Développement de la pisciculture en Guinée
Développement de la pisciculture en Guinée
INTRODUCTION
1.1. Généralités
La pisciculture est une activité qui, jusqu'à présent, a été négligée en Guinée;
pourtant, son faible développement actuel traduit mal le récent intérêt qu'elle suscite et
l'engouement enthousiaste mais désordonné des populations à son égard.
En effet, depuis sa timide introduction en 1954 avec la construction des
premières stations piscicoles ( Kindia, Mamou, Pita, Labé, Macenta et Beyla) très vite
abandonnées (malgré les tentatives avortées de réhabilitation de quelques stations dans
les années 1977-1979), plus aucun programme de recherche ni de développement n'a
été mis en oeuvre jusqu'en 1990 .
A cette date, une mission conjointe d'exploration des potentialités de
l'aquaculture et de la pêche continentale fut réalisée par le gouvernement et la FAO; elle
eut pour résultat principal de classer les potentialités du secteur par région naturelle et
de mettre en exergue la nécessité d'établir un schéma directeur pour le développement
de l'aquaculture et de la pêche continentale qui tienne compte des priorités identifiées,
de façon à mettre en place un programme cohérent d'actions de développement.
C'est dans cette logique que démarre en septembre 1995 le projet
PCT/GUI/4556, qui a pour objectif la définition d'une politique nationale et l'élaboration
d'un plan d'action pour le secteur Pêche et Aquaculture en Guinée.
Une première mission préparatoire a eu lieu en Novembre 1995 pour définir avec
le gouvernement guinéen les orientations stratégiques préliminaires, les modalités de
réalisation pratique et le calendrier d'exécution des différentes étapes d'analyse sous
sectorielle ou thématique réunies dans un programme d'actions coordonnées.
Une seconde mission d'exécution du programme a eu lieu à travers toute la
Guinée du 10 mars au 12 avril 1996 ; elle avait pour objectif de fournir des analyses
techniques thématiques détaillées qui serviront de base à l'élaboration du rapport final
de synthèse du Schéma Directeur.
Ce rapport technique concerne exclusivement les analyses et propositions pour
le sous-secteur pisciculture continentale; il s'appuie sur les visites de terrain détaillées
dans les fiches d'expertises piscicoles présentées en annexe, sur des recherches
bibliographiques et sur le travail de réflexion de l'équipe nationale et internationale en
cours de mission.
Deux scéances de travail d'une matinée sur le thème "pisciculture et
aménagements" organisées en cours de mission à Diecke (22/3/96) et à Conakry
(3/4/96) sous forme d'exposé-débat ont permis de dresser un bilan provisoire des visites
de terrain aux cadres de la Direction Nationale de la Pêche et de l'Aquaculture (DNPA),
de la Société guinéenne de palmier à huile et d'hévéa (SOGUIPAH) et du Centre
National des Sciences Halieutiques de Boussoura (CNSHB).
1.2. Termes de références
- Revue succinte des potentialités et contraintes (bilan-diagnostic)
- Elaboration d'une stratégie nationale de développement à long terme (25 ans)
- Elaboration d'une stratégie à moyen terme (7ans) pour la pisciculture intensive et la
vulgarisation
- Elaboration d'une stratégie à moyen terme pour la pisciculture extensive
- Préparation d'un programme d'action et de fiches de projet pour le moyen terme
- Rédaction d'un rapport technique sur le volet pisciculture
1.3. Remerciements
Le consultant remercie vivement toutes les personnes rencontrées qui ont
contribué, grâce à leurs informations ou leur assistance, au succès de la mission, et en
particulier, les membres de la mission de terrain, nationaux et internationaux, qui ont
tous contribués à entretenir un excellent climat de travail, pendant et après la mission:
- pour la partie nationale:
- Mr Oua Bilivogui, Directeur National Pêche et Aquaculture
- Mr T. Aliou Diallo, Directeur National projet TCP/4556
- Mr F. Mamadou Kaba, Consultant National
- Mr Sidiki Keita, Conseiller DNPA
- pour la partie internationale:
- Mr Dominique Greboval, CTP/TCP/4556
- Mr Christophe Breuil, Consultant Pêche Continentale
- Mr Philippe Cacaud, Consultant Législation
2. CONTEXTE ET BILAN DIAGNOSTIC
2.1. Contexte naturel
La Guinée s'étend sur 245 857 km2, pour une population estimée à 6 347 000
habitants; sa densité moyenne de population représente 26 habitants par km2. (On
trouvera page suivante, les photos 1 et 2 des cartes les plus représentatives).
Elle est limitée:
- à l'ouest, par l'Océan Atlantique et la Guinée Bissau,
- au Nord, par le Mali et le Sénégal,
- à l'Est, par la Côte d'Ivoire,
- au Sud, par la Sierra Leone et le Liberia.
Les deux tiers du pays sont montagneux et bénéficient d'une pluviométrie
abondante et régulière qui lui vaut d'être considéré comme le château d'eau de l'Afrique
Occidentale, marquant profondément le réseau hydrographique de ses quatre régions
naturelles:
- la Guinée Maritime ou Basse Guinée à l'Ouest, qui représente 15% du
territoire national. Climat tropical humide subguinéen (7 à 9 mois de pluies) marqué par
la mousson. Nombreux fleuves courts et puissants. Relief généralement plat.
- la Moyenne Guinée ou Fouta Djallon, qui représente 25% du territoire
national. Climat tropical foutanien tempéré par l'altitude (5 à 7 mois de pluies). Source
d'importants fleuves d'Afrique de l'Ouest. Relief constitué principalement par des hauts
plateaux couverts de savanes et de forêts claires.
- la Haute Guinée au Nord Est, qui représente 40% du territoire national. Climat
de type soudanien (3 à 6 mois de pluies) marqué par l'harmattan. Relief caractérisé par
les grandes plaines inondables de basse altitude du Niger et de ses affluents séparés
par de vastes plateaux.
