barrage en terre Barrage en enrochement
Barrage en terre homogène Barrage en enrochement
à noyau d’argile
Barrage en terre zonée
Barrage en enrochement à masque
Barrage en terre à noyau d’argile amont (en béton ou bitume)
Barrage en terre à masque amont Barrage en enrochement à écran
(béton ou bitume) interne d’étanchéité (membrane)
en béton bitumineux
Barrage en terre à membrane interne
en béton bitumineux
Figure 1.18: Les types de barrages en remblai
La figure 1.19 montre une section schématique des dispositions les plus utilisées.
Barrage en terre homogène Barrage en enrochement
à noyau central
Barrage en enrochement Barrage en enrochement à
à masque amont écran interne d’étanchéité
Figure 1.19: Barrages en remblai - disposition de l'élément d'étanchéité
Par rapport aux barrages en béton, les barrages en remblai présentent les avantages
suivants :
• La grande majorité, voire la totalité des matériaux constituant le corps du barrage
proviennent de la proximité immédiate du site ;
2006 LCH EPFL
Barrages 19
• La mise en œuvre des matériaux peut être très fortement mécanisée et les
cadences très importantes, même si le volume à mettre en place est sensible-
ment plus important ;
• La sollicitation de la fondation (contraintes) est beaucoup plus faible ;
• Les tassements de fondation ne posent pas de difficultés majeures, les matériaux
étant suffisamment plastiques pour s'adapter.
Ces 2 dernières considérations sont essentielles pour le choix du type de barrage.
Certains types de barrages en remblai peuvent être placés aussi bien sur une fonda-
tion rocheuse que sur une fondation en terrain meuble, pour autant que la continuité
de l'étanchéité soit assurée entre le barrage et la fondation.
1.6 Critères de choix du type de barrage
Le choix du type de barrage est une tâche complexe qui nécessite la prise en
compte d'un nombre particulièrement important de paramètres et d'informations.
L'objectif est de proposer la solution la plus économique tout en garantissant le plus
haut degré de sécurité et en minimisant les impacts causés par l'ouvrage et le chan-
tier.
Les critères principaux à prendre en compte sont :
1. la forme de la vallée,
2. la séismicité,
3. la géologie,
4. la disponibilité des matériaux de construction,
5. les conditions climatiques,
6. les crues à maîtriser.
1.6.1 La forme de la vallée
La géométrie de la vallée permet d'exclure d'emblée certains types de barrages.
a) canyon ou gorge, vallée encaissée avec des flancs presque verticaux
Le barrage-voûte s'impose si la géologie et l'intégration des
ouvrages annexes le permettent. Si la largeur est presque
constante sur toute la hauteur, un barrage-voûte cylindrique
peut être envisagé.
Si les crues sont importantes, un barrage-poids permettra
d'intégrer l'évacuateur de crues.
EPFL LCH 2006
20 Généralités
b) vallée étroite en V
Le barrage-voûte peut être envisagé si la géologie et l'intégration des ouvrages an-
nexes le permettent.
D'autre critères topographiques doivent être vérifiés :
• L’élancement 5 à 6.
• Les courbes de niveau du rocher d'appui doivent être parallèles à l'axe de la
vallée, voire légèrement convergentes,
• La géologie doit être adéquate (résistance, fracturation, pendages).
Le barrage-poids et le barrage en enrochement à masque amont sont également
envisageables.
Le barrage en enrochement à noyau central est proscrit, du fait de la pente impor-
tante des flancs (tassements différentiels et risque de fissuration du noyau).
c) vallée étroite en U
Le barrage-voûte peut être envisagé si la géologie et l'intégration des ouvrages an-
nexes le permettent.
D'autres critères topographiques doivent être vérifiés :
• L'élancement 4 à 5.
• Les courbes de niveau du rocher d'appui doivent
être parallèles à l'axe de la vallée, voire légèrement
convergentes.
• La géologie doit être adéquate (résistance, fractu-
ration, pendages).
Le barrage-poids et le barrage en enrochement à masque amont sont également
envisageables, alors que le barrage en enrochement à noyau central est à proscrire,
pour les mêmes raisons que dans le cas précédent.
d) vallée large
L'élancement du barrage est très im-
portant, éliminant le barrage-voûte. Tous
les autres types de barrages peuvent
être envisagés pour autant que les
autres critères de choix soient satisfaits.
2006 LCH EPFL
Barrages 21
1.6.2 La séismicité
Les types de barrages les plus résistants aux sollicitations dynamiques sont :
• Les barrages-voûtes et les barrages poids-voûtes, de part leur hyperstaticité.
• Les barrages en enrochement à noyau central argileux, de part leur capacité à
supporter de grandes déformations.
Les joints des barrages poids sont normalement ouverts. De ce fait, la résistance de
ce type d'ouvrages aux sollicitations horizontales transversales est faible. Cette ré-
sistance est très sensiblement améliorée si les joints sont remplis de coulis de ciment
et si ces joints présentent une surface supportant le cisaillement (joints avec des dé-
crochements).
Les barrages à contreforts ne supportent que peu les sollicitations transversales, de
par la forme même de la structure. L'élargissement des âmes des contreforts à l'aval
pour les rendre jointives permet d'améliorer cette situation.
Les barrages en enrochement à masque amont posent le problème de la fragilité de
l'élément étanche. Le corps d'appui très perméable est par contre un facteur très po-
sitif.
1.6.3 La géologie
La géologie est un, sinon le critère essentiel pour le choix du type de barrage. Une
analyse détaillée de l'ensemble des paramètres géologiques doit être entreprise
avant de pouvoir se prononcer sur la faisabilité de tel ou tel type de barrage.
Néanmoins, on peut sommairement et moyennant beaucoup de réserves classer la
géologie d'un site dans les catégories suivantes :
a) rocher de bonne qualité
• Module d'élasticité ER > 8000 MPa ;
• Les galeries de reconnaissance sont creusées presque sans mesures de
soutènement (localement des boulons et du béton projeté).
Un tel rocher convient à tous les types de barrages.
b) rocher de moyenne qualité
• Module d'élasticité ER compris entre 4000 et 8000 MPa ;
• Les galeries de reconnaissance sont creusées sans mesures de soutènement.
Un rocher de moyenne qualité permet tous les types de barrages sauf les barra-
ges-voûtes pour lesquels les contraintes à la fondation sont trop importantes. La
tenue du rocher doit être étudiée minutieusement pour vérifier que les déforma-
tions de fondation seront supportées par le barrage. Un comportement homo-
gène de la fondation est très important.
c) rocher de mauvaise qualité
• Module d'élasticité ER < 4000 MPa ;
• Le creusement des galeries de reconnaissance nécessite des mesures de
soutènement particulières (cintres métalliques, béton projeté).
EPFL LCH 2006
22 Généralités
La déformabilité du rocher est trop grande pour y fonder une structure rigide
comme un barrage en béton. On préférera sur ce type de terrain un barrage en
remblai, à noyau ou éventuellement à masque amont.
d) sol meuble
Seuls les barrages en remblai à noyau peuvent supporter la déformabilité de tels
sols. Une attention particulière sera portée à la continuité de l'étanchéité de la
retenue dans la fondation sous le barrage.
1.6.4 La disponibilité des matériaux de construction
Quelque soit son type, la construction d'un barrage nécessite la mise en place de
grandes quantités de matériaux. Les coûts de construction sont fortement influencés
par le prélèvement, le transport et la mise en place des matériaux. Les zones d'em-
prunts devront donc se trouver à proximité immédiate du site, et les frais de traite-
ment des matériaux (concassage, lavage, sélection) doivent être optimisés.
La quantité et la qualité des matériaux disponibles doivent être suffisantes pour ré-
pondre aux spécifications exigées pour chaque type de barrage. Une des grandes
difficultés des études préliminaires de barrages consiste à garantir avec une bonne
précision une qualité suffisante et homogène pour toute la quantité nécessaire.
Les caractéristiques essentielles des matériaux d'emprunt nécessaires sont :
a) granulats de béton
• de préférence des granulats roulés issus de gravières alluviales, sans particu-
les organiques;
• granulats concassés issus de carrières (contrôle de la granulométrie capital).
Puisque la granulométrie des adjoints du béton influence fortement le dosage en
ciment nécessaire, les contrôles et les essais préliminaires sont primordial.
b) remblai pour le corps des barrages en remblai
• matériaux alluvionnaires pour les barrages en terre. La teneur en fines doit
être faible (éventuellement après lavage);
• matériau de carrière pour les corps des barrages en enrochement.
c) noyau
• matériau argileux à perméabilité très faible.
d) matériau de filtre
• matériaux alluvionnaires ou éventuellement de carrière, lavés. Exigences
granulométriques très précises.
e) rip-rap
• grands blocs de rocher résistants à l'altération dynamique des vagues, sou-
vent difficile à trouver; éventuellement blocs en béton (tétrapodes).
2006 LCH EPFL
Barrages 23
1.6.5 Les conditions climatiques
Les conditions climatiques influencent de manière prépondérantes les conditions
d'exécutions de l'ouvrage, et par là le délai d'exécution. La durabilité du barrage peut
également être influencée.
a) noyau argileux des barrages en remblai (conditions pendant la construction)
La teneur en eau est le critère essentiel de la mise en place et du compactage
optimal du noyau. Dans les régions où la saison des pluies est longue et intense
(pluies tropicales), la mise en place est souvent interrompue à cause du degré de
saturation trop élevé des matériaux.
b) barrages à contrefort (conditions pendant l’exploitation)
La différence de température entre la tête dont le parement amont en contact
avec l'eau froide de la retenue et l'âme soumise au rayonnement solaire fait ap-
paraître des gradients thermiques importants pouvant conduire à la fissuration du
béton.
c) masque amont en béton asphaltique
Ce matériau est particulièrement sensible aux effets des températures extrêmes :
• déformations plastiques sous températures élevées,
• vieillissement accéléré sous l'effet du gel et de l'exposition au rayonnement
solaire.
1.6.6 Les crues à maîtriser
La problématique de la crue de dimensionnement est un point particulièrement sen-
sible du projet de barrage, de par le caractère incertain et probabiliste des valeurs
retenues. Le choix du type de barrage est directement dépendant de cette probléma-
tique. Les barrages en béton peuvent supporter sans dommages excessifs un éven-
tuel dépassement des débits de dimensionnement et donc un déversement par-des-
sus le couronnement (pour autant que la fondation à l'aval le permette). Par contre,
le déversement par-dessus le couronnement des barrages en remblai serait catas-
trophique et pourrait conduire à la ruine de l'ouvrage et à des dégâts considérables à
l'aval.
On peut considérer que les débits de crue à maîtriser dépendent :
• de l'hydrologie du bassin versant;
• de l'effet de laminage, qui dépend de la retenue (surface, revanche), et des orga-
nes d'évacuation des crues;
• du type de barrage.
a) Barrage-poids et barrage à contrefort
Des déversoirs de grande largeur peuvent être aménagés sur le barrage, per-
mettant des débits d'évacuation très importants à des conditions très avantageu-
ses. On observe souvent sur les ouvrages existants des capacités d'évacuation
de crue supérieures à 3000 m3/s.
EPFL LCH 2006
24 Généralités
b) Barrage-voûte
Dans les vallées étroites, la capacité des déversoirs situés sur le couronnement
est limitée. Des organes d'évacuation en charge (orifices vannés) peuvent faci-
lement être intégrés ou l'évacuateur de crues doit être prévu sur les rives de la
retenue.
c) Barrages en remblai
L'évacuateur de crues ne peut pas être intégré au barrage, du fait de l'incompati-
bilité des déformations entre le corps du remblai et la structure en béton armé de
l'évacuateur. Une solution doit être trouvée sur les flancs de la vallée.
Sur des barrages particulièrement longs, on voit dans certains cas la combinai-
son d'une section de barrage-poids ou à contrefort comportant l'évacuateur de
crues et de longues sections de barrage en remblai de part et d'autre.
Cette problématique de la crue à maîtriser et de l'intégration des ouvrages annexes
constitue donc un critère essentiel du choix du type de barrage.
1.7 Avantages et inconvénients des différents types de
barrages
En guise de résumé, les avantages et particularités essentielles des principaux types
de barrage sont énumérés ci-après :
a) Barrage-poids
Avantages : ✓ faibles contraintes dans le béton,
✓ faibles contraintes transmises au rocher,
✓ les variations de température ne produisent que des contraintes
faibles,
✓ évacuateur de crues pouvant facilement être intégré,
✓ gradient des sous-pressions sous la fondation faible.
Particularités : ✎ volume de béton important,
✎ refroidissement artificiel nécessaire lors de la prise du béton,
✎ volume d'excavation important,
✎ sous-pressions importantes sous la fondation,
✎ sensibilité aux séismes,
✎ sensibilité aux tassements.
b) Barrage à contrefort
Avantages : ✓ volume de béton plus faible que pour le barrage-poids,
✓ contraintes moyennes transmises au rocher,
✓ faibles sous-pressions sous la fondation,
✓ échauffement faible lors de la prise du béton,
✓ l'évacuateur de crues peut facilement être intégré.
2006 LCH EPFL
Barrages 25
Particularités : ✎ grande sensibilité aux séismes,
✎ risque de tassements limité,
✎ volume d'excavation important,
✎ gradient des sous-pressions sous la fondation localement très im-
portant,
✎ contraintes de température peuvent être importantes dans la tête.
c) Barrage-poids évidé
Avantages : ✓ comme pour le barrage-poids,
✓ volume de béton plus faible.
Particularités : ✎ comme pour le barrage-poids.
d) Barrage à voûtes multiples
Avantages : ✓ volume de béton faible,
✓ volume d'excavation relativement limité,
✓ faibles sous-pressions sous la fondation,
✓ pas de problèmes thermiques lors de la prise du béton.
Particularités : ✎ contraintes importantes dans les voûtes,
✎ nécessité d'armer les voûtes pour limiter la fissuration,
✎ grande sensibilité au séisme,
✎ sensibilité aux gradients de température,
✎ gradient des sous-pressions sous la fondation localement très im-
portant,
✎ sensibilité aux tassements différentiels,
✎ intégration des ouvrages annexes difficile,
✎ structure très vulnérable et très exposée aux actes de malveil-
lance.
e) Barrage-voûte
Avantages : ✓ volume de béton faible,
✓ volume d'excavation relativement limité,
✓ haute résistance au séisme,
✓ faibles sous-pressions sous la fondation.
Particularités : ✎ contraintes importantes dans le béton,
✎ contraintes importantes dans le rocher sous la fondation,
✎ efforts transmis obliquement aux appuis latéraux,
✎ sensibilité limitée aux tassements (hyperstaticité),
✎ échauffement durant la prise du béton, pouvant nécessiter des
mesures particulières,
✎ difficultés d'intégration de l'évacuateur de crues dans le barrage,
✎ gradient de sous-pression sous la fondation important,
EPFL LCH 2006
26 Généralités
✎ drainage des fissures des massifs d'appui devant être rigoureuse-
ment traité.
f) Barrage en remblai à noyau central
Avantages : ✓ corps du barrage très flexible s'adaptant aux conditions de terrain,
✓ structure très peu sensible aux tassements et aux séismes,
✓ excavations limitées,
✓ contraintes très faibles sur le sol de fondation,
✓ gradient hydraulique faible dans le noyau et dans la fondation.
Particularités : ✎ volume de matériau à mettre en place très important,
✎ matériau argileux disponible en grande quantité à proximité du
site,
✎ mise en place du noyau argileux impossible avec des conditions
météorologiques défavorables.
g) Barrage en remblai à masque amont
Avantages : ✓ corps du barrage très flexible s'adaptant aux conditions du terrain,
✓ structure peu sensible aux tassements,
✓ structure peu sensible aux séismes si des mesures spécifiques
sont prévues
✓ excavations limitées,
✓ pas de matériaux argileux à mettre en place,
✓ pas d'exigences particulières sur les conditions météorologiques,
✓ contraintes très faibles sur le sol de fondation.
Particularités : ✎ volume de matériau à mettre en place très important,
✎ gradient hydraulique important sous la fondation de la plinthe,
✎ fondation de la plinthe sur du rocher peu perméable.
2006 LCH EPFL
Barrages 27
1.8 Particularités de la construction des barrages
1.8.1 Généralités
De par leurs dimensions et les impacts sur l'environnement qu'ils occasionnent, les
barrages sont des structures exceptionnelles, dont les modes de réalisation sont
parfois très éloignés des autres structures du génie civil.
En premier lieu, les études préliminaires sont particulièrement importantes et coûteu-
ses. Elles traitent d'un éventail très vaste de domaines : l'hydrologie, la géologie,
l'hydrogéologie, l'hydraulique, la science des matériaux, la topographie, la géogra-
phie, la biologie, la chimie, l'économie rurale, l'économie énergétique, l'économie hy-
draulique, la sociologie, le droit public, la politique de développement, les finances, et
bien d'autres domaines. Ces études se distinguent souvent par leur durée, atteignant
souvent plus d'une dizaine d'années.
Associés à ces études, des travaux de reconnaissance approfondie doivent aussi
être entrepris : relevés topographiques, reconnaissances géologiques (géophysique,
sondages, galeries de reconnaissance), essais géotechniques (puits, essais in situ et
en laboratoire).
L'analyse des impacts sur l'environnement est entreprise très tôt pour évaluer les
différentes solutions, puis pour prendre des mesures de limitation des impacts ou de
compensation.
Les moyens nécessaires pour la réalisation posent de véritables problèmes de logis-
tique et d'organisation de chantier. Il faut notamment tenir compte dès le début des
études des accès, de l'approvisionnement, des installations de chantier, des équipe-
ments, de la qualification de la main d'œuvre, de la durée du chantier et de bien
d'autres paramètres propres à tel ou tel site.
Enfin, la démesure des quantités de matériaux nécessaires a une influence considé-
rable sur la durée, les moyens à mettre en œuvre et sur les paramètres techniques
du projet. Il ne s'agit pas, comme avec d'autres types de structures, de trouver des
matériaux satisfaisant aux critères ou normes fixés comme donnée du projet, mais
de définir un ouvrage pouvant être réalisé avec les caractéristiques des matériaux à
disposition. Ainsi, chaque barrage est unique parce que réalisé avec des matériaux
qui lui sont propres.
Un chantier de barrage dure plusieurs années. Les différents travaux doivent être
exécutés dans une séquence précise, souvent conditionnée par les conditions hy-
drologiques et météorologiques. Ces conditions impliquent un découpage des tra-
vaux en phases selon les moyens disponibles. Ce découpage peut avoir une in-
fluence directe sur le projet.
Enfin il faut mentionner que quelque soit le type de barrage, les exigences relatives à
la sécurité sont primordiales durant toute la vie de l'ouvrage. Les barrages sont
continuellement auscultés et soumis à une surveillance attentive. Les résultats de
l'auscultation et les observations de la surveillance sont constamment analysés dans
le cadre des procédures de contrôle.
EPFL LCH 2006
28 Généralités
1.8.2 Barrages en béton
Les barrages en béton, quelque soit leur type, sont construits en plots (ou blocs) in-
dividuels de 12 à 16 m de largeur séparés par des joints. L'épaisseur du barrage fixe
la dimension du plot dans la direction longitudinale (entre 3 et 30 m). Chaque plot est
bétonné en levées de 1.5 à 3.5 m, conduisant à des étapes de bétonnage pouvant
atteindre les 1500 m3.
Ce mode de construction permet de :
• faciliter le bétonnage en adaptant le volume des étapes à la production journa-
lière,
• contrôler et faciliter le dégagement de la chaleur d'hydratation,
• éviter la fissuration de retrait en permettant l'ouverture des joints.
levée de 1.5÷3.5 m
levée de 1.5÷2.0 m
couches Plots
bétonnage des plots par levée
Figure 1.20: Barrage en béton - étapes de bétonnage
1.8.3 Barrages en remblai
Les barrages en remblai sont construits par la mise en place de couches de maté-
riaux couvrant toute la surface du barrage. Les épaisseurs de couches sont de l'ordre
de 50 cm de manière à permettre un bon compactage de l'ensemble de l'ouvrage et
une consolidation régulière.
consolidation
Figure 1.21 : Barrage en remblai - mise en place et consolidation
2006 LCH EPFL
Barrages 29
1.9 Quelques définitions
1
10 11
9
3
5 6
4
7 2
8
Figure 1.22: Niveaux caractéristiques de retenue
1. couronnement 7. tranche vidangeable
2. vidange de fond 8. tranche morte
3. niveau normal de retenue (RN) 9. surremplissage de crue
4. niveau minimal d'exploitation 10. niveau des plus hautes eaux (PHE)
5. volume de la retenue 11. revanche
6. tranche utile
EPFL LCH 2006
Barrages 31
2 BARRAGES-POIDS
2.1 Forme générale
La section verticale transversale des barrages-poids a une forme très proche d'un
triangle rectangulaire.
Le parement amont est vertical ou très légèrement incliné vers l'amont.
Le parement aval est souvent rectiligne et incliné avec un fruit de 75 à 80%. Il peut
aussi prendre la forme d'une ligne brisée, comme le montre la figure 2.1.
Le sommet du triangle doit dans tous les cas atteindre le niveau des plus hautes
eaux.
Le couronnement se situe sur un surépaississement de la forme triangulaire simpli-
fiée, de sorte à laisser la place à une voie d'accès et à augmenter la revanche
(vagues).
Enfin, pour augmenter la résistance au glissement, la fondation est parfois inclinée
vers l'amont.
Figure 2.1 : Barrage-poids - profil simplifié et profil transversal réel
2.2 Sollicitations
2.2.1 Forces et actions à considérer
Lorsque le barrage est rempli au niveau des plus hautes eaux (cas de dimension-
nement), les principales forces à considérer sont les suivantes :
Eam :la poussée de l'eau : tend à renverser le barrage vers l'aval.
La direction est perpendiculaire au parement amont (le
plus souvent vertical) et la résultante se situe au tiers de la
hauteur. Si le parement amont est incliné, une compo-
sante verticale doit être ajoutée.
32 Barrages-poids
P : le poids propre : a un effet stabilisant tendant à contrer le renversement
causé par la poussée de l'eau. La direction est bien en-
tendue verticale et la résultante se situe approximative-
ment au tiers amont de l'épaisseur de la fondation.
FT :la poussée des terres : due à la sédimentation dans la retenue.
La hauteur maximale correspond à celle de la tranche
morte à proximité de la vidange de fond, mais peut être
plus élevée dans d'autres secteurs. La densité des sédi-
ments est plus élevée que celle de l'eau.
= E = 1 t/m 3 plot en béton
= B = 2.4 ÷ 2.5 t/m 3
T
D
h Eav-v
Eam
1
3 h
P
FT
S Eav-h
sédiments
Figure 2.2 : Forces et actions à considérer
S : la sous-pression : causée par l'infiltration de l'eau sous et à travers le bar-
rage. On admet généralement un diagramme triangulaire
ou trapézoïdal. Elle s'oppose au poids propre et a un effet
déstabilisant.
D'autres charges ont également un effet, soit sur la stabilité du barrage, soit sur l'état
de contraintes internes :
Eav la poussée de l'eau à l'aval, selon les conditions de submersion du pied aval,
D les effets sismiques dynamiques,
T les effets thermiques.
Toutes ces charges seront traitées dans le détail plus avant dans ce chapitre.
2006 LCH EPFL
Barrages 33
Trois principes fondamentaux gouvernent la statique des barrages-poids :
• Le poids propre s'oppose à la poussée de l'eau par le frottement résultant sur la
fondation,
• Chaque bloc est stable par lui-même; aucun effet de voûte tridimensionnel ne
participe à la stabilité,
• Le béton de barrage, non armé, ne supporte aucune contrainte de traction, sous
aucun cas de charge.
D'autre part, ce système statique très simple implique des conditions précises à la
fondation : la fondation doit être rocheuse, son module d'élasticité doit être élevé
(peu déformable) et sa perméabilité faible (étanchéité).
De plus, et comme déjà mentionné, les dimensions des plots sont limitées par les
équipements de chantier mis en œuvre. Les dimensions principales usuelles sont
données à la figure 2.3.
Surface de reprise
étape de bétonnage
1.5 à 3 m
12
à 18
m
max. 30 m
joint d’étanchéité
Figure 2.3 : Dimensions usuelles des levées de bétonnage
Lorsque le barrage atteint plus de 30 m d'épaisseur, il y a lieu de subdiviser le plot en
2 plots amont et aval de sorte à limiter le volume des étapes de bétonnage.
En reprenant le principe du profil simplifié triangulaire de la figure 2.1, les forces prin-
cipales entrant en jeu sont les suivantes :
Poids propre : P= 1
2 B g b h L
Poussée de l’eau : E = 1
2 E g h2 L
Sous-pression : S= 1
2 E g b h L
où : L : largeur du plot considéré
: coefficient de sous-pression; généralement admis = 1.0;
E: masse spécifique de l'eau E = 1'000 kg/m3;
B: masse spécifique du béton B = 2'400 à 2'500 kg/m3;
b : épaisseur de la fondation;
h : hauteur.
EPFL LCH 2006
34 Barrages-poids
2.2.2 La sous-pression
[Link] Le coefficient de sous-pression
Le fait d'admettre un coefficient de sous-pression = 1.0 et une répartition triangu-
laire signifie que l'on suppose que toute la sous-pression est active sous la fondation
et que la répartition de la perméabilité est homogène sur toute la largeur de la fonda-
tion.
Depuis que le phénomène de la sous-pression est clairement caractérisé sous les
fondations de barrages et jusque dans les années 1970, on a généralement admis
que le coefficient de sous-pression dépendait de la qualité du rocher de fondation et
du traitement du contact béton-rocher par des injections. Les valeurs les plus sou-
vent admises sont :
• = 0.7 à 0.8 rocher sain et bien injecté,
• = 0.75 à 1.0 rocher de qualité moyenne, mais bien injecté,
• = 1.0 en cas de doute.
Ce mode de faire se justifiait, pensait-on, par la diminution de la surface sur laquelle
s'applique la sous-pression, comme le montre la figure 2.4a.
a) c o n ta c t p a rf a it
b é to n
ro c h e r
e a u so u s p re s s io n
b) c o n ta c t d ire c t
b é to n
ro c h e r
e a u so u s p re s s io n
F is su re s r e m p lie s d ’e a u s o u s
p re ss io n fa is a n t e ffe t d e v é rin
Figure 2.4 : Surface d'application de la sous-pression
a) selon les principes anciens
b) selon l'état actuel des connaissances.
On sait aujourd'hui que seules des fissures dépassant 100 à 200 µm peuvent être
remplies par du coulis d'injection. Le modèle à adopter est plutôt celui de la figure
2.4b, par le fait que l'on trouve partout une surface continue sur laquelle s'exerce la
sous-pression.
En règle générale, on choisira donc toujours pour le contact béton-rocher et
pour le rocher lui-même = 1.0.
A l'intérieur d'un plot de barrage, le béton est un milieu poreux. Si le béton n'est pas
fissuré et que les reprises et joints de bétonnage sont de bonne qualité, on peut ad-
mettre un coefficient de sous-pression = 0.9 à l'intérieur du corps du barrage.
2006 LCH EPFL
Barrages 35
[Link] La répartition de la sous-pression
La répartition de la sous-pression sous la fondation dépend du gradient de la perco-
lation souterraine, et ce gradient dépend des conditions de perméabilité.
Plusieurs cas typiques peuvent être mis en évidence :
a) perméabilité homogène et isotrope
b) écran de faible perméabilité (injections)
c) zone drainée
Ces 2 derniers cas ont pour effet direct, s'ils sont correctement mis en œuvre, de
diminuer la force de sous-pression qui tend à soulever le barrage.
EPFL LCH 2006
36 Barrages-poids
En pratique, on combine ces 2 effets par la mise en place d'un voile ou rideau d'in-
jection placé à l'amont du barrage et de forages drainants placés immédiatement à
l'aval. La figure 2.5 montre la disposition de ces mesures et leur effet sur le dia-
gramme de sous-pression.
Il faut noter que la réalisation d'un voile d'étanchéité dans la fondation est un travail
long et délicat. L'injection dans une roche plus ou moins fissurée crée en réalité une
zone de perméabilité réduite plus ou moins bien définie. Les forages d'injection se-
ront disposés de sorte que leurs zones d'influence respectives soient jointives et
s'interpénètrent, ce qui ne peut pas être garanti de manière absolue. On obtient donc
un voile hétérogène de perméabilité variable à travers lequel il n'est pas exclu que
l'eau de percolation à travers la fondation trouve un chemin préférentiel. Pour cette
raison, il est indispensable d'associer des forages de drainage à l'aval du voile
d'étanchéité, pour éviter une éventuelle mise en charge et pour contrôler l'évolution
de la percolation sous la fondation.
injections
de contact
forages drainants
voile d’étanchéité L = 1 3 ÷ 1.0 h
Figure 2.5 : Disposition des mesures de réduction de la sous-pression
Les forages de drainage fixent une limite au développement de la sous-pression qui
ne peut théoriquement pas dépasser le niveau de l'exutoire du drain (généralement,
la galerie de pied dans le barrage). D'autre part, un gradient hydraulique très impor-
tant apparaît dans la zone injectée qui constitue le voile d'injection. A l'amont du
voile, la pression est quasi constante et égale à la pression hydrostatique. A l'aval du
drain, la diminution de la pression se fait selon la répartition des perméabilités dans
la roche (linéaire si la roche est homogène et isotrope).
En pratique, l'hétérogénéité et l'anisotropie du rocher de fondation font que les effets
réels des injections et du drainage ne correspondent pas exactement à ce modèle
théorique. Il est par conséquent essentiel de mesurer régulièrement les pressions
sous la fondation en un grand nombre de points pour contrôler dans quelle mesure
les hypothèses sont effectivement vérifiées. Si tel n'est pas le cas, il devra toujours
être possible soit de forer de nouveaux drains, soit de renforcer les injections. Pour
cette raison, les barrages en béton comportent toujours une galerie de pied qui longe
la fondation à quelques mètres du parement amont, dont les dimensions permettent
l'installation d'une foreuse.
2006 LCH EPFL
Barrages 37
Étant donnée l'incertitude sur la répartition finale des sous-pressions, plusieurs
règles ou recommandations ont été établies et sont en application dans les différents
pays. Les principales sont indiquées sur la figure 2.6.
H
d
h
a b a : écran d’étanchéité
b : forages drainants
E·g
E·g
E·g
E·g
(h+¼(h-h)·
0.85·H·
H
h·
h·
Suisse, Autriche USA, Canada
France Australie
d d
E· g
E·g
E· g
E·g
0.60· H·
(h+0.35(h-h)·
H
h·
h·
Allemagne Italie
DIN 19’700 decreto legge 1982
Figure 2.6 : Hypothèses pour la répartition de la sous-pression
En Suisse, comme en France et en Autriche, on admet généralement une répartition
trapézoïdale de la sous-pression. Pour tenir compte de l'effet du voile d'injection et
des drains, la sous-pression à l'amont est admise à 85% de la pression hydrostatique
totale. Comme le montre la figure 2.6, d'autres pays adoptent un diagramme qui
prend mieux en compte la réalité physique.
La tendance actuelle va vers une généralisation de la formulation selon la norme
allemande.
2.2.3 Les cas de charge
En règle générale, on distingue 2 groupes de cas de charge :
• les cas de charge normaux,
• les cas de charge exceptionnels.
EPFL LCH 2006
38 Barrages-poids
Les cas de charges normaux sont ceux qui se produisent régulièrement lors de l'ex-
ploitation normale de l'ouvrage. Ils combinent les effets de la poussée de l'eau, du
poids propre, de la sous-pression et les charges thermiques (dues aux variations
saisonnières et aux gradients thermiques dans l'ouvrage). Dans ces cas de charges
normaux, on n'admet aucune traction dans le béton. Les contraintes de compression
restent relativement basses (2 à 8 MN/m2).
Les cas de charges exceptionnels correspondent aux cas de charges normaux aux-
quels se rajoute l'effet d'un séisme. On admettra dans ces cas exceptionnels l'appa-
rition de légères tractions dans le béton. Ces tractions sont acceptables étant donné
le caractère dynamique et transitoire de la charge due au séisme. Les tractions dans
le béton peuvent certes provoquer l'ouverture de fissures dans le béton, mais celles-
ci seront rapidement refermées par les cycles dynamiques, de sorte que la pression
hydrostatique n'ait pas le temps de s'installer.
Ainsi, les combinaisons de charge à étudier sont relativement peu nombreuses si on
les compare avec celles d'autres types de structures.
Il convient de combiner les cas :
• lac vide (P seul) et
• lac plein (P+E+S),
qui doivent être combinés avec les charges thermiques extrêmes (hiver et été).
S'ajoutent pour les cas de charges exceptionnels l'effet dynamique du séisme.
2.2.4 Les contrôles essentiels
Les points essentiels à contrôler sont :
• la sécurité au renversement généralisé,
• la sécurité au glissement généralisé,
• la sécurité à la rupture.
Les 2 premières vérifications ont trait à la stabilité du barrage, la dernière vérifie que
les contraintes dans l'ouvrage sont compatibles avec le matériau mis en place.
2.3 Sécurité au renversement
En règle générale, une structure se renverse lorsque la résultante des forces mobili-
sées quitte la base de la fondation de la structure.
Cette définition est trop sommaire pour
l'analyse du renversement d'un barrage-
renversement poids, dans la mesure où, à la limite de
m renversement selon ce critère, les
1
contraintes de compression sous la partie la
plus sollicitée de la fondation deviennent
R très élevées.
2006 LCH EPFL
Barrages 39
Dans le cas du barrage-poids, un autre critère guidera la vérification au renverse-
ment : les contraintes de traction ne sont en aucun cas admises dans le béton. Elles
ne sont pas acceptées non plus au contact entre le béton et le rocher de fondation.
Simplifions le profil du barrage-poids par un triangle rectangle de hauteur h. Le pa-
rement amont sur lequel s'exerce la poussée de l'eau est supposé vertical, alors que
le parement aval est incliné avec un fruit valant m. La répartition de la sous-pression
est supposée triangulaire et le coefficient de sous-pression vaut k. Ce coefficient tient
compte de la répartition réelle de la sous-pression, influencée par l'effet de l'écran
d'étanchéité et du drainage sous la fondation. Les autres forces extérieures s'appli-
quant sur le barrage sont supposées négligeables (poussée des sédiments, submer-
sion aval).
Les forces agissant sur un segment de largeur L du barrage sont :
la poussée de l'eau
E= 1
2 E g h2 L ,
la sous-pression
S= 1
2 k E g b h L,
auxquelles s'oppose le poids propre P= 1
2 B g b h L.
Les points d'application de ces 3 forces sont illustrés sur la figure 2.7. Pour qu'il
n'apparaisse pas de traction sous la fondation supposée infiniment rigide, la résul-
tante des forces doit passer dans le tiers central de la base. Pour que les contraintes
soient nulles au pied du parement amont, la résultante doit passer par le point c indi-
qué sur la figure 2.7.
m
1
h
E
h
3 P c
S
b
3 b
Figure 2.7 : Forces agissant sur le barrage-poids
EPFL LCH 2006
40 Barrages-poids
En établissant l'équation d'équilibre des moments au point c, on obtient :
MC = E h + S b P b =0
3 3 3
or b = m · h.
Le développement de cette équation permet d'exprimer m :
m= E
B k E
Le fruit du parement aval est ainsi indépendant de la hauteur du barrage. Cette rela-
tion fort simple est souvent appelée la règle de Lévy.
Lorsque l'on admet B E = 2.5
et k = 0.85 (1.0),
on obtient une valeur minimale pour le fruit du parement aval m 78% (82%).
Il devient ainsi aisé de calculer les contraintes verticales extrêmes sur la fondation,
selon les 2 cas de charge lac vide et lac plein . Le diagramme est dans les 2 cas de
forme triangulaire, correspondant à une fondation supposée rigide (voir figure 2.8).
Lac vide Lac plein
E
P P
av= 0 am= 0
am= B · g·h
S
av= E·g·h·( B / E -k)
Figure 2.8 : Contraintes sur la fondation sous cas de charge normaux
Le facteur de sécurité au renversement généralisé du profil autour du point aval de la
fondation peut être calculé :
M stab. MP P * 23 b
SR = = =
M mobil . M E + M S E * 13 h + S * 2 3 b
2
avec b = m h et m = E
, on obtient S R =
k
B E
1+ k E
Avec les valeurs admises pour k = 0.85 et m = 0.78, on obtient un facteur de sécurité
Sr = 1.49.
2006 LCH EPFL
Barrages 41
2.4 Sécurité au glissement
2.4.1 Définitions et principe de calcul
Reprenons le profil triangulaire simplifié du barrage poids et examinons le risque de
glissement sur la fondation sous l'effet de la poussée horizontale de l'eau.
R : force de cisaillement résistant au
m
glissement
1
h A : surface unitaire de glissement
E [m2/m],
A=b=m·h
P La sécurité au glissement est définie
comme le rapport entre les forces résis-
R tantes et les forces poussantes :
S SG =
forces résistantes R
=
b=m·h forces poussantes E
Or la résistance au glissement sur une surface s'exprime par la relation de Coulomb
issue de la mécanique des sols :
R = V tan ' + c' A
où V est la résultante des forces perpendiculaires à la fondation,
' est l'angle de frottement interne effectif de la surface de glissement
considérée,
c' est la cohésion effective sur la surface de glissement considérée.
( P S ) tan ' + c ' b
Il en résulte la relation SG =
E
or, avec A = m·h et les relations décrivant les forces P, E et S vues au paragraphe
précédant, on en déduit :
k 2c '
SG = m B E
tan ' +
E E gh
En pratique, la cohésion doit le plus souvent être négligée, soit qu'elle est très faible,
soit que la fissuration du rocher ou du béton la rende inexistante.
La condition de n'admettre que des contraintes de compression sous la fondation
nous a conduit précédemment à la règle de Lévy,
m= E
B k E
EPFL LCH 2006
42 Barrages-poids
k
ce qui nous donne SG = m B E
tan ' SG = 1 tan ' .
m
E
Par conséquent, la sécurité au glissement est assurée si SG 1, ce qui implique
tan ' m.
Cette relation, particulièrement simple, est conditionnée par les hypothèses simplifi-
catrices suivantes:
1. le profil du barrage est simplifié sous la forme d'un triangle rectangle, avec un
parement amont vertical et une fondation horizontale,
2. le diagramme de sous-pression est supposé triangulaire, la sous-pression est
nulle à l'extrémité aval de la fondation,
3. la fondation est supposée rigide; par conséquent les diagrammes de contraintes
verticales sur la fondation sont donc linéaires,
4. aucune contrainte de traction n'est admise sur la fondation, ce qui conduit à la
règle de Lévy.
2.4.2 Les surfaces de glissement et leur résistance
Pour déterminer l'angle de frottement interne effectif de la surface de glissement, il
importe en premier lieu de déterminer quelles sont les surfaces de glissement poten-
tielles (voir figure 2.9).
arrêts de bétonnage
1 1 béton-béton
2 2 béton-rocher
3
3 rocher-rocher
diaclases, discontinuités
Figure 2.9 : Surfaces de glissement potentielles
La détermination des angles de frottement moyens dans le rocher et au contact entre
le béton et le rocher n'est pas aisée. Le rocher est soumis à tout un réseau de dia-
clases et autres discontinuités rendant les essais en laboratoire peu représentatifs du
comportement global du massif. La qualité du contact béton-rocher dépend pour une
large part de la qualité des injections de contact. Dans le béton, les reprises de bé-
tonnage et les éventuelles fissures de retrait constituent des plans de glissement
préférentiels qu'il conviendra de traiter avec un maximum d'attention.
On peut tout de même donner les fourchettes suivantes :
2006 LCH EPFL
Barrages 43
’ tan( ’)
cassure en pleine masse, fissure 63-72° 2.0-3.0
1 béton-béton
reprise de bétonnage soignée 56-65° 1.5-2.1
rocher de bonne qualité (faiblement diaclasé) 56-62° 1.5-1.9
2 béton-rocher
rocher de moyenne qualité 27-56° 0.5-1.5
rocher de bonne qualité (faiblement diaclasé) 45-62° 1.0-1.9
3 rocher-rocher
rocher de moyenne qualité (fortement diaclasé) 27-45° 0.5-1.0
Le rocher altéré proche de la surface est généralement enlevé, parfois sur une pro-
fondeur importante, de sorte que le barrage soit fondé sur une roche de la meilleure
qualité possible. Ainsi, la surface de glissement la plus critique se trouve le plus sou-
vent directement au-dessous du contact béton-rocher.
L'excavation de la fondation et le remplacement du rocher de qualité insuffisante par
du béton crée un certain encastrement du barrage, ainsi qu'une butée au pied aval.
Cette butée ne sera ja-
mais prise en considéra-
tion dans le calcul de la
stabilité au glissement du
barrage, étant donné
qu'un déplacement de
butée non l'ouvrage est nécessaire
effective pour que la butée devien-
ne effective.
rocher altéré, évacué
Sur la base de ces quelques valeurs, on peut exprimer le coefficient de sécurité au
glissement :
SG = 1 tan '
m
Avec un fruit du parement aval m = 0.80 et une fondation horizontale sur un rocher
de bonne qualité, on obtient un coefficient de sécurité SG =1.8 - 2.3.
Pour les cas de charge normaux, on exige un coefficient de sécurité au glissement
de SG = 1.50. Pour des cas de charge exceptionnels, avec l'effort d'un séisme, un
coefficient de SG = 1.30 au minimum est exigé.
2.4.3 Amélioration de la sécurité au glissement
Avec un rocher de mauvaise qualité, ce facteur peut descendre jusqu'à 0.6, auquel
cas la sécurité au glissement n'est pas assurée. Dans ce cas, des dispositions parti-
culières doivent être apportées pour améliorer cette sécurité au glissement.
En observant la relation qui décrit le coefficient de sécurité au glissement,
( P S ) tan '
SG =
E
on constate 3 possibilités d'intervention pour augmenter ce facteur :
EPFL LCH 2006
44 Barrages-poids
a) augmenter les forces verticales (P-S),
b) réduire les forces poussantes E,
c) augmenter la valeur de l'angle de frottement '.
Plusieurs dispositions peuvent être mises en œuvre pour atteindre ces objectifs.
a) Augmentation des forces verticales (P-S)
augmentation du fruit du parement aval
Cette modification du profil type vise à augmenter le
poids propre en augmentant le volume de béton.
Cette mesure est certes efficace, mais peu économi-
que.
+ P
inclinaison du parement amont du barrage
La pression hydrostatique s'applique sur un plan
incliné qui se décompose en une force horizontale et
une force verticale correspondant au poids de l'eau
contenue dans la section grisée.
+Ev Cette mesure est souvent mise en œuvre car elle ne
nécessite qu'un volume supplémentaire de béton fai-
ble.
réduction des sous-pressions
Comme déjà mentionné, la force de sous-pression
peut être réduite par des injections et des forages
de drainage sous la fondation.
La création d'évidements dans les joints du barrage
(barrage-poids évidé) permet de garantir un parfait
drainage de la fondation et de réduire considéra-
blement et de manière fiable la sous-pression. Par
contre, les évidements impliquent une diminution
a b a : écran d’étanchéité du poids propre.
b : forages drainants
2006 LCH EPFL
Barrages 45
b) Réduction des forces poussantes E
Il n'est bien entendu pas possible de réduire la poussée de l'eau sur le barrage
sans diminuer le niveau du plan d'eau (ce qui n'est pas le but!). Par contre un
artifice permet d'obtenir un résultat comparable en inclinant légèrement vers
l'amont la fondation du barrage.
Le poids propre se décompose en une force per-
pendiculaire à la fondation et une force parallèle
vers l'amont qui s'oppose à la poussée de l'eau.
E E
P De même, la poussée de l'eau se décompose en
une force poussante parallèle à la fondation et
une force perpendiculaire à la fondation.
P
S
Ainsi, pour un glissement le long du plan de fondation, l'expression du coefficient
de sécurité devient :
( P cos + E sin S ) tan '
SG =
E cos P sin
En règle générale, la pente de la fondation ne dépasse pas 10%, de sorte que
sin tan et cos 1. La relation devient alors
( P + E tan S ) tan '
SG = .
E P tan
Il faut noter que si le rocher est fracturé, il n'est pas exclu qu'un glissement se
développe sur un plan horizontal dans le rocher sous la fondation.
L'angle de frottement sur la surface rocher-rocher
est en règle générale plus élevé qu'au contact
béton-rocher.
On a vu d'autre part que la sous-pression se déve-
loppe de manière complète dans le réseau de fis-
sures et que le talon qui sert de butée à l'aval du
PR plan de glissement ne peut pas être pris en
compte, celui-ci n'étant mobilisé que si un dépla-
cement effectif se produit.
Le poids de la masse de roche comprise entre la fondation et le plan de glisse-
ment peut être pris en compte, de sorte que le coefficient de sécurité devient
( P + PR S ) tan '
SG =
E
EPFL LCH 2006
46 Barrages-poids
c) Augmentation de la valeur de l'angle de frottement '
amélioration de la qualité des reprises de bétonnage
A l'intérieur du barrage, les plans préférentiels de glissement sont constitués par
les reprises horizontales de bétonnage, généralement espacées de 2 à 3.5 m.
Pour améliorer la résistance au cisaillement de ces surfaces, des mesures spéci-
fiques sont prises :
i) La surface est nettoyée avec un jet d'eau ou d'air sous pression quelques heu-
res après la prise, de sorte à éliminer le lait de ciment excédentaire et rendre
ainsi la surface plus rugueuse.
ii) Avant le bétonnage, la surface est très méticuleusement nettoyée pour favori-
ser l'accrochage de la nouvelle couche.
Sur les barrages-poids de très grande hauteur, il devient nécessaire de placer
des joints transversaux perpendiculaires à l'axe de la vallée pour limiter le volume
des étapes de bétonnage. En règle générale, la largeur bétonnée en une seule
étape ne dépasse pas 30 à 40 m.
Ces joints seront disposés de sorte à ne pas former de plans de glissement préfé-
rentiels. Ils formeront soit des redans avec des coffrages inclinés, soit des esca-
liers, selon une disposition qui soit compatible avec les directions des contraintes
principales dans le béton.
isostatiques
reprise de
redans bétonnage
talon
instable
joint longitudinal arrêts de bétonnage en
vertical escaliers
Figure 2.10 : Arrêts transversaux de bétonnage
2.5 Sécurité à la rupture
Les contraintes de compression dans un barrage-poids sont d'une manière générale
faibles (directement liées à la hauteur). Il en résulte que, par souci d'économie, le
béton de masse est faiblement dosé en ciment et comporte des agrégats de dimen-
sions importantes. La résistance à la compression est par conséquent relativement
faible et présente une grande dispersion.
2006 LCH EPFL
Barrages 47
A la traction, pour les mêmes raisons et parce que la présence de fissures n'est pas
exclue, la résistance sera même supposée nulle. En cas de traction, on pourrait ob-
server une ouverture de fissures et, si ces fissures étaient en contact avec la rete-
nue, la pression hydrostatique pourrait s'y établir pleinement. Par conséquent, les
tractions ne sont pas acceptables sous cas de charge normal.
Le calcul des contraintes dans un barrage s'effectue aujourd'hui systématiquement
sur des modèles numériques d'éléments finis bidimensionnels ou tridimensionnels.
La prise en compte des contraintes internes causées par les variations et les gra-
dients de température est alors indispensable.
Pour une analyse préliminaire, une approche analytique simplifiée telle que décrite
ci-après est souvent suffisante.
2.5.1 Efforts et contraintes dans le barrage
Admettons le profil simplifié triangulaire du barrage-poids et étudions la répartition
des contraintes sur une section horizontale A-A située à une profondeur z (comme le
montre la figure 2.11).
L'hypothèse de Navier suppose que les contraintes verticales varient de manière
linéaire le long d'une section horizontale. La répartition des contraintes prend donc la
forme d'un trapèze ou d'un triangle.
Le parement amont du barrage est admis vertical, le parement aval présente un fruit
m mmin , mmin étant défini par la règle de Lévy.
x
!
m
1
Ez
Pz
A A
z,am
z,av
z
Figure 2.11: Répartition des contraintes dans une section horizontale
EPFL LCH 2006
48 Barrages-poids
Considérons dans un premier temps uniquement le poids propre P.
Les conditions d'équilibre dans la section conduisent aux contraintes suivantes :
P z,am = B gz z,av =0
Ajoutons maintenant l'effet de la poussée de l'eau E :
P+E z,am = g z ( B - E m-2) z,av = E g z m-2
x,am = x,av = E g z
"xz,am = 0 "xz,av = E g z m-1
En ajoutant enfin l'effet de la sous-pression S, selon le diagramme simplifié triangu-
laire déjà développé au chapitre 2.2.2 :
S am =k E gz av = 0.
Les conditions d'équilibre des forces sur la section conduisent aux contraintes sui-
vantes :
P+E+S z,am =gz[ B - E (m-2+k)] z,av = E g z m-2
Si m = mmin selon la règle de Lévy, alors on retrouve bien z,am = 0, sous le cas de
charge P+E+S.
2.5.2 Contraintes principales
Les directions selon lesquelles les contraintes sont maximums ou minimums sont les
directions principales, pour lesquelles les contraintes tangentielles nulles. Les pare-
ments amont et aval donnent bien entendu directement la direction des contraintes
principales.
Les contraintes principales sont données par la relation
I , II = 1
2 ( x + z )± 1
4 ( x z ) 2 + " xz2 .
Parement amont
Le parement amont est d'abord admis vertical.
A lac vide (cas de charge P ), les contraintes sont :
z,am = g z,
B
x,am = 0 et "xz,am = 0 car la pression hydrostatique sur le parement est nulle.
Il en résulte les contraintes principales
I = B g z et II = 0.
2006 LCH EPFL
Barrages 49
A lac plein (cas de charge P+E+S ), les contraintes sont:
=gz[ B- (m-2+k)],
z
z,am E
x,am = E g z ,
Eg z "xz,am = 0.
Il en résulte directement les contraintes principales
dz
x
I =gz[ B- E (m-2+k)] et
dx II = E g z.
"xz=0
Si m = mmin selon la règle de Lévy,
= 0 et = g z.
z
I II E
Parement aval
Le parement aval est supposé ne subir aucune pression extérieure.
Sous cas de charge P, les contraintes sont :
z,av = 0,
x,av = 0 et "xz,am = 0 car la pression hydrostatique sur le parement est nulle.
Il en résulte que les contraintes principales sont nulles.
Sous cas de charge P+E+S, les contraintes sont:
m z,av = E g z m-2
1 il en résulte que
"xz,av = m z,av = E g z m-1
"zx
et
dz
x
x,av = m "xz,av = E g z.
m· dz
"xz On en déduit les contraintes principales :
I = 0, parallèle au parement, et
2 2
II = (1 + m ) z,av = (1 + m ) E g z.
z
Le diagramme de gauche de la figure 2.12 montre le champ de contraintes dans le
profil simplifié triangulaire, selon le calcul ci-dessus en admettant l'hypothèse de Na-
vier. Le diagramme de droite montre le champ de contraintes calculé par éléments
finis sur une géométrie réelle en tenant compte de la répartition de la réaction de la
fondation.
