Master : Juriste d’affaires ( Semestre 2 )
Module : Techniques contractuelles
Thématique : Le mandat
Travail réalisé par : Chakib Yassir
Et encadré par : Le professeur Ahmed el Hajjami
Année scolaire : 2018-2019
Introduction :
Afin de permettre plusieurs personnes qui se trouvent empêchés de
réaliser une telle ou telle mission d’en parvenir, les systèmes juridiques
modernes ont prévu le mandat. Ce dernier est défini comme étant une
procuration donnée par le mandant à un mandataire en vertu de laquelle ce
dernier réalise une mission donnée de portée spéciale ou générale en faveur et
pour le compte de son mandant. Le formulaire classique d’un mandat (terme
juridique désignant une procuration) doit impérativement inclure des pré-
requis indispensables au bon déroulement de la procédure. A commencer par
le nom du mandant et du mandataire. La date et la durée du mandat doivent
également être précisées. Le document ne doit être signé que pour une fin
particulière et pour une durée limitée, quitte à renouveler la procuration par la
suite. Sans oublier les tâches à accomplir par le mandataire et les conditions
associées à la mission. Le Dahir des obligations et contrats permet un cadre
réglementaire propre à garantir les droits, à la fois du mandant et mandataire.
Il convient de distinguer deux types de mandat comme on a susmentionné:
général et spécial. Le mandat général porte sur la gestion du patrimoine, dans
sa globalité ou partiellement. Il assigne au mandataire des pouvoirs généraux
sans limitation. Il donne entre autres le pouvoir de faire tout ce qui est dans
l'intérêt du mandant, «selon la nature de l'affaire et l'usage du commerce»,
notamment de recouvrer ce qui est dû au mandant ou encore de payer ses
dettes. Pour sa part, le mandat spécial concerne la gestion des comptes
bancaires, la gestion ou la vente d’un bien immobilier, la gérance, voire les
arbitrages et ventes sur les comptes financiers, etc.). Dans le secteur bancaire,
la procuration bancaire est un mandat par lequel le titulaire d’un compte
bancaire donne à une autre personne l’autorisation d’effectuer certaines
opérations sur le compte. Elle est souvent utilisée par les malades, les invalides
ou les personnes âgées qui ne peuvent se rendre à leur établissement bancaire.
Autre type de procuration spéciale: le mandat d'ester en justice d’un comité
d’entreprise. Lorsque ce dernier veut ester en justice, il lui faut désigner l’un
de ses membres
Le mandat figure parmi les contrats nommés en droit marocain, c’est-à-dire un
contrat nommé par la pratique et par la loi, qui a son propre régime juridique
applicable bien sûr après être qualifié comme tel soit par les parties ou le juge.
Le mandat n’est pas toujours donné pour l’intérêt du mandant, parfois ça peut
être dans l’intérêt du mandataire ou même d’une tierce personne. Cependant
pour que le mandat soit valable du point de vue la loi, quelques conditions
doivent être remplies notamment concernant la capacité et son objet. En effet,
l’objet doit être licite et possible et non contraire à l’ordre public, et la capacité
pour réaliser la mission objet du mandat est requise pour le mandant et non
pour le mandataire, ce dernier doit seulement disposer de ses facultés
mentales et être doué de discernement. Il faut mentionner qu’être mandataire
suppose de rendre régulièrement compte à son mandant, en particulier de
l’utilisation faite des procurations qui lui ont été consenties. Une manière de
s’assurer que sa mission a été convenablement remplie. En cas d’abus, la
procuration peut être révoquée à tout moment tant qu’elle n’a pas encore été
utilisée pour l’acte qu’elle prévoit. Tel est le cas par exemple d’une procuration
pour vente d’un bien immobilier, qui sera révocable tant qu’elle n’aura pas
permis de signer l’acte de vente. Une fois l’acte signé en revanche, la
procuration spéciale ne sera par contre plus révocable.
Un mandat crée des effets à l’égard du mandant, du mandataire et
même des tiers, et prend fin généralement par l’extinction de la mission objet
du mandat, ou pour autre raison telle que la révocation ou le décès du
mandant. C’est pourquoi dans le cadre de notre analyse, nous allons répondre
aux questions suivantes : Quels sont les effets du mandat à l’égard du mandat,
du mandataire, et des tiers ? Et d’un autre côté quelles sont les formes par
lesquelles le mandat peut prendre fin ? Conséquence du mécanisme de
représentation opérée par le mandat, la capacité quant au pouvoir de conclure
l'acte principal s'apprécie en la personne du mandant et non de celle du
mandataire, non engagé, qui peut être un mineur non émancipé, voir un
incapable majeur s'il a un discernement suffisant ( C. civ., art. 1990). Mais
l'incapacité est opposable au mandant. Opération conclue pour le compte d'un
autre, le mandat ne doit pas être confondu avec des contrats qui ont aussi cet
objet.
• Ce n'est pas un contrat de commission ( C. com., art. L. 132- 1) car le
commissionnaire ( en douane, de transport par ex.) agit en son nom ( et non au
nom de celui qui fait appel à ses services), même si son rôle d'intermédiaire est
parfaitement connu des tiers avec lesquels il contracte. Il est engagé
personnellement mais le commettant ( celui pour lequel il agit) a un droit direct
contre le tiers contractant si l'existence de la commission est dévoilée. • Ce
n'est pas non plus un contrat de prête- nom par lequel une personne ( «
homme de paille » ) agit au nom d'une autre sans révéler sa qualité
d'intermédiaire mais à laquelle elle va ensuite rétrocéder le bénéfice du contrat
( double mutation). Si les tiers apprennent l'identité du donneur d'ordres, ils
peuvent agir contre lui ( comme dans la simulation – C. civ., art. 1201-, ils
peuvent invoquer l'acte ostensible ou l'acte occulte).
• Ce n'est pas davantage une déclaration de command car bien que
l'interposition de personne ne soit pas occulte, le nom du command n'est pas
révélé au moment de la conclusion du contrat. Dans les ventes immobilières
( c'est là où on la rencontre le plus souvent), la révélation doit intervenir dans
les 24 heures de l'acte sinon fiscalement, il y a une double mutation ( et donc
une double perception des droits de mutation). Dans les autres cas, elle est
faite dans le délai stipulé ( en général très court) sinon c'est aussi une double
vente.
• Ce n'est pas enfin un courtage dans lequel le courtier se borne à rapprocher
les deux parties mais ne conclut pas de contrat à leur place ( ex courtage
matrimonial).
Notre étude sera répartie comme telle Dans une première partie, nous allons
voir la qualification du mandat c’est-à-dire comment identifier qu’un tel contrat
renvoie à un mandat ? Puis dans une deuxième partie, nous verrons le régime
juridique du mandat en tant que contrat spécial c’est-à-dire la formation et
l’exécution. Enfin, nous allons consacrer la troisième partie à l’extinction du
mandat, on traitera les causes de l’extinction volontaire et celles de l’extinction
involontaire.
Plan du sujet :
Première partie : La qualification du mandat
- Le pouvoir donné au mandataire
- L’accomplissement d’un acte juridique
- Au nom et pour le compte du mandant
- L’absence de subordination
Deuxième partie : Le régime juridique du mandat
A- La formation du mandat
- Conditions de fond
- Conditions de forme
B- L’exécution du mandat
- Entre les parties
- A l’égard des tiers
Troisième partie : L’extinction du mandat
- L’extinction volontaire
- L’extinction involontaire
Première partie : La qualification du mandat :
Tout d’abord, avant de passer aux éléments juridiques qualifiant un
contrat d’un mandat, il faut mettre l’accent sur quelques caractéristiques qui
caractérisent ce contrat spécial :
- S’agit-il d’un contrat consensuel ou nécessité d’un écrit ?