- La Guinée Forestière au Sud Est, représente les 20% restants du territoire
national. Climat tropical humide (9 à 11 mois de pluies). Traversée par la dorsale
Guinéenne qui culmine à 1752 m au mont Nimba, elle se caractérise par une végétation
très dense et une forte humidité.
PHOTO N°l: GUINEE: Organisation administrative,
densités; transport et communications; agriculture,
élevage, pêche; ressources minières et énergétiques.
(Jean-Pierre Marquet)
Ainsi la Guinée Maritime (ou Basse Guinée) et la Guinée Forestière sont les
régions naturelles les plus favorables aux activités piscicoles pour ces deux critères
(total des précipitations annuelles et nombre de jours de pluie par an).
FIGURE 1: Pluviométrie moyenne annuelle par Région Naturelle (1988-1993)
Ainsi la DNPA comprend un Directeur et son adjoint, deux chefs de Division, six
chefs de Section et deux cadres complémentaires par section (soit 22 personnes au
total), tous basés à Conakry. Cette organisation est complètée par dix Directeurs
Préfectoraux affectés à l'intérieur du pays, qui dépendent directement de la DNPA; ils
ont le rang administratif de chef de Division.
Cette structure administrative est peu fonctionnelle: il faudrait répartir les cadres
disponibles sur le terrain à travers des Services Régionaux Thématiques (à mettre en
place par Région Naturelle en fonction des besoins) et non pas à travers des Directions
Préfectorales (trop nombreuses et coordonnées de trop loin). Des propositions plus
détaillées en ce sens seront reprises dans le rapport de synthèse.
2.3.2 Formation
La plupart des cadres de la direction sont ingénieurs zootechnitiens ou médecins
vétérinaire à l'exception du chef de division aquaculture (licencié en biologie) et du chef
de section règlementation (qui est juriste de formation).
Beaucoup d'entre eux ont bénéficié d'une bourse de voyage d'étude à l'étranger.
Aucun d'entre eux n'a reçu une formation pratique suffisante en topographie ni en
gestion piscicole pour identifier des sites favorables, les aménager et les gérer. Un
solide programme de formation pratique dans ces domaines essentiels devrait donc
précéder leur redéploiement sur le terrain.
La formation zootechnique de base reçue par la plupart des cadres devrait
permettre une assimilation rapide des notions indipensables d'élevage des poissons et
devrait faciliter les intégrations agro-piscicoles (élevages associés). Les plus grosses
carences de formation constatées concernent principalement la reconnaissance des
espèces, la topographie, l'aménagement de sites et la construction des étangs.
2.3.3 Recherche
En matière de recherche en pisciculture continentale, la Guinée démarre
pratiquement de zéro, avec les premiers essais réalisés cette année en Guinée
forestière. Ce pourrait être un avantage, si seules les méthodes qui ont fait leurs
preuves sont expérimentées en Guinée; encore faut-il avancer par étapes, et non
essayer dès le départ les techniques les plus complexes qui demandent un long
apprentissage et de l'expérience sur plusieurs années.
2.4. Réalisations et propositions à date
Dans le cadre du TCP/GUI/4556, qui a démarré en Septembre 1995, Mr Fodé
Mamadou Kaba (consultant national) a dressé un bilan de synthèse des études et micro-
projets réalisés depuis 1990, dans les domaines de la Pêche continentale et de
l'Aquaculture. Ce bilan, complèté par nos observations sur le terrain et des recherches
bibliographiques complémentaires, permettent de faire le point sur ce sujet.
2.4.1 Sommaire
Depuis la rédaction du rapport de la mission exploratoire FAO de 1990
(Matthès), 3 missions successives et indépendantes ont eu lieu:
- une mission réalisée par Mr H. Saurin (ORSTOM) du 20 Octobre au 8
Novembre 1995, sous contrat de la Communauté Européenne (projet GUI/60), avait
pour objectif d'évaluer les possibilités de développement d'une pisciculture extensive en
Guinée. Le rapport de cette mission est disponible et confirme le choix (Matthès, 1990)
de la Guinée Forestière comme zone d'action prioritaire.
Un protocole d'actions en 3 phases à entreprendre à partir de la station piscicole de Gwi
(SOGUIPAH) de Diécké a été défini : une phase expérimentale suivie, s'il y a lieu, de 2
phases de vulgarisation. Elles seront commentées plus en détail dans les paragraphes
suivants. L'accord de financement de ces actions de recherche est acquis depuis fin
Mars 1996 (financement CE: microprojet 7/GUI/60; contrat CE-ORSTOM-
[Link].26/95).
- une mission réalisée par Mr Naoki Miremoto d'Octobre à Décembre 1995,
financée par l'Agence Japonaise pour le Développement International (JICA) avait pour
but d'identifier des sites favorables aux activités de Pisciculture et de Pêche
Continentale. Le rapport de mission n'était pas disponible en Guinée en avril 1996; les
renseignements pris auprès de la DNPA (qui a accompagné la mission) semble indiquer
l'intention de la JICA d'importer en Guinée des carpes chinoises en vue d'y développer
l'élevage de certaines de ces espèces allochtones (?)...(Voir nos recommandations au
paragraphe 2.1.3. Espèces)
- une mission de 10 jours, réalisée en Janvier 1996 par Mr Marc Oswald et
financée par l'Association Française des Volontaires du Progrès (AFVP) avait pour but
de faire des propositions opérationnelles en matière de Développement de la
Pisciculture Continentale en Guinée. Pas de rapport de mission disponible en avril 1996,
ni de proposition technique, à l'exception d'une note de 2 pages dans laquelle le
consultant livre ses premières impressions. Il souhaite voir confier l'organisation et le
suivi des actions de développement piscicole à l'AFVP pour éviter la multiplicité des
acteurs potentiels qui risque, selon lui, de dé-responsabiliser les paysans et de favoriser
la politique du plus offrant, qui exclut tout réel développement.
