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Lombalgies et équitation à Laval

Ce document traite des lombalgies chez les cavaliers. Il décrit les différents types de lombalgies, leur prévalence et facteurs, et propose une analyse raisonnée pour guider les médecins sur les conséquences de l'équitation sur le dos.

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Lombalgies et équitation à Laval

Ce document traite des lombalgies chez les cavaliers. Il décrit les différents types de lombalgies, leur prévalence et facteurs, et propose une analyse raisonnée pour guider les médecins sur les conséquences de l'équitation sur le dos.

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Lombalgies

& équitation
B. Auvinet*
*Service de Rhumatologie,
Centre Hospitalier de Laval,
BP 1525, 53015 Laval cedex

Dès l’Antiquité, Xénophon a accordé au cheval des vertus de santé et d’éducation : "le cheval
est un bon maître non seulement pour le corps, mais aussi pour l’esprit et pour le cœur". Plus
tard, les disciples d’Hippocrate érigèrent l’exercice équestre en panacée ; le recommandant
pour le traitement de toutes les maladies. Au XVII e siècle, Sydenham pense que l’équitation est
préférable à tous les autres exercices "lorsque la personne n’est pas âgée et qu’elle n’est pas
atteinte de la maladie de la pierre". Cet état d’esprit persistera jusqu’au milieu du XIX e siècle,
avec des explications parfois bien curieuses : "l’exercice de l’équitation a une très grande préro-
gative sur les autres, il guérit non seulement un grand nombre de maladies, mais il les prévient
avant qu’elles soient formées […] par les secousses réitérées impliquées par ce sport. […] Ces
secousses exercent un effet d’action et de réaction sur la paroi des vaisseaux avec pour consé-
quence une accélération du mouvement circulatoire qui entretient un juste équilibre entre les
solides et les liquides” (Diderot). C’est à la fin du XIX e siècle que la science médicale émet cer-
taines réserves sur ces écrits. Au XX e siècle, elle devient même défavorable et rend l’équitation
responsable de l’ostéome des adducteurs, de la coxarthrose et du rhumatisme rachidien du
cavalier. Les études plus récentes de Coste (1), Redon (2), Hordegen (3,4), Auvinet (5,6,7,8) et
Delval (9) permettent d’avoir un avis plus précis sur les conséquences rachidiennes de la pra-
tique équestre.

SEMIOLOGIE CLINIQUE

P armi les préjugés rapportés à l’équitation, celui


outes les études confirment le siège lombaire
d’être un sport dangereux pour le rachis du
cavalier reste très vivace. Cette mauvaise
réputa-
T
tion des sports équestres amène encore trop souvent les quasi-exclusif des algies rachidiennes chez le
médecins à déconseiller ce sport chez tout sujet, qu’il cavalier (la moitié, voire les deux tiers d’entre

soit enfant, adolescent ou adulte, à partir du moment


où celui-ci a connu un problème rachidien. Face à
cette réaction, il est important de pouvoir proposer une 2
attitude raisonnée basée sur la connaissance des lom-
balgies chez le cavalier, en analysant leurs types, leurs
prévalences, l’incidence sur la pratique de l’équitation,
ainsi que les facteurs favorisant et les règles de préven -
tion.