Le mandat est en principe un contrat consensuel. Mais on applique pour lui le
parallélisme des formes : Si le contrat pour lequel le mandat est donné
nécessite pour sa validité un écrit, voire un acte notarié ( ex. mandat pour la
constitution d'une hypothèque pour une personne physique, mandat donné
par l'un des futurs époux pour le contrat de mariage), le mandat doit avoir la
même forme. Si une mention manuscrite doit figurer, à peine de nullité, dans
l'acte principal1, cette mention figurera dans le mandat. L'écrit est parfois exigé
pour certains mandats spécifiques.
- Mandat exprès ou mandat tacite ?
Si le mandat porte sur des actes d'administration, il peut n'être que tacite.
Parfois, la loi pose une présomption de mandat tacite ( rapports entre époux,
entre co-indivisaires). Mais dès lors qu'il s'agit « d'aliéner ou hypothéquer, ou
de quelque autre acte de propriété, le mandat doit être exprès » 2.
- Mandat général ou mandat spécial ?
• Le mandat est « général… pour toutes les affaires du mandant » 3 « Le mandat
conçu en termes généraux n'embrasse que les actes d'administration » ( C. civ.,
art. 1988). Ce type de mandat est en général tacite. Le mandat est spécial «
1
( ex. C. consom., art. L. 331- 1 et 331- 2 pour les cautionnements consentis par des personnes physiques au
profit de créanciers professionnels)
2
( C. civ., art. 1988, al. 2).
3
( C. civ., art. 1987).
pour une affaire ou certaines affaires seulement » 4. Il concerne donc des actes
limitativement précisés. Il est souvent exprès ( sans que cela soit
indispensable). S'il s'agit de représentation en justice ou d'initier une procédure
judiciaire, un mandat exprès et spécial ( mandat ad litem ) est nécessaire ( sauf
pour les avocats ).
Le pouvoir donné au mandataire :
Il faut faire une distinction dans ce cadre entre le mandat et la
gestion d’affaires, le mandat repose sur un acte de volonté du mandant qui
confie la gestion de son affaire au mandataire qui l’accepte. Donc c’est cet
élément d’acceptation qui distingue le mandat de la simple gestion d’affaires.
En ce qui concerne le reste, ces deux contrats sont similaires puisque selon les
dispositions de l’article 1301 du code civil français, la gestion d’affaires produit
les effets d’un mandat en obligeant le maitre de l’affaire à remplir les
engagements que le gérant a contractés en son nom.
L’accomplissement d’un acte juridique :
Le code civil dans son article 1984, inspiré de la définition de Pothier
et de la conception large du mandatum romain, a défini ce que veut dire
l’obligation de faire quelque chose, mais cette dernière ne traduit pas la
mission dont est chargé le mandataire dans le cadre d’un mandat. Le
mandataire , en principe, est chargé d’accomplir pour le compte de son
mandant un acte juridique, ce qui l’oppose à l’entrepreneur chargé seulement
d’accomplir des actes matériels. De même, suivant la même logique, on ne
peut considérer le courtier comme un mandataire, puisque son rôle consiste
seulement en la mise en contact de deux personnes ou plus en vue de conclure
un contrat. Il ne peut en aucun cas, conclure des contrats pour le compte de
celui qui recourt à ses services, il ne représente qu’un simple intermédiaire
chargé de rapprocher d’éventuels contractants. C’est le même cas pour le
notaire qui n’est ni autorisé à accepter une offre d’achat ni de conclure la
vente, sa mission consiste tout simplement à rédiger l’acte notarial. Le contrat,
dans ce cas, ne peut être considéré comme un mandat, mais en fait d’un
4
( C. civ., art. 1987).
contrat d’entremise. Il s’ensuit que le notaire n’avait pas le pouvoir de formuler
une offre de vente au futur acquéreur et que l’acceptation de ce dernier est
insuffisante à former la vente. Le vendeur demeurait libre d’accepter. Le
mandat de vendre vaut offre de vente mais non le contrat d’entremise, ni ce
que l’on nomme mandat d’entremise souvent conclu avec un agent immobilier.
Un tel mandat ne permet au mandataire de vendre que si une clause expresse
qui le permet est présente dans le contrat. En effet, le fait que le mandataire
accomplisse des actes juridiques pour le compte de son mandant n’exclut pas
la possibilité d’accomplir des actes matériels dans ce cadre. L’hypothèses est
présente dans plusieurs cas en pratique notamment chez l’avocat, le notaire, le
promoteur immobilier, agence de voyage… Il est naturel que des actes
matériels soient nécessaires à l’accomplissement par le mandataire de sa
mission juridique et que ces actes ne dénaturent pas l’opération du mandat. Il
faut noter que si la prestation matérielle n’est plus au service de la mission de
représentation, qu’elle poursuit une fin distincte et complémentaire, et donc
qu’elle n’en est plus l’accessoire, une qualification mixte à la fois de mandat et
d’entremise s’impose. Dans tous les cas, il convient d’admettre que
l’accomplissement d’un acte juridique au nom et pour le compte d’un donneur
d’ordre obéit au régime du mandat, quelle que soit la qualification donnée à
l’ensemble de l’opération.
Au nom et pour le compte du mandant :
On ne peut parler d’un mandat, sans élément considéré comme
prépondérant dans ce contrat, qui n’est d’autre que la représentation qui est
au cœur et présente l’essence même de l’opération. Cette représentation est
en effet elle-même sujette à controverses. Deux conceptions s’opposent :
- La représentation parfaite est celle dans laquelle le représentant agit
pour le compte mais également au nom du représenté. L’identité du
représenté est alors connue du tiers contractant. Le représentant est en
quelque sorte ‘ transparent ‘ puisque le contrat qu’il conclut avec les
tiers produit directement ses effets dans le patrimoine du représenté,
sans jamais transiter par le sien.
- La représentation imparfaite est celle dans laquelle le représentant agit
pour le compte du représenté mais en son nom propre5. Il ne révèle donc
pas sa qualité au tiers vis à vis duquel il est seul engagé. Selon la plupart
des auteurs, il ne s'agit pas d'une véritable représentation. Ainsi en est-
il, par exemple, de la déclaration de command, des contrats de
commission ou de prête- nom, que la doctrine tantôt exclut du cadre du
mandat, faute de représentation ( parfaite ), tantôt qualifie de « quasi-
mandats »6 ou de mandats sans représentation.7 L'ordonnance de 2016
a manqué l'occasion de clarifier ce flottement sémantique. En définissant
la représentation parfaite et la représentation imparfaite, l'article 1154
laisse entendre que ces deux formes de représentation sont soumises au
nouveau droit commun de la représentation. Or, à bien y regarder, le
régime institué par les articles 1153 et suivants ne correspond qu'à la
seule représentation parfaite, celle qui fait produire les effets d'un acte
juridique directement dans le patrimoine de la personne représentée,
sans transiter par celui du représentant. Il n'apporte en revanche aucun
éclairage au régime des contrats par lesquels une personne se voit
confier la mission de gérer les affaires d'autrui sans recevoir celui de
l'engager directement. Ces contrats ne sont ni des mandats, ni des
contrats de représentation8. Les relations entre commettant et
commissionnaire sont régies par les règles du mandat9. Les relations avec
les tiers échappent en revanche au mécanisme du mandat et, plus
généralement, à celui de la représentation. Le commissionnaire, agissant
en son nom propre pour le compte de son commettant, est seul engagé à
l'égard des tiers avec lesquels il contracte10. Il n'apparaît donc pas
comme véritable représentant du commettant. En réalité, la controverse
porte avant tout sur la qualification à retenir et non sur régime à
appliquer lequel est fixé par la loi. Dans la mesure où la qualification
permet en principe de déterminer le régime, on admettra que la
question demeure assez théorique. Dans les relations entre les parties, le
régime de droit commun du mandat s'applique à l'acte secret sous
5
( C. civ., art. 1154, al. 2)
6
( Malaurie, Aynès et Gautier, no 533)
7
( v. M.- L. Izorche, « À propos du mandat sans représentation » , D. 1999. Chron. 369).
