Négoce de Vins de Bordeaux : Enjeux et Perspectives
Négoce de Vins de Bordeaux : Enjeux et Perspectives
ETUDE DE CAS
Le Secteur du Négoce de
vins de Bordeaux
ANALYSE ENVIRONNEMENTALE ET
PERSPECTIVES D’AVENIR
SOMMAIRE DU CAS :
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Dans le prolongement des dernières années d’euphorie qui ont débuté avec la relance du
marché du vin en 1994, la campagne 97-98 a été marquée d’une pierre blanche avec 6.4
millions d’hectolitres de Bordeaux commercialisés, soit une augmentation de presque
8% par rapport à la campagne précédente. Le chiffre d’affaires a connu de la même
façon une hausse de 15%.
Bordeaux a beaucoup planté au cours des dernières années et produira bientôt près de 7
millions d’hectolitres. C’est 3 millions de plus qu’il y a vingt ans. Or la consommation
du vin en France a baissé de 50% entre 1960 et 2005 : 120 litres de vin par personne et
par an en 1960, contre 60 litres aujourd’hui. Il y a donc deux courbes qui ne cessent de
s’éloigner. Le marché du vin en France apparaît comme saturé, notamment pour les vins
de médiocre qualité. En 2005, il n’y aurait plus que 32 millions de Français
consommateurs de vin en France, soit 1 million de moins qu’en 2000.
Les courtiers, au nombre de 100, sont des intermédiaires importants entre la viticulture
et le négoce. Ils rapprochent les offres et les demandes, et, comme cela se fait sur les
marchés spéculatifs, jouent un rôle de conseil et de conciliation. Le courtier est le garant
moral de la bonne exécution du contrat. Il ne réalise jamais d’opération pour son propre
compte et reçoit une indemnité correspondant à 2% du prix négocié, généralement
supporté par l’acheteur.
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Les négociants sont au nombre de 400 en Gironde dont 200 ayant une activité de
négociants-éleveurs. Le métier de négociant a beaucoup évolué au fil des siècles pour
revenir, il y a une dizaine d’années, à sa définition de base, celle du négociant-éleveur.
Autrefois, la quasi-totalité des vins était achetée en vrac et l’élevage se faisait dans les
chais du négociant. Une fois « élevés », les vins étaient soit mis en bouteilles par le
négociant qui intégrait sur l’étiquette son nom et celui du château ou bien, ils étaient
expédiés en barriques vers d’autres maisons de négoce, notamment en Grande-
Bretagne, qui se chargeaient de la mise en bouteille et de l’étiquetage. La valeur
ajoutée du produit se trouvait donc incontestablement dans le camp du négoce.
Près de 75% de la production de vins de Bordeaux est vendue par les 400 maisons de
négoce girondines qui assurent, de surcroît, plus de 80% des exportations. Elles
écoulent plus de 95% des grands crus classés. Elles commercialisent leurs vins dans
plus de 170 pays. Le négoce bordelais tout en étant très concentré présente une
diversité de taille et de politique commerciale intéressante. Les maisons de négoce
ont réalisé un chiffre d’affaires cumulé pour 2004 de 3 milliards d’euros dont 1
milliard à l’export ; et 35 maisons constituent à elles seules 80% du chiffre
d’affaires du secteur. Les maisons de négoce bordelaises emploient près de 7600
salariés (y compris la force de vente) et commercialisent en moyenne 800 millions de
bouteilles
La mise en bouteille au château, gage de qualité de plus en plus recherchée par les
consommateurs, a incité les négociants à se spécialiser dans le métier de «négoce
distributeur » de vins de châteaux. Cette nouvelle exigence du marché débouche sur un
nouveau partenariat entre les négociants et les éleveurs car, même si les grands crus ont
pu s’équiper en conséquence, il n’en a pas été de même pour les viticulteurs plus
modestes qui, par manque de connaissances et moyens financiers, n’ont pu mener à bien
ces opérations. Le négociant achète une partie des récoltes pour les mettre en bouteille
et les étiqueter sur le lieu de production.