2.4.2. Réalisations actuelles
Les réalisations actuelles sont le fait d'agriculteurs privés, qui démarrent des
activités piscicoles complémentaires avec ou sans appui de projets de développement,
de centres de recherche ou de formation (Faranah, ENEA de Macenta...) ou de projets
de développement agricole. Un échantillonnage de 19 réalisations actuelles décrites en
détails dans les fiches d'expertises piscicoles présentées en annexe témoigne de la
diversité des situations et de l'intérêt général manifesté en Guinée pour le
développement de la pisciculture, malgré l'absence d'encadrement.
[Link] Réalisations Soguipah
La Soguipah (Société guinéenne de palmier à huile et d'hévéa) est une société
d'Etat de type agro-industriel basé sur la complémentarité des marchés et les
associations de cultures, dont la gestion est assurée par un opérateur technique (le
groupe belge Socfinco). Le projet a démarré en 1987 sur un domaine réservé de 22 000
ha en Guinée Forestière, en zone à forte densité de population (préfecture de Yomou:
80 Hab/ km2); il emploie 1 500 salariés agricoles.
Ce projet a pour objectifs la plantation de palmiers à huile (réalisations: 1 560 ha
de plantation industrielle et 1100 ha en plantations villageoises) et d'hévéa (réalisations:
4 560 ha de plantation industrielle et 900 ha en plantations villageoises), l'aménagement
de bas-fonds rizicoles (réalisations: 1100 ha à 4 tonnes paddy/ha/an) la construction de
pistes rurales (800 km de routes et pistes ouvertes ou réhabilitées) et diverses
microréalisations destinées aux paysans (pisciculture, pépinières de fruits et légumes). Il
concerne 1 950 familles sur 3 300, sensibilisées aux problèmes de protection de
l'environnement et de l'intégration d'activités rentables en milieu forestier. Son impact en
Guinée Forestière est évident et témoigne de l'effet positif que peut avoir un projet de
développement intégré bien conçu à long terme dans une région enclavée.
En matière de potentiel de développement piscicole (voir fiches d'expertise
piscicole N° 3, 4 et 5), le projet dispose de 46 retenues rizicoles de 1 ha chacune en
moyenne; il a aménagé une petite station d'alevinage de 0,4 ha (construite en aval d'une
des retenues rizicoles) en 9 étangs piscicoles de 4 à 6 ares par étang. Si la mission a
constaté un excès de zèle évident de la part des responsables piscicoles (sur-
fertilisation des étangs, techniques de production trop sophistiquées pour être
vulgarisées à ce stade en milieu rural), les essais en cours démontrent la faisabilité
technique de la pisciculture en milieu forestier (rendements nets supérieurs à 50
kg/are/an).
Par ailleurs, la mission a également identifié des alternatives au mode
d'exploitation actuel des étangs et des retenues rizicoles; ces alternatives ont été
présentées lors d'une scéance de restitution à Diécké et sont reprises dans les fiches
d'expertises piscicoles 3 à 5 présentées en annexe 5 à 7.
Les réalisations de la Soguipah, la confiance dont elle bénéficie en milieu rural et
l'intérêt manifesté pour la pisciculture par les cadres et les paysans de la zone
d'intervention sont autant de conditions favorables à la prise en compte de cette région
pour établir une base solide à l'implantation de la pisciculture en Guinée.
Cette activité complémentaire s'intègre parfaitement dans les objectifs de la
société en valorisant les réalisations (retenues rizicoles) et les sous-produits (son de riz,
tourteaux de palmistes) au bénéfice des paysans.
[Link] Microprojet 7/GUI/60; CE - ORSTOM - FAC
Bien qu'il n'ait pas encore officiellement démarré, ce programme
d'expérimentation technique a débuté dans le cadre des infrastructures Soguipah. Il
comporte en première phase, 3 séries de tests de faisabilité de 12 mois supervisés par
Mr H. Saurin portant sur:
1/- l'aménagement de retenues collinaires (ouvertes) en amont des bas-fonds
rizicoles avec une technique expérimentale d'acadja et un empoissonnement d'O.
niloticus non sexés.
2/- des tests de reproduction et d'alevinage d'O. niloticus en "hapas" en vue
d'obtenir des alevins calibrés d'âge connu, susceptibles d'être sexés manuellement à 15
gr, puis engraissés dans des étangs fertilisés et nourris au son de riz en élevage
monosexe mâle.
3/- des tests de croissance d'O. niloticus sexés (mâles) nourris au son de riz
dans des étangs (fermés) fertilisés par des bambous fourrés aux fientes de volaille.
L'intérêt potentiel des tests 1 et 3 est commenté dans les fiches 4 et 5 en
annexe; il réside principalement dans le maintien des fertilisants (par les bambous) en
retenue "ouverte" (en lagune ou en étang de barrage parcouru par un courant d'eau
continu) et semble à priori limité dans les étangs "fermés" en dérivation (où la gestion de
l'eau et des fertilisants est maîtrisée, avec ou sans bambou).
Celui des tests en hapas n'est justifié que si la demande en poisson est
exigeante sur la taille individuelle des poissons (comme en Côte d'Ivoire). Si la
différence de prix par kg de poisson ne varie pas (ou peu ) en fonction de la taille
individuelle des poissons, il n'est pas justifié d'utiliser des méthodes aussi compliquées,
difficiles à vulgariser, pour une même productivité en biomasse.
En Guinée, à ce stade de développement, il n'est pas nécessaire de compliquer
les méthodes d'alevinage et de production, car il n'y a pratiquement aucune différence
de prix entre un kg de petits poissons et un kg de gros poissons (voir chapitre sur la
commercialisation du poisson).