8
( O. Deshayes, T. Genicon et Y.- M. Laithier, Réforme du droit des contrats…, LexisNexis, 2016, p. 241 s.)
9
( C. com., art. L. 132- 1, al. 2)
10
( rappr. C. civ., art. 1154, al. 2)
réserve de l'illicéité de l'objet ou de la cause. Encore faut- il établir
l'existence et le contenu de la convention conformément au droit
commun de la preuve, c'est à dire généralement par écrit, s'agissant de
prouver contre l'acte apparent11. Dans les relations avec les tiers, seul le
prête-nom est en principe engagé puisque la contre- lettre n'est pas
opposable aux tiers de bonne foi. En revanche, à supposer démontrée
l'existence de la contre- lettre dans le cadre d'une action en déclaration
de simulation (la preuve de la contre-lettre étant libre), les tiers peuvent
décider de se prévaloir de l'acte secret et non de l'acte apparent 12.
L’absence de subordination :
Parce qu’il entrepreneur particulier, le mandataire doit exécuter sa
mission de façon indépendante, c'est à dire en dehors de tout lien de
subordination. La présence d'un tel lien emporte la requalification du mandat
en contrat de travail. Le critère distinctif est donc le même qu'à propos du
contrat d'entreprise et soulève des difficultés analogues. Toutefois, plus ténue
est encore la frontière lorsque la loi permet le cumul des qualités de
mandataire et de salarié ( par ex., les mandataires sociaux ) ou qu'elle rattache
au salariat certains professionnels qui sont en même temps les représentants
de leur employeur ( par ex., les VRP qu'il est parfois difficile de distinguer des
agents commerciaux, lesquels sont de véritables mandataires indépendants.
Deuxième partie : Le régime juridique du mandat :
Après avoir qualifié un tel contrat de mandat, il convient de préciser
le régime juridique qui lui est applicable, c’est-à-dire la formation du contrat de
mandat puis les effets de ce dernier.
A- La formation du mandat :
Les conditions de fond :
- La capacité :
11
( C. civ., art. 1359).
12
( C. civ., art. 1201).
Double capacité du mandant : la capacité du mandant doit s'apprécier, non
seulement à la mesure du contrat de mandat, mais également par rapport à
l'acte pour la conclusion duquel le pouvoir est donné. L'acte conclu avec le tiers
ayant vocation à produire directement ses effets à l'égard du mandant, il est
naturel que la capacité s'apprécie chez lui. Au regard du mandat, la capacité
requise est celle d'accomplir un acte d'administration : le mandant doit
simplement pouvoir verser la rémunération promise au mandataire. Au regard
de l'acte projeté, la capacité requise varie selon sa gravité ( acte
d'administration, acte de disposition, à titre onéreux…). Notons que des règles
particulières gouvernent les mandats entre époux13. Incapacité du mandataire.
La capacité du mandataire est en revanche appréciée avec davantage de
souplesse. Non seulement elle ne s'apprécie qu'à l'égard du contrat de mandat
et non de l'acte à conclure avec le tiers mais, surtout, l'article 1990 du Code
civil admet que le mandataire puisse être un incapable, en particulier un
mineur non émancipé. Cette disposition a priori surprenante s'explique par la
notion de « représentation » . Le pouvoir de conclure un acte juridique doit en
effet s'apprécier en la personne du mandant, à l'égard de qui l'acte produira
ses effets, et non du mandataire qui n'est qu'un intermédiaire « transparent » .
L'acte conclu avec le tiers n'est donc nullement affecté par l'incapacité du
représentant. En revanche, il est évident que le mandant prend un risque en
contractant par l'intermédiaire d'un incapable, d'autant plus qu'en vertu de
l'article 1990 du Code civil il n'aura d'action contre lui qu'en respectant les
dispositions générales gouvernant les incapacités. Il s'ensuit que l'incapable est
en droit d'invoquer la nullité du mandat et n'est tenu de restituer que « ce qui
a tourné à son profit » ( C. civ., art. 1352- 4), c'est à dire rien s'il n'a rien
conservé. Bien que dangereuse, la règle a été d'une grande utilité à l'époque où
la femme mariée était encore traitée comme une incapable ( sur le mandat
tacite, v. ss 944). Elle est toutefois expressément écartée, en raison des
dangers qu'elle présente, dans le mandat de protection future ( C. civ., art. 480
al. 2) et le mandat à effet posthume ( C. civ., art. 812, al. 3) dans lesquels le
mandataire doit jouir de la pleine capacité civile.
- L’objet :
13
( R. Bernard- Ménoret, « Les mandats conventionnels entre époux » , LPA 15 oct. 2004, no 207)
L'objet du mandat se définit par référence à l'acte à accomplir. En ce sens, il
doit naturellement être licite. Ainsi serait entaché de nullité le mandat de
vendre une chose hors commerce ou d'accomplir un acte pour la conclusion
duquel toute représentation est exclue ( par ex., un mariage ). De même, le
mandataire a l'interdiction de se porter contrepartie à l'acte qu'il a reçu mission
d'accomplir. En pratique, toutefois, la distinction entre spécial et général ne
présente guère d'intérêt14. Aussi n'est- il pas étonnant que la distinction n'ait
pas été reprise en l'état à l'article 1155 C. civ. Il n'en va pas de même d'une
autre distinction fondée sur la forme donnée du mandat. Mandat exprès et
mandat conçu en termes généraux. À la distinction précédente s'ajoute en effet
une règle d'interprétation en vertu de laquelle « le mandat conçu en termes
généraux n'embrasse que les actes d'administration ; s'il s'agit d'aliéner ou
d'hypothéquer, ou de quelque autre acte de propriété, le mandat doit être
exprès »15. En d'autres termes, un mandat conçu en termes généraux, c'est à
dire visant une mission imprécise, ne couvre que les actes d'administration ;
l'accomplissement d'un acte de disposition requiert en revanche un mandat
exprès16. Cette règle est d'autant plus importante que l'article 1989 du Code
civil pose un principe d'interprétation stricte du mandat en vertu duquel « le
mandataire ne peut rien faire au- delà de ce qui est porté dans son mandat »).
La règle est reprise en substance à l'article 1155 du Code civil. Le pouvoir de
disposer requiert un mandat exprès et le représentant ne peut accomplir que
les actes pour lesquels il a été habilité. En revanche, le texte ajoute que le
représentant est également habilité à accomplir les actes qui sont « l'accessoire
» de ceux pour lesquels un pouvoir lui a été donné (par ex. des formalités).
Cette référence aux actes « accessoires » ne manquera pas de soulever de
délicates questions d'interprétation que les rédacteurs d'actes ont intérêt à
prévenir en indiquant à l'avance, dans le mandat, les actes qu'ils considèrent
comme accessoires17. À l'égard des actes de disposition, le mandat exprès est
souvent combiné à un mandat spécial (par ex., mandat de vendre tel bien).
Mais le mandat peut également être à la fois exprès et général comme, par
exemple, celui de vendre tout ou partie des biens immeubles d'une personne
ou d'acheter une voiture, souscrire un emprunt… sans davantage de précision.