Chef de service de Rhumatologie et de Médecine du Sport au Centre Hospitalier de


Laval, ancien équitant, s’est investi depuis de nombreuses années dans le domaine
de la santé du cavalier.
eux, vont souffrir de leur rachis lombaire). Ces lombal- réceptions officielles et dans la posi-
gies sont de natures très diverses, il est classique de distinguer la tion debout prolongée au milieu du manège.
lombalgie statique, la lombalgie d’effort, le lumbago, et la lombo- La lombalgie d’effort, c’est une douleur lombaire basse
sciatique. apparaissant le soir à la fatigue, souvent après un tra-
La lombalgie statique, c’est une gêne douloureuse lom- vail intensif à cheval, la douleur est calmée par le
baire basse apparaissant à la station debout prolon- décubitus, il s’y associe un dérouillage matinal bref
gée, dans un délai inférieur à une heure. Deux circons- inférieur à 15 minutes.
tances déclenchantes sont fréquemment citées par le cavalier : lors des
Synoviale, septembre 1999, n°83
Figure 1 : Les sauts d’école (toujours à l’honneur au
Cadre Noir de Saumur).
- la courbette : le cheval fortement assis sur ses pos-
térieurs s’enlève de l’avant-main, les antérieurs
ployés et joints, et se dresse de toute sa hauteur
jusqu’à une position d’équilibre qu’il conserve
quelques instants;
- la croupade : air de manège qui correspond à la
ruade; le cheval arc-bouté sur ses antérieurs
détache une ruade en déployant ses postérieurs Figure 2 : Lordose lombaire, analyse radiologique
aussi haut que possible ; (critères de De Seze et de Wellinger).
- la cabriole : ancienne figure militaire destinée à - f : Flèche. C’est la distance qui sous-tend la courbu-
pouvoir se dégager dans les mêlées, représente la re lombaire à la corde tracée par l’angle postéro-
réunion d’une courbette et d’une croupade ; le che- supérieur de L1 à l’angle postéro-supérieur de S1
val s’enlève d’abord de l’avant-main puis bondit par (normale de 18 à 22 mm) : au-delà de 22 mm, il y a
détente des jarrets et détache ensuite une ruade surcourbure ;
vigoureuse avec le maximum d’élévation et d’exten- - ir : Indice de renversement. C’est la distance qui
sion. sépare l’angle postéro-supérieur de S1 à la verticale
abaissée de l’angle postéro-supérieur de L1, (norma-
le de 25 mm) : au-delà il y a renversement postérieur.
- L-S : angle lombo-sacré de Junghans, c’est l’inter-
La lombalgie statique et la lombalgie d’effort sont négli- section des axes médians des corps vertébraux de L5-
gées par le cavalier, elles ne représentent pas une gêne S1. Sa valeur normale est différemment appré-
fonctionnelle suffisante pour motiver une consultation ciée : De Seze : L-S ³ 140° ; Buchs : L-S ³ 135°.
médicale ; ceci d’autant plus que toute gêne disparaît très
rapidement à cheval, le cavalier en ressent un véritable
bien-être. Ces deux types de lombalgie n’ont d’ailleurs pas
de répercussion sur la qualité et l’intensité de la pratique chroniques invalidantes, émaillé d’épisodes de lumbagos
des équitants ; d’autant plus que ces douleurs ne s’aggra- plus ou moins fréquents.
vent pas avec les années mais au contraire, elles tendent à Enfin, le cavalier n’est pas épargné par la possibilité de
s’améliorer à partir du moment où le cavalier réduira sa souffrir d’une lombosciatique, celle-ci n’a aucune particula-
pratique quotidienne. rité chez le cavalier.
Le lumbago tout à fait classique, s’exprime par un blocage
douloureux lombaire, apparu soit à la suite d’un effort,
d’un faux mouvement, voire d’un traumatisme. Le mode PREVALENCE
évolutif de ces lumbagos est très variable : il peut rester
unique, se répéter une à deux fois par an, avec une durée a prévalence de ces lombalgies est très différente d’un
d’évolution brève à chaque fois, de trois à sept jours, voire
pour quelques cas, conduire vers un tableau de lombalgies L type à l’autre. Les lombalgies statique et d’effort sont

extrêmement fréquentes, elles concernent de 1 à 2

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Figure 3 : Les 3 modes d’adaptation du cavalier. Figure 5 : Le rein voussé, étude radiographique :
"Le bassin est l’élément moteur d’une bonne adap- - la rétroversion du bassin est accentuée ;
tation du cavalier à cheval. Le mouvement actif se - dans ce cas extrême, la courbure lombaire s’inver-
fait dans le sens de la rétroversion " (Müseler). se modérément au niveau des disques L1-L2, L2-L3 ;
- l’assiette normale : le cavalier est assis sur ses - les dièdres discaux L3-L4, L4-L5, L5-S1 restent
ischions, voire en arrière de ceux-ci, sur le gras des sensiblement parallèles.
fesses; le bassin est en rétroversion par rapport à son
inclinaison normale en position debout ;
- le rein voussé : la rétroversion du bassin s’est
accentuée (par avancée des ischions), le cavalier a un
engagement accru de ses fesses sous lui, cette
situation est propice à une bonne utilisation du che-
val dans l’équitation classique;
- le rein creux, le bassin est en antéversion, le cava-
lier est dit assis sur le pubis, cette position est pros-
crite dans la pratique d’équitation classique.

