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Résoudre les équations algébriques

L'article décrit les méthodes pour résoudre les équations algébriques de degré 1 à 3. Il présente la résolution des équations du premier degré, puis du second degré en détaillant le calcul du discriminant. La méthode de Cardan pour résoudre les équations du troisième degré est ensuite introduite.

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Résoudre les équations algébriques

L'article décrit les méthodes pour résoudre les équations algébriques de degré 1 à 3. Il présente la résolution des équations du premier degré, puis du second degré en détaillant le calcul du discriminant. La méthode de Cardan pour résoudre les équations du troisième degré est ensuite introduite.

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Équations algébriques

Une équation n’est rien d’autre qu’une égalité entre deux membres. Souvent,
il s’agit de déterminer une certaine quantité, connaissant simplement une égalité
qui fait intervenir cette quantité inconnue. Comme le fait de nommer les choses
permet souvent de mieux les étudier, l’on donne alors un certain nom à notre
inconnue (le plus souvent on l’appelle x). On obtient ainsi une égalité que doit
vérifier x, c’est ce qu’on appelle une équation. Bien sûr, il y a des équations
de toutes sortes. Il y a les affines, c’est-à-dire celles de la forme ax + b = 0.
Il y a les équations de degré 2, celles de degré 3, etc. Mais il y en a aussi une
multitude d’autres, par exemple celles de la forme ax = b, ou encore l’équation
2
cos (5x + 1) = 3x − 2x. Résoudre une équation, c’est trouver tous les nombres
x qui vérifient l’égalité de départ.
Enfin, on appelle équation algébrique une équation pouvant se mettre sous
la forme an xn + . . . + a0 = 0, où les ai sont des nombres réels. Ce sont en fait les
équations polynomiales, d’un certain degré. Nous allons ici nous intéresser plus
spécifiquement à ce type d’équation, et voir notamment des méthodes générales
pour résoudre les équations algébriques de degré allant de 1 à 4.
Soit donc une équation an xn + . . . + a0 = 0, (n entier) On appelle P (x)
la quantité polynomiale an xn + . . . + a0 . L’idée fondamentale est que, si l’on a
trouvé une solution, c’est-à-dire un nombre a vérifiant P (a) = 0, on est ramené
à un problème plus simple qui est celui de résoudre une équation de degré n − 1.
En effet, pour tout entier k et tous réels x et y, on a la factorisation :
 
xk − y k = (x − y) xk−1 + yxk−2 + y 2 xk−3 + ... + y k−2 x + y k−1

En conséquence, P (x)−P (y) s’écrit sous une forme (x − y) Qy (x), où Qy est
une expression de degré n − 1 en x. En particulier si a est solution de P (x) = 0,
on peut écrire :
P (x) = (x − a) Qa (x)
Pour résoudre l’équation de départ, on est ramené à résoudre l’équation
Qa (x) = 0, de degré n − 1. On en déduit entre autre qu’une équation de degré
n a au plus n solutions.

1 Premier et second degré


Pour ce qui est du premier degré, il n’y a pas grand chose à dire. . . Ou rien
que de très connu : les équations du premier degré sont celles qui peuvent se
−b
mettre sous la forme ax + b = 0. Il y a une unique solution qui est x = .
a

1
Signalons toutefois qu’il faut faire attention au cas particulier où a = 0. Dans ce
cas, l’expression −b/a n’a aucun sens. Mais alors, résoudre l’équation est encore
plus simple. En effet, si b = 0, tout x est solution et si b 6= 0, il n’y a aucune
solution. Passons au second degré.