Le négociant a ainsi mis à la disposition de l’éleveur son savoir-faire de la mise en
bouteille. Cette collaboration peut aussi être investie beaucoup plus en amont, certaines
maisons envoyant leurs œnologues à la propriété pour participer et même prendre la
directive des vinifications.
- La vente en primeur
La vente en primeur repose sur le système des allocations : volume de caisses de vins
attribuées par les propriétaires aux négociants. Ce volume alloué reflète l’évolution des
relations entre le propriétaire et le négociant, c’est-à-dire le nombre d’années durant
lesquelles ce dernier aura dû prouver sa capacité à vendre ses vins. La politique
habituelle des négociants consiste à honorer sans exception les allocations attribuées par
les châteaux, même les millésimes les moins bons, condition ultime pour garder leurs
allocations lors des bons millésimes. La position de force du fournisseur est ici
incontestable. Il est d’ailleurs d’autres terrains sur lesquels les compétences du
négociant seront évaluées : les millésimes les moins bons, les seconds vins1, voire les
vins blancs.
L’attribution officieuse des allocations est une institution à Bordeaux. Les parts de
chaque négociant sont soigneusement établies chaque année, et il est beaucoup plus
facile d’en perdre que d’en gagner. Ces allocations sont une véritable vitrine reflétant
la bonne santé du négoce et donc sa réputation. Dans ce système officieux, la parole
donnée est très importante et les acteurs du marché créent un équilibre subtil. Ainsi
aucun château n’octroie une allocation supérieure à 10% de son volume produit à un
négociant : il en va de l’équilibre du marché. Ce sont en effet les multiples acheteurs qui
font augmenter la demande donc augmenter les prix. Les propriétaires sont donc seuls
décideurs, mais les courtiers servent souvent d’interface entre les deux parties ; en
prenant la température au début de la campagne, ils jouent quelque fois le rôle de
médiateur.
Une fois l’achat en primeur effectué, le négociant doit à son tour ventiler ses ventes
judicieusement. Les primeurs sont peu vendus en France, la raison essentielle réside
dans le fait qu’une bonne partie des propriétés ne souhaitent pas, pour des raisons
d’image, voir figurer leurs vins en grande distribution et en interdisent la vente. La
proportion s’établit au niveau national à 25% de vente en France et 75% à l’étranger.
La vente des primeurs représente la condition ultime pour le bon équilibre du marché,
en raison d’une parfaite complémentarité des produits proposés par la société. En effet,
dans une situation de marché peu porteur, les allocations primeur risquent d’être
difficiles à écouler. Mais le négociant doit rester fidèle au château, essayer de vendre ses
volumes pour pouvoir, l’année suivante, bénéficier des mêmes allocations. A contrario,
les bonnes années, les primeurs peuvent devenir pour la société un bon tremplin
commercial dans le développement de ses marques. Ainsi, si un importateur est très
demandeur, le négociant va lui proposer, tout en satisfaisant à ses demandes primeurs,
quelques vins de marques « négoce » que le client aura tout intérêt à accepter.
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Second vin : vin issu d’une seconde production dans l’élaboration des grands crus classés
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Le château fixe donc le prix de sortie de son vin en fonction des volumes de production
et de la qualité du vin. Bien sûr, plus le millésime sera exceptionnel et plus les quantités
disponibles seront faibles, et plus le prix sera fort. Les premiers crus se fondent
également sur le cours actuel des trois ou quatre millésimes précédents.
Comme tous les marchés, le marché des grands crus classés est fondé sur l’interaction
de l’offre et de la demande. La difficulté vient du fait que l’offre est limitée en
quantité. Les grands crus sont tous déjà à la limite des rendements maximum autorisés
par les appellations. La quantité de production ne peut donc varier que dans un sens, et
en cas de mauvaises conditions climatiques, la production baissera. L’offre n’évolue
donc qu’en qualité, et ce sont les choix du viticulteur qui la détermineront.
