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Manuel de l’indice des prix à la consommation

T h é o r i e e t p r a t i q u e

Organisation internationale du travail

Fonds monétaire international

Organisation de coopération et de développement économiques

Office statistique des Communautés européennes

Nations Unies

Banque mondiale
Manuel de l’indice des prix à la consommation
Théorie et pratique
M a nu e l d e l ’ i n d i c e
des prix à la consommation
T h é o r i e e t p r a t i q u e

Bureau international du travail

Fonds monétaire international

Organisation de coopération et de développement économiques

Office statistique des Communautés européennes (Eurostat)

Nations Unies

Banque mondiale
Copyright © 2004
Organisation internationale du travail/Fonds monétaire international/Organisation de coopération et de développement écono-
miques/Office statistique des Communautés européennes/Nations Unies/Banque internationale pour la reconstruction et le déve-
loppement/Banque mondiale

Publié pour la première fois en 2004

Les publications du Bureau international du travail, du Fonds monétaire international, de l’Organisation de coopération et de
développement économiques, de l’Office statistique des Communautés européennes (Eurostat), de la Commission économique
des Nations Unies pour l’Europe et de la Banque mondiale sont protégées par le droit d’auteur aux termes du protocole 2 de
la convention universelle sur le copyright. Néanmoins, la reproduction de courts extraits de ces publications est possible sans
autorisation, à condition que la source soit mentionnée.

Pour les droits de reproduction ou la traduction de l’original anglais en d’autres langues que le français et l’espagnol,
s’adresser au Bureau des publications, Droits et autorisations, Bureau international du travail, CH-1211 Genève 22, Suisse.
Le BIT examinera ces demandes avec bienveillance.

Pour les droits de reproduction des traductions en français et en espagnol, les demandes doivent être adressées au Fonds
monétaire international à l’adresse suivante : International Monetary Fund, 700 19th Street, N.W., Washington, DC, 20431,
United States.

Les bibliothèques, institutions et autres utilisateurs enregistrés au Royaume-Uni auprès de la Copyright Licensing Agency,
90 Tottenham Court Road, London W1P 4LP [Fax : (+ 44) (0) 207 631 5500; adresse électronique : [email protected]],
aux États-Unis auprès du Copyright Clearance Center, 222 Rosewood Drive, Danvers, MA 01923 [Télécopie (+1) (978) 750 4470;
adresse électronique : [email protected]], ou dans d’autres pays auprès d’organismes de gestion des droits de reproduction
associés, peuvent faire des photocopies de l’ouvrage conformément aux autorisations qui leur ont été accordées à cet effet.

OIT/FMI/OCDE/CEE–ONU/Eurostat/Banque mondiale
Manuel de l’indice des prix à la consommation : Théorie et pratique
Genève, Organisation internationale du travail, 2004
Guide, indice des prix à la consommation, collecte de données, méthode statistique, calcul, méthodologie, pays développés, pays
en développement. 09.02

ISBN 1-58906-330-9

ILO Cataloguing in Publication Data

Les désignations utilisées dans cet ouvrage, qui sont conformes aux usages des organisations qui en assurent la publication,
et la présentation des données qui y figurent n’impliquent de la part de ces organisations aucune prise de position quant au
statut juridique de tel ou tel pays, zone ou territoire, ou de ses autorités, ni quant au tracé de ses frontières.

Les opinions exprimées dans les articles, études et autres contributions signées n’engagent que leurs auteurs, et leur publication
ne signifie pas qu’elles sont partagées par les organisations qui assurent cette publication.

La mention ou la non-mention de telle ou telle entreprise ou de tel ou tel produit ou procédé commercial n’implique, de la part
des organisations qui assurent la publication du manuel, aucune appréciation favorable ou défavorable.

On peut se procurer des exemplaires de ce manuel, au prix de 125 dollars EU, à l’adresse suivante :
Publication Services, International Monetary Fund, 700 19th Street, N.W., Washington, DC 20431 (États-Unis).
Téléphone : (202) 623-7430
Télécopie : (202) 623-7201
Messagerie électronique : [email protected]

Mis en page par les services linguistiques du FMI


Imprimé aux États-Unis
AVANT-PROPOS

Le présent ouvrage est la version revue et augmentée de l’ouvrage intitulé Consumer price indices : An ILO manual, paru
en 1989. La révision, organisée par le Groupe de travail intersecrétariats sur les statistiques des prix (IWGPS), a été entre-
prise sous la responsabilité de six organisations internationales : le Bureau international du travail (BIT), le Fonds moné-
taire international (FMI), l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), l’Office statistique
des Communautés européennes (Eurostat), la Commission économique des Nations Unies pour l’Europe (CEE-ONU) et
la Banque mondiale. La publication de l’ouvrage est assurée conjointement par les six organisations.
Ce manuel contient des informations et des explications complètes et détaillées sur l’établissement des indices des
prix à la consommation (IPC). Rédigé à l’intention des pays développés aussi bien que des pays en développement, il
passe en revue les diverses questions conceptuelles et théoriques dont les offices statistiques doivent tenir compte
pour répondre aux problèmes que pose le calcul d’un IPC. Les chapitres couvrent un large éventail de sujets, ana-
lysent en détail les différentes pratiques en vigueur à l’heure actuelle, proposent le cas échéant d’autres méthodes et
examinent les avantages et inconvénients de chacune des solutions avancées. Compte tenu de sa vocation exhaustive,
cet ouvrage devrait pouvoir répondre aux besoins de nombreux utilisateurs.
Le principal objectif du manuel est d’aider les statisticiens chargés d’établir l’indice des prix à la consommation, en
particulier ceux des pays qui révisent ou mettent en place leur IPC. Il fait fond sur une large gamme d’expériences et
de compétences pour présenter des méthodes de mesure pratiques et adaptées, et devrait aussi aider les pays à se doter
d’IPC qui se prêtent davantage aux comparaisons internationales effectuées par les offices de statistique nationaux et
les institutions multilatérales. Parce qu’il réunit une somme de connaissances sur cette question, ce manuel peut aussi
servir d’outil d’apprentissage individuel ou d’instrument pédagogique pour les cours de formation sur l’IPC.
L’ouvrage s’adresse également à d’autres utilisateurs des IPC, tels que les employeurs et les salariés, les décideurs
et les chercheurs. Il fournira à tous des précisions sur les différentes méthodes employées pour la collecte des don-
nées et le calcul des indices, mais aussi sur les limites de ces méthodes, de façon à ce que les résultats puissent être
correctement interprétés.
La rédaction et la révision de ce manuel ont nécessité de nombreuses réunions échelonnées sur une période de
cinq ans, auxquelles ont participé des experts d’offices nationaux de statistique, d’organisations internationales et ré-
gionales, des milieux universitaires et des instituts de recherche. Le nouveau manuel doit beaucoup à leur sagesse et
à leurs conseils.
La version électronique du manuel peut être consultée sur le site Internet www.ilo.org/stat. L’IWGPS voit dans cet
ouvrage un document évolutif appelé à être modifié et mis à jour pour traiter plus en détail tel ou tel point. C’est ce
qu’attestent dès à présent les remarques et recommandations formulées par les groupes internationaux qui suivent
l’IPC, tels que la Conférence internationale des statisticiens du travail (CIST), le Groupe de travail intersecrétariats
sur les indices de prix (ou «Groupe d’Ottawa») ou la réunion commune CEE-ONU/BIT sur les indices des prix à la
consommation.
Vos commentaires sur l’IWGPS sont les bienvenus. Ils peuvent être adressés au Bureau de statistique du BIT
(adresse électronique : [email protected]), et seront pris en compte dans les révisions ultérieures du manuel.

Bureau international du travail (BIT) : A. Sylvester Young, Directeur, Bureau de statistique


Fonds monétaire international (FMI) : Horst Köhler, Directeur général
Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) : Enrico Giovanini, Directeur,
Direction des statistiques
Office statistique des Communautés européennes (Eurostat) : Inna Steinbuka, Directrice,
Statistiques économiques et convergence économique et monétaire
Commission économique des Nations Unies pour l’Europe (CEE–ONU) : Heinrich Brüngger,
Directeur, Division de statistique
Banque mondiale : Shaida Badiee, Directrice, Groupe de données sur le développement

v
TABLE DES MATIÈRES

Avant-propos . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . v
Préface . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . xxi
Remerciements . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . xxix
Guide du lecteur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . xxxiii

1 Introduction à la méthodologie de l’indice des prix à la consommation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1


Origines et utilisations des indices des prix à la consommation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2
Choix d’un indice . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2
Indices des prix fondés sur un panier-type de biens et services . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
Indices de Lowe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
Indices de Laspeyres et de Paasche . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
Décomposition des variations de la valeur courante au moyen des indices de Laspeyres et de Paasche . . . . . 4
Ratios d’indices de Lowe et de Laspeyres . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4
Indices de Lowe actualisés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4
Interconnexions entre indices de panier-type . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
Indice de Young . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
Indices de Young, Laspeyres et Paasche géométriques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
Indices symétriques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
Indices à base fixe ou indices-chaînes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
Approches axiomatiques et stochastiques des indices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
Première approche axiomatique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
Classement des indices selon la première approche axiomatique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
Autres tests . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
Approche stochastique et seconde approche axiomatique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
Approche stochastique non pondérée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
Approche stochastique pondérée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
Seconde approche axiomatique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
Indice du coût de la vie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12
Limites supérieure et inférieure d’un indice du coût de la vie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
Quelques cas particuliers . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
Estimation des indices du coût de la vie par des indices superlatifs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
Biais de représentativité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
Données requises et problèmes de calcul . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
Possibilité de substitution . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
Questions d’agrégation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
Données numériques indicatives . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16
Produits saisonniers . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16
Indices d’agrégat élémentaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
Pondérations au sein des agrégats élémentaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
Interconnexions entre les différentes formules élémentaires d’indice des prix . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
Approche axiomatique des formules d’indice . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
Approche économique des indices d’agrégat élémentaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
Concepts, champ et classifications . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
Acquisitions et utilisations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
Indices inconditionnels et conditionnels du coût de la vie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23
Types spécifiques de transaction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23
Production des ménages . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24
Couverture des ménages et des points de vente . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25
Variation des prix . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26
Classifications . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26
Indices des prix à la consommation et déflateurs des prix dans les comptes nationaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26

vii
TABLE DES MATIÈRES

Pondérations des dépenses . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27


Enquêtes sur le budget des ménages et les comptes nationaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27
Autres sources d’estimation des pondérations de dépenses . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28
Collecte des données sur les prix . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28
Tirage aléatoire et tirage raisonné . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28
Méthode de relevé des prix . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
Continuité du relevé des prix . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31
Rééchantillonnage ou tirage d’un nouvel échantillon . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31
Ajustement des prix aux changements de qualité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 32
Évaluation de l’effet des changements de qualité sur les prix . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 32
Méthodes implicites d’ajustement aux changements de qualité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33
Ajustements explicites de la qualité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34
Substitution de produits élémentaires et nouveaux biens . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35
Nouveaux biens et services . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 36
Calcul des indices des prix à la consommation dans la pratique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 36
Indices d’agrégat élémentaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37
Indices de niveau supérieur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37
Oganisation et gestion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 38
Publication et diffusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39

2 Utilisation des indices des prix à la consommation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41


Éventail des indices des prix à la consommation possibles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41
Indexation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41
Indexation des salaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41
Indexation des prestations de sécurité sociale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 42
Type d’indice utilisé pour l’indexation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 42
Indexation des charges d’intérêts, loyers et autres paiements contractuels . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 42
Imposition . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43
Consommation et revenu en volume . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43
Cohérence entre indices de prix et séries de dépenses . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43
Parités de pouvoir d’achat . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 44
Utilisation de l’indice des prix à la consommation à des fins comptables en période d’inflation . . . . . . . . . . . . . . 44
Comptes en pouvoir d’achat actuel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 44
Comptabilité au coût actuel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 44
Indices des prix à la consommation et inflation générale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45
Indices des prix à la consommation et objectifs d’inflation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45
Indices des prix à la consommation et comparaisons internationales de l’inflation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45
Popularité des indices des prix à la consommation et statistiques économiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45
Nécessité d’indépendance et d’intégrité dans l’établissement des indices des prix à la consommation . . . . . . . . . 46

3 Concepts et champ de l’indice . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 47


Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 47
Les divers agrégats de consommation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 47
Acquisitions et dépenses . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 48
Dépenses monétaires et dépenses non monétaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 48
Acquisitions et utilisations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 49
Biens durables et biens non durables . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 49
Indices des prix à la consommation fondés sur les acquisitions et les utilisations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50
Indices de panier-type et indices du coût de la vie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50
Indices de Lowe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50
Indices du coût de la vie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50
Dépenses et autres paiements hors du champ des indices des prix à la consommation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 52
Transferts . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 52
Assurance . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 52

viii
TABLE DES MATIÈRES

Jeux de hasard . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 53
Opérations sur actifs financiers . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 53
Achats et ventes de devises . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 53
Paiements, financement et crédit . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 53
Opérations financières et emprunts . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 54
Création d’un actif/passif financier . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 54
Achats à tempérament . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 55
Charges d’intérêts . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 55
Production des ménages . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 56
Activités économiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 56
Consommation par les ménages de leur propre production . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 56
Ménages et points de vente inclus dans le champ de l’indice . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 58
Definition des ménages . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 58
Types de ménages . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 58
Couverture géographique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 59
Couverture des points de vente . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 60
Différences de prix . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 60
Discrimination par les prix . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 61
Différences de prix entre points de vente . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 61
Mise à jour des points de vente . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 62
Traitement de certaines dépenses des ménages . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 62
Commissions des agents et courtiers . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 62
Biens et services indésirables ou illicites . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 62
Biens et services de luxe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 63
Biens d’occasion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 63
Dépenses imputées de biens et services . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 64
Couverture des prix . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 64
Taxes et subventions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 64
Rabais, remises, ristournes, programmes de fidélisation et produits «gratuits» . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 65
Classification . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 65
Critères de classification des dépenses de consommation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 66
Classification par type de produit . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 66
Classification par fonction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 67
Classifications pour les indices des prix à la consommation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 67
Niveau de publication . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 68
Nomenclature des fonctions de la consommation individuelle (COICOP) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 68
Appendice 3.1 Indices des prix à la consommation et déflateurs des prix en comptabilité nationale . . . . . . . . . . 70

4 Les pondérations des dépenses et leurs sources . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 71


Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 71
La structure de pondération de l’indice des prix à la consommation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 71
Pondérations des groupes, classes et sous-classes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 73
Pondérations régionales . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 73
Pondérations des points de vente ou des types de points de vente . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 73
Pondérations des agrégats élémentaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 74
Sources des données . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 74
Enquêtes sur le budget des ménages . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 74
Comptabilité nationale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 75
Données sur les ventes au détail . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 75
Enquêtes sur les points d’achat . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 76
Données saisies par lecture optique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 76
Recensements de population . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 76
Comment les pondérations sont-elles calculées en pratique? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 76
Paiements qui ne sont pas des dépenses de consommation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 76
Dépenses peu importantes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 77
Produits dont il est difficile de déterminer les prix . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 77

ix
TABLE DES MATIÈRES

Utilisation et conjugaison de différentes sources . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 77


Ajustement des pondérations calculées à partir des enquêtes sur le budget des ménages . . . . . . . . . . . . . . . . 77
Période de référence des pondérations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 78
Nécessité de réviser les pondérations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 78
Fréquence de l’actualisation des pondérations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 79
Classification . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 79
Produits élémentaires nécessitant un traitement particulier . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 80
Erreurs de pondération . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 82

5 Échantillonnage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 83
Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 83
Techniques de tirage aléatoire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 83
Tirage aléatoire et indices des prix à la consommation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 84
Techniques de tirage aléatoire à probabilité inégale proportionnelle à la taille . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 84
Méthodes d’échantillonnage utilisées par le Bureau of Labor Statistics des États-Unis . . . . . . . . . . . . . . . . . . 85
Techniques de tirage non aléatoire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 86
Raisons de recourir au tirage non aléatoire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 86
Échantillonnage fondé sur un seuil d’inclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 87
Échantillonnage par la méthode des quotas . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 88
La méthode du produit élémentaire représentatif . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 88
Échantillonnage dans le temps . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 88
Choix d’une méthode de tirage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 89
Procédures d’estimation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 90
Application des procédures d’estimation aux indices des prix à la consommation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 90
Estimation de la variance . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 91
Variances des formules d’indices d’agrégat élémentaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 92
La méthode des États-Unis . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 92
La méthode suédoise . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 92
La méthode française . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 93
La méthode du Luxembourg . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 94
Autres méthodes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 94
Allocation optimale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 94
Récapitulation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 95

6 Relevé des prix . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 97


Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 97
Fréquence et dates des relevés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 97
Prise en compte de l’hyperinflation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 99
Spécification des produits élémentaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 100
Procédures de relevé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 101
Techniques de relevé des prix . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 103
Conception du questionnaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 104
Procédures sur le terrain . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 107
Relevé centralisé et en bureau . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 107
Réductions de prix . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 109
Marchandage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 111
Remplacement forcé, substitution de produits et ajustement de la qualité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 112
Questions connexes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 113
Communication électronique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 113
Parités de pouvoir d’achat . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 115
Qualité des données et contrôle de la qualité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 115
Documentation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 115
Appendice 6.1 Extrait d’un formulaire simple de relevé des prix . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 116

7 Ajustement aux changements de qualité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 117


Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 117

x
TABLE DES MATIÈRES

Pourquoi la méthode de l’appariement de modèles peut échouer . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 118


Produits élémentaires manquants . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 118
Problématique de l’échantillonnage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 119
Nouveaux produits . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 120
La nature du changement de la qualité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 120
Une méthode fondée sur l’utilité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 121
Indices conditionnels . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 122
Aperçu des méthodes d’ajustement de la qualité utilisées en l’absence de produits appariés . . . . . . . . . . . . . . . . . 123
Ajustement additif et ajustement multiplicatif . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 124
Ajustement de la période de référence et ajustement de la période en cours . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 125
Comparaisons à court terme et à long terme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 125
Méthodes implicites d’ajustement de la qualité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 125
Le recouvrement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 126
Imputation par la moyenne globale ou par la moyenne ciblée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 128
Méthode d’imputation par la moyenne des remplacements à qualité constante . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 132
Remplacement en équivalent ou comparaison directe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 132
Dissemblable pur ou chaînage indiquant l’absence de variation de prix . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 133
Report ou reconduction du prix . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 133
Méthodes d’ajustement explicite de la qualité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 133
Avis d’experts . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 133
Ajustement de la quantité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 134
Différences des coûts de production ou d’option . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 135
Méthode hédonique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 137
Limites de la méthode hédonique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 143
Choix entre les méthodes d’ajustement des prix par les changements de qualité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 145
Technologies de pointe et autres secteurs à taux de remplacement élevé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 148
Quelques exemples . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 148
Les indices de prix hédoniques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 149
Différence entre indices hédoniques et indices de produits appariés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 153
Chaînage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 154
Comparaisons à court terme et à long terme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 155
Méthodes d’ajustement aux changements de la qualité dans les comparaisons à court terme . . . . . . . . . . . . . 155
Comparaisons à court terme implicites à partir d’imputations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 157
Indices à une étape et à deux étapes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 158
Appendice 7.1 Données sur les ordinateurs personnels provenant des sites Internet de Compaq
et Dell au Royaume-Uni, en juillet 2000, pour illustrer une régression hédonique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 160

8 Substitution de produits élémentaires, espace d’échantillonnage et nouveaux produits . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 163


Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 163
Échantillons appariés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 164
Espace d’échantillonnage et remplacement ou substitution de produits élémentaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 164
Mise à jour de l’échantillon, chaînage et indices hédoniques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 166
Informations requises pour une stratégie d’ajustement en fonction de la qualité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 167
Système de métadonnées statistiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 167
Les nouveaux produits et en quoi ils diffèrent des produits dont la qualité a changé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 169
Incorporation des nouveaux produits . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 169
Changement de base et mise à jour de l’échantillon . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 171
Remplacements dirigés et extension dirigée de l’échantillon . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 172
Prix de réservation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 174
Résumé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 174
Appendice 8.1 Apparition ou disparition de produits ou de points de vente . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 176
Appendice 8.2 Nouveaux produits et substitution . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 180

9 Le calcul des indices de prix à la consommation dans la pratique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 183


Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 183

xi
TABLE DES MATIÈRES

Calcul des indices de prix pour les agrégats élémentaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 183


Construction des agrégats élémentaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 183
Construction des indices d’agrégat élémentaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 186
Indices-chaînes ou indices directs pour les agrégats élémentaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 190
Associativité de l’agrégation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 191
Observations de prix manquantes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 191
Autres formules d’indices d’agrégat élémentaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 195
Indices de valeur unitaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 196
Formules applicables aux données obtenues par lecture électronique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 197
Calcul des indices de niveau supérieur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 197
Les indices de prix à la consommation en tant que moyennes pondérées
d’indices d’agrégat élémentaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 197
Exemple numérique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 198
Indices de Young et de Lowe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 199
Calcul de la variation de l’indice de Young . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 200
Actualisation par les prix de la période de référence des pondérations
à la période de référence des prix . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 200
Adoption de nouvelles pondérations et chaînage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 202
Décomposition des variations de l’indice . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 206
Quelques solutions de remplacement aux indices à pondérations fixes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 206
Vérification des données . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 208
Identification d’éventuelles erreurs et valeurs aberrantes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 209
Vérification et correction des données . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 211
10 Cas particuliers . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 215
Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 215
Logements occupés par leur propriétaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 215
Concept d’utilisation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 215
Concept de paiement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 217
Concept d’acquisition . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 220
Vêtement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 222
Le marché du vêtement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 222
Méthode d’établissement d’indices pour les vêtements non saisonniers . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 222
Remplacement des produits élémentaires et changement de qualité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 224
Méthodes à utiliser pour inclure les vêtements saisonniers
dans l’indice des prix à la consommation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 224
Brefs commentaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 228
Services de télécommunications . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 229
Produits élémentaires représentatifs et produits appariés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 229
Produits élémentaires représentatifs et valeurs unitaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 231
Profils des consommateurs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 231
Échantillon de factures . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 232
Services financiers . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 233
Achat de devises . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 233
Services de courtage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 234
Mécanismes de dépôt et de prêt . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 235
Services d’agence immobilière . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 236
Services d’assurance de biens . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 237
Concept de paiement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 238
Concept d’utilisation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 238
Concept d’acquisition . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 239
Suivi des prix des primes d’assurance brutes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 239
L’utilisation des primes brutes pour mesurer approximativement le service d’assurance net . . . . . . . . . . . . . . 240
Appendice 10.1 Exemple de calcul d’un indice des prix d’un produit de dépôt . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 241
11 Erreurs, variances et biais . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 245
Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 245
Types d’erreurs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 245

xii
TABLE DES MATIÈRES

Erreurs d’échantillonnage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 245


Erreurs autres que d’échantillonnage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 245
Erreurs et biais de mesure . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 246
Estimation de variance . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 246
Description qualitative des erreurs autres que les aléas d’échantillonnage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 247
Procédures suivies pour limiter les erreurs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 247
Types de biais . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 249
Composantes des biais . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 250
Biais de substitution de niveau supérieur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 250
Biais d’agrégat élémentaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 251
Biais dû au changement de qualité et aux nouveaux produits . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 252
Biais dû aux nouveaux points de vente . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 253
Estimations du biais : présentation sommaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 254
Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 254

12 Organisation et gestion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 255


Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 255
Collecte à l’échelon local . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 255
Collecte sous-traitée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 255
Collecte centralisée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 257
Qualité sur le terrain . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 257
Descriptions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 257
Continuité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 257
Demande de vérification des données saisies . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 258
Retour d’information . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 258
Les contrôles de qualité des relevés au niveau local : le rôle des contrôleurs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 259
Suivi . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 259
Contrôle a posteriori . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 259
Autres fonctions du contrôleur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 260
Contrôles de qualité en bureau . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 260
Rapports . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 261
Algorithmes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 261
Établissement et publication de l’indice . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 262
Établissement mensuel de l’indice . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 262
Feuilles de calcul . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 263
Introduction de modifications . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 263
Reprise des activités après une catastrophe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 263
Gestion de la qualité et systèmes de gestion de la qualité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 264
Systèmes de gestion de la qualité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 265
Utilisation accrue des techniques de management de la qualité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 266
Gestion de la performance, formation et perfectionnement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 266
Besoins de formation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 266
Formation spécialisée à l’intention des statisticiens et des enquêteurs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 266
Documentation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 267
Analyses . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 267

13 Publication, diffusion et relations avec les utilisateurs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 269


Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 269
Présentation des niveaux et des variations des prix sous forme de séries chronologiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 269
Correction des variations saisonnières et lissage de l’indice . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 270
Analyse des facteurs des variations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 270
Commentaire économique et interprétation de l’indice . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 271
Présentation de mesures connexes et d’autres mesures . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 271
Inflation sous-jacente . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 271
Autres indices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 271

xiii
TABLE DES MATIÈRES

Indices calculés à partir de sous-agrégats . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 272


Communiqués de presse, bulletins et notes méthodologiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 272
Normes internationales relatives à la diffusion des indices des prix à la consommation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 273
Calendrier de diffusion de l’indice des prix à la consommation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 274
Délai de diffusion et exactitude des données . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 274
Accès aux données . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 275
Confidentialité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 275
Diffusion électronique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 275
Prise en compte du point de vue des usagers . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 275
Différentes applications des indices des prix à la consommation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 275
Présentation de la méthodologie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 276
Rôle des comités consultatifs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 276
Explication de la qualité de l’indice . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 276

14 Système des statistiques des prix . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 277


Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 277
Les comptes nationaux, cadre de référence du système des statistiques des prix . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 278
Ressources et emplois de biens et services agrégés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 279
Unités institutionnelles et établissements . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 279
Comptes des unités institutionnelles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 280
L’indice des prix à la consommation et les principaux indices de prix . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 297
Champ de l’agrégat des dépenses de l’indice des prix à la consommation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 297
L’indice des prix à la consommation en tant que mesure de l’inflation
dans les transactions de marché . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 300
Traitement des achats transfrontaliers dans l’indice des prix à la consommation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 300
Autres indicateurs des prix dans les comptes nationaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 301
Indices des prix de l’offre totale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 301
Indices des prix de la consommation intermédiaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 301
Indices des prix des emplois finals . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 301
Indices des prix du produit intérieur brut . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 302
Indices des prix des services de main-d’œuvre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 302
Cadre d’un système des statistiques de prix des biens et services . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 303
Comparaison internationale des dépenses consacrées aux biens et services . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 303

15 Fondements de la théorie des indices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 309


Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 309
Décomposition des agrégats en valeur en composantes de prix et de quantités . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 310
Décomposition des agrégats en valeur et test de factorité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 310
Indices de Laspeyres et de Paasche . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 311
Moyennes symétriques d’indices de prix fondés sur un panier fixe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 313
L’indice de Fisher en tant que moyenne des indices de Paasche et de Laspeyres . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 313
L’indice de Walsh et la théorie de l’indice de prix «pur» . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 314
Pondérations annuelles et indices mensuels des prix . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 317
Indice de Lowe fondé sur les prix mensuels et les quantités annuelles pour l’année de référence . . . . . . . . . . 317
Indice de Lowe et indices d’année intermédiaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 322
L’indice de Young . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 323
L’indice de Divisia et ses approximations discrètes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 327
Indices de prix et de quantités de Divisia . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 327
Approximations discrètes de l’indice de Divisia en temps continu . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 328
Indices à base fixe ou indices-chaînes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 329
Appendice 15.1 Relation entre les indices de Paasche et de Laspeyres . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 334
Appendice 15.2 Relation entre les indices de Lowe et de Laspeyres . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 335
Appendice 15.3 Relation entre l’indice de Young et son indice réciproque . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 336
Appendice 15.4 Relation entre la méthode de Divisia et l’approche économique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 337

xiv
TABLE DES MATIÈRES

16 Approches axiomatiques et stochastiques de la théorie des indices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 339


Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 339
L’approche de la théorie des indices par les niveaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 341
Approche axiomatique des indices de prix unilatéraux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 341
Seconde approche axiomatique des indices de prix unilatéraux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 342
Première approche axiomatique des indices de prix bilatéraux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 343
Les indices bilatéraux et certains tests initiaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 343
Tests d’homogénéité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 344
Tests d’invariance et de symétrie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 345
Tests de la valeur moyenne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 346
Tests de monotonie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 347
L’indice idéal de Fisher et la méthode des tests . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 347
Performances des autres indices face aux tests . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 348
Le test d’additivité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 349
Approche stochastique des indices des prix . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 351
L’approche stochastique non pondérée initiale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 351
Approche stochastique pondérée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 353
Seconde approche axiomatique des indices de prix bilatéraux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 356
Cadre général et tests préliminaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 356
Tests d’homogénéité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 357
Tests d’invariance et de symétrie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 358
Test de la valeur moyenne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 359
Tests de monotonie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 359
Tests de pondérations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 359
L’indice de prix de Törnqvist–Theil et la seconde approche des indices bilatéraux
par les tests . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 360
Propriétés axiomatiques des indices de Lowe et de Young . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 363
Appendice 16.1 Démonstration de l’optimalité de l’indice de prix de Törnqvist–Theil
dans la seconde approche des tests bilatéraux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 364

17 Approche économique de la théorie des indices : le cas des ménages uniques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 367
Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 367
L’indice du coût de la vie de Konüs et les limites observables . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 368
L’indice du coût de la vie véritable lorsque les préférences sont homothétiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 371
Indices superlatifs : l’indice idéal de Fisher . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 373
Moyenne quadratique des indices superlatifs d’ordre r . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 375
Indices superlatifs : l’indice de Törnqvist . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 377
Les propriétés d’approximation des indices superlatifs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 379
Indices superlatifs et agrégation en deux étapes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 381
L’indice de Lloyd–Moulton . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 383
Préférences annuelles et prix mensuels . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 385
L’indice de Lowe en tant qu’approximation d’un indice du coût de la vie véritable . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 385
Approximation de premier ordre du biais de l’indice de Lowe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 386
Approximation de second ordre du biais de substitution de l’indice de Lowe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 387
Le problème des produits saisonniers . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 390
Le problème du passage d’un prix zéro à un prix positif . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 391

18 Approche économique de la théorie des indices : le cas des ménages multiples . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 393
Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 393
Indices du coût de la vie ploutocratiques et limites observables . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 393
L’indice de prix de Fisher ploutocratique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 396
Indices du coût de la vie démocratiques ou ploutocratiques? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 398

19 Indices des prix fondés sur un ensemble de données artificielles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 401


Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 401

xv
TABLE DES MATIÈRES

L’ensemble de données artificielles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 401


Premier indices des prix : les indices de Carli, Jevons, Laspeyres et Paasche . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 402
Indices de prix à pondérations asymétriques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 403
Indices à pondérations symétriques : indices superlatifs et autres . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 405
Indices superlatifs construits par agrégation en deux étapes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 406
Indices de prix de Lloyd–Moulton . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 406
Décompositions additives de la variation en pourcentage de l’indice idéal de Fisher . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 408
Indices de Lowe et de Young . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 409
Indices d’année intermédiaire fondés sur la formule de Lowe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 410
Indices de type Young . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 411

20 Les indices d’agrégat élémentaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 413


Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 413
Indices d’agrégat élémentaire idéaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 414
Problèmes d’agrégation et de classification des agrégats élémentaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 416
Indices d’agrégat élémentaire utilisés en pratique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 420
Relations numériques entre les indices d’agrégat élémentaire les plus utilisés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 421
Approche axiomatique des indices d’agrégat élémentaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 423
Approche économique des indices d’agrégat élémentaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 424
Approche des indices d’agrégat élémentaire par l’échantillonnage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 427
Utilisation de données obtenues par lecture optique dans la construction d’agrégats élémentaires . . . . . . . . . . . . 427
Approche stochastique simple des indices d’agrégat élémentaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 430
Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 432

21 Changements de qualité et indices hédoniques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 433


Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 433
Apparition et disparition des produits élémentaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 433
Prix hédoniques et marchés implicites . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 435
Les produits élémentaires en tant qu’ensembles liés de caractéristiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 435
Le consommateur ou la demande . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 435
Le producteur ou l’offre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 437
L’équilibre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 438
Ce que signifient les prix hédoniques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 438
Autre formulation théorique hédonique, basée sur le consommateur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 440
Les indices hédoniques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 442
Les indices théoriques de prix des caractéristiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 443
Régressions hédoniques et indicatrices temporelles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 444
Les indices hédoniques d’imputation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 444
Les indices hédoniques superlatifs et exacts . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 445
Indices hédoniques non pondérés et formules d’indices appariés non pondérés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 447
Les nouveaux biens et services . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 448
Appendice 21.1 Quelques problèmes économétriques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 450

22 Le traitement des produits saisonniers . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 457


Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 457
Une série de données saisonnières . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 459
Indices à base mensuelle en glissement annuel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 459
Indices en glissement annuel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 464
Indices annuels mobiles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 467
Estimation d’un indice annuel mobile par le glissement annuel de la période en cours . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 470
Indices de prix mensuels à recoupement maximal . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 473
Indices à panier annuel avec reconduction des prix non observables . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 477
Indices à panier annuel avec imputation des prix non observables . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 479
Indice de Bean et Stine type C ou indice de Rothwell . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 480

xvi
TABLE DES MATIÈRES

Estimation d’indices annuels mobiles à l’aide d’indices mensuels à panier annuel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 481
Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 483
23 Biens durables et coûts d’usage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 485
Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 486
Le concept d’acquisition . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 487
Le concept d’équivalent-loyer . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 489
Le concept du coût d’usage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 491
Rapport entre coûts d’usage et coûts d’acquisition . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 491
Autres modèles d’amortissement possibles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 493
Modèle général d’amortissement des biens de consommation durables (invariables) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 493
Amortissement géométrique ou dégressif à taux constant . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 495
Amortissement linéaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 496
Amortissement du fiacre centenaire ou de l’ampoule électrique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 496
Biens durables uniques et concept du coût d’usage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 498
Coût d’usage des logements occupés par leur propriétaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 499
Traitement des coûts liés aux logements occupés par leur propriétaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 502
Traitement des intérêts des prêts immobiliers . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 502
Traitement des impôts fonciers . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 503
Traitement de l’assurance sur les biens . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 503
Traitement des dépenses d’entretien et de rénovation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 504
Traitement des frais de transaction liés aux achats de logements . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 507
Comparaison des coûts d’usage pour les bailleurs et pour les propriétaires-occupants . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 507
Coût des dommages . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 507
Non-paiement des loyers et coût de vacance des logements . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 507
Frais liés aux avis d’échéance et à l’entretien . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 507
Coût d’opportunité du capital . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 508
Fourniture de services supplémentaires dans le cadre des locations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 508
Le concept de paiement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 509
Méthodes possibles de calcul du prix des logements occupés par leur propriétaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 509
Le concept d’acquisition . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 510
Le concept d’équivalent-loyer . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 510
Le concept du coût d’usage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 510

Glossaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 513
Appendice. Formules et terminologie relatives à quelques indices de base . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 522

Annexe 1 Indices des prix à la consommation harmonisés (Union européenne) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 525

Annexe 2 Nomenclature des fonctions de la consommation individuelle (COICOP) . . . . . . . . . . . . . . . . . . 539

Annexe 3 Résolution concernant les indices des prix à la consommation adoptée


par la dix-septième Conférence internationale des statisticiens du travail, 2003 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 559

Annexe 4 Comparaisons spatiales des prix à la consommation, parités de pouvoir d’achat


et programme de comparaison internationale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 573

Bibliographie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 587

Index . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 603

Liste des tableaux


4.1 Exemple de pondérations par région et type de points de vente pour la sous-classe «fruits frais» . . . . . 74
5.1 Tirage aléatoire systématique de 3 points de vente sur 10, à probabilité inégale
proportionnelle à la taille . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 85
5.2 Échantillon aléatoire de Pareto de 3 points de vente sur 10, à probabilité inégale
proportionnelle à la taille . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 85

xvii
TABLE DES MATIÈRES

6.1 Exemple de formulaire d’enquête indiquant le nombre de prix relevés par magasin ou étal . . . . . . . . . . . . . . . 112
6.2 Exemple illustrant la méthode de détermination du prix effectivement payé
par l’acheteur en cas de marchandage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 113
7.1 Illustrations des méthodes implicites d’ajustement de la qualité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 126
7.2 Exemple du biais lié à un ajustement implicite de la qualité dans l’hypothèse où la variation
(moyenne) de prix de nouveaux produits ajustés aux changements de qualité par rapport
à la variation de prix des produits qu’ils remplacent demeure inchangée (r2 = 1,00) . . . . . . . . . . . . . . 131
7.3 Exemple fondé sur la taille, le prix et le prix unitaire de sacs de farine . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 135
7.4 Résultats de la régression hédonique dans le cas des ordinateurs personnels Dell et Compaq . . . . . . . . 139
7.5 Exemple de comparaisons à court terme et à long terme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 156
8.1 Exemple d’extension de l’échantillon . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 173
9.1 Calcul des indices de prix pour un agrégat élémentaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 187
9.2 Imputation des prix manquant temporairement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 193
9.3 Disparition et remplacement de produits, sans chevauchement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 194
9.4 Disparition et remplacement de produits avec chevauchement des prix . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 195
9.5 Agrégation des indices d’agrégat élémentaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 199
9.6 Actualisation par les prix des pondérations entre les périodes de référence
des pondérations et des prix . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 201
9.7 Calcul d’un indice-chaîne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 204
9.8 Décomposition des variations de l’indice . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 207
10.1 Exemple de calcul d’une série de créances hypothécaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 219
10.2 Exemple de calcul d’une série de charges d’intérêts hypothécaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 220
10.3 Données de prix synthétiques visant à illustrer les méthodes d’établissement
des indices des prix du vêtement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 225
10.4 Divers indices des prix des vêtements d’été . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 226
10.5 Divers indices des prix des vêtements d’hiver . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 226
10.6 Divers indices des prix du vêtement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 227
10.7 Structure d’indice donnée à titre d’exemple pour les services de télécommunications
(méthode des produits élémentaires représentatifs) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 230
10.8 Exemples de caractéristiques des services de télécommunications . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 230
10.9 Exemple de profil d’utilisateur de services de téléphonie mobile . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 232
10.10 Illustration de l’impact des taxes sur les mesures des services d’assurance
(dollars) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 240
11.1 Taxonomie des erreurs dans un indice des prix à la consommation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 245
14.1 Compte de production d’un établissement, d’une unité institutionnelle ou d’un secteur institutionnel . . 282
14.2 Compte de production ventilé par produit d’un établissement ou d’une unité d’activité économique locale 284
14.3 Compte d’utilisation du revenu des unités et secteurs institutionnels . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 286
14.4 Ventilation du compte d’utilisation du revenu par produit, pour les unités et secteurs institutionnels . . . 289
14.5 Ventilation du compte d’utilisation du revenu par produit, pour l’économie totale . . . . . . . . . . . . . . . . . 290
14.6 Comptes de capital . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 292
14.7 Compte de capital ventilé par produit . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 293
14.8 Compte extérieur des biens et services . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 294
14.9 Compte extérieur des biens et services ventilé par produit . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 295
14.10 Le tableau des ressources et des emplois (TRE) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 296
14.11 Couverture des principaux indices de prix : colonnes du tableau des ressources et des emplois . . . . . . . 298
14.12 Définition du champ, des rapports de prix, de la couverture et des pondérations
des principaux indices des prix . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 299
14.13 Compte d’exploitation d’un établissement, d’une unité institutionnelle
ou d’un secteur institutionnel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 303
14.14 Compte d’exploitation d’un établissement et d’une branche d’activité ventilé par services
de main-d’œuvre (profession) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 304
14.15 Cadre des statistiques des prix . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 305
19.1 Prix des six produits . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 402

xviii
TABLE DES MATIÈRES

19.2 Quantités des six produits . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 402


19.3 Dépenses et parts des dépenses aux six produits . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 402
19.4 Indices à base fixe de Laspeyres, Paasche, Carli et Jevons . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 403
19.5 Indices-chaînes de Laspeyres, Paasche, Carli et Jevons . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 403
19.6 Indices à base fixe et pondérations asymétriques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 404
19.7 Indices à pondérations asymétriques utilisant le principe du chaînage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 404
19.8 Indices à base fixe et pondérations asymétriques pour les produits 3–6 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 404
19.9 Indices-chaînes à pondérations asymétriques pour les produits 3–6 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 404
19.10 Indices à base fixe et pondérations symétriques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 405
19.11 Indices à pondérations symétriques calculés en utilisant le chaînage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 405
19.12 Indices superlatifs à base fixe établis en une et deux étapes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 407
19.13 Indices-chaînes superlatifs établis en une et deux étapes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 407
19.14 Indices-chaînes de Fisher et indices à base fixe de Lloyd–Moulton . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 407
19.15 Indices-chaînes de Fisher et de Lloyd–Moulton . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 408
19.16 Décomposition additive de la variation en pourcentage de l’indice de Fisher par Diewert . . . . . . . . . . . 408
19.17 Décomposition de l’indice de Fisher par Van Ijzeren . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 410
19.18 Indices de Lowe et de Young, indices de Laspeyres, Paasche et Fisher à base fixe
et indices-chaînes de Laspeyres, Paasche et Fisher . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 410
19.19 Les cinq indices de Lowe, l’indice d’année intermédiaire
et les indices-chaînes de Törnqvist et de Fisher . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 411
19.20 Les cinq indices de Young et les indices-chaînes de Törnqvist et de Fisher . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 411
20.1 Proportion des transactions de 2000 ayant pu être appariées à celles de 1998 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 419
20.2 Indices des prix de Laspeyres par type de classification, septembre 1998–2000 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 419
20.3 Indices des prix de Fisher par type de classification, septembre 1998–2000 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 419
22.1 Une série de données artificielles : prix . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 460
22.2 Une série de données artificielles : quantités . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 460
22.3 Indices de Laspeyres à base mensuelle fixe en glissement annuel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 463
22.4 Indices de Paasche à base mensuelle fixe en glissement annuel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 463
22.5 Indices de Fisher à base mensuelle fixe en glissement annuel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 463
22.6 Approximations des indices de Paasche à base mensuelle fixe en glissement annuel . . . . . . . . . . . . . . . 464
22.7 Approximations des indices de Fisher à base mensuelle fixe en glissement annuel . . . . . . . . . . . . . . . . . 464
22.8 Indices de Laspeyres à base mensuelle en glissement annuel chaîné . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 464
22.9 Indices de Paasche à base mensuelle en glissement annuel chaîné . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 464
22.10 Indices de Fisher à base mensuelle en glissement annuel chaîné . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 465
22.11 Approximations des indices de Laspeyres à base mensuelle en glissement annuel chaîné . . . . . . . . . . . 465
22.12 Approximations des indices de Paasche à base mensuelle en glissement annuel chaîné . . . . . . . . . . . . . 465
22.13 Approximations des indices de Fisher à base mensuelle en glissement annuel chaîné . . . . . . . . . . . . . . 465
22.14 Indices annuels à base fixe de Laspeyres, de Paasche et de Fisher . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 467
22.15 Indices annuels approchés à base fixe de Laspeyres, de Paasche et de Fisher
et indice de Laspeyres géométrique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 467
22.16 Indices-chaînes annuels de Laspeyres, de Paasche et de Fisher . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 467
22.17 Indices-chaînes annuels approchés de Laspeyres, de Paasche et de Fisher . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 467
22.18 Indices de prix annuels mobiles de Laspeyres, de Paasche et de Fisher . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 469
22.19 Indices de prix annuels mobiles de Laspeyres, de Paasche et de Fisher . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 471
22.20 Indice annuel mobile à base fixe de Laspeyres et indice annuel mobile approché
corrigé des variations saisonnières . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 472
22.21 Indices-chaînes mensuels à recoupement maximal de Laspeyres,
de Paasche et de Fisher . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 476
22.22 Indices-chaînes mensuels de Laspeyres, de Paasche et de Fisher . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 476
22.23 Indice de Lowe, indice de Young, indice de Laspeyres géométrique et indice annuel mobile
centré avec reconduction des prix manquants . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 478
22.24 Indice de Lowe, indice de Young, indice de Laspeyres géométrique et indice annuel mobile
centré avec imputation des prix . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 479

xix
TABLE DES MATIÈRES

22.25 Indice de Lowe, avec reconduction des prix et indices de Rothwell,


original et normalisé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 481
22.26 Indice de Lowe, indice de Young et indice de Laspeyres géométrique avec reconduction
des prix, désaisonnalisés, et indice annuel mobile centré . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 482
22.27 Indice de Lowe, indice de Young et indice de Laspeyres géométrique à prix imputés,
désaisonnalisés, indice de Rothwell désaisonnalisé et indice annuel mobile centré . . . . . . . . . . . . . . 483

Liste des graphiques


4.1 Structure d’agrégation typique d’un indice des prix à la consommation (IPC) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 72
6.1 Procédures de relevé des prix . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 102
7.1 Ajustement de la quantité pour des produits de taille différente . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 135
7.2 Diagramme de dispersion indiquant les prix et les vitesses de traitement
des ordinateurs personnels . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 138
7.3 Ordinogramme des ajustements de qualité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 146
9.1 Structure d’agrégation typique d’un indice des prix à la consommation (IPC) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 185
12.1 Procédures de collecte des prix . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 256
17.1 Les indices de Laspeyres et de Paasche, limites de l’indice véritable du coût de la vie . . . . . . . . . . . . . . 370
21.1 Décisions de consommation et de production correspondant à des combinaisons de caractéristiques . . . . . 435
22.1 Indices annuels mobiles chaînés et à base fixe de Laspeyres, de Paasche et de Fisher . . . . . . . . . . . . . . 470
22.2 Indices annuels mobiles approchés, à base fixe et chaînés, de Laspeyres, de Paasche et de Fisher . . . . . . . . . . . 470
22.3 Indice à base fixe de Laspeyres, indice annuel mobile approché et indice annuel mobile
approché corrigé des variations saisonnières . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 472
22.4 Indice de Lowe, indice de Young, indice de Laspeyres géométrique
et indice annuel mobile centré avec reconduction des prix manquants . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 479
22.5 Indice de Lowe, indice de Young, indice de Laspeyres géométrique et indice annuel mobile centré . . . . . . 480
22.6 Indice des prix de Lowe et de Rothwell . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 481
22.7 Indice de Lowe, indice de Young et indice de Laspeyres géométrique avec reconduction des prix,
désaisonnalisés, et indice annuel mobile centré . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 482
22.8 Indice de Lowe, indice de Young et indice de Laspeyres géométrique à prix imputés,
désaisonnalisés, indice de Rothwell désaisonnalisé et indice annuel mobile centré . . . . . . . . . . . . . . 483
A4.1 Arbre couvrant de poids minimum pour l’Europe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 581
A4.2 Données de prix pour les activités relatives à l’IPC et au PCI . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 583
A4.3 Séquence de comparaisons des prix . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 584

Liste des encadrés


13.1 Modèle de présentation de l’indice des prix à la consommation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 273
13.2 Modèle de note méthodologique accompagnant les communiqués de presse
sur les indices des prix à la consommation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 274
14.1 Les secteurs institutionnels dans le Système de comptabilité nationale 1993 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 281
14.2 Branches d’activité ou industries couvertes par l’indice des prix à la production,
en termes de valeur agrégée de la production . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 285
14.3 Traitement du logement et des produits de consommation durables dans la
comptabilité nationale et dans les indices des prix à la consommation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 287

xx
PRÉFACE

La Banque mondiale, le Bureau international du travail (BIT), la Commission économique des Nations Unies pour
l’Europe (CEE–ONU), l’Office de statistique des Communautés européennes (Eurostat), le Fonds monétaire interna-
tional (FMI), l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), ainsi que des experts de plu-
sieurs offices de statistique nationaux et d’universités, ont collaboré depuis 1998 à l’élaboration du présent manuel.
Ils souscrivent aux principes et recommandations contenus dans cet ouvrage, lesquels définissent, selon eux, la pra-
tique à suivre par les offices de statistique pour établir l’indice des prix à la consommation (IPC). Il se peut toutefois
que, en raison de contraintes pratiques et faute de ressources suffisantes, les offices de statistique de certains pays ne
puissent pas donner suite immédiatement à quelques-unes des recommandations formulées, qui leur serviront dès
lors d’orientations ou de cibles dans la révision de leur IPC et l’amélioration de leurs projets d’IPC. Il n’y a pas tou-
jours de solutions claires et nettes aux problèmes théoriques et pratiques spécifiques que posent, par exemple, le plan
d’échantillonnage, le choix de la formule d’indice, l’ajustement des prix en fonction des changements de qualité et le
traitement des produits nouveaux. Aussi les offices de statistique doivent-ils faire appel aux principes économiques et
statistiques fondamentaux énoncés dans le présent manuel pour concevoir des solutions pratiques.

L’indice des prix à la consommation


L’IPC est un indice qui mesure la variation des prix des biens et services de consommation d’un mois sur l’autre
(ou d’un trimestre sur l’autre). Les prix sont relevés dans les magasins et autres points de vente au détail. La méthode
de calcul le plus souvent utilisée consiste à faire la moyenne des variations de prix d’une période à l’autre pour les di-
vers produits, en prenant comme pondération les dépenses que les ménages leur consacrent en moyenne. Les IPC
sont des statistiques officielles établies d’ordinaire par l’office national de statistique, le ministère du travail ou la
banque centrale. Ils sont publiés aussi vite que possible, en général dix jours environ après la fin du mois ou du tri-
mestre le plus récent.
Le présent manuel s’adresse à la fois aux utilisateurs des IPC et aux offices de statistique chargés d’établir ces in-
dices. Son objectif est double : expliquer en détail les méthodes effectivement utilisées pour le calcul d’un IPC et dé-
crire la théorie économique et statistique sur laquelle reposent ces méthodes.
L’IPC mesure l’inflation des prix telle qu’elle est vécue et perçue par les ménages dans leur rôle de consomma-
teurs. Il est aussi largement utilisé comme valeur approchée de l’indice général de l’inflation pour l’ensemble de
l’économie, ce qui s’explique en partie par la fréquence de sa publication et les délais réduits avec lesquels il est pro-
duit. L’IPC est devenu une statistique essentielle à la conduite de la politique économique, et notamment monétaire.
Il est souvent retenu dans des textes de loi, mais aussi dans un large éventail de contrats privés, comme mesure de
l’inflation à utiliser pour corriger le montant des paiements (salaires, loyers, intérêts, prestations sociales, etc.) des ef-
fets de celle-ci. Cet indice peut donc avoir un impact considérable sur la situation financière des gouvernements, des
entreprises et des ménages.
Ce manuel propose un certain nombre de lignes directrices aux offices de statistique et autres organismes chargés
d’établir l’IPC, en partant du principe que les ressources dont ils disposent à cet effet sont limitées. Calculer un IPC
ne se limite pas à suivre automatiquement un simple jeu de règles ou un ensemble type de procédures adaptées à
n’importe quelle situation. Si certains principes généraux sont d’application universelle, les procédures suivies dans
la pratique, qu’il s’agisse du relevé ou du traitement des prix ou des méthodes d’agrégation, varient selon les circons-
tances. Elles dépendront, en l’occurrence, de l’usage principal de l’indice, de la nature des marchés et des pratiques
de fixation des prix en vigueur dans le pays, mais aussi des ressources des offices de statistique. Ces derniers doivent
faire des choix, et le manuel explique les concepts et principes économiques et statistiques qui peuvent leur permettre
d’opter pour des solutions efficaces et rentables en toute connaissance de cause.
Le manuel fait fond sur l’expérience accumulée par de nombreux offices de statistique à travers le monde. Les
méthodes que ceux-ci utilisent ne sont pas figées, mais évoluent et s’améliorent sans cesse sous l’effet de plusieurs
facteurs. En premier lieu, la recherche affine et consolide sans cesse la théorie économique et statistique sur laquelle
sont fondés les IPC. Nous avons amélioré depuis peu, par exemple, notre connaissance des avantages et inconvé-
nients des diverses formules ou méthodes de traitement des données sur les prix de base recueillies pour construire
les IPC. Les progrès récents des technologies de l’information et des communications ont influé eux-aussi sur les

xxi
PRÉFACE

méthodes d’établissement de l’IPC. Cette évolution de la théorie et des données statistiques peut influer sur toutes les
étapes du calcul de l’IPC. Les technologies nouvelles peuvent modifier les méthodes employées pour relever les prix
et les communiquer à l’office central de statistique. Elles peuvent aussi améliorer le traitement et la vérification des
données, notamment les méthodes d’ajustement des prix des biens et des services pour tenir compte des changements
de qualité. Enfin, l’amélioration des formules permet de calculer des indices de niveau supérieur à la fois plus exacts
et plus fiables, y compris l’IPC global lui-même.

Normes internationales relatives à l’IPC


Certaines normes internationales de statistiques économiques ont évolué principalement pour permettre l’établis-
sement de statistiques qui se prêtent à des comparaisons internationales. Mais elles peuvent aussi bénéficier aux pays
eux-mêmes. Les normes relatives à l’IPC décrites dans le présent manuel sont le fruit des expériences et des connais-
sances accumulées à travers le monde. Faciliter l’accès à cette expérience et à ces connaissances ne peut qu’être pro-
fitable à tous les pays.
Dans bien des cas, l’IPC a d’abord été établi dans le but avant tout d’ajuster les salaires pour compenser la perte
de pouvoir d’achat due à l’inflation. C’est pourquoi la construction de l’IPC a souvent été confiée aux ministères du
travail. La Conférence internationale des statisticiens du travail (CIST), convoquée par les instances dirigeantes du
BIT, a constitué tout naturellement l’enceinte privilégiée pour traiter de la méthodologie du calcul de l’IPC et énon-
cer des lignes directrices en la matière.
Les premières normes internationales relatives à l’IPC ont été promulguées en 1925 par la deuxième CIST. Cette
première approche normative portait sur l’indice du «coût de la vie» et non pas sur l’IPC. On fait maintenant une dis-
tinction entre ces deux notions. L’indice des prix à la consommation mesure la variation du coût de l’achat d’un «pa-
nier» donné de biens et services de consommation, tandis que l’indice du coût de la vie mesure la variation du coût
du maintien d’un niveau de vie, ou niveau d’utilité, donné. Pour cette raison, la dixième CIST a décidé en 1962
d’adopter l’expression plus générale d’«indice des prix à la consommation», qui recouvre normalement l’un et
l’autre concepts. Il n’y a pas forcément conflit entre les deux. Ainsi que nous le verrons dans le manuel, les méthodes
considérées comme les meilleures seront vraisemblablement très similaires, quelle que soit l’approche adoptée.
Les normes internationales ont fait l’objet de trois révisions (en 1947, 1962 et 1987) sous forme de résolutions
adoptées par la CIST. Les normes de 1987 concernant l’IPC ont été suivies d’un manuel de méthodes (Turvey, 1989),
qui donne des orientations utiles aux pays désireux d’appliquer concrètement ces normes.

Le contexte de la présente révision


Quelques années après la publication du manuel de 1989, la nécessité d’approfondir un certain nombre de pro-
blèmes méthodologiques en suspens et controversés est devenue manifeste. Un groupe d’experts, composé de spécia-
listes de l’indice des prix venus d’offices nationaux de statistique, d’organisations internationales et de milieux uni-
versitaires du monde entier, a été formé. Connu sous le nom de «Groupe d’Ottawa», ville où il s’est réuni pour la
première fois en 1994, il fait partie des groupes-ville créés par la Commission de statistique des Nations Unies pour
traiter des points précis des méthodes statistiques. Au cours des sept réunions qu’il a tenues entre 1994 et 2003, plus
d’une centaine d’études sur la théorie et la pratique des indices de prix ont été présentées et examinées. Parmi les
conclusions qui se sont dégagées de ces réunions, il est apparu que les méthodes d’établissement des IPC pouvaient
être améliorées et consolidées de diverses manières.
Dans le même temps, la maîtrise de l’inflation est devenue presque partout une priorité majeure. Non seulement
l’IPC est largement utilisé pour mesurer et suivre l’évolution des prix, mais, dans bien des cas, les cibles d’inflation
sont exprimées spécifiquement sous forme de taux de variation de l’IPC. Loin d’amoindrir l’intérêt manifesté pour la
méthodologie de l’IPC, le ralentissement de l’inflation enregistré dans de nombreuses régions du monde au cours des
années 90 (par rapport aux années 70 et 80) a en fait accru la demande de mesures plus exactes, plus précises et plus
fiables de l’évolution des prix. Lorsque le taux d’inflation tombe à 2 % ou 3 % par an, même une petite erreur ou un
faible biais de l’IPC deviennent relativement importants.
Pour s’assurer de l’exactitude des IPC, les gouvernements ou instituts de recherche de certains pays ont chargé
des groupes d’experts d’examiner et d’évaluer les méthodes utilisées. La méthodologie de calcul de l’IPC a suscité
un intérêt et fait l’objet d’un examen sans précédent de la part du grand public. Il en est ressorti, entre autre, que les
méthodes actuelles pouvaient être entachées d’un biais positif. C’est la conviction de bon nombre d’économistes des
milieux universitaires ou du secteur public et d’autres utilisateurs des IPC, qui estiment que l’on ne tient pas assez
compte des améliorations de la qualité de nombreux biens et services. En fait, l’ampleur et parfois même le sens du
biais sont incertains, le biais observé varie selon le type de biens et services de consommation et son effet total sur
l’IPC global n’est pas le même d’un pays à l’autre. Il n’en reste pas moins que ce biais peut être considérable. Ce ma-

xxii
PRÉFACE

nuel propose donc un examen assez approfondi de l’ajustement des prix en fonction des changements de qualité, en
s’inspirant des études les plus récentes sur cette question. Le biais constaté peut tenir à d’autres facteurs, tels que
l’utilisation d’un panier de biens et services non actualisé et non représentatif, ou résulter des méthodes utilisées pour
échantillonner et relever les prix. Plusieurs chapitres traitent de ces questions et le chapitre 11 fait le point sur les er-
reurs et biais possibles.
L’IPC est largement utilisé pour l’indexation des prestations sociales telles que les pensions, indemnités de chô-
mage, etc. Il est retenu en outre comme facteur d’indexation des prix dans les contrats à long terme. Les effets cumu-
lés d’un biais, aussi faible soit-il, peuvent donc être importants sur le long terme et avoir un impact financier considé-
rable sur les budgets publics. C’est pourquoi les organes gouvernementaux, et en particulier les ministères des
finances, manifestent un regain d’intérêt pour les IPC, dont ils examinent l’exactitude et la fiabilité avec plus de soin
et de rigueur que dans le passé.
Face à l’évolution décrite ci-dessus, l’idée qu’il convenait de revoir, mettre à jour et développer la version 1989
du manuel du BIT s’est peu à peu imposée à la fin des années 90. Formellement recommandée lors de la réunion
commune CEE–ONU/BIT sur les indices des prix à la consommation organisée à Genève fin 1997, la révision du
manuel a été confiée aux principales organisations internationales chargées de mesurer l’inflation. Cette stratégie a
été avalisée en 1998 par la Commission de statistique des Nations Unies, qui est convenu par ailleurs de transformer
le Groupe d’Ottawa en Groupe de travail intersecrétariats sur les statistiques des prix (IWGPS). La seizième CIST,
réunie en 1998, a recommandé aussi que l’on révise la résolution de la quatorzième CIST concernant les indices des
prix à la consommation adoptée en 1987. Le projet de résolution révisé soumis à l’examen de la dix-septième CIST
(24 novembre–3 décembre 2003) a été préparé par le Bureau de statistique du BIT parallèlement à la préparation du
manuel révisé. Tout a été fait pour que les deux documents soient cohérents et se renforcent l’un l’autre1.

Quelques sujets de préoccupation liés aux méthodes d’indice actuelles :


Ce nouveau manuel met à profit les multiples études consacrées, ces dix dernières années, à la théorie des indices
et aux méthodes d’indice pour répondre aux préoccupations évoquées ci-dessus. Il recommande de nouvelles pra-
tiques, car son but n’est pas simplement de codifier les pratiques actuelles des organismes de statistique. Il est bon de
rappeler ici quelques uns des principaux sujets de préoccupation qui nous ont conduit à étudier de nombreuses ques-
tions plus en détail dans le cadre du manuel.
La méthodologie traditionnelle utilisée pour calculer un IPC classique repose sur la formule de Laspeyres. L’in-
dice de Laspeyres mesure les variations, entre deux périodes, du coût de l’achat total d’un panier de biens et services
représentatif de la première de ces périodes, ou période de référence. Le panier de la période de référence est évalué
d’abord aux prix de cette période, puis à ceux de périodes successives. Cette méthode présente au moins un triple
avantage dans la pratique. D’abord, elle est facile à expliquer au public. Ensuite, elle peut utiliser plusieurs fois les
mêmes données sur les achats des consommateurs tirées d’anciennes enquêtes sur le budget des ménages ou de
sources administratives (au lieu de requérir de nouvelles données chaque mois). Enfin, elle n’a pas besoin d’être révi-
sée si l’on part du principe que les utilisateurs sont satisfaits du concept de Laspeyres. Autre avantage notable, la for-
mule de Laspeyres fait apparaître une associativité de l’agrégation au niveau d’agrégation le plus faible. L’indice peut
être décomposé en sous-agrégats interconnectés de façon simple.
Concrètement, les offices de statistique calculent leur IPC à l’aide d’un indice de Laspeyres présenté sous son
autre forme, celle d’une moyenne pondérée des variations de prix observées, ou des rapports de prix, en prenant pour
pondération les parts de dépenses de la période de référence. Malheureusement, bien que l’indice de Laspeyres soit
un concept simple, il est difficile dans la pratique de calculer un authentique indice de Laspeyres. Les offices de sta-
tistique ont donc recours à des approximations :
• Il est généralement impossible de connaître les parts de dépenses exactes, produit par produit, pour la période de
référence. Les offices de statistique se contentent par conséquent des pondérations des dépenses de la période de
référence au niveau de groupes de 100 à 1000 produits.
• Pour chacun des groupes de produits choisis, les offices relèvent un échantillon de prix représentatifs dans les
points de vente au lieu de prendre note du prix auquel s’effectue chaque transaction. Ils utilisent des formules d’in-
dice pondérées de façon symétrique (plutôt qu’en fonction des dépenses) pour agréger ces prix de produits élémen-
taires en un indice d’agrégat élémentaire, lequel servira à son tour de rapport de prix pour chacun des groupes de
100 à 1000 produits lors du calcul de l’indice de Laspeyres de niveau supérieur. Chacun s’accorde à reconnaître
que cette procédure en deux temps n’est pas tout à fait conforme à la méthodologie de Laspeyres (qui suppose qu’il

1Le texte de la résolution 2003 concernant les indices des prix à la consommation est reproduit à l’annexe 3. Il se trouve également sur le site du

Bureau de statistique du BIT : http://www.ilo.org/public/english/bureau/stat.

xxiii
PRÉFACE

y ait pondération à chaque niveau d’agrégation). Pour des raisons théoriques et pratiques, cependant, les offices de
statistique estiment que les rapports de prix des indices d’agrégat élémentaire ainsi obtenus sont assez exacts pour
être inclus dans la formule de Laspeyres au niveau d’agrégation supérieur.
Cette méthodologie, qui remonte aux travaux effectués par Mitchell (1927), Knibbs (1924) et quelques autres
pionniers il y a 80 à 90 ans, est encore utilisée aujourd’hui.
Bien que la plupart des offices de statistique utilisent traditionnellement comme indice l’indice de Laspeyres, la
théorie économique et la théorie des indices laissent penser que d’autres types d’indice — ceux de Fisher, Walsh ou
Törnqvist–Theil, par exemple — constitueraient des cibles plus indiquées. Comme on le sait, l’indice de Laspeyres
est entaché d’un biais positif par rapport à ces autres indices cibles. Il est bien sûr possible que ces derniers ne
puissent pas être calculés par un office de statistique, mais il n’en faut pas moins se donner une cible théorique,
quelle qu’elle soit. La fixation d’une cible est nécessaire aussi pour déterminer à quel point l’indice effectivement
produit par un office de statistique se rapproche de l’idéal théorique. Les chapitres du manuel consacrés aux ques-
tions théoriques décrivent les quatre principales approches de la théorie des indices :
1) l’approche du panier-type et des moyennes symétriques de paniers-types;
2) l’approche stochastique (estimateur statistique);
3) l’approche axiomatique (approche des tests);
4) l’approche économique.
Les approches (3) et (4) sont familières aux statisticiens des prix et des utilisateurs chevronnés, mais les approches
(1) et (2) appellent peut-être des précisions.
L’indice de Laspeyres est un exemple d’indice de panier-type. Le problème, d’un point de vue théorique, est qu’il
existe une autre formule tout aussi valable pour les deux périodes comparées : l’indice de Paasche, qui utilise le panier
de quantités de la période en cours. Lorsqu’il existe deux estimateurs aussi valables l’un que l’autre pour le même con-
cept, la théorie statistique recommande d’en faire la moyenne. Cependant, il y a plusieurs types de moyenne et le choix
de celle-ci n’est pas sans importance. Selon le manuel, la «meilleure» moyenne est la moyenne géométrique des in-
dices de Laspeyres et de Paasche (l’indice idéal de Fisher). Mais le «meilleur» panier est celui dans lequel les quanti-
tés sont les moyennes géométriques des quantités des deux périodes (l’indice de Walsh). Du point de vue des estima-
tions statistiques, le «meilleur» indice est une moyenne géométrique des rapports de prix utilisant comme
pondérations la moyenne (arithmétique) des parts de dépenses dans les deux périodes (l’indice de Törnqvist–Theil).
La théorie des indices nous apprend encore une chose qui doit être mentionnée ici, à savoir la difficulté de définir
le prix et la quantité des produits à utiliser pour chaque période dans la formule d’indice. En effet, le même produit
peut être vendu à des prix différents. Quel sera alors le prix le plus représentatif des ventes de ce produit pour la pé-
riode? La réponse est la valeur unitaire puisque ce prix, multiplié par la quantité totale vendue pendant la période, est
égal à la valeur des ventes. Le manuel ne recommande pas, bien entendu, de recourir à la valeur unitaire pour les pro-
duits hétérogènes; celle-ci ne doit être calculée que pour les produits identiques.
Les six points susmentionnés sont les principaux sujets de préoccupation soulevés par la méthodologie classique.
Ils ne sont pas classés par ordre d’importance, car tous présentent un grand intérêt :

1. Au niveau d’agrégation final, l’IPC traditionnellement utilisé n’est pas un véritable indice de Laspeyres car les
pondérations des dépenses se rapportent à une année de référence différente du mois (ou trimestre) de référence des
prix. Les pondérations de dépenses sont donc annuelles, tandis que les relevés de prix sont mensuels. Dans un véri-
table indice de Laspeyres, la période de référence des pondérations des dépenses doit coïncider avec celle des prix.
Le fait est que, dans l’indice effectivement calculé par beaucoup d’offices de statistique au niveau d’agrégation
final, la période de référence des pondérations précède celle des prix. Les indices de ce type afficheront probable-
ment un certain biais positif par rapport à un véritable indice de Laspeyres, en particulier si les pondérations de dé-
penses sont actualisées par les prix de la période de référence à la période de base de l’indice de Laspeyres. Il s’en-
suit que ces indices sont nécessairement entachés de biais positifs par rapport à des indices cibles théoriques
comme ceux de Fisher, Walsh ou Törnqvist–Theil.
2. Aux premiers niveaux d’agrégation, ce sont des moyennes non pondérées des prix ou rapports de prix qui sont
employées. Jusqu’à la période récente où les données saisies par lecture optique dans les points de vente sont de-
venues plus accessibles, on pensait que les biais pouvant résulter de l’utilisation d’indices non pondérés n’étaient
pas particulièrement significatifs. Cependant, certaines observations font apparaître aujourd’hui que les niveaux
d’agrégation inférieurs pourraient être entachés de biais positifs importants par rapport aux résultats des indices
cibles préférés mentionnés plus haut.
3. Le troisième sujet de préoccupation est le suivant : si les offices de statistique reconnaissent d’ordinaire que le
traitement des changements de qualité et des produits nouveaux pose des problèmes, il est difficile de mettre au
point une méthodologie cohérente qui puisse les résoudre lorsque l’on a choisi un indice de Laspeyres qui utilise

xxiv
PRÉFACE

un ensemble de quantités fixe. La «régression hédonique» est la plus répandue des pratiques optimales d’ajuste-
ment des indices de prix en fonction de la qualité. Dans ce contexte, le prix d’un produit à un moment donné est
fonction de ses caractéristiques physiques et économiques par rapport à celles des produits remplaçants. En fait,
les modalités d’intégration de la régression hédonique dans le cadre théorique de l’IPC soulèvent bien des contro-
verses. Les chapitres les plus théoriques du manuel, aussi bien que ceux qui s’attachent davantage aux aspects
pratiques, font une large place à ces questions méthodologiques. Les problèmes posés par la disparition de pro-
duits anciens et l’apparition de nouveaux produits sur le marché sont beaucoup plus graves qu’ils ne l’étaient
lorsque la méthode traditionnelle de l’IPC a été mise au point il y a environ 80 ans (époque où ce problème était
en grande partie ignoré). Pour de nombreuses catégories de produits, telles que les modèles de biens de consom-
mation durables, les produits dont le prix a été relevé en début d’année ne sont tout simplement plus disponibles
en fin d’année. L’amenuisement progressif de l’échantillon crée d’énormes problèmes méthodologiques. Aux ni-
veaux d’agrégation inférieurs, il devient nécessaire (au moins pour de nombreuses catégories de produits) d’utili-
ser des indices-chaînes et non des indices à base fixe. Certains indices non pondérés risquent d’être entachés de
biais importants lorsqu’ils sont chaînés.
4. Le quatrième sujet de préoccupation, lié au premier, concerne le traitement des produits saisonniers. Le recours
aux quantités ou aux parts de dépenses annuelles se justifie dans une certaine mesure si l’on s’intéresse aux ten-
dances des variations de prix sur le long terme. Mais des utilisateurs comme les banques centrales s’intéressent au
court terme et veulent connaître les variations d’un mois sur l’autre; les pondérations annuelles risquent alors de
lancer des signaux trompeurs. Les variations mensuelles des prix des produits dont ce n’est pas la saison (aux-
quels sont donc attribués des pondérations faibles pour les mois en question) peuvent être fortement amplifiées si
l’on utilise des pondérations annuelles. Le problème est encore aggravé lorsque les produits ne sont pas du tout
offerts pendant certains mois de l’année. Il y a certes des solutions aux problèmes des produits saisonniers, mais
elles ne plaisent pas toujours à nombre de statisticiens et utilisateurs de l’IPC car elles supposent la construction
de deux indices, l’un pour mesurer les variations de prix à court terme et l’autre (plus exact) pour suivre l’évolu-
tion des prix à long terme, corrigée des variations saisonnières.
5. Cinquième sujet de préoccupation, les services ont été relativement négligés dans les IPC, comme du reste dans la
plupart des statistiques économiques, alors même qu’ils ont pris une importance prépondérante. L’IPC couvre
d’ordinaire beaucoup plus de prix de biens que de prix de services, et beaucoup plus de groupes de produits que
de groupes de services. En règle générale, on ne s’est guère penché sur les difficultés soulevées par la mesure des
variations des prix et des volumes de services, même si ces problèmes théoriques et pratiques posés sont considé-
rables. Les services d’assurance, les jeux de hasard, les services financiers, la publicité, les télécommunications,
les loisirs ou les services de logement sont autant d’exemples de ces services difficiles à mesurer. Bien souvent,
les offices de statistique ne disposent tout simplement pas des ressources ou des méthodes indispensables pour ré-
soudre ces délicats problèmes d’évaluation.
6. Enfin, la méthodologie de l’IPC tend à ne pas reconnaître qu’un seul IPC ne suffit pas pour répondre aux besoins
des différents utilisateurs. Certains peuvent avoir besoin au plus vite, par exemple, d’informations sur l’évolu-
tion des prix en glissement mensuel. Il convient alors d’utiliser un indice de panier-type aux pondérations prédé-
terminées (même si elles risquent d’être inadéquates et non actualisées) disponibles immédiatement. D’autres,
par contre, peuvent préférer une mesure plus exacte ou plus représentative des variations de prix et accepter pour
ce faire de sacrifier l’actualité des données à leur exactitude. Pour cette raison, le Bureau of Labor Statistics des
États-Unis publie, rétrospectivement, un indice superlatif qui utilise de manière symétrique les données sur les
pondérations de la période en cours et de la période de référence. C’est une manière de procéder tout à fait ra-
tionnelle, car les utilisateurs n’ont pas tous les mêmes besoins. Le cas des logements occupés par leur proprié-
taire est un autre exemple de l’utilité d’élaborer plusieurs indices. De solides arguments ont été avancés en fa-
veur de trois traitements différents fondés respectivement sur le concept d’acquisition, l’équivalent-loyer et le
coût d’usage. Ces trois méthodes peuvent toutefois donner des résultats chiffrés tout à fait différents sur le court
terme. L’office de statistique doit opter pour l’une d’elles, mais, comme toutes trois sont valables, il peut mettre
à la disposition des utilisateurs intéressés des indices utilisant les deux autres méthodes sous forme de séries
analytiques. Troisième exemple, l’utilité d’établir plusieurs indices se manifeste aussi lorsque, en raison du ca-
ractère saisonnier de certains produits, l’indice mensuel n’est pas fondé sur le même ensemble de produits que
celui qui compare le mois considéré avec le mois correspondant de l’année précédente.

Toutes ces préoccupations sont évoquées dans le présent manuel. Un échange de vues franc et ouvert sur ces ques-
tions devrait encourager les économistes et statisticiens des universités, des administrations publiques, des banques
centrales, etc., à s’attaquer à ces problèmes de mesure et à trouver de nouvelles solutions applicables par les offices
de statistique. S’il est sensibilisé à ces problèmes, le public devrait prendre conscience de la nécessité d’affecter des
ressources supplémentaires aux offices de statistique pour améliorer ces mesures économiques.

xxv
PRÉFACE

Indices des prix à la consommation harmonisés


La convergence des taux d’inflation des États membres de l’Union européenne (UE) était un important préalable
à la création d’une union monétaire en 1999. Il a donc fallu adopter une définition précise de l’inflation et une métho-
dologie commune afin de s’assurer que les indices des prix des pays participants sont comparables. C’est pourquoi
un examen approfondi et systématique de tous les aspects du calcul des IPC a été engagé par les offices de statistique
des membres de l’UE dans les années 90, en collaboration avec Eurostat et l’Office de statistique de l’UE. Il a abouti
à l’élaboration d’un nouveau règlement de l’UE pour les 29 États membres ou candidats à l’Union, ainsi qu’à l’éta-
blissement des indices des prix à la consommation harmonisés de l’UE (IPCH). La méthodologie des IPCH est résu-
mée à l’annexe 1 du manuel.
Les travaux sur les IPCH se sont déroulés parallèlement à ceux de l’IWGPS, dont plusieurs membres ont, au de-
meurant, participé à la fois aux travaux sur les IPCH et à la présente révision du manuel. Bien que la méthodologie éla-
borée ici ait beaucoup de similarités avec celle adoptée pour les IPCH, elle s’en écarte aussi sur certains points. Les
IPCH ont été mis au point dans un but spécifique, alors que la méthodologie définie dans ce manuel se veut souple, uti-
lisable à des fins multiples et applicable à tous les pays, indépendamment de leur situation économique et de leur stade
de développement. Le manuel donne en outre beaucoup plus de détails, d’informations et d’explications sur la métho-
dologie de l’IPC et la théorie économique et statistique qui la sous-tend que les normes relatives aux IPCH.

Organisation de la révision
Les six organisations internationales citées au début de cette préface, qui s’intéressent à la fois à la mesure de l’in-
flation et aux moyens de la maîtriser, ont collaboré à la révision de ce manuel. Elles continuent d’apporter une assis-
tance technique dans le domaine de l’IPC à des pays qui ne sont pas tous au même stade de développement, y com-
pris à ceux qui ont entrepris de passer de la planification centrale à l’économie de marché. Ces organisations ont uni
leurs efforts pour réviser ce manuel, et ont créé pour ce faire l’IWGPS, dont le rôle est d’organiser et de conduire les
opérations de révision plutôt que de remplir les fonctions de groupe d’experts.
L’IWGPS a été chargé :
• de désigner les spécialistes de l’indice des prix invités à participer au processus de révision en qualité de membre
du Groupe d’experts techniques (GET/IPC) chargé de formuler des conseils sur le contenu du manuel, ou à titre
d’auteur;
• de fournir les ressources nécessaires, financières et autres;
• d’organiser les réunions du GET/IPC, de préparer son programme de travail et de rédiger les comptes rendus de ses
réunions;
• d’assurer la publication et la diffusion du manuel.
Certains membres de l’IWGPS étaient aussi membres du GET/IPC. Il importe de noter que les experts participant
au GET/IPC ont été invités à se joindre au groupe en qualité d’expert et non pas de représentant ou délégué des offices
nationaux de statistique ou autres organismes qui les emploient. Les participants ont ainsi pu donner leur opinion
d’expert sans engager en aucune façon la responsabilité des organismes dont ils relèvent.
La révision du manuel a pris cinq ans et a impliqué de multiples activités :
• l’établissement de l’avant-projet et le recrutement des experts chargés de rédiger les divers chapitres;
• l’examen des projets de chapitre par les membres du GET/IPC, de l’IWGPS et d’autres experts;
• l’affichage des projets de chapitre sur un site Internet spécial afin de recueillir les observations des personnes et
organisations intéressées;
• l’organisation de débats au sein d’un petit groupe d’experts issus d’organismes de statistique et des milieux uni-
versitaires pour la finalisation de tous les chapitres;
• la mise au point de la version finale du manuel.

Liens avec le Manuel de l’indice des prix à la production


L’une des premières décisions de l’IWGPS a été de produire, parallèlement à ce manuel, un nouveau manuel in-
ternational sur les indices des prix à la production (IPP). S’il existe des normes internationales sur les IPC depuis
plus de 70 ans, le premier manuel international sur les indices des prix à la production ne date que de 1979 (Nations
Unies, 1979). En dépit de l’importance des IPP pour la mesure et l’analyse de l’inflation, les méthodes utilisées pour
les construire ont été relativement négligées, que ce soit au niveau national ou sur le plan international.
Un nouveau Manuel de l’indice des prix à la production (œuvre commune d’Eurostat, du BIT, du FMI, de
l’OCDE, de la CEE–ONU et de la Banque mondiale, à paraître prochainement) a donc été conçu et rédigé en même
temps que le manuel de l’IPC. L’IWGPS a créé un second groupe, le Groupe d’experts techniques sur l’IPP, dont cer-

xxvi
PRÉFACE

tains membres font aussi partie du Groupe d’experts techniques sur l’IPC. Les deux équipes ont travaillé en étroite
collaboration. Les méthodologies de l’IPP et de l’IPC ont de nombreux points communs. Toutes deux reposent sur la
même théorie économique et statistique, mais l’IPC s’appuie sur la théorie du comportement des consommateurs et
l’IPP sur la théorie de la production. Cependant, les deux théories économiques sont isomorphes et conduisent aux
mêmes types de conclusions sur l’établissement des indices. Les deux manuels ont des contenus similaires, ils sont
tout à fait cohérents entre eux du point de vue conceptuel et leurs textes sont parfois identiques.
La plupart des membres du Groupe d’experts techniques sur l’IPC et du Groupe d’experts techniques sur l’IPP
sont des membres actifs du Groupe d’Ottawa. Les deux manuels ont pu mettre à profit le contenu et les conclusions
des très nombreuses études présentées lors des réunions de ce Groupe.

xxvii
REMERCIEMENTS

Les organisations représentées dans l’IWGPS tiennent à exprimer leur reconnaissance envers tous ceux qui ont
pris part à l’élaboration du manuel. Elles remercient tout particulièrement Peter Hill, qui en a dirigé la production,
W. Erwin Diewert, qui a contribué très largement à la rédaction des chapitres théoriques, et Bert Balk, à qui a été
soumis l’ensemble des questions d’ordre théorique. Leurs efforts conjugués ont permis d’améliorer très sensible-
ment la qualité de cet ouvrage.

Les auteurs des différents chapitres sont :

Préface Peter Hill, Paul Armknecht et W. Erwin Diewert


Guide du lecteur Peter Hill
1 Introduction à la méthodologie de l’indice des prix à la consommation Peter Hill
2 Utilisation des indices des prix à la consommation Peter Hill
3 Concepts et champ de l’indice Peter Hill et Fenella Maitland-Smith
4 Les pondérations des dépenses et leurs sources Valentina Stoevska et Carsten Boldsen
5 Échantillonnage Jorgen Dalén, A. Sylvester Young et Bert Balk
6 Relevé des prix David Fenwick
7 Ajustement aux changements de qualité Mick Silver
8 Substitution de produits élémentaires, espace d’échantillonnage et nouveaux produits Mick Silver
9 Le calcul des indices de prix à la consommation dans la pratique Carsten Boldsen et Peter Hill
10 Cas particuliers Keith Woolford, David Fenwick et contributeurs de plusieurs offices
de statistique
11 Erreurs, variances et biais John Greenlees et Bert Balk
12 Organisation et gestion David Fenwick
13 Publication, diffusion et relations avec les utilisateurs Tom Griffin
14 Système des statistiques des prix Kimberly Zieschang
15 Fondements de la théorie des indices W. Erwin Diewert
16 Approches axiomatiques et stochastiques de la théorie des indices W. Erwin Diewert
17 Approche économique de la théorie des indices : le cas des ménages uniques
W. Erwin Diewert
18 Approche économique de la théorie des indices : le cas des ménages multiples
W. Erwin Diewert
19 Indices des prix fondés sur un ensemble de données artificielles W. Erwin Diewert
20 Les indices d’agrégat élémentaire W. Erwin Diewert
21 Changements de qualité et indices hédoniques Mick Silver
22 Le traitement des produits saisonniers W. Erwin Diewert
23 Biens durables et coûts d’usage W. Erwin Diewert
Glossaire et annexe au glossaire Peter Hill et Bert Balk

Annexes
1 Indices des prix à la consommation harmonisés (Union européenne) Alexandre Makaronidis, Keith Hayes
2 Nomenclature des fonctions de la consommation individuelle (COICOP) Commission de statistique de l’ONU
3 Résolution concernant les indices des prix à la consommation adoptée
par la dix-septième Conférence internationale des statisticiens du travail, 2003 OIT

xxix
REMERCIEMENTS

4 Comparaisons spatiales des prix à la consommation, parités de pouvoir d’achat


et programme de comparaison internationale Prasada Rao

Les auteurs appartiennent aux organismes suivants :

Bert Balk Statistics Netherlands, Pays-Bas


Carsten Boldsen Statistics Denmark, Danemark
Jorgen Dalén Expert
W. Erwin Diewert University of British Columbia, Canada
David Fenwick United Kingdom Office of National Statistics (ONS), Royaume-Uni
John Greenlees United States Bureau of Labor Statistics (BLS), États-Unis
Tom Griffin Expert
Keith Hayes Eurostat
Peter Hill Expert, directeur de la production du manuel
Fenella Maitland-Smith OCDE
Alexandre Makaronidis Eurostat
Prasada Rao University of Queensland, Australie
Mick Silver Cardiff University , Royaume-Uni
Valentina Stoevska OIT
Keith Woolford, Australian Bureau of Statistics (ABS), Australie
A. Sylvester Young OIT
Kimberly Zieschang FMI

Le manuel a grandement bénéficié aussi du concours de nombreux autres experts, tels que Martin Boon (Statistics
Netherlands); Heber Camelo et Ernestina Pérez (Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes);
Denis Fixler (United States Bureau of Economic Analysis); Leendert Hoven (Statistics Netherlands); Michel
Mouyelo-Katoula (Banque africaine de développement); Carl Obst (alors à l’OCDE); Bouchaib Thich (Départe-
ment de la prévision économique et du plan, Maroc) et Ralph Turvey (expert). Les experts ou organismes suivants
nous ont aussi apporté des avis et commentaires précieux : Statistics Austria; Statistics Singapore; BLS (États-
Unis); Michael Anderson (ABS); Rob Edwards (ABS); Eivind Hoffmann (OIT); Roberto Vilarrubi (British School,
Washington); les participants à l’International Working Group on Price Indices (IWGPS) organisé à Singapour en
juin 2001, ainsi que les membres du Groupe d’Ottawa.
L’IWGPS a créé un groupe d’experts techniques spécialisés dans l’IPC (TEG/CPI) en vue de la révision du
manuel. Ses membres appartenaient aussi au TEG/CPI, auquel participaient :

David Fenwick Président, ONS (Royaume-Uni)


Paul Armknecht Président du TEG/PPI, FMI
John Astin* Eurostat
Bert Balk Statistics Netherlands
W. Erwin Diewert University of British Columbia, Canada
Yoel Finkel Israel Central Bureau of Statistics, Israël
Carsten Boldsen Statistics Denmark, Danemark
John Greenlees BLS (États-Unis)
Paul Haschka Statistics Austria, Autriche
Peter Hill Directeur de la publication du manuel
Jean-Claude Roman* Eurostat
Bohdan Schultz* Statistique Canada
Mick Silver Cardiff University, Royaume-Uni
Kimberly Zieschang FMI

L’UNECE (Jan Karlsson, Lidia Bratanova*, Miodrag Pesut*, Tihomira Dimova*) et l’OIT (Valentina Stoevska) ont
assuré conjointement le secrétariat du TEG/CPI.
The TEG/CPI s’est réuni à sept reprises, les 11–12 février 1999 (Genève), 2 novembre 1999 (Genève, 5–6 février
2001 (Washington), 25–26 juin 2001 (Genève), 31 octobre 2001 (Genève), 19–21 mars 2002 (Londres) et 14–15 oc-
tobre 2002 (Londres).
L’IWGPS s’est réuni à cinq reprises, les 24 septembre 1998 (Paris), 11 février 1999 (Genève), 2 novembre 1999
(Genève), 21–22 mars 2002 (Londres) et 5 décembre 2003 (Genève). Une série de réunions informelles se sont
aussi tenues.

xxx
REMERCIEMENTS

L’OIT a assuré le secrétariat du Groupe et A. Sylvester Young a présidé l’IWGPS. Durant le processus de révi-
sion, le directeur de la publication du manuel de l’IPC (Peter Hill), le président du TEG/CPI (David Fenwick), le
directeur de la publication du manuel de l’IPP et le président du TEG/PPI (Paul Armknecht) ont participé aux réu-
nions de l’IWGPS.
La publication finale de la version anglaise de ce manuel a été coordonnée, avec la participation des organisations
représentées dans l’IWGPS, par Valentina Stoevska du Bureau de statistique de l’OIT. Le Bureau de statistique de
l’OIT a apporté une contribution importante à l’édition et à la production du manuel. Nous tenons enfin à remercier
Angela Haden et Barbara Campanini pour leur relecture minutieuse du manuscript final.

*Ces membres ont occupé leurs fonctions durant une partie de la période seulement.

xxxi
GUIDE DU LECTEUR

Les manuels de statistiques économiques publiés à travers le monde se proposent traditionnellement d’apporter un
éclairage utile sur les concepts, définitions et classifications utilisés, la couverture des indices, la valorisation et l’enre-
gistrement des données, les procédures d’agrégation, les formules de calcul, etc. Leur but principal est d’aider les prati-
ciens à établir les statistiques requises dans les différents pays. C’est le même objectif que nous avons privilégié ici.
Cependant, le présent manuel a aussi été conçu pour le bénéfice de tous ceux qui utilisent les indices des prix à la
consommation (IPC), tels que les économistes des administrations publiques et des milieux universitaires, les experts
financiers et les autres observateurs avertis de l’activité économique. L’IPC est une statistique clé pour la politique
économique, et retient comme telle l’attention des médias, des gouvernements et du grand public dans la plupart des
pays. En dépit de son apparente simplicité, c’est un concept perfectionné qui fait largement appel à la théorie
économique et statistique et qui suppose la manipulation de données complexes. Ce manuel a donc aussi pour ambi-
tion de faire mieux connaître les propriétés des IPC.
En règle générale, tous ceux qui produisent ou utilisent des statistiques économiques doivent avoir une idée précise
de ce qu’elles sont censées mesurer, en principe. En économie comme dans d’autres disciplines, il ne peut y avoir de
mesure sans théorie. Le manuel propose par conséquent une analyse approfondie, exhaustive et actuelle de la théorie
économique et statistique. Ce faisant, il offre une présentation complète, sur le double plan conceptuel et pratique, de
la mesure des IPC.
L’ouvrage qui en résulte n’en est pas moins volumineux. Il est impossible, sachant que les lecteurs n’ont pas
nécessairement les mêmes intérêts ou priorités, de concevoir une séquence de chapitres qui réponde aux attentes de
tous. Cela dit, ce manuel est conçu pour être une source de référence, et il n’est donc pas nécessaire de le lire d’un
bout à l’autre. Beaucoup de lecteurs ne seront sans doute intéressés que par une série de chapitres. L’objectif de ce
guide est par conséquent de donner à chacun un aperçu du contenu du manuel qui l’aidera à satisfaire au mieux ses
intérêts et ses priorités.

Aperçu de la séquence des chapitres


Le chapitre 1 est une introduction générale à la méthodologie de l’IPC et s’adresse à tous les lecteurs, auxquels il
donne les informations de base nécessaires pour comprendre les chapitres suivants. Il résume la théorie des indices,
qui est expliquée plus en détail aux chapitres 15 à 23, et rappelle les grandes étapes de l’établissement d’un IPC, en
faisant fond sur les chapitres 3 à 9. Cependant, le chapitre 1 ne résume pas l’ensemble du manuel, car il laisse de côté
certains sujets spécifiques et cas particuliers qui ne présentent pas un intérêt général.
Le chapitre 2 explique comment les IPC ont évolué en réponse aux demandes formulées à leur sujet, et comment
les utilisations que l’on en fait influent sur le choix de la méthodologie utilisée. Le chapitre 3 présente un série de
concepts, principes et classifications de base, ainsi que le champ d’application ou la couverture de l’IPC, qui peut
varier sensiblement d’un pays à l’autre.
Les chapitres 4 à 9 sont étroitement liés en une séquence qui décrit les diverses étapes de l’établissement de l’IPC,
du relevé et du traitement des données sur les prix au calcul de l’indice final. Le chapitre 4 explique comment sont
calculées les pondérations de dépenses attachées aux variations de prix pour les différents biens et services. Ces
pondérations reposent d’ordinaire sur les enquêtes de consommation des ménages, complétées au besoin par des
données extraites d’autres sources.
Le chapitre 5 traite des questions d’échantillonnage. Un IPC est, dans son principe, une estimation fondée sur un
échantillon de prix. Le chapitre 5 analyse la conception de ces échantillons et présente les avantages et inconvénients
du tirage aléatoire et du tirage raisonné. Le chapitre 6 est consacré aux procédures utilisées à l’heure actuelle pour
relever les prix auprès d’une sélection de points de vente ou d’autres fournisseurs. Il aborde des sujets tels que la con-
ception des questionnaires, la spécification des produits élémentaires choisis et l’utilisation des données obtenues par
lecture optique ou des ordinateurs de poche.
Le chapitre 7 aborde la question difficile de l’ajustement des prix en cas de changement de la qualité des biens ou
services sélectionnés. Les variations de valeur qui résultent de changements de qualité sont considérées comme des
variations en volume et non pas des changements de prix. Isoler les effets spécifiques des changements de qualité
pose des problèmes théoriques et pratiques considérables aux statisticiens. Le chapitre 8 couvre la question connexe

xxxiii
GUIDE DU LECTEUR

des modalités de traitement des nouveaux biens et services qui n’ont pas fait l’objet d’achats auparavant et pour
lesquels on ne dispose donc pas des prix pour les périodes antérieures.
Le chapitre 9 fait la synthèse des cinq chapitres précédents et résume, étape par étape, les phases successives du
calcul d’un IPC. Il décrit les indices d’agrégat élémentaire calculés à partir des prix bruts relevés pour de petits
groupes de produits et l’établissement consécutif de la moyenne des indices d’agrégat élémentaire pour obtenir des
indices de niveau supérieur, jusqu’à l’IPC global.
Le chapitre 10 passe en revue un certain nombre de cas qui appellent un traitement spécifique, tels que les biens et
services dont les prix ne sont pas donnés séparément parce qu’ils s’insèrent dans des transactions composites couvrant
plus d’un produit élémentaire. Il examine aussi le cas des logements occupés par leur propriétaire. Le chapitre 11 exa-
mine les erreurs et biais qui peuvent entacher les IPC.
Le chapitre 12 traite des questions d’organisation et de gestion. La conduite des enquêtes sur les prix et le traite-
ment des résultats obtenus est une opération de grande ampleur qui demande à être organisée avec soin et menée de
façon efficace. La publication ou la diffusion des résultats sont évoquées au chapitre 13.
Le chapitre 14 marque une rupture dans la séquence des chapitres en ce sens qu’il ne porte pas sur l’établissement
des IPC. Il poursuit en effet un objectif différent, qui est d’examiner la place de l’IPC dans le système général des sta-
tistiques des prix. L’IPC ne doit pas être traité comme une statistique indépendante et isolée. Le flux de biens de con-
sommation et de services auquel il se rapporte n’est lui-même qu’un ensemble de flux interdépendants au sein de
l’économie globale. L’analyse de l’inflation requiert plus d’un indice, et il est essentiel de savoir exactement com-
ment l’IPC se rattache à l’indice des prix à la production (IPP) et aux autres indices de prix, tels que les indices des
prix à l’exportation et à l’importation. Le tableau des ressources et des emplois du Système de comptabilité nationale
offre un cadre théorique approprié à l’examen de ces interrelations.
Les chapitres 15 à 18 exposent de façon systématique et détaillée la théorie des indices et la théorie économique sur
lesquelles reposent les IPC. Les cinq approches de la théorie des indices analysées couvrent tous les aspects de la théo-
rie des indices. Ensemble, elles donnent un aperçu exhaustif et actuel de la théorie des indices, y compris de ses déve-
loppements méthodologiques récents présentés dans les revues spécialisées et les comptes rendus de conférences.
Le chapitre 15 propose une introduction à la théorie des indices centrée sur la décomposition des changements de
valeur en leurs composantes de prix et de quantités. Le chapitre 16 examine les approches axiomatiques et stochas-
tiques des IPC. L’approche axiomatique, ou approche par les tests, énumère une liste de propriétés souhaitables
pour les indices et met à l’essai des formules spécifiques qui permettent de déterminer si les indices possèdent ou
non ces propriétés.
Le chapitre 17 explique l’approche économique fondée sur la théorie du comportement du consommateur. Dans ce
cadre, l’IPC est défini comme un indice du coût de la vie (COLI). Bien qu’il ne soit pas possible de calculer directe-
ment les indices du coût de la vie, on peut s’attendre à ce qu’une certaine classe d’indices, appelés indices superlatifs,
donnent dans la pratique une approximation des indices du coût de la vie. De plus en plus d’économistes et d’autres
utilisateurs s’accordent à penser qu’en principe, l’indice idéal préféré pour les besoins de l’IPC devrait être un indice
superlatif, tel que l’indice de Fisher. Ce constat est étayé par le fait que l’indice de Fisher se révèle aussi très
souhaitable d’un point de vue axiomatique.
Le chapitre 18 traite des questions d’agrégation. Le chapitre 19 illustre, à partir d’un ensemble de données artifi-
ciel, les conséquences numériques de l’utilisation de formules d’indice différentes. Il montre que le choix de la forme
d’indice peut faire le plus souvent une différence considérable, mais que les divers indices superlatifs tendent à se
rapprocher les uns des autres.
Le chapitre 20 répond à une question importante : quelle est, sur le plan théorique, la forme d’indice d’agrégat
élémentaire la mieux adaptée pour mener à bien la première phase du calcul de l’IPC quand on ne dispose d’aucune
information sur les quantités ou les dépenses. C’est une question qui a été relativement négligée jusqu’à une période
récente, même si le choix d’une formule d’indice d’agrégat élémentaire peut avoir des conséquences non négli-
geables sur l’IPC global, car ces indices sont la pierre angulaire des IPC.
Les chapitres 21 à 23 traitent de questions difficiles. Le chapitre 21 examine, d’un point de vue théorique, les
ajustements de la qualité et en particulier l’approche hédonique. Les chapitres 22 et 23 décrivent, respectivement, le
traitement des produits saisonniers et celui des bien durables. Il existe, dans les comptes nationaux comme dans les
IPC, des tensions dues au fait que les logements occupés par leur propriétaire sont considérés comme des actifs, alors
que les biens de consommation durable ne le sont pas. Ces traitements ne sont pas faciles à concilier sur le plan
théorique, et le chapitre 23 analyse les questions qui se posent à ce niveau.
Le manuel s’achève sur un glossaire des termes utilisés, accompagné d’une bibliographie et de quatre annexes
consacrées aux sujets suivants :
• les indices des prix à la consommation harmonisés de l’Union européenne;
• la Classification des fonctions de la consommation individuelles (COICOP), nomenclature des dépenses des
ménages;

xxxiv
GUIDE DU LECTEUR

• la résolution relative aux indices des prix à la consommation adoptée par la dix-septième Conférence internationale
des statisticiens du travail en 2003;
• les comparaisons spatiales des prix à la consommation établies sur la base des parités de pouvoir d’achat et du
Programme de comparaisons internationales.

Plans de lecture suggérés


Chaque lecteur a ses propres besoins et priorités. Ceux qui s’intéressent avant tout à l’établissement des IPC ne
souhaiteront peut-être pas approfondir toutes les facettes de la théorie économique et statistique. Inversement, ceux
qui sont davantage concernés par l’utilisation des IPC à des fins analytiques ou opérationnelles ne tiendront peut-être
pas à aborder les aspects techniques de la conduite et de la gestion des enquêtes sur les prix.
Tous ne voudront donc pas lire ce manuel dans son intégralité. Quelles que soient leurs préférences, cependant, les
lecteurs gagneront à prendre connaissance des trois premiers chapitres. Le chapitre 1 offre une introduction générale
au sujet dans son ensemble en faisant un tour d’horizon de la théorie et de la pratique de l’IPC telles qu’elles sont
présentées dans ce manuel. Il couvre les notions de base indispensables pour comprendre les chapitres suivants. Le
chapitre 2 explique pourquoi les IPC sont calculés et comment ils sont utilisés. Le chapitre 3, enfin, présente une
série de concepts fondamentaux et décrit le champ d’application de l’IPC.

Plan de lecture pour les statisticiens


Les chapitres 4 à 13 s’adressent en premier lieu aux statisticiens. Ils suivent une séquence logique qui correspond
approximativement aux diverses étapes de l’établissement d’un IPC, en commençant par le calcul des pondérations
de dépenses et le relevé des données sur les prix, pour terminer par la publication de l’indice final.
Le chapitre 14 s’adresse aussi bien aux statisticiens qu’aux utilisateurs des IPC. Il inscrit les IPC dans le cadre plus
large du système des indices des prix.
Les chapitres 15 à 23 sont pour l’essentiel théoriques. Les statisticiens qui voudront approfondir certains points
trouveront là un accès immédiat aux informations dont ils ont besoin. Il nous paraît souhaitable qu’ils aient au moins
une bonne connaissance des fondements de la théorie des indices exposée au chapitre 15 et de l’exemple numérique
développé au chapitre 19. Le chapitre 20 sur les indices d’agrégat élémentaire est lui aussi particulièrement important
pour les statisticiens.

Plan de lecture pour les utilisateurs de l’IPC


S’il est vrai que tous les lecteurs tireront profit des chapitres 1 à 3, les dix chapitres suivants s’adressent en premier
lieu aux statisticiens. Deux des questions abordées suscitent cependant un grand intérêt de la part des utilisateurs : le
traitement des changements de qualité et celui des nouveaux produits, qui donnent lieu à un examen approfondi aux
chapitres 7 et 8. Les utilisateurs de l’IPC trouveront aussi le chapitre 9 très utile, car il propose une description con-
cise des diverses étapes de l’établissement de l’indice.
Le chapitre 11 sur les erreurs et les biais et le chapitre 14 sur les systèmes de statistiques des prix intéressent à la
fois les utilisateurs et les statisticiens.
Les chapitres 15 à 23, qui couvrent la théorie économique et statistique sur laquelle reposent les IPC, retiendront
probablement l’attention de nombreux utilisateurs, en particulier des économistes professionnels et des étudiants
en économie.