L’équation générale se met ici sous la forme ax2 + bx + c = 0. Bien entendu,


l’on peut supposer que a 6= 0, car sinon l’équation serait en fait de degré 1 et
donc releverait du paragraphe précédent. Là aussi, la résolution de ces équations
est très classique.
Tout d’abord, quitte à diviser par a (que l’on vient de supposer non nul),
on peut supposer que a = 1. Autrement dit, en divisant par a 6= 0 l’égalité
ax2 + bx + c = 0, on obtient l’équation :
b c
x2 + x + = 0
a a
qui a exactement les mêmes solutions que l’équation de départ. Il s’agit d’une
équation de la forme précédente, à la différence près que désormais le coefficient
de x2 vaut 1. Ainsi si l’on sait résoudre les équations du second degré dont le
coefficient dominant est 1, on saura résoudre toutes les équations du second
degré. Ensuite, quitte à poser x0 = x + b/2, on peut supposer que b = 0. En
effet, l’équation x2 + bx + c = 0 devient, en remplaçant x par x0 − b/2 :
b2
x0 2 − +c=0
4
On s’est ainsi ramené à une équation sans terme en x. Et si l’on sait résoudre
cette dernière, alors on saura trouver x0 et donc x, c’est-à-dire que l’on sait
résoudre l’équation x2 + bx + c = 0.
On s’est finalement ramené au problème
√ de √résoudre l’équation simplifiée
x2 + c = 0. Celle-ci à 2 racines réelles −c et − −c lorsque c < 0, une racine
double égale à 0 lorsque c = 0, et aucune lorsque c > 0.

En fait, dans la pratique, on présente les calculs de la façon suivante. On


cherche à résoudre ax2 + bx + c = 0. Pour cela, on calcule ce que l’on appelle le
discriminant de l’équation qui est le réel ∆ = b2 − 4ac. La nature des solutions
dépend alors du signe de ∆.
– Si ∆ < 0, l’équation n’admet pas de solutions réelles.
– Si ∆ = 0, l’équation admet une unique solution −b/2a.√ √
−b − ∆ −b + ∆
– Si ∆ > 0, l’équation admet deux solutions réelles et .
2a 2a
Signalons pour finir que la résolution de l’équation générale du second degré
ax2 + bx + c = 0 (avec a non nul) est équivalente à la résolution du système :

x + y = −b/a
x · y = c/a
En effet, si x1 et x2 sont solutions de ax2 + bx + c = 0, alors le polynôme
aX2 + bX + c se factorise par X − x1 et X − x2 , c’est-à-dire que l’on a :

aX2 + bX + c = a (X − x1 ) (X − x2 )

2
Développant le membre de droite, on obtient par identification des coefficients :

x1 + x2 = −b/a et x1 x2 = c/a

et donc le couple (x1 , x2 ) est solution du système. Inversement, si le couple


(x1 , x2 ) est solution du système alors x2 = −b/a − x1 , donc en remplaçant dans
la seconde équation :
x1 (−b/a − x1 ) = c/a

soit ax21 + bx1 + c = 0


Autrement dit, x1 est alors racine de l’équation ax2 +bx+c = 0. Il en va bien sûr
de même pour x2 . . . Inversement, ceci sert à résoudre les système de la forme :

x+y = S
x·y = P
Une solution de ce système, si elle existe, est en effet nécessairement formée
d’un couple de racines de l’équation x2 − Sx + P = 0.

2 Le troisième degré : méthode de Cardan


L’équation à résoudre ici est ax3 + bx2 + cx + d = 0. Comme précédemment,
on va supposer a 6= 0, car sinon l’équation serait en fait de degré 2 et relèverait
de ce qui précède.
Quitte à diviser par a puis à poser x0 = x + b/3, on peut supposer que
a = 1 et que b = 0. On se ramène en effet à une équation en x0 sans terme de
degré 2. Et, bien sûr, la détermination de x0 permet de déterminer x également
(x = x0 − b/3).

Ainsi, l’équation qu’il nous faut résoudre devient x3 + cx + d = 0, ce qui est


quand même a priori plus simple. L’idée pour ce faire est de chercher x sous la
forme d’une somme p + q, en espérant que ceci donne suffisamment de liberté
pour pouvoir imposer au moins une autre condition sur p et q, et obtenir ainsi
un problème plus simple. En substituant p + q à x, l’équation devient :
(p + q)3 + c(p + q) + d = 0

soit p3 + q 3 + (p + q) (3pq + c) + d = 0
La condition supplémentaire que l’on aimerait imposer sur p et q est alors
3pq+c = 0, pour éliminer le terme du milieu. On obtient ainsi le système suivant
dont une solution va nous donner une solution de notre équation de départ.