Sur le marché, lors des millésimes moyens ou décevants, la situation reste calme. Lors
de bons millésimes, tout peut se précipiter et la loi de l’offre et de la demande se
vérifier. Les premiers grands crus (au nombre de 7) étant incapables de satisfaire une
demande beaucoup trop importante, les prix flambent. C’est la situation que le marché
connaît depuis 1994. Par un effet domino, la situation bénéficie tout autant aux autres
crus classés.
Ainsi le marché des premiers crus se présente comme un marché d’excellence qui hisse
vers le haut l’ensemble du marché des vins de Bordeaux. Mais ce marché peut se
détacher complètement des réalités économiques et subir, comme actuellement, les
contrecoups d’une euphorie passée. C’est un marché spéculatif, car, à l’image du
marché boursier, le marché des premiers crus de Bordeaux fait la part belle à
l’anticipation de la valeur à la hausse.
La vente en primeur ressemble à la spéculation sur les marchés à terme dans la
mesure on l’on vend ce que l’on n’a pas encore. Par contre, il est une différence
notable : le prix. Les prix des vins primeurs n’ont cessé d’augmenter d’une année sur
l’autre. Peut-être vont-ils commencer à se stabiliser, faute de pouvoir descendre puisque
les cours des grands vins ne baissent jamais. Ils montent à chaque fois qu’un lot est
vendu, car les quantités disponibles diminuent, jusqu’à ce que la production soit
totalement épuisée. En outre, les vins en vieillissant sont loin de perdre de leur valeur.
Certaines bouteilles de premiers grands crus dépassent largement les milliers d’euros,
surtout s’il s’agit d’un grand millésime (1945, 1961, 1982, 1990, 2000).
Auchan et de 30 millions chez Intermarché. Ce dernier est plutôt spécialisé dans les vins
peu chers et annonce la vente de 250 millions de bouteilles de vins par an, dont 5
millions pour la foire aux vins d’automne. La tendance est inversée dans les 120
magasins Auchan qui ne vendent que 130 millions de bouteilles de vins par an, mais 16
millions en foire aux vins.
Pour la société Carrefour, les foires aux vins représentent 20 millions de bouteilles
vendues par an. A travers sa filiale Prodis (et Johannes Boubée, la maison de négoce
familiale récemment rachetée), Carrefour annonce dans les magasins du groupe
(Champion, Huit à Huit, Proxi, Shopi) la vente de 80 millions bouteilles de vin, dont 37
millions de vins de Bordeaux. Elle assure ainsi, à elle seule, 5 % de l’écoulement total
des bordeaux. Il est vrai que Carrefour est le numéro deux mondial de la grande
distribution et il est surtout le numéro un de la distribution en Europe où il capte 20 %
du marché du commerce alimentaire.
Dans les foires au vin, comme dans les ventes des grandes surfaces en général, le
bordeaux reste le roi incontesté. C’est dans l’Hexagone que le négoce bordelais écoule
chaque année deux tiers de ses ventes, c’est-à-dire près de 500 millions de bouteilles.
Selon le CIVB2, près de 218 millions de bouteilles de Bordeaux ont été vendus en GD
pour un chiffre d’affaires de 860 millions d’euros en 2004, soit une progression de 3%
par rapport à 2000.
En 2004, la GD a vendu 1 milliard de litres de vin dont les Bordeaux ont représenté près
de 16,5%. Mais, dans les foires, ils sont les plus demandés et représentent 40 à 50% des
ventes.
Leurs prix de vente varient de 1,5 à 152 euros (10 francs à 1000 francs la bouteille)
selon les appellations, les marques et les millésimes. Mais, dans les magasins de la GD,
ce sont les vins à moins de 3,5 euros qui représentent les deux tiers des ventes.