Références
Dans le passé, les manuels de statistiques économiques ne donnaient pas, le plus souvent, les références des
travaux conduits dans ce domaine. Il n’apparaissait pas utile de les citer lorsque les études visées se limitaient pour
l’essentiel à des revues universitaires ou à des comptes rendus de conférences disponibles seulement dans certaines
universités ou bibliothèques. Les agents de bon nombre d’offices de statistique n’avaient guère de chances de pouvoir
consulter ce type de documents. La situation a été transformée radicalement par l’Internet, qui a rendu tous ces docu-
ments aisément accessibles. C’est pourquoi ce manuel rompt avec la tradition passée en proposant une vaste biblio-
graphie sur les multiples travaux consacrés à la théorie et à la pratique des indices.

xxxv
INTRODUCTION À LA MÉTHODOLOGIE
DE l’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION 1
1.1 Un indice des prix est une mesure des variations en donne un aperçu. Il résume les aspects théoriques et
proportionnelles, ou en pourcentage, d’un assortiment de pratiques de l’établissement des indices afin de faciliter
prix au cours du temps. L’indice des prix à la consom- la lecture et la compréhension des chapitres détaillés qui
mation (IPC) mesure les variations des prix des biens et suivent, dont certains sont par la force des choses assez
services que les ménages consomment. Ces variations techniques. Il décrit les diverses étapes de l’établisse-
modifient le pouvoir d’achat en volume du revenu des ment des IPC, en commençant par le concept, la défini-
consommateurs et leur bien-être. Étant donné que les tion et l’objet des IPC, avant de présenter les procédures
prix des différents biens et services n’évoluent pas tous d’échantillonnage et les méthodes d’enquête utilisées
au même rythme, un indice des prix ne peut que refléter pour recueillir et traiter les données sur les prix, puis de
la moyenne de leurs variations. On lui assigne d’ordi- résumer la méthode actuelle de calcul de l’indice et les
naire la valeur unitaire ou la valeur 100 pour une période modalités de diffusion de celui-ci.
de référence donnée, et les valeurs de l’indice pour 1.5 L’introduction à la méthodologie de l’IPC doit
d’autres périodes visent à indiquer l’évolution propor- commencer par une présentation du concept de base de
tionnelle (ou en pourcentage) moyenne des prix, par rap- l’IPC et de la théorie des indices qui le sous-tend, et en
port à cette période de référence. Les indices des prix particulier des propriétés et du comportement des divers
peuvent aussi être utilisés pour mesurer les différences types d’indice qui sont utilisés dans le cadre de l’IPC ou
de niveau des prix entre des villes, des régions ou des pourraient l’être. Il est nécessaire, en principe, de déter-
pays à un moment donné. miner quel type d’indice calculer avant de réfléchir au
1.2 Pour une large part, ce manuel et les travaux meilleur moyen d’estimer celui-ci dans la pratique,
connexes sur les indices des prix s’efforcent de répondre compte tenu des ressources disponibles.
à deux questions essentielles : 1.6 Les principaux points abordés dans le présent
• Quel ensemble de prix l’indice doit-il exactement chapitre sont :
couvrir? • les origines et les utilisations des IPC;
• Quelle est la meilleure façon de calculer la moyenne • les grandes lignes de la théorie des indices, notamment
des variations de ces prix? les approches axiomatique et économique des IPC;
Ces deux questions sont abordées dans les premières • les indices d’agrégat élémentaire et les IPC globaux;
sections de la présente introduction.
1.3 Les indices des prix à la consommation (IPC) • les transactions, activités et ménages couverts par les IPC;
mesurent l’évolution des prix des biens et services ache- • le relevé et le traitement des prix, y compris l’ajus-
tés, ou acquis d’une autre manière, par les ménages, et tement de la qualité;
que ces derniers utilisent directement ou indirectement
pour satisfaire à leurs propres besoins. Les indices des • le calcul effectif des IPC;
prix à la consommation peuvent avoir pour objet de • les erreurs et biais possibles;
mesurer le rythme de l’inflation telle que le perçoivent
les ménages ou l’évolution du coût de la vie pour ces • la politique à suivre en matière d’organisation, de
derniers (c’est-à-dire, les variations du montant des gestion et de dissémination.
dépenses que les ménages doivent consentir pour main- Dans le manuel, en revanche, les chapitres consacrés à
tenir leur niveau de vie). Il n’y a aucune raison que ces la théorie des indices viennent plus tard; la présentation
deux objectifs soient contradictoires. Dans la pratique, la adoptée dans le présent chapitre ne suit donc pas le
plupart des IPC sont calculés sous forme de moyennes même ordre que les chapitres correspondants.
pondérées des variations des prix, en pourcentage, d’un 1.7 Cette introduction n’a pas pour objet d’offrir un
assortiment spécifié ou «panier-type» de produits de résumé complet du contenu du manuel. Il s’agit plutôt
consommation dont les pondérations reflètent l’impor- de présenter brièvement les principales questions
tance relative dans la consommation des ménages pen- d’ordre méthodologique avec lesquelles les lecteurs
dant une période donnée. Il est important que ces pondé- doivent se familiariser avant d’aborder les chapitres plus
rations soient appropriées et récentes. détaillés qui suivent. Des questions spécifiques, comme
1.4 Le présent chapitre propose une introduction le traitement des produits dont les prix ne peuvent être
générale à la méthodologie suivie pour établir les IPC et observés directement, ne sont pas examinées ici, car

1
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

elles n’ont pas, selon nous, une importance essentielle 1.12 Ces utilisations variées peuvent susciter des
pour la méthodologie de l’IPC. conflits d’intérêts. Ainsi, l’utilisation de l’IPC comme
indicateur de la hausse du niveau général des prix peut
Origines et utilisations des indices pousser à en étendre la couverture à d’autres éléments
que les biens et services consommés par les ménages, ce
des prix à la consommation qui revient à changer la nature et le concept des IPC. Il
1.8 Les IPC doivent avoir une utilité. La manière faut aussi noter que, comme les IPC sont largement utili-
exacte dont ils sont définis et construits dépend en grande sés pour indexer toute une gamme de paiements — non
partie de l’usage que l’on souhaite en faire et des utilisa- seulement les salaires, mais aussi des prestations de sécu-
teurs auxquels ils sont destinés. Ainsi qu’il est expliqué au rité sociale, charges d’intérêts, contrats privés, etc. —,
chapitre 15, les IPC ont une longue histoire qui remonte leurs variations mettent en jeu des sommes énormes, ce
au XVIIIe siècle. Les indices de Laspeyres et de Paasche, qui suffit pour qu’ils aient un impact significatif sur les
qui sont encore largement utilisés aujourd’hui, ont été finances publiques. Par conséquent, de petits écarts entre
proposés pour la première fois dans les années 1870. Ils les mouvements des IPC résultant de l’emploi de for-
sont expliqués ci-après. Le concept d’indice du coût de la mules ou de méthodes légèrement différentes peuvent
vie date, quant à lui, du début du XXe siècle. avoir des conséquences financières considérables. La
1.9 Traditionnellement, l’établissement d’un IPC méthodologie de l’IPC est importante du point de vue
visait notamment à compenser l’inflation pour les sala- pratique, et non seulement théorique.
riés en ajustant leur taux de salaire en proportion de la
variation en pourcentage de l’IPC, selon la procédure Choix d’un indice
dite d’indexation. Pour cette raison, les IPC officiels ont
longtemps relevé de la compétence des ministres du tra- 1.13 La première question qui se pose concerne le
vail. Cela dit, ils sont désormais établis, pour la plupart choix du type d’indice à utiliser. Les nombreuses réfé-
d’entre eux, par les offices nationaux de statistique. Un rences à la théorie des indices dans la bibliographie
IPC conçu spécifiquement pour indexer les salaires est témoignent de l’ampleur des travaux consacrés à ce
qualifié d’indice de compensation. sujet. De nombreux types de formule mathématique ont
1.10 Les IPC ont trois caractéristiques techniques été proposés au cours des deux derniers siècles. S’il
importantes. Ils sont publiés fréquemment, d’ordinaire n’existe pas de formule préférable aux autres en toutes
tous les mois mais parfois chaque trimestre. Ils sont dis- circonstances, la plupart des économistes et des statisti-
ponibles rapidement, en général deux semaines après la ciens semblent être d’avis qu’en principe, la formule
fin du mois ou du trimestre considéré. Ils sont aussi le d’indice choisie devrait appartenir à une classe restreinte
plus souvent non révisés. Les IPC tendent à être suivis d’indices dits superlatifs. On peut attendre des indices
de près et à recevoir une grande publicité. superlatifs qu’ils donnent une valeur approchée de
1.11 Étant donné que les IPC donnent une informa- l’indice du coût de la vie. Ils ont notamment pour carac-
tion récente sur le taux d’inflation, on en est venu aussi téristique de traiter de façon symétrique les prix et les
à les utiliser à des fins très diverses, outre l’indexation quantités dans les deux périodes comparées. Des indices
des salaires. Ainsi, superlatifs différents tendent à présenter des propriétés
similaires, à donner des résultats similaires et à se com-
• les IPC sont largement utilisés pour indexer les
porter de façon similaire. Ces propriétés de symétrie font
pensions et les prestations de sécurité sociale;
qu’il apparaît souvent souhaitable aussi d’adopter une
• les IPC servent aussi à indexer d’autres paiements, certaine forme d’indice superlatif, même lorsque l’IPC
comme les charges d’intérêts, les loyers ou les prix n’est pas censé être un indice du coût de la vie.
des obligations; 1.14 Lorsqu’un IPC mensuel ou trimestriel est publié
pour la première fois, cependant, on constate toujours que
• les IPC sont communément utilisés, par ailleurs,
les informations sur les quantités et les dépenses pour la
comme valeur approchée du taux d’inflation général,
période en cours ne sont pas suffisantes pour permettre de
même s’ils ne mesurent que la hausse des prix à la
calculer un indice symétrique ou superlatif. S’il peut être
consommation; ils sont également utilisés par des
nécessaire dans la pratique d’opter pour la meilleure solu-
gouvernements et des banques centrales pour fixer
tion de rechange, il faut, pour être capable de faire un
des objectifs d’inflation dans le cadre de la politique
choix rationnel entre les diverses options possibles, avoir
monétaire;
une idée claire de l’indice qui serait préférable en prin-
• enfin, les données de prix recueillies pour les besoins cipe. Le choix de celui-ci peut avoir une influence consi-
de l’IPC peuvent servir à l’établissement d’autres dérable sur des questions pratiques, telles que la fré-
indices, tels que les indices des prix utilisés pour quence à laquelle les pondérations utilisées dans l’indice
déflater les dépenses de consommation des ménages devraient être actualisées.
dans les comptes nationaux ou les parités de pouvoir 1.15 Les chapitres 15 à 23 du manuel proposent une
d’achat utilisées pour comparer les niveaux de con- analyse exhaustive, détaillée, rigoureuse et à jour de la
sommation réels dans différents pays. théorie des indices, qui est résumée dans les sections ci-

2
INTRODUCTION À LA MÉTHODOLOGIE DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION

après. Les propositions et théorèmes énoncés dans ce tion des ménages effectuée au cours d’une période anté-
chapitre sont démontrés dans les chapitres qui suivent, rieure aux deux périodes pour lesquelles les prix sont
auxquels le lecteur est invité à se reporter pour de plus comparés. Par exemple, un IPC mensuel peut commen-
amples explications. cer en janvier 2000, en posant que janvier 2000 = 100,
mais se rapporter à des quantités de biens et services cal-
culées à partir d’une enquête sur des dépenses annuelles
Indices des prix fondés sur effectuée en 1997 ou 1998, ou couvrant ces deux années.
un panier-type de biens et services Comme il faut du temps pour recueillir et traiter les don-
1.16 On peut expliquer que l’indice a pour objet de nées sur les dépenses, un délai considérable s’écoule
comparer les valeurs des dépenses de consommation d’ordinaire avant la prise en compte de celles-ci dans le
des ménages consacrées aux biens et services au cours calcul de l’IPC. Le panier-type peut aussi se référer à une
de deux périodes. Le fait de savoir que les dépenses ont année spécifique, alors que l’indice est établi sur une
augmenté de 5 % n’a pas une grande valeur informative base mensuelle ou trimestrielle.
si l’on ignore quelle part de cette évolution peut être 1.20 La période à laquelle se rapportent les quanti-
attribuée aux variations des prix des biens et services, et tés effectivement utilisées dans un IPC est la période de
quelle part correspond aux variations des quantités référence des pondérations et sera appelée ici période b.
achetées. L’objectif d’un indice est de décomposer La période 0 est la période de référence des prix. Ainsi
l’évolution d’une valeur d’un agrégat entre une évolu- que nous venons de le noter, b tend en général à précé-
tion de prix et une évolution de volume. Les IPC visent der 0, au moins lorsque l’indice est publié pour la pre-
à mesurer la composante «prix» de la variation des mière fois, comme nous le supposons ici. Mais b peut
dépenses de consommation des ménages. Une des correspondre à toute période, y compris à une période
façons de le faire consiste à mesurer, à quantités cons- située entre 0 et t, si l’indice est calculé quelque temps
tantes, l’évolution de la valeur d’un agrégat. après t. L’indice de Lowe utilisant les quantités de biens
et services de la période b peut s’écrire comme suit :
Indices de Lowe n

1.17 On obtient une classe très large et très popu- ¦p q t


i
b
i n
laire d’indices des prix en définissant ceux-ci comme la PLo {= i 1
n

{= ¦ pit pi0 si0b
variation en pourcentage, entre les périodes comparées,
du coût total de l’achat d’un assortiment donné de quan- ¦ pi0 qib
i 1
i 1

tités qualifié en général de «panier-type». La significa- pi0 qib


tion d’un tel indice est facile à comprendre et à expli- où si0b n
(1.1)
quer aux utilisateurs. Les indices appartenant à cette
classe sont qualifiés d’indices de Lowe dans ce manuel,
¦p q
i 1
0 b
i i

d’après le premier indice de ce type proposé en 1823


(voir chapitre 15). Dans la pratique, la plupart des L’indice peut être écrit et calculé de deux manières : soit
offices de statistique utilisent, sous une forme ou une comme le ratio de deux agrégats en valeur, soit comme
autre, un indice de Lowe. une moyenne arithmétique pondérée des ratios ou rap-
1.18 Soit un panier-type de n produits, assortis de ports de prix, pit/p0i, pour chaque produit, en utilisant les
prix pi et disponibles en quantités qi, et deux périodes parts de dépenses hybrides si0b comme pondérations.
comparées, 0 et t. L’indice de Lowe, PLo, est défini Les dépenses sont dites hybrides parce que les prix et
comme suit : quantités se réfèrent à deux périodes différentes, 0 et b
n respectivement. Les pondérations hybrides peuvent être
¦pq t
i i obtenues en actualisant les parts de dépenses effectives
PLo {
= i 1 durant la période b, à savoir p biq bi/ Σp biq bi, par les varia-
n
0 tions des prix entre les périodes b et 0, en les multipliant
¦p q
i 1
i i
par les rapports de prix aux périodes b et 0, à savoir
p0i/p bi. Les indices de Lowe sont communément utilisés
1.19 En principe, tout ensemble de quantités de pour les besoins des IPC.
biens et services peut servir de panier-type. Le panier-
type n’a pas à se limiter aux quantités achetées durant
l’une ou l’autre des périodes comparées, ni d’ailleurs Indices de Laspeyres et de Paasche
durant aucune période spécifiée. Les quantités retenues 1.21 Tout ensemble de quantités peut être utilisé
peuvent être, par exemple, des moyennes arithmétiques dans un indice de Lowe, mais deux cas spécifiques
ou géométriques de ces mêmes quantités au cours des occupent une place prépondérante dans les études spé-
deux périodes. Pour des raisons pratiques, le panier-type cialisées et revêtent une importance considérable d’un
utilisé pour les besoins de l’IPC doit en général être éta- point de vue théorique. Lorsque les quantités sont celles
bli à partir d’une enquête sur les dépenses de consomma- de la période de référence des prix, donc lorsque b = 0,

3
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

on obtient un indice de Laspeyres. Lorsque les quantités les indices des prix et des quantités de Laspeyres, et PPa
sont celles de l’autre période, donc lorsque b = t, on et QPa les indices des prix et des quantités de Paasche;
obtient un indice de Paasche. Il y a lieu d’examiner plus nous avons alors PLa QPa = V et PPaQLa = V.
en détail les propriétés des indices de Laspeyres et de 1.25 Supposons, par exemple, qu’une série tempo-
Paasche, ainsi que les relations entre les deux. relle de dépenses de consommation des ménages aux
1.22 L’indice des prix de Laspeyres, PL, est défini prix courants dans les comptes nationaux doive être
comme suit : déflatée par un indice des prix pour faire apparaître
l’évolution de la consommation en volume. Afin d’éta-
blir une série de dépenses de consommation aux prix
constants de la période de référence (dont les fluctua-
= tions sont identiques à celles de l’indice de volume de
(1.2) Laspeyres), les dépenses de consommation aux prix
courants doivent être divisées par une série d’indice des
prix de Paasche.

où s 0i représente la part effective des dépenses consacrée Ratios d’indices de Lowe et de Laspeyres
au produit i durant la période 0, à savoir p0i q0i /Σp0i q0i . 1.26 L’indice de Lowe est transitif. Le ratio de deux
1.23 L’indice de Paasche, PP, est défini comme suit : indices de Lowe utilisant la même série de valeurs qb est
aussi un indice de Lowe. Par exemple, le ratio de l’indice
de Lowe pour la période t + 1, avec comme période de
= référence des prix 0, divisé par celui de la période t, avec
(1.3) là aussi comme période de référence des prix 0, est :

où sit représente la part effective des dépenses consacrée (1.4)


au produit i durant la période t, à savoir, pitqit/Σpitqit.
Notons que l’indice de Paasche est une moyenne har-
monique pondérée des rapports de prix qui utilise
comme pondération les parts effectives des dépenses
durant la période la plus récente, t. Il découle de l’équa- C’est un indice de Lowe pour la période t + 1, avec
tion (1.1) que l’indice de Paasche peut aussi s’exprimer comme période de référence des prix t. Ce type d’indice
comme une moyenne arithmétique pondérée des rap- est en fait largement utilisé pour mesurer les fluctuations
ports de prix utilisant des pondérations de dépenses des prix à court terme, par exemple entre les périodes t
hybrides, dans lesquelles les quantités de la période t et t + 1, même si les quantités peuvent dater d’une
sont valorisées aux prix de la période 0. période b bien antérieure.
1.27 L’indice de Lowe peut aussi être exprimé sous
forme de ratio de deux indices de Laspeyres. Par
Décomposition des variations de la exemple, l’indice de Lowe pour la période t, avec
valeur courante au moyen des indices comme période de référence des prix 0, est égal à
de Laspeyres et de Paasche l’indice de Laspeyres pour la période t, avec comme
1.24 Les indices des quantités de Laspeyres et de période de référence des prix b, divisé par l’indice de
Paasche sont définis de la même manière que les indices Laspeyres pour la période 0, avec là aussi comme
des prix, en intervertissant simplement les valeurs p et q période de référence des prix b. Par conséquent,
dans les formules (1.2) et (1.3). Ils résument l’évolution,
au cours du temps, des flux de quantités de biens et ser-
vices consommés. L’indice des quantités de Laspeyres (1.5)
valorise les quantités aux prix fixés de la période la plus
ancienne, tandis que l’indice des quantités de Paasche
utilise l’indice des prix de la période la plus récente. Le
ratio des valeurs des dépenses dans les deux périodes
(V) rend compte de l’effet conjugué des variations des Indices de Lowe actualisés
prix et des quantités. Quand on utilise les indices de 1.28 Il est utile de disposer d’une formule qui per-
Laspeyres et de Paasche, la variation de valeur ne peut mette de calculer directement un indice de Lowe sous
être décomposée exactement en un indice des prix mul- forme d’indice-chaîne, dans lequel l’indice pour la
tiplié par un indice des quantités qu’à condition que période t + 1 est obtenu en actualisant l’indice pour la
l’indice des prix (quantités) de Laspeyres soit apparié à période t. Comme les indices de Lowe sont transitifs,
l’indice des quantités (prix) de Paasche. Soit PLa et QLa l’indice de Lowe pour la période t + 1, avec comme

4
INTRODUCTION À LA MÉTHODOLOGIE DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION

période de référence des prix 0, peut s’écrire sous la plus élevé que l’indice de Paasche, l’écart entre les deux
forme du produit de l’indice de Lowe pour la période ayant tendance à s’accroître au fil du temps.
t, avec comme période de référence des prix 0, et de 1.32 Dans la pratique, toutefois, les offices de sta-
l’indice de Lowe pour la période t + 1, avec comme tistique ne calculent pas des indices de Laspeyres ou de
période de référence des prix t. Par conséquent, Paasche, mais plutôt des indices de Lowe tels que ceux
qui sont définis dans l’équation (1.1). La question qui se
pose alors est celle des liens entre l’indice de Lowe et
ceux de Laspeyres et de Paasche. Le chapitre 15 et
l’appendice 15.2 montrent que, si les prix relatifs font
(1.6) apparaître des tendances persistantes sur le long terme,
et si l’effet de substitution joue effectivement, l’indice
de Lowe tendra à dépasser celui de Laspeyres, donc
aussi les indices de Fisher et de Paasche. En supposant
que la période b précède la période 0, le classement
observé dans ces conditions sera le suivant :

où les pondérations des dépenses sitb sont des Lowe > Laspeyres > Fisher > Paasche
pondérations hybrides définies comme :
En outre, le montant par lequel l’indice de Lowe dépasse
les trois autres indices aura tendance à être d’autant plus
= important que la période b sera antérieure à la période 0.
(1.7)
1.33 La situation de la période b dans le temps est
cruciale. Étant donné les hypothèses sur la tendance des
1.29 Les pondérations hybrides du type défini à prix à long terme et l’effet de substitution, un indice de
l’équation (1.7) sont souvent décrites comme des pondé- Lowe tendra à augmenter d’autant plus que la période b
rations actualisées par les prix. Elles peuvent être obte- sera plus ancienne, ou à diminuer d’autant plus que la
nues en ajustant les pondérations de dépenses initiales période b sera plus récente. S’il est possible que b doive
pibqib/Σpibqib par les rapports de prix pit/pib. En actualisant précéder 0 lorsqu’un indice est publié pour la première
ainsi de b à t les pondérations de dépenses, on peut calcu- fois, il n’y a pas de restriction de ce type en ce qui con-
ler directement l’indice entre les périodes t et t + 1 comme cerne le positionnement de la période b, car les données
la moyenne pondérée des rapports de prix pit + 1/pit sans se de prix et de quantités deviennent, avec le temps, dispo-
référer à nouveau à la période de référence des prix 0. nibles pour des périodes plus récentes. La période b peut
L’indice peut alors être chaîné à la valeur de l’indice alors être avancée dans le temps. Si la période b se situe
durant la période précédente t. à mi-chemin entre 0 et t, les quantités sont vraisembla-
blement équireprésentatives des deux périodes, en sup-
posant une transition à peu près régulière des quantités
Interconnexions entre indices relatives de la période 0 à celles de la période t. Dans ces
de panier-type conditions, l’indice de Lowe est sans doute proche de
1.30 Considérons d’abord la relation entre les celui de Fisher et des autres indices superlatifs, et l’on ne
indices de Laspeyres et de Paasche. Un des résultats bien peut pas présumer qu’il présente un biais par excès ou
connus de la théorie des indices est que si les variations par défaut. Ces questions sont approfondies ci-après, et
des prix et des quantités (pondérées par les valeurs) sont au chapitre 15.
corrélées de façon négative, l’indice de Laspeyres 1.34 Il est important que les offices de statistique
dépasse alors l’indice de Paasche. Inversement, si les prennent en considération ces relations lorsqu’ils
variations pondérées des prix et des quantités sont corré- décident de la politique à suivre. De toute évidence, le
lées de façon positive, l’indice de Paasche dépasse alors fait de continuer à utiliser de façon répétée, des années
celui de Laspeyres. La démonstration en est faite à durant, une même série de quantités de biens et ser-
l’appendice 15.1 du chapitre 15. vices pour calculer un IPC peut être une source d’avan-
1.31 Comme en général ils n’ont pas d’influence tages pratiques et d’économies financières. Cependant,
sur les prix, les consommateurs réagissent d’ordinaire il faut s’attendre à ce que le montant par lequel cet IPC
aux variations de prix en substituant les biens ou les ser- dépasse certains indices préférables sur le plan théo-
vices devenus relativement meilleur marché à ceux qui rique, tel que l’indice du coût de la vie, augmente régu-
sont devenus relativement plus chers. Ce phénomène, lièrement à mesure que la période b à laquelle se réfère
que l’on appelle effet de substitution, occupe une place la grandeur prise en compte s’éloigne dans le passé. La
prédominante dans ce manuel et, plus généralement, plupart des utilisateurs interpréteront sans doute cet
dans les travaux sur les indices. La substitution tend à écart comme un biais par excès. Si ce biais est impor-
produire une corrélation négative entre les prix et les tant, la crédibilité et l’acceptabilité de l’indice risquent
quantités relatives, auquel cas l’indice de Laspeyres est d’être compromises.

5
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

Indice de Young
= (1.9)
1.35 Plutôt que de maintenir constantes les quanti-
tés de la période b, les offices de statistique peuvent cal-
culer l’IPC sous forme de moyenne arithmétique
pondérée des différents rapports de prix, en maintenant où sbi est défini comme précédemment. L’indice de
constantes les parts de recettes de la période b. L’indice Laspeyres géométrique correspond au cas particulier où
qui en résulte est appelé dans ce manuel indice de b = 0, c’est-à-dire au cas où les parts de dépenses
Young, là aussi d’après le premier indice de ce type. seraient celles de la période de référence des prix 0. De
L’indice de Young est défini comme suit : même, l’indice de Paasche géométrique utilise les parts
de dépenses de la période t. On notera que ces indices
géométriques ne peuvent pas être exprimés sous forme
(1.8) de ratios d’agrégats en valeur dans lesquels les quantités
= =
sont fixes. Ce ne sont pas des indices de panier-type, et
il n’y a pas de contreparties des indices de Lowe.
1.39 Il est bon de rappeler que, pour toute série de
nombres positifs, la moyenne arithmétique est supé-
Dans l’indice de Lowe correspondant — l’équation (1.1) rieure ou égale à la moyenne géométrique, qui est elle-
— les pondérations sont des parts de recettes hybrides même supérieure ou égale à la moyenne harmonique,
qui valorisent les quantités de la période b aux prix de la ces égalités étant valables seulement lorsque les
période 0. Comme nous l’avons déjà expliqué, la période nombres sont tous égaux. En cas d’élasticités croisées
de référence des prix 0 est en général postérieure à la unitaires de la demande et de parts de dépenses cons-
période de référence des pondérations b, car il faut du tantes, les indices de Laspeyres et de Paasche géomé-
temps pour recueillir et traiter les données de recettes. triques coïncident. Dans ce cas, les indices sont classés
Dans ce cas, l’office de statistique a le choix de supposer dans l’ordre ordinaire, c’est-à-dire : indice de Laspeyres
que les quantités de la période b restent constantes ou ordinaire > indices de Laspeyres et de Paasche géomé-
que les parts de dépenses de la période b restent cons- triques > indice de Paasche ordinaire, car ces indices
tantes. Elles ne peuvent pas rester toutes les deux cons- sont, respectivement, des moyennes arithmétique, géo-
tantes si les prix changent entre les périodes b et 0. Si les métrique et harmonique des mêmes rapports de prix uti-
parts des dépenses sont restées effectivement constantes lisant les mêmes séries de pondérations.
entre les périodes b et 0, les quantités doivent avoir chan- 1.40 Les indices de Young et de Laspeyres géomé-
gé en sens inverse des variations des prix auxquelles triques exigent les mêmes informations que leurs contre-
elles répondent, ce qui implique une élasticité de substi- parties arithmétiques ordinaires, et peuvent être produits
tution égale à l’unité. rapidement. Il convient donc de considérer ces indices
1.36 Alors que l’on peut présumer que l’indice de géométriques comme des options pratiques sérieuses
Lowe aura tendance à dépasser celui de Laspeyres, il est pour le calcul de l’IPC. Comme il sera expliqué plus
plus difficile de faire des généralisations sur la relation loin, les indices géométriques sont probablement moins
entre les indices de Young et de Laspeyres. L’indice de sujets que leurs contreparties arithmétiques aux types de
Young pourrait être plus ou moins élevé que celui de biais évoqués dans les prochaines sections. Leur princi-
Laspeyres selon que les quantités sont plus ou moins pal inconvénient est peut-être que, comme ils ne sont pas
sensibles aux variations des prix relatifs. Le chapitre 15 des indices de panier-type, ils ne sont pas faciles à expli-
montre que, si les élasticités de substitution sont élevées quer ou à justifier auprès des utilisateurs.
(supérieures à l’unité), l’indice de Young tend à dépas-
ser celui de Laspeyres, alors que, si les élasticités de Indices symétriques
substitution sont faibles, l’indice de Young tend à être
inférieur à celui de Laspeyres. 1.41 Un indice est dit symétrique quand il fait un
1.37 Comme il est expliqué plus loin dans ce cha- usage égal des prix et des quantités dans les deux
pitre, l’indice de Lowe peut être préféré à celui de Young périodes comparées et les traite de manière symétrique.
parce que ce dernier présente certaines propriétés non Les statistiques économiques utilisent couramment trois
souhaitables qui l’empêchent de satisfaire à certains tests types particuliers d’indice symétrique, qu’il est bon de
essentiels pour les indices (voir aussi le chapitre 16). présenter à ce stade. Comme nous l’avons déjà noté, ces
trois indices sont aussi des indices superlatifs.
1.42 Le premier est l’indice des prix de Fisher, PF,
Indices de Young, Laspeyres défini comme la moyenne géométrique des indices de
et Paasche géométriques Laspeyres et de Paasche, c’est-à-dire :
1.38 Dans la version géométrique de l’indice de Young,
une moyenne géométrique pondérée des rapports de prix PF ={ PL PP (1.10)
est calculée en utilisant les parts de dépenses de la période b
comme pondérations. Elle est définie comme suit :

6
INTRODUCTION À LA MÉTHODOLOGIE DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION

1.43 Le second est l’indice des prix de Walsh, PW. rence des prix t. Les grandeurs sont avancées d’une
C’est un indice de panier-type dont les quantités corres- période lorsque la période de référence des prix avance
pondent aux moyennes géométriques des quantités dans d’une période. Si j = 0, l’indice-chaîne de Lowe devient
les deux périodes, à savoir, un indice-chaîne de Laspeyres, alors que si j = –1, il
n devient un indice-chaîne de Paasche.
¦p t
i qit qi0 1.48 Les IPC de certains pays sont, de fait, des
PW i 1 (1.11) indices-chaînes de Lowe de ce type, dont les quantités se
n
réfèrent à une ou plusieurs années précédant la période
¦p
i 1
0
i qqt
i
0
i de référence des prix 0 d’une période fixée. Ainsi, les
douze indices mensuels qui vont de janvier 2000 à jan-
En optant pour une moyenne géométrique plutôt vier 2001 et dont la période de référence des prix est jan-
qu’arithmétique des quantités, on donne une pondéra- vier 2000 peuvent être des indices de Lowe reposant sur
tion égale aux quantités relatives dans les deux des dépenses de 1998 actualisées par les prix. Les douze
périodes. Les quantités dans l’indice de Walsh peuvent indices allant de janvier 2001 à janvier 2002 reposent
être considérées comme équireprésentatives des deux alors sur les dépenses de 1999 actualisées par les prix, et
périodes. ainsi de suite.
1.44 Le troisième indice est l’indice des prix de 1.49 Les dépenses sont en retard par rapport à la
Törnqvist, PT, défini comme la moyenne géométrique période de référence des prix d’un intervalle fixe, qui
des rapports de prix pondérée par la moyenne des parts avance d’une année à chaque mois de janvier lorsque la
de dépenses dans les deux périodes. période de référence des prix est avancée, elle aussi,
d’une année. Bien que, pour des raisons pratiques, il
n
doive y avoir un décalage entre les quantités et les prix
PT ={ – pit pi0
Vi
(1.12) lorsque l’indice est publié pour la première fois, les
i 1
indices mensuels pour l’année en cours peuvent être
où σi est la moyenne arithmétique des parts des recalculés plus tard, en utilisant les données sur les
dépenses consacrées au produit i au cours des deux dépenses courantes quand elles deviennent finalement
périodes. disponibles. De cette manière, l’indice de long terme
peut être un indice mensuel chaîné annuellement et
Sit  Si0 (1.13) assorti de pondérations annuelles actuelles. Cette
Vi
2 méthode, qui est expliquée plus en détail au chapitre 9,
est utilisée par un office de statistique.
où les valeurs si sont définies comme dans les équations 1.50 Un indice-chaîne doit dépendre du sentier
(1.2) et (1.3). d’évolution suivi, c’est-à-dire des prix et des quantités
1.45 L’intérêt théorique de ces indices apparaît plus dans toutes les périodes situées entre la première et la
clairement dans les sections suivantes consacrées aux dernière période de la série d’indice. Cette dépendance
approches axiomatique et économique des indices. peut être avantageuse ou désavantageuse. Lorsque la
transition économique s’effectue de manière progres-
sive de la première à la dernière période, en s’accompa-
Indices à base fixe ou indices-chaînes gnant d’une évolution régulière des rapports de prix et
1.46 Cette question est examinée au chapitre 15. des quantités, le chaînage tend à réduire l’écart observé
Lorsqu’une série temporelle d’indices de Lowe ou de entre les indices de Lowe, de Laspeyres et de Paasche,
Laspeyres est calculée en utilisant un assortiment fixe de ce qui rend les fluctuations de l’indice moins dépen-
quantités, celles-ci deviennent peu à peu inactuelles et dantes du choix de la formule d’indice retenue.
dépourvues d’intérêt pour les dernières périodes dont les 1.51 Si les prix et les quantités fluctuent pendant les
prix sont comparés. La période de référence, dans laquelle périodes intermédiaires, toutefois, le chaînage risque non
les quantités sont fixes, doit être actualisée tôt ou tard, et la seulement d’amplifier l’écart de l’indice, mais aussi de
nouvelle série d’indice doit être chaînée à l’ancienne. fausser la mesure de la variation totale entre la première et
Cette opération, le chaînage, est inévitable à long terme. la dernière période. Supposons par exemple que tous les
1.47 Dans le cas d’un indice-chaîne, chaque chaî- prix, à la dernière période, reviennent à leur niveau initial
nage prend la forme d’un indice dans lequel chaque de la période 0, ce qui implique qu’ils aient fluctué entre-
période est comparée à la précédente, les périodes de temps. Un indice-chaîne de Laspeyres ne reviendra pas à
référence des pondérations et des prix étant avancées à 100, il tendra à être supérieur à 100. S’il y a répétition du
chaque période. Toute formule d’indice peut être utili- cycle et retour périodique des prix à leur niveau initial, un
sée pour établir les liens d’un indice-chaîne. Il est pos- indice-chaîne de Laspeyres tendra à s’écarter de plus en
sible, par exemple, d’avoir un indice-chaîne dans lequel plus de 100, même si l’on n’observe pas de hausse ten-
l’indice pour t+1 sur t est un indice de Lowe défini par dancielle des prix sur le long terme. Le chaînage n’est
la formule Σp t+1qt–j/ Σp tqt–j. Les quantités se réfèrent à donc pas indiqué quand les prix fluctuent. Lorsque les
une période antérieure de j périodes à la période de réfé- prix mensuels connaissent des fluctuations saisonnières

7
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

amples et régulières, par exemple, le chaînage mensuel ne 1.55 Le chapitre 16 commence par examiner une
peut pas être recommandé. Les fluctuations saisonnières série de 20 axiomes, mais nous n’en donnerons ici
causent de graves problèmes, qui sont analysés au cha- qu’un échantillon à titre d’exemple.
pitre 22. Si certains pays actualisent effectivement leurs T1 : positivité — l’indice des prix et les vecteurs de prix
pondérations de dépenses tous les ans, les indices sur et de quantités qui le composent devraient être positifs.
douze mois établis durant chaque année ne sont pas des T3 : test d’identité — si le prix de chaque produit est
indices-chaînes, mais des indices de Lowe utilisant des identique dans les deux périodes, l’indice des prix
quantités annuelles fixes. devrait être égal à l’unité quels que soient les vecteurs
1.52 L’indice de Divisia. Si les prix et les quantités de quantités.
sont des fonctions temporelles continues, il est possible T5 : proportionnalité pour les prix courants — si tous
de ventiler la variation de leur valeur totale au cours du les prix à la période t sont multipliés par le nombre positif
temps en deux composantes de prix et de quantités, en λ, le nouvel indice des prix devrait être égal à λ fois
suivant la méthode de Divisia. Comme le montre le cha- l’ancien indice des prix; autrement dit, la fonction d’in-
pitre 15, l’indice de Divisia peut être calculé mathémati- dice des prix est (positivement) homogène de degré un
quement en dérivant la valeur (c’est-à-dire les prix multi- dans les composantes du vecteur des prix de la période t.
pliés par les quantités) par rapport au temps afin d’obtenir T10 : invariance à la modification des unités de
deux composantes : une variation des prix pondérée par mesure (test de commensurabilité) — l’indice des prix
la valeur relative et une variation des quantités pondérée ne varie pas si l’on modifie les unités dans lesquelles
par la valeur relative. Ces deux composantes sont défi- sont mesurés les produits.
nies, respectivement, comme des indices des prix et des T11 : test de réversibilité temporelle — si les données
quantités. L’indice de Divisia est essentiellement théo- des deux périodes sont interverties, l’indice des prix qui
rique. Dans la pratique, les prix ne peuvent être enregis- en résulte devrait être égal à l’inverse de l’indice des
trés qu’à intervalles discontinus, même s’ils varient conti- prix initial.
nuellement au cours du temps. Un indice-chaîne peut T14 : test de la valeur moyenne pour les prix — l’in-
cependant être considéré comme l’approximation dis- dice des prix se situe entre le rapport de prix le plus
crète d’un indice de Divisia. L’indice de Divisia lui- élevé et le rapport de prix le plus bas.
même n’offre que des indications pratiques limitées T16 : test de limitation par les indices de Paasche et
quant au type de formule d’indice à choisir pour établir de Laspeyres — l’indice des prix se situe entre les
les différents liens d’un indice-chaîne. indices de Laspeyres et de Paasche.
T17 : monotonie aux prix courants — si un prix de la
période t est augmenté, l’indice des prix doit augmenter.
Approches axiomatiques 1.56 Certains de ces axiomes ou tests peuvent être
et stochastiques des indices considérés comme plus importants que d’autres. De fait,
1.53 Diverses approches axiomatiques des indices quelques-uns paraissent si raisonnables, foncièrement,
sont expliquées au chapitre 16. Elles visent à déterminer que l’on peut supposer que tout indice effectivement uti-
la forme fonctionnelle la mieux adaptée à un indice en lisé y satisfait. Ainsi, le test T10, ou test de commensura-
spécifiant une série d’axiomes, ou de tests, auxquels bilité, énonce que si l’unité de quantité dans laquelle on
l’indice devrait satisfaire. Ces approches mettent en mesure un produit est modifiée (passage du gallon au
lumière les propriétés des différents types d’indice, dont litre, par exemple), l’indice doit rester inchangé. L’indice
certaines ne sont pas évidentes intuitivement. Les de Dutot, qui est défini comme le ratio de la moyenne
indices qui ne réussissent pas à satisfaire à certains arithmétique des prix dans les deux périodes, ne satisfait
axiomes ou tests fondamentaux peuvent être rejetés pas à ce test. Comme nous le verrons plus tard, c’est un
catégoriquement parce qu’ils risquent de se comporter type d’indice qui est en fait largement utilisé dans les
de façon inacceptable. L’approche axiomatique peut premiers stades du calcul des IPC.
aussi être utilisée pour classer les indices en fonction de 1.57 Prenons par exemple le prix moyen du sel et
leurs propriétés souhaitables ou non. du poivre. Supposons que l’on ait décidé de modifier
l’unité de mesure du poivre en passant des grammes
aux onces sans modifier l’unité dans laquelle est mesu-
Première approche axiomatique ré le sel (les kilos, par exemple). Étant donné qu’une
1.54 La première approche est l’approche tradition- once est égale à 28,35 grammes, la valeur absolue du
nelle des tests lancée par Irving Fisher. Les indices des prix du poivre est multipliée par 28, ce qui multiplie
prix et des quantités sont définis comme des fonctions effectivement le poids du poivre dans l’indice de Dutot
de deux vecteurs de prix et de deux vecteurs de quanti- par 28.
tés se rapportant aux deux périodes comparées. Prix et 1.58 Lorsque les produits couverts par un indice
quantités sont considérés comme des variables indépen- sont hétérogènes et mesurés dans des unités physiques
dantes, alors que l’approche économique des indices différentes, la valeur de tout indice qui ne satisfait pas
examinée plus loin suppose que les quantités sont fonc- au test de commensurabilité dépend du choix purement
tion des prix. arbitraire des unités de mesure. D’un point de vue théo-

8
INTRODUCTION À LA MÉTHODOLOGIE DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION

rique, un tel indice doit être inacceptable. Si les prix se assortiment fixe de quantités, qbi, quelle que soit la pé-
réfèrent à un ensemble strictement homogène de pro- riode de référence des prix, il s’ensuit que
duits qui utilisent tous la même unité de mesure, le test
devient sans objet. Lo0, t = Lo0, t–k Lot–k, t
1.59 Le test T11, c’est-à-dire le test de réversibili-
0, t
té temporelle, est, lui aussi, important. Il semble rai- où Lo est l’indice de Lowe pour la période t, avec la
sonnable, en principe, d’exiger que l’on obtienne le période 0 comme période de référence des prix. L’indice
même résultat en choisissant l’une ou l’autre des deux de Lowe qui compare directement t à 0 est le même que
périodes possibles comme période de référence des celui calculé indirectement sous forme d’indice-chaîne
prix : en d’autres termes, indépendamment du fait que pour les périodes t – k.
la variation soit mesurée en passant de 0 à t (calcul 1.63 Si, en revanche, l’indice de Lowe est défini de
prospectif) ou de t à 0 (calcul rétrospectif). L’indice de façon à ce que les quantités varient avec la période de réfé-
Young ne satisfait pas à ce test, car la moyenne arith- rence des prix, comme dans l’indice Σp t+1qt–j/ Σp tqt–j exa-
métique d’un ensemble de rapports de prix n’est pas miné précédemment, l’indice-chaîne qui en résulte n’est
égale à l’inverse de la moyenne arithmétique des pas transitif. Les indices-chaînes de Laspeyres et de
inverses des rapports de prix. Le fait que la décision Paasche sont des cas particuliers de ce type d’indice.
arbitraire sur le plan théorique de mesurer la variation 1.64 Dans la réalité, les quantités changent et tout
des prix de 0 à t (calcul prospectif) donne un résultat l’intérêt du chaînage des indices est de permettre aux
différent de celui obtenu en passant de t à 0 (calcul quantités d’être actualisées en permanence pour prendre
rétrospectif) est considéré par de nombreux utilisateurs en compte l’univers changeant des produits. Le fait
comme un sérieux handicap. Les offices de statistique d’assurer la transitivité en maintenant arbitrairement les
doivent tenir compte du fait que l’indice de Young ne quantités constantes, notamment sur une très longue
satisfait pas au test de réversibilité temporelle. période, ne compense pas les biais potentiels introduits
1.60 Les indices de Laspeyres et de Paasche ne sa- par l’utilisation de quantités non actualisées.
tisfont ni l’un ni l’autre au test de réversibilité tempo-
relle, pour la même raison que l’indice de Young. Pour
un indice de Laspeyres, par exemple, la formule de cal- Classement des indices selon
cul de PBL de t à 0 (calcul rétrospectif) est la suivante : la première approche axiomatique
n 1.65 Le chapitre 16 montre non seulement que l’in-
¦p q 0 t
i i
1
dice des prix de Fisher satisfait aux 20 axiomes recen-
sés, mais aussi, et c’est plus remarquable, qu’il est le
PBL i 1
n
=
{
PP seul à pouvoir le faire. Sur la base de cette série
¦pq
i 1
t t
i i (1.14) d’axiomes, l’indice des prix de Fisher l’emporte donc
clairement sur tous les autres indices.
Cet indice est identique à l’inverse de l’indice de 1.66 Les deux autres indices symétriques (et super-
Paasche (calcul prospectif), et non pas à l’inverse de latifs) définis dans les équations (1.11) et (1.12) ne se
l’indice de Laspeyres (calcul prospectif). Comme nous sortent pas aussi bien des 20 tests que l’indice de Fisher.
l’avons déjà noté, l’indice de Paasche (calcul prospectif) Le chapitre 16 montre que l’indice des prix de Walsh ne
tend à enregistrer une augmentation plus limitée que satisfait pas aux quatre tests, et que celui de Törnqvist
l’indice de Laspeyres (calcul prospectif), de sorte que ne satisfait pas aux neuf tests. On peut néanmoins
l’indice de Laspeyres ne peut pas satisfaire au test de s’attendre à ce que les indices de Törnqvist et de Fisher
réversibilité temporelle. L’indice de Paasche ne satisfait soient numériquement proches l’un de l’autre lorsque
pas, lui non plus, à ce test. les données suivent une évolution relativement régu-
1.61 Par contre, l’indice de Lowe satisfait au test lière, ainsi que le montre le chapitre 19.
de réversibilité temporelle à condition que les quantités 1.67 La liste d’axiomes a inévitablement quelque
qbi restent fixes lorsque la période de référence des prix chose d’arbitraire : c’est une des limites de l’approche
est modifiée et passe de 0 à t. Les quantités d’un indice axiomatique. Certains axiomes, comme le test de limi-
de Laspeyres sont cependant, par définition, celles de tation par les indices de Paasche et de Laspeyres auquel
la période de référence des prix, et doivent être modi- les indices de Törnqvist et de Walsh n’ont pu satisfaire,
fiées à chaque fois que cette période de référence pourraient être considérés comme superflus. Des
change. Le panier-type utilisé pour un indice de axiomes ou des tests supplémentaires pourraient être
Laspeyres «prospectif» est différent de celui utilisé envisagés, et deux axiomes sont d’ailleurs examinés
pour un indice de Laspeyres «rétrospectif» et, par con- plus loin. La simple application de l’approche axioma-
séquent, l’indice de Laspeyres ne satisfait pas au test de tique pose un autre problème : il ne suffit pas de savoir
réversibilité temporelle. à quels tests les indices ne satisfont pas, il faut aussi
1.62 De même, l’indice de Lowe est transitif alors savoir dans quelle mesure ils ne peuvent pas le faire.
que les indices de Laspeyres et de Paasche ne le sont Échouer très nettement à un test majeur, tel que celui de
pas. En supposant qu’un indice de Lowe utilise un la commensurabilité, peut être jugé suffisant pour éli-

9
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

miner un indice, alors qu’échouer de peu à plusieurs comparaisons internationales en volume de la consom-
tests n’est pas nécessairement très préjudiciable. mation et du produit intérieur brut (PIB) est un exemple
d’indice des quantités de Lowe. Il utilise une moyenne
arithmétique pondérée des prix dans les différents pays
Autres tests comme vecteur de prix commun p j pour comparer les
1.68 Prenons un autre test de symétrie. Inverser les quantités dans ces pays.
rôles des prix et des quantités dans un indice des prix 1.71 De même, on peut utiliser une moyenne des
donne un indice des quantités de même forme fonction- prix au cours des deux périodes pour valoriser les quan-
nelle que l’indice des prix. Le test de factorité exige que tités dans les indices intertemporels. Pour que l’indice
le produit de cet indice des quantités par l’indice des des quantités satisfasse aussi le test de réversibilité tem-
prix initial soit identique à la variation de la valeur de porelle, la moyenne doit être symétrique. Le test d’inva-
l’agrégat en question. Le test est important si, comme il riance à la modification proportionnelle des prix cou-
a été établi précédemment, les indices des prix et des rants (qui correspond au test T7 de la liste énumérée au
quantités visent à permettre que les variations de valeur chapitre 16, à ceci près que les rôles des prix et quanti-
des agrégats au cours du temps soient décomposées, de tés sont inversés) requiert que l’indice des quantités
façon économiquement significative, entre leurs compo- dépende seulement du niveau relatif des prix dans
santes de prix et de quantités. Le chapitre 16 donne un chaque période, et non pas du niveau absolu. L’indice
autre résultat intéressant : l’indice de Fisher est le seul des quantités de Walsh remplit ce test. Il est additif et
indice des prix à satisfaire aux quatre minima que cons- satisfait au test de réversibilité temporelle. Il apparaît
tituent les tests T1 (positivité), T11 (réversibilité tempo- donc comme un indice des quantités doté de certaines
relle), T12 (réversibilité par rapport aux quantités) et propriétés tout à fait souhaitables.
T21 (factorité). Comme le test de factorité suppose 1.72 Bien que l’indice de Fisher lui-même ne soit
implicitement que les prix et les quantités se réfèrent à pas additif, il est possible de décomposer la variation
la période 0 ou à la période t, il ne présente pas d’intérêt totale en pourcentage d’un indice des prix (ou des quan-
pour un indice de Lowe dans lequel trois périodes (b, 0 tités) de Fisher en composantes additives qui reflètent la
et t) sont prises en compte. variation en pourcentage de chaque prix ou quantité.
1.69 Ainsi que nous l’avons vu plus haut, le produit Une décomposition multiplicative similaire est possible
de l’indice des prix (des quantités) de Laspeyres par pour un indice des prix (ou des quantités) de Törnqvist.
l’indice des quantités (des prix) de Paasche est identique
à la variation de la valeur de l’agrégat en question. On
peut donc dire que les indices de Laspeyres et de Approche stochastique
Paasche satisfont à une version faible du test de factorité et seconde approche axiomatique
dans la mesure où, en divisant la variation de valeur par 1.73 Avant de considérer une seconde approche axio-
un indice des prix de Laspeyres (ou de Paasche), on matique, il est bon d’envisager l’approche stochastique
obtient un indice des quantités significatif, c’est-à-dire des indices des prix. Celle-ci traite les variations ou rap-
un indice de Paasche (ou de Laspeyres), même si les ports de prix observés comme s’il s’agissait d’échan-
formes fonctionnelles des indices des prix et des quanti- tillons aléatoires extraits d’un univers défini dont la
tés ne sont pas identiques. moyenne peut être interprétée comme le taux général
1.70 Le chapitre 16 examine aussi le test d’additivi- d’inflation. Il se peut toutefois qu’il n’y ait pas un taux
té. Celui-ci est plus important du point de vue des indices d’inflation unique. De nombreux univers possibles
des quantités que des indices des prix. Les indices des peuvent être définis, en fonction des séries de dépenses ou
prix peuvent être utilisés pour déflater des variations en de transactions particulières qui intéressent l’utilisateur.
valeur en vue d’obtenir des variations implicites en quan- De toute évidence, la moyenne de l’échantillon dépend du
tité. Ces résultats peuvent être présentés pour des sous- choix de l’univers dont il est extrait. Spécifier cet univers
agrégats tels que les grandes catégories des dépenses de revient au même que spécifier le champ d’un IPC.
consommation des ménages. Tout comme les agrégats de L’approche stochastique répond à des questions comme la
dépenses aux prix courants sont par définition obtenus forme de moyenne qu’il convient de retenir ou la façon la
par simple addition des dépenses individuelles, on peut plus efficace d’estimer celle-ci à partir d’un échantillon de
raisonnablement s’attendre à ce que la somme des varia- rapports de prix, une fois l’univers défini.
tions des sous-agrégats d’un indice des quantités soit 1.74 L’approche stochastique est particulièrement
égale aux variations des totaux — c’est ce que l’on utile lorsque l’univers est réduit à un seul type de pro-
appelle le test d’additivité. Des indices des quantités, duit. Compte tenu des imperfections du marché, les prix
comme ceux de Laspeyres et de Paasche, qui utilisent auxquels le même produit est vendu à différents points
une série commune de prix pour valoriser des quantités de vente et les changements de prix constatés peuvent
durant deux périodes, doivent satisfaire au test d’additivi- varier considérablement. Dans la pratique, les offices de
té. De même, l’indice des quantités de Lowe défini par la statistique doivent estimer la variation moyenne des prix
formule Σp jq t/ Σp jq 0 est aussi additif. L’indice des quan- d’un produit donné à partir d’un échantillon d’observa-
tités de Geary–Khamis (voir annexe 4) utilisé pour des tions de prix. Cela pose d’importantes questions métho-

10
INTRODUCTION À LA MÉTHODOLOGIE DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION

dologiques, qui sont examinées plus en détail aux cha- sélection soient proportionnelles aux parts de dépenses
pitres 7 et 20. (moyenne arithmétique) dans les deux périodes 0 et t.
Lorsque ces pondérations sont appliquées aux logarithmes
Approche stochastique non pondérée des rapports de prix, la valeur escomptée des logarithmes
1.75 L’approche stochastique non pondérée de la est l’indice de Törnqvist, connu également sous l’appella-
théorie des indices est expliquée au chapitre 16. Si l’on tion d’indice de Törnqvist–Theil. D’un point de vue axio-
a effectué un tirage aléatoire simple, la même pondéra- matique, le choix d’une moyenne symétrique des parts de
tion peut être donnée à chaque rapport de prix relevé. dépenses assure que l’indice satisfait au test de réversibi-
Supposons que chaque rapport de prix puisse être traité lité temporelle, tandis que le choix de la moyenne arith-
comme la somme de deux composantes : un taux métique, en tant que distincte d’autres moyennes symé-
d’inflation commun et une perturbation aléatoire de triques, pourrait se justifier par le fait que le test essentiel
moyenne zéro. La meilleure estimation du taux d’infla- de proportionnalité pour les prix courants, T5, est par là
tion commun, en utilisant les moindres carrés ou la vrai- même satisfait.
semblance maximale, est la moyenne arithmétique non 1.79 Parce qu’il se concentre sur les variations de
pondérée des rapports de prix, formule d’indice connue prix, l’indice de Törnqvist se présente comme un indice
sous l’appellation d’indice de Carli. Cet indice, qui cor- doté de certaines propriétés tout à fait souhaitables. Cela
respond à la version non pondérée de l’indice de Young, laisse envisager la possibilité d’une seconde approche
sera analysé plus loin, dans le cadre des indices d’agré- axiomatique des indices, dans laquelle l’attention ne
gat élémentaire. porte plus sur les prix et quantités utilisés dans l’ap-
1.76 Si la composante aléatoire est multiplicative, et proche axiomatique traditionnelle, mais sur les varia-
non pas additive, la meilleure estimation du taux d’infla- tions de prix et les parts en valeur.
tion commun est la moyenne géométrique non pondérée
des rapports de prix, connue sous l’appellation d’indice Seconde approche axiomatique
de Jevons. L’indice de Jevons peut être préféré à celui de 1.80 Le chapitre 16 présente une seconde ap-
Carli au motif que, contrairement à celui-ci, il satisfait au proche axiomatique, dans laquelle l’indice des prix est
test de réversibilité temporelle. Ainsi qu’il est expliqué défini comme une fonction de deux séries de prix, ou
ci-après, cette considération peut être décisive au de leurs ratios, et de deux séries de valeurs. Si l’indice
moment de choisir la forme fonctionnelle à utiliser pour est invariant à la modification des unités de mesure,
estimer les indices d’agrégat élémentaire établis lors des autrement dit s’il satisfait au test de commensurabilité,
étapes initiales du calcul de l’IPC. on peut indifféremment spécifier les prix ou leurs
ratios. La série de 17 axiomes postulée ici est similaire
Approche stochastique pondérée aux 20 axiomes pris en considération dans la première
1.77 Comme il est expliqué au chapitre 16, l’ap- approche axiomatique.
proche stochastique pondérée peut être appliquée à un 1.81 L’appendice 16.1 montre que l’indice de
niveau d’agrégation couvrant des assortiments de pro- Törnqvist, ou de Törnqvist–Theil, est le seul indice des
duits divers. Ces derniers pouvant être d’une importance prix à satisfaire aux 17 axiomes, tout comme l’indice
économique différente, tous les types de produit ne des prix de Fisher est le seul à satisfaire aux 20 tests
doivent pas recevoir la même pondération. Les produits dans la première approche. Cependant, l’indice de
peuvent être pondérés en fonction de leur part dans la Törnqvist ne satisfait pas au test de factorité, de sorte
valeur totale des dépenses ou autres transactions, durant que l’indice des quantités implicite obtenu en actuali-
une ou plusieurs périodes. Dans ce cas, l’indice (ou son sant la variation en valeur par l’indice des prix de
logarithme) est la valeur escomptée d’un échantillon Törnqvist n’est pas l’indice des quantités de Törnqvist.
aléatoire de rapports de prix (ou leurs logarithmes) dont L’indice des quantités implicite n’est donc pas le «meil-
la probabilité de sélection est proportionnelle à la leur», au sens où il répondrait aux 17 axiomes lorsque
dépense consacrée à ce type de produit dans une ou plu- ceux-ci seraient appliqués aux indices des quantités plu-
sieurs périodes. On obtient des indices différents selon les tôt qu’aux indices des prix.
pondérations retenues et selon que l’on utilise les rap- 1.82 L’existence de prix égaux à zéro peut causer
ports de prix ou leurs logarithmes. des problèmes lorsque les indices reposent sur des ratios
1.78 Supposons qu’un échantillon de rapports de prix de prix, notamment s’il s’agit de moyennes géomé-
soit sélectionné par tirage aléatoire à probabilité inégale triques de ratios de prix. En particulier, si certains prix
proportionnelle à la dépense consacrée à ce type de pro- tendent vers zéro, on peut appliquer le test selon lequel
duit dans la période de référence des prix 0. La variation l’indice des prix ne devrait pas tendre vers zéro ou vers
de prix escomptée est alors l’indice des prix de Laspeyres «plus l’infini». L’indice de Törnqvist n’y satisfait pas.
pour l’univers considéré. Cependant, d’autres indices C’est pourquoi il est proposé au chapitre 16 de veiller,
peuvent aussi être obtenus en utilisant l’approche stochas- quand on utilise cet indice, à maintenir les prix à des
tique pondérée. Supposons que les deux périodes soient valeurs différentes de zéro afin d’éviter que l’indice
traitées de façon symétrique et que les probabilités de perde toute signification.

11
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

1.83 Enfin, le chapitre 16 examine les propriétés biens et services consommés, mais qui est interprété en
axiomatiques des indices de Lowe et de Young. L’indice général par les utilisateurs comme une mesure de l’évolu-
de Lowe se sort fort bien de l’approche axiomatique, tion des prix, et rien de plus. Pour être considéré comme
satisfaisant à la fois aux tests de réversibilité temporelle un IPC, un indice du coût de la vie doit donc maintenir
et de transitivité. L’indice de Young échoue en revanche à constantes non seulement les préférences du consomma-
ces deux tests, comme les indices de Laspeyres et de teur, mais toute la série des facteurs autres que les prix
Paasche. Ainsi que nous l’avons déjà expliqué, l’intérêt qui influent sur le bien-être et sur le niveau de vie des
de l’indice de Lowe dépend davantage de la pertinence consommateurs. Si l’IPC a pour but d’être un indice du
des pondérations en quantités qui sont fixées pour les coût de la vie, il doit être un indice conditionnel lié à :
deux périodes comparées, c’est-à-dire du positionnement • un niveau donné d’utilité ou de bien-être;
de la période b, que de ses propriétés axiomatiques.
1.84 Bien que les «meilleurs» indices issus des deux • un ensemble donné de préférences des consommateurs;
approches axiomatiques, à savoir les indices de Fisher et
• un état donné de l’environnement physique et social.
de Törnqvist, ne soient pas les mêmes, ils n’en ont pas
moins beaucoup en commun. Ainsi que nous l’avons déjà Bien évidemment, les indices de Lowe sont, eux aussi,
noté, ils sont tous deux symétriques et superlatifs. Et, conditionnels, puisqu’ils dépendent du panier-type de
bien que leurs formules soient différentes, on peut biens et services choisi.
s’attendre à ce qu’ils se comportent de manière similaire 1.88 Les indices de Lowe et les indices du coût de la
et enregistrent des variations de prix similaires. Il apparaît vie ont en commun de pouvoir tous deux être définis
que, quelle que soit l’approche de la théorie des indices comme des ratios de dépenses dans deux périodes.
adoptée, c’est le même type d’indice qui montre des pro- Cependant, alors que les quantités sont par définition
priétés souhaitables, conclusion que corrobore l’approche fixes dans les indices de Lowe, elles varient en réponse
économique des indices expliquée au chapitre 17. aux changements des prix relatifs dans les indices du
coût de la vie. Contrairement à l’approche du panier fixe
de la théorie des indices, l’approche économique recon-
Indice du coût de la vie naît explicitement que les quantités consommées
1.85 L’examen de l’indice des prix à la consomma- dépendent en fait des prix. Dans la pratique, on peut s’at-
tion sous l’angle de la théorie économique a conduit à tendre à ce que les consommateurs rationnels ajustent les
formuler le concept d’indice du coût de la vie. Élaborée quantités relatives qu’ils consomment en réponse aux
dans un premier temps par Konus (1924), la théorie de variations des prix relatifs. L’indice du coût de la vie sup-
l’indice du coût de la vie repose sur l’hypothèse du com- pose que le consommateur qui cherche à réduire au mini-
portement d’optimisation d’un consommateur rationnel. mum le coût du maintien d’un niveau d’utilité donné pro-
L’indice du coût de la vie pour ce type de consommateur cédera aux ajustements nécessaires. Les paniers-types de
a été défini de façon succincte comme le ratio des biens et services figurant au numérateur et au dénomina-
dépenses minimales requises pour atteindre un niveau teur des indices du coût de la vie ne sont donc pas exacte-
d’utilité, ou de bien-être, donné sous deux régimes de ment les mêmes.
prix différents. On trouvera une définition et une explica- 1.89 On peut faire l’hypothèse que la dépense d’un
tion plus précises au chapitre 17. consommateur rationnel observée durant la période de
1.86 Alors que l’indice de Lowe mesure la variation référence choisie correspond à la dépense minimale
du coût de l’achat d’un panier-type de biens et services, requise pour atteindre le niveau d’utilité qui est le sien
telle qu’elle résulte des variations de leurs prix, l’indice durant cette période. Pour calculer un indice du coût de
du coût de la vie mesure la variation du coût minimum la vie reposant sur cette période, il est nécessaire de
du maintien d’un niveau d’utilité ou de bien-être donné, savoir quelle serait la dépense minimale requise pour
tel qu’il résulte des variations des prix des biens et ser- atteindre précisément le même niveau d’utilité si les prix
vices consommés. en vigueur étaient ceux de la seconde période, toutes
1.87 Un indice du coût de la vie peut être mal inter- choses égales par ailleurs. Les quantités achetées sous
prété, car le bien-être des ménages dépend de facteurs ces conditions supposées seront sans doute hypothé-
matériels et sociaux qui n’ont aucun lien avec les prix. tiques. Elles ne correspondront pas aux quantités effec-
Divers événements peuvent survenir et avoir un impact tivement consommées durant la seconde période si
direct sur le bien-être : c’est le cas, par exemple, pour les d’autres facteurs, comme les ressources dont dispose le
catastrophes naturelles ou celles d’origine humaine. consommateur, ont changé.
Lorsque des événements de ce type se produisent, ils 1.90 Les quantités requises pour le calcul de l’indice
peuvent conduire les ménages à accroître leur consom- du coût de la vie dans au moins une des périodes ne
mation de biens et services afin de compenser la perte de peuvent probablement pas être observées dans la pra-
bien-être qui en découle pour eux. L’évolution des coûts tique. L’indice du coût de la vie n’est pas un indice opé-
de consommation déclenchée par des événements autres rationnel susceptible d’être calculé directement. Il s’agit
que des variations de prix est sans objet pour un IPC qui donc de voir s’il est possible de trouver des méthodes qui
ne vise pas seulement à mesurer l’évolution des prix des permettent d’estimer indirectement l’indice du coût de la

12
INTRODUCTION À LA MÉTHODOLOGIE DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION

vie, ou au moins d’en déterminer les limites supérieure Quelques cas particuliers
et inférieure. Il peut aussi être très utile d’établir les liens 1.94 L’étape suivante consiste à déterminer s’il existe
entre un indice du coût de la vie et les indices de Lowe, y des conditions spéciales dans lesquelles il serait possible
compris les indices de Laspeyres et de Paasche, qui de mesurer avec exactitude l’indice du coût de la vie. Le
peuvent être calculés. chapitre 17 montre que, si les préférences des consomma-
teurs sont homothétiques — c’est-à-dire si les courbes
Limites supérieure et inférieure d’indifférence ont toutes la même forme, chacune d’elles
d’un indice du coût de la vie étant une expansion ou une contraction uniforme de
l’autre —, l’indice du coût de la vie est indépendant du
1.91 Il découle de la définition de l’indice de
niveau d’utilité sur lequel il repose. Les indices de
Laspeyres que, si le revenu d’un consommateur devait
Laspeyres et de Paasche donnent les limites supérieure et
changer dans les mêmes proportions que l’indice de
inférieure du même indice du coût de la vie.
Laspeyres, ce consommateur devrait avoir la possibilité
1.95 Un cas particulier intéressant se pose lorsque
d’acheter le même panier-type de produits que dans la
les préférences peuvent être représentées par la fonction
période de référence. Sa situation ne peut pas empirer.
dite de «Cobb–Douglas», dans laquelle les élasticités
Toutefois, si les prix relatifs ont changé, le consommateur
croisées de la demande entre les divers produits sont
qui maximise son utilité ne continuera pas à acheter les
toutes égales à l’unité. Les consommateurs ajustent les
mêmes quantités qu’auparavant. Il pourra atteindre un
quantités relatives qu’ils consomment en proportion
niveau d’utilité plus élevé en substituant, au moins margi-
inverse des variations des prix relatifs, de sorte que les
nalement, des produits devenus relativement moins chers
parts de dépenses restent constantes. Si les préférences
à ceux qui sont devenus plus chers. Comme l’indice du
sont représentées par une fonction de Cobb–Douglas,
coût de la vie mesure la variation des dépenses minimales
l’indice de Laspeyres géométrique donne une mesure
nécessaires pour maintenir un niveau d’utilité constant,
exacte de l’indice du coût de la vie. Comme les dépenses
l’indice du coût de la vie reposant sur la première période
restent constantes au cours du temps, les trois indices
augmentera moins que l’indice de Laspeyres.
géométriques — Young, Laspeyres et Paasche — coïn-
1.92 Si l’on suit le même raisonnement, il apparaît
cident les uns avec les autres et avec l’indice du coût de
que, lorsque les rapports de prix changent, l’indice du
la vie. Bien sûr, les versions arithmétiques de ces indices
coût de la vie reposant sur la seconde période doit aug-
ne coïncident pas dans ces conditions, car les paniers-
menter davantage que l’indice de Paasche. Comme il est
types des périodes b, 0 et t sont tous différents puisque
expliqué plus en détail au chapitre 17, l’indice de
l’évolution des prix relatifs entraîne des substitutions.
Laspeyres donne la limite supérieure de l’indice du coût
1.96 L’un des résultats les plus connus de la théorie
de la vie reposant sur la première période, et l’indice de
des indices est que, si les préférences peuvent être repré-
Paasche la limite inférieure de l’indice du coût de la vie
sentées par une fonction d’utilité quadratique homogène,
reposant sur la seconde période. Il convient de noter qu’il
l’indice de Fisher donne une mesure exacte de l’indice du
y a là deux indices du coût de la vie différents, l’un repo-
coût de la vie (voir chapitre 17). Même si les préférences
sant sur la première période, et l’autre sur la seconde. En
des consommateurs ne risquent guère de correspondre
général, toutefois, les deux indices du coût de la vie ne
exactement à cette forme fonctionnelle particulière, ce
risquent guère d’être très différents.
résultat laisse penser que, d’une manière générale, l’indice
1.93 Supposons que l’indice théorique ciblé soit un
de Fisher a de bonnes chances de donner une approxima-
indice du coût de la vie, mais que, pour des raisons pra-
tion étroite de l’indice du coût de la vie inconnu, et plus
tiques, l’IPC soit calculé en fait comme un indice de
précise certainement que celle obtenue par les indices
Lowe dans lequel les quantités se réfèrent à une période
arithmétiques de Laspeyres ou de Paasche.
b précédant la période de référence des prix 0. Une con-
clusion importante peut être tirée de cette analyse limi-
naire : comme on peut s’attendre à ce que l’indice de Estimation des indices du coût
Lowe dépasse celui de Laspeyres (en posant en hypo- de la vie par des indices superlatifs
thèse une tendance à long terme des prix et un effet de 1.97 L’intuition — selon laquelle l’indice de Fisher
substitution donné) et à ce que l’indice de Laspeyres donne une valeur approchée de l’indice du coût de la vie
dépasse quant à lui l’indice du coût de la vie, l’indice de — est corroborée par le raisonnement suivant. Diewert
Lowe communément utilisé devrait afficher un biais par (1976) a observé qu’une fonction quadratique homogène
excès. C’est un point qui a pesé lourdement sur l’attitude est une forme fonctionnelle souple pouvant donner une
de certains pays vis-à-vis des IPC. Le biais découle du approximation au second ordre d’autres fonctions dou-
fait que, par définition, les indices de panier-type, y com- blement dérivables au même point. Il qualifie ensuite une
pris celui de Laspeyres, ne permettent pas qu’il y ait sub- formule d’indice de superlative lorsqu’elle est exacte-
stitution entre produits en réponse aux variations des ment égale à l’indice du coût de la vie reposant sur une
prix relatifs. Il est donc qualifié en général de «biais de certaine forme fonctionnelle et lorsque cette forme fonc-
substitution». L’indice de Paasche devrait afficher un tionnelle est souple, c’est-à-dire quadratique homogène.
biais de substitution par défaut. Les calculs menant à ces résultats, assortis d’explications

13
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

supplémentaires, sont présentés en détail au chapitre 17. autres. En principe, toutefois, il n’y a pas de limite à r et
Contrairement à l’indice du coût de la vie reposant sur la il a été démontré récemment qu’à mesure que r aug-
fonction d’utilité réelle mais inconnue, l’indice superlatif mente, la formule tend à assigner une pondération crois-
est un indice effectif qui peut être calculé. Ces résultats sante aux rapports de prix extrêmes, et que les indices
ont une portée pratique : ils justifient, sur le plan théo- superlatifs qui en résultent peuvent diverger très sensi-
rique, que l’on puisse s’attendre à ce qu’un indice super- blement les uns des autres. Ce n’est que lorsque la valeur
latif donne, dans un grand nombre de situations, une absolue de r est faible, comme c’est le cas pour les trois
approximation assez précise de l’indice du coût de la vie. indices superlatifs les plus communément utilisés
1.98 Les indices superlatifs en tant qu’indices (Fisher, Walsh et Törnqvist), que le choix de l’indice
symétriques. L’indice de Fisher n’est en aucune façon le superlatif perd son importance.
seul exemple d’indice superlatif. Il existe en fait toute 1.101 Les indices de Fisher et de Walsh datent de
une famille d’indices superlatifs. Le chapitre 17 montre près d’un siècle. L’indice de Fisher doit sa popularité à
que toute moyenne quadratique d’ordre r est un indice son approche axiomatique, approche fondée sur les tests,
superlatif pour chaque valeur de r ≠ 0. La moyenne qua- qu’il a lui-même contribué à développer. Comme nous
dratique d’un indice des prix P r d’ordre r est définie l’avons déjà noté, l’indice de Fisher domine les autres
comme suit : indices quand on utilise la première approche axioma-
tique, et c’est l’indice de Törnqvist qui domine quand on
r 2
n
§ pit · utilise la seconde approche axiomatique définie plus
r
¦ s 0
¨¨ 0 ¸¸
i haut. Le fait que les indices de Fisher et de Törnqvist
r i 1 © pi ¹ (1.15) soient tous deux des indices superlatifs dont l’utilisation
P ={ r 2
0 peut être justifiée sur le plan économique laisse penser
n
§p ·
r
¦ s ¨¨ p
t
i
i
¸¸
t
que, d’un point de vue théorique, il n’est peut-être pas
possible de les améliorer pour les besoins de l’IPC.
i 1 © ¹
i

où s 0i et sit sont définis comme dans les équations (1.2) Biais de représentativité
et (1.3).
1.99 Il convient de relever la symétrie du 1.102 Le fait que l’indice de Walsh soit un indice de
numérateur et du dénominateur de l’équation (1.15). Lowe qui est aussi superlatif porte à croire que le biais
L’équation (1.15) se caractérise notamment par le fait des autres indices de Lowe dépend de la mesure dans
qu’elle traite de façon symétrique les variations de prix laquelle leurs quantités s’écartent de celles figurant dans
et les parts de dépenses dans les deux périodes, quelle le panier-type constitué pour l’indice de Walsh. La ques-
que soit la valeur assignée au paramètre r. Trois cas tion peut cependant être envisagée sous un autre angle.
particuliers doivent retenir notre intérêt : 1.103 Comme les quantités figurant dans le panier-
type constitué pour un indice de Walsh sont des
• lorsque r = 2, l’équation (1.1) se réduit à l’indice des moyennes géométriques des quantités dans les deux
prix de Fisher; périodes, une importance égale est assignée aux quanti-
• lorsque r = 1, elle est équivalente à l’indice des prix tés relatives, par opposition aux quantités absolues,
de Walsh; dans les deux périodes. Le panier-type pour l’indice de
Walsh peut donc être considéré comme le plus repré-
• dans la limite r → 0, elle est égale à l’indice de sentatif des deux périodes. Si l’on attache une égale
Törnqvist. importance aux schémas de consommation dans les
Ces indices ont été présentés dans un premier temps deux périodes, le panier-type optimal pour un indice de
comme exemples d’indices traitant l’information dispo- Lowe devrait être le panier-type le plus représentatif.
nible dans les deux périodes de façon symétrique. L’un L’indice de Walsh devient alors la cible privilégiée, sur
et l’autre ont été proposés pour la première fois bien le plan théorique, pour un indice de Lowe.
avant que le concept d’indice superlatif soit élaboré. 1.104 Supposons que la période b, pour laquelle les
1.100 Choix d’un indice superlatif. Le chapitre 17 quantités sont effectivement utilisées dans l’indice de
pose la question du choix de la formule superlative à Lowe, se situe à mi-chemin entre 0 et t. Dans ce cas, et
retenir dans la pratique. Comme on peut s’attendre à ce dans l’hypothèse où les quantités relatives tendent à évo-
que chacune d’elles donne une valeur approchée du luer de façon relativement régulière, le panier-type effectif
même indice du coût de la vie, on peut en déduire dans la période b donne probablement une valeur appro-
qu’elles devraient aussi donner une valeur approchée les chée du panier-type le plus représentatif. À l’inverse, plus
unes des autres. Le fait que tous ces indices soient symé- cette période b est éloignée du point médian entre 0 et t,
triques renforce cette conclusion. Ces conjectures plus les quantités relatives de la période b risquent de
tendent à être corroborées, dans la pratique, par quelques s’écarter de celles du panier-type le plus représentatif.
calculs numériques. Aussi longtemps que le paramètre r Dans ce cas, l’indice de Lowe entre les périodes 0 et t, qui
ne s’éloigne pas trop d’un intervalle allant de 0 à 2, les utilise les quantités de la période b, dépasse vraisembla-
indices superlatifs tendent à être très proches les uns des blement l’indice de Lowe, qui utilise les quantités les plus

14
INTRODUCTION À LA MÉTHODOLOGIE DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION

représentatives, d’un montant d’autant plus important que en une seule fois ou en deux étapes? L’associativité
la période b est plus reculée dans le temps. Si ce dernier apparaît parfaite dans le cas de l’indice de Laspeyres,
indice est la cible, l’écart constaté est le «biais». Ce biais mais inexistante pour les indices superlatifs. Les indices
peut être attribué au fait que les quantités de la période b communément utilisés de Fisher et Törnqvist font appa-
tendent à devenir de moins en moins représentatives d’une raître quant à eux une associativité relative.
comparaison entre 0 et t à mesure que la période b s’é-
loigne dans le passé. Les facteurs économiques respon- Possibilité de substitution
sables en l’occurrence sont, bien sûr, exactement les 1.108 Le chapitre 17 examine un autre indice
mêmes que ceux qui donnent naissance au biais constaté proposé récemment, l’indice de Lloyd–Moulton, PLM,
lorsque l’indice cible est l’indice du coût de la vie. On défini comme suit :
peut donc considérer que certains types d’indice sont biai-
sés sans invoquer le concept d’indice du coût de la vie.
Inversement, les mêmes types d’indice tendent à être pré-
férés, que l’objectif soit d’estimer le biais du coût de la vie = (1.16)
ou non.
1.105 Si l’on privilégie les fluctuations des prix à
court terme, l’indice cible est un indice entre deux Le paramètre σ, qui ne doit pas être négatif, est l’élasti-
périodes temporelles consécutives t et t + 1. Dans ce cité de substitution entre les produits couverts. Il
cas, le panier-type le plus représentatif doit être avancé indique dans quelle mesure, en moyenne, les divers pro-
d’une période lorsque l’on fait de même pour l’indice. duits sont censés être des produits de substitution les
Choisir le panier-type le plus représentatif suppose que uns pour les autres. Cet indice a pour avantage que l’on
l’on ait recours au chaînage. De même, le chaînage est peut s’attendre, avec un degré d’approximation raison-
implicite quand l’indice cible est un indice du coût de la nable, à ce qu’il soit exempt de biais de substitution,
vie entre t et t + 1. Dans la pratique, l’univers de pro- alors qu’il ne nécessite pas plus de données qu’un
duits change lui aussi constamment. Le panier-type le indice de Lowe ou de Laspeyres. Il représente donc une
plus représentatif avançant d’une période, il est possible possibilité pratique de calcul de l’IPC, même pour les
d’actualiser l’assortiment de produits couverts et de périodes les plus récentes, bien que l’on puisse penser
prendre en compte l’évolution des quantités relatives qu’il sera difficile d’obtenir une estimation satisfaisante
des produits qui étaient couverts précédemment. et acceptable de la valeur numérique de l’élasticité de
substitution, paramètre utilisé dans la formule.
Données requises et problèmes
de calcul
1.106 Étant donné que les indices superlatifs
Questions d’agrégation
requièrent des données sur les prix et sur les dépenses 1.109 Nous avons supposé jusqu’à présent que
pour les deux périodes, et que les données sur les l’indice du coût de la vie reposait sur les préférences
dépenses ne sont en général pas disponibles pour la d’un consommateur représentatif unique. Le chapitre 18
période en cours, il n’est pas possible de calculer un examine dans quelle mesure les diverses conclusions
IPC superlatif, au moins au moment où l’IPC est auxquelles nous avons abouti demeurent valides pour
publié pour la première fois. Dans la pratique, les IPC les IPC établis en fait pour des groupes de ménages. La
tendent à être des indices de Lowe assortis de quanti- conclusion générale est que, fondamentalement, les
tés fixes ou des indices-chaînes de Lowe actualisés mêmes relations restent valables au niveau des données
annuellement. Avec le temps, toutefois, les données agrégées, même si les questions supplémentaires qui
sur les dépenses requises peuvent devenir disponibles sont alors soulevées peuvent exiger des hypothèses
et permettre de calculer un IPC superlatif par la suite. additionnelles.
Les utilisateurs trouveront utile que les IPC superlatifs 1.110 L’une de ces questions concerne les pondéra-
soient publiés rétrospectivement, car cela permet tions à appliquer aux différents ménages. Les indices
d’évaluer les propriétés et le comportement de l’indice agrégés qui pondèrent les ménages en fonction de leurs
officiel. Les IPC superlatifs peuvent être traités dépenses sont appelés «ploutocratiques», tandis que
comme des indices qui complètent, plutôt qu’ils ne ceux qui assignent la même pondération à chaque
remplacent, les indices initiaux, si la politique suivie ménage sont dits «démocratiques». Une autre question
ne consiste pas à réviser l’indice officiel. est de savoir s’il existe une seule série de prix à un
1.107 Le chapitre 17 note que, dans la pratique, les moment donné, ou si des ménages différents se voient
IPC sont calculés le plus souvent par étapes (voir aussi appliqués des prix différents. En règle générale, il n’est
les chapitres 9 et 20) et s’applique à répondre à une pas nécessaire, quand on définit les indices agrégés, de
question : l’agrégation des indices calculés de cette supposer que tous les ménages sont confrontés à la
manière est-elle ou non associative? En d’autres termes, même série de prix, même si l’analyse se trouve naturel-
ces indices ont-ils les mêmes valeurs s’ils sont calculés lement simplifiée lorsque c’est le cas.

15
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

1.111 Un indice du coût de la vie agrégé ploutocra- sur les cinq périodes, alors que l’indice de Paasche chute
tique suppose que chaque ménage, lorsqu’il doit choisir quant à lui de 20 %. Les deux indices superlatifs com-
entre deux séries de prix différentes, réduit au minimum munément utilisés, ceux de Törnqvist et de Fisher, enre-
le coût à supporter pour atteindre un niveau d’utilité gistrent pour leur part des hausses de 25 % et 19 %, res-
donné (l’indice du coût de la vie agrégé étant défini pectivement, et l’écart qui les sépare n’est que de six
comme le ratio des coûts minimums agrégés à l’ensemble points, contre 64 points entre les indices de Laspeyres et
des ménages). Comme dans le cas d’un ménage unique, de Paasche. Lorsque les indices sont chaînés, les indices-
on reconnaît que, pour répondre aux besoins de l’IPC, chaînes de Laspeyres et de Paasche affichent des hausses
l’indice du coût de la vie agrégé doit être un indice condi- de 33 % et 12 %, respectivement, qui ramènent l’écart
tionnel lié à l’état d’un assortiment particulier de entre eux de 64 à 21 points. Les indices-chaînes de
variables d’environnement, qui sont en général celles de Törnqvist et de Fisher enregistrent respectivement des
l’une ou l’autre des périodes comparées. L’environne- hausses de 22,26 % et 22,24 %, étant pour ainsi dire
ment doit être compris au sens large, c’est-à-dire non seu- numériquement identiques. Ces résultats montrent
lement physique, mais aussi politique et social. l’importance du choix de la formule d’indice et de
1.112 Comme l’indice d’un consommateur repré- la méthode.
sentatif unique, l’indice du coût de la vie agrégé ne peut
pas être calculé directement, mais il est parfois possible Produits saisonniers
de calculer des indices de Laspeyres et de Paasche agré-
gés qui déterminent les limites supérieure ou inférieure 1.116 Ainsi qu’il est expliqué au chapitre 22, l’exis-
de leurs indices du coût de la vie respectifs. S’il n’y tence de produits saisonniers pose certains problèmes
a qu’une seule série de prix nationaux, l’indice de insolubles et crée des difficultés sérieuses pour les com-
Laspeyres ploutocratique agrégé est réduit à un indice de pilateurs et les utilisateurs de l’IPC. Sont appelés sai-
Laspeyres agrégé ordinaire. Comme les indices plouto- sonniers les produits qui :
cratiques agrégés de Laspeyres et de Paasche peuvent en • ne sont pas disponibles durant certaines saisons,
principe être calculés, il en va de même de l’indice de
Fisher ploutocratique. On verra, au chapitre 18, que l’on • ou sont disponibles tout au long de l’année, mais à
devrait normalement obtenir ainsi une bonne approxima- des prix et dans des quantités qui connaissent des
tion de l’indice du coût de la vie ploutocratique agrégé. fluctuations régulières synchronisées avec la saison
1.113 Enfin, le chapitre 18 conclut que les offices ou l’époque de l’année.
de statistique pourraient en principe construire des Les fluctuations saisonnières sont essentiellement
indices de Laspeyres, Paasche et Fisher démocratiques d’ordre climatique ou coutumier. L’évolution de l’IPC
et ploutocratiques, pour autant que l’information sur les d’un mois sur l’autre peut parfois être à tel point domi-
rapports de prix et les dépenses spécifiques à chaque née par des influences saisonnières qu’il est difficile de
ménage soit disponible pour les deux périodes. Si les discerner les tendances lourdes des prix. On peut appli-
informations sur les dépenses ne sont disponibles que quer des programmes conventionnels de correction des
pour la première période, seuls les indices de Laspeyres variations saisonnières, mais ceux-ci ne donnent pas
démocratique et ploutocratique pourront être construits. toujours des résultats satisfaisants. La difficulté ne se
L’ensemble de données requises est toutefois considé- limite pas à l’interprétation des mouvements de l’IPC,
rable. Il n’y a guère de chance, dans la pratique, que ces car la saisonnalité crée de réels problèmes de calcul
données puissent être disponibles pour chaque ménage de l’IPC lorsque certains des produits du panier-type
et, si c’était le cas, les risques d’erreurs seraient grands. tendent à disparaître et réapparaître régulièrement,
introduisant une solution de continuité dans la série de
prix à partir de laquelle est construit l’IPC. Il n’existe
Données numériques indicatives pas de panacée pour la saisonnalité, et le consensus sur
1.114 Le chapitre 19 présente certains exemples la meilleure pratique dans ce domaine reste à trouver.
numériques reposant sur un ensemble de données artifi- Le chapitre 22 examine différentes modalités de résolu-
cielles. Il ne s’agit pas d’illustrer les méthodes de calcul en tion possibles du problème en s’appuyant sur une série
tant que telles, mais plutôt de démontrer à quel point de données artificielles pour illustrer les conséquences
l’emploi de formules d’indice diverses peut donner des de l’utilisation des diverses méthodes proposées.
résultats numériques très différents. Des séries de prix, 1.117 Exclure les produits saisonniers est une des
quantités et dépenses hypothétiques mais économique- options possibles, mais cela peut entraîner une réduc-
ment plausibles sont données pour six produits et cinq tion inacceptable du champ de l’indice, étant donné que
périodes. En général, les écarts entre les diverses formules les produits saisonniers représentent parfois une part
tendent à s’accentuer avec la variance des rapports de prix. non négligeable de la consommation totale des
Ils dépendent souvent aussi de la mesure dans laquelle les ménages. Dans l’hypothèse où ces produits sont retenus,
prix suivent une évolution régulière ou tendent à fluctuer. une solution consiste à privilégier non plus les fluctua-
1.115 Les résultats numériques sont frappants. tions de l’indice d’un mois sur l’autre, mais ses varia-
Ainsi, l’indice de Laspeyres affiche une hausse de 44 % tions entre les mêmes mois de deux années successives.

16
INTRODUCTION À LA MÉTHODOLOGIE DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION

Dans certains pays, les médias et d’autres utilisateurs, mais les prix d’offre auxquels les produits sont proposés
tels que les banques centrales, ont pris l’habitude de dans différents types de point de vente au détail. En prin-
suivre avant tout le taux d’inflation annuel entre le mois cipe, toutefois, l’IPC mesure l’évolution des prix payés
le plus récent et le même mois de l’année précédente. par les ménages. Ces prix peuvent en fait varier au cours
Ce chiffre en glissement annuel est beaucoup plus facile du mois, qui est en général la période de référence pour
à interpréter que les variations d’un mois sur l’autre, qui l’IPC. En principe, donc, la première étape devrait con-
peuvent être plus volatiles même en l’absence de fluc- sister à ramener à une moyenne les prix auxquels un pro-
tuations saisonnières. duit est vendu durant la période, en gardant à l’esprit que
1.118 Au chapitre 22, cette approche est étendue au les prix peuvent varier même dans le cas de produits
concept de moyenne mobile d’indices, qui compare les identiques vendus dans le même point de vente. En
prix pour les douze mois les plus récents avec les mois général, ce calcul n’est pas faisable dans la pratique.
correspondants de l’année de référence des prix. Les Toutefois, avec une caisse enregistreuse électronique où
indices annuels mobiles qui en résultent peuvent être tous les codes-barres des produits sont lus, les valeurs
considérés comme des indices des prix corrigés des des transactions sont effectivement enregistrées. Il est
variations saisonnières. Il apparaît qu’ils fonctionnent possible de calculer un prix moyen au lieu d’enregistrer
bien avec la série de données artificielles. On peut consi- simplement le prix d’offre d’un moment précis. Les don-
dérer que ces indices sont une mesure de l’inflation sur nées obtenues par lecture optique ont d’ores et déjà com-
une année, centrée autour d’un mois précédant d’un mencé à être utilisées aux fins de l’IPC, et l’on peut pen-
semestre le dernier mois de l’indice mobile. Ce décalage ser qu’elles prendront de l’importance au fil du temps.
peut être désavantageux à certains égards, mais le cha- 1.122 Une fois les prix de produits représentatifs
pitre 22 montre que, sous certaines conditions, le glisse- relevés dans un échantillon de points de vente, la question
ment annuel du mois en cours, conjugué au glissement qui se pose est de savoir quelle formule est la plus indi-
annuel du précédent, peut donner une prévision fiable de quée pour construire un indice d’agrégat élémentaire. Ce
l’indice annuel mobile qui est centré sur le mois en point est examiné au chapitre 20. Il a été quelque peu
cours. Les indices annuels mobiles et les constructions négligé, par rapport à d’autres questions, jusqu’à ce
analytiques similaires ne visent pas, bien sûr, à rempla- qu’une série d’études effectuées dans les années 90 donne
cer l’IPC mensuel ou trimestriel, mais à donner des des indications beaucoup plus claires sur les propriétés
informations complémentaires qui peuvent présenter un des indices d’agrégat élémentaire et sur leurs forces et fai-
très grand intérêt pour les utilisateurs. Ces indices blesses relatives. La qualité d’un IPC dépend en grande
peuvent être publiés en même temps que l’IPC officiel. partie de celle des indices d’agrégat élémentaire à partir
1.119 Les diverses façons de traiter les solutions de desquels il est construit.
continuité provoquées dans les séries de prix par la 1.123 Les prix sont relevés pour le même produit au
disparition et la réapparition de produits saisonniers même point de vente pendant une série de périodes suc-
sont examinées au chapitre 22. C’est un domaine, cessives. En général, donc, un indice d’agrégat élémen-
cependant, où la recherche doit encore progresser. taire est calculé à partir de deux séries d’observations de
prix appariées. On suppose ici qu’il n’y a pas d’observa-
Indices d’agrégat élémentaire tions manquantes ni de modification de la qualité des pro-
duits élémentaires de l’échantillon, de sorte que l’on dis-
1.120 Ainsi qu’il est expliqué aux chapitres 9 et 20, pose de deux séries de prix parfaitement appariées. Le
l’IPC est calculé par étapes. Dans un premier temps, des traitement des nouveaux produits qui apparaissent ou des
indices d’agrégat élémentaire sont estimés pour les produits qui disparaissent, ainsi que des changements de
agrégats de dépenses élémentaires d’un IPC. Dans un qualité, est en soi une question distincte et complexe. Elle
deuxième temps, ces indices sont agrégés, ou ramenés à est présentée dans ses grandes lignes ci-après, et exami-
une moyenne, pour obtenir des indices de niveau supé- née plus en détail aux chapitres 7, 8 et 21.
rieur utilisant les agrégats de dépenses élémentaires
comme pondérations. Un agrégat de dépenses élémen-
taire regroupe les dépenses consacrées à une série limi- Pondérations au sein
tée et relativement homogène de produits définis dans le des agrégats élémentaires
cadre de la classification des produits de consommation 1.124 Dans la plupart des cas, les indices des prix des
utilisée pour l’IPC. Le chapitre 6 explique que les agrégats élémentaires sont calculés sans faire explicite-
offices de statistique choisissent en général un assorti- ment appel aux pondérations de dépenses. Il conviendrait
ment de produits représentatifs au sein de chaque agré- cependant d’utiliser, aussi souvent que possible, des pon-
gat et relèvent ensuite des échantillons de leurs prix à un dérations reflétant l’importance relative des produits élé-
certain nombre de points de vente. Les agrégats élémen- mentaires échantillonnés, même si ce n’est que de façon
taires servent de strates pour l’échantillonnage. approximative. Bien souvent, l’agrégat élémentaire est
1.121 Les prix relevés durant la première étape ne simplement l’agrégat le plus petit pour lequel on dispose
sont pas, en général, les prix qui ont été constatés dans d’informations fiables sur les pondérations. L’indice de
les transactions effectives entre unités économiques, l’agrégat élémentaire doit alors être calculé sans utiliser

17
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

les pondérations. Cependant, même dans ce cas, il faut • une moyenne arithmétique simple des rapports de
noter que, si les produits élémentaires sont choisis en leur prix, connue sous l’appellation d’indice de Carli ou
appliquant des probabilités de sélection proportionnelles à PC; l’indice de Carli est la version non pondérée de
la taille de telle ou telle variable pertinente (les ventes, par l’indice de Young;
exemple), la procédure d’échantillonnage introduit impli-
• une moyenne géométrique simple des rapports de
citement des pondérations.
prix, connue sous l’appellation d’indice de Jevons ou
1.125 Pour certains agrégats élémentaires, les infor-
PJ; l’indice de Jevons est une version non pondérée de
mations sur les ventes de produits élémentaires particu-
l’indice de Young géométrique;
liers, les parts de marché ou les pondérations régionales
peuvent être utilisées comme pondérations explicites au • une moyenne harmonique simple des rapports de
sein d’un agrégat élémentaire. Les pondérations au sein prix, ou PH.
des agrégats élémentaires peuvent être actualisées de Comme il a été noté plus haut, quelle que soit la série de
façon indépendante, et plus souvent peut-être que les nombres positifs considérée, la moyenne arithmétique
agrégats élémentaires eux-mêmes (qui servent de pon- est supérieure ou égale à la moyenne géométrique, qui
dérations pour les indices de niveau supérieur). est elle-même supérieure ou égale à la moyenne harmo-
1.126 Supposons par exemple que le nombre de four- nique, les égalités ne restant valables que lorsque les
nisseurs d’un produit tel que le pétrole soit limité. Les nombres sont tous égaux. Il s’ensuit que PC > PJ > PH.
parts de marché des fournisseurs peuvent être connues à 1.129 Le chapitre 20 montre que les écarts entre les
partir des statistiques recueillies dans le cadre d’enquêtes trois indices se creusent lorsque la variance des rapports
sur l’activité économique, et utilisées comme pondéra- de prix augmente. Le choix d’une formule devient
tions dans le calcul d’un indice d’agrégat élémentaire pour d’autant plus important que les variations de prix se
le prix des produits pétroliers. Autre exemple, les prix de diversifient. On peut s’attendre à ce que PJ se situe
l’eau peuvent être relevés auprès d’un certain nombre de approximativement à mi-chemin entre PC et PH.
services locaux desservant des régions dont la population 1.130 La seconde des options donne trois indices
est connue. La taille relative de la population de chaque possibles :
région peut alors être utilisée pour obtenir une valeur
approchée des dépenses de consommation relatives afin • le ratio des moyennes arithmétiques simples des prix,
de pondérer le prix dans chaque région pour obtenir un connu sous l’appellation d’indice de Dutot, ou PD;
indice d’agrégat élémentaire pour le prix de l’eau. • le ratio des moyennes géométriques simples, connu
sous l’appellation d’indice de Jevons, ou PJ;
Interconnexions entre les différentes • le ratio des moyennes harmoniques simples, ou PH.
formules élémentaires d’indice
des prix Le classement des ratios des différents types de moyenne
n’est pas prévisible. Par exemple, l’indice de Dutot, PD,
1.127 Il est possible d’obtenir des indications utiles peut être supérieur ou inférieur à celui de Jevons, PJ.
sur les propriétés des diverses formules qui ont été utili-
sées, ou dont l’emploi a été envisagé, pour construire 1.131 L’indice de Dutot peut aussi être exprimé sous
des indices d’agrégat élémentaire en examinant les forme d’une moyenne pondérée des rapports de prix, dans
interconnexions mathématiques qui existent entre elles. laquelle les prix de la période 0 servent de pondération :
Le chapitre 20 en donne une analyse approfondie.
Comme il est posé en hypothèses que l’on ne dispose n
0 § pi ·
n t
pas de pondérations explicites, les diverses formules
considérées font toutes appel à des moyennes non pon-
¦pit n ¦ i © p 0 ¸¹
p ¨
i 1
dérées, c’est-à-dire à des moyennes simples dans les- PD ={ i 1
n n
i (1.17)
quelles les divers produits élémentaires reçoivent une
pondération égale. Deux grandes options existent pour
¦p
i 1
0
i n ¦p
i 1
0
i

ces indices d’agrégat élémentaire :


• une forme de moyenne simple des ratios ou rapports Comparé à l’indice de Carli, qui est une moyenne
de prix; simple des rapports de prix, l’indice de Dutot donne une
pondération plus forte aux rapports de prix des produits
• le ratio d’une forme de moyenne simple des prix dans dont les prix sont élevés durant la période 0. Il n’en est
les deux périodes. pas moins difficile de donner un fondement économique
Dans le cas de la moyenne géométrique, les deux rationnel à ce type de pondération. Les prix ne sont pas
méthodes coïncident, car la moyenne géométrique des des dépenses. Si les produits sont homogènes, ils ne
ratios ou rapports de prix est identique au ratio de leur seront probablement achetés qu’en très faibles quantités
moyenne géométrique. à des prix élevés dans l’hypothèse où les mêmes
1.128 Trois indices d’agrégat élémentaire peuvent être produits peuvent être obtenus à meilleur marché. S’ils
établis à partir de la première des options susmentionnées : sont hétérogènes, l’indice de Dutot ne devrait de toute

18
INTRODUCTION À LA MÉTHODOLOGIE DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION

manière pas être utilisé, car les quantités ne sont ni com- 1.136 L’approche axiomatique fait apparaître que
mensurables, ni additives. l’indice de Jevons est l’indice préféré, mais que son utili-
1.132 S’il est utile d’établir les interconnexions entre sation n’est peut-être pas indiquée dans toutes les situa-
les divers indices, celles-ci n’aident pas, concrètement, à tions. Si une observation est égale à zéro, la moyenne
choisir un indice. Cependant, comme les différences entre géométrique est égale à zéro. L’indice de Jevons est sen-
les diverses formules tendent à s’accentuer avec la disper- sible aux chutes extrêmes des prix; il peut donc être
sion des rapports de prix, il est à l’évidence souhaitable de nécessaire d’imposer des limites supérieure et inférieure
définir les agrégats élémentaires de façon à réduire autant aux différents rapports de prix quand on utilise cet indice.
qu’il est possible la variation des mouvements de prix au
sein de chaque agrégat. Moins il y a de variation, et moins
le choix de la formule d’indice fait de différence. Comme Approche économique des indices
les agrégats élémentaires servent aussi de strates pour les d’agrégat élémentaire
besoins de l’échantillonnage, le fait de réduire au mini- 1.137 L’approche économique des indices d’agré-
mum la variance des rapports de prix au sein des strates gat élémentaire est expliquée au chapitre 20. Les pro-
réduira aussi l’erreur d’échantillonnage. duits de l’échantillon pour lesquels les prix sont relevés
sont traités comme s’ils constituaient un panier-type de
biens et services achetés par des consommateurs ration-
Approche axiomatique nels maximisant leur utilité. L’objectif est d’estimer un
des formules d’indice indice conditionnel du coût de la vie couvrant l’assorti-
1.133 L’approche axiomatique présentée plus haut ment de produits en question.
est un des moyens qui peuvent être mis à profit pour 1.138 On notera toutefois que les différences entre les
choisir entre les différentes formules d’indice. Une série prix des produits de l’échantillon ne signifient pas forcé-
de tests est appliquée aux indices d’agrégat élémentaire ment que ces derniers sont de qualité différente. Si les
au chapitre 20. marchés étaient parfaits, les rapports de prix devraient
1.134 L’indice de Jevons, PJ, satisfait à tous les tests refléter les coûts de production relatifs et les utilités rela-
retenus. Il l’emporte sur les autres indices de la même tives. Il se peut, en fait, que les différences de prix soient
manière que l’indice de Fisher tend à dominer d’autres tout simplement la conséquence des imperfections du mar-
indices à un niveau agrégé. L’indice de Dutot, PD, échoue ché. Ainsi, des produits parfaitement identiques peuvent
à un seul test, celui de commensurabilité. Cet échec est être achetés et vendus à des prix différents dans des points
cependant crucial, car il reflète un point essentiel soulevé de vente différents pour la simple raison que les consom-
précédemment : quand les quantités ne sont pas additives mateurs manquent d’informations sur les prix pratiqués
d’un point de vue économique, les prix ne sont pas dans les autres points de vente. Les producteurs peuvent
additifs non plus et ne peuvent donc pas être ramenés à aussi pratiquer la discrimination par les prix en faisant
une moyenne significative. Toutefois, PD se comporte bien payer à différents consommateurs des prix différents pour
lorsque les produits élémentaires de l’échantillon sont des produits parfaitement identiques. La discrimination
homogènes. L’important, pour l’indice de Dutot, est donc par les prix est une pratique répandue dans de nombreuses
de déterminer à quel point les produits rassemblés au sein activités de services. Lorsque les écarts de prix résultent
d’un agrégat élémentaire sont hétérogènes. Si les produits des imperfections du marché, il ne faut pas s’attendre à ce
ne sont pas suffisamment homogènes pour que leurs que les consommateurs réagissent aux variations des rap-
quantités soient additives, il faut renoncer à utiliser ports de prix des produits comme ils le feraient s’ils étaient
l’indice de Dutot. bien informés et libres de leurs choix.
1.135 Bien que l’indice de Carli, PC, ait été largement 1.139 En tout état de cause, si l’on ne dispose pas
utilisé dans la pratique, l’approche axiomatique montre d’informations sur les quantités ou les dépenses au sein
qu’il possède certaines propriétés non souhaitables. En par- d’un agrégat élémentaire, il n’est pas possible de calculer
ticulier, en tant que version non pondérée de l’indice de un indice superlatif, quel qu’il soit. L’indice conditionnel
Young, il échoue aux tests de réversibilité temporelle et de du coût de la vie au niveau d’un agrégat élémentaire ne
transitivité. C’est un sérieux handicap, dans la mesure sur- peut donc être estimé que dans l’hypothèse où certaines
tout où les indices d’agrégat élémentaire sont souvent des conditions spéciales sont remplies.
indices chaînés mensuellement. Un consensus s’est établi 1.140 Deux cas particuliers présentent un certain
autour de l’idée que l’indice de Carli pourrait être inadéquat intérêt. Le premier est celui dans lequel les préférences
parce qu’il risque de présenter un biais positif significatif. sont du type «préférences de Leontief». Dans ces condi-
C’est ce que montre l’exemple numérique proposé au cha- tions, les quantités relatives restent fixes quels que soient
pitre 9. L’utilisation de cet indice n’est pas approuvée dans les rapports de prix. Aucune substitution n’a lieu en
le cadre des indices des prix à la consommation harmonisés réponse aux modifications des rapports de prix. Les élas-
en vigueur au sein de l’Union européenne. À l’inverse, la ticités croisées de la demande sont nulles. Dans l’hypo-
moyenne harmonique des rapports de prix, PH, risque de thèse des préférences de Leontief, l’indice de Laspeyres
présenter un biais négatif tout aussi significatif; cela dit, cet donne une mesure exacte de l’indice du coût de la vie.
indice ne semble pas être utilisé dans la pratique. Dans ce cas, l’indice de Carli calculé pour un échantillon

19
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

aléatoire donnerait une estimation de l’indice du coût de de Jevons donne sans doute une approximation plus
la vie si les produits élémentaires étaient choisis avec des juste de l’indice du coût de la vie que l’indice de Carli,
probabilités de sélection proportionnelles à leur part dans car il est plus probable qu’il y ait un effet de substitution
les dépenses de consommation de la population. Il pour- important plutôt que pas d’effet de substitution du tout,
rait apparaître que, si les produits élémentaires étaient surtout si les agrégats élémentaires devaient être délibé-
choisis avec des probabilités proportionnelles à leur part rément construits de manière à regrouper des produits
dans les quantités achetées par la population, l’indice de élémentaires similaires constituant de proches produits
Dutot calculé pour l’échantillon donnerait une estimation de substitution les uns pour les autres.
de l’indice de Laspeyres pour la population. Cependant, si 1.144 La moyenne géométrique de PC et PH, dénom-
l’on suppose que le panier-type de l’indice de Laspeyres mée indice PCSWD au chapitre 20, serait une alternative à
contient certains produits hétérogènes dont les quantités l’indice de Jevons, PJ. Elle pourrait être justifiée par le
ne sont pas additives, les parts de quantités, et par consé- souci de traiter les données des deux périodes de manière
quent les probabilités de sélection, sont indéfinies. symétrique, sans former d’hypothèse particulière quant à
1.141 Le second cas a déjà été évoqué précédem- la forme des préférences sous-jacentes. Le chapitre 20
ment : c’est celui où les préférences peuvent être repré- montre aussi que la moyenne géométrique de PC et PH est
sentées par une fonction de Cobb–Douglas. Comme sans doute très proche de PJ, de sorte que ce dernier peut
nous l’avons déjà expliqué, avec ce type de préférence, être préféré parce que c’est un concept plus simple et plus
l’indice de Laspeyres géométrique donnerait une mesure facile à établir.
exacte de l’indice du coût de la vie. Dans ce cas, l’indice 1.145 Nous pouvons conclure que, indépendam-
de Carli calculé pour un échantillon aléatoire donnerait ment de l’approche choisie, économique ou axioma-
une estimation non biaisée de l’indice du coût de la vie, à tique, l’indice de Jevons apparaît comme l’indice géné-
condition que les produits élémentaires soient choisis ralement préférable, même s’il peut arriver qu’il n’y ait
avec des probabilités proportionnelles à leur part dans pas (ou qu’il y ait peu) de substitution au sein de l’agré-
les dépenses de la population. gat élémentaire, auquel cas l’indice de Carli peut être
1.142 Dans l’approche économique, le choix entre préféré. C’est au statisticien qui établit l’indice de tran-
les indices de Jevons et de Carli pour l’échantillon dépend cher, en fonction de la nature des produits effectivement
de la capacité de l’un et de l’autre à donner une approxi- inclus dans l’agrégat élémentaire.
mation plus ou moins juste de l’indice du coût de la vie : 1.146 Les développements qui précèdent ont aussi
en d’autres termes, il dépend de la probabilité que les apporté des éclaircissements sur certaines propriétés
élasticités croisées de la demande soient plus proches, en d’échantillonnage des indices d’agrégat élémentaire. Il
moyenne, de l’unité ou de zéro. Dans la pratique, les élas- apparaît en effet que, si les produits de l’échantillon
ticités croisées peuvent prendre n’importe quelle valeur, sont choisis avec des probabilités proportionnelles aux
jusqu’à «plus l’infini» pour un agrégat élémentaire dans dépenses dans la période de référence des prix :
lequel les produits élémentaires de l’échantillon sont • l’indice de Carli calculé pour l’échantillon (non
strictement homogènes, c’est-à-dire de parfaits produits pondéré) donne une estimation non biaisée de l’indice
de substitution. On notera que, dans le cas limite où les de Laspeyres pour la population;
produits élémentaires de l’échantillon sont homogènes, il
n’y a qu’un seul type de produit et, par conséquent, aucun • l’indice de Jevons pour l’échantillon (non pondéré)
problème d’indice : l’indice des prix est donné par le ratio donne une estimation non biaisée de l’indice de
des valeurs unitaires dans les deux périodes. On peut sup- Laspeyres géométrique pour la population.
poser qu’en moyenne, les élasticités croisées sont sans Ces résultats restent valables quel que soit l’indice du
doute plus proches de l’unité que de zéro pour la plupart coût de la vie.
des agrégats élémentaires, de sorte que l’indice de Jevons
donne probablement, en règle générale, une approxima- Concepts, champ et classifications
tion plus juste de l’indice du coût de la vie que l’indice de
Carli. Dans ce cas, il convient de considérer que l’indice 1.147 Le chapitre 3 du manuel vise à définir et à
de Carli est entaché d’un biais par excès. préciser certains concepts de base sur lesquels repose
1.143 Il est bon de noter que l’utilisation de l’indice l’IPC, ainsi qu’à expliquer quel est le champ de l’indice,
de Jevons n’implique pas, ou ne suppose pas, que les c’est-à-dire quels ensembles de biens et services et de
parts de dépenses restent constantes. De toute évidence, ménages l’indice entend en principe couvrir. Il examine
la moyenne géométrique des rapports de prix peut être aussi la structure de la classification des biens et ser-
calculée indépendamment du fait que, dans la pratique, vices de consommation utilisée.
les parts des dépenses changent ou non. L’approche éco- 1.148 L’IPC a pour finalité de mesurer l’évolution
nomique montre que, si les parts des dépenses restent des prix des biens et services de consommation, mais un
constantes (ou à peu près constantes), on peut s’attendre certain nombre de concepts doivent néanmoins être défi-
alors à ce que l’indice de Jevons donne une bonne esti- nis avec précision avant qu’il soit possible de donner une
mation de l’indice du coût de la vie. Cette approche définition opérationnelle de cet indice. La consomma-
apporte un éclairage particulier en montrant que l’indice tion est un concept imprécis susceptible d’être interprété

20
INTRODUCTION À LA MÉTHODOLOGIE DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION

de diverses manières, chacune d’elles pouvant conduire Lorsque les paiements ne se font pas au comptant, un
à un IPC différent. Il faut aussi décider si l’indice couvri- temps considérable peut s’écouler avant que le compte en
ra tous les ménages ou seulement un groupe particulier banque du consommateur ne soit débité pour un achat
de ménages. Le champ de l’IPC est inévitablement réglé par chèque, carte de crédit ou dispositif similaire.
influencé par l’usage principal prévu ou supposé de Le moment auquel ces débits sont finalement effectués
l’indice. Les statisticiens doivent aussi se rappeler que est sans objet pour l’enregistrement des acquisitions et
l’indice peut faire office de variable de substitution pour des prix. En revanche, lorsque l’acquisition d’un bien ou
l’indice général des prix ou être utilisé à d’autres fins d’un service est financée par la création d’un nouvel actif
que celles pour lesquelles il a été conçu. financier au moment de cette acquisition, tel qu’un prêt
1.149 Un bien ou service de consommation pré- consenti à un acheteur, deux transactions économique-
sente une utilité pour celui qui l’utilise. Il peut être défi- ment distinctes ont lieu : l’achat/la vente du bien ou ser-
ni comme un bien ou un service que les ménages uti- vice et la création de l’actif. Le prix à enregistrer est celui
lisent, directement ou indirectement, pour satisfaire à qui doit être payé au moment de l’acquisition, quel que
leurs besoins et à leurs désirs. Le terme «utilité» doit soit le mode de financement de l’achat. La mise à dispo-
être interprété au sens large. Il s’agit simplement du sition de financements peut bien sûr influer sur le prix à
terme générique et technique préféré par les écono- payer. Le remboursement consécutif de la dette souscrite
mistes pour décrire les avantages ou le bien-être que les par l’acheteur et les charges d’intérêts y afférentes sont
individus ou les ménages tirent de l’utilisation d’un bien des transactions financières distinctes de l’achat du bien
ou service de consommation. ou service dont le prix doit être enregistré. Les charges
1.150 En règle générale, l’IPC est considéré comme d’intérêts explicites ou implicites payables sur le montant
un indice des prix mesurant l’évolution des prix des biens dépendent du marché des capitaux, de la nature du prêt,
et services de consommation acquis et utilisés par les de sa durée, de l’évaluation de la capacité de l’emprun-
ménages. Il est possible, en principe, de définir des teur à rembourser, etc. Ces différents points sont expli-
indices des prix plus larges dont le champ va au-delà des qués plus en détail au chapitre 3.
biens et services de consommation pour inclure les prix 1.153 La distinction entre l’acquisition et l’utilisation
d’actifs physiques comme les biens fonciers ou les loge- d’un bien ou service de consommation énoncée ci-dessus
ments. De tels indices peuvent être utiles comme mesure, a conduit à proposer deux concepts d’IPC différents :
au sens large, de l’inflation perçue par les ménages, mais • L’IPC peut viser à mesurer la variation moyenne,
la plupart des IPC se limitent aux biens et services de entre deux périodes, des prix des biens et services de
consommation. Ces derniers peuvent inclure les prix des consommation acquis par les ménages.
flux de services fournis par des actifs tels que les loge-
ments, même si les actifs eux-mêmes peuvent être exclus. • L’IPC peut également viser à mesurer la variation
Quoi qu’il en soit, les prix des actifs financiers comme les moyenne, entre deux périodes, des prix des biens et
obligations, actions et autres titres négociables achetés services de consommation utilisés par les ménages
par les ménages sont en général considérés comme pour satisfaire à leurs besoins et à leurs désirs.
n’entrant pas dans le champ de l’IPC. La distinction entre le moment de l’acquisition et celui
de l’utilisation revêt une importance particulière pour
les biens durables et pour certains types de service.
Acquisitions et utilisations 1.154 Biens durables et non durables. Il serait plus
1.151 Les moments auxquels les ménages acquièrent juste de qualifier les biens «non durables» de biens à
et utilisent les biens ou services de consommation ne sont usage unique. Par exemple, la nourriture ou la boisson
en général pas les mêmes. Les biens sont acquis d’ordi- sont utilisées une seule fois pour satisfaire à la faim ou à
naire à un moment donné et utilisés à un autre moment la soif. De nombreux biens de consommation dits non
ou même utilisés de façon répétitive sur une longue durables sont en fait extrêmement durables physique-
période. Le moment de l’acquisition d’un bien est celui ment. Les ménages peuvent détenir des stocks considé-
du transfert de la propriété juridique ou économique rables de biens non durables, tels que des denrées ali-
effective de ce bien au consommateur. Dans un contexte mentaires ou des produits énergétiques, pendant de
de marché, c’est le point où l’acheteur souscrit l’engage- longues périodes avant de les utiliser.
ment de payer. Un service est acquis au moment où le 1.155 Les biens de consommation durables ont pour
producteur le fournit, sans qu’il y ait transfert de proprié- caractéristique de résister à l’usage. Ils peuvent être utili-
té. Le moment où les acquisitions sont enregistrées et les sés de façon répétée ou continue pour satisfaire aux
prix auxquels elles se font doivent aussi être cohérents besoins ou désirs des consommateurs pendant une longue
avec les modalités d’enregistrement des mêmes transac- période, qui peut s’étendre sur plusieurs années : c’est le
tions dans les données sur les dépenses utilisées pour cas, par exemple, des meubles ou des véhicules. Pour
les pondérations. cette raison, on dit souvent qu’un bien durable fournit un
1.152 Le moment où un paiement survient peut être flux de services aux consommateurs pendant sa période
déterminé principalement par des dispositions institution- d’utilisation (voir aussi l’encadré 14.3 du chapitre 14). Il
nelles et des raisons de commodité administrative. existe un parallèle étroit entre les définitions des biens de

21
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

consommation durables et des actifs immobilisés. Les 1.160 Dans son acception la plus large, le champ des
actifs immobilisés sont définis dans les comptes natio- biens et services fondé sur le concept d’«acquisition»
naux comme des biens utilisés de façon répétée ou conti- couvrirait ces quatre catégories, indépendamment de
nue sur de longues périodes dans les processus de produc- l’unité qui en supporte les coûts. Il inclurait par consé-
tion : c’est le cas, par exemple, des immeubles ou autres quent tous les transferts sociaux en nature sous forme
structures et des biens d’équipement professionnel. d’éducation, de santé, de logement et d’autres biens et
1.156 On trouvera au chapitre 3 la liste des différents services fournis aux ménages gratuitement, ou à des prix
types de bien de consommation durable recensés dans la nominaux, par l’État ou les institutions sans but lucratif
Classification des fonctions de la consommation indivi- (ISL). Les acquisitions totales sont équivalentes à la con-
duelle (COICOP). Bien sûr, certains biens de consomma- sommation individuelle effective totale (non institution-
tion durables durent plus longtemps que d’autres, qui sont nelle) des ménages, telle qu’elle est définie dans le SCN
souvent qualifiés de «semi-durables» dans la COICOP : (voir chapitre 14). Les services collectifs fournis par l’État
c’est le cas, par exemple, des vêtements. On notera que les à la communauté dans son ensemble, tels que l’adminis-
logements sont classés parmi les actifs immobilisés, et tration publique ou la défense, ne sont pas inclus dans ce
non parmi les biens de consommation durables, et ne sont total et ne relèvent donc pas du champ de l’IPC.
donc pas inclus dans la COICOP. Les logements sont utili- 1.161 Du point de vue de l’État ou des ISL qui les
sés pour produire des services de logement. Ces services fournissent et qui les payent, les transferts sociaux sont
sont consommés, selon le cas, par les locataires ou les pro- valorisés soit aux prix du marché payés pour eux, soit
priétaires-occupants, et sont donc inclus dans la COICOP. par leur coût de production. Du point de vue des
1.157 De nombreux services sont durables et ne sont ménages qui en bénéficient, ces transferts ont un prix
pas totalement consommés ou utilisés au moment de leur nul ou nominal. Pour les besoins de l’IPC, le prix à
acquisition. Certains entraînent des améliorations persis- prendre en compte est celui payé par les ménages. Le
tantes dont les consommateurs profitent durablement. prix payé par l’État appartient à un indice des dépenses
Ainsi, les conditions et la qualité de vie des personnes qui publiques. Lorsque la dépense des ménages est nulle,
reçoivent des traitements médicaux tels que la pose d’une les services fournis se voient affecter une pondération
prothèse de hanche ou une opération de la cataracte sont égale à zéro dans l’IPC. Cependant, lorsque l’État et les
fortement améliorées, et ce de manière permanente. De ISL décident de faire payer des biens et services qui
même, les consommateurs de services d’éducation étaient auparavant fournis gratuitement, le passage d’un
peuvent en retirer des avantages qui dureront leur vie prix zéro à un prix positif peut être saisi par l’IPC,
entière. Les dépenses d’éducation et de santé partagent comme le montre le chapitre 3.
aussi avec les biens de consommation durables la caracté- 1.162 Dépenses ou acquisitions. Il convient de dis-
ristique d’être si coûteuses qu’elles doivent souvent être tinguer les dépenses des acquisitions. Les dépenses sont
financées par l’emprunt ou la liquidation d’autres actifs. encourues par les unités économiques qui en supportent
1.158 Les dépenses consacrées aux biens et services les coûts. Les ménages n’ayant pas à supporter de
durables sont susceptibles de fluctuer, alors que leur utili- dépenses pour les transferts sociaux en nature, le champ
sation s’inscrira sans doute dans un processus relative- de leurs dépenses est en général plus étroit que celui de
ment régulier. Cette utilisation ne peut cependant pas être leurs acquisitions. D’autre part, toutes les dépenses ne
observée et valorisée directement. Elle ne peut qu’être sont pas monétaires. Il y a dépense monétaire lorsqu’un
estimée à partir des hypothèses faites sur le moment et la ménage paye en espèces, par chèque bancaire, par carte
durée des flux de bénéfices qui en découlent. Pour des de crédit ou souscrit d’une autre manière un engagement
raisons qui tiennent en partie aux difficultés d’ordre théo- à payer. Seules les dépenses monétaires engendrent des
rique et pratique que soulève la mesure des utilisations, prix monétaires pouvant être observés et enregistrés pour
les offices de statistique tendent à adopter le concept les besoins de l’IPC.
d’acquisition des biens de consommation durables, que 1.163 Il y a dépense non monétaire lorsque les
ce soit pour les comptes nationaux ou pour les IPC. ménages payent autrement qu’en espèces. On distingue
1.159 Indice des prix à la consommation fondé sur trois grandes catégories de dépenses non monétaires :
le concept d’«acquisition». Les ménages acquièrent les • Dans les opérations de troc, les ménages échangent
biens et services destinés à la consommation de quatre entre eux des biens et des services de consommation.
manières essentiellement. Ils peuvent : Comme les valeurs des biens ou services offerts en
• les acheter dans le cadre de transactions monétaires; paiement constituent des dépenses négatives, les
dépenses devraient s’annuler, ce qui fait que les opéra-
• les produire eux-mêmes à des fins d’autoconsommation;
tions de troc entre ménages sont affectées d’une pondé-
• les recevoir comme paiement en nature dans le cadre ration égale à zéro dans l’agrégat. Concrètement, elles
d’opérations de troc, notamment comme rémunéra- peuvent être négligées pour les besoins de l’IPC.
tion en nature de travaux effectués;
• Lorsque des employés sont rémunérés en nature, les
• les recevoir d’autres unités économiques, à titre de biens et services qu’ils achètent sont payés par leur
cadeau ou de transfert. travail, et non pas en espèces. Des valeurs monétaires

22
INTRODUCTION À LA MÉTHODOLOGIE DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION

peuvent être imputées aux dépenses supportées impli- qu’un indice conditionnel du coût de la vie, mais ce
citement par les ménages. n’est pas un indice des prix plus global. Les indices
inconditionnels ne renferment pas plus d’informations
• De même, lorsque des ménages produisent des biens
sur les prix que les indices conditionnels et ne donnent
et services pour eux-mêmes, ils en supportent les
une meilleure idée de l’impact de l’évolution des prix
coûts, dont certains peuvent être monétaires s’ils
sur le bien-être. Au contraire, l’impact des variations de
prennent la forme d’achats d’intrants. Les valeurs
prix est d’autant plus dilué et masqué que des variables
monétaires des dépenses implicites consacrées aux
d’environnement plus nombreuses sont incluses dans le
extrants produits peuvent être imputées sur la base des
champ d’un indice inconditionnel. Pour pouvoir être
prix du marché correspondants. Si ces prix imputés
considéré comme un indice des prix, un indice du coût
devaient être inclus dans l’IPC, les prix des intrants
de la vie doit être conditionnel.
devraient être exclus pour éviter un double comptage.
1.164 Hiérarchie des agrégats de consommation. Il
est possible d’adopter une hiérarchie des agrégats de Types spécifiques de transaction
consommation, ainsi qu’il est expliqué au chapitre 14 : 1.167 Étant donné que l’IPC est, en théorie, un
• acquisitions totales de biens et services par les indice qui mesure l’évolution des prix des biens et
ménages; services de consommation, les dépenses consacrées à
des produits élémentaires qui ne sont pas des biens et
• moins transferts sociaux en nature = dépenses totales services de consommation n’entrent pas dans son champ
des ménages; d’application; c’est le cas, par exemple, des dépenses
• moins dépenses non monétaires = dépenses moné- consacrées à des actifs tels que les terres ou les
taires des ménages. obligations, actions et autres actifs financiers. De même,
les paiements qui n’entraînent aucun flux de biens ou
Le choix de l’agrégat de consommation est d’ordre poli-
services en retour ne rentrent pas dans le champ de
tique. Par exemple, si la principale raison d’établir un IPC
l’IPC; c’est le cas, par exemple, du paiement de l’impôt
est de mesurer l’inflation, le champ de cet indice peut être
sur le revenu ou des cotisations de sécurité sociale.
limité aux dépenses de consommation monétaires des
1.168 Transferts. Il y a transfert lorsqu’une unité
ménages, puisque l’inflation est essentiellement un phé-
économique fournit un bien, un service ou un actif, y
nomène monétaire. Les prix des biens et services de con-
compris monétaire, à une autre unité sans recevoir aucun
sommation impliqués dans les dépenses non monétaires
bien, service ou actif en contrepartie. Comme aucun bien
ne peuvent pas être relevés, même s’il est possible de les
ou service n’est acquis lorsqu’un ménage procède à ce
estimer sur la base des prix constatés dans le cadre de
type d’opération, les transferts doivent être extérieurs au
transactions monétaires correspondantes. Les indices des
champ de l’IPC. Pour cette raison, les transferts en
prix à la consommation harmonisés de l’Union euro-
espèces obligatoires, tels que les paiements d’impôts
péenne, qui visent spécifiquement à mesurer l’inflation
directs sur le revenu ou le patrimoine, doivent être exté-
dans l’UE, se limitent aux dépenses monétaires.
rieurs au champ de l’IPC. Il n’est pas toujours évident,
cependant, de déterminer si certains paiements à l’État
Indices inconditionnels et conditionnels sont des transferts ou des achats de services. Ainsi, les
du coût de la vie paiements effectués pour obtenir certains types de licence
1.165 Les indices du coût de la vie sont expliqués sont parfois des impôts dissimulés sous un autre nom,
aux chapitres 15 et 17. Ainsi qu’il est noté au chapitre 3, alors qu’en d’autres cas, l’État peut fournir un service
le champ d’un indice du coût de la vie est différent selon dans l’exercice de ses missions de supervision, de régula-
que l’indice est conditionnel ou inconditionnel. Le bien- tion ou de contrôle. Les dons ou donations doivent être
être d’un ménage dépend non seulement de l’utilité qu’il des transferts, et échapper par conséquent au champ de
retire des biens et services qu’il consomme, mais aussi l’IPC. En revanche, les cotisations versées à des clubs ou
de l’environnement social, politique et physique dans sociétés par leurs membres en échange d’un certain type
lequel il vit. Un indice inconditionnel du coût de la vie de service sont incluses dans ce champ. Les pourboires et
mesure la variation du coût minimum à supporter pour autres gratifications peuvent être des cas limites :
maintenir un niveau de bien-être donné en réponse aux lorsqu’ils représentent effectivement une part escomptée,
évolutions des différents facteurs susceptibles d’influer voire obligatoire, du paiement d’un service, ils ne consti-
sur ce bien-être, tandis qu’un indice conditionnel du tuent pas des transferts et doivent être traités comme un
coût de la vie mesure la variation du coût minimum élément du prix payé.
à supporter pour maintenir un niveau d’utilité ou de 1.169 Biens ou services non souhaitables ou illé-
bien-être donné résultant de l’évolution des prix à la gaux. Tous les biens et services que les ménages
consommation, alors que les facteurs d’environnement achètent de plein gré sur le marché pour satisfaire à
restent constants. leurs besoins et à leurs désirs doivent être inclus, même
1.166 Un indice inconditionnel du coût de la vie ceux qui sont considérés par le plus grand nombre
peut constituer un indice du coût de la vie plus global comme non souhaitables ou que la loi interdit. Il est