3pq = −c
p3 + q 3 = −d
Ce système ressemble assez fortement au système somme/produit. Élevant
la première équation au cube (ce qui ne change rien à l’ensemble des solution,
la fonction cube étant une bijection de R dans R), on obtient le système :
 3 3
p q = −c3 /27
p3 + q 3 = −d

3
−c3
p3 et q 3 sont donc racines de l’équation du second degré X2 + dX + = 0,
27
4c3
de distriminant d2 + . Lorsque celui-ci est positif, on obtient alors p3 et q 3 ,
27
dans le désordre, comme les nombres :
r
4c3
−d − d2 + r
2 3
r
d2 c3
27 = − d − d + c et − +
d
+
2 2 4 27 2 4 27
D’où une racine x = p + q du polynôme x3 + cx + d, à savoir :
s r s r
d d 2 c3 d d2 c3
3 3
− − + + − + +
2 4 27 2 4 27
2 3
N.B. On peut montrer que si d4 + 27 c
> 0, alors la solution que l’on a trouvé
précédemment est en fait l’unique solution de l’équation. Il suffit pour cela
2 c3
d’étudier la fonction f définie par f (x) = x3 +cx+d. Dans le cas où d4 + 27 = 0,
l’étude de la fonction montre qu’il
q y a en fait deux solutions, celle donnée
q par la
méthode précédente qui est −2 3 d2 et une autre racine, double, qui est 3 d2 . (Ces
deux solutions n’en sont en fait qu’une dans le cas très particulier où c = d = 0).
2 3
Le dernier cas, lorsque d4 + 27 c
< 0 est beaucoup plus frustrant. On peut
montrer, toujours en étudiant la fonction f , qu’il y a trois solutions réelles, mais
la méthode précédente n’en fournit aucune. En fait, ce que l’on aimerait faire,
c’est donner un sens aux racines carrées de nombres négatifs. Ceci se résout
par l’introduction des nombres complexes qui ont d’ailleurs été développés à
l’origine précisément pour résoudre ce genre d’équations.
Exemple : La méthode décrite est impuissante face à l’équation x3 −2x+1 = 0
sans l’aide des complexes : si l’on pose x = p + q, on se ramène à l’équation :
p3 + q 3 + (p + q)(3pq − 2) + 1 = 0

3pq = 2
La méthode consiste à chercher p et q vérifiant le système
p3 + q 3 = −1
( 8
xy =
Donc p3 et q 3 sont solutions de 27
x + y = −1
8
On cherche donc p3 et q 3 comme racines du polynôme X2 + X + . Mais ce
27
dernier polynôme a pour discriminant −5/27 < 0, donc pas de racines réelles.
√ √
−1 − 5 −1 + 5
On vérifie pourtant que 1, et sont trois solutions de
2 2
l’équation x3 − 2x + 1 = 0. (Ce sont les seules puisque le polynôme est de degré
3). Si l’on s’autorise les complexes, on obtient p3 et q 3 sous la forme :
r r
1 i 5 1 i 5
− − et − +
2 6 3 2 6 3
Mais cette fois (dans C), nos deux nombres ont 3 racines cubiques chacun.
Soit au total 9 possibilités pour x = p + q, qui ne peuvent toutes être racine
du polynôme de degré 3. Ceci s’explique par le fait qu’élever au cube l’équation

4
3pq = 2 est légitime dans R, mais dans C on perd de l’information. Il s’agit de
trouver un couple de racines cubiques de nos deux nombres dont le produit vaut
2
. Pour un tel couple, on aura une racine du polynôme de degré 3.
3
N.B. On est ramené au problème de l’extraction d’une racine cubique dans
C. Celui-ci est en général équivalent à la résolution d’un polynôme de degré 3,
puisqu’il s’agit de déterminer cos x/3 connaissant cos x. (En pratique, si l’on
cherche la rascine cubique du complexe sous forme algébrique, on retombe assez
rapidement sur l’équation de départ.)
Enfin, il n’y a pas de méthode plus simple, c’est-à-dire qui ne demanderait
que de savoir résoudre des problèmes de degré 2. Sinon, on saurait trisecter un
angle quelconque à la règle et au compas. . .

