Histoire Terminale
Histoire Terminale
1. Déroulement de la guerre :
Bref rappel de la DGM : La DGM de 1939 à 1945 éclate en Europe et s’étend sur toute la terre
Une guerre totale : mobilise toutes les forces vives du monde
Une guerre industrielle : pillage allemand, l’industrie américaine tourne à plein régime
Une guerre idéologique : le totalitarisme contre la liberté
Une guerre technologique : unités blindées, avion de chasse, sous-marins, porte-avion, ordinateur, missiles, sonar, bombe atomique
Faire un bilan précis n’est pas facile en raison de l’ampleur des combats et du caractère planétaire du conflit. Mais, on peut relever : les pertes
humaines, les destructions matérielles, les bouleversements territoriaux, le choc moral et le changement des rapports de force.
a. Les pertes humaines : c'est la guerre la plus meurtrière avec 50 millions de morts à cause des bombardements aériens, de la bombe
atomique, de la solution finale allemande dans les camps de concentration, de la guerre civile opposant résistants et collabos, de la
déportation. Il y a aussi les pertes indirectes liées à ces morts : diminution des naissances, classes creuses, déséquilibre entre les âges et
les sexes, manque de main d’œuvre. Les pays les plus touchés sont l’URSS (20 millions de morts), la Pologne (6millions), l’Allemagne (5
millions), le Japon (2 millions), l’Yougoslavie (1,5 millions), la France (600 mille), la Grèce (500 mille), la Grande Bretagne (400 mille),
l’Italie et les États-Unis (300 mille).
b. Les destructions matérielles sont aussi impressionnantes : Les villes allemandes, polonaises, russes, japonaises ne sont que des ruines.
En Europe, l’équipement industriel, ferroviaire, portuaire, routier est anéanti. Ecrasées par les bombardements aériens, les
agglomérations subissent aussi la politique de « terre brulée » des Allemands. Il y des millions de sans-abri. Les échanges sont paralysés,
l’économie bloquée. Certaines habitations sont pillées par les occupants. Ce désordre total perturbe la vie quotidienne. La sous
alimentation chronique et les rationnements rendent la vie très difficile. Le ravitaillement des civils préoccupe tous les dirigeants. La
disette revient. Le marché noir règne, les pénuries nourrissent l’inflation. Des envois de ravitaillement et de combustibles par les
Américains permettent d’atténuer ces difficultés. On est obligé d’appliquer une politique d’austérité. Cette guerre destructrice a aussi
stimulé les inventions et les innovations (3° révolution industrielle) qui serviront la reconstruction : ordinateur, supersonique, fusée,
calculateur, radar, nylon…
« La grande alliance » est la source de ces nouvelles frontières. Dès le 14 août 1941, les Alliés représentés par Roosevelt (USA) et
Churchill (Angleterre), esquissent dans la Charte de l’Atlantique les principes fondamentaux d’un ordre international après la guerre :
renoncement aux conquêtes territoriales, droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, accès égal à tous les états au commerce et aux
matières premières, liberté des mers, désarmement …
La conférence de Téhéran : la défaite de l’Allemagne semble se dessiner en 1943. Staline, Roosevelt et Churchill se réunissent du 28
novembre au 2 décembre 1943 pour discuter de l’ouverture d’un front à l’Est et d’un nouveau tracé des frontières européennes
La conférence de Yalta du 4 au 11 février 1945 où les 3 chefs d’état décident du sort de l’Europe. L’Allemagne perd 100 000 km2,
elle est divisée en zones d’occupation (française, britannique, américaine et russe). Berlin sa capitale est soumise à une occupation
quadripartite. L’URSS annexe les pays baltes, une partie de la Pologne et de la Roumanie. La Pologne s’agrandit d’une partie de
l’Allemagne. Cette décision assure une application plus exacte du « principe des nationalités » (faire coïncider les frontières des états
avec les populations)
Réunion de Postdam en juillet 1945 statue du sort de l’Allemagne. Elle est démilitarisée et doit des réparations de guerre aux
vainqueurs.
Conférence de Paris en 1946 élabore les traités de paix avec l’Istrie, la Roumanie, la Bulgarie, la Hongrie et la Finlande. On parle déjà
d’une division de l’Europe en 2 de part et d’autre du 12° méridien de longitude Est : ligne de démarcation entre les troupes
occidentales et l’armée soviétique.
Ces bouleversements territoriaux sont accompagnés par des mouvements de migration de population : soit pour fuir devant l’Armée
rouge, soit par expulsion d’Allemands dans les territoires annexés, ou encore par l’installation des Polonais dans leur nouveau
territoire. En Asie, rapatriement des colons et militaires japonais
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d. Le choc moral : la découverte des crimes et de l’horreur de l’univers concentrationnaire, l’application de la solution finale, le génocide
industriel et scientifique, les bombardements des villes et l’utilisation de la bombe atomique ont mis l’humanité en état de choc. Ce
massacre massif est le symbole de la dégradation de la conscience humaine. Il renverse toutes les certitudes : progrès, sciences,
technique, supériorité des « Blancs ». Le choc aboutit à un désir de renouveau, à une remise en question des idéaux, des systèmes de
valeurs. Il conduit de nombreux intellectuels comme Camus et Sartre à s’interroger sur la nature humaine et donne naissance à
l’existentialisme. A Nuremberg, le 20 octobre 1945, une cour internationale de justice ouvre le procès des criminels de guerre pour
« crime contre l’humanité. La dénazification commence en Allemagne
a) Le déclin de l’Europe
L’URSS malgré les blessures de la guerre (morts et destruction matérielle), elle devient avec Staline un « colosse continental ». Elle a
acquis un potentiel militaire gigantesque. Son armée, la plus forte du monde compte alors 11 millions de soldats et présente dans
toute l’Europe centrale et orientale. Elle a une grande popularité, car c'est elle qui compte le plus de morts de Stalingrad à Berlin. Son
rayonnement est amplifié par les partis communistes implantés partout en Europe de l’Ouest et par l’Armée rouge en Europe
centrale. C'est donc une superpuissance militaire et idéologique.
Les Etats-Unis deviennent un « géant mondial » : Ils sont les seuls à sortir du conflit indemnes et enrichis. Grâce à leur commerce de
guerre, ils accumulent 75% du stock d’or mondial en appliquant la « loi cash and carry ». La conférence de Bretton Woods en 1944
consacre le dollar, la seule monnaie convertible en or. Le système monétaire international SMI a 2 piliers : le Fonds monétaire
international FMI et la Banque Internationale pour la reconstruction et le développement BIRD dont les sièges sont à Washington. La
place du dollar sur la scène internationale traduit l’ampleur du déséquilibre entre les Etats-Unis dominants et une Europe appauvrie.
C'est le règne du « Roi dollar ». Ils occupent le 1° rang dans le domaine industriel, agricole, scientifique et technologique. Ils
assurent 33% de l’équipement militaire des armées américaines et alliées. Leur puissance s’exerce partout, sauf en Afrique. Tous les
pays dépendent d’eux. Ils maîtrisent les océans par leur flotte de guerre et leur marine marchande.
Les pays neufs : les besoins de l’Europe ont favorisé la croissance économique de nombreux pays. La guerre a aussi contribué au
décollage industriel de certains : Brésil (sidérurgie), Canada (mines), Australie, Afrique du Sud, Argentine, Nouvelle-Zélande.
4. La création de l’ONU
Après la guerre, les Alliés veulent bâtir un monde nouveau reposant sur la solidarité entre les « Nations Unies ». La « grande alliance » américano-
soviétique a permis la création de l’Organisation des Nations Unies ou ONU pour remplacer la SDN. Des séries de rencontres internationales
précèdent sa formation :
a) La naissance
Conférence de Washington en janvier 1942, entre les États-Unis et leurs alliés avec la Chine sort la « déclaration des Nations unies » pour un
grand système de paix et de sécurité.
Conférence interalliée de Moscou et de Téhéran en 1943, entre Roosevelt, Staline et Churchill pour la constitution d’une nouvelle
Organisation internationale (c'est-à-dire en remplacement de la SDN).
Conférence de Dumbarton Oaks en septembre-octobre 1944, entre le États-Unis, la Grande Bretagne, la Chine et l’URSS, pour définir la
structure de cette « nouvelle Organisation » (Plan de Dumbarton Oaks).
Conférence de Yalta en février 1945, entre Roosevelt, Staline et Churchill, pour le règlement des derniers litiges sur le fonctionnement de la
future Organisation internationale,
Conférence de San Francisco en avril-Juin 1945, réunissant 50 États, pour adopter la CHARTE DES NATIONS UNIES (le 26 juin 1945),
Ratification de la Charte des Nations Unies par 51 États le 24 octobre 1945, c’est la date de naissance de l’Organisation des Nations Unies
(ONU) dont le siège se trouve à New York, à partir de décembre 1946.