23
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

possible, bien évidemment, que les biens et services • une charge d’intérêts pure et simple;
illégaux doivent être exclus dans la pratique au motif
• une prime de risque qui dépend de la solvabilité de
que les données requises ne peuvent être recueillies.
l’emprunteur;
1.170 Transactions financières. Il y a transaction
financière lorsqu’un type d’actif financier est échangé • une commission payable à la banque, au prêteur ou à
contre un autre, étant entendu que la monnaie est elle- toute autre institution financière engagée dans des
même un actif financier. Par exemple, l’achat d’actions opérations de prêt;
ou d’obligations est une transaction financière.
L’emprunt est une transaction financière dans laquelle • un paiement compensant le créancier de la perte de
des espèces sont échangées en contrepartie de la créa- capital réelle subie sur le principal du prêt durant une
tion d’un avoir ou d’un engagement financier. période d’inflation.
1.171 Les transactions financières ne donnent pas De toute évidence, la quatrième composante n’entre pas
lieu à une consommation, même si elles peuvent être dans le champ de l’IPC puisqu’il s’agit d’un flux de
entreprises dans le but de faciliter une consommation capitaux. À l’inverse, la troisième, c’est-à-dire la com-
future. Les transactions financières en tant que telles ne mission de services, doit manifestement y être incluse.
sont pas couvertes par les IPC puisque, par définition, Le traitement des deux premières composantes est con-
elles ne s’accompagnent ni de l’échange d’un bien, ni troversé. Lorsque l’inflation est élevée ou le marché des
de la fourniture d’un service. Cependant, certaines tran- capitaux très imparfait, les charges d’intérêts nominales
sactions «financières» peuvent ne pas l’être totalement peuvent être totalement dominées par ces deux dernières
parce qu’elles incluent une rémunération de service composantes, qui sont toutes deux très différentes, d’un
explicite ou implicite qui s’ajoute à la fourniture d’un point de vue théorique, du concept d’intérêt. Par
actif, tel qu’un prêt. Comme les rémunérations de ser- exemple, «l’intérêt» perçu par le prêteur sur gages d’un
vices constituent l’achat de services par les ménages, village peut être pour l’essentiel une rémunération de
elles doivent être incluses dans l’IPC, même s’il est par- service élevée. Dans la pratique, il est parfois impossible
fois difficile, dans certains cas, d’isoler ces rémunéra- de ventiler les diverses composantes d’un taux d’intérêt
tions de services. Par exemple, les opérations en devises nominal. Le traitement des intérêts nominaux dans leur
sont des transactions financières dans lesquelles un actif ensemble reste difficile et parfois controversé.
financier est échangé contre un autre. Les fluctuations
du prix d’une devise en monnaie nationale résultant des
variations du taux de change n’entrent pas dans le Production des ménages
champ de l’IPC. En revanche, les commissions perçues 1.175 Lorsque les ménages s’engagent dans une
lors des opérations de change y sont incluses à titre de production destinée au marché, les transactions écono-
rémunération du service rendu par les agents de change. miques y afférentes, quelles qu’elles soient, n’entrent
1.172 Les ménages peuvent emprunter en vue pas dans le champ de l’IPC. Les dépenses supportées
d’engager des dépenses importantes telles que l’achat dans l’exercice d’activités économiques sont exclues,
de biens durables ou d’un logement, mais aussi pour même si elles correspondent à l’achat de biens et ser-
financer des dépenses d’éducation ou de santé élevées, vices susceptibles d’être utilisés pour satisfaire aux
voire des vacances coûteuses. Quel que soit l’objet de besoins ou aux désirs des membres du ménage.
l’emprunt, la transaction financière dans le cadre de 1.176 Les ménages produisent aussi des biens et ser-
laquelle le prêt est contracté n’entre pas dans le champ vices qui sont destinés à être consommés, et qui prennent
de l’IPC. Le traitement des charges d’intérêts payées sur principalement la forme de services tels que la prépara-
les prêts est une question distincte qui sera examinée tion des repas, les soins aux enfants ou aux personnes
plus loin. âgées, l’entretien et la maintenance de biens durables et
1.173 Transactions composites. Ainsi qu’il vient des logements, le transport des membres du ménage, etc.
d’être noté, certaines transactions sont dites composites Les propriétaires-occupants produisent des biens et ser-
parce qu’elles comprennent deux ou plusieurs compo- vices de logement à des fins d’autoconsommation. Des
santes pouvant faire l’objet d’un traitement fort diffé- ménages cultivent aussi des légumes, fruits, fleurs ou
rent pour les besoins de l’IPC. Ainsi, une fraction de la autres produits afin de satisfaire à leurs propres besoins.
prime d’assurance-vie est une transaction financière 1.177 Bon nombre des biens et services achetés par
qui entraîne la création d’une créance financière et les ménages ne leur fournissent pas directement une uti-
n’entre donc pas dans le champ de l’IPC, tandis que le lité, mais sont utilisés comme intrants dans la production
solde consiste en une rémunération de service qui d’autres biens et services qui fournissent une utilité : on
devrait être couverte par l’IPC. Les deux composantes citera par exemple les denrées alimentaires, les engrais et
ne sont toutefois pas répertoriées séparément. produits d’entretien, la peinture, l’électricité, le charbon,
1.174 Comme on le verra au chapitre 3, le traite- l’huile, le pétrole, etc.
ment des charges d’intérêts nominales est délicat, car 1.178 L’IPC devrait en principe enregistrer l’évolu-
quatre composantes très différentes du point de vue tion des prix des extrants issus de ces activités de pro-
théorique peuvent entrer en jeu : duction, puisque ce sont les extrants, plutôt que les

24
INTRODUCTION À LA MÉTHODOLOGIE DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION

intrants, qui sont effectivement consommés et four- que l’autoconsommation de leur production agricole par
nissent une utilité. Toutefois, comme les extrants eux- les ménages ne reçoit pas une pondération suffisante.
mêmes ne sont pas achetés, il est impossible d’en cons- Deuxièmement, il faut éviter le double comptage : si les
tater le prix. On pourrait leur imputer des prix égaux à prix imputés des extrants sont inclus, les prix effectifs
ceux qu’ils atteindraient sur le marché, mais cela ren- des intrants consommés ne doivent pas l’être.
drait l’IPC relativement dépendant de prix supposés 1.182 Dans le cas des logements occupés par leur
plutôt que de prix effectivement relevés. La solution propriétaire, la situation est compliquée par le fait que la
pragmatique recommandée au chapitre 3 consiste à trai- production requiert l’utilisation de services de capitaux
ter comme biens et services de consommation tous les fournis par un actif immobilisé important, qui est en
biens et services achetés sur le marché pour être utilisés l’occurrence le logement lui-même. Même si les prix des
exclusivement comme intrants dans la production intrants utilisés dans la production de services de loge-
d’autres biens et services directement consommés par ment sont pris en compte dans l’IPC, il reste nécessaire
les ménages. Sur la base de ce principe, on considère d’imputer les prix des intrants des services en capital
que des produits tels que les insecticides et l’électricité (c’est-à-dire principalement l’amortissement plus les
fournissent indirectement une utilité et doivent être intérêts) fournis par le logement. Certains pays préfèrent
inclus dans l’IPC. C’est, bien sûr, la solution adoptée en par conséquent imputer les prix des extrants de services
général dans la pratique, non seulement pour les IPC, de logement effectivement consommés sur la base des
mais aussi pour les comptes nationaux, dans lesquels la loyers à payer pour des logements de même type loués
plupart des dépenses consacrées aux intrants utilisés sur le marché. Le traitement des logements occupés par
dans la production des ménages sont classées parmi les leur propriétaire est complexe et controversé. Il est abor-
dépenses de consommation finale. dé, entre autres, aux chapitres 3, 9, 10 et 23.
1.179 Dans certains pays, les ménages ont de plus
en plus tendance à acheter des repas déjà préparés ou à Couverture des ménages
emporter plutôt que les ingrédients nécessaires. Comme et des points de vente
les prix de ces repas sont plus élevés que la somme des
ingrédients que les ménages achetaient précédemment, 1.183 Comme il est expliqué au chapitre 3, les
la pondération attachée à la consommation de denrées ménages peuvent être des personnes seules ou des
alimentaires augmente. Cela reflète en partie le fait que groupes de personnes qui vivent ensemble et pourvoient
le coût du travail que les ménages consacrent à la prépa- en commun à leur subsistance et à leurs autres besoins
ration des repas était auparavant ignoré. Divers types essentiels. L’IPC peut être utilisé pour couvrir :
d’activité de service des ménages qui échappaient pré- • soit les dépenses de consommation des ménages rési-
cédemment au champ de l’IPC peuvent y être intégrés si dant dans une zone particulière, en général un pays ou
les ménages choisissent de rémunérer des tiers pour une région, que ces dépenses soient effectuées à
assurer ces services. l’intérieur ou à l’extérieur de cette zone — c’est ce
1.180 Agriculture de subsistance et logements occu- que l’on appelle le concept «national» des dépenses;
pés par leur propriétaire. Dans le cas de deux types de
production importants pour l’autoconsommation des • soit les dépenses de consommation faites dans une
ménages, à savoir la production agricole destinée à être zone particulière par des ménages résidant dans cette
autoconsommée et les services de logement produits par zone ou dans d’autres zones — c’est ce que l’on
les propriétaires-occupants, les comptes nationaux s’ef- appelle le concept «intérieur» des dépenses.
forcent effectivement d’enregistrer les valeurs des extrants L’adoption du concept «intérieur» des dépenses com-
produits plutôt que celles des intrants. De même, les IPC plique parfois la collecte des données désagrégées dans
peuvent aussi s’efforcer, dans ces deux cas, de prendre en les enquêtes sur les ménages. L’IPC peut aussi être défi-
compte les prix des extrants plutôt que des intrants. ni de façon à couvrir un groupe de pays, tel que l’Union
1.181 En principe, les prix des extrants issus d’une européenne.
production agricole destinée à être autoconsommée 1.184 Il n’est pas indispensable d’inclure tous les
peuvent être inclus dans l’IPC, même s’ils sont imputés. types de ménage. Comme l’indique le chapitre 3, certains
D’autre part, c’est principalement par l’intermédiaire pays choisissent d’exclure des catégories telles que les
des prix des intrants achetés sur le marché sous forme ménages les plus aisés ou ceux qui sont engagés dans des
de matériels agricoles que les ménages qui dépendent activités agricoles. Certains construisent aussi différents
de l’agriculture de subsistance peuvent être exposés au indices couvrant différents groupes de ménages, selon
risque d’inflation. Deux points de vue sont possibles. qu’ils résident dans telle ou telle région, par exemple. Il
Premièrement, la valeur de marché imputée de l’extrant est possible aussi d’établir un IPC général visant à couvrir
devrait en général être supérieure au coût des intrants la totalité ou la majorité des ménages, et de lui adjoindre
achetés, ne serait-ce que parce qu’elle doit couvrir le un ou plusieurs indices spécifiques ciblant des segments
coût des intrants fournis sous forme de travail par le donnés de la communauté, tels que les ménages ayant à
ménage. Par conséquent, la prise en compte du prix des leur tête des retraités. La couverture exacte des ménages
intrants plutôt que des extrants dans l’IPC peut signifier est affaire de choix. Elle est inévitablement influencée par

25
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

l’idée que l’on se fait des utilisations principales de tandis que les ventilations aux niveaux inférieurs se font
l’indice. L’ensemble des ménages effectivement couverts par produits. C’est le cas de la COICOP, qui propose une
par l’IPC est qualifié de «population de référence». classification internationalement reconnue et récemment
révisée des fonctions de consommation des ménages
Variation des prix adaptée aux besoins de l’IPC.
1.188 Le premier niveau de classification de la COI-
1.185 Les prix de biens ou services exactement
COP consiste en 12 divisions couvrant les dépenses de
semblables peuvent varier d’un point de vente à l’autre,
consommation totales. Comme nous venons de le noter, la
et il arrive que des prix différents soient appliqués à des
ventilation en divisions se fait essentiellement par fonc-
types de client différents. Les prix peuvent aussi varier
tion. Au second niveau de désagrégation, les 12 divisions
au cours du mois auquel l’indice se rapporte. Sur un
sont scindées en 47 groupes de produits, eux-mêmes divi-
plan théorique, il faut distinguer cette variation pure de
sés à leur tour en 117 classes de produits à un troisième
prix des différences de prix attribuables aux différences
de qualité des biens et services offerts, même s’il n’est niveau de désagrégation. Le chapitre 3 propose une liste
pas toujours facile, dans la pratique, de faire cette dis- de dix classes de produits définis comme durables dans la
tinction. L’existence de pures différences de prix COICOP. Il donne aussi une liste de sept classes de pro-
témoigne de certaines formes d’imperfections du mar- duits qualifiés de semi-durables, tels que les vêtements,
ché, comme le manque d’information des consomma- chaussures ou articles de ménage en textiles.
teurs ou la discrimination par les prix. 1.189 Les 117 classes correspondant au niveau
1.186 Lorsqu’il existe de pures différences de prix, d’agrégation le plus bas de la COICOP ne sont pas suf-
la modification des conditions du marché peut permettre fisamment détaillées pour les besoins de l’IPC. Elles
à certains ménages qui achetaient au prix fort d’acheter peuvent être divisées en sous-classes utilisant les subdi-
désormais à des prix moins élevés en profitant, par visions de la Classification centrale des produits (CCP),
exemple, de l’ouverture de nouveaux points de vente internationalement reconnue, elle aussi. Il peut même
proposant de meilleurs prix. La chute consécutive du être nécessaire, pour certaines d’entre elles, de procéder
prix moyen payé par les ménages est enregistrée comme à une ventilation supplémentaire pour arriver aux agré-
une baisse de prix pour les besoins de l’IPC, même si le gats élémentaires utilisés pour les besoins de l’IPC. Afin
prix pratiqué par chaque point de vente n’a pas forcé- d’être utiles dans cette optique, les pondérations de
ment changé. Si les prix sont relevés aux points de vente, dépenses doivent être disponibles pour les sous-classes
et si les modifications des habitudes d’achat des ou agrégats élémentaires. Il est souhaitable, pour ce qui
ménages passent inaperçues, on dit que les IPC sont concerne le tirage, que les mouvements des prix des
entachés d’un biais de substitution des points de vente, différents produits au sein des agrégats élémentaires
comme il est expliqué plus en détail au chapitre 11. En soient aussi homogènes que possible. Les agrégats élé-
revanche, lorsque les différences de prix reflètent la dif- mentaires peuvent également être divisés en strates pour
férence de qualité des biens et services vendus aux diffé- les besoins de l’échantillonnage, sur la base de l’endroit
rents points de vente, le fait de passer des points de vente ou du type de point de vente dans lequel les produits
qui proposent des prix élevés à ceux qui pratiquent des sont vendus.
prix plus bas signifie que les ménages choisissent
d’acheter des biens ou des services de moindre qualité. Indices des prix à la consommation
Cela n’implique pas, en soi, que les prix ont changé. et déflateurs des prix
dans les comptes nationaux
Classifications 1.190 L’appendice 3.1 du chapitre 3 explique les dif-
1.187 Comme il est expliqué au chapitre 3, la classi- férences entre l’IPC global et le déflateur des dépenses de
fication des dépenses des ménages utilisée dans l’IPC consommation totales des ménages dans les comptes
détermine le cadre dans lequel s’inscrivent les diverses nationaux. Dans la pratique, les IPC peuvent être conçus
étapes de l’établissement de l’IPC. Elle offre la structure de façon à ne couvrir qu’un sous-ensemble des ménages
nécessaire pour pondérer et agréger les données ainsi et un sous-ensemble des dépenses couvertes par les
qu’une base pour stratifier les échantillons de produits comptes nationaux. En outre, les formules d’indice néces-
dont les prix sont relevés. Les biens et services couverts saires pour les IPC et pour les déflateurs des prix des
par l’IPC peuvent être classés de diverses manières, non comptes nationaux peuvent être différentes. Ces diffé-
pas sur la base de leurs caractéristiques physiques seule- rences signifient que l’IPC global n’est pas le même, en
ment, mais aussi selon les fonctions qu’elles remplissent général, que le déflateur des dépenses de consommation
et le degré de similitude du comportement de leurs prix. totales des ménages dans les comptes nationaux. D’autre
Les classifications fondées sur les produits et sur les part, les données de base sur les prix et les dépenses
fonctions diffèrent, mais peuvent en général se surimpo- recueillies et utilisées aux fins de l’IPC sont aussi très lar-
ser l’une à l’autre. Dans la pratique, la plupart des pays gement utilisées en vue de bâtir les indices des prix néces-
utilisent un système de classification hybride dans lequel saires pour déflater les différentes composantes de la con-
la ventilation au niveau supérieur se fait par fonctions, sommation des ménages dans les comptes nationaux.

26
INTRODUCTION À LA MÉTHODOLOGIE DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION

Pondérations des dépenses 1.194 Ainsi qu’il est expliqué au chapitre 14, l’utili-
sation de la méthode des flux de produits dans le cadre
1.191 Ainsi que nous l’avons déjà noté, on dis- des tableaux des ressources et des emplois du SCN per-
tingue deux grandes étapes dans le calcul d’un IPC. La met de concilier et de rapprocher des données extraites
première consiste à recueillir les données sur les prix et de sources primaires différentes. La méthode des flux de
à calculer les indices d’agrégat élémentaire. La seconde produits peut être utilisée pour améliorer les estimations
consiste à faire la moyenne des indices d’agrégat élé- des dépenses de consommation des ménages calculées à
mentaire pour obtenir des indices des prix de niveaux partir des enquêtes sur les dépenses en les ajustant afin de
d’agrégation supérieurs, jusqu’à l’IPC lui-même. Les prendre en compte les informations supplémentaires
données sur les dépenses sont nécessaires pour les agré- fournies par les statistiques sur les ventes, la production,
gats élémentaires qui peuvent être utilisés comme pon- les importations et les exportations de biens et services
dérations durant la seconde étape. Ces pondérations de consommation. En s’appuyant sur différentes sources,
sont requises quelle que soit la formule d’indice utilisée les données sur les dépenses des ménages recueillies
pour procéder à l’agrégation. Le chapitre 4 est consacré dans le cadre des comptes nationaux peuvent fournir les
au calcul et aux sources des pondérations de dépenses. meilleures estimations des dépenses globales des
ménages, même si les classifications utilisées ne sont pas
toujours assez fines pour les besoins de l’IPC. En outre,
Enquêtes sur le budget des ménages comme il arrive que les EBM ne soient conduites qu’à
et les comptes nationaux intervalle de plusieurs années, les données des comptes
1.192 Dans la plupart des pays, la principale source nationaux sur les dépenses sont parfois plus fraîches, car
de données sur les dépenses de consommation des ces comptes peuvent s’appuyer sur d’autres sources de
ménages est l’enquête sur le budget des ménages données plus récentes, telles que les ventes au détail ou la
(EBM). L’EBM porte sur un échantillon de plusieurs production et l’importation de biens et services de con-
milliers de ménages auxquels il est demandé de tenir un sommation. Il est important de noter, toutefois, que les
registre des dépenses qu’ils consacrent à différents comptes nationaux ne doivent pas être considérés comme
types de bien et service de consommation au cours une source de données indépendante qui pourrait repré-
d’une période donnée, qui peut être d’une semaine ou senter une alternative aux EBM. Les EBM constituent au
davantage. La taille de l’échantillon dépend à l’évidence contraire l’une des principales sources de données sur les
des ressources disponibles, mais aussi de la mesure dans dépenses de consommation des ménages utilisées pour
laquelle on souhaite ventiler les résultats de l’enquête établir les comptes nationaux.
par région ou par type de ménage. Les EBM coûtent 1.195 Dans de nombreux pays, les enquêtes sur le
cher. Ce manuel n’examine pas la conduite de ces budget des ménages ne peuvent pas avoir lieu aussi fré-
enquêtes, ni les techniques ou procédures générales quemment qu’il serait souhaitable pour les besoins de
d’échantillonnage utilisées pour les mener à bien. Il l’IPC ou de la comptabilité nationale. Comme nous
existe plusieurs textes de référence sur les méthodes l’avons déjà noté, les EBM nationales sont parfois très
d’enquête auxquels il est possible de se référer. Les coûteuses pour les ménages. Elles ne peuvent être con-
EBM peuvent être conduites à intervalles spécifiques, duites qu’une fois tous les cinq ou dix ans, voire à inter-
tous les cinq ans par exemple, ou avoir lieu tous les ans valles plus éloignés. En tout état de cause, la conduite
selon un processus continu. des EBM et le traitement des données recueillies
1.193 Les EBM peuvent imposer un lourd fardeau prennent du temps, de sorte qu’il arrive que les résultats
aux ménages interrogés, qui doivent tenir un registre ne soient disponibles aux fins des IPC qu’un ou deux
dans lequel leurs dépenses sont présentées avec un degré ans après l’achèvement de ces enquêtes. C’est pour ces
de précision qu’ils ne maintiendraient pas normalement, raisons pratiques que, dans de nombreux pays, les IPC
même si leur tâche se trouve facilitée lorsque les sont des indices de Lowe utilisant les quantités d’une
supermarchés ou les autres points de vente leur donnent période de référence b qui peut précéder la période de
un ticket de caisse détaillé. Les EBM tendent à présenter référence 0 de quelques années et la période t de nom-
des biais systématiques. Ainsi, de nombreux ménages breuses années.
ont pour habitude de sous-estimer, sciemment ou non, le 1.196 Certains pays conduisent des EBM continues,
montant des dépenses consacrées à certains produits non seulement pour actualiser les pondérations de leur
«non souhaitables», tels que les jeux de hasard, l’alcool, IPC, mais aussi pour améliorer leurs comptes nationaux.
le tabac ou les médicaments. Des corrections peuvent Le même panel de ménages n’a pas, bien sûr, à être rete-
être faites pour tenir compte de ces biais. D’autre part, nu indéfiniment; il peut faire l’objet d’une rotation pro-
les données recueillies dans le cadre des EBM peuvent gressive consistant à abandonner certains ménages pour
aussi être ajustées de façon à s’aligner sur le concept de les remplacer par d’autres. Les pays qui inscrivent leurs
dépenses requis par l’IPC. Par exemple, les dépenses EBM dans ce processus continu sont en mesure de révi-
imputées pour les services de logement produits et ser et d’actualiser chaque année leurs pondérations de
consommés par les propriétaires-occupants ne sont pas dépenses, de sorte que l’IPC devient un indice-chaîne
recueillies dans le cadre des EBM. reposant sur une base annuelle. Même si les enquêtes sur

27
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

les dépenses sont continues, il y a un décalage entre le élémentaires, dont les propriétés et le comportement
moment où les données sont recueillies et celui où les sont étudiés au chapitre 20. Au niveau supérieur, la
résultats sont traités et prêts à être utilisés, si bien qu’il moyenne des indices d’agrégat élémentaire est calculée
n’est jamais possible de disposer de résultats d’enquêtes pour obtenir des indices de niveau supérieur en utili-
contemporains aux variations de prix. Par conséquent, sant les dépenses comme pondérations. À ce niveau
même lorsque les pondérations sont actualisées tous les supérieur, toute la théorie des indices élaborée aux cha-
ans, elles se rapportent toujours à une période qui pré- pitres 15 à 18 entre en jeu.
cède la période de référence. Si, par exemple, la période 1.201 Les indices de niveau inférieur sont calculés
de référence des prix est janvier 2000, les pondérations pour les agrégats élémentaires. Selon les ressources
de dépenses peuvent se rapporter à 1997 ou 1998, ou à disponibles et les procédures adoptées par chaque
ces deux années. Lorsque la période de référence des pays, ces agrégats élémentaires peuvent correspondre
prix passe à janvier 2001, les pondérations passent, elles à des sous-classes ou micro-classes de la classification
aussi, à 1998 ou 1999, etc. Un tel indice est un indice- des dépenses susmentionnée. Si l’on souhaite calculer
chaîne de Lowe. les IPC pour différentes régions, les sous-classes ou
1.197 Certains pays préfèrent utiliser des pondéra- micro-classes doivent être divisées en strates se rap-
tions de dépenses correspondant à des taux moyens sur portant à ces régions. En outre, pour améliorer l’effi-
des périodes de deux ou trois ans, afin de réduire cience des procédures d’échantillonnage utilisées afin
le «bruit» causé par les erreurs d’estimation (les de relever les prix, il est en général souhaitable, quand
enquêtes sur le budget ne portent que sur des échan- c’est possible, de prendre en compte d’autres critères,
tillons) ou les comportements erratiques des consomma- tels que le type de point de vente, dans la définition
teurs répondant, sur de brèves périodes, à des booms ou des strates. Lorsque les sous-classes ou micro-classes
à des récessions économiques, aux fluctuations des mar- sont divisées en strates pour la collecte des données,
chés boursiers, à des chocs pétroliers ou à des catas- les strates elles-mêmes deviennent les agrégats élé-
trophes naturelles ou autres. mentaires. Comme une pondération doit être attachée à
chaque agrégat élémentaire pour le calcul des indices
Autres sources d’estimation de niveau supérieur, il faut disposer d’une estimation
des pondérations de dépenses des dépenses au sein de chaque agrégat élémentaire.
Les données sur les dépenses ou les quantités ne sont
1.198 Si les dépenses doivent être désagrégées au
en général pas disponibles au sein d’un agrégat élé-
niveau régional pour des raisons d’échantillonnage ou
mentaire, de sorte que des indices d’agrégat élémen-
d’analyse, il est possible de compléter les informations,
taire doivent être estimés à partir des seules données
ventilées par région, disponibles dans les EBM en utili-
sur les prix. Cela pourrait changer si la saisie de don-
sant des données extraites des recensements de la popu-
nées par lecture optique pratiquée par les caisses enre-
lation. Les enquêtes de consommation alimentaire sont
gistreuses électroniques se généralisait.
une autre source de données. Il s’agit d’enquêtes spé-
1.202 Le chapitre 5 est consacré aux stratégies utili-
ciales conduites dans certains pays, qui mettent l’accent
sées pour relever les prix, et le chapitre 6 aux méthodes
sur les dépenses que les ménages consacrent aux denrées
et procédures opérationnelles en vigueur pour faire ces
alimentaires. Les informations qu’elles peuvent apporter
relevés. En principe, les prix pertinents pour l’IPC
à ce sujet sont plus précises que celles recueillies à partir
devraient être les prix d’achat payés par les ménages,
des EBM.
mais il n’est le plus souvent ni pratique ni efficace
1.199 Les enquêtes sur les points de vente conduites
d’essayer de relever les prix directement auprès des
dans certains pays sont une autre source d’informations
ménages chaque mois ou chaque trimestre, même si les
possible. Elles ont pour objectif de fournir des informa-
données sur les dépenses sont recueillies directement
tions sur les points de vente au détail où les ménages
auprès de ces derniers dans le cadre des EBM. Dans la
achètent des groupes de biens ou de services donnés. Les
pratique, les prix relevés ne sont pas les prix de transac-
ménages sont interrogés, pour chaque article, sur les
tion effectifs, mais plutôt ceux auxquels les biens et les
sommes dépensées à chaque point de vente et sur les
services sont proposés dans des points de vente tels que
nom et adresse de ces magasins. Ces enquêtes servent
les magasins de détail, supermarchés ou prestataires de
essentiellement à sélectionner les points de vente à utili-
services. Cela dit, il pourrait devenir de plus en plus
ser pour recueillir les données sur les prix.
facile de relever les prix de transaction effectifs dans la
mesure où davantage de biens et services sont vendus
Collecte des données sur les prix avec des caisses enregistreuses électroniques qui mémo-
risent à la fois les prix et les dépenses.
1.200 Comme il est expliqué au chapitre 9, les IPC
impliquent deux niveaux de calcul. Au niveau le plus
bas, les échantillons de prix sont recueillis et traités Tirage aléatoire et tirage raisonné
pour obtenir les indices des prix de niveau inférieur. Ces 1.203 Étant donné que les prix sont relevés auprès
indices de niveau inférieur sont les indices d’agrégats des vendeurs, deux problèmes peuvent se poser au

28
INTRODUCTION À LA MÉTHODOLOGIE DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION

niveau du tirage. Comment, tout d’abord, choisir les nibles ne sont ni exhaustives, ni bien adaptées aux
produits d’un agrégat élémentaire dont les prix seront besoins de l’IPC. Il peut aussi être efficace, par rapport
relevés? Pour certains d’entre eux, il se peut qu’il ne au coût, de concentrer les relevés de prix de différents
soit pas nécessaire de visiter les points de vente pour produits dans un même point de vente, plutôt que d’éta-
procéder à ces relevés, car un prix unique s’applique ler plus largement les relevés de prix sur un grand
dans tout le pays. Ce type de prix peut être relevé auprès nombre de points de vente.
de l’organisme central responsable de leur fixation. Les 1.207 Qu’il soit aléatoire ou raisonné, le tirage doit,
paragraphes suivants se rapportent à la situation plus pour être efficace, reposer sur des bases de sondage
courante dans laquelle les prix sont relevés dans un exhaustives et actualisées. Deux types de base sont néces-
grand nombre de points de vente. saires pour les besoins de l’IPC : les premières corres-
1.204 Comme il est expliqué au chapitre 5, l’uni- pondent à la liste de l’univers des points de vente, les
vers de produits dont est extrait l’échantillon présente secondes à celle de l’univers des produits. Les registres
plusieurs dimensions. Les produits peuvent être classés du commerce, les fichiers des administrations centrales
non seulement selon les caractéristiques et fonctions qui ou des collectivités locales et les annuaires téléphoniques
déterminent leur place dans la COICOP, mais aussi sont autant d’exemples de bases de sondage possibles
selon le lieu et le point de vente où ils sont vendus et le pour les points de vente. Lorsque les bases de sondage
moment auquel cette vente a lieu. Le fait que l’univers contiennent l’information requise, l’efficacité peut être
de produits soit en perpétuel changement pose un pro- accrue en choisissant l’échantillon de points de vente pro-
blème majeur pour les IPC, mais également pour la plu- portionnellement à l’importance de caractéristiques éco-
part des autres statistiques économiques. Des produits nomiques pertinentes, telles que la valeur totale des
disparaissent pour être remplacés par d’autres types de ventes. Dans la pratique, les bases de sondage des pro-
produit, tandis que des points de vente ferment et que duits ne sont pas toujours immédiatement disponibles.
d’autres s’ouvrent. Le fait que l’univers de produits se Les bases possibles sont les catalogues ou autres listes
modifie au fil du temps crée des problèmes d’ordre de produits dressées par les principaux fabricants, gros-
théorique et pratique, car la mesure des variations de sistes ou offices professionnels, ou les listes de produits
prix au cours du temps suppose une certaine continuité qui sont spécifiques à certains points de vente, comme
des produits suivis. Les variations de prix enregistrées les hypermarchés.
devraient en principe concerner des produits appariés 1.208 Selon des informations disponibles dans la
qui sont identiques dans les deux périodes. Les pro- base de sondage choisie, il peut être possible de grouper
blèmes qui se posent lorsque les produits ne sont pas les points de vente en strates, selon leur localisation et
identiques seront examinés plus en détail par la suite. leur taille, laquelle est indiquée par leurs ventes et leurs
1.205 Lorsque l’on conçoit l’échantillon qui sera effectifs. Quand on dispose d’informations sur leur
utilisé pour relever des prix, il importe d’accorder taille, il peut être possible de gagner en efficacité en
l’attention voulue aux critères statistiques de référence sélectionnant aléatoirement un échantillon de points de
afin d’assurer que les estimations résultant de ces échan- vente proportionnellement à la taille. Dans la pratique,
tillons sont non seulement dépourvues de biais et de toutefois, il est aussi fait largement appel au tirage par
variance minimale, mais aussi efficaces au regard de leur choix raisonné.
coût. Les études sur les indices distinguent deux types de 1.209 Dans la plupart des pays, la sélection de la
biais : le biais de tirage au sens où nous l’entendons ici majorité des produits élémentaires dont les prix sont sui-
et les biais non liés au tirage qui prennent la forme de vis dans les points de vente retenus tend à être faite avec
biais de substitution ou de représentativité et seront évo- un tirage par choix raisonné, puisqu’elle est spécifiée par
qués au chapitre 10. En règle générale, le contexte per- l’organisme centralisé responsable de l’IPC. Celui-ci
met de déterminer clairement de quel biais il s’agit. dresse des listes de produits censés être représentatifs
1.206 Les travaux sur les techniques d’enquête et des produits d’un agrégat élémentaire. Les listes peuvent
de tirage auxquels se référer ne manquent pas, et il n’y a être établies en collaboration avec les directeurs d’éta-
pas lieu de les résumer ici. En principe, il serait souhai- blissements de vente en gros ou de grands magasins de
table de choisir les points de vente et les produits en détail, ou avec d’autres experts ayant à la fois l’expé-
effectuant un tirage aléatoire assorti de probabilités de rience pratique et les connaissances requises en la
sélection connues. En effet, cela assurerait que l’échan- matière. Les procédures en vigueur sont décrites plus en
tillon des produits sélectionnés n’est pas faussé par des détail au chapitre 6.
facteurs subjectifs et permettrait d’estimer le biais de 1.210 Certains ont fait valoir que le choix raisonné
sélection ou de tirage. De nombreux pays continuent des produits risque de n’introduire qu’un biais d’échan-
néanmoins de s’en remettre très largement à une sélec- tillonnage négligeable, même s’il n’existe pas beaucoup
tion raisonnée des points de vente et des produits dans la de preuves tangibles en la matière. Le tirage aléatoire
mesure où la procédure du tirage aléatoire leur paraît est en principe préférable, et il est aussi relativement
trop difficile et trop coûteuse. Ils considèrent que le facile à faire. Aux États-Unis, par exemple, le Bureau of
choix raisonné présente un meilleur rapport coût/effica- Labor Statistics fait largement appel aux procédures de
cité, en particulier lorsque les bases de sondage dispo- sélection aléatoire pour le choix des points de vente et

29
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

des produits dont les prix seront suivis. Lorsque le choix directives d’ordre général quant à l’utilisation des don-
des produits est laissé aux enquêteurs chargés d’en faire nées obtenues de cette manière. Il importe, manifeste-
le relevé, il est essentiel de s’assurer que ces derniers ment, que les offices de statistique suivent l’évolution de
sont bien préparés, informés de ce qu’on attend d’eux et ce secteur et réfléchissent aux possibilités d’exploitation
suivis de près. de cette nouvelle source de données appelée à jouer un
rôle majeur. La saisie de données par lecture optique
Méthodes de relevé des prix élargit aussi le champ ouvert aux méthodes améliorées
1.211 La section précédente a mis l’accent sur les d’ajustement de la qualité, telles que les méthodes hédo-
questions d’échantillonnage qui se posent lorsque les niques, ainsi qu’il est expliqué au chapitre 7.
prix d’un grand nombre de produits doivent être relevés 1.215 Relevés des prix à l’échelon local. Lorsque
dans un grand nombre de points de vente. La présente les prix sont relevés auprès de points de vente locaux, il
section s’intéresse à certains des aspects plus opération- existe deux façons de déterminer les différents produits
nels du relevé des prix. que l’on choisit de suivre. La première consiste à dres-
1.212 Relevé centralisé des prix. Beaucoup de prix ser une liste spécifique de produits déterminée à
importants peuvent être relevés par l’organisme centra- l’avance par l’organisme centralisé responsable de
lisé responsable de l’IPC directement au siège de l’orga- l’IPC. La seconde solution consiste à laisser la personne
nisation responsable de la détermination des prix. chargée de relever les prix faire son choix à partir d’un
Lorsque les prix sont les mêmes dans tout le pays, il est assortiment de produits spécifiés. Elle peut utiliser un
superflu de les relever à différents points de vente : processus de type aléatoire ou sélectionner les produits
qui se vendent le mieux ou qui sont recommandés par le
• Des tarifs ou rémunérations de services sont fixés au propriétaire ou le gérant du point de vente. Les produits
plan national et appliqués sur l’ensemble du territoire dont on choisit de suivre le prix dans un point de vente
du pays. Ce peut être le cas pour des services publics peuvent être qualifiés de produits élémentaires de
tels que l’eau, le gaz ou l’électricité, les services pos- l’échantillon. Il peut s’agir de biens ou de services.
taux ou téléphoniques et les transports publics. Ces 1.216 Lorsque la liste des produits est déterminée à
tarifs et autres rémunérations peuvent être obtenus au l’avance par l’organisme centralisé, l’objectif est en
siège des entreprises concernées. général de sélectionner les produits considérés comme
• Certaines chaînes nationales de magasins et de super- représentatifs d’un groupe plus large de produits au sein
marchés peuvent appliquer les mêmes prix partout, d’un agrégat élémentaire. L’organisme centralisé doit
auquel cas ces prix peuvent être obtenus là aussi au aussi décider s’il adopte une description, ou spécifi-
siège des sociétés concernées. Même lorsque les cation, plus ou moins large ou étroite des produits repré-
chaînes nationales n’imposent pas des prix uni- sentatifs qui seront suivis. En théorie, le nombre de
formes, il est possible que les différences de prix produits différents qui peuvent être identifiés est dans
entre les régions soient minimes et que toutes les une certaine mesure arbitraire, et dépend du nombre de
informations disponibles soient centralisées. caractéristiques économiques jugées pertinentes ou
importantes. Par exemple, le mot «bœuf» est un terme
• Il se peut aussi que beaucoup de ces prix centralisés générique applicable à un groupe de produits similaires
ne varient que très rarement, une ou deux fois par an mais néanmoins distincts. Il existe différentes pièces de
peut-être. Ils n’ont donc pas à être relevés tous les bœuf, tels que le steak haché, le bœuf à braiser ou le
mois. En outre, bon nombre de ces prix peuvent être rumsteck, qui peuvent être considérés comme autant de
obtenus par téléphone, télécopie ou courrier électro- produits différents et donc vendus à des prix très diffé-
nique et n’obligent donc pas les enquêteurs à se rendre rents. Qui plus est, le bœuf peut aussi être classé diffé-
fréquemment au siège des entreprises concernées. remment selon que sa viande est fraîche, réfrigérée ou
1.213 Données obtenues par lecture optique. La congelée, et donner lieu à des classifications croisées
multiplication, dans de nombreux pays, des données très selon que le bœuf est d’origine nationale ou importé, ou
détaillées saisies par lecture optique par les caisses que les animaux diffèrent par leur âge ou leur race.
enregistreuses électroniques est une nouveauté impor- 1.217 En adoptant des spécifications plus rigou-
tante. Ces données sont rassemblées dans des bases de reuses, l’organisme centralisé s’assure d’un meilleur
données commerciales. Les données ainsi saisies sont contrôle des prix des produits élémentaires proposés
récentes et exhaustives. Une proportion de plus en plus dans les points de vente, mais accroît aussi le risque que
grande de ventes est saisie par lecture optique à l’aide de certains produits ne soient pas effectivement disponibles
caisses enregistreuses électroniques. dans tel ou tel point de vente. Adopter des spécifications
1.214 Les avantages potentiels de l’utilisation de moins rigoureuses signifie en revanche qu’il sera pos-
données obtenues par lecture optique sont à l’évidence sible de suivre les prix de plus de produits élémentaires,
considérables et pourraient, en définitive, avoir un impact mais que les enquêteurs auront une plus grande latitude
très sensible sur les modalités de collecte des données pour choisir les produits élémentaires qui seront effecti-
pour les besoins de l’IPC. L’expérience n’est pas encore vement suivis. Cela peut rendre l’échantillon moins
assez avancée pour qu’il soit possible de donner des représentatif globalement.

30
INTRODUCTION À LA MÉTHODOLOGIE DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION

Continuité du relevé des prix de prix observées. En d’autres termes, il leur faut s’effor-
cer d’ajuster les prix relevés au titre des changements de
1.218 L’IPC vise à mesurer les variations pures de qualité éventuels des produits suivis, ainsi qu’il est expli-
prix. Les produits dont les prix sont relevés et comparés qué plus en détail ci-après. À la limite, un produit totale-
pour des périodes successives devraient, dans l’idéal, ment nouveau peut, une fois apparu, se révéler si diffé-
être parfaitement appariés, c’est-à-dire présenter un rent de ceux qui existaient avant lui que l’ajustement de
aspect physique et des caractéristiques économiques la qualité n’est pas possible et que le prix de ce produit
identiques. Lorsque les produits sont parfaitement appa- ne peut être comparé directement à celui d’aucun de ses
riés, l’évolution des prix observée est une variation pure prédécesseurs. De même, un produit peut devenir si peu
de prix. Si l’on sélectionne des produits représentatifs, il représentatif ou obsolète qu’il doive être retiré de l’indice
faut donc s’assurer qu’un nombre suffisant d’entre eux parce qu’il n’y a plus lieu de comparer son prix à ceux
devraient rester sur le marché pendant une période rela- des produits qui l’ont supplanté.
tivement longue, sous une forme ou un état parfaitement
identique à ce qu’il était quand ces produits ont été ini- Rééchantillonnage ou tirage
tialement choisis. Sans permanence, il n’y aurait pas d’un nouvel échantillon
assez de variations de prix à mesurer.
1.219 Une fois que les produits élémentaires dont 1.222 Face à cet univers changeant des produits,
les prix doivent être relevés ont été identifiés, la stra- l’une des stratégies possibles consiste à effectuer réguliè-
tégie normale consiste à continuer de suivre le prix aussi rement un nouveau tirage de la totalité des produits élé-
longtemps que possible d’exactement les mêmes pro- mentaires de l’échantillon. Dans le cas d’un indice men-
duits élémentaires. Les enquêteurs peuvent le faire s’ils suel, par exemple, un nouvel échantillon peut être choisi
disposent de spécifications très précises, ou étroites, des chaque année en janvier. Les prix de chaque échantillon
produits élémentaires à suivre. Sans cela, ils doivent sont alors suivis un an jusqu’au mois de janvier suivant.
enregistrer eux-mêmes la description détaillée des pro- Les prix des deux échantillons doivent être collectés en
duits élémentaires dont ils ont choisi de suivre les prix. janvier afin de pouvoir chaîner les deux séries de douze
1.220 Pour un indice des prix, la situation idéale est variations mensuelles. Le fait de procéder chaque année à
celle où tous les produits dont les prix sont suivis un retirage est cohérent avec la stratégie d’actualisation
demeurent sur le marché indéfiniment sans la moindre annuelle des pondérations de dépenses.
modification de leurs caractéristiques physiques et éco- 1.223 Bien que le rééchantillonnage puisse être pré-
nomiques — sauf bien sûr en ce qui concerne le moment férable au maintien de l’échantillon ou du choix de pro-
de leur vente. Il est bon de noter que de nombreux théo- duits, il n’est guère utilisé dans la pratique. Le retirage
rèmes de la théorie des indices découlent de l’hypothèse systématique de tout l’assortiment de produits est diffi-
selon laquelle le même assortiment de biens et services, cile à gérer et coûteux à mettre en œuvre. De surcroît, il
exactement, est disponible durant les deux périodes ne résout pas totalement les problèmes de l’univers chan-
comparées. La plupart des produits n’ont toutefois geant des produits, car il ne saisit pas les variations de
qu’une durée de vie économique limitée, et dispa- prix qui surviennent au moment où de nouveaux produits
raissent finalement du marché pour être remplacés par ou de nouvelles qualités sont introduits pour la première
d’autres. Comme l’univers des produits est en perpé- fois. De nombreux producteurs profitent délibérément du
tuelle évolution, ceux qui avaient été sélectionnés initia- moment où les produits sont lancés sur le marché pour
lement en raison de leur représentativité peuvent consti- procéder à des changements de prix significatifs.
tuer peu à peu une part de plus en plus faible du total des 1.224 Il existe une approche plus pratique pour garder
achats et des ventes. Ils peuvent devenir de moins en l’échantillon à jour : elle consiste à soumettre ce dernier à
moins représentatifs globalement. Étant donné que une rotation graduelle en supprimant certains produits élé-
l’IPC vise à couvrir tous les produits, il faut trouver le mentaires pour en introduire de nouveaux. Les produits
moyen de s’accommoder du caractère changeant de leur élémentaires peuvent être enlevés pour deux raisons :
univers. Dans le cas des biens de consommation • L’enquêteur qui relève les prix ou l’organisme centra-
durables dont les caractéristiques et la conception sont lisé estime que le produit n’est plus représentatif, car
modifiées en permanence, certains modèles peuvent sa part dans les dépenses totales consacrées à cette
avoir une durée de vie très courte et ne rester sur le mar- catégorie de produits diminue régulièrement.
ché qu’une seule année (ou moins) avant de céder la
place à de nouveaux modèles. • Le produit peut aussi disparaître totalement du
1.221 Le moment arrive où la continuité d’une série marché. Il peut par exemple être rendu obsolète par un
d’observations des prix doit être interrompue. Il peut changement technologique ou passer de mode suite à
devenir nécessaire de comparer les prix de certains pro- une évolution des goûts; il peut aussi disparaître pour
duits à ceux de produits nouveaux très similaires, mais d’autres raisons.
non pas identiques. Les offices de statistique doivent 1.225 Dans le même temps, de nouveaux produits
alors s’efforcer de supprimer les effets estimés des chan- apparaissent sur le marché, ou de nouvelles qualités sont
gements de caractéristiques des produits des variations ajoutées à ceux qui existaient déjà. Il devient nécessaire,

31
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

à un moment donné, de les inclure dans la liste des pro- • Il n’y a guère de cohérence, d’un pays à l’autre, dans
duits dont le prix est suivi. Cela pose la question plus les méthodes utilisées pour traiter les changements de
générale du traitement des changements de qualité et des qualité.
nouveaux produits.
• Diverses études empiriques ont montré l’importance de
la méthode choisie, car l’emploi de méthodes différentes
Ajustement des prix peut déboucher sur des résultats très disparates.
aux changements de qualité
1.226 Le traitement des changements de qualité est Évaluation de l’effet des changements
peut-être la principale difficulté rencontrée par ceux qui de qualité sur les prix
établissent les IPC. C’est un thème récurrent de ce 1.230 Il est utile d’essayer de préciser pourquoi
manuel, car il pose des problèmes à la fois théoriques et l’on souhaite ajuster la variation de prix constatée entre
pratiques aux statisticiens. Le chapitre 7 est consacré deux produits élémentaires similaires (mais non pas
dans son intégralité au traitement des changements de identiques) pour tenir compte de leur différence de qua-
qualité, et le chapitre 8 examine de plus près la question lité. Il y a changement de la qualité d’un bien ou d’un
connexe des nouveaux produits et de la substitution de service lorsqu’une modification survient dans certaines,
produits élémentaires. mais non dans la plupart, de ses caractéristiques. Pour
1.227 Lorsqu’un produit élémentaire de l’échan- les besoins de l’IPC, les changements de qualité doivent
tillon est rayé de la liste des produits dont le prix est être évalués du point de vue du consommateur. Comme
suivi dans un point de vente, l’usage veut que l’on trouve l’indique le chapitre 7, l’évaluation du changement de la
un nouveau produit pour le remplacer et que l’on qualité consiste essentiellement à estimer la somme sup-
s’assure ainsi que l’échantillon ou le choix de produits plémentaire que le consommateur est prêt à payer pour
demeure assez complet et représentatif. Si le nouveau les nouvelles caractéristiques de la nouvelle qualité.
produit vise spécifiquement à remplacer l’ancien, il est Cette somme supplémentaire n’est pas une hausse de
nécessaire de chaîner la série d’observations antérieures prix, car elle représente la valeur monétaire du surcroît
des prix de l’ancien article à la série suivante portant sur de satisfaction ou d’utilité retirée de la nouvelle qualité.
le nouvel article. Les deux séries d’observations peuvent Bien sûr, si l’ancienne qualité est préférée à la nouvelle,
se chevaucher ou non sur une ou plusieurs périodes. Bien les consommateurs ne seront prêts à acheter la nouvelle
souvent, il ne peut pas y avoir chevauchement, car la qualité qu’à condition que son prix soit moins élevé.
nouvelle qualité, ou le nouveau modèle, n’est introduit 1.231 Prenons l’exemple d’une nouvelle qualité
qu’après l’arrêt de la production de l’article qui est rem- qui apparaît aux côtés d’une ancienne. Supposons que
placé. Qu’il y ait chevauchement ou non, le chaînage des les deux produits peuvent se substituer l’un à l’autre et
deux séries de prix suppose que l’on procède à une cer- que le consommateur soit au courant des caractéris-
taine estimation du changement de qualité entre l’ancien tiques de l’ancienne et de la nouvelle qualité; soit p les
produit et celui qui est choisi pour le remplacer. prix de l’ancienne qualité, et P ceux de la nouvelle qua-
1.228 Quelle que soit la difficulté d’estimer la part du lité. Supposons aussi que les deux qualités sont offertes
changement de qualité dans la variation du prix observé, au consommateur au même prix, qui est en l’occur-
il faut bien comprendre qu’une estimation doit être faite rence le prix pt, auquel la nouvelle qualité est vendue à
de façon explicite ou, à défaut, implicite. La question ne la période t. Le consommateur, invité à choisir, se pro-
peut être évitée ou éludée. Tous les offices de statistique nonce alors en faveur de la nouvelle qualité.
disposent de ressources limitées, et beaucoup d’entre eux 1.232 Supposons ensuite que le prix de l’ancienne
risquent de ne pas avoir les moyens requis pour procéder qualité est abaissé progressivement jusqu’à p*t, niveau au-
aux ajustements explicites et plus élaborés décrits au cha- quel le consommateur achète indifféremment l’ancienne
pitre 7. Même si l’on ne peut pas, faute de données ou de qualité au prix p*t, ou la nouvelle qualité au prix Pt. Toute
ressources, procéder à un ajustement explicite de la quali- nouvelle baisse du prix en dessous de p*t conduit le con-
té, il est impossible d’éviter de procéder à une certaine sommateur à revenir à l’ancienne qualité. L’écart entre Pt
forme d’ajustement implicite. Le fait même de ne «rien et p*t mesure le surcroît de valeur que le consommateur
faire» en l’apparence implique nécessairement une cer- confère à la nouvelle qualité, comparée à l’ancienne.
taine forme d’ajustement implicite, comme on le verra ci- C’est la somme maximale que le consommateur est prêt à
après. Les offices de statistique doivent être conscients, payer, en sus du prix de l’ancienne qualité, pour acquérir
quelles que soient les ressources dont ils disposent, des la nouvelle.
conséquences des procédures qu’ils adoptent. 1.233 Soit pt–1 le prix effectif auquel l’ancienne
1.229 L’introduction du chapitre 7 met en exergue qualité était vendue à la période t – 1. Pour les besoins
trois points : de l’IPC, l’augmentation du prix entre les deux qualités
• Le rythme de l’innovation est soutenu, et peut-être n’est pas l’écart observé Pt – pt–1, mais p*t – pt–1. Il est
croissant, ce qui entraîne une modification incessante important de noter que p*t, prix hypothétique de
des caractéristiques des produits. l’ancienne qualité à la période t, est directement com-

32
INTRODUCTION À LA MÉTHODOLOGIE DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION

parable au prix effectif de l’ancienne qualité à la changements de qualité. Dans la pratique, toutefois, cette
période t – 1 puisque l’un et l’autre se réfèrent à un seul méthode n’est guère utilisée, car les données requises
et même produit. L’écart entre les deux est une varia- sont rarement disponibles. En outre, la situation du
tion pure de prix. L’écart entre Pt et p*t n’est pas une marché peut ne pas cadrer avec les hypothèses théo-
variation de prix, mais une évaluation de la différence riques. Même lorsqu’il y a chevauchement des qualités,
de qualité entre les deux produits élémentaires à la les consommateurs n’ont pas forcément le temps d’ac-
période t. Le prix effectif de la nouvelle qualité à la quérir une connaissance suffisante des caractéristiques
période t doit être multiplié par le ratio p*t / Pt pour que pour être en mesure d’évaluer comme il convient les
la comparaison entre les prix aux périodes t – 1 et t soit qualités relatives, en particulier lorsque le changement
une comparaison entre produits d’égale qualité aux de qualité est important. Il est possible aussi que les
yeux du consommateur. Le ratio p*t / Pt est l’ajustement consommateurs n’aient pas tous accès aux deux qualités.
de la qualité requis. Lorsque la nouvelle qualité apparaît pour la première
1.234 Il est évidemment difficile, dans la pratique, fois, le marché risque de rester un moment déséquilibré,
d’estimer l’ajustement de la qualité, mais la première car les consommateurs ont besoin de temps pour
étape doit consister à préciser, sur le plan théorique, la modifier leurs schémas de consommation.
nature de l’ajustement requis en principe. Concrètement, 1.238 Les deux qualités peuvent se chevaucher
les producteurs considèrent souvent que la mise sur le durant une succession de périodes avant que l’ancienne
marché d’une nouvelle qualité, ou d’un nouveau modèle, qualité ne disparaisse finalement du marché. S’il y a
est une bonne occasion de relever sensiblement les prix. déséquilibre temporaire du marché, les prix relatifs des
Ils peuvent compliquer délibérément la tâche des con- deux qualités risquent d’afficher d’amples variations au
sommateurs qui essaient de discerner, dans la variation cours du temps, et le marché offrira alors des évaluations
du prix, la part qui correspond à la différence entre différentes des qualités relatives selon la période choisie.
l’ancienne et la nouvelle qualité. Lorsque de nouvelles qualités intégrant des améliora-
1.235 Le chapitre 7 explique les deux options offertes tions majeures apparaissent pour la première fois sur le
aux offices de statistique. La première consiste à procéder marché, leurs prix ont souvent tendance à chuter par rap-
à un ajustement explicite à la variation de prix observée, port à ceux des qualités plus anciennes, avant que ces
sur la base des différentes caractéristiques de l’ancienne et dernières ne finissent par disparaître. Dans cette situa-
de la nouvelle qualité. La seconde consiste à posséder un tion, si les séries de prix pour l’ancienne et la nouvelle
ajustement implicite en faisant une hypothèse sur la varia- qualité sont chaînées dans une seule période, le choix de
tion pure de prix (sur la base, par exemple, des mouve- la période peut avoir un impact considérable sur la varia-
ments de prix observés pour les autres produits). Pour tion globale constatée dans les séries chaînées.
des raisons pratiques, nous évoquerons d’abord les 1.239 Le statisticien doit alors porter un jugement
méthodes implicites. délibéré sur la période à laquelle les prix relatifs semblent
donner la meilleure représentation des qualités relatives.
Dans cette situation, il peut être préférable d’opter pour
Méthodes implicites d’ajustement une procédure de chaînage plus complexe utilisant les
aux changements de qualité prix de l’ancienne et de la nouvelle qualité durant plu-
1.236 Chevauchement des qualités. Supposons sieurs périodes au cours desquelles elles se chevauchent.
qu’il y ait chevauchement des deux qualités, lesquelles Cependant, l’information requise pour cette procédure
se trouvent toutes deux disponibles sur le marché à la plus complexe ne sera jamais disponible si les enquêteurs
période t. Si les consommateurs sont bien informés, chargés de relever les prix ont pour instruction de n’intro-
libres d’exercer leur choix et disposés, dans leur duire la qualité nouvelle qu’au moment où l’ancienne est
ensemble, à acheter les deux qualités au même moment, abandonnée. Dans ce cas, le moment du passage de
la théorie économique voudrait que le ratio des prix de l’ancienne à la nouvelle qualité peut avoir un impact
la nouvelle qualité à l’ancienne reflète leurs utilités rela- significatif sur la variation constatée, à long terme, dans
tives pour le consommateur. Il s’ensuit que l’écart de les séries chaînées. Ce facteur doit être reconnu explicite-
prix entre l’ancienne et la nouvelle qualité n’est pas ment et pris en considération.
l’indication d’une variation des prix. L’évolution des 1.240 S’il n’y a pas chevauchement entre la nou-
prix jusqu’à la période t peut être mesurée par les prix velle et l’ancienne qualité, les difficultés que nous
pratiqués pour l’ancienne qualité, tandis que l’évolution venons d’évoquer n’existent pas, car il n’y a pas à choi-
des prix à partir de la période t peut être mesurée par les sir le moment du chaînage. Cela dit, d’autres problèmes
prix pratiqués pour la nouvelle qualité. Les deux séries plus difficiles les remplacent.
de variations de prix sont chaînées à la période t, l’écart 1.241 Non-chevauchement des qualités. Dans les
de prix entre les deux qualités n’ayant aucun impact sur sections suivantes, on suppose que la méthode de che-
les séries chaînées. vauchement ne peut être utilisée parce qu’il y a disconti-
1.237 Lorsqu’il y a chevauchement des qualités, un nuité entre les séries d’observations de prix relatives à
chaînage simple de ce type peut apporter une solution l’ancienne et à la nouvelle qualité. Là encore, en utilisant
acceptable au problème que pose le traitement des p pour l’ancienne qualité et P pour la nouvelle, on sup-

33
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

pose que les données de prix disponibles pour l’établis- différents produits de l’échantillon. La série de prix
sement de l’indice se présentent sous la forme suivante : chaînée concernant plus particulièrement les deux quali-
tés n’est donc qu’une des séries de prix parallèles. Ce
…, pt – 3 , pt – 2 , pt – 1, Pt , Pt + 1 , Pt + 2 ,… qui peut arriver, dans la pratique, c’est que les observa-
tions de prix relatives à l’ancienne qualité soient utili-
Le problème est d’estimer la variation pure de prix entre sées jusqu’à la période t – 1 et que les prix appliqués à
t – 1 et t afin de disposer d’une série continue la nouvelle qualité soient utilisés à partir de la période t,
d’observations de prix pouvant être incluse dans l’indice. la variation de prix entre t – 1 et t étant omise des cal-
En utilisant la même notation que précédemment : culs. Concrètement, cela revient à utiliser la troisième
• l’évolution des prix jusqu’à la période t–1 est mesurée option, c’est-à-dire à estimer la variation de prix man-
par la série établie pour l’ancienne qualité; quante en posant en hypothèses qu’elle est égale à la
variation moyenne pour les autres produits élémentaires
• l’évolution entre t – 1 et t est mesurée par le ratio de l’échantillon au sein de l’agrégat élémentaire.
p*t / pt – 1, où p*t est égal à Pt après ajustement au titre 1.245 Il peut être possible d’améliorer ces estima-
du changement de qualité; tions en choisissant avec soin les autres produits élé-
• l’évolution des prix à partir de la période t est mentaires de l’échantillon dont on pense que la varia-
mesurée par la série établie pour la nouvelle qualité. tion moyenne des prix ressemble davantage à celle de
l’article en question que la moyenne du groupe des pro-
1.242 L’estimation de p*t est elle aussi délicate. Elle duits échantillonnés dans son ensemble. Cette procé-
peut se faire explicitement en utilisant l’une des dure est présentée plus en détail au chapitre 7, où elle
méthodes décrites ci-après. Sinon, il y a lieu d’utiliser est illustrée à l’aide d’un exemple numérique et décrite
une des méthodes implicites, lesquelles peuvent être comme «ciblage» de l’imputation ou de l’estimation.
regroupées en trois catégories : 1.246 La méthode générale d’estimation de prix sur
• La première solution consiste à poser en hypothèse que la base de la variation moyenne pour le groupe de produits
p*t / pt – 1 = Pt / pt – 1, ou p*t = Pt . On suppose que la qualité restants est largement utilisée. Elle est parfois décrite
n’a pas changé, de sorte que la totalité de l’augmenta- comme la méthode de la moyenne «globale» de classe. La
tion de prix observée est traitée comme une pure hausse version de ciblage la plus affinée est la méthode de la
de prix. Concrètement, cela contredit l’hypothèse selon moyenne «ciblée». En général, l’une ou l’autre de ces
laquelle il y a eu changement de qualité. méthodes semble préférable aux deux premières options
susmentionnées, même s’il convient de considérer cha-
• La seconde consiste à poser en hypothèse que cune d’elles en fonction de ses avantages spécifiques.
p*t / pt – 1 = 1, ou p*t / pt – 1. On suppose qu’il n’y a pas eu 1.247 Si l’imputation par la moyenne des remplace-
de changement de prix, et la totalité de l’écart observé ments à qualité constante semble constituer une solution
entre pt – 1 et Pt est imputée à une différence de quali- pratique raisonnable, elle peut néanmoins donner des
té. résultats biaisés, comme le montre le chapitre 7. L’intro-
• La troisième consiste à poser en hypothèse que duction d’une nouvelle qualité est précisément l’occasion
p*t / pt – 1 = I, où I est un indice de la variation de prix que le producteur peut choisir pour relever sensiblement
pour un groupe de produits similaires, ou un indice ses prix. Bon nombre des variations de prix les plus
des prix plus général. importantes risquent de ne pas être saisies si, en fait, elles
sont supposées égales aux variations moyennes des prix
1.243 Les deux premières possibilités ne peuvent pas des produits dont la qualité n’a pas changé.
être recommandées comme options par défaut à utiliser 1.248 Il faut donc s’efforcer de procéder à un ajuste-
automatiquement quand on ne dispose pas d’informa- ment explicite de la qualité, au moins lorsque l’on peut
tions pertinentes. Le recours à la première option ne se penser que le changement qui s’est produit a été impor-
justifie que si les éléments disponibles laissent penser que tant. Là aussi, plusieurs méthodes peuvent être utilisées.
le changement de qualité est d’une ampleur négligeable,
bien qu’il ne puisse être quantifié avec plus de précision.
«Ne rien faire», en d’autres termes ignorer totalement le Ajustements explicites de la qualité
changement de qualité survenu, équivaut à adopter la pre- 1.249 Ajustements de la qualité. Le changement de
mière solution. Inversement, la seconde solution ne se qualité peut prendre la forme d’une modification des
justifie que si les éléments disponibles portent à croire caractéristiques physiques du produit facile à quantifier,
que le changement de prix éventuel entre les deux telle qu’un changement du poids, des dimensions, de la
périodes est négligeable. La troisième option est proba- pureté ou de la composition chimique du produit. C’est
blement plus acceptable que les deux autres. C’est le type le plus souvent simplifier à outrance que de supposer que
de solution souvent utilisé dans les statistiques écono- la qualité d’un produit change en proportion de la taille
miques lorsque les données manquent. de telle ou telle de ses caractéristiques physiques. Par
1.244 Les indices d’agrégat élémentaire reposent exemple, la plupart des consommateurs ne risquent sans
en général sur un certain nombre de séries portant sur doute pas de penser que le fait qu’un réfrigérateur ait une

34
INTRODUCTION À LA MÉTHODOLOGIE DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION

capacité triple de celle d’un modèle plus petit justifie que pour certains types de produit. Elle s’est révélée particu-
son prix soit trois fois plus élevé. Néanmoins, il est tout à lièrement efficace dans le domaine informatique. La
fait possible d’ajuster un peu le prix d’une nouvelle qua- théorie économique qui sous-tend cette approche est
lité de taille différente pour le rendre plus comparable au examinée plus en détail au chapitre 21, et l’application
prix de l’ancienne qualité. Il y a là, en l’occurrence, une de cette méthode est expliquée au chapitre 7. Les pro-
marge de manœuvre considérable pour l’application duits peuvent être considérés comme des ensembles de
judicieuse, ou de simple bon sens, de ce type d’ajuste- caractéristiques dont les prix ne sont pas fixés indivi-
ment relativement simple de la qualité. Les ajustements duellement, puisque le consommateur achète le tout
de la qualité reposant sur la «taille» sont examinés de comme un seul «paquet». L’objectif est d’essayer de
façon plus approfondie au chapitre 7. «séparer» ces caractéristiques afin d’estimer dans quelle
1.250 Différences des coûts de production ou mesure chacune contribue au prix total. Dans le cas des
d’option. On peut adopter une autre approche consistant ordinateurs, par exemple, trois caractéristiques essen-
à mesurer le changement de qualité par la variation esti- tielles sont retenues : la vitesse du processeur, la taille
mée des coûts de production des deux qualités. Les esti- de la mémoire vive et la capacité du disque dur. On trou-
mations peuvent être faites, si nécessaire, en consultation vera au chapitre 7 un exemple de régression hédonique
avec les producteurs des biens et services concernés. utilisant ces caractéristiques.
Cette méthode, comme la première, ne devrait être satis- 1.254 Les résultats obtenus en appliquant l’approche
faisante que si les modifications constatées prennent la hédonique aux ordinateurs ont eu un impact considérable
forme de changements relativement simples des caracté- sur les modalités de traitement des changements de qua-
ristiques physiques du bien, tels que l’ajout d’options à lité dans les IPC. Ils ont montré que, pour les biens sou-
une automobile. Elle n’est pas satisfaisante lorsqu’une mis à une évolution technologique et à des améliorations
découverte nouvelle ou l’introduction de technologies qualitatives rapides, l’ampleur des ajustements dus aux
innovantes modifie de manière plus fondamentale la modifications de qualité apportés aux prix de marché
nature du produit. Par exemple, la méthode est à l’évi- peut déterminer dans une large mesure les variations de
dence inapplicable lorsqu’un médicament est remplacé l’indice de l’agrégat élémentaire. Pour cette raison, le
par une variante plus efficace du même produit qui se manuel examine en détail l’utilisation de l’approche
trouve aussi être moins coûteux à fabriquer. hédonique. Le chapitre 7 propose une analyse approfon-
1.251 Demander l’avis d’experts est un autre die, et notamment une comparaison qui fait apparaître
moyen de traiter des changements de qualité plus com- que les résultats obtenus par cette méthode et par les
plexes ou plus subtils. Cette méthode est particulière- modèles appariés peuvent être très différents en cas de
ment pertinente lorsque le consommateur en général ne forte rotation des modèles.
dispose pas des connaissances ou de l’expertise requises 1.255 Nous pouvons en conclure que les offices de
pour mesurer toute l’importance des changements sur- statistique doivent faire très attention au traitement des
venus, au moins lorsqu’ils se produisent pour la pre- changements de qualité et s’efforcer, dans toute la mesure
mière fois. du possible, de procéder à des ajustements explicites de la
1.252 L’approche hédonique. Enfin, il peut être pos- qualité. On ne saurait trop insister sur ce point. Tous ceux
sible de systématiser l’approche fondée sur les coûts de qui ont pour mission de relever les prix doivent être cons-
production ou d’option en utilisant des méthodes écono- cients de la nécessité de reconnaître les changements de
métriques afin d’estimer l’impact que les changements qualité et de les prendre en compte. Ne pas prêter suffi-
de caractéristiques observés d’un produit peuvent avoir samment attention à ces changements, c’est risquer
sur son prix. Selon cette méthode, les prix du marché d’introduire de graves biais dans l’IPC.
d’un assortiment de qualités et de modèles différents
font l’objet d’un calcul de régression sur les caractéris- Substitution de produits
tiques économiques et physiques considérées comme les
plus importantes pour chaque modèle. Cette approche de élémentaires et nouveaux biens
l’évaluation des changements de qualité est connue sous 1.256 Comme il a été dit plus haut, les indices des
l’appellation d’analyse hédonique. Lorsque les caracté- prix devraient, dans l’idéal, s’efforcer de mesurer les
ristiques sont des attributs qui ne peuvent être quantifiés, variations pures de prix entre des produits appariés
elles sont représentées par des variables de substitution. demeurant identiques durant les deux périodes compa-
Les coefficients de régression mesurent les effets margi- rées. Toutefois, le chapitre 8 montre que l’univers de
naux estimés des diverses caractéristiques sur les prix produits couvert par l’IPC est un univers dynamique qui
des modèles, et peuvent donc être utilisés pour évaluer évolue progressivement avec le temps. Fixer le prix de
les effets des changements survenus sur ces caractéris- produits appariés, c’est en limiter le choix à un univers
tiques, c’est-à-dire les changements de qualité, au cours statique de produits donné par l’intersection des deux
du temps. assortiments de produits existants aux deux périodes
1.253 L’approche hédonique de l’ajustement de la comparées. Par définition, cet univers statique exclut à
qualité peut constituer une méthode puissante, objective la fois les nouveaux produits et ceux qui disparaissent,
et scientifique d’évaluation des changements de qualité dont les prix risquent de se comporter différemment de

35
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

ceux des produits appariés. Les indices des prix doivent du prix de vente initial de ce produit. Prenons l’exemple
tenir compte autant que possible du comportement des de l’apparition du premier antibiotique, la pénicilline. Le
prix des produits nouveaux et de ceux qui disparaissent. médicament apportait un remède à des maladies qui,
1.257 Ces problèmes sont examinés et analysés de jusqu’alors, pouvaient être fatales. Pour certains, cela
façon plus formelle à l’appendice 8.1 du chapitre 8. Un n’avait pour ainsi dire pas de prix. L’une des manières de
univers de produits de remplacement est défini comme mesurer l’ampleur des avantages tirés de l’introduction
un univers qui commence avec celui de la période de d’un nouveau bien est de se demander à quel niveau son
référence, mais permet d’introduire de nouveaux pro- prix devrait être porté pour ramener sa demande à zéro.
duits à mesure que d’autres disparaissent. Les ajuste- Ce prix est appelé «prix de réservation de la demande». Il
ments de la qualité du type mentionné plus haut sont pourrait être très élevé, en fait, dans le cas d’un nouveau
bien évidemment nécessaires lorsque l’on compare le médicament susceptible de sauver des vies. S’il pouvait
prix d’un produit remplaçant à celui du produit auquel il être estimé, le prix de réservation de la demande pourrait
se substitue. être traité comme le prix pratiqué durant la période précé-
1.258 Mettre à jour l’échantillon est l’une des dant immédiatement l’apparition du nouveau produit. La
manières de résoudre le problème posé par l’existence baisse entre le prix de réservation de la demande et celui
d’un univers changeant. Cela suppose que l’on établisse auquel le produit fait effectivement sa première apparition
un échantillon de produits totalement nouveau pour rem- pourrait être incluse dans l’IPC.
placer celui qui existait auparavant. Les deux échantillons 1.261 Dans la pratique, bien sûr, on ne peut pas
doivent se chevaucher sur une période qui fait office de s’attendre à ce que les offices de statistique estiment les
période de chaînage. La mise à jour de l’échantillon à prix de réservation de la demande avec suffisamment de
l’occasion du chaînage peut être considérée comme une certitude pour les inclure dans l’IPC. Le concept n’en est
systématisation des ajustements de la qualité par la pas moins utile, car il met en lumière le fait que la simple
méthode du chevauchement. Il se peut donc qu’elle ne introduction d’un nouveau bien peut entraîner un gain de
réponde pas de manière satisfaisante à tous les change- bien-être significatif pouvant se traduire dans l’IPC, en
ments de qualité qui surviennent, car les prix relatifs des particulier si celui-ci doit être un indice du coût de la vie.
différents biens et services à un moment donné ne En général, tout élargissement de l’éventail des choix
donnent pas nécessairement une mesure satisfaisante des offerts aux consommateurs peut améliorer la situation de
qualités relatives de tous les biens et services concernés. ces derniers, toutes choses égales par ailleurs.
Quoi qu’il en soit, la mise à jour fréquente de l’échan- 1.262 Il arrive souvent que de nouveaux biens entrent
tillon aide à actualiser en permanence celui-ci et peut sur le marché à un prix supérieur à celui auquel ils pour-
rendre moins nécessaires les ajustements explicites de la raient se maintenir à long terme, de sorte que les prix
qualité. Il s’agit toutefois d’une procédure coûteuse. tendent d’ordinaire à diminuer relativement au fil du
temps. Inversement, les quantités achetées peuvent être
très faibles initialement, puis augmenter de façon très sen-
Nouveaux biens et services sible. Ces complications rendent le traitement des nou-
1.259 La différence de qualité entre le produit origi- veaux produits particulièrement difficile, surtout lorsque
nal et celui qui le remplace peut devenir si importante ceux-ci introduisent des changements révolutionnaires.
qu’il vaut mieux traiter la nouvelle qualité comme un Étant donné que l’apparition de nouveaux biens entraîne
nouveau bien, même si la distinction entre nouvelle qua- des gains de bien-être et que le prix d’un nouveau produit
lité et nouveau bien a inévitablement quelque chose tend à diminuer après l’introduction de celui-ci sur le
d’arbitraire. Comme il est noté au chapitre 8, les études marché, il est possible que des baisses de prix importantes
économiques font également une distinction entre les ne soient pas enregistrées par les IPC en raison des diffi-
nouveaux biens selon qu’ils constituent une évolution ou cultés techniques créées par les nouveaux produits. Le
une révolution. Il y a évolution lorsque le bien ou le ser- chapitre 8 conclut en faisant état des préoccupations que
vice répond aux besoins existants d’une façon beaucoup soulève l’aptitude des IPC à prendre en compte de façon
plus efficace ou nouvelle, et révolution lorsque le nou- satisfaisante la dynamique des marchés modernes. Il est
veau bien ou service offre des services ou des avantages essentiel, en tout cas, que les offices de statistique restent
totalement nouveaux. Dans la pratique, le bien qui intro- conscients de ces questions et adoptent des procédures
duit une évolution peut être classé dans une subdivision qui tiennent compte, dans toute la mesure du possible, des
de la classe du produit ou de la dépense concernée, alors données et des ressources dont ils disposent.
qu’il faut modifier la classification pour que le bien qui
correspond à une révolution puisse y trouver sa place.
1.260 L’apparition de nouveaux biens ou services Calcul des indices des prix à
soulève deux grandes préoccupations. La première a trait
au moment de l’introduction de nouveaux produits dans
la consommation dans la pratique
l’indice. La seconde tient au fait que la simple disponibili- 1.263 Le chapitre 9 donne un aperçu général des
té du nouveau produit sur le marché peut entraîner un gain modalités pratiques du calcul des IPC. Si les méthodes
de bien-être pour les consommateurs, indépendamment utilisées dans les différents pays sont loin d’être toutes

36
INTRODUCTION À LA MÉTHODOLOGIE DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION

les mêmes, elles n’en présentent pas moins de nom- les indices-chaînes de Dutot et de Jevons, car ils sont
breux points communs. Les méthodes utilisées par les transitifs. L’indice-chaîne de Carli, toutefois, enregistre
offices de statistique pour calculer leur IPC présentent une hausse de 29 %, laquelle est interprétée comme une
manifestement un intérêt pour les utilisateurs et les sta- preuve du biais de signe positif systématique de la for-
tisticiens. Les différentes étapes du calcul sont illustrées mule de Carli, qui empêche celle-ci de satisfaire au test
à l’aide d’exemples numériques. Le chapitre est descrip- de réversibilité temporelle.
tif et non pas prescriptif, même s’il s’applique à évaluer 1.267 Il est noté, au chapitre 9, que le choix d’un
les forces et faiblesses des méthodes utilisées. Il fait indice-chaîne ou d’un indice direct a des conséquences
valoir que, compte tenu des progrès accomplis ces der- différentes s’il manque certaines observations en matière
nières années dans la connaissance des propriétés et du de prix, de changements de qualité ou de remplacement.
comportement des indices, chacun s’accorde à recon- La conclusion est que l’utilisation d’un indice-chaîne
naître désormais que toutes les pratiques en vigueur ne peut faciliter, du point de vue du calcul, l’estimation des
sont pas forcément optimales. prix manquants et l’introduction de produits élémentaires
1.264 Comme les diverses étapes du processus de de remplacement.
calcul ont déjà été résumées dans les sections précé- 1.268 Le chapitre 9 examine aussi les effets des
dentes du présent chapitre, nous ne reviendrons pas à carences dans l’observation des prix en faisant une dis-
nouveau sur ce point. Il peut être utile, toutefois, de don- tinction entre les prix qui manquent de façon temporaire
ner une indication du contenu du chapitre 9. et ceux qui sont devenus en permanence indisponibles.
Le tableau 9.2 présente un exemple numérique du traite-
ment des carences temporaires dans l’observation des
Indices d’agrégat élémentaire prix. On peut par exemple omettre simplement le pro-
1.265 Le chapitre 9 s’ouvre sur une description des duit dont le prix manque pour un mois du calcul des
modalités de construction des agrégats élémentaires à indices qui comparent ce mois au mois précédent et au
partir des groupes, classes et sous-classes de la COI- suivant, ainsi qu’à la période de référence. On peut aussi
COP ou d’une classification équivalente des dépenses. imputer une variation de prix sur la base du prix moyen
Il passe en revue les principes qui sous-tendent la défi- des produits restants, en utilisant l’un ou l’autre des
nition des agrégats élémentaires eux-mêmes. Ceux-ci trois types de moyenne. Cet exemple est une version
visent à être aussi homogènes que possible en ce qui simplifiée du type d’exemple utilisé au chapitre 7 pour
concerne non seulement les caractéristiques physiques traiter du même problème.
et économiques des produits couverts, mais aussi l’évo- 1.269 Les tableaux 9.3 et 9.4 illustrent le cas du
lution de leurs prix. produit qui disparaît de façon permanente pour être
1.266 Le chapitre 9 examine ensuite les consé- remplacé par un autre. Au tableau 9.3, il n’y a pas che-
quences de l’utilisation de formules différentes pour vauchement entre les deux produits et les options consi-
calculer les indices d’agrégat élémentaire. Il le fait à dérées sont là encore d’omettre les produits ou de leur
partir d’une série d’exemples numériques utilisant des imputer des variations de prix fondées sur les moyennes
données de prix simulées pour quatre produits diffé- pour les autres produits. Le tableau 9.4 illustre la situa-
rents au sein d’un agrégat élémentaire. Les indices tion où les produits se chevauchent pendant un mois.
d’agrégat élémentaire eux-mêmes et leurs propriétés 1.270 Le chapitre 9 examine également le cas où
ont déjà été expliqués. Ils peuvent être calculés sous certaines pondérations de dépenses sont disponibles au
forme d’indice-chaîne ou d’indice direct — autrement sein d’un agrégat élémentaire et permettent de calculer
dit, en comparant le prix chaque mois (ou trimestre) à un indice de Laspeyres ou un indice de Laspeyres géo-
celui de la période précédant immédiatement ce mois métrique, les deux étant des versions pondérées des
(ou ce trimestre) ou à celui de la période de référence indices de Carli et de Jevons.
des prix fixée. Le tableau 9.1 du chapitre 9 utilise ces
deux approches pour illustrer le calcul de trois
formules d’indice essentielles, à savoir les indices de Indices de niveau supérieur
Carli, Dutot et Jevons. Il vise à mettre en lumière un 1.271 Les dernières sections du chapitre 9 illustrent
certain nombre de leurs propriétés. Ainsi, il montre les le calcul des indices de niveau supérieur à partir des
effets de la méthode dite de «bouncing» des prix, dans indices d’agrégat élémentaire et des pondérations
laquelle les quatre mêmes prix sont enregistrés pour découlant des agrégats de dépenses élémentaires. C’est
deux mois consécutifs, mais sont intervertis entre les à ce stade qu’entre en jeu la théorie traditionnelle des
quatre produits. Les indices de Dutot et de Jevons indices résumée dans ce chapitre et expliquée plus en
n’enregistrent alors aucune hausse, contrairement à détail aux chapitres 15 à 19.
celui de Carli. Le tableau 9.1 montre aussi les diffé- 1.272 Lorsque l’IPC mensuel est calculé pour la
rences entre les indices directs et les indices-chaînes. première fois, les seules pondérations de dépenses dis-
Après six mois, chacun des quatre prix est supérieur de ponibles ont trait inévitablement à une ou plusieurs
10 % à son niveau initial. Chacun des trois indices périodes antérieures. Comme il est expliqué dans ce cha-
directs enregistre une hausse de 10 %, ce que font aussi pitre, cela prédispose l’IPC à prendre une forme d’indice

37
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

de Lowe ou de Young dans laquelle les quantités, ou les de cinq ans environ, est l’occasion de remettre à plat la
dépenses, se rapportent à une période de référence des méthodologie utilisée. De nouveaux produits peuvent
pondérations b précédant la période de référence des être introduits dans l’indice, les classifications peuvent
prix 0. Ces indices sont souvent décrits, de manière être révisées et actualisées, et la formule d’indice elle-
approximative, comme des indices de type Laspeyres, même peut être modifiée. Le chaînage sur une base
mais cette appellation ne convient pas. Il arrive toutefois annuelle facilite l’introduction plus régulière de nou-
qu’on puisse disposer, à une date ultérieure, d’estima- veaux produits et d’autres changements, mais, quoi qu’il
tions pour la période de référence des prix 0 et pour la en soit, l’indice doit bénéficier d’une certaine mainte-
période en cours t, de sorte que, rétrospectivement, le nance, qu’il soit chaîné annuellement ou non.
nombre des options offertes augmente largement. Il 1.275 Le chapitre 9 s’achève par une section consa-
devient dès lors possible de calculer des indices de type crée à la vérification des données, processus très étroite-
Laspeyres et Paasche ainsi que des indices superlatifs ment lié au calcul effectif des indices des prix élémen-
tels que ceux de Fisher ou Törnqvist. Il peut être intéres- taires. La vérification des données se déroule en deux
sant de calculer ces indices plus tard, ne serait-ce que temps : la détection d’éventuelles erreurs et valeurs
pour voir comment les indices initiaux se comparent aux aberrantes, puis la vérification stricto sensu des données
indices superlatifs. Certains pays souhaitent parfois cal- et leur correction. Il est nécessaire d’organiser un suivi
culer des indices superlatifs rétrospectifs pour cette rai- et un contrôle de qualité effectifs pour assurer la fiabi-
son. Bien que le chapitre 9 se concentre pour l’essentiel lité des données de base sur les prix utilisées dans le cal-
sur une certaine forme d’indice de Lowe, puisque cul des indices des prix élémentaires, car la qualité des
l’indice officiel publié pour la première fois sera inévita- indices globaux en dépend.
blement de ce type, cela ne doit pas être interprété
comme impliquant que ce type d’indice représente la Organisation et gestion
seule option possible à long terme.
1.273 Production et maintenance d’indices de 1.276 Recueillir des données sur les prix est une
niveau supérieur. Dans la pratique, les indices de niveau opération complexe, qui suppose qu’un grand nombre
supérieur, y compris l’IPC global, sont calculés comme d’enquêteurs effectuent un travail considérable sur le
des indices de Young, c’est-à-dire comme des moyennes terrain. Le processus requiert une planification et une
pondérées d’indices d’agrégat élémentaire utilisant des gestion méthodiques destinées à garantir que les don-
pondérations calculées à partir des dépenses effectuées nées recueillies sont conformes aux prescriptions posées
dans une période de référence des pondérations anté- par les offices centraux responsables des IPC. Le cha-
rieure. C’est une opération relativement simple, dont on pitre 12 du manuel présente des procédures de gestion
trouvera un exemple numérique au tableau 9.5 du cha- adaptées à cette fin.
pitre 9 où, pour plus de simplicité, la période de réfé- 1.277 Les enquêteurs doivent être bien entraînés,
rence des pondérations est supposée être la même que la car il faut s’assurer qu’ils comprennent combien il
période de référence des prix. Le tableau 9.6 illustre le importe de choisir convenablement les produits dont on
cas dans lequel les périodes de référence des pondéra- entend suivre les prix. Il est inévitable qu’ils fassent lar-
tions et des prix sont différentes, et où les pondérations gement appel à leur propre jugement. Comme nous
sont actualisées, sur la base des prix, entre la période de l’avons déjà expliqué, la façon de prendre en compte la
référence des pondérations b et la période de référence lente modification de l’éventail des produits à laquelle
des prix 0. Il illustre l’argument selon lequel, lorsqu’une les enquêteurs sont confrontés est d’une importance
nouvelle période de référence des prix est adoptée, deux primordiale pour la qualité et la fiabilité de l’IPC.
options s’offrent à l’office de statistique : conserver les Certains produits peuvent disparaître et devoir être rem-
quantités relatives de la période de référence des pondé- placés par d’autres, mais il peut aussi être souhaitable
rations ou conserver les dépenses relatives, étant enten- de ne plus tenir compte de certains produits avant même
du qu’il est impossible de garder les deux. L’actualisa- qu’ils aient totalement disparu, s’ils ont cessé d’être
tion par les prix conserve les quantités. représentatifs. Les enquêteurs doivent bénéficier d’une
1.274 L’adoption de nouvelles pondérations est une formation adaptée et recevoir des informations et des
partie intégrante et indispensable du calcul de l’IPC sur instructions très claires sur la façon de procéder. Des
la longue période. Les pondérations doivent être actuali- instructions claires sont également nécessaires pour
sées tôt ou tard, et certains pays choisissent de le faire faire en sorte que ces enquêteurs relèvent les bons prix
tous les ans. Chaque fois que les pondérations sont en cas de soldes, d’offres spéciales ou d’autres circons-
modifiées, l’indice qui repose sur la nouvelle pondéra- tances exceptionnelles.
tion doit être chaîné à celui qui repose sur les anciennes 1.278 Comme nous venons tout juste de le noter, les
pondérations; avec le temps, l’IPC devient donc inévita- données sur les prix doivent aussi, une fois recueillies,
blement un indice-chaîne. Le tableau 9.7 en donne un être vérifiées et «finalisées» avec soin. Bon nombre de
exemple de chaînage. En dehors des aspects techniques vérifications peuvent se faire par ordinateur, en utilisant
du processus de chaînage, l’adoption de nouvelles pon- les méthodes traditionnelles de contrôle statistique. Il
dérations, en particulier lorsqu’elle se fait à intervalles peut être utile aussi que des auditeurs accompagnent les

38
INTRODUCTION À LA MÉTHODOLOGIE DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION

enquêteurs et suivent leur travail. Les vérifications et con- concerné, de préférence dans un délai de deux à trois
trôles possibles sont expliqués en détail au chapitre 12. semaines. Ils sont nombreux, d’autre part, à souhaiter
1.279 Il faut à l’évidence tirer tout le parti possible que l’indice ne soit pas révisé une fois qu’il a été publié.
des progrès des technologies de l’information. Les Il faudra donc sans doute trouver un compromis entre la
enquêteurs peuvent par exemple utiliser des ordinateurs vitesse de publication et la qualité de l’indice.
portables et communiquer leurs résultats par voie élec- 1.282 La publication doit être entendue ici comme la
tronique à l’organisme centralisé. diffusion des résultats sous quelque forme que ce soit.
Outre leur publication dans des documents imprimés, les
résultats devraient aussi être diffusés électroniquement
Publication et diffusion via Internet ou affichés sur le site de l’office de statistique.
1.280 Ainsi que nous l’avons noté plus haut et qu’il 1.283 Comme il est expliqué au chapitre 13, une
est dit au chapitre 2, les IPC sont des statistiques extrême- bonne politique en la matière va au-delà de la simple
ment importantes, dont les fluctuations peuvent influer sur vitesse de publication, de la confiance et de la transpa-
la politique monétaire de la banque centrale, peser sur les rence. Les résultats doivent être mis à la disposition de
marchés d’actions, influencer les taux des salaires et les tous les utilisateurs, publics et privés, au même moment
paiements au titre de la sécurité sociale, etc. Il est indis- et selon un calendrier de publication annoncé à l’avance.
pensable que le public ait confiance en leur fiabilité, de Aucune discrimination ne doit être faite entre les utilisa-
même qu’en la compétence et l’intégrité des personnes teurs pour ce qui est du moment de la publication des
chargées de leur établissement. Les méthodes utilisées résultats. Celle-ci ne doit pas être assujettie à l’aval des
pour établir les IPC doivent donc être parfaitement expli- autorités, et les résultats doivent échapper à toute pres-
quées, transparentes et soumises à l’examen du public. sion politique ou autre.
Beaucoup de pays se sont dotés officiellement d’un 1.284 De nombreuses décisions doivent être prises
groupe consultatif d’experts et d’utilisateurs de l’IPC, afin de déterminer le degré de précision des données
dont le rôle n’est pas seulement de conseiller l’organisme publiées et les modalités de présentation des résultats. Il
de statistique sur des points techniques, mais aussi d’affer- importe que les utilisateurs soient consultés sur ces diffé-
mir la confiance du public dans l’indice. rents points, qui sont évoqués au chapitre 13. Toutefois,
1.281 Les utilisateurs de l’indice attachent égale- comme ces questions n’influent pas sur le calcul effectif
ment une grande importance à ce que l’IPC soit publié de l’indice, il n’y a pas lieu de les examiner davantage à
aussitôt que possible après la fin du mois ou du trimestre ce stade.

39
UTILISATION DES INDICES DES PRIX
À LA CONSOMMATION 2
2.1 L’indice des prix à la consommation (IPC) est Ce choix ne peut se faire qu’en fonction des principales
considéré dans la plupart des pays comme un indicateur utilisations de l’indice.
clé de la situation économique. L’objectif du présent
chapitre est d’expliquer pourquoi les IPC sont établis et
à quelles fins ils sont utilisés. Indexation
2.5 L’indexation est une procédure par laquelle les
valeurs monétaires de certains paiements, ou stocks,
Éventail des indices des prix sont augmentées ou diminuées en proportion de la va-
à la consommation possibles riation de la valeur d’un indice des prix. Elle est appli-
quée le plus souvent à des flux monétaires tels que les
2.2 Comme il est dit au chapitre 1, les statisticiens salaires, loyers, intérêts ou impôts, mais peut l’être aussi
doivent prendre en compte les besoins des utilisateurs aux valeurs en capital de certains avoirs et engagements.
lorsqu’ils décident de la population de ménage et de Lorsque l’inflation est élevée, le recours à l’indexation
l’éventail des biens et services de consommation qui se- peut se généraliser à l’ensemble de l’économie.
ront couverts par un IPC. Étant donné que les prix des 2.6 L’indexation des revenus monétaires peut viser
différents biens et services n’évoluent pas tous au même soit à maintenir le pouvoir d’achat de ces revenus par
rythme, ni dans le même sens, une modification de la rapport à certains types de biens et services, soit à con-
couverture de l’indice modifiera aussi la valeur de celui-ci. server le niveau de vie ou de bien-être des bénéficiaires
Il ne saurait donc y avoir un IPC unique et l’on peut au des revenus en question. Ces deux objectifs ne sont pas
contraire définir toute une gamme d’IPC possibles. tout à fait les mêmes, en particulier sur le long terme.
2.3 S’il peut être intéressant qu’un IPC soit défini On peut estimer que maintenir le pouvoir d’achat re-
aussi largement que possible, de façon à couvrir tous les vient à changer le revenu monétaire en proportion de la
biens et services consommés par tous les ménages, beau- variation de la valeur monétaire d’un panier fixe de
coup d’autres options peuvent être envisagées pour défi- biens et services achetés avec ce revenu. Ainsi qu’il est
nir des IPC couvrant des assortiments de biens et ser- dit plus loin et expliqué plus en détail au chapitre 3, le
vices donnés, ce qui peut être plus utile pour répondre à maintien du pouvoir d’achat d’un revenu par rapport à
des besoins analytiques ou opérationnels spécifiques. un assortiment fixe de biens et services ne signifie pas
Rien n’oblige à disposer d’un seul IPC. Lorsqu’un IPC que le niveau de vie des bénéficiaires demeure nécessai-
unique est établi et publié, le risque existe de le voir uti- rement inchangé.
lisé à des fins auxquelles il n’est pas adapté. On peut pu- 2.7 Lorsque l’indexation s’applique à des avoirs et
blier plus d’un IPC pour répondre à des besoins analy- engagements monétaires, elle peut être conçue de façon
tiques ou opérationnels différents. Il est important à préserver la valeur réelle de l’avoir ou de l’engage-
toutefois de garder à l’esprit que la publication de plus ment par rapport à d’autres actifs ou par rapport aux va-
d’un IPC peut être déroutante pour les utilisateurs qui leurs de flux spécifiés de biens et de services.
considèrent que la hausse des prix à la consommation est
un phénomène généralisé touchant tous les ménages de
la même manière. La coexistence de diverses mesures Indexation des salaires
parallèles de ce phénomène risque de compromettre leur 2.8 Comme il est noté aux chapitres 1 et 15, l’in-
crédibilité auprès de nombreux utilisateurs. dexation des salaires semble avoir été initialement le
2.4 L’objet du présent chapitre n’est pas seulement principal motif de l’établissement des IPC puisque la
de décrire les utilisations les plus importantes des IPC, pratique date de plus de deux siècles, même s’il y a tou-
mais aussi d’indiquer comment la couverture d’un IPC jours eu un intérêt général pour la mesure de l’inflation.
peut être modifiée par l’utilisation à laquelle il est des- Si l’indexation des salaires est la justification essentielle
tiné. La question de la couverture la plus indiquée d’un de l’IPC, il s’ensuit des conséquences directes pour la
IPC doit être réglée avant que l’on puisse décider couverture de l’indice. Premièrement, cela laisse suppo-
quelle est la meilleure méthode à utiliser. Que l’IPC ser que l’indice devrait se limiter aux dépenses des mé-
soit censé être un indice du coût de la vie ou non, il nages dont les salaires sont la principale source de reve-
n’en faut pas moins déterminer exactement quels types nus. Deuxièmement, cela peut conduire à exclure les
de biens et services et de ménage l’on entend couvrir. dépenses consacrées à certains types de biens et services

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MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

considérés comme relevant du luxe ou du superflu. Si duits tels que le tabac ou les boissons alcoolisées de-
c’est le cas, des jugements de valeur ou d’ordre politique vraient être exclus de l’IPC. Il se peut alors que,
peuvent entrer en jeu dans le choix des biens et services lorsqu’il faudra augmenter les taxes sur les produits, ces
couverts. Nous reviendrons sur ce point. derniers soient délibérément visés parce que l’on sait
que les hausses de prix qui en résulteront ne feront pas
augmenter l’IPC. Cette pratique existe.
Indexation des prestations
de sécurité sociale
2.9 C’est désormais une pratique courante, dans de Type d’indice utilisé pour l’indexation
nombreux pays, d’indexer les taux des prestations de sé- 2.14 Lorsque des flux de revenus tels que les sa-
curité sociale. Celles-ci sont très diverses : pensions de laires ou les prestations de sécurité sociale sont indexés,
retraite, allocations de chômage, allocations maladie, al- il importe de réfléchir aux conséquences du choix entre
locations familiales, etc. Comme dans le cas des salaires, un indice du coût de la vie et un indice des prix mesu-
lorsque l’indexation des prestations de ce type est la rant les variations du coût de l’achat d’un panier fixe de
principale raison d’établir l’IPC, cela peut conduire à biens et services, type d’indice qualifié ici d’indice de
restreindre la couverture de l’indice à certains types de Lowe. Les indices communément utilisés de Laspeyres
ménage ou de biens et services. De nombreuses catégo- et Paasche sont des exemples d’indice de Lowe. L’in-
ries de services risquent alors d’être exclues pour des rai- dice de Laspeyres utilise le panier-type acheté durant la
sons politiques, au motif qu’elles sont superflues ou plus ancienne des deux périodes comparées, tandis que
inappropriées. Ce type de raisonnement peut alimenter l’indice de Paasche utilise un panier-type de la période
des pressions en faveur de l’exclusion des dépenses con- la plus récente. Cette méthode du «panier fixe» a une
sacrées à des postes tels que les vacances, les jeux de ha- longue histoire, ainsi qu’il est expliqué au chapitre 15.
sard, le tabac ou les boissons alcoolisées. En revanche, les indices du coût de la vie comparent le
2.10 Une autre procédure consiste à établir des IPC coût de deux paniers qui peuvent ne pas être exactement
distincts pour des catégories différentes de ménages. On les mêmes, mais qui apportent la même satisfaction ou
peut ainsi établir un indice couvrant le panier des biens et utilité au consommateur.
services achetés par les ménages dont la principale source 2.15 L’indexation à partir d’un indice des prix de
de revenus est une prestation de sécurité sociale. Dans ce Laspeyres aura tendance à surcompenser les bénéfi-
cas, il peut être superflu d’exclure certains types de dé- ciaires de revenus des variations du coût de la vie.
penses de luxe ou inappropriées, car il y a de fortes Augmenter ces revenus en proportion de l’évolution
chances que les sommes effectivement consacrées à ces du coût d’un panier acheté dans le passé, c’est assurer
postes soient de toute manière négligeables. que les bénéficiaires de ces revenus auront la possibi-
2.11 Comme nous l’avons déjà noté, publier plus lité de continuer d’acheter le même panier s’ils le sou-
d’un IPC peut être déroutant si l’on considère que l’in- haitent. Leur situation serait alors au moins aussi
flation touche chacun de la même manière. Une com- bonne que par le passé. Cependant, en ajustant leurs
munication adéquate peut permettre d’éviter cette con- structures de dépenses pour prendre en compte les va-
fusion; il n’est pas difficile d’expliquer que les riations des prix relatifs des biens et services qu’ils
variations de prix ne sont pas les mêmes pour diffé- achètent, ils seront en mesure d’améliorer leur niveau
rentes catégories de dépenses. Dans la pratique, certains de vie ou de bien-être, car ils pourront substituer les
pays publient plus d’un indice. biens devenus relativement moins chers à ceux qui
2.12 Si la publication de plus d’un indice n’est pas sont devenus relativement plus chers. En outre, ils
toujours justifiée, c’est principalement parce que les peuvent être en mesure de commencer à acheter des
mouvements des différents indices peuvent être quasi- types de biens complètement nouveaux offrant de nou-
ment les mêmes, en particulier à court terme. Dans de veaux types d’avantages qui n’étaient pas disponibles
tels cas, les coûts à supporter peuvent rendre inutile durant la période précédente. Ces nouveaux biens ten-
l’établissement et la publication d’indices distincts. dent à abaisser l’indice du coût de la vie lorsqu’ils ap-
Dans la pratique, il faut que les habitudes de consom- paraissent pour la première fois, même si l’on ne peut
mation diffèrent beaucoup plus entre les divers groupes pas observer effectivement de baisse des prix puisqu’il
de ménages que ce qui est généralement constaté pour n’existe pas de prix antérieur.
qu’un écart significatif se creuse entre les IPC.
2.13 Enfin, il convient de noter que l’exclusion déli-
bérée de certains types de biens et services pour des rai- Indexation des charges d’intérêts, loyers
sons politiques, au motif que les ménages visés par l’in- et autres paiements contractuels
dice ne devraient pas acheter de tels biens ou ne 2.16 Il est fréquent que les paiements de loyers et
devraient pas être compensés pour la hausse des prix de d’intérêts soient indexés. Les autorités nationales peuvent
ces biens, ne peut être recommandée car elle expose émettre des bons assortis d’un taux d’intérêt lié spécifi-
l’indice au risque de manipulation politique. Suppo- quement à l’IPC. L’intérêt exigible à un moment donné
sons, par exemple, qu’il ait été décidé que certains pro- peut être égal à un taux d’intérêt réel fixé auquel s’ajoute

42
UTILISATION DES INDICES DES PRIX À LA CONSOMMATION

l’augmentation en pourcentage de l’IPC. Les paiements revient à déflater la variation de la valeur courante des
de loyers peuvent aussi être liés à l’IPC ou à un autre in- biens et services consommés par un indice des prix de
dice tel que celui du prix des logements. Lowe convenablement pondéré. La variation de revenu
2.17 Les créanciers qui reçoivent les paiements d’in- en volume peut être mesurée en déflatant la variation du
térêts ne sont pas seulement des ménages, bien sûr. En revenu monétaire total par le même indice des prix.
tout état de cause, l’indexation des intérêts n’a pas pour 2.22 La seconde méthode définit la variation de la
objet de maintenir le niveau de vie des créanciers, mais consommation en volume comme la variation du bien-
plutôt de préserver leur patrimoine réel en les compen- être tiré des biens et services effectivement consommés.
sant des pertes de capital réel, ou moins-values, résultant Celle-ci peut être estimée en déflatant la variation de la
de l’inflation générale. Si l’IPC n’est pas forcément l’in- valeur courante de la consommation par un indice du coût
dice idéal pour ce faire, il peut néanmoins être utilisé par de la vie. Le revenu en volume peut être obtenu de même
défaut, en l’absence de tout autre indice pratique, comme en déflatant le revenu monétaire par le même indice du
nous le verrons par la suite. coût de la vie.
2.18 Beaucoup d’autres formes de paiement con- 2.23 Les deux méthodes ne peuvent pas donner les
tractuel peuvent être liées à l’IPC. Ainsi, l’obligation lé- mêmes résultats si l’indice des prix «pur» et l’indice du
gale de verser une pension alimentaire ou de subvenir coût de la vie divergent. Le choix entre ces deux me-
aux besoins de ses enfants peut être liée à l’IPC. Les sures possibles de la consommation et du revenu en vo-
paiements des primes d’assurance peuvent être liées soit lume ne sera pas approfondi davantage ici, car les ques-
à l’indice global, soit à un sous-indice lié à des types de tions qu’il soulève sont foncièrement les mêmes que
dépenses spécifiques, telles que le coût des réparations. celles déjà évoquées dans l’examen parallèle du choix
entre un indice des prix de Lowe, ou de panier-type, et
Imposition un indice du coût de la vie.
2.19 Les mouvements d’un IPC peuvent être utili-
sés de diverses manières pour influer sur les montants Cohérence entre indices de prix
exigibles au titre de l’impôt. Ainsi, les montants dus au et séries de dépenses
titre de l’impôt sur le revenu peuvent être modifiés si 2.24 Les données recueillies sur les prix et sur les
les abattements individuels déductibles du revenu im- dépenses des ménages doivent être cohérentes les unes
posable sont liés à l’évolution de l’IPC. Pour l’impôt avec les autres lorsque l’on mesure la consommation en
sur les revenus des personnes physiques, sous un ré- volume. Cela suppose que les deux séries de données
gime d’imposition progressive, les seuils des diffé- couvrent le même assortiment de biens et services et
rentes tranches auxquelles s’appliquent des taux d’im- utilisent les mêmes concepts et classifications. Des pro-
position de plus en plus élevés peuvent être modulées blèmes peuvent se poser dans la pratique car les indices
en proportion des variations de l’IPC. Les montants de prix et les séries de dépenses sont souvent établis in-
exigibles au titre de la taxation des plus-values peuvent dépendamment les uns des autres, par différents ser-
être réduits si, pour les besoins de l’impôt, on les cal- vices d’un même office de statistique ou par des offices
cule sur la base des plus-values réelles plutôt que nomi- différents.
nales : pour ce faire, l’augmentation en pourcentage de 2.25 La couverture de l’IPC n’a pas à être iden-
la valeur de l’actif est diminuée de la variation en pour- tique à celle des dépenses de consommation totales des
centage de l’IPC sur la même période. En général, il ménages dans les comptes nationaux. Pour des raisons
existe diverses façons d’introduire une certaine forme déjà citées, l’IPC peut cibler des ménages et des dé-
d’indexation dans la législation fiscale. penses spécifiques. Toutefois, la différence entre la
couverture de l’IPC et celle des comptes nationaux
doit être identifiée avec précision, afin que les diffé-
Consommation et revenu rences existant à ce niveau puissent être prises en
en volume compte. L’indice des prix utilisé pour déflater les dé-
2.20 Les indices des prix peuvent être utilisés pour penses devrait couvrir les biens et services supplémen-
déflater les dépenses en prix courants ou les revenus mo- taires que ne couvre pas l’IPC. Concrètement, l’opéra-
nétaires afin d’en déduire des mesures de la consomma- tion peut se révéler difficile car il est possible que les
tion et du revenu en volume. Les mesures en volume im- données de prix pertinentes ne soient pas aisément dis-
pliquent des comparaisons dans le temps (ou dans ponibles si les procédures de relevé des prix ont été
l’espace). Il existe deux façons d’aborder ces comparai- conçues en fonction de l’IPC. En outre, même si toutes
sons, qui sont analogues à la distinction entre un indice les données de base sur les prix sont disponibles, l’in-
de Lowe, ou de panier-type, et un indice du coût de la vie. dice des prix nécessaire pour l’actualisation sera vrai-
2.21 La première méthode définit la variation de la semblablement différent, par son type ou sa formule,
consommation en volume comme la variation de la va- de l’IPC lui-même.
leur totale des biens et services effectivement consom- 2.26 En principe, l’actualisation des estimations des
més, mesurée aux prix fixés d’une période donnée. Cela comptes nationaux suppose normalement l’établissement

43
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

d’indices des prix bien définis qui diffèrent de l’IPC mais prendre en compte les conditions requises pour les
peuvent faire appel à la même base de données sur les autres types d’indice des prix au stade de la collecte
prix. Ces indices peuvent différer de l’IPC non seulement des données. Des économies d’échelle considérables
par l’éventail des données sur les prix et les dépenses peuvent être réalisées si l’on utilise un seul processus
qu’ils couvrent et par les formules de pondération et d’in- de collecte pour répondre aux besoins de différents
dices qui sont utilisées, mais aussi par la fréquence à la- types d’indice.
quelle ils sont établis et la longueur des périodes cou- 2.30 Aussi, que ce soit du point de vue opération-
vertes. Les mouvements des indices qui en résultent nel ou conceptuel, l’IPC doit être placé dans le contexte
auront tendance à s’écarter un peu de ceux de l’IPC pour plus large des indices connexes. L’établissement des
la raison, précisément, qu’ils mesurent des grandeurs dif- IPC a commencé bien avant celui des comptes natio-
férentes. Bien qu’ils soient conçus pour actualiser des naux dans certains pays, ce qui explique que les IPC
données sur les dépenses, ils donnent également des in- ont été d’abord des indices à part. Cela dit, ils ne
formations supplémentaires utiles sur l’évolution des prix peuvent plus être considérés aujourd’hui comme des
à la consommation qui complètent celles fournies par indices isolés dont l’établissement et la méthodologie
l’IPC. L’IPC lui-même n’a pas non plus pour finalité de pourraient évoluer indépendamment des autres statis-
servir de déflateur. Sa couverture et sa méthodologie tiques connexes.
doivent être conçues de manière à répondre aux besoins
décrits dans les autres sections de ce chapitre.
2.27 Lorsque d’autres types d’indice des prix à la Utilisation de l’indice des prix
consommation sont nécessaires, outre l’IPC, il faut en à la consommation à des fins
prendre conscience dès la collecte des données car il comptables en période d’inflation
peut être plus efficace et plus économique d’utiliser un
seul et même processus de collecte de données pour ré- 2.31 En période d’inflation, la comptabilité privée
pondre aux besoins de plus d’un indice des prix. Cela et la comptabilité nationale doivent prévoir des ajuste-
peut conduire à recueillir plus de données sur les prix ments qui ne sont pas nécessaires lorsque les prix sont
qu’il n’en faut pour l’IPC lui-même, si la couverture de stables. C’est un sujet complexe, sur lequel il n’est pas
ce dernier a été délibérément restreinte d’une manière possible de s’étendre davantage dans ce manuel. Les
ou d’une autre. deux méthodes comptables communément utilisées sont
résumées ci-après. Toutes deux requièrent des indices
des prix pour leur mise en œuvre.
Parités de pouvoir d’achat
2.28 De nombreux pays à travers le monde, et no-
tamment tous les membres de l’Union européenne Comptes en pouvoir d’achat actuel
(UE), participent à des programmes internationaux ré- 2.32 Les comptes en pouvoir d’achat actuel sont
guliers qui permettent de calculer les parités de pou- des comptes dans lesquels les valeurs monétaires des
voir d’achat (PPA) pour les dépenses de consomma- flux survenus dans des périodes antérieures sont aug-
tion des ménages. Pour calculer ces PPA, il faut que mentées en proportion d’un indice général de l’infla-
les prix des biens et services acquis par chaque con- tion entre la période précédente et la période en cours.
sommateur soient comparés directement d’un pays à L’indice utilisé devrait en principe être un indice géné-
l’autre. Concrètement, les programmes de PPA pré- ral des prix couvrant d’autres flux en plus des dé-
voient l’établissement d’indices des prix à la consom- penses de consommation des ménages, mais, dans la
mation internationaux. Les dépenses et les revenus en pratique, l’IPC est souvent utilisé en l’absence d’un in-
volume peuvent alors faire l’objet de comparaisons in- dice général adapté.
ternationales, tout comme on procède à leur comparai-
son d’une période à l’autre dans un même pays.
2.29 Il n’est pas proposé d’examiner ici la métho- Comptabilité au coût actuel
dologie d’établissement des PPA, mais simplement de 2.33 La comptabilité au coût actuel est une mé-
noter que les PPA créent encore une autre demande de thode de comptabilisation de l’emploi des actifs dans
données de base sur les prix. Lorsque de telles données laquelle le coût d’utilisation de ces derniers dans la
sont recueillies, il faut donc être conscient qu’elles production est calculé aux prix courants des actifs, et
peuvent être utilisées pour l’établissement des PPA non pas aux prix auxquels ils ont été achetés ou acquis
aussi bien que des IPC. Les PPA sont essentiellement d’une autre manière dans le passé (coûts historiques).
des déflateurs internationaux analogues aux déflateurs Le coût actuel de l’utilisation d’un actif prend en
intertemporels requis pour établir les comptes natio- compte non seulement l’évolution du niveau général
naux dans chaque pays. Aussi, alors que le traitement des prix, mais aussi l’évolution du prix relatif de ce
et l’agrégation des données de base nécessaires à l’éta- type d’actifs depuis son acquisition. En principe, les in-
blissement d’un IPC devraient être déterminés par les dices des prix utilisés pour ajuster les prix payés initia-
besoins propres à l’IPC lui-même, il est bon de lement pour ces actifs devraient être des indices des

44
UTILISATION DES INDICES DES PRIX À LA CONSOMMATION

prix spécifiques à ce type d’actifs particulier et, de fait, mesure de l’inflation. Bien que les gouvernements et les
des indices sont calculés et utilisés de cette manière banques centrales n’ignorent pas, de toute évidence, que
dans certains pays. Cependant, quand on ne dispose pas l’IPC n’est pas une mesure de l’inflation générale, de
de tels indices, il reste possible de recourir à l’IPC ou, à nombreux facteurs aident à expliquer la popularité de
défaut, un sous-indice de l’IPC, et des IPC ont été em- cet indice et sont examinés ci-après.
ployés à cet effet. 2.37 Il convient cependant de noter que, même si
l’IPC ne mesure pas l’inflation générale, on peut s’at-
tendre à ce que ses mouvements soient étroitement cor-
Indices des prix à la consommation rélés à ceux d’une mesure plus générale, ne serait-ce
et inflation générale que parce que les dépenses de consommation repré-
sentent une forte proportion des dépenses finales. En
2.34 Ainsi qu’il a déjà été noté, des mesures du particulier, l’IPC devrait donner une indication fiable de
taux général d’inflation pour l’ensemble de l’économie l’accélération ou de la décélération de l’inflation et per-
s’imposent pour diverses raisons : mettre de déceler d’éventuels retournements du taux
• Maîtriser l’inflation est en général l’un des principaux d’inflation. Il s’agit là d’informations précieuses, même
objectifs de la politique économique, même si le gou- si l’IPC peut sous-estimer ou surestimer systématique-
vernement peut déléguer cette responsabilité à la ment le rythme général de l’inflation.
banque centrale. Il faut disposer d’une mesure de l’in-
flation générale pour arrêter des objectifs et évaluer
dans quelle mesure le gouvernement ou la banque Indices des prix à la consommation
centrale ont atteint le but qu’ils se sont fixé en matière et comparaisons internationales
de lutte contre l’inflation. de l’inflation
• Comme il a été dit plus haut, cette mesure de l’infla- 2.38 Les IPC sont couramment utilisés aussi pour
tion générale est nécessaire aussi pour répondre aux des comparaisons internationales des taux d’inflation.
besoins de la comptabilité privée comme de la comp- L’UE offre un bon exemple de leur emploi à cette fin.
tabilité nationale, et en particulier pour établir les Les États membres ont décidé, dans le traité de Maas-
comptes en pouvoir d’achat actuel. tricht, d’utiliser les IPC pour évaluer dans quelle mesure
• Le concept de variation des prix relatifs est important en les taux d’inflation nationaux convergeaient au milieu
économie. Il est donc utile de pouvoir mesurer la varia- des années 90, avant la formation de l’Union écono-
tion effective des prix des biens et services par rapport à mique et monétaire. Bien que les IPC mesurent l’infla-
une certaine mesure de l’inflation générale. Il faut aussi tion des prix à la consommation plutôt que l’inflation
être capable de mesurer les gains ou pertes de capital générale, leur utilisation pour mesurer le degré de con-
réel (ou les plus-values ou moins-values) sur les actifs, y vergence des rythmes d’inflation peut se justifier en in-
compris sur les avoirs et engagements monétaires. voquant des motifs identiques à ceux qui viennent d’être
2.35 Le chapitre 14 examine diverses mesures pos- avancés. On peut penser que la convergence des IPC
sibles de l’inflation générale, et fait apparaître l’exis- sera étroitement corrélée à celle de l’inflation générale,
tence d’une hiérarchie des indices des prix dans laquelle de sorte que l’utilisation d’une mesure spécifique plutôt
s’inscrit l’IPC. Ce dernier n’est pas, à l’évidence, une que générale de l’inflation peut aboutir aux mêmes con-
mesure de l’inflation générale puisqu’il ne suit que les clusions quant au degré de convergence et aux pays qui
variations des prix des biens et services de consomma- s’écartent le plus de la moyenne.
tion achetés par les ménages. L’IPC ne couvre pas les
biens en capital, tels que les logements, ou les biens et
services consommés par les entreprises ou les adminis- Popularité des indices
trations publiques. Toute tentative visant à analyser les des prix à la consommation
pressions inflationnistes qui s’exercent sur l’économie
doit tenir compte également des autres mouvements de et statistiques économiques
prix, tels que les fluctuations des prix des importations et 2.39 Les IPC semblent bénéficier aujourd’hui d’un
des exportations, des prix des intrants et des extrants in- statut privilégié dans les statistiques économiques de la
dustriels ou des prix des actifs. plupart des pays. Il y a plusieurs explications à cela :
• D’abord, tous les ménages ont une expérience person-
nelle du phénomène que l’IPC est supposé mesurer.
Indices des prix à la consommation Le grand public est tout à fait conscient des variations
et objectifs d’inflation des prix des biens et services de consommation ainsi
2.36 En dépit de ses limites manifestes en tant que que de l’impact direct que celles-ci peuvent avoir sur
mesure de l’inflation générale, l’IPC est couramment leur niveau de vie. L’intérêt pour les IPC ne se limite
utilisé par les gouvernements et les banques centrales pas à la presse et aux hommes politiques.
pour fixer les objectifs d’inflation. De même, il est in- • Les variations de l’IPC tendent à recevoir un très large
terprété par la presse et par le public comme la véritable écho. Leur publication peut faire la une des organes de

45
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

presse. L’IPC est une statistique qui bénéficie d’une blement adaptée sur le plan théorique. On peut justifier
grande visibilité. ces pratiques en faisant valoir que la seule alternative à
• L’IPC est publié fréquemment, d’ordinaire chaque mois, l’utilisation de l’IPC risque d’être l’absence d’ajustement
de sorte que l’inflation des prix des biens et services de pour tenir compte de l’inflation. Bien que l’IPC ne soit
consommation est suivie de près. C’est aussi une statis- pas une mesure idéale, il vaut bien mieux l’utiliser que re-
tique d’actualité qui est publiée très peu de temps après noncer à tout ajustement.
la fin de la période à laquelle elle se réfère. 2.41 Bien que l’IPC soit souvent utilisé comme va-
• L’IPC a une longue histoire, ainsi que nous le rappe- riable de substitution pour une mesure générale de l’in-
lons aux chapitres 1 et 15. Le public y est habitué de flation, cela ne justifie pas que l’on étende sa couverture
longue date. à des éléments qui débordent du cadre de la consomma-
• Bien que les variations des prix de certains types de tion des ménages. Si des indices plus larges de l’inflation
biens de consommation soient difficiles à mesurer en sont nécessaires, ils doivent être conçus de telle manière
raison des changements de qualité survenus, l’évolu- qu’ils complètent l’IPC et laissent celui-ci intact. De fait,
tion des prix d’autres types de biens et services tels que certains pays ont entrepris de se doter de mesures sup-
les biens en capital ou les services assurés par les admi- plémentaires plus larges de l’inflation, tout en restant
nistrations publiques (les services publics, notamment) dans le cadre théorique présenté au chapitre 14.
tend à être encore plus délicate à mesurer. L’IPC peut
être un indice des prix relativement fiable comparé à
ceux qui sont utilisés pour suivre d’autres flux. Nécessité d’indépendance et
• L’IPC est très respecté. Sa précision et sa fiabilité sont d’intégrité dans l’établissement des
rarement mises en question.
• La plupart des pays ont délibérément adopté pour po-
indices des prix à la consommation
litique de ne pas réviser l’indice après sa publication. 2.42 Étant donné que l’IPC est couramment utilisé
Cela le rend plus attrayant pour bien des utilisations, pour toutes sortes d’indexations, les mouvements de cet
en particulier lorsque celles-ci ont des conséquences indice peuvent avoir des conséquences financières à tra-
financières, comme c’est le cas pour l’indexation. Le vers toute l’économie. Leurs conséquences pour les
fait que l’IPC ne soit pas révisé donne peut-être une pouvoirs publics peuvent être considérables, car l’IPC
impression un peu trompeuse de certitude, mais cela peut influer sur les charges d’intérêts et les rentrées fis-
semble aussi rendre l’indice plus crédible et en facili- cales ainsi que sur les dépenses publiques au titre des
ter l’acceptation. salaires et de la sécurité sociale.
2.40 L’utilisation très large de l’IPC à beaucoup 2.43 Lorsque des intérêts financiers sont en jeu, il
d’autres fins que celles pour lesquelles il a été conçu peut existe toujours un risque que des groupes de pression,
s’expliquer par les divers facteurs susmentionnés et par le politiques ou non, s’efforcent d’influer sur la méthodo-
fait que la plupart des pays ne disposent pas d’autres me- logie utilisée pour établir l’IPC. À l’instar d’autres sta-
sures satisfaisantes ou plus globales de l’inflation men- tistiques officielles, l’IPC doit être protégé de ces pres-
suelle. À titre d’exemple, l’IPC peut être utilisé en rem- sions et être perçu comme tel. C’est en partie pour cette
placement d’une mesure plus générale de l’inflation dans raison que de nombreux pays ont mis en place un co-
la comptabilité privée, même s’il est clair que, d’un point mité consultatif chargé de veiller à ce que l’IPC échappe
de vue théorique, ce n’est pas l’indice qu’il faudrait. De à toute influence extérieure. Ce comité consultatif peut
même, le fait que l’IPC ne fasse pas l’objet de révisions, regrouper des représentants de toutes les parties pre-
conjugué à sa fréquence de diffusion et à son actualité, nantes et des experts indépendants capables d’offrir des
peut expliquer son utilisation répandue pour l’indexation conseils d’ordre professionnel. Les informations sur la
des contrats dans le domaine économique ou juridique, méthodologie utilisée pour calculer les IPC doivent être
alors qu’il n’apporte pas, là non plus, une réponse vérita- accessibles au public.