EPFL LCH 2006
50 Barrages-poids
Figure 2.12: Contraintes dans le corps d'un barrage-poids. A gauche: profil
triangulaire; à droite: profil réel
2.6 Sollicitation en cas de séisme
2.6.1 Définition et classification
Les tremblements de terre provoquent des accélérations dans toutes les directions.
Du fait de l'inertie du barrage et de la retenue, ces accélérations engendrent des ef-
forts supplémentaires dans le barrage, aussi bien horizontaux (longitudinaux et
transversaux) que verticaux.
Les accélérations horizontales sont généralement les plus critiques pour les barra-
ges.
La figure 2.13 montre un exemple d'enregistrement de l'accélération dans une direc-
tion donnée, l'accélérogramme, pour un tremblement de terre historique (Taft, 1952,
M=7.7). On notera que l'accélération est le plus souvent exprimée en fonction de
l'accélération terrestre g.
1.0
a [m/s2]
0.0
-1.0
0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10
t [s]
Figure 2.13: Accélérogramme du tremblement de terre de Taft, Californie 1952
2006 LCH EPFL
Barrages 51
Les sismographes ne mesurent pas directement l'accélération, mais plutôt l'ampli-
tude des déplacements causés par le tremblement de terre. L'accélération est en-
suite calculée.
En admettant une sollicitation qui causerait un ébranlement oscillant de manière
sinusoïdale, selon la relation
= A sin(t/T)
où : le déplacement,
A : l'amplitude maximale du mouvement,
T : la période du mouvement (en réalité pouvant varier entre 0.1 seconde et plu-
sieurs secondes au cours d'un même événement),
l'accélération maximale s'exprime selon la relation
4$ 2 A
a= .
T2
Ainsi, pour une période T = 0.1 s, l'accélération devient :
• pour A = 1 mm, a 0.4 g,
• pour A = 0.5 mm, a 0.2 g.
Pour une période T = 1 s, une amplitude maximale de mouvement de 0.1 m corres-
pond à une accélération de 0.4 g.
Les relevés de sismographes montrent qu'une accélération de 0.4 g correspond à un
séisme catastrophique. En Suisse, et de manière générale en Europe (à l'exception
de zones particulièrement sensibles comme en Italie du Sud et en Grèce), on consi-
dère une accélération horizontale de 0.1 g à 0.3 g comme un maximum pour le di-
mensionnement des barrages selon la région (Intensité MSK 7.0 à 8.8). Les
accélérations horizontales maximales du tremblement de terre de Izmit (17. 8. 1999)
en Turquie ne dépassaient pas 0.36 g.
Il existe un grand nombre d'échelles qui permettent de décrire l'intensité d'un séisme.
La plus utilisée est certainement l'échelle d'intensité MSK 64 (Medvedev-Sponheuer-
Karnik, 1964) qui établi 12 degrés en fonction des dégâts observés, principalement
sur les constructions.
Le tableau de la figure 2.14 constitue un extrait de l'échelle MKS. Il se réfère princi-
palement aux dégâts occasionnés sur trois types de construction caractéristiques :
Constructions A : Construction d'adobe (plots d'argile séchés au soleil) ou en pierres
des champs non taillées et mal liées ;
Constructions B : Maisons en briques, en pans-rideaux préfabriqués de béton, en
bois et briques, en pierre taillée ;
Constructions C : Maisons en béton armé, chalets de bois bien construits.
Une estimation de l'accélération correspondante, exprimée en fraction de l'accélé-
ration gravitaire g est indiquée.
EPFL LCH 2006
52 Barrages-poids
Accélération,
Degré MKS Description
exprimée en g
I Seulement enregistré par les sismographes
II A peine ressentie (personnes au repos dans
les étages élevés
III Ressenti par peu de monde (analogue au
passage d'un camion)
IV Ressenti par beaucoup. Craquements, léger
balancement des objets suspendus
V Beaucoup de dormeurs s'éveillent, fort balan- 0.012-0.025
cement des objets suspendus
VI Frayeur. Petites fissures dans les murs 0.025-0.05
d'adobe et les plâtres
VII Larges fissures dans les constructions A, fai- 0.05-0.1
bles dans les constructions B, chutes de che-
minées, variation du niveau d'eau dans les
puits, eaux des lacs boueuse
VIII Ecroulement partiel des constructions B, fissu- 0.1-0.2
res dans les constructions C, fissures dans le
sol, statues et monuments déplacés,
IX Destruction d'une partie des constructions B, 0.2-0.4
gros dégâts dans les constructions C. Glisse-
ments de terrains
X Ecroulement partiel des constructions C, lar- 0.4-0.8
ges fissures dans le sol (ouvertes jusqu'à 1m),
dommages aux routes, voies ferrées, canali-
sations enterrées
XI Dommages importants aux constructions les 0.8-1.6
plus résistantes: ponts, barrages
XII Bouleversement total de la surface du sol, > 1.6
toute construction humaine est détruite
Figure 2.14: Echelle MKS 64, description des dégâts sur les constructions
Pour une approche plus scientifique, on lui préférera la magnitude M, telle quelle a
été définie par Richter :
M = log10(A/Ao),
où A : amplitude mesurée avec un sismographe standard à une distance de100 km
de l'épicentre,
Ao : amplitude de référence (10-6 m).
La figure 2.15 caractérise les tremblements de terre et les met en relation avec la
magnitude de Richter.
2006 LCH EPFL
Barrages 53
Figure 2.15: Caractérisation des tremblements de terre et magnitude selon
Richter
2.6.2 Comportement réel d'un barrage en cas de séisme
Le comportement réel d'un barrage en cas de séisme est un des problèmes les plus
complexes auxquels est confronté l'ingénieur, et ce pour différentes raisons :
• le comportement dynamique d'une structure aussi massive est fortement non-
linéaire et non-élastique,
• l'interaction entre la masse d'eau et la structure doit tenir compte de la compres-
sibilité de l'eau,
• l'interaction entre le sol et la structure est essentielle du point de vue de la
dissipation d'énergie,
La formation de fissures dans le béton et la présence de joints entre les plots rendent
le comportement fortement non-linéaire.
Dans les barrages-poids, les fissures apparaissent le plus souvent dans la partie su-
périeure du profil, non loin du couronnement, là où les amplitudes sont les plus im-
portantes.
EPFL LCH 2006
54 Barrages-poids
Certains modèles numériques permettent aujourd'hui de simuler la formation de fis-
sures, en appliquant les théories de la mécanique de la rupture. Ils doivent encore
être développés pour que leur utilisation par un ingénieur non-spécialiste de la dy-
namique des structures soit courante. Ces modèles font aujourd'hui l'objet de recher-
ches considérables.
La recherche sur la problématique de l'interaction réservoir-structure est quant à elle
sensiblement plus avancée.
On sait que l'interaction est plus importante lorsque la fréquence propre du barrage
associé à sa fondation à lac vide est proche de la fréquence propre de la retenue.
fbarr : fréquence propre du barrage à lac vide,
fonction de la géométrie et des matériaux.
flac : fréquence propre de la retenue
fonction de la forme de la retenue, de la profondeur
et de la célérité de l'onde de pression dans l'eau.
Les fréquences propres couramment observées sur des barrages en béton sont
comprises entre 1.4 et 5.1 s-1 [Hz] (cf. Figure 2.16). Les fréquences propres des rete-
nues ont été calculées entre 1.3 et 4.4 s-1 [Hz].
hbarrage lcouronnement fbarr flac fbarr/flac
Barrage [m] [m] [Hz] [Hz] [-]
Mauvoisin (CH) 1) 250 560 2.0 2.1 1.0
Kölnbrein (A) 1) 197 626 1.7 2.3 0.7
Emosson (CH) 1) 180 424 2.2 2.4 0.9
Morrow Point (USA) 1) 142 219 3.7 3.0 1.2
1)
Pacoima (USA) 113 180 5.1 4.4 1.2
2)
Grand Dixence (CH) 285 695 1.4 1.3 1.1
2)
Pine Flat (USA) 122 562 2.9 3.1 0.9
Figure 2.16 : Interactions eau-structure : Exemples des fréquences propres des
barrages et des lacs.
1) 2)
barrage voûte barrage poids
L'expérience a montré que si fbarr / flac < 0.7, l'effet de la compressibilité de l'eau peut
être négligé et l'effet dynamique de la retenue sur le barrage peut être remplacé par
une force d'inertie de surpression hydrosismique.
2006 LCH EPFL
Barrages 55
La Figure 2.17 montre la pression dynamique de l’eau agissant sur un barrage
poids :
(a) (b)
(c) (d)
positive zero négative
Figure 2.17 : Pression dynamique de l’eau agissant sur un barrage poids en fonc-
tion de la compressibilité d’eau et la fréquence propre du barrage et
du lac (Bachmann, 1994).
(a) L’eau compressible, mouvement harmonique : fbarr/flac = 0.8
➩ la pression de l’eau est seulement influencée près du barrage ; on constate
que la pression sur le barrage devient négative (cavitation).
(b) L’eau compressible, mouvement harmonique fbarr/flac = 1.5
➩ dans ce cas le barrage devient un générateur d’onde et la pression dynamique
se manifeste dans le lac entier.
(c) L’eau incompressible, mouvement harmonique fbarr/flac = 1.5
➩ si l’eau est incompressible, évidemment la pression dynamique dans l’eau se
manifeste seulement près du barrage.
(d) L’eau incompressible, mouvement du barrage comme un choc
➩ le cas est probablement le plus réaliste pour un tremblement de terre réel.
EPFL LCH 2006
56 Barrages-poids
2.6.3 L'analyse pseudo-statique
Si l'accélération du séisme est faible a < 0.15 g et si la compressibilité de l'eau peut
être négligée fbarr / flac < 0.7, alors une analyse simplifiée pseudo-statique fournit des
résultats satisfaisants pour un prédimensionnement.
L'analyse pseudo-statique vise à remplacer les efforts dynamiques par des efforts
statiques qui sont uniquement fonction de l'ouvrage et de l'accélération.
Un séisme réel est caractérisé par des accélérations dans les 3 dimensions. L'ana-
lyse pseudo-statique se limite à évaluer l'effet d'une accélération horizontale orientée
dans la direction la plus défavorable.
La figure 2.18 montre les principales forces entrant en jeu pour l'analyse sous le cas
de charge lac plein et séisme. Aux forces P, E et S déjà développées s'ajoutent les 2
forces suivantes :
a) Fe : la force d'inertie du barrage
Cette force sera appliquée dans la direction la plus défavorable, soit vers l'aval.
Elle s'ajoute donc à la poussée de l'eau.
Fe = ! g M = ! P (masse du barrage multipliée par l'accélération horizontale)
et Me = Fe 1/3 H = 1/3 ! P H. (section triangulaire)
m
1
H
Ee
E Fe=P · !
0.4H
P
Figure 2.18: Surcharges sismiques selon l'analyse pseudo-statique
b) Ee : la force d'inertie de la retenue
La force d'inertie de l'eau se traduit par une surpression hydrosismique sur le pa-
rement amont du barrage.
2006 LCH EPFL
Barrages 57
Westergaard a formulé une relation parabolique décrivant cette surpression en
fonction de la profondeur z :
p E = K e Ce ! E H z
avec Ke : coefficient dépendant de l'inclinaison du parement amont :
vertical : Ke = 1.0
incliné : Ke varie linéairement avec l'angle d'inclinaison du parement
(pour autant que % 20°): selon Figure 2.19
pour % = 10°, Ke = 0.88 pour a = 10 m et h = 100 m.
0.817
Ce : coefficient de Westergaard Ce =
2
H
1 7.75
1000 T
H : hauteur du barrage, en m,
T : période de vibration du barrage seul T = 1/fbarr, en s.
La période est généralement admise entre 0.5 et 1 s. (Ce ( 7 / 8 )
Figure 2.19 : Surpression hydrosismique selon Westergaard – coefficient Ke en
fonction de l’inclinaison du parement amont.
La poussée totale de la surpression hydrostatique vaut :
H H
E e = ) p E ( z ) dz = ) K e C e ! E H z dz = K e C e ! E
2
3 H2
0 0
et
H
M e = ) pE ( z) (H z ) dz = K e C e! E
4
15 H3
0
ce qui conduit à déterminer le point d'application de la force résultante Ee
( he = 0.4 H).
EPFL LCH 2006
58 Barrages-poids
c) Se : la sous-pression
De par l'apparition de contraintes de traction au pied amont du barrage, on peut
s'attendre lors d'un tremblement de terre à l'ouverture de fissures au contact bé-
ton-rocher à l'amont et par conséquent à une rupture de la continuité du voile
d'étanchéité sous la fondation.
Cette éventualité conduit à rejeter pour le cas
de charge de tremblement de terre la réduction
de la sous-pression par le coefficient k et à
admettre que la sous-pression se développe
selon un diagramme triangulaire dont la valeur
à l'amont vaut la pression hydrostatique. Par
contre, on admettra que la surpression hydro-
sismique ne peut se développer dans la fis-
fissuration sure, du fait du caractère oscillatoire des solli-
écran d’étanchéité citations.
d) la sécurité en cas de tremblement de terre
Le séisme de dimensionnement est par nature un événement exceptionnel. On
admet par conséquent une réduction des facteurs de sécurité par rapport aux cas
de charges normaux. La durée de la sollicitation est également faible.
• le facteur de sécurité admis sur les contraintes de compression est réduit, bien
que ce critère ne soit généralement pas déterminant,
• de faibles tractions sont tolérées au pied amont du barrage (1-2 N/mm2,
inférieures à la résistance à la traction du béton non fissuré).
Les tractions au pied amont du barrage vont favoriser le développement de fissu-
res ouvertes durant la sollicitation. La présence de ces fissures va réduire la sec-
tion horizontale effective et par conséquent surcharger le pied aval du barrage.
Lorsque la résultante des forces extérieures sort du tiers central et atteint le
sixième de la base (limite généralement admise), la moitié de la surface de
contact est ineffective et la contrainte de compression augmente de 33%.
400% Le diagramme ci-contre illustre
350%
l'augmentation de la contrainte
Augmentation de la contrainte
de compression sur le
300%
parement par l'ouverture de
250%
fissures sur le parement
200% tiers central opposé, en fonction de la
150% position de la force normale
100%
résultante. Tant que la
résultante reste dans le tiers
50% section
central, l'augmentation est
0%
0 1/6 1/3 1/2 2/3 5/6 1
nulle.
Position de la résultante
2006 LCH EPFL
Barrages 59
2.6.4 L'analyse dynamique
Lorsque la séismicité du site du barrage est importante, c'est-à-dire si on doit s'at-
tendre à des accélérations supérieures à a = 0.15 g, l'analyse pseudo-statique ne
peut plus être considérée comme suffisante et une analyse dynamique doit impérati-
vement être engagée.
L'analyse dynamique considère un système de forces variables dans le temps et
tient compte des effets d'inertie et d'amortissement. Cette analyse se base sur une
modélisation du système selon la méthode des éléments finis.
Sont en particulier considérés dans le détail :
• la réponse dynamique du barrage (en termes de déplacements, vitesses,
accélérations, contraintes et déformations),
• l'interaction réelle sol-barrage,
• l'interaction réelle retenue-barrage (selon la réponse du barrage, la réaction de
l'eau peut être plus importante que la poussée hydrosismique calculée selon
Westergaard).
Pour parvenir à ces objectifs, le
système à modéliser doit comporter
le barrage, sa fondation et la rete-
eau H nue. On admets généralement un
modèle limité dont l'extension est
représentée sur le croquis ci-contre.
Des développements récents per-
mettent d'intégrer des éléments
sol
~H finis de bord permettant de simuler
le comportement du milieu semi-
1.0 à 1.5 H ~H infini que constitue la fondation.
A terme, le comportement non-linéaire et non-élastique du béton de barrage devra
être pris en compte en intégrant dans le modèle les mécanismes d'endommagement
et de fissuration du béton. Des moyens de recherche importants sont mis en œuvre
dans ce domaine.
Une autre difficulté majeure de la modélisation dynamique est la détermination de la
sollicitation de référence à prendre en compte. De manière générale, on ne dispose
jamais de l'accélérogramme d'un séisme extrême s'étant produit sur le site du bar-
rage. Si la région est réputée sismique, on peut parfois disposer d'accélérogrammes
de séismes de plus faible magnitude enregistrés à une distance raisonnable du site.
En Suisse, un grand nombre d'analyses récentes ont été effectuées à partir de me-
sures effectuées lors du tremblement de terre du Frioul, en Italie en 1976.
La détermination de l'accélération de dimensionnement pour l'analyse d'un barrage
sur un site donné s'effectue par une analyse statistique des accélérogrammes d'évé-
nements suivie d'une extrapolation à des probabilité d'occurrence plus faibles (1/100
à 1/1000 ans-1). Cette approche est bien entendu vérifiée et complétée par une ana-
lyse régionale et une étude géologique.
EPFL LCH 2006
60 Barrages-poids
L'accélérogramme de référence choisi est déformé par homothétie pour atteindre
l'accélération de dimensionnement.
Lorsque la statique du barrage est spatiale, comme c'est le cas des barrages-voûtes,
l'accélérogramme doit être considéré dans ses trois dimensions.
Dans le cas des barrages poids, une analyse en 2D dans le plan vertical longitudinal
suffit généralement. Il est néanmoins important d'analyser non seulement la section
la plus haute du barrage, mais également des sections latérales dont les fréquences
propres différentes pourraient être plus défavorables.
L'analyse dynamique ne pose aujourd'hui pas de difficulté tant que l'on admet un
comportement linéaire de la structure. Le développement de modèles non-linéaires
intégrant la mécanique de la formation et de la propagation de fissures (mécanique
de la rupture) se heurte à 2 obstacles qui constituent 2 axes de recherche importan-
tes : une meilleure connaissance de la mécanique de la rupture dans le béton de
barrage et, sur le plan numérique, la correction des réseaux d'éléments finis dans le
temps pour tenir compte de la position et du développement des fissures.
Figure 2.20 : Analyse dynamique non-linéaire du barrage-poids Pine-Flat en
Californie pour le tremblement de terre de Taft avec amax = 1.8 m/s2
pour le lac plein (Bachmann, 1994).
2006 LCH EPFL
Barrages 61
2.6.5 Vérification des barrages en béton aux séismes selon les
directives en Suisse
[Link] Séisme de vérification
a) Classification des barrages
Selon les directives de l’Office fédéral des eaux et de la géologie (OFEG, 2002), les
barrages sont divisés en trois classes qui sont soumises à des exigences différentes
(Figure 2.21).
Figure 2.21 : Représentation graphique des classes de barrages
Pour satisfaire aux objectifs de protection contre les séismes, le comportement
suivant est requis pour un barrage sollicité par le séisme de vérification :
- Aucune rupture du barrage avec écoulement incontrôlé des eaux ;
- Aucun dégât aux ouvrages annexes susceptibles de mettre la sécurité de
l’ouvrage d’accumulation en danger
b) Probabilité du séisme
La probabilité de dépassement est donnée pour un intervalle de 100 ans, exprimé
sous forme d’un temps de retour. Le Tableau 1 donne les valeurs du temps de retour
valable pour les différentes classes de barrages.
EPFL LCH 2006
62 Barrages-poids
Classe de barrages Intervalle de temps Probabilité Temps de retour
considéré moyenne de moyen
dépassement
I 100 ans 1% 10'000 ans
II 100 ans 2% 5'000 ans
III 100 ans 10 % 1'000 ans
Tableau 1 : Temps de retour du séisme de vérification pour les différentes classes
de barrages
c) Cartes d’intensité
Pour une période de retour de 1'000 et 10'000 ans, des cartes d’intensité ont été
élaborées pour la Suisse (Figures 2.22 et 2.23).
Les valeurs des intensités pour une période de retour de 5'000 ans sont interpolées
comme suit :
*5’000=0.3·*1’000+0.7·*10’000
d) Valeurs de l’accélération
Les valeurs de l’accélération sont déterminées sur la base de la transformation
suivante [Carte suisse du risque de séismes – Détermination du danger dû aux
séismes, 1977] :
log ah=0.26·*MSK+0.19
où ah est en cm/s2.
e) Accélération de pointe
L’accélération horizontale de pointe ah à prendre en compte pour la vérification et qui
correspond au temps de retour de 1'000, 5'000 et 10'000 ans est indépendante de la
direction.
L’accélération verticale de pointe av peut être calculée à partir de la composante
horizontale ah en la réduisant d’un tiers (av=2/3·ah).
2006 LCH EPFL
Barrages 63
Figure 2.22: Valeurs des intensités pour une probabilité de dépassement de 10-3
p.a. selon la carte suisse d’aléa sismique – Détermination du danger dû
aux séismes, 1977
EPFL LCH 2006
64 Barrages-poids
Figure 2.23 : Valeurs des intensités pour une probabilité de dépassement de 10-4
p.a. selon la carte suisse d’aléa sismique – Détermination du danger dû
aux séismes, 1977
2006 LCH EPFL
Barrages 65
f) Spectre de réponse
Le spectre de réponse est la réponse dynamique maximale d’une masse oscillante
excitée en son point d’attache par un séisme. Le spectre est représenté en fonction
de la fréquence propre et de l’amortissement de la masse oscillante.
Il est distingué entre trois classes de fondation en fonction de leur profil des
couches :
Classe de fondation A : Rocher et dépôts rigides de sable, gravier ou argile
bien compacté. Célérité d’onde de cisaillement
supérieure à 400 m/s.
Classe de fondation B : Dépôts profonds de sable ou de gravier de compacité
moyenne ou d’argile moyennement rigide. Célérité
d’onde de cisaillement entre 200 et 400 m/s.
Classe de fondation C : Dépôts de sols meubles non cohésifs avec des
couches de matériaux peu cohésives, ainsi que dépôts
formés essentiellement de sols cohésifs mous à
moyennement rigides. Célérité d’onde de cisaillement
inférieure à 200 m/s.
Pour la vérification des barrages fondés sur rocher (classe de fondation A), les
spectres normalisés de réponse d’accélération de la Figure 4 sont applicables (la
valeur de l’amplification d’accélération est à multiplier par l’accélération de point au
sol).
Figure 2.24 : Spectre de réponse pour fondations sur rocher (classe de fondation A ;
voir Figures 2.25 et 2.26 pour les autres classes de fondation)
Le spectre de réponse est le même aussi bien pour la direction horizontale que
verticale.
EPFL LCH 2006
66 Barrages-poids
Les spectres de réponse normalisés pour les classes de fondation B et C sont
représentés sur les Figures 2.25 et 2.26. Ces spectres de réponse sont valables
aussi bien pour la direction horizontale que verticale.
Figure 2.25 : Spectre de réponse pour une fondation moyenne (classe de fondation
B)
Figure 2.26 : Spectre de réponse pour une fondation molle(classe de fondation C)
2006 LCH EPFL
Barrages 67
[Link] Analyse des barrages en béton et en maçonnerie de la Classe II
a) Déroulement de la vérification
La vérification aux séismes pour un barrage de la classe II se déroule selon le
schéma présenté sur la Figure 2.27 :
Figure 2.27 : Schéma du déroulement de la vérification pour les barrages de la
classe II
1)
Légende de la figure 7 : paragraphe b)
2)
paragraphe c)
3)
paragraphe d)
4)
paragraphe e)
5)
paragraphe f)
6)
paragraphe g)
7)
paragraphe h)
8)
La vérification de la sécurité aux séismes n’est pas satisfaite.
Des mesures s’avèrent nécessaires (par exemple calcul plus
détaillé, mesures constructives, mesures d’exploitation).
9)
La vérification de la sécurité dans le sens des présentes
directives est satisfaite.
EPFL LCH 2006
68 Barrages-poids
b) Relevé de la géométrie et de l’état du barrage
Géométrie
La géométrie effective du barrage y compris le tracé exact de la zone de contact
entre le barrage et les fondations sont à relever et à documenter de manière
détaillée. En cas d’incertitudes concernant le tracé de la zone de contact, il faut
procéder à des auscultations in situ pour les éliminer.
Etat
Lors du relevé de l’état du barrage, les rapports de sécurité et annuels ainsi que les
informations importantes du point de vue de la sécurité de l’aménagement doivent
être évalués et d’éventuels points faibles concernant la vérification de la sécurité aux
séismes considérés.
Il doit être tenu compte d’événements extraordinaires lors de la construction ainsi
que d’autres aspects de la phase de constructions importants pour la vérification de
la sécurité aux séismes.
c) Relevé de valeurs caractéristiques des matériaux
Valeurs caractéristiques des déformations et des dimensions du barrage
Pour la représentation correcte du comportement du barrage, les valeurs
caractéristiques les plus probables (valeurs médianes) des paramètres sont utilisées.
Pour les barrages de la classe II, il est suffisant d’admettre un matériau isotrope
linéaire-élastique avec amortissement visqueux. Les valeurs suivantes sont par
conséquent à déterminer :
- Module d’élasticité dynamique Ed.
- Coefficient de poisson +.
- Densité .
- Amortissement du matériau ,.
Lorsque des valeurs caractéristiques dynamiques déterminées à l’aide d’essais en
laboratoire ou de mesures de vibration sont disponibles, elles serviront aux calculs.
Si de tels résultats d’essais ne sont pas disponibles, le module élastique dynamique
peut être déterminé en première approche en augmentant le module élastique Es
selon l’équation suivante :
Ed = 1.25·Es
La valeur caractéristique du module d’élasticité statique Es du barrage doit être
déterminée spécifiquement pour l’ouvrage. La valeur peut être déterminée sur la
base d’essais effectués lors de la construction, si les résultats de ces derniers
peuvent être adaptés à l’âge de l’ouvrage. En cas d’absence de résultats d’essais, le
module d’élasticité statique ou dynamique doit être déterminé à l’aide d’essais sur
l’ouvrage lui-même. Les valeurs du coefficient de poissons + et de la densité
peuvent être évaluées par expérience.
2006 LCH EPFL
Barrages 69
La valeur admise pour l’amortissement critique du matériau ne doit pas dépasser
5 %. Ce paramètre d’amortissement influence l’amplification dynamique du spectre
de réponse.
Propriétés de déformation du sol de fondation
Pour la représentation correcte du comportement du barrage, les valeurs
caractéristiques les plus probables (valeurs médianes) des propriétés de déformation
du sol de fondation sont utilisées. Pour les sols de fondation des barrages de la
classe II, il est suffisant d’admettre un matériau isotrope linéaire-élastique sans
masse et un amortissement visqueux. Les valeurs suivantes sont par conséquent à
déterminer :
- Module d’élasticité dynamique Ed.
- Coefficient de poisson +.
- Amortissement du matériau ,.
Résistance du barrage
La résistance à la compression uni-axiale dynamique fcd et à la traction ftd sont
applicables lors de l’analyse de l’état de contraintes de barrages de la classe II
déterminé sur la base d’un calcul linéaire-élastique avec amortissement visqueux.
Afin de ne pas surestimer les réserves de résistance du barrage, les valeurs de
résistance prise en compte doivent être conservatives. L’utilisation de valeurs
moyennes est seulement admissible, si une série d’essais suffisamment importante
est disponible et a été analysée statistiquement. En cas d’un petit nombre
d’éprouvettes, une valeur inférieure à la moyenne doit être introduite.
Les valeurs utilisées doivent correspondre à l’âge de l’ouvrage (dans le sens de la
vérification).
La résistance dynamique peut être déterminée de manière empirique à partir de la
résistance statique :
- Résistance à la compression dynamique fcd en fonction de la résistance à la
compression statique fcs
fcd=1.5·fcs
respectivement résistance à la traction dynamique ftd en fonction de la résistance
à la traction statique fts
ftd=1.5·fts 4Mpa
- Résistance à la traction dynamique ftd en fonction de la résistance à la
compression dynamique fcd
ftd=0.1·fcd 4Mpa
EPFL LCH 2006
70 Barrages-poids
La résistance dynamique à la traction déterminée à l’aide d’une formule empirique ne
doit pas dépasser 4 MPa.
Les valeurs caractéristiques de la résistance doivent être déterminées
spécifiquement pour le barrage. Les essais exécutés durant la phase de construction
sont admis comme données de base pour cette détermination.
Résistance de la surface de contact barrage-sol de fondation
La surface de contact barrage-sol de fondation peut être admise comme plan. S’il est
tenu compte d’un encastrement du corps du barrage dans les fondations, la
plausibilité de cet effet doit être démontrée. Si cette démonstration manque ou si les
documents d’exécution sont incomplets, l’effet d’encastrement doit être négligé.
Dans le cas de fondations sur rocher, les paramètres (valeurs médianes) suivants de
la surface de contact entre barrage et les fondations peuvent être estimés sur la
base de la littérature :
- Angle de frottement - (angle de frottement de matériaux béton/rocher).
- Angle de dilatation i (angle de dilatation de l’imbrication mécanique des
fondations barrage/rocher).
- Cohésion c (cohésion des matériaux béton/rocher due à une micro-
imbrication).
d) Conditions initiales statiques
Le séisme de vérification est à considérer comme sollicitation extraordinaire. Les
sollicitations correspondantes sont par conséquent à superposer avec celles dues
aux charges statiques d’exploitation usuelles qui sont les suivantes :
- Poids propre.
- Poussée de l’eau.
- Température (correspondant au niveau maximal).
- Poussée des terres due aux remblais à l’aval ou aux sédiments dans la
retenue.
- Eventuellement poussée des glaces (correspondant au niveau maximal).
L’étude du cas avec retenue pleine est suffisante pour la vérification de la sécurité.
Le niveau admis dans la retenue correspond au niveau maximal d’exploitation
(niveau de retenue).
Les sous-pressions agissant sur la surface de contact entre le barrage et le sol de
fondation sont uniquement considérées pour la vérification de la stabilité. La
répartition des sous-pressions peut être basée sur les mesures des sous-pressions
effectives à retenue pleine ou admise linéaire entre l’amont et l’aval en cas
d’absence de mesures. Les sous-pressions agissent perpendiculairement à la
surface d’appui du barrage.
2006 LCH EPFL
Barrages 71
Une estimation de la répartition des températures dans le corps du barrage est
suffisante. La répartition de la température peut être admise linéaire sur la section
transversale.
Les déformations et les sollicitations évaluées correspondent aux conditions initiales
statiques pour la vérification aux séismes.
Les sollicitations dues aux charges d’exploitation normales sont superposées à
celles dues au séisme.
e) Modélisation spécifique à l’aide de la méthode du spectre de réponse
Déroulement
L’exigence minimale à la vérification de la sécurité des barrages de la classe II aux
séismes est une analyse spécifique au barrage étudié à l’aide de la méthode du
spectre de réponse. Cette analyse se déroule comme suit :
- Modélisation géométrique.
- Calage du modèle sous les charges statiques normales
- Détermination de la fréquence propre, de l’amortissement modal et des
masses oscillantes.
- Détermination des déformations modales maximales et des sollicitations
correspondantes.
f) Modélisation géométrique d’un barrage poids
Les barrages poids peuvent être analysés à l’aide d’un calcul bi-dimensionnel en se
basant sur la section transversale déterminante pour la sécurité sismique. La section
transversale déterminante doit être évaluée et son choix justifié. Le sol de fondation
doit au moins être modélisé comme système d’amortisseurs et ressorts. La base
pour la détermination des paramètres correspondants (rigidité des ressorts et valeurs
de l’amortissement) est la rigidité dynamique des fondations (par exemple qui
correspond à la première fréquence propre du barrage).
La Figure 2.28 montre une coupe transversale d’un barrage poids ainsi que les
notions de bases les plus importantes pour le calcul.
EPFL LCH 2006
72 Barrages-poids
Figure 2.28 : Coupe transversale d’un barrage poids et notions de base essentielles
g) Détermination de la masse d’eau entraînée
La masse oscillant avec le barrage représentant l’effet hydrodynamique de l’eau sur
le barrage avec un parement amont approximativement vertical se calcule en
fonction de la hauteur h selon l’équation suivante de Westergard :
7 h
mw (h ) = w hw 1
8 hw
Pour des raisons pratiques, le barrage est divisé en plusieurs tranches horizontales.
Le choix de cette division se fait en fonction de la forme du barrage, du niveau d’eau
et de la précision souhaitée du calcul. Les différentes tranches peuvent être
d’épaisseur variable. Pour la tranche i, on peu écrire :
7 hi
mwi = w hw 1 hi
8 hw
Si l’étude se fait pour plusieurs sections transversales du barrage, il faut utiliser pour
chaque section la hauteur hw correspondante. Le même principe est valable pour les
barrages-voûte où la masse d’eau totale peut être combinée des masses provenant
de différentes sections verticales avec leur hauteur hw correspondante.
2006 LCH EPFL
Barrages 73
h) Détermination empirique de la première fréquence propre d’un barrage-
poids
Pour les barrages poids à section transversale triangulaire, la première fréquence
propre (fréquence de base) fs peut être calculée en première approximation par la
formule ci-dessous. Un barrage avec une section transversale de forme légèrement
différente peut être approché par un triangle de la même hauteur et de la même
surface que la section transversale effective.
bs Ed
fs = ! , mais au maximum 10 Hz
hs2
La limitation à 10 Hz se base sur des observations selon lesquelles la flexibilité des
fondations devient alors déterminante.
La période fondamentale Ts en seconde s’exprime alors par :
1
Ts =
fs
! est un coefficient de forme qui dépend de la forme du barrage. Il est représenté au
Tableau 2 en fonction du rapport bs / hs et pour les cas d’une retenue pleine et vide.
Pour les cas intermédiaires, le coefficient peut être interpolé.
bs / hs ! (retenue vide) ! (retenue pleine)
0.6 0.19 0.13
0.8 0.17 0.12
1.0 0.15 0.11
Tableau 2 : Coefficient de forme pour le calcul de la première fréquence propre
(fréquence de base).
i) Accélération spectrale
L’accélération spectrale déterminante peut être déterminée à l’aide du spectre de
réponse à partir de la première période propre (période fondamentale, période de
résonance) (Figure 2.29).
EPFL LCH 2006
74 Barrages-poids
Figure 2.29: Détermination de l’accélération horizontale à l’aide du spectre de
réponse
Si la détermination empirique de la période fondamentale n’est pas possible, il faut
admettre qu’elle se situe dans le domaine de l’amplification maximale du spectre de
réponse.
Une partie substantielle des charges sismiques sont prises en compte de par la
détermination de la première fréquence propre et de l’accélération spectrale
correspondante. La participation des modes plus élevés est prise en compte par un
facteur de correction. La Figure 2.29 montre que les valeurs propres les plus élevées
ne sont pas amplifiées si la période est inférieure à une valeur limite. L’accélération
spectrale est alors égale à l’accélération du sol. L’influence de la première valeur
propre augmente par conséquent avec la différence entre l’accélération spectrale et
l’accélération du sol, càd. avec le rapport entre as et ah. Si le rapport entre as et ah
diminue, les valeurs propres plus élevées gagnent en importance. Le facteur de
correction correspondant est représenté sur la Figure 2.30.
Figure 2.30: Facteur de correction .k pour la prise en compte des valeurs propres
plus élevées
2006 LCH EPFL
Barrages 75
j) Détermination empirique du premier mode de déformation de barrages poids
Le premier mode de déformation consiste en un balancement du barrage dont
l’amplitude maximale se situe au niveau du couronnement. La forme de la déformée
est semblable pour tous les rapports bs / hs est peut être décrite par la formule
suivante :
3 2
hi hi hi
. i = 0.69 + 0.14 + 0.17
hs hs hs
Le facteur de forme .i ainsi calculé représente la déformation à la hauteur hi par
rapport à la déformation maximale au niveau du couronnement (hauteur hs). Il est
utilisé pour la répartition de la sollicitation sismique sur la hauteur du barrage et
représenté graphiquement sur la Figure 2.31.
Figure 2.31 : Facteur de forme .i utilisé pour la répartition de la charge sismique de
substitution sur la hauteur du barrage.
k) Détermination de la charge sismique avec la méthode simplifiée du spectre
de réponse (un mode)
Dans un modèle bi-dimensionel, il faut tenir compte de la composante horizontale et
de la composante verticale du tremblement de terre. La détermination de la charge
sismique de substitution horizontale est décrite ci-dessous en référence à la
Figure 8. Pour des raisons pratiques, le barrage est divisé en plusieurs tranches
EPFL LCH 2006
76 Barrages-poids
horizontales. Le choix de cette division se fait en fonction de la forme du barrage, du
niveau d’eau et de la précision souhaitée du calcul. Les différentes tranches peuvent
être d’épaisseur variable.
La masse du barrage dans la tranche i peut être calculée comme suit :
msi = s bi hi
Avec la masse de l’eau oscillant avec le barrage mwi, on obtient la masse totale de la
tranche i par :
mi = mw i + msi
Cette masse est réduite par un coefficient de masse indiquant la part de la masse
totale oscillant à la première fréquence propre. Le coefficient de masse .m est
représenté au Tableau 3.
bs / hs .m (retenue vide) .m (retenue pleine)
0.6 0.39 0.41
0.8 0.39 0.43
1.0 0.40 0.44
Tableau 3 : Coefficient de masse de la première fréquence propre (fréquence de
base)
La charge sismique de substitution totale agissant sur le barrage se calcule à partir
de l’accélération spectrale, du coefficient de masse, du facteur de correction et de la
masse totale du barrage à l’aide de l’équation suivante :
QH tot = as . k /m mi
Cette charge est répartie sur la hauteur de l’ouvrage en utilisant le facteur de forme
de la déforme :
mi . i
QH i = QH tot
mi . i
2006 LCH EPFL
Barrages 77
Les charges ponctuelles de chaque tranche calculées par cette méthode sont à
introduire comme charges statiques dans le modèle de barres, respectivement dans
le modèle d’éléments finis. Ainsi, la sollicitation du barrage due à la composante
horizontale du séisme peut être déterminée.
La charge sismique de substitution verticale est déterminée en tenant compte de la
masse du barrage uniquement. L’eau n’a pas d’influence sur les oscillations du
barrage dans la direction verticale. Les fréquences pour les oscillations dans la
direction verticale sont en général si élevées, que le barrage complet est sollicité par
l’accélération verticale du sol. Il n’y a aucune amplification. L’accélération verticale av
est déterminée selon la Partie B.
La charge sismique de substitution verticale totale peut être calculée comme suit à
partir de la masse du barrage oscillante :
QVtot = av msi
La valeur pour une seule tranche est :
QVi = av msi
La charge sismique de substitution verticale est assimilable à – suivant son sens
d’action – une réduction, respectivement une augmentation du poids propre du
barrage. Il faut tenir compte de l’excentricité de la ligne d’action par rapport à la
section transversale de calcul. Il faut tenir compte des deux sens d’action (vers le
haut et vers le bas).
l) Détermination de la charge sismique selon la méthode pseudo-statique
avec un mode de déformation uniforme
Si la détermination de la fréquence de base et du premier mode de déformation
selon une méthode empirique ou plus détaillée (par exemple selon le point j)) n’est
pas possible ou si la géométrie du barrage ne peut pas être approchée par un
triangle, la charge due au séisme peut être déterminée à l’aide de la méthode
pseudo-statique avec un mode de déformation uniforme. Il faut tenir compte tant de
la composante horizontale que de la composante verticale du séisme. La
détermination de la charge sismique de substitution horizontale est décrite ci-
dessous en référence à la Figure 2.28.
La masse du barrage dans la tranche i peut être calculée comme suit :
msi = s bi hi
Avec la masse de l’eau oscillant avec le barrage mwi, on obtient la masse totale de la
tranche i par :
mi = mw i + msi
EPFL LCH 2006
78 Barrages-poids
Finalement, la charge de substitution horizontale totale peut être calculée à partir de
la masse oscillante totale et de l’accélération spectrale as à l’aide de l’équation
suivante :
QH tot = as mi
La valeur pour une seule tranche est :
QH i = as msi
La charge sismique de substitution verticale est déterminée en tenant compte de la
masse du barrage uniquement. L’eau n’a pas d’influence sur les oscillations du
barrage dans la direction verticale. Les fréquences pour les oscillations dans la
direction verticale sont en général si élevées, que le barrage complet est sollicité par
l’accélération verticale du sol. Il n’y a aucune amplification. L’accélération verticale av
est déterminée selon la Partie B.
La charge sismique de substitution verticale totale peut être calculée comme suit à
partir de la masse du barrage oscillante :
QVtot = av msi
La valeur pour une seule tranche est :
QVi = av msi
La charge sismique de substitution verticale est assimilable à – suivant son sens
d’action – une réduction, respectivement une augmentation du poids propre du
barrage. Il faut tenir compte de l’excentricité de la ligne d’action par rapport à la
section transversale de calcul. Il faut tenir compte des deux sens d’action (vers le
haut et vers le bas).
m) Vérification des contraintes
La vérification des contraintes (vérification de la résistance) consiste à démontrer
que les sollicitations maximales dues à une combinaison des charges statiques et
des charges dues au séisme ne dépassent pas la résistance dynamique (tant en
traction qu’en compression). Les contraintes principales sont calculées pour chaque
cas de charge à partir des composantes des contraintes. Les valeurs minimales et
maximales des contraintes principales des cas de charge 1 à 4 (pour les modèles bi-
dimensionnels), respectivement 1 à 8 (pour les modèles tri-dimensionnels) selon le
Tableau 4 sont comparées à la résistance dynamique du matériau.
2006 LCH EPFL
Barrages 79
Cas de
Modèle bi-dimensionnel Modèle tri-dimensionnel
charge
gauche-
horizontal vertical amont-aval vertical
droite
1 + + + + +
2 + - + + -
3 - + + - +
4 - - + - -
5 - + +
6 - + -
7 - - +
8 - - -
Tableau 4 : Signes du séisme de vérification
Si cette vérification n’est pas satisfaite, il faut en plus démontrer que :
- Une redistribution des contraintes dans les zones avoisinantes est possible, et
que
- Les dégâts au barrage (fissures) n’entraînent pas un écoulement incontrôlé de
masses d’eau.
Si les vérifications demandées ne peuvent pas être satisfaites, des mesures de
correction constructives ou d’exploitation correspondantes doivent être prises.
n) Vérification de la stabilité
La vérification de la stabilité consiste à s’assurer qu’aucun glissement ou
basculement du barrage ou d’une partie du barrage n’a lieu lors du séisme. Les deux
vérifications se font à l’aide d’un modèle de corps rigide avec la géométrie effective
du barrage et des fondations.
Glissement
Pour la vérification de la sécurité au glissement, la résistance maximale entre le
barrage et les fondations doit être supérieure au cisaillement total selon l’équation
suivante :
c+ m tan(- + i ) " m
avec : - : angle de frottement béton/rocher sur la surface de glissement.
i: angle de dilatation barrage/rocher sur la surface de glissement.
EPFL LCH 2006
80 Barrages-poids
c: cohésion béton/rocher sur la surface de contact et
éventuellement de l’excavation de fondation.
m : contrainte normale effective moyenne à la surface de contact.
"m : contrainte de cisaillement moyenne à la surface de contact.
L’encastrement du barrage dans le sol de fondation (excavation de fondation) doit
uniquement être pris en compte dans la résistance par l’intermédiaire d’une
cohésion, si une action composite (imbrication) entre le barrage et le rocher peut être
démontrée. Si cet effet ne peut être démontré, seule la résistance sur la surface de
contact horizontale (surface d’appui du barrage) doit être considérée.
Basculement
Il est à vérifier que les contraintes dans la surface de contact entre le barrage et les
fondations sont inférieures aux valeurs extrêmes de la résistance. En cas de
dépassement de la contrainte dynamique de traction admissible au pied amont, il
faut s’assurer que l’ouverture du joint de fondation à l’amont ne conduit pas à des
contraintes de compression supérieures à la résistance à la compression au pied
aval.
Stabilité des fondations
La vérification de la stabilité des fondations elles-mêmes consiste à s’assurer que
pendant le séisme, aucune rupture locale de la fondation menaçant la stabilité du
barrage n’apparaît.
Satisfaction de la vérification
Si la vérification de la stabilité n’est pas satisfaite, il s’agit de vérifier que :
- La stabilité globale du barrage en tenant compte d’instabilités partielles n’est
pas menacée.
- Les dégâts au barrage (fissure, instabilité de blocs particuliers, etc.)
n’entraînent pas un écoulement incontrôlé de masses d’eau.
Si les vérifications exigées ne peuvent être satisfaites, des mesures constructives ou
d’exploitation correspondantes doivent être prises.
o) Autres vérifications
Vérification de la stabilité des rives
En cas de présence de versants potentiellement instables ou d’autres zones
similaires sur les rives de la retenue, il est à vérifier qu’aucun glissement de terrain
ne puisse conduire à un déferlement intolérable par-dessus le couronnement du
barrage ou à un phénomène similaire.
Vérification du fonctionnement des ouvrages annexes importants du point de
vue de la sécurité
Le fonctionnement des ouvrages annexes importants du point de vue de la sécurité,
en particulier des organes de sécurité tels que les organes de vidange, doit être
assuré après un séisme. Leur fonctionnement doit être maintenu ou pouvoir être
immédiatement rétabli.
2006 LCH EPFL
Barrages 81
2.7 Les effets de température
2.7.1 Insolation
L'insolation d'une surface de béton produit un échauffement considérable. Le pare-
ment aval d'un barrage-poids, selon son orientation et les conditions climatiques,
peut être soumis à une forte insolation. A l'opposé, le parement amont, lorsque la
retenue est pleine, est en contact avec de l'eau sensiblement plus froide. Il s'ensuit
une dilatation thermique du parement aval par rapport au parement amont qui se
contracte. La conséquence est une déformation du barrage et une déplacement du
couronnement vers l'amont.
TE : température de l'eau TE = 4°C à partir d'une certaine
TE
profondeur
TB : température du béton dans le corps du barrage
TB TA TA : température de l'air à proximité du parement aval,
peut atteindre 60 à 70°C
L'inertie thermique de la masse du barrage poids est telle que la température à l'inté-
rieur de la masse s'établit quelques années après la construction à une valeur
moyenne, pratiquement constante tout au long de l'année.
Les parements subissent, pour leur part, une variation cyclique dépendant principa-
lement des saisons et du cycle d'exploitation de la retenue. Il s'ensuit un état de
contraintes thermiques non négligeable dans le barrage, en particulier à proximité
des parements, qui vient s'ajouter aux contraintes calculées précédemment pour les
autres charges.
Les déformations longitudinales au couronnement dues aux effets de température
peuvent atteindre des valeurs importantes. L'auscultation des barrages en exploita-
tion se base pour une part importante sur la mesure des déformations. Ces mesures
sont comparées avec des déformations calculées afin de contrôler le bon comporte-
ment de l'ouvrage. Il est par conséquent important d'évaluer avec suffisamment de
précision l'effet de ces variations de température. Ici aussi, seule la méthode des
éléments finis permet d'estimer le champ de température dans l'ouvrage et par
conséquent également le champ de contraintes thermiques.
2.7.2 Échauffement du béton lors de la prise
Lors de la construction d'un ouvrage aussi massif qu'un barrage-poids, l'échauffe-
ment du béton par l'hydratation du ciment peut être considérable et provoquer une
fissuration importante de l'ouvrage si des précautions particulières ne sont pas pri-
ses.
a) Estimation de l'élévation de température
On peut considérer qu'un volume de béton situé au cœur d'un barrage poids est
entouré de béton dans un état thermique pratiquement identique au sien et que
les échanges de chaleur sont par conséquent très lents. L'élévation de tempéra-
EPFL LCH 2006
82 Barrages-poids
ture durant les quelques jours que dure la prise du ciment peut être considérée
comme adiabatique et peut être estimée avec la relation suivante :
W D
T=
B cB
où W : chaleur d'hydratation du ciment [kJ/m3]
D : dosage en ciment [kg/m3]
: masse volumique du béton
B [kg/m3]
cB : chaleur spécifique du béton [kJ/°C·kg]
En admettant un ciment Portland suisse d'usage courant et un dosage de
250 kg/m3, on aura
W = 335 [kJ/m3],
D = 250 [kg/m3],
3
B = 2450 [kg/m ],
cB = 0.84 [kJ/°C·kg];
ce qui conduit à une élévation de température de
T = 40.7 °C.
Cette élévation de température est atteinte après 5 à 7 jours et s'ajoute à la tem-
pérature initiale du béton frais. La température dans le corps d'un plot de barrage
devient
Tmax = To + T
où To est la température du béton frais et se calcule par la relation
A T A c A + C TC cC + E TE c E
To =
A c A + C cC + E c E
avec
A, C, E : masse respective des agrégats, ciment et eau, en [kg]
TA, TC, TE : température respective des agrégats, ciment et eau, en [°C]
cA cC = 0.2 [kJ/°Ckg]
cE = 1.0 [kJ/°Ckg] : chaleur spécifique des agrégats, ciment et eau.
Il en résulte dans un milieu alpin une température du béton frais variant entre 8 et
15 C, et par conséquent une température maximale dans le corps Tmax de l'ordre
de 50 à 65 °C.
Dans des pays arides, la température des agrégats pourrait dépasser les 40 °C et
la température du béton frais atteindrait les 80 °C si aucunes mesures n'était
prise!
b) Conséquences du refroidissement du béton
Le béton durci dont la température est de l'ordre de 50 à 65 °C va se refroidir
progressivement jusqu'à atteindre sa température d'équilibre, généralement entre
5 et 10 °C dans un climat tempéré.
2006 LCH EPFL
Barrages 83
Sous l'effet de ce refroidissement de plus de 40 °C, le barrage va se contracter.
Comme le béton est relativement peu déformable, et que ce refroidissement est
plus rapide à proximité des parements qu'au centre de la masse, la fissuration du
béton est quasiment inévitable.
Pour cette raison, le barrage est découpé en plots séparés par des joints longitu-
dinaux verticaux, comme expliqué au chapitre 2.2.1.
L'ouverture des joints verticaux entre 2 plots peut être estimée :
%= T l 10 5 [°C 1 ] 40 [°C ] 16 [m] = 6.5 [mm] .
c) Mesures propres à accélérer le refroidissement du béton
Pour limiter la fissuration du béton pendant son refroidissement, 2 mesures peu-
vent être prises :
• la température maximale atteinte après la prise est abaissée.
• le refroidissement est accéléré pour que la contraction s'effectue alors que le
béton est encore jeune et déformable.
Refroidissement naturel
Lorsque le barrage est mince, c'est-à-dire jusqu'à 10 à 12 m d'épaisseur, le refroidis-
sement naturel par les 2 parements est suffisamment rapide si les conditions climati-
ques sont favorables.
Dans le cas d'un barrage-poids, l'épaisseur est sensiblement plus importante, hormis
à proximité du couronnement.