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b) Les buts :
Les limites
Cette organisation a été conçue pour une cinquantaine d’état, or, actuellement, il y en a un peu moins de 200. Les structures établis ne sont plus
efficace. Les états membres n’ont pas le même poids politique, ni la même influence. Il y a un blocage pour prendre certaines décisions à cause du
droit de veto des membres permanents du Conseil de sécurité. Certains pays ne respectent pas les recommandations. D’autres les contestent
carrément. Le SG et l’ONU elle-même n’ont pas de pouvoir réel, mais seulement moral. Beaucoup de problèmes restent sans réponse. La grande
alliance qui avait assuré le triomphe contre le fascisme, n’est pas maintenue, même dans le cadre des Nations Unies. Deux ans à peine suffisent
pour que les alliés de la guerre s’opposent radicalement.
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LE SYSTE ME DE S NATIONS UNIE S
COUR
CONSEIL CONSEIL
INTERNATIONAL ASSEMBLEE SECRETARIAT CONSEIL
ECONOMIQUE DE SECURITE
DE JUSTICE GENERALE GENERAL DE TUTELLE
ET SOCIAL
Grandes commissions
et autres comités de
session
Comité d'état-major
Comités permanents et Comités p e r m a n e n t s et
organes ad hoc
OIT organes ad hoc
Autres organes sub- Organisation internationale du
sidiaires et organes Centre du commerce Travail
apparentés international CNUCED/OMS FAO
PAM Organisation des Nations Unies
pour l’alimentation et
Opérations de maintien de la
paix
Programme alimentaire l’agriculture
UNRWA mondial
UNESCO ONUST
Office de secours et de Organisme des Nations Unies
Organisation des Nations Unies chargé de la surveillance de la
travaux des Nations Unies pour l’éducation, la Science et
pour les réfugiés de trêve
la culture
Palestine dans le Proche-
OMS UNMOGIP
Orient
COMMISSIONS TECHNIQUES Organisation Mondiale de la Groupe d’observations
-Commission de la condition santé militaires des Nations Unies
de la femme dans l'Inde et le Pakistan
UNFICYT
-Commission de la population
-Commission de la science et Groupe de la Banque mondiale
AIEA de la technique au service du
développement BIRD
Force des Nations Unies
chargée du maintien de la paix
Agence Internationale de
l’Energie Atomique -Commission de statistique Banque Internationale pour la à Chypre
FNUOD
-Commission des droits de Reconstruction et le
l’homme Développement
-Commission des stupéfiants (Banque mondiale) Force des Nations Unies
-Commission du développement
IDA
chargée d'observer le
durable dégagement (Moyen-Orient)
FINUL
-Commission du développement Association internationale
CNUCED social Commission pour la
prévention du crime et la
de développement
Force intérimaire des Nations
Conférence des Nations justice pénale SF1 Unies au Liban
MONUIK
Unies sur le commerce
Société financière
et le développement
internationale
CNUEH COMMISSIONS RÉGIONALES Mission d’Observations des
FMI
Nations Unies pour l'Iraq et le
Centre des Nations Unies -Commission économique Koweït
pour les établissements
UNAVEM II
pour l'Afrique (CEA) Fonds monétaire international
humains (Habitat)
FNUAP
-Commission économique
pour l'Amérique latine et les OACI Mission de vérification des
Caraïbes (CEPALC) Organisation de l’aviation civile Nations Unies en Angola
Fonds des Nations Unies internationale
ONUSAL
-Commission économique
pour la population pour l'Europe (CEE)
UPU
HCR -Commission économique et
sociale pour l'Asie et le Union postale universelle
Mission d'observation des
Nations Unies en El Salvador
Haut Commissariat des
Nations Unies pour les
Pacifique (CESAP)
-Commission économique et UIT MINURSO
réfugiés sociale pour 1’Asie Union internationale des Mission des Nations Unies pour
INSTRAW occidentale (CESAO) télécommunications l’organisation d’un Référendum
Institut international de OMM au Sahara Occidental
recherche et de formation
pour la promotion de la
COMITÉS DE SESSION ET
Organisation
mondiale
météorologique
FORPRONU
COMITÉS PERMANENTS Force de Prévention des
femme
OMI Nations Unies
PNUD ONUSO
O R G A N E S
Organisation maritime inter-
Programme des Nations D'EXPERTS, nationale
Opération des Nations Unies en
Unies pour
développement
le ORGANES AD HOC
ORGANES APPARENTES
ET
OMPI Somalie
ONUMOZ
Organisation mondiale de la
PNUE propriété intellectuelle
Programme des Nations
Unies pour l’environnement
FIDA Opération des Nations Unies au
Mozambique
MONUOR
Fonds international de
UNICEF développement agricole
Fonds des Nations Unies
pour l’enfance
ONUDI Mission
Nations
d'Observation
Unies
des
Ouganda-
Organisation des Nations Unies Rwanda
UNITAR pour le développement
Institut des Nations Légende industriel MONUG
Unies pour la formation
et la recherche Programmes et organismes des
OMS Mission d’observation
Nations Unies en Géorgie
des
Organisation Mondiale du
UNU MIHUNA
Nations Unies (la liste a uniquement Commerce
une valeur indicative)
Université
Unies
des Nations
Institutions spécialisées et autre
Mission des Nations Unies en
Haïti
organisations autonomes faisant
WFC partie du système MONUL
Conseil mondial
l’alimentation
de
Autres commissions comités et
Mission d’Observation
des Nations Unies au Libéra
organes ad hoc et organes apparentés
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DEUXIEME PARTIE : LA FORMATION DES DEUX BLOCS ET L’ÉVOLUTION DE LA GUERRE FROIDE
Au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, le Monde s’est divisé en deux blocs idéologiques et économiques antagoniques. Les États-Unis et
l’Union Soviétique avec leurs alliés respectifs ont chacun formé un bloc. Un état de tension qui oppose ces deux pays a constitué la Guerre froide.
Cette guerre s’est manifestée surtout par des conflits entre les pays alliés de ses deux grandes puissances.
Après la victoire de 1945, la coalition américano-soviétique ne tarde pas à se désagréger. Dès 1946, dans un discours à Fulton, Churchill dénonce le
« rideau de fer » qui coupe l’Europe en deux. L’opposition culmine en 1947 à propos du plan Marshall. Les positions se durcissent et aboutissent à
la formation des blocs.
a) L’entente 1941-1946 se manifeste par la coalition contre l’Axe, les différentes conférences qui ont établi les principes fondamentaux du
nouvel ordre international, l’entente partielle sur les frontières européennes, le procès de Nuremberg de novembre 1945 à octobre 1946,
et les traités de paix signés à Paris en février 1947 avec la Hongrie, la Bulgarie et la Roumanie.
Le noyautage soviétique en Europe orientale : en Roumanie, Bulgarie, Hongrie et Tchécoslovaquie, les communistes de ces pays, par
le biais de l’Armée rouge, contrôlent l’administration. Devant cela, les Occidentaux freinent dans leurs zones d’occupation le
prélèvement des réparations allemandes destinées aux soviétiques. En Pologne des élections en janvier 1947 se déroulent sous la
pression soviétique et donnent la victoire aux pro-communises. L’URSS soutient, en outre, les communistes d’Albanie, d’Yougoslavie,
de Grèce et d’Iran qui veulent le pouvoir
La création de la bizone ou l’union économique des zones britannique et américaine en Allemagne. Pour Staline, cela préfigure la
division du pays en deux. Ils réarment et s’engagent dans la reconstruction. L’ONU est paralysée car chaque supergrand met son veto
à chaque question. Devant cette politique de subordination et la satellisation de l’Europe de l’Est, les Etats-Unis craignent l’extension
du communisme au sein de la classe ouvrière et intellectuelle. Ainsi, ils la critiquent le 5 mars 1946 à Fulton (Missouri): c’est le coup
d’envoi de la guerre froide
Au début de 1947, les Américains sentent qu’ils ne peuvent plus rien pour l’Europe orientale devant l’extension du socialisme. Mais ils veulent
sauver l’Ouest et le Sud de l’influence soviétique. Ils craignent que la misère persistante et la crise économique ne favorisent une poussée
révolutionnaire et communiste :
a) La doctrine Truman (12 mars 1947) est annoncée dans un discours sur l’endiguement ou « containment ». Il vise à empêcher tout
nouveau succès du camp soviétique dans le monde à commencer par la Grèce, la Turquie et l’Iran. Il s’agit d’endiguer la progression
communiste en offrant aux forces nationales des aides militaires et financières. Ils sont prêts à aider tout gouvernement à lutter contre le
communisme. Les Etats-Unis disposent de deux atouts : le monopole du nucléaire qui permet d’intimider l’adversaire et la puissance
financière et économique. Ils créent en juillet 1947 une agence centrale de renseignement, la CIA, un département de la défense et un
Conseil national de sécurité
b) Le plan Marshall (5 juin 1945) est un programme d’aide américaine conçu pour reconstruire l’Europe. L’aide correspond à 13 milliards
de dollar dont 85% ne sont pas remboursables et 15% remboursables en cinquante ans. Ce plan a été élaboré par le Secrétaire d’État
américain George Marshall, en juin 1947, suite certainement à la promesse d’aides financière et militaire, lancé en mars 1947, par le
président Truman (1945-1952), aux pays qui veulent se protéger contre l’extension du communisme. On parle de « digue de dollar » contre
le communisme. Il vise à mettre fin au dollar-gap » (pénurie de devises). Il est destiné à tout le continent européen et exige une
coordination entre les pays bénéficiaires (16 pays occidentaux).