De plus en plus, les hypermarchés et supermarchés des GSA, grâce à leurs puissantes
centrales d’achats, s’adressent directement aux producteurs-éleveurs, court-circuitant le
négoce traditionnel. Adopter une stratégie de filière, c’est notamment le choix opéré par
Carrefour, avec sa filiale Prodis. Mais c’est aussi celui du groupe Casino avec sa filiale
Les Chais Beaucairois (CA de 160 millions d’euros) et du groupe Intermarché avec sa
filiale Fiée des Lois (CA de 110 millions d’euros).
Le consommateur est de plus en plus attentif à l’origine du produit qu’il achète. Pour
répondre à cette attente, les entreprises européennes proposent des vins d’appellation.
La France a défini, quant à elle, depuis 1970, une réglementation spécifique
d’Appellation d’Origine Contrôlée (AOC)3 quant à la qualité de production des vins
de table et des vins de pays produits dans des régions déterminées. Plus
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CIVB : Conseil Interprofessionnel des Vins de Bordeaux
3
Les vins AOC sont soumis au contrôle et l’agrément de l’INAO. On ne peut pas faire par exemple
n’importe quoi : au niveau de la viticulture, il est par exemple interdit d’irriguer les vignes, une pratique
très courante dans l’hémisphère sud ; au niveau de la vinification, on ne peut pas rajouter des copeaux de
bois , etc.
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Dans l’ensemble des pratiques marketing existantes de tous les pays producteurs, on
constate une forte tendance d’évolution vers une approche davantage tournée vers le
client. D’un marketing de l’offre, fondé sur une notoriété acquise, on voit se développer
un marketing de la demande, plus souple et surtout très réactif à l’écoute des besoins du
client. C’est pour mieux s’adapter à cette réalité que le CIVB (Conseil
Interprofessionnel des Vins de Bordeaux) a décidé d’augmenter depuis 2001 son
budget promotion de 15 millions d’euros (pour 2001), à 28 millions d’euros en 2006.
Par rapport à d’autres appellations, les acteurs bordelais ont dans le passé consacré
moins d’efforts financiers à la promotion que d’autres acteurs : celle-ci coûte 2,70
euros à 1 hectolitre de bordeaux rouge, quand elle représente 3,70 euros à 1 hectolitre de
beaujolais.
Pour réussir dans les nouveaux pays consommateurs, les vins devront être adaptés aux
habitudes et aux cultures nationales, il s’agit donc d’y appliquer un marketing local.
Ainsi, pour séduire la clientèle jeune, qui représente le marché à conquérir, attachée aux
boissons sucrées, douces et pétillantes, il faudrait inventer des produits nouveaux,
désaltérants, voire ludiques. Certains y ont déjà pensé, les Italiens ont créé les « wine
coolers », des vins mélangés à du jus de fruit et les Allemands, quant à eux,
commercialisent avec beaucoup de succès les « wine mixers », vins blancs mélangés à
de la limonade ou de l’eau gazeuse. Pour conquérir la clientèle féminine, la maison
CALVET vient de faire appel à une œnologue pour concevoir le vin de marque XF.
Une autre innovation est possible, celle des vins de cépages. A l’origine, les vins de
cépages sont une création « marketing » de régions viticoles peu réputées pour leur
qualité ou leur terroir. Le but étant de présenter son vin de la manière la plus simple
pour en faciliter la vente. Ainsi, un consommateur appréciant les arômes de tel cépage,
achètera n’importe quel vin étiqueté avec le nom du même cépage. Il faut cependant
faire attention au fait que l’on s’éloigne de cette façon de la qualité reconnue des vins
d’assemblage4.
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Vin d’assemblage : vin issu de l’assemblage de plusieurs cépages
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Plus marginale est la mise sur le marché bordelais de vins de garage. C’est à Jean-Luc
Thunevin, propriétaire du château Valandraud à Saint-Emilion, que l’on doit
l’expression « vins de garage ». Il s’agit de vins rares, issus de vieilles vignes, vinifiés à
part selon l’oenologie moderne, avec un apport de bois neuf important. Ils ne dépassent
pas quelques milliers de bouteilles, sont vendus très chers (plus de 100 euros la
bouteille) et se recommandent par une qualité également rare. Ces vins de garage
doivent beaucoup à l’américain PARKER qui les a très bien notés lors de leur
introduction sur le marché des primeurs.