Refroidissement artificiel pendant la prise
La chaleur d'hydratation du ciment est évacuée par une circulation d'eau dans un
réseau de conduites noyées dans le béton frais.
serpentins
1.5 à 3 m
étape de bétonnage
12
à 18
m
joint d’étanchéité
max. 30 m
Figure 2.32: Disposition des serpentins
Des conduites métalliques sont placées selon une disposition de serpentins sur la
surface du plot avant chaque levée de bétonnage (voir figure 2.32) et une circulation
EPFL LCH 2006
84 Barrages-poids
d'eau froide est assurée pendant et après la prise du béton. L'écartement entre les
branches des serpentins varie entre 1.5 et 3 m. Il dépend du degré de refroidisse-
ment à atteindre, de l'épaisseur des levées et de la température de l'eau disponible.
Ce refroidissement artificiel est mis en œuvre sur quasiment tous les chantiers de
barrages massifs, en combinaison avec d'autres mesures.
Refroidissement initial du béton frais
Dans les pays chauds, on pratique très souvent, en complément au refroidissement
artificiel pendant la prise, le refroidissement initial du béton avant sa mise en place.
Les différents composants du béton sont traités préalablement au malaxage :
les agrégats : sont protégés de l'insolation,
sont refroidis à l'eau froide ou avec un jet d'air réfrigéré.
l'eau : est réfrigérée,
est remplacée par des paillettes de glace.
le ciment : de l'air réfrigéré est insufflé dans les silos de stockage.
De plus, le béton frais est transporté dans des bennes réfrigérées. La durée de
transport du béton entre la tour à béton et le barrage sera réduite au maximum. Cette
contrainte peut devenir essentielle dans l'évaluation des propositions d'organisation
des installations de chantier.
Ces mesures de refroidissement préalable vont permettre d'abaisser la température
initiale du béton frais d'une dizaine de degrés dans le meilleur des cas.
Vues les chaleurs spécifiques de chacun des composants, la réfrigération de l'eau de
gâchage est la mesure la plus efficace.
Emploi de ciments à faible dégagement de chaleur
Pour limiter l'échauffement lors de la prise du béton, on utilise souvent des ciments à
faible dégagement de chaleur, tels les ciments pouzzolaniques ou les ciments au
laitier de hauts-fourneaux. On ajoute aussi dans certains cas une proportion impor-
tante de cendres volantes.
Une des caractéristiques de ces ciments est que la prise s'effectue plus lentement,
retardant par conséquent le décoffrage. En outre, les résistances à la compression à
90 jours est sensiblement plus basse. Par contre, la maturation du béton continue à
évoluer et les résistances finales sont satisfaisantes.
L'échauffement plus lent rend plus efficaces les mesures de refroidissement artificiel
et les températures maximales observées sont plus basses qu'avec de ciments
usuels.
Un des autres avantages est que la maturation du béton est plus lente. Le retrait
s'effectue sur un béton plus déformable et la fissuration est réduite.
Afin de déterminer la ou les recettes les plus appropriées pour un ouvrage particulier,
la construction est toujours précédée d'une campagne importante d'essais prélimi-
naires conduite avec les agrégats et les ciments retenus pour le barrage.
2006 LCH EPFL
Barrages 85
2.8 Aspects constructifs particuliers
2.8.1 Précautions en cas de séismicité importante
Lorsque le barrage-poids est construit dans une zone à fort risque sismique, le di-
mensionnement appuyé sur une analyse dynamique doit être accompagné de certai-
nes précautions constructives.
a) Forme du couronnement
Pour limiter la concentration de contraintes et l'ouverture de
fissures, la transition du couronnement au parement aval est
arrondie.
Zone critique
b) Joints entre les plots
Pour améliorer la stabilité des plots sous une charge dynamique transversale
(d'une rive à l'autre), les joints sont remplis de coulis de ciment. Les efforts trans-
versaux peuvent ainsi être transmis d'un plot à son voisin et ainsi absorber les
accélérations latérales. L'inconvénient de ce remplissage est que les variations
annuelles de températures peuvent créer un état de contraintes transversales
additionnelles.
La stabilité des plots peut être améliorée par la mise en place de boîtes de cisail-
lement dans les joints entre les plots, comme le montre la figure 2.33. Les joints
sont alors remplis de coulis pour améliorer la reprise des efforts. La stabilité d'en-
semble du barrage n'est pas affectée, du fait que chaque plot à une géométrie qui
lui est propre (la hauteur change) et par conséquent des fréquences propres dif-
férentes.
0.5 à 1.0 m 0.2 à 0.5 m
1.0 à 2.0 m
1.0 à 3.0 m
Figure 2.33: Boîtes de cisaillement dans les joints.
EPFL LCH 2006
86 Barrages-poids
2.8.2 Qualité du béton, dosage en ciment
Les contraintes à l'intérieur d'un barrage-poids sont faibles. Selon les cas de charge
considérés, seuls les parements sont plus fortement sollicités (l'amont à lac vide,
l'aval à lac plein). Les contraintes thermiques et le risque de fissuration sont aussi
limités aux zones à proximité des parements.
altération
perméabilité météorique
Figure 2.34: Dosage en ciment:
à gauche : principe de répartition des dosages,
à droite : répartition des dosages dans le barrage de la Grande-Dixence
Le seul critère limitant le dosage en ciment est la maniabilité du béton frais lors de sa
mise en place. Des dosages en ciment de 130 à 180 kg/m3 sont couramment obser-
vés.
Sur les parements, par contre, le dosage est plus important, souvent entre 250 et
280 kg/m3 sur une épaisseur variant de 1.5 à 3.0 m. Outre les considérations stati-
ques, ce béton de meilleure qualité est rendu nécessaire pour assurer l'étanchéité du
parement amont, la protection contre le gel et les altérations météoriques.
La faible résistance à la compression nécessaire au cœur du barrage et la stabilité
thermique de la masse conduisent à choisir un dosage minimum en ciment au centre
du barrage. Ce dosage faible est favorable quant à la dissipation de la chaleur d'hy-
dratation et sur le plan économique.
2006 LCH EPFL
Barrages 87
2.8.3 Joints de construction et dispositif d'étanchéité
Un dispositif particulier d'étanchéité doit être mis en place pour que le joint longitudi-
nal vertical séparant 2 plots ne constitue pas un cheminement privilégié d'infiltration.
Ce joint, placé à proximité du parement amont, doit reprendre l'ensemble de la pres-
sion hydrostatique de la retenue.
Vu l'importance de cet élément, et l'impossibilité de le
réparer sans un abaissement de la retenue jusqu'au ni-
veau incriminé, le joint est constitué de 2 bandes étan-
ches entre lesquelles est placé un tube drainant. Ce tube
récolte les eaux de fuites ayant passé le premier obstacle
et fournit ainsi une bonne information sur l'état du joint. En cas d'obturation du drain
ou de fuites importantes, la seconde bande d'étanchéité est capable de reprendre la
totalité de la pression.
2.9 Surélévation des barrages poids
2.9.1 Motivation et conditions préalables
La plupart des barrages ayant été surélevés jusqu'à ces dernières années sont des
barrages-poids. Plusieurs motivations peuvent conduire à envisager la surélévation
d'un barrage :
a) La retenue est sous-dimensionnée
• l'hydrologie ayant servi de base de dimensionnement était mal connue ou non
représentative,
• l'hydrologie a changé (fonte des glaciers, urbanisation),
• des apports extérieurs au bassin versant ont été ajoutés (captages ou pompa-
ges).
b) Le volume utile de la retenue est réduit
Les causes en sont soit l'alluvionnement de la retenue, soit une modification des
contraintes d'exploitation.
c) Une meilleure utilisation des apports est souhaitée
Une augmentation du volume de la retenue fournirait un avantage économique,
par exemple, par un meilleur transfert de l'exploitation du volume d'eau d'été en
hiver.
d) La compensation pluriannuelle doit être mieux garantie
par exemple, le développement démographique de certains pays arides rend plus
important le volume à transférer d'une année humide à une année sèche.
Pour que la surélévation d'un barrage soit envisageable, un certain nombre de
conditions doivent impérativement être réunies :
a) Le comportement du barrage depuis sa mise en eau doit être bien connu et ne
présenter aucune anomalie.
EPFL LCH 2006
88 Barrages-poids
b) Le comportement de la fondation du barrage doit également être bien connu et ne
présenter aucune anomalie.
Cet aspect est essentiel, car si on sait avec quoi on a construit un barrage, on ne
sait que très partiellement sur quoi on l'a construit (sondages, galeries d'explora-
tion, observation de la fondation avant bétonnage, relevés d'absorption de coulis
d'injection). L'analyse du comportement de la fondation pendant l'exploitation est
une information essentielle, additionnelle.
c) Le régime des sous-pressions est bien connu; leur augmentation peut être maîtri-
sée par de nouvelles mesures techniques (injections supplémentaires, draina-
ges).
d) la qualité du béton doit permettre l'augmentation des contraintes.
2.9.2 Modes de surélévation
Surélévation faible
Lorsque la surélévation est faible par rapport à la hauteur du barrage, l'augmentation
des efforts est également faible.
Si H est la hauteur du barrage et F la force exercée par la poussée de l'eau,
pour H = 10%·H, F = (1.1)2·F, d'où F 20%·F.
Un certain nombre d'anciens barrages-poids sont, selon les critères actuels, sensi-
blement surdimensionnés et pourraient supporter des effort supplémentaires tout en
restant dans des limites de sécurité acceptables. Le plus souvent, le point le plus
critique à vérifier est la sécurité au glissement sur la fondation.
La surélévation peut être réalisée par un simple
ancien renforcement du couronnement. Le nouveau béton
couronnement
doit être rendu solidaire de l'ensemble de la structure
tirants de
par un traitement approprié de la surface et par la
précontrainte mise en place de tirants précontraints courts. Les
sollicitations dynamiques en cas de séisme sont cri-
tiques pour le dimensionnement de ces tirants.
Surélévation importante
On considère que la surélévation est importante lorsqu'elle atteint ou dépasse 10%
de la hauteur initiale du barrage. Dans ce cas, des interventions lourdes sont néces-
saires pour préserver la sécurité de l'ouvrage. Plusieurs mesures peuvent être mises
en œuvre :
2006 LCH EPFL
Barrages 89
a) Le renforcement du parement amont
Le profil type du barrage-poids est reconstitué à la nouvelle hauteur par l'adjonc-
tion de béton rapporté à l'amont.
L'épaisseur de béton est constante sur
toute la surface du parement et vaut
év. précontrainte
locale (séisme) E=m H
Le nouveau béton rapporté est rendu
solidaire de l'ancien béton par la mise
en place de goujons de cisaillement. Le
contact entre l'ancien et le nouveau
goujons
béton, qui constitue un plan de
drains percolation préférentiel, sera soigneu-
sement drainé. Les joints entre les
plots seront prolongés dans le nouveau
béton, et des bandes d'étanchéité
seront placées à proximité du nouveau
parement amont.
De par sa position, le renforcement du parement ne peut se faire qu'à lac vide. En
règle générale, la retenue ne peut être vidée que jusqu'au niveau de la vidange
de fond, elle-même située suffisamment haut pour éviter l'envasement. Il est donc
rare que l'on puisse vider la retenue jusqu'à la fondation. D'autre part, à lac vide,
la contrainte la plus importante sur la fondation se situe à l'amont. Il n'est pas
possible lors du renforcement de mettre en charge la partie étendue de la fonda-
tion de sorte à assurer la continuité des contraintes dans la fondation. Pour ces
différentes raisons, ce mode de surélévation n'est que très rarement retenu.
b) Le renforcement du parement aval
év. précontrainte Le profil type du barrage-poids est reconstitué à la
locale (séisme) nouvelle hauteur par l'adjonction de béton
rapporté à l'aval dans ce cas-ci. L'épaisseur de
goujons béton est constante sur toute la surface du
drains parement aval et vaut E = m H. Le nouveau
béton rapporté est rendu solidaire de l'ancien
béton par la mise en place de goujons de
cisaillement. Les joints entre les plots seront
prolongés dans le nouveau béton et drainés.
Le parement aval étant généralement accessible en toutes circonstances, l'exé-
cution du renforcement jusqu'à la fondation ne pose pas de difficulté majeure. Le
pied du renforcement sera exécuté à lac vide, lorsque les contraintes sur le pied
aval de la fondation sont les plus faibles. Une attention particulière sera portée à
la qualité du béton mis en place, la partie inférieure du parement aval étant la
zone la plus sollicitée de l'ensemble de l'ouvrage.
EPFL LCH 2006
90 Barrages-poids
Pour assurer la stabilité du nouveau couronnement en cas de séisme, celui-ci est
souvent scellé au béton de l'ancien barrage par des tirants précontraints.
Cette solution présente par contre l'inconvénient majeur de nécessiter la reprise
des ouvrages annexes si ceux-ci sont intégrés au corps du barrage.
c) Le renforcement du couronnement et précontrainte
Une charge supplémentaire est appliquée sur le
couronnement surélevé du barrage par la mise en
place de tirants de précontrainte. Le couronnement
év. précontrainte sert également de poutre de répartition pour une
locale (séisme)
introduction homogène des efforts de précontrainte.
tirant de
précontrainte
Le gros avantage des solutions de surélévation
avec des tirants de précontrainte est une exécution
indépendante de l'exploitation de la retenue. La
durée d'exécution – couronnement, forages, pose
des tirants en mise en tension – est pour de tels
scellement travaux un paramètre délicat à gérer.
Le scellement des tirants de précontrainte est situé profondément sous la
fondation du barrage. La tenue de ces scellements, qui dépend de la géologie,
constitue par conséquent un des critères déterminants de la faisabilité d'une telle
solution. La force de précontrainte à appliquer est considérable, aussi l'usage de
tirants de plus de 1000 tonnes est souvent indispensable. La tête des tirants étant
située sur le couronnement du barrage, la longueur des câbles atteint 1.5 à 2 fois
la hauteur totale du barrage. La manipulation de câbles d'aussi gros diamètre et
aussi longs limite dans bien des cas, pour des raisons pratiques et constructives,
la hauteur de surélévation envisageable.
2.9.3 Utilisation de la précontrainte
[Link] Force de précontrainte nécessaire
Les objectifs à atteindre avec la force de précontrainte sont les suivants :
• pas de tractions sur le parement amont à lac plein,
• contraintes de traction limitées sur le parement aval à lac vide,
• contraintes maximales de compression inférieures aux limites admissibles sur la
fondation,
• sécurité au glissement suffisante,
• la stabilité d'ensemble du barrage et de sa fondation doit être assurée.
Les 2 premiers critères déterminent la force de précontrainte nécessaire ainsi que la
position des têtes et l'inclinaison des ancrages.
2006 LCH EPFL
Barrages 91
Pour éviter les tractions sur le parement amont à lac plein, la position des ancrages
la plus économique serait le plus à l'amont possible. Par contre, pour limiter les trac-
tions sur le parement aval à lac vide, l'axe de la force de précontrainte devrait se si-
tuer dans le tiers central de la section, soit beaucoup plus à l'intérieur de l'ouvrage.
La force de précontrainte qui permettrait d'éviter l'apparition de tractions tant à lac
vide qu'à lac plein serait démesurée et atteindrait très rapidement les limites du réali-
sable. De même, la contrainte maximale de compression sur la fondation deviendrait
très importante. Pour ces raisons, et pour autant que la géologie le permette, on to-
lère de faibles contraintes de traction au pied aval à lac vide. Ces tractions pourront
occasionner un décollement ou une décompression du pied aval du barrage à lac
vide.
Admettons le profil triangulaire simplifié du barrage-poids et appliquons une surélé-
vation de la poussée hydrostatique sans augmentation du poids propre. La sous-
pression va également augmenter de la même manière que la pression d'eau. La
figure 2.35 montre les diagrammes de contraintes verticales sur la fondation pour le
barrage non surélevé et le barrage surélevé auquel a été ajouté une force de pré-
contrainte.
On admettra également que le barrage avant surélévation a été dimensionné en ap-
pliquant la règle de Lévy, de sorte que les contraintes à lac plein sur le parement
amont sont nulles.
m= E
B k E
EPFL LCH 2006
92 Barrages-poids
m a m
h
E
1
h+ h E T
1
P P
S =0
S =0
P , av P , av
P P
P , am = +h B g P , am = +h B g
( h + h) 3
= g
E , am = ( ) h1 2
m E g E , am
( mh) 2
E
E E
E , av = + ( m1 ) 2 h E g
( h + h) 3
E , av =+ E g
= (h + h) g ( mh) 2
S , am E
S , am = h E g S S
=0 S , av =0
S , av
( 2mh 6a )
T , am = T
(mh) 2
T
( 4mh 6a )
T , am = T
(mh) 2
lacplein , am = P , am + E , am + S , am lacplein , am = P , am + E , am + S , am + T , am
lac plein = lac plein
lacplein , av E , av
lacplein , av = E , av + T , av
lacvide , av = T , av
lacvide , av = P , av =0
lac vide lac vide
lacvide , am = P , am
lacvide , am = P , am + T , am
Figure 2.35: Diagramme des contraintes verticales sur la fondation
à gauche : avant surélévation
à droite : après surélévation et précontrainte
Les efforts dus au poids propre, à la poussée de l'eau et à la sous-pression devien-
nent :
P= 1
2 B g h mh
E= 1
2 E g (h + h) 2
S= 1
2 k
k E g mh (h + h)
2006 LCH EPFL
Barrages 93
De même, la force de précontrainte ajoutée va viser le même objectif avec le profil
surélevé. Le calcul des contraintes fournit alors une force de précontrainte minimale
par mètre courant Tmin :
E g [k (h + h) (mh) 2 + (h + h) 3 ( B
) h (mh) 2 ]
Tmin = E
4mh 6a
où a est la distance entre l'axe de la précontrainte et le parement amont (voir figure
2.35). En règle générale, a = 2 à 3 m.
La précontrainte a aussi une influence directe sur la sécurité au glissement :
(P + T S ) tan '
SG = .
E
P et ' ne sont pas affectés par la surélévation. Par contre, E et S augmentent.
0.5
A
T'
; VA = 0
G'
0.4
Cas réels
Glissement
0.3
B
0.2
Glissement
B A 0.1
T
; VA = 0
T: Force de la précontrainte G
G: Poids propre 0.0
0.0 0.1 0.2 0.3 0.4 0.5
Surélévation Delta H / H
Figure 2.36 : Précontrainte nécessaire à la stabilité d’un barrage-poids surélevé
(Rapportée au poids propre de l’ouvrage).
Cette approche très simple a permis de déterminer la précontrainte nécessaire à la
stabilité pour une hauteur de surélévation donnée. Si le profil du barrage n'est pas
modifié, on observe par cette approche que pour une surélévation de 20% de la
hauteur du barrage, la précontrainte minimale nécessaire est de l'ordre de 25% du
poids propre. Selon l'angle de frottement admis pour le calcul de la sécurité au glis-
sement, la précontrainte peut même atteindre 35%.
On associe souvent la précontrainte à un renforcement du couronnement par la mise
en place d'une masse importante de nouveau béton. Cette augmentation du poids
propre doit dans ce cas être également intégré au calcul, ce qui permet dans certains
cas de réduire la précontrainte à environ 15% du poids propre.
En règle générale, on constate que le rapport entre la force de précontrainte par mè-
tre dans une section et le poids propre équivaut à peu près au rapport entre la suré-
lévation et la hauteur initiale du barrage :
T ( h
P h
EPFL LCH 2006
94 Barrages-poids
[Link] Longueur et profondeur de scellement
La longueur de scellement dépend de la force d'ancrage et de la qualité de la roche
dans la zone de scellement. Cette longueur peut certes être estimée par calcul, mais
les hypothèses font qu'il est indispensable de vérifier la
tenue du scellement par des essais in situ.
La sécurité à la rupture du scellement dépend des
profondeur de contraintes de cisaillement dans le rocher le long du scel-
scellement lement, lesquelles doivent rester faibles pour éviter un
fluage important (1 à 2 N/mm2).
longueur de La profondeur de scellement est déterminée par la stabilité
scellement d'ensemble du système composé du barrage et de sa fon-
dation. L'analyse de la stabilité du barrage poids non su-
rélevé présupposait un plan de faible résistance à la trac-
tion ou au glissement situé soit dans un joint horizontal de
reprise de bétonnage (béton-béton), soit au contact béton-rocher, soit dans un sys-
tème de discontinuités à faible profondeur sous la fondation (rocher-rocher). Avec la
surélévation par précontrainte, ces plans sont renforcés par la force de précontrainte.
Par contre, une surface de rupture peut apparaître plus profondément, là où la force
de précontrainte disparaît, soit au niveau du scellement. La sécurité au renversement
et au glissement de l'ensemble du barrage et du dièdre rocheux comprimé par la
précontrainte doit être vérifiée. La longueur de scellement sera choisie de sorte que
cette sécurité soit suffisante.
Lorsque la roche peut être admise comme isotrope et homogène, le schéma de ruine
montré sur la figure 2.37 peut être utilisé. Les modèles numériques et physiques ont
montré que la rupture se produisait par renversement du barrage et du dièdre ABC
autour du pied aval du barrage (point C, voir figure 2.37).
Si par contre la roche comporte des fractures ou un système de fissures, ce sont ces
plans de moindre résistance qui imposeront le mode de rupture. Dans ce cas, plu-
sieurs schémas de ruine seront définis selon lesquels la sécurité au renversement et
au glissement seront analysées.
2006 LCH EPFL
Barrages 95
Figure 2.37: Modèle de rupture d'un barrage surélevé sur une fondation homo-
gène isotrope
[Link] Quelques remarques sur la technique des tirants
d'ancrage
La figure 2.38 montre un tirant d'ancrage assez perfectionné tel que ceux utilisés
pour la surélévation des barrages. Il comporte en particulier une double protection
contre la corrosion.
La mise en place des tirants s'effectue selon les étapes suivantes :
• depuis le couronnement du barrage, le trou est foré dans le béton, puis dans le
rocher de fondation jusqu'à la profondeur de l'extrémité du scellement.
• le trou est gainé par un tube en PE (polyéthylène) sur la longueur libre et par un
tube métallique crénelé équipé de manchettes d'injection dans la zone de scel-
lement.
• un obturateur fixe est injecté à l'extrémité supérieure de la zone de scellement.
• la zone de scellement est alors injectée en plusieurs étapes, à partir d'un obtura-
teur double mobile.
EPFL LCH 2006
96 Barrages-poids
• le tirant d'ancrage est mis en place. Les torons sont à nu dans la zone de scelle-
ment. Sur toute la longueur libre, ils sont par contre gainées.
• le tube est injecté à faible pression de coulis de ciment sur toute sa longueur.
• finalement, la tête d'ancrage est posée et l'ensemble est mis en tension.
Figure 2.38: Détails de tirants d'ancrage utilisés pour la surélévation de barrages
La longueur libre du tirant doit être garantie par des torons prégainés et graissés. Sur
certains ancrages, le remplissage du tube de la longueur libre est effectué avec une
résine visqueuse de protection anti-corrosion au lieu de coulis de ciment. Cette solu-
tion est utilisée pour les tirants contrôlables.
La protection des tirants contre la corrosion constitue la préoccupation majeure. Les
points singuliers du tirant sont particulièrement sensibles, comme la tête d'ancrage,
la liaison entre la longueur libre et le scellement ainsi que le scellement lui-même.
L'étanchéité de la zone de scellement est souvent assurée par un système double.
La procédure de mise en tension des tirants doit être minutieusement préparée. Le
comportement des tirants et de l'ensemble de l'ouvrage doit être mesuré et examiné
avec la plus grande attention. La force de précontrainte implique généralement une
densité de tirants très importante. L'ordre de mise en tension des tirants devra viser
une mise en charge progressive et uniforme de chaque plot du barrage.
Le contrôle des tirants d'ancrage après l'achèvement doit se poursuivre sur un
rythme régulier.
• la tension d'un certain nombre de tirants est contrôlable,
• l'inspection visuelle des têtes est intégrée au contrôle régulier du barrage,
• l'auscultation normale du barrage donne des indices sur l'état de la précontrainte:
la détente des câbles occasionnerait des déformations du barrage, des infiltra-
tions d'eau ou une modification des sous-pressions.
2006 LCH EPFL
Barrages 97
3 BARRAGES A CONTREFORTS ET BARRAGES EVIDES
3.1 Du barrage-poids au barrage à contreforts
Rappelons les principales caractéristiques des barrages-poids :
• La forme est simple et s'adapte facilement à la topographie ;
• Le volume de béton est important ;
• Les contraintes sont faibles et le béton est peu sollicité ;
• Le béton est faiblement dosé. Sur la majeure part de la structure, la résistance à
la compression est néanmoins excessive par rapport aux sollicitations ;
• Les sous-pressions sont importantes et déterminantes pour la stabilité
• Les cycles de remplissage-vidange de la retenue impliquent un basculement
complet de l'état de contrainte, comme le montre la figure 3.1. Cette sollicitation
de la fondation peur engendrer des déformations plastiques.
• Lors de la prise du béton, l'accumulation de chaleur est importante du fait du
caractère massif de la structure. En règle générale, le refroidissement artificiel du
béton est nécessaire.
Lac vide Lac plein
E
P P
av= 0 am= 0
am= E·g· h
S
av= E·g· h·( B / E - k)
Figure 3.1 : Barrage-poids - contraintes sous la fondation sous cas de charges
normaux
Toutes ces considérations montrent que le matériau mis en place n'est pas utilisé de
manière optimale. Comme le coût d'un barrage-poids est directement lié au volume
de béton mis en place, les ingénieurs ont cherché à supprimer du béton là où il était
le moins bien utilisé. C'est dans ce but qu'ont été conçus les barrages-poids à joints
évidés, tels qu'illustrés sur la figure 3.2.
98 Barrages à contreforts et barrages évidés
joints évidés
étrésillons
drains
coupe horizontale
Figure 3.2 : Barrage-poids à joints évidés - dispositions générales
Par rapport au barrage-poids classique, il est possible de mettre en évidence les
avantages et inconvénients de ces types d'ouvrages :
Economie de béton : 10 à 15%;
Refroidissement facilité;
Drainage aisé à mettre en place et à contrôler;
Stabilité réduite;
Coffrages plus importants;
Renforcement par des étrésillons (stabilité en cas de séisme).
Il ressort de cette comparaison un point critique essentiel : les stabilités au renver-
sement et au glissement sont réduites par la diminution du volume de béton.
Une seconde mesure permet de corriger ce défaut majeur : le parement amont est
incliné pour élargir la base de la fondation et ajouter une composante verticale de la
poussée de l'eau, comme le montre la figure 3.3.
2006 LCH EPFL
Barrages 99
joints évidés
E étrésillons
drains
coupe horizontale
Figure 3.3 : Barrage-poids à joints évidés avec parement amont incliné - disposi-
tions générales
Pour améliorer encore le drainage de la fondation et réduire encore le volume de
béton, les évidements sont ouverts vers l'aval et descendent entre les plots jusqu'au
niveau de la fondation. Ces améliorations conduisent au barrage à contreforts dont
les dispositions les plus classiques sont reproduites à la figure 3.4.
20÷40% 60÷80%
tête âme
gousset
âme
évidement
contrefort
0.95 ÷ 1.0 H
Figure 3.4 : Barrage à contreforts - dispositions générales
Les avantages et inconvénients des barrages à contreforts peuvent être résumés
comme suit :
La composante verticale de la poussée de l'eau créée par l'inclinaison du
parement amont augmente considérablement la stabilité;
Les sous-pressions sont faibles et facilement contrôlées, de part la surface
de fondation laissée libre entre les plots;
Le volume de béton est réduit de 25 à 30% par rapport à un barrage-poids.
EPFL LCH 2006
100 Barrages à contreforts et barrages évidés
La dissipation de la chaleur d'hydratation est facilitée; la réfrigération artifi-
cielle n'est généralement pas nécessaire;
La surface de coffrage est importante, les formes sont compliquées, ce qui
réduit l'avantage de la réduction de volume d'un tiers environ;
La stabilité transversale en cas de séisme peut être critique, par l'absence
de continuité du parement aval;
La fondation des contreforts sur les rives est délicate;
Le barrage est relativement vulnérable aux actes de malveillance et aux
chutes de blocs.
Cette dernière considération explique le très petit nombre de barrages de ce type en
Suisse. L'épaisseur du joint entre 2 têtes de contreforts est faible. Suite à la seconde
guerre mondiale, on a estimé que cette vulnérabilité était excessive, aussi les barra-
ges à contreforts conçus à cette époque comportait un masque à l'aval, formé par
l'élargissement des contreforts. Cette disposition n'est pas satisfaisante car si une
cellule - l'espace vide entre 2 contreforts - était mise en communication avec la rete-
nue, la pression hydrostatique qui s'établirait aurait pour effet d'engendrer des efforts
transversaux pouvant mettre en danger l'ouvrage dans son ensemble.
Les seuls barrages à contreforts conçus en Suisse (par exemple Lucendro, 1947) ont
été transformés en barrage évidés en cours de construction.
Figure 3.5 : Renforcement du barrage à contreforts de Cleuson par un béton de
remplissage (1 pilier de la polygonale, 2 clinomètres, 3 pendule avec
téléenregistreur, 4 pendule à mesure optique, 5 télérocmètres.)
2006 LCH EPFL
Barrages 101
3.2 Le barrage évidé
Le barrage évidé est un cas particulier du barrage à contrefort dont le masque aval
est continu (voir figure 3.6).
masque amont
masque aval
.4
1:0
1 ÷0
évidement
.6÷
1:0.
0.9
gousset
tête amont âme
âme tête aval
0.95 ÷ 1.0 H
Figure 3.6 : Barrage évidé - dispositions générales
Sur le plan strictement statique, le masque aval n'est pas indispensable. Il présente
néanmoins les avantages suivants :
• Il réduit l'influence de la température dans les régions chaudes;
• Il protège l'âme contre le gel dans les régions froides;
• Il augmente la stabilité latérale en cas de tremblements de terre;
• Il réduit la vulnérabilité de l'ouvrage contre les actes de malveillance.
3.3 Contraintes dans le contrefort
3.3.1 Contraintes sur les parements
Comme pour les barrages poids, en application de l'hypothèse de Navier, les
contraintes extrêmes se trouvent sur les parements.
Sous le cas de charge P+E+S, poids propre + poussée de l'eau + sous-pression, la
contrainte de compression la plus grande se situe au pied du parement aval, alors
que la contrainte la plus faible sur la même section se situe sur le parement amont.
La contrainte minimale sur le parement amont doit dans tous les cas rester une com-
pression :
min,am = f (P,E,S) 0.
Les contraintes principales sont normales et parallèles aux parements. En reprenant
les relations :
EPFL LCH 2006
102 Barrages à contreforts et barrages évidés
à lac plein, sur le parement aval :
I = max,av = z,av ( 1+ tan2! ) II =0
et sur le parement amont :
I = min,am = z,am ( 1+ tan2% ) - Ez tan2% II = Ez .
Il en résulte que pour satisfaire la contrainte
min,am 0,
la condition suivante doit être satisfaite :
z,am ( 1+ tan2% ) Ez tan2%,
ce qui peut s'exprimer par
z,am Ez sin2%.
% ! y
Ez
min max
Figure 3.7 : Contraintes sur le contrefort
3.3.2 Contraintes verticales
Comme pour le barrage-poids, étant donnée la rigidité de l'ouvrage, on peut suppo-
ser que l'hypothèse de Navier est réaliste. Cette hypothèse conduit à admettre que
les contraintes verticales varient de manière linéaire le long d'une section horizon-
tale.
On obtient dans ce cas les contraintes verticales avec la relation bien connue
My
z (x) = N ± x
A Jy
avec N : effort normal résultant du poids et de la poussée d'eau,
A : section du contrefort,
My : moment en direction de l'axe y,
Jy : moment d'inertie de la section relatif à l'axe y,
x : distance à l'axe neutre de la section.
2006 LCH EPFL
Barrages 103
3.3.3 Contraintes à l'intérieur du contrefort (horizontales et tangen-
tielles)
Une fois les charges extérieures connues, les conditions d'équilibre intérieur s'appli-
quent comme pour le barrage-poids. Le calcul est néanmoins plus compliqué que
pour les barrages-poids étant donné la géométrie complexe du contrefort dont la
forme varie en fonction de la hauteur.
On utilise aujourd'hui le plus souvent la méthode des éléments finis pour le calcul
des contraintes à l'intérieur du contrefort (cf. Figure 3.14).
3.3.4 Forme de la tête amont
Etudions plus en détail la forme de la tête amont du contrefort et analysons les
contraintes qui s'y développent en supposant toujours valable l'hypothèse de Navier.
a) Géométrie simple, avec dispositif d'étanchéité à proximité du parement
amont
Sous la pression hydrostatique
N (tractions)
surface de rupture probable Ez, la forme rectangulaire de la
Ez
tête conduit à des tractions au
d : porte-à-faux point A de la section A-B. Ces
A B tractions sont d'autant plus
importantes que le porte-à-faux
d est grand. Deux solutions
étanchéité existent pour éviter ces
tractions:
• déplacer le dispositif d'étanchéité vers l'aval;
• modifier la forme de la tête.
Ces 2 possibilités visent à créer une charge d'eau latérale comprimant la tête et
faisant disparaître les contraintes de traction.
b) Déplacement du dispositif d'étanchéité vers l'aval
Le déplacement du dispositif d'étanchéité vers
Ez l'aval évite l'apparition de tractions au point A.
La mise en charge du joint entre les 2 plots est
A B
nécessaire. Ce joint n'ayant que quelques milli-
mètres d'épaisseur, le risque existe qu'il s'obstrue
soit par des efflorescences du béton, soit par du
étanchéité matériel organique.
sillon
Ez
La mise en place d'un joint élargi, ou
sillon, permet de garantir la mise en A B
charge. En contrepartie, les formes de
béton sont plus compliquées.
étanchéité
EPFL LCH 2006
104 Barrages à contreforts et barrages évidés
c) Modification de la forme de la tête
La tête arrondie permet de mieux orienter les for-
ces dans la tête et de limiter les concentrations de
contraintes.
A B
Elle présente par contre le désavantage de formes
de béton compliquées, nécessitant la construction
de coffrages spéciaux.
étanchéité
Ez
La tête polygonale, ou en forme de diamant,
présente une géométrie plus simple à réaliser
que la tête arrondie. C'est cette dernière forme
que l'on rencontre sur la majorité des barrages à
contreforts construits depuis 1950.
étanchéité
Ez
3.3.5 Optimisation de la tête en diamant
Du fait de la pente du parement amont, le poids propre comporte une composante
normale au parement. Cette composante appliquée sur le porte-à-faux des têtes im-
plique l'apparition de contraintes de tractions sous le simple effet du poids propre,
comme l'illustre la figure 3.8. Cette contrainte est faible; elle est tolérée à lac vide.
Par contre, à lac plein, il est impératif que cette contrainte de traction soit compensée
par les compressions créées par la poussée de l'eau.
Pn
Pn
%
PG
P
gousset
surface de contact
pan coupé
Figure 3.8 : Effet du poids propre sur la tête du contrefort
Analysons les contraintes résultant de cet effet et de la poussée hydrostatique sur le
parement amont de la tête.
La condition impérative est min,am 0 dans le sens des contraintes principales, soit
parallèlement au parement.
2006 LCH EPFL
Barrages 105
C
I 3
K 2 S
N A
B
E
Figure 3.9 : Efforts sur la tête de contrefort
La contrainte N est fonction du poids propre, de la poussée de l'eau, des sous-pres-
sions et de la géométrie de la tête. Il s'agit d'une contrainte effective.
A partir de la contrainte N , de la poussée de l'eau E
· c os2
et de la géométrie, il est possible de calculer la E l I
contrainte principale minimale au point K, sur le plan
biais K-C. On peur exprimer la relation : 2 l
l ·s
(1 + tan 3 )
in2
= = 2
tan 2 3 . K
N (connu)
I min N E
Or tan 2 3 = 1 , d’où
tan 2 2
= = 1+ 1 1 et
I min N
tan 2 2 E
tan 2 2
I = min = N ( E N ) 1
tan 2 2
.
La condition impérative min 0 (compression) ne peut être satisfaite que si N est
grand et si le terme à déduire est petit (donc tan2 2 est grand).
Comme déjà mentionné, avec la géométrie de la tête la plus simple avec joint d'étan-
chéité à l'amont, des tractions apparaissent sous l'effet de la poussée de l'eau sur le
parement amont. Ces tractions sont fonctions de la charge et du porte-à-faux d.
Pour annuler ces tractions, le joint d'étanchéité a été repoussé vers l'aval dans les
propositions de géométrie plus abouties. Dans ces autres cas, la poussée de l'eau
agit également en comprimant la section A-B qui constitue la surface de rupture la
plus probable. La tête polygonale est la solution la plus simple à mettre en œuvre.
Comme déjà mentionné également, le poids propre du barrage induit également une
contrainte de traction transversale dans la tête. Cette traction est due à l'inclinaison
du parement amont. Ces contraintes de tractions sont acceptées à lac vide. Elles
sont compensées par l'effort de la poussée de l'eau sur les pans coupés amont de la
tête.
Pour respecter la condition min 0 , l'angle 2 doit être le plus grand possible. Cette
condition a pour effet de réduire l'effet de compression de la section A-B sous l'effet
de la poussée de l'eau, ce qui n'est pas souhaitable. Pour résoudre cette apparente
contradiction, il convient de choisir une forme de la tête dont la partie frontale est
plus large que l'épaisseur des âmes, comme le montre la figure 3.10.
EPFL LCH 2006
106 Barrages à contreforts et barrages évidés
Ainsi, les contraintes sur les sections A-B et K-S doivent être vérifiées, ainsi que la
contrainte principale I au point K, parallèlement au parement du pan incliné
(contrainte principale minimale).
Ces considérations conduisent à proposer une tête en forme de diamant dont les
caractéristiques géométriques typiques sont les suivantes :
~ d/2 d ~ d/3
45-50°
30-40°
d/5 - d/3
Figure 3.10 : Proportions typiques de la tête polygonales
H=73 m
H=87 m
1887-1933 1892-1969
1901-1969
Figure 3.11 : Têtes spéciales des contreforts nommées selon leurs inventeurs
2006 LCH EPFL
Barrages 107
3.4 Sécurité au renversement et au glissement
3.4.1 Méthode de calcul
La vérification de la sécurité au renversement et au glissement se fait de la même
manière que pour un barrage-poids. Bien entendu, le centre de gravité des sections
horizontales et le noyau doivent être déterminés compte tenu de la forme exacte du
contrefort, qui n'est plus un rectangle comme dans le cas du barrage-poids.
Une des caractéristiques principales du barrage à contrefort est la réduction des
sous-pressions, du fait de l'espace laissé libre entre les contreforts en aval de leurs
têtes.
3.4.2 Hypothèses pour la prise en compte des sous-pressions
On distingue clairement les 2 sections verticales à l'axe du contrefort et entre 2
contreforts. Comme pour les barrages-poids, les propositions des normes DIN sont
aujourd'hui couramment appliquées pour décrire le diagramme des sous-pressions
(voir figure 3.12).
A A
h B B
A
B
20 30% gh f(épaisseur de l’âme)
A
B
60% gh selon DIN
E
Section A-A
E gh
0%
Section B-B
60% E gh selon DIN
E gh
Figure 3.12 : Diagramme de sous-pressions
EPFL LCH 2006
108 Barrages à contreforts et barrages évidés
3.5 Comportement en cas de séisme
Les barrages à contreforts sont particulièrement vulnérables au séisme. Pour cette
raison, ce type d'ouvrage est à proscrire dans des zones de forte ou de moyenne
séismicité.
Néanmoins, même dans des zones de faible risque sismique, le comportement en
cas de tremblement de terre doit être analysé.
Pour simplifier la description des phénomènes, on distinguera 2 cas, selon la direc-
tion de la sollicitation par rapport à l'axe du barrage :
d) Accélération longitudinale
La partie supérieure de la tête du contrefort est la plus menacée par les vibrations
en raison du caractère massif de cette zone de couronnement. Selon la forme
mise en œuvre, des tremblements de terre importants peuvent provoquer des fis-
sures horizontales dans le béton, selon la figure 3.13.
âme âme
gousset gousset
surface de contact surface de contact
entre les plots entre les plots
Figure 3.13 : Couronnement - à gauche: solution classique; à droite, solution plus
favorable
e) Accélération transversale
L'accélération dans le sens transversal est la plus critique car la stabilité des
contreforts dans cette direction est très faible.
Plusieurs mesures permettent de renforcer cette stabilité, en empêchant ou en
limitant les possibilités de déplacement d'un plots vers son voisin
• mise en place d'un masque aval en élargissant les contreforts dans leur
partie aval;
• mise en place d'une semelle jointive entre les contreforts, ce qui implique
des mesures particulières pour garantir le drainage de la fondation;
• mise en place d'étrésillons entre les plots, semblables à ce que l'on peut
voir sur la figure 3.3.
2006 LCH EPFL
Barrages 109
3.6 Effets de température
Les barrages à contreforts présentent lors de leur construction de grandes surfaces
coffrées, permettant un refroidissement aisé du béton. En règle générale, il n'est pas
nécessaire de prévoir des dispositifs de refroidissement artificiel.
Par contre, les variations de température jouent un rôle considérable dans l'état de
contrainte interne de l'ouvrage, sous charges normales. Les contreforts sont des
structures relativement minces; ils réagissent donc immédiatement aux variations de
température. En cas de conditions climatiques extrêmes, les gradients de tempéra-
ture entre la tête et l'âme du contrefort peuvent être très importants. Des contraintes
de traction importantes peuvent de ce fait apparaître.
La figure 3.14 montre la répartition de la température dans le béton selon une coupe
horizontale située à l'axe d'un contrefort d'un barrage exposé à un climat aride. On
constate que la température est de 15 °C à l'amont, à proximité du parement en
contact avec la retenue. A l'aval, où l'âme est mince, en contact avec l'atmosphère et
soumis à l'ensoleillement, la température atteint près de 40 °C.
Figure 3.14 : Effet de la température sur les contreforts
L'état de contrainte et les déformations sous l'effet de ce champ de température ont
été calculées par la méthode des éléments finis, en supposant un matériau élastique
linéaire. La figure 3.14 montre la déformée d'un contrefort sous l'effet du gradient de
température. On constate que des tractions se développent dans la tête et sur le pa-
rement amont. Ces tractions peuvent atteindre 1 MPa dans la partie supérieure et
provoquer l'ouverture des joints de reprise de bétonnage horizontaux.
Le moyen le plus simple pour éviter ces gradients de température est de fermer les
contreforts par un parement aval, lequel peut être constitué par l'élargissement de
l'âme (auquel cas il est porteur et intégré à la structure) ou par la mise en place d'un
matériau isolant non porteur.
EPFL LCH 2006
110 Barrages à contreforts et barrages évidés
3.7 Problèmes particuliers
3.7.1 Fondation des contreforts
Lorsque les flancs de vallée sont rai-
des, un glissement transversal d'un
contrefort isolé est possible. Le glis-
sement peut aussi être favorisé par le
pendage défavorable des couches.
Pour éviter ce glissement, l'excavation
se fera toujours en marches d'esca-
lier.
s
che Lorsque la stabilité d'un bloc isolé
co u
n'est pas garantie selon un axe
transversal, plusieurs mesures
peuvent être mises en place :
• Mise en place de poutres ou de butons entre
les contreforts;
butons discontinus
• Elargissement du pied des contreforts jusqu'à
les rendre jointifs.
Dans ce dernier cas, des dispo-
sitions particulières doivent être pri-
ses pour éviter le développement de
sous-pressions au-dessous la
fondation des âmes. Ces dispositifs
peuvent être constitués de forages
de drainages (à contrôler régulière-
galerie longitudinale ment) ou de galeries longitudinales
forage de drainage de drainage débouchant à l'aval, comme illustré
sur la figure ci-contre.
2006 LCH EPFL
Barrages 111
3.7.2 Dispositif d'étanchéité
Le dispositif d'étanchéité entre les
têtes des contreforts est similaire à
celui d'un barrage-poids. On pré- rubans d’étanchéité
voit en général deux rubans waterstop
d'étanchéité (bandes waterstop)
avec un puits de drainage entre
les deux. L'étanchéité du ruban
amont peut être contrôlée en ob-
servant le drain. Il est également tube de drainage
possible de colmater un éventuel
défaut d'étanchéité du ruban
amont, en remplissant le drain
avec de l'argile.
Au pied amont du barrage, la continuité de l'étanchéité avec le voile d'injection est
assurée par des injections de contact et des forages de décharge (drains) exécutés à
partir d'une galerie de pied.
tête
joint d’étanchéité tuyau
(waterstop)
gousset
âme
pied
Galerie de drainage et
d’injection min. = 3.0 m
écran d’étanchéité profond Forages de
(forages et injections) drainage
Figure 3.15 : Connexion du dispositif d’étanchéité avec la fondation (section verti-
cale du pied amont de la tête du contrefort)
EPFL LCH 2006
112 Barrages à contreforts et barrages évidés
2006 LCH EPFL
Barrages 113
4 BARRAGES-VOUTES
4.1 Choix de l'emplacement
Le barrage-voûte s'adapte particulièrement bien si les 3 conditions suivantes sont
respectées :
• La vallée est relativement étroite.
• La topographie des appuis latéraux est favorable.
• La géologie des appuis latéraux est de bonne qualité.
Critères topographiques
On définit l'élancement d'un barrage-voûte comme le rapport entre la longueur du
couronnement LC et la hauteur du barrage sur sa fondation H.
Selon la forme de la vallée, l'élancement maximal envisageable varie selon la
figure 4.1.
Vallée en V Vallée en U
LC
LC
H
H
LC H 5 ( à 6) LC H 4 (à 4.5)
Figure 4.1 : Forme de la vallée
En règle générale, l'élancement est limité à 5 dans une vallée en forme de V et à 4
dans une vallée en forme de U. Ces limites peuvent être dépassées pour certains
ouvrages lorsque la nature du rocher de fondation est particulièrement souple: la
condition porte sur le rapport des modules d'élasticité de béton et de la roche de
fondation :
EB ER > 3 .
En règle générale, la symétrie de la vallée est nécessaire au bon fonctionnement
statique du barrage-voûte.
EPFL LCH 2006
114 Barrages-vôutes
Un défaut de symétrie peut être corrigé comme
sur la figure ci-contre en constituant une culée
culée massive.
Le plus souvent, cette culée est formée par un
voûte épaississement progressif de l'aile la plus
longue, de manière à passer d'un profil mince à
un profil de barrage-poids sans discontinuité.
Figure 4.2 : Barrage du Châtelot, H = 74 m, LC = 150 m, voûte prolongée par une
culée en rive gauche
Critères géologiques
De part son fonctionnement statique, le barrage-voûte sollicite fortement la fondation
sur les flancs de la vallée. Pour cette raison, le rocher doit être sain (peu altéré), peu
perméable et peu déformable.
De plus, une fondation homogène et dans la mesure du possible isotrope est
essentielle pour permettre un développement harmonieux des efforts dans la voûte.
On évite ou on traite de manière très spécifique les discontinuités dans la fondation
et les failles.
2006 LCH EPFL
Barrages 115
En règle générale, au passage d'une zone géologi-
quement favorable, l'érosion par le cours d'eau forme un
verrou favorable à l'implantation d'un barrage-voûte.
Le barrage sera implanté à l'amont du resserrement ou du
verrou, de sorte que les efforts soient transmis à la
fondation dans la zone de la meilleure qualité géo-
mécanique.
4.2 Avantages et inconvénients des barrages-voûtes
Lorsque ces conditions sont réunies, le barrage-voûte présente des avantages
importants par rapport aux autres types de barrages :
• Le volume de béton est réduit (l'épaisseur à la base est de l'ordre de 15 - 20 %
de la hauteur, contre 75 - 80 % pour un barrage poids);
Le prix du m3 de béton, plus dosé en liant, n'est qu'un peu plus élevé, tout
comme le prix du m2 de coffrage.
• Le système statique tridimensionnel hyperstatique induit une grande réserve de
portance.
• L'effet des sous-pressions est réduit du fait de l'épaisseur limitée de la fondation.
Par contre, les gradients hydrauliques sous la fondation sont importants.
4.3 Principaux types de barrages-voûtes
On distingue les barrages-voûtes à simple courbure et les barrages-voûtes à double
courbure.
Les premiers barrages-voûtes construits avant la seconde guerre mondiale sont pour
la plupart des barrages à simple courbure. Depuis les années 1950, et à quelques
exceptions près, tous les barrages-voûtes ont été construits à double courbure.
4.3.1 Barrages-voûtes à simple courbure
On appelle un barrage-voûte à simple courbure un barrage dont le profil est
développé selon un axe curviligne identique du pied au couronnement. Le barrage
forme un segment de cylindre dont l'épaisseur est constante à un niveau donné
(figure 4.3).
EPFL LCH 2006
116 Barrages-vôutes
Figure 4.3 : Principe de la voûte à simple courbure
Ce type de barrage est approprié à des vallées particulièrement étroites, dont la
largeur est pratiquement constante sur toute la hauteur (canyon). Lorsque la vallée a
une forme en V, l'ouverture des arcs diminue du haut vers le bas. Le rayon étant
constant, la portance des arcs inférieurs très courts est faible. Pour y remédier,
l'épaisseur des arcs varie sur la hauteur, comme le montre la figure 4.3.
Pour éviter cette faible ouverture des arcs inférieurs, des barrages à rayon variables
et à angle d'ouverture constants ont été développés. De géométrie plus complexe,
ces types de barrage offrent une meilleure introduction des efforts dans les massifs
d'appui latéraux (figure 4.4). Dans ce cas, les arcs inférieurs sont très sollicités et
reprennent pratiquement la totalité de la poussée hydrostatique. Une solution de
compromis est trouvée avec les barrages à rayon et à angle d'ouverture variable,
comme le montre la figure 4.4. En optimisant cette dernière géométrie, on arrive
finalement au barrage-voûte à double courbure.
Coupe a-a
Coupe b-b Coupe m-m
Figure 4.4 : à gauche : barrage à angle d'ouverture constant
à droite : barrage à rayon et à angle d'ouverture variable
2006 LCH EPFL
Barrages 117
4.3.2 Barrages-voûtes à double courbure
Le nom du barrage-voûte à double courbure provient de la section incurvée
d'épaisseur variable des coupes verticales du barrage, et de la section courbe et
d'épaisseur généralement variable des sections horizontales. La géométrie de
l'ouvrage est dictée par la répartition des efforts et des contraintes dans le barrage et
sa fondation, sous différents cas de charge (figure 4.5).
Figure 4.5 : Barrage de Punt dal Gall, section verticale type et vue en plan
En règle générale, les angles d'ouverture des rayons diminuent de haut en bas,
comme le montre la figure 4.6.
Rmoy
0m 50 m 100 m 150 m 70 80 90 100 110 120 130
Rayon moyen Rmoy Angle d’ouverture 2
Figure 4.6 : Rayon et angle d'ouverture des arcs
La géométrie des arcs est composée
• d'arcs de cercles,
• de segments de paraboles,
• d'arcs d'ellipse,
• de segments de spirales logarithmiques.
EPFL LCH 2006
118 Barrages-vôutes
4.4 Choix de la forme initiale
4.4.1 Hauteur du barrage
Le niveau du couronnement d'un barrage est déterminé d'une part par la topographie
et la géologie, d'autre part par des critères économiques.