46
CONCEPTS ET CHAMP DE L’INDICE 3
Introduction logements occupés par leurs propriétaires, il s’agit princi-
palement de savoir s’il faut inclure dans l’IPC les loyers
3.1 L’objet du présent chapitre est de définir et clari- imputés pour les flux de services de logement fournis par
fier les concepts fondamentaux de prix et de consomma- les habitations, ou le prix des habitations elles-mêmes
tion adoptés pour l’établissement d’un indice des prix à la (bien que celles-ci soient considérées comme des actifs
consommation (IPC) et de définir également le champ fixes et non comme des biens de consommation dans le
qu’il recouvre. Bien que le but général d’un indice des Système de comptabilité nationale (SCN)). Les opinions
prix à la consommation soit de mesurer les variations des divergent sur ce point. Quoi qu’il en soit, les achats d’ac-
prix à la consommation des biens et des services, le con- tifs financiers, tels que les obligations ou actions, sont
cept de «consommation» est en soi imprécis et peut don- exclus de l’indice car les actifs financiers ne sont en au-
ner lieu à plusieurs interprétations, dont chacune conduit à cune façon des biens ou des services et ne peuvent être
l’établissement d’un IPC différent. L’organisme gouver- utilisés par les membres des ménages pour satisfaire leurs
nemental ou l’office statistique chargé de calculer un IPC besoins ou leurs désirs personnels. Les transactions finan-
doit en outre déterminer si l’indice s’étendra à tous les cières n’influent pas sur le patrimoine, car un type d’actif
consommateurs, c’est-à-dire à tous les ménages, ou s’il financier est tout simplement échangé contre un autre
sera limité à un groupe de ménages particulier. Le champ type d’actif financier. Par exemple, lorsque des titres sont
précis d’un IPC varie inévitablement selon l’usage princi- achetés, de l’argent est remis en échange d’une obligation
pal auquel il est, ou est réputé être, destiné. L’office statis- ou d’une action; ou encore, lorsqu’une dette est contrac-
tique ne doit toutefois pas oublier que les IPC sont large- tée, des fonds sont reçus et un passif financier est créé en
ment utilisés pour mesurer l’inflation générale, même s’ils contrepartie.
ne sont pas toujours conçus à cette fin. 3.5 Bien que, par définition, un IPC soit centré sur
3.2 La consommation est une activité dans laquelle des les prix des biens et services consommés par les
personnes, agissant à titre individuel ou collectif, utilisent ménages, cela ne veut pas nécessairement dire qu’il doit
des biens ou des services pour satisfaire leurs besoins et recouvrir tous les ménages ou tous les biens et services
leurs désirs. En économie, rien n’est fait pour observer qu’ils consomment. Par exemple, on pourrait décider
et comptabiliser directement ces activités. La consomma- d’exclure les biens publics fournis gratuitement aux
tion est en effet mesurée soit par la valeur des biens et ser- ménages. De nombreuses décisions doivent être prises
vices utilisés en partie ou en totalité pendant une certaine quant au champ de l’IPC, même si sa fonction générale
période, soit par la valeur des biens et services qui sont est déterminée. Ces questions sont explorées dans les
achetés ou acquis autrement, à des fins de consommation. chapitres présent et suivant.
3.3 Par bien ou service de consommation, on entend
un bien ou un service que les membres des ménages uti-
lisent, directement ou indirectement, pour satisfaire leurs
Les divers agrégats
besoins et désirs personnels. Par définition, les biens ou de consommation
services de consommation procurent une utilité. L’utilité 3.6 Comme indiqué ci-dessus, le concept de con-
est tout simplement le terme technique générique que les sommation est imprécis et peut donner lieu à des inter-
économistes préfèrent employer pour désigner la satisfac- prétations différentes. La présente section passe en
tion, l’avantage ou le bien-être que les ménages tirent des revue une hiérarchie de concepts et agrégats de
biens ou services de consommation. consommation.
3.4 Un IPC est généralement considéré comme un 3.7 Les ménages peuvent acquérir des biens et ser-
indice des prix qui mesure les variations des prix des vices de consommation par plusieurs moyens, dont les
biens et services de consommation acquis ou utilisés par quatre suivants :
les ménages. Comme expliqué au chapitre 14, les indices • ils peuvent les acheter dans le cadre de transactions
des prix peuvent recouvrir un champ plus large s’éten- monétaires;
dant bien au-delà des biens et services de consommation, • ils peuvent les produire eux-mêmes pour leur con-
mais un IPC est délibérément centré sur la consommation sommation personnelle;
des ménages. Il est toutefois possible de définir un IPC • ils peuvent les recevoir à titre de paiement en nature
qui inclut les prix d’actifs physiques tels que les terrains dans des opérations de troc, en particulier à titre de
ou les logements achetés par les ménages. Dans le cas des rémunération en nature d’un travail qu’ils ont effectué;

47
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

• ils peuvent les recevoir à titre de dons ou de transferts Dépenses monétaires


d’autres unités économiques. et dépenses non monétaires
3.8 Dans sa définition la plus large, le concept de
consommation adopté aux fins de l’établissement d’un 3.12 Par ailleurs, les dépenses peuvent être moné-
IPC recouvrirait toutes les quatre catégories de biens et taires ou non monétaires, selon la nature des ressources
services de consommation indiquées ci-dessus. Cet utilisées en règlement des biens et des services. Il y a
ensemble de biens et services de consommation répond à dépense monétaire lorsqu’un ménage acquiert un bien
l’appellation d’acquisitions totales. Celles-ci sont équi- ou un service par règlement au comptant, par chèque ou
valentes au total de la consommation individuelle effec- par carte de crédit, ou en contractant un passif financier
tive des ménages, telle qu’elle est définie dans le SCN sous une autre forme. On parle de dépense non moné-
(voir chapitre 14). Il convient de noter que les acquisi- taire lorsque les ménages ne contractent pas de passif
tions totales constituent un concept de consommation financier, mais supportent autrement le coût d’acquisi-
plus large que les dépenses de consommation totales. tion des biens ou services.
3.13 Dépenses non monétaires. Il se peut que le
règlement prenne la forme de paiements en nature et
Acquisitions et dépenses non au comptant, comme dans les opérations de troc.
3.9 Les dépenses sont celles des unités éco- Les biens et services offerts en paiement dans ces opéra-
nomiques qui paient les biens et les services, c’est-à- tions correspondent à des dépenses négatives et les
dire qui en supportent le coût. Cependant, une grande variations de leur prix doivent, en principe, avoir une
partie des biens et services consommés par les ménages pondération négative dans l’IPC. Si le prix des biens
est financée ou payée par des administrations publiques vendus augmente, le ménage y gagne. Cependant,
ou des institutions sans but lucratif. Il s’agit surtout de comme les deux volets d’une opération de troc doivent
services tels que l’éducation, la santé, le logement et en principe être de même valeur, le montant net des
les transports. Les biens et services individuels fournis dépenses encourues par les deux ménages qui sont par-
gratuitement ou à un prix minime à des ménages indi- tie à cette opération est normalement égal à zéro. Les
viduels par des administrations publiques ou des insti- opérations de troc entre ménages peuvent donc être
tutions sans but lucratif font partie des transferts ignorées dans le calcul d’un IPC.
sociaux en nature. Ils peuvent contribuer sensiblement 3.14 Un ménage encourt également des dépenses
au bien-être ou au relèvement du niveau de vie des non monétaires lorsque ses membres reçoivent des
ménages individuels qui les reçoivent. (Les transferts biens et services de leurs employeurs à titre de rémuné-
sociaux en nature ne comprennent pas les services col- ration en nature. Les employés paient les biens et ser-
lectifs fournis par les administrations publiques à vices par leur travail et non au comptant. Les biens et
l’ensemble de la communauté, tel que la fonction services de consommation reçus à titre de rémunération
publique et la défense.) en nature peuvent en principe être inclus dans l’IPC à
3.10 Les dépenses au titre des transferts sociaux en leur prix de marché estimé.
nature sont encourues par les administrations publiques 3.15 Une troisième catégorie importante de
ou les institutions sans but lucratif qui les financent et dépenses non monétaires est celle des dépenses des
non par les ménages qui les consomment. On pourrait ménages qui consomment les biens et services qu’ils
décider de limiter le champ de l’IPC aux dépenses de ont eux-mêmes produits. Les ménages en supportent les
consommation des ménages; dans ce cas, les transferts coûts, et l’on considère qu’il y a dépense lorsque les
sociaux gratuits en nature en seraient exclus. Même si biens et services sont consommés. Les dépenses de cette
l’on décide de les y inclure, ils peuvent être ignorés nature incluent les dépenses au titre de services de loge-
dans la pratique lorsqu’ils sont fournis gratuitement, car ment fournis par les propriétaires–occupants pour leur
les ménages ne dépensent rien pour les acquérir. Bien consommation personnelle. Le traitement des biens et
sûr, le prix des transferts sociaux n’est pas égal à zéro services produits à des fins de consommation person-
pour les unités qui les financent, mais ce sont les prix nelle soulève d’importants problèmes conceptuels qui
payables par les ménages qui entrent dans un IPC. sont traités plus en détail ci-après.
3.11 On ne peut toutefois ignorer les transferts 3.16 Dépenses monétaires. La définition la plus
sociaux lorsque les administrations publiques et les ins- étroite de la consommation que l’on puisse adopter pour
titutions sans but lucratif décident de les faire payer, établir un IPC est celle qui recouvre uniquement les
pratique de plus en plus courante dans bien des pays. dépenses monétaires. Un tel agrégat exclurait un grand
Par exemple, si l’IPC a pour but de mesurer la variation nombre des biens et services effectivement acquis et uti-
de la valeur totale d’un panier de biens et services de lisés par les ménages à des fins de consommation.
consommation dans lequel sont inclus les transferts Seules les dépenses monétaires permettent de connaître
sociaux, le relèvement de leur prix à un niveau supérieur les prix monétaires nécessaires à l’établissement d’un
à zéro accroîtra le coût du panier et doit être pris en IPC. Les prix des biens et services acquis au moyen de
compte dans l’IPC. dépenses non monétaires peuvent seulement être impu-

48
CONCEPTS ET CHAMP DE L’INDICE

tés sur la base des prix observés dans les opérations Biens durables et biens non durables
monétaires. Les prix imputés ne fournissent pas davan-
3.22 Biens. Pour les biens «non durables», il serait
tage d’informations, mais influent sur la pondération
plus correct de parler de biens utilisables une seule fois.
affectée aux prix monétaires en accroissant la pondéra-
Par exemple, les aliments et les boissons ne sont utilisés
tion des prix monétaires qui sont utilisés pour évaluer
qu’une seule fois pour satisfaire la faim ou la soif. Le
les dépenses non monétaires.
mazout, le charbon ou le bois de chauffage ne peuvent
3.17 Si la principale raison d’établir un IPC est de brûler qu’une seule fois, mais ont toutefois une très
mesurer l’inflation, on peut décider de limiter le champ grande durabilité physique et peuvent être stockés indé-
de l’indice aux dépenses monétaires, d’autant plus que finiment. Les ménages peuvent accumuler d’importants
les dépenses non monétaires ne créent pas de demande stocks de biens dits non durables, par exemple de pro-
de monnaie. Les indices des prix à la consommation duits alimentaires de types divers et de fioul, surtout en
harmonisés (IPCH), qui sont utilisés pour mesurer période d’incertitude politique ou économique.
l’inflation au sein de l’Union européenne, se limitent 3.23 À l’opposé, la caractéristique distinctive des
aux dépenses monétaires (voir l’annexe 1). biens durables, tels que les meubles, les appareils ména-
gers ou les véhicules, est qu’ils ont une longue durée
Acquisitions et utilisations d’utilisation. Ils peuvent être utilisés de façon répétée
ou continue pour satisfaire les besoins des consomma-
3.18 Les études consacrées aux IPC font d’ordi- teurs sur une longue période de temps, parfois pendant
naire la distinction entre l’acquisition de biens et ser- plusieurs années. Pour cette raison, un bien durable est
vices de consommation par les ménages et l’utilisation souvent défini comme un bien générateur d’un flux de
qu’ils en font ultérieurement pour satisfaire leurs «services» au consommateur pendant sa période d’utili-
besoins et désirs. Les biens de consommation sont géné- sation (voir l’encadré 14.3 du chapitre 14). Il existe une
ralement acquis à une date donnée et utilisés à une autre grande similitude entre la définition des biens de con-
date, souvent beaucoup plus tard, ou encore ils sont uti- sommation durables et celle des actifs fixes. Les actifs
lisés à plusieurs reprises, ou même continuellement, sur fixes sont des biens qui sont utilisés de façon répétée ou
une période de temps prolongée. Pour bien des services, continue sur de longues périodes de temps dans le pro-
toutefois, la date de leur acquisition coïncide avec celle cessus de production : par exemple, les bâtiments ou
de leur utilisation, bien qu’il y ait d’autres types de ser- autres constructions, les machines et équipements. Ci-
vices qui ont des bienfaits durables et ne sont pas plei- après figure une liste des différents types de biens de
nement utilisés au moment où ils sont fournis. consommation durables qui entrent dans la Nomen-
3.19 La date d’acquisition d’un bien est celle à clature des fonctions de la consommation individuelle
laquelle la propriété de ce bien est transférée au con- (COICOP). Certains biens durables durent beaucoup
sommateur. Dans une situation de marché, c’est la date plus que d’autres, les moins durables étant qualifiés de
à laquelle le consommateur contracte une obligation de «semi-durables» dans la COICOP, comme les vête-
paiement, au comptant ou en nature. La date d’acquisi- ments, par exemple. Les logements ne sont pas classés
tion d’un service n’est pas aussi facile à préciser car la parmi les biens de consommation durables dans cette
prestation de services ne fait pas intervenir un transfert classification. Ils sont considérés comme des actifs fixes
de propriété, mais a généralement pour effet d’améliorer et non des biens de consommation et n’entrent donc pas
dans une certaine mesure la situation du consommateur. dans le cadre de la COICOP. Cependant, les services de
Un service est acquis par le consommateur à la date où logement fournis et consommés par les proprié-
le producteur le fournit et où le consommateur accepte taires–occupants y sont inclus et sont classés dans la
l’obligation de paiement. même catégorie que les services de logement consom-
3.20 Par conséquent, dans une situation de marché, més par les locataires.
la date d’acquisition, aussi bien pour les biens que pour 3.24 Services. Les consommateurs peuvent conti-
les services, est la date où l’obligation de paiement est nuer à bénéficier des avantages procurés par certains
contractée. Lorsque le paiement n’est pas effectué services, et en tirer de l’utilité, longtemps après leur
immédiatement en espèces, il se peut que le compte prestation car ils donnent lieu à une amélioration impor-
bancaire du consommateur ne soit débité qu’au bout tante, durable, voire permanente, de leur situation. La
d’un délai assez long si l’achat est réglé par chèque, qualité de la vie des personnes qui subissent un traite-
carte de crédit ou autre moyen analogue. La date à ment médical, par exemple une intervention de rempla-
laquelle le compte est finalement débité dépend des cement des hanches ou une opération de la cataracte, est
facilités administratives et des dispositifs institutionnels améliorée de façon sensible et permanente. De même,
et financiers en place. Elle est sans rapport avec la date les consommateurs de services éducatifs peuvent en
d’enregistrement des transactions ou des prix. tirer profit pendant toute la durée de leur vie.
3.21 La distinction entre la date d’acquisition et la 3.25 À des fins d’analyse, il vaut peut-être mieux
date d’utilisation est particulièrement importante dans le traiter certains types de services, tels que l’éducation
cas des biens durables et de certains types de services. et la santé, comme les équivalents–services des biens

49
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

durables. Les dépenses au titre de ces services peuvent 3.29 Il est difficile d’estimer la valeur et le prix des
être traitées comme des investissements qui accroissent flux de services fournis par le stock de biens durables
le stock de capital humain. Une autre caractéristique détenu par les ménages, tandis que les dépenses au titre de
que les services d’éducation et de santé partagent avec ces biens, ainsi que leur prix d’achat, sont faciles à con-
les biens durables est le fait qu’ils sont souvent si oné- naître. En partie du fait de ces difficultés pratiques, les IPC
reux que leur achat doit être financé par des emprunts ont jusqu’à présent été établis dans une large mesure ou
ou des prélèvements sur d’autres actifs. entièrement sur la base des acquisitions. De même, la
comptabilité nationale a tendance à rendre compte des
Indices des prix à la consommation dépenses au titre des biens durables, ou des acquisitions
fondés sur les acquisitions et les de ces biens, et non des flux de services qu’ils fournissent.
utilisations Comme indiqué ci-dessus, les logements sont considérés
comme des actifs fixes, et non des biens durables dans le
3.26 La distinction entre l’acquisition et l’utilisa- SCN. Le traitement des logements occupés par leurs pro-
tion d’un bien ou service de consommation a conduit à priétaires est examiné séparément ci-après.
la proposition de deux concepts d’IPC différents :
• Un IPC qui mesure la variation moyenne d’une pé-
riode à l’autre des prix des biens et services de
Indices de panier-type
consommation acquis par les ménages. et indices du coût de la vie
• Ou bien, un IPC qui mesure la variation moyenne 3.30 Au niveau conceptuel, une distinction fonda-
d’une période à l’autre des prix des biens et services mentale peut être établie entre un indice de panier-type
de consommation utilisés par les ménages pour satis- et un indice du coût de la vie. Dans le contexte de l’IPC,
faire leurs besoins et désirs. un indice de panier-type est un indice qui mesure la
3.27 Les flux des acquisitions et des utilisations variation d’une période à l’autre des dépenses totales
peuvent être très différents pour les biens durables. Les nécessaires à l’acquisition d’un ensemble ou panier
acquisitions de biens durables, comme les biens d’équi- donné de biens et services de consommation. Il est
pement, sont appelées à fluctuer selon l’état général de appelé «indice de Lowe» dans le présent manuel. Un
l’économie, tandis que l’utilisation du stock de biens indice du coût de la vie est un indice qui mesure la
durables par les ménages est un processus généralement variation du coût minimum nécessaire au maintien d’un
progressif et sans à-coups. Un indice établi sur la base niveau de vie donné. Les deux indices ont donc des
des utilisations mesure les variations d’une période à objectifs très similaires, en ce sens qu’ils mesurent la
l’autre des prix des flux de services fournis par les biens variation des dépenses totales nécessaires pour acquérir
durables. Comme expliqué au chapitre 23, la valeur du soit le même panier, soit deux paniers dont la composi-
flux de services fournis par un bien durable peut être tion peut différer mais entre lesquels le consommateur
estimée à l’aide de son «coût d’utilisation», qui est est indifférent.
essentiellement égal à l’amortissement de l’actif (aux
prix courants) plus les charges d’intérêts. L’inclusion de Indices de Lowe
ces deux éléments signifie que, à long terme, la pondé- 3.31 Les IPC sont presque toujours calculés sous
ration affectée aux biens durables est plus grande que forme d’indices de Lowe dans la pratique. Leurs pro-
dans l’approche «acquisitions». En principe, les flux de priétés et comportement sont décrits en détail dans
services, ou avantages, tirés de grosses dépenses d’édu- divers chapitres du présent manuel. La plupart des IPC
cation et de santé pourraient, eux aussi, être estimés sur servent à mesurer la variation d’une période à l’autre de
la base des coûts d’utilisation. la valeur totale d’un panier donné de biens et services de
3.28 Lorsque les biens durables sont loués sur le consommation achetés ou acquis par un groupe déter-
marché, les revenus locatifs doivent couvrir non seule- miné de ménages à une date spécifiée. La signification
ment la valeur des flux de services, mais aussi les frais de cet indice est claire. Il est, bien entendu, nécessaire de
administratifs (administration et gestion, réparations, veiller à ce que le panier choisi soit adapté aux besoins
entretien et frais généraux, notamment). Par exemple, le des utilisateurs et tenu à jour. Le panier peut être modifié
montant à payer pour utiliser une machine à laver le à intervalles réguliers et ne doit pas nécessairement res-
linge dans une laverie automatique doit couvrir le coût ter fixe pendant longtemps. Le choix du panier est traité
des locaux, les frais d’électricité, de réparation et plus en détail dans les chapitres présent et suivant.
d’entretien, les salaires du personnel de supervision,
etc., ainsi que les services fournis par la machine elle-
même. De même, le prix de location d’une voiture doit
Indices du coût de la vie
dépasser sensiblement le coût du flux de services four- 3.32 L’approche économique de la théorie des in-
nis par la voiture elle-même. Dans les deux cas, le client dices part du principe que les quantités consommées sont
achète un ensemble de services qui ne se limite pas à fonction du prix. Les ménages sont des preneurs de prix
l’utilisation du bien durable en soi. qui réagissent aux variations des prix relatifs en ajustant

50
CONCEPTS ET CHAMP DE L’INDICE

les quantités relatives qu’ils consomment. Un indice de devra être compensé par une augmentation du niveau de
panier-type fondé sur un ensemble fixe de quantités ne consommation pour que le bien-être total reste à un
tient pas compte de la tendance systématique des con- niveau inchangé. Par exemple, lorsque le temps devient
sommateurs à substituer des articles qui sont devenus mauvais, une plus grande quantité de mazout est néces-
relativement meilleur marché à ceux qui sont devenus saire pour avoir le même niveau de confort qu’aupara-
relativement plus onéreux. Cet effet de substitution est vant. Le coût des quantités accrues de mazout consom-
par contre pris en compte dans l’indice du coût de la vie mées fait monter l’indice inconditionnel du coût de la
fondé sur l’approche économique. Celui-ci mesure la vie, quelle que soit l’évolution des prix. Un nombre
variation du minimum de dépenses nécessaire pour main- incalculable d’événements peut influer sur un tel indice
tenir un niveau de vie donné lorsque les consommateurs allant des catastrophes naturelles comme les tremble-
soucieux de maximiser leur utilité modifient la composi- ments de terre aux désastres provoqués par l’homme,
tion de leurs achats en fonction des variations des prix tels que Chernobyl ou les attentats terroristes.
relatifs. Contrairement à l’indice de panier-type, l’indice 3.36 Si l’indice inconditionnel du coût de la vie pré-
du coût de la vie est fondé sur un panier qui ne reste géné- sente un certain intérêt analytique et pratique, il est tou-
ralement pas inchangé d’une période à l’autre en raison tefois défini d’une manière telle que son but délibéré est
de ces substitutions. de mesurer les effets de nombreux facteurs autres que les
3.33 Les propriétés et le comportement des indices prix. Si l’objectif est de mesurer seulement les effets des
du coût de la vie sont expliqués en détail au chapitre 17 variations des prix, il faut que les facteurs autres que les
et ont déjà été succinctement décrits au chapitre 1. Le prix soient maintenus constants. Étant donné qu’un
champ maximum de l’indice du coût de la vie serait indice du coût de la vie est appelé à servir d’indice des
l’ensemble tout entier des biens et services de consom- prix à la consommation, le champ qu’il recouvre doit
mation consommés par les ménages, qui en dérivent une être limité de manière à exclure les effets des facteurs
utilité. Il inclut les biens et services reçus gratuitement autres que les variations des prix. Un indice conditionnel
au titre de transferts sociaux en nature des administra- du coût de la vie mesure la variation du minimum de
tions publiques ou des institutions sans but lucratif. dépenses nécessaire pour maintenir un niveau donné
Parce que les indices du coût de la vie mesurent la varia- d’utilité, ou de bien-être, lorsque les prix varient, à sup-
tion du coût nécessaire au maintien d’un niveau de vie poser que tous les autres facteurs affectant le bien-être
ou d’utilité donné, ils se prêtent à une approche fondée demeurent constants. Il est conditionnel car il dépend
sur les utilisations et non sur les acquisitions, car l’uti- non seulement d’un niveau de vie et d’un ensemble de
lité est dérivée non pas de l’acquisition d’un bien ou préférences donné mais aussi d’un état donné des fac-
d’un service de consommation, mais de leur utilisation teurs autres que les prix qui influent sur le bien-être. Les
en vue de satisfaire des besoins et désirs personnels. indices du coût de la vie dont il est question dans le pré-
3.34 Par bien-être, on entend non seulement le sent manuel sont des indices conditionnels.
bien-être économique, qui est l’utilité liée à des activités 3.37 Il ne faut pas voir dans l’indice conditionnel
économiques telles que la production, la consommation du coût de la vie un indice de second choix. L’indice
et le travail, mais aussi le bien-être général associé à inconditionnel est plus exhaustif que l’indice condi-
d’autres facteurs tels qu’un état de sécurité à l’abri des tionnel en tant qu’indice du coût de la vie mais pas en
attaques d’autrui. Il n’est pas toujours possible d’établir tant qu’indice des prix. Un indice inconditionnel ne
une distinction bien nette entre les facteurs écono- comporte pas plus d’informations sur les prix qu’un
miques et les facteurs non économiques, mais il est clair indice conditionnel et il ne renseigne pas davantage sur
que le bien-être total n’est qu’en partie fonction de la l’effet des variations des prix sur le bien-être des
quantité de biens et de services consommés. ménages. Au contraire, cet effet est dilué et obscurci car
3.35 Indices conditionnels et inconditionnels du un nombre plus grand de variables affectant le bien-être
coût de la vie. En principe, le champ d’un indice du coût est inclus dans le champ de l’indice.
de la vie varie selon qu’il est ou non délibérément établi 3.38 Les indices de Lowe, y compris ceux établis
sous forme d’un indice conditionnel ou inconditionnel. suivant la formule de Laspeyres et de Paasche, sont eux
Le bien-être total d’un ménage est fonction d’un aussi des indices conditionnels, car ils dépendent du
ensemble de facteurs non économiques tels que le cli- choix du panier. Le fait que la valeur d’un indice de pa-
mat, l’état de l’environnement physique, social et poli- nier-type varie de façon prévisible en fonction du panier
tique, le risque d’agressions criminelles ou de conflit, choisi a donné naissance à un grand nombre des ouvrages
l’incidence des maladies, etc., ainsi que des quantités de consacrés à la théorie des indices. Au niveau conceptuel,
biens et services consommées. Un indice inconditionnel l’indice de Lowe et l’indice conditionnel du coût de la vie
du coût de la vie mesure la variation du coût supporté ont beaucoup en commun. L’indice de Lowe mesure la
par un ménage pour maintenir le bien-être total à un variation du coût d’un panier déterminé de biens et ser-
niveau donné lorsque les facteurs non économiques vices, tandis que l’indice conditionnel du coût de la vie
varient, ainsi que les prix des biens et services de con- mesure la variation du coût nécessaire pour maintenir le
sommation. Si l’évolution des facteurs non écono- niveau d’utilité associé à un panier déterminé de biens et
miques entraîne une diminution du bien-être, cet effet services, toutes choses étant égales par ailleurs.

51
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

Dépenses et autres paiements nit en échange un service sous une forme ou une autre,
par exemple en exerçant des fonctions de surveillance,
hors du champ des indices de réglementation ou de contrôle. Dans ce dernier cas,
des prix à la consommation les paiements à ce titre pourraient être considérés
3.39 Comme la plupart des IPC sont conçus pour comme des achats de services. Certains cas sont si mar-
mesurer les variations des prix des biens et des services ginaux que les experts en fiscalité ont passé des années à
de consommation, il s’ensuit que les achats d’articles en débattre sous l’égide du Fonds monétaire internatio-
autres que les biens et les services n’entrent pas dans le nal sans parvenir à un consensus. Aussi ont-ils décidé de
champ normalement couvert par un IPC : par exemple, se tenir à certaines conventions fondées sur les pratiques
les achats d’obligations, d’actions ou autres actifs finan- suivies par la majorité des pays. Il y a lieu de faire usage
ciers. En sont également exclus les paiements qui ne de ces conventions pour l’établissement des IPC ou des
sont pas des achats parce que rien n’est reçu en contre- comptes nationaux. Elles sont présentées dans le
partie : par exemple les paiements d’impôts sur le re- Manuel de statistiques de finances publiques du FMI
venu ou les cotisations de sécurité sociale. (2001) et ont été adoptées également dans le SCN 1993.
3.40 L’application de ces principes n’est pas tou- 3.44 Les paiements que les ménages effectuent pour
jours simple, car la distinction entre les dépenses au avoir le droit de détenir ou d’utiliser certains biens ou faci-
titre de biens ou de services et les autres paiements lités sont, par convention, classés parmi les dépenses de
n’est parfois pas claire et nette dans la pratique. consommation et non parmi les transferts et entrent donc
Certains de ces cas difficiles sur le plan conceptuel, en dans le champ de l’IPC. Par exemple, les redevances de
particulier certains cas limites pouvant prêter à contro- radio et télévision, les permis de conduire, de port
verse, sont examinés ci-après. d’armes, etc., ainsi que les taxes de passeport y sont
inclus. En revanche, les permis de posséder ou d’utiliser
des véhicules, bateaux et avions, ainsi que les permis pour
Transferts la chasse, le tir ou la pêche relèvent, par convention, de la
3.41 Un transfert se définit comme une opération fiscalité directe et sont donc exclus du champ de l’IPC.
dans laquelle une unité fournit un bien, un service ou un Cependant, nombre de pays y incluent les taxes sur l’utili-
actif à une autre unité sans recevoir de cette dernière un sation de véhicules privés car ils les considèrent comme
bien, un service ou un actif en échange, c’est-à-dire une des taxes à la consommation au sens de l’IPC. Comme les
opération sans contrepartie. Comme aucun bien ou ser- circonstances effectives dans lesquelles les autorisations
vice, sous une forme ou une autre, n’est acquis par le sont délivrées, et les conditions qui y sont attachées,
ménage quand il fait un transfert, celui-ci doit être exclu peuvent varier sensiblement d’un pays à l’autre, l’office
du champ de l’IPC. Ce qui est difficile, c’est de détermi- statistique national aura parfois à décider de s’écarter des
ner si certains types d’opérations sont vraiment des conventions proposées. En général, toutefois, il semble
transferts ou non, et ce problème est commun aux IPC préférable de suivre les conventions adoptées par les
et à la comptabilité nationale. experts en la matière et internationalement reconnues.
3.42 Cotisations sociales et impôts sur le revenu et 3.45 Dons et souscriptions. Les dons sont, par défi-
le patrimoine. Comme les ménages ne reçoivent pas un nition, des transferts et n’entrent donc pas dans le champ
bien ou un service spécifique en échange des cotisations de l’IPC. Les paiements de souscriptions ou les dona-
sociales qu’ils versent, celles-ci sont considérées tions aux organisations caritatives en échange desquels
comme des transferts et exclues à ce titre du champ de aucun service facilement identifiable n’est reçu sont eux
l’IPC. De même, tous les paiements d’impôts assis sur aussi des transferts. Par contre, les paiements de sous-
le revenu ou le patrimoine (propriété d’actifs) n’entrent criptions aux clubs et associations, y compris les œuvres
pas dans le champ de l’IPC, car il s’agit de transferts de bienfaisance, qui fournissent à leurs membres des ser-
obligatoires sans contrepartie en faveur de l’État. N’y vices sous une forme ou une autre (réunions régulières,
sont pas non plus inclus les paiements d’impôts sur la magazines, etc.) peuvent être considérés comme des
propriété foncière et immobilière (généralement préle- dépenses de consommation finale et inclus dans l’IPC.
vés sous forme d’impôts ou de redevances à verser aux 3.46 Pourboires et gratifications. Les pourboires ou
collectivités locales). Il y a lieu de noter, toutefois, que gratifications non obligatoires sont des dons qui n’entrent
les transferts obligatoires sans contrepartie pourraient pas dans le champ de l’IPC. Il y a toutefois des cas où,
être incorporés dans un indice inconditionnel du coût de sans être obligatoire, un paiement monétaire supplémen-
la vie ou dans un indice conditionnel plus largement taire facilite grandement l’obtention d’un bien ou d’un
défini qui tient compte des variations de facteurs autres service. Il faut alors inclure ce paiement dans les dépenses
que les prix des biens et services de consommation. au titre du bien ou du service en question et dans son prix.
3.43 Licences et permis. Les ménages sont tenus de
verser une certaine somme pour obtenir divers types de
permis, et on ne sait souvent pas très bien s’il s’agit là
Assurance
tout simplement d’une taxe appelée autrement ou si 3.47 Il y a deux principaux types d’assurance, l’as-
l’organisme gouvernemental qui délivre le permis four- surance vie et l’assurance dommages. Dans les deux

52
CONCEPTS ET CHAMP DE L’INDICE

cas, les primes ont deux composantes. L’une est le paie- indices des prix. L’indice des cours boursiers en est
ment de l’assurance proprement dite, souvent appelé un exemple.
prime nette, et l’autre est une commission de service 3.54 Une grande partie des actifs financiers détenus
implicite à verser à la société d’assurance qui a mis sur par les ménages sont acquis indirectement par le biais
pied le contrat d’assurance, c’est-à-dire une redevance de régimes de pension et de contrats d’assurance vie. À
en échange de services consistant à calculer les risques, l’exclusion des commissions de service, les cotisations
à déterminer les primes, à gérer le recouvrement et l’in- de retraite versées par les ménages sont assimilables
vestissement des primes et à verser les indemnités. aux paiements de prime d’assurance vie. Elles repré-
3.48 La commission de service implicite n’est pas sentent essentiellement une forme de placement de leur
directement observable. Elle fait partie intégrante de la épargne et sont donc exclues du champ de l’IPC. Par
prime brute et n’est pas identifiée séparément dans la contre, les commissions explicites ou implicites versées
pratique. En tant que paiement d’un service, elle entre par les ménages pour les services rendus par les auxi-
dans le champ de l’IPC, mais est difficile à estimer. liaires financiers, tels que courtiers, banques, sociétés
3.49 Dans le cas de l’assurance dommages, la d’assurance (assurance vie et assurance dommages),
prime nette est essentiellement un transfert à une gestionnaires de fonds de pension, conseillers finan-
réserve servant à couvrir les risques collectifs de l’en- ciers, comptables, etc., relèvent du champ de l’IPC. Les
semble des assurés. En tant que transferts, elle est paiements de ces commissions sont tout simplement
exclue du champ de l’IPC. Pour ce qui est de l’assu- des achats de services.
rance vie, la prime nette est essentiellement une forme
d’investissement financier. Elle constitue l’achat d’un Achats et ventes de devises
actif financier, qui est lui aussi exclu de l’IPC.
3.55 Une devise est un actif financier. Les achats
3.50 Enfin, il y a lieu de noter que, lorsque le con- et ventes de devises sont donc exclus du champ de
trat d’assurance est mis sur pied par l’intermédiaire l’IPC. Les variations des prix à verser ou à recevoir
d’un courtier ou d’un agent distinct de la société d’as- pour des devises qui résultent de fluctuations des taux
surance, les commissions prélevées par le courtier ou de change n’y sont pas incluses. En revanche, les com-
l’agent pour leurs services sont incluses dans le champ missions de service prélevées par les agents de change
de l’IPC, en plus des commissions de service implicites entrent dans le champ de l’IPC lorsque les ménages
des assureurs. acquièrent les devises pour leur usage personnel. Ces
commissions recouvrent non seulement les redevances
Jeux de hasard explicites mais aussi l’écart entre les taux acheteur ou
3.51 Les sommes versées en paiement de billets de vendeur offerts par les agents de change et la moyenne
loterie ou placées dans des paris comportent, elles aussi, des deux taux.
deux éléments qui ne sont généralement pas identifiés
séparément — une commission de service implicite Paiements, financement et crédit
(relevant des dépenses de consommation) et un transfert
3.56 En principe, la date à laquelle une dépense est
courant à la réserve sur laquelle les gagnants sont payés.
encourue est celle à laquelle l’acheteur contracte une
Seules les commissions de service implicites ou
obligation de paiement, c’est-à-dire lorsque la propriété
explicites payables aux organisateurs des jeux entrent
du bien est transférée ou lorsque le service est fourni. La
dans le champ de l’IPC. Les commissions de service,
date de paiement est celle à laquelle l’obligation est
qui sont généralement calculées à un niveau agrégé,
éteinte. Les deux dates coïncident lorsque le paiement
sont égales à la différence entre les montants à payer
est effectué immédiatement au comptant, c’est-à-dire
(mises) et les montants à recevoir (gains).
sous forme de billets et pièces, mais on observe de plus
en plus souvent un décalage entre la date de paiement et
Opérations sur actifs financiers celle où la dépense est encourue du fait de l’utilisation
3.52 Les actifs financiers ne sont pas des biens ou de chèques, cartes de crédit et autres formes de facilités
des services de consommation. La création d’actifs/pas- de crédit. Les choses se compliquent dans le cas des
sifs financiers ou leur extinction, par exemple par la paiements échelonnés avec versement d’un acompte.
voie de prêts, d’emprunts ou de remboursements, sont Dans certains cas, les décalages temporels et la com-
des opérations financières qui sont très différentes des plexité des instruments financiers et des dispositifs ins-
achats de biens et de services et ont lieu indépendam- titutionnels font qu’il est difficile de déterminer la date
ment de ceux-ci. L’achat d’un actif financier, qui est une exacte du paiement. Il se peut même que la date de paie-
forme d’investissement financier, n’est évidemment pas ment diffère selon que la transaction est considérée du
une dépense de consommation. point de vue de l’acheteur ou du vendeur.
3.53 Certains actifs financiers, notamment les titres 3.57 À des fins d’harmonisation avec les données
sous forme de bons, obligations et actions, sont négo- sur les dépenses utilisées comme pondérations dans
ciables et ont un prix de marché. Ils ont leurs propres l’IPC, il y a lieu d’enregistrer les prix de la période à

53
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

laquelle les dépenses sont effectivement effectuées, ce 3.62 Les achats à tempérament et les prêts hypothé-
qui est conforme à l’approche «acquisitions». caires doivent être traités de la même manière que les
autres prêts. Le fait que certains prêts soient accordés à la
Opérations financières et emprunts condition que l’emprunteur affecte les fonds à un usage
3.58 Il se peut que certaines dépenses individuelles particulier n’influe en aucune façon sur le traitement du
soient de montants très élevés : par exemple, l’achat de prêt lui-même. En outre, les prêts conditionnels ne sont
traitements médicaux coûteux, d’un bien durable d’im- nullement limités à l’achat «à tempérament» de biens
portance ou de vacances onéreuses. Si le ménage n’a durables. Ils peuvent être faits dans d’autres buts, par
pas suffisamment de numéraires ou ne désire pas régler exemple pour financer de grosses dépenses d’éducation
le montant total par versements immédiats au comptant, ou de santé. Dans chaque cas, la contraction de l’emprunt
diverses options s’offrent à lui. est une opération distincte de la dépense au titre du bien
ou du service et doit être distinguée de cette dernière. Les
• L’acheteur peut contracter un emprunt auprès d’une deux opérations peuvent mettre en jeu des parties diffé-
banque, d’un prêteur sur gage ou autre institution rentes et avoir lieu à des dates tout à fait différentes.
financière. 3.63 Bien que l’apport de fonds soit une opération
• L’acheteur peut utiliser une carte de crédit. distincte de l’achat de biens ou de services auquel il est
• Le vendeur peut faire crédit à l’acheteur ou encore il destiné, il peut influer sur le prix versé. Chaque cas doit
peut veiller à ce qu’une tierce partie, par exemple une être examiné avec soin. Par exemple, supposons que le
institution financière d’un type ou d’un autre, accorde vendeur consent à ce que le paiement soit différé d’un
un crédit à l’acheteur. an. Il semble accorder par là un prêt sans intérêts pen-
dant un an, mais la réalité économique est différente. Le
Création d’un actif/passif financier vendeur accorde un prêt, mais pas sans prélever des
intérêts. Et le montant du prêt n’est pas égal à son coût
3.59 Lorsqu’un consommateur a recours à l’em- «intégral». Implicitement, l’acheteur émet en faveur du
prunt pour acheter un bien ou un service, deux transac- vendeur une obligation à court terme qui est à rembour-
tions distinctes sont en jeu : l’achat du bien ou du service ser dans un délai d’un an et utilise les fonds reçus du
et l’emprunt des fonds nécessaires à cet effet. Ce dernier vendeur pour payer le bien. Cependant, la valeur ac-
est une opération purement financière entre un créancier tuelle d’une obligation au moment où elle est émise est
et un débiteur, par laquelle il y a création d’un nouvel sa valeur de rachat, actualisée sur la base des intérêts
actif/passif financier. Cette opération financière ne re- dus pour un an. Le montant à rembourser par l’acheteur
lève pas du champ de l’IPC. Comme indiqué ci-dessus, au moment où l’achat du bien a effectivement lieu est la
une opération financière n’a pas d’effet sur le patrimoine valeur actualisée de l’obligation et non le prix de rachat
et n’implique pas d’activité de consommation. Elle intégral à payer au bout d’un an. C’est la valeur actuali-
réaménage tout simplement le portefeuille d’actifs d’un sée qui doit être enregistrée aux fins de l’établissement
particulier en échangeant un type d’actif contre un autre. de l’IPC. La différence entre la valeur actualisée et la
Par exemple, lorsqu’un prêt est accordé, le prêteur valeur de rachat est, bien entendu, le montant des inté-
échange des numéraires contre une créance financière rêts que l’acheteur verse implicitement au titre de l’obli-
sur le débiteur. Quant à l’emprunteur, il acquiert des gation pendant une durée d’un an. Ce traitement corres-
numéraires, opération qui a pour contrepartie la création pond à la manière dont les bons et obligations sont
d’un passif financier de valeur égale. Ces opérations ne effectivement évalués sur les marchés financiers, ainsi
présentent pas d’intérêt pour l’établissement d’un IPC. qu’à la façon dont ils sont enregistrés en comptabilité
3.60 En général, lorsqu’un ménage emprunte à une d’entreprise et en comptabilité économique. Différer le
institution financière, en particulier à un prêteur sur paiement du prêt de la manière décrite ci-dessus revient
gages, les fonds empruntés peuvent être utilisés à des à en réduire le coût et c’est cette réduction qu’il faut
fins diverses, notamment à l’achat d’actifs tels que des prendre en compte dans l’IPC. Le paiement d’intérêts
logements ou des actifs financiers (obligations ou implicite ne fait pas partie du coût, mais il le réduit. Cet
actions, par exemple), ainsi qu’à l’achat de biens et ser- exemple montre que, dans certaines circonstances, le
vices onéreux. De même, le crédit accordé au détenteur taux d’intérêt du marché peut influer sur le prix à verser,
d’une carte de crédit peut être destiné à des usages mais celui-ci dépend des modalités exactes du contrat
divers. En soi, la création d’un actif et d’un passif finan- de crédit entre le vendeur et l’acheteur. Chaque cas est à
cier par un nouvel emprunt n’a pas d’effet sur l’IPC. Il examiner avec soin selon l’intérêt qu’il présente.
n’y a pas acquisition de biens ou de services, pas de 3.64 Il faut clairement distinguer le cas qui précède
dépenses et pas de prix. de celui des achats à tempérament, qui est examiné
3.61 Il convient de noter que les charges d’intérêts dans la section qui suit et où l’acheteur paie effective-
ne sont pas en soi des opérations financières. Le paie- ment le prix intégral et emprunte un montant égal à ce
ment d’intérêts est fort différent des emprunts, prêts ou prix tout en s’engageant non seulement à rembourser le
autres opérations financières qui y donnent lieu. Les montant emprunté, mais aussi à effectuer des charges
intérêts sont examinés séparément ci-après. d’intérêts explicites.

54
CONCEPTS ET CHAMP DE L’INDICE

Achats à tempérament institutions financières dont la fonction est de prêter


3.65 Dans le cas de l’achat à tempérament d’un de l’argent.
bien durable, il est nécessaire de distinguer la propriété • Enfin, lorsqu’il y a inflation, la valeur réelle d’un prêt
de fait ou économique du bien de sa propriété juridique. fixe en termes monétaires (c’est-à-dire son pouvoir
La date d’acquisition du bien est celle où le contrat d’achat de biens et services réels) baisse. Cependant,
d’achat à tempérament est signé et où l’acheteur en les créanciers peuvent compenser les pertes réelles de
prend possession. À partir de ce moment-là, c’est capital, ou de détention, qu’ils s’attendent à encourir
l’acheteur qui l’utilise et bénéficie des avantages qu’il en appliquant des intérêts nominaux suffisamment
procure. Le ménage acheteur devient le propriétaire de élevés. Pour cette raison, le taux d’intérêt nominal
fait du bien au moment où celui-ci est acquis, même si varie en fonction directe du taux d’inflation générale,
la propriété juridique n’est transférée au ménage qu’une phénomène universellement familier des temps d’in-
fois le prêt remboursé dans sa totalité. flation. Dans ces circonstances, la principale compo-
3.66 En conséquence, par convention, on considère sante des intérêts nominaux peut donc être le paie-
que le ménage acquiert le bien au moment où il en prend ment de compensation intégré que le débiteur doit
possession et qu’il règle au comptant le montant intégral verser au créancier pour indemniser ce dernier de ses
à ce moment-là. En même temps, l’acheteur emprunte, pertes réelles de capital. Lorsque l’inflation est très
soit au vendeur, soit à une institution financière spécifiée élevée, cette compensation peut représenter presque
par le vendeur, une somme suffisante pour couvrir le la totalité de la charge d’intérêts nominaux.
prix d’achat et les charges d’intérêts subséquentes. La 3.68 Le traitement de la première composante, la
différence entre le prix au comptant et la somme totale charge d’intérêts proprement dite, est quelque peu con-
de tous les paiements à verser est égale au total des inté- troversé, mais cette composante représente seulement
rêts à payer. Le prix à enregistrer aux fins de l’IPC est le une faible part de la charge d’intérêts nominaux. Le trai-
prix au comptant payable au moment où l’achat a lieu, tement de la deuxième composante, l’assurance contre
que celui-ci soit facilité ou non par des emprunts sous le risque de défaillance, est lui aussi sujet à controverse.
une forme ou une autre. Le traitement des achats à tem- 3.69 La quatrième composante, le paiement de
pérament est le même que celui appliqué au «crédit- compensation à verser au créancier pour ses pertes
bail», opération dans laquelle des actifs fixes (des réelles de capital est clairement hors du champ de l’IPC.
avions, par exemple) utilisés à des fins de production Il s’agit essentiellement d’une opération en capital. Il
sont achetés par une institution financière et loués au peut représenter la plus grande partie des intérêts nomi-
producteur pour la plus grande partie, ou la totalité de la naux en période d’inflation.
durée de vie utile des actifs en question. Il s’agit là, pour 3.70 La troisième composante est l’achat d’un ser-
l’essentiel, du financement de l’acquisition d’un actif au vice aux institutions financières dont la fonction est de
moyen d’un prêt, pratique qui doit être distinguée de la mettre des fonds à la disposition des emprunteurs. Il
location-exploitation, qui consiste, par exemple, à louer s’agit de la commission de service implicite, qui entre
des voitures pour une courte période de temps. Le traite- sans nul doute dans le champ de l’IPC. Elle est incluse
ment des achats à tempérament et du crédit-bail décrit dans la COICOP. La commission de service n’est pas
ici est celui qui est appliqué à la fois en comptabilité limitée aux prêts accordés par les «intermédiaires finan-
d’entreprises et en comptabilité économique. ciers», institutions qui empruntent des fonds pour les
rétrocéder. Les institutions financières qui accordent des
prêts financés sur leurs propres ressources fournissent
Charges d’intérêts aux emprunteurs le même type de services que les inter-
3.67 Le traitement des paiements d’intérêts au titre médiaires financiers. Lorsque le vendeur accorde un
des divers types de dette que les ménages ont pu prêt financé sur ses ressources personnelles, on consi-
contracter soulève des difficultés à la fois conceptuelles dère qu’il crée ainsi implicitement sa propre institution
et pratiques. Les intérêts nominaux se composent de financière, qui est distincte de son activité principale. Le
quatre principaux éléments dont le dosage peut varier taux d’intérêt des institutions financières inclut la com-
considérablement : mission de service implicite. Du fait que certains mar-
• La première composante est la charge d’intérêts chés financiers ont tendance à être très imparfaits et que
proprement dite, c’est-à-dire les intérêts qui seraient la plupart des ménages n’ont pas nécessairement accès à
prélevés si l’information et les marchés financiers des marchés financiers qui fonctionnent bien, nombre
étaient parfaits. de prêteurs sont en fait des monopoleurs qui demandent
• La deuxième composante est la prime de risque, qui un prix très élevé pour les services qu’ils fournissent,
est fonction de la cote de crédit de l’emprunteur. Elle comme c’est le cas, par exemple, des prêteurs sur gage
peut être considérée comme une charge d’assurance dans bien des pays.
intégrée au paiement face à l’incertitude quant au 3.71 Il est clair qu’il ne faut pas traiter les charges
risque de défaillance du débiteur. d’intérêts comme s’il s’agissait d’un intérêt pur et
• La troisième composante est la commission de ser- simple, même majoré de la prime de risque. Il est très
vice à verser par les ménages qui s’adressent aux difficile d’identifier les diverses composantes des inté-

55
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

rêts. Il est peut-être quasiment impossible d’établir des telles que le nettoyage, peuvent être considérées comme
estimations réalistes et fiables de la commission de ser- des corvées qui réduisent l’utilité. Quoi qu’il en soit, les
vice implicite intégrée dans la plupart des cas aux biens ou services entrant dans ces activités de produc-
charges d’intérêts. En outre, pour établir un IPC, il est tion ne sont pas d’eux-mêmes générateurs d’utilité. Ici
nécessaire d’estimer non seulement la valeur de la com- encore, les exemples abondent : les aliments crus qui ne
mission de service, mais aussi les variations du prix des sont pas mangeables sans être cuits; les produits de net-
services d’une période à l’autre. Étant donné la com- toyage; les produits énergétiques comme le charbon, le
plexité des flux d’intérêts et la nécessité de traiter diffé- gaz, l’électricité ou le pétrole; les engrais; les services
remment les divers flux, il semble que l’inclusion des des réfrigérateurs et congélateurs, etc.
intérêts nominaux dans un IPC ne soit guère justifiée, 3.76 Une utilité est dérivée de la consommation du
surtout en situation d’inflation. produit de l’activité de production exercée par les
ménages à des fins d’autoconsommation. Il est donc
nécessaire de déterminer si l’IPC doit mesurer les varia-
Production des ménages tions des prix du produit ou des moyens de production.
3.72 Les ménages peuvent exercer des activités En principe, c’est la première option qui semble préfé-
productives de divers types et les biens et services qui rable, mais d’importantes objections sont soulevées à
en résultent sont destinés soit au marché, soit à leur son encontre.
propre consommation. 3.77 Au niveau conceptuel, il est difficile de déter-
miner quel est le produit final effectif d’un grand
Activités économiques nombre des activités de production les plus nébuleuses
3.73 Les ménages peuvent exercer des activités des ménages. Il est particulièrement difficile de cerner
économiques ou commerciales (exploitation agricole, avec exactitude le produit d’importantes activités de ser-
commerce de détail, construction, services profession- vice exercées au sein des ménages, telles que les soins
nels ou financiers, etc.). Les biens et services entrant aux enfants, aux malades ou aux personnes âgées.
dans la production d’autres biens et services destinés à Même s’il était possible de le faire d’une manière satis-
être vendus sur le marché constituent la consommation faisante, il n’en faudrait pas moins mesurer ce produit et
intermédiaire. Ils ne font pas partie de la consommation en déterminer le prix. Or, en pareil cas, les prix ne sont
finale des ménages. Les prix des biens et services pas observables car il n’y a pas transaction de vente. Ils
intermédiaires achetés par les ménages ne sont pas devront donc être imputés et seront ainsi non seulement
inclus dans l’IPC. Dans la pratique, il est souvent diffi- hypothétiques, mais aussi inéluctablement très spécula-
cile de distinguer clairement la consommation intermé- tifs. Leur inclusion dans l’IPC n’est pas une possibilité
diaire de la consommation finale, car le même bien peut réaliste en général et il est quasiment certain qu’ils ne
être destiné à l’une ou l’autre fin. seraient pas acceptables par la plupart des utilisateurs
qui s’intéressent surtout aux prix de marché payés par
les ménages.
Consommation par les ménages 3.78 La solution pratique est celle qui consiste à
de leur propre production considérer que les biens et services acquis sur le marché
3.74 En fait, les ménages ne consomment pas direc- par les ménages pour être utilisés dans leurs diverses
tement la totalité des biens et services qu’ils acquièrent activités de production sont eux-mêmes des biens et
à des fins de consommation, mais en utilisent une partie services de consommation finale. Ils ont une utilité
pour produire d’autres biens et services, et ce sont eux indirecte, à supposer qu’ils soient destinés exclusive-
qui sont destinés à satisfaire leurs besoins et désirs. Les ment à la production de biens et de services qui sont
exemples n’en manquent pas. C’est ainsi que les pro- directement consommés par les ménages. Cette solution
duits alimentaires tels que la farine, les huiles comes- pratique est celle qui est généralement adoptée non seu-
tibles, la viande crue et les légumes peuvent servir à lement pour l’établissement de l’IPC, mais aussi en
faire du pain et des gâteaux ou à préparer des repas, comptabilité nationale, où les dépenses des ménages au
avec la contribution d’autres facteurs tels que les com- titre de ces biens et services relèvent de la consomma-
bustibles, les services fournis par les biens de consom- tion finale. Bien qu’il s’agisse là d’une solution simple
mation durables comme les réfrigérateurs et les cuisi- et acceptable, d’un point de vue conceptuel, à un pro-
nières, et le travail des membres du ménage. Un autre blème autrement insoluble, des exceptions peuvent être
exemple est fourni par le matériel, l’équipement et le faites pour un ou deux types d’activité de production
travail nécessaires pour nettoyer, entretenir et réparer les des ménages qui sont particulièrement importants et
logements; ou encore, les graines, les engrais, les insec- dont le produit est facilement identifiable.
ticides, l’équipement et le travail entrant dans la produc- 3.79 L’agriculture de subsistance. La comptabilité
tion de légumes ou de fleurs, etc. nationale essaie de rendre compte de la valeur de la pro-
3.75 Certaines des activités de production exercées duction agricole des ménages destinée à leur propre
par les ménages, par exemple le jardinage ou la cuisine, consommation. Dans certains pays, l’agriculture de sub-
peuvent en soi engendrer de la satisfaction. D’autres, sistance peut représenter une large part de la production

56
CONCEPTS ET CHAMP DE L’INDICE

et de la consommation agricoles. La comptabilité natio- facteurs de production. Les services en capital sont définis
nale exige que cette production soit évaluée au prix du et mesurés exactement de la même manière que ceux qui
marché. Il n’est pas certain que cette pratique soit celle sont fournis par les autres types d’actifs fixes tels que
qu’il convient de suivre pour établir un IPC. l’équipement ou les structures autres que les logements.
3.80 L’IPC peut retracer les prix effectifs des Comme expliqué en détail au chapitre 23, la valeur des
moyens de production ou les prix imputés des biens et services en capital est égale au coût d’utilisation et com-
services produits, mais pas les deux à la fois. Si ce sont porte principalement deux éléments, l’amortissement et
les prix imputés de la production agricole de subsis- les charges d’intérêts ou coûts du capital. Les coûts du
tance qui sont inclus dans l’IPC, les prix d’achat des capital sont des frais qui sont encourus, que le logement
moyens de production doivent alors en être exclus. On soit ou non financé à l’aide d’un prêt hypothécaire. Lors-
retirerait ainsi de l’indice la plupart des transactions que le logement est financé sur des ressources propres, les
marchandes effectuées par les ménages. Les dépenses charges d’intérêts représentent le coût d’opportunité du
d’acquisition des moyens de production constituent capital investi dans le logement, c’est-à-dire les intérêts
parfois le principal point de contact que les ménages qui auraient été perçus si le capital avait été placé ailleurs.
ont avec le marché et par lequel ils subissent les effets 3.83 Il y a deux principales manières de traiter la
de l’inflation. Il semble donc préférable d’inclure dans production et la consommation de services de logement
l’IPC les prix effectifs des moyens de production et non par les propriétaires–occupants dans l’IPC. La première
les prix imputés des biens et services produits. consiste à déterminer le prix des services de logement
3.81 Les services de logement destinés à l’auto- produits qui sont consommés. L’autre est de déterminer le
consommation. Le traitement des services de logement prix des facteurs entrant dans la production, notamment
produits par les propriétaires–occupants est difficile à des services en capital. Si les services de logement sont à
déterminer et quelque peu controversé. Il n’y a pas con- traiter de la même manière que les autres types de pro-
sensus sur la définition de la pratique optimale en la duction des ménages à des fins d’autoconsommation, il
matière. Cette question est traitée dans plusieurs cha- faut déterminer le prix des facteurs de production. La pro-
pitres du présent manuel, en particulier dans les cha- duction et la consommation de services de logement par
pitres 10 et 23. Au niveau conceptuel, la production de les propriétaires–occupants peuvent toutefois être jugées
services de logement par les propriétaires–occupants si importantes qu’un traitement spécial s’impose.
pour leur propre consommation n’est pas différente des 3.84 Si l’on décide de déterminer le prix des ser-
autres types de production des ménages à des fins vices produits, on peut prendre pour base d’estimation
d’autoconsommation. La caractéristique distinctive de les loyers payables sur le marché pour des logements
la production de services de logement par les ménages locatifs du même type. Il s’agit là de la méthode de
pour leur propre consommation, par rapport aux autres l’équivalence locative. L’un des problèmes pratiques qui
activités de production de ces derniers, est qu’elle exige risque de se poser est qu’il n’y a peut-être pas de loge-
le recours à un actif fixe d’une valeur extrêmement éle- ment locatif du même type sur le marché. Par exemple,
vée, qui est le logement lui-même. En économie, ainsi il se peut qu’il n’y ait pas de marché locatif rural dans
qu’en comptabilité nationale, un logement est générale- les pays en développement, où les logements sont dans
ment classé parmi les actifs fixes, de telle sorte que la plupart des cas effectivement construits par les
l’achat d’un logement relève de la formation brute de ménages eux-mêmes. Un autre problème est celui qui
capital fixe et non de l’acquisition d’un bien de con- consiste à assurer que la valeur locative de marché
sommation durable. Les actifs fixes sont utilisés à des n’inclut pas d’autres services, tels que le chauffage, qui
fins de production, et non de consommation. Le loge- viennent en plus des services de logement proprement
ment n’est pas un bien qui est consommé directement. dit. D’autre part, la valeur locative de marché, comme
Il donne lieu à un flux de services en capital qui sont celle des biens durables donnés en location, doit couvrir
consommés sous forme de facteurs entrant dans la pro- les frais d’exploitation de l’agence de location ainsi que
duction de services de logement. Cette production les coûts des services de logement proprement dits, et
exige l’intervention d’autres facteurs, tels que les ser- assurer un bénéfice aux propriétaires. Enfin, les loge-
vices de réparation, d’entretien et d’assurance. Les ments locatifs sont en soi différents des logements oc-
ménages consomment les services de logement issus de cupés par leurs propriétaires en ce que les locataires ont
cette activité de production. plus de souplesse et de mobilité. Les coûts de transac-
3.82 Il importe de noter qu’il y a ici deux types de tion sont beaucoup moins élevés pour les locataires qui
flux de services, qui sont fort différents l’un de l’autre : décident de changer de logement.
• Le premier est le flux de services en capital fourni par le 3.85 En principe, si la méthode fondée sur le prix
logement qui sont consommés sous forme de facteurs des services produits, ou de l’équivalence locative, est
entrant dans la production de services de logement. celle qui est adoptée, les prix des facteurs entrant dans
• L’autre est le flux de services de logement qui sont le la production des services de logement par les proprié-
produit consommé par les membres du ménage. taires–occupants tels que les frais de réparation, d’entre-
Les deux flux ne sont pas les mêmes. La valeur du flux tien et d’assurance, doivent être eux aussi exclus. Sinon,
des services produits est supérieure à celle du flux des il y aurait double comptabilisation.

57
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

3.86 L’autre option est celle qui consiste à détermi- Ménages et points de vente
ner le prix des facteurs entrant dans la production des
services de logement par les propriétaires–occupants en inclus dans le champ de l’indice
procédant de la même manière que pour les autres types 3.90 Le groupe des ménages inclus dans le champ
de production des ménages à des fins d’autoconsomma- d’un IPC est souvent dénommé «ménages de réfé-
tion. Outre les dépenses de consommation intermédiaire rence», ou «population de référence».
(réparation, entretien, assurance, etc.), il faut estimer les
coûts des services en capital et inclure leurs prix dans Définition des ménages
l’IPC. Les aspects techniques de l’estimation de la
valeur des flux de services en capital sont traités au cha- 3.91 On peut adopter, aux fins de l’établissement de
pitre 23. Comme dans le cas des autres types de produc- l’IPC, la définition des ménages retenue pour les recen-
tion des ménages à des fins d’autoconsommation, il ne sements démographiques. La définition ci-après est celle
convient pas d’inclure les estimations des coûts du tra- qu’il a été recommandé d’utiliser pour ces recensements
vail fourni par les propriétaires eux-mêmes. (Division de statistique des Nations Unies, 1998a) :
Un ménage peut être : a) soit un ménage composé
3.87 Que la méthode adoptée retrace le prix des d’une seule personne, c’est-à-dire une personne qui
facteurs entrant dans la production des services ou le pourvoit à ses propres besoins alimentaires et autres
prix des services produits, il est difficile d’en estimer les besoins vitaux sans s’associer avec d’autres per-
prix. Les difficultés pratiques rencontrées sont parfois si sonnes; b) soit un ménage multiple, c’est-à-dire un
grandes que les statisticiens et utilisateurs sont amenés à groupe de deux ou plusieurs personnes qui pour-
douter de la fiabilité des résultats. Il existe en outre une voient en commun à leurs besoins alimentaires et
certaine réticence à utiliser les prix imputés pour l’IPC, autres besoins vitaux. Les membres du groupe
qu’il s’agisse des facteurs de production ou des services peuvent, dans une mesure variable, mettre leurs
produits. Aussi a-t-il été proposé de renoncer à mesurer revenus en commun et avoir un budget unique; le
les prix des flux de services de logement et d’inclure les groupe peut se composer soit de personnes appa-
rentées, soit de personnes non apparentées, soit de
prix des logements proprement dits dans l’IPC. Le plus personnes appartenant à l’une et à l’autre catégorie.
souvent, il s’agit là de prix de marché observables, quoi-
3.92 Cette définition est essentiellement la même
que nombre de logements, en particulier dans les zones
que celle qui est adoptée pour les enquêtes sur le budget
rurales des pays en développement, soient construits par
des ménages et dans le SCN. Le champ de l’IPC est géné-
leurs propriétaires, auquel cas il faut quand même esti-
ralement limité aux ménages privés et exclut les ménages
mer leurs prix sur la base des coûts de production.
institutionnels tels que les groupes de personnes qui
3.88 L’inclusion des prix des logements dans l’IPC
vivent ensemble pendant une période indéterminée dans
implique une modification sensible du champ de l’indice.
les institutions religieuses, les hôpitaux résidentiels, les
Un logement est, à l’évidence, un actif et son acquisition
prisons ou les maisons de retraite. Cependant, les centres
relève de la formation de capital et non de la consomma-
de convalescence, les écoles et universités, les institutions
tion. Le même argument s’applique aux biens durables,
militaires, etc., ne sont pas traités comme des ménages
mais il existe une grande différence de degré entre un bien
institutionnels; on considère que leurs membres appar-
durable et un logement, comme en témoigne l’écart consi-
tiennent à leurs ménages privés respectifs. La définition
dérable entre leurs prix et leurs durées de vie utile. En
des ménages adoptée pour l’indice des prix à la consom-
principe, par conséquent, l’élargissement du champ de
mation harmonisé (IPCH) correspond toutefois à celle
l’IPC pour y inclure les logements implique que l’on y
qui est retenue dans le SCN 1993 et recouvre par consé-
ajoute la formation brute de capital fixe des ménages.
quent les ménages institutionnels.
3.89 Si elle a pour avantage de ne pas nécessiter
d’estimations des flux de services en capital ou des ser-
vices produits, cette solution s’écarte toutefois sensible- Types de ménages
ment du concept d’IPC traditionnel. Dans le cas des 3.93 Dans presque tous les pays, le champ adopté
biens durables comme des logements, on peut inclure pour l’IPC inclut autant de ménages privés que possible
dans l’IPC soit les acquisitions des actifs au prix du et ne se limite pas à ceux qui appartiennent à une caté-
marché, soit les prix estimés des flux de services, mais gorie socioéconomique particulière. Selon la règle ap-
pas les deux à la fois. De même que les flux de services plicable à l’IPCH, tous les ménages y sont inclus, quel
provenant des biens durables sont pour l’heure exclus que soit leur niveau de revenu.
de l’IPC parce que les acquisitions de ces biens y sont 3.94 Dans certains pays, toutefois, les ménages
incluses, de même les flux de services fournis par les extrêmement riches en sont exclus pour diverses rai-
logements devront en être exclus si les prix des loge- sons. Il se peut que leurs dépenses soient jugées très peu
ments y sont inclus. Comme expliqué au chapitre 23, représentatives, et que les données recueillies à leur
l’approche «acquisitions» risque d’attribuer une pondé- sujet au moyen d’enquêtes sur le budget des ménages
ration insuffisante aux biens durables et aux logements soient peu fiables. Le taux de réponse des ménages
dans le long terme car elle ne tient pas compte des coûts riches aux questionnaires de ces enquêtes est générale-
en capital des propriétaires des actifs. ment très faible. En outre, il peut s’avérer très coûteux

58
CONCEPTS ET CHAMP DE L’INDICE

de collecter les prix de certains des biens et services de l’indice obtenu doit être considéré comme un IPC pure-
consommation achetés exclusivement par les riches. Il y ment urbain et non national. Par exemple, les pays sui-
a des pays qui ne prennent pas en compte d’autres caté- vants ne prennent en considération que les ménages ur-
gories de ménages. Par exemple, l’IPC du Royaume- bains (pondérations des dépenses et prix) : Australie,
Uni exclut non seulement les 4 % des ménages qui ont États-Unis, Mexique, République de Corée et Turquie.
les revenus les plus élevés, mais aussi ceux qui vivent La plupart des pays développés autres que ceux cités
principalement sur la pension qu’ils reçoivent de l’État, utilisent généralement des pondérations recouvrant les
soit au total à peu près 15 % des ménages et 15 % des ménages urbains et ruraux, mais, dans presque tous les
dépenses. Le Japon et la République de Corée ne cas, la collecte des prix se limite aux zones urbaines.
tiennent pas compte des ménages qui vivent de l’agri- Certes, la délimitation entre zones urbaines et rurales
culture, de la sylviculture et de la pêche, ainsi que tous est inévitablement arbitraire et peut différer d’un pays
les ménages unipersonnels. Ces exclusions influent sur à l’autre. Par exemple, la France inclut dans la défini-
les pondérations des dépenses dans la mesure où la tion des zones urbaines les villages ayant à peine
structure des dépenses des groupes exclus diffère de 2.000 habitants.
celle des dépenses du reste de la population. 3.98 Les décisions concernant la couverture géo-
3.95 Outre un IPC (phare) officiel de vaste portée graphique (zones urbaines et/ou zones rurales) dépen-
établi à l’échelle nationale, nombre de pays publie dront de la distribution de la population et de la mesure
divers sous-indices pour les sous-secteurs de la popula- dans laquelle les schémas de dépenses et les mouve-
tion. Par exemple, la République tchèque établit des ments de prix tendent à être différents entre zones ur-
indices séparés pour : baines et zones rurales.
• tous les ménages; 3.99 Achats des résidents à l’étranger et achats des
• tous les salariés; non-résidents dans le pays. Des problèmes se posent
• les salariés avec enfants; lorsque les ménages effectuent des dépenses hors des
• les salariés à faible revenu; frontières du territoire ou du pays où ils sont résidents.
• les salariés, familles incomplètes; Le traitement de ces dépenses dépend de l’utilisation
• les retraités; principale de l’IPC. Pour l’analyse de l’inflation, c’est
• les retraités à faible revenu; la variation des prix dans le pays qui présente de l’inté-
• les ménages vivant à Prague; rêt. Ce qu’il faut alors, c’est un indice d’inflation recou-
• les ménages des communautés de plus de 5.000 vrant toutes les dépenses de consommation dites «inté-
habitants. rieures» qui sont effectuées à l’intérieur des frontières
3.96 En Inde, l’établissement de l’IPC a été motivé géographiques du pays, que ce soit par des résidents ou
par la nécessité de préserver le pouvoir d’achat des par des non-résidents. En ce sens, les indices des prix à
revenus des travailleurs; c’est ainsi que quatre IPC dif- la consommation harmonisés (IPCH) (voir l’annexe 1)
férents sont établis au niveau national pour les ménages sont des indices d’inflation intérieure. Ils excluent donc
de référence ayant à leur tête des ouvriers des caté- les dépenses de consommation effectuées par les rési-
gories suivantes : dents lorsqu’ils sont hors de leur pays (lesquelles
• ouvriers agricoles; entrent dans le champ des indices d’inflation des pays
• ouvriers industriels; où les achats ont eu lieu), et ils incluent les dépenses
• ouvriers du secteur rural; faites dans le pays par les résidents des autres pays.
• salariés non manuels du secteur urbain. Dans la pratique, il est parfois difficile d’estimer les
dépenses des visiteurs étrangers, car les enquêtes sur le
budget des ménages ne recouvrent pas les ménages non
Couverture géographique résidents, bien qu’il soit possible d’établir des estima-
3.97 Secteurs urbain et rural. Le champ géogra- tions pour certains produits en utilisant les données sur
phique est la couverture géographique des dépenses ou les ventes au détail ou en procédant à des enquêtes spé-
celle de la collecte des prix et, en principe, les deux ciales auprès des visiteurs. Ces questions prennent de
devraient coïncider, qu’il s’agisse d’un IPC national ou l’importance lorsque les achats transfrontaliers et l’acti-
régional. Dans la plupart des pays, les prix sont collectés vité touristique atteignent un niveau élevé.
seulement dans les zones urbaines, car leurs variations 3.100 Lorsque l’IPC sert à l’indexation des revenus
sont jugées représentatives de celles des prix dans les des résidents, il vaut peut-être mieux adopter le concept
zones rurales. En pareils cas, ce sont les pondérations de dépenses «nationales», qui recouvre toutes les
nationales qui sont appliquées et l’indice obtenu peut être dépenses des résidents, qu’elles soient effectuées à
considéré comme un IPC national. Si l’on s’attend à une l’intérieur ou hors du pays, y compris les achats à dis-
différence suffisamment marquée des mouvements des tance à des points de vente non-résidents, par exemple
prix entre zones urbaines et zones rurales — quoique les sur Internet, par téléphone ou par correspondance. Les
prix ne soient collectés que dans les zones urbaines en enquêtes sur le budget des ménages peuvent porter sur
raison de contraintes de ressources —, ce sont alors les tous ces types de dépenses, mais il pourrait être difficile
pondérations urbaines qui doivent être appliquées, et d’identifier le pays à partir duquel ces achats à distance

59
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

(sur l’Internet, par correspondance, etc.) sont effectués. 3.104 En fait, les offices statistiques d’un grand
Les prix versés pour les billets d’avion et les voyages nombre de pays se dirigent vers la mise en place de
organisés achetés sur le territoire du pays doivent eux bases de données sur les prix et les pondérations à partir
aussi être inclus. Il peut toutefois être difficile d’obtenir de laquelle sont calculés divers sous-indices.
le prix des biens et services achetés par les résidents
durant leur séjour à l’étranger, encore qu’il soit possible Couverture des points de vente
d’utiliser dans certains cas les sous-indices des IPC des
pays en question. 3.105 La couverture des points de vente est dictée
par le comportement d’acheteur des ménages de réfé-
3.101 Indices régionaux. Dans le cas des indices
rence. Comme indiqué ci-dessus, les prix entrant dans
régionaux, le concept de résidence s’applique à la
l’IPC sont ceux qui sont payés par les ménages. Dans la
région où le ménage réside. Il est alors possible de faire
pratique, toutefois, il n’est pas toujours possible de col-
la distinction entre les dépenses effectuées dans une
lecter les prix en s’adressant directement aux ménages,
région et les dépenses des résidents de cette région,
quoiqu’il soit de plus en plus facile, devant l’ampleur
laquelle est analogue à celle établie entre les concepts
prise par les ventes effectuées par l’intermédiaire de
de «dépenses intérieures» et de «dépenses nationales».
points de vente électroniques qui enregistrent les achats
Les points examinés au paragraphe 3.97 sont valables
et les prix correspondants et en fournissent un état im-
pour les indices régionaux. Les principes applicables
primé, de connaître le prix de transaction effectivement
aux achats transfrontaliers entre régions sont les mêmes
payé par les ménages. Pour l’instant, il est nécessaire
que ceux qui s’appliquent aux achats transfrontaliers au
d’obtenir principalement les prix auxquels les produits
niveau international, mais les données disponibles sont
sont mis en vente dans les magasins de détail ou autres
généralement différentes. Lorsque le champ de l’indice
points de vente. Tous les points de vente où la population
régional est défini de manière à inclure les achats effec-
de référence fait ses achats entrent dans le champ de
tués par les résidents d’une région durant leur séjour
l’IPC et doivent être inclus dans le cadre d’échantillon-
dans une autre région (à l’étranger), il est peu probable
nage utilisé pour la sélection des points de vente.
— même si les données sur les prix pour les autres
régions sont faciles à obtenir — que les données sur les 3.106 Les points de vente sont, par exemple :
dépenses fassent apparaître la distinction requise entre • les magasins de détail — de l’échoppe permanente de
les dépenses à l’intérieur de la région de résidence et les très petite dimension aux chaînes multinationales;
dépenses hors de cette région. • les étals de marché et les vendeurs de rue;
3.102 Il faut veiller au traitement uniforme des • les établissements fournissant des services aux mé-
achats transfrontaliers de toutes les régions. Autrement, nages — électriciens, plombiers, laveurs de vitres, etc.;
il risque d’y avoir double comptabilisation ou omission
• les prestataires de services de spectacles et loisirs;
de dépenses lorsque les données régionales sont agré-
gées. Dans le calcul de l’indice national par agrégation • les prestataires de services de santé et d’éducation;
des indices régionaux, les pondérations doivent être fon- • les établissements de vente par correspondance ou
dées sur les dépenses régionales et non uniquement sur par téléphone;
les données relatives à la population. • Internet;
3.103 Beaucoup de pays essaient de répondre aux
• les services publics;
besoins différents des nombreux utilisateurs de l’IPC en
construisant une famille d’indices à couvertures diffé- • les organismes et services gouvernementaux.
renciées, au premier rang desquels se trouve un IPC 3.107 Les principes régissant la sélection de l’échan-
(phare) officiel de vaste portée établi pour l’ensemble tillon de points de vente auprès desquels collecter les prix
du pays à l’échelle nationale. Dans quelques grands sont approfondis aux chapitres 5 et 6.
pays, les indices régionaux sont d’un usage plus répan-
du que l’IPC national, en particulier lorsque les indices Différences de prix
servent à l’indexation des revenus. C’est ainsi que, outre
3.108 Il y a différence de prix lorsque des biens ou
l’IPC phare, qui a la plus large couverture possible, des
services, en tous points identiques, sont vendus à des
sous-indices sont publiés pour
prix différents au même moment. Différents points de
• des sous-groupes de la population; vente peuvent vendre exactement le même produit à des
• des régions géographiques; prix différents ou le même produit peut être vendu à
• des catégories de produits spécifiques; les sous- partir d’un seul et même point de vente à des catégories
indices de l’IPC global (indice officiel recou- différentes de clients à des prix différents.
vrant tous les articles) qui sont publiés doivent 3.109 Si les marchés étaient «parfaits» au sens éco-
comporter un niveau de détail aussi élevé que nomique, des produits identiques seraient tous vendus
possible car les utilisateurs sont nombreux à s’inté- au même prix. S’il y avait plusieurs prix en vigueur sur
resser aux variations du prix de catégories de pro- le marché, tous les achats seraient effectués au prix le
duits spécifiques. plus bas. Cela implique que les produits vendus à des

60
CONCEPTS ET CHAMP DE L’INDICE

prix différents ne peuvent être identiques et doivent être 3.114 La discrimination par les prix peut compli-
d’une manière ou d’une autre qualitativement différents. quer l’établissement des indices de prix. Supposons, par
Lorsque les différences de prix sont en fait attribuables exemple, qu’un prestataire de services pratique une dis-
à des différences de qualité, elles ne sont qu’apparentes, crimination par âge en appliquant aux personnes du troi-
et non pures. En pareils cas, une variation du prix sième âge, c’est-à-dire âgées de 60 ans ou plus, le prix p2
moyen résultant de l’évolution de la structure des quan- et aux autres le p1 (p1 > p2). Supposons, en outre, que le
tités vendues à des prix différents tiendrait à une modifi- prestataire décide ensuite de redéfinir le concept de troi-
cation de la qualité moyenne des produits vendus. Cela sième âge pour l’appliquer aux personnes âgées de 70
influerait sur l’indice des volumes et non des prix. ans ou plus et de maintenir les prix inchangés par
3.110 Si les offices statistiques ne disposent pas ailleurs. Dans pareil cas, ni p1 ni p2 ne change, le prix
d’informations suffisantes sur les caractéristiques des payé par les personnes âgées de 60 à 70 ans change et le
biens et services vendus à des prix différents, ils doivent prix moyen payé par tous les ménages augmente.
déterminer si les différences de prix observées sont 3.115 Cet exemple illustre un point de principe.
pures ou seulement apparentes. La procédure par défaut Bien qu’aucun des prix, p1 et p2, indiqués par le pres-
la plus communément adoptée dans ces circonstances tataire de services ne change, les prix effectivement
est celle qui consiste à supposer que les différences de payés par certains ménages changent s’ils sont obligés
prix sont apparentes, hypothèse généralement retenue de passer de p2 à p1. Du point de vue des ménages, il
pour l’IPC et les comptes nationaux. y a eu variation du prix, dont l’IPC doit en principe
3.111 Cependant, les marchés sont rarement parfaits. tenir compte. Lorsque les prix sont collectés auprès des
L’une des raisons de la coexistence de prix différents vendeurs et non des ménages, une telle variation est
pour des produits identiques réside dans la possibilité peu susceptible d’être enregistrée.
pour les vendeurs de pratiquer la discrimination par les
prix. Ou il se peut tout simplement que les consomma- Différences de prix
teurs manquent d’informations et paient un prix plus entre points de vente
élevé par ignorance ou encore que les marchés ne soient
temporairement plus en équilibre par suite de chocs ou du 3.116 L’application de prix différents dans des
lancement de nouveaux produits. En conséquence, il faut points de vente différents pose des problèmes du même
reconnaître qu’il y a parfois des différences pures de prix. type. Les variations pures de prix sont, pour ainsi dire,
appelées à se produire lorsque le marché est imparfait,
ne serait-ce que parce que les ménages ne sont pas par-
Discrimination par les prix faitement informés. Lorsque s’ouvrent de nouveaux
3.112 La théorie économique montre que la discri- points de vente qui pratiquent des prix moins élevés que
mination par les prix tend à accroître le profit. Il se peut les autres, il se peut qu’il y ait un intervalle de temps
que cette pratique ne puisse s’appliquer aux biens parce durant lequel le même article est vendu à un prix dif-
qu’ils peuvent être revendus. Les acheteurs victimes de férent dans des points de vente différents en raison de
la discrimination n’acquerraient pas les biens directe- l’ignorance ou de l’inertie des consommateurs.
ment, mais essaieraient de persuader ceux qui peuvent 3.117 Il se peut que les ménages décident de passer
les acquérir aux prix le plus bas de le faire pour eux. Les d’un point de vente à un autre ou soient même obligés de
services, en revanche, ne peuvent être revendus, car il le faire car l’univers des points de vente est en évolution
n’y a pas transfert de propriété. constante, certains se fermant tandis que d’autres
3.113 La discrimination par les prix est une pratique s’ouvrent. Lorsque les ménages passent d’un point de
qui a l’air d’être extrêmement répandue, quasiment la vente à un autre, l’effet de cette décision sur l’IPC varie
norme, pour de nombreux types de services, dont les selon que les différences de prix sont pures ou appa-
services de santé, d’éducation et de transport. Par rentes. Lorsqu’elles sont pures, le changement de points
exemple, les personnes du troisième âge paient un tarif de vente modifie les prix moyens payés par les ménages.
moins élevé que les autres pour exactement les mêmes Cette variation doit être retracée par l’IPC. Par contre, si
types de services de santé ou de transport. Les droits les différences de prix tiennent à des différences de qua-
universitaires appliqués aux étudiants étrangers sont lité, le changement de points de vente modifie la qualité
supérieurs à ceux qu’acquittent les étudiants résidents. moyenne des produits achetés et influe en conséquence
Comme il est en outre facile de moduler la qualité des sur leur volume et non sur leur prix.
services en fonction de la catégorie de consommateurs, 3.118 La plupart des prix collectés en vue de l’éta-
il peut être difficile de déterminer dans quelle mesure les blissement de l’IPC sont les prix affichés, et non les prix
différences de prix observées tiennent à des différences de transaction effectivement payés par les ménages. Dans
de qualité ou à une pure discrimination par les prix. Il se ces conditions, les effets de l’abandon par les ménages
peut même que les vendeurs offrent des services assortis d’un point de vente pour un autre risquent de rester inob-
de modalités comportant des différences insignifiantes servés dans la pratique. Lorsque les différences de prix
ou fallacieuses selon la catégorie de clients ciblée de tiennent à des différences de qualité, la non-détection
manière à masquer leur pratique de discrimination. d’un tel changement n’introduit pas de biais dans l’IPC.

61
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

Acheter à un prix plus bas signifie que le produit acheté Traitement de certaines
est de qualité inférieure, ce qui n’affecte pas l’indice des
prix. Cependant, lorsque l’on a affaire à des différences dépenses des ménages
de prix pures, la non-détection de ce changement aura 3.121 Certaines des dépenses effectuées par les
tendance à introduire un biais positif dans l’indice, à sup- ménages ont un but autre que l’acquisition de biens et
poser que les ménages tendent à préférer les points de services pour leur consommation propre et n’entrent
vente qui pratiquent des prix plus bas. Ce biais potentiel donc pas dans le champ de l’IPC. L’une des grandes
est dit biais de substitution des points de vente. catégories de dépenses de ce type est celle des frais pro-
fessionnels des ménages.
Mise à jour des points de vente
3.119 Il y a une autre complication, qui tient au fait Commissions des agents et courtiers
que, dans la pratique, les prix sont collectés seulement 3.122 Lorsqu’une maison est achetée par un pro-
auprès d’un échantillon de points de vente et que cet priétaire-occupant, on peut soutenir que les coûts de
échantillon peut changer, soit parce que certains points transfert associés à l’achat (ou à la vente) doivent être
de vente se ferment et d’autres s’ouvrent, soit parce considérés comme des dépenses de consommation,
qu’il y a mise à jour délibérée de l’échantillon à inter- comme les frais de courtage encourus lorsque des actifs
valles réguliers. Lorsque les prix des points de vente financiers sont achetés ou vendus. Les commissions
nouvellement inclus dans l’échantillon sont différents payées à un agent pour l’achat ou la vente d’une maison
de ceux des points de vente précédents, il est ici encore sont incluses dans l’IPC national de nombreux pays,
nécessaire de déterminer si les différences de prix sont sous réserve que la maison soit occupée par son proprié-
apparentes ou pures. Si elles sont présumées apparentes, taire et non louée à une tierce partie.
l’écart entre le prix précédemment collecté auprès de
l’ancien point de vente et le prix recueilli auprès du nou-
veau n’est pas assimilé à une variation de prix entrant
Biens et services indésirables
dans la construction de l’IPC, la différence étant consi- ou illicites
dérée comme attribuable à une différence de qualité. 3.123 Tous les biens et services que les ménages
Comme expliqué plus en détail au chapitre 7, si cette achètent de leur propre gré pour satisfaire leurs besoins
hypothèse est correcte, les variations de prix enregis- et désirs personnels constituent des dépenses de con-
trées dans les nouveaux points de vente peuvent simple- sommation et entrent donc dans le champ de l’IPC, que
ment être raccordées à celles précédemment enregis- leur production, distribution ou consommation soient
trées dans les anciens points de vente sans introduire de légales ou qu’elles aient lieu dans l’économie souter-
biais dans l’indice. Le remplacement des anciens points raine ou sur le marché noir. Certains types de biens ou
de vente par de nouveaux n’a pas d’impact sur l’IPC. services ne doivent pas être exclus parce qu’ils sont
3.120 Cependant, si les différences de prix entre les jugés indésirables, nuisibles ou contestables. Ces exclu-
anciens et les nouveaux points de vente sont présumées sions pourraient être fort arbitraires et compromettre
pures, le raccordement simple décrit ci-dessus peut créer l’objectivité et la crédibilité de l’IPC.
un biais. Lorsque les ménages font varier le prix qu’ils • Premièrement, il convient de noter que certains biens
paient pour un produit en changeant de point de vente, les et services pourraient être jugés indésirables à cer-
variations du prix doivent être prises en compte dans tains moments et désirables à d’autres, et vice versa.
l’IPC. Comme précisé au chapitre 7, il semble que la plu- L’attitude des gens change à mesure qu’ils acquièrent
part des offices statistiques aient tendance à supposer que des informations, en particulier grâce aux progrès
les variations de prix ne sont pas pures et raccordent sim- scientifiques. De même, certains biens ou services
plement les nouvelles séries de prix aux anciennes. peuvent, à un moment déterminé, être jugés indésira-
Comme on ne peut pas supposer de façon réaliste que les bles dans certains pays mais pas dans d’autres. Le
marchés sont toujours parfaits et que les variations pures concept de biens indésirables est par nature subjectif
de prix ne se produisent jamais, ce procédé, quoique et quelque peu arbitraire et volatile.
d’usage répandu, est contestable et risque de donner lieu à
un biais positif. Il s’agit là du biais de mise à jour des • Deuxièmement, si l’on accepte que certains biens et
points de vente. On pourrait supposer, comme il a été pro- services puissent être exclus de l’indice parce qu’ils
posé, que toute variation de prix observée entre les an- sont indésirables, l’indice est alors sujet à manipula-
ciens et les nouveaux points de vente est à 50 % pure et à tion ou à des tentatives de manipulation de la part de
50 % imputable à une différence de qualité, en partant du groupes de pression.
principe que, quoique inévitablement arbitraire à certains • Troisièmement, il se peut que les tentatives faites par
égards, cette méthode reflète probablement davantage la les groupes de pression pour exclure certains biens ou
réalité que celle consistant à supposer que la variation est services soient dictées par une méconnaissance des
soit totalement pure, soit entièrement attribuable à des dif- implications d’une telle action. Par exemple, si l’IPC
férences de qualité (voir McCracken, Tobin, et al., 1999). sert à l’indexation des revenus, d’aucuns peuvent pen-

62
CONCEPTS ET CHAMP DE L’INDICE

ser qu’il n’y a pas lieu d’indemniser les ménages de la biens d’occasion sont fondées sur les dépenses nettes
hausse des prix de certains produits indésirables. des ménages, c’est-à-dire total des achats moins ventes.
Cependant, leur exclusion de l’indice n’a pas pour Le total des dépenses au titre d’un type particulier de
effet d’abaisser ce dernier. A priori, elle a autant de bien d’occasion est fonction du nombre de fois qu’il a
chances d’entraîner une hausse qu’une baisse de été acheté et vendu; autrement dit, plus le taux de rota-
l’IPC, selon que l’augmentation du prix de l’article en tion (nombre de transactions) est grand, plus le total des
question est inférieure ou supérieure à la moyenne dépenses est élevé. Un taux de rotation élevé ne signifie
pour les autres biens et services. Par exemple, si l’on toutefois pas que le nombre de fois qu’un bien particu-
décide d’exclure le tabac de l’IPC, et que la hausse du lier peut être utilisé à des fins de consommation est plus
prix des produits liés au tabac est inférieure à la grand ou que le flux de services pouvant être tiré de ce
moyenne, l’exclusion du tabac donne lieu en fait à bien est plus important.
une augmentation du revenu des fumeurs (comme des 3.128 Un ménage peut acheter des biens d’occasion
non-fumeurs). de plusieurs manières :
3.124 S’il est vrai que les biens et services que les • Directement à un autre ménage — le ménage vendeur
ménages choisissent de consommer de leur plein gré ne comptabilisera le produit de la vente en tant que
doivent pas, en principe, être exclus de l’IPC parce qu’ils recettes. Les dépenses nettes, c’est-à-dire dépenses
sont acquis dans l’économie souterraine, voire illégale- moins recettes, sont égales à zéro; aucune pondéra-
ment, il peut s’avérer impossible d’obtenir les données tion n’est donc affectée aux achats et ventes d’un
nécessaires sur les dépenses ou les prix, en particulier ménage à un autre.
lorsqu’il s’agit de biens et de services illicites. Ces der-
• À un autre ménage en passant par un intermédiaire
niers pourraient bien être exclus dans la pratique.
— en principe, les dépenses des ménages au titre des
services procurés par les intermédiaires sont données
Biens et services de luxe par la valeur de leur marge (écart entre le prix d’achat
3.125 Lorsque l’IPC est utilisé comme indice d’in- et le prix de vente). Ces services doivent être inclus
flation générale, il doit se rapporter à tous les ménages, dans l’IPC. Ils doivent être traités de la même maniè-
quelle que soit leur catégorie socioéconomique, et cou- re que les commissions d’agents tels que les auxiliai-
vrir tous les biens et services de consommation, indépen- res financiers. Les marges sont parfois extrêmement
damment de leur prix. De même, le champ d’un indice difficiles à estimer dans la pratique. Il y a lieu de tenir
servant à l’indexation des revenus doit inclure tous les compte des reprises en les comptabilisant comme
biens et services achetés par les ménages de référence, achats des intermédiaires et recettes des ménages.
qu’ils soient considérés comme des biens et services de • Directement à un autre secteur, c’est-à-dire à une
luxe ou autrement non essentiels ou indésirables. entreprise ou à l’étranger — avec pour pondération
3.126 Bien entendu, si les ménages de référence se les achats par les ménages de biens d’occasion aux
limitent à un groupe particulier de ménages, l’indice autres secteurs moins leurs ventes aux autres secteurs.
exclura en fait tous les articles qui sont achetés exclu-
sivement par les ménages n’appartenant pas à ce • À une entreprise ou à l’étranger en passant par un
groupe. Par exemple, si l’on ne tient pas compte des 5 % intermédiaire — la pondération est ici fondée sur
les plus riches des ménages, cela revient, dans la pra- les achats des ménages aux intermédiaires moins les
tique, à exclure de nombreux articles de luxe du champ ventes des ménages à ces derniers plus la marge glo-
de l’indice. Comme indiqué ci-dessus, ces ménages bale des intermédiaires sur les produits qu’ils
peuvent être exclus pour diverses raisons, dont le man- achètent et revendent aux ménages. Les reprises
que de fiabilité des données sur leurs dépenses et le fait doivent être considérées comme faisant partie des
que la collecte des prix de certains articles achetés ventes des ménages (dans le cas des voitures, la pon-
exclusivement par une infime minorité de ménages ne dération affectée aux voitures neuves ne doit pas
soit pas rentable. Une fois le groupe de ménages de inclure la déduction correspondant à la valeur des
référence choisi et défini, toutefois, il n’y a pas à déci- reprises).
der s’il faut exclure certaines de leurs dépenses qui sont 3.129 Dans certains pays, un grand nombre des
considérées comme étant non essentielles ou de luxe. biens durables achetés par les ménages, en particulier
les véhicules, sont parfois des biens d’occasion im-
portés d’autres pays. Les prix de ces biens et les
Biens d’occasion dépenses y afférentes entrent dans le champ de l’IPC,
3.127 Il existe, pour la plupart des biens durables, tout comme ceux des biens neufs. De même, il se peut
un marché de l’occasion. Les dépenses des ménages que, dans certains pays, les achats nets de véhicules
incluent les dépenses d’acquisition de biens d’occasion d’occasion par les ménages aux entreprises soient
et celles-ci entrent donc dans le champ de l’IPC. importants, ces véhicules étant affectés, dans l’indice,
Cependant, les ventes de biens durables par les ménages d’une pondération plus élevée que les véhicules neufs
constituant des dépenses négatives, les pondérations des achetés par les ménages.