3 Le quatrième degré : méthode de Ferrari


L’équation à résoudre ici est ax4 +bx3 +cx2 +dx+e = 0 et comme d’habitude
on va supposer que a 6= 0. Comme précédemment, quitte à diviser par a puis
b
à faire un changement de variable x0 = x + , on peut supposer que a = 1 et
4
b = 0.
L’équation à résoudre devient alors x4 + cx2 + dx + e = 0. Si d = 0, c’est
en réalité une équation « bicarrée ». Le changement de variable X = x2 permet
alors de se ramener à une équation de degré 2, on sait donc résoudre. . .
Sinon (d 6= 0), on introduit un paramètre t (que l’on va choisir judicieuse-
ment par la suite) et l’on réécrit l’équation sous la forme suivante :
2
x2 + t − (2t − c) x2 − dx + t2 − e = 0
 

L’idée sous-jacente est d’essayer de faire en sorte que la partie entre cro-
chets de l’expression précédente puisse s’écrire comme un carré, car dans ce cas,
on saurait factoriser notre expression et l’on n’aurait plus qu’à résoudre deux
équations de degré 2, ce que l’on sait
 déjà faire.
Si t est tel que 4 (2t − c) t2 − e = d2 (discriminant nul), alors on a :
 2
d
(2t − c) x2 − dx + t2 − e = (2t − c) x −

4t − 2c
Pour conclure, il suffit de voir que trouver un nombre t vérifiant la relation
4 (2t − c) t2 − e = d2 est un problème de degré 3. On peut toujours trouver un
réel qui marche (par la méthode de Cardan, quitte à passer par les complexes. . .).

4 Et après . . .
De telles méthodes générales n’existent plus pour les degrés supérieurs à
5. . . Abel a en effet montré, au XIXème siècle, que la résolution par radi-
caux de l’équation du cinquième degré était impossible dans le cas général.
Indépendamment, Galois a généralisé cette démonstration à tous les degrés
n ≥ 5 (voir par exemple [3]). On est souvent réduit à chercher une racine

5
« au hasard » pour pouvoir se ramener à une équation de degré inférieur. Dans
quelques cas très particuliers, il existe des méthodes efficaces. Par exemple,
lorsque l’équation n’a que des termes de degré pair (généralisation des équations
bicarrées), un changement de variable X = x2 permet de diviser par 2 le degré
de l’équation à traiter.

Les équations réciproques : Signalons enfin un cas particulier, celui des


équations réciproques, c’est-à-dire les équations de la forme an xn + . . . + a0 = 0
où n est pair et an = a0 6= 0, an−1 = a1 , an−2 = a2 , etc.
Ici, le fait de diviser par xn/2 ne change pas les solutions : comme le terme
constant est non nul (a0 = an 6= 0), on sait que 0 n’est pas solution.
On pose ensuite X = x + x1 . La structure de l’équation de départ permet de
prouver que X vérifie une certaine équation algébrique de degré plus petit, n/2
plus précisément.
Le résultat est clair pour n = 2 : l’équation de départ est de la forme
ax2 + bx + a = 0, on se ramène donc à l’expression ax + b + a/x = aX + b.
Supposons le résultat établi jusqu’au rang n (n pair). Soit une équation
réciproque de degré n + 2. Après division par xn/2+1 , on a une expression du
type :
n/2+1
X
b0 + bi (xi + 1/xi ) (1)
k=1
n/2+1
Or, par la formule du binôme, on a (x+1/x)n/2+1 = Ckn/2+1 xk (1/x)n/2+1−k
P
k=0
n/2+1−k
Et, comme on a la relation Cn/2+1 = Ckn/2+1 , on obtient (x + 1/x)n/2+1
n/2+1
ci (xi + 1/xi ), avec cn/2+1 = 1. Cela signifie
P
sous la forme d’une somme c0 +
k=1
que l’on a une relation du type :
 
n/2
X
(xn/2+1 + 1/xn/2+1 ) = Xn/2+1 − c0 + ci (xi + 1/xi )
k=1

Dans l’expression (1), ceci nous donne :


n/2+1 n/2
X 1 X 1
b0 + bi (x + i ) = bn/2+1 Xn/2+1 +(b0 −bn/2+1 c0 )+ (bi −bn/2+1 ci )(xi + i )
i
x x
k=1 k=1