Même si, au niveau mondial, le secteur du négoce de vins reste très atomisé puisque le
leader ne dispose que de 2.5% du marché (cf tableau suivant), la tendance à la
concentration depuis une dizaine d’années est indéniable.
Depuis quelques années, les vins de Bordeaux se trouvent confronté à une concurrence
nationale et internationale de plus en plus agressive pour deux raisons principales : le
développement de la grande distribution française avec l’apparition de nouveaux
fournisseurs ; la montée en puissance des vins étrangers, en particulier des vins dits du
« Nouveau Monde » (Argentine, Chili et Afrique du sud), qui ne fait que conforter la
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Les principales entreprises exercent leur activité dans au moins l’un des trois domaines
suivants : grands vins, marques commerciales et exclusivités.
Le négoce bordelais représente environ 400 sociétés. La caractéristique propre des plus
importantes, tel Castel, G.V.G, C.V.B.G. et Ginestet, est un savoir-faire historique et un
réseau de relations professionnelles qui freinent incontestablement l’entrée de nouveaux
concurrents nationaux.
Face à beaucoup d’entreprises à capitaux familiaux qui viennent compléter une structure
de production, il existe des entreprises filialisées à de grands groupes nationaux ou
internationaux de la filière vins et spiritueux (Pernod Ricard, Seagram,…).
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91 500
Yvon MAU 545 000 85 15 337 500 191 54
83 084
CORDIER 363 361 79 21 166 493 84 62
MESTREZAT
55 394
BARTON & 325 000 48 52 32 000 35 95
GUESTIER 49 545
DULONG 340 000 60 40 460 000 100 47
FRERES ET
FILS 51 832
CHEVAL 249 000 80 20 60 000 40 35
QUANCARD 20 700
Caves de 727 000 50 50 NC 244 58
Landiras 110 830
[Link] 102 600 99 1 27 230 12 37
&FILS 15641
[Link] fils 62970 100 0 20 755 15 22
9 600
[Link] SA 65 600 83 17 30 000 42 70
10 000
CALVET 350 000 70 30 187 500 115 70
53 357
La maison CASTEL possède le plus grand chai d’Europe dans la banlieue de Bordeaux
: 8800 m2 couverts, 165 mètres de long et une capacité de 45 000 barriques. Elle est le
premier négociant en vins européens avec 450 millions de bouteilles de vin par an. 240
millions sont des vins de table et de pays ; 210 millions des vins d’appellation.
L’essentiel des ventes est sur le marché français mais l’export (16%) progresse
notamment en Angleterre et au Japon. La répartition du CA en France est la suivante :
CHR(5%), GMS(74%), grossistes(15%), caves spécialisées(5%), particuliers(1%). La
société contrôle directement 12 châteaux en Bordelais, 2 domaines en Provence et 14
domaines au Maroc. Le choix a été fait de s’orienter vers une politique multi-marques
même si celle-ci exige de nombreuses ressources, qu’elles soient financières ou
commerciales. Les marques « négoce » représente 40% du CA total et 35% des
volumes.
Elle a été l’une des premières à promouvoir des marques commerciales et en compte
près d’une quinzaine. Elle possède dans son portefeuille le leader des bordeaux rouges :
BARON DE LESTAC avec 8,5 millions de bouteilles vendues en 2001(depuis 1998, les
ventes ont doublé). Sa progression est spectaculaire car, il y a dix ans, cette marque
représentait à peine 100000 cols. Le Baron de Lestac représente 34% de son CA en vins
de marques nationales et est commercialisé dans plus de 20 pays.
Une autre marque de bordeaux rouge, BLAISSAC, prend la troisième place des
bordeaux vendus en GD sur le sol français, derrière Baron de Lestac et Malesan. En
vins du pays d’Oc, la société est très présente avec les marques : Héritage du Rhône
(21% du CA national et une progression de 300% sur les trois dernières années) et
Terrasse d’Azur (16% du CA et 100% de progression depuis 3 ans).