14
( v. cep. art. 36 et 66 du C. civ. pour les actes de l'état civil ; C. civ., art. 1831- 2, al. 2 pour les emprunts
souscrits par un promoteur immobilier)
15
( C. civ., art. 1988).
16
( v. par ex., Civ. 1re, 14 janv. 2016, no 12- 22971)
17
( v. sur cette question, G. Wicker et N. Ferrier, La représentation, JCP G, suppl. no 21, p. 27)
S'agissant des actes d'administration, le mandat conçu en termes généraux
peut être général (par ex., administrer tous les immeubles d'une personne
situés dans un pays) ou spécial (par ex., administrer un immeuble en
particulier). Tout cela est inutilement compliqué. Mieux vaudrait aligner ici le
droit spécial du mandat sur la classification binaire retenue par le droit
commun de la représentation. A l’instar du contrat d’entreprise, le mandat
porte sur une activité humaine dont il est souvent difficile de connaître à
l'avance l'ampleur et les résultats. Aussi, à le supposer salarié, échappe- t-il
naturellement à l'exigence de détermination du prix. La jurisprudence admet
depuis longtemps qu'un accord sur le montant de la rémunération du
mandataire n'est pas une condition de validité de l'acte. L'article 1165 du Code
civil consacre cette solution. En revanche, là où autrefois le juge se réservait, en
cas de désaccord ultérieur entre les parties, le pouvoir de fixer le montant des
honoraires, l'article 1165 attribue au seul mandataire le pouvoir d'en fixer
unilatéralement le montant. Comme en matière de contrat d'entreprise, le
contrôle judiciaire est désormais cantonné à celui de l'abus ( v. ss 840).
Certaines dispositions spéciales imposent parfois, à des mandataires
professionnels, une détermination initiale de leurs honoraires. Ainsi en est- il,
par exemple, des agents immobiliers qui ne peuvent recevoir aucune autre
rémunération que celle indiquée dès l'origine dans le mandat écrit 18.
Conditions de forme :
Le mandat est en principe un contrat consensuel ( 1 ). Mais sa preuve
présente toutefois quelques particularités ( 2 ).
1- Principe du consensualisme :
Selon les dispositions de l’article 883 du D.O.C, Le mandat est parfait
par le consentement des parties. La commission donnée par le mandant peut
être expresse ou tacite, sauf les cas où la loi prescrit une forme spéciale.
L'acceptation du mandataire peut être également tacite, et résulter du fait de
l'exécution, sauf les cas où la loi prescrit une acceptation expresse. Il ressort de
ce texte que le contrat de mandat n'est en principe soumis à aucune condition
de forme et obéit en conséquence au principe du consensualisme. Il est même
18
( L. 2 janv. 1970, dite loi « Hoguet » , art. 6 ; v. ss 936).
parfois admis que le mandat puisse être simplement tacite et résulter de son
exécution par le mandataire. Au-delà du mandat verbal, le mandat tacite n'est
donc formulé ni par écrit, ni par voie orale ; il est simplement exécuté. Si
l'article 1985 du Code civil français ne vise que le consentement tacite du
mandataire qui accepte sa mission en l'accomplissant, doctrine, jurisprudence
et législateur ont étendu la notion au consentement du mandant. Un mandat
tacite est ainsi souvent déduit du comportement du mandant qui ne s'est pas
opposé à l'accomplissement de certains actes par son mandataire tacite 19. De
tels contrats tacites, des illustrations peuvent notamment être trouvées dans
les relations entre époux 20 et indivisaires. Le recours au mandat tacite justifie
aussi parfois l'engagement du mandant à l'égard des actes accomplis par le
mandataire outrepassant ses pouvoirs. Mais dans la mesure où un tel procédé
n'est pas sans danger pour le mandant, il faut considérer que le mandat tacite
ne peut jouer que pour les actes d'administration et non ceux de disposition
lesquels doivent être exprès21. Le principe du consensualisme est souvent
écarté par des dispositions spéciales. Il en est ainsi du mandat de protection
future qui peut, selon les cas, être conclu par acte notarié ou sous seing privé
(et du mandat à effet posthume qui doit être donné et accepté en la forme
authentique22. Mais ce sont surtout les mandataires professionnels qui sont
visés. Ainsi un écrit est-il notamment exigé à l'égard des agents immobiliers 23,
des agents commerciaux, des agences de publicité 24, des promoteurs
immobiliers. Les agents immobiliers sont les personnes physiques ou morales
qui, d'une manière habituelle, se livrent ou prêtent leur concours, même à titre
accessoire, à des opérations de vente ou de gestion d'immeubles ou de fonds
de commerce. Ces professionnels doivent justifier d'une carte professionnelle
et d'une garantie financière. Le contrat qu'ils concluent avec leur client est
qualifié par la loi de mandat bien que l'agent ne le représente véritablement
qu'en vertu d'une clause expresse. Il s'agit donc le plus souvent d'une forme de
courtage. Ce contrat est strictement réglementé. Outre l'écrit, de nombreuses
mentions sont obligatoires à peine de nullité de l'acte : références
professionnelles de l'agent, modalités de la reddition de comptes,
19
( C. Lazerges, « Les mandats tacites » , RTD civ. 1975. 222).
20
( C. civ., art. 1432, 1540)
21
( C. civ., art. 1988 et 1155).
22
( C. civ., art. 812- 1- 1).
23
( L. 2 janv. 1970, dite loi « Hoguet » , art. 6),
24
( L. du 29 janv. 1993, art. 20 s.)
détermination de la rémunération et désignation du débiteur, étendue des
pouvoirs, etc.25 Ces prescriptions formelles étant d'ordre public, la Cour de
cassation jugeait qu'elles étaient prescrites à peine de nullité absolue. Mais
l'évolution du droit des obligations résultant de l'ordonnance du 10 février
2016 a conduit la Cour de cassation à apprécier différemment l'objectif
poursuivi par le législateur et à considérer que, ces règles ayant pour finalité la
protection du seul mandant, la nullité doit être relative26, ce qui rend possible
la confirmation ultérieure des actes irréguliers27. Sa durée est, à peine de
nullité, limitée dans le temps. Lorsque le mandat porte sur une transaction
immobilière et est assorti d'une clause d'exclusivité, sa durée est limitée à trois
mois et il ne peut être dénoncé que passé ce délai. En revanche, est entaché de
nullité, le contrat conclu pour une durée déterminée mais susceptible de
renouvellement indéfini par tacite reconduction. L'agent immobilier est
débiteur d'un devoir de conseil rigoureux à l'égard de son client. Il n'a droit à la
rémunération indiquée dans l'acte qu'une fois l'opération « effectivement
conclue et constatée dans un acte écrit ». Tel n'est pas le cas tant que la
condition suspensive affectant l'acte ne s'est pas réalisée ou que la faculté de
dédit subsiste28. Mais l'agent conserve son droit à rémunération lorsque, ayant
fait visiter l'immeuble à un candidat acquéreur, celui- ci traite ensuite
directement avec le vendeur. L'opération est alors réputée effectivement
conclue par son entremise. L'acquéreur, à supposer sa faute démontrée,
engage également sa responsabilité délictuelle à l'égard de l'agent immobilier 29
Lorsque l'acte pour la conclusion duquel un pouvoir est donné requiert le
respect de certaines formalités ad validitatem ou ad probationem ( mentions
spéciales, acte notarié… ), le mandat d'accomplir cet acte doit respecter les
mêmes exigences comme on l’a déjà indiqué précédemment au début de la
première partie. Ainsi, le mandat de conclure un acte authentique est
nécessairement lui-même authentique (par ex., contrat de mariage,
hypothèque ou donation), celui de se porter caution doit respecter l'exigence
de la mention écrite de l'article 1376 du Code civil30. En revanche, lorsque la
formalité n'est requise qu'aux fins d'opposabilité aux tiers, elle ne se
25
( L. 1970, art. 6).