c) La réaction soviétique en septembre 1947 : Staline craint que s’il accepte l’aide américaine, l’influence du capitalisme ne progresse vers
l’Est. Pour lui, le plan Marshall est une véritable machine de guerre capable de casser le lien entre lui et l’Europe orientale. Aussi, il oblige
les pays de l’Est à refuser le plan. Jdanov, un représentant soviétique tient un discours en Pologne en octobre 1947. il annonce que le
monde est désormais divisé en deux et il faut choisir entre les deux camps : les « impérialistes et anti-démocratiques » ou les « anti-
impérialistes et démocratiques ». Pour mener ce combat, l’URSS utilise l’arme idéologique. Elle crée pour l’Europe de l’est, un organe
d’information appelé Kominform ou « Bureau de liaison des partis communistes et ouvriers ». Staline instaure ainsi les démocraties
populaires dans les pays de l’Europe de l’Est. Satellites de l’URSS, leur politique extérieure et leur régime sont façonnés par Moscou. Cette
partie satellisée est appelée « glacis stratégique ».
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3. La bipolarisation du monde ou l’organisation des blocs
La bipolarisation du Monde prend forme après la prise de position soviétique contre le Plan Marshall : un bloc américain (bloc capitaliste ou libéral)
et un bloc soviétique (bloc communiste). Chaque bloc s’organise de façon à apparaitre fort et prêt à s’affronter sur tous les plans, surtout
économique et militaires.
a) L’organisation économique :
Du côté du bloc américain, l’OECE (Organisation Européenne de Coopération Économique) regroupe les pays bénéficiaires du Plan
Marshall en vue de la répartition de l’aide. En 1960, l’OECE devient OCDE (Organisation de Coopération et Développement
Économique) en s’élargissant à d’autres pays occidentaux non intéressés par le Plan Marshall : États-Unis, Canada, Japon, Nouvelle
Zélande, Australie. A l’échelle mondiale, tous les pays affiliés aux systèmes de Breton Woods (Fonds Monétaire Internationale,
Banque Mondiale, GATT) sont dans le bloc capitaliste. A l’échelle régionale, la CEE (Communauté Économique Européenne) est une
entité indépendante mais intégrée dans le système du bloc américain.
Du côté du bloc soviétique, le COMECON (« Council for Mutual Economic assistance ») ou CAEM (Conseil d’Assistance Économique
Mutuelle) est une organisation de coopération économique entre les pays socialistes, créée en 1949 en réponse au Plan Marshall. Il
comprend l’Albanie (jusqu’en 1961), l’Allemagne de l’Est (jusqu’en 1990) la Bulgarie, la Hongrie, la Pologne, la Roumanie, la
Tchécoslovaquie, l’URSS, ainsi que la Mongolie, le Cuba et le Viêt Nam. Il favorise et planifie les échanges commerciaux entre ces
pays. Ce commerce est dirigé par les soviétiques et souvent basé sur le troc, l’URSS possédant largement des produits énergétiques.
Le Bloc militaire occidental est constitué par des dispositifs stratégiques régionaux pour faire barrage à l’expansion communiste :
L’OEA (Organisation des États Américains) a été créée, dans l’esprit de la Doctrine de Monroe (« l’Amérique aux américains »), à
Bogotá le 30 avril 1948, regroupant tous les États de l’Amérique, excluant le Cuba en 1962, pour maintenir la paix entre
américains (du nord et du sud) et lutter contre les influences communistes.
L’OTAN (Organisation du Traité de l’Atlantique Nord) a été créée à Washington le 4 avril 1949. Elle est formée, au début, de 12
pays : Belgique, Canada, Danemark, États-Unis, France, Irlande, Italie, Luxembourg, Norvège, Pays Bas, Portugal et Royaume Uni.
D’autres États intègrent plus tard cette organisation : Grèce et Turquie en 1952, Allemagne de l’Ouest en 1955, Espagne en 1982.
L’ANZUS, traité de protection mutuelle en cas d’attaque communiste regroupant l’Australie, la Nouvelle Zélande et les États-
Unis.
L’OTASE (Organisation du Traité de l’Asie du Sud Est) a été créée à Manille le 8 septembre 1954 et dissoute en 1977. Il a regroupé
neuf pays : Australie, États-Unis, France, Grande-Bretagne, Nouvelle-Zélande, Pakistan, Philippines, Thaïlande.
Le Pacte de Bagdad ou CENTO (« Central Treaty Organization ») a été conclu en 1955 entre les États-Unis, l’Iran, l’Irak, la Turquie,
le Pakistan et le Royaume Uni.
Le bloc militaire communiste est né le 14 avril 1955 avec la signature du PACTE DE VARSOVIE entre l’Allemagne de l’Est, la Bulgarie, la
Hongrie, la Pologne, la Roumanie et l’Union Soviétique. Ce pacte est une réplique au réarmement et à l’intégration à l’OTAN de
l’Allemagne Fédérale, laquelle serait contraire au statut démilitarisé des deux Allemagnes, fixé lors de la Conférence de Potsdam de
1945. Certains des pays de ce Pacte et d’autres pays, en dehors de ce Pacte, sont liés militairement avec l’URSS, par un accord
bilatéral de défense. L’alliance militaire avec l’Union Soviétique s’organise finalement en trois positions géographiques :
Les PAYS DU GLACIS, ceux qui sont limitrophes de l’URSS, c'est-à-dire les pays du Pacte de Varsovie, la Mongolie et la Chine
(jusqu’en 1959),
Les BASES AVANCÉES ou les pays ayant reçu une base militaire soviétique : Allemagne Démocratique, Corée du Nord, Cuba, et
d’autres pays d’Afrique et d’Asie (Angola, Mozambique, Somalie, Viêt Nam),
Les ZONES D’INFLUENCE soviétiques ou les pays ayant entretenu avec l’URSS une relation militaire particulière. Il s’agit surtout
des pays appelés progressistes pour avoir choisi la « voie de développement socialiste ».
c) L’organisation politico-idéologique : ces deux blocs antagonistes se définissent par leur idéologie, base de toutes leurs institutions.
Pour le bloc capitaliste, la lute contre le communisme se manifeste par la propagande et la mobilisation idéologique à travers les
films, les livres, les mass-médias. Le maccarthysme vient d’un sénateur américain, Mac McCarthy, qui lance une violente campagne
anti-communiste, une véritable « chasse aux sorcières » qui consiste à l’identification, l’accusation des communistes. La création de la
CIA s’inscrit dans les mêmes optiques à l’échelle internationale.
Pour le bloc socialiste, l’embrigadement idéologique des peuples cimente le bloc. Le Kominform coordonne les propagandes pour
dénoncer l’impérialisme américain et ériger un modèle : le système soviétique. Tous ceux qui contestent ce modèle sont jugés
déviationnistes. Ils sont éliminés administrativement, exécutés (purges) ou soignés dans des hôpitaux spécialisés (lavage de
cerveaux). Les purges se multiplient partout, en Europe orientale (stalinisation). Même, l’art et la littérature doivent se mettre au
service du parti communiste (Jdanovisme).
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CHAPITRE 2 – LA GUERRE FROIDE
La Guerre froide entre les États-Unis et l’Union soviétique se caractérise par des conflits idéologiques et économiques, directs et indirects, ainsi
que par l’absence d’affrontements militaires directs. Ces leaderships agissent comme deux « pôles », seuls maîtres de la vie internationale,
enlevant pratiquement, jusqu’au milieu des années 50, toute indépendance à leurs alliés respectifs. Les conflits sont dangereux en raison du risque
d’un dérapage nucléaire, de crise politique, ou de guerre chaude par petits états interposés.
a) En Europe :
Le coup de Prague (Février 1948) : soutenu par l’Union soviétique, le Parti Communiste tchèque s’empare du pouvoir par des
manœuvres politiques agressives : intimidations des adversaires politiques, manifestations de rue, noyautage des syndicats,
manipulation des opérations électorales.
Les crises de Berlin :
- Le Blocus de Berlin (1948-1949) ou le blocage des accès en Berlin-Ouest, par l’URSS, en représailles à la réunification en une seule
zone des trois secteurs d’occupation occidentale. Pour ravitailler la population de Berlin-Ouest, les États-Unis établissent un pont
aérien, opération qui aurait pu se dégénérer en conflit direct entre les deux grands.