Castel est aussi leader sur le marché du vin de table avec la marque Vieux Papes qui
vient de fêter son 70ème anniversaire et qui a progressé de 40% depuis 1998.
En octobre 2003, Bernard MAGREZ ( PDG de WILLIAM PITTERS) a décidé pour
des raisons stratégiques de vendre ses vins de marque, dont notamment Malesan, au
groupe CASTEL. La société William Pitters tranchait dans l’univers du négoce
bordelais par sa stratégie résolument tournée vers les marques. Sa marque phare en vin
de Bordeaux rouge, MALESAN, a talonné le leader en rouge avec 7,5 millions de cols,
mais reste loin de Mouton Cadet, le leader toutes catégories. Récemment, WPI avait
réussi une percée sur le marché russe en y vendant 400 000 bouteilles de Malesan et un
total de 2 millions de bouteilles de vins&spiritueux pour un CA de 15 millions d’euros.
La maison CVBG Dourthe Kressman est née de la fusion en 1966 de Dourthe frères et
Kresmann&Cie. Elle s’est plutôt spécialisée dans le milieu et haut de gamme. Elle
conditionne 32 millions de bouteilles par an. Plus de 70 châteaux sont commercialisés,
notamment des grands crus classés. Elle contrôle directement 5 propriétés bordelaises et
exploite en direct 265 ha de vignes. Ses marques ont une image forte et se déclinent
autour de deux grandes marques ombrelles : DOURTHE (Le cardinal, Dourthe n°1...) et
KRESSMANN. Elle réalise 43% de son CA en France (45% dans le circuit traditionnel
des CHR et 65% en GMS).
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Par opposition aux vins effervescents (mousseux, Champagnes), les autres vins sont dits « tranquilles ».
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en exclusivités (40%) et les marques distributeurs (25%). Cette bonne répartition lui
permet de répondre à l’ensemble des besoins de sa clientèle, elle aussi fortement
diversifiée : la Grande Distribution représente l’atout majeur dans son développement
avec 75% de son chiffre d’affaires France, les circuits traditionnels (cafés, hôtels,
restaurants (CHR) d’un côté avec 5% ; magasins spécialisés et grossistes de l’autre avec
20%), sont constitués de clients de longue date. Les marques « négoce » représentent
41% dans le CA total et 50% en volume.
Créée en 1873, la société familiale DULONG est caractérisée par une large gamme de
vins : vin en vrac (206 000 hl) ; bouteilles (19 000 000 cols), vins de marque (60% du
chiffre d’affaires) ; vins Charte de Qualité (12 châteaux partenaires). La société a la
volonté de s’impliquer en amont dans la production de raisins puis dans l’achat de
vendange et enfin dans la vinification. L’objectif est de garantir qualité et sécurité au
consommateur ainsi que préservation du terroir et de l’environnement. Ainsi, la société
a investi 7 millions d’euros dans la création d’un gigantesque centre de vinification à
Saint-Savin de Blaye. Ce cuvier dispose de 80 cuves de 400 hectolitres chacune. Plus de
80 viticulteurs girondins, sélectionnés en raison de la qualité, ont apporté tout ou partie
de leur récolte pour la constitution du dernier millésime. En pleines vendanges, ce
cuvier peut absorber jusqu’à 200 tonnes de raisin par jour. Grâce à cet outil, le
négociant peut sécuriser ses approvisionnements. Eric Dulong souligne que l’on est ici
aux sources du métier de négociant, qui consiste historiquement à sélectionner des vins,
à les élever et à les commercialiser, notamment sous les marques du négoce.
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Au niveau international, la concurrence se fait de plus en plus vive et elle sera encore
plus forte dans les années à venir. Deux exemples illustrent cette tendance :
- Les plantations récentes dans l’hémisphère Sud et aux Etats-Unis entreront en
pleine production d’ici deux à trois ans et pèseront fortement sur le marché.