26
( Cass., ch. mixte, 24 févr. 2017, no 15- 20.411)
27
( Civ. 1re, 20 sept. 2017, no 16- 12.906)
28
( D. 1972, art. 74).
29
( Cass., ass. plén., 9 mai 2008, RTD civ. 2008. 498, obs. P- Y. Gautier).
30
( v. C. Albiges, « Le mandat de se porter caution » , D. 2002. Chron. 706)
communique pas au mandat. Ainsi le mandat de vendre ou d'acheter un
immeuble n'est- il pas tenu d'être passé en la forme notariée ni de respecter
les formalités de publicité foncière.
2- Les règles de preuve :
Entre les parties : La preuve en matière de mandat est régie par les dispositions
du droit commun concernant la preuve. Le Dahir des Obligations et des
Contrats reconnaît traditionnellement cinq moyens de preuve : la preuve
littérale ou écrite, la preuve testimoniale, les présomptions, l’aveu, le serment
et le refus de le prêter. Mais le jeu des tempéraments habituels commence
(commencement de preuve par écrit, impossibilité morale de se procurer un
écrit, aveu résultant de l'exécution de la mission, liberté de la preuve en
matière commerciale…) en facilite l'admission et rend ainsi possible la preuve
des mandats tacites. Une fois établie l'existence du contrat, son contenu peut
être prouvé par tous moyens, notamment par présomptions. Il s'agit alors,
pour l'essentiel, d'une question d'interprétation de l'acte soumise au principe
posé par l'article 1989 du Code civil français : « Le mandataire ne peut rien faire
au- delà de ce qui est porté dans son mandat » . La preuve de l'étendue de la
mission est donc libre mais ne saurait résulter d'une interprétation analogique.
Quant à celle de la rémunération, elle obéit à des règles sensiblement
différentes : son existence est présumée si le mandataire est un professionnel ;
son montant doit être prouvé par celui qui y prétend. À défaut, il appartient au
juge de fixer les honoraires du mandataire.
A l’égard des tiers : L'originalité de la preuve tient surtout au fait que l'exigence
d'un écrit est traditionnellement étendue par la jurisprudence au- delà du
cercle des contractants et s'impose au tiers contractant. Celui-ci, bien
qu'étranger au contrat de mandat, a en effet la possibilité d'exiger du
mandataire la justification de son pouvoir si bien qu'il peut se pré-constituer
une preuve écrite aussi facilement que les parties elles- mêmes et y a d'ailleurs
fort intérêt. Mais la jurisprudence récente semble être revenue sur cette
exigence probatoire en admettant la preuve par tous moyens du mandat
rapportée par le tiers31 ayant admis la preuve par un banquier, au moyen d'une
simple copie informatique, du mandat donné par un mari à sa femme
31
( Civ. 1re, 3 juin 2015, no 14- 19825 et no 14- 20518, RDC 20156. 242, obs. J. Huet ; CCE 2015, comm. 57, G.
Loiseau.
d'exécuter des ordres de paiement. Cette extension ne saurait en tout état de
cause s'appliquer aux autres tiers, non contractants ( penitus extranei ), pour
qui la preuve est libre conformément au droit commun. Il en va de même en
matière commerciale. Par ailleurs, le tiers, même contractant, peut toujours
tenter de se prévaloir d'un mandat apparent lequel se prouve par tout moyen.
B- L’exécution du mandat :
Le contrat de mandat conclu entre le mandant et le mandataire est
tourné vers la conclusion avec un tiers d'un autre acte, souvent un autre
contrat, si bien qu'il aboutit souvent à terme à une situation spécial de
juxtaposition de contrats. Le mandat est certes en lui-même un contrat
bilatéral mais l'opération qu'il réalise est triangulaire, elle ne concerne pas
seulement le mandant et le mandataire.
L’exécution du mandat entre les parties : Le mandat, d’ailleurs comme c’est le
cas de tout contrat synallagmatique, crée des obligations à la charge de ses
deux parties.
1- Les obligations du mandataire :
Tout d’abord, le mandataire est tenu avant tout, d’exécuter la mission qui lui
est conférée par le biais du mandat. En principe, la loi permet au mandataire de
se faire substituer par un autre mandataire, et ceci grâce à un deuxième
contrat de mandat, mais en pratique, les juristes demeurent incertains quant à
la nature de cette opération : entre un sous mandat, un sous-contrat, une
cession de contrat, une représentation au second degré, le débat reste
largement ouvert.32 Deux cas se posent en pratiquent en ce qui concerne la
responsabilité engendrée en cas de manquement aux obligations :
– le mandataire initial répond des fautes de celui qu'il s'est substitué sans y
avoir été autorisé par le mandant. Il est donc responsable comme s'il n'y avait
pas eu de sous- mandat.
– en revanche, si la substitution a été autorisée, le mandataire initial est
déchargé de sa responsabilité contractuelle du fait d'autrui sauf s'il a choisi un
sous-mandataire « notoirement incapable ou insolvable » . La jurisprudence
32
( v. B. Mallet- Bricout, La substitution de mandataire, préf. C. Larroumet, éd. Panthéon- Assas, 2000).
tempère toutefois cette faveur faite au mandataire principal en maintenant à
sa charge, spécialement lorsqu'il est professionnel, l'obligation de surveiller le
mandataire substitué. Le sous-mandataire est responsable non seulement à
l'égard de son cocontractant direct, mandataire initial, mais également à
l'égard du mandant à qui la loi accorde une action directe en responsabilité,
que la substitution ait été ou non permise33. À partir de ce texte, la
jurisprudence a même « bilatéralisé » l'action en reconnaissant au mandataire
substitué une action directe contre le mandant d'origine pour obtenir le
remboursement de ses avances et frais ainsi que le paiement de ses
honoraires. Après avoir décidé qu'il s'agissait d'une action directe « parfaite »
interdisant au mandant de se prévaloir des paiements déjà faits au mandataire
initial, ce qui l'exposait au risque de devoir payer deux fois, la Cour de cassation
a opéré un revirement en décidant que « l'action ne peut être exercée
qu'autant que l'action du mandataire intermédiaire n'est pas elle-même
éteinte ».34 Il s'ensuit que les paiements faits par le mandant au mandataire
initial avant la réclamation du substitué sont désormais opposables à celui- ci,
mais non ceux effectués postérieurement à la demande en paiement35. Le
mandant n'est tenu à l'égard du sous-mandataire que dans la limite de ce qu'il
doit encore au mandataire principal. L'action directe du mandataire substitué
est donc devenue « imparfaite » à l'instar de celle reconnue par la loi de 1975
au sous- traitant contre le maître de l'ouvrage . On peut toutefois se demander
si la réforme du 10 février 2016 ne fait pas involontairement peser une menace
sur l'action directe en paiement d'origine jurisprudentielle. Le nouvel article
1341- 3 du Code civil prévoit en effet que le créancier peut agir dans les cas
déterminés par la loi ». Le rapport accompagnant l'ordonnance explique que
l'atteinte portée par ces actions directes en paiement à l'effet relatif des
contrats et au principe d'égalité des créanciers justifie qu'elles ne puissent
résulter que d'une disposition légale. Or, si l'action du sous- traitant contre le
maître de l'ouvrage est bien d'origine légale, celle du mandataire substitué
contre le mandant est de source jurisprudentielle36.