- L’édification du Mur de Berlin en 1961, par les allemands de l’Est et l’Union soviétique, pour empêcher la fuite vers l’Ouest de la
population de l’Est. Les soviétiques qualifient cette migration de « tumeur cancéreux », tandis que les occidentaux appellent
cette construction, le « mur de la honte ».
b) En Asie :
-En Chine, au terme d’un long conflit, Jiang Jieshi (Tchang Kai Tchek) et les nationalistes se réfugient à Formose (Taiwan), lorsque le
communiste Mao Zedong (Mao Tse Toung) triomphe et crée la République Populaire de Chine, le 1er Octobre 1949. Ce dernier signe avec
l’URSS un traité d’assistance et d’amitié mutuelle. Mais, la RPC n’est pas admise à l’ONU par droit de veto des Etats-Unis.
-La Guerre de Corée (1950-1953) : c’est un conflit opposant la Corée du Nord sous influence soviétique à la Corée du Sud, sous protection
américaine. Le 25 juin 1950, les soldats du nord franchissent la ligne de séparation des deux pays, au 38ème parallèle, pour s’introduire
dans le sud. L’ONU réagit, sous pression occidentale, en envoyant à la rescousse de la Corée du Sud, une troupe internationale constituée
en majorité d’américains et d’européens. Malgré l’appui militaire de la Chine Populaire, la force nord-coréenne est refoulée de la terre du
sud. L’armistice de Corée est signé le 23 juillet 1953.
- La première Guerre d’Indochine (1946-1954) : C’est un conflit opposant la France aux indépendantistes indochinois, notamment le Viêt
Minh, Front nationaliste Vietnamien, dirigé par Hô Chi Minh, soutenu par l’URSS et la Chine. La France tombe à Diên Bien Phu en mai
1954. Cette défaite française conduit à un Accord signé à Genève le 21 juin 1954, partageant le Viet Nam en deux États, Nord
(communiste) et sud (pro-occidental), de part et d’autre du 17ème parallèle. Malgré cet Accord, dès 1956, les communistes du sud (les
Viet Cong, appuyés par le Viet Nam du Nord, l’URSS et la Chine) mènent une guérilla contre le pouvoir du sud. En 1962, les États-Unis
entre dans le conflit, au côté du Viet Nam du sud.
c) En Afrique :
- La crise de Suez (1956) : c’est un conflit suite à la nationalisation par l’Égypte du canal de Suez, alors sous contrôle britannique. La
Grande Bretagne, la France et l’Israël mènent une guerre contre l’Égypte. L’URSS menace d’intervenir militairement en faveur de l’Égypte.
Les franco-britanniques demandent l’appui américain, mais les États-Unis, évitant une hostilité ouverte avec l’URSS, portent l’affaire au
niveau de l’ONU. Les forces franco-britanniques et israéliennes se retirent de l’Égypte pour laisser place à une force d’interposition de
l’ONU. L’Égypte devient un allié soviétique.
d) En Amérique :
- La crise de Cuba (1962) : c’est un conflit opposant les États-Unis à l’URSS à cause de l’installation au Cuba de rampes de fusées nucléaires
soviétiques. Le Président américain, Kennedy, décide le blocus de l’île pour empêcher expressément la livraison d’armes soviétiques.
Après quelques jour de tensions, Khrouchtchev, dirigeant soviétique accepte d’abandonner ce projet d’armement, contre l’engagement
américain de ne pas envahir Cuba. Une guerre nucléaire est évitée ; les deux Chefs d’État s’engagent de rester en contacte permanent par
une ligne téléphonique directe, appelée « Téléphone rouge ».
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- Le dégel (1953-1962) : c’est le réchauffement des relations entre les deux blocs antagonistes. La principale cause en est un changement
de dirigeant en URSS. Nikita Khrouchtchev remplace Staline et prône une politique différente : la « déstalinisation » et la « coexistence
pacifique » (1955). Une autre cause en est la crainte d’une guerre nucléaire. L’URSS possède des bombes atomiques depuis 1949. On
parle d’ « équilibre de la terreur ».
La coexistence pacifique est une nouvelle diplomatie soviétique. Elle préconise le respect mutuel, c’est la non-ingérence et la non-
agression. La volonté d’apaisement de la crise se profile déjà à travers des évènements majeurs de l’époque : armistice de Corée (1953),
accords de Genève sur le Vietnam (1954), relation diplomatique entre l’URSS et la RFA (1955), dissolution du Kominform (1956), visite aux
États-Unis de Khrouchtchev (1959), téléphone rouge (1962).
- La faiblesse de chaque bloc : chaque bloc a connu des difficultés de cohésion. La Chine rompt avec l’URSS ; la France veut s’affranchir de
la domination américaine :
La Chine est défavorable aux nouvelles politiques de Khrouchtchev. Elle conteste le monopole soviétique de la direction du
mouvement communiste mondial. Dès 1960, les experts soviétiques se retirent de la Chine. Des incidents sérieux avec l’URSS se
produisent en 1969 dans une partie des frontières communes des deux pays. La Chine accuse de fasciste l’Union soviétique et se
rapproche des États-Unis.
La France quitte le commandement militaire de l’OTAN en 1966 pour manifester une indépendance acquise en matière d’armes
nucléaires. Le Président Charles de Gaulle réclame une autonomie financière et économique. Il se démarque sur le plan
diplomatique des États-Unis : relation avec la Chine (1964), rapprochement avec les pays de l’Europe de l’Est (URSS en 1966,
Pologne en 1967, Roumanie en 1968).
- Le rapprochement sino-américain : la Chine établit une relation tactique avec les États-Unis face à une menace de guerre des
soviétiques. En 1971, le Secrétaire d’État Henry Kissinger se rend en Chine. L’impensable se produit au mois de février 1972, lorsque le
Président Richard Nixon rencontre à Beijing le Président Mao Zédong. La même année, la Chine Populaire intègre le Conseil de sécurité de
l’ONU à la place de la Chine nationaliste (Taïwan).
- L’entente soviéto-américaine : depuis la visite aux États-Unis de Khrouchtchev (1959) et l’établissement du Téléphone rouge (1962), les
relations entre l’URSS et les États-Unis s’améliorent en leur faveur et aux avantages de la paix mondial :
Réalisation en 1968 d’un Traité de non prolifération des armes nucléaires entre les grandes puissances militaires à l’exception de
la France et de la Chine,
Signature de l’Accord SALT 1 (Strategic Arms Limitation Talks) : les deux grandes puissances ont négocié la limitation des armes
stratégiques, c'est-à-dire les armes nucléaires défensives ou ABM (Anti-Balistics Missils). Des Accords sont signés à Moscou, le 26
mai 1972, par Richard Nixon et Léonid Brejnev.
Coopération économique marqué depuis juillet 1972 par l’exportation de blé américain en URSS.
Signature de l’Accord SALT 2, à Vladivostok en Novembre 1974, par Gerald Ford et Léonid Brejnev (Accord raté, rejeté par le
congrès américain en1979)
- L’ « ostpolitik » ou l’ouverture politique vers l’Est, à partir de 1969, du Chancelier allemand Willy Brandt :
Début des négociations pour la réunification des deux Allemagnes en 1970 et signature En 1972 d’un traité qui normalise leurs
relations et permet leur admission à l’ONU en 1973.
Crédit financier et fourniture de gazoduc pour l’URSS, contre livraison de gaz naturel pour la RFA en 1969,
Reconnaissance des frontières européennes et visite du Chancelier en Pologne en 1970,
Signature d’un traité de reconnaissance mutuelle entre RFA et RDA en 1972.
- La Conférence d’Helsinki en 1975 qui a concerné toute l’Europe et est consacré à la sécurité européenne. Elle a stipulé l’inviolabilité des
territoires, le développement de la coopération économique, scientifique et technologique, ainsi que la garanti des droits de l’homme et
des libertés. L’Europe occidentale cherche à sauvegarder le dialogue avec l’Est de crainte qu’elle ne soit à nouveau un champ de bataille,
dans un contexte de détente fragile.
Malgré le rapprochement des grandes puissances, des conflits se poursuivent dans plusieurs points du Globe.
- La guerre du Vietnam (1962-1975) : c’est un conflit opposant directement les États-Unis aux forces communistes vietnamiennes,
soutenues discrètement par l’URSS. Ce conflit a aussi impliqué le Laos et le Cambodge, d’où l’appellation de deuxième Guerre
d’Indochine. C’est une expédition difficile pour les États-Unis. L’opinion est contre et la stratégie de frappe, modérée. Les négociations de
sortie de crise s’ouvrent finalement à Paris dès 1969, mais c’est en 1973 qu’un Accord de cessez-le-feu met fin à l’intervention américaine,
et ouvre la voie à une victoire totale des Viêt-Cong (1973), ainsi qu’à la réunification des deux Viêtnam en 1976.