La hauteur optimale est obtenue par une analyse des coûts et des revenus
occasionnés par l'ouvrage en considérant également les aspect de l’environnement.
Les coûts de l'ouvrage sont composés :
• des coûts de construction, des intérêts intercalaires et des amortissements
financiers correspondants;
• des intérêts de la dette;
• des charges d'exploitation et de renouvellement;
• des impôts, taxes et droits.
Pour évaluer les revenus, il convient de considérer tous les buts de l'aménagement :
• la production d'énergie, but principal en Suisse, mais souvent but secondaire
dans les pays arides;
• l'amélioration de la productivité agricole, pour l'irrigation;
• la valeur de la réduction des risques, pour les barrages servant de protection
contre les crues;
• l'alimentation en eau des populations, etc.
La quantification des revenus est souvent très délicate. Il convient de tenir compte de
l'incertitude hydrologique, par exemple en simulant la production sur une série
d'années représentatives. Les expériences récentes ont montré que la projection sur
le moyen terme des bénéfices escomptés est délicate. Plusieurs scenarii doivent être
envisagés et une analyse de sensibilité sur les paramètres principaux est nécessaire.
Le bénéfice est la différence entre les revenus et les charges. La relation entre la
cote de la retenue et le bénéfice est alors établie. La hauteur optimale est celle qui
correspond au maximum des bénéfices, tout en respectant bien entendu les niveaux
limites déterminés par la topographie et la géologie (figure 4.7).
coûts revenus bénéfices
-
hopt
h h h
Figure 4.7 : Optimisation de la hauteur du barrage
2006 LCH EPFL
Barrages 119
4.4.2 Forme des sections horizontales
La recherche de la solution la mieux adaptée pour la géométrie d'un barrage-voûte à
double courbure est un processus itératif.
Dans une première étape, on admet les sections horizontales - les arcs - formées
d'arcs de cercle.
LC
LC SC
SC
2- rC
SC h
rC =
2 sin -
Figure 4.8 : Définitions géométriques des arcs
La figure 4.8 décrit les principaux paramètres descriptifs des arcs. La géométrie
préliminaire doit satisfaire les conditions suivantes :
• Le rayon de courbure diminue de manière continue du haut vers le bas;
• Au niveau du couronnement, l'angle d'ouverture au centre 2- est de l'ordre de
2- = 120-130°.
• A mi-hauteur, l'angle d'ouverture au centre 2- > 85°
• A la base, l'angle d'ouverture au centre 2- 80°. Cette condition est
relativement facile à satisfaire dans les vallées en forme de V, mais beaucoup
plus difficile dans les vallées en forme de U.
• L'angle d'incidence de l'arc avec le rocher d 30°. Ce critère essentiel est
parfois difficile à remplir. Il doit être apprécié en tenant compte de la géologie
(fracturation, pendage).
Plusieurs solutions peuvent être envisagées pour palier à cette insuffisance d'angle
d'incidence, en corrigeant le choix initial de rayon constant sur l'arc :
• En maintenant les rayons circulaires, corriger le rayon en maintenant la
continuité de la relation entre le rayon et la hauteur. Il est souvent possible
d'améliorer la reprise des efforts latéraux par le choix de rayons plus grands,
au détriment de l'angle d'ouverture.
• Renoncer à la définition d'arcs circulaires. Dans ce cas, plusieurs solutions
sont envisageables:
EPFL LCH 2006
120 Barrages-vôutes
a. Introduction d'arcs de rive
Ces arcs de rive ont un rayon supérieur au rayon principal
de l'arc (voûte à 3 centres). Cette solution introduit une R2
discontinuité de la courbure dans les arcs, peu favorable R1
sur le plan des contraintes. Souvent, cette discontinuité se
remarque à l'œil nu sur le parement aval de la voûte.
b. Arcs constitués de segments de parabole
Beaucoup de barrages-voûtes suisses ont été réalisés avec des arcs paraboliques.
Cette solution présente 3 avantages importants :
i. Résistance
Le calcul montrera que la poussée de l'eau sur l'arc est moins importante à
proximité des naissances qu'à la clé de l'arc (effet de la proximité de la
fondation). La forme de la parabole permet de tenir compte de cet effet.
ii. Topographie
On choisit souvent de définir les parements amont et aval par 2 paraboles
dont les cercles osculateurs au sommet ont le même centre. Cette disposition
fait varier l'épaisseur de manière progressive vers les naissances et s'adapte
par conséquent bien aux vallées dissymétriques.
iii. Géologie
Il arrive que lors de l'excavation, on constate que la fouille doit être
approfondie localement (lorsque la prévision géologique n'est pas vérifiée). La
forme parabolique des arcs permet de prolonger les arcs dans la fondation
sans trop modifier la direction de la force résultante. Avec les arcs circulaires,
un approfondissement signifie presque toujours une nouvelle définition
géométrique de l'ensemble de la voûte, la condition d 30° n'étant plus
respectée.
Les arcs de paraboles de second degré sont entièrement définis lorsque l'on fixe
la position de la clé (sommet de la parabole) et de la naissance, ne laissant plus
aucune liberté pour adapter la section de l'arc aux champs de contraintes. On
utilise souvent des paraboles de rives pour ajouter un degré de liberté à la
définition géométrique des arcs.
c. Arcs constitués d'arcs d'ellipse
x
Les arcs d'ellipses disposent d'un degré de
liberté supplémentaire par rapport aux
paraboles. On peut ainsi choisir le rayon du
cercle osculateur à la clé ou l'angle d'inci-
dence à la naissance sans avoir recours à R
des arcs composés de plusieurs segments de b
courbes.
y
a
2006 LCH EPFL
Barrages 121
Pratiquement, le rayon de courbure à la naissance est 2 à 3 fois plus grand qu'à
la clé.
Définition géométrique : Rayon de courbure local :
3/ 2
x2 y2 x2 b2 y2 a2
1
+ =1 R= +
a2 b2 a b a2 b2
d. Arcs constitués de segments de spirale
logarithmique
Les arcs de spirale présentent les mêmes naissance
avantages que les arcs de paraboles ou
d'ellipse. Par contre leur définition
géométrique est plus complexe :
r = C e tan 2 (- 2)
R=r C 2 +1 clé
Le rayon de courbure varie proportionnellement avec la distance curviligne à la clé
de l'arc. En règle générale, le rayon de courbure à la naissance est 1.5 à 3 fois plus
grand qu'à la clé.
4.4.3 Forme des sections verticales
On appelle console la section verticale d'un barrage-voûte (parfois aussi mur). A l'axe
ou à la clé du barrage se trouve la console à la clé.
Le processus qui conduit à la définition géométrique de la console à la clé doit être
conduit simultanément avec la recherche des paramètres des sections horizontales,
les arcs. Comme le montre la figure 4.9, les sections horizontales et verticales ne
sont pas indépendantes. Le processus est itératif et doit aboutir au respect des
conditions fixées pour les arcs et à celles fixées pour les consoles.
arcs consoles / murs
Procédure
itérative 1) 2)
Figure 4.9 : Relation entre la géométrie des arcs et celle des consoles
EPFL LCH 2006
122 Barrages-vôutes
La géométrie des consoles doit satisfaire les 2 conditions suivantes:
1) A lac plein, aucune traction verticale ne doit se développer sur le parement
amont
2) A lac vide, les tractions sur le parement aval sont limitées à 1 .
av 4 am
Le premier critère est satisfait si le poids propre s'oppose aux tractions crées par la
poussée hydrostatique. Au pied amont du barrage, cette condition ne peut être
satisfaite que si le poids propre crée un moment de flexion vers l'amont, accentuant
la contrainte de compression.
Cette condition entre en contradiction avec la seconde condition, car si la console est
trop inclinée vers l'amont, des tractions apparaissent au pied aval du barrage sous le
seul effet du poids propre (lac vide). Un moyen fréquemment utilisé pour limiter ces
tractions est la mise en place de sellettes (ou béquilles) au pied du parement amont.
(exagéré !)
sellettes
Figure 4.10 : Montage de sellettes
Comme mentionné au chapitre 1 que les barrages-voûtes sont réalisés sous forme
de blocs verticaux juxtaposés et indépendants. Ces consoles ne sont rendues
solidaires qu'à la fin des travaux, par l'injection d'un coulis de ciment dans les joints
séparant les plots. Cette opération, qui rend la voûte hyperstatique, est appelée le
clavage.
Cependant, durant la phase de construction, chaque plot qui constituera le barrage
après le clavage, doit être stable pour lui-même et indépendamment des plots
adjacents.
La stabilité des blocs situés à proximité de la clé ainsi que sur les rives du barrage
est généralement facile à garantir. Par contre, très souvent, les blocs situés de part
et d'autre de la clé posent le plus de difficultés (voir figure 4.11).
2006 LCH EPFL
Barrages 123
levée de
bétonnage
levées
joints de construction
(mouvement libre avant „le
clavage de la voûte“)
Figure 4.11 : Découpage par plots et phases de construction
La solution est le plus souvent dans
une correction de la géométrie des arcs phase inter- centre de
et des consoles, ce qui conduit à une médiaire gravité
nouvelle itération du processus de Pfin
définition géométrique.
sellettes Pint
Il faut remarquer que très souvent, les
phases intermédiaires de construction
sont critiques, surtout si les consoles
présentent une forte courbure.
4.4.4 Epaisseur de la console à la clé
Il existe plusieurs approches pour prédimensionner l'épaisseur de la console à la clé.
En Suisse, on utilise le plus souvent les règles simples suivantes, en se basant sur
les grandeurs définies sur la figure 4.12:
Vallée large (en U) Vallée étroite (en V)
Epaisseur au ec = H ec = H
couronnement ec 15 20
Lc Lc Lc
Epaisseur à la base eb eb = exceptionellement eb =
20 30 15
EPFL LCH 2006
124 Barrages-vôutes
H : hauteur de la console à la clé
ec
½L c Lc : longueur développée du
couronnement
L1 : longueur de la coude au
½L 1 couronnement
ec : épaisseur au couronnement
eb : épaisseur à la base
eb
Figure 4.12 : Coupe de la console à la clé
La figure 4.13 donne les dimensions selon les recommandations du US Bureau of
Reclamations :
Figure 4.13 : Recommandations du US Bureau of Reclamations
2006 LCH EPFL
Barrages 125
4.4.5 Coefficient d'élancement
La définition d'un coefficient d'élancement pour un barrage-voûte a été proposée par
Giovanni Lombardi (probablement l'expert suisse le plus connu dans le monde sur
les barrages, et docteur honoris causa de l'EPFL).
L'élancement est défini par la relation:
S2
c=
V H
c : Coefficient d'élancement,
S : Surface moyenne du barrage,
V : Volume de béton
H : Hauteur sur la fondation
Lombardi a montré que pour un barrage-voûte très élancé, les efforts de cisaillement
deviennent très importants et peuvent conduire à la fissuration du béton.
Figure 4.14 : Relation entre le coefficient d'élancement C et la hauteur H, pour
quelques barrages-voûtes existants
4.5 Méthodes de calcul
4.5.1 Généralités
Bien que l'on ait construit des barrages-voûtes depuis près de 80 ans, le calcul
statique d'un ouvrage aussi complexe est encore aujourd'hui en constante évolution.
Aujourd'hui, l'utilisation de la méthode des éléments finis est systématique. Le
développement actuel vise à intégrer dans le calcul le comportement fortement non-
linéaire du matériau (le béton), de la structure (comportant des joints de clavage, des
reprises de bétonnage, des fissures, etc.) et de la fondation rocheuse inhomogène et
dont les caractéristiques géomécaniques sont connues de manière approximative.
EPFL LCH 2006
126 Barrages-vôutes
Enfin, la méthode des éléments finis permet également d'étudier le comportement
dynamique de la structure soumise à des sollicitations sismiques.
Néanmoins, avant d'en arriver à ce stade de vérification statique de la structure au
moyen des éléments finis, il convient de mettre en œuvre des approches plus
simples et plus approximatives pour prédimensionner la structure en lui donnant une
géométrie satisfaisante avec un minimum d'effort.
En ce sens, nous développerons ci-après l'approche par analogie avec la membrane,
puis une version simplifiée de la méthode du trial-load. Tous les barrages-voûtes
construits jusque dans les années 1980, et en particulier les plus grands barrages de
ce type que nous avons en Suisse, ont été dimensionnés à l'aide de cette méthode.
Aujourd'hui, avec les moyens informatiques actuels, elle ne se justifie plus que pour
une phase de prédimensionnement sommaire.
4.5.2 Formule du tube, membrane
La formule du tube, qui assimile le barrage-voûte à une membrane, peut être utilisée
pour une toute première estimation des efforts et des contraintes dans les arcs.
La théorie de la membrane néglige la résistance à la flexion du barrage-voûte. La
répartition des contraintes dans les arcs est donc uniforme.
Le barrage est découpé en tranches horizontales indépendantes. Ces arcs sont
supposés libres de se déformer dans un plan horizontal. On admet comme
simplification supplémentaire que ces arcs ont une épaisseur constante et que leur
rayon est constant (arc circulaire).
Cette démarche n’est évidemment pas rigoureuse puisqu’elle néglige toutes les
transmissions d'effort par cisaillement, mais elle présente l'avantage de donner très
rapidement une première idée des dimensions nécessaires.
: contrainte uniforme
pm : pression uniforme de l’eau à l’axe
de l’arc:
Ra
pm = p
Rm
Ra : rayon extérieur
Ra Rm Ri
N Ri : rayon intérieur
N Rm : rayon moyen de l’arc (à l’axe)
d
d: épaisseur de l’arc (constante)
% : déplacement radial
EB : module d’élasticité du béton
p
Figure 4.15 : Barrage-voûte à arcs circulaires
On admet en première approximation que les arcs ne sont pas encastrés.
Les contraintes uniformes dans l’arc sont donc obtenues à l’aide de la formule du
tube :
= pm Rm / d .
2006 LCH EPFL
Barrages 127
Le déplacement radial devient
% = 1 E B Rm .
En utilisant cette méthode simple pour le dimensionnement préliminaire d’un
barrage-voûte, les contraintes maximales admissibles dans la section moyenne du
barrage (figure 4.16) ne devraient pas dépasser 3.5 ÷ 4.0 MPa.
En règle générale, c'est-à-dire en utilisant des méthodes de calcul plus détaillées, les
contraintes maximales sur le parement aval d’un barrage voûte doivent être
inférieures à 7 ÷ 8 MPa (compressions) et aucune traction ne doit apparaître sur le
parement amont. Ces exigences sont le plus souvent satisfaites si les contraintes
maximales dans la section moyenne du barrage (voir figure 4.16), calculées avec la
formule du tube, ne dépassent 3.5 ÷ 4.0 MPa.
h
2
Figure 4.16 : Définition de la section moyenne
EPFL LCH 2006
128 Barrages-vôutes
4.5.3 Méthode des ajustements
[Link] Généralités
La méthode des ajustements permet un dimensionnement préliminaire plus précis du
barrage-voûte du fait que sa portance est analysée en deux directions. Avant le
développement du calcul par éléments finis, cette méthode était systématiquement
utilisée pour le calcul détaillé.
Cette méthode, appelée également méthode de Trial-Load, a été développée dans
les années 30 aux Etats-Unis. Elle exigeait, jusqu'à l'apparition des premiers
ordinateurs, des ressources humaines considérables pour le calcul.
[Link] Système de poutres
Le principe fondamental qui permet la mise en œuvre de la méthode est de
remplacer la structure de coque tridimensionnelle que constitue la voûte par un
système orthogonal de poutres, composé d'arcs horizontaux et de consoles
verticales. Les arcs et les consoles sont encastrés partiellement à la fondation (selon
la déformabilité du rocher de fondation, caractérisé par EF). La figure 4.17 illustre
cette modélisation.
Arc 1
Console 4
Console 1
Console 2
Console 3
Arc 2
y
h Arc 3
Surface du
Rocher sain terrain
(excavation)
Figure 4.17: Modélisation d'un barrage par 3 arcs et 4 consoles
La méthode des ajustements présuppose une répartition de la poussée hydraulique
sur les arcs horizontaux et sur les consoles verticales. Il en résulte des déformations
élastiques des arcs et des consoles dans les 3 dimensions (6 degrés de libertés).
Ces déformations doivent être concordantes à chacun des points d'intersection des
arcs et des consoles. Si la déformation des consoles ne coïncide pas avec celle des
arcs, alors la répartition de la poussée hydrostatique entre arcs et consoles doit être
adaptée, ce qui a donné le nom de "Trial-Load" à la méthode.
Pour un dimensionnement préliminaire, dans bien des cas un modèle symétrique
composé de trois arcs et d'une console permet d'obtenir les résultats satisfaisants
par un simple ajustement des seules déformations radiales.
2006 LCH EPFL
Barrages 129
Afin d'illustrer cette méthode et permettre une application rapide, quelques choix et
hypothèses ont été effectués dans les développements qui suivent.
A1
2 H
2 y=
7
A2
y 2 H
2 y=
h 7
A3
3 H
3 y=
7
C1
Figure 4.18: Dimensionnement préliminaire avec 3 arcs et une console
Forme des arcs et disposition du modèle
Les arcs sont admis circulaires et d'épaisseur constante. Cette hypothèse
simplificatrice permet de calculer plus aisément dans le développement qui suit les
contraintes et déformations de l'arc, mais n'est pas nécessaire à la méthode des
ajustements.
Dans la plupart des cas, les arcs sont d'épaisseurs variables et leur forme est
parabolique, elliptique, voire de segment de spirale. Le choix de 3 arcs de calcul et
leur disposition dans la hauteur du barrage selon la figure 4.18 résulte d'un
compromis raisonnable :
Arc Profondeur y
A1 0
A2 2 y = 2h 7
A3 4 y = 4h 7
Le premier arc se trouve au niveau du couronnement, le second à une profondeur de
2h/7 et le troisième à 4h/7.
Position de la console
La console (ou mur) est placée au lieu où la vallée atteint sa plus grande hauteur si
la vallée est presque symétrique. Lorsque la vallée présente une asymétrie marquée,
la position de la console sera choisie par compromis entre la position de la hauteur
maximale et l'axe de symétrie de l'arc de couronnement (voir figure 4.19).
EPFL LCH 2006
130 Barrages-vôutes
A1
Axe de symétrie de
Hauteur max.
l’arc de
A2
h
A3
C1
Figure 4.19 : Emplacement de la console pour une vallée asymétrique
[Link] Répartition de la poussée de l'eau entre arcs et consoles
La poussée de l'eau agissant sur le barrage-voûte est répartie entre les trois arcs et
la console. On décompose par la pensée, la poussée de l'eau en deux parties, l'une
qui charge les arcs, l'autre qui charge la console :
pE = p A + pC = 2 E y
avec pE : poussée de l'eau à la position y
p A : part de pE reprise par l'arc
pC : part de pE reprise par la console
2E = E g .
L'expérience a montré que la répartition de la poussée de l'eau sur la console pC ( y )
peut être assimilée avec une bonne approximation à une fonction parabolique de y.
Aux trois points d'intersection entre les arcs et la console, cette fonction de charge de
la console prend les valeurs suivantes: p1 , p2 , p3 .
Le reste de la poussée de l'eau est pris par les arcs qui sont admis chargés
uniformément par les valeurs suivantes: p A1 , p A 2 , p A3 .
Comme le montre la figure 4.20, le partage de la poussée de l'eau s'effectue comme
suit :
Charge sur console + charge sur l'arc = poussée de l'eau
fonction parabolique solde
pE (1) = p A 1 + p1 = 0 p A 1 = p1
p E ( 2) = p A 2 + p 2
pE (3) = p A3 + p3
Les valeurs p1 , p2 , p3 se trouvent sur une courbe parabolique selon l'hypothèse
mentionnée ci-dessus (voir Fig. 4.21).
2006 LCH EPFL
Barrages 131
p1 = p A1
2h/7
p A2 p2 y
4h/7
H p A3
p3
consoles
arcs
Figure 4.20: Partage de la poussée de l'eau entre les arcs et la console
Comme l'arc supérieur 1 reprend certainement une partie de la poussée de l'eau
positive, la charge de la console est négative au point d'intersection entre cet arc et
la console A1–C1, c'est-à-dire au point auquel la console s'appuie sur l'arc.
[Link] Compatibilité des déformations
Le partage de la poussée de l'eau entre les arcs et la console se calcule en
appliquant la condition de la compatibilité des déformations radiales à chaque point
de croisement entre les arcs et la console. Les conditions suivantes doivent être
satisfaites :
% A = %C
% A1 = %C 1
% A2 = % C 2
% A3 = % C 3
Pour le prédimensionnement d'un barrage-voûte on se contente d'un ajustement des
déformations radiales aux points d'insertion des arcs et de la console. Hormis une
augmentation des nombres d'arcs et de consoles, une nouvelle amélioration consiste
en un ajustement aux points d'insertion des arcs et des murs toutes les déformations
(il y en a six en tout). Dans la pratique, on se contente des plus importantes qui sont
au nombre de trois: soit radiales, tangentielles dans le sens horizontal et angulaires à
axe vertical. Dans la section centrale d'un barrage symétrique, les deux dernières
sont nulles (par symétrie). Pour un système simplifié avec trois arcs et seulement
une console centrale, il suffit alors de contrôler uniquement la compatibilité des
déformations radiales.
On calcule la déformation radiale de la console et des arcs en trois points
d'intersection en appliquant la théorie des travaux virtuels. Les déformations radiales
sont ensuite ajustées en obtenant trois équations pour les trois inconnues
p1 , p2 , p3 .
EPFL LCH 2006
132 Barrages-vôutes
a) Déformation de l'arc au centre % A
Pour un arc chargé par une force radiale uniforme, la déformation radiale au centre
(à la clé) se calcule par la relation
p A Rm2
%A = (1)
d A EB
Rm E B
et = f 2 , , où : Rm : rayon moyen de l'arc (à l'axe);
d A ER
dA : épaisseur de l'arc;
EB : module d'élasticité du béton;
ER : module d'élasticité du rocher de fondation;
2 : ouverture de l'arc.
Comme approximation satisfaisante on admet pour le prédimensionnement que la
valeur du module d'élasticité du rocher de fondation est deux fois inférieure à celle du
béton :
ER ( 1 EB
2
La valeur est donnée dans les tableaux suivants pour un encastrement partiel
( ER ( 1 EB ) et pour un encastrement parfait ( ER 6 5 ) :
2
Rn
dA 30° 35° 40° 45° 50° 55° 60° 65°
3 1.631 2.056 2.432 2.728 2.936 3.067 3.137 3.08
5 1.781 2.175 2.454 2.623 2.712 2.747 2.749 2.75
7 1.953 2.267 2.446 2.533 2.564 2.563 2.545 2.55
10 2.106 2.303 2.390 2.416 2.413 2.396 2.373 2.35
20 2.182 2.217 2.215 2.200 2.182 2.164 2.146 2.13
40 2.094 2.084 2.070 2.055 2.043 2.032 2.023 2.01
Tableau 4.1 : Valeur de pour ER ( 1 EB
2
Rn
dA 30° 35° 40° 45° 50° 55° 60° 65°
3 0.5037 0.6980 0.897 1.085 1.249 1.388 1.500
5 0.7671 1.0227 1.243 1.416 1.545 1.640 1.708
7 1.0152 1.273 1.464 1.596 1.686 1.748 1.791
10 1.293 1.506 1.641 1.726 1.780 1.816 1.841
20 1.677 1.766 1.814 1.842 1.860 1.872 1.881
40 1.824 1.851 1.866 1.875 1.881 1.886 1.891
Tableau 4.2 : Valeur de pour ER 6 5 (encastrement parfait)
b) Déformation de la console % C
La déformation de la console en un point y quelconque sous l'effet des forces
horizontales transmises par les arcs peut être déterminée à l'aide du principe des
travaux virtuels:
2006 LCH EPFL
Barrages 133
MM ' QQ '
%C = y+ y +%* (2)
EJ GF '
avec
E = EB
b d3 d3
J= ; pour b = 1 m J =
12 12
5 5
F ' = b d ; pour b = 1 m F'= d
6 6
EB 1 EB
= 2 (1 + 7 B ) ; pour 7 B = = 2.333
GB 6 GB
%C : déformation radiale de la console (en un point y quelconque)
M', Q' : moment, effort tranchant causé par la charge unitaire P' = 1 en un point
considéré
M, Q : moment, effort tranchant causé par les charges réelles
F' : est la section réduite de la section rectangulaire admise pour le calcul.
% ' est la part de la déformation qui résulte de l'élasticité du rocher de fondation. Elle
est causée par la compression et la rotation de la fondation au pied de la console:
% 8 = % R + ! R (h y ) ;
% R : déformation par compression du rocher au pied de la console;
! R (h y ) : déformation au point y par rotation de la fondation;
h: hauteur du barrage;
y: point de calcul de la déformation recherché.
% R et ! R sont calculés à l'aide des équations de Vogt dérivées de la théorie
d'élasticité tridimensionnelle:
C 2 M R C 3 QR C1 M R C2 QR
%R = + et !R = + (3)
ER d R ER E R d R2 E R d R
avec
M R , QR : moment, effort tranchant au pied de la console,
dR : épaisseur du barrage au pied de la console,
C1 , C2 , C3 : coefficients sans dimensions qui dépendent de la forme de la fondation
et de la console.
Pour le calcul préliminaire on utilise souvent, comme déjà mentionné
ER
= 2 , rapport pour lequel les coefficients prennent les valeurs
EB
C1 = 5.2, C2 = 0.8 et C3 = 2.0 .
La déformation de la console au point y est alors obtenue en appliquant le principe
des travaux virtuels par l'équation suivante:
EPFL LCH 2006
134 Barrages-vôutes
MM ' QQ' EB
% C ( y ) EB = y+ y + % R EB + ! R (h y ) EB
J F ' GB
MM ' QQ'
% C ( y ) EB = 12 y + 2.8 y
d3 d
(4)
10.4 M R 1.6 QR
+(h y) 2
+
dR dR
1.6 M R
+ + 4.0 QR
dR
Les moments et efforts tranchants sollicitant la console peuvent être exprimés en
fonction de la répartition parabolique de la charge = f(y).
La répartition parabolique de la charge p = f ( y ) peut être estimée par la formule
suivante :
3 p1 + 4 p2 p3 y p 2 p2 + p3 y2
p( y ) = p1 + + 1
4 y 8 y2
Cette relation permet d'obtenir facilement la charge de la console en sept sections
horizontales réparties sur la hauteur du barrage en utilisant les valeurs du tableau
suivant :
p(y) = ap p1 + bp p2 + c p p3
y ap bp cp
0hy 1.0000 0.0000 0.0000
1hy 0.3750 0.7500 -0.1250
2hy 0.0000 1.0000 0.0000
3hy -0.1250 0.7500 0.3750
4hy 0.0000 0.0000 1.0000
5hy 0.3750 -1.2500 1.8750
6hy 1.0000 -3.0000 3.0000
7hy 1.8750 -5.2500 4.3750
Tableau 4.3 : Répartition parabolique de le charge d'une console découpée en 7
sections horizontales
Avec p ( y ) , l'effort tranchant Q(y) devient:
Q( y ) = p( y ) y
2006 LCH EPFL
Barrages 135
3 p1 + 4 p2 p3 y 2 p1 2 p2 + p3 y 3
Q( y ) = p1 y + +
8 y 24 y2
Cette équation décrit la répartition de l'effort tranchant le long de la hauteur de la
console. Le tableau suivant donne les valeurs de l'effort tranchant réduit Q(y)/ y pour
une console découpée en sept sections horizontales
Q(y)
= aQ p1 + bQ p2 + cQ p3
y
y aQ bQ cQ
0hy 0.0000 0.0000 0.0000
1hy 0.6667 0.4167 -0.0833
2hy 0.8333 1.3333 -0.1667
3hy 0.7500 2.2500 0.0000
4hy 0.6667 2.6667 0.6667
5hy 0.8333 2.0833 2.0833
6hy 1.5000 0.0000 4.5000
7hy 2.9167 -4.0833 8.1667
Tableau 4.4 : Répartition de l'effort tranchant réduit dans une console découpée en
sept sections horizontales
Le moment M(y) se calcule également en fonction de l'effort tranchant Q(y) et de la
charge p ( y ) :
M ( y ) = ) Q( y ) dy
p1 y 2 3 p1 + 4 p2 p3 y 3 p1 2 p2 + p3 y 4
M ( y) = + +
2 24 y 96 y2
2
Le tableau suivant donne les valeurs du moment réduit M(y)/ y pour une console
découpée en sept sections horizontales.
M(y )
= aM p1 + bM p2 + cM p3
y2
Y aM bM cM
0hy 0.0000 0.0000 0.0000
1hy 0.3854 0.1458 -0.0312
2hy 1.1667 1.0000 -0.1667
3hy 1.9688 2.8125 -0.2813
4hy 2.6667 5.3333 0.0000
5hy 3.3854 7.8125 1.3021
6hy 4.5000 9.0000 4.5000
7hy 6.6354 7.1458 10.7188
Tableau 4.5 : Répartition du moment réduit dans une console découpée en sept
sections horizontales
La déformation recherchée en chaque point de croisement s'obtient en déterminant
la sollicitation de la console sous une charge unitaire pour chaque point. Les
EPFL LCH 2006
136 Barrages-vôutes
tableaux 4.6, 4.7 et 4.8 donnent la sollicitation de la console, soit le moment et l'effort
tranchant à chaque point d'intersection sous une charge unitaire p = 1.
y M'
Q' p = 1
y
0hy 0 1
1hy 1 1
2hy 2 1
3hy 3 1
4hy 4 1
5hy 5 1
6hy 6 1
7hy 7 1
Tableau 4.6 : Répartition du moment et de l'effort tranchant sous une charge unitaire
au point d'intersection 1 (y=0)
y M'
Q' 2 y
y
0hy 0 0 p =1
1hy 0 0
2hy 0 1
3hy 1 1
4hy 2 1
5hy 3 1
6hy 4 1
7hy 5 1
Tableau 4.7 : Répartition du moment et de l'effort tranchant sous une charge unitaire
au point d'intersection 2 (y=2Uy)
y M' Q'
y
0hy 0 0 4 y
1hy 0 0
2hy 0 0
3hy 0 0
4hy 0 1 p =1
5hy 1 1
6hy 2 1
7hy 3 1
Tableau 4.8 : Répartition du moment et de l'effort tranchant sous une charge unitaire
au point d'intersection 3 (y=4Uy)
2006 LCH EPFL
Barrages 137
Par la multiplication des valeurs des tableaux 4.4 et 4.5 avec celles des tableaux 4.6,
4.7 et 4.8, on obtient les expressions MjM' et QjQ'. Le résultat de cette multiplication
pour peut être déduit à partir des tableaux 4.9 à 4.11.
QQ' (y)
= aQQ' p1 + bQQ' p2 + cQQ' p3
y
y aQQ' bQQ' cQQ'
0hy 0 0 0
1hy 0.6667 0.4167 -0.0833
2hy 0.8333 1.3333 -0.1667
3hy 0.7500 2.2500 0.0000
4hy 0.6667 2.6667 0.6667
5hy 0.8333 2.0833 2.0833
6hy 1.5000 0.0000 4.5000
7hy 2.9167 -4.0833 8.1667
Tableau 4.9 : Facteur pour QjQ'(y)/ y au point d'intersection 1 (y=0)
y aQQ' bQQ' cQQ'
0hy 0 0 0
1hy 0 0 0
2hy 0.8333 1.3333 -0.1667
3hy 0.7500 2.2500 0.0000
4hy 0.6667 2.6667 0.6667
5hy 0.8333 2.0833 2.0833
6hy 1.5000 0.0000 4.5000
7hy 2.9167 -4.0833 8.1667
Tableau 4.10 : Facteur pour QjQ'(y)/ y au point d'intersection 2 (y=2 y)
y aQQ' bQQ' cQQ'
0hy 0 0 0
1hy 0 0 0
2hy 0 0 0
3hy 0 0 0
4hy 0.6667 2.6667 0.6667
5hy 0.8333 2.0833 2.0833
6hy 1.5000 0.0000 4.5000
7hy 2.9167 -4.0833 8.1667
Tableau 4.11 : Facteur pour QjQ'(y)/ y au point d'intersection 3 (y=4 y)
Avant l'intégration, chaque facteur des tableaux 4.9, 4.10 et 4.11 doit être multiplié
2
avec y /F(y), qui varie sur la hauteur de la console. La somme de la forme
7 y QQ'
y
y=0 F
est ensuite introduite dans l'équation des travaux virtuels.
3
De la même manière, le résultat de la multiplication M M'(y)/ y peut aussi être
déduit à partir des tableaux suivants (Tableaux 4.12 à 4.14).
EPFL LCH 2006
138 Barrages-vôutes
MM' (y)
= aMM' p1 + bMM' p2 + cMM' p3
y3
y a MM' bMM' c MM'
0hy 0 0 0
1hy 0.3854 0.1458 -0.0312
2hy 2.3333 2.0000 -0.3333
3hy 5.9062 8.4375 -0.8437
4hy 10.6667 21.3333 0.0000
5hy 16.9271 39.0625 6.5104
6hy 27.0000 54.0000 27.0000
7hy 46.4479 50.0208 75.0312
Tableau 4.12 : Facteur pour MVM'(y)/ y3 au point d'intersection 1 (y=0)
y a MM' bMM' c MM'
0hy 0 0 0
1hy 0 0 0
2hy 0 0 0
3hy 1.9687 2.8125 -0.2812
4hy 5.3333 10.6667 0.0000
5hy 10.1563 23.4375 3.9062
6hy 18.0000 36.0000 18.0000
7hy 33.1771 35.7292 53.5937
Tableau 4.13 : Facteur pour MVM'(y)/ y3 au point d'intersection 2 (y=2 y)
Y a MM' bMM' c MM'
0hy 0 0 0
1hy 0 0 0
2hy 0 0 0
3hy 0 0 0
4hy 0 0 0
5hy 3.3854 7.8125 1.3021
6hy 9.0000 18.0000 9.0000
7hy 19.9063 21.4375 32.1562
Tableau 4.14 : Facteur pour MVM'(y)/ y3 au point d'intersection 3 (y=4 y)
Avant la sommation, chaque facteur des tableaux 4.12, 4.13 et 4.14 doit être
multiplié avec ky4/J(y), qui varie sur la hauteur de la console. La somme de la forme
7 y
MM'
y
y =0 J
est ensuite introduite dans l'équation des travaux virtuels.
Remarques:
1. En faisant l'intégration à l'aide des tableaux 4.9 à 4.14, les facteurs au point y=7ky
doivent être multipliés par ky/2 et non ky, du fait que la grandeur de l'intervalle
d'intégration est ky/2 à l'intersection avec la fondation.
2. La largeur de la console et des arcs est unitaire (1 m) et donc les charges p, Q et M
doivent être calculées pour 1 m de largeur.
2006 LCH EPFL
Barrages 139
Finalement, les déformations radiales de la console à chaque point d'intersection
avec les trois arcs peuvent être exprimées en fonction de la charge p .
% C1 = f1 ( p1 , p 2 , p3 )
% C 2 = f 2 ( p1 , p 2 , p3 )
% C 3 = f 3 ( p1 , p 2 , p3 )
ou
E B % C1 = a11 p1 + a12 p2 + a13 p3
E B % C 2 = a21 p1 + a22 p2 + a23 p3 (5)
E B % C 3 = a31 p1 + a32 p2 + a33 p3
c) Détermination de la répartition de la poussée de l'eau entre les arcs et la
console
La poussée de l'eau est partagée dans une part supportée par les arcs et une part
supportée par la console. Cette répartition est donnée par les équations suivantes:
p1 + p A1 = p E (1) = 0
R2 + d 2
p2 + p A 2 = pE (2) = 2 E 2 y 2 (6)
R2
R3 + d 3
p3 + p A3 = p E (3) = 2 E 4 y 2
R3
La compatibilité des déformations radiales aux trois points d'intersection résulte en
trois équations avec trois inconnues p1 , p2 , p3 :
Point d'intersection 1 (y=0) :
(7)
Point d'intersection 2 (y=2Wy ):
EPFL LCH 2006
140 Barrages-vôutes
(8)
Point d'intersection 3 (y=4Wy) :
(9)
La solution de ce système de trois équations fournit les trois valeurs inconnues
p1 , p2 , p3 .
a) Détermination des efforts tranchants et des moments dans la console
Une fois la part de la poussée de l'eau supportée par la console déterminée, la
répartition de l'effort tranchant et du moment sont calculés par les équations
suivantes (répartition parabolique de la charge) :
[Link] Efforts et contraintes au pied de la console
a) Contraintes à lac vide
A lac vide, le poids propre du barrage-voûte est transféré vers le sol par les
consoles (murs) seulement car le barrage se construit par tranches verticales
indépendantes. Ces tranches ne sont rendues solidaires entre elles qu’à la fin des
travaux par l'injection d’un coulis de ciment dans les joints. Cette opération, appelée
le clavage de la voûte, rend la structure hyperstatique. Durant la construction, le
poids propre augmente peu à peu, mais agit toujours sur les mêmes sections
horizontales. Il est donc logique de calculer l’effet du poids propre comme pour un
barrage-poids.
Les contraintes verticales au pied de la console (par mètre de largeur) sous l’effet du
poids propre avec les notations données à la figure 4.21 se calculent par :
2006 LCH EPFL
Barrages 141
MP : moment sous l'effet du poids propre
MP = P j eR
P: poids propre, qui s'applique au centre de
gravité de la console
eR : excentricité du poids propre par rapport
au centre de gravité de la console
v av
v,am : contraintes à l'amont
v,av : contraintes à l'aval
d d
2 2
Figure 4.21: Répartition des contraintes au pied de la console sous l'effet du
poids propre
b) Contraintes à lac plein
Les contraintes à lac plein au pied de la console deviennent, selon les notations de la
figure 4.22 :
ME : moment sous l'effet de la poussée de l'eau :
ME = M(7ky=h)
eR : excentricité du poids propre par rapport
au centre de gravité de la console
Figure 4.22: Répartition des contraintes au pied
de la console sous l'effet combiné
du poids propre et de la poussée de
l'eau
d d
2 2
EPFL LCH 2006
142 Barrages-vôutes
[Link] Efforts et contraintes dans les arcs
Sous l’hypothèse que la part de la poussée de l’eau supportée par un arc est
constante le long de celui-ci, les moments et les efforts normaux peuvent être
calculés à la clé et à la naissance de l’arc par les formules suivantes :
a) Clé de l’arc
Effort normal
9 30° 35° 40° 45° 50° 55° 60°
R/d
3 0.2675 0.3803 0.4957 0.6024 0.6935 0.7672 0.8245
6 0.4912 0.6336 0.7438 0.8212 0.8759 0.9125 0.9374
10 0.7006 0.8109 0.8794 0.9213 0.9473 0.9637 0.9744
20 0.8961 0.9410 0.9647 0.9777 0.9854 0.9901 0.9930
40 0.9709 0.9841 0.9906 0.9942 0.9962 0.9974 0.9982
Tableau 4.15 : Coefficient Xn pour le calcul de l'effort normal à la clé
Moment
9 30° 35° 40° 45° 50° 55° 60°
R/d
3 0.1885 0.2025 0.2030 0.1925 0.1751 0.1544 0.1333
6 0.2047 0.1907 0.1670 0.1414 0.1179 0.0977 0.0809
10 0.1760 0.1457 0.1175 0.0944 0.0762 0.0620 0.0509
20 0.1084 0.0816 0.0626 0.0490 0.0390 0.0316 0.0259
40 0.0567 0.0415 0.0314 0.0245 0.0195 0.0158 0.0130
Tableau 4.16 : Coefficient Xm pour le calcul du moment à la clé
b) Naissance de l’arc
Effort normal
9 30° 35° 40° 45° 50° 55° 60°
R/d
3 0.3656 0.4922 0.6131 0.7189 0.8030 0.8665 0.9122
6 0.5594 0.6999 0.8037 0.8736 0.9202 0.9498 0.9687
10 0.7407 0.8451 0.9076 0.9444 0.9661 0.9792 0.9872
20 0.9100 0.9517 0.9730 0.9842 0.9906 0.9943 0.9965
40 0.9748 0.9870 0.9928 0.9959 0.9976 0.9985 0.9991
Tableau 4.17 : Coefficient n pour le calcul de l'effort normal à la naissance
2006 LCH EPFL
Barrages 143
Moment:
9 30° 35° 40° 45° 50° 55° 60°
R/d
3 -0.1059 -0.1337 -0.1510 -0.1569 -0.1534 -0.1434 -0.1300
6 -0.2043 -0.2069 -0.1926 -0.1728 -0.1481 -0.1262 -0.1069
10 -0.2251 -0.1963 -0.1647 -0.1361 -0.1121 -0.0928 -0.0771
20 -0.1700 -0.1318 -0.1026 -0.0816 -0.0653 -0.0528 -0.0441
40 -0.0992 -0.0735 -0.0566 -0.0435 -0.0348 -0.0285 -0.0230
Tableau 4.18 : Coefficient m pour le calcul du moment à la naissance
Les contraintes horizontales à la clé et à la naissance des arcs se calculent
finalement par :
N 6 M
h ,am ,av = ± 2
d d
où
h,am : contraintes horizontales à l'amont
h,av : contraintes horizontales à l'aval
N: effort normal à la clé, respectivement à la naissance
M: moment à la clé, respectivement à la naissance
[Link] Exemple de calcul d'un barrage-voûte
Pour illustrer le calcul, le barrage-voûte de Punt dal Gall, aux Grisons, est calculé ci-
après.
Figure 4.23: Barrage de Punt dal Gall, H=133m, LC=450m; élévation du barrage
et du voile d'étanchéité
EPFL LCH 2006
144 Barrages-vôutes
Figure 4.24: Barrage de Punt dal Gall, situation et coupe type
1. Modélisation par un système arcs-consoles
Lieu Corde de Demi angle Rayon Longueur Epaisseur rayon
(position) l'arc d'ouverture moyen de l'arc extérieur
y [m] S [m] 9 [°] R [m] L [m] d [m] Ra [m]
0 450 60 260 544 10 265
19 415 58 245 495 14 252
38 372 55 227 436 17 235.5
57 313 52 199 360 20 209.0
76 242 49 160 274 23 171.5
95 180 45 127 200 25 139.5
114 125 40 97 136 27 110.5
133 30 34 27 32 29 -
Tableau 4.19 : Caractéristiques géométriques des arcs
2. Déformation radiale de l'arc à la clé %A
Avec les valeurs M du tableau 4.1, la déformation radiale des 3 arcs à la clé peut être
calculée par l'équation (1)
Numéro d'arc Position 9 R/d EA %A
1 y=0 60° 26.0 2.10 14'196 pA1
2 y=2 y 55° 13.4 2.31 7'002 pA2
3 y=4 y 49° 7.0 2.57 2'860.5 pA3
Tableau 4.20 : Déformation radiale de l'arc à la clé
3. Déformation de la console au niveau de l'arc 1 (y1=0) %C1
y4
Dans un premier temps, les valeurs J ( y ) et sont calculées pour chaque
J ( y)
position de y, puis multipliées par les facteurs du tableau 4.12.
2006 LCH EPFL
Barrages 145
y4
y J(y) aMM' bMM' cMM'
J ( y)
0 83.3 1'563.9 0 0 0
19 228.7 569.9 219.6 83.1 -17.8
38 409.4 318.3 742.8 636.6 -106.2
57 666.7 195.5 1'154.5 1'649.3 -164.9
76 1'013.9 128.5 1'370.9 2'741.8 0
95 1'302.1 100.1 1'694.3 3'909.9 651.6
114 1'640.4 79.5 2'145.5 4'291.1 2'145.5
133 2'032.4 64.1 2'978.9 3'208.1 4'812.1
Tableau 4.21 : Facteur pour MM'(y)/ y au point d'intersection 1 (y=0)
On calcule ensuite les facteurs du tableau 4.9:
y2
y d(y) aQQ' bQQ' CQQ'
d ( y)
0 10 36.1 0 0 0
19 14 25.8 17.2 10.7 -2.1
38 17 21.2 17.7 28.3 -3.5
57 20 18.1 13.5 40.6 0
76 23 15.7 10.5 41.9 10.5
95 25 14.4 12.0 30.1 30.1
114 27 13.4 20.1 0 60.2
133 29 12.4 36.3 -50.8 101.7
Tableau 4.22 : Facteur pour QQ'(y)/ y au point d'intersection 1 (y=0)
Le tableau 4.4 en y = 7 y donne:
QR = Q(7 y ) = 55.4 p1 77.6 p2 + 155.2 p3
et le tableau 4.5 en y = 7 y :
M R = M (7 y ) = 2395.4 p1 + 2579.6 p2 + 3869.5 p3
La déformée de la console au point y=0 est obtenue par le principe des travaux
virtuels, selon l'équation (4) :
MM '
y = 8'817.0 p1 + 14'915.8 p 2 + 4'914.2 p 3
J
QQ'
2 .8 y = 305.6 p1 + 353.3 p 2 + 408.4 p3
d
10.4 M R 1.6 QR
133 + = 4'346.1 p1 + 3'673.3 p 2 + 7'503.0 p3
d R2 dR
1 .6 M R
+ 4.0 QR = 353.8 p1 168.1 p 2 + 834.3 p1
dR
E B % C1 = 13'822 p1 + 18'774 p2 + 13'660 p3
Le même calcul est effectué pour les niveaux d'intersection avec les autres arcs.
EPFL LCH 2006
146 Barrages-vôutes
4. Déformation de la console au niveau de l'arc 2 (y2=2 y) %C2
Avec le tableau 4.13 :
y4
y J(y) aMM' bMM' cMM'
J ( y)
0 83.3 1'563.9 0 0 0
19 228.7 569.9 0 0 0
38 409.4 318.3 0 0 0
57 666.7 195.5 384.8 549.8 -55.0
76 1'013.9 128.5 685.4 1'370.9 0
95 1'302.1 100.1 1'016.6 2'345.9 391.0
114 1'640.4 79.5 1'430.3 2'860.8 1'430.3
133 2'032.4 64.1 2'127.8 2'291.5 3'437.2
Tableau 4.23 : Facteur pour MM'(y)/ y au point d'intersection 2 (y=2 y)
Avec le tableau 4.10 :
y2
y d(y) aQQ' bQQ' CQQ'
d ( y)
0 10 36.1 0 0 0
19 14 25.8 0 0 0
38 17 21.2 17.7 28.3 -3.5
57 20 18.1 13.5 40.6 0
76 23 15.7 10.5 41.9 10.5
95 25 14.4 12.0 30.1 30.1
114 27 13.4 20.1 0 60.2
133 29 12.4 36.3 -50.8 101.7
Tableau 4.24 : Facteur pour QQ'(y)/ y au point d'intersection 2 (y=2 y)
Le tableau 4.4 en y = 7 y donne:
QR = Q(7 y ) = 55.4 p1 77.6 p2 + 155.2 p3
et le tableau 4.5 en y = 7 y :
M R = M (7 y ) = 2395.4 p1 + 2579.6 p2 + 3869.5 p3
La déformée de la console au point y=2 y est obtenue par le principe des travaux
virtuels, selon l'équation (4):
2006 LCH EPFL
Barrages 147
MM '
y = 4'581.0 p1 + 8'273.2 p 2 + 3'484.9 p 3
J
QQ'
2 .8 y = 232.7 p1 + 283.6 p 2 + 419.4 p3
d
10.4 M R 1.6 QR
95 + = 3'104.4 p1 + 2'623.8 p 2 + 5'359.3 p3
d R2 dR
1 .6 M R
+ 4.0 QR = 353.8 p1 168.1 p 2 + 834.3 p1
dR
E B % C2 = 8'272 p1 + 11'012 p2 + 10'098 p3
5. Déformation de la console au niveau de l'arc 3 (y3=4 y) %C3
Avec le tableau 4.14 :
y4
Y J(y) aMM' bMM' cMM'
J ( y)
0 83.3 1'563.9 0 0 0
19 228.7 569.9 0 0 0
38 409.4 318.3 0 0 0
57 666.7 195.5 0 0 0
76 1'013.9 128.5 0 0 0
95 1'302.1 100.1 338.9 782.0 130.3
114 1'640.4 79.5 715.1 1'430.4 715.1
133 2'032.4 64.1 1'276.1 1'374.9 2'062.3
Tableau 4.25 : Facteur pour MM'(y)/ y au point d'intersection 3 (y=4 y)
Avec le tableau 4.11:
y2
y d(y) aQQ' bQQ' CQQ'
d ( y)
0 10 36.1 0 0 0
19 14 25.8 0 0 0
38 17 21.2 0 0 0
57 20 18.1 0 0 0
76 23 15.7 10.5 41.9 10.5
95 25 14.4 12.0 30.1 30.1
114 27 13.4 20.1 0 60.2
133 29 12.4 36.3 -50.8 101.7
Tableau 4.26 : Facteur pour QQ'(y)/ y au point d'intersection 3 (y=4 y)
Le tableau 4.4 en y = 7 y donne :
QR = Q(7 y ) = 55.4 p1 77.6 p2 + 155.2 p3
et le tableau 4.5 en y = 7 y :
M R = M (7 y ) = 2395.4 p1 + 2579.6 p2 + 3869.5 p3
EPFL LCH 2006
148 Barrages-vôutes
La déformée de la console au point y=4 y est obtenue par le principe des travaux
virtuels, selon l'équation (4) :
MM '
y = 1'692.3 p1 + 2'899.8 p 2 + 1'876.5 p 3
J
QQ'
2 .8 y = 155.4 p1 + 71.6 p 2 + 409.8 p3
d
10.4 M R 1.6 QR
57 + = 1'862.6 p1 + 1'574.3 p 2 + 3'215.6 p 3
d R2 dR
1 .6 M R
+ 4.0 QR = 353.8 p1 168.1 p 2 + 834.3 p1
dR
E B % C3 = 4'064 p1 + 4'378 p2 + 6'336 p3
6. Détermination de la poussée de l'eau
La poussée de l'eau au niveau de chacun des 3 arcs est calculée selon la formule
(6) :
p1 + p A1 = p E (1) = 0
2
p2 + p A 2 = p E (2) = 0.3942 [N/mm ]
p3 + p A3 = pE (3) = 0.8146 [N/mm2]
7. Résolution du système d'équations
Le système linéaire de 3 équations à 3 inconnues p1 , p2 et p3 peut être posé par les
équations (7), (8) et (9). La poussée sur les murs peut être calculée au niveau des 3
arcs de calculs:
I ( 13'822 + 14'196 ) · p1 + 18'744 · p2 + 13'660 · p3 = 0
II 8'272 · p1 + ( 11'012 + 7'002 ) · p2 + 10'098 · p3 = 2'760
III 4'064 · p1 + 4'378 · p2 + ( 6'336 + 2'860 ) · p3 = 2'330
Ce qui donne comme résultat :
2
p1 = - 0.1978 [N/mm ]
2
p2 = + 0.0723 [N/mm ]
p3 = + 0.3064 [N/mm2]
2006 LCH EPFL
Barrages 149
8. Calcul des contraintes dans les arcs par la formule du tube
Les efforts et les contraintes moyennes dans les arcs peuvent se calculer rapidement
par la formule du tube.
y d pE p pA NA A
[m] [m] [N/mm2] [N/mm ]2 [N/mm2] [kN/m] [N/mm2]
0 10.0 0 -0.1978 0.1978 51'428 5.14
19 14.0 0.1917 -0.0583 0.2500 61'242 4.37
38 17.0 0.3867 0.0723 0.3144 71'378 4.20
57 20.0 0.5873 0.1939 0.3934 78'290 3.91
76 23.0 0.7991 0.3064 0.4927 78'840 3.43
95 25.0 1.0237 0.4100 0.6137 77'943 3.12
114 27.0 1.2740 0.5045 0.7695 74'640 2.76
133 29.0 2.0054 0.5901 1.4154 38'215 1.32
Tableau 4.27 : Contraintes dans les arcs par la formule du tube
9. Calcul des contraintes dans les arcs en tenant compte de l'encastrement
A l'aide des tableaux 4.15 à 4.18, il est possible de calculer les efforts normaux et les
moments dans les arcs, à la clé et à la naissance, sous le cas de charge de la
poussée de l'eau.
y d N clé M clé clé ,am clé,av N naiss M naiss naiss,am naiss,av
[m] [m] [kN/m] [kNm/m] [N/mm2] [N/mm2] [kN/m] [kNm/m] [N/mm2] [N/mm2]
0 10.0 51'148 11'330 5.79 4.44 51'288 -19'424 3.96 6.29
19 14.0 60'409 29'983 5.23 3.40 60'795 -48'468 2.86 5.83
38 17.0 69'418 62'864 5.39 2.78 70'254 -96'331 2.13 6.13
57 20.0 74'616 111'190 5.40 2.06 76'008 -164'123 1.34 6.26
76 23.0 69'647 203'770 5.34 0.72 72'773 -261'838 0.19 6.13
95 25.0 58'777 306'065 5.29 -0.59 64'394 -327'214 -0.57 5.72
114 27.0 40'657 394'771 4.75 -1.74 48'572 -320'868 -0.84 4.44
133 29.0 7'151 226'053 1.86 -1.37 12'441 -82'210 -0.16 1.02
Tableau 4.28 : Contraintes dans les arcs à la clé et à la naissance
10. Calcul des contraintes dans la console
Poids propre seul:
y d e N PP e PP,am PP,av
[m] [m] [m] [kN/m] [m] [N/mm2] [N/mm2]
0 10.0 1.97
19 14.0 -3.96 5'700 2.80 -0.08 0.90
38 17.0 -7.99 13'063 4.08 -0.34 1.88
57 20.0 -10.86 21'850 4.71 -0.45 2.64
76 23.0 -11.86 32'062 4.05 -0.08 2.87
95 25.0 -9.71 43'462 1.13 1.27 2.21
114 27.0 -5.62 55'813 -2.76 3.33 0.80
133 29.0 0.00 69'112 -7.30 5.98 -1.22
Tableau 4.29 : Contraintes dans la console sous poids propre seul
EPFL LCH 2006
150 Barrages-vôutes
Poussée de l'eau et poids propre:
y d ME QE E,am E ,av E + PP ,am E + PP ,av
[m] [m] [kNm/m] [kN/m] [N/mm2] [N/mm2] [N/mm2] [N/mm2]
0 10.0
19 14.0 -27'165 -2'418 0.83 -0.83 0.75 0.06
38 17.0 -75'648 -2'271 1.57 -1.57 1.23 0.31
57 20.0 -98'291 272 1.47 -1.47 1.02 1.16
76 23.0 -51'217 5'039 0.58 -0.58 0.50 2.29
95 25.0 106'197 11'858 -1.02 1.02 0.25 3.23
114 27.0 411'323 20'560 -3.39 3.39 -0.05 4.19
133 29.0 898'312 30'972 -6.41 6.41 -0.43 5.19
Tableau 4.30 : Contraintes dans la console sous poussée de l'eau seule et sous
combinaison de charges poussée de l'eau et poids propre
4.5.4 Méthode des éléments finis
La méthode des ajustements permet le prédimensionnement d'un barrage-voûte.