Figure 6 : Le rein creux, étude radiographique :


- le bassin est en antéversion;
- la lordose lombaire est importante ;
- les dièdres discaux sont tous pincés dans leur par-
tie postérieure, cette situation favorise la surcharge
des massifs articulaires postérieurs.

Figure 4 : L’assiette normale, étude radiographique :


- le bassin est en rétroversion ;
- la courbure lombaire est en position dite de lordose
effacée ;
- il existe un certain parallélisme des dièdres discaux
Figure 7 : L’acquisition du liant se fait par la mise en
lombaires (L1-L2, L2-L3, L3-L4,
jeu du bassin, dont la rétroversion sera accrue pour
L4-L5, L5-S1) propice à une répartition équlibrée des
amortir les mouvements ascensionnels du dos du
contraintes au niveau des disques.
cheval (d’après Jean Saint-Fort Paillard).

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cavaliers sur 3, selon les études (3,8). Les accidents aigus re en pratique au Cadre Noir de Saumur, que cela soit la
restent rares, que cela soit à type de lumbago ou de scia- croupade, la cabriole ou la courbette (Figure 1). Dans ces
tique, ils concernent moins d’un cavalier sur 5; seul le tiers circonstances, la lombalgie d’effort ou le lumbago fait suite
des accidents aigus évoluera vers la chronicité, et représen- à un mauvais synchronisme entre le cavalier et sa monture.
tera un handicap fonctionnel notable chez le cavalier, (soit
5 % de la population équestre). Une attitude en hyperlordose
Cette prévalence des lombalgies chez le cavalier n’est pas
différente de celle qui est rapportée dans la population Le cavalier n’échappe pas à la règle commune : l’hyperlor-
générale (60 à 90 %), l’évolution vers une forme handica- dose est un facteur favorisant pour l’éclosion ou l’aggrava-
pante (5 %) est identique à la prévalence des lombalgies tion de lombalgie. Ainsi la prévalence des lombalgies
chroniques invalidantes de la population générale (10). passe de un cavalier sur deux lorsque l’attitude est norma-
le, à deux cavaliers sur trois en cas d’hyperlordose. Cette
évaluation a été faite selon les critères radiographiques de
FACTEURS FAVORISANTS De Seze, de Wellinger et de Buchs (11,12,13) (Figure 2) ;
elle n’a pas été reprise selon les nouveaux critères d’analy-
es facteurs favorisants ont été identifiés au nombre de se de la lordose lombaire (14). Cette hyperlordose est