n/2
(bi − bn/2+1 ci )(xi + 1/xi )
P
Or, par hypothèse de récurrence, l’expression
k=1
s’écrit comme un polynôme en X de degré au plus n/2. On a donc obtenu
l’expression (1) comme un polynôme en X, de degré n/2 + 1, et le résultat
annoncé est établi par récurrence.
Exemple : Par le changement de variable X = x + 1/x, on se ramène ainsi de
l’équation de degré 6 : x6 − 2x5 + 3x4 − 3x3 + 3x2 − 2x + 1 = 0 à l’équation
de degré 3 : X3 − 2X2 + 1 = 0. Il ne reste plus qu’à appliquer la méthode de
Cardan, puis à résoudre des équations du type x + 1/x = c, de degré 2 donc.

6
Annexe : historique
Antiquité : La notion moderne d’équation n’émerge qu’assez tardivement, et
ce que l’on appelle « algèbre » dans l’antiquité correspond le plus souvent à la
résolution de problèmes numériques concrets visant à déterminer une certaine
quantité, qui dépend algébriquement des données.
À cet égard, les mathématiciens Mésopotamiens furent particulièrement
avancés. Les Babyloniens, par exemple, sans pour autant dégager de formule
générale, disposent de méthodes systématiques de résolution des problèmes de
degré 1 ou 2, dont certaines mettent en jeu des systèmes, linéaires ou non. Dans
quelques cas particuliers, ils résolvent même des problèmes de degré 3 ou 4.
Par comparaison, l’algèbre égyptienne de la même époque (début du IIe
millénaire avant notre ère) peut paraı̂tre assez rudimentaire. Pénalisés par un
système de numération inadapté et des notations lourdes (pour les fractions par
exemple), les Égyptiens résolvent au cas par cas des problèmes du premier degré
uniquement, et ce par des méthodes qui nous sembleraient aujourd’hui bien peu
rigoureuses.
Les Grecs eux-mêmes, à cause peut-être de la fameuse crise des irration-
nels, se méfient un peu de l’algèbre et l’ont peu fait progresser. Ni les Py-
thagoriciens (plus préoccupés des entiers), ni les successeurs d’Euclide (qui se
consacrent avant tout à la géométrie) ne s’y sont beaucoup intéressés. Le dixième
livre des Éléments constitue néanmoins le fondement de nombreuses recherches
algébriques du Moyen-âge.
Exception éclatante : Diophante d’Alexandrie, mathématicien du IIIe siècle
après J.C., dont les Arithmétiques constituent peut-être le premier traité qu’on
peut qualifier d’« algèbre classique ». Il y introduit en effet la notion d’équation
algébrique, c’est-à-dire la relation entre les puissances successives d’un nombre
inconnu (arithmos) qu’il s’agit de déterminer par des transformations succes-
sives de la relation. Sa démarche déductive est certes en recul par rapport à la
démarche axiomatique d’Euclide, mais il se permet notamment de considérer les
fractions et les irrationnels comme des nombres à part entière, ce qui renforce
la généralité de ses méthodes.

Du IVe au XIVe siècle : S’inspirant peut-être de la numération chinoise,


les Indiens inventent un système décimal de position comportant le zéro et les
relatifs négatifs dès le IVe ou le Ve siècle après J.C., ce qui permet des notations
algébriques bien plus élégantes.
Ainsi, au VIIe siècle, le mathématicien Brahmagupta, dans son traité Brah-
masphutasiddhanta, énonce-t-il des règles générales de transformation des ex-
pressions algébriques qui contiennent éventuellement des quantités négatives ou
nulles, et donne explicitement la solution de l’équation générale de degré 2. Au
VIIIe siècle, Bhaskara généralise ces méthodes, qu’il étend à des équations par-
ticulières de degré supérieur à 2. Il tient compte, en outre, de la seconde racine
des équations de degré 2.
L’algèbre arabe fait en quelque sorte la synthèse des mathématiques grecques
et indiennes, et constitue le sujet de prédilection des mathématiciens arabes. Au
IXe siècle, al-Khwarizmi remarque que la transformation des équations constitue
une théorie à part entière, dont il écrit les principes dans le Kitab al-jabr wa-l-