63
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

Dépenses imputées les consommateurs, y compris les taxes sur les produits
de biens et services et compte tenu de tous les rabais et subventions et de la
plupart des remises, même s’ils sont discriminatoires ou
3.130 Comme expliqué dans les sections précé- conditionnels. Il est toutefois quasiment impossible de
dentes, un grand nombre de biens et services acquis et tenir compte de tous les rabais et remises dans la pra-
utilisés par les ménages pour leur propre consommation tique et il faut donc recourir à des compromis pratiques
finale ne sont pas achetés dans le cadre de transactions raisonnables. À ce sujet, des recommandations ainsi que
monétaires mais acquis dans des opérations de troc ou à des exemples sont présentés au chapitre 6.
titre de rémunération en nature ou sont produits par les
3.134 Lorsque les ménages achètent des produits à
ménages eux-mêmes. Il est possible d’estimer ce que les
leur prix de marché intégral et que la somme versée leur
ménages auraient payé s’ils avaient acquis ces biens et
est ensuite remboursée en partie par l’État ou un régime
services dans des transactions monétaires ou ce qu’il
de sécurité sociale, il faut porter dans l’IPC le prix de
leur coûte pour les produire. En d’autres termes, une
marché moins le montant remboursé. Ce type de procédé
valeur peut être imputée à ces dépenses non monétaires.
est courant pour les dépenses d’éducation et de santé.
3.131 Le bien-fondé de l’inclusion des dépenses
imputées dans le champ de l’IPC dépend principale-
ment du but principal de l’indice. Si l’IPC sert à mesu- Taxes et subventions
rer l’inflation, on peut faire valoir que seules les 3.135 Toutes les taxes sur les produits, comme les
dépenses monétaires devraient y être incluses. L’infla- taxes sur les ventes, les droits d’accise et la taxe sur la
tion est un phénomène monétaire dont l’ampleur est valeur ajoutée (TVA), font partie du prix d’achat payé
mesurée par les variations des prix monétaires qui res- par les consommateurs qui entre dans l’IPC. De même,
sortent des transactions monétaires. Même lorsque il faut tenir compte des subventions, qui sont traitées
l’IPC est principalement utilisé comme instrument comme des taxes négatives sur les produits.
d’indexation, on peut soutenir qu’il devrait rendre 3.136 À des fins analytiques et pratiques, il peut
compte seulement des variations des prix monétaires être utile d’estimer un IPC qui mesure les mouvements
effectivement payés par la population de référence. des prix, non compris ceux qui sont dus aux variations
Conformément à l’objectif de suivi de l’inflation au sein des taxes et subventions. Pour les responsables moné-
de l’Union européenne, Eurostat a établi l’Indice des taires, les hausses de prix résultant des variations des
prix à la consommation harmonisé (IPCH) pour mesurer taxes indirectes ou des subventions ne font pas partie du
l’inflation à laquelle doivent faire face les consomma- processus inflationniste sous-jacent, mais sont attri-
teurs. Le concept de «dépense monétaire de consomma- buables à l’usage qu’ils font eux-mêmes de ces leviers
tion finale des ménages» (DMCFM) adopté dans économiques. De même, lorsqu’un IPC est utilisé à des
l’IPCH définit à la fois les biens et services à couvrir et fins d’indexation, toute augmentation de l’IPC qui ré-
la notion de prix à utiliser, c’est-à-dire les prix nets des sulte d’un relèvement des impôts indirects donne lieu à
remboursements, subventions et rabais. La DMCFM se une hausse des salaires et avantages sociaux indexés sur
rapporte seulement aux transactions monétaires et ne l’IPC, bien que la majoration des impôts ait pu avoir
recouvre ni l’autoconsommation (par exemple les pro- pour but de réduire le pouvoir d’achat des consom-
duits agricoles ou les services de logement des proprié- mateurs. Ou encore, il se peut que les subventions aient
taires–occupants), ni la consommation de biens et ser- été accrues en vue de stimuler la consommation, mais la
vices reçus à titre de revenus en nature. baisse des prix qui en résulte pourrait être contrebalan-
3.132 Lorsque l’IPC sert d’indice du coût de la vie, cée par une hausse plus faible des salaires et avantages
certaines dépenses imputées sont normalement incluses sociaux indexés.
dans le champ de l’IPC car les biens et services acquis 3.137 Indices des prix nets. On peut établir des
dans des transactions non monétaires influent sur le indices de prix nets dans lesquels les taxes sur les biens ou
niveau de vie des ménages. Comme indiqué ci-dessus, services de consommation sont déduites du prix d’achat et
la plupart des pays y incluent les dépenses imputées des les subventions leur sont rajoutées. Cependant, ces indices
ménages au titre des services de logement produits par ne montrent pas nécessairement comment les prix
les propriétaires–occupants, mais non les dépenses im- auraient évolué sans les taxes ou sans leurs variations.
putées de biens tels que les produits agricoles destinés à Chacun sait combien il est difficile d’estimer l’incidence
l’autoconsommation. véritable des taxes sur les produits : c’est-à-dire dans quel-
le mesure les taxes ou subventions, ou leurs variations,
sont répercutées sur le consommateur. Il est également
Couverture des prix difficile de tenir compte des effets secondaires des varia-
3.133 L’IPC doit rendre compte de l’expérience des tions des taxes. Pour estimer ces effets, on peut utiliser une
consommateurs auxquels il se rapporte et doit donc faire analyse entrées-sorties, qui consiste à retracer l’effet
état des prix que ces derniers paient pour les biens et cumulatif des taxes et subventions aux divers stades de
services qui entrent dans le champ de l’indice. Les dé- production. Par exemple, une partie des taxes sur les car-
penses et prix enregistrés sont ceux qui sont payés par burants entrera dans le prix de transport des biens, qui

64
CONCEPTS ET CHAMP DE L’INDICE

entrera lui-même en partie dans le prix payé pour les biens 3.141 La démarcation entre rabais et remise peut
de consommation par les détaillants et, partant, dans le être floue et s’exprime peut-être le mieux en termes de
prix qu’ils appliqueront aux consommateurs. Le tableau temps. Autrement dit, un rabais prend effet au moment
entrées-sorties, qui est nécessaire pour retracer tous ces de l’achat et la remise quelque temps après. Selon cette
effets, doit être beaucoup plus détaillé et à jour que celui définition, les bons de réduction sont des rabais et,
dont disposent la plupart des pays. Il est donc plus pra- comme dans le cas des rabais conditionnels susmention-
tique de limiter tout simplement les taxes et subventions nés, ne peuvent être pris en compte dans l’IPC que s’ils
en fonction desquelles les prix sont corrigés à celles qui se rapportent à un produit donné et si le pourcentage de
sont appliquées au stade final de la vente au détail, c’est-à- clients se prévalant de l’offre est connu au moment de
dire principalement à la TVA, aux taxes sur les ventes et l’établissement de l’indice. Comme cela n’est guère pro-
aux droits d’accise. Il est plus facile d’estimer les prix nets bable, l’effet des bons de réduction est généralement
de ces seules taxes ou de les corriger des variations de ces exclu de l’IPC. Il convient de noter que la réduction n’est
taxes. Dans le cas d’une taxe sur les ventes ou de la TVA enregistrée que lorsque le bon est utilisé, et non lorsque
(en pourcentage), le calcul est simple, mais pour les droits le bon est offert pour la première fois au consommateur.
d’accise, il est nécessaire de déterminer le pourcentage de 3.142 Les remises peuvent être accordées sous
marge du détaillant, car le droit d’accise sera lui aussi forme d’un produit déterminé, par exemple de miles
majoré de ce pourcentage. aériens, ou peuvent être d’ordre plus général, comme les
programmes de fidélisation des supermarchés dans les-
Rabais, remises, ristournes, quels un bon de 10 dollars est accordé pour chaque tran-
programmes de fidélisation che de 200 dollars dépensée. Comme dans le cas des
et produits «gratuits» rabais examinés ci-dessus, les remises ne peuvent être
traitées comme des réductions de prix que si elles se
3.138 L’IPC doit tenir compte des effets des remises, rapportent à des produits déterminés et peuvent être
des programmes de fidélisation et des bons de réduction. pondérées en fonction du pourcentage de clients qui
Comme il se rapporte, par définition, à tous les ménages s’en prévalent. Les primes offertes sous forme de pro-
de référence, de l’ensemble du pays ou d’une région par- duits «gratuits» aux consommateurs, qui en reçoivent
ticulière, il y a lieu d’inclure les rabais, même s’ils ne ainsi une quantité plus grande ou «deux paquets pour le
sont accordés qu’à certains ménages ou aux consomma- prix d’un», doivent être considérées comme des réduc-
teurs répondant à certains critères de paiement. tions de prix, mais elles peuvent être ignorées dans la
3.139 Il peut être difficile, pour des raisons pra- pratique quand l’offre est temporaire et rapidement reti-
tiques, d’enregistrer les rabais discriminatoires ou con- rée. Lorsqu’il y a changement permanent de la taille du
ditionnels. Lorsque seul un groupe déterminé de paquet, il faut procéder à un ajustement pour tenir
ménages peut bénéficier d’un certain rabais sur un pro- compte de la qualité (voir chapitre 7).
duit donné, la strate initiale pour ce produit est divisée
3.143 Face aux difficultés éprouvées dans la pra-
en deux nouvelles strates, chacune enregistrant une
tique à enregistrer correctement tous ces types de réduc-
variation de prix différente et nécessitant une pondéra-
tion de prix, il n’est généralement tenu compte des
tion. C’est pourquoi, à moins que les dépenses de la
rabais et remises que s’ils sont inconditionnels, tandis
période de base pour toutes les strates possibles ne
que les programmes de fidélisation, bons de réduction et
soient connues, il n’est pas possible de rendre compte
autres incitations sont ignorés. Les rabais accordés au
correctement des rabais discriminatoires. De même,
cours des soldes saisonnières peuvent être enregistrés
dans le cas des rabais conditionnels, par exemple les
sous réserve que la qualité des biens ne change pas.
rabais sur les factures de services publics pour paiement
rapide, il peut être difficile de rendre compte de l’effet
d’offres de ce genre si l’on ne dispose pas de données Classification
sur le pourcentage de clients qui y répondent. Ce genre
de problème pratique se pose lorsqu’il y a discrimina- 3.144 Le système de classification sur lequel repose
tion par les prix et que les vendeurs modifient les cri- tout IPC est la structure essentielle à bien des stades de
tères de définition des groupes auxquels un prix diffé- l’élaboration de cet indice. À l’évidence, il fournit la
rent est appliqué, amenant ainsi certains ménages à structure de pondération et d’agrégation nécessaire à cet
payer plus ou moins qu’avant sans changer le prix pro- effet, mais il fournit également le système de stratification
prement dit. Ces cas sont approfondis au chapitre 7. des produits dans le cadre d’échantillonnage, au moins
3.140 S’il vaut mieux enregistrer toutes les varia- jusqu’à un certain niveau de détail, et il détermine l’éven-
tions de prix, il est également important de s’assurer que tail des sous-indices disponibles à des fins de publication.
la qualité des biens ou services dont les prix sont collec- Plusieurs facteurs doivent être pris en compte dans l’éla-
tés ne change pas elle aussi. Certes, ce sont des prix au boration d’un système de classification pour l’IPC.
rabais qui sont collectés en période de soldes générales, • Premièrement, la classification doit refléter la réalité
mais il y a lieu de vérifier que la qualité des produits économique. Par exemple, il doit être possible de
dont le prix est recueilli ne s’est pas dégradée. tenir compte des nouveaux biens et services d’une

65
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

manière propre à réduire au minimum le besoin de produits sur la base de certains critères théoriques ou
restructurer ultérieurement les catégories de niveau définis par l’utilisateur, tels que :
plus élevé. La restructuration n’est pas à recomman- • Le type de produit — les dépenses peuvent être agré-
der car beaucoup d’utilisateurs ont besoin de séries gées selon :
longues, qui seraient alors interrompues.
– les caractéristiques physiques des biens et la nature
• Deuxièmement, les besoins des utilisateurs en matière des services; par exemple, les biscuits secs peuvent
de sous-indices doivent revêtir une haute priorité dans être répartis entre les biscuits au chocolat et les
l’établissement des groupes d’agrégats. C’est ainsi que, autres. Ce critère peut être appliqué de façon signi-
si certains utilisateurs s’intéressent particulièrement aux ficative jusqu’au niveau de détail le plus poussé, et
variations des prix des produits alimentaires, par sert de base à la Classification centrale des pro-
exemple, la classification doit fournir des détails suffi- duits, version 1.0 (Division de statistique des
sants à cet égard. Nations Unies, 1998b);
• Troisièmement, dans tout système de classification, – l’activité économique génératrice du produit. Le
les catégories doivent être sans équivoque mutuelle- modèle de classification internationale est la
ment exclusives tout en couvrant tous les produits Classification Internationale Type par Industrie, de
considérés comme entrant dans son champ d’applica- toutes les branches d’activité économique (CITI),
tion. D’un point de vue pratique, cela signifie que l’on Révision 3.1 (Division de statistique des Nations
doit pouvoir facilement affecter une dépense ou un Unies, 2002);
prix donné à une catégorie, et une seule, du système
de classification. – le processus de production;
3.145 La disponibilité et la nature des données – le type de point de vente où le produit a été acheté;
elles-mêmes influeront sur la conception du système de
– l’origine géographique du produit.
classification. La disponibilité des données sur les
dépenses et les prix déterminera le niveau de détail le • La fonction des produits, par exemple procurer des
plus faible qui puisse être atteint. À l’évidence, il n’est aliments, un abri, des services de transport, etc. Le
pas possible d’établir un indice séparé pour un produit modèle de classification internationale est la COICOP.
lorsque ni les pondérations ni les prix ne sont connus. • L’environnement économique : les dépenses pour-
Au niveau de détail le plus élevé, une forte variance des raient être agrégées suivant des critères tels que
mouvements de prix ou des séries connexes indiquera
où des catégories devront être ajoutées. Conformément – l’interchangeabilité des produits;
aux méthodes d’échantillonnage types, la stratification – la complémentarité des produits;
doit réduire au minimum la variance intrastrate tout en
maximisant la variance interstrate. C’est ce que la clas- – l’application de taxes sur les ventes, de subven-
sification doit refléter. tions à la consommation, de droits d’accise, de
droits de douane, etc.;
Critères de classification – les importations en provenance de différents pays
des dépenses de consommation (dans certains cas, la classification des produits
exportables pourrait présenter de l’intérêt).
3.146 Bien qu’une classification puisse être conçue
conformément à la théorie économique ou en fonction
des besoins des utilisateurs suivant une approche des- Classification par type de produit
cendante, dans la pratique, le statisticien recueille des 3.148 Lorsqu’un indice des prix doit être établi
données sur les divers produits et les agrège ensuite en pour des groupes de produits déterminés, c’est la classi-
se conformant au système de classification (approche fication par type de produit qu’il faut adopter. Une clas-
ascendante). Par exemple, les unités de la Nomenclature sification de ce genre peut répondre à plusieurs des cri-
des fonctions de la consommation individuelle (COI- tères indiqués ci-dessus; c’est le cas, par exemple, de la
COP) sont des dépenses d’acquisition de biens et ser- Classification des produits associée aux activités (CPA)
vices de consommation et non des dépenses par fonc- de la Communauté économique européenne (Eurostat,
tions proprement dites. Les divisions 01 à 12 de la 1993), qui est liée à la CPC au niveau de détail et à la
COICOP convertissent ces statistiques de base en CITI au niveau agrégé.
classification fonctionnelle en regroupant les divers 3.149 Inévitablement, les enquêteurs et les statis-
biens et services qui sont considérés comme servant à ticiens chargés d’établir l’indice rencontreront des pro-
un but particulier (nourrir le corps, le protéger contre les duits pour lesquels il n’existe pas de catégories
intempéries, prévenir et guérir les maladies, acquérir détaillées ou de sous-catégories, par exemple les pro-
des connaissances, voyager, etc.). duits entièrement nouveaux ou les produits hybrides qui
3.147 Les classifications des dépenses sont des sys- sont un composé de produits existants. C’est là un pro-
tèmes qui consistent à agréger les dépenses au titre des blème qui se pose souvent dans le cas des produits de

66
CONCEPTS ET CHAMP DE L’INDICE

haute technologie, les biens et services de télécommuni- autres chaussures de sport pour tous les jours ou pour le
cation et les produits alimentaires sous forme de «repas loisir, qui sont classées sous «Articles d’habillement et
prêts-à-déguster». En un premier temps, les dépenses au chaussures», et non sous «Loisirs et culture».
titre de ces produits peuvent être comptabilisées au 3.154 Les statisticiens nationaux peuvent décider
poste «autres» ou n.c.a. (non classé ailleurs), mais, de classer ailleurs les produits à fonctions multiples s’ils
lorsqu’elles atteignent un niveau élevé, il faut les classer jugent ce reclassement plus adapté au cas de leur pays.
séparément. Ce nouveau classement doit être expliqué dans une note
de bas de page.
Classification par fonction 3.155 Biens et services à fonctions mixtes. Une
3.150 Si le statisticien chargé d’établir l’IPC seule dépense est parfois enregistrée pour rendre
cherche à mesurer la variation du coût à encourir pour compte de l’acquisition d’un groupe de biens et services
satisfaire des besoins particuliers, il devra recourir à une servant à deux ou plusieurs usages différents. Par
classification par fonction. La COICOP comporte 12 exemple, l’achat d’un voyage organisé (tout compris)
divisions qui font apparaître, au niveau le plus élevé, des inclura le paiement de services de transport, d’héberge-
catégories fonctionnelles et, au-dessous de ce niveau, ment et de restauration, et l’achat de services d’éduca-
des groupes et classes de produits. En d’autres termes, tion peut inclure le paiement de services de santé, de
les produits sont classés sous des rubriques fonction- transport, d’hébergement, de matériel éducatif, etc.
nelles. L’affectation des produits est compliquée par 3.156 Les dépenses au titre de biens et services à
l’existence de produits à fonctions multiples (un seul et deux ou plusieurs fonctions sont traitées au cas par cas
même produit qui peut servir à des usages divers), en vue d’assurer une classification fonctionnelle aussi
comme l’électricité, les produits (composites) à fonc- précise que possible et compatible avec des considéra-
tions mixtes, tels que les voyages organisés, qui incluent tions d’ordre pratique ayant trait à la disponibilité des
le transport, l’hébergement, les repas, etc. données. C’est ainsi que les achats de voyages organisés
sont classés sous «Forfaits touristiques», sans classifica-
3.151 Biens et services à fonctions multiples. La
tion séparée par fonctions telles que le transport, l’héber-
majorité des biens et services peuvent être sans aucune
gement et la restauration. En revanche, les paiements de
ambiguïté affectés à un usage et un seul, mais certains
services éducatifs doivent être autant que possible venti-
pourraient, de façon plausible, avoir plusieurs fonctions.
lés entre «Enseignement», «Santé», «Transports», «Res-
C’est le cas, par exemple, des carburants, qui peuvent
taurants et hôtels» et «Loisirs et culture».
alimenter les moteurs des véhicules classés au poste des
transports aussi bien que des véhicules classés au poste 3.157 Deux autres exemples de produits à fonctions
des loisirs ou les motoneiges et les bicyclettes, qui mixtes sont les services aux hospitalisés, qui incluent le
peuvent être achetés pour servir de moyens de transport traitement médical, l’hébergement et les repas; et les
ou de matériel de loisir. services de transport pour lesquels les repas et l’héber-
gement sont inclus dans le prix du billet. Dans les deux
3.152 La règle générale régissant l’établissement
cas, les fonctions ne sont pas comptabilisées séparé-
d’une COICOP est de classer les biens et services à
ment. Les achats de services aux hospitalisés sont clas-
fonctions multiples dans la division correspondant à la
sés sous «Services hospitaliers» et les achats de services
fonction prédominante. C’est ainsi que les carburants
de transport (hébergement et repas compris) sous
relèvent de la division «Transports». Lorsque la fonc-
«Services de transport».
tion prédominante varie d’un pays à l’autre, les biens et
services à fonctions multiples ont été affectés à la divi-
sion qui rend compte de leur principale fonction dans Classifications pour les indices
les pays où le produit en question est particulièrement des prix à la consommation
important. C’est ainsi que les motoneiges et les 3.158 Dans la pratique, la plupart des pays utilisent
bicyclettes ont été classées à la division «Transports» un système de classification hybride pour établir leur IPC,
car c’est à cet usage qu’ils servent habituellement dans en ce sens que les dépenses sont classées par fonction au
les régions où la plupart des véhicules de ce type sont plus haut niveau et par type de produit au-dessous de ce
achetés — c’est-à-dire l’Amérique du Nord et les pays niveau. Dans certains pays, les classifications fonctionnel-
nordiques dans le cas des motoneiges, et l’Afrique, les adoptées au niveau le plus élevé ont été mises au point
l’Asie du Sud-Est, la Chine et les pays plats de l’Europe il y a de nombreuses années pour les IPC initialement con-
du Nord pour ce qui est des bicyclettes. çus afin de mesurer la variation du coût d’un panier de
3.153 Comme autres exemples de produits à fonc- biens et services considérés alors comme nécessaires pour
tions multiples de la COICOP, on peut citer : les ali- survivre ou maintenir un niveau de vie «de base». Les
ments consommés hors de chez soi, qui sont classés classifications étaient donc fondées sur les besoins des
sous «Restaurants et hôtels» et non sous «Produits ali- consommateurs, «besoins» dont la définition a pu être
mentaires et boissons non alcoolisées»; les fourgon- plus ou moins subjective selon les impératifs politiques.
nettes de camping, qui relèvent des «Loisirs et culture» 3.159 La pratique recommandée aujourd’hui est
et non des «Transports»; les chaussures de basket et celle qui consiste à conserver la classification fonction-

67
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

nelle au plus haut niveau, avec ventilation par type de • la division 14 a trait aux dépenses de consommation
produit au-dessous, tout en appliquant autant que pos- individuelle des administrations publiques.
sible les classifications internationales types récemment La classification fait apparaître trois niveaux de détail :
établies et en les adaptant aux besoins du pays, le cas
• division ou niveau à 2 chiffres, par exemple 01.
échéant. En d’autres termes, il y a lieu d’utiliser les
Produits alimentaires et boissons non alcoolisées;
divisions 01 à 12 de la COICOP et d’y intégrer, aux
deux niveaux de détail suivants, les classes et sous- • groupe ou niveau à 3 chiffres, par exemple 01.1
classes de produits de la Classification centrale des pro- Produits alimentaires;
duits (CPC). • classe ou niveau à 4 chiffres, par exemple 01.1.1 Pain
et céréales.
Niveau de publication 3.164 Les 12 divisions qui se rapportent aux
3.160 Comme indiqué ci-dessus, toute restructu- ménages comportent 47 groupes et 117 classes et sont
ration de la classification des indices publiés créera des présentées à l’annexe 2. Au-dessous des classes, les sta-
difficultés pour les utilisateurs et doit, autant que pos- tisticiens chargés d’établir l’IPC iront davantage dans le
sible, être évitée. Pour cela, il faut, en premier lieu, pla- détail en subdivisant les classes en fonction de leurs
nifier et établir avec soin le système de classification impératifs nationaux. Bien entendu, il est clairement
qui sera utilisé. Il s’agit de fournir aux utilisateurs préférable de conserver la structure de base de la COI-
autant de détails qu’ils veulent en termes d’indices de COP au niveau le plus élevé pour assurer la comparabi-
produit et de pondérations tout en se ménageant la pos- lité entre les pays et entre les différents usages de la
sibilité de restructurer la classification aux niveaux les COICOP (IPC, statistiques des dépenses des ménages,
plus bas (non publiés) sans aucun effet apparent sur les agrégats de comptabilité nationale).
séries publiées. 3.165 Il y a des classes de la COICOP qui ne sont
3.161 Les échantillons d’articles situés au-dessous pas nécessairement incluses dans la plupart des IPC ou
du niveau auquel les pondérations sont publiées pour lesquelles il n’est pas possible de recueillir directe-
peuvent être modifiés entre deux grandes révisions des ment auprès des ménages des données sur les dépenses
pondérations. Comme expliqué au chapitre 9, les nou- correspondantes. Par exemple, la COICOP comporte une
veaux articles et variétés, et les articles et variétés de classe pour les loyers fictifs des propriétaires–occupants
remplacement, peuvent eux aussi être pris en compte qui n’entre pas dans le champ de certains IPC. La COI-
sous réserve qu’ils entrent dans une catégorie de pro- COP comporte également une classe où sont comptabili-
duits pour lesquels des pondérations sont publiées. Un sés les services d’intermédiation financière indirecte-
nouveau produit important, par exemple un ordinateur ment mesurés, laquelle est exclue du champ de certains
personnel, ne pourrait être inclus qu’au moment d’une IPC car il est difficile de les évaluer dans la pratique.
grande révision des pondérations, alors que les télé- Quoi qu’il en soit, les données sur les dépenses au titre
phones mobiles pourraient être inclus à tout moment si de ces services ne peuvent être recueillies à l’aide
les pondérations publiées au niveau le plus bas de la d’enquêtes sur le budget des ménages. De même, la
catégorie des télécommunications sont celles des ser- COICOP fait apparaître un groupe de dépenses au titre
vices téléphoniques. de la rémunération de services d’assurance, qui relèvent
du champ de l’IPC mais ne peuvent être évaluées à l’aide
Nomenclature des fonctions de la d’enquêtes auprès des ménages.
consommation individuelle (COICOP) 3.166 Type de produit. Les classes de la COICOP
3.162 Structure de la COICOP. Le modèle de clas- se divisent en : services (S), biens non durables (ND),
sification internationale des dépenses de consommation biens semi-durables (SD) et biens durables (D). Cette
individuelle est la Nomenclature des fonctions de la subdivision supplémentaire permet d’autres applica-
consommation individuelle (COICOP). C’est une clas- tions analytiques. Par exemple, il se peut qu’il soit
sification fonctionnelle qui est utilisée également dans nécessaire d’estimer le stock de biens de consommation
le SCN 1993 et porte sur les dépenses de consommation durables détenu par les ménages, auquel cas les biens
individuelle de trois secteurs institutionnels, à savoir les inclus dans les classes de la COICOP qui se rapportent
ménages, les institutions sans but lucratif au service des aux «biens durables» fournissent les éléments de base
ménages (ISBLSM) et les administrations publiques. pour ces estimations.
Les dépenses de consommation individuelle sont celles 3.167 Comme indiqué ci-dessus, un bien est non
qui bénéficient aux particuliers ou aux ménages. durable ou durable selon qu’il est utilisable seulement
3.163 La COICOP comporte 14 divisions : une seule fois ou de façon répétée ou continue sur une
période beaucoup plus longue qu’un an. En outre, les
• les divisions 01 à 12 se rapportent aux dépenses de
biens durables, comme les automobiles, réfrigérateurs,
consommation finale des ménages;
machines à laver et télévisions, ont une valeur d’acqui-
• la division 13 porte sur les dépenses de consomma- sition relativement élevée. Les biens semi-durables
tion finale des ISBLSM; diffèrent des biens durables en ce que leur durée d’utili-

68
CONCEPTS ET CHAMP DE L’INDICE

sation escomptée, quoique supérieure à un an, est sou- Les biens ci-après sont considérés comme semi-durables :
vent sensiblement plus courte et leur valeur d’acqui- • articles d’habillement et chaussures;
sition nettement moins élevée. En raison de l’impor-
tance attachée aux biens durables, les catégories de • articles de ménage en textiles;
biens qualifiés de durables dans la COICOP sont pré- • petits appareils ménagers électriques;
sentées ci-après :
• verrerie, vaisselle et ustensiles de ménage;
• meubles, articles d’ameublement, tapis et autres revê-
tements de sol; • pièces détachées de véhicules;
• gros appareils ménagers; • matériel d’enregistrement;
• outillage et autre matériel pour la maison et le jardin; • jeux, jouets, passe-temps, équipement de sport, maté-
riel de camping, etc.
• appareils et matériels médicaux;
3.168 Certaines classes de la COICOP incluent à la
• véhicules; fois des biens et des services car il est difficile, dans la
• matériel de téléphonie et de télécopie; pratique, de les subdiviser en biens et services. Ces
classes sont généralement accompagnées d’un (S)
• matériel audiovisuel, photographique et de traite- lorsque les services sont considérés comme étant la com-
ment de l’information (à l’exception du matériel posante prédominante. De même, il existe des classes
d’enregistrement); qui regroupent à la fois des biens non durables et des
• biens durables importants à fonction récréative; biens semi-durables, ou à la fois des biens semi-durables
et des biens durables. Ici encore, ces classes sont accom-
• appareils électriques à usage personnel; pagnées du sigle (ND), (SD) ou (D) selon le type de bien
• bijoux, horloges et montres. qui est considéré comme étant le plus important.

69
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

Appendice 3.1 Indices des prix des dépenses et prix imputés pour les produits agricoles
ou autres biens destinés à l’autoconsommation qui sont
à la consommation et déflateurs inclus dans les comptes nationaux.
des prix en comptabilité nationale
1. L’objet du présent appendice est d’expliquer Horizon temporel
pourquoi et en quoi les indices des prix à la consomma- 4. La plupart des IPC mesurent les variations des
tion (IPC) diffèrent des indices des prix qui sont utilisés prix entre deux dates ou sur un intervalle de temps très
comme déflateurs des dépenses de consommation des court, par exemple une semaine. En comptabilité natio-
ménages en comptabilité nationale. Les différences nale, les indices de prix servent de déflateurs des
entre ces deux types d’indice des prix sont souvent dépenses agrégées sur de longues périodes de temps, en
peu connues. général un an. Il est peu probable que la méthode de cal-
cul des IPC annuels, qui consiste à faire la moyenne des
Couverture des ménages IPC mensuels ou trimestriels, soit conforme, sur le plan
2. Les catégories de ménages couvertes par l’IPC et conceptuel, à celle des indices des prix annuels de la
celles qui relèvent de la comptabilité nationale ne sont comptabilité nationale.
intentionnellement pas les mêmes, les premières étant
généralement plus restreintes. Les dépenses de consom- Formules de calcul des indices
mation des ménages en comptabilité nationale sont les 5. Les formules de calcul des IPC et celles qui
dépenses effectuées par tous les ménages, y compris les servent à calculer les indices en comptabilité nationale
ménages institutionnels, résidents dans le pays ou la ne sont pas les mêmes. Dans la pratique, la plupart des
région, que ces dépenses soient faites à l’intérieur ou IPC sont généralement établis à l’aide de la formule de
hors du pays ou de la région de résidence. L’IPC couvre Lowe, qui fait intervenir les quantités d’une période
généralement les dépenses et les prix payés par les mé- antérieure, tandis que les indices ou déflateurs des prix
nages à l’intérieur des frontières géographiques d’un en comptabilité nationale sont d’ordinaire des indices de
pays ou d’une région, que les ménages en soient des Paasche. La formule de Paasche est utilisée pour obtenir
résidents ou des visiteurs. Fait plus important, la plupart des indices de volume de type Laspeyres. Ces diffé-
des IPC sont délibérément définis de manière à couvrir rences, qui tiennent à l’application de formules de cal-
seulement des catégories déterminées de ménages. Par cul différentes, tendraient à s’atténuer si le raccorde-
exemple, un IPC peut exclure les ménages très riches ou ment annuel était adopté aussi bien pour les IPC que
se limiter aux ménages des zones urbaines ou à ceux qui pour les comptes nationaux.
ont à leur tête des salariés.
Conclusions
Couverture des dépenses 6. Il est clair que, en général, les IPC et les déflateurs
de consommation des prix en comptabilité nationale peuvent différer pour
3. Les catégories de dépenses couvertes par l’IPC et diverses raisons, surtout par la couverture des ménages
celles qui relèvent de la comptabilité nationale ne sont et des dépenses, mais aussi par l’horizon temporel con-
intentionnellement pas les mêmes, les premières étant sidéré et la formule de calcul utilisée. Ces différences
généralement plus restreintes. Dans la majorité des cas, sont intentionnelles et justifiées. Bien entendu, les prix
l’IPC ne couvre pas la plupart des dépenses de consom- collectés pour l’établissement de l’IPC peuvent égale-
mation non monétaire imputées qui sont incluses dans ment servir à établir les déflateurs détaillés des prix uti-
les comptes nationaux, en principe ou en pratique à lisés en comptabilité nationale, mais au niveau agrégé,
cause du manque de données. Nombre d’IPC incluent les IPC et les déflateurs des comptes nationaux peuvent
les loyers fictifs des logements occupés par leurs pro- être fort différents pour les raisons qui viennent d’être
priétaires, mais l’IPC ne tient normalement pas compte mentionnées.

70
LES PONDÉRATIONS DES DÉPENSES
ET LEURS SOURCES 4
Introduction La structure de pondération
4.1 On calcule en général un indice des prix à la con- de l’indice des prix
sommation (IPC) en établissant la moyenne pondérée des à la consommation
variations des prix des biens de consommation et des ser-
vices qu’il couvre. Les pondérations sont censées refléter 4.4 Comme l’expliquent de façon plus approfondie
l’importance relative de ces biens et services, mesurée par les chapitres 7 et 9, les IPC sont en général calculés en
leurs parts dans la consommation totale des ménages. La deux étapes. Dans un premier temps, des indices élé-
pondération attachée à chaque bien ou service détermine mentaires sont estimés pour chacun des agrégats élé-
l’impact de toute variation de son prix sur l’indice global. mentaires. Ces indices sont construits comme suit : a) on
À des fins de transparence, et pour l’information des utili- recueille un échantillon de prix représentatifs pour
sateurs de l’indice, les pondérations devraient être diffu- chaque agrégat élémentaire, puis b) on calcule une
sées dans le public. variation moyenne des prix pour l’échantillon. Ensuite,
4.2 Les pondérations dépendent du champ de l’in- une moyenne pondérée est extraite des indices élémen-
dice qui est lui-même fonction de la principale utilisation taires en utilisant comme pondérations les dépenses au
de celui-ci. L’utilisation et le champ d’un IPC sont déjà sein des agrégats élémentaires.
expliqués dans une certaine mesure dans les deux précé- 4.5 Les agrégats élémentaires représentent en géné-
dents chapitres. Le présent chapitre porte donc sur les ral les groupes de biens et de services les plus petits
méthodes utilisées pour établir les pondérations, ainsi pour lesquels des données sur les dépenses peuvent être
que sur les sources des données qui peuvent servir à les utilisées comme pondérations. Ils peuvent couvrir tout
estimer. En pratique, les pondérations renvoient en géné- le territoire ou diverses régions d’un pays. De même,
ral aux dépenses de biens et de services de consomma- une distinction peut être établie en fonction des types de
tion des ménages, par opposition à l’utilisation effective points de vente. La nature des agrégats élémentaires
de ces biens ou services pour répondre à leurs besoins ou dépend des circonstances, ainsi que de la disponibilité
désirs. Les pondérations fondées sur les dépenses con- des données sur les dépenses. Il est donc possible de
viennent pour un IPC établi selon le concept «acquisi- définir ces agrégats différemment selon les pays. En
tion». La différence entre les concepts «acquisition» et général, ils devraient :
«utilisation» est expliquée au chapitre précédent. • consister en des groupes de biens ou de services aussi
4.3 Cependant, dans le cas particulier des loge- proches que possible les uns des autres;
ments occupés par leur propriétaire, de nombreux pays • se composer également de biens ou de services dont
adoptent le concept «utilisation» plutôt que le concept les prix sont susceptibles d’enregistrer des mouve-
«acquisition» et mesurent les variations des prix des ments analogues, l’objectif étant de réduire au mini-
flux de services de logement consommés par les mé- mum la dispersion des mouvements de prix au sein de
nages, par opposition aux variations des prix des loge- l’agrégat;
ments. On verra au chapitre 23 du présent manuel que • pouvoir servir de strates à des fins d’échantillonnage
l’une des conséquences importantes de l’adoption de ce compte tenu de l’échantillonnage prévu pour la collecte
concept est que la pondération des logements occupés des données.
par leur propriétaire dans l’IPC global est considérable-
ment plus importante que dans le cas du concept 4.6 La structure d’agrégation d’un IPC est illustrée au
«acquisition», étant donné que les valeurs des services graphique 4.1 au moyen de la classification des fonctions
de logement consommés par les propriétaires occu- de consommation des ménages (COICOP) exposée au
pants couvrent, outre l’amortissement du logement chapitre 3, encore qu’il soit possible d’utiliser à la place
acheté, les charges d’intérêt sur le capital investi. Il se des classifications nationales analogues :
peut fort bien qu’au bout d’un certain nombre • premièrement, la série complète des biens et services
d’années, les pondérations attribuées aux logements de consommation couverte par l’IPC global se
occupés par leur propriétaire soient deux fois plus éle- décompose en divisions, celle des «produits alimen-
vées avec le concept «utilisation» qu’avec le concept taires et boissons alcoolisées», par exemple;
«acquisition». (Pour plus de précisions et d’explica- • chaque division se décompose ensuite en groupes,
tions, voir le chapitre 23.) comme celui des produits alimentaires;

71
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

Graphique 4.1 Structure d’agrégation typique d’un indice des prix à la consommation (IPC)

IPC GLOBAL
Produits

GROUPE GROUPE
Produits alimentaires Boissons non alcoolisées AUTRES GROUPES
et tabac

CLASSE CLASSE
AUTRES CLASSES
Pain et céréales Viande

SOUS-CLASSE SOUS-CLASSE AUTRES


Riz Pain SOUS-CLASSES

Vendu dans le nord Vendu dans


Vendu dans le sud du pays
du pays les autres régions

AGRÉGAT
AGRÉGAT ÉLÉMENTAIRE
ÉLÉMENTAIRE
Riz vendu dans les autres
Riz vendu dans les
points de vente
supermarchés
du nord du pays
du nord du pays

PRODUIT PRODUIT
REPRÉSENTATIF REPRÉSENTATIF
Riz blanc long grain Riz brun : plus de 50 %
mi-cuit de grains brisés

PRODUIT
ÉLÉMENTAIRE PRODUIT ÉLÉMENTAIRE
DE L’ÉCHANTILLON DE L’ÉCHANTILLON
Marque A Marque B

72
LES PONDÉRATIONS DES DÉPENSES ET LEURS SOURCES

• chaque groupe est à son tour divisé en classes, «pain sont souvent obtenues à partir d’enquêtes sur le budget
et céréales», par exemple; des ménages (EBM), également qualifiées d’enquêtes
• chaque classe peut être divisée en sous-classes plus sur les dépenses des ménages (EDM). Comme il s’agit
homogènes, comme le «riz»; d’enquêtes par sondage qui peuvent faire l’objet
d’erreurs de déclaration ou de sélection, ainsi que
• enfin, il est possible, afin d’obtenir les agrégats élé-
d’erreurs dues à une absence de réponse, les parts esti-
mentaires, de subdiviser les sous-classes par région
mées pour certaines sous-classes sont souvent modifiées
ou type de points de vente (voir graphique 4.1). Par-
ou révisées sur la base d’informations additionnelles ou
fois, une sous-classe ne peut, ni ne doit, être subdivi-
complémentaires provenant d’autres sources.
sée, auquel cas, elle devient l’agrégat élémentaire.
Les sous-classes et agrégats élémentaires ne font pas
partie de la COICOP elle-même, mais donnent une Pondérations régionales
ventilation plus détaillée des classes de la COICOP
qui est nécessaire pour établir un IPC. 4.10 Au sein d’une sous-classe donnée, la pondéra-
tion régionale indique la proportion que représentent
4.7 Au sein de chaque agrégat élémentaire, un ou
les dépenses de consommation d’une région dans les
plusieurs produits sont choisis pour représenter les
dépenses de l’ensemble du pays pour cette sous-classe.
mouvements des prix de tous les biens et services de cet
Par exemple, si 60 % des dépenses totales de fruits frais
agrégat. Par exemple, l’agrégat élémentaire correspon-
sont enregistrées dans le nord du pays et 40 % dans le
dant au riz vendu dans les supermarchés du nord du
sud, la pondération régionale pour les fruits frais est
pays couvre tous les types de riz, le riz blanc mi-cuit et
alors de 60 % pour le nord et 40 % pour le sud.
le riz brun comportant plus de 50 % de grains brisés
4.11 Une région peut également s’entendre d’une
étant choisis comme produits représentatifs. Il va de soi
zone géographique, d’une ville ou d’un groupe de
que davantage de produits représentatifs peuvent en fait
villes, situé dans un endroit particulier ou ayant une
être sélectionnés. Enfin, pour chaque produit représen-
certaine importance. On utilise les pondérations régio-
tatif, un certain nombre de produits individuels (comme
nales pour créer des entités plus homogènes suscep-
des marques précises de riz mi-cuit) peuvent être rete-
tibles d’enregistrer des mouvements de prix analogues
nus pour la collecte des prix. Là encore, le nombre de
et de présenter des habitudes de consommation ana-
produits élémentaires de l’échantillon peut varier en
logues. Par exemple, on peut observer des différences
fonction de la nature du produit représentatif.
très profondes dans les habitudes de consommation et
4.8 Les méthodes utilisées pour calculer les indices
l’évolution de prix entre les zones urbaines et les zones
d’agrégats élémentaires à partir des observations des
rurales. Une distinction entre les diverses régions des
prix individuels recueillies au sein de chaque agrégat
pays fédéraux s’impose éventuellement, car il peut être
élémentaire sont exposées au chapitre 9 et n’offrent
nécessaire d’établir des IPC pour les provinces ou les
guère d’intérêt pour le présent chapitre. Tous les indices
États pour des raisons administratives ou politiques.
qui se situent au-dessus de ce niveau élémentaire sont
En outre, dans ces pays, les impôts indirects et, en con-
présentés comme des indices de niveau supérieur qui
séquence, l’évolution des prix peuvent différer entre
peuvent être calculés à partir des indices élémentaires en
les provinces.
utilisant comme pondérations les agrégats de dépenses
4.12 En général, on peut calculer les pondérations
élémentaires. La structure d’agrégation est cohérente, de
régionales sur la base des EBM ou les estimer à partir
sorte que la pondération à chaque niveau supérieur à
des données sur les ventes au détail ou sur la population.
l’agrégat élémentaire est toujours égale à la somme de
Selon la taille et la structure du pays, les données dispo-
ses composantes. À chaque niveau d’agrégation, on peut
nibles, les ressources et l’objet de l’indice, on peut
calculer l’indice des prix sur la base des pondérations et
inclure ou non les pondérations régionales dans l’IPC.
indices des prix de ses composantes (en d’autres termes,
les indices des prix élémentaires ou de niveau inférieur).
Les indices des prix élémentaires ne sont pas nécessaire-
ment assez fiables pour être publiés séparément, mais ils Pondérations des points de vente
font toujours partie des éléments de base des indices de ou des types de points de vente
niveau supérieur. En conséquence, aucune nouvelle don- 4.13 Les prix sont relevés dans divers points de
née n’est introduite dans le calcul de l’IPC au-dessus du vente ou types de points de vente. On peut utiliser les
niveau de l’agrégat élémentaire. informations sur les ventes ou les parts de marché des
points de vente pour établir des pondérations des agré-
gats élémentaires spécifiques à une région ou un type
Pondérations des groupes, classes de points de vente. L’un des avantages que confère le
et sous-classes recours aux pondérations des points de vente est de per-
4.9 Les pondérations des groupes, classes et sous- mettre de centraliser les données recueillies auprès des
classes représentent leurs parts dans les dépenses totales supermarchés ou d’autres types de points de vente
de consommation de la population de référence. Elles appartenant à des chaînes.

73
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

Pondérations des agrégats organes de commercialisation et entreprises, des infor-


élémentaires mations supplémentaires qui sont particulièrement
utiles pour estimer les pondérations au niveau le plus
4.14 Les pondérations des agrégats élémentaires
détaillé. Même si elles ont parfois servi à préparer les
sont celles des strates par classe ou sous-classe de
estimations de la comptabilité nationale, plusieurs de
dépenses, région et type de points de vente. Par
ces sources peuvent contenir des informations non utili-
exemple, les dépenses au sein de la sous-classe «fruits
sées par les statisticiens des comptes nationaux.
frais» peuvent être réparties entre quatre régions, cha-
cune ayant sa propre pondération (voir tableau 4.1). Par
hypothèse, on sait ou on estime que 60 % des fruits sont Enquêtes sur le budget des ménages
vendus dans des supermarchés et 40 % dans des points 4.17 Les EBM ayant éventuellement été conçues
de vente indépendants et que cette ventilation vaut pour pour plusieurs fins, il est souhaitable de s’assurer
toutes les régions. On prend par exemple une pondéra- qu’elles répondent aux exigences des IPC, dont les prin-
tion des fruits frais de 5 % dans l’IPC national. Si au- cipales sont qu’elles doivent être représentatives de tous
cune ventilation par région ou point de vente n’est les ménages du pays, n’excluant aucun groupe particu-
effectuée, l’ensemble de la sous-classe devient l’agrégat lier, et doivent comprendre tous les types de dépenses
élémentaire doté d’une pondération de 5 % dans l’in- de consommation des ménages.
dice global. 4.18 Certains paiements qui échappent au champ de
4.15 S’il est possible d’avoir des pondérations par l’IPC peuvent être inclus dans les EBM (impôt sur le
région, mais non par type de points de vente, les 5 % revenu, primes d’assurance-vie, envois de fonds, dons et
sont répartis entre les quatre régions de façon à obtenir autres transferts, placements, versements d’épargne et
pour chacune d’elles un agrégat élémentaire distinct. remboursements de dette, par exemple). Ils doivent être
Par exemple, l’agrégat élémentaire de la région nord exclus du montant total utilisé pour calculer les parts
aura une pondération de 0,20 × 0,05 = 1,0 % dans l’IPC des dépenses servant de base à l’estimation des pondé-
national. Si une division peut également être opérée en rations de l’IPC. Il peut aussi exister une différence dans
fonction du type de points de vente, chaque région con- la couverture de la population entre le champ envisagé
tient alors deux agrégats élémentaires : l’un pour les pour l’IPC et le champ effectif des EBM, mais les effets
supermarchés et l’autre pour les points de vente indé- sur l’IPC de tout biais en découlant dans les estimations
pendants. La pondération, par exemple, de l’agrégat élé- des pondérations seront sans doute très faibles si les
mentaire pour les fruits frais vendus dans les supermar- EBM sont conçues de façon à donner des résultats pour
chés du nord du pays est dans ce cas 0,12 × 0,05 = 0,6 % l’ensemble de la population et non seulement pour un
dans l’IPC national. groupe particulier de celle-ci.
4.19 Les enquêtes nationales de consommation ali-
Sources des données mentaire sont des enquêtes spécifiques mettant essen-
tiellement l’accent sur la collecte d’informations sur les
4.16 La décision concernant la ou les sources qui dépenses que les familles consacrent à ces produits.
seront utilisées et comment elles le seront dépend de Elles offrent une ventilation très détaillée des dépenses
l’analyse de leurs avantages et inconvénients respectifs en produits alimentaires qui peut être utilisée pour cal-
et de l’objet principal de l’indice. Dans la plupart des culer les pondérations des agrégats élémentaires de ces
pays, les deux principales sources servant au calcul des produits situés en deçà des classes COICOP.
pondérations sont les EBM et les estimations des 4.20 Les EBM peuvent servir à estimer des pondéra-
dépenses de consommation finale des ménages de la tions spécifiques pour les régions où les habitudes de con-
comptabilité nationale. Il est toutefois possible d’obte- sommation sont différentes. On devrait appliquer ces pon-
nir, à partir des statistiques de production ou de com- dérations aux indices d’agrégats élémentaires respectifs
merce extérieur ou des divers ministères, producteurs, afin de calculer les indices pour les régions concernées.
4.21 En général, les données des EBM concernant
certaines catégories de dépenses des ménages risquent
Tableau 4.1 Exemple de pondérations par région et type de ne pas être assez fiables et doivent être vérifiées au
de points de vente pour la sous-classe «fruits frais» moyen de comparaisons avec des données d’autres
Type de points de vente sources. Il se peut que certaines catégories de dépenses
ne soient même pas couvertes par les EBM, de sorte
Pondérations Supermarché Indépendant
régionales (60 %) (40 %) qu’il faut les estimer à partir d’autres sources. Il va de soi
que la fiabilité des pondérations des IPC dépendra, dans
Nord 20 12 8 une grande mesure, de celles des données sur les
Sud 40 24 16 dépenses des ménages. Les EBM étant faites par son-
Ouest 30 18 12 dage, les estimations ne peuvent que comporter des aléas
Est 10 6 4
Total 100 60 40 d’échantillonnage, qui sont éventuellement assez impor-
tants dans le cas des dépenses faibles ou peu fréquentes.

74
LES PONDÉRATIONS DES DÉPENSES ET LEURS SOURCES

La qualité des estimations souffrira aussi de l’absence de l’Islande a pu obtenir dans ses EBM des informations
réponse ou d’une sous-déclaration de certaines catégo- précises sur les types et les marques des biens achetés
ries de consommation. La sous-déclaration est sans dans différents points de vente, à un coût pour ainsi dire
doute le problème le plus grave et le plus courant qui nul pour les sondés.
pénalise les EBM. Certaines dépenses ne sont pas signa-
lées, car elles résultent d’un achat négligeable ou excep-
tionnel qu’il est donc facile d’oublier. Bien qu’élevées, Comptabilité nationale
les estimations des dépenses de biens durables risquent 4.25 La portée et la définition de la consommation
aussi de présenter des difficultés, étant donné que les ne sont pas nécessairement les mêmes dans les comptes
achats y afférents ne sont pas du tout fréquents. D’autres nationaux et l’IPC et la population de référence des mé-
dépenses ne sont pas déclarées parce que les produits ne nages peut être différente dans la comptabilité nationale
sont pas socialement acceptables ou sont illégaux (drogue, et les EBM.
alcool ou tabac, par exemple). Si les sous-déclarations ne 4.26 Premièrement, dans la comptabilité nationale,
sont pas ajustées, les pondérations des produits élémen- le secteur des ménages se compose de tous les ménages
taires concernés sont sous-estimées et celles des produits résidents, y compris les personnes vivant en institution,
correctement déclarés surestimées. Il faut donc, dans la alors que, dans les EBM, il ne couvre pas les personnes
mesure du possible, comparer ou combiner les résultats vivant en permanence dans des institutions comme les
des EBM avec les statistiques d’autres sources lorsqu’on maisons de retraite ou les établissements religieux. Si
calcule les pondérations des IPC, surtout si l’échantillon l’IPC est censé couvrir tous les ménages résidents, on
des EBM est étroit. peut donc utiliser les estimations de la comptabilité
4.22 Pour les besoins de l’IPC, il est souhaitable de nationale pour ajuster les données des EBM.
mener les EBM tous les ans. Les pays pourront à cette 4.27 Deuxièmement, il est possible d’avoir deux
occasion réviser et mettre à jour les pondérations de concepts de consommation finale totale, le concept inté-
leurs dépenses. L’un des avantages de la mise à jour an- rieur et le concept résident (voir chapitre 3). Le concept
nuelle des pondérations est qu’elle tend à réduire les de consommation intérieure s’entend de la consomma-
différences entre les résultats obtenus en utilisant di- tion observée sur le territoire économique, y compris
verses formules de calcul de l’indice. Tout biais pouvant celle des ménages étrangers en visite, mais exclut la
découler de l’emploi d’un indice de Lowe qui utilise un consommation des ménages résidents lorsqu'ils sont à
panier fixe de biens et de services n'aura pas le temps l’étranger. Le concept résident utilisé dans la comptabi-
d’atteindre une ampleur significative (voir chapitres 1, 9 lité nationale vise la consommation de tous les résidents
et 15). du pays, qu’ils se trouvent sur le territoire national ou à
4.23 Certains pays mènent les EBM sur une base l’étranger, la consommation des non-résidents étant
continue en mettant progressivement à jour les échan- exclue. Ne s’adressant en général qu’aux ménages rési-
tillons. Un programme d’enquêtes annuelles avec des dents, l’EBM couvre ou non leurs dépenses à l’étranger
échantillons suffisamment larges pour fournir le type en fonction des instructions données aux répondants.
d’estimations requises pour les pondérations des IPC 4.28 Les données des comptes nationaux peuvent
risque toutefois d’être très coûteux. Pour cette raison, être utilisées pour améliorer les pondérations des pro-
certains pays conduisent de vastes enquêtes à des inter- duits qui sont sous-déclarés dans les EBM. Il convient
valles de cinq ou dix ans, complétées éventuellement de souligner que les chiffres de la comptabilité nationale
par une enquête annuelle avec un échantillon plus petit. sur la consommation finale des ménages sont en général
D’autres pays étalent sur plusieurs années une enquête établis à partir de statistiques provenant des EBM et de
portant sur un échantillon large. La moyenne des résul- plusieurs autres sources. Cela revient à dire que les esti-
tats de petites enquêtes menées sur plusieurs années mations de la comptabilité nationale sont sans doute
successives peut donner une série d’estimations an- utiles lorsqu’il faut estimer les pondérations des catégo-
nuelles satisfaisantes. Les pondérations calculées de ries de consommation qui tendent à être mal déclarées
cette façon (pourcentages moyens des dépenses sur des dans les EBM ou lorsque les résultats des EBM souffrent
périodes de deux ou trois ans) atténuent en outre tout d’un taux élevé de réponses partielles ou de non-réponses
comportement erratique des consommateurs sur une qui risque de les fausser.
brève période, imputable par exemple à des événements
comme des sécheresses ou des inondations, des guerres
civiles, des chocs pétroliers ou des hivers exceptionnel- Données sur les ventes au détail
lement doux ou rigoureux. 4.29 Des statistiques sur les ventes au détail par
4.24 Il conviendrait de souligner que certains pays région et type de points de vente peuvent être dispo-
pourraient expérimenter de nouvelles méthodes d’enre- nibles pour de vastes groupes de produits élémentaires.
gistrement des dépenses dans les EBM en utilisant les L’un de leurs inconvénients est que certaines des ventes
données des caisses enregistreuses électroniques saisies sont éventuellement faites à des groupes n’appartenant
par lecture optique. Par exemple, en collectant les reçus pas à la population de référence (entreprises ou adminis-
remis aux clients (où sont imprimés les codes-barres), trations éventuellement). Les achats correspondants

75
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

n’entrent pas dans la consommation privée des mé- pondérations de l’IPC. Il ne faut pas cependant ignorer
nages. D’autres ventes peuvent être faites à des non- les insuffisances de cette source d’information. La pre-
résidents inclus ou non dans la population de référence. mière est que, contrairement aux données des EBM,
En outre, il faut se souvenir que, dans le cas des données celles qui sont saisies par lecture optique ne peuvent
régionales sur les ventes, certaines d’entre elles peuvent être rattachées à un type particulier de ménages. Une
concerner des personnes habitant dans d’autres régions. autre différence importante entre ces données est que
celles des EBM couvrent des biens achetés à des points
Enquêtes sur les points d’achat de vente qui n'utilisent pas cette technologie, ainsi que
des biens et des services sans code-barres, indépendam-
4.30 Les enquêtes sur les points d’achat peuvent four-
ment de l’endroit où ils sont vendus. Bien que l’utilisa-
nir des statistiques utiles pour estimer les pondérations des
données de prix, car elles permettent d’analyser les habi- tion des données électroniques progresse tous les ans,
tudes de consommation de divers segments de la popula- des segments importants du marché de la vente au détail
tion. On demande aux ménages, pour chaque produit élé- n'ont pas recours à la lecture optique, même dans les
mentaire acheté, le montant dépensé dans chaque point de pays électroniquement les plus avancés.
vente où les achats ont été effectués, ainsi que le nom et
l’adresse de ces points de vente. On peut alors dresser une Recensements de population
liste des points de vente, dans laquelle est indiqué le total 4.33 Les recensements de population donnent des
des ventes des différents produits élémentaires à l’échan- statistiques sur la répartition géographique de la popula-
tillon de ménages. Un échantillon de points de vente est tion et des ménages, ainsi que sur les différences régio-
choisi à partir de cette liste, avec des probabilités propor- nales dans la taille et la composition des ménages. Utili-
tionnelles aux ventes. Étant donné que les EBM sont coû- sées avec les estimations des dépenses régionales des
teuses et font double emploi avec les enquêtes sur les ménages, ces statistiques peuvent servir à estimer les
points d’achat, il est possible de fusionner les deux activi- pondérations de ces dépenses, surtout lorsqu’on ne peut
tés de collecte de données dans une seule enquête intégrée établir de telles estimations avec un degré satisfaisant de
contenant des renseignements détaillés sur les dépenses et précision au moyen d’une EBM. En l’absence de statis-
les points de vente, parallèlement aux informations démo- tiques sur les dépenses, les pondérations régionales
graphiques sur les ménages nécessaires pour établir des peuvent être obtenues à partir des statistiques sur la
indices de sous-groupes. population. Ces estimations des pondérations doivent en
4.31 On peut mener une enquête simplifiée pour général supposer que les dépenses par habitant ou par
obtenir les pondérations des groupes de produits par ménage sont les mêmes dans toutes les régions et ne pas
type de points de vente, après un choix raisonné d’un tenir compte des différences d’ordinaire profondes qui
échantillon par type de points de vente. En l’absence existent entre les volumes et les habitudes de consomma-
d’une enquête de cette nature, on pourrait aussi estimer tion des populations urbaines et des populations rurales.
une ventilation des ventes par type de points de vente en
utilisant les statistiques nationales des ventes de détail
par type de points de vente obtenues à partir d’une Comment les pondérations
enquête sur les points de vente. sont-elles calculées en pratique?
4.34 Une fois choisies la population de référence et la
Données saisies par lecture optique couverture des biens et services, il faut calculer les pondé-
4.32 Ces dernières années, quelques pays ont com- rations. En principe, cette opération est assez simple, car
mencé à calculer les pondérations de l’IPC à l’aide des les pondérations représentent la part des dépenses totales
statistiques tirées des données que les vendeurs sai- de consommation de tous les biens et services figurant
sissent avec leurs caisses enregistreuses et conservent dans le panier-type de l’indice qui revient à la population
dans leur base de données. Ces séries de données in- de référence pendant la période de référence. En pratique,
diquent les quantités vendues et les agrégats de valeurs toutefois, le calcul des pondérations n'est pas aussi facile
correspondants. (Les reçus des caisses enregistreuses et comporte plusieurs étapes.
fournissent en général les informations suivantes : nom
du point de vente, date et heure de l’achat, description
des produits élémentaires achetés, quantité, prix et Paiements qui ne sont pas
valeur, forme de paiement et, le cas échéant, montant de des dépenses de consommation
la TVA.) Il résulte d’une comparaison entre les résultats 4.35 Seules les dépenses de consommation entrent
des EBM et les données correspondantes des grandes dans le calcul des pondérations de l’IPC. Comme on l’a
chaînes de supermarchés saisies par lecture optique que vu au chapitre 3, les dépenses comme les paiements au
celles-ci peuvent accroître la fiabilité des pondérations titre des cotisations de sécurité sociale ou de l’impôt sur
(Gudnason, 1999). Cela renforce les arguments avancés le revenu, ou les remboursements d’emprunts, sont sans
par ceux qui soutiennent qu’on devrait utiliser ces don- objet et ne doivent pas être prises en compte, car elles ne
nées pour réviser plus souvent et à un coût moindre les correspondent pas à des dépenses de consommation.

76
LES PONDÉRATIONS DES DÉPENSES ET LEURS SOURCES

Dépenses peu importantes façon satisfaisante (drogues illégales, services de res-


4.36 Chaque agrégat élémentaire se compose d’un tauration ou autres relatifs à des réceptions ou soirées
groupe assez homogène de produits dont l’un ou plu- privées, par exemple). Même s’il est impossible
sieurs, qui sont représentatifs, sont choisis en vue d’en d’obtenir des prix fiables, ces produits doivent être
déterminer les prix. Certains produits peuvent avoir une inclus dans le calcul des pondérations s’ils entrent
pondération qui, à toutes fins utiles, est négligeable; en dans le champ de l’indice. Pour les produits dont les
pratique, leurs prix ne sont sans doute pas collectés. prix sont difficiles à déterminer, les solutions possibles
Les EBM qui, le plus souvent, sont la principale source sont les mêmes que celles utilisées pour les dépenses
de données utilisée pour calculer les pondérations peu importantes.
détaillées, contiennent en général des observations sur
des biens et des services beaucoup trop divers pour Utilisation et conjugaison
pouvoir en fait en recueillir les prix. Il n’est peut-être de différentes sources
pas judicieux de relever les prix de produits très négli- 4.40 Dans la plupart des pays, l’EBM est la princi-
geables si leur contribution à l’établissement de l’IPC pale source de données utilisée pour calculer les pondé-
est pour ainsi dire nulle. rations. Toutefois, ses résultats doivent être soigneuse-
4.37 Même s’il est éventuellement décidé de ne ment examinés et ajustés pour tenir compte de la
pas collecter les prix d’un produit donné, celui-ci reste sous-déclaration ou de la surdéclaration de certains
dans le champ de l’IPC. Certaines variations de prix types de produits (voir supra). En général, on ajuste les
doivent être explicitement ou implicitement présumées résultats des EBM à l’aide d’informations supplémen-
ou imputées et pondérées par les dépenses. Deux solu- taires provenant d’autres sources pertinentes.
tions sont possibles : 4.41 Dans les pays où elles permettent d’avoir des
• Le produit et les dépenses y afférentes sont représen- estimations fiables des dépenses des ménages, les don-
tés par l’agrégat élémentaire, même si aucun prix nées de la comptabilité nationale peuvent être utilisées
n'est recueilli. L’indice de l’agrégat élémentaire est pour calculer les pondérations au niveau des agrégats.
estimé entièrement à l’aide des prix des produits dont Les données détaillées des EBM peuvent alors servir à
les prix sont relevés. Cela revient à présumer que le ventiler ou ajuster ces pondérations. Ainsi, il est pos-
prix du produit représenté mais absent varie au même sible de rapprocher ces données détaillées avec les don-
rythme que la moyenne des produits dont les prix nées agrégées des comptes nationaux pour calculer les
sont collectés. pondérations. Les pondérations des principaux groupes
• L’autre solution consiste à réduire la pondération de de dépenses de consommation peuvent être obtenues à
l’agrégat élémentaire des dépenses en excluant les partir de la comptabilité nationale jusqu'à un certain
dépenses au titre du produit absent. Cela revient à niveau de désagrégation, (par exemple, 70 groupes ou
présumer que le prix du produit exclu aurait évolué classes de dépenses de consommation). Chacune de ces
dans le même sens que l’IPC global (tous les produits pondérations peut alors être de nouveau ventilée en
figurant en fait dans l’indice). appliquant les groupes de dépenses détaillées des EBM
aux groupes ou classes de dépenses de consommation
4.38 En principe, l’IPC devrait couvrir toutes les des comptes nationaux. L’utilisation conjuguée de ces
catégories de produits et de dépenses entrant dans son données assure la cohérence entre l’IPC et les données
champ, même si les prix de certains produits ne sont pas de la comptabilité nationale sur les dépenses de con-
collectés. On pourrait notamment décider d’exclure des sommation des ménages au niveau des principaux
calculs de l’indice les groupes de produits alimentaires groupes de dépenses de consommation.
dont les pondérations sont inférieures à 0,1 %, par
exemple, et ceux de produits non alimentaires dont elles Ajustement des pondérations
sont inférieures à 0,2 %. Il est possible de fixer un seuil calculées à partir des enquêtes
minimum plus bas pour les produits alimentaires, car
leurs prix tendent à être beaucoup plus variables et sont
sur le budget des ménages
normalement moins coûteux à recueillir. Si un groupe de 4.42 Les informations tirées d’une EBM n’étant le
dépenses est exclu, sa pondération peut être transférée à plus souvent disponibles qu’après un certain délai (de
un autre groupe dont le contenu et l’évolution des prix l’ordre souvent d’au moins dix-huit mois), les nouvelles
sont analogues; il est possible aussi d’exclure totalement pondérations sont décalées par rapport à la nouvelle
les dépenses du calcul des pondérations. période de référence des prix retenue pour l’indice, où
elles sont prises en compte.
4.43 Il peut être nécessaire d’ajuster les estimations
Produits dont il est difficile fondées sur les résultats des EBM afin de tenir compte
de déterminer les prix des changements importants survenus dans les habi-
4.39 Parmi les dépenses de consommation, il y a tudes de dépenses entre la date de l’enquête et celle à
sans doute quelques produits dont les prix ou leurs laquelle les pondérations ont pris effet. En général, des
variations ne peuvent être mesurés directement ou de ajustements seront faits pour les produits dont l’impor-

77
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

tance augmente ou diminue sensiblement au cours de la chaque année pendant une période commune et calcu-
période. Il est en outre possible que les dépenses con- ler une moyenne arithmétique des données annuelle-
cernant certains produits ne puissent être obtenues au ment ajustées.
moyen d’une EBM, ces produits ayant été lancés une 4.46 La période de référence des pondérations pré-
fois l’enquête terminée (par exemple, les téléphones cel- cédant en général celle de référence des prix, il est pos-
lulaires et les coûts y afférents sont apparus, dans de sible d’actualiser par les prix les pondérations en valeur
nombreux pays, comme un nouveau type important de de dépenses afin de tenir compte des variations des prix
dépenses à la fin des années 90). Il faut alors ajuster en relatifs entre les deux périodes. L’actualisation des pon-
conséquence les données de l’enquête. Les dépenses au dérations par les prix est approfondie aux paragraphes
titre de ces nouveaux produits devraient être estimées 9.95 à 9.104 du chapitre 9.
sur la base d’informations provenant d’autres sources
disponibles (par exemple, les statistiques des importa-
tions et du commerce de détail), en tenant compte de la Nécessité de réviser les pondérations
nécessité d’exclure les dépenses des entreprises ou 4.47 La plupart des pays calculent leur IPC en pre-
faites à des fins commerciales. nant la variation de la valeur d’un panier-type précis de
biens et de services. Un indice général de ce type est
exposé dans le présent manuel sous la forme d’un indice
Période de référence des pondérations de Lowe. Ses propriétés et son comportement sont
4.44 La période de référence des pondérations est expliqués aux chapitres 1, 9 et 15. Bien que les IPC
celle à laquelle s’appliquent les pondérations estimées. soient souvent décrits comme des indices de Laspeyres,
Le choix de la période couverte par les statistiques des ils ne correspondent guère en pratique à de tels indices.
dépenses utilisées pour calculer les pondérations est cru- Par définition, le panier-type des biens et services dans
cial. De façon générale, la période retenue comme base un indice de Laspeyres est celui de la période de réfé-
des pondérations devrait être assez longue pour com- rence des prix, alors qu'un IPC typique utilise le panier
prendre un cycle saisonnier. En outre, si l’indice n'est pas d’une période de référence des pondérations qui précède
chaîné annuellement, la situation économique de l’année celle de référence des prix (comme on vient de l’expli-
choisie devrait pouvoir être considérée comme ayant été quer). De nombreux pays utilisant le même panier fixe
plutôt normale ou stable. À cet effet, il peut être néces- de biens et de services pendant plusieurs années, il faut
saire d’ajuster certaines des valeurs afin de les normali- se demander à quelle fréquence le panier-type doit être
ser et de corriger toute irrégularité dans les données de la révisé pour éviter qu'il ne devienne périmé ou ne perde
période en question qui constituent la source des infor- sa signification.
mations. La période de référence des pondérations ne 4.48 À court terme, les consommateurs modifieront
devrait pas être trop éloignée de celle de la référence des leurs habitudes en réaction aux variations des prix rela-
prix. Le plus souvent, on prend une année civile. Un tifs, surtout entre les produits appartenant à la même
mois ou un trimestre est trop court pour être utilisé classe ou sous-classe. À plus long terme, d’autres fac-
comme base des pondérations à cause des influences teurs influenceront aussi leur comportement. Il est très
accidentelles ou saisonnières qu’il risque de subir. Dans important de signaler que les changements dans le
certains cas, il se peut que les données d’une seule année niveau et la répartition des revenus des ménages réorien-
ne soient pas suffisantes parce que la situation écono- teront la demande de biens et de services vers ceux dont
mique est inhabituelle ou que l’échantillon n'est pas l’élasticité-revenu est élevée. Les facteurs démogra-
assez vaste. Il est alors possible de calculer les pondéra- phiques, comme le vieillissement de la population, et les
tions à partir de la moyenne des données sur les dépenses mutations technologiques, comme le développement de
de plusieurs années. Les États-Unis et le Royaume-Uni l’informatique, sont des exemples d’autres facteurs qui
ont recours à cette méthode. Les États-Unis se servent modifieront le comportement des consommateurs à plus
des informations sur les dépenses provenant des Con- long terme. En outre, de nouveaux produits seront lancés
sumer Expenditure Surveys menées sur une période de et il se peut que ceux qui existent soient modifiés ou de-
trois ans. Au Royaume-Uni, la moyenne triennale des viennent obsolètes. Un panier-type fixe ne tiendra pas
données des Expenditure and Food Surveys est utilisée compte de tous ces changements
pour le calcul des pondérations régionales et les travaux 4.49 Par suite à la fois des variations des prix rela-
de stratification, ainsi que pour un nombre limité de tifs et des effets à long terme, les pondérations peuvent
groupes de produits dont les prix tendent à être particu- être dépassées et représenter moins bien les habitudes
lièrement instables. de consommation. Le biais de l’indice de Lowe s’aggra-
4.45 Dans les périodes de forte inflation, il est pos- vera sans doute avec la durée d’utilisation des pondéra-
sible de calculer des pondérations pluriannuelles en fai- tions (voir chapitre 15). À un certain moment, il sera
sant la moyenne des parts plutôt que des niveaux effec- donc souhaitable d’utiliser les pondérations d’une pé-
tifs des valeurs. La moyenne des niveaux effectifs riode plus récente pour que l’indice pondère adéquate-
donnerait trop de poids aux données des années les plus ment les variations de prix auquel font alors face les
récentes. On pourrait aussi mettre à jour les valeurs de consommateurs.

78
LES PONDÉRATIONS DES DÉPENSES ET LEURS SOURCES

Fréquence de l’actualisation période qui chevauche la précédente de façon à ce que


des pondérations les deux périodes puissent être chaînées.

4.50 Dans sa résolution sur les indices des prix à la Classification


consommation, la Conférence internationale des statisti-
ciens du travail (CIST) de 1987 avait recommandé 4.56 Dans le calcul des pondérations, les postes de
d’actualiser périodiquement (tous les dix ans au moins) dépenses détaillés recensés dans les EBM doivent corres-
les pondérations afin de garantir la représentativité de pondre aux classes de dépenses de l’IPC. Si ce n’est pas le
l’indice. Cependant, la résolution de la CIST de 2003 cas, il convient de modifier les résultats des EBM en agré-
propose une actualisation plus fréquente (tous les cinq geant ou en désagrégeant les rubriques pertinentes en
ans, par exemple). Les pays qui connaissent des muta- fonction des catégories pertinentes de dépenses de l’IPC.
tions économiques importantes et, en conséquence, des Cette opération est plus facile à réaliser et est plus fiable
changements plus rapides dans les habitudes de con- lorsque la liste des codes des postes de dépenses des EBM
sommation devraient actualiser leurs pondérations et celle utilisée pour recueillir les observations de prix
encore plus souvent (tous les ans, par exemple). pour l’IPC sont coordonnées.
4.51 La révision des pondérations devient en géné- 4.57 À des fins de comparaison internationale, le
ral d’autant plus nécessaire que leur période de réfé- dispositif de classification des biens et services devrait,
rence s’allonge. La décision d’actualiser les pondéra- dans la mesure où cela ne pose pas de difficultés d’or-
tions dépend, pour l’essentiel, des différences dre pratique, suivre la classification des fonctions de
constatées entre leur structure en vigueur et celle de leur consommation des ménages des Nations Unies (COI-
année de référence. L’évolution de l’importance relative COP) (voir annexe 2). Pour faciliter l’estimation et
de chaque produit élémentaire peut être observée dans l’application des pondérations, il est également souhai-
les résultats des EBM. Si ces statistiques ne sont dispo- table que la classification retenue soit compatible avec
nibles qu'à des intervalles irréguliers, il se peut que la celle utilisée pour les EBM et les autres statistiques
fréquence des révisions des pondérations soit automati- (données sur les ventes au détail, par exemple). Afin de
quement liée à leur disponibilité. préserver la coordination du système statistique et la
4.52 La mise en place de nouvelles pondérations comparabilité internationale, il faudrait aussi que les
chaque année pourrait éventuellement entraîner une catégories de dépenses des ménages soient classées
hausse de l’indice si la consommation fluctue beau- dans les EBM d’une manière qui cadre avec la COI-
coup à cause de facteurs comme un blocage écono- COP et qu’il soit possible de faire concorder avec la
mique ou des conditions atmosphériques très favo- COICOP les produits dont les prix de détail sont rele-
rables ou défavorables. D’une manière générale, le vés. Un autre objectif important est de faire en sorte
profil des séries chronologiques de l’indice peut être que la structure d’agrégation employée dans le système
sensible au choix de la période de référence des pondé- de classification réponde aux principaux besoins des
rations. La meilleure solution serait peut-être d’utili- utilisateurs.
ser, si possible, une période de consommation «nor- 4.58 En prenant la COICOP comme exemple, la
male» comme base des informations pour les structure hiérarchique des classifications est la suivante :
pondérations et d’éviter les périodes marquées par des • groupes : on en dénombre 47 dans la COICOP;
facteurs spéciaux temporaires. Toutes les informations • classes : subdivisions des groupes;
disponibles sur la nature de la consommation pendant • sous-classes : le niveau le plus bas des catégories
une période de référence des pondérations devraient faisant l’objet de pondérations et en général le
être prises en considération. niveau le plus détaillé de la structure pour laquelle
4.53 Lorsque les pondérations sont fixées pour plu- des séries d’indices sont publiées (composantes et
sieurs années, il conviendrait de les choisir de façon à ce pondérations des dépenses qui demeurent fixes
qu'elles ne soient guère susceptibles de changer profon- lorsqu’on utilise un indice à pondération fixe);
dément dans l’avenir, et non à ce qu’elles reflètent pré- • produits individuels : le niveau le plus bas du
cisément l’activité d’une période donnée, qui peut être panier-type de l’IPC (c’est-à-dire les biens et ser-
d’une certaine manière anormale. vices dont les prix sont en fait recueillis); il s’agit
4.54 Il est souhaitable d’examiner les pondérations du niveau auquel la composition du panier de l’IPC
tous les ans afin de veiller à ce qu'elles soient suffisam- peut être ajustée entre deux révisions majeures de
ment fiables et représentatives. L’objet de cet examen, la structure de pondération afin de refléter les chan-
qui peut se limiter aux pondérations au niveau des sous- gements dans l’offre de produits et les habitudes de
indices et de leurs principales composantes, devrait être consommation.
de vérifier si des signes de changements importants 4.59 Les indices de niveau supérieur sont cons-
dans les habitudes de consommation sont apparus truits en pondérant ensemble ceux de niveau inférieur
depuis la période de référence. par des agrégations progressives, selon la définition de
4.55 Chaque fois que la structure de pondération est la structure de classification. Les pondérations sont
actualisée, le nouvel indice devrait être calculé sur une fixes pendant une période (par exemple, de trois ou

79
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

cinq ans) comprise entre les mises à jour des pondéra- 4.65 L’approche «pondération fixe» peut également
tions des indices. avoir des inconvénients, l’un des plus graves étant que,
4.60 Le choix du niveau de l’indice auquel la struc- pour les mois sans légumes ni fruits frais, il faut estimer
ture et les pondérations sont fixes pendant une période est ou imputer (ou, comme le font certains pays, recon-
particulièrement important. Le principal avantage de rete- duire) les prix et les indices. L’approche «pondération
nir un niveau assez élevé est que les échantillons effectifs mobile» ne nécessite pas de telles imputations. En
des produits et leurs prix en deçà de ce niveau peuvent outre, la pondération fixe moyenne établie tous les mois
être ajustés et mis à jour en tant que de besoin. De nou- de l’année ne reflète pas la consommation mensuelle.
veaux produits peuvent être ajoutés aux échantillons et En conséquence, s’il existe une corrélation négative
les pondérations au niveau inférieur recalculées sur la entre les prix et les quantités, un biais positif risque
base d’informations récentes. Il y a donc plus de chances d’être présent dans l’indice.
que l’indice reste représentatif si l’échantillon de produits 4.66 La décision de mesurer les biens saisonniers
représentatifs est soumis à un examen continu. selon l’une ou l’autre approche dépend de l’importance
4.61 Si le niveau est fixé relativement bas dans la donnée aux variations mensuelles ou aux variations de
structure de l’indice, il est plus difficile de maintenir la l’indice à long terme. L’emploi d’un panier-type annuel
représentativité de l’indice sur une base continue et la et de parts annuelles de dépenses se justifie lorsqu’on
nécessité d’examiner l’indice et de mettre à jour les s’intéresse surtout à la tendance à long terme des prix.
pondérations périodiquement est plus grande. Dans ce En revanche, si on se préoccupe essentiellement des
cas, les arguments en faveur d’une mise à jour fréquente variations mensuelles, les pondérations annuelles dont
des pondérations prennent de l’importance. est assorti chaque rapport de prix mensuel risquent de
ne pas représenter les transactions réellement opérées au
Produits élémentaires nécessitant cours des deux mois consécutifs considérés. Dans ce
cas, l’utilisation de pondérations annuelles peut ampli-
un traitement particulier fier considérablement les variations des prix mensuels
4.62 Certains produits, comme les produits saison- des produits élémentaires hors saison1. Pour répondre
niers, les assurances, les biens d’occasion, les dépenses aux besoins des différents utilisateurs, il peut être judi-
effectuées à l’étranger, etc. peuvent nécessiter un traite- cieux de construire deux indices : l’un pour mesurer à
ment spécial lorsqu’on établit leur pondération. (Pour court terme les variations des prix (avec des pondéra-
plus de précisions, des renvois sont faits aux chapitres 3, tions mensuelles variables) et l’autre pour établir l’in-
10 et 22.) dice à long terme (avec des pondérations annuelles
4.63 Produits saisonniers. Diverses approches fixes). La question des produits élémentaires saisonniers
peuvent être utilisées pour les produits saisonniers, par est approfondie au chapitre 22.
exemple : 4.67 Assurances. Les pondérations des assurances-
• l’approche «pondération fixe» : la même pondération dommages pourraient être établies à partir soit des
est attribuée au produit saisonnier tous les mois, en primes brutes acquittées, soit des commissions de ser-
utilisant un prix imputé pour les mois hors saison; les vice implicites (voir la section du chapitre 3 sur les
produits saisonniers sont traités comme les autres pro- assurances). Ces commissions (acquittées aux fins de la
duits de consommation; gestion de la société d’assurance et du coût de la pres-
tation des services d’assurance) sont estimées en ajou-
• l’approche «pondération variable» : le produit est assor- tant aux primes brutes les revenus de placement des
ti d’une pondération mobile certains mois; selon cette réserves techniques et en déduisant les indemnisations
méthode, les pondérations des produits saisonniers payées aux assurés en règlement des sinistres2. Les
changent tous les mois en fonction des variations des primes nettes des commissions de service sont, par
quantités consommées pendant les différents mois de la définition, les primes brutes moins les commissions de
période de référence; cependant, le principe du panier- service : en d’autres termes, elles sont égales aux
type fixe, c’est-à-dire les pondérations fixes, devrait être indemnisations. Les primes nettes des commissions et
conservé du moins à un certain niveau d’agrégation. les indemnisations peuvent être considérées comme des
4.64 L’approche «pondération fixe» présente sur- transferts, ou des redistributions, entre les ménages
tout l’avantage d’être compatible avec celle utilisée
pour les autres biens et services de consommation et
avec la formule de l’indice de panier-type fixe. Con- 1Par exemple, l’impact de l’évolution des prix de la tomate au début
trairement à la pondération mobile, la pondération fixe de la saison serait exagéré dans l’indice général. De même, son
reflète les variations mensuelles des prix uniquement et impact dans les mois de crête serait sous-évalué.
2Dans les comptes nationaux, les «primes nettes» correspondent à la dif-
non celles des quantités. Un autre inconvénient des pon-
dérations mobiles est qu’elles sont établies à partir des férence entre la somme des primes brutes et des revenus de placement et
les commissions de service estimées. Elles sont égales, par définition,
variations saisonnières mensuelles de la période de réfé- aux indemnisations payables, les deux catégories de flux étant traitées
rence, tandis que les variations mensuelles de la con- comme des transferts, ou des redistributions, entre ménages détenteurs
sommation peuvent changer d’une année à l’autre. de polices, et ne sont pas considérées comme des dépenses.

80
LES PONDÉRATIONS DES DÉPENSES ET LEURS SOURCES

détenteurs des polices. En général, il semble préférable 4.71 La plupart des pays prennent en compte les
d’établir les pondérations des assurances-dommages à dépenses de biens d’occasion dans l’estimation des pon-
partir des commissions de service. Ce sont les mon- dérations de l’IPC, mais les prix de ces biens ne sont pas
tants, selon les estimations, payés par les ménages pour relevés (à cause de la difficulté de déterminer le prix du
les services fournis par les compagnies d’assurance. même bien tous les mois ou, lorsque les biens sont dif-
Cependant, il existe également des arguments en faveur férents, de procéder aux ajustements de qualité voulus).
de l’établissement des pondérations à partir des primes On présume donc que les prix des biens, qu’ils soient
brutes. C’est un point difficile sur lequel il n'existe pas neufs ou d’occasion, évoluent dans le même sens.
encore de consensus. 4.72 Des pondérations distinctes doivent être attri-
4.68 Biens d’occasion, automobiles comprises. Les buées aux biens d’occasion dans les pays où les achats
prix des biens durables d’occasion achetés par les mé- de ces biens sont importants et où on estime que leurs
nages sont pris en compte dans l’IPC de la même façon prix ne suivent pas la même évolution que celle des
que ceux des biens neufs (voir paragraphes 3.127 à 3.129 biens neufs. Les informations nécessaires pourraient
du chapitre 3). Cependant, les ménages vendent aussi être extraites, du moins pour certains biens durables de
des biens durables d’occasion, comme les automobiles. premier plan, des EBM, si elles couvraient aussi les
Si le prix d’un bien d’occasion augmente, le ménage biens d’occasion.
acquéreur s’appauvrit, tandis que le ménage vendeur 4.73 Dépenses à l’étranger et dépenses des non-
s’enrichit. Du point de vue des pondérations, les ventes résidents. Si l’objectif est de construire un indice repré-
constituent des dépenses négatives, ce qui suppose que sentatif des mouvements des prix dans une région ou un
les variations des prix des biens d’occasion vendus par pays donné, le système de pondération doit refléter les
des ménages ont implicitement une pondération négative achats effectués par les ménages résidents ou non-rési-
dans l’IPC. En effet, les achats et ventes de biens d’occa- dents. En pratique, la proportion des achats faits par des
sion entre ménages, directement ou par un intermédiaire, visiteurs en provenance de l’étranger ou d’autres
s’annulent (sauf en ce qui concerne les marges des inter- régions peut être difficile à estimer, sauf dans le cas de
médiaires, voir chapitre 3) et ne donnent lieu à aucune certains types d’achats dans les zones géographiques où
pondération dans l’IPC. Toutefois, les ménages achètent le tourisme étranger est la principale activité écono-
également aux autres secteurs ou leur vendent. Pour la mique. Il faut utiliser des sources autres que les EBM
population de référence prise dans son ensemble, à pour s’assurer que les pondérations prennent en compte
savoir l’ensemble complet des ménages couvert par les dépenses des touristes étrangers, ainsi que tous les
l’IPC, les pondérations à attribuer à un bien d’occasion achats de biens et de services de consommation effec-
d’un type particulier correspondent aux dépenses totales tués dans le pays par des ménages résidents ou non rési-
des ménages y afférentes moins la valeur des recettes des dents. Ces sources peuvent être la comptabilité natio-
ménages tirées des ventes à destination ou en prove- nale ou les statistiques des ventes.
nance des autres secteurs. Rien ne justifie que ces 4.74 Lorsque le principal objectif de l’indice est de
dépenses et recettes s’annulent dans l’agrégat. Par mesurer les variations des prix pour la population rési-
exemple, il se peut que nombre des voitures d’occasion dente, les pondérations devraient tenir compte de leurs
achetées par les ménages soient importées. La différence dépenses à l’étranger. Cela nécessiterait de collecter,
entre les dépenses et les ventes totales correspond en dans le cadre des EBM, des données sur les dépenses
général aux dépenses nettes des ménages, soit la pondé- effectuées en dehors du pays (par exemple, celles de
ration à attribuer au bien d’occasion en question. repas et d’hôtel pendant les vacances, de biens durables,
4.69 Sauf dans le cas des voitures d’occasion, il est de santé et d’éducation). Pour construire l’indice en
pour ainsi dire impossible d’estimer les dépenses nettes, couvrant les dépenses à l’étranger, il serait possible :
la plupart des EBM ne collectant pas les données qui • de relever les prix à l’extérieur du pays de résidence;
permettraient de comparer les dépenses et les recettes • d’utiliser des sous-indices pertinents fournis par les
des ventes des biens d’occasion de types particuliers. statisticiens d’autres pays pour les types de produits
D’ordinaire, seul le montant total provenant de la vente achetés dans ces pays par les résidents;
de biens d’occasion est recueilli. Toutefois, cette infor-
mation ne donne une idée ni du volume, ni de l’impor- • de constituer un groupe de résidents qui communi-
tance de ces transactions dans l’économie nationale. Les queraient les prix payés pour leurs achats à l’étranger.
pays où ce volume est faible peuvent ne pas tenir 4.75 Étant donné qu’il est difficile de trouver dans
compte des biens d’occasion (exception faite des auto- les EBM des données fiables sur les dépenses à
mobiles) dans le calcul des pondérations de l’indice. l’étranger et, sur le plan pratique, de construire un
4.70 Comme elles sont en général élevées, les indice pour ces dépenses, il faut peut-être alors établir
sommes dépensées pour l’achat de véhicules d’occasion les pondérations à partir des EBM sans ajustement en
devraient être incluses dans le panier-type de l’IPC si fonction du lieu d’acquisition et ne recueillir les prix
les données étaient disponibles. Faute de données que des biens et services acquis sur le territoire écono-
fiables, leur pondération peut toutefois être ajoutée à mique du pays. Cette approche suppose que les varia-
celle des automobiles neuves. tions des prix des biens et services acquis à l’étranger

81
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

sont les mêmes que celles des biens et services ana- tolérable diminue à mesure qu’augmente le taux de
logues acquis dans le pays. variation des prix relatifs des produits élémentaires per-
tinents. Enfin, si les erreurs de pondération peuvent ne
Erreurs de pondération pas avoir une grande influence sur l’indice global, elles
4.76 Si les prix évoluaient tous dans le même sens, risquent à l’évidence d’être graves au niveau des sous-
les pondérations n’auraient pas d’importance. Par groupes. L’expérience australienne montre que même
contre, le rôle joué par les pondérations dans l’évalua- les produits élémentaires assortis de pondérations relati-
tion des variations globales des prix est d’autant plus vement élevées peuvent tolérer des erreurs de 20 à 30 %
important que le comportement des prix varie entre les (Australian Bureau of Statistics, 2000). D’après des
produits. études d’Eurostat, les IPC sont assez peu sensibles aux
4.77 Les changements négligeables dans les pondé- changements dans les pondérations. Eurostat a toutefois
rations n’ont en général guère d’effet sur l’IPC global. suggéré de mettre au point des procédures de contrôle
Une erreur dans les pondérations d’un sous-indice de la qualité pour suivre les pondérations des produits
donné n’a de l’importance que dans la mesure où ses élémentaires dont l’évolution des prix a été différente de
variations diffèrent des variations moyennes de l’IPC celle de l’indice global (Eurostat, 2001). La question
global. En général, l’erreur de pourcentage tolérable des répercussions des erreurs de pondération sur les
dans un indice est d’autant plus faible que sa pondéra- sous-indices et les indices globaux est examinée dans
tion est élevée. Il s’ensuit que l’erreur de pondération Rameshwar (1998).

82
ÉCHANTILLONNAGE
5
Introduction 5.5 Pourquoi ne prend-on seulement qu’un échan-
tillon d’unités? Mis à part qu’il serait pour ainsi dire
5.1 La procédure utilisée par les offices nationaux matériellement impossible, et financièrement prohibitif,
de statistiques pour relever les prix en vue d’établir un d’essayer de couvrir tous les produits dans tous les
indice des prix à la consommation (IPC) est l’enquête points de vente, les données seront sans doute de meil-
par sondage. Dans de nombreux pays, il serait plus leure qualité si l’on suit un plus petit nombre d’unités,
juste de considérer qu’il s’agit en fait d’un grand car on utilisera alors du personnel plus spécialisé et
nombre d’enquêtes différentes portant chacune sur dif- mieux entraîné. De surcroît, l’opération pourra être con-
férents sous-ensembles de produits couverts par l’in- duite dans des délais plus brefs.
dice. Nous commencerons donc par exposer certains 5.6 Dans un tirage aléatoire, les unités sont choisies
des concepts généraux des enquêtes par sondage, qu’il de telle manière que chacune d’elles (point de vente ou
convient de garder à l’esprit quand on examine un type produit) a une probabilité de sélection connue différente
particulier d’enquête, tel qu’un relevé de prix entrepris de 0. Par exemple, les points de vente peuvent être sélec-
en vue d’établir un IPC. tionnés par tirage aléatoire à partir d’un registre du com-
5.2 Un objectif quantitatif, un IPC par exemple, est merce sur lequel chacun d’eux a la même chance d’être
défini par rapport à : choisi. Traditionnellement, toutefois, ce sont les méthodes
• un univers composé d’une population finie d’unités de tirage non aléatoire que l’on utilise le plus souvent pour
(des produits, par exemple); choisir des points de vente ou des produits afin d’établir un
• une ou plusieurs variables définies pour chaque unité de IPC. La méthode du produit représentatif est particulière-
l’univers considéré (les prix et quantités, par exemple); ment populaire pour la sélection des produits élémentaires.
Les autres méthodes utilisées sont l’échantillonnage fondé
• une formule combinant les valeurs d’une ou plusieurs sur un seuil d’inclusion et l’échantillonnage par la méthode
de ces variables pour toutes les unités de l’univers en des quotas (voir ci-après). Il arrive aussi que l’on combine
une valeur unique appelée paramètre (par exemple deux méthodes; les points de vente sont par exemple sélec-
l’indice de Laspeyres). tionnés par tirage aléatoire, et les produits par la méthode
C’est à la valeur de ce paramètre que l’on s’intéresse. du produit représentatif.
5.3 L’univers considéré présente en général trois di- 5.7 Une fois que la décision de procéder à un
mensions : une dimension de produit, qui consiste en échantillonnage est prise, deux questions se posent :
l’ensemble des produits et variétés de produits achetés, comment choisir l’échantillon, et comment utiliser les
une dimension géographique et de point de vente, qui valeurs de celui-ci pour estimer le paramètre. La pre-
consiste en l’ensemble des points de vente ou canaux mière porte sur le choix d’un procédé d’échantillon-
par lesquels un produit est vendu, et une dimension tem- nage, la seconde sur la procédure d’estimation. Nous
porelle, qui consiste en l’ensemble des subdivisions examinerons d’abord les procédés d’échantillonnage.
d’une période de l’indice. La dimension temporelle re-
cevra moins d’attention, car la variation des prix est en
général plus faible sur une courte période et les aspects Techniques de tirage aléatoire
temporels peuvent être traités dans le cadre des spécifi- 5.8 Cette section présente une série de concepts et
cations du produit et du point de vente. de techniques d’ordre général de tirage d’échantillons
5.4 Dans ce chapitre, les deux premières dimen- qui ont des applications importantes pour les indices des
sions seront considérées comme statiques sur les pé- prix. Cette présentation rapide couvre les procédés de
riodes considérées dans l’indice. En d’autres termes, il sondage présentant un intérêt immédiat pour ces in-
sera supposé que l’on retrouve les mêmes produits et dices. On trouvera une analyse complète de cette ques-
points de vente dans l’univers considéré aux deux pé- tion dans les nombreux ouvrages qui lui ont été consa-
riodes, ou que l’on remplace systématiquement un pro- crés, tels que ceux de Särndal, Swensson et Wretman
duit ou point de vente ancien par un nouveau, sans diffi- (1992) ou de Cochran (1977).
cultés. Les complications que posent les modifications 5.9 La théorie de l’échantillonnage d’enquête con-
dynamiques de l’univers sont évoquées au chapitre 8, sidère que l’univers est composé d’un nombre fini (N)
qui aborde les questions du remplacement, du rééchan- d’unités d’observation notées j = 1,…, N. L’échantillon-
tillonnage et de l’ajustement de la qualité. nage revient alors à sélectionner n unités sur N en atta-

83
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

chant une probabilité d’inclusion, πj, à chacune d’elles. • Les annuaires téléphoniques («pages jaunes»). Ces der-
Deux procédés d’échantillonnage sont particulièrement niers n’incluent généralement pas de mesure de taille. Il
intéressants pour les indices des prix. faut alors procéder à des tirages aléatoires simples ou
5.10 En cas de tirage aléatoire simple ou de tirage systématiques. Parfois, la connaissance informelle de
systématique, chaque unité a une probabilité égale d’in- l’importance des différents points de vente peut être uti-
clusion dans l’échantillon et nous avons πj = n /N. Dans un lisée pour stratifier l’univers en deux catégories ou plus,
tirage aléatoire simple, toutes les unités sont sélectionnées et constituer ensuite un échantillon relativement plus
en utilisant un mécanisme aléatoire. Dans un tirage systé- large à partir de strates plus importantes.
matique, les unités de l’échantillon sont sélectionnées à • Les registres des collectivités locales, organismes pro-
égale distance l’une de l’autre dans la base de sondage, et fessionnels, etc. peuvent être utilisés pour les marchés
seule la première est sélectionnée par tirage aléatoire. Ces locaux et autres données de ce type, qui sont particuliè-
techniques sont d’ordinaire recommandées lorsque les rement importantes dans les pays en développement.
unités sont relativement homogènes. 5.15 Les bases de sondage pour la dimension «pro-
5.11 En cas de tirage aléatoire à probabilité iné- duits» peuvent être :
gale proportionnelle à la taille (PPT), la probabilité • Les listes de produits qui sont fournies par les princi-
d’inclusion est proportionnelle à une variable auxiliaire paux points de vente en gros et font apparaître la va-
Ν
xj et nous avons πj = nxj / Σ j = 1xj. Les unités pour les- leur des ventes durant la période précédente pour les
quelles cette quantité est initialement supérieure à variétés considérées. Les valeurs des ventes consti-
l’unité sont sélectionnées avec certitude, et des proba- tuent une mesure de taille évidente pour les pondéra-
bilités d’inclusion sont calculées ensuite pour le reste tions et les tirages PPT.
de l’univers.
5.12 L’univers peut être divisé en strates notées • Les listes de produits spécifiques aux points de vente.
h = 1,…, H. Chaque strate comprend alors Nh unités et Ces listes peuvent aussi être dressées par les enquê-
nous avons ΣΗ N = N. La stratification a en général teurs chargés de relever les prix à partir des produits
h=1 h
pour but de regrouper les unités qui présentent soit une présentés sur les étagères. La place que ces produits
certaine homogénéité, soit un avantage du point de vue occupent sur les étagères peut alors être utilisée
administratif en étant par exemple physiquement proches comme mesure de taille pour les tirages PPT.
les unes des autres. Chaque strate était un mini-univers
dans lequel l’échantillonnage a lieu de façon indépen- Techniques de tirage aléatoire
dante. La pratique suivie pour établir les IPC consiste à
prendre comme strates des agrégats élémentaires. Dans le
à probabilité inégale proportionnelle
reste de ce chapitre, nous examinons un échantillonnage à la taille
en strate unique correspondant à un agrégat élémentaire et 5.16 Il existe plusieurs techniques de tirage PPT, qui
nous ne retenons pas l’indice inférieur h. se répartissent en deux grandes catégories selon que la
taille de l’échantillon est fixée ou aléatoire. Il est à l’évi-
dence souhaitable que la taille de l’échantillon soit préala-
Tirage aléatoire et indices blement fixée dans le cas des IPC, car la taille de l’échan-
des prix à la consommation tillon dans chaque strate est souvent réduite et l’on
risquerait d’aboutir à un échantillon vide si le choix de la
5.13 Une base de sondage est une liste comprenant taille était aléatoire. Nous présentons donc ici deux tech-
l’ensemble (ou la majorité) des N unités de l’univers. niques qui donnent des échantillons PPT à taille fixée.
La couverture qu’elle assure peut être excessive dans la 5.17 Tirage PPT systématique. Le mieux est d’illustrer
mesure où elle inclut des unités qui ne figurent pas dans cette procédure par un exemple. Le tableau 5.1 montre
l’univers considéré ou des unités dupliquées. Elle peut comment un échantillon de 3 points de vente peut être ex-
aussi être insuffisante si certaines unités de cet univers trait d’un total de 10. Dans ce cas, le nombre d’employés
ne sont pas dans la base. donne la mesure de la taille. Examinons la liste, qui indique
5.14 Les bases de sondage applicables à la dimen- les tailles cumulées et les intervalles d’inclusion. Nous pre-
sion «points de vente» peuvent être : nons le total de notre mesure de taille, en l’occurrence 90, et
• Les registres du commerce. Ceux-ci doivent donner divisons celui-ci par la taille de l’échantillon, soit 3. On ob-
l’adresse précise des points de vente au détail et être tient ainsi un intervalle d’échantillonnage de 30. Nous choi-
mis à jour régulièrement. S’ils donnent, en outre, une sissons ensuite un nombre aléatoire compris entre 1 et 30
mesure de la taille (chiffre d’affaires ou nombre (les fonctions d’énumération aléatoire sont données, par
d’employés) des points de vente, les registres du com- exemple, par le logiciel de tabulation d’Excel). Supposons
merce constituent un outil utile pour procéder à un que ce chiffre soit 25. L’échantillon se composera alors des
tirage aléatoire à probabilité inégale proportionnelle à points de vente dont les intervalles d’inclusion couvrent les
la taille (PTT), et cette mesure de la taille des points nombres 25, 25 + 30 et 25 + 2 × 30.
de vente sera alors incluse aussi dans le paramètre de 5.18 Le tirage systématique est facile à mettre en
l’univers considéré. œuvre. Toutefois, si la base de sondage assure une surcou-

84
ÉCHANTILLONNAGE

Tableau 5.1 Tirage aléatoire systématique de 3 points de Tableau 5.2 Échantillon aléatoire de Pareto de 3 points de
vente sur 10, à probabilité inégale proportionnelle à la taille vente sur 10, à probabilité inégale proportionnelle à la taille
Points Inclus lorsque Points
de Nombre Intervalle le point de de
vente d’employés = x x cumulé d’inclusion départ est 25 vente xi Ui Qi Échantillon

1 13 13 1–13 6 25 0,755509 0,036943 X


2 2 15 14–15 1 13 0,198082 0,207721 (X)
3 5 20 16–20 8 6 0,915131 0,310666 X
4 9 29 21–29 X 9 11 0,277131 0,346024 X
5 1 30 30 10 8 0,834138 0,380468
6 25 55 31–55 X 7 10 0,709046 0,412599
7 10 65 56–65 4 9 0,46373 0,580264
8 6 71 66–71 3 5 0,500162 1,25
9 11 82 72–82 5 1 0,067941 1,836435
10 8 90 83–90 X 2 2 0,297524 2,926051

verture, la taille de l’échantillon ne sera pas celle détermi- à un tirage PPT, car les probabilités d’inclusion obte-
née à l’avance. Supposons qu’à la première visite des nues s’écartent quelque peu de celles souhaitées. Rosén
points de vente nous découvrons que le point de vente 6 (1997b) montre cependant que, s’il s’agit d’estimer des
ne propose pas les produits de l’échantillon. Nous restons moyennes et des variances, ces procédures corres-
alors avec un échantillon réduit à deux points de vente pondent approximativement à des PPT. Dans le cas de
seulement. Il faut alors soit nous en contenter, soit rempla- l’indice des prix, cela reste vrai en cas de substitution
cer d’une manière ou d’une autre le point de vente man- d’un échantillon qui assurait une surcouverture. La PPT
quant, ce qui n’est pas prévu par la procédure d’échan- de Pareto est meilleure, à la marge, que la PPT séquen-
tillonnage de base. En outre, l’échantillon sélectionné tielle et devrait par conséquent lui être préférée.
dépend de l’ordre dans lequel les points de vente ou les 5.22 Le tirage PPT ordonné est utilisé à l’heure ac-
produits sont énumérés dans la liste. Cela peut être impor- tuelle dans de nombreux volets de l’IPC suédois pour
tant, en particulier si l’ordre d’inscription dans la liste est échantillonner par exemple :
corrélé à la mesure de la taille. • les points de vente, à partir du registre du commerce
5.19 Tirage PPT ordonné. Il s’agit d’une méthode re- (la mesure de la taille est donnée par le nombre d’em-
lativement nouvelle de tirage PPT, théorisée par Rosén ployés + 1);
(1997a, 1997b). Dans ce cas, un nombre aléatoire uni- • les produits, à partir des bases de données fournies par
forme Ui compris entre 0 et 1 et une variable zi = nxi /Σi xi, les grandes chaînes de vente au détail (la mesure de la
où xi est une variable de taille, sont associés à chaque unité taille est donnée par l’historique des ventes);
de l’échantillon, et une variable de rang est construite • les modèles automobiles, à partir du registre central des
sous forme de fonction de ces deux variables. Les unités véhicules automobiles (la mesure de la taille est donnée
de l’univers sont alors classées par ordre croissant et les n par l’immatriculation dans la période de référence).
unités pour lesquelles la variable de rang présente les va- 5.23 Statistics Sweden (2001) donne de plus amples
leurs les plus faibles sont incluses dans l’échantillon. On détails sur l’application de ces procédures. Rosén (1997b)
peut citer deux exemples importants de ces variables de montre que le tirage PPT de Pareto et le tirage PPT systé-
rang Qi : matique sont les deux méthodes d’échantillonnage opti-
• Pour les tirages PPT séquentiels : Qi = Ui /zi; males. Le tirage PPT de Pareto permet une évaluation ob-
• Pour les tirages PPT de Pareto : Qi = Ui = (1–zi) /zi(1–Ui). jective de la précision de l’estimation. Pour la précision
5.20 Le tableau 5.2 montre comment fonctionne ce finale, toutefois, le tirage PPT de Pareto est meilleur dans
type de tirage, pour le même univers que précédemment certaines situations, et le tirage systématique préférable
et en prenant comme exemple un tirage PPT de Pareto. dans d’autres. Le choix entre les deux est donc affaire de
L’univers est classé maintenant selon un ordre croissant jugement et de faisabilité dans une situation donnée. La
par rapport à la variable de rang. Il apparaît que notre grande souplesse du tirage PPT ordonné face aux imper-
premier échantillon se compose des points de vente 6, 1 fections de la base de sondage, aspect important dans les
et 8. Supposons cependant que nous découvrons main- applications de l’IPC, nous conduit à le recommander de
tenant qu’il n’est pas indiqué d’inclure le point de préférence à toutes les autres procédures PPT.
vente 1. Nous nous tournons alors vers l’unité classée
quatrième — le point de vente 9 — et incluons celle-ci
en remplacement. Un tirage PPT ordonné est donc fa-
Méthodes d’échantillonnage utilisées
cile à combiner avec une taille d’échantillon fixée, et par le Bureau of Labor Statistics
d’un maniement plus souple qu’un tirage systématique. des États-Unis
5.21 Ni l’une ni l’autre des deux procédures 5.24 Le Bureau of Labor Statistics (BLS) des États-
d’échantillonnage ne correspond exactement, toutefois, Unis utilise des méthodes de tirage aléatoire à toutes les

85
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

étapes de la sélection d’un échantillon. Lors de la dernière roger un moment sur les motifs, rationnels ou non,
étape, les produits élémentaires sont sélectionnés dans les d’une telle situation. Dans la section suivante, nous pas-
points de vente selon un processus conçu pour donner des sons en revue certaines de ces raisons possibles, avant
résultats proches d’un tirage PPT, s’agissant des ventes de d’examiner diverses techniques de tirage non aléatoire.
chacun de ces produits. À cette fin, les représentants du
BLS sur le terrain ont le choix entre quatre procédures
pour déterminer les proportions des ventes (U.S. BLS, Raisons de recourir au tirage
1997). Ils sont autorisés à : non aléatoire
• obtenir directement les proportions auprès des 5.28 Absence d’une base de sondage. La situation
répondants; est fréquente pour ce qui concerne la dimension «pro-
duits», mais moins pour la dimension «points de vente»,
• classer les sous-groupes/produits élémentaires selon
pour laquelle les registres du commerce ou les annuaires
l’importance des ventes, telle qu’indiquée par les ré-
téléphoniques fournissent les bases requises, au moins
pondants, et obtenir ensuite les proportions directe-
dans certaines régions du monde telles que l’Europe oc-
ment ou en utilisant des proportions assignées au
cidentale, l’Amérique du Nord et l’Océanie. Il est pos-
préalable;
sible également de construire des bases «sur mesure»
• utiliser, le cas échéant, l’espace occupé sur les éta- dans un nombre restreint de villes ou d’endroits, qui
gères pour estimer les proportions; sont échantillonnés en grappes dans un premier temps.
• utiliser l’équiprobabilité. On notera que, dans le cas des produits, l’assortiment de
5.25 Pour le BLS, cette procédure présente l’avan- produits proposé dans un point de vente fournit une base
tage d’assurer un tirage aléatoire objectif et efficace là de sondage naturelle, une fois le point de vente échan-
où aucune autre procédure de ce type ne serait possible. tillonné en grappe, comme dans la procédure d’échan-
Elle permet d’adopter une définition large des strates de tillonnage du BLS présentée plus haut. L’absence de
produits élémentaires, de sorte qu’il n’est pas nécessaire base de sondage n’est donc pas une excuse suffisante
de suivre partout les prix de la même spécification pour ne pas appliquer un tirage aléatoire.
étroite. La grande variété de produits élémentaires spé- 5.29 Le biais résultant d’un tirage non aléatoire est
cifiques réduit très sensiblement la composante de la va- négligeable. Diverses preuves empiriques appuient cette
riance à l’intérieur de chacun d’eux; elle réduit aussi la assertion pour ce qui concerne les indices fortement
corrélation des variations des prix entre les secteurs et agrégés. Dalén (1998b) et De Haan, Opperdoes et Schut
permet de diminuer la taille de l’échantillon requis pour (1999) ont simulé l’échantillonnage, fondé sur un seuil
une variance donnée. d’inclusion, de produits d’un même groupe de produits
5.26 L’un des inconvénients possibles de cette ap- élémentaires. Dalén a examiné environ 100 groupes de
proche est que, si la mesure des ventes est effectuée du- produits élémentaires vendus dans des supermarchés et
rant une période très brève, elle risque de coïncider avec mis en évidence, pour les sous-indices de nombreux
une campagne spéciale de promotion. Il se pourrait groupes de produits élémentaires, des biais importants
alors qu’un produit élémentaire dont le prix a temporai- qui s’annulent toutefois presque totalement après agré-
rement baissé reçoive une probabilité d’inclusion éle- gation. De Haan, Opperdoes et Schut utilisent des don-
vée. Comme ce prix tendra à augmenter plus que la nées obtenues par lecture optique et s’intéressent à trois
moyenne, il risque d’en résulter une surestimation. Il est catégories (café, couches pour bébés et papier hygié-
donc essentiel que l’échantillonnage du produit élémen- nique) et, bien que le biais constaté pour chacune d’entre
taire ait lieu avant le premier relevé de prix, ou que l’on elles soit considérable, l’erreur quadratique moyenne
utilise les valeurs des ventes d’une période antérieure. (définie comme la variance plus le carré du biais) appa-
Okamoto (1999) souligne ce point dans le cas du Japon, raît souvent plus faible que dans un tirage PPT. Les biais
où les variations importantes de prix sont, semble-t-il, vont dans les deux sens et peuvent donc être interprétés
très communes. comme corroborant les conclusions de Dalén. L’impor-
tance des biais constatés pour les deux groupes de pro-
duits élémentaires reste néanmoins troublante. Dalén,
Techniques de tirage tout comme De Haan, Opperdoes et Schut, fait état de
non aléatoire biais pour des groupes composés d’un seul produit élé-
mentaire de bon nombre de points de l’indice.
5.27 La théorie moderne de l’échantillonnage sta- 5.30 Il faut s’assurer que les échantillons pourront
tistique met l’accent sur les tirages aléatoires. Le re- être suivis pendant un certain temps. En cas de mal-
cours au tirage aléatoire est aussi vivement recommandé chance dans notre échantillon aléatoire, nous risquons
et constitue la norme pour toutes sortes d’enquêtes sta- en effet de nous retrouver avec un produit qui disparaît
tistiques, y compris dans le domaine économique. Mais immédiatement après son inclusion dans l’échantillon.
la pratique suivie dans la plupart des pays pour établir La question de son remplacement doit alors être résolue,
les indices des prix reste dominée par les techniques de avec les risques de biais que cela comporte. Par contre,
tirage non aléatoire. Il n’est donc pas inutile de s’inter- il se peut que les prix de produits dont la vie est courte

86
ÉCHANTILLONNAGE

affichent des fluctuations différentes de celles des prix cune de ces deux possibilités, il serait plus difficile
des produits dont la durée de vie est longue et repré- d’effectuer des tirages totalement aléatoires pour les
sentent une part importante du marché, de sorte que le produits considérés.
fait de les ignorer créera un biais. 5.35 Dans certaines situations, il existe par consé-
5.31 Un tirage aléatoire pour la période de réfé- quent de bonnes raisons de recourir à des techniques non
rence n’est pas un tirage aléatoire approprié pour la pé- aléatoires. Nous examinons deux d’entre elles ci-après.
riode en cours. Cet argument anticipe en partie la ré-
flexion développée au chapitre 8. Il est certainement
vrai que la protection contre les biais qu’offre un échan- Échantillonnage fondé
tillon aléatoire est dans une large mesure annihilée par sur un seuil d’inclusion
la nécessité de procéder ensuite à des remplacements 5.36 L’échantillonnage fondé sur un seuil d’inclusion
non aléatoires. fait référence à la pratique qui consiste à choisir avec certi-
5.32 Le relevé des prix doit avoir lieu là où l’on dis- tude les n unités de l’échantillon les plus importantes et à
pose d’enquêteurs pour le faire. Cet argument ne s’ap- donner aux autres une probabilité d’inclusion égale à zéro.
plique qu’aux tirages géographiques. Il est bien sûr Dans ce cadre, la notion d’«importance» se rapporte à une
moins cher de relever les prix près du domicile des en- certaine mesure de la taille qui est étroitement corrélée à la
quêteurs, et il serait difficile et coûteux de recruter des variable cible. L’expression «seuil d’inclusion» fait réfé-
enquêteurs à chaque fois qu’un nouvel échantillonnage rence à la valeur frontière entre les unités incluses et celles
est organisé, pour s’en séparer ensuite. Le problème di- qui ne le sont pas.
minue si l’on fait en sorte que les enquêteurs soient ré- 5.37 La théorie nous indique que d’une manière gé-
partis convenablement sur l’ensemble du pays. Pour s’en nérale, l’échantillonnage fondé sur un seuil d’inclusion
assurer, on peut par exemple organiser, au sein de l’of- ne produit pas d'estimateurs non biaisés (voir para-
fice national des statistiques, un corps d’enquêteurs pro- graphes 5.51 à 5.60 pour une analyse des biais et de la
fessionnels répartis à travers le pays et menant de front variance), car les petites unités peuvent afficher des va-
diverses enquêtes. Une autre solution à ce problème con- riations de prix qui diffèrent systématiquement de
siste à mettre sur pied, à titre de premier degré d’échan- celles des unités plus importantes. La stratification par
tillonnage, un échantillon de régions ou de villes et loca- taille ou les tirages PPT présentent aussi l’avantage
lités qui n’est modifié que très lentement. d’inclure avec certitude les unités les plus grandes, tout
5.33 La taille de l’échantillon est trop petite. La strati- en donnant à toutes les unités une probabilité d’inclu-
fication est parfois si fine qu’elle ne laisse place, dans la sion différente de zéro.
strate finale, qu’à un très petit échantillon. Une sélection 5.38 Si le critère d’erreur n’est pas le biais minimal
aléatoire de 1 à 5 unités peut résulter parfois en un échan- mais l’erreur quadratique moyenne minimale (= variance
tillon final jugé asymétrique ou doté de propriétés de re- + carré du biais), alors, étant donné que tout estimateur
présentation médiocres. Toutefois, à moins que l’indice de tiré d’un échantillonnage fondé sur un seuil d’inclusion a
cette strate de petite taille doive être présenté publique- une variance égale à zéro, l’échantillonnage fondé sur un
ment, le problème reste lui aussi limité. L’asymétrie des seuil d’inclusion peut être un bon choix lorsque la réduc-
petits échantillons de niveau inférieur se corrigera aux ni- tion de la variance fait plus que compenser l’introduction
veaux supérieurs. L’argument selon lequel la taille de d’un biais limité. De Haan, Opperdoes et Schut (1999)
l’échantillon est trop petite a plus de poids lorsqu’il con- montrent que cela peut être le cas, de fait, pour certains
cerne des grappes (zones géographiques) de premier degré groupes de produits élémentaires.
qui s’appliquent simultanément à la plupart des degrés de 5.39 Il est fréquent qu’un sondage à degrés mul-
l’échantillonnage suivants. tiples soit conçu de manière à ne laisser place qu’à un
5.34 Les décisions qui concernent l’échantillon- nombre très restreint d’unités à un certain degré. Les
nage doivent être prises à un niveau subalterne de l’or- problèmes que pose parfois la mesure des unités de très
ganisation. À moins de disposer de solides connais- petite taille peuvent alors justifier, en s’ajoutant aux
sances en statistiques, les enquêteurs chargés de relever amples variances observées, que le relevé des prix soit
les prix risquent d’avoir des difficultés à procéder à des limité aux unités les plus grandes.
tirages aléatoires sur le terrain. Or, ces opérations se- 5.40 Notons que l’on peut aussi opter pour un pro-
raient nécessaires si la spécification du produit fournie cédé hybride dans lequel coexistent une strate de choix
à l’échelon central couvre plus d’un produit (prix) dans certain, des strates de tirage aléatoire et un seuil d’in-
un point de vente. Néanmoins, c’est précisément ce que clusion faible en deçà duquel aucun échantillon n’est
font, aux États-Unis (U.S. BLS, 1997), les représen- tiré. Dans la pratique, cette solution est souvent retenue
tants du BLS sur le terrain. En Suède, où l’échantillon- lorsque la section de l’univers située «en deçà du seuil
nage (pour les produits de première nécessité) est cen- d’inclusion» est jugée insignifiante et peut-être difficile
tralisé au point que toutes les variétés de produit sont à mesurer.
définies et les tailles des emballages spécifiées, il n’est 5.41 Il existe, dans le domaine de l’IPC, une pra-
pas besoin de procéder à des échantillonnages dans les tique particulière qui s’apparente à l’échantillonnage
points de vente. Dans les pays où l’on ne dispose d’au- fondé sur un seuil d’inclusion : elle consiste à laisser

87
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

l’enquêteur choisir le produit le plus vendu dans un dans certaines situations. Il est plus difficile, mais pas im-
point de vente, dans les limites d’une spécification défi- possible, de gérer un système d’échantillonnage par la
nie à l’échelon central. Dans ce cas, la taille de l’échan- méthode des quotas lorsque les prix sont relevés locale-
tillon est égale à un (dans chaque point de vente) et la ment. Il faut alors répartir les enquêteurs chargés de rele-
règle du seuil d’inclusion est affaire de jugement plutôt ver les prix en sous-groupes et leur donner des instructions
que de mesure exacte, puisque l’on dispose rarement quelque peu différentes pour la sélection des produits.
des mesures de taille exactes. Dans tous les cas où l’on L’échantillonnage par la méthode des quotas a pour incon-
procède à des échantillonnages en fonction de la taille vénient, comme d’autres tirages non aléatoires, que l’er-
dans un point de vente, il est essentiel de considérer reur-type d’estimation ne peut être déterminée.
celle-ci dans une optique de long terme, afin d’éviter
que les ventes temporairement dopées par une brève pé-
riode de réduction des prix ne soient pas prises pour des La méthode du produit élémentaire
mesures de la taille. Les prix de ces produits auront ten- représentatif
dance, dans l’avenir immédiat, à augmenter beaucoup 5.46 C’est la méthode traditionnelle pour les IPC.
plus que le groupe de produits qu’ils représentent et à L’office central dresse une liste des types de produits, as-
créer ainsi un grave biais de surestimation. sortie de spécifications par type de produit. Ces spécifica-
tions peuvent être étroites, en ce sens qu’elles limitent
étroitement les produits que les enquêteurs peuvent sélec-
Échantillonnage tionner, ou larges, si elles laissent à ces derniers toute lati-
par la méthode des quotas tude pour choisir les variétés populaires localement.
5.42 De nombreux groupes de produits, y compris 5.47 La méthode assortie de spécifications étroites
parmi ceux de taille plutôt réduite, sont par nature assez est, en un sens, diamétralement opposée à celle de
hétérogènes, et leurs prix varient en fonction d’un grand l’échantillonnage par la méthode des quotas susmen-
nombre de sous-groupes ou de caractéristiques. On peut tionnée. À moins que les groupes de produits ne soient
très bien observer des mouvements de prix différents au définis de manière à inclure un très grand nombre de
sein de ces groupes de produits, et toute procédure vi- types de produits, la représentativité pâtira de cette pro-
sant à les représenter par un seul ou quelques types de cédure, car aucun des produits qui ne répondent pas à la
produits étroitement spécifiés fait inutilement courir un spécification n’entrera dans l’indice. La méthode pré-
grand risque de biais. sente un autre inconvénient : elle peut conduire à ce que
5.43 Dans le cas de l’échantillonnage par la mé- plus de produits manquent dans les points de vente, et
thode des quotas, l’échantillon sélectionné a les mêmes réduire ainsi l’échantillon effectif. Son principal avan-
proportions d’unités que l’univers pour ce qui concerne tage est sa simplicité. Il est facile de garder le contrôle
un certain nombre de caractéristiques connues, telles de l’échantillon à l’échelon central. Si des ajustements
que le sous-groupe de produit, le type de point de vente de la qualité sont nécessaires, ils peuvent être décidés à
ou la localisation. La sélection effective des unités de ce niveau, ce qui peut être un avantage ou non.
l’échantillon obéit ensuite à des procédures subjectives, 5.48 La méthode assortie de spécifications larges
de telle sorte que la composition de l’échantillon final donne aux enquêteurs la possibilité d’ajuster l’échan-
réponde aux critères des quotas. tillon à la situation locale, et entraîne normalement une
5.44 L’exemple suivant illustre le concept d’échan- meilleure représentativité globale de celui-ci. Conjugué
tillonnage par la méthode des quotas. L’objectif est de au critère des «meilleures ventes», l’échantillon tendra
créer un échantillon de 20 forfaits vacances. On sait toutefois à sous-estimer systématiquement les marques
que, dans cet univers, 60 % des vacances se passent en et produits de moindre importance qui peuvent être
Espagne, 30 % en Grèce et 10 % au Portugal. Quant aux achetés par des minorités non négligeables.
groupes de vacanciers, 70 % se composent de 2 adultes,
20 % de 2 adultes + 1 enfant et 10 % de 2 adultes +
2 enfants. Sur cet échantillon, 20 % des groupes sé- Échantillonnage dans le temps
journent dans un hôtel 2 étoiles, 40 % dans un hôtel 5.49 Un IPC se réfère d’ordinaire à un mois, pé-
3 étoiles, 30 % dans un hôtel 4 étoiles et 10 % dans un riode durant laquelle les prix ne restent pas constants.
hôtel 5 étoiles. Avec ces informations, il est possible de La question de l’échantillonnage dans le temps se pose
concevoir l’échantillon de manière à ce que toutes ces alors. On élude souvent ce problème en retenant, par
proportions se retrouvent dans l’échantillon, qui est exemple, le quinzième jour du mois ou les jours qui en-
alors autopondéré. Notons qu’il s’agit ici de proportions tourent le quinzième jour du mois comme date cible
en volume, et non pas en valeur, et qu’il peut être néces- pour la mesure des prix. Dans certains secteurs, le jour
saire de les ajuster en fonction de la formule d’agrégat de la semaine a un effet sur les prix : c’est le cas, par
élémentaire utilisée. exemple, pour le cinéma, le théâtre ou la restauration,
5.45 L’échantillonnage par la méthode des quotas mais cela peut être pris en compte dans la spécification
suppose une gestion centralisée de l’ensemble du proces- du produit plutôt que dans l’échantillonnage, en spéci-
sus d’échantillonnage, ce qui risque d’en limiter l’utilité fiant par exemple le prix pratiqué le soir en semaine.