Néanmoins, pour vérifier l'aptitude au service du barrage dans le cadre du projet
définitif, la méthode des éléments finis est aujourd'hui systématiquement utilisée.
Cette méthode est également indispensable pour l'analyse du comportement de
l'ouvrage sous charge dynamique, en cas de séisme.
Comme déjà mentionné, une analyse plus détaillée doit tenir compte des
phénomènes et caractéristiques suivantes :
• Le béton de masse dont est composée la voûte a un comportement fortement
non-linéaire et non-élastique;
• Le comportement de la structure est également non-linéaire, du fait de la
fissuration et de l'ouverture possible des joints;
• L'interaction entre le sol et la structure doit être considérée;
• L'interaction entre le réservoir d'eau et la structure intervient dans le
comportement dynamique, du fait de la compressibilité de l'eau.
Le modèle de calcul doit donc considérer un système composé du barrage, de sa
fondation et de la retenue. Pour une analyse purement statique, seuls le barrage et
une bande du rocher de fondation sont nécessaires. La figure 4.25 montre le modèle
mis en place pour le calcul du barrage de Salam Farsi (Iran), voûte épaisse d'une
hauteur de 125 m.
2006 LCH EPFL
Barrages 151
Figure 4.25: Modélisation d'un barrage-voûte par éléments finis
Dans un premier temps, les fréquences propres des 4 premiers modes de la
structure à lac vide ont été déterminés (modèle linéaire, voir figure 4.26).
Figure 4.26: Fréquences propres d'un barrage-voûte à lac vide
Sur cette base des dispositions géométriques et constructives ont été prises pour
optimaliser la forme de sorte à :
• Augmenter les fréquences propres;
• Supprimer les modes asymétriques.
Les développements les plus récents permettent d'effectuer l'analyse dynamique des
barrages et considérant certains effets non-linéaires. La figure 4.27 montre un
modèle non-linéaire du même barrage, auquel ont été introduits 4 joints verticaux de
cisaillement
EPFL LCH 2006
152 Barrages-vôutes
Figure 4.27: Modélisation non-linéaire d'un barrage-voûte par éléments finis
Les effets non-linéaires proviennent pour une part de la formation de fissures, et pour
une part de la présence de joints verticaux de construction. Bien que ces joints soient
remplis de coulis de ciment par les injections de clavage, ils constituent
indéniablement un point faible en cas de séisme.
La figure 4.28 illustre les déformations du barrage en considérant les effets non-
linéaires, pour différentes valeurs du coefficient de résistance au cisaillement des
joints. Tous les cas de la figure 4.28 illustre le premier mode d'oscillation, sous une
charge dynamique horizontale dont l'accélération extrême est de 2.0·g dans le sens
amont-aval et à lac plein.
Figure 4.28: Déformation d'un barrage-voûte en considérant des joints verticaux
(modèle non-linéaire)
2006 LCH EPFL
Barrages 153
Les modèles les plus récents permettent également de tenir compte de l'interaction
entre le barrage et la retenue.
Figure 4.29: Modélisation du barrage, de sa fondation et de la retenue
4.6 Effets de la température
Le barrage-voûte étant une structure relativement élancée, il subit les conditions
météorologiques extérieures, lesquelles ont un effet sur les conditions de tempéra-
ture à l'intérieur de l'ouvrage.
La température dans le béton est influencée par :
• la température de l'air sur le parement aval;
• la température de l'eau, respectivement de l'air sur le parement amont;
• l'insolation du parement aval.
Dans le béton, ces variations de température sont sensiblement plus faibles; elles
sont généralement déphasées et atténuées du fait de l'inertie thermique du béton de
masse.
La température du béton sur le parement aval peut varier entre 5°C et 25°C, sous
l'effet des échanges de chaleur avec l'atmosphère et du rayonnement solaire. Le
parement amont est soit en contact avec l'eau de la retenue, soit en contact avec l'air
lorsque la retenue est vide. Dans la retenue, la température de l'eau en profondeur
ne varie quasiment pas. En surface, la température de l'eau dépend directement des
conditions atmosphériques.
Analysons le champ de température dans une section horizontale du barrage. En
règle générale, le cœur de la structure a une inertie thermique très importante. Il
subit donc un cycle très lent de température, le plus souvent sur 1 an. Sur les
parements, la variation de la température est sensiblement plus importante. Il
s'ensuit un diagramme de température de forme compliquée.
EPFL LCH 2006
154 Barrages-vôutes
Pour simplifier le calcul, ce diagramme de température dans une section quelconque
peur être représenté par une relation linéaire entre les 2 parements (forme
trapézoïdale), comme le montre la figure 4.30.
Tamont
Tamont
Taval
Taval
d
arc
arc
échauffement refroidissement
Figure 4.30: Températures dans un barrage-voûte, approximation linéaire
Ce trapèze peut alors être décomposé en
• une variation uniforme de la température
par rapport à une température de
référence; = +
• un gradient de température entre les 2
parements
La variation uniforme de température de l'ensemble de la section correspond à la
variation entre la température à une date de référence et la date considérée. La
référence doit correspondre à la période de clavage de la voûte par l'injection des
joints. C'est en effet au cours de cette opération que la voûte est rendue
hyperstatique. Sous les conditions initiales de température au moment du clavage,
aucun effort hyperstatique n'est introduit par l'effet de température.
Le choix de la période de clavage est donc prépondérant. Le clavage s'effectue
lorsque le béton est le plus froid possible. La variation positive de température qu'on
observe généralement par rapport à cette référence introduit une compression
horizontale dans les arcs hyperstatiques qui joue un rôle de précontrainte en limitant
l'apparition de tractions.
Analysons maintenant les effets de ces 2 modes de charges de température sur le
barrage-voûte :
Variation uniforme de température
La variation uniforme de température s'applique aussi bien dans le plan horizontal
que dans le plan vertical.
2006 LCH EPFL
Barrages 155
Les consoles verticales sont libres de se déformer sous l'effet de la variation de
température. On observe donc un déplacement vertical du couronnement sans
apparition de contraintes additionnelles :
H =) t T ( y ) dy et V, T = 0.
t : coefficient de dilatation thermique du béton : t 10 5 [°C 1 ]
Si les arcs horizontaux étaient libres de se déformer, on aurait une variation du rayon
moyen de l'arc sans apparition de contraintes additionnelles.
En réalité, les arcs sont au moins partiellement encastrés dans leur fondation et sont
donc empêchés de s'allonger.
NH ( T ) = ± T t EB d k ,
où k est un facteur de forme de l'arc qui dépend également du degré d'encastrement
de l'arc.
Cet effort est accompagné de moments de flexion dans les arcs, dus à l'hyper-
staticité. Une déformation de la clé du barrage vers l'amont est observée sur les arcs
si ceux-ci sont élancés et ont une courbure importante.
Gradient de température
Dans un arc soumis à un gradient de température, le feuillet moyen de l'arc ne subit
aucune variation de son état thermique. Il en résulte que ce feuillet moyen ne se
déforme pas, et que par conséquent les arcs ne subissent aucune déformation.
Par contre, le gradient de température introduit des contraintes hyperstatiques sur
les parements, correspondant à un moment d'axe vertical.
=± T E B , et M =1 T d 2 EB .
am , av t T 6 t
Discussion
Puisque le barrage-voûte est une structure relativement mince, les variations de
température entre les parements amont et aval provoquent des contraintes et des
déformations considérables. Elles peuvent atteindre plusieurs mm sur le couron-
nement à la clé dans le sens amont-aval.
Dans le cadre de l'auscultation d'un barrage, on compare les déformations mesurées
avec les déformations calculées pour vérifier le comportement du barrage. Cette
analyse doit bien entendu considérer l'effet de la température pour que la
comparaison puisse se faire et que les conclusions tirées soient sensées.
L'effet de la variation uniforme et du gradient de température peut être calculé sur la
structure hyperstatique que constitue le barrage-voûte. Pour y parvenir, on a utilisé
jusque dans les années 1980 la même méthode des ajustements que décrite plus
haut. Aujourd'hui, un calcul par éléments finis permet d'obtenir des résultats plus
proche de la réalité. La majeure difficulté rencontrée lors du calcul se situe dans la
définition des cas de charge thermiques à prendre en compte. Ceux-ci dépendent
des matériaux, des conditions climatiques du site, du mode d'exploitation de la
retenue (niveau de l'eau sur le parement amont), des paramètres d'absorption
thermiques et enfin des conditions thermiques du barrage lors du clavage.
EPFL LCH 2006
156 Barrages-vôutes
4.7 Evaluation des contraintes
Des différences fondamentales distinguent les barrages-voûtes des barrages-poids
pour l'analyse des efforts et des contraintes :
Barrages-poids
Le choix de la forme triangulaire de la section ne permet pas d'influencer la
répartition des contraintes. Les compressions les plus élevées se situent toujours :
• au pied amont à lac vide,
• au pied aval à lac plein.
Les contraintes les plus faibles se situent toujours sur le parement opposé.
La condition imposée est d'interdire les contraintes de traction sous cas de charge
normal car les tractions tendraient à la création de fissures qui auraient tendance à
s'aggraver du fait de l'isostaticité de la section (instabilité). Le principal moyen mis en
œuvre pour éviter les tractions est le choix approprié du fruit du parement aval.
Pour les cas de charges exceptionnels, de faibles tractions sont acceptées, mais en
tous les cas limitées à la résistance à la traction du béton ( 1 ÷ 4 [N/mm2]).
Barrage-voûte
Pour un barrage-voûte, le but recherché est d'obtenir des contraintes de
compression partout où cela s'avère possible. Pour atteindre cet objectif, tous les
paramètres géométriques de la coque peuvent être choisis librement.
L'hyperstaticité de la structure permet d'admettre dans certaines zones et sous
certains cas de charges des contraintes de traction, alors même que l'on ne peut pas
compter sur la résistance à la traction du béton. En effet, même si les joints de
construction sont injectés avec du coulis de ciment pour assurer la transmission des
efforts horizontaux, ils ont une résistance à la traction pratiquement nulle.
Dans un barrage-voûte, les fissures ne sont pas dues à l'action directe des forces
extérieures, mais aux efforts hyperstatiques d'encastrement dans les appuis. Elles
résultent de la rigidité des arcs bi-encastrés. Lorsque des contraintes de traction
apparaissent, une fissure s'ouvre de sorte à réduire localement la rigidité de l'arc.
Cette baisse de la rigidité a pour effet de réduire les moments d'encastrement,
évitant ainsi la progression de la fissure. De plus, la diminution locale de la rigidité
accentue la déformation de la section considérée. La continuité des déformations
dans la structure hyperstatique fait qu'une partie des efforts est reprise par les autres
sections de l'ouvrage, tendant à réduire les efforts dans les sections les plus
sollicitées (transfert des forces).
La résistance à la traction du béton n'est pas nécessaire pour équilibrer les forces
extérieures.
La figure 4.31 montre la position typique des zones de compression dans un
barrage-voûte, ainsi que la position de l'effort normal résultant.
2006 LCH EPFL
Barrages 157
Figure 4.31: Zones tendues et comprimées dans un barrage-voûte.
Sous l'effet de la poussée de l'eau, des zones typiques de
compression et de traction dans les arcs peuvent être
mises en évidence. Des zones de traction peuvent
apparaître:
• Sur le parement amont, à proximité des naissances;
• Sur le parement aval, à la clé.
On distingue alors une zone de compression qui forme une voûte active.
Selon l'extension de la zone tendue, l'intensité des contraintes de compression dans
la voûte active peut s'accroître de manière importante, comme le montre la figure
4.32.
N
e a=d e
2
N
+
=2
3 a
d +
d2
+
= a
3a (2d 3a ) +
N +
N
+, N 6 N e fissure 3a
= ±
d d2 Voûte active de compression
Figure 4.32: Création d'une fissure et aggravation des contraintes de
compression
EPFL LCH 2006
158 Barrages-vôutes
Il est ainsi possible de calculer l'aggravation de la contrainte de compression en
fonction de la position de la force normale résultante :
+
Avec a = d = 1,
3 +
+
a=d =1 1 ,
6 + 3
+
a=d = 22 ,
12 + 7
+
a60 +
65.
En pratique, on admet que la résultante peut sortir du tiers central de la section et
atteindre a = d , ce qui conduit à une aggravation de 33% de la contrainte maximale
6
de compression sur l'arrête et le développement d'une zone fissurée atteignant la
moitié de l'épaisseur.
Cas de charges normaux
Les cas de charges normaux sont constitués de la combinaison de cas de charge
poids propre, poussée de l'eau et effet de température.
Sous ces cas de charges, les contraintes de compression maximales se situent :
• sur le parement aval à la naissance des arcs et au pied du barrage;
• sur le parement amont, à la clé.
On admet en règle générale que les contraintes de compression ne doivent pas
dépasser 7 à 8 MPa, et que les tractions ne sont pas admises.
Cas de charges exceptionnels
En considérant l'action d'un séisme en plus des cas de charge normaux, l'apparition
de tractions est tolérée. Ces tractions conduisent à l'ouverture de fissures et à
l'aggravation des contraintes de compression. Néanmoins, la résultante doit rester
dans les 2 centraux de la section ( a d ).
3 6
Nous avons jusqu'à présent analyser les contraintes dues à la combinaison d'un
effort normal et d'un moment de flexion. Par l'hyperstaticité de la coque et l'élasticité
du matériau, les concentrations d'efforts conduisent à une redistribution des efforts
dans l'ensemble de la voûte.
Par contre, l'apparition de fissures dues à des efforts tranchants importants par
rapport aux efforts normaux est beaucoup plus préoccupante. La figure 4.33 montre
les différents types de fissures que l'on rencontre sur les barrages-voûtes, et illustre
la stabilité de ces fissures selon les efforts normaux et tranchants qui en sont à
l'origine.
2006 LCH EPFL
Barrages 159
Figure 4.33: Fissures stables et instables dans un barrage-voûte [Lombardi]
Dans la documentation sur les barrages, 3 cas typiques de fissuration due aux efforts
tranchants sont relevés:
• Le barrage-voûte de Kölnbrein, en Autriche;
• Le barrage à voûtes multiples Daniel Johnson, au Canada;
• Le barrage à voûte cylindrique du Gage, en France.
En Suisse, le cas du barrage-voûte de Zeuzier est très bien documenté. Ce barrage
de 154 m de hauteur est situé en Valais central, à proximité de la frontière avec le
canton de Berne. Lors de la construction d'une galerie de sondage à environ 2 km du
barrage en vue de la réalisation d'une liaison routière sous le col du Rawyl,
d'importantes fissures sont apparues sur le barrage, comme le montre la figure 4.34.
Cette fissuration est le résultat d'un état de contraintes exceptionnel causé par un
tassement différentiel des appuis du barrage et un rapprochement des 2 rives du
barrage au niveau du couronnement. Ces mouvements de la fondation sont dus au
drainage du massif rocheux à l'occasion du percement de la galerie de sondage, et à
la consolidation du matériau de remplissage de certaines fissures qu'a permis ce
drainage.
Cet incident a impliqué l'abaissement préventif immédiat du niveau dans la retenue.
D'important travaux d'assainissement ont été effectués, principalement par injection
des fissures avec des résines synthétiques. Un renforcement des dispositifs de
surveillance de l'ouvrage a permis de contrôler la remise en eau progressive de la
retenue. Le barrage se comporte parfaitement depuis lors. Finalement, le projet de
tunnel routier a été abandonné.
EPFL LCH 2006
160 Barrages-vôutes
Rive gauche Rive droite
Fissures au parement aval
Ouvertures des joints de construction
verticaux au parement amont
Figure 4.34: Barrage de Zeuzier, fissuration due à un mouvement de la fondation
4.8 Détails constructifs
4.8.1 Configuration du pied du barrage
Lorsque la vallée est relativement large et que le coefficient d'élancement est élevé
(> 15 à 20), l'influence des efforts tranchants devient essentielle. De plus, les
tractions au pied du parement amont du barrage sont souvent impossibles à éviter et
deviennent excessives. Pour éviter des contraintes de tractions trop importantes, on
diminue la portance des consoles pour solliciter de manière plus importantes les
arcs.
Deux possibilités existent pour y parvenir:
a) le joint périmétral
La solution la plus répandue consiste à placer un joint périmétral qui suit la fondation
du barrage. Le barrage est alors fondé sur un siège nommé Pulvino.
La figure 4.35 montre l'exemple du barrage d'Osiglietta, en Italie. Le barrage est
clairement séparé de sa fondation par un joint, lequel ne permet pas la reprise des
efforts tranchants par la fondation. Cette solution a été développée pour la première
fois par des Italiens, ce qui explique son nom.
2006 LCH EPFL
Barrages 161
Figure 4.35: Fondation de barrage avec Pulvino.
La stabilité en phase de construction des plots isolés doit
souvent être garantie par la mise en place de sellettes au
pied amont, comme l'illustre la figure ci-contre.
La figure 4.36 montre une disposition typique de Pulvino.
1. Joint périmétral
2. Bandes waterstops
3. Galerie périmétrale
4. Pulvino
5. Galeries du Pulvino (injections/drainage)
6. Armatures de renforcement
Figure 4.36: Fondation de barrage avec Pulvino, disposition caractéristique
EPFL LCH 2006
162 Barrages-vôutes
Une des grandes difficultés du système est de garantir l'étanchéité du joint
périmétral. La figure 4.37 illustre un dispositif d'étanchéité souvent mis en œuvre.
Figure 4.37: Fondation de barrage avec Pulvino, étanchéité
Le joint périmétral est généralement combiné avec une galerie de pied dans le
Pulvino, destinée à permettre la surveillance du comportement du joint et de la
fondation. Mentionnons encore qu'à proximité du joint, une armature de surface très
importante est généralement mise en place aussi bien dans le Pulvino que dans le
barrage (Fig. 4.36).
b) le joint amont
La seconde solution consiste en un joint parallèle à la fondation placé entre le
parement amont et une galerie de drainage dans le barrage, à proximité du plan
moyen. Ce joint réduit artificiellement la rigidité de la section à proximité de la fonda-
tion comme le ferait une fissure. Un dispositif d'étanchéité placé à l'amont empêche
la mise en pression du joint par la retenue.
4.8.2 Galeries et puits
Tous les barrages en béton sont équipés d'un réseau de galeries et de puits. La
figure 4.38 présente le système en place dans le barrage-voûte d'Emosson.
7 7 3 7 1 6 3 7 3
1 8 4 8 4 14 4 8 5
9 8 8 4 8 9
3 2 4 4
13 4 13
5
8 8 8
6 9
4 6 4 4 4 4
4 8 8 8 9
1110
8 8 6 8 11 13
4 4 4 4 13
13 11 11 10
15 6 9 6
12
4 5 6 1412 4
10
2 11 12
1 1 1
11
1 1
1. Point de fixation de pendule 6. Nivellement de précision 11. Manomètre
2. Poids de pendule normal 7. Station géodésique 12. Venturi (mesures de débit)
3. Flotteur de pendule inversé 8. Groupe de thermomètres 13. Extensomètre
4. Station de lecture optique 9. Cellule de pression 14. Accélérographe à fortes secousses
5. Station d'enregistrement automatique 10. Piézomètre 15. Dilatomètre à résistance électrique
Figure 4.38: Barrage d'Emosson, réseau de galeries et système d'auscultation
2006 LCH EPFL
Barrages 163
On distingue en particulier :
• des puits verticaux, dans lesquels sont installés des pendules de contrôle;
• un puits vertical d'ascenseur;
• des galeries de visites horizontales, dans l'ouvrage et dans le rocher de
fondation;
• une galerie de pied, à proximité de la fondation.
Ce système de puits et galerie est utilisé dès la phase de construction pour:
• la réfrigération du béton pendant la construction (post-cooling);
• l'injection des joints;
• l'installation des instruments de mesure.
Depuis la mise en service, ces galeries permettent;
• l'accès aux instruments de mesure de déformation (pendules, piézomètres,
manomètres, extensomètres, socles de nivellement de précision);
• la mesure des sous-pressions dans le rocher (depuis la galerie de pied);
• la collecte et la mesure des débits d'infiltration; l'évacuation de ces eaux;
• l'inspection visuelle de l'état de l'ouvrage (et surtout des variations de cet état);
• les interventions dans le rocher de fondation après la mise en service
(injections, drainages, pose d'installations de mesure).
• l'accès à certains équipements de sécurité et d'exploitation (vanne de vidange
de fond, vannes de départ de conduite d'amenée, etc.).
On observe que l'écart entre les différents niveaux de galeries horizontales varie d'un
barrage à l'autre, selon les nécessités. Il se situ entre 20 et 30 m. Les puits
dépendent de la position des pendules. Ils sont le plus souvent espacés de 50 à 80
m. Certains puits de pendules sont prolongés sous la fondation du barrage sur une
distance de 20 à 50 m, selon la hauteur du barrage et la géologie. On place alors
dans ces forages des pendules inversés, comme nous le verrons au chapitre 5.
La forme des galeries de visite répond à des critères
• statiques - éviter les concentrations de contraintes;
• constructifs - permettre une exécution complète de la galerie dans une seule
levée de bétonnage;
• fonctionnels - permettre le passage de tous les équipements nécessaires, et
en particulier d'une petite foreuse pour des injections ou des drainages
complémentaires.
Enfin, la circulation dans ces galeries doit être le plus aisée possible, pour facilité un
passage régulier par le personnel d'exploitation du barrage.
Les galeries horizontales de visite ont généralement une largeur d'environ 1.50 m
pour une hauteur de 2 à 2.30 m. La galerie comporte toujours une rigole d'évacuation
des eaux de drainage, soit sur le côté amont, soit au centre.
EPFL LCH 2006
164 Barrages-vôutes
Les galeries sont généralement placée le plus près possible du parement amont:
e = 3.50 m pour h = 50 m;
e = 4.0 m pour h = 100 m;
e = 5.0 m pour h = 150 m;
e = 6.0 m pour h = 200 m.
La galerie de pied est le plus souvent située à 2-3 m de la surface de contact entre le
béton et le rocher. Elle suit ce contact à une distance de 2 à 6 m du parement amont.
La pente de cette galerie dépend bien entendu de la pente de l'appui. Elle est quasi
horizontale en fond de fouille et peut atteindre des pentes de 400% lorsque la fouille
est quasi verticale.
La galerie de pied est équipée d'escalier, voire d'échelles métalliques si la pente est
trop grande. Sa section est plus importante que pour les galeries horizontales car
une petite foreuse doit pouvoir y être installée pour forer vers la fondation.
Les diamètres des puits verticaux de pendule est de min=80 cm pour les puits
accessibles (échelle) et min=40 cm pour les puits inaccessibles.
4.8.3 Traitement et injection des joints
Dans les barrages-poids, les joints entre les plots sont ouverts par le retrait du béton.
Un joint d'étanchéité est placé à l'amont pour éviter les infiltrations et la mise en
charge du joint. Dans un barrage-voûte, le joint doit être rempli de coulis de ciment
pour assurer la transmission des efforts horizontaux d'un plot à son voisin. Ainsi, le
rôle de l'étanchéité n'est pas seulement d'isoler le joint de la retenue, mais aussi et
surtout de délimiter la surface à injecter.
On utilise aujourd'hui des rubans en caoutchouc synthétique de 25, 32 ou 40 cm de
largeur, appelées bandes waterstop.
L'injection des joints se fait en plusieurs étapes successives, à partir des galeries de
visite. Les joints sont cloisonnés en panneaux de 20 à 30 m de hauteur par des
bandes waterstop, pour contrôler au mieux l'opération. Le coulis est injecté vers le
haut depuis la galerie inférieure. Des évents permettent la fuite de l'air contenu dans
le joint.
Le joint est muni avant le bétonnage de tubes à manchettes ou de clapets d'injection
selon les schémas des figures 4.39 et 4.40.
1. Tube métallique rectiligne
2. Manchette en caoutchouc, bridée
3. Manchette en caoutchouc, butée par deux manchons vissés au tube
4. Fixation du tube é manchettes dans une rainure ad hoc ménagée
dans la face du premier plot bétonné (bride scellée dans le béton au
moyen d'un pistolet à clous)
Figure 4.39: Tubes à manchettes, montage en étoile
2006 LCH EPFL
Barrages 165
1. Tube métallique Ø 1", avec bifurcation
2. Bouchon en caoutchouc
3. Frette en métal flexible
4. Languette destinée à produire un tourbillon lors du lavage du tuyau
Figure 4.40: Tubes avec clapets, montage en série
4.9 Traitement des fondations
4.9.1 Injection du rocher de fondation
a) Objectifs
Les injections ont pour but d'étancher ou de consolider le rocher fissuré. Les vides
sont remplis par du coulis sous pression amené par des forages qui traversent les
fissures et les discontinuités dans la masse rocheuse.
Les injections permettent d'atteindre les objectifs suivants:
• Elles constituent une reconnaissance approfondie, mais tardive, du sous-sol. Il
est ainsi possible de détecter les discontinuités, de déterminer les
perméabilités.
• Elles permettent de réduire les débits de percolation à travers la fondation du
barrage.
• Associées à des forages de drainage, elles permettent de réduire les sous-
pressions.
• Elles permettent de réduire les déformations de la fondation peu profonde, et
de limiter ainsi les déformations différentielles.
b) Critères
La perméabilité d'un rocher est mesurés grâce à l'essai Lugeon. Au fur et à mesure
de l'avancement du forage, on effectue à l'aide d'un double obturateur un essai d'eau
par tronçon de 5 m sous une pression de 10 bar (1 MPa). L'unité de mesure est
définie selon Lugeon:
1 Lugeon = 1 [l/min·m] sous 10 bar.
Une relation approximative simple est établie entre le Lugeon et la perméabilité selon
Darcy:
1 Lugeon ( 1.7 10 7 [m / s ]
EPFL LCH 2006
166 Barrages-vôutes
On peut, de manière très grossière, qualifier le rocher à partir des résultats de l'essai
Lugeon:
0 à 1 Lugeon : excellent rocher;
1 à 5 Lugeon : bon rocher;
5 à 10 Lugeon : rocher moyen;
plus de 10 Lugeon : excellent rocher médiocre.
L'injection systématique du rocher permet de réduire la perméabilité du rocher
jusqu'à 1 Lugeon au maximum, ce qui correspond à une fissure de 0.1 mm par m' de
forage.
c) Procédure
L'injection d'un massif rocheux peut s'effectuer soit en remontant, soit en
descendant. En règle générale dans les barrages, l'injection se fait en remontant à
partir de la galerie de pied. On profite ainsi de la surcharge crée par le barrage déjà
en construction. De plus, l'exécution à partir de la galerie de pied permet de réaliser
ces injections en indépendance du chantier de bétonnage qui se déroule en surface.
La figure 4.41 montre les procédures d'injection selon ces 2 méthodes. Dans les
massifs très fissurés, l'injection se fera en descendant pour éviter la sortie du coulis
en surface, surtout si le système de fissure est oblique par rapport à l'axe de forage.
Injection du rocher par passes remontantes Injection du rocher par passes descendantes
1. Forage du trou 1. Forage d'une passe de 5 m
2. Obturateur, dont les parois flexibles sont poussées 2. On injecte cette 1ère passe (au besoin sous très faible
contre celles du forage par la pression intérieure pression) pour former un "chapeau", puis on fore les 5
3. Injection de la 1ère passe inférieure m suivants
4. Injection de la passe suivante, etc. 3. On injecte la 2e passe, puis on fore les 5 m suivants
Figure 4.41: Injection du rocher de fondation
2006 LCH EPFL
Barrages 167
4.9.2 Dimensions du voile d'étanchéité
Le voile d'étanchéité constitue le prolongement du barrage dans le massif rocheux
de fondation. Il doit être traité avec la même attention que le barrage lui-même : une
mauvaise exécution peut conduire à l'impossibilité de remplir la retenue du fait
d'infiltrations trop importantes.
On considère en règle générale que les injections d'un voile d'étanchéité sont
suffisantes lorsque la perméabilité dans les forages de contrôle est inférieure à 1 ou
2 Lugeon, jusqu'à 50 m de profondeur.
La profondeur et la géométrie du voile d'injection dépendent de la géologie et de la
hauteur du barrage. Généralement, la hauteur du voile atteint 35 à 100% de la
hauteur du barrage, avec une profondeur minimum de 50 m.
La figure 4.42 montre une vue axonométrique d'un barrage et de son voile d'injection.
Le voile d'injection peut être effectué depuis la surface, depuis la galerie de pied du
barrage ou depuis des galeries en rocher.
1
1. Barrage auxiliaire
2. Galeries d'injection 5. Intersection du voile
3. Galeries de dérivation d'injection avec les schistes
4. Forages d'injection 6. Limite du voile d'injection
Figure 4.42: Voile d'injection du barrage-voûte d'Oymapinar en Grèce avec une
surface totale de 180'000 m2.
EPFL LCH 2006
Barrages 169
5 CONTROLE ET SURVEILLANCE
5.1 Concept de sécurité
En Suisse la sécurité des barrages se repose sur trois piliers :
• la sécurité structurale;
• la surveillance;
• le concept en cas d'urgence.
Figure 5.1: Concept de sécurité
La sécurité structurale est garantie par un dimensionnement correct du barrage.
Pourtant, le dimensionnement est toujours basé sur des hypothèses. Les résultats du
dimensionnement ne donnent par conséquent qu'une prévision du comportement du
barrage.
Après la réalisation du barrage, le comportement attendu, basé sur le calcul, doit être
vérifié par la surveillance en effectuant les contrôles adéquats. La sécurité structurale
satisfait l'exigence de la minimalisation du risque.
EPFL LCH 2006
170 Contrôle et surveillance
Mais comme le risque nul n'existe pas, la surveillance et le concept en cas d'ur-
gence satisfont la deuxième exigence qui consiste à maîtriser au mieux le risque
résiduel subsistant dans chaque cas.
En Suisse, la sécurité des barrages est régie par une ordonnance du Conseil Fédéral
(OSOA du 7 décembre 1998) qui se base sur la loi fédérale sur la police des eaux et
sur la loi fédérale sur la protection civile.
Seuls les ouvrages d'accumulation susceptibles, en cas de rupture, de mettre en pé-
ril des vies humaines, sont soumis aux dispositions légales. Nous avons défini les
conditions suivantes :
• tous les barrages dont la hauteur dépasse 10 mètres au dessus du Thalweg (le
fond du cours d'eau naturel);
• tous les barrages dont la retenue est supérieure à 50'000 m3 si la hauteur est de
5 mètres au moins ;
sont concernés par le règlement. Les ouvrages d'accumulations de moindres dimen-
sions sont aussi concernés s'ils présentent un danger particulier pour les personnes
ou les biens.
Le règlement définit ou prescrit les contrôles à effectuer depuis la phase de projet et
pendant l'exploitation.
L'Office Fédéral de l'Economie des Eaux (OFEE) est responsable de surveiller l'exé-
cution de ce règlement. Ce service compétent de la Confédération doit :
• accepter les projets;
• accompagner l'exécution;
• surveiller les contrôles annuels et quinquennaux.
5.2 Sécurité structurale
5.2.1 Atteintes à la sécurité et mesures de protection
Voici quelques remarques concernant la sécurité structurale.
Comme déjà dit, la minimalisation du risque implique tout d'abord que le barrage soit
correctement dimensionné et ceci :
• pour tous les cas de charge et d'exploitation possibles;
• en tenant compte de l'état actuel des connaissances, ce qui peut occasion-
ner des travaux de transformation sur des ouvrages existants;
• en tenant compte des mesures de protection en cas d'urgence.
Les atteintes possibles et les mesures de protection correspondantes sont énumé-
rées sur la figure 5.2.
En cas de comportement anormal d'un barrage (c'est à dire différent de ce qui a été
prévu), plusieurs types d'interventions sont possibles, ce qui est bien entendu favo-
rable.
2006 LCH EPFL
Barrages 171
Si les travaux d'assainissement sont sans succès, il serait encore possible d'abaisser
la retenue. Si le temps disponible devait se révéler insuffisant, l'évacuation préven-
tive pourrait en dernier ressort être envisagée.
En cas de crue, de tremblement de terre, de sabotage ou de fait de guerre, l'évacua-
tion constitue la seule mesure de protection possible.
Par conséquent, la maîtrise des deux dangers naturels (crues et tremblements de
terre) implique, que l'ouvrage soit dimensionné pour les événements les plus violents
possibles sur le site. Pour ces événements, des dégâts non critiques, c'est-à-dire ne
mettant pas en danger les populations, sont tolérables.
Les paragraphes 5.2.2 et 5.2.3 traitent plus particulièrement de la sécurité en cas de
dangers naturels.
identifiable imprévisible
Figure 5.2 : Atteinte à la sécurité et mesures de protection en cas d'urgence.
5.2.2 Sécurité en cas de crues
Des dégâts critiques ne se produisent pas tant que le niveau du plan d'eau ne dé-
passe la cote dite "de danger", correspondant à la plus forte crue possible (le dé-
luge). Tant que le plan d'eau n'atteint pas cette cote de danger, les dégâts restent
admissibles.
EPFL LCH 2006
172 Contrôle et surveillance
Dans le cas des barrages en béton et des barrages mobiles, la cote de danger se
situe au-dessus du niveau du couronnement, car le déversement ne provoque nor-
malement pas de dégâts critiques.
Pour des barrages en remblai, par contre, cette cote se situe au niveau du couron-
nement, voire au-dessous si des percolations peuvent se produire dans la zone de
couronnement.
Les organes de vidange de fond des barrages suisses sont en règle générale dimen-
sionnés pour des débits importants. De plus, la consigne de manœuvre des vannes
prévoit de les ouvrir progressivement en cas de crue. Il faut néanmoins garantir que
le dispositif de manœuvre des vannes reste opérationnel et accessible jusqu'à des
débits importants (accès, système de commande, approvisionnement en énergie,
manœuvre à la main).
Pour cette raison, on exige de surcroît que le couronnement ne soit pas submergé
jusqu'à la crue millenale.
Les critères pour l'évaluation de la crue millenale sont donnés sur la figure 5.3.
Figure 5.3: Critères de dimensionnement pour la crue millenale.
Pour le dimensionnement, l'hypothèse de départ est que la retenue est pleine à son
niveau normal d'exploitation. On ne tient pas compte des vagues produites par le
vent. Enfin, on admettra que pour les organes d'évacuation équipés de vannes, celui
dont la capacité est la plus élevée est hors d'usage. On parle de la règle (n-1). On
exige que le plan d'eau reste plus bas que le niveau de couronnement pour ces
conditions.
La figure 5.4 montre les critères de dimensionnement pour la crue maximale possible
(PMF – probable maximum flood).
2006 LCH EPFL
Barrages 173
Figure 5.4: Critères de dimensionnement pour la crue maximale probable.
La crue maximale probable, appelée de manière courante en Suisse la crue de dé-
luge, correspond à la crue maximale qu'il est physiquement possible d'envisager sur
le site, en partant de l'idée que la physique de l'atmosphère est décrite par des pa-
ramètres qui sont bornés (humidité de l'air, gradient de pression, etc.). Il en résulte
une pluie maximale probable (PMP), que l'on fait ruisseler sur un bassin versant dont
les sols sont saturés d'eau, et qui mène à la crue maximale probable PMF.
On vérifie le comportement de l'ouvrage au passage de la crue PMF.
Pour les barrages en bétons, on admet tous les organes de vidange opérationnels et
on accepte un déversement limité par-dessus le barrage pour autant que la stabilité
ne risque pas d'être diminuée par une érosion du pied.
Sur les barrages en enrochements, le couronnement doit en aucun cas être sub-
mergé. On admet alors une cote de danger au niveau du couronnement, voir plus
bas, en maintenant la condition (n-1).
Pour la crue extrême (le déluge) et pour les barrages en béton on n'observe pas la
règle (n-1).
5.2.3 Sécurité en cas de tremblement de terre
Le barrage doit supporter les plus violents tremblements de terre sans que sa stabi-
lité ne soit atteinte et sans que les infiltrations ne provoquent un processus d'altéra-
tion de l'ouvrage. Le cas du tremblement de terre se vérifie à lac plein.
La modélisation numérique du comportement et de l'ouvrage n'est pas chose facile,
de part les caractères non linéaires des matériaux et de la structure (fissures, joints,
etc.).
5.2.4 Recherche
Il est plus facile de formuler les critères de dimensionnement pour les cas de charge
crue et tremblement de terre que de les mettre en œuvre.
EPFL LCH 2006
174 Contrôle et surveillance
Pour la sécurité en cas de crues, la difficulté réside dans la définition des hydro-
grammes déterminants (HQPMF, HQ1000). En revanche, le dimensionnement en lui-
même ne présente pas de difficultés majeures.
Pour la sécurité en cas de séisme, la difficulté réside avant tout dans la modélisation
du comportement et moins dans l'estimation des paramètres des tremblements de
terre déterminants (Emax, E1000).
Par conséquent, l'élargissement des connaissances joue un rôle important, donc
aussi la recherche.
La recherche effectuée en Suisse au cours des vingt ans passés porte principale-
ment sur les domaines suivants :
• sécurité des barrages en béton en cas de tremblement de terre;
• sécurité des barrages en remblai en cas de tremblement de terre;
• estimation de la plus grande crue possible et de la crue millenale;
• propriété et comportement à long terme des bétons de barrage;
• comportement du sous-sol rocheux en cas de sollicitations statiques et
dynamiques.
5.3 Surveillance
Le but de la surveillance est de détecter le plus rapidement possible :
• les endommagements de l'ouvrage;
• les déficiences de la sécurité structurale et
• les atteintes à la sécurité par des phénomènes extérieurs.
Cette surveillance a pour but de permettre de prendre à temps toutes les mesures
requises pour parer au danger.
La surveillance implique d'une part des contrôles réguliers de l'état et du comporte-
ment de l'ouvrage d'accumulation, et d'autre part, des examens périodiques de la
sécurité.
Le but des contrôles réguliers est de suivre le comportement au jour le jour. Les
examens périodiques ont pour objet d'en contrôler le comportement à long terme
ainsi que d'évaluer la sécurité structurale.
Pour contrôler de manière exhaustive l'état et le comportement de l'ouvrage, il faut
effectuer :
• des inspections visuelles;
• des mesures avec des instruments de surveillances;
• des essais des organes de décharge (vannes).
Même aujourd'hui, avec les moyens informatiques et les possibilités de l'automati-
sation, il est indispensable de procéder régulièrement à des inspections visuelles.
Les mesures ne permettent pas de déceler des changements d'état. Ainsi, par
exemple, l'apparition d'une zone humide ou d'une source à l'aval d'un barrage peut
2006 LCH EPFL
Barrages 175
révéler une modification de l'écoulement souterrain, avant même que cela soit per-
ceptible par les instruments.
Les vannes, et en particulier les parties mobiles, sont régulièrement testées.
En règle générale, la cadence minimale des différents contrôles est :
• les mesures avec les instruments de contrôle sont effectuées au minimum 1
fois/mois;
• les paramètres les plus importants sont relevés en continu et les résultats sont
télétransmis;
• les contrôles visuels s'effectuent au minimum 1 fois par semaine;
• les essais de fonctionnement des organes mobiles d'évacuation (vidange de
fond) sont faits une fois par an au minimum. Les essais de vannes sont faits
avec lâchures, effectués à retenue presque pleine (figure 5.6).
Figure 5.5: Eléments de la surveillance et objectifs
EPFL LCH 2006
176 Contrôle et surveillance
Figure 5.6: Déroulement des essais d'un organe d'évacuation équipé de 2 van-
nes.
Tous les cinq ans un examen approfondi de la sécurité est effectué, sous la respon-
sabilité d'un expert nommé par la Confédération.
La surveillance est organisée comme suit :
1er niveau : le gardien du barrage (le propriétaire fait des contrôles visuels,
les mesures avec analyses préliminaires et les essais de fonc-
tionnement);
2ème niveau : les résultats sont transmis dans un délai ne dépassant pas une
semaine à un ingénieur civil expérimenté qui fait les analyses
des résultats de mesures et contrôles annuels (rapport, repré-
sentation graphique);
3ème niveau : tous les cinq ans, un expert fait un examen de la sécurité (rap-
port quinquennal).
5.4 Système d'auscultation
Le système d'auscultation d'un barrage doit permettre de mesurer de manière fiable,
c'est à dire contrôlable, les paramètres nécessaires à l'évaluation du comportement
du barrage. La fiabilité implique la mise en œuvre de différentes méthodes permet-
tant de vérifier par des moyens indépendants les mesures. On parle alors de redon-
dance du système d'auscultation.
La conception du système d'auscultation dépend bien entendu des caractéristiques
propres de l'ouvrage : son type, mais aussi ses particularités géométriques et géolo-
giques, les matériaux employés, l'époque de sa construction et les moyens techni-
ques et humains à disposition.
2006 LCH EPFL
Barrages 177
Les mesures qui sont le plus couramment effectuées peuvent se classer selon les
catégories suivantes :
a) les déformations;
b) les percolations à travers le barrage et la fondation;
c) les pressions interstitielles;
d) les sous-pressions;
e) le niveau de la retenue et les températures, qui sont nécessaires pour éva-
luer les charges et interpréter les résultats.
Les dispositifs d'auscultation les plus couramment mis en œuvre sont exposés ci-
après.
a) Déformations
a1) Pendules et pendules inversés
Pour les barrages en béton. Les pendules mesurent les dé-
formations relatives le long des lignes verticales. Les pendu-
les inversés peuvent se prolonger dans des forages verticaux
dans le rocher pour se raccorder à un point fixe en profon-
deur. La précision de la mesure est de 0.2 mm. La mesure
manuelle peut être effectuée par une seule personne. Elle
peut aussi être automatisée et télétransmise en temps réel à
un centre de surveillance.
Figure 5.7 : Pendules et pendules inversés
a2) Mesures d'angles et de distances
Pour les barrages en enrochements et les anciens barrages en béton qui ne sont pas
équipés de pendules. La visée de cibles fixées sur le parement aval du barrage de-
puis un point supposé fixe nécessite de bonnes conditions météorologiques. La pré-
cision dépend du réseau mis en place; elle est plus faible que pour les pendules.
EPFL LCH 2006
178 Contrôle et surveillance
Figure 5.8 : Mesures d’angles et de distances
a3) Nivellement, alignements optiques
Pour tous les types de barrages. Les mesures s'effectuent avec des instruments to-
pographiques classiques. Elles s'effectuent le long d'axes perpendiculaires à l'axe de
la vallée, sur le couronnement, dans des galeries horizontales de barrages en béton
ou sur des bermes aval de barrages en enrochements. Elles doivent se prolonger sur
les rives de l'ouvrage ou être mises en relation avec un pendule pour atteindre un
point fixe. La précision dépend des instruments et des longueurs des visées choisies.
a4) Géodésie
Les mesures géodésiques sont systé-
matiquement mis en œuvre pour
conforter les autres systèmes de mesure
(redondance). Les points fixes sont
placés suffisamment loin de l'ouvrage
pour ne pas être influencé par les mou-
vement de la fondation. Ils sont choisis
par l'ingénieur, le géologue et le géo-
mètre. Souvent, les visées optiques sont
complétées par un réseau de mesure de
distances par GPS. La précision est 3 à
5 mm selon le réseau.
2006 LCH EPFL
Barrages 179
a5) Repère de tassement vertical
(tassomètre)
Pour les digues en enrochements.
Le tassomètre est constitué d’un
tube plastique vertical mis en place
dans la digue au fur et à mesure de
la construction et de plaques en
acier placées à des intervalles ré-
guliers. Une sonde introduite dans
le tube depuis la surface capte les
interférences électromagnétiques
créées par la présence des plaques
en acier. La précision est de l'ordre
de 1 cm en phase d'exploitation,
pour des longueurs pouvant attein-
dre 100 m. Toujours combiné avec
un nivellement du couronnement.
a6) Extensomètre à tige (rocmètre)
L’extensomètre à tige est implantés
depuis la galerie de pied d'un
barrage en béton ou depuis le
parement aval. Une tige est placée
dans un forage dans le rocher et son
extrémité est scellée alors que le
reste de la tige et libre de coulisser.
La mesure à l'aide d'un comparateur
permet de connaître la déformation
relative entre le point de scellement
et le point de mesure. Plusieurs
tiges de longueurs différentes
peuvent être placées dans un même
forage. L'extensomètre à tige permet
de connaître la déformation de la
fondation proche du barrage. La
précision est de 0.5 mm. La mesure
peut facilement être automatisée et
télétransmise.
b) Percolations à travers le barrage et sa fondation
Les eaux de percolation à travers les barrages en béton et leur fondation sont récol-
tés par le réseau de galeries intérieures du barrage. Elles ne peuvent être mesurées
qu'au pieds aval pour les barrages en enrochement.
EPFL LCH 2006
180 Contrôle et surveillance
b1) Mesures volumétriques
Ce sont des mesures manuelles, effectuées à l'aide d'un récipient taré et d'un chro-
nomètre. La précision est de l'ordre de 10% de la valeur mesurée.
b2) Déversoir calibré
La mesure de la hauteur d'eau à l'amont d'un déversoir
placé dans le canal d'évacuation des eaux permet de
calculer le débit. La précision est de l'ordre de 5% de la
valeur calculée. La mesure peut se faire à l'aide d'une
sonde à ultrason et être automatisée et télétransmise.
b3) Mesure de turbidité
La mesure optique de la turbidité de l'eau (turbidimètre)
donne une bonne indication du changement de l'origine
de cette eau. Cette mesure est particulièrement utile pour
les barrages en enrochement.
Selon le type d'ouvrage et la nature géologique de la fon-
dation, les débits attendus peuvent être très variables. Le système de mesure de
débit doit être conçu de sorte à permettre de séparer par calcul les percolations pro-
venant de la fondation de celles du barrage. Il permettra aussi de cloisonner la col-
lecte des eaux par zones ou panneau du barrage.
c) Pressions interstitielles
La mesure des pressions interstitielles dans les barrages en enrochement se fait à
l'aide de cellules de pression pneumatiques, hydrauliques ou électriques. Ces cellu-
les sont posées dans le remblai lors de la construction. Pour assurer une mesure de
qualité, un grand nombre de cellules doivent être mises en place. Une attention par-
ticulière sera portée aux câbles, sensibles aux tassements différentiels. La précision
est de l'ordre 1% de la charge maximale mesurable, mais au minimum de 50 cm.
d) Sous-pressions
La mesure des sous-pression dans la fondation d'un barrage en béton s'effectue le
plus souvent à partir d'une galerie de visite.
d1) Forage ouvert, piézomètre
Le forage ouvert permet de mesurer la pression lorsque le niveau de pression est
inférieur au point de mesure. Pour connaître le niveau de charge en un point donnée,
le forage doit être tubé de manière étanche jusqu'à la prise de pression (générale-
ment enrobée de sable. Il est possible de placer dans le même forage plusieurs pié-
zomètres raccorder à des prises placées à différentes distances et séparées par un
mortier étanche.