L
5 (8), ce sont : l’intensité de la pratique quotidienne, paradoxale chez le cavalier, dans le sens où, en équitation
les exercices équestres violents, une attitude clinique en assise, l’adaptation du cavalier se fait par une rétroversion
hyperlordose, une discopathie dégénérative sous-jacente, active du bassin, dont la conséquence est l’effacement de la
des traumatismes répétés. lordose lombaire. L’explication (6) en serait chez le cavalier
L’intensité de la pratique quotidienne est volontiers mise en professionnel de dressage : un rejet du haut du corps en
relation avec la prévalence des lombalgies (Tableau I), arrière qui favoriserait l’apparition d’une hyperlordose de
principalement pour les lombalgies statiques et les lombal- type renversement postérieur plutôt que par surcourbure
gies d’effort. Cette prévalence est de un cavalier sur trois lombaire (Tableau II) (6).
pour une pratique quotidienne d’une heure, de un cavalier
sur deux pour une pratique quotidienne de 2 à 4 heures et Les détériorations discales
peut atteindre deux cavaliers sur trois chez les profession-
nels qui montent 8 à 9 heures par jour. La prévalence des détériorations discales reste peu connue
dans la population générale, ceci rend difficile la compa-
les exercices équestres violents raison avec les résultats connus chez le cavalier (7). Chez
ce dernier, cette discopathie dégénérative concerne à part
Ils sont à eux seuls capables de déclencher des lumbagos, égale les disques L4-L5 et L5-S1. Leur prévalence globale
et nous prendrons comme exemple les réactions de défense est de 15 %, la signification clinique est très différente selon
du cheval (sauts de mouton) ou les exercices d’école, enco- l’étage atteint. Une détérioration du disque L4-L5 s'accom-
pagne neuf fois sur dix de signes fonctionnels évocateurs
(lumbagos et/ou sciatiques). En revanche, une détériora-
Pratique Prévalence tion du disque L5-S1 reste d’interprétation beaucoup plus
quotidienne des rachialgies difficile quant à sa valeur pathogène, seuls deux cavaliers
(Heure)
sur dix décrivaient des signes fonctionnels évocateurs.
Hordegen Auvinet
n = 115 n = 85
8à9 54 % 72 % Les traumatismes
2à3 45 % 48 %
1 35 % A eux seuls ils sont responsables de 20 % des algies rachi-
diennes du cavalier, en dehors de toute fracture (8). Il n’est
Tableau I : Prévalence des rachialgies en pas rare qu’un cavalier consulte pour des lombalgies post-
fonction de la durée quotidienne de la traumatiques. Le clinicien observe une raideur rachidienne
pratique équestre. sans lésion radiographique. Ces lombalgies post-trauma-

Eléments constitutifs
Auteur Population Surcourbure Renversement Fermeture
postérieur angle L-S
Auvinet 72 27 (37 %) 37 (51 %) 45 (62,5 %)
Wellinger 219 138 (63 %) 85 (39 %) 138 (63 %)
signification
< 0,01 proche de 0,05 NS
statistique : p

Tableau II : Hyperlordose du cavalier : éléments constitutifs (Analyse comparative avec une population
témoin d’hyperlordiques, Wellinger, 1970).

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tiques sont caractérisées par leur longueur d’évolution qui baires précoces (18).
peut se compter en mois. Ces rachialgies post-trauma- Ces DRC sont fréquentes chez le cavalier : de 50 à 60 % de la
tiques doivent faire discuter une entorse intersomatique population concernée, elles sont de siège essentiellement
postérieure. dorsal, exceptionnellement, elles s’étendent à la région
Quant au rôle de la selle, il a fait l’objet d’une étude (15) lombaire supérieure. Elles sont le plus souvent asymptoma-
qui a montré son importance quant à la prévalence des tiques et de découverte fortuite à l’occasion d’un bilan
lombalgies chez le cavalier, la prévalence de lombalgies radiographique effectué pour un traumatisme.
passe de 66 % chez les cavaliers utilisant une selle anglai- Ces séquelles de dystrophie rachidienne de croissance sont
se, à 23 % chez les cavaliers montant en selle western. d’autant plus fréquentes que la pratique équestre est impor-
tante, et que le cavalier a débuté l’équitation jeune. Ainsi,
Le paradoxe des lombalgies chez le chez les cavaliers professionnels qui ont commencé à mon-
cavalier ter entre 7 et 9 ans, la prévalence des DRC peut atteindre
70 %, alors qu’elle n’est que de 45 % chez des cavaliers
Malgré la fréquence des lombalgies chez le cavalier et leur professionnels qui ont commencé l’équitation après la
relation avec la durée de pratique quotidienne, il n’est pas puberté (8). Une pratique intensive et précoce de l’équita-
rare de noter chez le cavalier amateur une aggravation de tion, bien avant l’âge de la puberté, doit faire discuter son
lombalgies préexistantes, lorsqu’il s’arrête de monter à che- rôle de facteur favorisant pour l’apparition de dystrophie
val pendant une période de quelques jours à quelques rachidienne de croissance. Ce fait est commun à beaucoup
semaines. A l’inverse, la reprise de l’équitation va se tra- de sports pratiqués sur un mode intensif, et à titre
duire par une amélioration de ces lombalgies (3). L’expli- d’exemple les DRC concernent 74 % des judokas de haut
cation fournie serait l’effet bénéfique de la sollicitation de la niveau (19).
musculature vertébrale profonde, dite musculature de sou-
tien, qui est particulièrement importante chez le cavalier. Scoliose
Celui-ci doit effectuer et maintenir un auto-agrandissement
actif dès qu’il se trouve à cheval en situation d’équitation Il n’existe pas d’études sur le thème de la scoliose chez le
assise (position académique du cavalier à cheval). Ainsi, cavalier. Les informations que l’on peut retenir sont celles
pour certains, l’équitation est apparue comme une activité des centres de rééducation des scolioses, dans lesquels
sportive intéressante pour le rachis, en raison de la sollici- l’activité sportive a été réhabilitée depuis plusieurs années
tation de la musculature profonde rachidienne qu’elle (20). L’équitation n’échappe pas à cette règle, et hormis,
entraîne. l’existence d’une scoliose douloureuse, déséquilibrée, d’un
angle de courbure dépassant les 30-35 degrés en période
pré-pubertaire ou pubertaire, il n’apparaît pas opportun de
CAS PARTICULIERS contre-indiquer la pratique des sports équestres à de jeunes
adolescents atteints de scoliose, sous réserve d’une adapta-
Spondylolisthésis tion de la pratique sportive.