88
ÉCHANTILLONNAGE

5.50 Autant que l’on sache, le tirage aléatoire dans le tant plus coûteux qu’il a lieu loin du domicile des en-
temps n’est utilisé nulle part. La méthode qu’emploient quêteurs qui relèvent les prix. Si l’organisme chargé du
certains pays consiste à étendre le relevé des prix sur plu- relevé des prix est centralisé dans quelques grandes
sieurs semaines en suivant un certain schéma, différentes villes, il sera difficile d’échantillonner des points de
semaines étant, par exemple, consacrées à différentes ré- vente ailleurs. Il faut toutefois garder à l’esprit que l’in-
gions ou différents groupes de produits. Dans certains cas, flation peut être très différente en zone rurale et en zone
les prix sont suivis à intervalles plus rapprochés que le urbaine. Ne pas relever les prix dans ces deux zones
rythme mensuel : c’est le cas pour les produits frais, par pourrait donc être préjudiciable aux efforts déployés
exemple. Nous ne disposons pas encore de connaissances pour mesurer au plus près l’inflation moyenne au plan
systématiques sur les avantages et inconvénients de telles national. Il vaut mieux se doter au moins d’un petit
pratiques. Le chapitre 6 examine les aspects plus concrets échantillon pour les zones rurales afin que ce facteur
de la répartition des relevés de prix dans le temps. puisse être pris en compte. Ce faisant, il reste possible
de dégager la majeure partie des économies que peut en-
Choix d’une méthode de tirage traîner le choix de points de vente proches du domicile
des enquêteurs.
5.51 Dans cette section, nous examinons comment le 5.56 Niveau de formation des enquêteurs. Si les en-
choix d’une méthode de tirage peut dépendre de facteurs quêteurs chargés de relever les prix disposent d’une so-
spécifiques au pays concerné. Mais il convient d’abord lide formation, ils peuvent être chargés de mener à bien
d’examiner la question de la taille de l’échantillon. des tâches plus complexes, telles que des tirages PPT
5.52 Taille de l’échantillon. La précision finale de dans les points de vente. Sinon, il faut s’en tenir à des
l’estimation d’un échantillon dépend seulement de sa méthodes plus simples.
taille et de son allocation, et non pas de la taille du pays. 5.57 Accès à l’expertise de l’office central. Les ti-
En ce sens, il n’y a pas lieu d’adopter un échantillon rages aléatoires supposent que l’on ait recours à l’exper-
plus large pour un pays plus grand. Les échantillons tise méthodologique de l’office central des statistiques.
plus étoffés se justifient si les différences régionales 5.58 Groupes de produits homogènes ou hétéro-
dans l’évolution des prix présentent un intérêt et si l’on gènes. La méthode du produit élémentaire représentatif
souhaite un degré de désagrégation des produits très convient mieux aux groupes de produits homogènes.
élevé dans la présentation des indices. Le budget alloué Pour les groupes hétérogènes, il est plus probable que
à l’établissement de l’IPC peut bien sûr être plus impor- des segments importants de l’univers du produit, pour
tant dans les grands pays et permettre la constitution lesquels les prix évoluent différemment, seront oubliés.
d’échantillons plus larges. 5.59 Accès aux bases de sondage et qualité de
5.53 Les études consacrées aux biais (autres que le celles-ci. Les tirages aléatoires supposent des bases de
biais d’estimateur décrit aux paragraphes 5.61 à 5.64) et sondage qui n’existent pas forcément à l’échelle natio-
à la variance montrent que le biais de sélection des IPC nale. Si la première phase consiste en un échantillon-
représente d’ordinaire un problème beaucoup plus im- nage géographique en grappes (pour lequel la base de
portant que la variance d’échantillonnage. Il s’ensuit tirage est une simple carte géographique), une liste des
que, dans bien des cas, des échantillons plus petits mais points de vente pertinents peut être dressée dans chaque
mieux suivis — en ce qui concerne les remplacements, grappe échantillonnée à partir des annuaires télépho-
rééchantillonnages ou ajustements de la qualité — pour- niques ou d’autres fichiers établis localement, comme
raient donner, à budget égal, un indice de qualité supé- c’est le cas au Royaume-Uni. Cette méthode est aussi
rieure. Dans certains pays, la collecte des prix à l’éche- utilisée pour sélectionner des zones urbaines afin d’éta-
lon local est une ressource fixe et il est donc difficile de blir l’IPC aux États-Unis (Dippo et Jacobs, 1983).
redéployer des ressources du relevé local des prix vers 5.60 Données obtenues par lecture optique. Ce
le travail analytique à l’échelon central. Cela dit, il est chapitre se place dans le cadre traditionnel d’une situa-
recommandé de consacrer les ressources locales à tion où les prix sont relevés localement et à l’échelon
l’amélioration de la qualité du relevé des prix plutôt central, puis enregistrés individuellement dans une
qu’à multiplier leur nombre. La qualité des relevés de base de données centralisée. Lorsque les prix et, le cas
prix est examinée plus en détail au chapitre 6. échéant, les quantités, sont relevés par lecture optique
5.54 Selon les pays, la taille des échantillons men- comme c’est le cas aux points de vente dotés de
suels oscille entre plusieurs milliers et plusieurs cen- caisses enregistreuses électroniques, l’échantillonnage
taines de milliers. Souvent, ces différences relèvent da- peut se faire de façon différente. Il n’est pas nécessaire
vantage de la tradition que d’une analyse rationnelle du alors d’échantillonner des produits, des variétés ou des
degré de précision requis. Les pays qui utilisent des points dans le temps, puisque cette énumération est to-
échantillons de très grande taille feraient sans doute talement automatisée. Quoi qu’il en soit, tous les
bien de réfléchir au moyen de redéployer les ressources points de vente d’un produit ne seront pas équipés de
dont ils disposent. dispositifs de lecture optique à brève échéance.
5.55 Répartition géographique des enquêteurs Comme tous les types de points de vente devraient être
chargés de relever les prix. L’échantillonnage est d’au- représentés dans l’indice, il sera toujours nécessaire de

89
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

conjuguer les échantillons de données obtenues par Y=Σj∈S yj /πj, Ẑ = Σj∈S zj/πj,
lecture optique et les échantillons traditionnels de don-
nées recueillies auprès des points de vente dépourvus où S est l’échantillon, et que R̂ = Ŷ/ Ẑ est approximative-
de tels dispositifs. ment non biaisé pour R, sous réserve d’un biais d’esti-
mateur par le ratio (en général négligeable).

Procédures d’estimation Application des procédures


5.61 Une distinction essentielle doit être faite entre d’estimation aux indices
ce qu’il faut estimer, le paramètre, qui est défini pour des prix à la consommation
l’univers dans son ensemble, et l’estimateur, c’est-à-
dire la formule qui doit être calculée en utilisant les va- 5.65 Comme il a été dit plus haut, l’échantillonnage
leurs de l’échantillon pour l’estimation du paramètre. effectué pour les besoins des IPC est en général stratifié,
Cela dit, l’échantillonnage par enquête est en général les strates étant composées d’agrégats élémentaires.
utilisé pour estimer une population totale ou une fonc- Supposons que le paramètre de l’univers considéré soit I
tion de plusieurs totaux de ce type, qui peut être par et que le paramètre d’une strate h soit nommé Ih. Nous
exemple un ratio des totaux. C’est pourquoi, si deux avons alors :
variables y et z sont définies pour chaque unité de
l’échantillon (les prix à deux périodes différentes, par I ¦w I
h
h h

exemple), nous souhaiterons peut-être estimer les para-


mètres suivants : où wh est la pondération de la strate h. Il s’agit alors
d’estimer Ih pour chaque strate. Dans les paragraphes
N N
Y = ∑ yj et Z = ∑ z j ou R= Y / Z suivants, nous nous concentrons par conséquent sur
j= 1 j= 1 l’estimation pour une seule strate et abandonnons la no-
tation de h.
5.62 Plusieurs estimateurs différents peuvent être 5.66 Selon le contenu, le degré d’homogénéité,
proposés pour le même paramètre de population, et il l’élasticité-prix et l’accès aux informations sur les pon-
faut alors décider lequel d’entre eux sera utilisé. Quand dérations au sein de la strate, différents paramètres
on évalue la qualité de l’estimateur d’échantillon, c’est- peuvent convenir à différentes strates. Le choix du para-
à-dire la précision avec laquelle il estime le paramètre, mètre est un problème d’indice, qui doit être résolu par
deux mesures sont souvent examinées dans le para- référence aux concepts économiques sous-jacents. Ainsi
digme du tirage aléatoire. La première est le biais de qu’il est expliqué au chapitre 20, cet indice peut être
l’estimateur, qui est la différence entre le paramètre de l’indice de valeur unitaire, l’indice de Laspeyres, l’in-
l’univers considéré et la moyenne de l’estimateur pour dice de Lowe ou l’indice de Laspeyres géométrique.
tous les échantillons susceptibles d’être issus du pro- 5.67 Supposons que nous ayons un échantillon de
cédé d’échantillonnage spécifié (qualifiée de moyenne taille n et que les unités de cet échantillon soient dénom-
de la distribution d’échantillonnage de l’estimateur). mées 1, 2, ..., n. Très souvent, une des trois formules ci-
Notons que ce biais se rapporte à quelque chose de dif- après est utilisée comme estimateur de l’indice de strate :
férent du biais de l’indice examiné ailleurs dans le ma- La moyenne arithmétique des rapports de prix
nuel. Un estimateur est dit «non biaisé» s’il présente un (indice de Carli) :
biais égal à zéro. La seconde mesure est la variance de
l’estimateur par rapport à cette distribution d’échan- 1 p1j
r ¦ (5.1)
tillonnage. Un estimateur est considéré comme bon s’il n jS p 0j
présente à la fois un faible biais et une faible variance,
c’est-à-dire s’il est en moyenne très proche du para- Le rapport des moyennes des prix (indice de Dutot) :
mètre et ne s’éloigne pas trop de sa moyenne.
5.63 Il est rare que l’on ait la chance de trouver un es- 1
timateur réduisant au minimum, et en même temps, le ¦ p1j
n jS
a (5.2)
biais et la variance. Un estimateur qui présente un faible 1
biais peut afficher une forte variance, et un estimateur qui ¦ p 0j
n jS
présente une faible variance peut afficher un biais impor-
tant. Aussi a-t-on souvent recours à un critère appelé l’er-
reur quadratique moyenne, qui est la somme du carré du La moyenne géométrique (indice de Jevons) :
biais et de la variance. Un «bon» estimateur est alors sou-
vent un estimateur qui réduit au minimum ce critère. 1
5.64 La théorie de l’échantillonnage nous apprend § p1j · n
que les estimateurs suivants ne sont pas biaisés, respec- g – ¨ ¸ (5.3)
¨ 0¸
jS © p j ¹
tivement, pour les paramètres Y et Z susmentionnés :

90
ÉCHANTILLONNAGE

Pour aller plus loin, il faut aussi introduire le rapport des • Si l’on applique deux procédés d’échantillonnage diffé-
moyennes harmoniques des prix : rents, l’un pour la période 0 et l’autre pour la période 1,
qui correspondent tous deux à des PPT et où
1
π j ∝ q j et π j ∝ q j , alors a est approximativement non
0 0 1 1
¦ 1 p 0j
n jS
h (5.4) biaisé pour l’indice de valeur unitaire. Dans ce cas,
1 toutefois, l’interprétation de la formule a sera diffé-
¦1 p1j
n jS rente, puisque les échantillons figurant au numérateur
et au dénominateur sont différents.
5.68 Si l’on compare les estimateurs susmentionnés à • Si l’on applique deux procédés d’échantillons diffé-
la forme fonctionnelle des paramètres du chapitre 20, il rents, l’un pour la période 0 et l’autre pour la pé-
apparaît que des conditions très spéciales doivent être riode 1, qui correspondent tous deux à des PPT et où
π j ∝ v j = p j q j et π j ∝ v j = p j q j, alors h, rapport des
réunies pour en faire des estimateurs non biaisés de ces 0 0 0 0 1 1 1 1

paramètres, ne serait-ce que parce qu’il n’y a pas de quan- moyennes harmoniques des prix, est approximative-
tités dans les estimateurs de l’échantillon, contrairement à ment non biaisé pour l’indice de valeur unitaire. La
ce qui se passe pour les paramètres du chapitre 20. reformulation algébrique suivante de l’indice de va-
5.69 Nous avançons, sans le prouver, certains résul- leur unitaire aide à éclaircir ce point :
tats relatifs aux propriétés statistiques des estimateurs
ci-dessus (voir Balk (2002) pour plus de détails). Sup- ¦v ¦v 1
j
1
j p1j
posons qu’il y ait dans l’univers N produits dénommés jS jS
UV
1, 2, ..., N. Soit pjt, qjt les prix et quantité, respective- ¦v ¦v 0
j
0
j p 0j
ment, du produit j à la période t (t = 0 pour la période de jS jS
référence et 1 pour la période en cours), et Comme pour a, cependant, l’interprétation de la for-
q 0j p 0j mule h sera différente, car les échantillons figurant au
w 0j N (j 1,  , N ) numérateur et au dénominateur sont différents.
¦ q 0j p 0j 5.72 L’expression «approximativement non biaisé»
j 1 appelle une explication. Elle fait référence au fait que
l’estimateur n’est pas exactement non biaisé, mais que
la part de dépenses consacrées au produit j dans la pé- le biais qu’il affiche est faible et diminue pour se rap-
riode de référence. Alors : procher de zéro à mesure que la taille de l’échantillon
• En cas de tirage aléatoire simple, aucune des gran- et celle de l’univers tendent simultanément vers l’in-
deurs r, a ou g n’estime sans biais les paramètres de fini, selon certaines modalités mathématiquement bien
population. Au contraire, il faut utiliser des pondéra- définies. Dans le cas de l’estimateur de rapport appli-
tions dans les estimateurs également. cable à a, le signe de ce biais est indéterminé et sa taille
• En cas de PPT, si πj ∝ w j pour tous les j, alors r,
0
après agrégation est probablement négligeable. Dans le
moyenne des rapports de prix, n’est pas biaisé pour l’in- cas de la moyenne géométrique, cependant, le biais est
dice de Laspeyres (le symbole «∝» signifie «propor- toujours positif, ce qui veut dire qu’en moyenne pour
tionnel à»). beaucoup d’échantillons, la moyenne géométrique de
• En cas de PPT, si πj ∝ q j pour tous les j, alors a, rapport
0 l’échantillon tend à surestimer la moyenne géométrique
des moyennes des prix, est approximativement non de l’univers. Dans le cas d’un tirage aléatoire simple et
biaisé pour l’indice de Laspeyres. d’une moyenne géométrique non pondérée à la fois
dans l’univers et dans l’échantillon, le biais s’exprime
• En cas de PPT, si πj ∝ w j pour tous les j, alors g est ap-
0
de la façon suivante : b ≈ σ /2n, où σ est la variance
2 2
proximativement non biaisé pour l’indice de Laspeyres
des rapports de prix. Pour les univers de petite taille,
géométrique. Dans ce cas, log g est non biaisé pour le
une correction de la population finie doit être multi-
logarithme de l’indice de Laspeyres géométrique. Le
pliée par cette expression. Ce résultat est obtenu aisé-
biais restant tend à être du même ordre que celui de a.
ment à partir de l’expression (4.1.4) dans Dalén
5.70 Tous ces résultats sont par nature un peu
0 0 (1999b). Le biais peut être significatif pour les échan-
théoriques, puisque ni w j ni q j ne sont connus au mo-
tillons de petite taille, et il faut donc être prudent si l’on
ment où l’échantillon pourrait être sélectionné. C’est
rencontre de très petits échantillons dans une strate et
une raison pour introduire l’indice de Lowe :
qu’une moyenne géométrique s’applique.
• En cas de PPT, si πj ∝ q j (où b est une période anté-
b

rieure à la période 0) pour tous les j, alors a est ap-


proximativement non biaisé pour l’indice de Lowe. Estimation de la variance
5.71 Il n’existe pas une façon simple de relier les esti-
mateurs, quels qu’ils soient, à l’indice de valeur unitaire. 5.73 L’IPC est une statistique complexe, qui obéit à
En fait, l’estimation de cet indice suppose des échantillons un procédé d’ordinaire complexe lui aussi. L’estimation
distincts pour les deux périodes, puisque son numérateur de la variance d’un IPC n’est donc pas une tâche de rou-
et son dénominateur se réfèrent à des univers différents. tine. Dans la mesure où les échantillons ne sont pas

91
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

aléatoires, les estimations de la variance doivent utiliser égards uniques si on les compare à celles d’autres pays.
un certain type de modèle dans lequel on suppose un Le procédé exact varie de toute évidence un peu avec le
tirage aléatoire. En l’absence de connaissances systéma- temps. La description qui suit repose sur U.S. BLS
tiques et généralement admises, les méthodes d’estima- (1997) ainsi que sur Leaver et Valliant (1995).
tion de la variance utilisées dans quatre pays sont dé- 5.77 L’IPC en vigueur aux États-Unis se compose
crites brièvement ci-après. d’éléments obtenus en croisant des zones géogra-
phiques avec des strates de produits pour donner, au
total, 8.487 «strates IPC de base» correspondant aux
Variances des formules d’indices agrégats élémentaires. Les 88 zones géographiques
d’agrégat élémentaire sont sélectionnées par PPT dans le cadre d’une procé-
5.74 Quelques estimateurs de la variance de for- dure contrôlée, et 29 d’entre elles sont incluses avec
mules d’agrégats élémentaires seront d’abord donnés à certitude (autoreprésentation). Au sein de chaque strate
titre préliminaire. Pour ne pas alourdir le texte de for- IPC de base, on applique une procédure d’estimation
mules, ce sont les estimateurs de la variance, et non la dans laquelle les indices pour une période donnée re-
variance exacte, qui sont donnés ici. Les estimateurs de posent sur des unités d’échantillonnage se chevauchant
la variance sont approximativement non biaisés dans le (points de vente et produits élémentaires) entre cette
cas d’un tirage aléatoire simple où le paramètre d’uni- période et celle qui la précède immédiatement. Les in-
vers correspondant n’est pas pondéré. Ils s’appliquent dices d’une période sur l’autre sont alors multipliés
aussi au cas des tirages PPT pour un paramètre d’uni- pour obtenir un indice de la période de référence à la
vers pondéré, dans lequel la mesure de la taille est la période en cours. L’échantillonnage au sein de la strate
même que la pondération du paramètre. Pour la défini- IPC de base est approximativement PPT, sur la base de
tion des formules, voir les équations (5.1)–(5.3). la description donnée plus haut.
5.78 L’estimation de la variance pour ce procédé se
σ r2 1 p 1j révèle trop complexe pour être utilisée en tant qu’estima-
V (r ) = o σ r2 = ∑ j (r − r)2
et r j =
(5.5)
teur direct de la variance selon le procédé retenu. On ap-
n n − 1 j∈S p 0j plique à sa place une méthode de duplication de groupe
aléatoire, en utilisant pour ce faire le logiciel VPLX.
1 D’autres méthodes ont également été mises à l’essai.
V (a ) V 2

 r 2V 02  2rV 01 , (5.6)
5.79 Leaver et Swanson (1992) donnent un compte

n p 0 2 1

rendu détaillé des méthodes d’estimation de la variance


utilisées jusqu’à maintenant. Ils présentent aussi les es-
1 1
o σ 12 =
2
(
∑ p1j − p1 , σ 02 = n − 1 ∑
n − 1 j∈S
) 2
p 0j − p 0 , ( ) timations numériques suivantes des erreurs-types (mé-
j∈S dianes) des variations des IPC pour divers intervalles au
1
σ 01 = (
∑ p1j − p1 p 0j − p 0 ,
n − 1 j∈S
)( ) cours de la période 1987–91 : erreur-type sur 1 mois :
0,074; erreur-type sur 2 mois : 0,103; erreur-type sur
6 mois : 0,130; erreur-type sur 12 mois : 0,143.
1 1
p 1 = ∑ p1j et p 0 = ∑ p 0j .
n j∈S n j∈S
La méthode suédoise
Cette estimation découle du fait que a, contrairement 5.80 La présentation suivante reprend les grandes
à r, est un rapport de variables stochastiques. Voir, par lignes de la description donnée par Dalén et Ohlsson
exemple, Cochran (1977) pour une dérivation de cette (1995). L’IPC suédois utilise une stratification primaire
formule. en groupes de produits, qui sont mesurés dans le cadre
5.75 La moyenne géométrique est plus complexe, d’enquêtes sur les prix distinctes et indépendantes. La
puisque ce n’est pas un estimateur linéaire. Toutefois, première étape de la méthode suédoise consiste par con-
Dalén (1999b) en a déduit l’expression suivante de la séquent à noter que la variance de l’indice de tous les
variance, qui s’applique aisément et reste valable en of- prix des produits élémentaires est une somme pondérée
frant une bonne approximation si les rapports de prix des variantes des enquêtes distinctes :
n’enregistrent pas des mouvements excessifs (par
exemple σr /r < 0,2) : V (I ) ¦ w V (I
h
2
h h ) (5.8)

V r2 § V2· 5.81 Si l’on peut raisonnablement supposer que


V (g) ¨¨1  2r ¸¸ (5.7)
n © r ¹ toutes ces enquêtes sont indépendantes, c’est parce
qu’elles ne font pas appel, en l’occurrence, à un disposi-
tif d’échantillonnage régional commun. Au total, une
La méthode des États-Unis soixantaine d’enquêtes différentes sont ainsi effectuées.
5.76 L’IPC établi aux États-Unis repose sur des Certaines couvrent de nombreux groupes de produits et
procédures de tirage et d’estimation qui sont à bien des suivent des procédés complexes; on constate par ailleurs

92
ÉCHANTILLONNAGE

une dépendance stochastique entre elles. D’autres ne timation apparaît relativement stable sur la période
couvrent qu’un seul groupe de produits et obéissent à un 1991–95 pour laquelle le modèle a été essayé.
procédé simple. Certaines couvrent leurs univers, sans
aucun échantillonnage, et affichent donc une variance
égale à zéro. La méthode française
5.82 Dans beaucoup de groupes reposant sur un 5.87 En France, le calcul de la variance ne prend dé-
simple produit, on est en droit de supposer que les rap- sormais en considération que les produits élémentaires re-
ports de prix obtenus sont effectivement des échan- présentant 65 % de la pondération totale de l’indice.
tillons aléatoires. Dans certains cas, cela peut conduire à 5.88 Le plus petit élément de calcul est un type de
une certaine surestimation de la variance puisqu’il est produit en zone urbaine. Deux formules peuvent être
procédé en fait, au sein du groupe, à une certaine sous- appliquées à un tel élément : le rapport des moyennes
stratification ou à un échantillonnage par la méthode des arithmétiques (si le produit est homogène) ou celui des
quotas. Dans ces groupes de produits, des variances de moyennes géométriques (si le produit est hétérogène).
strate pourraient alors être estimées en appliquant les On suppose un sondage aléatoire à deux degrés, le pre-
formules (5.5) à (5.7). Lorsqu’une enquête sur les prix mier concernant les zones urbaines, le second un pro-
est stratifiée, la formule (5.8) peut être appliquée aux ni- duit élémentaire donné (une variété de produit) dans un
veaux inférieurs, au-dessus de l’agrégat élémentaire. point de vente. La variance obtenue est donc la somme
5.83 Certaines enquêtes sur les prix sont cependant d’une composante «entre zones urbaines» et d’une com-
plus complexes. C’est vrai en particulier pour cette frac- posante «au sein des zones urbaines». Étant donné la
tion importante de l’indice dans laquelle les points de nature non linéaire des estimateurs, une linéarisation est
vente et les produits sont échantillonnés simultanément. effectuée à partir d’extensions doubles. Des variances
En Suède, ces enquêtes sont qualifiées d’enquêtes lo- de niveau supérieur sont obtenues en pondérant les va-
cales sur les prix et d’enquêtes sur les produits de pre- riances de niveau élémentaire.
mière nécessité. Dans les deux cas, les points de vente 5.89 Après l’exercice d’optimisation organisé en
sont échantillonnés par tirage aléatoire (PPT) à partir du 1997, l’écart-type de l’indice de tous les produits (pour
registre central du commerce. Les produits sont échan- 65 % de la pondération totale de l’indice) a été estimé à
tillonnés par PPT dans le cadre des enquêtes sur les pro- 0,03. Cette valeur est proche de celle estimée en 1993,
duits de première nécessité, mais par la méthode du pro- bien que le nombre d’observations ait diminué. La pré-
duit représentatif dans les enquêtes locales sur les prix. cision d’un certain nombre de sous-indices a par ailleurs
Dans le modèle suédois d’estimation de la variance, été améliorée.
l’échantillon final est considéré dans ces cas comme ex- 5.90 Les termes de covariance sont ignorés. Con-
trait de deux univers bidimensionnels de produits et de crètement, cela introduit une très petite différence dans
points de vente. Les unités d’échantillonnage finales la composante «entre zones urbaines». La composante
sont donc les produits de l’échantillon vendus dans les «au sein des zones urbaines» est indiscutablement plus
points de vente de l’échantillon — soit un échantillon touchée. L’effet n’en est pas moins considéré comme
reposant sur une classification croisée. restreint, car une règle limite le nombre de produits ob-
5.84 Lorsqu’un échantillon repose sur une classifi- servés au même point de vente.
cation croisée, la variance totale peut être décomposée 5.91 S’agissant des 35 % de la pondération (appelés
en trois parties : «tarifs») qui sont actuellement exclus du calcul de la va-
• la variance entre produits (au même point de vente); riance, des calculs de ce type seront effectués à titre
• la variance entre points de vente (pour le même d’assurance. Les éléments nécessaires au calcul de la va-
produit); riance existent aussi pour les services des médecins et des
dentistes. Les variances afférentes à ces produits, de
• la variance de l’interaction entre point de vente et même qu’aux automobiles neuves, seront bientôt calcu-
produit. lées. Pour un certain nombre de sous-indices (tabac, pro-
Dalén et Ohlsson (1995) donnent la formule exacte duits pharmaceutiques), l’échantillon est en fait un comp-
utilisée. tage total, de sorte que les variances sont égales à zéro.
5.85 Dans l’enquête sur les produits de première né- 5.92 Un intervalle de confiance de 95 % pour une
cessité, le modèle reposant sur une classification croisée comparaison sur 12 mois peut s’exprimer sous forme
donne des résultats assez proches du procédé d’échan- d’un indice estimé à ±0,06 pour les produits élémen-
tillonnage effectif. Dans l’enquête locale sur les prix, taires ordinaires, autres que les tarifs. Si l’on suppose
c’est davantage un modèle, car on procède en fait à un une variance égale à zéro pour les 35 % restants de l’in-
tirage raisonné des produits. Ce modèle n’en a pas moins dice, le seuil de confiance pour l’indice de tous les pro-
été jugé utile pour se faire une première idée de l’erreur duits s’établit alors à ±0,04. Cette hypothèse est à l’évi-
d’échantillonnage et analyser les problèmes d’allocation. dence trop optimiste, mais, si l’on s’en tient aux travaux
5.86 La variance totale de l’IPC suédois, selon ce consacrés jusqu’à présent à l’estimation de la variance,
modèle, a été estimée à 0,04, ce qui correspond à un in- on peut conclure que le seuil de confiance est certaine-
tervalle de confiance de ±0,4 au seuil de 95 %. Cette es- ment inférieur à 0,1.

93
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

5.93 On trouvera de plus amples détails sur les cal- faible valeur n’a pas été analysée plus en détail, mais tient
culs effectués en France dans Ardilly and Guglielmetti à la conjugaison des conditions particulières en vigueur
(1993). sur les marchés au Luxembourg et des procédures utili-
sées dans le système d’estimation de l’indice.
5.97 Le modèle d’estimation de la variance de
La méthode du Luxembourg l’IPC pour le Luxembourg et ses résultats font l’objet
5.94 L’IPC du Luxembourg peut être décrit comme d’une présentation complète dans Dalén and Muelteel
un échantillon raisonné stratifié de 258 strates de pro- (1998).
duits. Un peu moins de 7.000 observations sont effec-
tuées chaque mois, soit en moyenne 27 observations par
strate. Dans chaque strate, les observations sont faites à Autres méthodes
partir de plusieurs points de ventes; mais le même point 5.98 Un certain nombre de modèles expérimentaux
de vente est représenté dans de nombreuses strates de ont été mis à l’essai et ont permis d’effectuer des calculs
produits. Le point de vente sert ici à identifier l’organi- au Royaume-Uni. Jusqu’ici, aucun d’eux n’a été re-
sation qui fixe le prix (le propriétaire pour les loyers, les connu comme méthode ou estimation officielle. Kenny
compagnies spécialisées pour les assurances, etc.). Dans (1995, et rapports antérieurs) a appliqué la méthode sué-
chaque strate, les prix sont observés dans plusieurs doise aux données du Royaume-Uni. Il a trouvé un
points de vente. Sachant qu’il y a de bonnes raisons de écart-type d’environ 0,1 pour l’indice d’ensemble des
penser que chaque point de vente a ses propres habi- prix de détail du Royaume-Uni. Cet écart-type apparaît
tudes de fixation des prix, le niveau et les variations des plutôt constant sur plusieurs années, bien que la décom-
prix dans un même point de vente tendent à être corré- position détaillée de la variance ait notablement évolué.
lés, ce qui entraîne des covariances positives dans l’ex- Sitter et Balshaw (1998) ont utilisé une méthode de
pression générale de la variance : pseudo-population, mais sans obtenir d’estimations de
la variance globale.
V (I) ¦ wk2V ( I k )  ¦ ¦ wk wl Cov( I k ,I l ) (5.9) 5.99 S’agissant enfin de la Finlande, Jacobsen
k k l
(1997) a effectué des calculs partiels en appliquant un
procédé similaire à la méthode suédoise. Son analyse a
5.95 Dans le modèle d’échantillonnage, chaque
été utilisée pour proposer diverses modifications dans
échantillon de points de vente distinct au sein d’une
l’allocation de l’échantillon.
strate de produits est considéré comme un échantillon
aléatoire simple. On suppose ensuite un modèle à deux
degrés tel que, dans un premier temps, un tirage aléa- Allocation optimale
toire simple des points de vente ait lieu à partir d’une
base de sondage (fictive) regroupant tous les points de 5.100 Dans de nombreux pays, l’établissement
vente du Luxembourg. Ensuite, dans chaque point de d’un indice des prix à la consommation est une opéra-
vente de l’échantillon, un échantillon de second degré tion majeure et des ressources considérables sont con-
est supposé être tiré à partir d’une strate de produits h, sacrées au relevé des prix. Il est bon, par conséquent,
de sorte que la strate combinant produit et point de de veiller à ce que ces ressources soient allouées de la
vente devienne le plus bas niveau de calcul de l’indice. façon la plus efficace.
On suppose que tous les échantillons de second degré 5.101 L’approche générale de l’allocation des
sont indépendants les uns des autres et que les fractions échantillons élaborée par Neyman est décrite dans tous
d’échantillonnage sont faibles. Ce modèle débouche sur les manuels consacrés aux échantillonnages. Elle repose
trois composantes de la variance totale : sur une expression mathématique de la variance de l’es-
• la variance au sein des points de vente; timation et une expression de son coût. Variance et coût
sont fonction de la taille de l’échantillon. Assurer une
• la variance entre les points de vente;
allocation optimale revient alors à réduire au minimum
• la covariance entre les points de vente. la variance pour un coût donné, ou à réduire au mini-
Les covariances sont difficiles à calculer, même avec mum le coût pour une variance donnée.
l’aide d’un ordinateur. Fort heureusement, toutefois, il 5.102 L’estimation de la variance a été examinée
est possible de conjuguer algébriquement les deux com- plus haut. Pour ce qui est du coût, il importe de noter
posantes en une, avec un nombre de niveaux de somma- que celui-ci n’est pas le même pour toutes les observa-
tion réduit. tions de prix. Il est moins onéreux de recueillir un prix
5.96 Ce modèle a permis de procéder à des estima- supplémentaire dans un point de vente qui figure déjà
tions numériques de 22 variations consécutives sur dans l’échantillon que d’ajouter un prix dans un point
12 mois, qui vont de la période janvier 1996–janvier 1997 de vente nouveau dans l’échantillon. Dans l’IPC sué-
à la période octobre 1997–octobre 1998. L’estimation de dois, par exemple, la fonction de coût suivante a été
la variance moyenne est de 0,02 (ce qui correspond à une utilisée :
erreur-type de 0,14), chiffre dont la faiblesse peut surpren-
dre vu la petite taille de l’échantillon. La raison de cette C C0  ¦ h nh {a h  bh ¦ g mg rgh } (5.10)

94
ÉCHANTILLONNAGE

où C fait référence au coût total et C0 à la fraction fixe le relevé des prix sur le terrain, mais les méthodes
du coût indépendante de la taille de l’échantillon, exactes utilisées pour recueillir les prix de nombreux
nh est le nombre de points de vente dans la strate de produits à l’échelon central sont en général connues de
points de vente h, quelques responsables seulement, et l’on ne dispose
mg est le nombre de variétés de produit dans la strate de parfois que d’informations limitées à ce sujet. Il est es-
produit g, sentiel, pour la crédibilité de l’IPC, que les règles
d’échantillonnage et d’estimation (le traitement des
ah est le coût unitaire par point de vente et reflète le
valeurs aberrantes, par exemple) soient bien définies et
temps nécessaire pour s’y rendre,
décrites avec précision.
bh est le coût unitaire par produit, qui reflète le coût sup- 5.108 La solution du tirage aléatoire doit être sé-
plémentaire lié à l’observation d’un produit lorsque rieusement envisagée. Il convient de recourir davantage
l’enquêteur est déjà au point de vente, aux procédés de tirage aléatoire. Dans de nombreux sec-
rgh est la fréquence relative moyenne des produits de la teurs, des bases de sondage utiles existent ou pourraient
strate g vendus dans les points de vente de la strate h. être bâties sans que cela pose de difficultés majeures. Le
5.103 Dans la formule (5.10), ah est en général tirage PPT, ordonné et stratifié, est un type de procédé
beaucoup plus élevé que bh. Ce fait milite en faveur d’échantillonnage important qu’il y a lieu d’envisager
d’une allocation dans laquelle les produits sont relative- dans bon nombre de situations. Les mesures de la taille
ment plus nombreux que les points de vente, donc où il utilisées pour l’échantillonnage doivent être interprétées
y aura plusieurs produits par points de vente. Cette allo- dans une perspective de long terme, de façon à ne pas
cation est encore renforcée par le fait que les variances être corrélées aux variations des prix.
entre produits dans un même point de vente et la strate 5.109 Représentativité — Il ne faut pas laisser de
de produits sont en général plus fortes que les variances côté des fractions importantes de l’univers considéré.
entre points de vente pour le même produit. C’est ce que Lorsque les procédés d’échantillonnage sont conçus, la
montre, en tout cas, l’expérience suédoise. totalité de l’univers des produits alimentaires et des
5.104 Lorsque la fonction de variance et la fonction points de vente qui relèvent du groupe de produits élé-
de coût sont toutes deux spécifiées, il est possible, à l’aide mentaires en question doit être prise en compte. Toutes
de la technique mathématique des multiplicateurs de La- les parties significatives de cet univers doivent être con-
grange, de calculer les tailles d’échantillon optimales dans venablement représentées, à moins que cela n’entraîne
chaque strate. Toutefois, il n’est d’ordinaire pas possible des coûts rédhibitoires ou des problèmes d’estimation.
d’obtenir des expressions explicites, car on se heurte alors 5.110 La variance ou l’erreur quadratique
à un problème d’optimisation non linéaire pour lequel il moyenne doit être aussi faible que possible. Les échan-
est impossible de trouver une solution explicite. tillons doivent être raisonnablement optimisés, sur la
5.105 Dans un IPC, l’indice couvrant tous les pro- base d’une analyse au moins rudimentaire de la variance
duits est en général la statistique la plus importante. de l’échantillon. À titre d’approximation de premier
L’allocation de l’échantillon devrait donc avoir pour but ordre, les tailles des échantillons peuvent être fixées de
de réduire au minimum l’erreur à ce niveau. Il est im- manière à être à peu p rès proportionnelles aux pondéra-
portant aussi que les autres sous-indices publiés soient tions des groupes de produits. On obtient une meilleure
de bonne qualité, mais c’est la qualité des sous-indices approximation en multipliant chaque pondération par
qui est souvent retenue comme critère pour la publica- une mesure de la dispersion des variations de prix dans
tion, plutôt que l’inverse. le groupe. Les considérations de variance et de coût mi-
litent, ensemble, en faveur d’allocations selon lesquelles
Récapitulation les produits mesurés dans chaque point de vente sont re-
lativement nombreux, et les points de vente relativement
5.106 Les explications qui précèdent peuvent se ré- peu nombreux dans l’échantillon. Étant donné que les
sumer en une série de recommandations spécifiques. biais posent en général plus de problèmes que les er-
5.107 Clarté — Les règles d’échantillonnage doivent reurs d’échantillonnage, il sera le plus souvent préfé-
être bien définies. Dans de nombreux IPC, il existe une rable d’adopter des échantillons plus restreints mais de
large gamme d’échantillonnages et d’autres solutions meilleure qualité, qui permettent des renouvellements
pour les différents groupes de produits. Souvent, une plus fréquents et un suivi attentif des remplacements et
méthode relativement bien définie est employée pour des ajustements de la qualité.

95
RELEVÉ DES PRIX 6
Introduction catalogue ou par correspondance ou produits élémen-
taires dont les possibilités de relevé sont limitées ou pour
6.1 Les méthodes de sondage et d’analyse les mieux lesquels les ajustements relatifs aux surcoûts liés à des
adaptées à une enquête sur les prix sont fonction de considérations techniques ou de qualité (transport et ser-
l’indice retenu et de la situation locale. Il y a lieu, par vices, en particulier) sont difficiles à effectuer.
exemple, de tenir compte de la diversité des biens et ser-
vices disponibles, de leur renouvellement, de la four-
chette des prix pratiqués, de la fréquence et de l’ampleur Fréquence et dates des relevés
des variations des prix, des habitudes d’achat des con- 6.5 Dans un premier temps, la fréquence et les dates
sommateurs (par téléphone, sur catalogue ou Internet) et des relevés de prix peuvent être fonction du type d’éco-
de la structure du commerce de détail eu égard à l’écono- nomie. Lorsque les marchés ambulants jouent un rôle
mie locale, aux types de points de vente et à leur réparti- important pour un large éventail de la population, les
tion géographique. dates de ces marchés influent sur celles de la collecte des
6.2 Dans le présent chapitre, nous procédons à un prix, étant donné la nécessité de prendre en considéra-
tour d’horizon de certains de ces facteurs, mais, compte tion l’offre de biens et de services aux consommateurs.
tenu de ce qui précède, il faut retenir à l’évidence, pour 6.6 Avant de fixer la fréquence et les dates des rele-
les traiter, des solutions adaptées à la situation de vés de prix, il faut fondamentalement se demander si on
chaque pays. Ces solutions ne sauraient être trop pres- rattache l’indice à des prix mensuels moyens ou aux
criptives et le statisticien devrait toujours être guidé par prix d’un point précis dans le temps (jour ou semaine du
les principes et objectifs fondamentaux des indices des mois, par exemple). Cette décision dépend d’un certain
prix abordés dans les précédents chapitres. Le système nombre de facteurs (utilisations de l’indice, aspects pra-
économique des pays occidentaux, conjugué aux types tiques de la conduite des relevés, trajectoire des mouve-
de commerce de détail et aux habitudes d’achat des con- ments de prix et dates de publication de l’indice). Ces
sommateurs qui en découlent, se prête à un relevé plus facteurs sont examinés ci-après.
structuré des prix. En revanche, les économies de sub- 6.7 On a soutenu que la question du rattachement
sistance et celles en développement nécessitent de re- de l’indice à une période ou à un point dans le temps
courir à des techniques de relevé plus souples. perd en général de son importance à mesure que les prix
6.3 Il convient de réfléchir à la technique optimale sont relevés fréquemment. Cependant, il est loin d’être
de relevé des prix sur le triple plan de l’efficacité, de certain que cette remarque vaut dans tous les cas. Par
l’exactitude et de la représentation des habitudes d’achat exemple, les prix observés pendant certaines périodes
des consommateurs. Un relevé direct à l’échelon local de fête ou à des moments donnés de l’année risquent
auprès de chaque magasin de la région ou du pays peut d’être particulièrement volatiles. La stabilité que procu-
parfois être jugé approprié. Dans d’autres cas, il peut être rent les estimations portant sur une période peut alors
plus judicieux de procéder à un relevé centralisé au siège être considérée comme un avantage par rapport à la ten-
ou aux bureaux régionaux de l’office national de statis- dance à court terme, éventuellement erronée, qui ressort
tique. Les deux types de relevé sont pertinents pour d’estimations beaucoup plus instables faites à des
nombre des points couverts dans le présent chapitre. points dans le temps. La réponse à cette question néces-
6.4 Nous examinons ultérieurement dans le chapitre site aussi de prendre en compte l’utilisation principale
les avantages et les inconvénients des deux types de re- de l’indice.
levé pour les différentes catégories de prix. En bref, le 6.8 En principe, s’il est utilisé pour actualiser des
relevé à l’échelon local présente l’avantage de couvrir revenus, des dépenses ou des ventes, l’indice doit porter
une vaste gamme de sites et une meilleure sélection de sur la période correspondant aux flux monétaires en
produits élémentaires, pour ce qui est notamment des question. Pour des considérations d’analyse écono-
produits alimentaires, boissons alcoolisées, tabac et biens mique, lorsque l’indice est employé avec d’autres statis-
durables (vêtements, meubles et appareils électriques, par tiques économiques se rapportant beaucoup plus à une
exemple). Le relevé centralisé est utile dans les cas sui- période qu’à un point dans le temps, il semble logique,
vants : prix difficiles à observer directement (coût du là encore en principe, qu’il reflète aussi une période.
logement ou des services publics, entre autres), applica- 6.9 En réalité, lorsqu’on prend cette décision, il faut
tion d’une politique nationale des prix, biens vendus sur comparer les raisons de principe avec diverses considé-

97
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

rations pratiques. Il convient d’abord de souligner que, si ter le marché et les prix des fournisseurs. À l’évidence,
l’inflation est faible et stable, il n’y a guère de différence les statisticiens doivent connaître parfaitement la fré-
entre, par exemple, le taux annuel de variation de quence des variations des prix d’un bien ou d’un service
l’indice du lundi 3 janvier 2000 au mercredi 1er janvier donné avant de décider de les relever moins souvent,
2001 et le taux annuel de variation correspondant entre ainsi que les politiques de prix en vigueur afin de réper-
les mois complets de janvier 2000 et 2001. Il n’en est pas cuter immédiatement tout changement éventuel de ces
ainsi lorsque l’inflation est forte ou que les taux varient politiques dans leur procédure de relevé. En outre, ils
sensiblement pendant l’année. L’écart entre le taux doivent savoir que, si les collectes sont moins fré-
d’inflation du 1er janvier et du 1er février et la moyenne quentes, ils risquent de ne pas prendre en compte toute
des taux de janvier et de février peut être différent, en évolution inhabituelle des prix, comme les modifica-
particulier si, comme dans certains pays, la loi ou des tions des taux des taxes indirectes ou les variations ad
ordonnances locales limitent les périodes de «soldes». hoc des dates des augmentations (par exemple, les pres-
Pour certains produits fortement pondérés dans l’indice, tataires procédant à leurs hausses annuelles en mars au
comme l’essence, l’électricité et les télécommunications, lieu d’avril ou les prix dans les cantines scolaires chan-
dont les variations de prix sont soudaines et tendent à geant chaque trimestre, ceux-ci commençant par un
affecter l’ensemble du marché vers la même date, le mois différent d’une année à l’autre).
choix entre une période ou un point dans le temps est 6.13 Un autre point à souligner concerne les dates
important. Là encore, les arguments en faveur d’un prix de publication des indices des prix obtenus. Ces dates
moyen sur la période sont puissants. Les pondérations peuvent être réglementées, auquel cas il faut relever les
devraient à l’évidence tenir compte de la périodicité des prix en temps voulu de façon à ce que les procédures
relevés et des périodes de dépenses et de suivi des prix d’assurance de la qualité, de traitement et d’agrégation
observées (par exemple, si les prix augmentent après le aient été suivies avant la date limite.
premier tiers de la période, les deux tiers de la pondéra- 6.14 Lorsque l’inflation est stable et que leur coût
tion doivent alors refléter cette hausse). n’est pas un problème, les relevés peuvent être étalés sur
6.10 Il n’est pas possible d’observer tous les prix en le mois (voir supra). On doit alors prévoir de recueillir les
un seul jour, et encore moins à un moment donné de la prix dans les différentes collectivités à divers moments
journée. Cela est particulièrement vrai dans le cas des selon un calendrier qui sera le même tous les mois. Cette
relevés à l’échelon local, et parfois aussi dans celui des solution permet d’exploiter plus efficacement le temps
relevés centralisés à cause des ressources disponibles à dont disposent les enquêteurs et présente l’avantage
la direction générale. En pratique, il faut vraiment sa- d’offrir une fourchette de dates de relevé pour de nom-
voir si les observations sont étalées sur quelques jours breux produits élémentaires représentatifs. Il importe
afin de fournir des estimations approchées à un moment aussi que les prix soient observés à la même date chaque
donné (par exemple du lundi au mercredi pour représen- mois de façon à ce qu’un changement dans l’intervalle
ter les prix du mardi) ou sur le mois entier afin d’établir entre les dates de relevé ne modifie pas l’indice. Il est éga-
une estimation correspondant à la moyenne de ce mois. lement important, surtout dans les pays du Moyen-Orient,
6.11 Il convient également de se souvenir que la de tenir compte de ce que les prix peuvent varier selon le
variance d’échantillonnage ne sera pas la même selon jour de la semaine (où a lieu, par exemple, le marché) ou
que l’indice est basé sur une période ou sur un point dans de l’heure de la journée en fonction des offres spéciales
le temps et, dans ce dernier cas, en fonction de la fré- faites pour attirer davantage de clients à des périodes
quence des relevés. Lorsqu’on examine la date et la fré- creuses ou pour refléter la fraîcheur des produits.
quence des collectes de prix, il faut aussi de façon plus 6.15 Lorsque l’objectif est de calculer un indice
générale trouver un compromis entre l’exactitude des fondé sur des points dans le temps, les observations de
statistiques et le coût des collectes. Il y a lieu de souli- prix doivent être étalées sur un très petit nombre de jours
gner que le relevé à l’échelon local auprès des magasins du mois. L’intervalle entre ces observations devrait être le
est relativement coûteux. En pratique, le budget prévu à même pour tous les points de vente. La longueur des mois
cet effet limite d’ordinaire les solutions possibles. variant, il convient de définir avec soin cet intervalle.
6.12 La fréquence souhaitable des relevés de prix 6.16 Il serait préférable de choisir les jours de la
peut dépendre du produit et du rythme auquel les prix à semaine et les périodes du mois où les achats sont con-
observer varient. Par exemple, il est possible que les centrés et où les prix des stocks passent pour être repré-
tarifs des services publics, les droits ou commissions sentatifs du mois entier. Dans les pays du Moyen-
perçus par l’administration centrale ou les collectivités Orient, il ressort des enquêtes sur les dépenses des
locales ou les prix des biens vendus par correspondance ménages que la plupart de ceux-ci font leurs courses le
soient révisés tous les ans ou tous les trimestres à des jour du souk. Cependant, il faut se souvenir que les
dates connues; en conséquence, les collectes peuvent détaillants risquent d’être moins coopératifs lorsqu’ils
être effectuées en fonction du calendrier des révisions et sont occupés, de sorte qu’il faut trouver un juste milieu
non tous les mois. En revanche, il faut relever plus sou- entre le moment idéal pour le relevé et son impact sur
vent les prix des produits alimentaires lorsque les les taux de réponse. Il convient de souligner qu’un inter-
détaillants peuvent les réviser constamment pour reflé- valle déterminé n’est pas réalisable puisque la longueur

98
RELEVÉ DES PRIX

des mois varie et qu’il existe des jours fériés et des fêtes être maintenu constant en visitant ce point de vente pen-
religieuses. L’une des solutions possibles est de prendre dant une période déterminée chaque mois (ou trimestre).
des séries de quatre ou cinq semaines successives, de 6.21 Il faut aussi se pencher sur la façon dont sont
façon à se doter d’une période mensuelle ou trimes- fixés les tarifs (ceux du téléphone entre autres dépen-
trielle relativement stable; une autre est de se fixer une dent de l’heure de la journée et de la destination de
règle consistant par exemple à effectuer le relevé le jour l’appel) et les prix lorsqu’ils sont fonction de la
du marché ou du mercredi au vendredi de la première demande (le prix d’un billet pour assister à une rencon-
semaine complète du mois. tre sportive ou un spectacle varie selon l’heure de la
6.17 Les dates (et parfois les heures) de relevé journée : il est plus élevé quand la demande est forte) ou
doivent être fixées à l’avance. Dans certains pays ou éco- lorsque l’offre est potentiellement limitée (billets
nomies, il faut décider si ces dates doivent rester confi- d’avion et de train et tarifs des taxis). Dans ces cas, les
dentielles afin d’éviter que les principales sources de don- prix devraient toujours être relevés avec cohérence et
nées, comme les grands magasins ou les administrations, représenter les habitudes d’achat des consommateurs. Il
ajustent leurs prix et faussent ainsi les indices. Il est néan- faudrait choisir les produits élémentaires représentatifs
moins important pour préserver l’intégrité de l’indice dans en fonction du comportement des consommateurs (les
l’esprit du public qu’un office de statistique puisse expli- tarifs aériens peuvent notamment être établis 6, 3, 2 et
quer la procédure utilisée pour fixer les dates de relevé et 1 mois à l’avance et inclure les réservations de dernière
l’objectivité de sa méthode. Tout organisme qui relève des minute) et les pon-dérer en tenant compte des habitudes
prix pour les offices nationaux de statistique doit connaître de dépenses de ces derniers (par exemple, pondérer les
les dates de relevé longtemps à l’avance afin de planifier prix des billets d’accès à une piscine à la fois pendant
l’utilisation de ses ressources. Quiconque communique les périodes de forte et de faible affluence).
directement des prix au siège doit également connaître la 6.22 Il convient enfin de souligner qu’avec un
date de relevé quelque temps à l’avance pour pouvoir pré- indice attaché à un point précis dans le temps, les princi-
parer et envoyer les déclarations nécessaires. paux fixeurs de prix, notamment les administrations,
6.18 Il est particulièrement important que le relevé peuvent agir sur l’indice selon que leurs nouveaux prix
se fasse à des dates régulières lorsque l’inflation est prennent effet à la date du relevé ou le jour qui précède
forte. Lorsqu’une date est prévue, il est également de la ou suit cette date. La collecte des prix auprès de ces
plus haute importance que les prix très instables soient fixeurs étant souvent centralisée, il serait possible d’ob-
relevés à cette date précise. Les produits élémentaires tenir d’eux des informations sur l’ampleur et les dates
en jeu sont éventuellement la viande, les fruits et les lé- des variations des prix à la fin de chaque mois, et ainsi
gumes frais, ainsi que les produits assujettis à des taxes de calculer un prix moyen pour l’ensemble du mois. Par
ou droits indirects (comme le tabac et l’essence). Dans exemple, si elles étaient établies tous les trimestres, et si
le cas des denrées alimentaires vendues sur les marchés, les prix étaient majorés au cours de la période couverte,
l’heure et le jour de la semaine sont importants. Dans les factures d’électricité pourraient inclure 0, 1, 2 ou
les pays du Moyen-Orient du moins, ces prix sont en 3 mois au nouveau tarif.
général majorés le matin et réduits l’après-midi.
6.19 Les dates de relevé sont fixées une fois pris en
considération divers facteurs influant sur les prix et les
Prise en compte de l’hyperinflation
habitudes d’achat. Les jours fériés et les weekends 6.23 Il peut être nécessaire de prendre des disposi-
devraient être évités, sauf pour les produits élémentaires tions spéciales en cas d’hyperinflation. Il est alors encore
enregistrant de fortes ventes à ces dates, comme l’es- plus important, pour que les chiffres ne soient pas erronés,
sence, les services de loisirs et les distractions (repas au de relever précisément à la même date tous les mois les
restaurant et attractions touristiques, par exemple). Dans prix des produits élémentaires dans les magasins. Il con-
certains pays, les magasins sont fermés la moitié de la vient de réfléchir à la possibilité de collecter les prix et
journée certains jours et leurs heures d’ouverture sont d’établir l’indice plus souvent. Si le relevé est normale-
limitées les autres jours, ce qui peut réduire le nombre ment trimestriel, il peut être judicieux d’en accroître la fré-
des prix susceptibles d’être relevés ou privilégier dans quence. Si cela n’est pas possible, il peut alors être indiqué
l’échantillon certaines catégories de points de vente ou de majorer les prix proportionnellement selon un indica-
de prestataires de services. Les jours précédant de teur pertinent pour obtenir un indice mensuel approché.
longues périodes fériées pendant lesquelles beaucoup de Dans ce cas, il faut choisir avec soin le comparateur, en
magasins sont fermés, les approvisionnements en ali- particulier parce que les écarts entre les prix peuvent fluc-
ments frais peuvent être limités et de nombreuses réduc- tuer spectaculairement en période d’hyperinflation.
tions anormales de prix offertes pour écouler les stocks. 6.24 Des actions devraient être engagées pour tenir
Les conséquences de toute réglementation des périodes compte des variations rapides ou fréquentes des prix qui
de soldes devraient également être examinées. ne concernent parfois que certains produits élémen-
6.20 Que le relevé se fasse sur une base continue ou taires. Par exemple, il se peut que les prix des produits
à des points dans le temps, l’intervalle entre les observa- alimentaires s’emballent à cause d’une mauvaise récolte
tions successives de prix à chaque point de vente doit et qu’il soit donc logique d’augmenter uniquement la

99
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

fréquence de l’indice des produits alimentaires. Une aux enquêteurs pour choisir un produit élémentaire
autre solution plus simple peut être de surveiller un petit approprié dans un magasin donné étant moins grande.
nombre de prix pertinents sur une base régulière sans En revanche, les descriptions moins précises peuvent
produire un indice complet des prix. De tels sous- aboutir à des échantillons plus larges, tout en présentant
indices pourraient être publiés séparément ou utilisés des inconvénients sur le plan de leur représentativité, et
pour majorer les prix les plus récents relevés dans la sont normalement à l’origine de variances plus fortes.
période (voir supra). Ces produits élémentaires pour- 6.28 Dans certains pays, les spécifications pour les
raient être choisis parce qu’ils occupent une place prix des vêtements sont très strictes afin de réduire au
importante dans le budget des familles ou sont particu- minimum les différences de qualité. La description peut
lièrement susceptibles d’augmenter fortement. être détaillée au point de préciser : «haut tricoté, mi-sai-
son, avec manches, sans col, sans boutons, made in
Morocco, acrylique, léger-semi-léger». Par comparai-
Spécification des produits son, une description large utilisée dans un autre IPC
élémentaires pour un produit élémentaire équivalent pourrait être :
«chemise de ville pour homme, manches longues».
6.25 Il faudrait que les produits élémentaires repré- 6.29 Quelle que soit l’approche utilisée, des règles
sentatifs choisis traduisent bien les mouvements de prix devraient être établies pour choisir des produits élémen-
du panier de l’IPC. Tout produit élémentaire consommé taires représentatifs correspondant aux descriptions (par
par les ménages ou les particuliers qui a un prix est un exemple, les modèles qui se vendent le mieux selon le
bien ou un service définissable. Cependant, dans le cas, détaillant ou des produits choisis par tirage aléatoire à
par exemple, des menus à la carte des restaurants, des probabilité inégale proportionnelle à la taille). Il im-
automobiles (lorsque l’acheteur peut ajouter des options porte que les produits choisis, que les descriptions soient
au modèle de base) et des locations d’automobiles strictes ou larges, soient vraiment représentatifs des habi-
lorsque l’assurance est facultative), il faut décider de trai- tudes de dépenses des consommateurs. Rien ne justifie,
ter le tout comme un seul produit élémentaire ou d’établir par exemple, de suivre le prix d’un produit élémentaire
séparément le prix des composantes. En règle générale, rarement vendu, parce qu’il présente bien dans la vitrine
l’ensemble devrait être considéré comme un seul produit du magasin ou se trouve dans un endroit qui permet à
élémentaire lorsqu’on peut s’attendre à ce que l’offre ne l’enquêteur de le trouver facilement chaque mois. Les
soit pas temporaire et que le consommateur achète le plus règles de sélection devraient également tenir compte de la
souvent l’ensemble des biens ou services offerts. Sinon, il méthodologie d’échantillonnage utilisée pour choisir les
faut traiter les composantes comme des produits élémen- magasins. D’aucuns préconisent fortement de recourir à
taires distincts et en obtenir le coût. Lorsqu’il est fréquent une certaine forme de tirage aléatoire pour choisir les
que l’achat ne porte pas sur l’ensemble, on peut d’ordi- produits élémentaires en utilisant des descriptions strictes
naire obtenir le prix des différentes composantes, ce qui, lorsque les spécifications pour la sélection des magasins
dans une certaine mesure, donne des informations per- sont vagues ou vice versa. La raison en est que la repré-
mettant de savoir si le consommateur achète le tout ou les sentativité de l’échantillon dépend d’autant plus de la
produits élémentaires séparément. qualité du choix initial des magasins que les descriptions
6.26 L’idéal serait de choisir les produits élémen- des produits élémentaires sont larges et que la sélection
taires à partir d’un recensement complet des transactions des produits sur le terrain est peu contrôlée.
relatives aux différents produits achetés par les particu- 6.30 Il importe également, quel que soit le type de
liers. En pratique, cette solution n’est pas toujours pos- spécification, que les instructions remises aux enquêteurs
sible, encore que, dans certains pays, on puisse tirer des décrivent adéquatement le produit élémentaire à suivre.
informations utiles des données saisies par lecture op- Pour un lave-linge par exemple, les informations re-
tique ou par des caisses enregistreuses électroniques. quises en cas de spécifications strictes peuvent être les
6.27 Le degré de spécification des produits élémen- suivantes : marque, numéro du modèle, capacité, pro-
taires est une question qui revêt une grande importance grammateur ou non, chargement par le dessus ou par
à la fois théorique et pratique. La réponse à cette ques- l’avant et vitesse d’essorage. Tout en assurant un con-
tion peut varier en fonction de circonstances particu- trôle efficace du sondage, cette solution fournit des
lières et ne pas être la même pour l’ensemble du panier informations utiles si l’enquêteur doit choisir l’équiva-
de biens et de services dont il faut prendre en compte les lent le plus proche d’un modèle précis qui n’est plus
prix. Les descriptions strictes permettent en général de disponible. Il est important d’examiner régulièrement le
mieux suivre la représentativité des échantillons (si, par nombre de prix obtenus pour des biens ou services stric-
hypothèse, une base de sondage ou une série de données tement spécifiés de façon à pouvoir actualiser les spéci-
de référence fiables est disponible), de neutraliser les fications si ces produits élémentaires sont progressive-
différences de qualité et de réduire la variance des prix ment abandonnés ou si les habitudes d’achat des
ou des rapports de prix, optimisant ainsi les résultats de consommateurs changent.
certaines formules d’agrégation. Cependant, l’échan- 6.31 Une spécification vague peut simplement pré-
tillon ainsi défini peut être plus étroit, la latitude laissée ciser qu’il s’agit d’un lave-linge dont la capacité ou la

100
RELEVÉ DES PRIX

vitesse d’essorage se situe à l’intérieur d’une fourchette mentaires peut alors se limiter à ceux qui sont notoire-
de chiffres donnée. Dans ce cas, il est néanmoins impor- ment offerts dans le souk et on peut demander aux
tant que l’enquêteur décrive en détail l’appareil dont le enquêteurs d’obtenir pour chaque produit un nombre
prix doit être observé afin que, si la production de ce déterminé de prix qui soit fonction des variétés en vente
modèle cesse, un modèle comparable puisse être choisi connues localement et des variations de prix. Il se peut
ou qu’un autre enquêteur puisse relever les prix si le que, pour certains produits, comme les fruits et légu-
premier ne peut le faire. mes, il faille avoir plus de prix que pour d’autres, et
qu’en conséquence, il soit nécessaire de relever ces prix
à plusieurs reprises durant la journée (par exemple, trois
Procédures de relevé fois le matin, le midi et l’après-midi ou le soir) afin de
6.32 Un point important à prendre en considération prendre en compte leur éventuelle variabilité à divers
dans le relevé des prix est le champ couvert par l’indice à moments. On pourrait aussi envisager de collecter les
construire. Par exemple, les prix des biens achetés en prix auprès des agriculteurs (qui se rendent au souk
contrebande ou au marché noir doivent-ils être collectés? pour vendre leurs produits) et des intermédiaires (qui
En principe, ils devraient l’être si cet achat constitue une achètent les denrées alimentaires aux agriculteurs pour
part importante des dépenses. Un certain nombre de les revendre).
questions peuvent alors se poser — entre autres, com- 6.36 Il convient également de signaler une autre dif-
ment trouver les points de vente nécessaires, qui peuvent férence qui peut exister entre les pays lorsque, dans cer-
être itinérants et ne pas faire de publicité, et comment tains d’entre eux, une proportion importante des dépenses
suivre effectivement les prix de ces biens et services. est effectuée à l’étranger et que les produits élémentaires
Une autre difficulté concerne les activités jugées illé- achetés sont importés (par exemple, les marchés de
gales dans certains pays (prostitution, jeu ou commerce ventes d’automobiles en Lituanie sont fréquentés par les
de l’alcool, par exemple). habitants des autres pays baltes). Dans ces conditions, il
6.33 L’une des tâches les plus difficiles est de rele- faut envisager de relever les prix en fonction du champ de
ver les prix des biens et services dans les économies où l’indice (par exemple, doit-on prendre en considération
le marchandage joue un rôle important. Les exemples de les prix dans les autres pays?), ainsi que de la question
ce qui précède vont des prix des automobiles, qui plus complexe du suivi chaque mois du prix d’un véhi-
peuvent être individuellement négociés (y compris la cule de qualité identique ou analogue.
reprise éventuelle de l’ancien véhicule), aux étals de 6.37 Un aperçu de relevé à l’échelon local de
marché dans certaines collectivités. En fin de compte, le prix auprès de points de vente directe est donné au gra-
prix obtenu dépend de la probabilité d’un achat réel et phique 6.1. Nous supposons que les points de vente
des talents de négociateur de l’enquêteur, ainsi que de ont déjà été dénombrés et choisis, que le commerçant
facteurs comme la nécessité pour le détaillant de réaliser ou le siège de la chaîne a accepté que les enquêteurs
une vente. L’idéal serait que l’enquêteur obtienne le prix puissent se rendre sur les lieux sur une base régulière
qu’un consommateur paierait effectivement. Il peut par- et que les formalités usuelles d’identification à l’arrivée
fois être judicieux d’utiliser d’autres indicateurs ou et au départ ont été remplies. Nous supposons égale-
méthodes de relevé (comme le prix annoncé dont, selon ment que les produits élémentaires ont déjà été sélec-
les circonstances, l’évolution pourrait être présumée tionnés les mois précédents. En général, la meilleure
analogue à celle du prix de marchandage). solution est d’effectuer avant le relevé une visite au
6.34 Dans certains pays du Moyen-Orient où les prix cours de laquelle l’enquêteur se présente, se familiarise
varient en fonction de l’heure de la journée et ne sont, en avec le magasin et explique la procédure de relevé au
général, pas annoncés (dans les souks, par exemple), il est commerçant.
nécessaire d’employer diverses techniques de relevé. Les 6.38 Le schéma expose en détail différentes déci-
prix de la viande et des légumes frais peuvent être relevés sions et mesures que l’enquêteur doit prendre pour rele-
trois à six fois par jour (matin, midi et soir, entre autres). ver le prix d’un produit élémentaire. Nous commençons
En outre, les enquêteurs peuvent être formés à recon- avec l’arrivée de l’enquêteur au point de vente à un
naître les «faux» prix et encouragés à flâner et à écouter moment mutuellement convenu qui coïncide ou non avec
les prix des vraies ventes. les heures normales d’ouverture. Une fois entré dans le
6.35 Les techniques de relevé appliquées aux diffé- point de vente (ou un point de vente de remplacement),
rents points de vente ne sont pas nécessairement les l’enquêteur essaie de connaître le prix du (des) produit(s)
mêmes. Les points de vente permanents peuvent parfois nécessaire(s). Dans les cas simples, le produit est immé-
être choisis à partir d’une base de sondage centralisée diatement disponible à la vente et son prix collecté. La
ou tirée d’une liste établie à l’échelon local (voir cha- situation est plus complexe lorsque le produit présente
pitre 5). Dans les souks ou sur les marchés, il peut être des différences (dimension, description, poids ou quanti-
approprié d’utiliser d’autres techniques de relevé, en té) par rapport à la précédente enquête, auquel cas, la
particulier lorsque les heures d’ouverture varient et que procédure normale est d’observer le prix de ce produit et
les étals et les biens en vente ne sont pas les mêmes aux de signaler le fait au siège. Enfin, si le produit n’est pas
diverses heures de la journée. La liste des produits élé- disponible, un autre produit comparable ou un nouveau

101
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

Graphique 6.1 Procédures de relevé des prix

Oui Choisir un autre


Non A-t-il définitivement point de vente
Le point de vente fermé ses portes? conformément
est-il ouvert? aux instructions.
L’indiquer.
Oui
Oui Oui
Non
Procéder à une
Le point de vente est- Le refus tient-il à ce que nouvelle visite L’enquêteur
il prêt à coopérer? la personne autorisée n’est (si prévu dans peut-il choisir
pas disponible? les instructions); un point
sinon, signaler de vente de
Oui les faits. remplacement?
Non
Non
La catégorie de produit Non Si le produit n’est ni Signaler les
à suivre est-elle actuel- Signaler la non- saisonnier ni disponible faits au bureau.
lement disponible à disponibilité et à la vente le mois
la vente? ses causes. suivant, alors :
Relever le prix du
produit suivant.
Oui Oui Oui
Est-ce à cause d’une liquidation
Existe-t-il un écart consi- Ne pas relever Signaler la non-disponi-
définitive ou parce que le
dérable par rapport au prix le prix. bilité et sa cause, en
produit est abîmé ou défraîchi?
relevé le mois précédent? donnant une description
complète du produit non
Non disponible si le bureau ne
Non
l’a pas déjà.
Indiquer la raison : soldes,
offre spéciale, prix du
marché noir, point de L’enquêteur est-il
autorisé à trouver Non Le produit initial
vente de remplacement,
Enregistrer le prix et, si le produit un produit de et celui de rempla- Non
par exemple.
n’est pas standard, en indiquer remplacement? cement sont-ils
le poids, les dimensions ou de même nature?
la quantité.
Oui
Oui
Choisir un autre produit qui a des
Non chances de rester disponible. En
Y a-t-il un risque que le donner une description détaillée
point de vente ferme couvrant les différences de qualité et Les deux prix Non
définitivement ses permettant de l’identifier exactement. sont-ils dispo-
portes le mois suivant? nibles pour le
Oui même mois?
Estimer et indiquer l’écart de
Oui Oui
prix correspondant aux diffé-
Le produit risque-t-il rences de qualité mises en
de devenir définitive- Oui
évidence dans les descriptions
ment non disponible L’enquêteur
du produit initial et de celui de
le mois suivant? est-il autorisé
remplacement. Non
à donner son
Non avis en matière
de qualité?

Relever le prix du Signaler les faits


produit suivant. au bureau.

102
RELEVÉ DES PRIX

produit doit être choisi en remplacement. Ayant relevé le caces et économiques, ou nécessaires pour représenter
prix de tous les produits requis dans ce point de vente, divers aspects des habitudes d’achat des consom-
l’enquêteur peut passer au point de vente suivant. mateurs, aussi n’est-il pas surprenant que de nombreux
6.39 Le choix d’un produit élémentaire comparable offices de statistique utilisent différentes techniques qui,
est fait à partir des caractéristiques-clés qui affectent en outre, permettent éventuellement d’appliquer en
potentiellement le prix. Par exemple, la marque, les direction générale des procédures méthodologiques spé-
cycles de lavage, la capacité, la consommation d’éner- cifiques (pour les changements de qualité, par exemple).
gie et la vitesse d’essorage peuvent influer sur le prix Les agents locaux ou les services de la direction géné-
d’un lave-linge. rale peuvent utiliser ces diverses méthodes de relevé des
6.40 Le cas le plus complexe est celui où il faut prix dont voici des exemples :
relever le prix d’un produit élémentaire différent dont la • Les prix peuvent être extraits de catalogues de vente
qualité n’est pas comparable. La solution dépend alors par correspondance afin de représenter une certaine
de la façon dont les prix sont ajustés pour tenir compte catégorie de points de vente au détail, ou lorsque les
des changements de qualité. Par exemple, ces change- grands magasins de vente sur catalogue appliquent
ments peuvent être traités implicitement en considérant sur tout le territoire du pays une politique de prix uni-
le produit comme un nouveau produit assorti d’un prix forme. Dans certains pays, la vente par correspondan-
de base imputé. Celui-ci peut être calculé au siège, où ce se fait de plus en plus sur Internet. Dans le cas des
l’on peut chercher à obtenir des informations supplé- ventes via la poste ou Internet, il faut prendre soin de
mentaires à partir du relevé des prix, ou par l’enquêteur traiter correctement et de façon cohérente les prix de
dans le point de vente avec le concours des vendeurs. livraison et les taxes sur les ventes.
6.41 Les produits élémentaires saisonniers néces-
sitent une attention particulière. Il arrive que le prix de • Il est possible de relever les prix sur Internet pour des
produits comme les fruits, les légumes ou les vêtements raisons de commodité (lorsque les grands magasins
ne puisse être suivi toute l’année. Afin d’en tenir compte offrent les mêmes prix sur Internet ou dans les bou-
dans l’indice, on peut notamment utiliser des pondéra- tiques), ou par nécessité afin que l’échantillon reste
tions saisonnières, qui diffèrent d’un mois à l’autre et représentatif lorsque ce type de vente au détail est de
qui reflètent les informations sur les dépenses extraites plus en plus utilisé (pour les livres par exemple).
entre autres des enquêtes sur le budget des ménages. Il • Certaines chaînes de magasins ont une politique de prix
est également possible de collecter à différentes nationale rigoureuse, même pour les soldes ou les
époques de l’année le prix d’autres produits saisonniers offres spéciales. Dans ce cas, un seul magasin peut être
remplaçant directement les produits non disponibles visité ou le siège de la chaîne peut accepter de donner
(par exemple, le prix des maillots de bain et des shorts la liste des prix uniques de tous les produits élémen-
peut être suivi pendant six mois et celui des gants et des taires ou des prix de certains produits spécifiques.
écharpes pendant six mois).
• Les prix peuvent être obtenus par téléphone ou par
6.42 On pourrait aussi relever les prix de certains
télécopie lorsqu’ils ne présentent aucune ambiguïté
produits élémentaires à des intervalles moins fréquents
parce que le produit élémentaire dont le prix est suivi
que le mois, ce qui permettrait d’élargir l’échantillon glo-
est courant et que l’entrepreneur indique le coût nor-
bal. De nombreux produits figurant dans l’indice des prix
mal (par exemple, il est possible de téléphoner à des
à la consommation des États-Unis ne sont collectés que
électriciens pour connaître le coût d’une prise de
tous les deux mois dans une région donnée; de même, les
courant neuve). En outre, demander un prix par télé-
échantillons de loyers sont divisés en six groupes, dont le
phone correspond à ce que le consommateur fait
prix est suivi deux fois par an. Si elle complique les cal-
souvent en pratique. Un autre facteur est que de nom-
culs, cette façon de procéder est peut-être plus efficace
breux prestataires de services (plombiers, nettoyeurs
sur le plan statistique, ainsi que pour les enquêteurs.
de vitres, par exemple) n’ayant pas en général de
magasin de détail, il serait difficile de les rencontrer à
Techniques de relevé des prix cause de leurs heures irrégulières de travail dans les
6.43 Les prix de nombreux produits élémentaires locaux du client.
seront relevés à l’échelon local par des agences tra- • Les prix peuvent être obtenus par lettre, télécopie ou
vaillant pour l’office national de statistique, ou par ces courrier électronique, accompagné des formulaires
propres employés, qui se rendent dans les points de pertinents que le correspondant doit remplir et ren-
vente au détail et enregistrent les prix courants d’une voyer, lorsque le relevé centralisé est censé être plus
sélection convenue de produits. Toutefois, la collecte de efficace ou que le relevé à l’échelon local n’est pas
certains prix peut être centralisée à l’aide de catalogues, possible (les tarifs notamment). À titre d’exemple de
de listes de prix couvrant une chaîne de magasins four- ce qui précède, il est possible de citer les prix relevés
nies directement par leur direction, par téléphone, télé- auprès d’un échantillon d’administrations locales, de
copie, courrier papier ou électronique ou grâce à des compagnies d’assurance, de services publics ou de
sites Internet. Toutes ces méthodes peuvent être effi- compagnies de téléphone.

103
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

• Les prix peuvent être relevés auprès d’autres organismes ture dépasse un certain montant ou la date habituelle de
publics ou autorités de tutelle, qui peuvent agir comme péremption peut différer de celle indiquée dans les
intermédiaires dans le processus. Dans certains pays par points de vente traditionnels.
exemple, on obtient ainsi les tarifs de l’électricité. 6.48 Le progrès technologique permet sans doute
• Il est parfois possible d’obtenir des données sur des de collecter plus efficacement les données. On dispose
biens spécifiques à l’aide de sources secondaires. Les sans arrêt de nouvelles méthodes de relevé, particulière-
tarifs aériens et les véhicules d’occasion sont deux ment dans les pays technologiquement avancés. Dans
exemples tirés de l’IPC des États-Unis, mais qui ne se l’avenir, les données pourront notamment être saisies au
limitent nullement à ce pays. Un échantillon de vols moyen d’appareils à clavier ou par lecture optique, deux
réguliers est choisi à partir de données détaillées sur techniques qui offrent aux entreprises de nouvelles
les billets fournies par le ministère des transports. On façons d’alléger la charge que représente la communica-
suit alors les prix mensuels en consultant sur Internet tion des données ou d’en réduire les inconvénients.
une base de données du secteur privé très utilisée par, 6.49 Il convient de se souvenir que, pour que l’in-
entre autres, les agences de voyages. Dans le cas des dice demeure représentatif, il peut être indiqué de rele-
automobiles et des camions d’occasion, les échan- ver les prix d’un produit élémentaire de plusieurs
tillons sont établis et les prix suivis grâce à des don- façons. Par exemple, il est possible d’acheter des livres
nées publiées par une association de vendeurs. Les sur catalogue, dans diverses boutiques (librairies, mai-
données secondaires permettent notamment d’avoir sons de la presse, supermarchés, magasins à rayons
des échantillons plus vastes, d’accéder plus vite et à multiples, etc.) et sur Internet. Dans ces conditions, il
un coût moindre aux données et d’éviter des pro- est judicieux de collecter les prix dans tous les types de
blèmes de relevé particulièrement aigus. points de vente dont les opérations sont significatives.
6.44 Lorsqu’on utilise d’autres sources (catalogues
ou Internet, par exemple), il convient de faire très atten- Conception du questionnaire
tion à ce que les prix soient correctement enregistrés, 6.50 Il est indispensable que le questionnaire (ou son
avec ou sans les taxes sur les ventes ou les frais de équivalent électronique) soit bien conçu pour relever avec
livraison. Dans ces cas, il faut également vérifier qu’ils succès les prix. Non seulement il est important que les
sont pertinents pour la période couverte par l’indice. enquêteurs le jugent facile à utiliser, mais aussi, pour que
6.45 Il est important de se souvenir que tous les les contrôles de qualité soient efficaces, son plan et sa pré-
principes classiques de relevé et considérations habi- sentation devraient faciliter l’exploitation des données
tuelles relatives à l’assurance de la qualité s’appliquent (prix, description du produit élémentaire, observations, et
aussi aux prix obtenus sur Internet (y compris la néces- ainsi de suite).
sité d’une description détaillée, la disponibilité à l’achat 6.51 Lorsqu’on conçoit un questionnaire, il faut en
immédiate du produit élémentaire, le régime des offres premier lieu définir les informations à recueillir, et com-
spéciales et la possibilité de remplacer le produit par un ment elles doivent l’être. Des formulaires différents cor-
produit comparable ou nouveau). respondront aux méthodes employées (visite chez les
6.46 Lorsque les prix sont obtenus par téléphone, il détaillants ou relevé postal, par exemple). Toutefois, un
est recommandé, autant que faire se peut, de rencontrer certain nombre de principes communs s’appliqueront à
le détaillant de temps à autre pour préserver les contacts tous les formulaires. Le questionnaire devrait être facile à
personnels, maintenir le taux de réponse et éviter toute utiliser sur le terrain par l’enquêteur, et aussi faciliter un
équivoque sur les produits élémentaires ou erreur dans minimum de contrôle de qualité. Pour cette raison, on sou-
les prix. Dans la mesure du possible, ces prix devraient tient que le prix enregistré lors de l’enquête précédente
être confirmés par écrit dans le cadre des procédures de devrait être indiqué, afin d’inciter l’enquêteur à poser des
contrôle de la qualité (voir chapitre 12). questions si le nouveau prix est très différent. Par contre,
6.47 Il se peut que beaucoup de ménages n’aient l’enregistrement du dernier prix risque de conduire l’en-
pas accès à Internet, alors que le commerce en ligne quêteur à identifier à tort le produit élémentaire à suivre
offre des services supplémentaires comme la livraison à par rapport à son prix plutôt qu’à sa description, ou, cas
domicile. On peut donc considérer qu’on utilise un nou- extrême, à estimer le prix ou à reprendre le prix précédent
veau point de vente ou un nouveau produit élémentaire sans effectivement se rendre dans le magasin.
lorsqu’on relève les prix sur Internet. Dans les deux cas, 6.52 Il convient de ne pas oublier que, lors du chaî-
il faut prendre les mesures exigées par la procédure de nage de l’indice, le questionnaire portera sur tous les
maintien d’un échantillon représentatif au moment de la produits élémentaires figurant aussi bien dans l’ancien
mise à jour régulière des produits élémentaires et des que dans le nouveau panier. Par exemple, un indice
sites retenus (en général celui du chaînage). Il convient chaîné annuellement sur la base des prix de janvier
de souligner qu’il faut aussi se demander si le passage nécessite qu’on dispose de l’ancien et du nouvel échan-
au commerce en ligne entraîne un changement de qua- tillon de sites et de produits pour le mois de référence.
lité. Dans le cas des achats de produits alimentaires par 6.53 On trouvera à l’appendice 6.1 un exemple de
exemple, la livraison gratuite peut être incluse si la fac- formulaire de relevé des prix. Il s’agit du formulaire

104
RELEVÉ DES PRIX

(sur support-papier ou électronique) qu’utilise l’enquê- • changement dans les données caractéristiques : chan-
teur pour enregistrer les prix lorsqu’il se rend dans un gement de propriétaire, de raison sociale ou d’objet.
point de vente. Il est également possible de demander au 6.57 Le principe de continuité est l’un des plus
commerçant de remplir lui-même le formulaire et de importants pour le relevé des prix. Comme un indice
l’envoyer à l’office national de statistique. Le formu- mesure les variations des prix, il est indispensable de
laire peut donc servir à déclarer et à relever les prix. Si suivre tous les mois les prix du même produit élémen-
le formulaire offre la possibilité d’enregistrer les prix taire afin de donner une image exacte des variations des
sur une série de mois successifs, l’enquêteur peut conti- prix. C’est pourquoi si, par exemple, un bocal de confi-
nuer de l’utiliser et transcrire aussi les prix sur un for- ture de fraise de la marque d’un supermarché est choisi,
mulaire distinct qui est envoyé à l’office national de sta- il faut suivre cette marque et cette variété de confiture;
tistique. Lorsque le formulaire de relevé sert également en cas de rupture de stocks, une autre marque et une
à déclarer les prix, deux solutions sont possibles : soit le autre variété ne devraient pas être utilisées avant d’avoir
formulaire permet d’enregistrer les prix sur une série de vérifié s’il s’agit d’une situation temporaire ou non.
mois et il fait la navette tous les mois entre l’enquêteur Dans ce dernier cas, si une autre variété de confiture des
et l’office de statistique, soit de nouveaux formulaires mêmes marque, quantité et qualité est disponible, elle
de relevé et de déclaration sont imprimés par ordinateur devrait normalement être choisie comme produit élé-
tous les mois. Dans ce dernier cas, si cela est jugé sou- mentaire «comparable» et la description du produit élé-
haitable, le formulaire peut contenir les prix enregistrés mentaire être adaptée. Lorsqu’un produit d’une marque,
le mois précédent et, parallèlement, ceux du mois cou- quantité ou qualité différente est disponible, il est alors
rant. Il convient de souligner que le transfert — manuel choisi comme «nouveau» produit, mais seulement si
ou électronique — des prix à un autre formulaire ou aucun produit comparable n’est disponible. Les mêmes
système risque d’engendrer des erreurs de transcription. principes s’appliquent aux autres produits élémentaires
6.54 On considère de plus en plus qu’il est com- comme les vêtements et les fruits et légumes frais. Dans
mode pour les enquêteurs de relever les prix à l’échelon le cas des vêtements, il peut être important d’en spéci-
local en utilisant un ordinateur de poche ou «assistant fier la couleur, le tissu, le pays d’origine, le logo et la
personnel» doté d’une version électronique du question- taille afin de s’assurer que le prix du même produit élé-
naire (qui permet de vérifier la validité des résultats). Il mentaire est suivi tous les mois. Pour les fruits et lé-
est alors possible de transférer électroniquement les gumes frais, les caractéristiques utiles à signaler
données en bureau en prévoyant une série d’étapes peuvent être : «pays d’origine», «classe» et variété. En
intermédiaires pour que l’agence de relevé des prix véri- ce qui concerne le matériel électrique, il se peut que ce
fie la validité des résultats. soient les spécifications et caractéristiques données dans
6.55 On recommande de demander aux enquêteurs le catalogue du fabricant qui soient importantes.
de décrire de façon exhaustive les produits élémentaires 6.58 Il n’est pas possible d’être prescriptif, car le
suivis afin de vérifier s’ils appliquent rigoureusement concept d’équivalence varie selon les pays : à toutes fins
les instructions données, notamment celles concernant utiles cependant, il est important que les produits élémen-
la sélection de ces produits. Cela permet aussi de bien taires suivis soient décrits en détail. Ces descriptions
identifier tout changement, y compris dans la qualité aideront l’enquêteur et au bureau à choisir un produit
des produits, avec des informations suffisamment dé- pour remplacer un produit retiré ou à confirmer le bien-
taillées pour pouvoir décider des ajustements néces- fondé de ce remplacement et à identifier les changements
saires. Les enquêteurs devraient recevoir une liste de de qualité. Il conviendrait de recenser essentiellement les
contrôle ou une série de codes pour enregistrer les infor- caractéristiques qui servent à déterminer les prix.
mations pertinentes sur les changements concernant les 6.59 Si l’enquêteur initialement prévu ne peut, pour
points de vente, les produits élémentaires ou les prix. quelque raison que ce soit, procéder au relevé normal,
Ces informations doivent être systématiquement des descriptions complètes et exactes permettront à
recueillies. Par exemple, les codes relatifs aux ajuste- celui qui le remplacera d’effectuer le relevé sans aucune
ments de qualité doivent refléter les caractéristiques qui ambiguïté quant aux produits élémentaires à prendre en
influent le plus sur les prix. Des études préalables considération.
menées, par exemple, selon la méthode hédonique, 6.60 La plupart du temps, le produit élémentaire
peuvent aider à les définir (voir chapitres 7 et 21). sera le même que celui dont le prix a été relevé le mois
6.56 Les codes servant à gérer l’échantillon de précédent et il suffira d’enregistrer son nouveau prix.
points de vente sont notamment : Cependant, si des incertitudes pèsent sur le produit ou
• cessation d’activité : point de vente ayant définitive- s’il a été modifié, les enquêteurs devront alors faire
ment fermé ses portes ou cessé son activité; preuve de jugement et en informer le bureau, en ayant
toujours présent à l’esprit que la décision définitive sera
• fermeture temporaire : point de vente temporairement prise à ce niveau. Des spécifications précodées feraient
fermé, mais susceptible d’être ouvert le mois suivant; gagner du temps et aideraient les enquêteurs dans la
• refus : refus du propriétaire ou du personnel de communication des informations. Les codes pourraient
coopérer; être les suivants :

105
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

Comparable (C) : le produit élémentaire initial n’est doigté, est importante, car il est facile pour le commer-
plus stocké, mais le prix d’un produit de remplacement çant d’oublier quelques hausses de prix ou la date de la
comparable, dont les principales caractéristiques ne sont dernière augmentation, voire d’induire délibérément en
pas différentes, a été relevé. Il est probable, bien que ce erreur l’enquêteur. Le recours à des codes est très utile
ne soit pas toujours le cas, que ce prix s’inscrit à l’inté- pour des raisons opérationnelles. Par exemple, s’il est
rieur d’une fourchette analogue. peu probable qu’un produit élémentaire soit encore dis-
Nouveau (N) : le produit élémentaire a été remplacé par ponible le mois suivant, il est alors possible de choisir à
un nouveau produit qui n’est pas vraiment comparable, l’avance un produit de remplacement et de recueillir un
mais qui est également représentatif du groupe de pro- double prix pour les deux produits.
duits. L’enquêteur devrait s’efforcer de trouver le prix 6.62 En règle générale, un prix ne devrait être saisi
du «nouveau» produit dans la période de chaînage (ou que si le produit suivi est sur les étalages et est immé-
de référence). diatement disponible à la vente. Le prix de tout produit
Soldes ou offre spéciale (S) : rabais attribuable à de véri- qui est temporairement en rupture de stock ne devrait
tables soldes ou offres spéciales, avec étiquettes à pas être enregistré. Pour certains produits élémentaires
l’appui. Cette définition ne s’étend pas aux stocks abî- de grande taille (meubles, par exemple) qui doivent nor-
més ou périmés, ni aux liquidations. Ces dernières ne malement être commandés, le prix devrait être saisi
devraient jamais en faire partie. Les rabais offerts sans aussi longtemps que le détaillant confirmera qu’il est
que soient annoncées des soldes ou des offres spéciales disponible à la livraison dans un délai «acceptable».
ne sont pas des «soldes»; le prix du produit élémentaire 6.63 Certains produits alimentaires, comme la vian-
devrait toujours être observé, mais sans le code S. de, le poisson ou le fromage, peuvent être vendus au
Retour à un prix normal (R) : retour, par exemple après poids de sorte qu’il est judicieux d’en relever le prix à
des soldes ou une offre spéciale, à un prix de vente nor- l’unité. L’enquêteur devrait reprendre le prix de l’éti-
mal qui n’est pas nécessairement celui pratiqué avant quette apposée sur le paquet ou le calculer directement.
les soldes ou l’offre spéciale. Un conditionnement d’une dimension ou d’un type sen-
Rupture temporaire de stocks (T) : il faudra informer siblement analogue devrait être utilisé tous les mois, car
l’enquêteur sur le sens du terme «temporaire» (la durée le prix unitaire peut être inférieur pour un conditionne-
de vie escomptée peut varier selon les produits). Il peut ment plus grand ou varier en fonction du type de condi-
être judicieux de remplacer immédiatement les produits tionnement. D’autres produits, comme les œufs, sont
élémentaires (vêtements de mode, par exemple, s’il est souvent vendus selon une certaine quantité, et il est
peu probable que leurs stocks seront reconstitués). En essentiel que l’enquêteur prenne les prix de cette quanti-
général, il conviendrait de ne pas utiliser le code T plus té, le prix total et le prix unitaire dépendant en général
de deux mois consécutifs — et de choisir un produit de de la quantité achetée. Si le prix de X œufs doit être
remplacement le troisième mois. Dans les magasins relevé et qu’il n’est pas donné directement, on peut
d’alimentation, il est très rare que des produits soient alors obtenir le prix d’un œuf et le multiplier par X afin
constamment en rupture de stock. L’enquêteur devrait de connaître le prix requis. Cependant, il faut prendre
toujours s’efforcer de vérifier avec le détaillant la dispo- bien soin de vérifier que le prix unitaire ne diminue pas
nibilité à venir des produits. en fonction de la quantité. Il est également possible de
Manquant (M) : ce code est utilisé lorsque le point de prendre comme exemple la menthe. Cette plante est
vente n’a jamais stocké ou n’a plus l’intention de stoc- souvent vendue en bottes de tailles différentes, de sorte
ker un produit élémentaire et qu’il n’y a pas de produit qu’il convient de peser un certain nombre de bottes et
de remplacement adéquat. Dans ce cas, il est recom- d’en établir le prix au kilogramme.
mandé de vérifier, lors des relevés ultérieurs, si un pro- 6.64 Les prix d’autres produits alimentaires,
duit de remplacement adéquat n’est pas stocké. comme les fruits ou les légumes, sont plus difficiles à
Poids (P) : modification permanente du poids ou de la suivre, car, selon les points de vente, ils peuvent être
quantité du produit. offerts à la quantité ou au poids. Par exemple, il est pos-
Consultation (Co) : il est possible d’utiliser ce code sible d’observer le prix des poivrons au poids où l’unité,
lorsqu’on fournit au bureau des renseignements addition- quelle que soit leur grosseur, celui de l’ail au bulbe, à la
nels (par exemple, «rabais supplémentaire de 10 %», gousse ou au poids et celui de diverses catégories de
«3 pour le prix de 2» ou écart de prix inhabituel que ne baies au poids ou dans des barquettes dont la taille ou le
couvre aucun des codes, comme le numéro exceptionnel niveau de remplissage peuvent varier. Dans ces cas, il
d’un magazine vendu à un prix majoré), des dispositions faut prêter la plus grande attention aux descriptions des
devant être en place au bureau pour répondre à ces obser- produits. Les enquêteurs doivent se souvenir qu’il est
vations et traiter en conséquence les prix relevés. important de relever les prix du même article d’un mois
6.61 La façon dont sont utilisés ces codes est illus- sur l’autre, de façon à en saisir les variations authen-
trée à l’appendice 6.1. Même si le détaillant affirme que tiques, et non celles qui découlent de changements
ses prix n’ont pas varié depuis le mois précédent, quantitatifs ou qualitatifs.
l’enquêteur devrait de toute façon les confirmer. Cette 6.65 L’utilisation d’ordinateurs de poche pour rele-
opération, qui nécessitera de faire preuve d’un certain ver les prix à l’échelon local améliore la qualité sur le ter-

106
RELEVÉ DES PRIX

rain et au bureau — et élimine certains des inconvénients Relevé centralisé et en bureau


liés au support papier. Cette façon de procéder est appro- 6.69 Une forme de relevé des prix centralisé et en
fondie ci-après. Il peut être plus rentable de faire un re- bureau consiste à collecter à partir d’une seule source
levé centralisé des prix en demandant aux sièges des des données sur les prix d’un certain nombre de points
grandes chaînes de magasins de détail de les communi- de vente. Elle est possible lorsque les chaînes appli-
quer au moyen de formulaires électroniques (disquettes quent incontestablement une politique de prix nationale
ou courriels) que d’envoyer des enquêteurs dans les et que les prix normalement payés, ou les offres spé-
magasins. Il faut alors prendre soin de vérifier que les ciales ou rabais, ne présentent aucune différence d’un
prix ne varient pas d’un magasin à l’autre et qu’aucune magasin local à l’autre. Dans ces cas, il conviendrait
offre spéciale locale ne soit couverte. Lorsque la présence d’exclure les points de vente des chaînes des relevés à
de tels facteurs locaux est constatée, il convient d’en tenir l’échelon local et de pondérer les prix relevés en fonc-
compte, sinon le prix recensé risque de fausser l’indice. tion des parts de marché.
6.66 Il faut décider s’il y a lieu de placer les 6.70 Le choix de ce type de relevé et de calcul cen-
grandes chaînes de magasins de détail dans des strates tralisés dépend en général au moins d’une des considéra-
distinctes (on considère alors comme unité d’échan- tions suivantes : politique de prix (nationale ou locale),
tillonnage la chaîne au lieu d’un point de vente donné) sources des données disponibles (y compris le concours
ou d’établir un échantillon de points de vente de chaque des chaînes et leur engagement à communiquer les don-
chaîne (on prend dans ce cas comme unité d’échan- nées dans un système centralisé), présentation et format
tillonnage un point de vente d’une chaîne donnée). En des données (prix annoncés ou prix de vente moyens
règle générale, s’il n’est pas possible de considérer transmis par courriel, sur disquette ou sur support pa-
comme unité unique d’échantillonnage une chaîne de pier), dates de référence des données disponibles (listes
magasins de détail qui n’a pas de politique de prix de prix coïncidant avec le jour ou à la période de relevé)
nationale, les enquêteurs peuvent éventuellement ne et fréquence des changements de prix.
visiter que quelques magasins lorsqu’on peut établir 6.71 Le relevé centralisé peut aussi être indiqué
qu’ils appliquent les prix de la chaîne sur un vaste terri- pour les prix de certains services; on peut citer entre
toire. D’ordinaire, on prend contact avec la direction de autres :
la chaîne pour vérifier sa politique de prix et obtenir
l’autorisation de procéder à leur relevé. Chaque année, • les cotisations fixées par les associations profession-
il convient de demander à la direction, lorsqu’elle est de nelles ou les syndicats;
nouveau contactée pour obtenir la permission de pour- • les redevances perçues pour les services d’utilité
suivre le relevé des prix, de confirmer que sa politique publique ou ceux dont la prestation est assurée par
de prix régionale n’a pas été modifiée. Les prix collec- des administrations ou des organismes déréglementés
tés sont alors assortis d’une pondération qui reflète la ou non (tarifs de l’eau, du gaz et de l’électricité, des
part de marché qu’ils représentent (comme les pondéra- transports par route ou par fer, droits d’enregistrement
tions appliquées aux prix des chaînes faisant l’objet des actes de naissance, de mariage ou de décès);
d’un relevé centralisé lorsqu’il n’y a aucune variation de • les prix fixés par l’administration centrale (par
prix entre les points de vente). Les questions concernant exemple, les sommes à acquitter pour accéder à
le relevé centralisé (entre autres par téléphone par les des services, soins de santé ou éducation notamment,
services de l’office national de statistique) des prix des dont le financement peut être totalement ou partielle-
commerces ou points de vente locaux et le relevé des ment public);
prix des chaînes de magasins de détail auprès de leur
siège sont approfondies ci-après. • les taxes et redevances acquittées à l’État (par
exemple, redevances télévisuelles et droits d’accise
sur les véhicules).
Procédures sur le terrain Il est parfois nécessaire de demander des données aux
6.67 Des procédures sur le terrain adéquates sont autorités régionales, lorsque, par exemple, certains
nécessaires pour que la qualité de l’indice des prix ne soit prestataires de services publics sont régionaux.
pas compromise par des erreurs de relevé. Il convient de 6.72 Les données peuvent être demandées par écrit,
planifier et gérer soigneusement le relevé des prix et de par téléphone ou par voie électronique. Lorsque le sup-
donner des instructions et une formation efficace aux port papier est choisi, il faut savoir si on peut se servir
enquêteurs. Il est probable que la plupart des prix seront de la bureautique pour produire les lettres de demande
relevés par des enquêteurs qui se rendront dans divers (publipostage, par exemple), enregistrer les réponses,
points de vente. On trouvera au chapitre 12 des recom- suivre le processus et envoyer des rappels aux non-
mandations au sujet de l’organisation et de l’application répondants. Les renseignements sur l’état d’avancement
des procédures de relevé des prix sur le terrain. du processus pourraient être regroupés comme suit : for-
6.68 Dans certains cas, examinés dans la section sui- mulaire reçu, formulaire en cours de vérification, con-
vante, il peut être plus efficace d’obtenir les prix à partir sultation demandée et attente de la réponse, chiffres
d’une seule source que par des enquêtes sur le terrain. arrêtés définitivement.

107
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

6.73 Les principaux avantages d’un relevé centralisé ments de base pendant les mois suivants au cas où appa-
des prix par voie électronique sont sans doute les gains raîtraient des divergences qui ne peuvent être résolues.
d’efficacité procurés par l’informatique, un meilleur 6.75 Dans tous les cas, il importe de vérifier régu-
suivi des travaux et une diminution des problèmes résul- lièrement que le bien ou le service suivi est toujours le
tant d’erreurs de transcription. Le risque — que l’on même, sinon un ajustement de qualité peut s’imposer.
retrouve dans tout relevé de ce type — est que le poids Pour les supermarchés et les autres grands fournisseurs
relativement élevé dont peut être assorti un prix ou une de données, il convient de demander à leur siège central
série de prix aggrave une erreur non détectée. À l’évi- de confirmer que les numéros de codes n’ont pas été
dence, ce facteur devrait être pris en compte dans les modifiés afin de s’assurer que les produits élémentaires
techniques de contrôle de la qualité, ainsi que dans celles suivis n’ont subi aucun changement non intentionnel
d’échantillonnage. On a constaté que les offices natio- d’une période de relevé à l’autre.
naux de statistique peuvent mettre beaucoup de temps à 6.76 Comme indiqué précédemment, la fréquence
réexaminer leur procédure de contrôle de la qualité à la des relevés dépend à la fois de la gamme de prix à suivre
suite d’une centralisation plus poussée du relevé des et de la fréquence, connue ou estimée, des changements
prix. Cela peut amener les services en bureau à déployer de prix. Par exemple, les tarifs des bus et des trains
des efforts disproportionnés pour vérifier les prix relevés peuvent être modifiés une fois par an à une date pré-
à l’échelon local, notamment lorsqu’ils ont été examinés établie. Dans d’autres cas, les prix peuvent être changés à
très attentivement sur le terrain; chacune des erreurs n’importe quel moment de l’année lorsque les différents
n’aura pas un impact notable sur l’indice sauf si elle fait fournisseurs réexaminent leurs barèmes, mais on peut
partie d’un biais systématique imputable, par exemple, à aussi s’attendre à ce qu’ils ne varient guère. Par exemple,
des instructions aux enquêteurs inadéquates. il suffit peut-être de ne contacter les compagnies d’assu-
6.74 Les fournisseurs de biens et de services rance santé que tous les trimestres ou les administrations
peuvent envoyer soit une liste complète de prix ou un locales pour les prix des repas dans les cantines scolaires
barème dont un échantillon de prix et de pondérations qu’au début de chaque trimestre. Les décisions sur ces
peut être extrait, soit seulement les prix nécessaires pour questions seront prises au vu de la situation locale, des
établir l’indice. Parfois, comme dans le cas d’une admi- mécanismes satisfaisants étant en place pour détecter
nistration de transport régionale, on peut accepter que toute modification des procédures suivies.
les données soient communiquées sous la forme d’un 6.77 Lors de chaque relevé, le nombre de prix requis
indice des prix; à l’évidence, il importe alors de veiller à dépendra de la situation à ce moment-là, ainsi que des
ce que cet indice ait été bien calculé en respectant les pondérations et de l’homogénéité de l’indice et de l’insta-
conditions fixées pour l’indice des prix à la consomma- bilité sous-jacente des prix (voir chapitre 5). Il est en outre
tion et en utilisant une méthodologie convenue, et que préférable d’éviter les cas où quelques prix relevés dans,
l’organisme centralisé exerce un contrôle de qualité par exemple, une chaîne de magasins de détail sont forte-
rigoureux. Celui-ci peut être effectué, par exemple, en ment pondérés dans l’indice. Le nombre des prix relevés
vérifiant les calculs au moins une fois par an à partir des dans un système centralisé devrait, si possible, refléter
données de base ou en mettant en place des systèmes l’importance du produit élémentaire dans le panier de la
automatisés de détection des variations anormales. On ménagère, ainsi que la fourchette et l’instabilité des prix.
devrait s’entendre sur les points ci-après de la méthodo- 6.78 Il convient de suivre l’ensemble des principes
logie de calcul : sélection des produits élémentaires, de collecte des données susmentionnés pour tous les rele-
pondération des composantes, dates de relevé et cons- vés de prix centralisés et en bureau, que ce mode de rele-
truction mathématique de l’indice. L’indice devrait vé ait été retenu pour des considérations pratiques ou de
également être mis à la disposition de l’organisme rentabilité ou des raisons méthodologiques particulières.
centralisé, avec des informations et des explications 6.79 Les relevés de prix peuvent aussi être centrali-
complémentaires sur les mouvements des prix. Tout sés dans le cas de certaines redevances de transports,
problème potentiel, comme la nécessité d’un rééchan- comme les péages des ponts, ou de prix fixés de façon
tillonnage lorsque des produits élémentaires précédem- uniforme pour tous les consommateurs alors qu’il existe
ment suivis ne sont plus disponibles, devrait être exami- une profusion de points de vente divers, ou encore dans
né au préalable avec l’office national de statistique. Un le cas où il est préférable de procéder aux ajustements de
contrôle continu de la qualité peut prendre la forme qualité en exploitant une source de données unique. Par
d’une analyse de rapprochement avec d’autres données exemple, si les villes où les prix sont relevés à l’échelon
connexes (y compris les changements de prix annoncés) local n’ont pas de péages pour leurs routes, ponts ou
et servir à identifier les valeurs aberrantes par rapport tunnels, ceux-ci risquent de se trouver exclus de l’indice
aux précédentes valeurs de l’indice. Les données et prix par inadvertance, tandis qu’en choisissant un échantillon
publiés par d’autres organisations ou entités publiques de routes, ponts ou tunnels dans le pays, l’indice de-
peuvent constituer un comparateur utile. Il est vivement meure représentatif de ces catégories de dépenses avec
recommandé que les prix saisis par téléphone soient un relevé centralisé. De même, si les prix des biens et
confirmés par écrit afin qu’il soit possible de répondre à services sont identiques sur l’ensemble du territoire
toute demande de consultation et de se référer aux docu- indépendamment des points de vente (journaux et maga-

108
RELEVÉ DES PRIX

zines par exemple), un relevé centralisé est alors plus ou destinés à la vaste majorité du public ou à des sous-
rentable. Cette solution est peut-être la plus satisfaisante groupes identifiables qui peuvent en profiter sur la base
lorsque les calculs des prix, y compris les ajustements de caractéristiques démographiques ou autres sans inter-
de qualité, sont complexes sur le plan méthodologique. vention des personnes concernées au moment de l’achat.
À titre d’exemple, il est possible de citer certaines dé- Dans ce dernier cas, ils devraient être traités sous l’angle
penses en matière de logement, d’ordinateurs ou d’auto- de la stratification ou de la couverture de l’échantillon des
mobiles (lorsque les commerçants n’ont peut-être pas produits élémentaires. Là encore, il faut faire preuve d’un
les renseignements sur les spécifications techniques re- certain discernement. Les exemples de discrimination
quis au niveau de détail pour les ajustements de qualité). autorisée sont notamment les prix réduits offerts aux
retraités (pour, entre autres, des voyages ou des coupes de
cheveux) et les rabais destinés à ceux qui reçoivent des
Réductions de prix prestations de l’État. On peut citer comme autre exemple
6.80 L’un des principes concernant les prix à la de cas où certains prix ne sont pas offerts à toute la clien-
consommation qui est appliqué à de rares exceptions tèle et où il faut aussi faire preuve de discernement, celui
près (comme le coût des logements occupés par leur où le point de vente demande une cotisation symbolique.
propriétaire) est que seuls les prix de vente, c’est-à-dire Les affiliations de cette nature, qui sont ouvertes a priori à
les prix effectivement payés par les particuliers ou les tous les clients, doivent être abordées en considérant leur
ménages, devraient figurer dans l’indice. Ce prix peut importance et les comportements généraux de dépenses
être différent du prix annoncé si, par exemple, un rabais des consommateurs, ainsi que les conditions éventuelle-
est offert. En pratique toutefois, les rabais discrimina- ment restrictives qui y sont attachées (un niveau mini-
toires, qui ne sont destinés qu’à un groupe restreint des mum d’achats, notamment). La facilité d’accès au point
ménages (par opposition aux rabais non discriminatoi- de vente peut être un facteur déterminant si, par exemple,
res dont tous les clients peuvent profiter), sont le plus les clients doivent en fait s’y rendre en voiture.
souvent exclus en principe. Par exemple, normalement 6.83 Les prix de solde ou d’offre spéciale devraient
les coupons de réduction et les remises de fidélité ne être enregistrés s’ils correspondent soit à des réductions
sont pas pris en compte et les prix non réduits sont enre- temporaires sur des biens qui seront sans doute dispo-
gistrés. De plus, il peut être difficile de connaître le prix nibles de nouveau à des prix normaux, soit à des liqui-
vraiment payé s’il a été négocié. Il n’est donc pas sur- dations de stocks (ventes de janvier ou d’été, par
prenant que, si la règle générale peut sembler simple, un exemple). Cependant, avant de désigner un prix de
certain nombre de cas nécessitent un traitement particu- solde, il convient de vérifier très attentivement s’il s’agit
lier à cause de questions théoriques ou de difficultés bien d’une vente à partir du stock normal assortie d’une
pratiques. Les recommandations faites ci-après, qui réduction de prix. Il arrive que le stock soit continuelle-
reflètent les pratiques constatées dans certains pays, ne ment vendu en deçà du prix de détail recommandé ou
constituent pas une série de règles, car la pratique à affiché à titre d’offre spéciale, même si ce prix est offert
suivre sera fonction de la situation de chaque pays. toute l’année. Ces prix, qui ne devraient pas être consi-
6.81 Les rabais ne devraient être pris en compte dérés comme des prix de vente, peuvent néanmoins être
que s’ils sont en général offerts à tous les clients sans relevés. Normalement, les achats spéciaux de biens de
aucune condition, sinon le prix non réduit ou non sub- fin de série, abîmés, défraîchis ou défectueux ne
ventionné est enregistré. La pratique générale est devraient pas être pris en compte, car il est probable que
notamment d’ignorer les coupons de réduction et les ces biens dont la qualité n’est sans doute ni identique ni
remises de fidélité. Toutefois, il faut décider comment comparable à celle des biens dont le prix était précé-
interpréter l’expression «généralement offerts». Par demment suivi ne seront pas disponibles dans l’avenir.
exemple, les prix qui sont réduits en cas de paiement par Si l’offre spéciale est limitée aux premiers clients, le
prélèvement automatique peuvent être pris en compte prix du produit élémentaire ne devrait pas être suivi,
dans la mesure où l’ensemble de la clientèle a accès à ce l’offre n’étant pas faite à tous les clients. Les prix de
service et l’utilise; aux fins du calcul de l’indice, il faut lancement pourraient être pris en considération si tous
donc fixer avec discernement le seuil de cet accès. Une les clients pouvaient en profiter. En réalité toutefois,
autre solution consiste à suivre séparément les prix fixés étant donné la nécessité de suivre les prix du même
en fonction des méthodes de paiement utilisées (par «panier» tous les mois, les produits élémentaires bénéfi-
exemple, des relevés distincts pour les factures d’élec- ciant de telles offres spéciales ne seront pas jugés repré-
tricité selon qu’elles sont payées au comptant, par prélè- sentatifs, à moins qu’elles ne soient lancées lors d’une
vement automatique ou par anticipation), ces prix étant mise à jour du «panier» ou du choix d’un produit de
ensuite pondérés ensemble afin de construire un indice remplacement. Il convient de ne pas tenir compte des
unique pour le produit élémentaire en question. rabais sur les biens proches de leur date d’expiration, ou
6.82 Discrimination par les prix. Il convient de ne de les traiter comme des changements de spécification
pas prendre en considération les rabais offerts unique- ou de qualité.
ment à un groupe restreint de ménages, étant donné qu’ils 6.84 Primes, quantités additionnelles et cadeaux
sont discriminatoires, à moins qu’ils ne soient importants gratuits. Les prix des produits élémentaires qui sont

109
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

temporairement offerts en plus grande quantité (30 % relevé si le prix recensé comprend ou non la taxe de
de plus, par exemple) ne devraient pas être ajustés en façon à ce qu’elle soit ajoutée si nécessaire.
conséquence si l’on estime que la plupart des consom- 6.88 Pourboires. Si le service obligatoire est com-
mateurs ne veulent peut-être pas de ce surplus ou que pris, par exemple sur une facture de restaurant, seule la
celui-ci n’influence pas leur décision d’achat ou ne sera somme à payer devrait être incluse dans le prix, et non
pas consommé. De même, il ne faudrait pas prendre en tout pourboire donné discrétionnairement. Les pour-
compte les produits élémentaires offerts gratuitement boires devraient être ajoutés au prix spécifié lorsque le
avec d’autres achats (un produit gratuit pour deux ache- service est en principe gratuit, mais est rarement ob-
tés ou un cadeau gratuit avec chaque produit acheté), tenu, en pratique, sans verser ce qui revient à un pour-
les coupons de remise pour de futurs achats (il n’est pas boire, ou lorsqu’il est courant de donner un pourboire à
sûr que les consommateurs les utilisent ou souhaitent un taux uniforme.
les recevoir), ni les cadeaux gratuits comme les jouets 6.89 Les ristournes ou remboursements normaux ne
en plastique dans les paquets de céréales (ils ne sont devraient être pris en compte que lorsqu’ils se rap-
pas inclus sur la liste des prix à observer et c’est le prix portent à l’achat d’un produit donné identifiable et sont
à payer pour obtenir les céréales qu’il faut relever). Les accordés pour un délai qui, à compter de l’achat effectif,
enquêteurs devraient savoir que les modifications tem- devrait influer sensiblement sur les quantités que les
poraires de poids à titre d’«offre spéciale» (tant pour consommateurs souhaitent acheter. Par exemple, il con-
cent additionnels gratuits) peuvent devenir permanen- vient de déduire du prix les consignes des bouteilles si
tes (par exemple, le passage des contenants de boissons elles constituent une incitation suffisante pour les
alcoolisées de 440 à 500 ml) et répercuter l’informa- retourner, mais non les offres de remboursement sur les
tion, dès qu’ils en prennent connaissance, au siège qui tondeuses à gazon valables après un délai de cinq ans.
peut alors leur donner de nouvelles indications sur les Quoi qu’il en soit, il faut appliquer une décision cohé-
spécifications du produit élémentaire ou modifier celles rente dans le temps pour chaque produit élémentaire. Il
en vigueur. n’est pas facile de recommander comment traiter les ris-
6.85 Timbres-ristourne. Parfois, on donne aux tournes, car les décisions dans ce domaine sont prises
acheteurs des timbres-ristourne qu’ils peuvent accumu- pour nombre d’entre elles au cas par cas et peuvent
ler puis échanger contre des biens ou des services. Si le refléter une évolution des revenus plutôt que des
consommateur peut obtenir un rabais à la place, le prix dépenses et exiger un traitement différent dans l’op-
réduit devrait être enregistré. Sinon, il convient de ne tique, par exemple, des comptes nationaux.
pas prendre en considération les timbres. 6.90 Les ristournes ou remboursements excep-
6.86 Reprises. En général, il ne faudrait pas tenir tionnels ne devraient être pris en considération que
compte de la réduction de prix par rapport au prix lorsqu’ils concernent l’achat d’un produit donné et sont
nominal intégral qui résulte de la reprise d’un ancien accordés pour un délai censé influer sensiblement sur
produit élémentaire (une automobile, par exemple). les quantités que les consommateurs sont disposés à
C’est la façon de faire classique, car la transaction ne acheter. On ne devrait pas tenir compte des coupons ou
porte essentiellement que sur un bien d’occasion et remises de fidélité donnés par les points de vente lors
seule la commission de service prélevée par le point de d’achats pour être honorés à l’occasion de futurs achats
vente en achetant et en vendant le bien entre dans le analogues ou autres, car ils sont discriminatoires. S’ils
champ de l’indice. En réalité toutefois, la situation jouent un rôle, il convient de les traiter sous l’angle de
n’est pas aussi nette. Par exemple, un garage peut fort la stratification ou de la couverture de l’échantillon
bien consentir un rabais supérieur à la valeur vénale de (voir chapitre 5). Les ristournes ponctuelles (accompa-
l’automobile reprise et, en conséquence, accorder un gnant par exemple une privatisation) ne devraient pas
rabais sur le nouveau véhicule. Très souvent, les rabais être prises en compte, car elles ne se rapportent pas à la
correspondant à des reprises sont très difficiles à éva- période de consommation spécifique et n’influent guère
luer. Il se peut que la valeur vénale soit toujours négo- sans doute sur la consommation. Il est possible de les
ciable et que le prix nominal intégral utilisé comme considérer davantage comme une source de revenus
référence pour mesurer le rabais ne soit pas connu. Il supplémentaires.
peut donc être préférable d’indiquer le prix de cata- 6.91 Les cartes de crédit et autres moyens de paie-
logue ou le prix demandé. ment comportant le versement d’intérêts, de frais de
6.87 Taxes sur les ventes. Dans les cas où une taxe service ou de charges additionnelles en cas de défaut de
indirecte ne figure pas dans le prix du produit élémen- paiement dans un délai précis à compter de l’achat ne
taire en vente dans un magasin, mais est ajoutée lorsque devraient pas être pris en considération. Par exemple,
le client paie le produit, il faut prendre grand soin les prêts à intérêt, même à taux zéro, accordés pour
d’enregistrer le prix taxes incluses. Pour être certain financer un achat ne devraient pas entrer en ligne de
qu’il en soit ainsi, lorsque le prix du produit est norma- compte dans la détermination du prix. Les réductions
lement annoncé taxes non comprises, et qu’une taxe offertes en cas de paiement au comptant pourraient être
générale sur les ventes est ajoutée à la facture, l’enquê- retenues, mais en veillant à ce qu’elles soient traitées de
teur devrait être tenu d’indiquer dans le formulaire de façon cohé-rente d’une période à l’autre.