La mesure s'effectue à l'aide d'une sonde lumineuse ou acoustique. La précision
est de l'ordre de 20 cm.
d2) Forage fermé
La mesure de pression dans un forage fermé se fait à l'aide d'un manomètre. Le plus
souvent, les forages de mesure de sous-pressions sont placés en batterie, afin de
déterminer la répartition des pressions interstitielles dans une section. La précision
est de l'ordre de 50 cm. Elle est directement dépendante de la qualité du manomètre.
2006 LCH EPFL
Barrages 181
Il est possible de placer plusieurs prises de pression à des niveaux différents dans
un même forage.
e) Niveau de la retenue et température
e1) Niveau d'eau
La mesure du niveau d'eau dans la retenue est essentielle pour permettre l'analyse
du comportement de l'ouvrage. Cette mesure est très souvent gérée par l'exploitation
de la retenue, pour qui le volume accumulé derrière le barrage est LA donnée es-
sentielle.
Plusieurs systèmes permettent cette mesure. Le plus fiable est sans conteste la ba-
lance à pression, dont la plage de mesure permet de couvrir toute la variation du ni-
EPFL LCH 2006
182 Contrôle et surveillance
veau de la retenue avec une précision de l'ordre de 10 cm. Le calibrage et la vérifi-
cation de la balance à pression sont essentiels (redondance, avec d'autres modes de
mesure).
e2) Températures
La mesure de la température de l'air et de l'eau de la retenue sont faciles à mesurer.
Ces paramètres n'interviennent pas directement dans la vérification de la sécurité du
barrage. Pour les barrages en béton, c'est plutôt l'état de température du béton
constituant le barrage qui est absolument nécessaire. La mesure de la température
du béton s'effectue avec des thermomètres électriques noyés dans la masse lors de
la construction. Afin d'assurer une bonne redondance des informations, un grand
nombre de capteurs doivent être mis en place.
D'autres dispositifs particuliers sont mis en place dans certains ouvrages pour ré-
pondre à des questions précises et spécifiques, comme par exemple des compara-
teurs pour des mouvements de fissures ou de joints, ou des mesures de sollicitations
sismiques: accélérographes et sismographes à grands déplacements.
5.5 Concept en cas d'urgence
En plus de la sécurité structurale et de la surveillance, la sécurité des barrages en
Suisse est basée sur un troisième pilier : le concept en cas d'urgence.
Événement extraordinaire /
menace réelle
Conduite Actions
préparées
Figure 5.9: Stratégie en cas d'urgence
Si un danger est décelé par la surveillance ordinaire, la surveillance est renforcée,
comme le montre la figure 5.10.
2006 LCH EPFL
Barrages 183
Pour déceler, expliquer et suivre un comportement anormal par rapport aux défor-
mations prévues, il faut disposer des déformées et de lignes de tassements abso-
lues. Pour atteindre ce but, les mesures à l'intérieur du barrage sont raccordées à un
réseau de triangulation basé sur des repères fixes situés suffisamment loin du bar-
rage (géodésie optique ou par GPS).
La figure 5.11 montre comment le réseau intérieur de mesure de déformations est
complété par un relevé régulier du réseau extérieur.
De plus, en cas de danger potentiel, les débits de percolations sont mesurés de ma-
nière plus approfondie, permettant de préciser les sources des débits observés.
Cette surveillance renforcée permet une analyse permanente de la situation par l'in-
génieur responsable du barrage et de prendre à temps les mesures qui s'imposent.
Selon le niveau de danger estimé, des mesures techniques peuvent être imposées.
Eventuellement, l'abaissement préventif peut être ordonné, et si le danger est main-
tenu, la population se trouvant dans la zone de submersion potentielle est mise en
état d'alerte.
Figure 5.10: Auscultation: surveillance ordinaire à gauche et surveillance renfor-
cée à droite.
EPFL LCH 2006
184 Contrôle et surveillance
Figure 5.11: Systèmes intérieur et extérieur de mesures de déformation du bar-
rage de Gigerwald (Canton de Grison)
Si le niveau 3 de danger est atteint, c'est à dire la rupture du barrage ne peut plus
être évitée, on ordonnera le déclenchement de l'alarme et par-là l'évacuation de la
population. En Suisse, pour toutes les zones menacées de submersion, des plans
d'évacuation existent, et des moyens d'alarme fiables ont été mis en place (et sont
régulièrement testés).
Ce système d'alarme est constitué des sirènes placées dans les localités. Ce sont
les mêmes qui sont utilisées pour la protection civile. Un système de télétransmission
fortement redondant est également mis en place.
Le concept de sécurité pour les aménagements d'accumulation en Suisse est très
élaboré. Dans beaucoup d'autres pays, en particulier hors de l'Europe occidentale, le
concept de sécurité beaucoup moins développé. Ce point constitue certainement un
atout et un potentiel important pour les ingénieurs suisses.
2006 LCH EPFL
Barrages 185
6 BARRAGES EN REMBLAI
6.1 Introduction
6.1.1 Historique
Les barrages en remblai, utilisés comme ouvrage de protection contre les crues le
long des rivières ou comme barrages d’accumulation, comptent parmi les ouvrages
de génie les plus anciens dans l’histoire de l’homme. En effet, on retrouve les traces
de tels barrages vieux de plus de 2000 ans en Inde, au Sri Lanka, au Yémen et en
Chine.
Figure 6.1: Réalisations il y a plus de 2000 ans
Bien que des milliers de barrages en remblai ont été construits au cours des siècles
avant l’époque de l’industrialisation, les méthodes analytiques pour traiter les pro-
blèmes de stabilité sont très récentes.
On peut illustrer par quelques dates le développement historique de la technique de
construction des barrages en remblai :
1907 Bassel : Propose que la base d’une digue doit
être suffisamment large pour mobili-
ser le frottement ; il propose un coef-
ficient de sécurité de 10.
1926 von Terzaghi : Publie un livre sur les principes de la
mécanique des sols ; il introduit pour
la première fois l’effet de la pression
interstitielle et les critères de l’érosion
interne.
EPFL LCH 2006
186 Barrages en remblai
1926 Fellinius : Propose une méthode de calcul pour
la stabilité de pentes basée sur des
cercles de glissement (et les théories
de Terzaghi).
1933 Proctor : Suggère que les pentes de digues
doivent varier entre 1 : 2 à 1 : 4 selon
les conditions de fondations ; il pro-
pose un concept de teneur en eau
optimale pour le compactage.
1954/55 Janbu et Bishop : Publient des méthodes analytiques
pour le calcul de la stabilité des di-
gues, qui sont utilisées encore au-
jourd’hui.
Tableau 6.1 : Développement dans la technique de construction des digues
La plus grande partie des barrages qui ont été construits dans le monde sont des
barrages en remblai.
Hauteur sur fondation
H > 15 m H > 100 m
Monde 80 – 85 % 45 %
Suisse 37 % 8%
Tableau 6.2 : Nombre de barrages en remblai par rapport au nombre total de
barrages (en %)
Pour les barrages de grande hauteur, près de la moitié sont des barrages en remblai.
Nom Hauteur
(année de construction)
Monde Nurek (1980) 300 m
Rogun (en construction) 330 m
Suisse Göscheneralp (1960) 155 m
Mattmark (1967) 120 m
Marmorea (1956) 91 m
Tableau 6.3 : Hauteur maximale sur fondations
Le plus grand barrage en remblai construit avec la participation d’ingénieurs suisses
est celle d’Atatürk, en Turquie.
2006 LCH EPFL
Barrages 187
6.2 Critères de choix des sites
Si on compare d’une manière générale les barrages en béton avec les barrages en
remblai, ces derniers présentent les avantages suivants :
• les conditions géologiques et topographiques sont moins déterminantes ;
• moins d’installation et d’équipements sophistiqués (connaissances des ouvriers
moins importantes) mais avec le même soin.
• peu sensible aux tassements et aux séismes.
Regardons les critères les plus importants qui influencent le choix du site d’un bar-
rage en remblai.
6.2.1 Topographie
Les barrages en remblai s’adaptent pratiquement à toute forme topographique. Mais
les différents critères cités ci-dessous doivent être évalués conjointement, à savoir la
forme de la vallée, la géologie et la disponibilité des matériaux de remblai.
La figure 6.2 illustre les règles qui sont à respecter pour le choix de l’implantation.
Ces règles visent à contrôler l’effet des déformations auxquelles le barrage sera
soumis.
Situation de la vallée
Chercher un angle Éviter les falaises, les
~ 90° surplombs
Profiter d’un resserrement de
la vallée L’emplacement à l’extrémité
aval d’un resserrement à éviter
Figure 6.2: Implantation dans la vallée
EPFL LCH 2006
188 Barrages en remblai
Attention aux vallées
épigénétiques
Eperon naturel mince
Attention d’utiliser un éperon naturel mince à pentes
raides, seulement si la forme est garantie par la
qualité du rocher.
Figure 6.3: Dangers d’une vallée épigénétique
Coupes transversales
Fissures
ev.
Excavation
Eviter un changement brusque de la pente de l’appui !
Figure 6.4 : Changement brusque de la pente de l’appui
Eviter des appuis subverticaux et surtout des surplombs !
Figure 6.5: Appuis subverticaux et surplombs
2006 LCH EPFL
Barrages 189
Coupes longitudinales
Une fondation inclinée vers
l’amont est préférable
Si la fondation est inclinée vers
l’aval, des gradins sont indis-
pensables
Gradins
Eviter que la prolongation du
parement tombe dans le vide
Appuis
Figure 6.6 : Coupes longitudinales
6.2.2 Géologie
Les précautions à prendre et les investigations à effectuer pour un barrage en rem-
blai sont équivalentes à celles qu’on prendrait pour un barrage en béton, même si les
exigences concernant la qualité du sous-sol sont moins prononcées.
Lorsque la géologie n’est pas favorable à la réalisation d’un ouvrage en béton, le bar-
rage en remblai peut constituer une alternative. Dans ce cas, les connaissances ap-
profondies de la géologie sont indispensables pour garantir la faisabilité d’un barrage
en remblai.
En outre, la construction nécessite d’importants volumes de matériaux de remblai. La
prospection détaillée de toute la région entourant un site, accompagnée d’une étude
géotechnique, est indispensable.
Ainsi, l’étude de faisabilité est le fruit du travail conjoint de l’ingénieur et du géologue.
Le cahier de charge du géologue doit prévoir en particulier des réponses aux ques-
tions suivantes :
• Réservoir : - étanchéité du réservoir ;
- stabilité des rives ;
- transport / apports des matériaux solides.
• Site : - étanchéité des appuis ;
- stabilité des appuis ;
EPFL LCH 2006
190 Barrages en remblai
- stabilité des excavations en surface et souterraines ;
- écoulements souterraines ;
- degrés et profondeur de l’altération superficielle.
• Matériaux : - inventaire des matériaux meuble exploitables ;
- volume approximatif des matériaux meubles disponible pour la
construction ;
- nature des carrières éventuelles.
Il est évident que la précision des réponses aux questions augmente au fur et à me-
sure de l’avancement de l’étude.
6.2.3 Fondation
Il y a peu d’ouvrages de génie civil où l’interdépendance entre l’ouvrage et sa fonda-
tion est aussi évidente que lors des barrages en remblais. Les conditions d’exécution
des fondations ont notamment une influence prépondérante sur
• la forme et la profondeur de l’excavation ;
• la disposition et les dimensions des éléments d’étanchements ;
• la pente amont et aval (stabilité) ;
• déformations futures ;
• eau de filtration.
Fondation sur rocher
Noyau mince Noyau large
b a b ou c d b a b ou c d
Ecran d’étanchéité Injections
bonne roche roche médiocre
, c, 2 élevés et 2 faible
perméabilité c=0
faible
Figure 6.7: Fondations sur rocher
a : noyau / b,c,d : corps d’appui de qualité différente
2006 LCH EPFL
Barrages 191
Fondation sur matériaux meubles et perméables
Noyau incliné
Sous-sol peu
compressible et
injectable
b a b ou c
Matériaux meubles
Noyau profond
Sous-sol com-
pressible avec
difficulté de trai-
d b aa b ou c d tement
Figure 6.8: Fondations sur matériaux meubles
Pour réduire les percolations sous le barrage, on a dans certains cas crée un tapis
amont de matériaux argileux pour augmenter le chemin de percolation.
Tapis
Figure 6.9: Noyau combiné avec tapis amont
EPFL LCH 2006
192 Barrages en remblai
Les points suivants doivent être précisés avec une attention particulière :
a) Sous-sol rocheux :
failles traversant la fondation (actives ou non) ;
orientation et nature des discontinuités (fissuration et stratification) ;
nappe phréatique ;
perméabilité de la fondation (pertes d’eau) ;
comportement à long terme sous l’effet d’une percolation (érosion interne et
dissolution) ;
déformabilité et résistance au cisaillement dans différentes directions.
b) Terrains meuble
déformabilité et résistance au cisaillement des différents couches ;
perméabilité horizontale et verticale des différents matériaux de fondation ;
nature de l’hétérogénéité du sol (couches, lentilles) ;
teneur en eau et nappe phréatique.
6.2.4 Comportement des barrages en remblai
Trois phases principales se distinguent pour analyser le comportement d’un barrage
en remblai :
a) Phase de construction :
Les matériaux sont mis en place par couches successives. On observe immédiate-
ment :
• des tassements verticaux importants dus à l’augmentation du poids ;
• des déformations latérales dues à la compression verticale.
pi
%i = f (pi, E, +)
%i E, +
Figure 6.10: Tassements d’un barrage en remblai
Les tassements sont compensés au fur et à mesure par les nouvelles couches de
remblai, sauf sur les parements. La surface initiale doit tenir compte de cet effet. Ces
déformations peuvent être influencées par le compactage nécessaire pour éviter
le cisaillement interne des matériaux.
2006 LCH EPFL
Barrages 193
b) Phase de consolidation :
Elle commence dès la mise en place, mais s’achève des années après la fin de la
construction. Si les matériaux sont peu perméables (k < 10-6 m/s). Pour compenser
les tassements dus à la consolidation, une surélévation du couronnement par rapport
à la cote théorique est donc indispensable.
Surélévation
Figure 6.11: Surélévation du remblai lors de la construction
c) Phase d’exploitation avec variation du niveau d’eau :
Le premier remplissage du réservoir crée des tassements dus à la charge de l’eau
et, lorsque l’étanchéité est constituée par un noyau central, à l’immersion du corps
d’appui amont.
La poussée de l’eau du réservoir provoque également une déformation horizontale
du barrage au niveau du couronnement.
Ces déformations se répètent, mais d’une manière beaucoup moins prononcés, à
chaque remplissage du lac car les déformations plastiques se produisent surtout
pendant le premier remplissage.
Il est donc justifié d’incurver vers l’amont l’axe du barrage en remblai, en particulier si
celui-ci placé dans une vallée étroite.
d = f (H, A, P, E, F, S)
aval H :hauteur
d
A :disposition de l’axe
P :profil de la digue
E
E :propriétés des matériaux du remblais
amont F :forme de la vallée
Flancs de la vallée S :sous-sol, fondation
Figure 6.12: Déplacements du couronnement vers l’aval
6.2.5 Ouvrages annexes
Les ouvrages annexes, tels que
• la dérivation provisoire,
• la vidange de fond,
EPFL LCH 2006
194 Barrages en remblai
• la prise d’eau et
• l’évacuateur de crue
sont le plus souvent des constructions en béton. A cause de leur rigidité, ils sont
donc sensibles aux tassements différentiels.
En règle générale, les ouvrages en béton sont placés de préférence en dehors des
remblais, et en tous les cas en dehors du noyau. Leur implantation influence de ma-
nière prépondérante le choix du site.
Les seules exceptions que l’on rencontre dans certains cas sont des galeries qui tra-
versent le barrage longitudinalement à sa base. On rencontre souvent ces galeries
longitudinales en combinaison avec des tours verticales (tour de prise, évacuateur en
puits) qui sont, pour leur part inférieure, noyées dans le corps d’appui amont.
Ces tours peuvent servir :
• de puits d’accès ;
• d’évacuateur de crue (par exemple tulipe) ;
• de prise d’eau ou de
• vidange de fond.
Il existe donc une différence essentielle par rapport aux barrages en béton, pour les-
quels les ouvrages annexes sont souvent intégrés au corps du barrage. Cette com-
binaison n’est pratiquement pas possible dans les barrages en remblai.
Lorsque la fondation est constituée de matériaux meubles (moraine), la galerie doit
s’adapter aux tassements de la fondation par des dispositions qui permettent d’éviter
la fissuration.
On préfère par conséquent placer ces galeries longitudinales directement sur une
fondation rocheuse.
remblai remblai
Conduite en charge blindée Voûte de protection
Conduite noyée Conduite dans une galerie de
dans le béton protection (contrôlable, pas de
risque de flambage, déformations
moins dangereuse, etc. )
Figure 6.13: Intégration d’une conduite longitudinale dans un barrage en remblai
Si la galerie sert d’accès ou pour des écoulements à surface libre, la mise en place
de joints de déformation est indiquée. Par contre si la galerie fonctionne sous pres-
sion, le blindage complet de la galerie constitue la solution la plus sure.
2006 LCH EPFL
Barrages 195
En effet, toute infiltration d’eau de la galerie vers le corps du remblai risque de pro-
voquer des phénomènes de lavage et d’érosion interne et par conséquent de com-
promettre la stabilité du barrage.
La section transversale de la galerie ne doit pas présenter de brusques changements
de pente, ni de parois verticales dans la section en contact avec le noyau étanche.
La figure 6.14 montre différentes solutions envisageables.
Emplacement sur la fondation Emplacement en tranchée
préférable
préférable
1
~10
ev. injections de injection de consolidation
consolidation (indispensable sous noyau)
Figure 6.14: Intégration d’une conduite dans une digue (suite)
La surface du béton constitue un chemin de percolation préférentiel aussi bien le
long du contact avec la fondation qu’au contact avec le remblai (dans la zone étan-
che).
Par le passé, on a tenté d’éviter les chemins de percolation préférentiels par des cols
en béton le long de la conduite. L’expérience a montré que la réalisation de ces cols
n’est pas du tout recommandée car le compactage du noyau autour des galeries de-
vient délicat. Un traitement de surface pour réduire le frottement (par exemple avec
bitume) et surtout une mise en place particulièrement soignée du matériau de noyau
est plus efficace.
Les galeries placées dans des tranchées dans la fondation constituent certainement
la meilleure solution. Les parties des galeries entourées de matériaux perméables,
c’est à dire situé dans les corps d’appuis, ne nécessitent pas de traitement de sur-
face particulier.
EPFL LCH 2006
196 Barrages en remblai
6.3 Types de barrages en remblai
6.3.1 Eléments d’étanchement et de drainage
Un barrage en béton répond en même temps aux deux exigences les plus impor-
tantes :
• Il résiste à la poussée de l’eau et
• étanche la vallée au droit du barrage.
Pour les barrages en remblai ce double rôle du matériau meuble n’est pas du tout
évident, voire impossible. Dans la plupart des cas, l’élément étanche (noyau, mem-
brane, masque) se distingue bien, en qualité et quantité, des éléments garantissant
la résistance à la poussée de l’eau, on parle des corps d’appui.
Noyau mince Noyau large Noyau incliné
(à l'extrême: digue homogène)
Membrane d'étanchéité centrale Masque amont
(mélange agrégats-bitume, bentonite, ciment) (béton, asphalte,
feuille synthétique)
Figure 6.15: Disposition de l’élément étanche
L’élément étanche des barrages avec noyau est constitué de matériaux meubles
avec une très forte teneur en argile. Ce noyau peut être mince ou large, vertical ou
incliné vers l’amont.
Le comportement statique de ce noyau est proche à celui des corps d’appui.
Par contre les membranes et masques en bitume ou en béton se comportent com-
plètement différent par rapport au remblai des corps d’appui.
A l’aval de l’élément assurant l’étanchéité, il est indispensable d’assurer un drainage
parfait pour évacuer les eaux de percolation provenant du sous-sol ou ayant traversé
l’élément étanche.
Cette percolation peut être due à la perméabilité naturelle de l’élément étanche et du
sous-sol. Il faut considérer aussi les cas d’incidents qui résultent dans une défectuo-
sité dans le système d’étanchement (fissuration du noyau ou membrane et masque).
Le système de drainage doit récolter ces eaux de percolation en évitant leur mise en
charge dans :
• le corps d’appui amont et aval,
2006 LCH EPFL
Barrages 197
• la fondation aval de la digue et
• les appuis latéraux à l’aval de la digue.
Corps aval très perméable Couche drainante Cheminée et tapis drainant
dans digue homogène
Drainage du corps aval Galerie de drainage Galerie avec forages
(év. drainage partiel du dans la digue de drainage
pied aval)
Figure 6.16: Eléments étanches et de drainage
Plusieurs dispositifs de drainage sont possibles :
• corps d’appui aval très perméable (enrochement) ;
• couche drainante à l’aval du noyau et le long de la fondation ;
• cheminée et tapis drainants intégrés dans un barrage en terre homogène ;
• drainage partiel du pied aval (corps d’appui assez perméable) ;
• galerie de drainage à la base de la digue combinée avec des cou-
ches/cheminées drainantes ;
• galerie de drainage dans le rocher avec forages de drainage combinés
avec des tapis drainants.
Des couches de filtre doivent être mises en place entre les éléments étanches et les
zones de drainage pour éviter la migration des matériaux fins de la zone la plus
étanche vers la zone la plus perméable. Le résultat de tels phénomènes pourrait être
la formation de renards qui pourraient conduire finalement à la rupture de la digue.
Tous les dispositifs de drainage doivent être équipés avec des systèmes de mesure
et contrôle (pressions et débits).
6.3.2 Barrages en terre homogène
Les barrages en terre sont constitués d’un seul matériau avec une perméabilité faible
(k < 10-5 m/s). Les fonctions d’étanchéité et de corps d’appui sont donc assurées par
un seul type de matériau. On parle aussi de digues homogènes.
Les digues homogènes permanentes ne dépassent que très rarement une hauteur
de 15 m. On les rencontre très souvent le long des cours d’eau (endiguements an-
ciens). Des barrages provisoires comme des batardeaux jusqu’à 30 m de hauteur
sont souvent réalisés en un seul type de matériaux.
EPFL LCH 2006
198 Barrages en remblai
Les barrages importants de ce type existent néanmoins pour des ouvrages tout à fait
particulier :
• digues en déchets miniers ;
• digues de protection (avalanches, chutes de blocs rocheux) ;
• digues en matériau dragué (sable de mer).
Il faut pourtant se rappeler que l’homogénéité du point de vue perméabilité n’est pas
facilement réalisable pour des remblais compactés.
En effet la mise en place d’une part et le compactage d’autre part introduisent tou-
jours une plus grande perméabilité dans la direction des couches.
kh
kh > kv
kv
Figure 6.17: Perméabilité entre les couches
Des zones de suintement à la surface aval sont souvent la conséquence d’un tel
remblai. Pour éviter l’effet de renard et des instabilités, des zones de drainage sont
indispensables.
drain en
pied aval e > 1/2 - 1/3 L
L e
Figure 6.18: Zones de drainage dans une digue homogène
Pour des digues à faible hauteur (< 10 m) des drains disposés au pied aval sous
forme de tapis ou drain sont suffisants.
Pour les barrages permanents dépassant 10 à 15 m, on préfère la réalisation d’un
drain vertical ou légèrement incliné dans la partie centrale du barrage.
Un tel drain permet d’accélérer la dissipation des pressions interstitielles dans le
remblai. Il est bien évident que les critères de filtre entre le drain et le reste du rem-
blai doivent être remplis.
Finalement les surfaces soumises à l’érosion (vagues, pluie) doivent être protégées
par une couche de rip-rap.
2006 LCH EPFL
Barrages 199
2 1 1) Cheminée et tapis drainant
3
2) Protection amont (rip-rap)
3) Matériau “homogène”
Figure 6.19: Drain dans un barrage en terre - “homogène”
6.3.3 Barrages en remblai avec noyau central en terre
Ce type de barrage est le plus répandu des barrages en terre. Il consiste en deux
corps d’appui amont et aval qui garantissent la stabilité du noyau central situé entre
les deux, lequel constitue l’élément étanche. La protection des parements amont et
aval est nécessaire contre l’action érosive des vagues et de pluie. Les corps d’appui
sont généralement constitués d’enrochements, mais peuvent aussi être formés de
terres.
La solution du noyau central est choisie si l’on dispose à proximité du site d’un maté-
riau naturel très peu perméable, soit des limons argileux (k = 10-8 m/s), soit des ter-
res de moraines (k = 10-6 à 10-7 m/s).
1) Noyau
5 3
2) Filtre
3) Zones de transition
4 1 4
4) Corps d'appui
2 5) Protection de surface (rip-rap)
Figure 6.20: Barrage en remblai avec noyau central en terre
Lorsque la roche de fondation est compétente, c’est à dire peu déformable, imper-
méable et résistante à l’érosion interne, le noyau peut être relativement mince. A la
base, le gradient hydraulique ne devrait pourtant pas être supérieur à 3. Ces noyaux
minces sont peu pénalisant pour la stabilité des digues, ce qui est avantageux. Les
pentes amont et aval du barrage dépendent surtout des matériaux constituant les
corps d’appui.
Le noyau et les corps d’appui doivent être séparés par des filtres et si nécessaire des
zones de transition. Les filtres jouent un rôle d’importance primordiale :
a) ils permettent d’éviter la migration du noyau vers le corps d’appui en cas
d’abaissement rapide du niveau d’eau dans la retenue ;
b) ils produisent un effet de colmatage en cas d’apparition de cheminement de
percolation préférentiel à travers le noyau.
EPFL LCH 2006
200 Barrages en remblai
Filtre Corps d’appui
Noyau c=0
c=0
c 0
Figure 6.21: Filtre d’une digue
Tandis que le noyau consiste en un matériau cohésif et peu perméable, le filtre est
non-cohésif et relativement plus perméable. Ces différences de caractéristiques doi-
vent répondre aux critères de filtration.
Le noyau et les corps d’appui ont un comportement au tassement très différent. Un
excellent compactage du noyau est nécessaire pour éviter que celui-ci ne s’accroche
au corps d’appuis pendant le processus de consolidation. Si tel était le cas, il pourrait
se produire un phénomène de fissuration hydraulique du noyau.
L’avantage du barrage à noyau central est sa capacité de tolérer un tassement du
sous-sol. Ces barrages peuvent être fondés sur le terrain meuble. Une excavation
jusqu’au rocher sain n’est pas toujours nécessaire. Si le barrage est fondé sur un
matériau meuble, le noyau doit être plus épais pour diminuer le gradient hydraulique.
En outre le terrain meuble au-dessous du noyau doit être rendu étanche par des in-
jections jusqu’au rocher peu perméable.
6.3.4 Barrages en remblai avec noyau incliné
L’élément étanche (ou très peu perméable) comme par exemple un noyau en limon
argileux peut dans certains cas être déplacé vers l’amont jusqu’à l’élimination com-
plète du corps amont. On obtient la solution d’une digue à noyau incliné.
Plus le noyau est incliné, plus la pente du parement amont est conditionnée par les
propriétés mécaniques du matériau du noyau. La pente du parement amont est donc
plus petite pour garantir la stabilité. La masse du corps d’appui aval, augmente éga-
lement ce qui représente un certain avantage pour la digue.
Un noyau incliné représente les trois avantages principaux suivants :
a) le noyau s’appuie sur le corps d’appui et est comprimé par la poussée de
l’eau ;
b) le corps d’appui peut être mis en place de manière indépendante à l’amont du
noyau. On peut ainsi profiter des périodes de forte pluviométrie durant les-
quelles la mise en place du noyau est difficile, voire impossible ;
c) la surélévation éventuelle du barrage est plus facile à réaliser.
Finalement la poussée de l’eau s’exerce dans une direction favorable, avec une
composante verticale, ce qui augmente la stabilité globale du barrage.
2006 LCH EPFL
Barrages 201
2 4 1) Noyau
2) Filtres
1 3 3) Corps d'appui aval
4) Protection de surface
Figure 6.22: Barrage en remblai avec noyau incliné
6.3.5 Barrages en remblai avec membrane centrale
Lorsque le matériau nécessaire au noyau n’est pas disponible à proximité du site de
construction, on peut envisager la mise en place d’une membrane centrale.
Deux solutions principales sont mises en œuvre pour cette membrane :
a) le noyau bitumineux (emin = 50 cm ; H/e 120)
b) la paroi moulée à sec (emin = 80 cm)
Noyau bitumineux
2
1
/3 H 5
1 2
1) Membrane
/3 H
2) Zones de transition
3 3) Galerie d'injection
Paroi moulée à sec 4) Membrane: mélange
de bentonite et de
4 5 ciment (év. paroi en
béton)
2 5) Protection de surface
Eb En
Figure 6.23: Barrages en remblai avec membrane centrale
La solution avec noyau bitumineux est aujourd’hui la plus répandue du fait de sa
grande flexibilité en cas de tassement et tremblements de terre.
Le noyau bitumineux doit être réalisé parallèlement au remblayage des corps
d’appui, généralement fait avec des enrochements. Des entreprises et des installa-
tions spécialisées sont nécessaires. Il est possible de réaliser des barrages avec
membrane centrale en bitume jusqu’à une hauteur de 100 m.
Quelques incertitudes subsistent à propos du comportement à long terme du bitume
notamment sur le lavage du bitume et le fluage et le séchage du bitume.
Les membranes minces impliquent des gradients très élevés, ce qui nécessite un
soin particulier pour l’exécution. La base de la membrane constitue l’élément le plus
EPFL LCH 2006
202 Barrages en remblai
délicat. Une galerie de contrôle et d’injection est indispensable pour la surveillance
de l’étanchéité et, le cas échéant, pour assainir à l’aide des injections dans le sous-
sol.
Les parois moulées à sec ou en béton ne sont applicables que pour des faibles
hauteurs. Ces parois sont très rigides et créent des difficultés en cas de tassements
et de tremblements de terre.
Les barrages en remblai avec membrane centrale sont surtout avantageux pour des
ouvrages situés sur des sites sur lesquels les conditions météorologiques sont défa-
vorables, et qui rendent impossible la mise en place et le compactage d’un noyau
peu perméable cohésif.
6.3.6 Barrages en remblai avec masque amont
L’élément étanche se situe sur le parement amont du remblai. De ce fait, le remblai
se trouve en totalité en dehors de l’influence de l’eau de réservoir. Ce type de bar-
rage en remblai présente, à hauteur égale, le plus petit volume de remblai, du fait de
la direction favorable de la résultante de la poussée de l’eau.
Pour des barrages de moyenne à grande hauteur (h > 100 m), les matériaux utilisés
aujourd’hui pour le masque sont :
a) le bitume et
b) le béton armé.
Pour des barrages de faible hauteur, des feuilles en matière synthétique sont égale-
ment utilisées.
Les barrages avec masque amont nécessitent, au moins pour les hauteurs impor-
tantes, une roche de fondation compétente et homogène. En effet, le gradient hy-
draulique est très important au pied amont de la digue, au contact du masque avec le
sous-sol.
Le sous-sol ainsi que le remblai ne doivent présenter que de faibles tassements sous
l’effet de la consolidation et de la poussée de l’eau. Il faut préciser que les masques
en béton sont plus rigides que les masques en bitume.
Pour le corps d’appui, les enrochements compactés sont les plus souvent utilisés,
qui sont en principe très perméable.
2006 LCH EPFL
Barrages 203
n masque en bitume
1 H
nmax = 1.70 - 1.75 pour des
raisons d’exécution
d H
2 d pour H > 30 m,
300
1 5 3 4 Hmax ( 75 m
masque en béton
1 Plinthe
2 Masque amont d'épaisseur d n = 1.35 - 1.40
3 Zone de transition avec granulométrie pour sous-sol avec roche
fine
4 Corps d'appui
5 Fondation rocheuse
Figure 6.24: Barrage en remblai avec masque amont
Les barrages en remblai avec masque amont modernes présentent dans le corps
d’appui des zones de perméabilité croissante de l’amont vers l’aval. L’objectif de
cette disposition est de maintenir la stabilité sous l’effet de la pression d’eau en
amont du barrage en phase de construction, avant la mise en place du masque, ou
en cas d’endommagement du masque.
Comparaison entre noyau central et masque amont
E
Pm Pm + Ev
E Ev
Rh Rh
Figure 6.25 : Comparaison entre noyau central et masque amont
La masque amont présente les avantages suivants par rapport au noyau central :
a) Le corps d’appui est situé hors d’eau (pas de l’altération sous l’effet de l’eau,
pas de variation des pressions interstitielles due à la variation du niveau de la
retenue).
b) La poussée de l’eau s’exerce dans une direction plus favorable ; elle aug-
mente la composante verticale qui agit sur la semelle de la fondation, renfor-
çant la résistance au glissement du barrage.
c) Le corps d’appui n’est pas soumis à la filtration, donc la pente des parements
peut être plus raide.
EPFL LCH 2006
204 Barrages en remblai
Par contre, il présente également les inconvénients suivants :
a) le gradient hydraulique au pied du masque est très élevé. Il nécessite une
construction particulière (la plinthe), et un traitement particulier de la fonda-
tion ;
b) la mise en place du masque est une opération délicate, nécessitant des équi-
pements et des compétences particulières ;
c) le masque est plus sensible aux tassements différentiels et aux sollicitations
dynamiques due aux tremblements de terre.
La plinthe est fondée directement sur la roche et est souvent ancrée avec des tirants.
Pour limiter l’effet du gradient hydraulique, des injections, voire un écran d’étanchéité
jusqu’au rocher sain très peu perméable sont indispensables.
Auparavant les masques en béton asphaltique était réalisés en plusieurs couches.
Dans plusieurs cas on a observé la formation des bulles gazeuses entre les deux
couches. Pour cette raison les masques sont aujourd’hui mis en place en une seule
couche de 10 cm au minimum ou 1/300 de la hauteur pour des hauteurs plus impor-
tantes ( > 30 m).
Précédemment, l’épaisseur du masque en béton était calculé avec la relation
e = 0.3 + 0.03 H [m]
Aujourd’hui on utilise des épaisseurs constantes de 35 à 45 cm. Le pourcentage
d’armature se situe entre 0.3 et 0.4 %. L’armature est continue à travers les joints de
construction.
6.4 Matériaux de construction
6.4.1 Choix des matériaux
Le choix des matériaux de remblai constitue un des points essentiels dans la planifi-
cation d’un barrage en remblai. Les matériaux devront impérativement satisfaire les
conditions suivantes :
a) qualité
• non organique ;
• non altérable ;
• extraction, transport et mise en place possible ;
• compactage possible ;
• résistance au cisaillement ’ et cohésion c’ élevées (pour le noyau) ;
b) disponibilité en quantité et qualité suffisante à proximité du site ;
c) économie.
En principe, tous les matériaux non organiques peuvent être utilisés pour la cons-
truction des digues, pourvu que
• la mise en place (indépendant des précipitations)
• le compactage et
2006 LCH EPFL
Barrages 205
• la résistance à l’altération
soient garanties.
Il existe une large gamme des matériaux variant de l’argile aux gros blocs qui peut
être utilisée. On tâchera donc toujours de choisir des matériaux peu sensibles aux
influences climatologiques d’une part pour la mise en place et d’autre part pour la
durabilité à long terme. En même temps une résistance au cisaillement ’ et c’ la plus
élevée que possible est souhaitée. L’art de la construction des digues réside dans
l’aptitude de l’ingénieur à utiliser les matériaux naturels les plus proches de la digue
et qui satisferont en même temps les exigences de la sécurité et de l’économie.
Sur le point de vue réalisation, il existe une différence essentielle entre les barrages
en béton et les barrages en remblai :
• béton : le matériau de construction est un produit fabriqué industriellement,
donc de qualité plus ou moins constante. En principe seules les températures
extrêmes peuvent empêcher la mise en place, surtout les températures basses.
• matériaux meubles : le matériau de construction est un produit naturel dont les
propriétés peuvent varier d’un point à l’autre et également selon la saison. Les
températures basses et les précipitations (pluie, neige) peuvent empêcher la
mise en place de certains matériaux, essentiellement les matériaux cohésifs.
Seulement des matériaux cohésifs présentent une faible perméabilité. Pour la cons-
truction des éléments d’étanchéité comme les noyaux, des matériaux cohésifs sont
inévitables. On utilise des limons argileux (CL) qui ont une faible perméabilité (k<10-
7 m/s) ou éventuellement des matériaux morainiques avec une forte teneur en fines.
Par contre les corps d’appui et les filtres se composent de matériaux non cohésifs
(graviers, pierres, blocs).
Les exigences sur les propriétés physiques des matériaux dans les différentes zones
du barrage sont présentées sur la figure 6.26.
filtres et corps d'appui:
- matériau non-cohésif
noyau:
-matériau cohésif (CL), k < 10-7 m/s
-év. matériau morainique: forte teneur en fines
Figure 6.26: Propriétés physiques des matériaux dans les différentes zones d’un
barrage en enrochement à noyau central.
EPFL LCH 2006
206 Barrages en remblai
6.4.2 Granulométrie et dimensionnement des filtres
[Link] Noyau
Les noyau ont une granulométrie qui s’étend des argiles (<0.002 mm) aux sables (<2
mm). L’indice de plasticité IP = wL – wP est élevé.
wL : limite de liquidité (teneur en eau pour laquelle le sol passe de l’état plasti-
que à l’état liquide)
wP : limite de plasticité (teneur en eau pour laquelle le sol passe de l’état plasti-
que à l’état solide)
Pour garantir une faible perméabilité, le teneur en argile doit être en minimum 5% en
cas des limons argileux.
Les limons argileux sont caractérisés par une faible ou moyenne plasticité. La limite
de liquidité est inférieure à 50%. La moitié des éléments ou davantage ont un dia-
mètre plus petit que 0.06 mm.
Une granulométrie étendue favorise l’autocolmatage du noyau. Par contre le risque
de liquéfaction augmente au même temps.
Souvent des matériaux morainiques sont utilisés à la place des limons argileux. Ces
matériaux sont utilisables au cas où ils se composent de plus de 15% de limons et
plus de 2% d’argiles.
Les fuseaux granulométriques du matériau du noyau A (cohésif) et du matériau des
corps d’appui B (non-cohésif) sont représentés sur la figure 6.27.
100 %
A B
A noyau: teneur en argile > 5 %
B corps d'appui:
dmax = 2/3 hauteur de couche
0%
2µ 0.06 2 60 mm
Figure 6.27: Fuseaux granulométriques des matériaux de construction
[Link] Corps d’appui
Comme matériaux des enrochements non-cohésifs de provenance des
• formations alluvionnaires
• moraines
• carrières (calcaire, gneiss, granit, dolomite)
• excavations des galeries
2006 LCH EPFL
Barrages 207
sont utilisés. Une granulométrie étendue des limons aux graviers est favorable. Le
diamètre maximum (cf. Figure 6.27) est limité par l’épaisseur des couches de com-
pactage :
2
dmax /3 hauteur de couche
dmax 60 à 120 cm
En augmentant la hauteur de la couche, la compactage devient plus délicat.
[Link] Filtres
Le rôle du filtre est d’empêcher
• la suffusion par le transport de matériaux à l’intérieur du filtre
• l’érosion par l’échange des matériaux à la frontière du filtre
• le colmatage à la surface du filtre
Un filtre est toujours inévitable comme zone de transition entre des matériaux cohésif
et non-cohésifs. Les critères pour la constitution du filtre sont les suivants (Terzaghi –
Peck) :
D15, filtre > 5 D15, noyau
D15, filtre < 5 D85, noyau
D50, filtre < 25 D50, noyau
Une représentation graphique de ces critères est donnée sur la figure 6.28.
A l’interface entre deux zones de granulométrie différente, comme par exemple entre
le noyau et le filtre, des critères spécifiques appelés critères de filtre, doivent être
appliqués pour éviter la migration des grains de la zone fine à travers la zone gros-
sière. Les plus couramment utilisés ont été définis par Terzaghi et Peck situés ci
dessus.
100 %
85 % 1 2
1 noyau
50 %
2 filtre
15 %
0%
2µ 0.06 2 60 mm
Figure 6.28: Courbe granulométrique du noyau et du filtre, et critères de filtre.
EPFL LCH 2006
208 Barrages en remblai
6.4.3 Teneur en eau
Pour les matériaux cohésifs la teneur en eau w représente le critère prépondérant
pour :
• l’exploitation de la zone d’emprunt
• la mise en place sur le remblai
• le compactage
• la résistance au cisaillement
• la consolidation (tassements)
On définit la teneur en eau optimale wopt comme celle qui conduit à un poids volumi-
que apparent 2d le plus élevé sous une énergie de compactage donnée.
La teneur en eau optimale pour un certain matériau est déterminée avec l’essai de
compactage (selon Proctor). Le résultat est dérivé de la courbe de compactage.
L’essai Proctor peut être exécuté soit avec une faible énergie de compactage
(Proctor standard) soit avec une grande énergie de compactage (Proctor modifié).
L’essai est exécuté avec des éprouvettes de sol mise dans un mode de compactage
et compacté avec une dame (poids).
Essai standard Essai modifié
Diamètre de moule 10.16 cm 10.16 cm
Hauteur de l’échantillon 11.7 cm 11.7 cm
3
Volume de l’échantillon 948 cm 948 cm3
Diamètre de la dame 5.1 cm 5.1 cm
Masse de la dame 2.49 kg 4.54 kg
Hauteur de chute 30.5 cm 45.7 cm
Nombre de couche 3 5
Coups par couches 25 25
Energie de compactage 0.6 J / cm3 2.7 J / cm3
Tableau 6.4 : Caractéristiques de l’essai Proctor (moule AASHO)
Avec le compactage on aimerait obtenir un poids spécifique apparent sec le plus
élevé possible. Pour chaque matériau cohésif il existe une teneur en eau optimale
pour laquelle le poids spécifique apparent sec atteint une valeur maximale :
w
2D = en [g/cm3]
V(1 + w e )
w: poids humide de l’échantillon
V: volume de l’échantillon
we : teneur en eau finale
2006 LCH EPFL
Barrages 209
Le poids spécifique apparent sec 2D influence :
• la propriété au cisaillement ’ = f(2D)
• la perméabilité k = f(2D)
• les tassements.
2d
1
2m
[Link] 1 courbe de saturation 100%
2 [Link] 2 courbe de Proctor standard
3 courbe de Proctor modifiée
3
10
0%
2 90
%
w mopt w opt w [%]
Figure 6.29: Courbe de Proctor
De la courbe de Proctor résulte :
1) Pour une teneur en eau donnée qui se trouve côté humide, l’augmentation de
l’énergie de compactage n’augmente que peu le poids spécifique. Les maté-
riaux s’approchent de la saturation.
2) Pour une teneur en eau côté sec, une énergie de compactage élevée aug-
mente sensiblement le poids spécifique 2D et donc ’.
La teneur en eau exigée dans les différentes zones du noyau est représentée sur la
figure 6.29.
1
3 H w = w opt + 1..2%
2
3 H w = w opt 1..2%
Figure 6.30: Teneur en eau exigée
Dans la partie inférieure du noyau on garde la teneur en eau en dessous de la teneur
en eau optimale, car la pression interstitielle ainsi que la teneur en eau vont accroître
au fur et à mesure de la construction par la surcharge crée par les couches supérieu-
res (wopt - 1 à 2%).
Lorsque l’indice de vide se réduit, le degré de saturation augmente. Si le degré de
saturation atteint 100%, des pressions interstitielles se produisent et diminuent la
résistance au cisaillement.
"' = c'+ ( u ) tan
Pour éviter une augmentation du degré de saturation par des tassements, on utilise
pour les couches inférieures une teneur en eau côté sec de l’optimum (wopt - 1 à 2%).
EPFL LCH 2006
210 Barrages en remblai
L’inconvénient est que les matériaux sont éventuellement un peu plus friables sous
le compactage.
Par contre, dans la partie supérieure du noyau (1/3 H) on privilégie une plus grande
flexibilité (plasticité) en exigeant une teneur en eau agrandit de 1 à 2% par rapport à
l’optimum (wopt + 1 à 2%). Cette flexibilité est souhaitée dans la partie supérieure du
noyau pour supporter des tassements sans fissuration. Le risque des pressions in-
terstitielles dues à ce degré de saturation plus élevé est faible, puisque la surcharge
par les couches au dessus est également faible. La densité réduite à cause de la
teneur en eau élevée se traduit par des tassements un peu plus élevés, mais qui
sont tolérables dans la partie supérieure du noyau.
6.4.4 Mise en place des matériaux et compactage
[Link] Matériaux cohésifs
La teneur en argile du matériau utilisé pour le noyau est normalement supérieure à 5
% ce qui garantit une perméabilité faible.
Les matériaux sont mis en place avec épaisseur de couche entre 25 et 30 cm, ex-
ceptionnellement jusqu’à 40 cm. Le diamètre maximum des grains est en tous les
cas limité à 10 cm (pour des noyaux en moraine naturelle). Mais le diamètre maxi-
mum tolérable des grains dépend surtout de la courbe granulométrique. La fraction
des grains grossiers doit être limitée de telle manière que le contact entre les plus
gros grains soit évité. Cette exigence garantit qu’il ne se développe pas de voûte de
compression dans le noyau sous l’effet de la consolidation.
Grains grossiers
Rouleau sans contact!
25 – 30 cm (40 cm)
Figure 6.31: Mise en place des matériaux cohésifs
L’essai Proctor a permis de déterminer au préalable, en fonction de l’énergie de
compactage, quelle est la teneur en eau optimale wopt. Le contrôle de la teneur en
eau est essentiel durant tout le processus de mise en place et de compactage.
Si la teneur en eau d’une couche est plus élevée que celle prescrite, il convient
d’attendre avant le compactage pour obtenir un séchage. Si la teneur en eau est plus
basse que celle prescrite, un arrosage peut être prescrit bien que l’effet de cette me-
sure soit faible et restreint à la surface.
Le compactage s’effectue le plus souvent au moyen de :
- rouleau à pneu (6 à 8 t, 4 à 6 passes)
- rouleau vibrant (8 à 10 t)
2006 LCH EPFL
Barrages 211
Pour réduire les pressions interstitielles dans les couches, on utilise également des
rouleaux avec des grandes surfaces, tels
- le rouleau à (grille et) disques
- le rouleau à pieds de mouton
On évite ainsi également que les matériaux ne collent aux rouleaux par effet de suc-
cion.
Par contre les rouleaux lisses présentent l’avantage de protéger la couche mise en
place de la pénétration de l’eau en cas des pluies. Avant la mise en place de la pro-
chaine couche, la surface est rendue rugueuse au moyen d’une herse.
Pression interstitielle
Par le compactage et le poids des couches supérieures, les couches inférieures se
compriment davantage, donc leurs volumes diminuent et par conséquent la densité
apparente et le degré de saturation augmentent. Il en résulte le développement de
pressions interstitielles. A la fin de la construction ces pressions sont d’un intérêt
particulier, puisque qu’elles entrent dans le calcul de stabilité du barrage.
Ainsi, la pression interstitielle finale n’est pas une valeur constante sur toute la hau-
teur du noyau du barrage. Typiquement les pressions interstitielles peuvent atteindre
à la base du noyau 40% de la pression du poids des matériaux dessus. Comme déjà
mentionné, les pressions interstitielles sont limitées en utilisant une teneur en eau qui
est 1 à 2% réduite par rapport a la teneur optimale.
25 %
30 %
40 %
Figure 6.32: Répartition des pressions interstielles à la fin de la construction.
Les pressions interstitielles commencent à se dissiper dès qu’elles apparaissent. En
plus de la perméabilité, la vitesse de construction a également une influence sur les
pressions en fin de construction.
Selon la perméabilité du matériau, on observe pour la partie centrale du noyau :
- k > 5 10-7 cm/s Pas de dissipation pendant la construction
- k > 5 10-6 cm/s Dissipation partielle
- k > 5 10-5 cm/s Dissipation considérable
- k > 10-5 cm/s Dissipation complète
La mise en place très soignée du noyau à proximité du contact avec la fondation ro-
cheuse est essentielle pour éviter la percolation à travers le contact. La surface du
EPFL LCH 2006
212 Barrages en remblai
rocher doit être nettoyée soigneusement et le noyau est compacté avec une teneur
en eau élevée.
[Link] Matériaux non-cohésifs
Des matériaux non-cohésifs sont utilisés pour la construction des
• - filtres
c=0 ; d [mm] 0.08
• - zones de transition
max. 6 %
• - corps d’appui
ev. 8 – 10 %
• - drainage
• - rip-rap
Les épaisseurs typiques de couches de mise en place sont :
• - d’environ 60 cm pour les filtres,
• - entre 90 cm et 1.20 m pour les matériaux alluvionnés et les éboulis
(selon la perméabilité),
• - d’environ 1.50 m pour les enrochements de carrière.
Le diamètre maximum des grains est égal à ¾ de l’épaisseur des couches pour les
corps d’appui.
Le compactage s’effectue à l’aide de rouleaux vibrants. Le type est choisi selon les
essais préalables; poids 8 – 10 t.
Pour réduire la rupture par écrasements des arrêts l’enrochement est arrosé pour le
compactage. La présence d’eau facilite le glissement des blocs et absorbe une partie
de l’énergie de compactage, les compressions sur les arrêtes sont ainsi réduites.
Vide
Contacts (<5% de la surface)
Figure 6.33: Structure macroscopique des remblais avec des matériaux non-
cohésifs
Ainsi, la présence d’eau influence également le compactage des matériaux non co-
hésifs. Mais il faut pourtant souligner que l’essai de Proctor n’est pas applicable avec
les matériaux non-cohésifs et des granulométries grossières. On utilise comme indi-
cateur la densité relative, qui est défini comme
e max e
D= [en %]
e max e min
n
avec e : indice de vide e = ; n :vides [%].
1 n
2006 LCH EPFL
Barrages 213
Une densité relative supérieure à 70 % est satisfaisante. La densité relative est déli-
cate à déterminer.
En guise de conclusion, notons qu’avant le début des travaux, des essais de com-
pactage sont conduits pour les différents matériaux dans le but de déterminer
• - les épaisseurs de couche optimales,
• - les teneurs en eau optimales
• - et les moyens de compactage les mieux adaptés
pour une mise en place conforme aux spécifications aux conditions économiques les
plus favorables.
6.4.5 Contrôles pendant la construction
Pendant la construction on effectue les contrôle suivants :
1) 2d le poids spécifique apparent sec (Trockenraumgewicht)
2) w [%] la teneur en eau 6 ou les mesure pour comparer à la teneur en
eau optimale
3) u pression interstitielle dans le noyau à l’aide des piézomètres.
4) Jauges de déformation horizontale (Dehnungsmesser)
5) Mesures de tassement vertical (tuyau télescopiques et sondes torpilles
pour mesure de tassements)
1) et 2) contrôler le compactage pendant la mise en place
début des travaux : un échantillon/contrôle tous les 500 m3
après à tous les 2000 m3
Volumes par jour (grandeur typique) = 25’000 m3
50 essais aux échantillons dans le laboratoire du chantier.