e spondylolisthésis chez le cavalier a fait l’objet d’une

L
attention particulière dans toutes les études (3,8). Son CONSEILS PRATIQUES
taux de fréquence n’est pas plus élevé que dans les

populations normales, il oscille entre 4 et 5 % ; la tolérance Age du début


en est excellente. Néanmoins, s’il est découvert un spondy-
lolisthésis chez un cavalier, le clinicien devra tenir compte : L’équitation peut être débutée très jeune dès l’âge de 5-6
- de l’âge du cavalier (pré ou post-pubaire) ;
- du caractère symptomatique ou non du spondylolisthésis ; ans, mais aussi beaucoup plus tardivement (après 50 ans) ;
- de son grade (I, II, III), d’une éventuelle anomalie structu- quelques précautions doivent être respectées dans les deux
rale associée (trop grande inclinaison de la plate-forme cas :
sacrée, anomalie morphologique vertébrale, détérioration - pour les jeunes cavaliers, l’équitation doit être pratiquée
discale élective, etc.) (16,17). sur poneys, être ludique, développer la connaissance de
Ces éléments appréciés, la règle générale est qu’un spon- l’animal, et respecter les phases de fatigue du jeune enfant
dylolisthésis de grade I reste compatible avec une carrière ou de l’adolescent ;
de cavalier professionnel. - pour les cavaliers de plus de 50 ans, il faudra tenir comp-
te des antécédents rachidiens du sujet mais aussi de l’apti-
Dystrophies rachidiennes de tude physique générale. Une visite médicale d’aptitude
croissance (DRC) s’impose.

Ces dystrophies vertébrales de croissance s’observent chez Préparation physique, échauffement