Pour ne pas compromettre le programme de formation et de vulgarisation futur
de la pisciculture en Guinée Forestière (en limitant son extension à quelques techniciens
spécialisés, par la complexité des méthodes de production piscicole utilisées), nous
recommandons fortement de limiter ces tests en hapas au stade d'expérimentation en
station. Des méthodes plus rustiques (et plus facilement vulgarisables) permettent
d'obtenir les mêmes productions (en biomasse) avec la même quantité d'aliments et de
fertilisants.
[Link]. Réalisations AFVP
Si les réalisations de l'AFVP en matière d'élevage de porcs ont eu un impact
positif sur le développement rural comme constaté en cours de mission, certaines
interventions piscicoles des volontaires n'ont malheureusement pas eu le même succès.
On trouvera dans les fiches N°6 et 9, les expertises piscicoles réalisées par la mission
sur deux sites encadrés par des volontaires:
- la première concerne un site mal aménagé à N'Zérékoré ( le volontaire étant
spécialiste en porciculture et non en pisciculture, a délégué l'aménagement du site à un
bureau local d'exécution et n'est pas directement responsable des erreurs
d'aménagement qu'il a financées à travers l'AFVP).
- la seconde concerne un site aménagé sous les conseils d'un volontaire
inexpérimenté qui a fait construire un étang en terre dans une zone inondable à
Macenta: l'étang et les poissons ont été emportés par l'inondation, décourageant ainsi le
pisciculteur débutant, pourtant très dynamique.
Ces deux interventions malheureuses témoignent que l'amateurisme en matière
d'aménagement piscicole peut avoir un effet inverse à celui du développement
escompté des activités : perte de confiance dans l'encadrement et découragement des
intéressés face à l'activité qu'ils souhaitaient développer au départ.
Outre ces erreurs d'aménagement, la mission a constaté que plusieurs espèces
(Oréochromis niloticus, Clarias gariepinus, Hétérotis niloticus) étaient vulgarisées en
même temps dès la première phase d'introduction des techniques piscicoles, sans
attendre que la première espèce au moins soit maîtrisée par les pisciculteurs débutants.
D'autre part, le système de subvention au transport de tourteaux de palmiste réalisé par
l'AFVP (constaté à Macenta) n'est pas recommandable, car elle crée un système
artificiel et non pérenne d'approvisionnement en intrants pour l'élevage.
[Link]. Autres réalisations
D'autres erreurs flagrantes d'aménagement à partir de retenues rizicoles ont été
constatées en cours de mission :
- les retenues de Tolo et Dounkimagna construites sur le même modèle (fonds
saoudiens) n'utilisent pas du tout l'eau excédentaire de leur déversoir respectif: toute
l'eau du déversoir retourne directement dans le lit de la rivière alors que des canaux
latéraux sur des courbes de niveau pourraient prolonger l'irrigation (dans le temps et
dans l'espace) sans prélèvement inutiles de l'eau des retenues en saison humide.
- à Dounkimagna, les étangs sont construits sans aucune pente dans l'assiette
des étangs dont la profondeur est trop faible pour éviter l'envahissement des étangs par
les plantes aquatiques; chaque étang est équipé de 2 moines : un à l'entrée (?), l'autre à
la sortie. Le site a été abandonné.
- à Faranah, deux étudiants de l'Institut Valéry Giscard D'Estaing tentent
d'évaluer le potentiel de production de poissons d'élevage (plusieurs espèces
mélangées) en cage posée dans une retenue à hauteur d'eau variable: des cages
flottantes seraient plus indiquées (avec une seule espèce en croissance par cage).
2.5. Conclusions
Dans l'ensemble, tous les critères examinés sont favorables au développement
de la pisciculture rurale continentale en Guinée Forestière (la dorsale montagneuse
exclue): contexte naturel et environnement économique.
En Guinée Maritime, les critères liés au contexte naturel sont globalement
favorables au développement piscicole, mais la concurrence avec les produits
halieutiques marins diminue la rentabilité prévisible des investissements consentis dans
ce type d'activité.
En Moyenne et Haute Guinée, certains critères liés au contexte naturel et à
l'environnement économique doivent être examinés au cas par cas, suivant les sites
concernés, le type d'aménagement envisagé, le prix et la disponibilité des intrants et des
produits de substitution, pour évaluer les chances de succès d'une exploitation piscicole
dans des zones traditionnellement vouées à l'élevage bovin, ovin et caprin.
2.5.1. Potentialités et contraintes
Globalement, notre bilan diagnostic confirme les résultats obtenus par la mission
exploratoire de la FAO (Matthès; 1990): la Guinée possède un énorme potentiel de
développement en matière d'aquaculture. Ce potentiel, variable d'une région à l'autre, ne
peut toutefois pas être mis en valeur du jour au lendemain, sans tenir compte des
étapes nécessaires au développement harmonieux du secteur. Un examen plus détaillé
des potentialités valorisables et des contraintes identifiées, devrait permettre de dégager
un ordre de priorité et une stratégie de développement cohérente.
[Link]. Potentialités
La pisciculture en étangs ne se justifie que dans les zones d'approvisionnement
permanent en eau, là où les conditions de marché sont favorables. Les techniques semi-
intensives éprouvées permettent d'obtenir en étang fermé (entrées d'eau contrôlées)
des rendements compris entre 5 et 8 tonnes /ha /an à des températures supérieures à
20°C (voir fiches N° 3 et 8). Dans les étangs ouverts (parcourrus par un courant d'eau
non maîtrisable), les rendements ne seront plus que de 1 à 2 tonnes / ha/ an s'ils sont
bien fertilisés (acadjas ou compostières latérales), et inférieurs à 500 kg/ha/ an sinon.
L'aménagement de certaines retenues (barrage amont et dérivation latérale des
eaux de crues, assiette en pente douce vers le dispositif de vidange; voir fiche N°5) pour
les rendre plus maîtrisables par l'homme, devrait permettre de mieux valoriser 25 à 30%
des retenues existantes, au moins en Guinée Forestière ([Link]. Soguipah). Une
retenue bien maîtrisée (contrôle de l'eau et des espèces piscicoles) et bien fertilisée
peut produire 2 à 5 tonnes /ha/an avec une alimentation complémentaire au son de riz.