7
muqabala, dont l’algèbre tire son nom. Il reprend les méthodes de Diophante et
la numération indienne, qu’il contribue à populariser. Néanmoins, il est encore
gêné par les nombres négatifs, ce qui n’est pas le cas de son principal successeur,
Abu Kamil.
Forts des progrès de l’algèbre arabe vers l’abstraction, al-Karaji à la fin
du Xe et al-Samaw’al au XIIe siècle développent une puissante arithmétique
des polynômes et des fractions rationnelles : multiplication, division,   et même
1
extraction des racines et une sorte de développement limité en O . Dès le
xn
XIe siècle, l’équation cubique suscite par ailleurs un vif intérêt. Le Persan Umar
al-Khayyam donne notamment de nombreux éléments d’une étude géométrique,
voire en des termes modernes « analytique » du problème.
Les travaux de Léonard de Pise (le célèbre Fibonacci) au début du XIIIe
siècle diffusent en Europe le savoir algébrique arabe. Son Liber Abaci constitue
la source principale des nombreuses recherches de ses successeurs. De plus, il pro-
pose avec l’empereur Frédéric II des sortes de « défis scientifiques », sous forme
de problèmes réunis dans le Liber Quadratorum et comprenant la résolution de
plusieures équations de degré 3.

La renaissance : Pendant la renaissance, les mathématiques et plus par-


ticulièrement l’algèbre se développent rapidement en Italie, sur la base d’un
héritage gréco-arabe. Les premiers progrès s’effectuent sur le terrain du sym-
bolisme, de plus en plus concis et suggestif. Nicolas Chuquet et Luca Pacioli
présentent sous une forme concise les résultats alors classiques sur les équations
algébriques. Jusqu’au XVIIe siècle, beaucoup s’attachent à perfectionner le sym-
bolisme, qui atteint à peu près sa forme actuelle avec Descartes. . .
Mais le grand apport des mathématiciens italiens à l’algèbre est la résolution
par radicaux des équations de degré 3 et 4. À la toute fin du XVe siècle, Scipione
dal Ferro parvient à l’expression par radicaux des racines de l’équation cubique
sans terme en x2 (ce qui est équivalent à la résolution complète, mais il sem-
blerait qu’il ne le savait pas). Quoi qu’il en soit, dans une tradition médiévale
un peu surrannée, il choisit de garder sa découverte secrète. Il la confie à sa
mort à son gendre Annibale della Nave et à son élève Antonio Maria Fior,
qui la gardent secrète. En 1535, Tartaglia, établi à Venise comme professeur
de mathématiques, propose une méthode de résolution des équations cubiques
sans terme en x, mais Fior lui en conteste la priorité. Ce genre de querelles se
réglaient souvent par des défis : Fior met Tartaglia au défi de résoudre l’équation
sans terme en x2 , et celui-ci y parvient également, assurant sa victoire.
Quelques années plus tard, un médecin et mathématicien milanais du nom
de Cardan vient trouver Tartaglia pour obtenir l’autorisation de publier ses
formules dans la grande somme mathématique qu’il prépare, l’Ars Magna. Tar-
taglia refuse que ses formules soient publiées, mais consent à exposer à Cardan
sa méthode devant l’insistance de celui-ci, ce avec la promesse qu’elle ne sera
pas publiée. Pendant quelques années, Cardan tient parole. . . Jusqu’au jour où
Annibale della Nave fait connaı̂tre la méthode de son défunt beau-père. Cardan
se sent alors délié de son serment, et c’est ainsi qu’apparaissent les fameuses
« formules de Cardan » dans l’Ars Magna (1545), ce qui provoque violente que-
relle avec Tartaglia, querelle qui ne prend fin que trois ans plus tard. Dans ce

8
traité, on trouve également la solution de l’équation générale de degré 4 que
l’on peut attribuer avec certitude à l’élève de Cardan, Ferrari (auquel on pense
en fait devoir un grand nombre des résultats publiés par Cardan). . .
Une particularité de la méthode de Tartaglia est de faire intervenir, au cours
des calculs, des racines carrées de nombres négatifs, ce qu’il avait d’ailleurs du
mal à prendre en considération. Le premier à avoir véritablement admis les
complexes en tant que nombres, plutôt qu’artifices calculatoires, est Bombelli. Il
présente les règles générales de calcul sur les complexes et tous les progrès récents
de l’algèbre peu avant sa mort, dans Algebra, parta maggiore dell’arithmetica
(1572).