20 à 40 % des adolescents, elles sont la conséquence d’un
trouble de l’ossification des corps vertébraux et sont res- Une bonne préparation physique est indispensable; l’équi-
ponsables au niveau dorsal de la cyphose des adolescents, tation à elle seule n’est pas suffisante pour développer de
au niveau lombaire de discopathies dégénératives lom- bonnes qualités d’endurance (21).
L’échauffement articulaire et musculaire s’impose avant
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toute reprise d’équitation, deux sites sont à privilégier : le - le haut du corps aisé, libre et droit ;
rachis et les articulations coxo-fémorales. A ce propos, le - les épaules effacées et également tombantes ;
claquage des adducteurs représente le premier facteur limi- - les bras libres, à demi ployés, les coudes tombant naturel-
tant chez les cavaliers professionnels (22). lement ;
- le poignet à hauteur du coude et dans le prolongement de
Education du geste sportif l’avant-bras, le pouce en dessus ;
- la tête droite, aisée et dégagée des épaules, le regard
L’éducation du geste sportif du cavalier comporte en pre- haut.
mier l’acquisition d’une bonne “assiette”, celle-ci associe la
rétroversion active du bassin (Figure 3) (23,24,25) à une Comment épargner son dos
bonne “souplesse’’ des articulations coxo-fémorales
(26,27) et un redressement vertébral actif. - Effectuer régulièrement des exercices d’échauffement et
Ces deux composantes permettent au cavalier de s’adap- d’étirement ;
ter notamment à l’allure du trot assis réputé la plus trau- - accompagner le mouvement ascendant du cheval par une
matisante pour la colonne vertébrale du cavalier ; elles rétroversion du bassin ;
représentent par ailleurs une véritable position d’épargne - pratiquer l’auto-grandissement actif de la colonne verté-
rachidienne, ainsi que l’illustrent les radiographies réali- brale ;
sées chez un cavalier en selle sur un cheval d’aran repro- - pratiquer des exercices d’assouplissement afin d’aboutir à
duisant les trois types d’assiette ci-dessus décrits un étirement progressif des muscles fléchisseurs et adduc-
(Figures 4, 5, et 6). teurs de la hanche. Idéalement, il ne faudrait pas travailler la
L’aboutissement en sera l’acquisition du liant (Figure 7) descente de jambes tant que l’assouplissement des
(28) que le cavalier obtient en prenant une position assise muscles et de l’articulation n’est pas suffisant car le bassin
sur le bas des fesses, et en accentuant la rétroversion du ne pourra pas "passer entre les hanches" et la rétroversion
bassin pour amortir les mouvements ascensionnels du dos sera difficile voire impossible ;
du cheval. - muscler la sangle abdominale, car elle est active dans la
rétroversion du bassin.

CONCLUSION
BIBLIOGRAPHIE
insi, il n’est plus d’actualité de classer l’équitation

A
parmi les sports à haut risque rachidien. Certes, une 1. Coste F., Desproges-Gotteron R. Rhumatisme et équita -
pratique excessive peut révéler des pathologies tion. Rev. Rhum., 1960, 27, 254-8.
sous-jacentes qui nécessitent une consultation médicale. En 2. Redon G. Le rachis du cavalier. Thèse Méd., Limoges,
revanche, l’équitation peut apporter au cavalier un mieux- 1973, 14.
être grâce à l’excellente tonification des muscles para-verté- 3. Hordegen K.M. Wirbelsaüle und Reitsport. Schweiz,
braux qu’elle induit, à condition que l’éducation du geste Z. Sportmed, 1975, 23, 29-43.
sportif soit bien enseignée. En fait, bien souvent ce sont les 4. Hordegen K.M. Horseback riding in the intervertebral
à-côtés de l’équitation (soins aux chevaux, curage de bac, disc lesions ? Dtsch. Med. Wochenschr., 1975, 100, 642-
de box, etc.) qui se révèlent être particulièrement traumati- 3.
sants pour le dos du cavalier. 5. Auvinet B., Guiheneuc P., Ginet J. Equitation acadé -
mique, adaptation du cavalier : analyse du geste sportif.
Définition académique de l’assiette Med. du Sport, 1978, 52, 11-335, 15-339.
6. Auvinet B. Equitation académique, adaptation du cava -
Qualité qui permet au cavalier (assis) de demeurer maître lier : cavaliers professionnels, troubles statiques. Méd. du
de son équilibre en toutes circonstances, quelles que soient Sport, 1978, 52, 16-340, 23-347.
les réactions du cheval. Elle détermine la façon dont le 7. Auvinet B. Equitation académique, adaptation du cava -
cavalier est en contact avec sa monture et répartit son lier, cavaliers professionnels : algies et lésions rachi -
poids sur la selle. diennes. Méd. du Sport, 1978, 52, 25-349, 28-352.
8. Auvinet B. Le rachis du cavalier. Rhumatologie, 1980,
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(d’après Lauvauzelle) 9. Delval E. Le rachis du cavalier. Rhumatologie, 1985,
37, 7, 221-2.
Le cavalier doit être assis d’aplomb, les fesses portant éga- 10. Poiraudeau S., Revel M. Lombalgies. Editions tech-
lement sur la selle et le plus en avant possible : niques, Encycl Méd. Chir., Paris, 1994, Appareil locomo-
- les cuisses tournées sans effort sur leur plat, ne s’allon- teur, 15-840-C-10, 8 p.
geant que par leur propre poids et celui des jambes ; 11. Seze de S., Wellinger C. Arthrose lombaire postérieu -
- le pli du genou liant ; re et hyperlordoses lombaires ou lombo-sacrées. Rev.
- les jambes libres et tombant naturellement, les mollets en Rhum., 1960, 27, 73-81.
contact avec le cheval sans le serrer ; 12. Wellinger C. Déterminisme de l’arthrose inter-apophy -
- le rein et les hanches souples ; so-articulaire et des glissements vertébraux au niveau de la