L'usage de poissons prédateurs (passe à poissons, restockage) dans les
retenues de barrage non maîtrisables, associé à un programme de pêche à la palangre
appâtée des plus gros prédateurs et pêche au filet dormant des Cichlidae, devrait
permettre de limiter la surpopulation dans les retenues et de mieux valoriser la
productivité naturelle des plans d'eau (40 à 120 kg /ha/ an; voir fiche N°10). Avec un
restockage régulier d'espèces, fertilisation et alimentation complémentaire, il est
possible d'atteindre 1 à 2 tonnes /ha/ an dans les petites retenues permanentes (voir
fiches N° 4-5-7 et 9).
L'élevage en cage dans les retenues permanentes dont la hauteur d'eau est
supérieure à 3 - 4 m (évaporation annuelle + hauteur de la cage flottante + prélèvements
agricoles) est également possible (voir fiche N°2), après une phase d'essai pilote
comprenant plusieurs tests de rentabilité (matériaux et modèles de cage, espèces
piscicoles et densités d'élevage, types d'aliments composés à mettre au point et coûts);
la productivité escomptée est comprise entre 40 et 80 kg/m3/an.
La pratique des élevages associés (volailles-poissons ou porcs- poissons) en
étangs ou en retenues permet également l'obtention de hauts rendements (5 à 10
tonnes /ha/an) quand les normes d'association sont respectées ( 10 volailles ou 1 porc
par are d'étang) et la fertilisation contrôlée régulièrement (disque de Secchi).
Une partie des superficies rizicoles pourrait être exploitée en rizipisciculture
après mise au point progressive de techniques de filtration des eaux contre les espèces
rizophages et expérimentation des techniques classiques de rizipisciculture
(productivité: 200 à 400 kg de poisson par ha de rizière aménagée comprenant 10% de
superficie réservée aux poissons, fertilisée aux déjections animales et son de riz).
L'aménagement de certaines mares d'inondation en zone de capture et
d'élevage (voir fiches N°13 et 14) est techniquement possible dans de nombreux sites et
devrait permettre dans le long terme, d'améliorer la survie des alevins, de fournir à terme
des alevins d'espèces prédatrices issues du milieu naturel aux pisciculteurs (Clarias,
Hétérobranchus) et d'augmenter la productivité naturelle des mares.
[Link]. Contraintes
La principale contrainte actuelle est l'absence totale d'expérience et de formation
piscicole pratique des cadres et des pisciculteurs guinéens qui conditionne la
valorisation de toutes les potentialités identifiées (tant en identification des sites
favorables et aménagement des sites qu'en gestion de sites aménagés).
La seconde contrainte est liée au niveau d'éducation de la population: le taux
d'analphabétisme en Guinée est de 61% pour les Hommes et 83% pour les femmes; le
taux brut de scolarisation est de 50% pour les Garçons et 23% pour les Filles. Il est de
41% en milieu urbain mais tombe à 22% en milieu rural. Dans ces conditions, les
techniques vulgarisées doivent être simples pour être bien comprises et bien
appliquées.
Les contraintes additionnelles en matière de développement de la pisciculture en
étangs concernent principalement les problèmes fonciers: l'attribution des terres
favorables aux pratiques piscicoles à des paysans candidats pisciculteurs qui en
seraient dépourvus doit faire l'objet d'une étude sociologique spécifique.
La présence de Tilapia zillii (phytophage à croissance lente et reproduction
rapide) dans presque toutes les rivières et plans d'eau est un obstacle à surmonter en
élevage en étangs (et en retenues maîtrisées) par des filtres et des boîtes de capture
aux entrées d'eau; elle pourrait toutefois limiter fortement le développement de la
rizipisciculture à quelques sites privilégiés (alimentés exclusivement en eau par une
source dépourvue de poissons ou par la nappe phréatique) si ces moyens de lutte ne
s'avèrent pas efficace à 100%. En retenue ouverte par contre, il est impossible de s'en
débarasser complètement et il faut admettre qu'une partie de la production sera
constituée obligatoirement par cette espèce peu performante.
Concernant l'élevage en cage, la principale contrainte actuelle (en-dehors de la
méconnaissance des techniques usuelles) est l'absence sur le marché d'aliments
granulés composés dosant 30% de protéines à des prix abordables. Tous les
ingredients sont pourtant disponibles (farine de poisson, tourteaux de palmiste, son de
riz et maïs) mais les seuls aliments granulés complets disponibles (à Conakry) sont
vendus 400 FrG et plus. Il faut développer l'élevage en stabulation et les entreprises
artisanales locales de fabrication d'aliments pour créer ce marché.
Concernant l'aménagement et l'augmentation de productivité des mares
d'inondation, certains aspects sociaux pourraient faire obstacle aux améliorations
techniques proposées: ainsi, par exemple, les traditions d'attribution des captures issues
des mares d'inondation faisant l'objet de pêches collectives (quelle que soit la
participation individuelle aux travaux d'aménagement ou d'entretien d'intérêt collectif)
pourraient décourager les meilleures volontés et provoquer des conflits. La prudence
s'impose donc pour éviter ces conflits et seules les nouvelles mares sans tradition,
(issues de nouveaux aménagements ou strictement privées) devraient être
expérimentées dans une première phase.
2.5.2. Critères fondamentaux de succès à prendre en compte
Le premier critère à prendre en compte est le choix du type de produit à
développer en fonction des besoins réels identifiés. En effet, la contrainte majeure
identifiée (manque d'expérience et de formation des cadres et des pisciculteurs), liée à
la proximité de pays à tradition piscicole dont les problèmes de marché sont différents
de ceux de la Guinée (Côte d'Ivoire) fait que la plupart des initiatives de développement
piscicoles sont pilotées de l'extérieur, sans étude de marché préalable, sur des bases
techniques qui ne correspondent pas aux besoins immédiats du pays. La conséquence
directe est l'inadéquation des solutions proposées pour résoudre un problème mal
identifié: ainsi plusieurs intervenants proposent des techniques complexes visant à
produire du gros poisson, alors qu'il suffit au stade actuel de produire du poisson de
toutes tailles (voir para. 2.2.1: commercialisation du poisson) ce qui simplifie les
problèmes de techniques de production et de formation des cadres et des pisciculteurs.