33
( C. civ., art. 1994, al. 2).
34
( Com. 3 déc. 2002, D. 2003. 786, note B. Mallet- Bricout ; Defrénois 2003 «. 236, note E. Savaux ; RTD civ.
2003. 312, obs. P.- Y. Gautier ; CCC 2003, no 55, note L. Leveneur).
35
( Com., 13 févr. 2007, D. 2007, AJ, 797)
36
( sur ces doutes, v. N. Dissaux, « Mandat réforme du droit des contrats » , in L. Andreu et M. Mignot ( dir.),
Les contrats spéciaux et la réforme du droit des obligations, Institut universitaire Varaine, coll. « Colloques &
Essais » , 2017, p. 343 s.).
Selon les dispositions de l’article 898 du D.O.C, qu’il est permis de confier la
même mission à plusieurs mandataires, cependant, la solidarité n’est présumée
entre eux, pour agir solidairement, la solidarité doit être déclarée
expressément.
Le mandataire est tenu d’accomplir la mission objet du mandat Exécution
conforme. Le mandataire doit tout d'abord exécuter la mission qui lui a été
confiée en respectant scrupuleusement les instructions reçues. Ne pouvant
rien faire au- delà du pouvoir qui lui a été donné. Le mandataire doit également
exécuter sa mission avec diligence. Cette obligation générale, dont l'intensité
varie selon le caractère gratuit ou onéreux du mandat, revêt de multiples
aspects :
- Le mandataire est d'abord tenu d'une obligation de célérité en vertu de
laquelle il doit exécuter sa mission sans retard et, le cas échéant, accomplir les
mesures conservatoires qui s'imposent.
- Il est ensuite tenu d'une obligation de persévérance puisqu'il doit, malgré le
décès du mandant, achever la mission commencée s'il y a péril en la demeure.
- Enfin, il est tenu d’une obligation de prudence en ce qui concerne les intérêts
de son mandant.
Le mandataire est de même tenu d’une obligation de conseil. Le mandataire est
également tenu d'une obligation de loyauté envers son mandant. À ce titre, il
est tenu à son égard d'une obligation d'information, voire de conseil,
notamment sur l'opportunité et les risques de l'opération, dont l'intensité varie
selon la qualité des parties.
Il faut mentionner que le mandataire doit agir dans l'intérêt de son
cocontractant et ne doit pas se servir du pouvoir dont il a été investi pour
satisfaire ses propres intérêts ( contrat avec soi-même) ou ceux d'un tiers
( problème du double mandat). C'est pourquoi il lui est interdit de se porter
contrepartie à l'acte qu'il a reçu mission de conclure, c'est-à-dire de contracter
pour son propre compte avec le mandant.37
La sanction de l’obligation :
37
( C. civ., art. 1161).
Le mandataire est évidemment responsable sur le terrain contractuel envers
son mandant mais la jurisprudence a parfois admis qu'il puisse engager sa
responsabilité extracontractuelle à l'égard des tiers auxquels son manquement
contractuel a causé un préjudice. Inversement, les tiers engagent leur
responsabilité délictuelle à l'égard du mandataire s'ils commettent une faute
préjudiciable à ce dernier.38 Certains auteurs établissent une distinction entre
l’obligation de moyen où l’obligé est responsable de l’effort déployé dans le
cadre de la réalisation de son objet, et l’obligation de résultat où l’obligé n’est
sanctionné que pour la réalisation finale de l’objet, c’est le résultat qui importe
dans ce cas. Il suffit, en effet, d'examiner l'obligation du mandataire et de
rechercher si elle a été ou non exécutée.
– Si l'acte, pour l'accomplissement duquel le mandataire a reçu pouvoir, n'a pas
été conclu, c'est que le mandataire n'a manifestement pas exécuté son
obligation. Il lui appartient donc, s'il se prétend libéré, de s'exonérer en
prouvant la force majeure.
– si au contraire l'acte a été conclu, c'est au mandant qu'il appartient de
prouver que la mission a été mal accomplie, donc d'établir la faute du
mandataire, laquelle est appréciée moins rigoureusement lorsque le mandat
est gratuit. Il est donc inutile de parler de présomption de faute ou de se
référer à la classification entre obligations de moyens et de résultat. Il suffit de
comparer ce qui a été fait à ce qui a été promis.
D’un autre côté, la faute commise par le mandataire dans l'exécution de sa
mission est-elle susceptible d'engager sa responsabilité à l'égard d'un tiers
auquel ce manquement a causé un préjudice ? Cette question déborde
largement le domaine du mandat et a reçu en jurisprudence des réponses
variables. Mais il faut noter que plusieurs arrêts de la cour de Cassation
française ont adopté le principe selon lequel « les tiers à un contrat sont
fondés à invoquer tout manquement du débiteur contractuel lorsque ce
manquement leur a causé un dommage, sans avoir à rapporter d'autre preuve
» . La défaillance contractuelle constitue ainsi, automatiquement une faute
délictuelle dont les tiers peuvent se prévaloir au soutien d'une action en
responsabilité. Cette assimilation des fautes contractuelle et délictuelle mérite
38
( Cass., ass. plén., 9 mai 2008, RTD civ. 2008. 498, obs. P- Y. Gautier).
sans doute d'être approuvée lorsque l'obligation inexécutée constitue
l'expression d'un devoir général de prudence ou de diligence.
La reddition des comptes :
Outre l'exécution de sa mission, le mandataire est tenu de rendre des comptes
à son mandant. Aux termes de l'article 1993 du Code civil, « Tout mandataire
est tenu de rendre compte de sa gestion, et de faire raison au mandant de tout
ce qu'il a reçu en vertu de sa procuration, quand même ce qu'il aurait reçu
n'eût point été dû au mandant » . Pareille obligation est en réalité commune à
tous ceux qui gèrent les affaires d'autrui. Il a par ailleurs été démontré qu'elle
comportait deux aspects39 : un compte de mission et un compte de gestion.
1. Le compte de mission En cours et en fin de mission. Le mandataire est tenu)
d'informer son mandant du déroulement de sa mission, non seulement au
cours de celle- ci afin de tenir au courant son cocontractant de l'état
d'avancement et des éventuelles difficultés rencontrées, mais aussi en fin de
mission afin de l'informer du succès ou de l'échec des démarches entreprises.
2. Le compte de gestion Bilan. Le mandataire est en outre tenu de fournir au
mandant un compte de gestion dans lequel il fait apparaître tout ce qu'il a reçu
au titre du mandat, soit du mandant, soit du tiers contractant, ce qu'il aurait dû
recevoir et ce qu'il a dû débourser. Restitutions. Une fois ce compte effectué, le
mandataire doit restituer au mandant tout ce qu'il détient pour son compte, ce
qui comprend :
– d'une part, ce qu'il a reçu du mandant lui- même afin de lui permettre
d'accomplir sa mission ( fonds inutilisés, documents administratifs…) ;
– d'autre part, ce qu'il a reçu en vertu du mandat pour le compte du mandant,
notamment de la part du tiers contractant, même s'il l'a reçu par erreur.