EPFL LCH 2006
214 Barrages en remblai
6.5 Comportement après la construction
6.5.1 Tassements
Comme déjà mentionnée dans le chapitre [Link]. on distingue entre
• le tassement dû à l’augmentation du poids pendant le remblayage
• la consolidation après la construction.
Le tassement est une déformation instantanée.
Regardons le comportement du noyau pendant la construction.
%r H
z
Figure 6.34: Comportement du noyau pendant la construction.
La partie z déjà en place est tassée à cause de la surcharge (H-z)2. La déformation
d’une couche est donnée par
3
3= l l
E
Donc le tassement se calcule
1
%r = z (H z)2
Er
partie
tassée
2
%r = (H z z2 )
Er
Avec 2 : poids spécifique du remblai ;
Er : module de déformation du remblai (pas connu).
2006 LCH EPFL
Barrages 215
La distribution des tassements en fonction de la hauteur de la digue est parabolique.
z
z = 0 ; %r = 0
z = H ; %r = 0
%rmax 2 H2
z = ½ H ;%rmax =
Er 4
%r
Figure 6.35: Distribution des tassements en fonction de la hauteur de la digue.
Cette relation est théorique puisque le module de déformation n’est pas constant sur
la hauteur de la digue en réalité, et la surcharge est triangulaire.
Les tassements après la construction (consolidation) sont calculés par la relation
suivante :
H-z
%c H
dz
z
z
2 2 z2
%c = ) ( H z)dz = H z
0
Ec Ec 2
z = 0 ;%c = 0
2 H2
z = H ;%c =
Ec 2
%c
Figure 6.36: Distribution des tassements après la construction en fonction de la
hauteur de la digue.
Donc la distribution de la consolidation est une fonction demi-parabolique sur la
hauteur.
EPFL LCH 2006
216 Barrages en remblai
Le module de déformation en principe n’est pas connu et peut seulement être estimé
à partir des mesures de déformations.
La figure 6.36a représente les tassements et la consolidation mesurée de la digue de
Göscheneralp. Les mesures sont comparées avec les relations théoriques en ad-
mettant un module de déformation.
Tassement Consolidation
%r %c
Tassement Consolidation
%r %c
Tassement Consolidation
%r %c
Figure 6.36a: Tassement et consolidation de la digue de Göscheneralp
(H = 155 m). Modules de déformation selon les courbes théoriquues
ajustées: Noyau: Er = 207 MN/m2, Ec = 303 MN/m2 (en haut)
Corps d'appui amont: Er = 82 MN/m2, Ec = 232 MN/m2 (au milieu)
Corps d'appui aval: Er = 66 MN/m2, Ec = 323 MN/m2 (en bas)
2006 LCH EPFL
Barrages 217
Pendant la construction les matériaux se tassent et dilatent légèrement. Cette dilata-
tion se traduit en partie au sous-sol. Le volume est donc finalement plus grand que la
somme théorique des couches mises en place.
Quelques valeurs typiques des tassements pendant la construction (pour < 30 m) :
- gravier et sable 0.9 – 1.4 %
- limons sableux 1.3 – 2.1 %
- graviers et sables argileux 1.9 – 3.3 %
- limons argileux 2.8 – 4.2 %
Comme ordre de grandeur du tassement de consolidation du couronnement d’une
digue, mesuré après l’achèvement de celle-ci, on peut indiquer 1 % de la hauteur
totale. Le tassement doit être compensé par une surélévation du couronnement lors
de sa construction. Le tassement diminue vers zéro près des appuis.
surélévation
Figure 6.37: Surélévation de la digue à cause des tassements.
6.5.2 Conditions à lac plein
La présence de l’eau dans le réservoir crée pour la digue les effets suivants :
changement des contraintes effectives
Immersion
(en amont de l’élément d’étanchéité)
poussée de l’eau sur l’ouvrage
filtration à travers la digue et sa fondation
Poussée de
changement de la résistance à la compression
(en amont)
disparition de la cohésion dans les zones avec
matériaux cohésifs saturés. Filtration
Immersion
L’immersion du corps d’appui amont provoque un changement des contraintes dans
les matériaux remblayés. Dans le cas d’un noyau central, le corps amont est tout
d’abord soumis à la poussée d’Archimède qui diminue les contraintes effectives.
Malgré cette diminution, on constate souvent des tassements surtout dans les corps
amont constitués en enrochement.
Cela est la conséquence d’une réduction possible de la résistance à la compression
des grains dans l’état saturé de l’eau, qui rend les surfaces de contact plus lisse.
EPFL LCH 2006
218 Barrages en remblai
Ce tassement peut être réduit par un compactage adéquat et en ajoutant suffisam-
ment d’eau pendant la mise en place (20 % du volume d’enrochement).
Poussée de l’eau
La poussée de l’eau provoque un changement des contraintes dans la partie de la
digue située à l’amont de l’élément étanche, y compris le sous-sol de fondation
(contraintes effectives).
La poussée de l’eau agit toujours sur l’élément d’étanchéité. Donc le comportement
d’un noyau central et complètement différent à un masque amont.
Noyau central Masque amont
meilleure
qualité
Figure 6.38: Pousseé de l’eau.
Pour le cas d’un masque amont, on constate une forte composante verticale de la
poussée de l’eau qui est maximale dans la zone de pied amont de la digue. Le tas-
sement maximum dû à l’eau se trouve donc à peu près à mi-hauteur de la digue et
non pas au couronnement. Les deux tiers amont du remblai nécessitent la meilleure
qualité de matériau et de compactage. Ce type de digue a l’avantage que la totalité
du contact remblai-fondation peut être mobilisée pour résister à la composante hori-
zontale de la poussée de l’eau. Cela n’est pas le cas pour une digue à noyau central.
La digue à noyau central n’est que soumise à une composante horizontale de la
poussée de l’eau, qui provoque également une déformation horizontale (contraintes
de cisaillement).
Infiltration
L’infiltration à travers la digue et sa fondation est d’une influence primordiale sur al
stabilité de l’ouvrage. Une analyse des accidents pour toutes les digues construites
après 1900, montre que la cause la plus grave, soit 38 % des accidents, était
l’érosion interne ou le renard suite à l’infiltration.
Les règles à respecter pour éviter de telles conséquences sont
choix judicieux des matériaux
respect des critères de filtre entre les différentes zones de la digue et dans le
contact avec le sous-sol
traitement correct des zones de contact de la digue avec le sous-sol et les ouvra-
ges en béton.
traitement approprié du sous-sol par injection et/ou drainage
mise en place des matériaux selon les règles de l’art.
La filtration à travers la digue est caractérisée par
Le débit et son caractéristique
La distribution des pressions d’eau
2006 LCH EPFL
Barrages 219
Le débit de la percolation est un indice excellent du fonctionnement de l’ouvrage,
donc tout effort doit être attribué à son contrôle continue et permanente.
L’analyse périodique de cette eau concerne
la conductivité électrique,
la composition chimique,
la température,
la teneur en matière solide.
Cette analyse permet ensuite
l’identification de la provenance de l’eau (réservoir ou sous-sol), et
le jugement sur les changements éventuels des matériaux concernés par la filtra-
tion.
La distribution des pressions d’eau, c’est à dire les pressions interstitielles dues à
l’infiltration, sont également d’une importance vitale pour la stabilité et la sécurité de
l’ouvrage. Leur contrôle par les mesures fréquentes et une interprétation des résul-
tats immédiats est indispensable.
6.5.3 Exploitation de la retenue
Pour beaucoup d’aménagements avec une retenue artificielle, on constate des varia-
tions annuelles ou même mensuelles importantes du niveau d’eau.
Le noyau et la partie amont de celui-ci sont particulièrement concernés par les varia-
tions du niveau d’eau. En effet, le niveau d’eau dans les matériaux peu perméables
n’arrive pas à suivre celui du lac. Donc ce régime de filtration transitoire joue un rôle
particulièrement défavorable pour la stabilité de la partie amont de la digue.
kr : perméabilité du remblai
ka : vitesse d’abaissement
abaissement (1 m/jour 6 10-5 m/s)
couche drainante
surface libre de l’eau
Figure 6.39: Abaissement du plan d’eau.
Pour éviter des niveaux d’eau élevés dans le corps amont des digues, on place de
préférence des matériaux très perméable (kr/ka > 10). Si cela n’est pas possible, des
couches drainantes peuvent être réalisées.
EPFL LCH 2006
220 Barrages en remblai
6.6 Calcul de stabilité
6.6.1 Principe d’analyse
On calcule la sécurité au glissement pour diverses surfaces de rupture qui traversent
plusieurs zones de la digue et éventuellement le sous-sol. On cherche la surface de
rupture qui donne la plus petite sécurité. Souvent on fait l’hypothèse d’une surface
circulaire.
Figure 6.40: Cercle de rupture pour l’analyse de stabilité.
On contrôle plusieurs surfaces de rupture orientées soit vers l’amont, soit vers l’aval
qui traversent
la protection de surface, (rip-rap)
le corps d’appui amont ou aval,
le noyau (et zones de transition)
6.6.2 Méthodes d’analyse
Pour les massifs hétérogènes comme les digues zonées on utilise les méthodes
analytiques bien connues de la mécanique des sols. La masse instable est habituel-
lement découpée verticalement en tranches. Les caractéristiques de résistance au
cisaillement sont constantes sur les faces inférieures des tranches, c’est à dire au
niveau de la surface de glissement étudiée.
La surface de glissement dépend fortement du profil de la digue zonée. Les métho-
des analytiques suivantes sont souvent utilisées :
Surface de glissement circulaire : - Fellinius (1948)
- Bishop (1955)
Surface de glissement quelconque : - Janbu (1954)
- Morgenstern-Price (1965)
- Krey
A l’aide des logiciels, les surfaces de glissement critiques peuvent être trouvées as-
sez facilement.
2006 LCH EPFL
Barrages 221
6.6.3 Cas de charges
On distingue entre
• cas de charges normales (CN)
• cas de charges spéciales (CS)
• cas de charges exceptionnelles (CE)
Pendant la construction
Mise en charge de la digue pendant les crues (la hauteur finale de la digue
CS
n’est pas encore atteinte).
Fin de construction
Tremblement de terre à lac vide: Les pressions interstitielles dans le noyau
sont maximales au moment où les remblais viennent d’être achevés.
CE
En cas de tremblement de terre et avec les pressions interstitielles impor-
tantes le risque de liquéfaction du noyau existe.
Exploitation (sans tremblement de terre)
CN Lac plein à niveau normal
CS Lac plein à niveau exceptionnel pendant les crues
CN Abaissement normal (selon l’utilisation de la retenue)
CS Abaissement rapide
C’est un cas de charge pour lequel on admet que l’eau doit être évacuée par
tous les organes disponibles ouverts au maximum et sans considérer un ap-
port naturel. Ce cas de charge peut se produire par
une action volontaire pour éviter un autre risque (instabilité des rives,
bombardements etc…),
une fausse manœuvre,
le sabotage des organes de vidange.
Exploitation et tremblement de terre
CE Lac plein à niveau normal
CE Lac plein et abaissement normal
Un abaissement rapide et un tremblement de terre ne sont pas combinés normale-
ment.
EPFL LCH 2006
222 Barrages en remblai
6.6.4 Coefficients de sécurité
Selon DIN 4084 les coefficients de sécurité doivent être observés :
- cas de charge normal : FS 1.40
- cas de charge spécial : FS 1.30
- cas de charge exceptionnel : FS 1.20
Le facteur de sécurité est défini dans la plupart des méthodes de tranches par le
rapport.
Forces stabilisantes
FS =
Forces motrices
Les valeurs des matériaux à la fin de construction doivent être utilisés en considérant
la variation des essais (± écart type).
6.6.5 Angle des talus
Le calcul de stabilité détermine les angles des talus nécessaires. Ils sont avant tout
une fonction du matériau utilisé et le système d’étanchéité choisi. Le tableau suivant
donne quelques indications pour le prédimensionnement des digues.
Matériaux de rem- Elément étanche Pente amont Pente aval
blai (corps d’appui)
Enrochements Noyau central 1 :1.80 1 :1.80
Noyau incliné 1 :2.10 1 :1.80
Masque amont 1 :1.50 1 :1.40
Alluvions perméa- Noyau central 1 :2.00 1 :2.00
bles Noyau incliné 1 :2.30 1 :2.00
Alluvions fines Noyau central 1 :3.00 1 :2.50
Noyau incliné 1 :3.30 1 :2.50
Digue homogène 1 :3.00 1 :3.00
Tableau 6.5 : Prédimensionnement des digues
6.6.6 Sécurité en cas de séisme selon analyse pseudo-statique
L’effet de séisme est considéré en introduisant des forces horizontales sur les tran-
ches. La force horizontale dépend de l’accélération de la masse considérée, c’est à
dire de la réponse en direction horizontale du tremblement de terre. On parle donc
de la méthode pseudo-statique.
Avec cette méthode on n’arrive souvent pas à garantir une sécurité suffisante
(FS=1.20) au glissement des surfaces de rupture critique. En pratique, on accepte
des déformations et tassements limités dues aux instabilités pendant des tremble-
ments de terre.
2006 LCH EPFL
Barrages 223
L’analyse se fait selon la démarche proposée par Makdisi et Seed et est basé sur les
théories de Newmark :
a) définition de l’accélérogramme pour le site de la digue ;
b) calcul de l’accélération critique pour laquelle la surface de rupture critique est en-
core stable (FS = 1.0) ;
c) pour toutes les accélérations qui sont supérieures à l’accélération critique, la
masse instable glisse un peu pendant un temps limité (déformations plastiques) ;
a [m/s2]
déformations plastiques
accélération
critique
t [s]
d) tous ces glissements partiels sont additionné. A la fin du tremblement de terre on
obtient ainsi une déformation plastique totale.
En pratique, on accepte les déformations plastiques suivantes (H > 100 m)
- tremblement de terre avec une période de retour de 1000 à 10000 ans : 1 m ;
- tremblement de terre le plus violent (période de retour > 10000 ans) : 3 m.
Avec ces déformations, un abaissement du couronnement en résulte. En acceptant
des déformations plastiques en cas de séisme, on prévoit une surélévation du cou-
ronnement (ou une revanche plus élevée)
La recherche actuelle est en train de développer des méthodes des éléments finis,
qui permettront une analyse dynamique des digues.
EPFL LCH 2006
224 Barrages en remblai
6.6.7 Vérification des digues au séismes selon les directives
suisses
[Link] Bases et exigences de vérifications
Selon les directives de l’Office fédéral des eaux et de la géologie (OFEG, 2002), les
barrages sont divisés en trois classe qui sont soumises à des exigences différentes.
Ci-après, la démarche de vérification est présentée pour des barrages en remblai
appartenant à la classe II, qui englobe les ouvrages de retenue avec une hauteur
inférieure à 40 m et un volume de retenue inférieure à 1 Mio m3. Les barrages plus
importants (Classe I) sont soumis à des exigences plus sévères.
Les bases de vérification sont les suivantes :
- Les valeurs caractéristiques statiques des matériaux obtenues à l’aide
d’investigations (nouvelles constructions et ouvrages existants).
- Détermination empirique de la sensibilité des matériaux de la digue à une
augmentation de la pression interstitielle suite à une sollicitation cyclique.
- Analyse de stabilité de blocs de glissement potentiels due à une accélération
dynamique horizontale déterminée empiriquement (1 mode) et sous une
sollicitation sismique verticale pseudo-statique.
- Le cas échéant, détermination du déplacement de glissement irréversible (en
tenant compte de manière empirique du comportement dynamique de la digue)
Ces principes conduisent aux exigences suivantes :
Temps de retour du séisme 5000 ans, valeurs des intensités selon la carte suisse aléa sismique
de vérification
Propriétés des matériaux et Propriétés nécessaires pour toutes les zones de matériaux :
méthodes d’investigation
- Paramètres de la résistance au cisaillement (statiques) : -' (angle
de frottement effectif), c (cohésion), su (résistance au cisaillement
en conditions non-drainées).
- Courbes granulométriques.
- Compacité.
- Éventuellement essais SPT ou similaires (cf. paragraphe [Link]).
- Éventuellement valeurs caractéristiques dynamiques des
matériaux (cf. paragraphe [Link]).
Méthodes d’investigation :
- Pour les nouvelles constructions : essais statiques standard,
essais dynamiques souhaitables.
- Pour les ouvrages existants : selon documentation de construction
complétée par des essais le cas échéant.
- Pour les matériaux sensibles, analyse de l'augmentation des
pressions interstitielles dues au séisme à l'aide d'essais cycliques
en laboratoire ou à l'aide de méthodes d'auscultation équivalentes.
2006 LCH EPFL
Barrages 225
Modélisation - Géométrie, modèle géotechnique de la fondation et du corps de la
digue (ligne piezomètrique incluse).
- Modèle bi-dimensionnel de la digue.
- Pressions hydrodynamiques négligeables.
Méthodes de calcul - Évaluation simple de l'augmentation des pressions interstitielles.
- Analyse simplifiée de la stabilité durant le séisme (méthode du
spectre de réponse avec un mode), sollicitations horizontale et
verticale.
- Éventuellement calcul simple des déplacements de glissement en
cas de possibilité de glissement (cf. paragraphes [Link] et
[Link]).
- Éventuellement calcul du déplacement de glissement sur la base
de l’évolution temporelle de l'accélération (cf. paragraphe [Link]).
Tableau 6.6 - Exigences pour les digues de la classe II
[Link] Schéma du déroulement des calculs
Le calcul des digues de la classe II se déroule selon la figure 6.41.
La légende en est :
1)
Investigations géotechniques statiques standard et essais en laboratoire (paragraphe [Link]).
2)
Selon paragraphe [Link].
3)
Par exemple selon Bishop avec les forces sismiques de substitution (paragraphe [Link]).
4)
Calcul simplifié des déplacements de glissement (paragraphe [Link]).
5)
Essais cycliques en laboratoire (paragraphe [Link]).
6)
Par exemple selon Bishop avec forces sismiques de substitution, surpressions interstitielles et
résistance au cisaillement réduite (paragraphe [Link]).
7)
Calcul simplifié des déplacements de glissement avec surpressions interstitielles et résistance au
cisaillement réduite (paragraphe [Link]).
8)
La vérification de la sécurité aux séismes est satisfaite.
9)
La vérification de la sécurité aux séismes n'est pas satisfaite. Des mesures s'avèrent nécessaires
(par exemple calcul plus détaillé avec des valeurs de paramètres moins conservatives obtenues de
manière plus précise, mesures constructives, abaissement du niveau de la retenue).
EPFL LCH 2006
226 Barrages en remblai
Relevé des conditions géologiques et géotechniques des
fondations ainsi que des valeurs caractéristiques des
1)
matériaux du corps de la digue et des fondations
Evaluation de l’augmentation Critères pas
potentielle des pressions interstitielles satisfaits
2)
dues au séisme
Analyse de l’augmentation des
pressions interstitielles dues au
Critères satisfaits 5)
séisme
Glissement possible
3)
Analyses de stabilité
Analyses de stabilité en tenant
Aucun glissement
compte de l’augmentation des pressions
6)
interstitielles dues au séisme
8)
Vérification satisfaite
Glissement possible
Déplacements
trop grands
Calculs de glissement
4) Calculs des déplacements en tenant compte
de l’augmentation des pressions interstitielles
7)
dues au séisme
Déplacements
Déplacements
acceptables
acceptables
8) 8)
Vérification satisfaite Vérification satisfaite
9)
Mesures nécessaires
Figure 6.41 : Schéma de calcul pour les digues de classe II
[Link] Relevé des conditions géologiques et géotechniques du sol de
fondation ainsi que des valeurs caractéristiques des matériaux
composant le corps de la digue et le sol de fondation
Les conditions géologiques et géotechniques du sol de fondation ainsi que les
valeurs caractéristiques des matériaux sont relevées à l'aide d'investigations
géotechniques standard et à l'aide d'essais en laboratoire. Des essais dynamiques
pour les digues de la classe II ne sont pas nécessaires, mais souhaitables.
[Link] Évaluation de l'augmentation potentielle des pressions interstitielles
due au séisme
L'augmentation des pressions interstitielles due au séisme est estimée sur la base
des courbes granulométriques et de la compacité des matériaux.
2006 LCH EPFL
Barrages 227
Une analyse de l’augmentation des pressions interstitielles due au séisme selon le
paragraphe [Link] s’avère nécessaire, si les critères mentionnés ci-après sont tous
remplis sur des zones étendues de la digue ou dans des couches continues des
fondations :
- La courbe granulométrique se situe dans la zone critique de reportée à la Fig. 6.42
(cf. a))
- Mise en place peu dense (densité relative < 0.5) (cf. b))
- Matériaux saturés
a) Analyse de la courbe granulométrique
Argile Limon Sable Gravier
Pourcentage poids
Diamètre des grains en mm
Figure 6.42 : Domaines granulométriques de sols liquéfiables :
1 - Sable de Niigata
2 - Enveloppe de 19 sables japonais qui se sont liquéfiés
sous une sollicitation sismique ;
3 - Selon les essais en laboratoire de Lee et Focht
La figure 6.42 ci-dessus montre les types de sol subissant une augmentation
importante des pressions interstitielles lorsqu’ils sont soumis à une sollicitation
cyclique en état saturé. Ceci peut conduire, au cas extrême, à une perte complète de
la résistance au cisaillement. La partie de la courbe granulométrique entre 10 et
90 % (% poids) ainsi que le coefficient d'uniformité dans cette plage sont essentiels.
Le coefficient d'uniformité d'une courbe granulométrique est défini comme le rapport
entre d60 et d10 où d60, respectivement d10 correspond au tamisat de 60,
respectivement 10 pour-cent du poids de l'échantillon.
L'augmentation des pressions interstitielles est à étudier plus en détail (à l'aide
d'essais STP ou des essais cycliques en laboratoire), si la courbe granulométrique
d'un matériau se situe à l'intérieur des domaines de la figure 6.42 (en particulier à
l'intérieur du domaine "2" entre 10 et 90 %) et si le coefficient d'uniformité est
inférieur à environ 2.
Cette méthode simplifiée ne peut pas être utilisée pour les digues de la classe I.
EPFL LCH 2006
228 Barrages en remblai
b) Analyse de compacité, faible compacité
La compacité du sol est représentée par la densité relative Dr et vaut :
nmax n 2d 2 d min 2 d max
Dr = =
nmax nmin 2 d max 2 d min 2 d
avec : n : porosité du sol in situ
nmax : Porosité à compacité maximale
nmin : Porosité à compacité minimale
2d : Poids volumique du sol sec
2d max : Poids volumique du sol sec à compacité maximal
2d min : Poids volumique du sol sec à compacité minimale
2d min respectivement 2d max sont déterminés selon la procédure définie dans la
norme USBR 5525, respectivement USBR 5530 du Bureau of Reclamation (1990).
La compacité est faible si la densité relative Dr est inférieure à 0.5.
c) Evaluation du potentiel de liquéfaction à l'aide d'essais SPT
Alternativement, des corrélations empiriques entre le potentiel de liquéfaction du sol
et les résultats d’essais de pénétration, tels que STP (Standard penetration test) ou
CPTU peuvent être utilisés pour l’estimation de l’augmentation des pressions
interstitielles due au séisme.
L’évaluation du comportement de liquéfaction des sables sur la base d’essais STP
est effectuée selon la figure 6.43.
Figure 6.43 :
Corrélation entre la liquéfaction du
sable in situ et la résistance de
pénétration SPT normée (N1)60-cs
Liquéfaction (modifié selon Seed et al., 1982) :
" / 'v
" / 'v : Rapport de la contrainte de
cisaillement due à la sollicitation
cyclique et la contrainte effective
géostatique 'v . " est déterminé
selon les indications ci-après.
Aucune liquéfaction
(N1)60-cs : Résistance de pénétration
SPT normée déterminée selon
Stark et al. (1992) (voir ci-après)
Valeur SPT (N1)60-cs
2006 LCH EPFL
Barrages 229
d) Détermination de la résistance de pénétration SPT (N1)60-cs
Le nombre de coups directement mesuré lors des essais SPT est désigné par N60.
Une première correction selon l'équation ci-dessous permet d'obtenir (N1)60
(correspondant à la résistance de pénétration avec une contrainte verticale effective
normale de 100 kPa) :
N 60
(N 1 )60 =
' v0
avec : 'v0 : Contrainte effective normale à la profondeur correspondante avant
l'essai.
Tant N60 que (N1)60 sont des grandeurs adimensionnels (nombre de coups). 'v0 doit
être introduit en [kg/cm2] dans l'équation ci-dessus.
Ensuite, une deuxième correction permet d'obtenir (N1)60-cs à partir de (N1)60 à l'aide
de l'équation ci-dessous :
( N 1 )60 CS = ( N 1 )60 + ( N 1 )60
où (N1)60 dépend de la teneur en éléments fins (pourcentage < 0.06 mm de la
courbe granulométrique) et est déterminé à l'aide du tableau ci-dessous :
Teneur en élément fins en % (N1)60
(fraction < 0.06 mm)
10 1
25 2
35 3
50 4
75 5
Cette méthode simplifiée ne peut pas être utilisée pour les digues de la classe I.
e) Détermination de la contrainte de cisaillement due à la sollicitation cyclique
Contrainte de cisaillement cyclique " dans la fondation :
La contrainte de cisaillement cyclique " est calculée à chaque profondeur (cf. figure
ci-dessous) à l'aide de l'équation suivante :
ah
" = 0.65 v rd
g
EPFL LCH 2006
230 Barrages en remblai
avec :
ah : Accélération de pointe selon la carte ah
suisse du risque de séismes
g : Accélération de gravité Surface
v : Contrainte normale verticale à la
profondeur z "
z : Profondeur Profondeur z
rd : Facteur de réduction selon la figure
6.44
Valeur moyenne
Profondeur[m]
Domaine pour
différents
profils de sol
Figure 6.44 :
Facteur de réduction pour les
contraintes de cisaillement
cycliques (Seed et al., 1982)
Facteur de réduction rd
Contrainte de cisaillement cyclique " dans le corps de digue :
De manière analogue, la contrainte de cisaillement cyclique " au centre de gravité
d'une surface de glissement est calculée dans le profil en travers de la digue selon
l'équation suivante :
aG
" = 0.65 v
g
avec :
aG : accélération maximale au aD
centre de gravité (cf. ci-
après)
aG
v : contrainte normale
Profondeur z
verticale totale au centre
de gravité étudié.
2006 LCH EPFL
Barrages 231
Accélération maximale aG au centre de gravité :
La valeur de l’accélération aG est déterminée à l’aide de la figure ci-dessous en
fonction de la position de la surface de glissement :
Domaine des valeurs
y/h
Figure 6.45 :
Evolution de l’accélération de
pointe du bloc de glissement en
fonction de la position de la
Valeur moyenne surface de glissement (Makdisi
et Seed, 1978)
aG / aD
La figure 6.45 permet de déterminer le rapport entre aG et la valeur de l’accélération
maximale au couronnement aD en fonction de la profondeur y du bloc de glissement.
Le domaine des valeurs sur la figure ci-dessus a été déterminé par Makdisi et Seed
(1978) sur la base de nombreux calculs. Les valeurs pour le module de cisaillement
G et l’amortissement D de ces calculs se trouvent dans la gamme de valeurs
habituelles de la pratique.
Accélération maximale aD au couronnement :
La valeur de l’accélération maximale au couronnement aD est déterminée à l’aide de
la formule suivante (Makdisi et Seed, 1978) :
a D = ( 1.60 a1 ) 2 + ( 1.06 a 2 ) 2 + ( 0.86 a3 ) 2
a1, a2 et a3 étant les valeurs spectrales de l’accélération selon les spectres de
réponse pour les divers types de sol (avec un amortissement de 15 %) pour les trois
premières fréquences propres >1, >2, respectivement >3 .
Il faut tenir compte de l’influence des conditions locales du sol de fondation sur la
sollicitation due au séisme (différents spectres de réponse pour les types de sol A, B
et C).
>1, >2, et >3 peuvent être calculés selon les formules suivantes :
EPFL LCH 2006
232 Barrages en remblai
vs vs vs
> 1 = 2.40 ; > 2 = 5.52 ; > 3 = 8.65
h h h
avec : h : Hauteur de la digue.
vs : Célérité moyenne de l’onde de cisaillement dans les matériaux de la
digue (Tableau 6.7).
Ces valeurs correspondent aux fréquences propres d’une digue homogène sur
fondation rigide.
Les périodes T1 à T3 correspondant aux valeurs de >1, >2 et >3 sont calculées par :
2 $
T=
>
Cette méthode simplifiée ne peut pas être utilisée pour les digues de la classe I.
Type de sol vs [m/s]
Matériaux meubles
Couches de couverture de compacité faible, désagrégées, non saturées
110…480
(profondeur 3 à 6 m)
Ballast (gravier sableux), non saturé 220…450
Ballast, saturé par l'eau souterraine 400…600
Ballast cimenté 1000…1500
Limon du fond du lac, non complètement saturé 290…540
Limon du fond du lac, saturé 390…530
Limon des berges, non saturé 120…400
Moraine 500…1150
Lœss 150…300
Rocher
Marne et grès mollassique, tendre, désagrégé 520…1050
Marne, non désagrégé 1000…1900
Grès mollassique, dur 1100…2200
Molasse du plateau 600…2500
Schiste 1100…3100
Calcaire 1800…3700
Gneis 1900…3500
Granite 2500…3900
Tableau 6.7 : Estimation de la célérité de l’onde de cisaillement pour différents types
de sol
2006 LCH EPFL
Barrages 233
[Link] Analyse simplifiée de la stabilité sismique
La vérification de la sécurité sismique à l’aide d’analyse d’une stabilité simplifiée
comporte les étapes de calcul suivantes :
a) Détermination de la période fondamentale de la digue dans la direction
perpendiculaire à l'axe de la digue au droit de la plus haute section selon la
figure 6.46.
b) Calcul des forces sismiques de substitution horizontales et verticales pour divers
blocs de glissement.
c) Calcul de la sécurité au glissement pour les blocs de glissement choisis en
tenant compte du poids propre et des forces sismiques de substitution
horizontale et verticale selon [Link] c). La combinaison la plus défavorable des
directions des forces sismiques de remplacement est déterminante pour la
vérification.
Si la conclusion de ce calcul est que le bloc de glissement n’est pas stable, les
déplacements de glissement sont à calculer selon le paragraphe [Link]. Un bloc de
glissement est admis stable, si le facteur de sécurité selon c) est supérieur à 1.0.
a) Détermination de la période fondamentale de la digue (perpendiculaire à
l’axe de la digue)
La période fondamentale T0 de la digue est estimée à l’aide de la figure 6.46 :
vs1
m = 1
vs2 2
v s1h2
q =
v s 2 h1
2 $ h1
T0 =
a1 a 1v s1
Figure 6.46 : Période fondamentale T0 pour une digue sur une couche de fondation
élastique (Sharma, 1979) :
vs : Célérité de l’onde de cisaillement.
: Densité des matériaux.
a 1 : Déterminé à l’aide de la figure à partir des valeurs calculées pour
m et q. T0 peut finalement être calculé.
EPFL LCH 2006
234 Barrages en remblai
Cette méthode simplifiée ne peut pas être utilisée pour les digues de la classe I.
b) Calcul des forces sismiques de substitution pour un bloc de glissement
La force sismique horizontale de substitution Eh pour un bloc de glissement potentiel
est calculée à l’aide de l’équation suivante :
E h = aG m
avec :
aG : accélération moyenne selon [Link] c) au centre de gravité du bloc de
glissement.
m: masse du bloc de glissement
La force sismique verticale de substitution Ev est calculée de manière analogue en
supposant que le comportement dynamique dans la direction verticale est
approximativement rigide. Ainsi, l’accélération verticale dans le corps de digue
correspond à celle à la base :
E v = av m
av étant la composante verticale de la sollicitation sismique selon ah.
L’accélération verticale de pointe au peut être calculée à partir de la composante
horizontale ah avec av = 2/3 ah.
Les valeurs de l’accélération sont déterminées sur la base de l’intensité selon la
carte suisse du risque de séismes pour une période de retour donnée (Classe II :
5000 ans) par la transformation suivante :
log ah = 0.26 IMSK + 0.19
c) Calcul de la sécurité au glissement d’un bloc spécifique
Le facteur de sécurité F pour le bloc choisi est calculé à l’aide des méthodes
statiques usuelles (chapitre 6.6.2) en tenant compte des sollicitations sismiques
horizontale et verticale données (cf. ci-dessus).
Les méthodes statiques applicables sont par exemple la méthode par tranches selon
Bishop, respectivement Janbu ou d’autres méthodes simplifiées.
La contribution à la résistance totale de chaque tranche est calculée par l’équation
de la résistance au cisaillement selon Coulomb :
" f = ' tan -' +c'
Le facteur de sécurité est ensuite calculé par l’équation suivante sur la base de cette
résistance au cisaillement "f et de la contrainte " due à la sollicitation sismique et à
l’ensemble des charges statiques :
"f
F=
"
avec : : Somme de toutes les tranches le long de l’interface de glissement
potentiel.
Pour les digues de la classe I (H > 40 m), cette méthode simplifiée ne peut être
appliquée qu’à la vérification de l’état après le séisme.
2006 LCH EPFL
Barrages 235
[Link] Calcul simplifié des déplacements de glissement
La détermination des déplacements de glissement à l'aide d'un calcul simplifié se fait
selon les étapes suivantes :
- Calcul de la période fondamentale T0 de la digue (dans la direction
perpendiculaire à l'axe de la digue) au droit de la plus haute section selon
[Link] a).
- L’accélération critique d’une surface de glissement potentielle est celle qui
conduit à un facteur de sécurité F de 1.0 du bloc de glissement correspondant.
Le facteur de sécurité au glissement F est calculé à l’aide de méthodes statiques
usuelles (par exemple selon Bishop ou Janbu) en tenant compte des forces
statiques de substitution pour chaque tranche. La force statique de substitution
horizontale I pour une tranche est égale à :
I = m ac
avec : m : Masse de la tranche
- Calcul des valeurs d'accélérations aG (accélération moyenne au centre de gravité
du bloc de glissement) selon [Link] c) et ac (accélération critique).
- Détermination du déplacement de glissement résiduel total u.
Le déplacement de glissement résiduel total u est déterminé à l’aide de la figure :
Figure 6.47 :
u Déplacement de glissement
[s] résiduel selon une surface de
aG T0 glissement (modifié selon
Makdisi et Seed (1978) :
ac : Accélération critique d’une
surface de glissement.
aG : Selon [Link] c).
T0 : Selon [Link] a).
a c aG
Remarque
Selon Makdisi et Seed (1978), le déplacement total u calculé ainsi correspond à la
déformation totale équivalente le long d’une surface de glissement horizontale suite à
la sollicitation sismique, après le dépassement de l’accélération critique conduisant
au glissement du bloc. Sur la base d’investigations, le déplacement le long d’une
surface de glissement inclinée est environ 20 % supérieure.
EPFL LCH 2006
236 Barrages en remblai
Du fait que d’une part la figure ci-dessus indique une plage de déformation et d’autre
part que l’échelle est logarithmique, u correspond en première approximation tant au
tassement vertical total qu’au déplacement horizontal total du bloc de glissement.
Cette méthode simplifiée ne peut pas être utilisée pour les digues de la classe I.
Pour les digues de la classe II, la détermination du déplacement de glissement à
l'aide d'une telle méthode simplifiée n'est admissible que si les déplacements
calculés ainsi sont inférieurs aux valeurs limites suivantes :
- 0.3 m pour des blocs de glissement profonds.
- 0.15 m pour des blocs de glissement superficiels.
Dans le cas contraire, les déplacements de glissement sont à calculer à l’aide de
l’évolution temporelle de l’accélération. Ceci nécessite un calcul pas à pas dans le
temps.
Le déplacement total le long d’une surface de glissement est obtenu dans ce cas à
l’aide d’une double intégrale de l’accélération due aux sollicitation sismiques qui
dépassent la valeur de l’accélération critique selon [Link] c) (la différence entre
l’accélération due à la sollicitation sismique et l’accélération critique est
déterminante). Le calcul se base sur la méthode des blocs de glissement selon
Newmark (1965).
2006 LCH EPFL
Barrages 237
Les déplacements admissibles sont alors déterminés comme suit :
Objectifs Le but général de la détermination des déplacements de glissement est la
vérification de la sécurité à long terme de la digue. Ceci implique les objectifs
suivants :
- Eviter tout débordement par-dessus la digue.
- Exclure le risque d'érosion interne.
- Aassurer la stabilité du bloc de glissement en état déformé.
Critères Ces objectifs sont en général atteints si les déplacements de glissement sont
inférieurs aux valeurs limites suivantes :
- 0.5 m pour des blocs de glissement profonds.
- 0.2 m pour des blocs de glissement superficiels.
La profondeur du bloc de glissement est
déterminée à l'aide d'une parallèle
au parement de la digue :
Profondeur
Des blocs de glissement dont la hauteur ne dépasse pas 10 ÷ 20 % de la hauteur
de la digue sont considérés être "superficiels". Dans le cas contraire, ils sont
considérés être "profonds".
Pour les digues avec masque amont, l'intégrité du dispositif d'étanchéité après à
un séisme est à vérifier.
Mesures Si ces critères ne sont pas satisfaits, des études particulières sont nécessaires
afin d'atteindre les objectifs mentionnés ci-dessus.
En particulier, il faut procéder aux vérifications suivantes :
- Même en état déformé, la revanche doit être suffisante pour éviter à tout
moment un débordement de la digue.
- Le risque d'érosion interne est à exclure en s’assurant que les conditions
suivantes sont satisfaites:
a) Les critères de filtre sont respectés entre les différentes zones de la digue.
b) Le noyau de la digue a une couverture suffisante de matériaux
autorégénérants, c’est à dire de matériaux liants qui peuvent s'adapter aux
déformations imposées sans changement significatif de leurs propriétés de
perméabilité.
c) L'épaisseur résiduelle des couches de filtre et de drainage en état déformé
est au moins égale à la moitié de l'épaisseur initiale en état non déformé.
- La vérification de la stabilité du bloc de glissement en état déformé se fait sur
la base d'une résistance liée uniquement à l'angle de frottement résiduel -'r .
EPFL LCH 2006
238 Barrages en remblai
[Link] Analyse de l'augmentation des pressions interstitielles due au
séisme
L'augmentation des pressions interstitielles due au séisme doit être analysée à l'aide
d'essais cycliques en laboratoire.
Lors des essais en laboratoire, le séisme de vérification est modélisé par une
contrainte de cisaillement moyenne "m et un nombre équivalent de cycles de charge.
La contrainte de cisaillement moyenne à une profondeur donnée de la fondation ou
du corps de digue est déterminée selon [Link] c) (classes de digues II et III),
respectivement à l’aide d’un calcul par éléments finis (classe de digues I).
Il convient d’appliquer au moins 15 cycles de charge.
Les résultats suivants relèvent d’un intérêt particulier :
- Augmentation des pressions interstitielles due à une sollicitation cyclique
- Déformations non élastiques sous sollicitation cyclique
[Link] Analyse simplifiée de la stabilité sismique ou calcul des
déplacements de glissement en tenant compte de l'augmentation des
pressions interstitielles due au séisme
Le déroulement d'une analyse simplifiée de la stabilité sismique et des calculs des
déplacements de glissement en tenant compte d'une augmentation éventuelle des
pressions interstitielles due au séisme se distingue de l'analyse et des calculs
correspondant sans prise en compte d'une augmentation des pressions interstitielles
uniquement par la présence de surpressions interstitielles dues au séisme. Ces
surpressions sont déterminées à l’aide d’essais physiques en laboratoire. Elles
conduisent à une réduction des contraintes effectives (selon ' = – u) et par
conséquent de la résistance au cisaillement.
A part cela, les méthodes décrites aux paragraphes [Link] et [Link] sont
applicables sans modifications.
[Link] Analyse de stabilité après le séisme en tenant compte d'une
augmentation des pressions interstitielles due au séisme
Outres les vérifications ci dessus, la sécurité au glissement doit aussi être garantie
après le séisme (et par conséquent sans les forces d'inertie) en tenant compte de la
persistance d'une augmentation éventuelle des pressions interstitielles due au
séisme. Un bloc de glissement est considéré comme suffisamment stable, si le
facteur de sécurité F selon [Link] c) est supérieur à 1.2 (le facteur de sécurité
statique minimal sans surpressions interstitielles est de 1.5 pour le cas d’exploitation
normal).
2006 LCH EPFL
Barrages 239
6.7 Détails constructifs
6.7.1 Choix de la hauteur de la digue (Question de la revanche
nécessaire)
[Link] Définition de la revanche
Le niveau maximal d’exploitation pour une retenue est fixé par des considérations
économiques. Très souvent une limite supérieure est imposée par la topographie ou
la géologie.
Il est évident que le couronnement (après la consolidation) de la digue doit être situé
plus haut que le niveau maximal d’exploitation pour des raison suivantes :
surélévation du plan d’eau lors du passage de la crue maximale considérée
pour le projet
la hauteur maximale des vagues provoquées par le vent extrême considéré.
le déferlement des vagues à la surface du parement amont (wave run-up)
la surélévation du plan d’eau provoquée par le vent extrême considéré (wind
set-up)
supplément de sécurité (par exemple pour les vagues causées par des glisse-
ments de terre, avalanches, rupture des glaciers, tremblements de terre)
L’addition de tous les effets susmentionnés pour des combinaisons raisonnables
conduit à la distance entre niveau maximal d’exploitation et couronnement et qui est
appelée revanche.
[Link] Effets du vent et des vagues
a) Hauteur des vagues
Un vent d’une certaine durée et intensité provoque à la surface d’un réservoir des
vagues de différentes hauteurs d’onde.
Parmi les plusieurs formules empiriques, basées sur des essais ou des observations
in situ, la formule de Molitor est citée là-dessous :
F < 30 km : hv = 0.76 + 0.032 (v F )
1 1
2
0.26 F 4
F > 30 km : hv = 0.032 (v F )
1
2
Avec hv : hauteur de la vague [m]
v : vitesse du vent [km/h]
F : fetch [km]
EPFL LCH 2006
240 Barrages en remblai
F
Direction du vent Barrage
Figure 6.41: Définition du fetch.
b) Déferlement des vagues
La hauteur R du déferlement dépend non seulement de la hauteur de la vague h,
mais également de la longueur des ondes, de l’inclinaison n de la surface et finale-
ment de la nature de la surface du parement amont.
R
hv
n
½L
1 k
Figure 6.42: Déferlement des vagues.
R peut être estimé en utilisant la formule de Kâlal
1 1
R = 3.2 hv k = tan !
n n
avec k = 0.72 rip-rap
k = 1.00 pavé
k = 1.25 pavé de blocs en béton préfabriqué
k = 1.40 surfaces lisses
R et hv même dimensions !
En cas d'une protection de surface avec des blocs (rip-rap), l'USBR propose la for-
mule suivante:
2006 LCH EPFL
Barrages 241
hv
R= (applicable pour cot ! < 5)
0.4 + (hv / L )0.5 cot !
avec L = 1.56 T2 et T = 0.556 · v0.41 · F1/3
T en [s]; v en [m/s]; L en [m]; F en [m] et R en [m].
Pour des surfaces inclinées R ne dépend que faible de la longueur des ondes. Par
contre pour des parois verticales il faut considérer la longueur des ondes.
$ hv3
R = hv 1.5 +
32 L
1
avec L = longueur des ondes = 0.152 v F 2
L, h, R en [m] ; v en [km/h] ; F en [km]
c) « Wind set-up »
La surélévation du plan d’eau provoqué par le vent extrême est très faible et ne dé-
passe pas 5 à 10 cm même pour des réservoirs très grands.
d) Vagues causées par glissement de terre, avalanches, rupture de glacier, etc.
Dans le mesure possible ces événement sont à éviter. Si le risque existe, les vagues
doivent être estimées avec des calculs spéciaux ou des essais en laboratoire.
[Link] Revanche nécessaire
La revanche nécessaire est déterminée par rapport au couronnement théorique,
c’est-à-dire son niveau après la consolidation et après des tassements exceptionnels
en cas de séisme (voir 6.4.6.).
Revanche pour digues à noyau
H PMF
H1/10'000 fD 2.0 m
H1/1'000 R
H [Link] h
Figure 6.43: Revanche nécessaire pour digues à noyau.
a) crue de dimensionnement HQ1’000 (crue millénaire)
règle n-1 pour les organes de vidange
hauteurs des vagues et leur déferlement sont déterminés pour un vent avec
une période de retour de 100 ans.
EPFL LCH 2006
242 Barrages en remblai
ces hauteurs sont additionnées à la surélévation du plan d’eau en cas d’une
crue millénaire
La revanche minimum est fD 2.0 m.
b) crue dixmillénaire HQ10’000
on admet que tous les organes de vidanges sont en service
hauteurs des vagues et déferlement sont déterminés pour un vent avec une
période de retour de 10 ans.
ces hauteurs sont additionnées à la surélévation du plan d’eau en cas de la
crue dixmillénaire.
le niveau d’eau inclus les vagues doit être inférieur du couronnement
le niveau d’eau sans vagues doit être inférieur à la crête du noyau
c) PMF (déluge)
le niveau d’eau sans vagues peut atteindre le couronnement
le déversement en cas de vagues est accepté
Revanche pour digues à masque amont
mur de batillage
(max. 1.5 m)
H PMF
H1/10'000 fD 1.5 m
H1/1'000 R
H [Link] h
Figure 6.43: Revanche nécessaire pour digues à masque amont.
a) crue de dimensionnement HQ1’000 (crue millénaire)
comme digue à noyau mais fD > 1.5 m est suffisante
b) HQ10’000 (crue dixmillénaire)
on admet que tous les organes de vidange sont en service
hauteurs des vagues et leur déferlement sont déterminés pour un vent avec
une période de retour de 100 ans.
la surélévation de la crue dixmillénaire en combinaison avec les vagues ne
doit pas dépasser le couronnement. Un mur de batillage de max. 1.5 m de
hauteur peut servir contre l’effet des vagues. Mais le niveau sans vagues ne
doit pas dépasser le couronnement.
2006 LCH EPFL
Barrages 243
c) PMF (déluge)
le niveau d’eau sans vagues doit être inférieur au couronnement
le déversement en cas de vagues est accepté
Revanche pour barrages en béton
mur de batillage
HPMF (max. 1.5 m)
H1/10'000
fD 2.0 m
H 1/1'000 R
h
H [Link]
Figure 6.44: Revanche nécessaire pour barrages en béton.
a) crue de dimensionnement HQ1’000
règle n-1 pour les organes de vidange
vagues et leur déferlement ne sont pas prises en compte
la revanche doit être fD > 2.0 m
b) crue dixmillénaire HQ10’000
tous les organes de vidange en service
vagues et leur déferlement ne sont pas prises en compte
le niveau d’eau (sans vagues) doit être inférieur au couronnement
un mur de batillage de max. 1.5 m peut protéger contre les vagues.
c) PMF (déluge)
le niveau d’eau sans vagues doit être inférieur au couronnement. Si la fonda-
tion n’est pas mise en danger, on peut accepter une submersion du couron-
nement de max. 1 m.
6.7.2 Couronnement
Le couronnement d’une digue est d’une importance particulière pour l’ouvrage et né-
cessite un soin spécial. Les points suivants sont à considérer :
la place est limitée pour les différentes zones, ce qui nécessite souvent une
réduction de l’épaisseur des filtres, drains et zones de transition.
EPFL LCH 2006
244 Barrages en remblai
la largeur du couronnement influence le volume total de la digue et également
la largeur du noyau à la crête.
lors d’un tremblement de terre, le couronnement est la partie de la digue, où
les accélérations sont maximales.
les déformations à la suite de la consolidation et pendant l’exploitation sont
maximales (zones avec grand risque de fissuration).
Figure 6.45: Example d’une digue avec noyau central.
6.7.3 Risbermes
C’est toujours recommandé de prévoir des risbermes au parements amont et aval
pour permettre le passage des camions. La largeur minimum est 3.5 à 4.0 m. Les
risbermes facilitent le contrôle de la protection de surface.
En outre les risbermes arrêtent des petits glissements locaux. Le calcul de la stabilité
peut être basé sur la pente moyenne.
6.7.4 Galeries d’injection et de contrôle
Pour les digues importantes il est toujours judicieux de prévoir des galeries
d’injection et de contrôle le long de la fondation de l’élément d’étanchéité.
Ils ont les avantages suivants :
les travaux d’injection peuvent se dérouler indépendant du remblayage
possibilité de contrôle après la construction
possibilité de l’assainissement par des injections complémentaires
2006 LCH EPFL
Barrages 245
permettre d’effectuer des injections à pression importantes grâce à la sur-
charge du remblai.
exécution des forages de drainage indépendant du remblayage
surveillance pendant l’exploitation de l’ouvrage est possible
Galerie en béton Galerie souterraine
1) Voile d'étanchéité
2) Injections de contact et de consolidation
Figure 6.46: Galeries d’injection et de contrôle.
Les galeries peuvent être creusées soit dans le rocher au-dessous la fondation, soit
construit en béton dans une tranchée ou fouille fondée sur rocher. La galerie en ro-
cher est plus coûteuse mais peut être réalisée à même temps que le remblayage.
En cas d’une galerie en béton, le contact du remblai de noyau avec l’ouvrage en bé-
ton est délicat et doit être réalisé très soigneusement selon les règles de l’art.
6.7.5 Contact des éléments d’étanchéité avec le sous-sol
La connexion des éléments d’étanchéité comme les noyaux centraux ou les mas-
ques amont avec le sous-sol est toujours un détail délicat parce qu’on doit éviter des
gradients ou débits importants de la percolation dans cette zone de contact.
Si possible le noyau en terre doit être placé directement sur le sous-sol rocheux.
Donc si la couverture en terrain meubles n’est pas trop grand (< 30 m), on l’enlève
au-dessous la partie du noyau.
La surface du rocher doit être propre et le plan que possible, pour garantir un contact
impeccable. Des bosses à angles vifs et des escaliers sont à éviter c’est-à-dire à
enlever ou à remplir avec des plombes en béton. Des surfaces de contact très irré-
gulières peuvent provoquer la fissuration locale du noyau près du rocher et ainsi for-
mer des chemins de percolation préférentiels. Le résultat pourrait être l’érosion in-
terne du noyau.
EPFL LCH 2006
246 Barrages en remblai
Figure 6.47: Contact des éléments d’étanchéité avec le sous-sol pour une digue à
masque amont en béton bitumineux.
Figure 6.48: Contact des éléments d’étanchéité avec le sous-sol pour et digue à
masque amont en béton.
Le rocher près du contact doit être sain. Fissures et joints sont à remplire à l’aide
d’injection de consolidation.
Ces injections couvrent toute la largeur du noyau et garantissent également le lieu
avec la voile d’étanchéité profonde.