Le second critère est le choix des méthodes de production et des techniques
vulgarisées. Celles-ci doivent être aussi uniformes et simples que possible pour être
vulgarisables en milieu rural faiblement scolarisé. La Guinée, comme beaucoup d'autres
pays en développement, à tendance à rechercher des financements de développement
du secteur sans trop regarder les exigences techniques d'accompagnement. Ainsi, selon
les bailleurs de fonds, leur origine géographique et l'expérience acquise par leurs
techniciens, les espèces piscicoles et les techniques vulgarisées seront très différentes
et pas forcément adaptées au contexte local. Si plusieurs bailleurs de fonds financent
simultanément des projets du secteur, sans coordination technique nationale, on risque
fort de voir la Guinée se transformer en vaste champ expérimental en matière de
pisciculture.
Les deux premiers critères conditionnent le troisième, qui est la population
impliquée dans l'activité proposée: plus le choix du produit sera adapté aux besoins,
facile à produire et rentable, plus le nombre de personnes impliquées dans l'activité sera
élevé. Ce critère de succès sera quantifié par le nombre de pisciculteurs, le nombre
d'étangs et de retenues en production et le nombre de personnes en activité dans le
programme d'action: production,transformation (?), commercialisation, consommation.
La production additionnelle de poisson dans la zone d'action, qui est le quatrième
critère de succès, dépend des trois premiers critères et du niveau de performance
réalisé des techniques de production proposées. Il sera quantifié par la quantité totale
de poisson produite et commercialisée, par les rendements obtenus par type d'élevage
et par la marge bénéficiaire obtenue par producteur et par type d'élevage.
3. STRATEGIE DE DEVELOPPEMENT
3.1. Introduction (justification)
Les nombreux échecs enregistrés en Afrique en matière de développement
piscicole justifient une approche prudente et critique pour éviter de commettre les
erreurs commises par le passé. Cet argument classique est malheureusement utilisé
systématiquement en Guinée (et ailleurs) par tous les intervenants extérieurs pour
justifier leurs propositions, qu'elles soient ou non en accord avec ce principe.
Il ne suffit donc pas d'énoncer le principe, car il ne constitue pas en lui-même
une garantie de succès: il doit être explicité par une argumentation claire et didactique,
qui précise et justifie à chaque étape la stratégie de développement proposée.
Ainsi, le développement piscicole en Guinée doit démarrer sur des bases saines,
ayant en vue des critères de rentabilité immédiate, et non pas s'appuyer sur de grosses
infrastructures de production subventionnées pendant les quelques années d'assistance
"projet", puis condamnées par l'absence de crédits de fonctionnement et le poids des
structures administratives (stations d'état). Les stations de démonstration, nécessaires
pour toute nouvelle activité à promouvoir, seront conçues dès le départ pour être
exploitées par le secteur privé, ou pour être cédées au secteur privé quand aura cessé
leur raison d'être.
La formation des cadres et des pisciculteurs, et la vulgarisation des techniques
doivent faire l'objet de financements subventionnés, pour autant qu'elles soient adaptées
aux besoins. Autant que possible, les centres de formation seront choisis de telle sorte
qu'ils puissent fonctionner indépendamment de toute intervention extérieure dans
"l'après-projet".
La stratégie de développement proposée repose à la fois sur ces considérations
d'ordre économique et sur un découpage dans l'espace et dans le temps qui tienne
compte des contraintes identifiées:
- une concentration géographique des activités de production et de
vulgarisation dans la région naturelle la plus favorable, complétée par un programme
limité de recherche (sans vulgarisation) hors zone pour tester les possibilités d'extension
géographique. L'opportunité d'une extension géographique de la zone de production -
vulgarisation dans le long terme sera examinée selon les résultats obtenus en fin de
moyen terme.
- une stratégie à moyen terme (5 à 7 ans), justifiée par le bilan diagnostic
réalisé en Guinée en 1996, suivie d'une stratégie à long terme (6 à 15 ans) qui sera
définie sur base de l'analyse des résultats obtenus sur le moyen terme dans la zone
d'intervention et sur les changements éventuels survenus dans le pays (aspects socio-
économiques).
FICHE DE PROJET N° 1
Titre: Formation piscicole complémentaire des cadres de la DNPA
Durée: 3 mois
Localisations: Formation générale : Conakry
Formation pratique en systématique: Kankan
Formation pratique en pisciculture: Diécké
1 /Contexte et justification: les 22 cadres de la Direction Nationale de la Pêche et de
l'Aquaculture, récemment créée n'ont pas tous la formation spécialisée
requise pour être complètement opérationnel dans les tâches qui leur
sont assignées. Malgré une formation générale de base de très bon
niveau (A1) complétée par des stages à l'étranger, des carences
évidentes en formation pratique ont été constatées en matière de
reconnaissance des espèces, de connaissance en pisciculture tropicale
et de connaissance des bailleurs de fonds (accès aux financements:
microréalisations et crédit). Pour que la DNPA puisse réellement jouer
son rôle de coordination des activités piscicoles au niveau national, ces
carences doivent être levées.
2/ Objectifs et résultats attendus: fournir aux cadres de la DNPA les connaissances
pratiques nécessaires pour sélectionner les projets de développement
piscicole à mettre en oeuvre, participer activement à leur exécution et
favoriser l'accès au crédit des populations rurales.