- En Australie et en Nouvelle-Zélande, le vignoble a augmenté de 22 000 hectares
(+30%) entre 1994 et 1997.
En 2004, la France a importé 5,4 millions d’hectolitres de vins des pays étrangers pour
une somme de 411 000 millions d’euros (2,7 milliards de francs). A elles seules,
l’Espagne et l’Italie représentent 80% des importations de vins.
Dans le même temps, la France a exporté 15,7 millions d’hectolitres de vin pour une
somme évaluée à 5,5 milliards d’euros (36 milliards de francs).
Les vins étrangers dans les rayons des grandes et moyennes surfaces françaises n’ont
pas dépassé 15 millions de litres, soit 1,5 % des ventes de vin dans la GD française. A
titre de comparaison, les vins de Bordeaux y ont constitué les plus gros bataillons avec
164 millions de litres (16,5%).
Les vins qu’on appelle du Nouveau Monde ne représentent que 0,18% des ventes de vin
dans la GD française. Leur percée sur le marché national est encore très limitée. Par
contre, leurs parts de marché n’ont cessé de croître en Europe du Nord. Ainsi, au
Royaume-Uni, les vins australiens ont littéralement explosé, passant devant tout le
monde. Ils sont de très loin les vins les plus importés, devant les vins américains, sud-
africains et chiliens. Les vins de Bordeaux s’y classent bravement cinquièmes, devant
l’Argentine. La concurrence de l’hémisphère sud est donc à prendre très au sérieux sur
certains marchés d’exportations.
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Les Etats-Unis (0,7 millions de litres en GD française) qui ont longtemps focalisé leur
potentiel viticole sur le marché intérieur, développent aujourd’hui leurs exportations en
s’aidant de moyens financiers importants, de stratégies de marques et de démarche
marketing agressive. Avec 2.2 milliards de bouteilles par an, la Californie produit 90%
des vins américains. Elle est le 4ème producteur mondial après la France, l’Italie et
l’Espagne. Ses exportations ont été multipliées par 16 depuis 15 ans : en 1999, elles ont
atteint 4 milliards de francs, soit la moitié de celles de Bordeaux. Les deux principaux
producteurs sont : GALLO et MONDAVI
GALLO fabrique du vin comme coca-cola produit son soda. Cette « Winerie »
industrielle fondée en 1933 a réalisé un chiffre d’affaires de 1,7 milliards d’euros, dont
20% à l’export. Elle emploie 6000 personnes pour une production annuelle avoisinant
800 millions de bouteilles, presque autant que celle de tout le Bordelais réuni. Les Vins
Gallo s’écoulent dans 93 pays à travers une forte politique marketing : près de 50
marques sont proposées depuis les vins de table Carlo Rossi, Livingstone Cellars ou
Twin Valley (4 euros) jusqu’aux crus élevés Estate Wine(de 38 euros à 60 euros la
bouteille). Les vins de table génèrent plus de la moitié du CA de Gallo. Au niveau
commercial, le vin est vendu sous une marque et le cépage dominant qu’il contient
(chardonnay, pinot, merlot, zinfandel...).
MONDAVI produit 104 millions de bouteilles pour un CA de 0,5 milliard d’euros. Elle
emploie 1200 salariés. Les exportations représentent 9% de son CA. La propriété
« Robert Mondavi Winery » dans la Napa Valley est visitée chaque année par 300 000
touristes américains. Le portefeuille de marque est volontairement éclectique pour plaire
à tous les goûts. Près de 15 marques y sont développées : de Woodbridge (de 5 euros à 9
euros) au célèbre Opus One (120 euros). La société est cotée au Nasdaq depuis 1993. Il
faut souligner que ce vigneron industriel a doublé ses ventes depuis 6 ans.
L’Argentine est l'un des pays du Nouveau Monde possédant des capacités agricoles très
favorables. Même si les structures actuellement en place permettent peu de valoriser et
de commercialiser la production, l’arrivée de nouveaux investisseurs, notamment
chiliens, devrait à moyen terme faire de cette filière un concurrent très agressif.