2006 LCH EPFL
Barrages 247
7 OUVRAGES ANNEXES
7.1 Dérivation pendant la construction
7.1.1 Débit de dimensionnement
[Link] Principes
En règle générale, il est exigé que la construction d’un barrage n'induise pas artifi-
ciellement des crues plus importantes que celles qui pourraient survenir dans des
conditions naturelles, c’est-à-dire sans la présence du chantier de barrage.
Les conséquences du déversement par dessus le barrage en construction et de
l’inondation du chantier dépendent du type de barrage. Elles ne sont acceptables
que pour des cas particuliers.
Si par exemple un barrage en remblai est submergé pendant la construction, le rem-
blai est érodé et par conséquent détruit. L’eau retenue par le barrage provoque une
onde de submersion lors de la rupture de la brèche. Cette onde est beaucoup plus
grande que l’onde de crue naturelle.
Le déversement par dessus le barrage en béton pendant la construction n’entraîne
que des dégâts mineurs au barrage; l’onde de crue n'augmente pas. Par contre,
l’inondation du chantier endommage les installations si des précautions appropriées
n’ont pas été prises avant la crue.
Le nettoyage et la mise en ordre du chantier nécessitent une interruption des travaux
et par conséquent sont à l’origine d’une prolongation des délais et des coûts supplé-
mentaires.
[Link] Choix du débit de dérivation
Tandis que le déversement par dessus le barrage en béton est acceptable dans
certaines limites, cet évènement est à éviter surtout pour les digues. Cette exigence
et la durée de la construction résultent dans les débits de dimensionnement suivant
pendant la construction:
• Barrages en béton: période de retour 25 – 50 ans
• Digues: période de retour 80 – 100 ans.
Si les crues ne provoquent pas de dégâts importants, ou n'entraînent pas de risques
mortels, en principe, le débit de dimensionnement pourrait être fixé par des considé-
rations économiques (voir [Link]).
[Link] Risque d’inondation
Le risque d’inondation du chantier pendant la construction se calcule par :
n
r =1 1 1
p
p: période de retour du débit de dimensionnement
n: durée du chantier
EPFL LCH 2006
248 Ouvrages annexes
Exemple : p = 25 ans et n = 5 ans r = 18.5%
p = 100 ans et n = 5 ans r = 5%
Souvent, il n’est pas possible pour des raisons techniques, de dimensionner les
ouvrages de dérivation pour les périodes de retour exigées (par exemple pour des
rivières en Himalaya). Il arrive dans ces cas que les ouvrages ne permettent de déri-
ver complètement que des crues de période de retour de 10 ou 20 ans. Il est néces-
saire dans ces cas de planifier le déversement contrôlé pendant les périodes de
crues (mousson). Cette condition se reflète dans le choix du type de barrage.
[Link] Calcul économique de la capacité de dérivation
Par définition, un dégât ne se produit que pour des crues qui dépassent la crue de
dimensionnement de la dérivation. Si la relation entre les conséquences financières
des dégâts et le débit est connue, la valeur de dégât probable dépend du risque
d’inondation suivant :
VD = r cD
VD : valeur de dégât probable
r: risque d’inondation
cD : conséquences financières en cas d’inondation.
Cc + Vd
Cc
Q opt
Coûts
Vd
Crue de dimensionnement de la dérivation
Figure 7.1 : Calcul économique de la capacité optimale de dérivation.
La valeur du dégât probable diminue en augmentant la période de retour de la crue
de dimensionnement. Par contre, l’investissement pour la construction des ouvrages
de dérivation augmente. Il existe donc une valeur de débit de crue de dimensionne-
ment optimale pour un type de dérivation choisi (cf. Figure 7.1).
Souvent le calcul de la capacité de dérivation tient compte des phases de construc-
tion et la saison. Les travaux critiques sont normalement exécutés pendant des pé-
riodes sèches, durant lesquelles les crues à maîtriser sont plus faibles.
2006 LCH EPFL
Barrages 249
7.1.2 Types de dérivation
[Link] Dérivation intégrale
La dérivation intégrale est constitué d’une galerie de dérivation et de deux batar-
deaux situés à l’amont et à l’aval du chantier. La dérivation intégrale s’impose dans
le cas d’une vallée étroite. La dérivation suit les phases suivantes:
1. exécution de la galerie de dérivation;
2. construction des batardeaux et dérivation de la rivière dans la galerie (coupure
de la rivière);
3. construction du barrage à l’abri des batardeaux;
4. obturation de la galerie de dérivation, remplissage de la retenue.
La longueur nécessaire de la galerie de dérivation est donnée par la dimension du
barrage et des batardeaux à leur base. Pour les barrages en remblai, il en résulte
des longueurs importantes. Puisque le diamètre de la galerie ne dépasse presque
jamais 10 – 12 m (pour des raisons géologiques et économiques), plusieurs galeries
parallèles sont souvent nécessaires pour prévenir de crues importantes.
2
1
Figure 7.2: Dérivation intégrale
barrage en construction galerie de dérivation
batardeau amont batardeau aval
[Link] Dérivation à travers le chantier
Une galerie de dérivation parallèle au lit de la rivière est construite au niveau de la
fondation du barrage. Cette galerie en béton est construite à ciel ouvert et doit être
fondée sur le rocher. Ce type de dérivation est utilisé en combinaison avec les barra-
ges en remblai pour des vallées assez larges et des crues pas trop importantes.
EPFL LCH 2006
250 Ouvrages annexes
Les galeries de dérivation sont souvent transformées, à la fin de la construction, en
galerie de vidange de fond ou galerie d’évacuateur de crues.
Figure 7.3: Dérivation à travers le chantier
construction galerie de dérivation
[Link] Balancement de la rivière
Pour les digues, cette solution n'est réalisable que pour des vallées larges. Une déri-
vation est réalisée en plusieurs phases:
1. une moitié de la vallée est isolée et drainée à l'aide des batardeaux;
2. l'autre moitié du barrage est construite avec les ouvertures (utilisées à la fin
des travaux tels que la vidange de fond ou conduite d'amenée);
3. dérivation de la rivière à travers les ouvertures dans le barrage par déplace-
ment des batardeaux;
4. fermeture des ouvertures et remplissage de la retenue.
Une combinaison de ces divers types de dérivations est possible dans le but d'aug-
menter la capacité et la flexibilité de la dérivation.
Pour des barrages en béton, grâce aux brèches verticales dans le béton qui peuvent
être laissées ouvertes, le balancement de la rivière est également possible dans des
vallées étroites.
2006 LCH EPFL
Barrages 251
2
5
1 3 6 4
1 3 4
2 5
Figure 7.4: Balancement de la rivière
zone des travaux batardeau
section de la dérivation zone des travaux
batardeau ouvertures
7.1.3 Types de batardeaux
Les principaux types de batardeaux sont :
Batardeaux en remblais :
élément étanche : - paroi moulée ou palplanches
- digues zonées, homogènes
Batardeaux avec palplanches :
hauteurs limitées (env. 10 m)
Batardeaux submergés (en combinaison avec des barrages en béton seule-
ment)
Les batardeaux en remblai dans le cadre de constructions de barrages sont souvent
conçus comme batardeau submergés. La submersion se passe sans problèmes, si
le parement aval du batardeaux est renforcé pour qu'il résiste à la force érosive de
l'eau. Cette protection de surface peut être réalisée à l'aide des moyens suivants:
a) des enrochements (rip-rap)
b) plaques en béton préfabriqués
c) ancrage de la surface des enrochement par des treillis d'armatures
d) gabions
a) Protection avec enrochements
Puisque les dimensions des blocs de rocher sont pratiquement limités (abattage en
carrière, mise en place), cette protection ne résiste qu'au faible débits spécifique et
par conséquent aux vitesses faibles. Lors de la submersion l'eau pénètre à travers
les enrochements dans les matériaux de la digue. Ceci conduit à des sous-pressions
sous les blocs. En combinaison avec des vitesse d'écoulement élevées au pied du
batardeaux, ces sous-pressions sont souvent à l'origine d'instabilité des blocs qui
sont ensuite emportés par l'écoulement.
EPFL LCH 2006
252 Ouvrages annexes
b) Protection avec des plaques en béton
D C
E
B
A
Figure 7.5: Protection en plaque en béton d'un batardeaux submersible (Cabora-
Bassa)
A alluvions B injections
C plaques en béton, 7 x 7 m D palplanches
E enrochement
Le problème des sous-pression mentionnés ci-dessus existe également pour les
surfaces protégées par des plaques en béton.
Néanmoins, cette méthode de protection était appliqué plusieurs fois avec succès
par exemple pour les batardeaux du barrage voûte de Cabora-Bassa en Mozambi-
que. Des plaques de béton avec des dimensions de 7 x 7 m et une épaisseur de 3 m
(bétonnés sur place) permettaient un déversement de débits spécifique jusqu'à
74 m3/s m avec des vitesses maximales de 13 m/s.
c) Protection avec treillis d'armature (enrochement armé)
L'enrochement des batardeaux peut être protégé par des treillis d'armatures fixés
avec des barres d'armatures dans les matériaux de la digue (cf. Figure 7.6).
2006 LCH EPFL
Barrages 253
A
10 m
C
2
1
3
Figure 7.6: Fixation des enrochements par des treillis d'armature
1 barres d'armature de 4 et A treillis d'armature
10 m de longueur
2 treillis d'armature B barre d'armature épaisse
3 enrochement C barre d'ancrage
d) Protection avec gabions
Les gabions peuvent également servir comme protection de surface des parement
d'un batardeaux. Ces gabions sont ancrés avec des barres d'ancrage dans l'enro-
chement de la digue.
A
C
B
.7 5
1 :1 1:2
D E
F 1 :2 E
0 20 100 m
Figure 7.7: Protection avec des gabions
A batardeau amont B barrage en construction
C batardeau aval D rip-rap
E gabions F pied du batardeau
EPFL LCH 2006
254 Ouvrages annexes
7.1.4 Organes de dérivation
[Link] Galerie de dérivation
Pour la dérivation intégrale, les galeries de dérivation sont la règle pour des vallées
très étroites.
Figure 7.8: Exemple d'un système de galeries de dérivation (Cabora-Bassa)
Souvent, plusieurs galeries parallèles sont nécessaires. Les galeries les plus gran-
des réalisées à ce jour ont une capacité maximale de 2500 m3/s et un diamètre de 16
m.
Le diamètre maximal des galeries dépend de la qualité du rocher :
• excellente qualité Dmax ( 16 m
• bonne qualité Dmax = 8 – 11 m
• qualité moyenne Dmax < 8 m
En général, les galeries sont revêtues en béton pour limiter les pertes de frottement
et éviter l'abrasion du rocher. On limite la vitesse à 10 m/s en cas de charriage (ris-
que d’abrasion du béton).
Pour le débit de dimensionnement, l'écoulement dans les galeries est à l’air libre.
2006 LCH EPFL
Barrages 255
[Link] Canaux de dérivation
La solution pour les canaux de dérivation est intéressante lorsque la largeur de la
vallée est suffisante et si les crues à dériver sont très importantes.
La dérivation par des canaux implique un programme rigoureux (exemple de Rio Pa-
rana pour la construction du barrage Itaipu, Figure 7.9).
3 8
1 4
9
7
2
Phase 2
Phase 1
11
10 12
13
14
Phase 3
Figure 7.9: Dérivation du Rio Parana pendant la construction du barrage d'Itaipu
1 axe du barrage 2 excavation: évacuateur de crues
3 excavation: canal de 4 digue en enrochement
dérivation
5 ouvrage de contrôle 6 rocher laissé en place
7 batardeaux principaux 8 canal de dérivation
9 ouvrage de contrôle 10 construction digue latérale
11 construction digue 12 fin des travaux: l'ouvrage de
principale contrôle
13 salle des machines 14 démolition partielle du batardeau
aval
EPFL LCH 2006
256 Ouvrages annexes
Phase 1 :
Le canal de dérivation est excavé à sec en laissant en place le rocher à ses extré-
mités amont et aval. Au droit du futur barrage, un ouvrage de contrôle est construit. Il
permettra la fermeture de la dérivation à fin du chantier (future vidange de fond).
Phase 2 :
Le rocher laissé en place est excavé et la rivière est détournée dans le canal par la
construction des batardeaux. Cette opération n’est possible que lorsque le niveau
d’eau est bas.
Phase 3 :
Lorsque le barrage a atteint une certaine hauteur, la dérivation est fermée pendant la
période sèche. La rivière est alors contrôlée par la vidange de fond du barrage. Le
remplissage de la retenue peut commencer.
[Link] Ouvertures dans le barrage
Si les crues à maîtriser pendant le chantier sont trop importantes, la dérivation inté-
grale de la rivière n’est plus possible pour des raisons techniques et économiques.
Dans ce cas, la dérivation à travers le chantier doit être envisagée, en laissant des
ouvertures dans l’ouvrage final.
Pour la dérivation contrôlée à travers le chantier, plusieurs solutions peuvent être
envisagées:
• grandes ouvertures dans l’ouvrage final (barrage);
• brèches;
• rétrécissement de la rivière;
• déversement par dessus le barrage en construction.
A la fin du chantier, les ouvertures temporaires seront obstruées ou transformées en
vidange de fond.
7.1.5 Organes de fermeture
Les galeries de dérivation disposent à leur entrée, dès la construction, d'un dispositif
composé de batardeaux en béton. Ceux-ci peuvent être posés dans les rainures,
permettant de fermer la galerie de dérivation à la fin du chantier. La galerie est en-
suite fermée avec un bouchon en béton qui résiste à la poussée de l’eau à retenue
maximale. Le bouchon sera placé dans le plan du voile d'étanchéité. Souvent, les
galeries sont transformées pour accueillir la vidange de fond.
Les canaux de dérivation de grandes dimensions, doivent être équipés d'un ouvrage
de contrôle permettant la fermeture à la fin du chantier. L’ouvrage de contrôle
contient également des ouvertures qui peuvent être fermées à l’aide des batardeaux
en béton ou des vannes glissantes.
2006 LCH EPFL
Barrages 257
Figure 7.10: Exemple d'une transformation d'une ouverture pendant la construc-
tion (à gauche) en vidange de fond (à droite) (La Barthe, F)
7.1.6 Coupure de la rivière
La dérivation d’une rivière dans une galerie ou canal de dérivation nécessite la cou-
pure de la rivière par les batardeaux. Normalement, une surélévation du plan d’eau
force la rivière entrer dans l’ouvrage de dérivation. Cette surélévation est créée par le
remblai des batardeaux.
niveau amont
la dérivation
longueur de
batardeau:
remblai sur arête
niveau aval
ouvrage de
dérivation
Figure 7.11: Dérivation avec coupure de la rivière
Pendant l'opération de coupure, l'évolution des niveaux d'eau amont et aval du ba-
tardeau évolue différemment selon la longueur de la dérivation.
EPFL LCH 2006
258 Ouvrages annexes
Dérivation courte
Dans le cas d'une dérivation courte, le niveau aval de la rivière n'est pas influencée
par l'opération de coupure. La chute obtenue ne dépend que de la surélévation du
niveau amont. La capacité de la dérivation dépend directement de cette chute.
h
niveau à l'amont
du batardeau
h
niveau à l'aval
du batardeau
t
début fin de la coupure
h : chute disponible pour la capacité de la dérivation
Figure 7.12: Niveaux d'eau amont et aval d'une dérivation courte
Dérivation longue
Dans le cas d'une dérivation longue, le niveau à l'amont et à l'aval sont influencés
par l'opération de coupure. Le niveau à l'aval s'abaisse à cause de la mise à sèche
de la rivière. La chute crée par l'opération de coupure devient plus importante.
h
niveau à l'amont
du batardeau
h
niveau à l'aval
du batardeau
t
début fin de la coupure
h : chute disponible pour la capacité de la dérivation
Figure 7.13: Niveaux d'eau amont et aval d'une dérivation longue
L'expérience montre qu'avec un seul batardeau en remblai sur arête une chute
maximale de 2 m peut être réalisée en utilisant des blocs de 2 à 5 t. Si la chute de-
vient plus importante, les matériaux rocheux à la tête du batardeau sont emporté par
l'écoulement rétrécie à cet endroit (cf. Fig. 7.14).
Si une chute plus élevée est nécessaire pendant la coupure pour forcer l'eau dans
l'ouvrage de dérivation, plusieurs batardeaux doivent être construits simultanément.
Chacun de ces batardeaux peut créer une chute de 2 m environ.
La coupure d'une rivière est en général une opération délicate est coûteuse. En gé-
néral, la coupure d'une rivière ne peut se faire qu'en période d'étiage. Une planifica-
2006 LCH EPFL
Barrages 259
tion soigneuse du stock de blocs, du transport de ces dernier et du remblai est né-
cessaire pour garantir le succès de l'opération. En cas d'échec, il faut attendre la
prochaine période d'étiage, ce qui prolonge la durée du chantier et augmente les
coûts de l'ouvrages.
batardeau: érosion de la tête
remblai sur arête
V0
V >> V0
Limite téchnique
Surélévation maximale du plan d ’eau à l ’aide d ’un seul batardeau
hmax = 2.0 m
Figure 7.14: Augmentation de la vitesse d'écoulement due au rétrécissement lo-
cal par le remblai en arête
7.2 Evacuateurs de crues
7.2.1 But et objectifs
Un évacuateur de crues est un organe de sécurité qui permet d’éviter le déborde-
ment non contrôlé d’une retenue et protège le barrage et les ouvrages annexes
contre un déversement qui pourrait entraîner des dégâts dus à l’érosion et aux insta-
bilités.
En règle générale, on peut dire que chaque barrage doit être protégé par un éva-
cuateur de crues si la retenue est remplie par des apports naturels.
7.2.2 Critères de sécurité – débit de dimensionnement (voir 5.2.2)
En Suisse, la sécurité des barrages en cas de crues est basée sur deux critères.
Le critère 1 fixe les exigences concernant l’évacuation de la crue millénale.
Pour le dimensionnement, on part d’une retenue pleine. Enfin, on admet pour les
organes d’évacuation équipés de vannes que celui dont la capacité est la plus élevée
est hors service, on parle alors de la règle (n-1).
On exige que le plan d’eau soit plus bas que le niveau du couronnement. La revan-
che entre le niveau du plan d’eau en cas de crue millénale (plan d'eau surélevé) et le
couronnement doit tenir compte des vagues. Selon les conditions, les revanches sui-
vantes sont présentes:
EPFL LCH 2006
260 Ouvrages annexes
• barrages en béton : min 0.5 à 1.5 m
• barrages en remblai : min. 1.5 à 3.0 m.
Le critère 2 concerne la plus forte crue possible (crue extrême). On exige dans ces
cas que le plan d’eau ne dépasse pas une cote dite "de danger". Cette cote est défi-
nie comme la limite au-dessous de laquelle il ne se produit pas de dommages criti-
ques. Dans le cas des barrages en béton, cette cote de danger se situe au-dessus
du niveau du couronnement, car un déversement ne provoque normalement pas de
dégâts critiques. Lorsque le déversement ne dépasse pas 0.5 à 1.0 m de la hauteur,
on ne doit pas craindre des affouillements importants au pied du barrage.
Pour les barrages en remblai, on ne peut en aucun cas accepter un déversement. La
surface aval de la digue serait très vite érodée. La cote de danger se situe donc au-
dessous du couronnement. Pour les barrages en béton, on n’observe pas la règle
n-1 en cas de crue extrême.
7.2.3 Types d’évacuateurs
Les évacuateurs peuvent être classés selon différents critères. La classification se
fait souvent en les divisant en trois éléments (ouvrages partiels) :
• ouvrage d’entrée,
• ouvrage de transport,
• ouvrage de sortie.
En outre, l'évacuateur peut être équipé de vannes ou non, ou alors constitué d'élé-
ments fusibles (digue ou vanne fusible).
Une vue d'ensemble donne la matrice morphologique suivante:
Elément Possibilité de conception
Evacuation ① sans vanne ② avec vanne ③ vanne fusi- ④ digue fusi-
ble ble
Ouvrage d'en- ① déversoir à ② déversoir ③ déversoir à ④ siphon ⑤ orifice
trée crête per- latéral crête circu-
pendi- laire
culaire
Ouvrage de ① nappe dé- ② cascade ③ coursier ④ galerie à ⑤ galerie pu
transport versante en écoulement puit en
chute libre libre charge
Ouvrage de ① manque ② bassin ③ saut de ski
sortie amortisseur
Figure 7.15 : Matrice morphologique des évacuateurs de crues
Théoriquement, il existe 4 x 5 x 5 x 3 = 300 combinaisons dont pratiquement environ
1/3 est possible, mais seulement environ 1/4 représente des solutions raisonnables.
La conception hydraulique d'un évacuateur de crues doit tenir compte des problèmes
suivants:
2006 LCH EPFL
Barrages 261
passage de corps flottants;
sécurité au gel;
dégâts dus à l'abrasion par les matériaux en suspension;
dégâts dus à la cavitation;
aération dans les coursiers;
vibrations;
dissipation d'énergie;
ondes de choc.
En général, le bon fonctionnement des évacuateurs de crues importants est vérifié à
l'aide d'essais sur des modèles physiques.
Exemples:
Type 1111: déversoir sans vanne avec nappe déversante en chute libre
Barrage Pontesei (Maé) en Italie
Type 2133: déversoir avec vannes et coursier, saut de ski
Barrage Jaguara au Brésil
EPFL LCH 2006
262 Ouvrages annexes
Type 1342: déversoir à crête circulaire avec galerie à écoulement libre et bassin
amortisseur (évacuateur en tulipe)
Barrage Heart-Butte, Etats Unis
Type 2513: Orifice avec vannes et saut de ski avec jet (évacuateur en charge de
fond)
Barrage Cabora Bassa au Mozambique
7.2.4 Evacuateur de crues avec ou sans vanne
Pour chaque projet, la question de placer ou non des vannes sur l'évacuateur de
crues est posée. Le plus souvent, une analyse économique comparative conduit à la
solution.
niveau maximal
avec vannes
avec vannes
retenue normale (=niveau max. )
h
sans vannes
sans vannes
Figure 7.16 : Evacuateurs avec ou sans vannes, h : surélévation du plan d'eau
pendant la crue de dimensionnement
2006 LCH EPFL
Barrages 263
Lorsque le déversoir de l'évacuateur de crues n'est pas équipé de vannes, l'évacua-
tion de l'eau n'est possible qu'avec une surélévation du plan d'eau dans la retenue.
Cette surélévation du plan d'eau conduit également à prévoir plus haut le couronne-
ment du barrage. Le laminage de la crue dans la retenue réduit le débit de pointe
sortant de la crue et réduit par conséquent le débit de dimensionnement du déver-
soir. Ainsi le coût de construction de l'évacuateur de crues (déversoir, coursier, bas-
sin amortisseur) est diminué, par contre le coût de construction du barrage aug-
mente.
Afin de respecter la règle n-1, la réalisation d'un évacuateur avec moins de 3 vannes
n'est pratiquement pas admise. De ce fait, pour des ouvrages importants, un éva-
cuateur sans vannes est souvent plus économique si le débit de pointe de la crue de
dimensionnement est inférieur à 3000 m3/s.
Pour des crues de dimensionnement de débit supérieur à 3000 m3/s, la solution avec
des vannes est souvent plus économique.
7.2.5 Conception des évacuateurs de crues
Le choix du type d'évacuateur doit être fait très soigneusement. Pour un site de bar-
rage, les éléments suivants sont à choisir (voir 7.2.3):
choix du système d'évacuateur avec ou sans vannes;
ouvrage d'entrée;
ouvrage de transport;
ouvrage de sortie.
la décision est influencée essentiellement par les facteurs concernant:
l'hydrologie;
la géologie;
la topographie (retenue, site du barrage et à l'aval).
Le choix final se base sur des critères de sécurité et la comparaison économique de
diverses variantes étudiées. Notons que dans certains cas et selon les conditions
particulières du barrage, plusieurs types d'évacuateurs de crues sont combinés.
Barrages en remblai
La conception la plus souvent adoptée pour les barrages en remblai est un déversoir
à crête perpendiculaire situé à l'appui rocheux de la digue, suivi d'un coursier et d'un
saut de ski ou d'un bassin amortisseur (types 1232, 1233, 2232, 2233).
Souvent, au lieu d'un déversoir à crête perpendiculaire, des déversoirs latéraux (sans
vannes) sont utilisés. Si la topographie à proximité du barrage présente un enselle-
ment, l'emplacement de l'évacuateur à cet endroit est souvent très avantageux.
Les évacuateurs en tulipe ont une réserve restreinte en cas de crues extrêmes car ils
se mettent en charge. Le choix de cette solution est limité à des conditions suivantes:
• le climat et l'exploitation de la retenue sont tels que l'évacuateur de crues ne
fonctionne que très rarement;
• la crue de dimensionnement ne dépasse pas 1500 m3/s;
EPFL LCH 2006
264 Ouvrages annexes
• la chute est inférieure à 60 m.
Barrages en béton
Barrages poids et barrages à contreforts:
L'évacuateur de crues peut être intégré directement dans le barrage. Le coursier
peut être placé sur le parement aval, l'ouvrage de sortie est soit un saut de ski, soit
un bassin amortisseur (types 1232, 1233, 2232, 2233). Ce type de barrages est par-
ticulièrement approprié en cas de crues importantes à évacuer.
Barrages-voûtes
La solution la plus simple est un déversoir sur le couronnement suivi d'une nappe
déversante en chute libre (types 1111 et 2111). Souvent l'affouillement du lit de la
rivière, même dans le cas d'un lit rocheux, pose de sérieux problèmes et peut mettre
en danger la stabilité de la fondation du barrage.
La protection du lit avec des dalles en béton est une solution qui n'est économique
que pour de faibles chutes (< 40 m). Une autre possibilité consiste en la création
d'une couche d'eau par un seuil/barrage en rivière à l'aval du barrage principal.
Les orifices suivis d'un saut de ski constituent une solution très favorable dans des
vallées très étroites aux appuis raides (type 2513). Si l'orifice est implanté suffisam-
ment profondément dans la retenue, la longueur du trajectoire du jet sortant est suffi-
sante pour garantir que l'affouillement se produise assez loin de la fondation du bar-
rage.
7.3 Ouvrages de vidange
7.3.1 Philosophie des vidanges
Les barrages de retenue récents sont souvent des maillons d'aménagements à buts
multiples. Ces aménagements servent en particulier à:
l'approvisionnement en eau potable et industrielle;
la protection contre les crues;
la production d'énergie hydroélectrique.
Les ouvrages de vidange, c'est-à-dire la vidange de fond, constituent un élément très
important et indispensable pour la sécurité et l'exploitation d'un barrage.
La vidange de fond doit permettre:
la vidange complète du bassin pour effectuer des purges ou permettre la
maintenance;
la montée contrôlée du plan d'eau pendant le premier remplissage de la
retenue pour contrôler le comportement du barrage et des rives inondées;
le contrôle du niveau du plan d'eau en cas d'événements particuliers,
comme par exemple des instabilités de terrain sur les rives;
un abaissement du plan d'eau en période de dangers (naturel ou conflit
armé);
l'évacuation de dépôts de sédiments pour autant que cette pratique soit
autorisée;
2006 LCH EPFL
Barrages 265
l'alimentation du cours d'eau dans des cas exceptionnels (tels que la révi-
sion de la centrale hydroélectrique).
Selon la profondeur de la retenue, les vitesses d'écoulement sortant de la vidange de
fond peuvent atteindre des valeurs très importantes. Ils peuvent atteindre des valeurs
maximales de 40 à 50 m/s.
De telles vitesses créent des sous-pressions dynamiques importantes. Par consé-
quent, des phénomènes, tels que la cavitation ou les vibrations sont à considérer lors
de la conception de l'ouvrage.
7.3.2 Eléments des vidanges de fond
1
2 3 4 5 6 7
Figure 7.17: Exemple d'une vidange de fond (aménagements Alicura en Argen-
tine)
1 ouvrage d'entrée 5 aération du fond
(avec grille grossière) (rainure d'aération)
2 galerie de vidange 6 galerie de vidange
amont (Ø 9.0 m) aval bétonnée
3 chambre des vannes 7 ouvrage de restitution
(saut de ski)
4 galerie de vidange 8 axe de la digue
aval blindée (75 m)
La vidange de fond de l'aménagement hydroélectrique d'Alicura en Argentine en est
un exemple typique.
La galerie de dérivation du cours d'eau pendant la construction du barrage en rem-
blai a été transformée en vidange de fond qui est composée d'éléments suivants:
① ouvrage d'entrée (ici une prise verticale) équipé d'une grille grossière en bé-
ton;
② galerie ou conduite de vidange amont en charge;
③ chambre de vannes;
④ rétrécissement de la section à l'amont des vannes;
⑤ vannes de fond, en général deux pour la sécurité: une vanne de service et une
vanne de garde;
⑥ système d'aération de l'écoulement à l'aval des vannes;
⑦ galerie ou conduite de vidange aval à l'écoulement à surface libre;
⑧ ouvrage de sortie (bassin amortisseur ou saut de ski).
EPFL LCH 2006
266 Ouvrages annexes
7.3.3 Conception des vidanges de fond
[Link] Vidange de fond combinée avec le barrage
Dans le cas d'un barrage en béton, la vidange de fond peut être intégrée dans le
corps du barrage.
Pour que l'on puisse placer également la chambre de vannes dans le barrage, son
épaisseur au pied doit être au minimum de 18 à 25 m (Qmax 200 m3/s). La conduite
à l'amont des vannes est entièrement blindée (blindage en acier). La chambre est
fortement armée.
Si le barrage est trop mince à la base, comme c'est souvent le cas pour les barrages-
voûtes, la chambre de vannes est placée à l'extérieur sur le parement aval.
Souvent, les vidanges de fond sont noyées dans les orifices provisoires qui servent à
dériver les crues pendant la construction.
[Link] Vidange de fond combinée avec la fondation du barrage
La vidange de fond des barrages en remblai ne doit jamais traverser le corps du bar-
rage et surtout le noyau étanche pour les raisons suivantes:
tassements différentiels (galerie en béton, beaucoup plus rigide que le rem-
blayage);
chemins de percolation préférentiels, le long de la galerie en béton (risque
d'érosion interne);
compactage délicat à proximité de la galerie en béton.
Dans certains cas, il a été possible d'intégrer la vidange de fond dans la fondation du
barrage en remblai. La galerie est construite à ciel ouvert dans une tranchée creusée
dans le rocher au-dessous du niveau de fondation du barrage. La chambre de van-
nes doit être située le plus près possible du parement amont pour éviter que la
conduite sous le remblai ne soit pas en charge.
[Link] Vidange de fond combinée avec la galerie de dérivation
Une solution souvent adoptée est de placer la vidange de fond dans la galerie de
dérivation. A la fin de la construction, la galerie de dérivation est transformée en vi-
dange de fond. Cette transformation nécessite la modification de l'entrée, la cons-
truction de la chambre de vannes, la modification de la galerie à l'aval des vannes et
la réalisation d'un ouvrage de restitution.
L'emplacement de la chambre de vannes est donné par la position de l'écran d'étan-
chéité.
2006 LCH EPFL
Barrages 267
digue
noyau
chambre des vannes
écran d’étanchéité
Figure 7.18: Schéma d'une galerie de dérivation transformée en vidange de fond
7.4 Prises d'eau
7.4.1 Classification selon l'emplacement
Les prises d'eau servent à prélever l'eau dans la retenue en vue de son utilisation
(turbinage, irrigation, eau potable et industrielle). Selon leur emplacement dans la
retenue, on distingue trois types de prises d'eau:
• situées sur les rives,
• indépendantes (situées loin des rives),
• intégrées dans le barrage.
En général, une prise d'eau est équipée d'organes de fermeture. La commande de
ces vannes peut être placée en souterrain ou en surface.
La prise d'eau ne peut être intégrée que dans les barrages en béton.
Pour les barrages en remblai, les prises d'eau sont normalement soit situées sur les
rives, soit indépendantes.
7.4.2 Prises d'eau situées sur les rives
La situation d'une prise d'eau en réservoir/lac est schématiquement présentée sur les
figures 7.19 et 7.20.
La solution avec un puits mouillé est uniquement choisie pour les prises d’eau à
profondeur modérée. Pour des profondeurs supérieures à 30 à 50 m, la construction
d’une chambre de vannes est plus économique qu’un bâtiment de commande et un
puits mouillé.
EPFL LCH 2006
268 Ouvrages annexes
bâtiment de commande/treuil
< 30 - 50 m
puits mouillé
organe de fermeture (vanne)
Figure 7.19 : Prise d'eau en réservoir/lac avec organes de fermeture à la surface
chambre de vannes
vanne
Figure 7.20 : Prise d'eau en réservoir/lac avec organes de fermeture souterrains
6
8
2
4
5
1 3
Lac Victoria, Sri Lanka
Figure 7.21 : Eléments essentiels d’une prise d’eau sur la rive.
La figure 7.21 à trois dimensions montre l’exemple d’une prise d’eau de la centrale
Victoria à Sri Lanka. Les éléments essentiels sont :
2006 LCH EPFL
Barrages 269
1. grille
2. structure pour supprimer des vortex
3. pertuis d'entrée à forme hydrodynamique
4. vanne de service (vanne wagon)
5. batardeaux (éventuellement vannes batardeau)
6. puits de commande des vannes
7. dégrilleur
8. voie inclinée pour manœuvrer le chariot du dégrilleur
Souvent cette voie est également utilisée pour placer les batardeaux à
l’amont de la grille.
Souvent la voie inclinée est aussi utilisée pour placer les batardeaux à l'amont de la
grille.
7.4.3 Prises d'eau indépendantes
Si la prise est indépendante des rives et du barrage, elle est normalement combinée
avec une tour située dans la retenue. On parle alors d'une tour de prise d'eau. La
commande des vannes se trouve tout en haut de la tour. L'organe de service est
souvent une vanne cylindrique.
Voilà un exemple d'une telle tour de prise d'eau; c'est la prise d'eau du barrage de
Schiffenen. La vanne de service est cylindrique. La vanne de garde est quant à elle
en forme de demi-sphère, ce qui constitue une solution très spéciale et très rare.
commande de vanne pont d’accès
barrage
pertuis d’entrée
galerie en
charge
vanne
cylindrique
grille
pilier
Figure 7.22: Exemple d'une tour de prise d'eau (lac de Schiffenen, Fribourg)
EPFL LCH 2006
270 Ouvrages annexes
Si le pertuis d'entrée n'est pas équipé d'une vanne de service ou de garde, on peut
renoncer également à la tour. La prise d'eau est alors totalement noyée est reste
sans accès.
couverture grille
pertuis d’entrée pilier
Figure 7.23: Prise totalement noyée
Pour éviter les vortex, les pertuis d'entrée sont orientés verticalement. Cette disposi-
tion est également avantageuse pour éviter l'obstruction de la grille.
7.4.4 Prises intégrées au barrage
Il est facile de concevoir une prise d'eau directement dans la structure d'un barrage
en béton. Cette solution est recommandée pour les barrages assez épais, comme
les barrages poids et les barrages à voûtes épaisses. Dans un barrage mince, par
exemple un barrage à voûte mince, la prise d'eau est attachée au barrage par une
structure supplémentaire. Ci-après quelques possibilités dessinées schématique-
ment.
2006 LCH EPFL
Barrages 271
commande de vanne
puits mouillé chambre de vanne
grille ev. grille vanne
a)
commande de la vanne
grille grille
structure attachée vanne
b) c)
Figure 7.24: Exemples d'emplacement pour une prise d'eau combinée avec le
barrage :
a) barrage poids
b) barrage à voûte épaisse
c) barrage à voûte mince
La commande des vannes se fait du sommet du barrage à l'aide d'un puits, ou près
de la vanne, dans une chambre de vanne intégrée dans le barrage.
EPFL LCH 2006
Barrages 273
8 RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
Bachmann H. : Erdlebenberechnung von Staumauern mit Stausee. "wasser, energie, luft";
[Link]., Heft 9, pp. 284-293, 1994.
Balissat M. : Le traitement des fondations de grands barrages en relation avec les
infiltrations. "wasser, energie, luft", Heft 10, 1987, pp. 307-314.
Comité suisse des barrages : Le béton des barrages suisses, Août 2001.
Darbre G.R. : Tremblement de terre : modèles de calcul. "wasser, energie, luft"; [Link].,
Heft 1/2, pp. 7-16, 1993.
Dolcetta M., Marazio A., Bavestrello F. : The peripheral joint of the arch dams. Design,
behaviour an constructive aspects. Felsbau 9, Nr. 2, 1991, pp.79-89.
Giuseppetti G., Mazza G., Lombardi G., Piazza A., Cadeddu M. : Design for the rehabilitation
of Ancipa dam. Hydropower & Dams, Issue Two, 1997, pp. 62-66.
Hydropower & Dams : 2002 World Atlas & Industry Guide. Aqua Media International Ltd.,
2002.
Jansen R. B. : Advanced dam engineering for design, construction and rehabilitation. Van
Nostrand Reinhold, England, 1988.
Lombardi G. : Kölnbrein dam: an unusual solution for an unusual problem. Water Power &
Dam Construction, June 1991, pp. 31-34.
Lombardi G. : Querkraftbedingte Schäden in Bogensperren. "wasser, energie, luft", No. 5/6,
1988.
Lombardi G. : Selecting the grouting intensity. Hydropower & Dams, Issue 4, 1996, pp. 62-
66.
Schnitter N. J. : A history of dams – the useful pyramids. A. A. Balkema Publishers,
Rotterdam, 1994.
Schweizerisches Talsperrenkomitee für grosse Talsperren : Auftrieb bei Betonsperren, April
1992.
Schweizerisches Talsperrenkomitee für grosse Talsperren : Erdbeben und Talsperren in der
Schweiz, November 1991.
Stucky J.-P. : Barrages en béton, 3ème partie, EPFL – Repro, 1997.
Thomas H. T. : The engineering of large dams. Part 1 et 2. John Wiley & Sons, London,
1976.
USBR : Design of arch dams. Bureau of Reclamation, Denver, Colorado, 1976.
USBR : Design of gravity dams. Design manual for concrete gravity dams. Bureau of
Reclamation, Denver, Colorado, 1976.
USBR : Design of small dams. Design manual for concrete gravity dams. Bureau of
Reclamation, Denver, Colorado, 1973.
EPFL LCH 2006
274 Ouvrages annexes
T.D. Stark, G. Mesri, „Undrained Shear Strength of Liquefied Sands for Stability Analysis“,
Journal of Geotechnical Engineering Division, ASCE, 118 (11), pp 1727-1747,
1992.
M. Dibaj, J. Penzien, „Response of Earth Dams to Traveling Seismic Waves”, JSMED,
ASCE, Vol. 95, N. SM2, pp. 541-560, 1969.
W.D. Liam Finn, „Soil dynamics and liquefaction of sand“, Proceedings of the International
Conference on Microzonation for safer Construction-Research and Application,
Seattle, Wash, 1972.
U.S. Department of the Interior, Bureau of Reclamation, „Earth Manual, Part 2”, Materials
Engineering Branch, Research and Laboratory Services Division, Denver Office,
1990.
H.B. Seed, I.M. Idriss, „Ground Motions and Soil Liquefaction during Earthquakes”,
Engineering Monograph on Earthquake Criteria, Structural Design and Strong
Motion Records”, EERC, 1982.
S.K. Sarma, „Response and stability of earth dams during strong earthquakes”,
miscellaneous papers, GL-79-13, US Army Engineer WES, CE, Vivksburg, Miss,
1979.
F.I. Makdisi, H.B. Seed, „Simplified procedure for estimating dam and embankment
earthquake-induced deformations”, Journal of the Geotechnical Engineering
Division, ASCE, Vol. 104, No. GT7, pp 849-867, 1978.
N.M. Newmark, „Effects of earthquakes on dams and embankments”, Geotechnique 15,
No. 2, pp 139-160, 1965.
OFEG : Sécurité des ouvrages d’accumulation. Rapports de l’OFEG, série Eaux, Novembre
2002 (Version 1.1).
OFEG : Directive relative à la vérification de la sécurité des ouvrages d’accumulation aux
séismes. Rapports de l’OFEG, série Eaux, Mars 2003 (Version 1.2).
Informations sur les barrages en Suisse : [Link]
2006 LCH EPFL
Barrages I
TABLES DES MATIERES
1 Généralités 1
1.1 Introduction 1
1.1.1 Définitions 1
1.1.2 Des ouvrages imposants 1
1.1.3 Les barrages et les ingénieurs civils 1
1.1.4 Des ouvrages singuliers 2
1.2 L'évolution et l'avenir des barrages 2
1.3 Le rôle des barrages 8
1.4 L'impact sur l'environnement des barrages 9
1.5 Les différents types de barrages 10
1.5.1 Les barrages en béton 11
[Link] Les barrages-poids 12
[Link] Les barrages à contreforts 12
[Link] Les barrages-voûtes 15
[Link] Les barrages en béton compacté au rouleau BCR 17
1.5.2 Les barrages en remblai 17
1.6 Critères de choix du type de barrage 19
1.6.1 La forme de la vallée 19
1.6.2 La séismicité 21
1.6.3 La géologie 21
1.6.4 La disponibilité des matériaux de construction 22
1.6.5 Les conditions climatiques 23
1.6.6 Les crues à maîtriser 23
1.7 Avantages et inconvénients des différents types de barrages 24
1.8 Particularités de la construction des barrages 27
1.8.1 Généralités 27
1.8.2 Barrages en béton 28
1.8.3 Barrages en remblai 28
1.9 Quelques définitions 29
EPFL LCH 2006
II Table des matières
2 Barrages-poids 31
2.1 Forme générale 31
2.2 Sollicitations 31
2.2.1 Forces et actions à considérer 31
2.2.2 La sous-pression 34
[Link] Le coefficient de sous-pression 34
[Link] La répartition de la sous-pression 35
2.2.3 Les cas de charge 37
2.2.4 Les contrôles essentiels 38
2.3 Sécurité au renversement 38
2.4 Sécurité au glissement 41
2.4.1 Définitions et principe de calcul 41
2.4.2 Les surfaces de glissement et leur résistance 42
2.4.3 Amélioration de la sécurité au glissement 43
2.5 Sécurité à la rupture 46
2.5.1 Efforts et contraintes dans le barrage 47
2.5.2 Contraintes principales 48
2.6 Sollicitation en cas de séisme 50
2.6.1 Définition et classification 50
2.6.2 Comportement réel d'un barrage en cas de séisme 53
2.6.3 L'analyse pseudo-statique 56
2.6.4 L'analyse dynamique 59
2.6.5 Vérification des barrages en béton aux séismes selon les directives
en Suisse 61
[Link] Séisme de vérification 61
[Link] Analyse des barrages en béton et en maçonnerie de la Classe
II 67
2.7 Les effets de température 81
2.7.1 Insolation 81
2.7.2 Échauffement du béton lors de la prise 81
2.8 Aspects constructifs particuliers 85
2.8.1 Précautions en cas de séismicité importante 85
2.8.2 Qualité du béton, dosage en ciment 86
2.8.3 Joints de construction et dispositif d'étanchéité 87
2006 LCH EPFL
Barrages III
2.9 Surélévation des barrages poids 87
2.9.1 Motivation et conditions préalables 87
2.9.2 Modes de surélévation 88
2.9.3 Utilisation de la précontrainte 90
[Link] Force de précontrainte nécessaire 90
[Link] Longueur et profondeur de scellement 94
[Link] Quelques remarques sur la technique des tirants d'ancrage 95
3 Barrages a contreforts et barrages evidés 97
3.1 Du barrage-poids au barrage à contreforts 97
3.2 Le barrage évidé 101
3.3 Contraintes dans le contrefort 101
3.3.1 Contraintes sur les parements 101
3.3.2 Contraintes verticales 102
3.3.3 Contraintes à l'intérieur du contrefort (horizontales et tangentielles) 103
3.3.4 Forme de la tête amont 103
3.3.5 Optimisation de la tête en diamant 104
3.4 Sécurité au renversement et au glissement 107
3.4.1 Méthode de calcul 107
3.4.2 Hypothèses pour la prise en compte des sous-pressions 107
3.5 Comportement en cas de séisme 108
3.6 Effets de température 109
3.7 Problèmes particuliers 110
3.7.1 Fondation des contreforts 110
3.7.2 Dispositif d'étanchéité 111
4 Barrages-voûtes 113
4.1 Choix de l'emplacement 113
4.2 Avantages et inconvénients des barrages-voûtes 115
4.3 Principaux types de barrages-voûtes 115
4.3.1 Barrages-voûtes à simple courbure 115
4.3.2 Barrages-voûtes à double courbure 117
EPFL LCH 2006
IV Table des matières
4.4 Choix de la forme initiale 118
4.4.1 Hauteur du barrage 118
4.4.2 Forme des sections horizontales 119
4.4.3 Forme des sections verticales 121
4.4.4 Epaisseur de la console à la clé 123
4.4.5 Coefficient d'élancement 125
4.5 Méthodes de calcul 125
4.5.1 Généralités 125
4.5.2 Formule du tube, membrane 126
4.5.3 Méthode des ajustements 128
[Link] Généralités 128
[Link] Système de poutres 128
[Link] Répartition de la poussée de l'eau entre arcs et consoles 130
[Link] Compatibilité des déformations 131
[Link] Efforts et contraintes au pied de la console 140
[Link] Efforts et contraintes dans les arcs 142
[Link] Exemple de calcul d'un barrage-voûte 143
4.5.4 Méthode des éléments finis 150
4.6 Effets de la température 153
4.7 Evaluation des contraintes 156
4.8 Détails constructifs 160
4.8.1 Configuration du pied du barrage 160
4.8.2 Galeries et puits 162
4.8.3 Traitement et injection des joints 164
4.9 Traitement des fondations 165
4.9.1 Injection du rocher de fondation 165
4.9.2 Dimensions du voile d'étanchéité 167
5 Contrôle et surveillance 169
5.1 Concept de sécurité 169
5.2 Sécurité structurale 170
5.2.1 Atteintes à la sécurité et mesures de protection 170
5.2.2 Sécurité en cas de crues 171
5.2.3 Sécurité en cas de tremblement de terre 173
2006 LCH EPFL
Barrages V
5.2.4 Recherche 173
5.3 Surveillance 174
5.4 Système d'auscultation 176
5.5 Concept en cas d'urgence 182
6 Barrages en remblai 185
6.1 Introduction 185
6.1.1 Historique 185
6.2 Critères de choix des sites 187
6.2.1 Topographie 187
6.2.2 Géologie 189
6.2.3 Fondation 190
6.2.4 Comportement des barrages en remblai 192
6.2.5 Ouvrages annexes 193
6.3 Types de barrages en remblai 196
6.3.1 Eléments d’étanchement et de drainage 196
6.3.2 Barrages en terre homogène 197
6.3.3 Barrages en remblai avec noyau central en terre 199
6.3.4 Barrages en remblai avec noyau incliné 200
6.3.5 Barrages en remblai avec membrane centrale 201
6.3.6 Barrages en remblai avec masque amont 202
6.4 Matériaux de construction 204
6.4.1 Choix des matériaux 204
6.4.2 Granulométrie et dimensionnement des filtres 206
[Link] Noyau 206
[Link] Corps d’appui 206
[Link] Filtres 207
6.4.3 Teneur en eau 208
6.4.4 Mise en place des matériaux et compactage 210
[Link] Matériaux cohésifs 210
[Link] Matériaux non-cohésifs 212
6.4.5 Contrôles pendant la construction 213
6.5 Comportement après la construction 214
6.5.1 Tassements 214
EPFL LCH 2006
VI Table des matières
6.5.2 Conditions à lac plein 217
6.5.3 Exploitation de la retenue 219
6.6 Calcul de stabilité 220
6.6.1 Principe d’analyse 220
6.6.2 Méthodes d’analyse 220
6.6.3 Cas de charges 221
6.6.4 Coefficients de sécurité 222
6.6.5 Angle des talus 222
6.6.6 Sécurité en cas de séisme selon analyse pseudo-statique 222
6.6.7 Vérification des digues au séismes selon les directives suisses 224
[Link] Bases et exigences de vérifications 224
[Link] Schéma du déroulement des calculs 225
[Link] Relevé des conditions géologiques et géotechniques du sol de
fondation ainsi que des valeurs caractéristiques des matériaux
composant le corps de la digue et le sol de fondation 226
[Link] Évaluation de l'augmentation potentielle des pressions
interstitielles due au séisme 226
[Link] Analyse simplifiée de la stabilité sismique 233
[Link] Calcul simplifié des déplacements de glissement 235
[Link] Analyse de l'augmentation des pressions interstitielles due au
séisme 238
[Link] Analyse simplifiée de la stabilité sismique ou calcul des
déplacements de glissement en tenant compte de
l'augmentation des pressions interstitielles due au séisme 238
[Link] Analyse de stabilité après le séisme en tenant compte d'une
augmentation des pressions interstitielles due au séisme 238
6.7 Détails constructifs 239
6.7.1 Choix de la hauteur de la digue (Question de la revanche nécessaire) 239
[Link] Définition de la revanche 239
[Link] Effets du vent et des vagues 239
[Link] Revanche nécessaire 241
6.7.2 Couronnement 243
6.7.3 Risbermes 244
6.7.4 Galeries d’injection et de contrôle 244
6.7.5 Contact des éléments d’étanchéité avec le sous-sol 245
7 Ouvrages annexes 247
7.1 Dérivation pendant la construction 247
2006 LCH EPFL
Barrages VII
7.1.1 Débit de dimensionnement 247
[Link] Principes 247
[Link] Choix du débit de dérivation 247
[Link] Risque d’inondation 247
[Link] Calcul économique de la capacité de dérivation 248
7.1.2 Types de dérivation 249
[Link] Dérivation intégrale 249
[Link] Dérivation à travers le chantier 249
[Link] Balancement de la rivière 250
7.1.3 Types de batardeaux 251
7.1.4 Organes de dérivation 254
[Link] Galerie de dérivation 254
[Link] Canaux de dérivation 255
[Link] Ouvertures dans le barrage 256
7.1.5 Organes de fermeture 256
7.1.6 Coupure de la rivière 257
7.2 Evacuateurs de crues 259
7.2.1 But et objectifs 259
7.2.2 Critères de sécurité – débit de dimensionnement (voir 5.2.2) 259
7.2.3 Types d’évacuateurs 260
7.2.4 Evacuateur de crues avec ou sans vanne 262
7.2.5 Conception des évacuateurs de crues 263
7.3 Ouvrages de vidange 264
7.3.1 Philosophie des vidanges 264
7.3.2 Eléments des vidanges de fond 265
7.3.3 Conception des vidanges de fond 266
[Link] Vidange de fond combinée avec le barrage 266
[Link] Vidange de fond combinée avec la fondation du barrage 266
[Link] Vidange de fond combinée avec la galerie de dérivation 266
7.4 Prises d'eau 267
7.4.1 Classification selon l'emplacement 267
7.4.2 Prises d'eau situées sur les rives 267
7.4.3 Prises d'eau indépendantes 269
7.4.4 Prises intégrées au barrage 270
8 Références bibliographiques 273
EPFL LCH 2006
VIII Table des matières
2006 LCH EPFL
Barrages IX
EPFL LCH 2006