8
La « guerre du kippour » en octobre 1973 : c’est une offensive égypto-syrienne contre l’État juif, pendant le jeûne de l’Yom
Kippour (fête de repentance) en Israël. Un succès arabe, au début du conflit, n’a pas duré en l’absence d’une aide soviétique,
pourtant attendue. Israël, conforté par cette situation, réplique énergiquement, sans pour autant parvenir à écraser ses ennemis
arabes, les États-Unis et l’URSS imposent un cessez le feu sans appel. L’Égypte recouvre, certes, le contrôle du Canal de Suez,
mais l’Israël garde en sa possession les territoires occupés en 1967. La portée essentielle de cette guerre est d’avoir poussé les
producteurs de pétrole riverains du Golfe Persique à quadrupler en 3 mois le prix de l’or noir. C'est le choc pétrolier de 1973. Il est
à l’origine d’une crise économique mondiale.
- Des opérations contre révolutionnaires en Amérique Latine : les États-Unis y mènent une véritable chasse aux communistes, devant
l’expansion des mouvements révolutionnaires castristes (de Fidel Castro, leader communiste cubain) :
Coup d’État militaire au Brésil en 1964, contre un président procastriste,
Incursion militaire américaine à St Domingue (République Dominicaine) pour arrêter les procastristes de prendre le pouvoir.
Assassinat en 1967, en Bolivie, du révolutionnaire cubain Che Guevara qui a lancé un appel pour « faire plusieurs Viêtnam »,
Coup d’État militaire du Général Pinochet, en 1973, contre le président socialiste Salvador Allende.
Des faits multiples défavorables à une paix générale dans le monde constituent un contexte de dégradation de la détente au milieu des
années 70 du XXème Siècle.
- Des problèmes économiques : dès 1971, l’inconvertibilité en or du dollar perturbe les échanges commerciaux et brise la solidarité entre
les nations. En 1973, l’économie occidentale est secouée profondément par un « choc pétrolier » (le premier), résultant d’une hausse du
prix du pétrole, décidée par l’OPEP. Le prix du pétrole a quadruplé et cette augmentation s’est accompagnée d’une hausse du prix des
matières première. Une baisse de la production économique à la laquelle se joint une forte inflation (stagflation) a engendré une hausse
du chômage. La crainte d’une pénurie naturelle ou organisée par les producteurs des produits de base comme le pétrole a accru le risque
d’une lutte pour leur appropriation. Le contrôle des grands axes du commerce est devenu vital. La compétition économique qui
s’intensifie a mené vers la relance du réarmement.
- L’intensification de la rivalité Est-Ouest : Les Etats-Unis de Ronald Reagan, en fonction depuis 1981, a augmenté les dépenses liée à la
Défense, en même temps que L’URSS accroît ses initiatives à l’échelle planétaire, en particulier vers le Tiers Monde : en Afrique (Angola,
Éthiopie, Mozambique, Madagascar, Seychelles,…), en Asie (Afghanistan, Cambodge, Inde, Laos, Viêtnam) et en Amérique (Nicaragua,
Grenade). Les États-Unis réagissent en soutenant les forces contre-révolutionnaires (Angola, Mozambique, Afghanistan, Nicaragua) et les
régimes pro-occidentaux, même les plus controversés (Afrique du Sud, Israël, Chili,…).
- L’accroissement de la course aux armements : l’espoir de la détente s’évanouit lorsque l’URSS entre de force en Afghanistan (en 1978),
et le Congrès américain rejette (en 1979) l’Accord SALT 2 conclu en 1974. Les accords de désarmement ne sont pas respectés. L’URSS
place, en 1977, 330 fusées SS20 en Europe de l’Est contre l’installation d’euromissiles (américaines) en Europe de l’Ouest. La puissance
militaire soviétique reste impressionnante. Reagan lance en 1984 son IDS (Initiative de Défense Stratégique) ou Programme de « Guerre
des étoiles », consistant à mettre en place un « bouclier spatial » pour protéger les Etats-Unis contre toute attaque nucléaire. Le nombre
de pays à ambition nucléaire augmente : Inde, Pakistan, Corée, Argentine, Brésil, Chili, Israël, Irak, Lybie, Afrique du Sud.
La guerre d’Indochine entre dans une troisième phase (1975-1978) : le départ effectif des américains du Viêtnam, en 1975, a
permis aux vietnamiens d’étendre son influence sur le Laos (devenu République populaire en 1975) et sur le Cambodge (devenu
Kampuchéa en 1979), débarrassé (par l’armée vietnamienne) du Régime prochinois, génocidaire, des khmer Rouges. En
représailles, la Chine attaque le Viêtnam en février 1979.
Le conflit israélo-arabe se concentre généralement sur le problème palestinien : L’Égypte se démarque des radicaux anti-
israéliens pour se rallier avec les États-Unis et Israël, par l’Accord historique de Camp David en 1978. Elle récupère le Mont Sinaï,
mais ne réussit pas à faire libérer Gaza et Cisjordanie à forte population palestinienne. L’implantation de colons juifs dans ces
territoires et les répressions armées israéliennes suscitent des réactions palestiniennes violentes. A chaque violence
palestinienne, Israël réplique par des raids, tuant des populations civiles, jusque dans les camps des refugiés palestiniens, en
Jordanie et au Liban.
- Les nouvelles tensions :
La crise iranienne et la guerre Iran-Irak :
La crise iranienne (1979) est une crise ouverte entre les États-Unis et le nouveau pouvoir islamiste de l’Iran qui a pris en otage le
personnel de l’Ambassade américaine à Téhéran. Les États-Unis ont perdu un allié de taille au Moyen Orient, mais l’URSS, non
plus, n’a pas profité de cette nouvelle donne politique. Cette crise se dénoue à l’entrée en fonction (1980) du nouveau Président
américain Ronald Reagan.
9
En 1980, l’Irak attaque l’Iran dans le but de contrôler les zones pétrolifères iraniennes de Chatt el-Arab et de Khuzestân, en
pensant que la force iranienne, matériellement dépendante des États-Unis, est affaiblie par un embargo américain contre l’Iran.
Cette guerre va pourtant durer huit ans. Il a fallu une médiation de l’ONU pour l’arrêter.
La crise afghane (1979) : c’est une crise créée par une incursion militaire soviétique en Afghanistan pour soutenir un pouvoir
communiste en place contre la révolte des moudjahidines soutenus par les américains. L’ONU et les pays arabes condamnent
l’URSS. Les occidentaux boycottent les jeux olympiques de Moscou en 1980. Les États-Unis suspendent l’exportation de blé en
Union soviétique. Les soviétiques ont du faire face, pendant neuf ans, à une féroce résistance moudjahidine.
Les conflits africains : ce sont des dissensions nationales ou internationales liées à des conflits d’intérêt multiples des grandes
puissances rivales, des anciennes puissances coloniales et des petites puissances régionales :
Guerre civile en Angola et Mozambique, depuis 1975, entre le pouvoir procommuniste soutenu par Cuba (base militaire en
Angola) et URSS (base militaire en Mozambique), et une opposition armée appuyée par l’Afrique du Sud (base militaire
occidentale),
Guerre civile au Tchad (1980), opposant nomades du nord aidés par la Lybie (antioccidentale) et sédentaires du sud, appuyés
par la France,
Conflit somalie-Éthiopie (1977-1978) sur la question de l’Ogaden, région éthiopienne que la Somalie veut annexer : l’Éthiopie,
déjà perturbée par une lutte indépendantiste de l’Érythrée (province éthiopienne), reçoit favorablement un soutien
soviétique. Repoussée de l’Ogaden, la Somalie interrompt ses relations avec l’URSS et offre une base militaire aux
américains.
Guérillas marxistes en Amérique Latine : des organisations révolutionnaires clandestines combattent contre des pouvoirs
autocratiques anticommunistes soutenus financièrement et militairement par les États-Unis. En 1979, au Nicaragua, les
sandinistes renversent le dictateur Somoza et se rapprochent des cubains et des soviétiques. Les États-Unis décident d’aider les
« Contras », des guérilleros contre-révolutionnaires, pour déstabiliser le pouvoir socialiste nicaraguayen.
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Normalisation de la relation sino-soviétique en 1989 avec la visite officielle de Gorbatchev en Chine entrainant des
conséquences favorables à la paix régionale : règlement du conflit frontalier entre l’URSS et la Chine, normalisation de la relation
sino-vietnamienne et accord de paix sur le Cambodge (1991), entre les pays impliqués dans le problème cambodgien.
Abandon par Cuba et URSS de leurs bases militaires en Afrique en 1988, entrainant l’arrêt des guerres civiles en Angola et en
Mozambique, ainsi que la naissance d’un mouvement pour la démocratie dans plusieurs pays progressistes africains et
Règlement pacifique du problème nicaraguayen sous le contrôle onusien (1990) après l’Interruption de l’aide américaine à la
rébellion Contras et l’arrêt du soutien soviéto-cubain au Régime sandiniste,
Conférence de paix sur le Proche-Orient ouvert à Madrid en octobre 1991, permettant un premier dialogue entre arabes, surtout
palestinien, et israélien ; prélude d’un sommet historique israélo-palestinien (Yitzhak Rabin-Yasser Arafat) en 1993 à Washington
pour la signature d’un accord de reconnaissance mutuelle et d’autonomie des territoires occupés.