Synoviale, septembre 1999, n°83


30
charnière lombo-sacrée des rachis hyperlordiques. Rev.
Rhum., 1970, 87, 561-70. LOMBALGIES ET EQUITATION
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Orthopédique de la Suisse romande, rapport annuel, 195,
1. La prévalence des lombalgies
11-4. chez le cavalier par rapport
14. Gautier J., Morillon P., Marcelli C. Le morphotype à la population générale est : A
rachidien a-t-il un rôle dans la survenue des lombalgies ❑ inférieure
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15. Quinn S., Bird S. Influence of saddle type upon the C ❑ supérieure
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med., 1996, 30, 140-4. des lombalgies chez le cavalier :
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❑ un spondylisthésis
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C ❑ une fermeture de l’angle lombo-sacrée
sport, une étude expérimentale.
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B ❑20 % des cas
1974. C ❑30 % des cas
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1980, 54, 17-281, 21-285.
23. L’Hotte. Un officier de cavalerie. Souvenirs du Général
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24. Museler W. Equitation. Berger-Levrault ed., Paris,
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25. Vanneuville G., Scheye T., Ducher E., Poumarat G., LA SANTE DU CAVALIER,
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cations au rachis du cavalier. Science et Sports, 1991, 6, UNE EQUITATION SANS
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Auvinet B., Estrade M., Editions Chiron,
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rachis et longueur des étrivières en équitation acadé -
mique. J. Traumatol. Sport, 1991, 8, 98-103.
27. Teysandier M.J., Teysandier M.T. Courbures sagittales du Les idées les plus fantaisistes circulent au sujet de l’équitation
rachis et adaptation du geste sportif en équitation aca - et de ses effets sur la santé du cavalier: “elle fait mal au dos” disent certains, “elle est
néfaste pour la femme” affirment d’autres.
démique. J. Traumatol. Sport, 1991, 8, 206-14. De nombreuses études ont permis récemment de mieux cerner les véritables effets de
28. Saint-Fort-Paillard J. L’Equitation. Chiron Editeur, l’équitation sur la forme du cavalier, de connaître les risques encourus mais aussi les
Paris, 1975. extraordinaires bienfaits de la pratique équestre.
Avec La Santé du cavalier, le Dr B. Auvinet et M. Estrade ont voulu faire le point sur
■ toutes ces connaissances nouvelles et apporter à tous les équitants, débutants et confir-
més, une somme de conseils et de suggestions pour une équitation sans risque.
Le cavalier doit-il craindre pour son dos? La femme enceinte peut-elle continuer à mon-
ter? Comment prévenir les accidents? Quels échauffements le cavalier doit-il suivre?
Que faut-il faire pour être en excellente forme? Comment organiser la visite médicale
d’aptitude ? Autant de questions auxquelles ce livre apporte des réponses claires et
utiles.
B. Auvinet, président-fondateur de Pégase-Mayenne
(Unité de recherche en médecine du sport humaine et équine comparée),
est médecin fédéral national à la Fédération Française d’Equitation.
M. Estrade, journaliste et correspondante à L’Eperon.

Synoviale, septembre 1999, n°83


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