3/ Principales activités: des consultants internationaux spécialisés seront invités
àorganiser, préparer et dispenser des cours pratiques et théoriques sur
les sujets identifiés, en collaboration avec des projets ou institutions
installés en Guinée et la DNPA directement intéressée par le projet.
3.1./ En systématique ichtyologique, un consultant international élaborera
un programme de formation pratique à la reconnaissance des genres et
des principales espèces en collaboration avec les responsables du
"programme de lutte contre l'onchocercose en Afrique de l'ouest" et ceux
du projet Pêche Fluviale (PDR) basés à Kankan (Haute Guinée).
La collection d'espèces disponible à Kankan sera complètée par des
exemplaires collectés (ou achetés) en cours de mission (observations,
dissections). Ce programme sera réalisé à Kankan en 15 jours. Un
manuel d'identification des genres et des principales espèces
commerciales et piscicoles de Guinée sera fourni à chaque participant
2 En pisciculture, un consultant international élaborera un programme de
formation pratique en topographie, choix et aménagement de sites et
gestion piscicole des étangs et retenues, en collaboration avec la
Soguipah (Diécké, Guinée Forestière). La formation se déroulera en 3
phases:
- une première phase à Diécké (10 jours), où les
aménagements réalisés par la Soguipah serviront de support didactique
aux formations préliminaires en topographie et gestion piscicole des
étangs et retenues;
- une deuxième phase, itinérante, lors du voyage retour en bus
vers Conakry (4 jours), avec plusieurs arrêts dans différents sites
identifiés pour leur intérêt didactique en matière de choix de site et
aménagement;
- une troisième phase à Conakry (15 jours), pour reprendre et
analyser tous les éléments observés en formation pratique et compléter
la formation théorique en pisciculture.
Un manuel de pisciculture adapté au contexte guinéen
sera fourni à chaque participant en fin de stage.
3/ En matière de connaissance des possibilités de financement locaux
(microprojets internationaux, fonds d'ambassade, crédit bancaire...), des
représentants de chaque institution disposant de fonds à destinés aux
communautés rurales (et au développement en général) seront invités à
présenter leur domaine d'intervention, leurs centres d'intérêt et leurs
formulaires d'accès aux donations ou au crédit (10 jours). Un (ou
plusieurs) microprojet piscicole identifié pendant la formation de type 2
sera mis en forme selon les formulaires d'accès au crédit présentés pour
servir de travaux pratique aux stagiaires.
4/Moyens à mettre en oeuvre: outre les consultants spécialisés (ichtyologie, 1 h/m;
pisciculture, 3 h/m), des intervenants nationaux (spécialistes en crédit
rural) seront invité à participer aux [Link] location d'un bus est
indispensable pour assurer les déplacements des stagiaires à l'intérieur
du pays qui bénéficieront d'une indemnité de stage. Un véhicule et un
chauffeur seront mis à disposition des consultants par la DNPA (frais de
fonctionnement à charge du projet). Un budget complémentaire sera
prévu pour assurer la fourniture du matériel didactique (cours
dactylographiés, photocopies, divers).
5 Aspects organisationnels: le consultant spécialiste en pisciculture sera présent
pendant toute la durée de la formation (3 mois) pour préparer chaque
étape de l'organisation pratique des stages avec la collaboration active de
la DNPA et des projets ou organismes concernés. Les directions
préfectorales seront sollicitées par la DNPA pour assister les stagiaires
en matière de logement à l'intérieur du pays. Le matériel topographique
sera emprunté au service TP par la DNPA pendant la durée du stage.
6 Budget ( estimation en $EU): Projet N°l - Formation piscicole complémentaire de
laDNPA - Durée 3 mois.
Personnel:
- international:
Expert en pisciculture (3 mois) 30 000
Expert en ichtyologie (1 mois) 10 000
TOTAL PARTIEL: 40 000
- national:
Indemnités déplacements (22 st.) 22 000
Indemnités formateurs nationaux 5000
TOTAL PARTIEL: 27 000
Frais de fonctionnement:
Location bus (déplacements) 3000
Supports didactiques (cours dactyl.) 4000
TOTAL PARTIEL: 7 000
TOTAL: 74 000
Imprévus (10%) 7 400
GRAND TOTAL: 81 400
FICHE DE PROJET N° 2
Titre: Développement de la pisciculture continentale en Guinée - Phase 1
Durée: 6 ans
Localisation: Zone d'intervention: Guinée Forestière
Capitale régionale : N'Zérékoré
Centre de Formation : Macenta (ENEA)
1 Contexte et justification: la pisciculture est une activité méconnue en Guinée; son
développement pourrait participer à couvrir les déficits en proteines
observés au niveau des populations, diversifier les productions et
augmenter les revenus en milieu rural et péri-urbain. Pour des raisons
techniques, socio-économiques et stratégiques définies dans cette note,
le développement proposé dans cette première phase repose sur une
concentration géographique des activités dans la région naturelle la plus
favorable (Guinée Forestière) et le choix exclusif d'une seule espèce
piscicole à vulgariser (Oreochromis niloticus) par des techniques de
production simples et quantitativement performantes. Parallèllement aux
actions de formation et de vulgarisation entreprises dans cette zone
d'intervention limitée, un programme de recherche d'accompagnement
sera réalisé sans vulgarisation, pour préparer la deuxième phase en
testant d'autres espèces piscicoles connues et complémentaires, d'autres
techniques de production et d'autres milieux.
2 Objectifs et résultats attendus: l'objectif principal du projet est le développement de la
pisciculture en Guinée Forestière à travers une vulgarisation intense
d'activités piscicoles rentables et bien intégrées au contexte agricole à
partir d'un noyau de cadres et de pisciculteurs bien formés.