Vers l’algèbre moderne : Après le XVIe siècle, les mathématiciens semblent


se désintéresser de l’algèbre au profit de la géométrie et de la toute jeune analyse.
Les diverses tentatives de résolution de l’équation de degré 5 sont infruc-
tueuses, de même que les essais de démonstration de la « conjecture » de Gi-
rard, selon laquelle toute équation algébrique de degré n admet exactement n
racines distinctes ou confondues. Étrangement, le rigoureux Descartes semble
avoir considéré ce résultat comme évident.
En tous les cas, l’algèbre pure fait peu de progrès jusqu’à la seconde moitié
du XVIIIe siècle, à l’exception des recherches liées à l’analyse, sur l’approxima-
tion des racines notamment (Rolle, Newton). Le tournant majeur se situe aux
alentour de 1770, lorsque Lagrange et Vandermonde entament des recherches
sur la théorie des Substitutions.
Lagrange saisit, en particulier, l’importance de la notion de permutations sur
la famille des racines d’une équation algébrique, et développe avec Waring l’idée
selon laquelle, si la conjecture de Girard est vraie, alors les coefficients d’une
équation algébrique sont au signe près les fonctions symétriques élémentaires
de ses racines (Viète puis Girard avait remarqué ce résultat longtemps aupa-
ravant, mais seulement dans quelques cas particuliers). Ce résultat lui permet
de présenter une méthode élégante de résolution des équations de degré 3 et
4. Vandermonde étudie les fonctions invariantes par permutations circulaires,
et en déduit les solutions par radicaux de certaines équations particulières (au
groupe de Galois cyclique), telle l’équation x11 − 1 = 0.
Une nouvelle étape est franchie avec la première démonstration rigoureuse de
la conjecture de Girard, publiée par Gauss en 1799. D’Alembert s’y était essayé
avant lui, mais sa démonstration était incomplète. Gauss perçoit par ailleurs
l’importance du groupement des opérations (selon l’expression de Galois) et dans
ses recherches sur les formes quadratiques et sur l’arithmétique modulaire se
dégagent déjà les concepts qui fondent l’algèbre moderne. Il développe également
les idées de Vandermonde, et montre notamment que le polygône régulier à 17
côtés est constructible à la règle et au compas.
Ruffini, appliqué à l’étude de la théorie des substitutions, effectue des re-
cherches sur les valeurs prises par une fonction de cinq variables par toutes les
permutations de ces variables. Il parvient à des résultats, généralisés par Cau-
chy, qui l’amènent à conclure en 1813 à l’impossibilité de résoudre par radicaux
l’équation de degré 5.
Ses arguments ne suffisent pas pour une démonstration rigoureuse, cepen-
dant Abel apporte rapidement des arguments plus probants sur ce point, et

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parvient aux alentours de 1826 à l’impossibilité de la résolution par radicaux de
l’équation générale de degré premier supérieur ou égal à 5.
Son raisonnement présente encore des difficultés, il maı̂trise mal ses propres
méthodes, qui ne se formalisent correctement que dans le cadre de la théorie des
corps (laquelle n’émergera que bien plus tard). Galois est le premier à adopter
une méthode très générale, en introduisant la notion de groupe d’une équation
(l’ensemble des permutations des racines conservant les relations algébriques
entre celles-ci). Dans des mémoires successifs rédigés de 1830 à 1832, il dégage
le critère général de résolubilité par radicaux d’une équation algébrique. Ainsi
Galois clôt-il définitivement la question essentielle de l’algèbre classique, tout
en posant, plus encore que Gauss, les jalons de l’algèbre moderne.

Références
[1] G. Godefroy L’aventure des nombres, Odile Jacob, 1997.
[2] E. Cousquer La fabuleuse histoire des nombres, Diderot Editeur, 1998.
[3] I. Stewart Galois Theory, Chapman and Hall, 1973.

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