110
RELEVÉ DES PRIX

Marchandage mateurs normaux en achetant vraiment les produits élé-


mentaires suivis à divers moments de la journée pour
6.92 Le marchandage s’entend d’une situation où des considérations de représentativité. Dans tous les cas,
les prix ne sont pas fixés à l’avance, mais sont négociés le superviseur doit vérifier régulièrement les quantités et
au cas par cas par l’acheteur et le vendeur. Ce processus les prix obtenus par les enquêteurs. Les techniques ci-
est typique, par exemple, des marchés dans de nom- après peuvent être utilisées :
breux pays africains où on négocie le prix de presque
tous les biens achetés, y compris un vaste éventail de • Les enquêteurs marchandent les produits élémentaires
produits nécessaires à la vie quotidienne et qui repré- afin d’en déterminer le prix pertinent. Ils devraient
sente une part importante de la consommation des recevoir une formation leur permettant de se com-
ménages. Le marchandage se caractérise par sa grande porter en acheteurs normaux et d’obtenir le prix le
flexibilité dans la fixation des prix. Les quantités et les plus bas possible auprès d’une sélection de commer-
prix définitifs varient d’une opération à l’autre et ne çants ou de points de vente. L’échantillon des ven-
peuvent être déterminés qu’une fois l’achat effectué; la deurs, étant donné leur forte rotation, devrait être en
qualité des biens achetés varie aussi d’une opération à partie renouvelé régulièrement afin qu’il reste repré-
l’autre. À l’évidence, ces situations particulières exigent sentatif et convenablement chaîné.
d’utiliser des méthodes spéciales pour déterminer les • Les enquêteurs sont, en outre, incités à obtenir le
prix payés par les acheteurs afin de les inclure dans meilleur prix pour les produits élémentaires qu’ils
l’indice des prix à la consommation. achètent. Par exemple, il se peut qu’un prix maximum
6.93 On peut soutenir que, du point de vue du sys- soit fixé et que l’enquêteur reçoive une fraction de
tème de la comptabilité nationale, le marchandage est l’écart entre ce prix et celui qu’il obtient. Ces incita-
une forme de discrimination par les prix. L’acheteur tions permettent de remédier aux difficultés suscep-
n’est pas libre de choisir son prix, car le vendeur peut ne tibles de résulter de ce que l’enquêteur n’obtient pas
pas demander le même prix à des catégories différentes le prix le plus bas car, à la différence d’un consomma-
d’acheteurs pour des biens ou des services identiques teur normal, il n’est pas concerné par une optimalisa-
vendus dans des conditions exactement analogues. Il tion de sa dépense ni limité par ses revenus.
s’ensuit qu’on devrait constater que des produits «iden- 6.96 Enquêtes auprès des acheteurs. Les prix payés
tiques» vendus à des prix différents sont de même quali- par les consommateurs sont relevés tout au long de la
té, et qu’il faut faire la moyenne de ces prix afin d’obte- journée dès que ceux-ci quittent le point de vente ou le
nir un prix unique pertinent pour calculer les indices des marché, en même temps que la quantité et la qualité des
prix. En réalité, il est rarement possible d’associer les produits achetés. Il conviendrait de calculer l’ampleur
différences de prix à des catégories identifiables de du marchandage (prix de départ et prix final, par
clients établies en fonction des prix. Il est vraisemblable exemple), et d’indiquer les paramètres pertinents
que les acheteurs paient, par inadvertance, un prix plus pour déterminer le prix. Il pourrait être nécessaire de
élevé que celui qu’ils auraient pu trouver ailleurs ou en prévoir des incitations pour faire participer à l’enquête
fin de compte négocier. Nonobstant ce qui précède, les les acheteurs réticents lorsque la réponse aux questions
enquêteurs ne devraient pas prendre pour acquis que les prend beaucoup de temps.
différences de prix ne sont pas liées à des différences de 6.97 Les enquêtes par achats ou auprès des acheteurs
qualité (ou de quantité). devraient couvrir les produits élémentaires du panier ser-
6.94 Lorsque les prix sont négociés, les méthodes vant à calculer l’IPC qui peuvent être marchandés. Le
normales d’enquête, qui consistent à relever les prix nombre de prix relevés doit être suffisant pour couvrir
directement auprès des vendeurs, peuvent aboutir à des tous les produits pertinents et donner une indication fia-
indices en dents de scie qui ne reflètent pas les mouve- ble du prix moyen, ce qui peut être difficile à établir à
ments effectifs des prix sur un marché. Par exemple, les l’avance, encore que les précédents relevés de prix
prix relevés par les enquêteurs dépendent de leur capa- devraient être utiles. On propose de remettre à ceux qui
cité, volonté et pouvoir de négociation, comme pour les procèdent à une enquête auprès des acheteurs un formu-
prix effectivement payés par les vrais acheteurs. En laire où ils préciseraient le nombre de prix relevés par étal
outre, les prix peuvent varier pendant la journée ou d’un ou magasin, tel qu’indiqué par les divers répondants. Il
jour à l’autre, ce qui ajoute une nouvelle dimension au serait ainsi possible de vérifier le nombre de prix relevés
concept de représentativité. Un certain nombre de par rapport à celui fixé en bureau. Un exemple de ce for-
méthodes d’enquête et de techniques de relevé ont été mulaire est donné au tableau 6.1.
mises au point pour surmonter les difficultés inhérentes 6.98 Enquêtes sur les tendances des prix de gros. Il
à l’évaluation des prix négociés. pourrait être utile de relever parallèlement un nombre
6.95 Enquêtes par achats de produits. Le principe limité de prix de gros pour les produits élémentaires qui
est que les prix devraient être relevés dans des condi- posent des problèmes lorsque les informations obtenues
tions aussi proches que possible de celles dans les- par les méthodes susmentionnées ne donnent que des
quelles les transactions réelles ont effectivement lieu. résultats partiels (par exemple, lorsque le nombre d’ob-
Les enquêteurs se comportent comme des consom- servations est insuffisant). Idéalement, les prix devraient

111
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

être relevés auprès des grossistes qui ont approvisionné en unités monétaires locales (UML), auraient été négociés
les détaillants. Il conviendrait d’observer tous les facteurs aux mêmes conditions que le prix du produit demandé
susceptibles d’entraîner une hausse des prix de vente (carottes). Si la valeur de départ de cinq kilos de carottes est
(modification des taxes sur les opérations de détail, des de 15.000 UML et la valeur finale de 12.000 UML, et si la
droits de permis et du loyer de l’étal, par exemple). À valeur de départ des autres denrées incluses dans la prime
supposer que ces facteurs restent constants, l’évolution sont de 990 UML pour 264 g de laitue et de 4.620 UML
des prix de gros pourrait permettre de calculer par pour 4,4 kg de courgettes, la valeur finale des carottes sera
approximation l’indice des prix de détail des produits en fait déterminée comme indiqué au tableau 6.2. Le prix
pertinents. Le prix d’un produit pour la période courante des carottes réellement payé par le consommateur est de
serait estimé en multipliant celui de la période précédente 2,0967 UML le g, soit 2.096,7 UML le kg.
par la variation correspondante du prix de gros. 6.102 Si l’enquêteur ne connaît pas le prix auquel la
laitue et les courgettes auraient été effectivement ven-
Tableau 6.1 Exemple de formulaire d’enquête indi- dues par le vendeur de carottes, il est possible de l’esti-
quant le nombre de prix relevés par magasin ou étal mer en relevant les prix de départ et les quantités nor-
males à partir d’un échantillon de vendeurs du même
Nombre marché ou dans différents points de vente de la même
de prix à région. Le prix de départ moyen d’un produit élémen-
relever Nombre effectif de prix relevés
taire est égal à la somme des valeurs de départ de ce
Produits fixé en Magasin/ Magasin/ Magasin/
élémentaires bureau étal 1 étal 2 .... étal n produit divisée par la somme des quantités normales
pertinentes. Pour estimer le prix final de chaque produit
Produit 1 5 0 3 5 remis en prime (laitue et courgettes), le prix de départ
Produit 2 4 4 5 4 moyen obtenu est divisé par le taux de marchandage
Produit 3 8 5 8 8 calculé pour le produit demandé (carottes). La valeur de
... chaque produit remis en prime est calculée en multi-
Produit k 5 7 2 6 pliant le prix final par la quantité offerte. Si le lot de
produits remis en prime contient un produit de la même
6.99 La détermination des prix payés par un acheteur qualité que le produit demandé, ce produit sera évalué
peut être délicate si le prix définitif couvre une offre grou- sur la base de la valeur finale du produit demandé.
pée de produits élémentaires (par exemple, le responsable
d’un étal donne en prime des biens à celui qui achète un
certain nombre de biens). Si ce surplus porte sur plusieurs
Remplacement forcé, substitution
catégories de produits, y compris celui dont le prix de de produits et ajustement de la qualité
vente est directement négocié, l’achat doit alors être par- 6.103 L’une des difficultés rencontrées à l’occasion
tagé en autant d’opérations qu’il y a de catégories. Il con- des relevés (à l’échelon local ou dans un système cen-
vient alors de faire preuve de bon sens. Il existe une dis- tralisé) est de trouver un produit de remplacement
tinction très fine entre ce cas et les offres de type «deux lorsqu’un produit dont le prix était suivi n’est plus dis-
pour le prix d’un» que l’on trouve parfois, notamment ponible. Ce cas, qui est examiné brièvement dans le pré-
dans les supermarchés de type occidentaux. On exclut sent chapitre, puisqu’il se rapporte à des décisions
souvent cette dernière forme de rabais du calcul des prix auxquelles font vraiment face les enquêteurs sur le ter-
en se fondant sur l’argument que l’acheteur ne veut pas du rain, est approfondi aux chapitres 7 et 8. Lorsqu’il est
surplus ou ne le consomme pas. Les biens périssables, par nécessaire de trouver un produit de remplacement,
exemple, deviennent périmés et sont jetés. Cet argument l’enquêteur devrait normalement choisir le produit le
est moins pertinent dans le cas des achats sur les marchés plus proche disponible dans le point de vente, en pre-
dans les pays en développement, où nombre de ménages nant en considération les caractéristiques les plus perti-
vivent sur un revenu de subsistance et consomment tout ce nentes pour déterminer le prix de ce produit, ainsi que
qu’ils achètent. Les consommateurs négocient alors acti- les habitudes des consommateurs (par exemple, il ne
vement un prix global pour le panier d’achats, y compris faudrait pas remplacer un produit périmé ou dépassé par
tout bien «gratuit» qui y est inclus. un produit proche qui risque de présenter rapidement les
6.100 Pour illustrer la méthode de détermination du mêmes inconvénients). Néanmoins, lorsqu’il est jugé
prix payé par l’acheteur, prenons l’exemple suivant : on souhaitable de prendre un produit de remplacement
offre en prime 500 g de carottes, 100 g de laitue et pour mettre à jour l’échantillon, il est possible de choisir
200 g de courgettes au consommateur qui veut acheter 5 un produit «très représentatif». Dans ce cas, il convient
kg de carottes. de s’assurer que des contrôles suffisants sont en place
6.101 Il est possible d’identifier trois opérations : pour atteindre l’objectif souhaité.
5,5 kg de carottes, 100 g de laitue et 200 g de courgettes. La 6.104 Lorsqu’un produit est remplacé, il est impor-
prime doit être évaluée aux prix auxquels le commerçant tant que l’enquêteur donne une spécification détaillée
aurait vendu les produits en question et le consommateur les du nouveau produit afin que tout changement de qualité
aurait achetés. On prend par hypothèse que ces prix, libellés puisse être identifié en bureau et que l’indice des prix à

112
RELEVÉ DES PRIX

Tableau 6.2 Exemple illustrant la méthode de détermination du prix effectivement payé


par l’acheteur en cas de marchandage

Produit demandé Produit remis en prime


Carrottes Carrottes Laitue Courgettes
Valeur de départ de la quantité normale/
demandée (unités monétaires locales) 15.000 15.000 990 4.620
Quantité normale/demandée (g) 5.000 5.000 264 4.400
Prix unitaire de départ de la quantité normale/
demandée (unités monétaires locales/g) 3 3 3,75 1,05
Prix unitaire de départ de la quantité remise en prime
(unités monétaires locales/g) 3 3,75 1,05
Quantité remise en prime (g) 500 100 200
Valeur de départ de la quantité remise en prime
(unités monétaires locales) 1.500 375 210
Valeur finale des produits reçus (unités monétaires locales) 12.000 1.200 300 168
Nouveau prix (unités monétaires locales/g) 2,4 2,4 3 0,8
Taux de marchandage 1,25 1,25 1,25 1,25
Paiement (unités monétaires locales) 12.000
Valeur finale estimée de la prime (unités monétaires locales) 1.668
Valeur effective du produit demandé (ensemble des carottes)
(unités monétaires locales) 10.332

Quantité de produit demandé reçue (g) 5.500


Prix unitaire effectif payé par le consommateur pour le produit
demandé (unités monétaires locales/g) 2,09671

Taux de marchandage révisé 1,432

1
(12.000 – 300 – 168) ÷ 5500 = 2,0967. 23 ÷ 2,0967 = 1,43.

la consommation continue de refléter le coût de l’achat mandations plus détaillées au sujet de l’ajustement
d’un même panier de biens de qualité constante. Les direct ou indirect de qualité sont faites au chapitre 7.
services en bureau devraient alors utiliser les informa- 6.107 Si un point de vente ferme ou refuse que
tions recueillies pour décider s’il y a lieu de procéder à davantage de prix soient relevés, un autre point de vente
un ajustement de qualité. analogue devrait être choisi au même endroit et un ajus-
6.105 Lorsqu’une telle situation se produit, il est tement indirect de qualité effectué pour calculer de nou-
nécessaire d’avoir un prix nominal pour le mois de réfé- veaux prix de référence. À propos de l’échantillonnage
rence (qui, dans le cas de certains indices, est le mois pré- des points de vente de remplacement, voir chapitre 5.
cédent) du nouveau produit ou du produit de remplace-
ment. Il est possible de demander ce prix au commerçant
ou d’estimer un nouveau prix de référence en utilisant Questions connexes
l’une des trois méthodes suivantes : comparaison directe
(lorsqu’il n’y a pas de changement de qualité) ou ajuste- Communication électronique
ment direct (explicite) ou indirect (implicite) de la qualité. 6.108 Le relevé et le traitement des prix, de même
Lorsqu’un produit nouveau plutôt qu’un produit compa- que l’apurement de la collecte, pourraient être plus effi-
rable est retenu, il peut être nécessaire de ne pas inclure ce caces si les données étaient communiquées sur support
produit dans l’indice pendant un bref délai jusqu’à ce électronique dans le cas d’un système centralisé ou à
qu’on dispose d’informations suffisantes sur sa disponibi- l’aide d’ordinateurs de poche à l’échelon local, mais ces
lité à long terme et la stabilité de son prix. solutions nécessitent la mise en place de procédures
6.106 Dans certains pays, un tableau des coeffi- efficaces de contrôle de qualité. Il est en outre probable
cients de qualité est utilisé pour ajuster les prix. Dans un que l’on aura de plus en plus recours dans l’avenir aux
pays d’Afrique du Nord par exemple, le produit élémen- caisses enregistreuses électroniques ou aux données sai-
taire «thé vert» devrait être représenté par le thé Minara; sies par lecture optique.
cependant, si on ne peut le trouver, un autre thé pourrait 6.109 Communication électronique des prix dans un
être utilisé et son prix ajusté en fonction du coefficient système centralisé. La collecte électronique centralisée
pertinent (par exemple, thé Oudaya x 1,20). Des recom- des données peut se faire de diverses façons. Une fois

113
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

qu’un premier contact a été établi avec les fournisseurs de 6.114 Pour éviter les risques que comporte le pas-
données, une technique mutuellement acceptable peut être sage d’un relevé sur support papier à un relevé informa-
utilisée. Les solutions possibles sont les suivantes : tisé, une planification soigneuse s’impose. Les offices
• échanges de feuilles de calcul issues de tableurs trans- nationaux de statistique doivent procéder à des essais-
mis par courrier électronique entre l’office national de pilote d’envergure et aussi envisager de conserver paral-
statistique et les détaillants; lèlement, dans une certaine mesure, l’ancien système
• envoi par les détaillants de listes de prix par courrier afin de s’assurer que la nouvelle méthode est fiable et
électronique aux dates convenues; donne les mêmes résultats numériques.
6.115 Les fonctions supplémentaires offertes par
• utilisation d’appareils à clavier pour communiquer les les ordinateurs de poche, entre autres la mise en forme
données selon le format convenu; locale des données sur les prix et l’élimination de leur
• recours à Internet (complété le cas échéant par des transcription, peuvent nécessiter un réaménagement
appels téléphoniques pour clarifier les définitions et la général du processus de production de l’indice des prix
disponibilité des données). à la consommation, ainsi qu’une redéfinition des rôles
6.110 Ordinateurs de poche. Les principaux avan- et de l’interaction des différents membres de l’équipe
tages procurés par l’emploi d’ordinateurs de poche pour de production, ainsi que des enquêteurs et de l’orga-
relever localement les prix sont sans doute les suivants : nisme central.
transmission efficace des données, meilleure qualité des 6.116 Il est important que des règles et des procé-
données grâce au mécanisme de mise en forme ainsi dures claires soient établies pour suivre les changements
disponible sur le terrain et élimination des erreurs de apportés par l’enquêteur sur le terrain ou effectués dans
transcription. En outre, ces ordinateurs permettent en un système centralisé. Par exemple, il serait possible
général de travailler plus vite. de prévoir à l’avance les points de vente susceptibles
6.111 Les contrôles de validation effectués à l’occa- de remplacer ceux qui cessent leur activité ou refusent
sion des relevés à l’échelon local avec des ordinateurs de de laisser relever les prix. L’enquêteur devrait disposer
poche ne différeront guère en général de ceux auxquels d’une certaine latitude pour choisir et saisir les nou-
procède l’organisme centralisé lorsque les formulaires velles caractéristiques des produits élémentaires de rem-
papier sont envoyés selon les méthodes traditionnelles. placement, sous réserve de l’application de procédures
L’ordinateur de poche permet de valider les prix sur le contrôlées en bureau.
terrain et, en conséquence, de corriger les erreurs au 6.117 Caisses enregistreuses électroniques ou don-
moment du relevé. En pratique, il peut être coûteux et nées saisies par lecture optique. Les données des
très difficile de vérifier les prix après leur collecte. Par caisses enregistreuses électroniques sont celles qui sont
exemple, il se peut qu’ils aient changé et que l’enquêteur obtenues directement d’un détaillant et les données sai-
doive se fier à la mémoire du commerçant. sies par lecture optique celles des bases de données
6.112 Le choix d’un ordinateur de poche dépendra commerciales qui rassemblent les données des caisses
d’un certain nombre de facteurs (prix, fiabilité, entretien et enregistreuses électroniques. Les offices nationaux de
facilité d’emploi). Les fonctions de transfert des données statistique estiment de plus en plus que ces deux tech-
(sauvegarde, téléchargement et compatibilité avec les sys- niques permettent d’obtenir des informations à jour et
tèmes de bureau) sont aussi importantes. En outre, les exactes non seulement sur la quantité et les prix des
enquêteurs s’intéressent tout particulièrement à l’aspect biens vendus, mais aussi sur leur spécification. La
ergonomique, la taille et le poids, les mécanismes de mise seconde peut être utilisée pour vérifier la représentativi-
en forme et l’autonomie des piles. Le risque de vol et les té de l’échantillon et mesurer les changements de quali-
autres questions de sécurité jouent également un rôle. té. Son avantage est que les données sont collectées
6.113 L’achat des ordinateurs de poche, la mise au électroniquement sans qu’il soit nécessaire d’envoyer
point du logiciel et la formation des enquêteurs risquent des enquêteurs sur le terrain.
d’entraîner des dépenses importantes. En outre, il faudra 6.118 Lorsqu’on envisage d’utiliser des données sai-
compter avec des frais permanents d’entretien. Pour sies par lecture optique, il faut notamment tenir compte
réduire ou partager ces frais, il est parfois possible que de la représentativité des points de vente et des produits
l’office national de statistique recueille d’autres don- couverts, et se demander si les prix moyens alors obtenus
nées avec ces ordinateurs, dans le cadre par exemple reflètent les prix de vente effectifs. En outre, on ne peut
d’une enquête sur le budget des ménages, ou que des présumer que la couverture géographique et celle de la
travaux soient sous-traités à d’autres organismes qui, population ou le traitement des biens et des ventes soient
éventuellement, utilisent déjà ces ordinateurs pour ceux qu’exige la définition de l’indice. Les données sai-
d’autres enquêtes statistiques. Ces coûts peuvent être sies par lecture optique sont sans doute peu utiles pour
compensés, en partie du moins, par les gains d’efficacité relever les prix des services qui, dans de nombreux pays,
réalisés par les enquêteurs et les économies générées par représentent une part croissante des ventes et, par consé-
une diminution des opérations manuelles de transcrip- quent, une part croissante de la pondération des indices
tion et de saisie des données et une réduction des tra- des prix à la consommation. D’un point de vue pratique,
vaux de mise en forme en bureau. l’identification unique des produits risque parfois de

114
RELEVÉ DES PRIX

poser un problème, car il se peut qu’un produit élémen- pouvoir d’achat. Certains points concernant les parités
taire soit couvert par plus d’un numéro de code et que des de pouvoir d’achat et le Programme de comparaison
numéros de code ne soient pas uniquement assignés à un internationale (PCI) sont approfondis à l’annexe 4.
produit et soient recyclés à mesure que disparaissent les
produits élémentaires. Qualité des données
et contrôle de la qualité
Parités de pouvoir d’achat 6.123 Il conviendrait de vérifier si les données sur
6.119 Les parités de pouvoir d’achat sont utilisées les prix sont correctes et si l’indice a été établi selon la
pour déflater les principaux agrégats économiques, tels bonne méthodologie et de s’assurer dès que possible
que le produit intérieur brut, de façon à pouvoir comparer dans les processus de relevé et de compilation que les
entre des pays des revenus en volume, c’est-à-dire ajustés données sont complètes et exactes. À mesure que le
pour tenir compte des prix locaux et des différentes habi- temps s’écoule, il est de plus en plus difficile de retour-
tudes de consommation. Les parités de pouvoir d’achat ner dans le magasin pour ressaisir les données et le
consistent à comparer entre des pays les prix d’un panier risque est grand que les prix aient changé depuis le rele-
de biens et de services représentatif et comparable. Les vé initial. Il n’est pas possible de prescrire le type et la
données sur les prix utilisées diffèrent donc de celles uti- gamme de vérifications à exécuter. Les vérifications se
lisées dans les indices des prix à la consommation dans la feront au cas par cas, y compris en ce qui concerne la
mesure où les paniers de ceux-ci sont conçus pour n’être conception de l’échantillon et les moyens utilisés pour
représentatif que de la consommation des ménages ordi- relever les prix. Par exemple, la vérification sera beau-
naires sur le territoire économique d’un pays donné. coup plus poussée lors du relevé initial dans le magasin
6.120 Il serait séduisant en principe d’établir les si l’enquêteur travaille avec un ordinateur de poche et
indices des prix à la consommation et les parités de pou- non sur support papier. D’autres recommandations sur
voir d’achat à partir de la même série de base de données le contrôle de la qualité sont données au chapitre 12.
sur les prix. En pratique, cette approche risque d’être
limitée, car les objectifs sont différents. En particulier, la
condition supplémentaire que les prix relevés dans le Documentation
contexte des parités de pouvoir d’achat doivent être com- 6.124 On ne saurait trop insister sur l’importance
parables entre les pays se traduit en général par un pa- d’une bonne documentation. Des documents sont
nier dont la définition est plus étroite que celui utilisé nécessaires pour expliquer ce qu’il faut faire et quand,
pour un indice des prix à la consommation. comment et pourquoi cela doit être fait. La préparation
6.121 Il se peut que l’on puisse découvrir des produits de ces documents est une bonne occasion de vérifier la
communs aux deux paniers, auquel cas, un seul relevé des qualité des procédures utilisées pour relever les prix et
prix pourrait convenir. Il peut s’agir en particulier de pro- établir l’indice. Elle donne aussi la possibilité de revoir
duits sans marque et de fruits et légumes frais locaux; par et d’améliorer ces procédures. Une fois en place, la
exemple, des pommes à couteau locales d’une qualité nor- documentation a une double fonction dans le contexte
male peuvent être comparées entre les pays sans se référer de l’établissement de l’indice. Premièrement, elle per-
à la variété concernée. En revanche, les produits, alimen- met de poursuivre au pied levé les travaux si l’enquê-
taires ou non, commercialisés sous une marque peuvent teur tombe malade ou quitte son emploi. Deuxiè-
poser davantage de problèmes à cause de différences dans mement, elle permet aussi un contrôle de la qualité afin
l’offre et leur spécification entre les pays. de vérifier si les procédures sont bel et bien suivies. De
6.122 Nonobstant les inconvénients susmentionnés, façon plus générale, elle est une référence utile pour les
les données saisies par lecture optique constituent par- utilisateurs des indices des prix à la consommation. La
fois une source commune utile de données sur les prix, documentation est examinée de façon plus approfondie
du moins pour certains éléments du calcul des parités de au chapitre 12.

115
Appendice 6.1 Extrait d’un formulaire simple de relevé des prix

116
Notes : L’enquêteur remplit les quatre dernières colonnes, ne répondant pas à la question «marque ou produit» lorsqu’elle est sans objet.
Il existe en général un questionnaire distinct pour chaque type de produit élémentaire ou pour chaque point de vente.

Date du relevé : Nom de l’enquêteur : Nom du point de vente :


Produit élémentaire Point de vente Description : marque ou produit Prix Code1 Explications complémentaires
(remplir, s’il y a lieu, pour les
points de vente/produits élé-
mentaires en utilisant les
messages précodés convenus)
Pommes de terre — nouvelles, Green Fingers Jersey Royals 59p C Produit élémentaire compa-
en vrac le kg Green Grocers rable. Mois précédent, Egyptian
Queens. Variation saisonnière.
Bœuf du pays, haché de qualité SuperBuys Marque de la chaîne. Premier 3,45£ S Offre spéciale. Prix réduit
supérieure, le kg Supermarket choix. Emballage rouge et bleu. de moitié.
Pizza congelée, de dimension SuperBuys Marque de la chaîne. Assortiment 400 g P Poids précédent : 450 g.
moyenne, 300–450 g Supermarket complet. Boîte rouge avec photo
de la pizza.
Lait, pasteurisé, 4 pt ou 2 l SuperBuys Entier, pasteurisé. Bouteilles
Supermarket en plastique avec étiquette bleue. 89p
Chemise de ville pour homme, Formal for Men Marque «Dickie Dirts». Blanche, 34,99£ Co Cravate gratuite.
manches longues 75 % coton, 25 % polyester.
Made in England. Note de bleu
sur l’emballage.
Chaussures mode pour femmes Steps Escarpins noirs. Nom : «Sleekie». 30,00£ R Retour à un prix normal après
Semelles et dessus en cuir. Made un rabais de 25 %.
in China.
Repas au restaurant, plat principal, Fill up Morue, pommes de terre frites 7,50£ C A remplacé : «carrelet, pommes
repas du soir, préciser et salade. Menu principal. de terre frites et salade».
Billet de théâtre, soirée, Civic Theatre Jack and the Beanstalk. Séance 12,00£ N A remplacé : «Talking heads».
orchestre, adulte du soir (lundi–jeudi).
1
C = comparable; S = soldes ou offre spéciale; P = poids; Co = consultation; R = retour à un prix normal; N = nouveau.
AJUSTEMENT AUX CHANGEMENTS DE QUALITÉ 7
Introduction celui qui le remplace peuvent coexister pendant une pé-
riode donnée, disons la période t. La variation de prix du
7.1 La mesure des variations des prix à la consom- produit élémentaire ancien entre la période 0 et la pé-
mation est compliquée par l’apparition de nouveaux riode t est multipliée par la variation de prix du produit
produits et services et la disparition de produits et ser- remplaçant entre la période t et la période t+1. Pourtant,
vices anciens, ainsi que par l’évolution de la qualité des ici encore, il y a ajustement implicite de la qualité en ce
produits et services proposés. Si ces complications sens que l’écart entre le prix du produit ancien et celui
n’existaient pas, il suffirait de prendre un échantillon re- du produit remplaçant à la période t est censé tenir
présentatif des produits élémentaires consommés par les compte de l’effet résultant de la différence de qualité.
ménages au cours de la période 0, d’enregistrer leurs Mais cet écart peut également s’expliquer en partie par
prix et de les comparer à ceux des mêmes produits au une stratégie de tarification liée à une étape particulière
cours de périodes postérieures, disons t. On serait ainsi du cycle de vie du produit.
en mesure de comparer les prix de produits identiques. 7.3 Il existe d’autres méthodes d’ajustement des
Toutefois, les complications évoquées sont bien réelles. prix de produits remplaçants non comparables, qui se
Il se peut par exemple qu’un produit élémentaire con- fondent notamment sur des estimations explicites de
sommé à la période 0 ne soit plus produit à la période l’impact de la variation de la qualité sur le prix. Ces es-
t+1, ce qui empêche toute comparaison de prix. timations sont obtenues selon diverses méthodes et la
7.2 Diverses méthodes permettent de remédier à pertinence des ajustements explicites de la qualité dé-
cette situation. Il est possible qu’un produit remplaçant pend tout autant du choix de la méthode que de la dispo-
existe à la période t+1. S’il est de qualité identique, son nibilité de données adaptées à celle-ci. Dans chaque cas,
prix peut être comparé au prix de l’«ancien» produit et quelle que soit la méthode adoptée par l’office de sta-
élémentaire à la période t. Mais le produit remplaçant tistique, on corrige les prix des variations de qualité à
peut fort bien être d’une qualité différente. Une pre- chaque période où un produit élémentaire n’est pas dis-
mière option serait de négliger la différence de qualité ponible. L’objet de ce chapitre est d’évaluer le bien-
et de continuer à comparer le prix du «nouveau» produit fondé de ces ajustements de la qualité.
remplaçant à la période t+1 avec celui de l’ancien pro- 7.4 L’examen des modalités de correction des varia-
duit à la période t afin de poursuivre la série. Cette op- tions de qualité se justifie pour trois motifs. Le premier,
tion n’est pas moins une méthode d’ajustement de la est l’ampleur et la rapidité des innovations méthodolo-
différence de qualité; celle-ci est tout simplement rudi- giques. Deuxièmement, les méthodes utilisées par les
mentaire en ce sens que le changement de qualité est né- offices de statistique pour tenir compte des changements
gligé et ne se répercute pas sur le prix. Une deuxième de qualité ne concordent pas et donc les comparaisons
solution consisterait à exclure de l’indice tous les pro- d’indices de prix à la consommation entre groupes de
duits élémentaires dont la qualité varie, et à ne suivre produits, pays ou périodes peuvent être trompeuses.
l’évolution des prix entre les périodes t et t+1 seulement Troisièmement, diverses études empiriques sur les con-
pour les produits ayant des caractéristiques techniques séquences de l’emploi de méthodes différentes ont fait
identiques. Cette exclusion équivaudrait à une hypo- ressortir l’importance du choix de la méthode (Dulber-
thèse implicite sur l’ajustement de la qualité où l’on ger, 1989; Armknecht et Weyback, 1989; Moulton et
supposerait que l’écart global de prix, ajusté de la qua- Moses, 1997; Lowe, 1996).
lité, entre les produits disparus et les produits remplacés 7.5 Cela dit, il faut reconnaître que les offices de sta-
serait identique à l’écart de prix des produits appariés. tistique se prémunissent contre les variations de qualité
En réalité, les variations de prix diffèrent en général en utilisant la méthode de l’appariement des modèles.
selon les étapes du cycle de vie d’un produit. Par Les enquêteurs enregistrent les caractéristiques tech-
exemple, les variations qui surviennent lorsqu’un pro- niques des produits élémentaires choisis et recueillent
duit est remplacé à la vente par un produit amélioré des données sur les prix de modèles identiques à des pé-
peuvent être très différentes de celles observées aux riodes postérieures afin de pouvoir opérer des comparai-
autres étapes. Il se peut donc que l’hypothèse implicite sons homogènes. Si dans un groupe considéré les pro-
soit erronée. Troisièmement, la variation de prix d’un duits ne présentent pas de variation de qualité ou
produit remplaçant peut entrer dans la composition de qu’aucun produit ou service n’a disparu ni n’a été créé,
l’indice si les prix du produit élémentaire remplacé et de la méthode de l’appariement des modèles fondée sur des

117
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

produits représentatifs donne des résultats satisfaisants. 7.10 La question des produits manquants peut être
De manière générale, la méthode de l’appariement des abordée de diverses manières :
modèles peut être source de trois types d’erreurs : pro- • Un produit peut être exclu en partant du principe que
duits élémentaires manquants, variation de l’univers la variation globale de prix d’un ensemble d’autres
d’échantillonnage et apparition de nouveaux produits. produits élémentaires tient compte du changement du
produit manquant; autrement dit, l’on procède à un
Pourquoi la méthode de l’apparie- ajustement implicite du prix au changement de qualité.
• Un produit remplaçant peut être choisi, et son prix
ment de modèles peut échouer utilisé pour la comparaison, parce qu’il est jugé d’une
7.6 La variation à long terme du prix d’un produit qualité comparable à celle du produit manquant.
élémentaire se mesure en comparant son prix à la pé- • Le produit remplaçant peut être jugé non comparable
riode en cours à son prix à la période de référence, c’est- au produit manquant, mais les prix de l’un et de
à-dire la période durant laquelle il a été, avec la plupart l’autre peuvent coexister pendant une certaine pé-
des autres produits élémentaires, intégré à l’échantillon. riode. La différence de prix au cours de cette période
peut alors servir à estimer la différence de qualité et,
Produits élémentaires manquants partant, à ajuster le prix du produit remplaçant en
7.7 La première source d’erreur — examinée dans le conséquence.
présent chapitre — se manifeste lorsqu’un produit élé- • Le prix d’un produit remplaçant non comparable peut
mentaire n’est plus disponible dans un point de vente. Il être utilisé pour procéder à une estimation explicite de
se peut que l’on ait cessé de le produire ou qu’il ne soit l’ajustement de prix au changement de qualité et faire
plus disponible sous la même spécification — autrement apparaître la variation «pure» de prix et de qualité.
dit, que sa qualité ait changé — et qu’il soit impossible 7.11 Dans bien des cas, il faut donc ajuster le prix du
de se le procurer pendant la période en cours. D’autres produit remplaçant au titre d’un changement de qualité.
raisons peuvent également expliquer l’absence de prix, En l’occurrence, il s’agit d’un ajustement du prix (varia-
telles que le caractère saisonnier du produit, le fait qu’il tion de prix) du produit remplaçant (par rapport au pro-
ne soit pas nécessaire d’enregistrer le prix fréquemment duit manquant) dont l’objet est de neutraliser la part de la
ou bien encore le cas de figure d’un produit ou service variation de prix attribuable aux changements de qualité.
adapté aux exigences particulières du client. L’ajustement de la qualité peut être considéré comme un
7.8 Il faut faire une distinction entre les produits coefficient que l’on multiplie par le prix du produit rem-
élémentaires selon qu’ils manquent de manière perma- plaçant pour que, du point de vue du consommateur, il
nente ou temporaire. L’absence d’un produit élémen- soit comparable au prix du premier produit.
taire et de son prix est dite temporaire lorsqu’elle se 7.12 À titre d’exemple, supposons que la taille (ou la
produit durant le mois considéré, mais non durant les quantité) d’un produit élémentaire soit un attribut de qua-
mois qui suivent. Le produit peut manquer parce qu’il lité. Supposons aussi que la taille du produit manquant et
fait l’objet d’une demande saisonnière, comme dans le celle du produit remplaçant diffèrent, et posons comme
cas de certains fruits et légumes, parce qu’il y a pénurie hypothèse qu’une quantité k du produit remplaçant se
ou pour d’autres raisons. Les prix de certains produits vend au même prix qu’une quantité j du produit initial.
de base sont établis de manière moins fréquente, par Que le consommateur achète une unité du produit initial
exemple sur une base trimestrielle ou semestrielle, parce ou j/k unités du produit remplaçant, la valeur est la même
que leurs variations sont irrégulières. Ils manquent par dans les deux cas. Pour faire en sorte que le prix d’une
conséquent lorsqu’ils sont «hors cycle». unité du produit remplaçant soit comparable au prix
7.9 Les produits élémentaires saisonniers sou- d’une unité du produit initial, il faut multiplier le produit
lèvent des difficultés en ce sens qu’il est nécessaire remplaçant par k/j, à savoir l’ajustement nécessaire au
d’imputer les prix manquants jusqu’à ce que les pro- titre du changement de qualité. Par exemple, si 2 unités
duits réapparaissent sur les marchés. Dans certains cas, du produit remplaçant équivalent à 3 unités du premier
les méthodes d’imputation sont semblables à celles uti- produit, l’ajustement à apporter au prix du produit de
lisées pour les ajustements de variation de qualité. Tou- remplacement devrait être 2/3. Imaginons qu’une unité
tefois, la nature provisoire de l’imputation exige qu’aux du produit remplaçant se vende effectivement au même
fins d’une enquête les absences «temporaires» soient prix qu’une unité du produit initial; une fois ajusté, le prix
classées séparément des produits «saisonniers». Les du produit remplaçant est égal à seulement 2/3 du prix du
principes et méthodes qui sous-tendent ces imputations produit initial. Si une unité du produit remplaçant se vend
sont énoncés dans les ouvrages de Armknecht et Mait- au double du prix du produit initial, le prix ajusté au
land-Smith (1999), Feenstra et Diewert (2001) ainsi changement de qualité sera égal à 4/3 de celui du produit
qu’au chapitre 22. Le présent chapitre porte sur les pro- initial; le prix aura donc augmenté de 33 %, et non pas de
duits manquant de manière permanente et sur les impu- 100 %. L’indice des prix à la consommation vise à enre-
tations à caractère continu ou le choix de produits de gistrer l’écart entre le prix du produit initial et le prix du
remplacement. produit remplaçant corrigé des variations de qualité.

118
AJUSTEMENT AUX CHANGEMENTS DE QUALITÉ

7.13 Les méthodes énoncées au paragraphe 7.10 et limitées. Or, il arrive qu’à l’approche de la fin de leur
les hypothèses qui les sous-tendent seront analysées de cycle de vie ces produits accusent des fluctuations de
manière plus approfondie un peu plus loin. Il va de soi prix atypiques attribuables aux stratégies de commercia-
que l’on ne peut déterminer les prix de produits qui ne lisation des entreprises. Celles-ci évaluent généralement
sont pas disponibles. Il est donc difficile d’établir les gains afférents à diverses stratégies de prix à divers
l’exactitude de certaines hypothèses au sujet des varia- stades du cycle de vie des produits, notamment au début
tions de prix (si ces produits avaient été disponibles). Ce et à la fin (Parker, 1992). La pondération (implicite ou
qu’il importe de souligner, c’est que l’appariement de autre) des produits en fin de cycle demeure donc relati-
prix de produits permet de mesurer des variations de vement élevée puisqu’elle se fonde sur leur part dans les
prix sans qu’interviennent des changements de qualité. ventes totales au moment de l’échantillonnage. En
Lorsque des produits sont remplacés par de nouveaux outre, des produits nouveaux non appariés se vendant en
produits dont la qualité est différente, il faut ajuster quantité relativement importante ne seraient pas pris en
leurs prix en conséquence. Si l’ajustement est inappro- considération. Par conséquent, une pondération exces-
prié, il se produit une erreur, et s’il l’est de façon systé- sive serait attribuée aux variations atypiques de prix des
matique, il se produit un biais. Pour éviter les erreurs et produits appariés en fin de cycle de vie.
les biais, il faut des méthodes rigoureuses d’ajustement 7.16 Troisièmement, se pose la question du moment
de la qualité. Ces ajustements constituent l’objet du pré- de la substitution d’un produit ancien par un produit
sent chapitre. nouveau. La recherche d’un produit de remplacement
comparable pour éviter la complexité des ajustements ne
fait qu’accroître la difficulté. De par leur nature, les pro-
Problématique de l’échantillonnage duits obsolètes sont à la fin de leur cycle de vie et pour
7.14 L’échantillonnage pose quatre grands pro- être comparables, les produits de remplacement risquent
blèmes. Premièrement, l’appariement des prix de pro- donc d’être proches, eux aussi, de la fin de leur cycle de
duits identiques risque d’aboutir à terme, de par sa na- vie. Autrement dit, les produits de remplacement
ture, à un échantillon de moins en moins représentatif risquent, eux aussi, d’accuser les mêmes variations de
de l’ensemble des transactions. Il arrive que les prix des prix atypiques de fin de cycle. Il s’ensuit que le problème
anciens produits soient relativement bas et ceux des du caractère non représentatif des échantillons est ag-
nouveaux produits relativement élevés et que ces écarts gravé et que l’indice continue d’être faussé en raison
de prix subsistent même lorsque les différences de qua- d’une mauvaise pondération de produits techniquement
lité sont prises en considération (Silver et Heravi, supérieurs offrant des flux de service à meilleur marché.
2002a). Pour des raisons d’ordre stratégique, il peut être 7.17 Enfin, le quatrième problème se présente
dans l’intérêt d’une entreprise d’abandonner d’anciens lorsque les enquêteurs continuent de relever les prix des
modèles pour pouvoir en lancer de nouveaux d’un prix produits jusqu’à ce que leur remplacement s’impose,
relativement élevé. Si l’on ne tient pas compte de ces c’est-à-dire jusqu’à ce que les produits ne soient plus
modèles «non appariés» dans la détermination de l’in- disponibles, et qu’ils soient donc censés être remplacés
dice des prix à la consommation, celui-ci peut être par des produits de consommation courante ou particu-
biaisé à la baisse (voir les paragraphes 7.150 à 7.152 ci- lièrement recherchés. Si les échantillons gagnent en
dessous). Autrement dit, ironiquement, la méthode couverture et en représentativité, il est cependant d’au-
d’appariement, qui sert justement à assurer une qualité tant plus difficile de procéder à des ajustements fiables
constante, peut être source de biais du fait de l’exclu- de prix pour tenir compte des changements de qualité
sion de produits dont les variations de prix sont peu (entre produits obsolètes et produits nouveaux plus re-
communes (voir aussi, par exemple, Koskimäki et Vartia cherchés). Les écarts de qualité risquent d’être plus im-
(2001)). D’après le chapitre 8 la stratégie d’ajustement portants que ceux que l’on peut attribuer aux différences
des prix en fonction de la qualité doit être elle-même de prix entre un produit en fin de vie et un nouveau pro-
liée à une stratégie de sélection et de chaînage de pro- duit pendant la période où ils coexistent. En outre, les
duits. La stratégie est particulièrement pertinente dans différences techniques sont susceptibles d’être d’une
les secteurs caractérisés par des innovations technolo- ampleur telle qu’il sera plus difficile d’établir des esti-
giques dynamiques (voir aussi l’analyse des indices de mations explicites et fiables de l’effet des écarts de qua-
prix hédoniques ci-dessous). lité sur les prix. Enfin, il est peu probable que les diffé-
7.15 Deuxièmement, en raison des ressources sup- rences de prix (corrigées des variations de qualité) entre
plémentaires qu’exigent les ajustements de prix aux produits très anciens et produits nouveaux se con-
changements de qualité, il peut être dans l’intérêt — ou forment aux hypothèses de «variations de prix sem-
même du devoir — des enquêteurs et des statisticiens blables à celles des produits ou classes de produits exis-
d’éviter les remplacements par des produits non compa- tants» sur lesquelles reposent les méthodes
rables et les ajustements de qualité qui en découlent. d’imputation. La plupart des méthodes utilisées pour
Autrement dit, les produits font l’objet d’un suivi traiter l’ajustement de qualité dans le cas de produits
jusqu’à ce qu’on cesse de les produire, y compris non disponibles sont plus performantes lorsque l’adop-
lorsqu’ils sont anciens et qu’ils sont vendus en quantités tion d’un produit de remplacement se fait suffisamment

119
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

tôt. Les problèmes d’échantillonnage peuvent être con- nons l’exemple des nouvelles voitures. Bode et van
sidérés comme étant intimement liés aux méthodes Dalén (2001) ont effectué une étude exhaustive de l’es-
d’ajustement de la qualité. Ces questions seront abor- timation des prix des nouvelles voitures aux Pays-Bas
dées dans la partie du chapitre 8 consacrée à la sélection de 1990 à 1999. Selon l’étude, les prix nominaux ont
des produits et à la nécessité de recourir à une méthode augmenté en moyenne d’environ 20 % sur cette période,
intégrée permettant de traiter à la fois la représentativité mais les paramètres de qualité ont eux aussi évolué. Par
et les prix corrigés des changements de qualité. exemple, la puissance (cv) est passée en moyenne de 79
à 92 cv; le rendement énergétique moyen est passé de
Nouveaux produits 9,3 litres/100 km à 8,4 litres/100 km; la part des voitures
munies d’un dispositif d’injection (carburant) est passée
7.18 Les nouveautés sur les marchés peuvent consti-
tuer une troisième source d’erreurs. Il est difficile de dis- de 51 % à 91 %, d’une direction assistée, de 27 % à
tinguer un produit nouveau d’un produit ancien qui 94 %, et d’airbags, de 6 % à 91 %. Il en va d’ailleurs de
change de qualité; cette difficulté est analysée au cha- même pour beaucoup d’autres dispositifs comme le ver-
pitre 8. Lorsqu’un produit réellement nouveau apparaît rouillage centralisé, les pare-brise teintés, etc. L’évolu-
sur le marché, on observe un gain immédiat de bien-être tion de ces paramètres constitue un aspect du change-
ou d’utilité à mesure que diminue la demande de l’an- ment de la qualité. Lorsque l’on apparie les prix d’un
cienne technologie et des autres biens. Par exemple, l’ap- échantillon de modèles en janvier, par exemple, avec
parition de la fermeture éclair s’est traduite par un gain ceux des mêmes modèles au cours des mois qui suivent,
initial d’utilité et de bien-être à mesure que les consom- les paramètres de qualité sont maintenus à un niveau
mateurs délaissaient une vieille technologie — en l’oc- constant pour éviter de fausser les comparaisons. Toute-
currence les boutons — pour adopter cette nouveauté. fois, comme on le verra plus tard, l’échantillon de mo-
L’indice ne pourra pas exprimer correctement ce gain s’il dèles qui en résulte tend à négliger les modèles plus ré-
faut attendre un changement de base ou au moins deux cents, qui technologiquement sont peut-être plus
périodes successives de prix de fermetures éclairs pour avancés et dont la variation de prix, du fait du niveau de
ensuite opérer un raccordement avec l’ancien indice. Les qualité fourni, est en réalité différente. La méthode des
prix futurs pourraient être constants et même chuter. Le régressions hédoniques avec variables indicatrices (voir
gain initial de bien-être serait calculé en comparant le ci-dessous) permet de corriger des variations de qualité
prix à la période d’introduction et le prix hypothétique à tout en utilisant l’ensemble de l’échantillon. En recou-
la période précédente où l’offre serait nulle. Les outils rant à diverses formulations de régressions hédoniques,
pratiques permettant d’estimer ce prix hypothétique ne Bode et van Dalén (2001) ont constaté que les prix cor-
sont pas encore parfaitement au point, mais ce sujet est rigés des variations de qualité de ces nouvelles voitures
abordé de manière plus approfondie au chapitre 21. Dans étaient à peu près constants sur l’ensemble de la période
le cas d’un indice des prix à la consommation fondé sur alors qu’en termes nominaux, ils avaient augmenté
le concept d’une période de base et d’un panier fixe, il d’environ 20 %.
n’y a, à proprement parler, aucun problème. Le nouveau 7.21 Le chapitre 21 explique que les variations de
produit ne figurait pas dans l’ancien panier et n’a pas à prix observées sont causées en principe par divers fac-
être exclu. Bien qu’un indice permettant de mesurer cor- teurs, dont les changements de qualité, l’évolution des
rectement un ancien panier fixe semblerait approprié goûts et des préférences et les progrès technologiques
d’un point de vue théorique, il ne serait pas représentatif chez les producteurs. En termes plus théoriques, les
de ce que nous achetons et, partant, ne présenterait au- données de prix relevées se trouvent à l’intersection des
cune utilité pratique. Dans le cas d’un indice du coût de courbes de demande de divers consommateurs aux
la vie ayant pour objet de mesurer la variation des dé- goûts différents et des courbes d’offre de divers produc-
penses nécessaire pour maintenir un niveau constant teurs dont les technologies de production peuvent varier.
d’utilité (voir chapitre 17), l’inclusion du nouveau pro- On ne peut séparer les effets de l’évolution des goûts et
duit serait bel et bien conceptuellement appropriée. des préférences, des changements de qualité que dans
des conditions très spécifiques. Le chapitre 8 recom-
mande le chaînage ou le changement périodique de base
La nature du changement pour éviter que les pondérations, qui traduisent les goûts
de la qualité et les préférences, ne s’éloignent pas trop de la réalité.
7.22 Il n’y a pas que le caractère changeant des at-
7.19 Cette section précise ce que l’on entend par tributs des produits qui soulève des difficultés. Il se pose
changement de qualité et décrit les méthodes que l’on également un problème pratique, en ce sens qu’il n’est
peut utiliser lorsque des prix ne sont pas disponibles. pas toujours possible d’observer ou de chiffrer des attri-
Pour comprendre ce que «signifie» un changement de buts comme le style, la fiabilité, la facilité d’usage ou la
qualité, il faut un cadre conceptuel et théorique qui sécurité de ce qui est produit. Le chapitre 16 du Système
puisse servir de repère aux ajustements. de comptabilité nationale 1993 (SCN 1993) sur la déter-
7.20 Tout d’abord, il convient de rappeler que la mination des prix et des quantités indique que des fac-
qualité de ce qui est produit varie au fil du temps. Pre- teurs autres que les variations des caractéristiques phy-

120
AJUSTEMENT AUX CHANGEMENTS DE QUALITÉ

siques influent sur la qualité. On y signale notamment être en mesure de proposer, et a fortiori de critiquer, une
que «le transport d’un bien jusqu’à un lieu où sa de- méthode d’ajustement de la qualité, il faut avoir une
mande est plus forte constitue une opération de produc- idée de ce qui est théoriquement souhaitable pour pou-
tion en soi qui a pour résultat de transformer le bien en voir alors situer la procédure choisie. Bien qu’une telle
question en un bien de meilleure qualité». Un même analyse nous écarte des considérations pratiques, son
bien offert en un lieu différent et plus commode peut se utilité deviendra manifeste dans les sections qui suivent.
vendre à un prix plus élevé et être de qualité supérieure.
En outre, des moments différents de la journée ou des
périodes différentes de l’année peuvent également se Une méthode fondée sur l’utilité
traduire par des différences de qualité : «Ainsi, l’électri- 7.24 Le chapitre 17 définit l’indice du coût de la vie
cité ou les prestations de transport fournies en périodes (ICV) comme le rapport des dépenses minimales per-
de pointe doivent être considérées comme de qualité su- mettant d’assurer un niveau de vie ou d’«utilité» donné
périeure à celles fournies en dehors de ces périodes. Le entre une période de base et la période courante. Ajuster
fait qu’il existe des périodes de pointe démontre que les un prix en fonction des différences de qualité, signifie
acheteurs ou utilisateurs attachent une plus grande uti- qu’il faut tenter de mesurer la variation du prix d’un
lité aux services en ces périodes, tandis que les coûts produit dont les caractéristiques techniques ont évolué
marginaux de production sont en général plus élevés en et qui offre au consommateur un niveau d’utilité diffé-
période de pointe…». D’autres différences, notamment rent. Si l’indice du coût de la vie apparaît comme un
les conditions de vente ou de fourniture ou livraison des cadre logique pour apprécier les liens entre les change-
biens ou services, peuvent contribuer sensiblement aux ments de qualité et les changements d’utilité, il n’est
écarts de qualité. Par exemple, un détaillant peut attirer cependant pas le seul. Un indice de prix à panier fixe
des clients en offrant une livraison gratuite, une plus (IPPF) peut également se révéler utile si la qualité est
grande variété de produits ou un crédit à la consomma- perçue sous cet angle. Bien qu’un tel indice présuppose
tion ou encore en étant plus accessible, en offrant des l’établissement du prix d’un panier fixe de produits, cer-
délais de livraison moins longs, des prestations plus per- tains produits finiront par ne plus être disponibles et les
sonnalisées, un étiquetage plus clair, un meilleur soutien produits remplaçants sélectionnés pour maintenir
et de meilleurs conseils, un stationnement plus com- l’échantillon peuvent ne pas être de qualité identique. Il
mode, une gamme plus large de marques ou un environ- s’agit de déterminer la part de la variation de prix qui est
nement plus agréable ou plus adapté aux goûts des con- une variation «pure» de prix et celle qui est attribuable
sommateurs. Ces avantages ne sont pas toujours au changement de qualité. Le concept d’utilité servira à
précisés dans la description du produit, et ce pour di- mieux comprendre cette seconde causalité.
verses raisons. Premièrement, ils n’entraînent pas de 7.25 Pour appréhender un changement de qualité il
frais particuliers (ils sont inclus dans le prix des biens importe de considérer, d’une part, l’évolution des carac-
vendus). Deuxièmement, lorsque les prix de modèles téristiques d’un produit et, d’autre part, les différents ni-
offerts dans des points de vente particuliers sont appa- veaux d’utilité fournis. Prenons l’exemple d’un nouveau
riés, le niveau de ces services est présumé constant. produit de qualité supérieure censé remplacer un ancien
Toutefois, d’un point de vue conceptuel, il ne faut pas produit à la période t, le consommateur pouvant choisir
conclure pour autant que ces augmentations de qualité entre les deux. Supposons que les deux produits sont of-
ne doivent pas relever de l’indice. Si ces avantages va- ferts au consommateur au même prix, soit pt=100. Si on
rient, il convient d’ajuster le prix en fonction de leur va- demande au consommateur de choisir entre les deux, il
leur estimée. choisira bien entendu le nouveau. Supposons mainte-
7.23 Avant de s’interroger sur la façon de corriger nant que le prix du produit ancien soit réduit progressi-
les prix des variations de qualité, il faut d’abord définir vement jusqu’à un point, disons pt*=75, où le consom-
ce que l’on entend par «qualité». Bien que l’on puisse mateur est indifférent et où il peut tout aussi bien choisir
intuitivement penser qu’un produit consommé à une pé- l’ancien produit à pt*=75 ou le nouveau à pt=100. L’uti-
riode donnée soit supérieur à sa contrepartie à la période lité qu’il tirerait de l’un ou l’autre serait donc identique.
suivante, il importe d’établir un cadre théorique qui Si en revanche pt* passe sous la barre des 75, le con-
puisse servir de repère pour ce type de comparaisons. sommateur préférera le produit de qualité ancienne.
Imaginons, par exemple, qu’un vêtement serve d’échan- 7.26 L’écart entre pt et pt* renseignerait sur l’utilité
tillon et que, quelques mois plus tard, cet article dispa- supplémentaire que le consommateur tirerait du produit
raisse. Pour résoudre cette difficulté, on pourrait rem- de qualité nouvelle et sur le prix maximum que le con-
placer le produit manquant par un produit semblable. Le sommateur serait prêt à payer en sus de ce qu’il paierait
produit le plus immédiatement comparable pourrait pour le produit de qualité ancienne. D’après la théorie
comporter plus de tissu, être muni d’une doublure, de économique, comme l’indique le chapitre 21, si les con-
coutures ou de boutons différents, être de couleur diffé- sommateurs (ou les ménages) sont indifférents entre
rente ou mieux adapté à la mode. Il faut alors quantifier deux achats, c’est que l’utilité qu’ils attribuent à l’un est
ces différences en termes monétaires pour que la com- identique à celle qu’ils attribuent à l’autre. La différence
paraison entre les produits puisse être homogène. Pour entre 75 et 100 provient donc de l’utilité que les con-

121
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

sommateurs attribuent à chacun des deux produits, les calculs à partir du «coût de production» et de la «va-
c’est-à-dire à leur différence de qualité. Si cette ap- leur d’usage», respectivement. Triplett (1983) parvient
proche semble logique, elle soulève cependant certains au même résultat dans les cas où «le changement de qua-
problèmes de mise en œuvre, encore que cela n’ait pas lité» est lié aux attributs des biens et, par conséquent, à
des méthodes empiriques hédoniques. Se dégage ainsi la
lieu de nous inquiéter pour notre propos. Notre objectif
conclusion que le coût de production est la base d’ajuste-
est avant tout de jeter les bases analytiques sur les- ment approprié de la qualité dans le cas de l’indice des
quelles fonder notre réflexion. prix à la production et que la valeur d’usage l’est dans le
7.27 La question de l’utilité est celle de savoir com- cas d’un ICV ou d’un indice de coût des facteurs.
ment les consommateurs choisissent entre produits de 7.30 Cette affirmation n’est pas accueillie de ma-
qualité différente. S’ils tirent une plus grande utilité nière unanime. Diewert (2002d) préconise une méthode
d’un produit de qualité supérieure et donc préfèrent ce de coût d’usage pour l’indice des prix à la production.
type de produit, cela n’explique cependant pas pourquoi Cette recommandation découle pour une part de la né-
ils achètent un produit plutôt qu’un autre. Il faut aussi cessité de consolider les entrées et les sorties à prix
connaître le prix des différents produits car si le produit constants dans la comptabilité nationale. Si, lors de
de qualité inférieure est moins cher, c’est peut-être l’établissement de l’indice des prix des facteurs et de
celui-là qu’ils achèteront. C’est ce que visait à montrer l’indice des prix à la production, les ajustements de qua-
l’exemple cité plus haut où l’on a déterminé le seuil au- lité pour des produits identiques diffèrent, alors les sé-
dessous duquel le produit de qualité inférieure serait ries de valeur ajoutée à prix constants, tout comme leur
acheté, p t *≤ 75. différence, ne s’équilibreront pas. Le problème de l’uti-
7.28 Définir le changement de qualité en fonction lisation de la valeur d’usage se pose généralement dans
de son effet sur l’utilité est manifestement avantageux le cas des indices de prix à la production. Il ne met pas
pour la conception économique des indices (cha- en question l’utilisation de ce concept dans le cas des
pitre 21). Fixler et Zieschang (1992), Feenstra (1995), indices de prix à la consommation.
Triplett (1987) et Diewert (2003a) ont mis au point des
cadres théoriques pour les indices du coût de la vie qui
s’apparentent à ceux définis au chapitre 21 tout en inté- Indices conditionnels
grant des biens et des services dont la qualité varie. Sil- 7.31 Le domaine d’un indice de coût de panier fixe
ver et Heravi (2001a et 2003) et Kokoski et al. (1999) (ICPF) est son panier fixe de biens et de services. L’uti-
ont entrepris des études empiriques fondées sur ces lisation d’un indice du coût de la vie (ICV) comme
cadres à des fins de comparaisons entre périodes et entre cadre analytique exige que l’on examine tout d’abord
régions géographiques, respectivement. Toutefois, le re- certaines questions plus vastes sur notre qualité de vie.
cours à l’utilité comme moyen de mieux comprendre les Le milieu physique, économique et social subit des
ajustements de prix en fonction des changements de changements qui exigent plus ou moins de dépenses
qualité ne se limite pas aux considérations relevant de la pour assurer un niveau donné d’utilité. Plusieurs fac-
théorie économique des indices de coût de la vie (cha- teurs influent sur notre bien-être et dans la pratique ils
pitre 21). Les indices de prix à la consommation fondés ne peuvent pas tous être pris en considération dans le
sur la notion d’un panier fixe doivent être corrigés des calcul d’un indice des prix à la consommation. Il con-
variations de qualité lorsqu’un produit n’est pas dispo- vient donc d’envisager des indices conditionnels qui
nible, et rien dans la définition d’un indice de panier reposent sur l’hypothèse que les facteurs exclus de-
fixe n’empêche d’utiliser les écarts d’utilité comme re- meurent constants. Ces facteurs comprennent générale-
père. Si le produit A est supérieur à sa version ancienne, ment l’état de santé, l’environnement et la quantité et la
le produit B, c’est parce qu’il offre quelque chose de qualité de biens et de services fournis par les pouvoirs
plus au consommateur disposé à payer un prix plus publics. Les dépenses minimales nécessaires au main-
élevé. C’est précisément ce «quelque chose» que l’on tien d’un niveau donné d’utilité augmenteront, par
appelle utilité. exemple, dans la mesure où les services policiers de-
7.29 Il convient aussi d’établir une distinction entre viendront moins efficaces. Il faudrait alors effectuer des
deux concepts de valeur utilisés dans le cadre de l’ana- dépenses pour assurer une plus grande sécurité des mé-
lyse de l’ajustement de la qualité : le coût de production nages. Il en coûterait davantage qu’à la période précé-
et la valeur d’usage. La valeur que les utilisateurs retirent dente pour maintenir un niveau donné d’utilité. De
de leur consommation est leur utilité. Triplett (1990, même, le maintien d’un niveau donné d’utilité au mo-
p. 222–223) étudie comment un indice de prix à la con- ment où apparaît une maladie exige des dépenses ac-
sommation diffère d’un indice de prix à la production : crues de médicaments. Un hiver plus rigoureux qu’à
Fisher et Shell (1972) ont été les premiers à démontrer l’accoutumée accroît les dépenses de chauffage requises
que des indices différents (ils ont pris les indices des prix pour maintenir le niveau d’utilité antérieur. Dans chaque
à la production et les indices des prix à la consomma- cas, le coût de la vie a effectivement été modifié. Pour-
tion) entraînent des traitements différents des variations tant, il n’est pas généralement admis que l’indice des
de qualité et que, d’un point de vue théorique, le traite- prix à la consommation doive tenir compte de ces varia-
ment approprié de cet effet de qualité consiste à effectuer tions. Ce dont il doit être tenu compte, ce sont les varia-

122
AJUSTEMENT AUX CHANGEMENTS DE QUALITÉ

tions des prix des serrures, des médicaments et des pro- de prix dus aux différences de qualité. La façon dont les
duits énergétiques occasionnées par les variations de la offices de statistique traitent les produits manquants,
demande de ces produits. De plus, à mesure que les dé- même si cela consiste à ne pas en tenir compte, donne
penses au titre de ces produits augmentent ou dimi- lieu à certains ajustements implicites de la qualité. Cette
nuent, les pondérations utilisées pour déterminer l’in- méthode implicite n’est pas nécessairement la meilleure
dice doivent être rajustées. Plus les pondérations sont et peut même induire en erreur. L’ampleur des change-
mises à jour fréquemment, mieux l’indice exprimera ments de qualité et la rapidité de l’évolution des techno-
l’effet de ces variations de dépenses. Mais, normale- logies exigent des méthodes appropriées.
ment, l’indice n’est pas censé tenir compte des varia- 7.34 Pour mesurer les variations globales de prix,
tions à court terme des quantités de services de sécurité, on établit un échantillon représentatif de produits prove-
de médicaments et de chauffage résultant des facteurs nant de divers points de vente et on retient un grand
externes précités. Gordon et Griliches (1997, p. 87) font nombre de détails qui définissent chaque prix. Les prix
des observations semblables : des produits sont recalculés chaque mois. Les spécifica-
En outre, il n’est pas évident que des phénomènes tels tions propres à chaque produit figurent chaque mois
qu’un hiver plus rigoureux, l’apparition du SIDA ou une dans le formulaire de révision pour contribuer à faire en
hausse de la criminalité doivent entrer dans la définition sorte que les calculs de prix portent sur des produits
d’un indice des prix. Une variation des dépenses occa- identiques. Merkel (2000) propose que l’on utilise des
sionnée par un changement non anticipé des conditions
météorologiques ne devrait entraîner une augmentation
listes détaillées des caractéristiques des produits, faisant
de l’indice des prix que lorsque les prix énergétiques valoir que si les spécifications ne sont pas clairement
augmentent et non leur consommation. Si le phénomène énoncées, elles risquent d’induire en erreur. Il faut sa-
considéré persiste, il finira par influer sur les pondéra- voir que les enquêteurs chargés de relever les prix sont
tions des produits de l’indice, mais il s’agit là d’une peu portés à signaler les changements de spécifications
toute autre question. (Les italiques ont été ajoutées). puisque toute modification entraîne un surcroît de tra-
7.32 On aurait sans doute tort de faire abstraction vail. Il faut également veiller à ce que les spécifications
des facteurs environnementaux s’ils ont un impact sen- utilisées contiennent toutes les données pertinentes in-
sible sur un groupe particulier. Dans ces cas, l’indexa- fluant sur le prix, faute de quoi un changement de qua-
tion visant à tenir compte de facteurs spéciaux s’effec- lité risque de passer inaperçu dans le processus de cal-
tue en marge de l’indice. Par exemple, l’État peut cul du prix.
accorder une subvention de chauffage aux retraités si la 7.35 Lorsque, pour des raisons qui n’ont rien à voir
température passe sous un certain seuil. Si un facteur avec le cours des saisons ou son cycle de vie, un produit
particulier a un effet sensible sur un groupe important vient à manquer, il arrive que le produit remplaçant soit
de ménages, on peut établir un indice supplémentaire te- de qualité différente et qu’on ne puisse plus comparer
nant compte de cet effet. des produits homogènes. Diverses méthodes peuvent
être utilisées dans une telle situation, et elles sont abon-
damment documentées pour ce qui est de l’indice des
Aperçu des méthodes d’ajustement prix à la consommation (IPC); elles sont énoncées dans
de la qualité utilisées en l’absence Turvey et al. (1989), Moulton et Moses (1997), Armk-
de produits appariés necht et al. (1997), Moulton et al. (1999) et Triplett
(2002). Bien que la terminologie diffère d’un auteur à
7.33 Il ressort de ce qui précède que les ajustements un autre et d’un office de statistique à un autre, il s’agit
de prix aux différences de qualité ne se réduisent pas à des méthodes suivantes :
l’application systématique des mêmes méthodes au prix
• imputation (dissemblable corrigé) : cette méthode est
d’un groupe de produits donné. Diverses méthodes sont
utilisée lorsqu’on ne dispose d’aucune information per-
proposées ci-dessous. Certaines d’entre elles sont mieux
mettant d’estimer l’effet d’un changement de la qualité
adaptées à certaines catégories de produits. Pour effec-
sur le prix. La variation de prix du produit manquant
tuer des ajustements de qualité satisfaisants, il faut bien
est estimée avec les variations de prix de tous les pro-
comprendre le fonctionnement du marché de la consom-
duits identiques ou plus ou moins semblables;
mation, connaître les caractéristiques technologiques
des activités de production et avoir accès à diverses • recouvrement : cette méthode est utilisée lorsqu’on ne
sources de données. Il faut aussi accorder une attention dispose d’aucune information permettant d’estimer
particulière aux catégories de produits dont les pondéra- l’effet d’un changement de la qualité sur le prix, mais
tions sont relativement élevées et où les substitutions de qu’un produit remplaçant existe à la même période
produit sont fréquentes. Certaines des méthodes sont re- que l’ancien produit. La différence de qualité est sup-
lativement complexes et exigent des connaissances ap- posée égale à l’écart de prix entre l’ancien produit et
profondies. Pour obtenir des ajustements de qualité, on son remplaçant durant la période du recouvrement;
doit procéder de manière graduelle et produit par pro- • comparaison directe (remplacement en équivalence) :
duit. Ces mises en gardent ne doivent cependant pas ser- si un autre produit est directement comparable, c’est-
vir d’excuse pour ne pas avoir à estimer les ajustements à-dire que l’on est en droit de présumer qu’il possède

123
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

plus ou moins les mêmes caractéristiques que le pro- aux imputations utilisées pour les valeurs manquantes).
duit manquant, son prix remplace alors celui de ce Environ la moitié de ces substitutions a été effectuée à
dernier. On suppose que tout écart de prix entre le l’aide de produits remplaçants équivalents, moins d’un
nouveau et l’ancien produit provient, non pas de dif- quart avec une méthode d’imputation par la moyenne
férences de qualité, mais de variations de prix; globale, environ 12 % avec un ajustement direct de la
• ajustement explicite de la qualité : lorsque la qualité qualité et 10 % avec une imputation par la moyenne des
du produit remplaçant est sensiblement différente de remplacements à qualité constante. Il convient de signa-
celle de l’ancien produit, on estime l’effet des varia- ler que ces chiffres font abstraction des ajustements im-
tions de qualité sur les prix pour permettre des com- plicites de la qualité qui se produisent lorsque le Bureau
paraisons des prix corrigés des variations de qualité. of Labor Statistics renouvelle son échantillon entre
changements de base. La méthode du recouvrement est
7.36 Avant de décrire et d’évaluer ces méthodes, il
appliquée lors du renouvellement de l’échantillon; les
convient d’évoquer l’ampleur du problème. Celui-ci
échantillons de points de vente et de produits sont resé-
surgit lorsqu’un produit n’est pas disponible. Le pro-
lectionnés sur environ un cinquième des zones géogra-
blème n’existe pas uniquement lorsque des produits
phiques, et les prix des produits anciens et nouveaux
comparables ne sont pas disponibles puisque tout juge-
sont échantillonnés au cours du même mois. Tous les
ment sur ce qui est et n’est pas comparable exige que
écarts de prix entre les produits anciens et les produits
l’on estime les écarts de qualité. Un système de méta-in-
nouveaux sont traités comme des écarts de qualité à me-
formations (présenté au chapitre 8) permet notamment
sure que le nouvel échantillon est raccordé à l’ancien.
de recenser et de surveiller les secteurs où tendent à se
7.38 Les méthodes d’ajustement au titre des change-
produire des remplacements et de vérifier si les produits
ments de qualité relèvent généralement de deux catégo-
remplaçants utilisés sont réellement comparables. Des
ries : les méthodes d’ajustement implicite/imputé (ou in-
études majeures menées aux États-Unis et au Canada
direct) — en l’occurrence, les appellations varient
permettent de mieux saisir l’ampleur de ces remplace-
considérablement — et les méthodes d’ajustement expli-
ments. Moulton et al. (1999) ont analysé la non-dispo-
cite (ou direct). On trouvera ci-dessous une analyse des
nibilité d’articles liés aux télévisions pour le calcul de
méthodes implicites et explicites. Dans les deux cas,
l’IPC aux États-Unis. Entre 1993 et 1997, 10.553 prix
l’écart de prix entre l’ancien produit et le produit rempla-
concernant des téléviseurs ont été utilisés, dont 1.614
çant se décompose en variation attribuable à la qualité et
(15 %) étaient des produits remplaçants. De ces
en variation pure de prix. Toutefois, dans le cas des ajus-
1.614 produits, 934 (57 %) ont été jugés directement
tements explicites, on effectue une estimation explicite de
comparables. Autrement dit, une télévision restait géné-
la différence de qualité, en s’appuyant généralement sur
ralement moins d’un an dans l’échantillon. L’expérience
des informations extérieures, et la variation résiduelle est
canadienne sur les téléviseurs au cours d’une période
la variation pure de prix. Dans le cas des ajustements im-
quasi-identique (de 1993 à novembre 1997) a permis
plicites, pour comparer l’ancien produit et le produit rem-
d’établir que 750 des 10.050 prix (7,5 %) étaient des
plaçant, on utilise un procédé de calcul où l’ampleur du
prix de produits remplaçants. De ces derniers, 178
changement de qualité et celle de la variation de prix pro-
(24 %) étaient directement comparables, 162 (22 %) de-
prement dite sont déterminées implicitement à partir des
vaient faire l’objet d’un jugement et 410 (55 %) étaient
hypothèses inhérentes au procédé. L’exactitude de la mé-
«raccordés» — la différence de prix entre le produit
thode repose moins sur la qualité de l’estimation explicite
remplaçant et le modèle non disponible aux deux pé-
que sur la validité des hypothèses. Les ajustements expli-
riodes étant attribuée à des différences de qualité (Lowe,
cites font intervenir des estimations distinctes de la part
1999). La fréquence des remplacements totaux variait
des prix attribuée aux écarts de qualité, de sorte que le
donc beaucoup, bien que la fréquence de remplace-
prix du produit initial puisse se comparer à celui d’un
ments non comparables ait été à peu près similaire
produit remplaçant de qualité identique. La pertinence
(6,4 % dans le cas de l’échantillon américain et 5,7 %
des méthodes explicites est donc pour une bonne part tri-
dans celui de l’échantillon canadien). Liegey (2000) a
butaire de la qualité moyenne de ces estimations. Les
constaté qu’avec 215 prix mensuels moyens
ajustements implicites font intervenir des hypothèses sur
(d’août 1999 à avril 2000) obtenus dans le cas des gros
les fluctuations de prix qui, en dernière analyse, se fon-
appareils d’électroménager pour l’IPC des États-Unis,
dent sur l’intuition ou la théorie. Toutefois, dans certains
les prix manquants ont nécessité 22 remplacements de
cas, il arrive que les offices nationaux de la statistique uti-
produit dont 16 par un produit comparable et 6 par un
lisent des données empiriques plus précises sur le fonc-
produit non comparable.
tionnement du marché.
7.37 Des informations sur un éventail plus large de
produits sont disponibles dans le cas des États-Unis.
Armknecht (1996) a constaté qu’en 1993, 1994 et 1995, Ajustement additif et ajustement
l’établissement de l’IPC a exigé en moyenne chaque multiplicatif
année 835.443 observations de prix dont 59.385 (7,1 %) 7.39 Les ajustements de prix aux changements de
provenaient de produits de substitution (par opposition qualité peuvent être effectués en ajoutant un montant

124
AJUSTEMENT AUX CHANGEMENTS DE QUALITÉ

fixe au prix ou en multipliant le prix par un ratio. Par Comparaisons à court terme
exemple, si m est l’ancien produit et n son produit rem- et à long terme
plaçant pour une comparaison aux périodes t, t+1, t+2,
7.42 Une bonne part de l’analyse des ajustements de
l’utilisation de la méthode du recouvrement à la période
la qualité décrite dans le présent manuel a été effectuée en
t+1 exige que l’on utilise le ratio comme indice de
comparant les prix de deux périodes; par exemple les prix
l’écart de qualité entre l’ancien produit et son produit
à la période 0 et ceux à une période postérieure 1. Dans le
remplaçant. Ce ratio peut alors être multiplié par le prix
cas des comparaisons à long terme, on prend une période
de l’ancien produit à la période t, pour obtenir les prix
de référence, par exemple la période t, et l’indice est éta-
corrigés des changements de qualité comme suit :
bli en comparant les prix à la période t à ceux à la période
t+1; puis les prix à la période t à ceux à la période t+2;
puis les prix à la période t à ceux à la période t+3, etc. Le
t t+1 t+2
cadre à court terme peut servir à articuler les comparai-
sons à long terme entre, disons, les périodes t et t+3, sous
Ancien produit m pmt+ 1 la forme d’une succession de chaînons reliés entre eux
Produit remplaçant n *t
pm pnt + 1 pnt + 2 par une multiplication, par exemple la période t avec la
période t+2, et la période t+2 avec la période t+3; ou en
enchaînant la période t avec la période t+1, la période t+1
avec la période t+2 et la période t+2 avec la période t+3.
7.40 Il est généralement recommandé de retenir
Les avantages du cadre à court terme pour les imputa-
cette formule multiplicative car elle peut être utilisée
tions sont analysés aux paragraphes 7.165 à 7.173.
indépendamment de la valeur absolue du prix. Il se
7.43 Après avoir analysé les méthodes d’ajustement
pourrait autrement que la valeur absolue du change-
implicite et explicite de la qualité, il convient d’étudier les
ment de spécification excède la valeur du produit à une
questions qui entrent en ligne de compte dans le choix
période antérieure ou (du fait des progrès technolo-
d’une méthode. Les méthodes d’ajustement implicite et
giques) à un période postérieure. Cela dit, il peut y
explicite sont présentées dans un cadre Laspeyres clas-
avoir des produits dont la valeur des parties constituan-
sique à long terme où les prix d’une période de référence
tes ne semble pas être proportionnelle au prix. Autre-
(ou de base) sont comparés à ceux de chaque période pos-
ment dit, les parties constituantes ont leur propre valeur
térieure. Toutefois, lorsque la technologie des produits
intrinsèque, absolue, et additive qui demeure constante
évolue rapidement ces méthodes risquent de ne pas être
dans le temps. Par exemple, les entreprises qui vendent
appropriées. L’appariement de produits semblables et le
leur produit par Internet peuvent inclure des frais d’af-
calcul de nouveaux prix, et «l’insertion» de prix rempla-
franchissement qui, dans certains cas, peuvent être
çants corrigés des changements de qualité lorsque l’appa-
identiques quel que soit le prix du produit. Si les frais
riement échoue sont des méthodes appropriées lorsque les
d’affranchissement sont par la suite exclus du prix, la
échecs sont l’exception. Toutefois, dans les marchés de
diminution de qualité devrait être considérée comme un
produits technologiquement avancés, caractérisés par une
montant fixe.
succession rapide de modèles, les échecs sont générale-
ment la règle. D’autres méthodes fondées sur des cadres
Ajustement de la période de référence hédoniques ou chaînés sont alors également envisagées. Il
et ajustement de la période en cours s’agit là de méthodes radicales visant à répondre aux exi-
7.41 Pour ajuster les prix en fonction des change- gences d’un portefeuille de produits qui évoluent rapide-
ments de qualité, on peut ajuster soit les prix de la pé- ment. Enfin, le recours à des comparaisons à court terme
riode de référence, soit ceux de la période en cours. Par comme solution de rechange à des comparaisons à long
exemple, dans la méthode du recouvrement décrite ci- terme est considérée comme une approche intermédiaire
dessus, le coefficient d’ajustement implicite de la qua- — d’ailleurs plus appropriée dans le cas des imputations.
lité a servi à ajuster pmt. Il est une autre procédure qui Le chapitre 22 traite de manière plus approfondie de ques-
consiste à multiplier le ratio pmt + 1 / pnt + 1 par le prix du tions liées aux produits saisonniers.
produit remplaçant pnt + 2 pour obtenir le prix ajusté au
changement de qualité pn*t + 2, etc. La première méthode Méthodes implicites d’ajustement
est plus facile car, une fois le prix de la période de réfé-
rence ajusté, aucun autre ajustement n’est requis. On
de la qualité
peut en effet comparer le prix de chaque nouveau pro- 7.44 La présente section traite des méthodes impli-
duit de remplacement au prix ajusté de la période de ré- cites suivantes d’ajustement de la qu alité : le recouvre-
férence. Dans le cas des ajustements multiplicatifs, le ment, l’imputation par la moyenne globale ou par la
résultat final est le même quelle que soit la méthode uti- moyenne ciblée, l’imputation par la moyenne des
lisée. Dans le cas des ajustements additifs, les résultats remplacements à qualité constante, le remplacement par
diffèrent et il est préférable d’effectuer les ajustements équivalence, le chaînage pour mettre en évidence l’ab-
de prix à proximité de la période du recouvrement. sence de variation de prix et le report ou reconduction.

125
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

Le recouvrement Tableau 7.1 Illustrations des méthodes implicites


d’ajustement de la qualité
7.45 À titre d’illustration, envisageons les cas où les
produits sont échantillonnés, disons en janvier, et où les (a) Illustration générale
prix sont comparés à ceux des autres mois de l’année. Point de vente Produit Janv. Févr. Mars Avr.
On effectue des comparaisons appariées des prix de jan- Chaines de magasins
vier et des prix correspondants aux mois qui suivent. On spécialisés 1 p11 p12 p13 p14
suppose qu’il existe cinq produits en janvier et qu’ils 2 p21 p22
3 p33 p34
sont vendus dans deux points de vente aux prix p11, p 21, 4 p42 p43 p44
p 51, p 61 et p 81 (tableau 7.1 (a)). À ce niveau d’agrégation,
nous pouvons faire abstraction des pondérations à sup- Grands magasins 5 p51 p52 p53 p54
poser que chaque produit ne fait l’objet que d’un seul re- 6 p61 p62
7 p73 p74
levé. L’élaboration d’un indice de prix de février par rap- 8 p81 p82 p83 p84
port à janvier (où janvier = 100) est relativement simple
puisque seuls les prix des produits 1, 2, 5, 6 et 8 sont uti- (b) Illustration numérique
Point de vente Produit Janv. Févr. Mars
lisés et comparés à partir de la moyenne géométrique des
ratios de prix : indice des prix de Jevons (qui est équiva- Chaînes de magasins 1 4 5 6
lent au ratio de la moyenne géométrique de février à la spécialisés 2 5 6
moyenne géométrique de janvier — voir chapitre 20). En 2. recouvrement 6,9
– imputation 6,56
mars, les prix des produits 2 et 6 sont manquants. Un de – imputation ciblée 7,2
ces produits provient d’une chaîne de magasins spéciali- – remplacement équivalent 6,5
sés et l’autre de grands magasins. 3 6,5
4 7,5 8
7.46 Le tableau 7.1 (b) est une contrepartie numé-
rique du tableau 7.1 (a) qui sert à mieux illustrer les cal- Grands magasins 5 10 11 12
culs. Pour employer la méthode du recouvrement il faut 6 12 12
que les prix des produits anciens et des produits rempla- – imputation 13,13
– imputation ciblée 12,533
çants soient disponibles au cours de la même période. 7 14
Au tableau 7.1 (a), aucun prix n’est indiqué en mars 8 10 10 10
pour le produit 2. Supposons que le produit de rempla-
cement soit le produit 4. La méthode du recouvrement
mesure simplement le rapport, au cours de la période du
recouvrement (février), du prix de l’ancien produit avec bleaux 7.1 (a) et 7.1 (b), la comparaison portant sur les
celui du produit de remplacement (les produits 2 et 4, chaînes de magasins spécialisés porterait sur les prix de
respectivement). Ce ratio est considéré comme un indi- janvier et de février des produits 1 et 2, et le résultat se-
cateur de leur écart de qualité. Les deux méthodes dé- rait multiplié par le résultat de la comparaison des prix
crites ci-dessus sont applicables : ajouter un prix corrigé des produits 1 et 4 en février et en mars. Implicitement,
du changement de la qualité pour le produit 4 en janvier on continue d’utiliser les écarts de prix de la période du
et de continuer à utiliser la série du produit remplaçant 4 recouvrement de février entre les produits 2 et 4 comme
ou bien prolonger la série du produit 2 en y insérant les indice de ce+t écart de qualité. Le résultat obtenu est
prix du produit 4 corrigés des changements de qualité. identique à celui obtenu auparavant :
Les deux méthodes produisent le même résultat. Exami-
1 1
nons en effet la première méthode. Pour une moyenne ⎡5 6 ⎤ 2 ⎡ 6 8 ⎤ 2
géométrique de Jevons de la période janvier–mars s’ap- ⎢ 4 × 5 ⎥ × ⎢ 5 × 7 .5 ⎥ =
= 11,386
.386
pliquant uniquement aux chaînes de magasins spéciali- ⎣ ⎦ ⎣ ⎦
sés, en postulant des pondérations égales à un :
Si l’on souhaite par exemple enregistrer les variations
[ ( )
P J ( p 1 , p 3 ) = p 13 / p11 × p 43 / p 42 / p 22 × p 21 ]1/2
12
de prix entre janvier et octobre, la formule consistant à
prendre d’abord les variations de janvier à septembre
= [6 / 4 × 8 /((7.5 / 6) × 5)] = = 1,386 puis de septembre à octobre a cela d’avantageux qu’elle
1/ 2
(7.1)
permet au statisticien de comparer immédiatement les
variations mensuelles aux fins d’ajustement des don-
nées. Elle offre d’ailleurs d’autres avantages concrets au
Il convient de noter que les comparaisons sont des com- regard des imputations (voir les paragraphes 7.53 à 7.68
paraisons à long terme, c’est-à-dire qu’elles portent sur ci-dessous) pour lesquelles les résultats obtenus dif-
les prix de janvier et ceux du mois en question. Le cadre fèrent selon que l’on utilise la méthode à long terme ou
à court terme modifié de Laspeyres offre une base pour la méthode à court terme. Les formules à court terme et
les variations à court terme à partir des données du mois à long terme sont analysées de manière plus approfon-
en cours et de celles du mois précédent. Aux ta- die aux paragraphes 7.159 à 7.173.

126
AJUSTEMENT AUX CHANGEMENTS DE QUALITÉ

7.47 La validité de la méthode est entièrement tri- entre les prix de périodes successives futures, disons entre
butaire de celle des hypothèses sous-jacentes. Suppo- ceux à la période t+3 et ceux à la période t+4, demeurent
sons que i = 1…m produits où pmt est le prix du produit inchangées, ce qui est normal puisque cela revient à com-
t+1
m à la période t, que pn est le prix d’un produit rem- parer le produit n avec lui-même :
plaçant n à la période t+1 et qu’il y ait recouvrement des
prix des deux produits à la période t. Supposons en pm
*t + 4
pm
*t + 3
α R t pn p
t +4 t +4
outre que le produit n remplace le produit m, mais dif- / = = nt+3 (7.5)
t −1 t −1 t +3
fère en qualité. Admettons alors que A(z) soit l’ajuste- pm pm α R pn
t
pn
t+1
ment de pn au changement de qualité qui permette de
mettre celle-ci au niveau de pmt + 1, de sorte que l’on ait le Toutefois, si les écarts entre les prix relatifs des produits
t+1
prix ajusté au changement de qualité pm* t + 1 = A(z )pnt + 1. ancien et remplaçant varient au fil du temps, alors :
L’indice dans le cas du produit en question au cours de
la période t–1 à t+1 est alors : *t + 4 *t + 3 t +4
pm p α p
/ m = 4 n (7.6)
t −1
(
t +1
I t −1,t+1 = pm / pm × pn / p n = I
t t
)(
t − 1, t+ 1
) p tm−1 p tm−1 α 3 p tn+3

t +1 t
pn p Il convient de signaler que, dans ce cas, l’écart de qua-
= t −1
× mt (7.2)
pm pn lité n’est pas lié aux spécifications techniques ou aux
coûts de production mais aux prix relatifs acquittés par
les consommateurs.
7.48 L’ajustement des prix aux changements de 7.50 Les prix relatifs peuvent aussi résulter d’une ta-
qualité à la période t+1 est défini de la même façon que rification particulière visant des segments minoritaires du
précédemment : pm* t + 1 = A(z t + 1)pnt + 1, ce qui correspond marché. Dans l’exemple des produits pharmaceutiques
à l’ajustement de pn à la période t+1 qui fait que son uti- (Berndt et al., 2003), le recouvrement du prix d’un pro-
lité équivaut à celle de pm à la période t+1 (s’il avait duit générique et d’un produit de marque était censé té-
existé). L’expression suivante représente donc une me- moigner des besoins de deux segments différents du mar-
sure souhaitable de la variation de prix entre les pé- ché. On peut utiliser la méthode du recouvrement, mais il
riodes t–1 et t+1 : faut choisir judicieusement la période de recouvrement.
Autant que faire se peut, il faudrait retenir une période
antérieure à l’utilisation du produit remplaçant car, à ce
(p *t +1
m / pmt−1 ) (7.3) moment-là, la stratégie de prix vise à écouler rapidement
le vieux modèle pour laisser la place au nouveau.
7.51 La méthode du recouvrement est utilisée im-
La formulation du recouvrement lui est égale lorsque : plicitement lorsqu’on procède à un roulement dans les
échantillons; autrement dit, l’ancien échantillon est uti-
*t +1 t +1
pnt+1 pmt lisé pour calculer la variation de l’indice des prix de la
p
ptm−1
( )pp
= A z t +1i n
t− 1
=
pnt
× t −1
pm
catégorie entre t–1 et t, et le nouvel échantillon est uti-
m lisé entre t et t+1. Le «raccordement» de ces fluctua-
tions d’indice s’appuie sur l’hypothèse selon laquelle
t
( )
A z t +1 =
pm
et ainsi de suite pour les futures pé-
— au niveau du groupe plutôt que de celui du produit —
les écarts de prix à un moment donné traduisent fidèle-
p tn riodes de la série
ment les écarts de qualité.
t 7.52 La méthode du recouvrement s’appuie sur le
( )
*t + i
pm pm
A z t +1 = pour pour i = 2,...T (7.4) principe selon lequel lorsque l’on relève un écart de prix,
p tn p tm−1 celui-ci est nécessairement attribuable à une différence
de qualité physique ou à un attribut pour lequel les con-
L’hypothèse est que l’écart de qualité à toutes les pé- sommateurs sont disposés à payer plus (achat à un mo-
riodes correspond à l’écart de prix au moment du recou- ment ou à un endroit particulier, conditions de l’achat,
vrement. Le moment du passage de m à n revêt donc une commodité, etc.). Selon la théorie économique, ces
importance cruciale. Hélas, les enquêteurs chargés de re- écarts de prix ne devraient pas persister car les marchés
lever les prix préfèrent généralement conserver leurs pro- mettent en rapport des producteurs et des consomma-
duits et n’en changer, par exemple, qu’à la fin de durée de teurs rationnels. Toutefois, le chapitre 16 du SCN 1993
vie de l’ancien produit ou au début de celle du nouveau. mentionne trois raisons qui pourraient infirmer cela :
7.49 Mais qu’en est-il si l’hypothèse ne peut être En premier lieu, les acheteurs ne sont pas toujours né-
maintenue? Qu’arrive-t-il si les prix relatifs à la période t, cessairement bien informés au sujet des différences de
R t = pmt/pnt , ne sont pas égaux à A(z) à une période future, prix existantes et peuvent par conséquent payer, par
par exemple A(z t + i ) = α i R t? Si α i = α, les comparaisons inadvertance, des prix plus élevés. On peut naturelle-

127
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

ment s’attendre qu’ils recherchent les produits ou les illustrées ci-dessous (mais il y a lieu de consulter le cha-
services les moins chers, mais cette recherche comporte pitre 20 concernant le choix des formules). La moyenne
un certain coût (…). géométrique des ratios de prix — l’indice Jevons — se
En deuxième lieu, les clients ne sont pas toujours calcule comme suit :
libres de choisir le prix auquel ils vont acheter parce que
le vendeur peut se trouver en mesure de demander des
[ ]
N
PJ ( p2 , p 3 ) = ∏ pi3 / pi2
1/ N
prix différents selon la catégorie d’acheteurs, pour des (7.7)
biens ou des services identiques vendus exactement dans i=1
les mêmes circonstances, en d’autres termes, de prati-
quer une discrimination de par les prix (…).
En troisième lieu, les acheteurs ne peuvent pas tou-
[(
= p /p
13 12
)× (p 53
/p
52
)× (p 83
/p
82 1
)] 1/3
jours acheter autant qu’ils souhaiteraient le faire à un
prix plus bas parce que l’offre à ce prix est insuffisante. = [(6 / 5)× (12 /11 )× (10 / 10 )]
1/ 3

Cette situation se présente typiquement quand existent


deux marchés parallèles. Il peut y avoir un premier mar- = 1,0939, soit une hausse de 9,39 %.
ché ou marché officiel, sur lequel les quantités vendues
et les prix auxquels elles le sont font l’objet d’un con- Le ratio des prix moyens — l’indice de Dutot — se cal-
trôle officiel ou d’un contrôle des pouvoirs publics, et un cule comme suit :
deuxième marché, libre ou non officiel, dont l’existence
est parfois, mais pas toujours, reconnue officiellement. N N
PD ( p 2 , p 3 ) = (∑ pi3 /N ) / ∑ pi2 /N ) (7.8)
i= 1 i= 1
Imputation par la moyenne globale
ou par la moyenne ciblée [(
= p +p +p
13 53 83
)/ 3 ÷ (p 12
+p + p
52 82
)/ 3]
7.53 Cette méthode utilise les variations de prix
d’autres produits pour estimer les variations de prix des = (6+12+10)/(5+11+10)
produits manquants. Envisageons un indice élémentaire
de prix Jevons, soit une moyenne géométrique de prix = 1,0769, soit une hausse de 7,69 %.
relatifs (chapitre 20). Le prix des produits manquants de La moyenne des ratios de prix — l’indice des prix de
la période en cours, disons t+1, sont imputés en multi- Carli — se calcule comme suit :
pliant leurs prix à la période précédente t par la
N
moyenne géométrique des prix relatifs des produits ap- PC ( p 3 , p 32 ) = ∑ ( p3i /p i2 ) / N
2 (7.9)
pariés restants entre ces deux périodes. La comparaison i =1
est ensuite reliée par une multiplication aux variations
de prix des périodes antérieures. De toutes les mé- = [(6/5+12/11+10/10)]/3
thodes, c’est celle dont les calculs sont les plus simples = 1,09697, soit une hausse de 9,697 %.
puisque l’estimation peut être effectuée en faisant sim-
plement abstraction des produits manquants. En pra- En pratique, le chiffre imputé serait inscrit sur la fiche
tique, la série est prolongée en incluant les prix imputés technique. Au tableau 7.1(b), les imputations de la
dans la base de données. Elle repose sur l’hypothèse que moyenne globale en mars des produits 2 et 6 fondées sur
les évolutions de prix sont similaires. Il est une variante l’indice de Jevons sont 1,0939 × 6 = 6,563 et 1,0939 × 12
plus ciblée de cette méthode qui utilise des variations = 13,127, respectivement : ces données apparaissent en
semblables de prix d’une cellule ou d’un agrégat élé- caractères gras. Il convient de noter que, dans ce cas-ci,
mentaire de produits semblables. Elle peut aussi se fon- l’indice de Dutot est inférieur à l’indice de Jevons, ce
der sur des variations de prix à un niveau d’agrégation qui est inattendu compte tenu des relations établies au
plus élevé si le niveau inférieur n’offre pas un échan- chapitre 20. Dans ce dernier chapitre, la relation pré-
tillon de taille insuffisante ou si les variations de prix au sume que la variance des prix s’accroît au fil des ans,
niveau plus élevé sont considérées plus représentatives alors qu’au tableau 7.1(b) elle diminue dans le cas des
des variations de prix du produit manquant. trois produits. La moyenne arithmétique des variations
7.54 Dans l’exemple du tableau 7.1, la comparaison (l’indice de Carli) pondère de la même manière chaque
entre janvier et février concernant les deux catégories de variation de prix tandis que le ratio des moyennes arith-
points de vente est fondée sur les produits 1, 2, 5, 6 et 8. métiques, l’indice de Dutot, pondère les variations de
Dans le cas de la comparaison entre mars et janvier — prix en fonction des prix du produit à la période de réfé-
les pondérations étant toutes égales à un — les prix des rence par rapport à la somme des prix de la période de
produits 2 et 6 sont imputés en utilisant la variation des référence. Le prix du produit 1 étant relativement peu
prix à court terme de février (p2) par rapport à mars (p3) élevé (4) à la période de référence, la pondération l’est
à partir des produits 1, 5 et 8. Comme diverses formules aussi, mais ce produit enregistre la plus forte augmenta-
sont utilisées pour les agrégations élémentaires, les mé- tion de prix (6/5). L’indice de Dutot est donc inférieur à
thodes de calcul des trois principales formules sont l’indice des prix de Carli.

128
AJUSTEMENT AUX CHANGEMENTS DE QUALITÉ

7.55 Comme mentionné ci-dessus, il est possible tions de prix des chaînes de magasins spécialisés et des
d’affiner la méthode d’imputation en «ciblant» l’impu- grands magasins pour les produits 2 et 6, respective-
tation, c’est-à-dire en incluant la pondération des pro- ment, et où les indices seraient calculés en conséquence.
duits non disponibles par groupes susceptibles de subir À partir d’un indice de Jevons, la valeur imputée du pro-
des variations similaires de prix, disons par catégorie de duit 2 en mars est 6/5 × 6 = 7,2 et celle du produit 6 est
points de vente, par catégorie de produits ou par région [(12/11) × (10/10)]1/2 = 12,533. Il semble donc que non
géographique. Tout système de stratification utilisé pour seulement le choix de la formule soit important, comme
la sélection des points de vente faciliterait ce processus. l’indique le chapitre 20, mais que le ciblage de l’impu-
Par exemple, au tableau 7.1, supposons que les varia- tation le soit également. Dans la pratique, il arrive que
tions de prix du produit manquant 2 en mars aient plus l’échantillon des produits d’un sous-groupe ciblé soit
de chances de suivre les variations de prix du produit 1 trop petit. Il convient de disposer d’une strate appro-
dans les chaînes de magasins spécialisés, et que le pro- priée avec un échantillon suffisamment grand. L’on peut
duit 6 soit plus susceptible de subir des variations de toutefois être amené à faire un choix entre les gains
prix similaires à celles des produits 5 et 8 dans les d’efficacité que procure un échantillon plus large et la
grands magasins. Si on compare les prix de mars à ceux représentativité des variations de prix. La stratification
de février en présumant que toutes les pondérations sont par catégorie de produits et par région est parfois préfé-
égales à un, la moyenne géométrique des ratios de prix rable à une stratification uniquement par catégorie de
— l’indice de Jevons — se calcule comme suit : produits si on prévoit des écarts de prix d’une région à
une autre, mais la taille de l’échantillon qui en résulte
risque d’être trop petite. En général, la strate utilisée
N (7.10)
pour la cible doit reposer sur les connaissances que
PJ ( p 2 , p 3 ) –( p 3
pi2 )1 N
i 1
i
l’analyste a du marché, sur une maîtrise des similitudes
de variations de prix entre strates et à l’intérieur d’une
[( p13 p12 ) 2 u ( p 53 p 52 u p83 p82 )3 2 ]1 5
même strate et sur la fiabilité de l’échantillon pour être
[(6 5) 2 u (12 11u10 10)3 2 ]1 5 1,1041 représentative des variations de prix.
7.57 Les hypothèses sous-jacentes à ces méthodes
doivent être analysées puisque, comme l’indique Tri-
Il convient de noter les pondérations utilisées : dans le plett (1999 et 2002), il arrive fréquemment qu’elles
cas des chaînes de magasins spécialisés, le prix soient mal comprises. Supposons i = 1 …m produits où,
t
unique représente deux prix tandis que, dans le cas comme auparavant, pm est le prix du produit m à la pé-
t+1
des grands magasins, les deux prix représentent trois riode t et pn est le prix d’un produit remplaçant n à la
prix, soit 3/2 = 1,5 chacun. période t + 1. Bien que de qualité différente, n remplace
Le ratio des prix moyens — l’indice de Dutot — se cal- maintenant m. Comme auparavant, posons donc que
cule comme suit : A(z) soit l’estimation du changement de qualité de pnt + 1
qui fasse que son utilité soit égale à pmt + 1, de sorte que
§ N 3 · § N 2 · l’on ait le prix ajusté au changement de qualité pm* t + 1 =
PD ( p 2 , p 3 ) (7.11)
¨ ¦ pi N ¸ ¨ ¦ pi N ¸ A(z)pnt + 1. Pour que la méthode de l’imputation fonc-
©i1 ¹ ©i1 ¹ tionne de manière satisfaisante, il faut que la variation
[(2 p13  1,5 p 53  1,5 p83 ) 5] moyenne de prix des produits i=1….m, y compris le
y [(2 p12  1,5 p 52  1,5 p82 ) 5] prix ajusté au changement de qualité pm* t + 1, figurant du
côté gauche de l’équation (7.13), soit égale à la varia-
[(2 u 6  1,5 u 12  1,5 u10)]
tion moyenne de prix obtenue en utilisant uniquement la
y [(2 u 5  1,5 u 11  1,5 u 10)] 1, 0843 moyenne globale du reste des produits i=1….m–1 du
côté droit de l’équation (7.13). L’écart ou le biais de la
La moyenne des ratios de prix — l’indice des prix de
méthode est le terme d’équilibrage Q. C’est l’ajuste-
Carli — se calcule comme suit :
ment implicite qui permet à la méthode de fonctionner.
N
On trouvera ici la formulation arithmétique, mais il est
PC ( p 2 , p 3 ) = ∑ ( p3i /p i2 ) / N (7.12) possible d’établir rapidement une formulation géomé-
i =1 trique. L’équation pour un seul produit non dispo-
=
5
(
2 13 12 3
p /p +
5
) [(
p 53 / p 52 + p 83 / p 82 / 2 ) ] nible peut être formulée comme suit :

1 ⎡ pm ⎤ ⎡ 1 m−1 pit +1 ⎤
*t +1 t +1
2 3 m− 1 p
= (6 / 5)+ [(12 / 11 + 10 / 10 )/ 2 ]= 11,1073
.1073 ⎢ t + i∑=1 t ⎥ = ⎢
i
∑ ⎥ +Q
(7.13)
5 5 m ⎣ pm p i ⎦ ⎣ (m − 1) i =1 p ti ⎦

7.56 Il y a une autre méthode, plus simple, où l’on 1 pm


*t +1
1 m− 1 p i
t +1
inscrirait au tableau 7.1(b) les prix imputés des pro- Q= − ∑
(7.14)
duits 2 et 6 en mars, en utilisant uniquement les fluctua- m pm t
m (m − 1) i =1 pit

129
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

et pour x produits non disponibles : dire de la question de savoir si A(z) > 1 ou si A(z) < 1.
Si A(z) > 1, soit une amélioration de la qualité, il est en-
1 m pm* t 1 x m x p t  1
(7.15) core possible que r2 < r1 et que le biais soit négatif, as-
Q ¦  ¦ i pect qu’a mis en relief Triplett (2002).
m i m  x  1 pm
t
m(m  x ) i 1 pit 7.59 La présente analyse fait intervenir des varia-
tions de prix à court terme. Les variations à court terme
7.58 Les relations sont aisément visualisées dès lors entre les prix d’une période et ceux de la période précé-
que r1 est défini comme la moyenne arithmétique des dente servent à l’imputation, ce qui n’est pas le cas pour
variations de prix des produits qui continuent à être en- une imputation à long terme où le prix d’une période de
registrés et r2 comme celle des variations de prix corri- référence est comparé aux prix des mois postérieurs et
gés des changements de qualité de produits non dispo- où les hypothèses implicites sont plus restrictives.
nibles. Pour ce qui est du cas arithmétique, 7.60 On trouvera au tableau 7.2 une illustration où la
variation (moyenne) des prix des produits qui continuent
ª m  x t 1 t º d’exister, r1, peut fluctuer pour des valeurs comprises
où r1 « ¦ pi pi » y (m  x) ety entre 1,00 et 1,5 — donc entre une variation de prix nulle
¬i 1 ¼ et une augmentation de 50 %. On suppose que la varia-
ª m
º (7.16) tion (moyenne) des prix des nouveaux produits dont la
r2 « ¦ pi*t 1 pit » y x qualité a été ajustée par rapport à ceux des produits
¬i m  x 1 ¼ qu’ils remplacent ne change pas, bref que r2 = 1,00. Le
biais est donné pour les ratios des valeurs manquantes de
0,01, 0,05, 0,1, 0,25 et 0,5, tant pour les moyennes arith-
il s’ensuit que le biais de la moyenne arithmétique des métiques que les moyennes géométriques. Par exemple,
ratios résultant d’une substitution des équations (7.16) si 50 % des prix relevés sont manquants et que les prix
dans l’équation (7.15) est : ajustés aux changements de qualité des produits man-
quants ne varient pas, alors que les prix des produits
x
Q= (r2 − r1 ) (7.17) existants augmentent de 5 % (r1=1.05), le biais de la
m moyenne géométrique est alors représenté par le facteur
proportionnel 0,9759; autrement dit, l’indice ne devrait
qui est égal à zéro lorsque r1 = r2 . Le biais est tributaire plus être égal à 1,05 mais à 0,9759 × 1,05 = 1,0247. Pour
du ratio des valeurs non disponibles et de l’écart entre la une moyenne arithmétique, le biais est –0,025; on de-
moyenne des variations de prix des produits existants et vrait donc avoir 1,025 plutôt que 1,05.
la moyenne des variations de prix des produits rempla- 7.61 L’équation (7.17) indique que le ratio x/m et la
çants corrigés des changements de qualité. Le biais dimi- différence entre r1 et r2 détermine le biais. Le tableau 7.2
nue à mesure que diminue x / m ou la différence entre r1 indique que le biais peut être considérable si x/m est rela-
et r2 . En outre, la méthode repose sur une comparaison tivement élevé. Par exemple, lorsque x/m = 0,25, un taux
entre les variations de prix des produits existants et les d’inflation de 5 % s’appliquant aux produits existants se
variations de prix de produits ajustés aux changements traduit par une variation d’indice de 3,73 % et de 3,75 %
de qualité. Cette démarche a plus de chances d’être justi- dans le cas des formulations arithmétique et géomé-
fiée qu’une comparaison sans les ajustements de prix trique, respectivement, lorsque r2 = 1,00, c’est-à-dire,
aux changements de qualité. Par exemple, supposons lorsque les prix corrigés des changements de qualité de
qu’il y ait m = 3 produits et que le prix de chacun s’éta- produits non disponibles sont constants. Si l’on faisait
blit à 100 à la période t. Supposons en outre que le prix abstraction des produits non disponibles, on obtiendrait
de deux produits à la période t + 1 soit de 120, mais que 1,05 au lieu de 1,0373 et 1,0375. Même si 10 % des pro-
le troisième ne soit pas disponible, soit x = 1, et qu’il soit duits sont manquants (x/m = 0,1), un taux d’inflation de
remplacé par un produit dont le prix est 140, dont 20 uni- 5 % s’appliquant aux produits existants se traduit par une
tés sont attribuables à des écarts de qualité. Le biais variation de 4,45 % et de 4,5 % selon les formulations
arithmétique correspondant aux équations (7.16) et géométrique et arithmétique, respectivement, lorsque
(7.17) où x = 1 et m = 3, est alors le suivant : r2 = 1,00. Si on envisage un ratio x/m relativement faible,
disons 0,05, même lorsque r2 = 1,00 et r1 = 1,20, il appa-
⎡ ⎡ ⎤ ⎤
(− 20 + 140 )/ 100 − ⎢ ⎛⎜ 120 + 120 ⎞⎟ / 2⎥ = −00.0033⎥
raît à la lecture du tableau 7.2 que les taux corrigés d’in-
1
3⎢ ⎣ ⎝ 100 100 ⎠ ⎦
flation devraient être 18,9 % et 19 % respectivement
⎣ ⎦ selon les formulations géométrique et arithmétique. Sur
des marchés concurrentiels, il est peu probable que r1 et
Si le biais était tributaire du prix non ajusté de 140 par r2 diffèrent considérablement car r2 est une comparaison
rapport à celui de 100, l’imputation risquerait d’être de prix entre le nouveau produit et l’ancien produit après
gravement erronée. Dans ce calcul, la direction du biais l’ajustement au titre des différences de qualité. Si r1 et r2
est déterminée par r2 – r1 et ne dépend pas d’une aug- sont identiques, la méthode ne comporterait aucun biais
mentation ou d’une diminution de la qualité, c’est-à- même si x/m = 0,9. Toutefois, la variance d’échantillon-

130
AJUSTEMENT AUX CHANGEMENTS DE QUALITÉ

nage pourrait être plus grande. Il n’est pas conseillé de C’est ainsi que l’on procédera à un «écrémage du mar-
comparer les biais entre moyennes arithmétiques et ché» au cours de la période d’introduction, lorsque des
moyennes géométriques, du moins dans la forme qu’ils prix plus élevés sont affichés pour écrémer l’excédent
prennent au tableau 7.2. Le biais de la moyenne géomé- que les consommateurs de certains segments sont prêts
trique aurait une moyenne inférieure, et la comparaison à payer. La théorie économique de la discrimination par
ne serait plus significative. les prix prévoit également un tel comportement. Autre-
7.62 Une connaissance des conditions du marché ment dit, la variation de prix ajusté au changement de
des produits concernés permet de mieux saisir les diffé- qualité d’un ancien produit par rapport au prix du nou-
rences probables entre r1 et r2. Le problème se pose veau produit remplaçant est parfois plus élevée que les
lorsque les prix varient tout au long du cycle de vie des variations de prix d’autres produits faisant partie du
produits. Par exemple, lorsqu’un nouveau modèle est même groupe de biens. Après l’introduction du nouveau
lancé, la variation de prix peut être fort différente de produit, son prix peut chuter par rapport à ceux des
celle que connaissent d’autres produits déjà existants. autres produits faisant partie du groupe. Il se peut qu’il
Autrement dit, il n’est peut-être pas judicieux de poser n’y ait pas de loi de variation unique de prix s’appli-
comme hypothèse que tous les prix connaissent des quant à des produits différenciés au sein d’un marché.
mêmes variations similaires, même avec des ajuste- Berndt et al. (2003) démontrent clairement que, lors de
ments de qualité. Greenlees (2000) propose l’exemple l’expiration d’un brevet, le prix d’un produit pharma-
des ordinateurs : les nouveaux modèles sont commer- ceutique de marque sur ordonnance s’accroît parfois
cialisés à des prix égaux ou inférieurs aux prix des mo- alors que l’on introduit sur le marché de nouveaux pro-
dèles précédents, mais ils sont plus performants. On ne duits génériques à prix inférieur, certains consomma-
peut donc pas poser comme hypothèse r1= r2. Il prend teurs très loyaux et moins influencés par les prix préfé-
ensuite l’exemple de l’habillement, les nouveaux ar- rant demeurer fidèles au produit de marque.
ticles étant lancés à des prix corrigés des différences de 7.64 La théorie économique ou la théorie du marke-
qualité relativement élevées alors que les vêtements dé- ting ne permet donc pas de justifier des variations simi-
modés ou hors-saison se vendent à des prix réduits. Ici laires de prix (ajustés au changement de qualité) rela-
encore, il y aura un biais puisque r1 diffère de r2. tives à des produits nouveaux ou remplaçants par
7.63 Certains de ces écarts s’expliquent par le fait rapport aux variations de prix d’autres produits du
que les marchés comprennent plusieurs segments con- même groupe. Il est utile d’avoir une certaine connais-
sommateurs. De fait, la formation des experts en marke- sance des caractéristiques du marché considéré pour
ting tient compte de la nécessité de développer ces seg- examiner la pertinence de cette méthode. Si l’on envi-
ments et de définir pour chacun d’eux les quatre sage de l’adopter, il ne faut pas perdre de vue deux
variables «P» du mix marketing que sont prix, produit, choses. La première est la proportion des produits rem-
promotion et place (distribution) (Kotler, 1991). En plaçants; le tableau 7.2 donne des indications utiles à cet
outre, ces experts apprennent à programmer le mix mar- égard. La deuxième est l’écart prévu entre r1 et r2;
keting durant le cycle de vie des produits. Dans ce tra- comme nous l’avons vu plus haut, sur certains marchés
vail de planification, ils font intervenir à divers degrés il est peu probable qu’ils soient semblables. On ne sau-
chacune des variables aux divers stades du cycle de vie. rait conclure pour autant qu’il ne faille pas recourir à

Tableau 7.2 Exemple du biais lié à un ajustement implicite de la qualité dans l’hypothèse où la variation (moyenne)
de prix de nouveaux produits ajustés aux changements de qualité par rapport à la variation de prix des produits qu’ils
remplacent demeure inchangée (r2 = 1,00)
Moyenne géométrique Moyenne arithmétique

Ratio des produits manquants, x/m Ratio des produits manquants, x/m
0,01 0,05 0,1 0,25 0,5 0,01 0,05 0,1 0,25 0,5

r1
1 1 1 1 1 1 0 0 0 0 0
1,01 0,999901 0,999503 0,999005 0,997516 0,995037 –0,0001 –0,0005 –0,001 –0,0025 –0,005
1,02 0,999802 0,99901 0,998022 0,995062 0,990148 –0,0002 –0,001 –0,002 –0,005 –0,01
1,03 0,999704 0,998523 0,997048 0,992638 0,985329 –0,0003 –0,0015 –0,003 –0,0075 –0,015
1,04 0,999608 0,998041 0,996086 0,990243 0,980581 –0,0004 –0,002 –0,004 –0,01 –0,02
1,05 0,999512 0,997563 0,995133 0,987877 0,9759 –0,0005 –0,0025 –0,005 –0,0125 –0,025
1,1 0,999047 0,995246 0,990514 0,976454 0,953463 –0,001 –0,005 –0,01 –0,025 –0,05
1,15 0,998603 0,993036 0,986121 0,965663 0,932505 –0,0015 –0,0075 –0,015 –0,0375 –0,075
1,2 0,998178 0,990925 0,981933 0,955443 0,912871 –0,002 –0,01 –0,02 –0,05 –0,1
1,3 0,99738 0,986967 0,974105 0,936514 0,877058 –0,003 –0,015 –0,03 –0,075 –0,15
1,5 0,995954 0,979931 0,960265 0,903602 0,816497 –0,005 –0,025 –0,05 –0,125 –0,25

r1 = variation (moyenne) des prix des produits qui continuent d’exister.