- La désagrégation de l’URSS : Les réformes de Gorbatchev semblent avoir donné des conséquences contraires à l’attente de la
population. L’inflation rampe sous l’effet d’une libéralisation non maitrisée ; le mécontentement populaire monte et les nationalités se
réveillent, en particulier dans les pays baltes et dans le Caucase.
Facteurs
En 1990, les républiques baltes (Estonie, Lettonie et Lituanie) proclament leur indépendance vis-à-vis de l’URSS. En même temps,
les autres républiques annoncent leur prééminence politique dans leur rapport avec l’État fédéral. En Russie, le Parlement
proclame sa souveraineté et élit Président, le chef du Parti communiste de Moscou, Boris Eltsine. Le Gouvernement central perd
de plus en plus le contrôle des États fédérés en même temps que Gorbatchev commence à tenir mal la barre de l’État fédéral.
En 1991, une tentative de coup d’État contre Gorbatchev est vite maîtrisée par une résistance menée héroïquement par Eltsine,
mais le pouvoir de Gorbatchev est en porte-à-faux, huit des quinze républiques soviétiques ont déjà déclaré leur indépendance.
La Communauté internationale reconnait ensuite l’indépendance des pays baltes. La fin de l’URSS est annoncée avec la création,
le 8 décembre, de la CEI (Communauté des États Indépendants) rassemblant les 11 républiques soviétiques. Le 25 décembre,
Gorbatchev démissionne de son poste de Chef d’un État qui n’existe plus. La Russie hérite en gros de tous les droits
internationaux dévolus à l’ex-URSS.
Manifestation de l’effondrement de l’URSS
- La dissolution officielle du CAEM et du Pacte de Varsovie en 1991 : la Guerre froide a fait son temps. Un vent de démocratie balaye
presque tous les régimes procommunistes de la Planète.
En Tchécoslovaquie, une importante manifestation populaire enclenche en 1989 un changement pacifique des dirigeants, qualifié
de « Révolution de velours ». Ce changement entraine aussi l’ouverture des frontières avec l’Autriche.
En Roumanie, Nicolae Ceausescu tombe brutalement par un mouvement d’insurrection violent, en décembre 1989. Il s’est fait
arrêter et exécuter sommairement avec sa femme. Un Front de Salut National prend le pouvoir et remporte les élections libres
de 1990.
En Bulgarie, le Parti communiste accepte le pluralisme politique, en 1990, réussit à obtenir la majorité des suffrages lors des
élections libres, et compose avec l’opposition dans un gouvernement d’union nationale.
En Yougoslavie, l’unité nationale se dégrade dès 1988 avec des tensions à caractère ethnique dans le Kosovo. En 1990, des
élections libres confirment la force de la tendance socialiste, mais en 1991, la proclamation d’indépendance de la Slovénie, de la
Croatie et de la Macédoine annonce la fin de l’unité yougoslave.
Dans les pays en développement, le passage à la démocratie n’a pas été facile. Le peuple n’est pas totalement libre de choisir son
statut politique : le niveau d’instruction est très bas, la pauvreté limite l’accès aux informations et à certains droits électoraux (se
faire élire). L’enjeu des élections est mal compris, le choix des dirigeants ne se base pas sur le programme présenté par les
candidats, des candidats n’en possèdent même pas. Le respect des droits n’est pas encore effectif : il n’y a pas d’équilibre de
pouvoir. Les libertés individuelles ne sont pleinement pas garanties, la presse est monopolisée ou censurée, l’opinion peut devenir
délit. L’absence de culture politique écarte les débats d’idée. Le nombre élevé de parti politique fragilise la cohésion sociale et la
stabilité des gouvernements. Le multipartisme a favorisé les courants extrémistes à caractère ethnique ou religieux. L’organisation
des élections coûte enfin très cher pour les pays pauvres dont les besoins sociaux et humanitaires sont aussi très importants.
CONCLUSION :
La fin de la Guerre froide inaugure une nouvelle période de l’histoire du Monde contemporain. Les crises générées par la rivalité Est-Ouest ont bel
et bien disparu, mais des Conflits meurtriers existent toujours : Irak, Afghanistan. Beaucoup de pays d’Afrique vivent encore dans un état de
tension permanente : Somalie, Soudan, Tchad, Congo (ex Zaïre). Les conflits israélo-arabes restent d’actualité. Les menaces de guerre nucléaire
n’ont jamais disparue : cas de l’Iran et de la Corée du Nord qui veulent avoir leurs armes atomiques. Les intégristes musulmans, à l’instar d’Alqaïda
ou l’EIL (Etat Islamique du Levant, en Syrie et Irak) perpètrent des violences, attentats, et prise d’otages, généralement contre les intérêts
occidentaux. La réaction russe contre l’intégration de l’Ukraine (ex-République soviétique) et les réponses occidentales à cette réaction rappellent
la guerre froide.
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TROISIEME PARTIE – LA DECOLONISATION DEPUIS 1945 ET L’EMERGENCE DU TIERS-MONDE
La libération des pays colonisés constitue une autre période du Monde d’après Guerre (1945). Les pays coloniaux sont ébranlés par la guerre ; le
courant anticolonialiste mondial gagne en force. De 1946 à 1962, une cinquantaine de pays d’Asie et d’Afrique s’affranchit après presque un siècle
colonisation. Un troisième Monde qui cherche à se débarrasser des influences des grandes puissances, se profile aussitôt entre l’Est et l’Ouest.
- La deuxième Guerre mondiale : les pays colonisateurs d’Europe occidentale et le Japon sortent, en 1945, très affaiblis par la Guerre.
Beaucoup de soldats des colonies (tirailleurs algériens, 2ème Bataillon malgache) ont participé à cette guerre dans les mêmes conditions
que les soldats des pays coloniaux. Cette situation leur rappelle un sentiment d’égalité entre les hommes et leur suscite de nouveaux
espoirs, menant à des revendications armées ou pacifiques.
- La montée des courants favorables à la décolonisation : La création de l’ONU est accompagnée de nouvelles visions des Relations
Internationales. La Charte des Nations Unies stipule dans sa Première Article le droit de « chaque peuple » de « se disposer de lui-
même ». Les États-Unis, par leur statut d’ancienne colonie anglaise, sont particulièrement favorables à la décolonisation. L’URSS, par
son idéal marxiste, est naturellement contre la colonisation, une forme d’impérialisme. La plupart des mouvements nationalistes ont
reçu directement ou indirectement le soutien soviétique. L’URSS étant un grand vainqueur de la Guerre, les idées révolutionnaires
séduisent beaucoup de leaders nationalistes (à Madagascar, au Viêtnam, en Algérie, en Égypte, au Congo-Belge, en Somalie, en
Mozambique).
a) La décolonisation pacifique :
- C’est le cas des Colonies britanniques d’Afrique et d’Asie dont les leaders nationalistes ont passé avec la Grande Bretagne un accord
tacite d’indépendance contre l’intégration dans le « Commonwealth » (Association d’État indépendant). C’est la décolonisation à
l’anglaise.
- C’est le cas des colonies françaises d’Afrique noire dont l’indépendance est obtenue après les étapes de la Loi-cadre, du référendum de
1958 (Accès à l’indépendance totale ou adhésion à la Communauté française) et donc, de la Communauté française (à l’exception de la
Guinée dirigée par Sékou Touré). Le passage dans la Communauté française est éphémère, tous les pays membres ont sollicité leur
indépendance totale. Ces pays ont tous recouvré leur souveraineté politique en 1960. C’est la décolonisation à la française.
- C’est le cas de l’Algérie dirigée par le FLN (Front de Libération National) qui a mené, contre la France et les colons français (les Pieds
noirs), un combat armé de 1954 à 1962 où il accède à l’indépendance après les accords d’Évian (18 mars 1962). Une élection générale
confirme le 1er juillet la victoire du FLN de Ahmed Ben Bella.
- C’est le cas l’Indochine française lorsque le nationaliste Ho Chi Minh a opté pour la guerre de libération totale au lieu d’une
indépendance dans l’Union française (1946). La France essuie la défaite historique de Diên Bien Phu en mai 1954. Des accords passés à
Genève la même année scellent les négociations sur l’indépendance du Laos, du Cambodge et du Viêtnam divisé en deux.
- C’est le cas de l’Indonésie qui, après son indépendance proclamée en 1945, a du mené, sous la direction du nationaliste Soekarno, une
guérilla pour repousser une nouvelle occupation néerlandaise. C’est sous la pression américaine et de l’ONU que l’Indonésie recouvre
sa souveraineté en 1949.
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- C’est le cas du Congo-Belge où la réclamation d’indépendance par les nationalistes Joseph Kasavubu et Patrice Lumumba mène à des
insurrections anti-belges, de 1958 à 1960. En 1960, ce pays devient indépendant et porte le nom de Congo (Congo-Kinshasa).