2- Les obligations du mandant :
Elles s'organisent autour de trois séries d'obligations : le paiement d'une
rémunération lorsque le mandat est salarié ( a), le remboursement des frais et
avances ( b) et l'indemnisation des pertes éventuellement subies par le
mandataire ( c)
39
( P. Pétel, Les obligations du mandataire, préf. M. Cabrillac, Litec, coll. « Bibl. dr. entr. » , t. 20, 1988) :
a- Paiement d’une rémunération :
La gratuité n'étant plus de l'essence mais seulement de la nature du mandat,
celui- ci peut être salarié. Ce caractère est même présumé lorsque le
mandataire est un professionnel. Nous avons toutefois vu qu'à l'instar du
contrat d'entreprise, le mandat salarié échappait à l'exigence de détermination
du prix, la jurisprudence admettant depuis longtemps qu'un accord sur le
montant de la rémunération du mandataire n'est pas une condition de validité
du contrat. Il s'ensuivait, avant la réforme de 2016, qu'à défaut d'accord
ultérieur entre les parties, le juge était investi du pouvoir de fixer le montant
des honoraires dus au mandataire. Dorénavant, le mandataire dispose du
pouvoir de fixer unilatéralement le prix de sa prestation, à charge d'en motiver
le montant en cas de contestation par le mandant et sous réserve du contrôle
judiciaire de l'abus.
b- Remboursement des frais et avances :
Le mandant doit rembourser au mandataire les avances et frais que celui-ci a
faits pour l'exécution du mandat, et lui payer ses salaires lorsqu'il en a été
promis . Le mandant doit même les intérêts légaux calculés sur ces avances à
compter du jour de la dépense40. Cette obligation de remboursement repose
sur la gratuité jadis présumée du mandat en vertu de laquelle le service rendu
gratuitement par le mandataire ne saurait, en plus, lui coûter de l'argent. On
comprend dès lors qu'elle puisse être supprimée par une clause du contrat
prévoyant, par exemple, une rémunération forfaitaire globale incluant ces
remboursements. Lorsque l'obligation n'est pas supprimée par le contrat, elle
peut toutefois l'être par la faute du mandataire41. En revanche, le succès ou
l'échec de l'affaire entreprise importe peu. Aux termes du même article, le
mandant doit également « payer ses salaires » au mandataire lorsqu'une
rémunération a été prévue. Et comme pour le remboursement des frais, la
faute du mandataire dans l'accomplissement de sa mission peut conduire à la
réduction, voire à la suppression, de sa rémunération42. La réduction judiciaire
du prix constitue alors la sanction de la mauvaise exécution du contrat par le
mandataire.
40
( C. civ., art. 2001).
41
( C.civ. art. 1999, al. 2).
42
( Civ. 1re, 14 janv. 2016, no 14- 26474, RTD civ. 2016. 351, obs. H. Barbier, et 391, obs. P.- Y. Gautier)
c- Indemnisation des pertes :
En principe, le mandataire est tenu d’indemniser son mandant des pertes que
sa mauvaise exécution lui a engendré. Les pertes sont entendues largement par
la jurisprudence. Il s'agit de toutes les pertes (financières, commerciales…)
essuyées par le mandataire lors de sa gestion, qu'elles soient ou non
exceptionnelles. L'obligation d'indemnisation cesse toutefois lorsque ces pertes
sont dues à l'imprudence du mandataire. Enfin, la jurisprudence admet la
faculté de déroger par convention aux dispositions de ce texte en stipulant
notamment une rémunération forfaitaire du mandataire incluant à la fois ses
frais et ses éventuelles pertes43.
L’exécution du mandat à l’égard des tiers :
a- Relations entre le mandataire et le tiers :
Par l'effet de la représentation (parfaite), le mandataire disparaît en principe de
la scène juridique une fois sa mission accomplie. Le contrat dont il a permis la
conclusion en tant qu'intermédiaire est passé directement entre le tiers
contractant et le mandant. Il ne saurait ni lui profiter (il ne saurait en réclamer
l'exécution), ni lui nuire (il n'est pas tenu de sa mauvaise exécution). Le
mandataire s'efface ainsi derrière son mandant, seul à être tenu de
l'engagement contracté avec le tiers; il est transparent. Par exception, le
mandataire peut être personnellement tenu à l'égard du tiers contractant dans
trois séries d'hypothèses :
– tout d'abord lorsqu'il a omis d'indiquer au tiers qu'il traitait au nom de son
mandant et s'est donc personnellement engagé. Il devient alors débiteur du
tiers, sauf son recours contre le mandant ;
– mais c'est surtout lorsqu'il a commis une faute à l'égard du tiers que le
mandataire est personnellement responsable envers lui. Ainsi en est- il des
délits ou quasi- délits qu'il est susceptible de commettre à son préjudice, même
s'il a agi sur les instructions de son mandant44. Sa responsabilité est alors de
nature extracontractuelle faute de lien de droit entre le mandataire et le tiers.
La faute consiste aussi souvent en un dépassement de ses pouvoirs par le
43
( Req. 9 févr. 1938, DH 1938. 213).
44
( Cass., ch. mixte 26 mars 1971, JCP 1971. II. 16762, note Lindon)
mandataire susceptible d'emporter la nullité de l'acte accompli et d'obliger
l'intermédiaire fautif à en réparer les conséquences dommageables pour le
tiers. La jurisprudence a également retenu la responsabilité délictuelle de
mandataires professionnels à l'égard du tiers contractant pour violation de leur
devoir de conseil45.
– même en l'absence de faute du mandataire, si le tiers avait connaissance d'un
dépassement de pouvoirs par le représentant, ou s'il ne pouvait l'ignorer,
l'article 1156 du Code civil, issu de la réforme de 2016, lui interdit d'invoquer la
nullité du contrat46.Il est alors permis de s'interroger sur la teneur de ce
contrat, conclu au nom et pour le compte du mandant mais sans pouvoir
suffisant, entaché d'une nullité dont le tiers ne peut se prévaloir. Est- ce à dire
que le mandataire serait personnellement tenu de l'engagement à la place du
mandant ? On l'imagine difficilement, à moins d'avoir conclu le contrat en son
nom propre. Tout au plus le mandataire peut- il se porter fort de la ratification
du contrat par le mandant, avec les conséquences qui en découlent 47.
b- Relations entre le mandant et le tiers :
Selon les dispositions de l’article 925 du D.O.C marocain, Les actes valablement
accomplis par le mandataire, au nom du mandant et dans la limite de ses
pouvoirs, produisent leur effet en faveur du mandant et contre lui, comme s'ils
avaient été accomplis par le mandant lui-même. En principe, le mandant
demeure obligatoirement engagé envers le tiers par le biais des engagements
contractés par son mandataire dans le cadre d’un mandat. Cependant, le
mandataire n’as pas le droit d’outrepasser les pouvoirs qui lui sont conféré, le
cas échéant, il sera lui-même responsable devant les tiers comme on a cité
précédemment. Dans ce cas, le mandant se trouve dégagé de sa responsabilité
envers les tiers, sauf dans 4 cas énumérés limitativement par les dispositions de
l’article 927 du D.O.C :
1° Lorsqu'il l'a ratifié, même tacitement ;
2° Lorsqu'il en a profité ;
45
( par ex., Civ. 1re, 18 avr. 1989, RTD civ. 1990. 267, obs. J. Mestre)
46
( art. 1156 C. civ. ; v. ss 975).
47
( C. civ., art. 1204)
3° Lorsque le mandataire a contracté dans des conditions plus favorables que
celles portées dans ses instructions ;
4° Même lorsque le mandataire a contracté dans des conditions plus
onéreuses, si la différence est de peu d'importance ou si elle est conforme à la
tolérance usitée dans le commerce ou dans le lieu du contrat.
Troisième partie : L’extinction du mandat :
Sauf si sa durée est prévue dans le contrat, le mandat prend fin généralement
par la fin de la mission qui a été confiée par son biais au mandataire. A titre
exceptionnel, il faut distinguer dans ce cadre entre l’extinction volontaire et
celle qui est involontaire.