La France et plus globalement les pays européens sont depuis longtemps présents sur les
marchés à l’exportation avec des gammes larges couvrant l’ensemble de la demande
internationale. Ces pays, en s’appuyant sur des pratiques et une culture commerciale
ancienne, ont su capitaliser leur avantage concurrentiel sur les nouveaux arrivants. En
outre, des coûts de production compétitifs facilitent également la mise en marché de
leurs produits.
Parallèlement, les pays du Nouveau Monde présentent des gammes simples de vin de
cépages et une cohérence de prix par segment qui ont su répondre aux attentes des
nouveaux consommateurs. Ces nouveaux producteurs s’entourent ainsi des facteurs de
compétitivité susceptibles de menacer la position dominante des vins européens en
général, et du vin français en particulier.
Le marché des vins de Bordeaux était jusque dans les années 90 bien établi. Les pays
traditionnellement importateurs de vins français étaient par ordre de valeur importée
l’Allemagne, la Belgique et le Luxembourg, le Royaume-Uni et les Etats-Unis. En
outre, depuis le début des années 80, un nouveau client est apparu et a pris une place de
plus en plus importante pour finir premier importateur de vin français : le Japon.
Les Etats-Unis représentent le plus important marché des Premiers Crus. Ce marché
présente la spécificité de varier en fonction des millésimes, à la différence des autres
pays qui, jusqu’alors, maintenaient à peu près leur part de marché d’une année sur
l’autre. Lors des bons millésimes, les Etats-Unis sont très demandeurs et, lors des
millésimes moins bons, la demande chute. Les Américains sont en fait très influencés
par le journaliste dégustateur Robert Parker qui publie chaque année un guide avec
notation des tous les crus du Bordelais. Ainsi, si un millésime obtient une note
moyenne, les importateurs américains pensent que le vin ne se vendra pas, et donc n’en
achètent pas. Par contre, si un millésime est bien noté, les importateurs sollicitent
fortement les négociants pour acheter de grandes quantités, même à des prix élevés.
A partir de 1980 avec l’apparition du Japon comme nouveau client, les données ont été
modifiées. Le marché japonais a contribué à l’accroissement de la demande générale
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des grands vins. L’offre, toujours égale en quantité, s’est donc automatiquement
raréfiée. Le marché a eu du mal à s’accommoder de cette nouvelle demande, les parts de
marché des autres pays se sont tassées inéluctablement pour laisser une place au Japon.
A peine le marché s’était-il adapté à cette nouvelle situation qu’au début des années 90
apparaît une demande supplémentaire en provenance d’Asie. Consommer les grands
vins de Bordeaux est devenu dans les dragons asiatiques, Hong-Kong, Taïwan et
Singapour, un signe de grande distinction et de savoir-vivre.
Le marché a du mal à faire face à cette pression et le risque le plus imminent est le
niveau de croissance de ces pays. Ils connaissent un très fort développement
économique multipliant les classes aisées susceptibles d’être intéressées par le plus
prestigieux des produits de luxe, et surtout le plus vertueux. La France a la deuxième
plus longue espérance de vie mondiale, et c’est aussi le premier consommateur de
vin. Le « French Paradox » étonne le monde entier et les Asiatiques y sont très
réceptifs. Les marchés en devenir sont Hong-Kong, Taïwan, Singapour mais surtout la
Chine.
La Chine a un potentiel si énorme qu’elle pourrait déstabiliser à elle seule le marché des
grands vins par définition si restreint. Le développement brutal de la demande
compliquerait encore davantage la hausse des prix. Inversement, un désintérêt pourrait
provoquer leur baisse. Le danger est d’autant plus à craindre que l’ensemble de la
population chinoise englobe, en plus de la Chine, la majorité des milieux d’affaires,
principaux acheteurs de grands crus, de Hong Kong, de Taiwan et de Singapour.
Travail à faire :
1) Analyse des macro-environnement et méso-environnement pour la sphère viti-
vinicole.