- C’est le cas des colonies portugaises d’Afrique (Angola, Guinée Bissau, Mozambique) qui ont du mené la guerre contre le Portugal avant
de recouvrer leur indépendance en 1974 et 1975.
a) L’Asie en premier :
ANNÉES DE
COLONIES COLONISATEURS MODALITÉS
LIBÉRATION
1930 Irak
Grande Bretagne Négociation
Jordanie
1946
Philippines Japon Force
Inde
Pakistan
1947
Bhoutan Grande Bretagne Négociation
Ceylan (Sri Lanka)
Birmanie
1948
Corée Japon
1949 Indonésie Pays Bas
Cambodge Force
1954 Laos France
Viêtnam
1957 Malaisie
1965 Singapour Grande Bretagne Négociation
1971 Bangladesh
b) L’Afrique à la traine
ANNÉES DE
PAYS COLONISATEURS MODALITÉS
LIBÉRATION
1936 Égypte Grande Bretagne Négociation
1951 Libye Italie
1950 Nigéria
Grande Bretagne
Botswana, Soudan
1956 Négociation
Maroc, Tunisie France
1957 Ghana Grande Bretagne
1958 Guinée France Référendum
Mauritanie, Mali, Côte d’Ivoire,
Burkina Faso, Bénin, Niger, Tchad,
France Négociation
1960 Centrafrique, Cameroun, Gabon,
Congo, Madagascar, Togo, Sénégal
Zaïre Belgique Guerre
1961 Tanzanie, Sierre Leone
Grande Bretagne Négociation
Ouganda
1962 Algérie France Guerre
Burundi, Rwanda Belgique
1963 Kenya
1964 Malawi, Zambie
1965 Gambie Grande Bretagne Négociation
1966 Lesotho
Swaziland, Maurice
1968
Guinée Équatoriale Espagne
1974 Guinée Bissau
Portugal Guerre
1975 Angola, Mozambique
1976 Comores
France Négociation
1977 Djibouti
1980 Zimbabwe Grande Bretagne Guerre
Grande Bretagne/Afrique du
1990 Namibie Guerre
sud
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CHAPITRE 3 – L’APPARITION DU TIERS MONDE SUR LA SCENE INTERNATIONALE
1. Le concept de « Tiers Monde »
C’est un terme inventé par Alfred Sauvy, dans son article de l’Observateur, intitulé « Trois monde, une planète », paru le 4 août 1952. Il
désigne un troisième Monde rassemblant les pays pauvres à côté des deux Mondes riches, capitalistes et socialistes. Il a comparé ce « Tiers
Monde » au tiers état qui regroupe la population démunie de l’Ancien Régime. Ce Tiers Monde est constitué, en majorité, par les pays
décolonisés d’Afrique, d’Asie et du Moyen Orient. Ils sont caractérisés par leur faible niveau de développement économique et social.
Facteurs
Décolonisation
La Conférence Afro-asiatique de Bandoeng (en Indonésie) réunit 29 pays sous l’égide de personnages emblématiques de la politique anti-
impérialiste : l’indonésien Soekarno, l’indien Jawaharlal Nehru, l’égyptien Gamal Abdel Nasser, l’yougoslave Tito et le chinois Zhou Enlai. Ces
pays y affirment leur solidarité contre le colonialisme et leur volonté de s’émanciper vis-à-vis des deux blocs, capitaliste et socialiste. Cette
conférence marque l’émergence historique du Tiers Monde et le point de départ du mouvement du « Non alignement » (ou la politique de
neutralité face à la rivalité est-ouest).
Le Non alignement est une tendance politique internationale née de la prise de conscience des pays du Tiers Monde de leur situation de
dominés par rapport à l’hégémonie des deux blocs, américain et soviétique. La Conférence de Bandoeng est déjà une manifestation du
mouvement non aligné. Ce mouvement devient structuré en 1961, à l’issu du Sommet de Belgrade, sous la direction de Tito et de Nasser. La
Conférence au sommet a lieu tous les trois ans après la Conférence des Ministres des Affaires Étrangères. Ce mouvement revendique un
nouvel ordre économique internationale (NOEI) mais se limite à des déclarations et des condamnations ; aucune action concrète n’a été
enregistré depuis sa formation. Les Conférences au sommet deviennent même le théâtre de conflit idéologique entre pays modérés
(capitalistes) et pays progressistes (socialistes).
- Objectifs politiques
Se libérer de toute tutelle politique (colonisation, néo colonisation, impérialisme, domination raciale)
Se dégager du système de blocs, s’engager dans la coexistence pacifique et la neutralité, ne pas s’attacher à une quelconque
protection
- Objectifs économiques
Accroître l’aide aux pays en voie de développement
Lutte contre la pauvreté, réduire la dépendance économique et financière
indépendance économique, contre les monopoles
NOEI : cooperation Nord-Sud, Sud-Sud
Changer les relations économiques, supprimer l’exploitation des ressources
- Objectifs idéologiques
Pour la Chine, le TM est une force autonome capable de tenir tête aux superpuissances, donc, il faut rejeter la solidarité avec l’URSS
Pour Cuba, il faut renoncer à la solidarité entre pays pauvres et se ranger derrière l’URSS qui est une alliée naturelle du TM
Pour la Yougoslavie, il faut chercher la neutralité totale et instaurer une coexistence pacifique entre tous les pays indépendants
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QUATRIEME PARTIE – MADAGASCAR DEPUIS 1945 :
DECOLONISATION ET RECHERCHE D’UNE VOIE DE DEVELOPPEMENT
Madagascar a participé à la DGM dans l’espoir de retrouver après sa souveraineté. La France n’a pourtant offert qu’une possibilité
d’assimilation, et non d’indépendance, à la Conférence de Brazzaville (Février 1944). L’Union Française est constituée. Des malgaches sont
élus députés en Novembre 1945 pour représenter Madagascar à l’Assemblée constituante française : Ravoahangy, Raseta. Ils ont créé à
Paris en Février 1946 le Mouvement Démocratique de la Rénovation Malgache (MDRM). Ils ont ensuite déposé à l’Assemblée française
une proposition de loi abrogeant la colonisation, mais elle est rejetée. Le MDRM s’impose partout dans les élections locales et devient un
ennemi redouté par l’Administration coloniale.
2. L’insurrection de 1947
Le 29 mars 1947, le camp militaire de Moramanga est attaqué et des armes sont prises. Des colons sont abattus à Moramanga,
Ambatondrazaka, Manakara. Le réseau électrique est coupé à Fianarantsoa. Les troubles s’étendent dans toute la forêt orientale :
Farafangana, Ambila, Vatomandry, Mananjary où des fonctionnaires, des commerçants, civils et militaires malgaches et français sont tués.
A partir du mois d’avril, le mouvement progresse vers les Hautes Terres. L’Administration coloniale a répondu par une répression musclée,
disproportionnée et inhumaine, avec des moyens colossaux. Plus de 90000 morts et plus de 5000 prisonniers dont les dirigeants du MDRM,
montrés comme principaux instigateurs des troubles. Le MDRM est dissout, mais la marche vers l’indépendance a continué.
Cette Loi élaborée par le Ministre Gaston Defferre (Loi Defferre) réorganise l’Administration des colonies, en vue d’une plus grande
autonomie politique des Colonies. Il a été créé six provinces (les six actuels) et pour chacune, une Assemblée provinciale consultative
réunissant les principales formations politiques locales. Après l’éviction du MDRM, c’est le Parti Social Démocrate (PSD) de Philibert
Tsiranana qui a pris le relais de l’animation de la vie politique de la Colonie. Les six Assemblées provinciales se réunissent en Congrès et
élisent un Conseil de gouvernement de Madagascar, composé du huit cabinets, dirigés par le Haut Commissaire français André Soucadaux.
Le 27 Mai 1957, Philibert Tsiranana est élu Vice Président de ce Conseil.
La chute de la IVème République française, en mai 1958, porte au pouvoir le général de Gaulle qui propose l’établissement d’un « grand
ensemble politique, économique et social » dans le cadre d’une fédération : la Communauté française. Il a donné le choix aux colonies, par
référendum, d’un « OUI » pour une autonomie dans cette Communauté ou d’un « Non » pour une indépendance immédiate. Le « OUI » a
gagné (77,67% des voix) le 28 Septembre 1958. Le 14 Octobre 1958, Le congrès des Assemblées provinciales vote la naissance de la 1ère
République malgache. Le 15 Octobre 1958, la Loi d’Annexion du 6 Août 1896 est abolie. Le 16 Octobre 1958, le congrès des Assemblées
provinciales devient Assemblée constituante. Le 29 Avril 1959 la Constitution de la 1ère République est adoptée. Le 1er mai 1959, élection
de Philibert Tsiranana à la Présidence de la République et formation d’un Gouvernement dirigé par lui-même avec un Vice Président (Albert
Sylla). Les négociations pour l’indépendance totale se sont déroulées à Paris, entre le 11 Février et le 2 Avril 1960. Cette indépendance est
proclamée à Mahamasina le 26 Juin 1960. Le 21 septembre, Madagascar est admise à l’ONU.