A- L’extinction volontaire du mandat :
La révocation :
En raison de la relation de confiance sur laquelle repose le mandat ainsi que sa
gratuité, le mandat peut être révoqué à tout moment par le mandant, on parle
de révocation ad nutum. Cette révocation peut être soit partielle ou totale,
selon le cas. Cette faculté est d'ordre public. Ni la stipulation d'une durée
déterminée48, ni celle d'un mandat « irrévocable » ne peuvent faire échec à la
volonté du mandant de révoquer sa procuration. Mais selon les cas, il pourra
être tenu d'indemniser celui qu'il révoque dans des conditions irrégulières ce
qui apporte un tempérament au principe. Dans 3 séries d’hypothèses, on
pourra admettre que le mandant qui révoque son mandataire est tenu de
l’indemniser :
– en cas d'abus de droit. Il convient tout d'abord d'évoquer la réserve classique
de l'abus de droit. Le mandant engagerait sa responsabilité en révoquant son
mandataire brutalement ou dans des conditions vexatoires ;
– en cas de mandat « irrévocable » . Le deuxième tempérament tient à
stipulation d'un mandat « irrévocable » . Elle ne signifie pas que le mandat ne
pourra pas être révoqué par le mandant mais que celui- ci, en cas de
révocation, devra indemniser son mandataire. La révocation irrégulière produit
48
( Civ. 1re, 28 janv. 2003, Bull. civ. I, no 27)
donc malgré tous ses effets, le mandataire révoqué perd ses pouvoirs et ne
peut plus engager le mandant par ses actes, mais il a droit à une indemnité
réparatrice sauf si la révocation est justifiée par sa faute ;
– en cas de mandat d'intérêt commun. La gratuité de principe du mandat
conduit à considérer qu'il est conclu dans l'intérêt exclusif du mandant. C'est
d'ailleurs pour cette raison que le contrat est librement révocable par celui
dans l'intérêt exclusif duquel il est conclu. Mais le développement des mandats
professionnels à titre onéreux a conduit à tempérer cette vision des choses. Tel
est spécialement le cas lorsque mandant et mandataire poursuivent la
réalisation d'un but commun, d'une œuvre commune, c'est-à-dire qu'ils
contribuent par leur collaboration à l'accroissement d'une chose commune
( par ex., la création et le développement d'une clientèle). L'objectif est alors
d'assurer une certaine stabilité à la relation contractuelle en supprimant la
révocabilité ad nutum pour imposer, soit le consentement mutuel des parties,
soit l'obligation de justifier d'un juste motif de révocation ( faute du
mandataire, réorganisation du réseau de distribution…). La jurisprudence
refuse de déduire la qualification « d'intérêt commun » de la seule présence
d'une rémunération du mandataire. Tout mandat salarié n'est donc pas
nécessairement d'intérêt commun. Il faut que le mandataire participe à «
l'essor de l'entreprise » , notamment par la création et le développement d'une
clientèle, qu'il collabore par son activité à la création d'une chose commune
dont il sera privé en fin de contrat. Le mandataire n'agit pas dans le seul intérêt
du mandant mais dans un intérêt commun.
La renonciation :
Le mandataire peut renoncer au mandat, en notifiant au mandant sa
renonciation » . Cette disposition déroge au droit commun des contrats lorsque
le mandat a été conclu pour une durée déterminée. Son exercice est toutefois
subordonné à l'indemnisation du mandant. Ainsi si cette renonciation
préjudicie au mandant, il devra en être indemnisé par le mandataire, à moins
que celui- ci ne se trouve dans l'impossibilité de continuer le mandat sans en
éprouver lui- même un préjudice considérable.
B- L’extinction involontaire du mandat :
Le décès :
Présumé intuitu personae, le mandat s'éteint en principe au décès de l'une des
parties selon les dispositions de l’article 929 du D.O.C. Mais il convient de
préciser s’il s’agit de décès du mandant ou du mandataire. Ainsi, en cas de
décès du mandant, En cas de cessation du mandat par décès, faillite ou
incapacité du mandant, le mandataire est tenu, s'il y a péril en la demeure,
d'achever la chose commencée, dans la mesure de ce qui est nécessaire, et de
pourvoir à tout ce que les circonstances exigent dans l'intérêt du mandant, s'il
n'y a pas d'héritier capable ou de représentant légal du mandant ou de
l'héritier. Il peut, d'autre part, répéter les avances et frais faits pour l'exécution
de son mandat d'après les principes de la gestion d'affaires.
– la jurisprudence considère que la règle posée par l'article 929 du D.O.C. est
supplétive. Les parties peuvent donc prévoir sa poursuite avec les héritiers du
mandant ( par ex., mandat post- mortem). Ceux- ci peuvent même, dans le
silence du contrat, décider de la poursuite du contrat en laissant le mandataire
achever sa mission. – enfin, la règle est logiquement écartée dans le mandat
posthume lequel prend effet au jour du décès du mandant. Le décès du
mandataire entraîne également, sauf stipulation contraire, l'extinction du
mandat, même d'intérêt commun, et oblige les héritiers du mandataire à
rendre des comptes et à restituer ce qui est dû au mandant49.
L’incapacité :
L’article 2003 du code civil français stipule qu’en cas de survenance
d’incapacité de l’une des deux parties d’un mandat, cela met fin à ce contrat,
ainsi s’il s’agit d’incapacité :
– du mandataire : Elle peut mettre fin au contrat peut surprendre dans la
mesure où un incapable peut être désigné comme mandataire. La solution
s'impose portant dans la mesure où le mandant n'a pas initialement conclu
49
( C. civ., art. 2010).
l'acte avec un incapable. Le placement sous tutelle ou sous curatelle du
mandataire en cours de mission modifie évidemment la perception des risques
que pouvait avoir le mandant ;
– du mandant : la solution posée par l'article 2003 du Code civil français est en
contradiction flagrante avec celle de l'ancien article 491- 3 du Code civil issu de
la réforme de 1968 qui maintient effet au mandat général d'administration
donné par le majeur avant son placement sous tutelle. En revanche, l'article
2003 du Code civil devrait pouvoir s'appliquer pour les autres mandats, en
particulier, ceux relatifs à un acte d'aliénation. La règle est évidemment écartée
dans le mandat de protection future qui prend effet lorsqu'il est établi que le
mandant ne peut plus pourvoir seul à ses intérêts50.
La faillite :
En visant la « déconfiture » de l'une des parties, l'article 2003 du Code civil
français ainsi que l’article 929 se réfère de façon désuète à la liquidation
judiciaire et, en amont, à l'actuelle procédure de sauvegarde des entreprises en
difficultés51. Au regard de ce texte, le mandat prend fin par la « déconfiture »
du mandant ou du mandataire. Mais aux termes de l'article L. 621- 13 du Code
de commerce, l'administrateur judiciaire a seul la faculté d'exiger la poursuite
des contrats en cours, nonobstant toute disposition légale ou toute clause
contractuelle, ce qui limite singulièrement la portée du texte relatif au mandat.
50
( C. civ., art. 481).
51
( C. com., art. L. 620- 1 s)
Bibliographie :
Ouvrages :
- Contrats spéciaux, Pascal Puig, 7ème édition, 2017.
- Contrats spéciaux, Daniel Mainguy, 10ème édition, 2016.
- Droit des contrats spéciaux, Béatrice Bourdelois, 4ème édition, 2017.
Codes :
- Code civil français avant et après la réforme de 2016.
- Dahir des Obligations et des Contrats marocain.
- Code de commerce français.
- Code de commerce marocain.
Sites web :
- www.doc-du-juriste.com
- www.cours-de-droit.net
- www.leconomiste.com
Jurisprudence :
Dossier de
recherches :