Les résultats attendus sont :
R1/- la formation piscicole d'un noyau de cadres et de
pisciculteurs nécessaire au démarrage des activités,
R2/- l'équipement et le fonctionnement d'un centre de formation
permanent en pisciculture qui produira les cadres et pisciculteurs
nécessaires au développement du secteur,
R3/-la vulgarisation effective en Guinée Forestière des techniques
de productions identifiées pour la première phase (nbre croissant de
pisciculteurs, d'étangs et de retenues en production),
R4/- la pratique des activités piscicoles par un nombre croissant
d'agriculteurs qui obtiendront les rendements escomptés (50 kg/are/an) et
produiront une part croissante de poisson d'élevage en Guinée Forestière
(% annuel d'augmentation de production),
R5/- l'identification de méthodes piscicoles complémentaires
potentiellement vulgarisables en deuxième phase, après expérimentation
(polycultures, élevage en cage dans les retenues, essais rizipiscicoles,
aménagement des mares...).
3/ Principales activités par résultat:
A.l.(Rl) / Sélection et formation à Diécké de 10 cadres aménagistes et 10
vulgarisateurs à répartir en Guinée Forestière (y inclus les formateurs
piscicoles de l'ENEA Macenta) pour démarrer la sensibilisation des
agriculteurs, le choix des sites à aménager, la construction des étangs et
la vulgarisation des techniques piscicoles.
A.2.(R1) / Sensibilisation des agriculteurs; inventaire, formation et
encadrement d'un noyau croissant de pisciculteurs à partir des postes
d'affectation des encadreurs répartis en Guinée Forestière selon les
besoins (Diécké,Yomou, N'Zérékoré, Sérédou, Macenta, Beyla,
Guéckédou, Kissidougou...).
A.3.(R2) / Construction d'une douzaine d'étangs piscoles de 4 ares
(démonstration - formation) à l'Ecole Normale d'Enseignement Agricole
de Macenta qui produira progressivement les futurs cadres
complémentaires et une partie des pisciculteurs nécessaires au
développement du secteur en Guinée Forestière.
A.4.(R3) / Equipement des encadreurs en matériel de prospection,
matériel didactique et moyens de déplacement; vulgarisation des
techniques de productions identifiées pour la première phase,
recensement des pisciculteurs, des étangs et des retenues.
A.5.(R4) / Suivi des production, assistance aux vidanges et
empoissonnements par les vulgarisateurs, contrôlé par le SRTP.
A.6.(R5) / Choix des sites expérimentaux; suivi et réalisation des tests de
faisabilité. Enregistrement des données, répétition des tests. Analyse des
résultats. Evaluation.
4 Moyens à mettre en oeuvre: - un expert en pisciculture pendant toute la première
phase, quelques mois de consultants selon les besoins en cours de projet
(matériel didactique, études sociologiques, évaluation, divers...).
- support administratif: secrétaire, chauffeurs
-12 étangs de 4 ares, des bâtiments d'élevage associés
(poulaillers, porcheries...), 4 bacs de stockage de poisson, un
petit bureau-laboratoire et un magasin de stockage d'aliments seront
construits sur le site de 18 ha exploité par 1'ENEA de Macenta, en aval
de la retenue, sous supervision de l'expert en pisciculture.
- achat véhicules: 1 pick-up tout terrain (transport
d'alevins, aliments, matériel), 2 Station - wagon tout terrain, un minibus
(transport de stagiaires) et 20 motos (encadreurs)
- Achat matériel : matériel de bureau, de topographie,
d'analyse d'eau, transporteur d'alevins, matériel didactique.
5 Aspects institutionnels et/ou organisationnels: le projet sera placé sous la tutelle du
Ministère de la Pêche et de l'Aquaculture, rattaché au Service Régional
Thématique Pisciculture, qui dépendra directement de la DNPA.
L'expert en pisciculture sera en place pour 6 ans, comme conseiller
technique du SRTP, chargé de la supervision du projet, de la formation
des formateurs et des recyclages. Assisté par son homologue national,
directeur du SRTP, et de ses adjoints, il organisera, l'encadrement des
pisciculteurs et la collecte des données de production, le choix et la mise
en place du programme de recherche.
Il élaborera des dossiers de financements complémentaires (micro-
projets) en faveur de pisciculteurs (groupements, écoles, divers) et
délèguera progressivement une partie de ses responsabilités à la partie
nationale au fur et à mesure des transferts de connaissances réalisés
pour consacrer davantage de temps au programme de recherche et à la
préparation de la deuxième phase de développement.
- un consultant, spécialiste en sociologie et en droit foncier effectuera les
enquêtes préliminaires sur le milieu et élaborera les formulaires d'enquête
sociologique à fournir aux vulgarisateurs pour leur programme de terrain
(3 h/m en 2 missions).
- deux missions d'évaluation tripartite (gouvernement, bailleur de fond,
agence d'exécution) auront lieu à mi-parcours et en fin de première
phase.
- les 10 encadreurs aménagistes de départ seront intégré à la fonction
publique et bénéficieront d'une prime versée par le projet pour l'entretien -
fonctionnement de leur moyen de déplacement (moto).
- les vulgarisateurs (de 10 en début de projet à 30 en fin de première
phase) seront des contractuels à durée déterminée, qui dans l'après
projet seront des pisciculteurs privés. Pour favoriser leur installation ils
obtiendront des facilités de crédit et une indemnité de reconversion
versée obligatoirement sur un compte bloqué, pour rembourser leur crédit
d'installation ( ferme piscicole privée).
6 Budget ( estimation en $EU): Projet N°2 - Développement de la pisciculture
continentale en Guinée - Phase 1.
Personnel:
- international:
1 Expert en pisciculture (6 ans) 720 000
1 Consultant sociologue (3 mois) 30 000
X Consultants divers (6 mois) 60 000
- support administratif:
secrétaire / chauffeurs (6 ans) 144 000
- national:
- à charge du gouvernement
Personnel SRTP (6 ans) (pm)
10 aménagistes (6 ans) (pm)
secrétaire / chauffeur SRTP (6 ans) (pm)
- à charge du projet
20 vulgarisateurs (moyenne) (6 ans) 144 000
SOUS-TOTAL Personnel: 1 098 000