- Le 5 février 1975, le Général Ramanantsoa cède le plein pouvoir à son Ministre de l’Intérieur, le Colonel Richard Ratsimandrava, mais
celui-ci est assassiné une semaine plus tard, le 11 février 1975.
- Un Directoire Militaire dirigé par le Général Gille Andriamahazo dirige le pays du 14 février au 15 juin 1975,
- Le 15 juin 1975, le Directoire donne le plein pouvoir au Capitaine de frégate Didier Ratsiraka.
- Le 21 décembre 1975, Didier Ratsiraka soumet en Référendum une Charte de la Révolution Socialiste Malgache (Livre Rouge), une
nouvelle Constitution, et son statut de Président de la république, le « OUI » a gagné, ainsi est née la République Démocratique de
Madagascar le 30 décembre 1975,
- Le nouveau régime est socialiste révolutionnaire,
- Le pouvoir exécutif est constitué par le Président de la République et le Gouvernement dirigé par un Premier Ministre,
- Le pouvoir législatif est monocaméral : l’Assemblée Nationale Populaire (ANP),
- La Haute Cour Constitutionnelle (HCC) représente le pouvoir judiciaire,
- La république dispose en outre de deux institutions à rôle consultatif : le Conseil Suprême de la révolution (CSR) et le Comité Militaire
pour le développement (CMD),
- Le Régime Ratsiraka impose au malgache un socialisme de type oriental (soviétique, chinois ou nord coréen), la liberté individuelle est
bafouée, la liberté d’expression est inexistante, la liberté d’entreprise est très limitée,
- Le pays privilégie des nouveaux partenariats avec les pays du Bloc Socialiste : Corée du nord, Cuba, URSS, Viêt Nam, Chine Populaire ou
Allemagne de l’Est,
- Des projets ambitieux sont initiés par le Pouvoir révolutionnaire, mais le pays s’appauvrit tellement que les contestations gagnent du
terrain à partir de 1989.
- En 1991, le Mouvement des « Herivelona » (Force vive de la nation) appelle à une désobéissance civile, il entame une grève générale et
un meeting populaire sans précédent à partir du 1er mai 1991 jusqu’à l’affaiblissement du pouvoir de Ratsiraka, marqué par la création
d’un régime de transition avec la Convention du 31 Octobre 1991, à l’Hôtel Panorama d’Antananarivo, entre les représentants du Pouvoir
et les dirigeants du mouvement populaire.
- La Convention de Panorama met en place les cinq (05) institutions suivantes par ordre d’importance :
Le Gouvernement de Transition conduit par Guy Willy Razanamasy (Premier ministre),
La Haute Autorité de l’État (HAE) dirigé par le Pr Albert Zafy,
La Présidence de la république tenue par Didier Ratsiraka, et
Le Comité de Redressement Économique et Social (CRES) co-présidé par Richard Andriamanjato et Manandafy Rakotonirina.
- En 1992, le Pouvoir de transition organise des Forums régionaux et national à Antananarivo pour l’élaboration d’une nouvelle
Constitution, démocratique et libérale ; pour l’adopter, un référendum est alors réalisé le 17 août 1992 ; le « OUI » a gagné, ainsi est née
la 3ème République.
- la nouvelle Constitution définit un régime politique semi-parlementaire et prévoit une séparation des pouvoirs :
Un pouvoir exécutif à deux têtes : Le Président de la République élu par suffrage universel direct et le Premier Ministre
désigné par le Parlement (Albert Zafy est le premier Président, Francisque Ravony, premier Premier Ministre),
Un pouvoir législatif : l’Assemblée nationale,
Un pouvoir judiciaire formé par la Haute Cour Constitutionnelle et la Haute Cour de Justice,
- Une divergence entre le Premier ministre issu de la majorité parlementaire et le Chef de l’État élu au suffrage universel porte ce dernier à
amender la Constitution pour pouvoir nommé de son gré son Chef de gouvernement,
- La Constitution amendée est adoptée par référendum en 1995, mais la crise politique perdure au sein du Parlement multipartiste ; une
Motion d’Empêchement du Président de la République est alors votée,
- L’empêchement du Président Zafy est validé par la HCC qui donne au Premier Ministre de l’époque, Norbert Lala Ratsirahonana, le plein
pouvoir à la tête d’un Gouvernement de transition,
- Par une élection démocratique en 1997, Didier Ratsiraka est revenu au pouvoir et devient donc le second Chef d’État de la 3ème
République,
- Il fait adopter par référendum en 1998, un nouvel amendement de la Constitution de la 3 ème République, caractérisé par la création des 6
Provinces autonomes et de la deuxième chambre parlementaire, le Sénat.
- En décembre 2001, les résultats du 1er tour de l’élection présidentielle sont contestés par les adversaires de Didier Ratsiraka ; les
partisans du candidat Marc Ravalomanana dénoncent une manipulation des voies en faveur du président sortant et revendiquent une
victoire au 1er tour,
- La revendication devient populaire et finit, après des vives tensions, surtout en province, entre partisans des deux candidats, par une
nouvelle proclamation des résultats du 1er tour en faveur du candidat Marc Ravalomanana, devenu alors 3ème Chef d’État de la 3ème
république.
- Après sa réélection en décembre 2006, le Président Marc Ravalomanana fait adopter par Référendum une nouvelle modification de la
Constitution de la 3ème République. Elle met fin à l’existence des Provinces autonomes et confirme la division de la Grande île en 22
régions.
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- Au début 2009, un mouvement populaire soutenu par l’Armée fait tomber le Régime Ravalomanana et porte au pouvoir un régime
transitoire, dirigé par le Maire de la capitale, Andry Rajoelina, devenu Président de la Haute Autorité de l’État (HAT) et Chef d’État.
- La Constitution de la 4ème République est adoptée par référendum le 11 Décembre 2010. Le régime est semi-parlementaire comme au
début de la 3ème République. Les six provinces sont rétablies. L’élection du Président Rajaonarimampianina Hery, en décembre 2013 a mis
fin au régime de transition de la HAT.
- Économie de traite, Pacte coloniale : Madagascar réservoir de matières premières et marché exclusif de la France ; le pays doit se suffire
à lui-même.
- Système économique inspiré des modèles des pays communistes : nationalisation et étatisation des grandes entreprises de productions
(1975), industrialisation à outrance (1975-1979),
- Résultat immédiatement catastrophique : perte budgétaire de 6% à 19% entre 1978 et 1981, fort endettement du pays (service de la
dette : 7,8% à 38% des exportations entre 1978 et 1982), forte inflation (croissance de 100% du prix à la consommation entre 1970 et
1980),
- Adoption par conséquent d’un Programme d’Ajustement structurel (PAS) négocié auprès des Institutions de Bretton Woods en 1981 :
désengagement de l’État, libéralisation des entreprises nationalisées, dévaluation monétaire,
- Résultat mitigé : croissance du solde budgétaire (-16% en 1975-1980 contre 17,9% en 1981-1984), mais non maîtrise de l’inflation (18%
en 1980, 80% en 1984) et triplement de l’importation de riz en 1984,
- En 1989 la croissance économique est de 4%, mais le déficit de la balance de paiement est important (155,8%) et l’inflation galopante
(l’indice général du prix à la consommation passe de 240 à 1103 entre 1984 et 1989).
- Mise en place formelle d’un système libéral dans le cadre d’un programme de développement financé en grande partie par les bailleurs
de fonds étrangers (FMI, Banque mondiale, Union Européenne, etc.) et soumis à leur approbation : Document cadre de Politique
Économique (DCPE), puis Document Stratégique de Réduction de la Pauvreté (DSRP) et dernièrement « Madagascar Action Plan » (MAP),
- Résultat global : croissance économique positive mais fragile, balance de paiement toujours déficitaire, inflation encore importante,
- Atteinte du point d’achèvement en 2004 (effacement des dettes publiques) d’où des investissements dans les infrastructures routières et
dans les actions d’accompagnement social (Éducation et santé),
- Investissements étrangers croissants mais encore faibles : entreprises franches, exploitation minière.
- La crise politique de 2009 met au point mort le développement économique, les aides budgétaires et les investissements étrangers sont
en gros suspendus. Le pays aspire à une autosuffisance économique et recherche une voie de stabilité pour espérer un nouveau départ.
- La sortie de la crise commence à se profiler, en 2014, avec le retour de la reconnaissance internationale marqué par le retour des aides
budgétaires, la reprise des financements des grands projets de développement, le retour des avantages offerts dans le cadre de la
coopération avec l’Union Européenne, ou de l’AGOA avec les Etats-Unis. La production de pétrole est très attendue pour avoir des
retombées positives sur la croissance économique, mais la baisse du prix pétrole sur le marché international risque de remettre en cause
sa rentabilité. L’équilibre des grands agrégats économiques est tant bien que mal maîtrisé, mais l’inflation empire la crise sociale et risque
de saper à nouveau la fragile stabilité politique.
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