131
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

cette méthode. Elle est simple et rapide, mais il ne fau- 7.68 L’imputation par la moyenne des remplace-
drait pas l’utiliser de manière systématique sans évaluer ments à qualité constante a été adoptée en 1989 aux
au préalable les variations de prix escomptées et le mo- États-Unis pour l’IPC des automobiles. Elle a été intro-
ment de son adoption. En outre, son utilisation doit être duite par étape dans le cas de la plupart des autres pro-
ciblée, c’est-à-dire réservée à des produits dont les va- duits de base non alimentaires à compter de 1992. Elle ne
riations de prix peuvent être similaires. Toutefois, la sé- différait de la méthode d’imputation de la moyenne glo-
lection de ces produits doit tenir compte de la nécessité bale qu’en regard de la source du taux imputé de varia-
d’avoir un échantillon suffisamment grand pour éviter tion de prix de l’ancien produit à la période t+1. Plutôt
les erreurs d’échantillonnage. que de recourir à la variation de l’indice de catégorie ob-
7.65 Il convient aussi d’examiner la façon dont sont tenue en utilisant tous les produits non manquants de la
effectués les calculs. La formule la plus simple, sans catégorie, le taux imputé de variation de prix reposait sur
doute sur une feuille de calcul, consisterait à décrire des produits remplaçants de qualité constante — ceux-là
chaque produit et à enregistrer les prix à intervalle men- que l’on estimait comparables ou dont les prix étaient
suel. Les prix imputés des produits manquants sont ins- ajustés directement aux changements de qualité. Cette
crits sur la feuille de calcul et sont surlignés pour signa- méthode était considérée comme un perfectionnement de
ler qu’ils sont imputés. Il faut signaler leur particularité, la méthode d’imputation de la moyenne globale parce
premièrement parce qu’ils ne doivent pas être considé- que les variations imputées de prix étaient fondées sur
rés comme des prix effectifs lors d’imputations posté- des produits qui, non seulement avaient été remplacés,
rieures et, deuxièmement, parce que l’inclusion de va- mais dont le prix de remplacement avait bénéficié d’un
leurs imputées peut donner à penser que la taille de ajustement de qualité, ou sur de nouveaux produits rem-
l’échantillon ne soit plus grande qu’elle ne l’est en réa- plaçants que l’on estimait directement comparables. Tou-
lité. Lors de toute vérification du nombre de prix utilisés tefois, il se peut qu’on ne dispose pas d’échantillons assez
pour établir l’indice, les prix en question doivent appa- importants de produits comparables de substitution ou de
raître comme étant «imputées». produits dont les prix ont été directement corrigés des
7.66 La méthode décrite ci-dessus correspond à une changements de qualité. Ou il arrive que les ajustements
imputation à court terme. Comme mentionné aux para- de qualité et la sélection de produits comparables ne
graphes 7.165 à 7.173 ci-dessous, plusieurs facteurs mi- soient pas jugés suffisamment fiables. Dans ce cas, on
litent en faveur de l’utilisation d’imputations à court pourrait envisager une imputation ciblée. La moyenne ci-
terme plutôt que d’imputations à long terme. blée est moins ambitieuse puisqu’elle cherche à tenir
compte uniquement des variations de prix de produits si-
Méthode d’imputation par la moyenne milaires, quel que soit leur stade dans le cycle de vie. Elle
des remplacements à qualité constante n’en constitue pas moins une amélioration de l’imputa-
tion de la moyenne globale pour autant que la taille des
7.67 La méthode d’ajustement implicite de prix au échantillons soit suffisamment grande.
changement de qualité dite de la moyenne des
remplacements à qualité constante telle qu’elle est utili- Remplacement en équivalent
sée pour l’IPC aux États-Unis a été analysée par Section ou comparaison directe
de la passation des marchés Schultz (1996), Reinsdorf,
Liegey et Stewart (1996), Armknecht, Lane et Stewart 7.69 La méthode du remplacement comparable exige
(1997), et Armknecht et Maitland-Smith (1999). Cette que le répondant considère le produit remplaçant comme
méthode a été mise au point en réponse aux difficultés étant d’une qualité semblable à celle de l’ancien produit
mentionnées dans la section présente, à savoir que des et que toute variation de prix soit indépendante de tout
variations inhabituelles de prix ont été observées au changement de qualité. Dans le cas de la chaîne de maga-
cours de la période de lancement de nouveaux modèles, sins spécialisés du tableau 7.1(b), le produit 3 pourrait
notamment dans le cas de biens de consommation du- être considéré comparable au produit 2 et ses prix au
rables. S’appuyant sur des données de l’IPC des États- cours des mois qui suivent pourraient être utilisés pour
Unis de 1995 pour leur étude de certains produits, prolonger la série. Le prix du produit 3 (6.5) en mars ser-
Moulton et Moses (1997) ont constaté que la variation virait de prix du produit 2 en mars, prix dont la variation
pure de prix n’était en moyenne que de 0,12 % dans le entre janvier et mars serait égale à 6,5/6 × 100=1,0833 ou
cas de produits identiques dont le prix est rajusté (sur 8,33 %. Lowe (1999) constate qu’il est courant chez les
une base mensuelle ou bimestrielle) alors que le pour- fabricants de téléviseurs de modifier les numéros de mo-
centage correspondant dans le cas de produits de substi- dèle lorsqu’il y a une nouvelle série de production, et ce
tution comparables (c’est-à-dire de produits jugés équi- même s’il n’y a aucun changement physique ou lorsque
valents aux produits qu’ils remplacent) était de 2,66 %. l’on modifie légèrement certaines spécifications, par
L’évolution des prix des produits permanents ne semble exemple le type de télécommande ou le nombre ou l’em-
donc pas être un indicateur exact de la composante de placement des prises. La méthode du remplacement en
prix pure de la différence entre le prix de l’ancien pro- équivalent est tributaire de l’efficacité des enquêteurs et,
duit et le prix du produit remplaçant. par conséquent, de la qualité des spécifications utilisées

132
AJUSTEMENT AUX CHANGEMENTS DE QUALITÉ

pour décrire les produits. Les offices de statistique ont bilité artificielle. En effet, il se peut fort bien que durant la
sans doute raison de se méfier des échantillons dont on période de remplacement se produisent d’importantes va-
réduit la taille en supprimant des produits dont le prix riations de prix et que ces variations soient attribuées à tort
doit être imputé, tout comme de l’utilisation intensive de à des changements de qualité. Conformément aux disposi-
ressources pour effectuer des estimations explicites tions de l’article 5 du règlement no 1749/96 de la Commis-
comme indiqué ci-dessous. Le recours à des produits sion européenne, les États membres doivent éviter de pro-
dont les spécifications sont comparables et dont les prix céder à un «chaînage automatique», autrement dit de
ont été modifiés paraît fort recommandable. Toutefois, si poser comme hypothèse que l’écart de prix entre deux
la qualité des produits s’accroît, cela signifie que le pro- produits successifs est intégralement attribuable à un écart
duit antérieur était de qualité inférieure. À toujours négli- de qualité (Eurostat, 2001, p.125).
ger les petites variations de la qualité des produits rem-
plaçants, on risque de biaiser l’indice à la hausse. Le Report ou reconduction du prix
risque est fonction de la fréquence de ce phénomène, du 7.71 Selon la méthode du report, lorsqu’un produit
nombre de fois où un produit est accepté en dépit de la cesse d’être disponible, disons à la période t, le calcul
différence de qualité, et de la pondération de ces produits. de la variation de prix se fonde sur l’ancien prix t–1, le-
On trouvera au chapitre 8 des propositions relatives aux quel est simplement reporté sur la période suivante
diverses méthodes d’ajustement de la qualité classées comme s’il n’y avait aucune variation. Les indices de
selon les catégories de produits qui peuvent servir de base Jevons et de Dutot (chapitre 20) à partir du ta-
pour définir une stratégie d’ajustement explicite là où bleau 7.1(a) pour les chaînes de magasins spécialisés de
cela est le plus nécessaire. la période de janvier à mars sont donc :

Dissemblable pur ou chaînage indiquant


l’absence de variation de prix [(
PJ ( p1 , p3 ) = p13 / p11 × p22 / p 21 )]
1 1/2
2
et
PD ( p , p ) = [( p + p ) /( p + p )]
1 3 13 22 11 21
7.70 Le chaînage attribue au changement de qualité (7.18)
toute la variation entre le prix du produit remplaçant à la
période en cours et celui de l’ancien produit à la période
antérieure. Par exemple, au tableau 7.1(b), un produit rem- où p22 est utilisé pour combler le manque de p23. Il s’en-
plaçant 7 est choisi dans un grand magasin pour remplacer suit que l’indice manifeste une stabilité artificielle, la-
le produit manquant 6 de mars. Il peut arriver que les pro- quelle s’accentue si le prix ancien, p22, continue d’être
duits 6 et 7 soient de qualité différente, l’écart de prix utilisé pour remplacer les prix non observés des périodes
étant assez important. Il est présumé que la variation de suivantes. À cela s’ajoute le risque d’une impression
prix est attribuable à un changement de qualité. On effec- trompeuse quant à la taille de l’échantillon utilisé. Le re-
tue une estimation de p72 en postulant qu’il est égal à p73, cours à la méthode du report est interdite en vertu de l’ar-
pour indiquer qu’il n’y a aucune variation; le prix présumé ticle (6) du règlement no 1749/96 de la Commission euro-
du produit 7 en février est 14 au tableau 7.1(b). On pose péenne concernant les indices harmonisés de prix à la
donc comme hypothèse qu’il n’y a pas de variation de prix consommation (Eurostat, 2001, p.126). Pour appliquer
du produit 7 de février à mars. Dans le cas du produit 6, le cette méthode, on pose comme hypothèse que le prix
résultat de janvier à mars est (12/12 × 14/14 = 1,00, ce qui d’un point de vente particulier ne varierait pas. Il convient
indique une absence de toute variation. Toutefois, pour ce d’utiliser cette méthode uniquement s’il y a de bonnes
qui est de la période de mars à avril, le prix du produit 7 en raisons de croire qu’il n’y a pas de variation de prix.
mars peut être comparé au p72 imputé en février et chaîné
aux résultats antérieurs. Il s’ensuit que la comparaison de
janvier à avril est composée de la comparaison de janvier à Méthodes d’ajustement explicite
février dans le cas du produit 6, laquelle est chaînée à de la qualité
(multipliée par) la comparaison de février à avril relative
7.72 Les méthodes examinées plus haut ne reposent
au produit 7. Ce chaînage est analogue aux procédures uti-
pas sur des informations explicites concernant la valeur
lisées pour le chaînage de court terme dont il est question
du changement de qualité, A(z). La présente section traite
aux paragraphes 7.153 à 7.158 et 7.171 à 7.173. La mé-
de méthodes qui exigent une estimation explicite de
thode a été mise au point pour tenir compte des cas où il
l’écart de qualité et qui s’appuient sur l’avis d’experts,
n’y a pas de produits remplaçants comparables et où il y
l’ajustement de la quantité, les différences des coûts de
existe des écarts de prix relativement importants entre pro-
production ou d’option et l’approche hédonique.
duits anciens et produits remplaçants, les bases de prix et
les qualités étant différentes. Il n’est pas possible d’établir
la part attribuable à des variations de prix ou à des change- Avis d’experts
ments de qualité, de sorte que la méthode attribue entière- 7.73 Hoven (1999) estime que le remplacement par
ment l’écart à des changements de qualité et présume que un produit comparable constitue un cas particulier
le prix est constant. La méthode donne à l’indice une sta- d’ajustement subjectif de qualité car c’est un expert qui

133
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

détermine l’équivalence entre produits. Il est reproché lement recommandé de leur situer leur estimation dans
aux méthodes subjectives de ne pas produire de résultats le temps. On peut recourir à la méthode Delphi (voir,
susceptibles d’être reproduits de manière indépendante. par exemple, Czinkota et Ronkainen, 1997), une mé-
Pourtant, lorsqu’on a recours à un produit remplaçant thode bien connue où les experts choisis ne se réu-
comparable et qu’on sélectionne des produits représen- nissent pas pour éviter que leurs estimations ne soient
tatifs, il y a une part de subjectivité qui intervient nor- influencées par un comportement moutonnier. On leur
malement. Bien entendu, on ne saurait invoquer cet ar- demande de fournir une estimation de la réponse
gument pour justifier une plus grande utilisation des moyenne et de la fourchette des réponses probables. On
méthodes subjectives. établit la médiane de ces estimations et toute estimation
7.74 Hoffman (1999) décrit une formule d’ajuste- jugée extrême est renvoyée à l’expert concerné, qui doit
ment de la qualité de produits remplaçants pour l’IPC alors expliquer les motifs de l’écart. Il arrive parfois que
allemand, qui lui est sans doute particulière. Lorsqu’un l’expert en question ait des vues utiles sur le sujet que
nouveau produit est plus cher que le produit qu’il rem- les autres experts n’ont pas pris en considération. Si ses
place, on peut utiliser un facteur d’ajustement flexible arguments sont convaincants, on fait part de sa position
en vertu duquel l’écart de prix est attribué entièrement, aux autres experts et on leur demande s’ils souhaitent
partiellement ou nullement à une amélioration de la modifier leur opinion. Une nouvelle médiane est alors
qualité. Plus précisément, faute d’informations permet- calculée et ce processus éventuellement répété. La mé-
tant de procéder à une détermination de la qualité, il est thode Delphi coûte cher et exige beaucoup de temps,
permis d’assimiler 50 % de l’écart de prix à un ajuste- mais elle illustre la rigueur dont il faut faire preuve. Si
ment. Les principes utilisés en Allemagne depuis 1997 une catégorie de produits à forte pondération doit faire
sont venus remplacer des procédures défectueuses selon l’objet d’un ajustement et qu’aucune autre méthode
lesquelles les méthodes particulières d’ajustement dé- n’est disponible, on peut utiliser la méthode Delphi.
pendaient uniquement de l’écart de prix. Toutefois,
comme le signale Hoffman, même selon l’approche ac-
tuelle, aucun ajustement de qualité n’est effectué si le
Ajustement de la quantité
nouveau produit est moins cher que l’ancien. Par consé- 7.77 L’ajustement de la quantité est un des ajuste-
quent, un accroissement de qualité accompagné d’une ments explicites les plus simples. On y a recours lorsque
baisse de prix (ou vice versa) peut soulever des difficul- la taille du produit remplaçant diffère de celle du pro-
tés. Les méthodes utilisées pour l’IPC allemand sont né- duit disponible. Dans certains cas, on dispose d’un éta-
cessaires parce que les ajustements de qualité pour la lon de quantité permettant de comparer les produits, par
plupart des biens sont effectués, non pas par un orga- exemple le nombre d’unités dans un ensemble (nombre
nisme centralisé, mais par les enquêteurs sur le terrain. d’assiettes en papier ou de comprimés vitaminiques), le
Dans une telle situation, la méthode hédonique et celle volume ou le poids (un kilogramme de farine, un litre
des coûts de production ne peuvent être utilisées à d’huile) ou bien encore la taille (draps ou serviettes).
grande échelle. Autrement dit, la structure institution- Les ajustements de prix en fonction de la quantité
nelle de l’office de statistique et son niveau de finance- peuvent être effectués à partir d’une règle de trois. Il ar-
ment pèsent sur le choix des méthodes d’ajustement de rive que ce calcul se fasse automatiquement dans la pro-
la qualité. duction de l’indice en convertissant tous les prix d’une
7.75 Turvey (1998) ne recommande pas d’utiliser catégorie à un prix par unité de taille, de poids ou de
les données provenant d’associations de consommateurs nombre. Cet ajustement est important. Par exemple, si
et les évaluations de produits publiées dans les revues l’huile alimentaire se vend aujourd’hui en bouteille de
de consommateurs et cite à ce propos une étude de Con- 5 litres plutôt que de 2,5 litres, il ne faut pas en conclure
sumer Reports corrélant cotes de qualité et prix pour que les prix ont doublé.
135 catégories de produits. La corrélation moyenne 7.78 Toutefois, il y a un deuxième aspect à considé-
s’établissait à 0,26, positive dans plus de la moitié des rer. Dans le cas des produits pharmaceutiques, par
cas, nulle dans un peu plus d’un tiers et négative pour le exemple, il y a des écarts entre les prix de flacons de
reste. Il se montre également critique à l’égard des esti- comprimés de taille différente. Un flacon de 100 com-
mations de «prix d’achat optimal» que les experts pré- primés de 50 milligrammes n’est pas identique à un fla-
sentent comme le prix que devrait payer un consomma- con de 50 comprimés de 100 milligrammes bien que les
teur avisé, par opposition à ce que sera le prix du deux flacons contiennent 5 000 milligrammes du même
marché (voir aussi Combris, Lecocqs et Visser, 1997). médicament. Si on adopte un contenant de taille plus
7.76 Il peut être utile de recourir à l’avis d’experts grande et que ce changement s’accompagne d’une dimi-
sur les calculs des consommateurs lorsque les produits nution de 2 % du prix unitaire, on ne devrait pas consi-
sont très complexes et que l’on ne peut se prévaloir dérer qu’il s’agit d’une baisse de 2 % si un contenant
d’autres méthodes. Il convient alors d’indiquer aux ex- plus grand mais moins commode présente moins d’uti-
perts la nature de l’estimation requise, de faire appel à lité pour le consommateur. En pratique, il est difficile de
plusieurs experts et, autant que faire se peut, de faire en déterminer quelle proportion de la baisse de prix est at-
sorte qu’ils proviennent de milieux différents. Il est éga- tribuable au changement de quantité et quelle propor-

134
AJUSTEMENT AUX CHANGEMENTS DE QUALITÉ

tion est attribuable à une variation de prix proprement Tableau 7.3 Exemple fondé sur la taille, le prix
dite. Il est un principe général qui consiste à ne pas in- et le prix unitaire de sacs de farine
terpréter systématiquement comme variation de prix Premier Deuxième
proprement dite une variation de prix unitaire issue d’un Taille Premier prix Deuxième prix
nouveau conditionnement, dès lors qu’il existe des in- (kg) prix unitaire prix unitaire
formations en sens contraire.
0,25 0,75 3 1,25 5
7.79 Prenons un autre exemple : un sac de farine de 0,5 1,5 3 1,5 3
0,5 kilogramme dont le prix est de 1,5 est remplacé par 0,75 2,25 3 2,25 3
un sac de 0,75 kilogramme dont le prix est de 2,25. Il
s’agit d’abord d’effectuer un calcul proportionnel. On
pourrait en effet penser que les prix ont augmenté de nique (présentée ci-dessous) où le prix est lié à diverses
[(2.25/1,5) × 100 = 150] 50 % mais les prix corrigés aux caractéristiques de qualité, la taille n’étant qu’une de
changements de quantité (c’est-à-dire les prix ajustés en ces caractéristiques.
fonction de la quantité) demeurent constants [(2.25/1.5) 7.80 Cette méthode peut être considérée comme in-
× (0.5/0.75) × 100 = 100]. La méthode peut être décrite tuitive pour autant que le prix unitaire de sacs de taille
de manière plus élaborée à partir du graphique 7.1. La différente demeure constant. Si l’on passait d’un sac de
difficulté ici concerne la partie de la droite pleine entre 0,5 kilogramme à un sac de 0,25 kilogramme de prix
les coordonnées (prix, quantité) (1,5 et 0,5) et (2,25 et 0,75, alors les prix ajustés des changements de quantité
0,75). Dans les deux cas, le prix unitaire est 3 (1,5/0,5 et ne varieraient toujours pas. En effet ce nouveau sac au-
2,25/0,75). Il ne devrait y avoir aucun ajustement de rait pour coordonnées (0,75; 0,25) et serait sur la droite
prix dû aux changements de quantité. Le symbole Δ in- en trait continu du graphique 7.1. Si les prix unitaires
dique un ajustement. La pente de la droite est β, soit (par kilo) étaient respectivement de 5, 3 et 3 pour les
Δprix/Δtaille = (2,25–1,5)/(0,75–0,50) = 3, soit la varia- sacs de 0,25, 0,5 et 0,75 kilo (voir pointillés du gra-
tion de prix liée à une variation d’une unité (kilo- phique 7.1 et tableau 7.3) alors la variation du prix
gramme). Le prix ajusté du changement de quantité ajusté par le changement de qualité serait alors détermi-
(taille) à la période t–1 de l’ancien sac de farine m est : née par la taille du sac remplaçant celui de 0,5 kilo. Si le
sac de 0,5 kilo était remplacé par le sac de 0,25 kilo,
pˆ mt −1 = p tm−1 + β Δsize
taille =1,5 + 3 (0,75–0,5) = 2,25 l’augmentation serait alors de 67 %; s’il était remplacé
par le sac de 0,75 kilo, alors il n’y aurait aucune varia-
(7.19) tion. Cette méthode ne serait pas satisfaisante car la
taille du produit remplaçant ne peut résulter que d’un
Comme auparavant, la variation de prix ajusté par le choix arbitraire. La bonne question à se poser est de sa-
changement de quantité ne varie pas : voir si le changement de prix unitaire est aussi un chan-
gement d’utilité? Si la réponse était positive, il convien-
pnt / pˆ tm−1 = 2.25 / 2.25 = 11,00
.00 drait de ramener les prix unitaires sur la ligne. Si la
réponse était négative, il conviendrait alors d’ajuster les
La méthode est présentée ainsi pour que l’on puisse la prix unitaires pour tenir compte de la proportion attri-
concevoir comme un cas particulier de l’approche hédo- buable aux écarts d’utilité résultant, par exemple, d’un
emballage plus commode ou de la disponibilité de
quantités plus petites. Compte tenu de la nature du pro-
duit, il pourrait sembler évident qu’un produit emballé
Graphique 7.1 Ajustement de la quantité pour dans un très petit contenant vendu à un prix unitaire dis-
des produits de taille différente proportionnellement élevé donne lieu à une marge béné-
ficiaire très élevée et ne soit pas un bon remplaçant d’un
2,5 produit emballé dans un grand contenant.

2
3 ǻPrix Différences des coûts de production
5
1,5
ou d’option
ǻTaille 7.81 Il existe une approche naturelle en matière
3
Prix

1
d’ajustement de la qualité qui consiste à ajuster le prix
d’un produit ancien d’un montant égal aux coûts des
ȕ=ǻPrix/ǻTaille
caractéristiques supplémentaires du nouveau produit.
0,5
On compare ainsi les prix relatifs à partir de la formule :
0
0 0,25 0,5 0,75
Unités en kilogrammes pnt / pˆ tm−1 où pˆ mt −1 = pmt−1 + x (7.20)

135
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

x étant la valeur des caractéristiques supplémentaires 7.83 Compte tenu des difficultés que soulève la mé-
aux prix à la période t–1. Cette valeur devrait corres- thode des coûts de production, on préfère généralement
pondre à la valeur qu’y attachent les consommateurs et la méthode des coûts d’option. C’est souvent le prix de
tenir compte du flux additionnel d’utilité ou de service. détail d’une option qui est disponible et ce prix inclut
Les fabricants constituent une source de données; ils bien entendu la marge bénéficiaire. Prenons un exemple
peuvent en effet fournir des données sur les coûts de de prix d’une option utilisée pour effectuer un ajuste-
production, auxquelles s’ajouteraient les marges bénéfi- ment de qualité. Posons comme hypothèse que les prix
ciaires des détaillants et les taxes indirectes afférentes. d’un produit aux périodes t–1 et t sont 10.000 et 10.500,
Cette approche est particulièrement pratique dans les respectivement, mais que le prix à la période t est celui
marchés où les fabricants sont relativement peu nom- du produit comportant une nouvelle caractéristique ou
breux et où les mises à jour de modèle sont peu fré- «option» et que le prix de cette caractéristique supplé-
quentes et prévisibles. Elle ne donne de bons résultats mentaire à la période t est 300. La variation de prix sera
que s’il y a une bonne communication entre les fabri- alors 10 200/10 000 = 1,02 ou 2,0 %. L’ajustement peut
cants et l’office de statistique. Elle convient notamment prendre une forme multiplicative (voir paragraphes
là où des ajustements de qualité sont également effec- 7.39–7.40) : l’option vaut 300/10 500 = 0,028571 du
tués pour déterminer l’indice des prix de production prix à la période t. Le prix ajusté à la période t–1 est
(IPP) ou d’autres indices de prix. Greenless (2000) offre donc 10.000 ×1,028571 = 10.285,71 et la variation de
un exemple relatif aux nouveaux camions et véhicules à prix 10.500/10.285,71 = 1,020833, soit environ 2,08 %.
moteur aux États-Unis en 1999. Peu avant l’arrivée des Si, au cours des périodes postérieures, l’un ou l’autre de
nouveaux modèles chaque année, les statisticiens du ces éléments varie, alors p̂n, t–1 doit varier aussi pour ces
Bureau of Labor Statistics (BLS) effectuent des visites comparaisons. La méthode des coûts d’option est donc
auprès de certains fabricants pour recueillir des infor- une méthode qui convient dans le cas de marchés stables
mations sur les coûts. Les données, qui sont utilisées où les technologies sont stables. Autrement, il est sans
pour établir l’IPP, l’IPC et le Programme de comparai- doute préférable d’estimer un ajustement ponctuel du
son internationale, sont recueillies au moyen d’un effort prix de la période de référence précédente, puis de le
concerté des agents de ces trois programmes. Sont sus- comparer aux prix postérieurs avec la nouvelle option :
ceptibles d’être reconnus comme des ajustements de 10.500/10.300 = 1,019417, soit environ 2 %.
qualité, les changements qui augmentent la sécurité des 7.84 Les coûts d’option sont donc utiles lorsque les
occupants, les améliorations mécaniques et électriques produits ancien et nouveau sont différenciés selon des
au fonctionnement général ou à l’efficacité du véhicule, caractéristiques quantifiables susceptibles d’être mesu-
les modifications qui influent sur la durée de service, le rées en termes monétaires en prenant comme référence
besoin de réparations, le confort et la commodité. les prix du marché. Par exemple, produits qui sont dispo-
7.82 Compte tenu des nuances apportées au para- nibles sous forme torréfiée ou non torréfiée, ou bien en-
graphe 7.30 et l’IPP étant axé sur la production, le coût core aliments cuits ou non. Que se passe-t-il lorsque l’on
de production est le critère approprié pour les ajuste- ajoute une caractéristique quelconque à un modèle de
ments de prix aux changements de qualité (Triplett, voiture? Il se peut qu’elle ait été disponible à titre d’op-
1983). Les estimations de coûts de production ne sont tion au cours de la période antérieure ou qu’elle le soit
donc pas utilisées dans le contexte de l’IPC de la pour d’autres modèles, ce qui permet une estimation ab-
même manière que dans celui de l’IPP : ce n’est que solue ou proportionnelle de la valeur pour le consomma-
dans le cas de l’IPC que l’on rajoute à ces coûts les teur. Armknecht et Maitland-Smith (1999) constatent
marges bénéficiaires des détaillants et les taxes indi- que lorsque les pneus radiaux sont devenus courants
rectes. Il peut y avoir une autre différence importante pour les nouvelles voitures, le prix de l’option des pneus
lorsque les améliorations de produit sont exigées par radiaux a été retenu pour déterminer les ajustements de
l’État. Certaines de ces améliorations obligatoires ne qualité à l’IPC des États-Unis. La valeur d’une carac-
comportent aucun avantage immédiat pour l’acheteur. téristique quantifiable d’un produit peut être obtenue di-
Dans ces cas, il convient de procéder à un ajustement rectement en comparant le prix de différents produits.
des prix aux changements de qualité dans le cas de Turvey et al. (1989) donne l’exemple de whiskies ayant
l’IPP pour tenir compte du coût, mais non dans le cas différents degrés alcooliques (pourcentages d’alcool).
de l’IPC où le critère approprié est la valeur pour l’uti- L’ajustement de qualité découlant d’une variation du
lisateur. Si on ne dispose que de données de coûts de contenu d’alcool peut être déterminé à partir du rapport
production, les estimations de marge bénéficiaire des entre le degré alcoolique et le prix du marché.
distributeurs doivent tenir compte de l’âge (moyen) 7.85 Considérons maintenant, par exemple, le cas
des modèles considérés. Les marges bénéficiaires di- d’un réfrigérateur auquel l’on ajoute un appareil à gla-
minuent à mesure que les modèles se rapprochent de la çons automatique intégré (Shepler, 2000). Les réfrigéra-
fin de leur cycle de vie. Par conséquent, il ne faut pas teurs peuvent se vendre avec ou sans appareil à glaçons.
appliquer les marges bénéficiaires des modèles en fin Il se peut que l’enquêteur ait toujours recueilli les prix
de cycle de vie aux coûts de production des modèles de modèles sans appareil à glaçons, or ces modèles ne
qui amorcent leur cycle de vie. sont peut-être plus fabriqués et ont été remplacés par un

136
AJUSTEMENT AUX CHANGEMENTS DE QUALITÉ

modèle avec appareil à glaçons automatique. Le coût de mais il se peut aussi que la non-linéarité de la relation
l’option est donc connu par rapport à ce qui se vendait prix–z résulte de l’utilité croissante ou décroissante par
avant et une série continue peut être établie en utilisant rapport au niveau des prestations. Il arrive dans les mo-
l’équation (7.20) et en ajustant simplement l’ancien prix dèles haut de gamme que la majoration de prix soit plus
de la période de référence à partir du coût de l’option. importante que dans les modèles bas de gamme, ce qui
Ce processus n’est cependant pas dénué de difficultés. signifierait que β ≥ 1 dans l’équation (7.21).
Premièrement, si l’appareil à glaçons est installé dans 7.88 Examinons le graphique 7.1 en supposant que
tous les nouveaux réfrigérateurs, il devient un produit la caractéristique z est l’option représentée en abscisse.
standardisé dont le coût de production (en série) peut On constate une similitude entre l’ajustement de quan-
être inférieur au coût de production en option. Cette tité et l’approche du coût d’option puisqu’il y a dans les
économie peut, au moins en partie, être répercutée sur le deux cas une relation entre le prix et un aspect de la
consommateur. La méthode du coût d’option se trouve- qualité : la taille ou l’option. L’approche du coût d’op-
rait ainsi à sous-estimer une augmentation de prix. Tri- tion peut s’appliquer à plus d’un aspect de la qualité.
plett (2002) cite un passage d’une étude de Levy et al. Les deux approches reposent sur l’obtention d’estima-
(1999) où un dispositif anti-vol de voiture a été installé tions de variation de prix résultant d’une variation de
sur toutes les voitures, comme s’il s’agissait d’un produit l’option ou de la taille : les estimations de la pente β.
standardisé. Toutefois, le dispositif est débranché lorsque Dans le cas de l’ajustement de quantité, les estimations
l’option n’est pas exigée. Il était donc, semble-t-il, moins portent sur deux produits identiques à la taille près.
coûteux de produire les voitures de la sorte. Deuxième- Dans ce cas, l’estimation de la pente β a été parfaite-
ment, dès qu’une option devient une caractéristique ment déterminée grâce aux deux éléments d’informa-
standard d’un produit, la valeur que les consommateurs tion. Tout se passe comme si l’on neutralisait les effets
lui attribuent peut diminuer puisqu’ils ne peuvent la re- des variations des autres facteurs de qualité pour com-
fuser. Certains consommateurs peuvent attribuer peu de parer les prix de produits identiques en substance, à cela
valeur à l’option. Il s’ensuit globalement que l’estima- près que leur quantité (taille) diffère.
tion du coût de l’option, du point de vue de ceux qui la 7.89 La même logique s’applique aux coûts d’op-
choisissent, est susceptible d’être plus élevée que le prix tion. Par exemple, il se peut qu’il y ait deux produits
moyen implicite que les consommateurs paieraient s’il identiques à une caractéristique près. On peut ainsi dé-
s’agissait d’un produit standardisé. Il serait souhaitable terminer la valeur de la caractéristique. Il arrive pourtant
d’estimer l’effet de cet écart sur le prix, mais une telle que la valeur de la caractéristique ou de l’option doive
estimation soulève beaucoup de difficultés pratiques. être extraite d’un ensemble beaucoup plus vaste de don-
7.86 Les ajustements à partir du coût d’une option nées. La qualité peut par exemple prendre un grand
peuvent être rapprochés des ajustements basés sur la nombre de valeurs numériques sans qu’aucune d’elles
quantité, à cela près que, au lieu de la simple taille, c’est ne soit la plus évidente. Considérons un exemple simple
une toute autre caractéristique qui s’ajoute à la qualité du où une seule caractéristique d’un produit varie, en l’oc-
produit. La comparaison s’établit comme suit : pnt / p̂mt– 1 currence la vitesse de traitement d’un ordinateur person-
où p̂mt– 1 = p mt– 1 + β Δz pour une caractéristique z donnée nel. Déterminer la valeur d’une unité additionnelle de
où Δz = (z nt – z mt– 1). La caractéristique peut être la capa- vitesse n’est pas une tâche aisée. Elle l’est d’autant
cité de la mémoire vive (RAM) d’un ordinateur personnel moins que la qualité des produits peut comporter plu-
qui varie d’un modèle à l’autre. Si la relation entre le prix sieurs aspects et que certaines combinaisons de ces as-
et la RAM est linéaire, la formulation ci-dessus convient. pects peuvent ne pas exister sur le marché à un moment
Il suffit de consulter plusieurs sites Internet pour consta- donné. En outre, les combinaisons existant à la
ter que le prix d’un complément de RAM est indépendant deuxième période comparée sont parfois très différentes
des autres caractéristiques de l’ordinateur, de sorte qu’un de celles existant à la première période. Pour considérer
ajustement linéaire est approprié. Il faut en outre savoir tous ces aspects, une méthode plus générale, baptisée
que dans cette formulation linéaire la valeur d’une quan- méthode hédonique, a été mise au point.
tité additionnelle de mémoire vive est identique quelle
que soit la mémoire déjà installée. Méthode hédonique
7.87 Bien entendu, la relation peut être non li-
néaire. Supposons, par exemple, que pour chaque unité 7.90 La méthode hédonique est un prolongement
additionnelle de x, y augmente de 1,5 % ( β = 1,015). des deux méthodes précédentes puisque, premièrement,
Dans ce cas, la variation de prix résultant d’une variation unitaire de
qualité — la pente de la droite du graphique 7.1 — est
pˆ mt−1 = pmt −1 β
z
(7.21) maintenant estimée à partir d’un ensemble de données
comprenant des prix et des valeurs de caractéristiques
qualitatives d’un plus grand nombre de variétés.
pour pnt / p̂mt–1 comme mesure des variations de prix ajus- Deuxièmement, l’ensemble des attributs qualitatifs ne
tées au changement de qualité. Ici encore, il se peut que se limite plus à la quantité ou aux options mais s’étend,
la variation de z tienne compte des prestations fournies, en principe, à toutes les caractéristiques importantes

137
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

susceptibles d’influer sur les prix. Le fondement théo- mieux aux données. Au graphique 7.1, on a utilisé la
rique des régressions hédoniques est traité au cha- pente effective; dans le cas des données du graphique
pitre 21 et abordé brièvement ci-dessous à l’aide d’un 7.2, il faut recourir à une régression selon la méthode
exemple fondé sur des ordinateurs personnels. des moindres carrés ordinaires pour estimer la pente de
7.91 Il convient de signaler que la méthode exige la droite qui se conforme le mieux aux données. Pour
un élargissement de l’ensemble des données, celui-ci effectuer ce type de régression, on peut utiliser des logi-
devant inclure les valeurs des caractéristiques qualita- ciels statistiques et économétriques courants, voire un
tives influant sur les prix de chaque produit. En vertu de tableur. L’équation (linéaire) estimée dans ce cas est :
la méthode des modèles appariés, les données relatives à
chaque modèle rassemblées par l’enquêteur devaient P̂ rix = − 658 .436 + 3.261 Vitesse R 2 = 00,820
.820 (7.22)
permettre de repérer le modèle en vue d’une enquête
postérieure. L’approche hédonique exige que, pour Le coefficient de la vitesse est la pente estimée de la
chaque modèle, des données soit recueillies pour toutes droite : la variation de prix (3.261£) attribuable à une
les caractéristiques influant sur le prix. Selon Merkel variation de vitesse de 1 MHz. On peut procéder ainsi
(2000), l’utilisation de listes de caractéristiques d’un pour estimer les variations de prix ajustés aux change-
produit permet d’améliorer la qualité des données re- ments de qualité d’ordinateurs personnels –2
de différentes
cueillies et de répondre aux besoins des ajustements hé- vitesses de traitement. La valeur du R indique que
doniques (voir aussi le chapitre 6 sur la collecte de prix, 82 % de la variation de prix est attribuable à une varia-
et Liegey, 1994). Si un produit vient à manquer, les tion de la vitesse de traitement. Une statistique de Stu-
écarts entre ses caractéristiques et celles de son produit dent visant à tester l’hypothèse nulle du coefficient égal
remplaçant peuvent être déterminés et, comme on le à zéro donne 18,83 : à partir de tableaux standard de sta-
montrera, une valeur peut leur être attribuée au moyen tistiques de Student il apparaît que l’hypothèse nulle est
de l’approche hédonique. rejetée au niveau de 1 %. Le fait que le coefficient es-
7.92 L’appendice 7.1 de ce chapitre contient des timé diffère de zéro ne peut pas être attribué à une erreur
données sur les prix et les caractéristiques de 64 ordina- d’échantillonnage. Il existe donc une probabilité de 1 %
teurs Compaq et Dell tirées du site Internet britannique que le rejet de l’hypothèse nulle soit erroné.
de ces fabricants en juillet 2000. Le graphique 7.2 est un 7.93 À la lecture de l’appendice 7.1, il apparaît tou-
diagramme de dispersion fondé sur ces données et qui tefois que la gamme des prix pour une vitesse donnée
met en rapport le prix (£ sterling) et la vitesse de traite- — par exemple 933 MHz — est très large. Il y a une
ment (MHz). Il ressort du diagramme que les prix des fourchette de prix d’environ 1.000 livres ce qui donne à
ordinateurs à cadence plus élevée sont supérieurs — la penser qu’il peut y avoir d’autres caractéristiques quali-
relation est positive. Si l’on appliquait la méthode du tatives qui sont en jeu. Le tableau 7.4 donne les résultats
coût des options décrite plus haut, en passant d’un ordi- d’une équation de régression qui rapporte le prix à cer-
nateur de 733 MHz à un autre de 933 MHz, il faudrait taines caractéristiques qualitatives en s’appuyant sur des
mesurer la pente de la droite entre deux points spéci- données de l’appendice 7.1. Ces estimations peuvent
fiques. En outre, hormis leur différence de vitesse, les être obtenues au moyen de logiciels statistiques et éco-
deux ordinateurs en question devraient être identiques. nométriques courants, voire de tableurs.
Il ressort cependant du graphique 7.2 et de l’appen- 7.94 La deuxième colonne donne les résultats d’un
dice 7.1 que plusieurs ordinateurs ayant la même vitesse modèle de régression linéaire, la variable dépendante
de traitement se vendent à des prix différents, ce qui si- étant le prix. La première variable est la vitesse de trai-
gnifie qu’ils diffèrent à d’autres égards. Pour estimer la tement, dont le coefficient est 2,731 — une augmenta-
valeur accordée aux unités additionnelles de vitesse, il tion de la vitesse de traitement de 1 MHz se traduit par
faut estimer la pente de la droite qui se conforme le une augmentation estimée de prix de 2,731 livres (signe
positif). Le passage de 733 MHz à 933 MHz devrait
donc en principe coûter 200 × 2,731 = 546,20 livres. Le
Graphique 7.2 Diagramme de dispersion indiquant les prix coefficient est statistiquement significatif — son écart
et les vitesses de traitement des ordinateurs personnels par rapport à zéro (effet nul) n’étant pas attribuable à
une erreur d’échantillonnage à un niveau de significa-
tion de 0,1 %. Ce coefficient estimé est fondé sur un
3.500
modèle à plusieurs variables : c’est l’effet d’une unité
Prix, ££ esterlinas

3.000
sterling

2.500 de la vitesse de traitement sur le prix, l’effet des autres


2.000 variables de l’équation ayant été neutralisé. Le résultat
1.500 précédent de 3,261 dans l’équation (7.22) ne reposait
Precio,

1.000
500
que sur une variable et diffère de ce résultat qui repré-
0 sente une amélioration.
0 200 400 600 800 1000 1200 7.95 Les variables de marque sont des variables
Vitesse, MHz.MHz.
Velocidad, indicatrices auxquelles sont assignées, par exemple, des
valeurs de 1 pour Dell et de 0 dans tous les autres cas.

138
AJUSTEMENT AUX CHANGEMENTS DE QUALITÉ

Tableau 7.4 Résultats de la régression hédonique dans le cas des ordinateurs personnels Dell et Compaq
Variable dépendante Prix En prix

Constante –725,996 (2,71)** 6,213 (41,95)***


Vitesse (processeur, MHz) 2,731 (9,98)*** 0,001364 (9,02)***
Mémoire vive (MB) 1,213 (5,61) *** 0,000598 (5,00)***
Lecteur de disque dur (MB) 4,517 (1,96)* 0,003524 (2,76)**
Marque (repère : Compaq Deskpro)
Compaq Presario –199,506 (1,89)* –0,152 (2,60)**
Compaq Prosignia –180,512 (1,38)* –0,167 (2,32)*
Dell –1.330,784 (3,74)*** –0,691 (3,52)***
Processeur (repère : AMD Athlon)
Intel Celeron 393,325 (4,38)*** 0,121 (2,43)**
Intel Pentium III 282,783 (4,28)*** 0,134 (3,66)***
Lecteur de CD-ROM (repère : CD-ROM)†
CD-RW (disque optique réinscriptible) 122,478 (56,07)*** 0,08916 (2,88)**
DVD (lecteur de disque numérique) 85,539 (1,54) 0,06092 (1,99)*
Vitesse Dell* (MHz) 1,714 (4,038)*** 0,000820 (3,49)***
N– 63 63
R2 0,934 0,934

† Mémoires mortes.
Les chiffres entre parenthèses sont des statistiques t testant une hypothèse nulle du coefficient zéro.
***, ** et * indiquent un résultat statistiquement significatif à des niveaux de 0,1%, 1% et 5%, respectivement, les tests étant unilatéraux.

Bien que les marques ne soient pas à proprement parler quent, si l’ordinateur Dell de remplacement est 200 MHz
des caractéristiques qualitatives, elles peuvent être des plus rapide que l’ordinateur qui n’est plus disponible,
variables de substitution pour d’autres facteurs comme l’ajustement de prix consiste à ajouter = 893 livres. Les
la fiabilité ou le service après-vente. Comme on l’exa- termes interactifs s’appliquant aux autres variables
mine au chapitre 21, l’inclusion de telles variables de peuvent être définis et utilisés de manière semblable. Les
marque tend également à tenir compte de la segmenta- équations de régression peuvent être facilement calcu-
tion des marchés par collectivités d’acheteurs. Des va- lées avec des logiciels économétriques ou statistiques ou
riables indicatrices semblables ont été utilisées pour les à partir des fonctions d’analyse de données d’un tableur.
autres marques (Compaq Presario et Compaq Presi- Une explication des procédés est offerte dans de nom-
gnia), sauf une (Compaq Deskpro) qui, en l’occurrence, breuses études, dont Kennedy (1998) et Maddala (1988).
a servi de point de comparaison. Le coefficient de la On trouvera au chapitre 21 une analyse des problèmes
marque Dell est une estimation de l’écart entre Dell et économétriques particuliers que soulève l’estimation des
Compaq Deskpro, les autres variables étant constantes, régressions hédoniques.– 2
soit 1.330,78 livres moins cher. De même, on estime 7.97 La valeur de R est la proportion de la variation
qu’un Intel Pentium III coûte 282,78 livres de plus du prix attribuable à l’équation estimée. Plus précisé-
qu’un processeur AMD Athlon. ment, cette valeur est égale à 1 moins
N
le ratio
t
entre la va-
t 2
7.96 L’estimation de la vitesse du processeur repo- riance des valeurs résiduelles, ∑i =N 1 ( pi – p̂i ) / N, de
sait sur des données d’ordinateurs personnels Dell et l’équation et la variance des prix, ∑ i = 1( pit – p-it ) 2 / N. La
Compaq. Si l’ajustement de qualité concernait deux or- barre sur le terme R2 indique que cette expression a fait
dinateurs Dell, on pourrait éventuellement faire abstrac- l’objet d’un ajustement approprié selon les degrés de li-
tion des données relatives aux ordinateurs Compaq. Des berté, ajustement nécessaire lorsque l’on compare des
régressions pourraient être faites pour chaque modèle, équations dont le nombre de variables explicatives dif-
–2
mais la taille de l’échantillon s’en trouverait très limitée. fère. À 0,934 (voir tableau 7.4), la valeur R est très éle-
–2
Il est une autre méthode qui consisterait à employer un vée. Toutefois, une valeur élevée de R peut être trom-
terme d’interaction ou une expression indicatrices dans peuse aux fins de l’ajustement de qualité. Premièrement,
les cas de variables qui pourraient avoir un effet distinc- ces valeurs indiquent qu’une bonne part de la variation
tif d’interaction selon la marque. Cette variable indica- de prix est attribuable aux variables explicatives. Il peut
trice pourrait être par exemple Dell*vitesse, qui prend la en être ainsi pour un nombre relativement élevé de varié-
valeur de la «vitesse» lorsque l’ordinateur est un Dell et tés de biens durant la période concernée. Bien entendu,
la valeur zéro dans tous les autres cas. Le cœfficient de on ne doit pas en conclure pour autant que l’on dispose
cette variable (voir tableau 7.4) est 1,714; c’est une esti- d’une capacité de prévision élevée pour un ajustement
mation du surcoût (signe positif) d’un ordinateur person- apporté à un produit remplaçant d’une marque donnée à
nel Dell en sus de l’augmentation standard par MHz sup- une période postérieure. L’exactitude des valeurs pré-
plémentaire. Dans le cas des ordinateurs Dell, on obtient vues est tributaire non seulement de l’adaptation de
2,731 livres + 1,714 livres = 4,445 livres. Par consé- l’équation, mais aussi de l’écart entre les caractéristiques

139
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

techniques du produit dont le prix doit être prévu et la conventionnel des moindres carrés ordinaires pour obte-
moyenne de l’échantillon. Plus le produit est inhabituel, nir des estimations des logarithmes des coefficients.
plus l’intervalle de confiance de la –prédiction
2
sera grand. Ceux-ci figurent dans la troisième colonne du tableau 7.4
Deuxièmement, comme la valeur R indique la propor- et peuvent être aisément interprétés : en les multipliant
tion de la variation de prix attribuable à l’équation esti- par 100, on obtient le pourcentage de variation du prix at-
mée, si 0,90 est expliquée et 0,10 ne l’est pas et que la tribuable à une variation de 1 unité de la variable explica-
dispersion des prix est importante, il s’ensuit qu’une im- tive. Dans le cas de la vitesse de traitement, on observe
portante marge absolue de prix demeure inexpliquée. une variation estimée de 0,1364 % du prix pour chaque
–2
Cela dit, un R élevé est une condition nécessaire pour MHz supplémentaire du produit remplaçant par rapport
l’utilisation d’ajustements hédoniques. au produit non disponible. Lorsqu’on utilise des variables
7.98 Les régressions hédoniques devraient générale- indicatrices, en multipliant par 100 les coefficients, on
ment être effectuées à l’aide d’une formulation semi-lo- obtient des estimations du pourcentage de variation du
garithmique (chapitre 21). La variable dépendante est le prix, correspondant à (eβ –1)100. Par exemple, avec un
logarithme (naturel) du prix, mais les variables du côté lecteur de disques compacts réinscriptibles (CD-RW), le
droit de l’équation sont exprimées selon leurs unités nor- surcoût est de 8,916 % par rapport à un ordinateur avec
males, d’où la formulation semi-logarithmique. Une for- lecteur de disques compacts non réinscriptibles. Ces
mulation bilogarithmique comporterait aussi les loga- coefficients sont biaisés; et dans l’équation semi-logarith-
rithmes des variables z de l’expression de droite. mique, la moitié de la variance de chaque coefficient doit
Toutefois, si certaines de ces variables z sont des va- être retirée au coefficient avant de l’utiliser (Teekens et
riables indicatrices, dont la valeur dans certains cas est Koerts, 1972). Dans le cas du disque optique compact
zéro, on ne peut utiliser la formulation bi-logarithmique non inscriptible («read only CD-ROM»), la statistique t
parce que les logarithmes de zéro ne peuvent être admis. est 2,88; ce chiffre est égal au coefficient divisé par son
On met donc l’accent sur la forme semi-logarithmique. écart-type, l’écart-type étant 0,08916/2,88=0,03096 et la
Cette question des formulations linéaire et semi-logarith- variance : 0,030962=0,000958. L’ajustement consiste à
mique est le pendant de celles concernant les formula- ajouter 0,000958/2 à 0,08916, ce qui donne 0,089639 ou
tions additive et multiplicative dont il est question aux pa- 8,9639 %.
ragraphes 7.39 et 7.40 ci-dessus. Un modèle linéaire 7.100 L’approche est très utile lorsque le marché ne
attribuerait, par exemple, 282,78 livres de plus à un ordi- révèle pas le prix des caractéristiques qualitatives re-
nateur doté d’une puce Intel Pentium III plutôt que d’une quises en vue de l’ajustement. Les marchés révèlent les
puce AMD Athlon, indépendamment du prix de l’ordina- prix des produits, non des caractéristiques qualitatives. Il
teur. Ce sont là des stratégies de prix courantes sur Inter- est donc utile d’envisager les produis comme des en-
net. Cela étant, bien souvent, les mêmes options sont plus sembles liés de caractéristiques techniques. Lorsqu’on
coûteuses lorsqu’elles sont offertes pour des produits ou dispose d’un ensemble suffisamment important de don-
des services haut de gamme. Dans ce cas, l’équation nées concernant des produits et que le dosage des carac-
(7.22) d’un modèle à variables multiples devient : téristiques techniques varie suffisamment d’un produit à
un autre, la régression hédonique produit des estimations
Prix = β0 β1z β 2z β3z .... β nz ε
1 2 3 n
des prix implicites des caractéristiques. On trouvera un
exposé de la théorie sur laquelle reposent ces estimations
ou ln prix = ln β 0 + z 1 ln β 1 + z 2 ln β 2 + z 3 ln β 3 + .... au chapitre 21. Les paragraphes qui suivent proposent di-
verses manières de mettre en œuvre la méthode.
z 3 ln β 3 + ..... z n ln β n + ln ε (7.23) 7.101 Il convient tout d’abord de dire un mot au
sujet de l’interprétation des coefficients des régressions
hédoniques. La question est traitée de manière approfon-
À noter qu’il s’agit là d’une forme semi-logarithmique; die au chapitre 21; nous nous contenterons ici d’en résu-
seule la variable du côté gauche de l’équation, soit le mer les conclusions. On a souvent pensé, à tort, que ces
prix, est exprimée sous forme logarithmique. Chacune coefficients correspondaient à des estimations de la va-
des caractéristiques techniques z intervient dans la ré- leur d’usage plutôt que du coût. La valeur d’usage entre
gression sans recourir à la forme logarithmique. Cela dans l’élaboration d’un indice des prix à la consomma-
offre l’avantage d’inclure à droite les variables indica- tion tandis que le coût entre dans celle d’un indice des
trices correspondant à l’existence ou à l’absence de telle prix à la production. Rosen (1974) a constaté que les
ou telle caractéristique. Ces variables indicatrices cor- coefficients hédoniques peuvent exprimer à la fois la va-
respondent à la valeur 1 si le produit possède la carac- leur d’usage et le coût, reflétant ainsi les effets de l’offre
téristique et à zéro s’il en va autrement. Les questions et de la demande. Se pose donc ce que les économétri-
afférentes au choix de la forme fonctionnelle sont trai- ciens appellent un problème d’identification : les don-
tées de manière plus approfondie au chapitre 21. nées observées ne permettent pas d’estimer les para-
7.99 En calculant les logarithmes de la première mètres sous-jacents de l’offre et de la demande.
équation (7.23) on arrive à la deuxième équation dont la Supposons que la technologie de production soit la
forme est linéaire. On peut ainsi utiliser un estimateur même pour tous les vendeurs, mais que les goûts des

140
AJUSTEMENT AUX CHANGEMENTS DE QUALITÉ

acheteurs diffèrent. La fonction hédonique décrit alors pour autant qu’il n’y ait aucun intérêt à examiner les
les prix des caractéristiques techniques que le vendeur cœfficients hédoniques dans une démarche visant à
offrira au moyen de la technologie en vigueur, pour sa- évaluer les estimations des équations hédoniques. Pre-
tisfaire les diverses préférences des acheteurs. Les goûts mièrement, beaucoup de travaux empiriques ont été ef-
de ces derniers variant, ce que l’on observe sur le marché fectués dans ce domaine et, dans la plupart des cas, les
est le résultat des efforts des entreprises soucieuses de résultats relatifs à tels ou tels coefficients sont très rai-
s’adapter à ces goûts à partir de moyens technologiques sonnables. Même dans la durée, un coefficient peut rai-
et de bénéfices constants. La fonction de prix hédonique sonnablement tendre à la baisse (van Mulligen, 2003).
met en évidence la structure de l’offre. Supposons main- Les coefficients dénués de sens sont l’exception et il
tenant que les vendeurs diffèrent mais que les goûts des convient de les examiner avec soin. Deuxièmement,
acheteurs soient identiques. Dans ce cas, la fonction hé- une équation estimée dont les coefficients ont un sens
donique p(z) révèle la structure de la demande. L’hypo- et une bonne capacité de prévision devrait inspirer une
thèse de l’uniformité des goûts ne paraît pas très réaliste; plus grande confiance qu’une équation dont les
en revanche celle de l’uniformité des technologies semble coefficients ont une bonne capacité de prévision mais
l’être, surtout lorsqu’il n’y a pas de restriction à long n’ont pas d’interprétation. Troisièmement, si le
terme limitant l’accès aux technologies. Traitant de l’éla- coefficient d’une caractéristique n’est pas sensé, cela
boration d’un indice des prix à la consommation, peut être imputable à une multicolinéarité (un problème
Griliches (1988, p. 120) fait l’observation suivante : de données). Il convient alors d’étudier si tel est bien le
À mon avis, l’approche hédonique essaie d’estimer les
cas (voir appendice 21.1 du chapitre 21).
contraintes budgétaires auxquelles se heurtent les con- 7.103 On trouvera ci-dessous des considérations
sommateurs, ce qui permet l’estimation des prix «man- sur la mise en œuvre des méthodes hédoniques visant à
quants» lorsqu’il y a un changement de qualité. Elle n’a estimer des ajustements de qualité entre produits appa-
pas pour objet d’estimer des fonctions d’utilité en soi, riés qui ne sont plus disponibles. Considérons les pro-
bien qu’elle puisse aussi se révéler utile à cet égard … ce duits l, m et n; le produit l est disponible aux périodes t
qu’elle se propose d’estimer, c’est le point d’intersection et t+2, l’«ancien» produit m est diponible uniquement à
des courbes de demande de consommateurs aux goûts la période t et le produit remplaçant n uniquement à la
divers et des courbes d’offre de producteurs dont les période t+2. Les produits sont définis en fonction de
technologies de production peuvent varier. Sauf circons- leurs caractéristiques qualitatives z, le produit m, par
tances exceptionnelles, il est peu probable que l’on par-
vienne à établir les fonctions sous-jacentes d’utilité et de
exemple, étant z tm et le prix du produit m à la période t
coût uniquement à l’aide de ces données. étant, comme indiqué ci-dessous, ptm. La comparaison
t t+2
de prix pl et pl de produits appariés dotés des carac-
t t+2
Il faut donc adopter une position pragmatique. Dans téristiques zl et z l ne soulève aucune difficulté
biens des cas, l’ajustement implicite des prix au change- puisqu’ils ont les mêmes caractéristique de qualité de l.
ment de qualité décrit aux paragraphes 7.44 à 7.71 risque Le problème se pose cependant dans le cas du produit
de ne pas être adapté du fait du manque de validité des m. Une méthode d’imputation hédonique prédirait le
hypothèses. Les besoins pratiques de statistiques écono- prix des caractéristiques du produit m à la période t+2
miques exigent alors des ajustements explicites de qua- aux prix des caractéristiques provenant d’une régres-
t +2
lité. Ne rien faire sous prétexte que les mesures ne sont sion hédonique estimée à la période t+2, soit p̂m .
pas conceptuellement appropriées reviendrait à faire ab-
straction du changement de qualité et, partant, à aboutir à Produit/période t t+2
des résultats erronés. Les procédés hédoniques sont un
outil important qui permet de mettre à profit les données l pt p t+2
l l
sur la relation qualité-prix provenant d’autres produits m pt p̂mt+2
m
sur le marché pour ajuster des prix aux changements n p̂ t p t+2
d’une ou de plusieurs caractéristiques. n n

7.102 Pour utiliser les régressions hédoniques à


bon escient il faut examiner les coefficients des équa- Dans ce cas, les caractéristiques du produit m sont
t +2 t
tions estimées afin de déterminer leur pertinence. maintenues constantes dans la comparaison p̂m / pm .
Certes, vu la multitude de goûts et de technologies et Une méthode semblable peut s’appliquer au produit
t
l’interaction de l’offre et de la demande à la base des remplaçant n en utilisant pnt+2 / p̂n . Dans cette comparai-
coefficients estimés (chapitre 21), on peut penser qu’il son, les caractéristiques du produit n sont maintenues
soit peu probable d’obtenir des estimations «raison- constantes et comparées aux prix à la période t+2 et à la
nables» au moyen de telles régressions. Par exemple, période t. Ces méthodes d’imputation sont brièvement
obéissant à un plan stratégique à long terme, une entre- exposées plus loin. Il y a pourtant une deuxième ap-
prise peut décider de réduire la marge bénéficiaire liée proche, fondée sur un ajustement. Dans ce cas, les
à une caractéristique donnée, ce qui peut se traduire par caractéristiques du produit remplaçant n sont détermi-
t+2
un coefficient négatif pour une caractéristique recher- nées et comparées à celles de l’ancien produit m, (z n –
t
chée (Pakes, 2001). Il ne faut cependant pas conclure z m), et l’on utilise des coefficients estimés des équa-

141
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

tions hédoniques pour estimer la valeur de la diffé- Autrement dit, le prix du nouveau modèle est ajusté.
rence. Ces deux méthodes, l’imputation hédonique et Dans ce cas, les caractéristiques du produit n sont insé-
l’ajustement hédonique, sont analysées ci-dessous de rées du côté droit d’une régression estimée à la pé-
manière plus approfondie. Cette estimation et «inser- riode t. Les comparaisons de prix de l’équation (7.25a)
tion» de prix manquants se distingue nettement de peuvent être pondérées par wmt , comme peuvent l’être
l’utilisation des indices de prix hédoniques dont il est celles de son prix remplaçant dans l’équation (7.25b).
question aux paragraphes 7.132 à 7.149 et au chapitre 7.106 Une autre solution consiste à utiliser la
21. On y utilise les régressions hédoniques pour obtenir moyenne géométrique des formulations des équations
des indices hédoniques de prix globaux ajustés aux (7.25a) et (7.25b) en se fondant sur des considérations
changements de qualité en utilisant un échantillon de semblables à celles présentées au chapitre 15 et par Die-
toutes les données à chaque période sans insertion. wert (1997) concernant les indices similaires.
L’«insertion» des prix manquants est une application 7.107 Imputation hédonique : valeur prévue avec
partielle de l’approche hédonique utilisée dans le cas valeur prévue. Cette méthode s’appuie sur des valeurs
des imputations relatives à des produits manquants ou à prévues dans le cas, disons, du produit n aux deux pé-
des produits remplaçants non comparables lorsque l’on riodes, par exemple, pnt+2 / p̂nt . Supposons qu’il y ait une
utilise la méthode des modèles appariés et que le prix erreur de spécification dans l’équation hédonique. Par
d’un produit vient à manquer. exemple, il peut y avoir un effet d’interaction entre une
7.104 Imputation hédonique : valeur prévue avec variable fictive (relative à une marque) et une caractéris-
valeur effective. Selon cette approche, une régression tique technique — entre, disons, Dell et la vitesse de trai-
hédonique du logarithme naturel du prix du modèle i à tement pour reprendre l’exemple du tableau 7.4. La pré-
la période t sur l’ensemble de ses caractéristiques z kit est sence des deux caractéristiques à la fois peut présenter
estimée pour chaque mois à l’aide de l’équation : une plus grande valeur en termes de prix (sous forme
semi-logarithmique) que si l’on considère toutes les
K composantes séparément (pour l’illustration des effets
ln pi = β 0 + ∑ β k z ki + ε i (7.24) d’interaction, voir Curry et al., 2001). L’utilisation de
t t t t t

k =1 pnt+2 / p̂nt serait trompeuse puisque le prix effectif dans le


numérateur inclurait le surcoût de 5 % tandis que le prix
Supposons que le prix d’un produit disponible m en jan- prévu selon une forme semi-logarithmique ne l’inclurait
vier (période t) ne soit pas disponible en mars (période pas. Lorsqu’on utilise cette approche, il faut savoir qu’un
t+2). Le prix du produit m en mars peut être prévu en in- prix effectif enregistré est remplacé par une imputation.
sérant les caractéristiques de l’ancien produit non dispo- Cela n’est certes pas souhaitable, mais le type de biais
nible m dans l’équation estimée de régression de mars. dont il est question ci-dessus ne l’est pas non plus. Die-
La même règle s’applique aux mois qui suivent. Le prix wert (2002e) analyse un problème semblable et suggère
prévu de cet ancien produit en mars et la comparaison un ajustement pour réaligner le prix effectif sur le prix
avec le prix de janvier (période t) correspondent, respec- hédonique. Les comparaisons fondées sur des valeurs
tivement, à : prévues aux deux périodes s’expriment comme suit :

[
pˆ mt+2 = exp β 0
t +2
+ ∑ βk
k
t+ 2
z kt ,m ] et pˆ mt+ 2 / pmt p̂nt+2 / p̂nt dans le cas du nouveau produit
p̂mt+ 2 / p̂mt dans le cas du produit ancien
(7.25a) ou à disparaître, ou
Autrement dit, le prix non observé de l’ancien modèle à [( p̂nt+2 / p̂nt )( p̂mt+ 2 / p̂mt )]1/2 (7.26)
la période t+2 est estimé et inséré. Dans l’exemple du
comme moyenne géométrique des deux.
tableau 7.1(a), p̂23, p̂24, etc. et p̂63, p̂64, etc. seraient esti-
més et comparés à p̂21 et p̂61, respectivement. Les prix 7.108 Ajustement hédonique : Cette approche prend
estimés au moyen de l’équation de régression seraient en considération un produit remplaçant pour estimer les
inscrits dans les espaces vides correspondant aux pro- écarts entre les caractéristiques k du produit remplaçant
duits 2 et 6 au tableau 7.1(a). n à la période t+2, par exemple, et celles du produit m à
7.105 Il y a une autre méthode qui consiste à sélec- la période t. On estime un prix prévu de m ajusté de ma-
tionner un produit remplaçant n pour chaque produit m nière à ce qu’il soit compatible avec n à la période t, soit
qui n’est pas disponible. Dans ce cas, le prix de n à la p̂mt+ 2, et on le compare au prix effectif pmt , où
période t+2 est connu et il faut un prix prévu pour n à la
période t. Le prix prévu du nouveau produit et la com-
paraison nécessaire des prix s’expriment comme suit : >
pˆ mt  2 ={ pnt  2 exp  ¦k E kt 2 ( z nk
t 2 t
 z mk ) @ (7.27a)

on peut, autrement, estimer le prix prévu de n ajusté de


t
n [
pˆ = exp β + ∑ k β z
t
0
t
k
t+ 2
k , mn ] et p t+ 2
n / pˆ t
n (7.25b)
manière à ce qu’il soit compatible avec m à la période t,
soit p̂nt , et on le compare au prix effectif pnt+2, où

142
AJUSTEMENT AUX CHANGEMENTS DE QUALITÉ

pˆ nt ={ pmt exp >¦ E ( z


k
t
k
t 2
nk
t
 z mk ) @ (7.27b) coefficients — les prix virtuels de chaque caractéristique
technique — sont constants. Les prix prévus diffèrent
néanmoins car des quantités différentes des caractéris-
Ici les ajustements sont effectués à l’aide de valeurs pré- tiques sont inscrites au numérateur et au dénominateur :
vues. Toutefois, contrairement aux formulations de les caractéristiques du produit remplaçant n sont ajoutées
l’équation (7.27b), par exemple, p̂nt peut être estimé en aux numérateurs et celles du produit ancien m au déno-
appliquant le sous-ensemble des caractéristiques k qui minateur. On mesure ainsi la variation de prix après sup-
distinguaient m de n, à leur prix implicite respectif à la pression (par une division) du changement de quantité
période t estimé au moyen de la régression hédonique et des caractéristiques pour chaque produit à un prix cons-
en ajustant le prix de pmt.. Par exemple, si le produit rem- tant de la période t. Bien entendu, théoriquement l’esti-
plaçant le plus proche du produit 2 est le produit 3, on mation constante au moyen d’une régression à la période
définit les caractéristiques qui différenciaient le pro- t+2 serait tout aussi valide et une moyenne géométrique
duit 3 du produit 2 pour estimer ensuite le prix à la pé- des deux constituerait une méthode optimale. Si les ré-
riode de référence, p 31, en ajustant p 21, à l’aide des gressions hédoniques ne peuvent être effectuées en
coefficients appropriés de la régression hédonique de ce temps réel, il s’agit là d’une solution de compromis. À
mois. Prenons le cas des lave-linge et supposons que le mesure que s’accroît l’écart entre les résultats de la pé-
produit 2 ait une vitesse de rotation de 800 tours par mi- riode de référence et ceux de la période en cours, la vali-
nute et le produit 3 une vitesse de 1.100 tours par mi- dité diminue. Les estimations de régression doivent donc
nute. Toutes choses étant égales par ailleurs, le prix vir- être régulièrement mises à jour en s’appuyant sur des es-
tuel de l’écart de 300 tours par minute serait estimé au timations des périodes en cours et antérieures. De plus,
moyen d’une régression hédonique et p 21 serait ajusté à les résultats doivent être comparés rétrospectivement
des fins de comparaison avec p 33. Il convient de signaler pour vérifier leur validité.
que si les variables z dans l’ensemble des caractéris-
tiques sont parfaitement indépendantes les unes des
autres, les résultats de cette approche seront semblables Limites de la méthode hédonique
à ceux de l’équation (7.25). En effet, l’interdépendance 7.110 Il ne faut pas perdre de vue les limites de la
entre les variables du côté droit de l’équation hédonique méthode hédonique. On en trouvera ci-dessous un
— leur multicolinéarité — aboutit à des estimations im- aperçu (voir aussi le chapitre 21). Premièrement, la mé-
précises des coefficients (voir chapitre 21). Les imputa- thode exige des connaissances statistiques poussées
tions hédoniques et les ajustements de type (7.25b) et pour estimer les équations. La disponibilité de logiciels
(7.27b) ont un avantage par rapport à leurs contreparties conviviaux permettant d’effectuer des régressions faci-
(7.25a) et (7.27a) puisqu’il n’est pas nécessaire de lite les choses. Les logiciels statistiques et économé-
mettre à jour pour chaque période l’équation de régres- triques comportent une gamme de tests qui aident à dé-
sion. Toutefois, (7.25b) et (7.27b) comparent effective- terminer si la formulation définitive –du modèle est
2
ment un panier fixe de caractéristiques de la période en satisfaisante. On citera notamment le R , comme me-
cours tandis que (7.25a) et (7.27a) comparent un panier sure de la capacité explicative globale de l’équation,
fixe de caractéristiques techniques de la période de réfé- ainsi que les tests statistiques F et t pour déterminer si
rence. Il n’y a aucune raison de préférer l’un à l’autre et les écarts entre les coefficients des variables explicatives
si l’écart entre les deux indices est important, c’est avec sont simultanément et individuellement différents de
prudence qu’il faudrait utiliser l’une ou l’autre par op- zéro à des niveaux déterminés de signification statis-
position à une moyenne géométrique des deux. Une tique. La plupart de ces statistiques utilisent les erreurs
mise à jour régulière des régressions hédoniques mini- de l’équation estimée. L’équation de régression peut
misera vraisemblablement l’écart. être utilisée pour prévoir le prix de chaque article en in-
7.109 Ajustement hédonique indirect. Un ajuste- cluant les valeurs des caractéristiques des produits dans
ment indirect peut s’opérer pour la période en cours; il les variables explicatives. Les écarts entre les prix effec-
suffit d’estimer une régression hédonique à la période tifs et ces résultats prévus correspondent aux erreurs ré-
de référence t, en utilisant : siduelles. Divers facteurs, notamment l’hétéroscédasti-
cité (des variances non constantes des résidus, signe
pnt 2 p nt (7.28) probable de non-linéarité ou d’omission de variables
pmt p mt explicatives pertinentes), la distribution non normale
des erreurs ou la multicolinéarité (où deux ou plusieurs
Le premier terme est la variation de prix entre le produit variables explicatives sont reliées entre elles) peuvent
ancien et le produit remplaçant aux périodes t et t+2, res- produire des résultats biaisés ou imprécis, et donc trom-
pectivement. Mais la qualité du produit a également subi peurs. La multicolinéarité a d’ailleurs été présentée
un changement, de sorte que cette variation de prix doit comme «le poison des régressions hédoniques» (Tri-
être divisée par une expression du changement de qua- plett, 1990). Ces questions économétriques ont été ana-
lité. Le deuxième terme utilise la régression hédonique à lysées dans le contexte des régressions hédoniques
la période t au numérateur et au dénominateur. Les (Berndt, 1991; Berndt et al., 1995; Triplett, 1990; Gor-

143
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

don, 1990, Silver, 1999, et au chapitre 21) et, d’une ma- et indiquent la proportion expliquée de la variation de
nière plus générale, par Kennedy (1998) et Maddala prix par de nombreux produits et marques. En soi, elles
(1988). Pour les raisons mentionnées ci-dessus, si l’on ne sont pas un indice des erreurs de prévision liées à un
devine une multicolinéarité, il y a lieu de recourir à des produit d’une marque donnée, distribué dans un point
valeurs prévues plutôt qu’à des coefficients particuliers. de vente particulier dans une période future, mais elles
7.111 Deuxièmement, il convient de mettre réguliè- peuvent en être une composante importante.
rement à jour les coefficients estimés. Si c’est l’ancien 7.113 Quatrièmement, il y a la question de la forme
produit qui est ajusté, la comparaison des prix porte sur des fonctions et du choix des variables à inclure dans le
le prix de l’ancien produit à une période de référence modèle. Les formes simples donnent généralement de
quelconque ajusté en fonction de l’écart de qualité bons résultats. Entrent dans cette catégorie les formes li-
(entre le nouveau produit et l’ancien), en utilisant les néaires, semi-logarithmiques (logarithme du côté
coefficients d’une équation hédonique estimée à la pé- gauche de l’équation) et bilogarithmique (logarithmes
riode de référence du prix comme estimations de la va- des deux côtés de l’équation). Ces questions sont abor-
leur de ces écarts, comme dans (7.27b). À première vue, dées au chapitre 21. La spécification d’un modèle doit
il n’est pas nécessaire de procéder à une mise à jour inclure toutes les caractéristiques influant sur le prix.
mensuelle des coefficients estimés. Pourtant, l’estima- Certains auteurs recommandent des formes très simples
tion d’une caractéristique à la période de référence du comportant un nombre minimum de variables sous ré-
prix peut s’écarter sensiblement de son estimation à la serve que la capacité prévisionnelle soit élevée (Koski-
nouvelle période. Par exemple, une caractéristique don- mäki et Vartia, 2001). Shepler (2000) inclut 33 variables
née qui coûte aujourd’hui 10 % de plus coûtait seule- dans ses régressions hédoniques de réfrigérateurs — un
ment 5 % de plus à la période de référence car l’on sou- produit relativement homogène. Ces variables com-
haitait la promouvoir à cette caractéristique à l’étape prennent neuf variables fictives pour la marque et quatre
initiale. Continuer d’utiliser des coefficients anciens pour la couleur, cinq catégories de points de vente, trois
pour effectuer des ajustements de prix à la période en régions comme variables de contrôle et onze caractéris-
cours revient à utiliser des pondérations d’une période tiques techniques, dont la capacité, le type d’appareil à
de référence qui n’est plus pertinente. La comparaison glaçons, les dispositifs économiseurs d’énergie, les ti-
aura beau être bien définie, elle ne présentera que très roirs supplémentaires, l’isolation acoustique et l’humi-
peu d’intérêt. Si, pour tenir compte des changements de dification et le filtrage. Les études partent en général
qualité, on ajuste le prix du produit ancien de la période d’un nombre élevé de variables explicatives et d’un mo-
de référence à partir d’estimations hédoniques à cette dèle économétrique exprimant la relation. Le modèle
période, ces estimations doivent être actualisées si l’on final est, lui, beaucoup plus spécifique et comporte
estime qu’elles sont dépassées (par exemple, du fait moins de variables. La réduction du nombre de va-
de l’évolution des goûts ou des technologies), et les riables est tributaire des résultats obtenus dans l’appli-
nouvelles comparaisons doivent être ajoutées aux an- cation de diverses formulations et de l’observation de
ciennes. Lorsqu’on utilise des imputations ou des ajus- leurs effets sur les tests statistiques de signification, no-
tements, il est donc recommandé de mettre régulière- tamment de la conformité générale du modèle et de la
ment à jour les régressions hédoniques, surtout si les concordance des signes et de la grandeur des
paramètres donnent des signes d’instabilité. Dans l’idéal coefficients avec ceux des prévisions antérieures. Reese
il conviendrait d’utiliser une moyenne géométrique, soit (2000), par exemple, après avoir effectué une régression
de (7.25a) et (7.25b), soit de (7.27a) et (7.27b), mais il hédonique sur les manuels universitaires aux États-Unis
faudrait pour cela actualiser les régressions hédoniques comportant 50 variables explicatives, a finalement
en temps réel. réduit ce nombre à 14 en ne perdant que très peu de la
7.112 Troisièmement, l’échantillon des prix et des capacité explicative.
caractéristiques techniques utilisés dans le cas des ajus- 7.114 Enfin, Bascher et Lacroix (1999) ont dressé
tements hédoniques doit convenir à la fin poursuivie. Si une liste des conditions à remplir pour définir et appli-
les prix et les caractéristiques proviennent d’un point de quer correctement les ajustements hédoniques de qua-
vente ou d’un type de point de vente particulier, ou en- lité dans le contexte de l’indice des prix à la consom-
core d’un site Internet, et qu’ils servent ensuite à ajuster mation. Ils notent d’ailleurs qu’elles exigent un
des prix non comparables de produits vendus dans des investissement considérable sur une longue période et
points de vente de nature très différente, il faut alors notamment :
qu’au moins intuitivement l’utilité marginale des carac- • des compétences intellectuelles et suffisamment de
téristiques soit semblable dans les différents points de temps pour élaborer et réestimer le modèle, et pour
vente considérés. Un principe similaire s’applique aux l’utiliser lorsque des produits sont remplacés;
marques des produits faisant partie de l’échantillon uti-
lisé pour la régression hédonique. Il faut savoir qu’un • l’obtention de renseignements détaillés et fiables sur
– 2 les caractéristiques techniques des produits;
R élevé ne suffit pas à lui tout seul pour garantir la fia-
bilité des résultats. Les valeurs élevées résultent de ré- • une infrastructure adéquate pour recueillir, vérifier et
gressions sur des périodes antérieures à leur utilisation traiter les informations.

144
AJUSTEMENT AUX CHANGEMENTS DE QUALITÉ

7.115 Les méthodes hédoniques peuvent également 7.117 Le graphique 7.3 décrit la démarche à suivre.
améliorer l’ajustement de la qualité relatif à l’indice des Supposons que l’on utilise la méthode de l’appariement
prix à la consommation en indiquant quels attributs d’un de produits. Si on apparie le produit pour établir un nou-
produit ne semblent pas avoir un impact sensible sur les veau prix et qu’il n’y a aucun changement de spécifica-
prix. Autrement dit, si un produit remplaçant diffère de tion, aucun ajustement de qualité n’est requis. Il s’agit
l’ancien produit uniquement au regard de caractéristiques là de la procédure la plus simple. Toutefois, une mise en
techniques qui, selon l’étude hédonique, n’influent pas sur garde s’impose. Si le produit relève d’une technologie
les prix, il semblerait logique de traiter ce produit comme de pointe où les modèles sont remplacés rapidement,
comparable ou équivalent au produit ancien et de considé- l’échantillon apparié risque de ne plus être représentatif
rer tout écart de prix comme une variation pure de prix. Il de l’univers des transactions. L’appariement peut par
faut cependant procéder avec prudence car la multicolinéa- ailleurs être chaîné, les prix des produits à une période
rité des estimations de régression a cela de particulier que étant appariés à ceux de la période précédente pour for-
du fait des imprécisions des estimations de paramètres, les mer un chaînon. L’indice-chaîne apparié est alors cons-
tests statistiques risquent de ne pas rejeter les hypothèses titué d’une série de chaînons successifs d’appariements
nulles qui sont fausses, autrement dit n’apparaissent pas reliés par une succession de multiplications. On peut par
comme significatives les estimations de paramètres qui ailleurs utiliser des indices hédoniques qui n’exigent pas
pourtant le sont. Les résultats de ces régressions peuvent d’appariement. L’utilisation de ces méthodes est analy-
néanmoins utilement renseigner sur la contribution des di- sée aux paragraphes 7.132 à 7.149. En tout état de
verses caractéristiques techniques à la variation de prix et cause, il importe de veiller à un rééchantillonnage plus
partant, faciliter la sélection des produits remplaçants. régulier des produits. Un appariement continu dans la
Dans le cas concret des variations du prix de l’habillement durée épuiserait l’échantillon et il faudrait alors trouver
pour l’indice des prix à la consommation aux États-Unis un cadre de rechange à l’appariement à long terme.
(Reinsdorf, Liegey et Stewart, 1996), on a souvent cité 7.118 Supposons que la qualité d’un produit change
comme atouts de fiabilité du calcul de ces variations la et qu’un produit remplaçant soit disponible. La sélection
confiance accrue et les ajustements de qualité issus de d’un produit comparable ayant les mêmes spécifications
l’approche hédonique, de même que la moindre dépen- et l’utilisation de son prix comme remplacement compa-
dance à l’égard du «chaînage». Les résultats des régres- rable exigent qu’aucune part de l’écart de prix ne soit at-
sions hédoniques ont un rôle à jouer dans la détermination tribuable à la qualité et que tous les facteurs influant sur
des caractéristiques influant sur les prix et ils peuvent faci- le prix soient inclus dans la spécification. Il faut en outre
liter la mise au point de listes de contrôle de la qualité pour que le produit remplaçant soit représentatif et qu’il repré-
le recueil de données sur les prix (chapitre 6). sente une part raisonnable des ventes. La prudence s’im-
pose lorsqu’il s’agit de remplacer des produits presque
obsolètes, dont les prix en fin de cycle de vie sont aty-
Choix entre les méthodes piques, par des produits similaires dont les ventes sont re-
d’ajustement des prix par lativement faibles ou par des produits qui se vendent bien
les changements de qualité mais qui se situent à des stades différents de leur cycle de
vie. On trouvera ci-dessus et au chapitre 8 des stratégies
7.116 Choisir une méthode d’ajustement des prix pour parer à ce genre de situations, y compris les substi-
aux changements de qualité est un procédé complexe. tutions précoces effectuées avant que ne se produisent des
L’analyste doit tenir compte de la technologie et du infléchissements dans les stratégies de prix.
marché de chaque produit élémentaire et mettre au point 7.119 Le graphique 7.3 illustre le cas où des écarts
des méthodes appropriées. Cela ne signifie pas pour au- de qualité peuvent être chiffrés. Les estimations expli-
tant que les méthodes retenues pour un groupe de pro- cites sont généralement jugées plus fiables mais elles
duits soient sans rapport avec celles d’autres groupes de exigent plus de ressources, au moins dans la phase ini-
produits. Les connaissances acquises grâce à une mé- tiale; une fois qu’une méthode appropriée a été mise au
thode peuvent contribuer à étendre son application et point, elles peuvent souvent être facilement reproduites.
l’utilisation intensive de ressources pour un produit élé- Il est plus difficile d’établir des principes généraux en
mentaire peut aboutir à des méthodes plus économes ce domaine car le choix dépend des nombreux facteurs
pour un autre produit. Les méthodes appliquées à un mentionnés ci-dessus, lesquels sont susceptibles de
même groupe de produits peuvent varier d’un pays à rendre les estimations plus fiables dans chaque situa-
l’autre du fait des différences d’accès aux données, de tion. Dans tout cela, il importe de privilégier la qualité
relations avec les gérants de points de ventes, de res- des données sur lesquelles se fondent les estimations.
sources, de production et de marché. Les principes à Faute de données fiables, des appréciations sont pos-
suivre dans le choix d’une méthode s’inspirent directe- sibles. Les différences entre produits sont souvent plutôt
ment des caractéristiques des méthodes exposées plus techniques, de sorte qu’il est très difficile de les définir
haut. Pour retenir la méthode appropriée il importe de et de les quantifier. La fiabilité de la méthode est tribu-
bien comprendre les choix en présence et les hypothèses taire des connaissances des experts et de la variance des
implicites et explicites sur lesquelles elles s’appuient. opinions. Il est donc préférable de s’en remettre à des

145
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

Graphique 7.3 Ordinogramme des ajustements de qualité

Non
Y a-t-il eu changement de spécification?

Oui
Continuer d'utiliser l'appariement
des produits

Y a-t-il eu changement
de qualité?
Non

Oui
Oui
Appréciation d'expert
Dispose-t-on d'un
La différence de qualité peut-elle produit remplaçant?

être quantifiée?

Ajustement de quantité
Non Oui – Faire un ajustement explicite

Coûts de production
Un produit Aucun produit
Un produit
remplaçant est remplaçant
remplaçant est
disponible :
disponible :
supposer que
supposer que Prix d'option
l'écart de prix
l'écart n'est aucune-
est entièrement
ment attribuable
attribuable
à la qualité
à la qualité
Méthodes hédoniques

Remplacement en équivalent
Les produits ancien et nouveau
sont-ils disponibles
simultanément?

Imputation du prix (globale, ciblée,


par les ajustements explicites)

Non
Oui
Reconduction du prix à l'identique

Chevauchement Dissemblable

Source : Graphique mis au point grâce à une version de Fenella Maitland-Smith et de Rachel Bevan, OCDE; voir aussi une version
de Triplett (2002).

estimations fondées sur des données objectives. De marges bénéficiaires de distribution constantes et où les
bonnes estimations des coûts de production dans les écarts entre l’ancien produit et le produit remplaçant
secteurs caractérisés par des technologies stables et des sont bien spécifiés sont, par définition, fiables. Toute-

146
AJUSTEMENT AUX CHANGEMENTS DE QUALITÉ

fois, les estimations de ces marges bénéficiaires sont su- ments de qualité des produits disponibles appariés et les
jettes à erreur, de sorte que la méthode du coût des op- prix ajustés aux changements de qualité de ceux qui ne
tions est généralement préférable. Il faut pour cela que sont pas disponibles (voir tableau 7.2 page 131). La na-
le nouveau et l’ancien produit se distinguent par des ture et l’ampleur du biais dépendent du caractère de
caractéristiques techniques facilement identifiables dont court ou de long terme des imputations (les imputations
les prix soient déterminés comme options séparées. de court terme étant jugées préférables) et des condi-
7.120 Le recours à des régressions hédoniques tions du marché (voir paragraphes 7.159 à 7.173). En
pour procéder à des insertions partielles se justifie par- pratique, l’imputation produit les mêmes résultats que la
faitement lorsqu’on dispose de données sur les prix et suppression du produit. L’inclusion de prix imputés peut
les caractéristiques techniques pour un éventail de pro- créer l’illusion d’un échantillon plus grand. L’imputa-
duits et que les caractéristiques permettent de bien ex- tion est moins susceptible d’introduire un biais lorsque
pliquer et de prédire la variabilité des prix tant du point la proportion de prix manquants est faible. On peut utili-
de vue du raisonnement a priori que des méthodes éco- ser le tableau 7.2 pour estimer les marges d’erreur aux-
nométriques. Leur utilisation convient lorsque le coût quelles elle donne lieu, puis juger de son acceptabilité.
d’une option ou d’un changement de caractéristique ne Le recours à l’imputation pour de nombreux produits ne
peut pas être déterminé séparément et doit être établi à se traduit pas nécessairement pas une multiplication des
partir des prix de produits vendus avec des spécifica- erreurs car, comme nous l’avons mentionné plus haut
tions différentes. Chaque coefficient de régression es- dans l’analyse de cette méthode, la direction du biais
timé est une estimation de l’effet sur le prix d’une va- n’est pas nécessairement systématique. Comme elle est
riation unitaire d’une caractéristique, les effets des d’application facile, cette méthode est économique dans
variations des quantités des autres caractéristiques le cas de groupes de produits comportant beaucoup de
ayant été neutralisés. Les estimations conviennent no- produits manquants. Toutefois, si elle est utilisée sur
tamment pour apprécier les variations de qualité d’un une grande échelle, il faut considérer soigneusement les
produit lorsque seules quelques caractéristiques don- hypothèses qui la sous-tendent. En tout état de cause,
nées varient et que l’évaluation est requise uniquement l’imputation ne doit pas être considérée comme une
au regard des variations de ces caractéristiques. Les ré- stratégie d’application générale et il est recommandé
sultats des régressions hédoniques peuvent servir à ci- aux offices de statistique de ne pas l’utiliser comme mé-
bler les caractéristiques pertinentes pour la sélection thode par défaut sans tenir compte de la nature des mar-
d’un produit. La synergie entre la sélection des prix (à chés, de la possibilité de cibler l’imputation et, si on uti-
partir de caractéristiques considérées comme détermi- lise un tel ciblage, de la viabilité des estimations au
nant les prix, selon la régression hédonique) et leur uti- regard de la taille des échantillons.
lisation postérieure à des fins d’ajustement de qualité 7.123 Si le produit ancien et le produit remplaçant
devrait donner de bons résultats. La méthode doit s’ap- sont disponibles simultanément et que l’on ne puisse
pliquer lorsque les ratios de remplacements non com- pas chiffrer l’écart de qualité, on peut recourir à une ap-
parables sont élevés et que les différences entre les pro- proche implicite en vertu de laquelle on estime que
duits anciens et les produits nouveaux peuvent être bien l’écart de prix entre l’ancien produit et le produit rem-
définies à l’aide de nombreuses caractéristiques. plaçant à la période où ils coexistent est imputable à la
7.121 Sans estimations explicites de la qualité et si qualité. Cette méthode du chevauchement, où un ancien
aucun produit remplaçant n’est jugé approprié, on peut produit est remplacé par un nouveau produit, considère
recourir à des imputations. L’utilisation des imputa- le ratio des prix d’une période comme une mesure des
tions est très avantageuse du point de vue des res- différences de qualité. Elle est utilisée implicitement
sources. Elle est relativement facile à utiliser, bien qu’il lorsque de nouveaux échantillons de produits sont éta-
convienne de vérifier la validité des hypothèses impli- blis. L’hypothèse selon laquelle les prix relatifs corres-
cites. Elle n’exige aucune appréciation subjective (à pondent aux écarts de qualité au moment du raccorde-
moins qu’elle ne soit ciblée) et revêt donc un caractère ment a peu de chances d’être valide si l’ancien produit
objectif. L’imputation par une moyenne spécifique est et le produit remplaçant sont à des stades différents de
préférable à l’imputation par une moyenne générale leur cycle de vie et que des stratégies de prix différentes
tant que la taille de l’échantillon sur lequel repose l’es- s’y appliquent. Par exemple, il se peut que le prix du
timation est adéquate. L’imputation par la moyenne des vieux produit soit sensiblement réduit pour épuiser les
ajustements explicites de qualité est préférable lorsque stocks et qu’il y ait écrémage des segments de marché
les modèles au début de leur cycle de vie remplacent susceptibles d’acheter les nouveaux modèles à des prix
ceux qui se rapprochent de la fin de leur cycle de vie, relativement élevés. Comme dans le cas de produits
bien que l’approche exige qu’il n’y ait pas de doute au remplaçants comparables, il est recommandé de procé-
sujet de la pertinence des remplacements en équiva- der rapidement à des substitutions pour qu’il y ait un
lence et des méthodes explicites utilisées. chevauchement lorsque les produits sont à des stades si-
7.122 Le biais résultant du recours à l’imputation milaires de leur cycle de vie.
est directement lié à la proportion des produits man- 7.124 À la lumière de ces considérations, le re-
quants et à l’écart entre les prix ajustés aux change- cours à la méthode du dissemblable ou à celle de la re-

147
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

conduction du prix n’est généralement pas recom- pend des stratégies de prix des entreprises concernant
mandé pour effectuer des imputations d’ajustement de les produits anciens et nouveaux.
qualité, à moins que les hypothèses implicites soient ju- 7.127 Ce biais d’échantillon existe pour la plupart
gées valides. des produits. Mais le cas de figure qui nous intéresse est
celui des marchés où les offices de statistique constatent
que la fréquence d’apparition de nouveaux produits et
Technologies de pointe l’obsolescence des anciens est élevée au point de mettre
et autres secteurs à taux en doute les résultats obtenus. Nous examinerons
de remplacement élevé d’abord quelques exemples de ces marchés puis deux
procédures : le recours à des indices de prix hédoniques
7.125 L’estimation des variations de prix des pro- (par opposition à l’insertion hédonique partielle men-
duits qui ne subissent pas de changement de qualité se tionnée ci-dessus) et le chaînage.
fait surtout au moyen de l’appariement des produits, les
méthodes indiquées ci-dessus s’appliquant lorsque l’ap-
pariement n’est pas possible. Mais qu’en est-il des sec- Quelques exemples
teurs où l’appariement ne fonctionne généralement pas 7.128 Koskimäki et Vartia (2001) ont tenté d’appa-
en raison des renouvellements très fréquents des rier des modèles d’ordinateurs personnels sur trois pé-
gammes de produits comportant des changements de riodes de deux mois chacune (printemps, été et au-
qualité? De par sa nature, l’appariement de prix de pro- tomne) en utilisant un échantillon de prix recueillis
duits identiques risque d’aboutir à un échantillon consi- dans le cadre d’une collecte ordinaire de prix pour l’in-
dérablement réduit. Il existe un univers dynamique de dice des prix à la consommation finlandais. Des 83 prix
tous les produits consommés et un univers statique de de printemps, seulement 53 ont pu être comparés à des
produits sélectionnés pour la révision des prix (Dalén, prix d’été et 16 également à des prix d’automne. En
1998a). Si, par exemple, l’échantillon démarre en dé- peu de temps, l’échantillon s’est rapidement déformé :
cembre, au mois de mai suivant l’univers statique com- sur les 79 modèles de l’automne, les 16 modèles appa-
prendra les prix appariés des produits disponibles en dé- riés avaient une vitesse moyenne de traitement de
cembre et en mai, mais il omettra les nouveaux produits 518 MHz alors que celle des 63 modèles restants non
non appariés introduits en janvier, en février, en mars, appariés était de 628 MHz; les capacités de disque dur
en avril et en mai, ainsi que les produits anciens non ap- étaient, respectivement, de 10,2 gigaoctets et de
pariés qui étaient disponibles en décembre mais qui ne 15,0 gigaoctets, et la part des processeurs hauts de
l’étaient plus en mai. Deux questions empiriques per- gamme (Pentium III et AMD Atl.) était, respective-
mettent de déterminer s’il y a un biais important. Pre- ment, de 25 % et de 49,2 %. Au cours de la période de
mièrement, l’échantillon est-il fortement réduit? Pour six mois, les prix des produits appariés n’ont pratique-
qu’il se produise un biais il faut que l’échantillon soit ment pas connu de variations. Une régression hédo-
fortement appauvri. Deuxièmement, les produits an- nique s’appuyant sur toutes les données a toutefois per-
ciens et nouveaux non appariés pourraient-ils avoir des mis d’établir que les prix ajustés aux changements de
prix ajustés aux changements de qualité sensiblement qualité avaient chuté d’environ 10 %. Autrement dit, si
différents de ceux des produits appariés de la période en les enquêteurs chargés du relevé des prix ont pour ins-
cours et de la période de référence? truction de garder les modèles jusqu’à ce qu’il faille les
7.126 L’appariement de prix de produits identiques remplacer, l’échantillon risque d’être de moins en
dans le temps peut se traduire par un échantillon de moins représentatif et d’accuser un biais en faveur des
moins en moins représentatif. Certains produits anciens produits de qualité inférieure. En l’occurrence, les va-
qui existaient lorsque l’échantillon a été établi ne sont riations de prix hédoniques ont chuté plus rapidement
peut-être plus disponibles et les nouveaux produits qui car, compte tenu des services offerts, les nouveaux mo-
entrent dans l’échantillon ne l’étaient sans doute pas du- dèles devenaient moins chers.
rant la période de référence. Il arrive que les produits 7.129 Kokoski et al. (1999) ont utilisé des régres-
qui sont sur le point de disparaître aient des prix relati- sions hédoniques pour une étude empirique comparant
vement peu élevés et que ceux des nouveaux produits les prix de produits alimentaires de diverses régions ur-
soient relativement élevés. En faisant abstraction de ces baines aux États-Unis à l’aide de données servant à éta-
prix on risque d’introduire un biais. Si l’on retient des blir l’indice américain des prix à la consommation. Les
produits anciens à prix peu élevés et que l’on néglige les coefficients des variables indicatrices censées indiquer
nouveaux produits à prix élevés l’indice peut être biaisé si les produits échantillonnés provenaient d’échantillons
à la baisse. À l’inverse, dans certains secteurs, il arrive récemment mis à jour (indicatrice = 1) ou d’échantillons
que le nouveau produit apparaisse à un prix relative- antérieurs aux mises à jour (indicatrice = 0) affichaient
ment faible et que l’ancien produit devienne obsolète à un signe négatif, indiquant par là que les prix ajustés
un prix relativement élevé (car il couvre une part minus- aux changements de qualité des produits récemment in-
cule du marché) (Berndt et al., 2003). Dans ce cas, il se clus dans l’échantillon étaient inférieurs à ceux des an-
produirait un biais à la hausse. La nature du biais dé- ciens produits.

148
AJUSTEMENT AUX CHANGEMENTS DE QUALITÉ

7.130 Silver et Heravi (2002) ont constaté une dé- ternet ou d’associations professionnelles, mais il
gradation de l’échantillon en appariant les prix de ma- importe de recueillir des prix de transaction, par opposi-
chines à laver le linge au Royaume-Uni sur une période tion à des prix nominaux.
d’un an. En décembre, les modèles utilisés pour l’indice
de décembre/janvier ne représentaient plus que 53 % du Les indices de prix hédoniques
panier de modèles de janvier bien qu’ils aient compté
pour 81,6 % des dépenses de janvier. Les modèles de 7.132 Il importe de distinguer entre, d’une part,
machines à laver contribuant moins aux ventes ont dis- l’utilisation de régressions hédoniques pour effectuer
paru plus rapidement que les autres. Toutefois, les mo- des ajustements en fonction des changements de qualité
dèles restant en décembre représentaient seulement en présence d’un produit de substitution non compa-
48,2 % de la valeur des transactions en décembre. rable, comme le décrivent les paragraphes 7.90 à 7.115
L’échantillon actif afférent à l’univers des transactions et, d’autre part, leur utilisation en tant qu’indices de prix
de décembre s’était sensiblement détérioré. Les prix des hédoniques pour mesurer les variations de prix ajustés
produits appariés et non appariés différaient, de même aux changements de qualité. Les indices de prix hédo-
que leur qualité et leur âge. Même lorsque les prix niques sont appropriés lorsque le rythme et l’ampleur
étaient ajustés en fonction de la qualité au moyen de ré- des remplacements sont élevés car, premièrement, le re-
gressions hédoniques, les prix des modèles anciens non cours fréquent à des ajustements qualitatifs peut pro-
appariés étaient inférieurs à ceux des modèles appariés. duire des erreurs et, deuxièmement, l’échantillonnage
On a aussi constaté que les prix des modèles nouveaux reposera sur un univers de produits remplaçants/appa-
non appariés étaient relativement plus élevés. Les prix riés risquant d’être biaisé. Comme de nouveaux mo-
ajustés par la qualité baissaient plus vite dans l’échan- dèles apparaissent continuellement et que d’anciens mo-
tillon apparié que dans l’ensemble de l’échantillon : en- dèles disparaissent, la représentativité d’un échantillon
viron 10 % et 7 %, respectivement. Les résidus d’une ré- de produits appariés peut se détériorer et il peut se pro-
gression hédonique établis au moyen d’une surface duire un biais à mesure que les variations de prix des
hédonique commune et leur effet levier ont également produits anciens/nouveaux diffèrent de celles des pro-
été analysés. Les résidus des nouveaux produits non ap- duits appariés. Il faut établir un échantillon de produits
pariés étaient plus élevés que ceux des produits appariés, chaque mois et construire un indice de prix. Mais plutôt
alors que les résidus des modèles anciens non appariés que de faire la part des différences de qualité en appa-
étaient sensiblement moins élevés. Les observations de riant les produits, leur effet sera neutralisé au moyen des
produits non appariés avaient un effet levier (non pon- régressions hédoniques. Il convient de signaler que tous
déré) presque du double de celle des produits appariés; les indices décrits ci-dessous se fondent sur un nouvel
leur influence dans l’estimation des paramètres de échantillon de données à chaque période. Si un produit
l’équation de régression était beaucoup plus grande et nouveau apparaît, il est inclus dans l’ensemble des don-
leur exclusion plus grave. nées et la régression permet de faire la part des diffé-
7.131 Ces études montrent combien les échan- rences de qualité. De même, si des produits anciens sont
tillons peuvent se dégrader. Elles révèlent en outre que retirés, ils continuent de faire partie des données pour
les produits exclus non appariés peuvent être sensible- les indices des périodes où ils existent. Les paragraphes
ment différents des produits inclus. Nous examinerons 7.110 à 7.115 insistent sur la prudence qui doit accom-
deux méthodes pour faire face à ce type de situations : le pagner les régressions hédoniques lors des ajustements
recours à des indices de prix hédoniques (par opposition de qualité; on trouvera au chapitre 21 des considérations
à l’insertion hédonique partielle examinée plus haut) et théoriques et économétriques sur cette question. C’est
le chaînage. Toutes deux reposent sur un ensemble de également avec prudence qu’il faut utiliser les résultats
données d’un échantillon représentatif de produits et de des indices hédoniques (par souci de brièveté nous n’en
leurs caractéristiques techniques à chaque période. Les répéterons pas ici les raisons).
enquêteurs peuvent utiliser une liste de contrôle des 7.133 Le chapitre 17 définit des indices théoriques
caractéristiques lorsqu’ils procèdent au relevé des prix de prix et présente des formules d’indice pratiques pou-
(Merkel, 2000). Ils seront chargés de recueillir les prix vant servir à les encadrer ou les estimer. Le chapitre 21
et les caractéristiques techniques de plus d’un produit présente également des indices théoriques incluant des
dans chaque magasin, les produits étant les plus cou- biens présentant un ensemble inséparable de caractéris-
rants ou ceux qui se vendent le plus. Si un nouveau pro- tiques, et il est donc possible d’aborder le lien entre ces
duit apparaît et qu’il se vend bien ou qu’il est suscep- indices théoriques et les diverses formes d’indices hédo-
tible de bien se vendre, il est considéré comme produit niques. Diverses formes sont analysées au chapitre 21;
remplaçant ou supplémentaire et ses caractéristiques nous les résumons ci-dessous.
sont notées en fonction d’une liste de caractéristiques 7.134 Fonctions hédoniques comportant des indica-
importantes. La liste est dressée au moment de l’adop- trices temporelles. L’échantillon porte sur les deux pé-
tion de l’échantillon puis mise à jour selon les besoins. riodes comparées, à savoir t et t+2, et il n’est pas néces-
On peut également obtenir une liste de modèles et de saire d’apparier les produits. La formulation hédonique
prix auprès de cabinets d’études de marché, de sites In- régresse le prix du produit i, pi, sur les caractéristiques

149
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

k = 2,….K des produits zki. On estime une régression basée sur les ventes plutôt que sur les quantités. Deux
simple en utilisant les données des deux périodes com- produits peuvent se vendre en quantités égales, mais si
parées, l’équation comportant en outre une variable le prix de l’un est plus élevé, les variations de prix
indicatrice Dt+2 égale à 1 à la période t+2, et à zéro à doivent avoir une pondération elle aussi plus élevée
l’autre période : pour que les résultats soient économiquement fiables.
K En outre, Diewert (2002e) a démontré que les parts de
t+ 2
ln pi = β 0 + β 1 D + ∑ β k z ki + ε i (7.29) ventes devraient servir à former les pondérations
k=2 puisque ces ventes augmenteront, par exemple, à la pé-
riode t+2 avec les prix, et les valeurs résiduelles et leur
Le coefficient β1 est une estimation de la variation des variance seront ainsi plus élevées à la période t+2 qu’à
prix ajustée aux changements de qualité entre la période la période t. Dans un modèle de régression cette hété-
t et la période t+2. Il s’agit d’une estimation de la varia- roscédasticité est indésirable car elle accroît la variance.
tion du logarithme du prix qui fait la part des effets du Silver (2002) a en outre démontré que les pondérations
changement de qualité au moyen de l’expression effectives d’un estimateur MCP ne découlent pas uni-
∑K k=2β k z ki. Il y a lieu de noter qu’un ajustement de β1 quement des pondérations apparentes car entrent égale-
s’impose : il faut ajouter la moitié du carré de l’écart- ment en ligne de compte les résidus et les points leviers.
type de l’estimation, comme l’indiquent Goldberger Ces derniers sont d’ailleurs d’autant plus importants
(1968) et Teekens et Koerts (1972). Deux variantes de que les caractéristiques des observations s’éloignent des
l’équation (7.28) sont envisagées. La première est la ver- caractéristiques moyennes des données. Silver suggère
sion à base fixe directe qui compare la période t à la pé- de supprimer les observations à effet de levier relative-
riode t+2 comme signalé : janvier–février, janvier–mars, ment élevé et à faible pondération et de refaire une nou-
etc. La deuxième est une version chaînée mobile évaluée velle régression.
pour la période t avec t+1; puis pour la période t+1 avec 7.137 Indices hédoniques de période à période. Il
t+2, les chaînons étant reliés par des multiplications suc- est une autre méthode de comparaison de la période t et
cessives. On pourrait par exemple effectuer une compa- de la période t+2 qui consiste à estimer une régression
raison janvier–mars en multipliant l’indice janvier–fé- hédonique pour la période t+2 et à insérer les valeurs
vrier par l’indice février–mars. Bien entendu, il existe des caractéristiques de chaque modèle existant à la pé-
une version pleinement contrainte : une régression con- riode t dans la régression de la période t + 2 pour prédire
trainte unique pour, par exemple, janvier à décembre le prix de chacun de ses produits. On obtiendrait ainsi
comportant des variables indicatrices pour chaque mois. des prévisions des prix des produits existants à la pé-
t
Mais cette méthode ne peut s’appliquer en temps réel riode t fondées sur leurs caractéristiques z i , aux prix vir-
t+2 t
puisqu’il faut des données sur les observations futures. tuels de la période t + 2, p̂i (z i ). Ces prix (ou une
7.135 L’approche ci-dessus utilise les indicatrices moyenne) peuvent être comparés aux prix effectifs (ou à
t t
temporelles pour comparer les prix à la période 1 aux leur moyenne) des modèles à la période t, pi (z i ) comme,
prix de chaque période suivante. De ce fait, les para- par exemple, un indice hédonique de Jevons à la période
mètres β sont tenus constants sur la période faisant de référence :
l’objet de la comparaison. Une comparaison bilatérale à 1/ N t 1/ N t
⎡N ⎤ ⎡ N t+ 2 t ⎤ ⎡N
t t t
base fixe fondée sur l’équation (7.29) utilise les estima-
⎢ ∏ pˆ i ( z i )⎥ ⎢∏ pˆ i ( zi )⎥ ⎢∏ p
t+ 2 t
tions de paramètres contraints aux deux périodes et,
=⎣ ⎦ = ⎣ ⎦ = ⎣
i= 1 i =1 i =1
étant donné le nombre égal d’observations à chaque pé- PJHB 1/ N t 1/ N t
riode, correspond à une sorte de moyenne symétrique. ⎡N t ⎤ ⎡ t⎤ ⎡N
t
Nt

⎢ ∏ p i ( z i )⎥ ⎢∏ pˆ i ⎥ ⎢∏
t
Une formulation chaînée estimerait I1,4 , par exemple,
comme suit : I1,4 = I1,2 x I2,3 x I3,4. Dans chaque compa- ⎣ i= 1 ⎦ ⎣ i =1 ⎦ ⎣i
raison binaire avec données appariées, on attribue une 1/ Nt
⎡ N t +2 t ⎤
t
même pondération aux données de chaque période.
7.136 Ces formulations présentent un gros inconvé- ⎢∏ pˆ i ( z i ) ⎥
⎣ i =1 ⎦
nient en ce sens qu’elles n’ont pas de pondération expli- ≈= 1/ Nt
cite. En pratique, on peut employer un échantillonnage ⎡ Nt
t⎤ (7.30a)
avec seuil d’inclusion pour ne retenir que les produits ⎢∏ pi ⎥
les plus importants. Si on dispose de données de ventes, ⎣ i=1 ⎦
on devra utiliser un estimateur des moindres carrés pon-
dérés (MCP) par opposition à un estimateur des 7.138 Autrement, il est possible d’insérer les carac-
moindres carrés ordinaires (MCO). Lorsque sont mis au téristiques des modèles existants à la période t+2 dans
point des indices normaux, il va de soi qu’il ne faut pas une régression pour la période t. Les prix prévus des
attribuer la même pondération à chaque comparaison de produits à la période t+2 issus des prix virtuels à la pé-
prix puisque certains produits peuvent rapporter plus de riode t, pit(zit+2), sont les prix de produits existant à la pé-
recettes que d’autres. Il en va de même pour les indices riode t+2 estimés aux prix de la période t et ces prix (ou
hédoniques. Diewert (2002e) préconise une pondération une moyenne) peuvent être comparés aux prix effectifs

150
AJUSTEMENT AUX CHANGEMENTS DE QUALITÉ

(ou à leur moyenne) à la période t + 2, pit+2(zit+2 ); un in- perlatives, notamment l’indice de prix de Fisher, sont
dice hédonique de Jevons à la période en cours s’ex- également considérées comme ayant des propriétés
prime comme suit : axiomatiques souhaitables. En outre, la théorie écono-
mique présente l’indice de Fisher comme une moyenne
1 / N t +2 1 / N t +2 symétrique des limites Laspeyres et Paasche qui, du
⎡N ⎤ ⎡N ⎤ ⎡
t +2 t +2

⎢∏ pi ( z i )⎥ ⎢ ∏ pˆ i ⎥
t +2 t +2 t +2 reste, ressort comme la moyenne la plus appropriée

⎣ ⎦ ⎣ ⎦ d’un point de vue axiomatique. L’indice de Törnqvist
= ⎣
i =1 i=1
PJHC = 1 / N t +2
= 1/ N t + 2 est considéré comme le plus approprié d’un point de
N t +2 N t +2
⎡ t +2 ⎤ ⎡ t+ 2 ⎤ ⎡N
t

⎢∏ pi ( z i )⎥ ⎢∏ pi ( z i ) ⎥ ⎢∏
t t vue stochastique et il n’exige pas d’hypothèses fortes
⎣ i =1 ⎦ ⎣ i=1 ⎦ ⎣ i= pour l’établir comme indice superlatif à partir de l’ap-
proche économique. On a déterminé que les indices des
+2
prix de Laspeyres et de Paasche correspondent (exacte-
1/ N t + 2
⎡N ⎤
+2 t
ment) à des fonctions sous-jacentes d’agrégation de
⎢ ∏ pi ⎥
t+ 2
Leontief sans possibilité de substitution alors que les in-
= ⎣ i= 1 ⎦ (730b) dices superlatifs sont exacts pour les formes fonction-
Nt+ 2 ≈ t +2 1 / N t +2 nelles flexibles, y compris les formes quadratiques et
⎡N t+ 2 ⎤
translogarithmétiques pour les indices de Fisher et de
⎢ ∏ p i ( z i )⎥
t
Törnqvist, respectivement. Si l’on dispose de données
⎣ i=1 ⎦ sur les prix, les caractéristiques et les quantités, on ob-
serve des démarches et des résultats semblables pour les
7.139 Dans le cas d’une comparaison bilatérale à indices hédoniques (Fixler et Zieschang, 1992 et Feens-
base fixe fondée sur l’équation (7.30a) ou l’équation tra, 1995). Feenstra (1995) a défini des limites théo-
(7.30b), l’équation hédonique est estimée uniquement riques exactes d’un indice hédonique. Prenons l’indice
pour une période, la période en cours t+2 de l’équation théorique de l’équation (17.3) du chapitre 17, mais en
(7.30a) et la période de référence t de l’équation définissant uniquement les caractéristiques zi des pro-
(7.30b). Pour des raisons analogues à celles présentées duits. Les prix (et les quantités) correspondent toujours
aux chapitres 15, 16 et 17, une moyenne symétrique de à des produits, mais ils sont entièrement définis à partir
ces indices aurait une certaine assise théorique. de leurs caractéristiques pi (zi). Une agrégation arithmé-
7.140 Il convient de signaler que les moyennes géo- tique relative à une équation hédonique linéaire donne
métriques de (7.30) se fondent sur toutes les données une limite supérieure de Laspeyres (les quantités de-
disponibles à chaque période, tout comme l’indice hé- mandées diminuant à mesure que les prix relatifs aug-
donique fondé sur une indicatrice temporelle dans mentent) qui s’exprime comme suit :
l’équation (7.29). S’il y a dans celle-ci un nouveau pro-
duit, par exemple, à la période t+2, il est inclus dans N
l’ensemble des données et la régression fait la part des ∑q t
i pˆ it+ 2 N
⎛ pˆ t +2 (
⎞ C u t , p(z )t +2 ) (7.31a)
variations de qualité. De même, si des produits anciens i =1
= ∑ sit ⎜⎜ i t ⎟⎟ ≥
sont retirés, ils sont toujours inclus dans les indices aux
∑q
N
t
i
t
pi i =1 ⎝ pi
t
(
⎠ C u , p(z )
t
)
périodes où ils existent. Tout cela fait partie de la procé- i =1
dure naturelle d’estimation, à la différence des données
appariées et des ajustements hédoniques de produits où l’expression du côté droit est le ratio du coût d’un ni-
remplaçants non comparables lorsque les produits ne veau d’utilité (ut ) à la période t; où l’utilité est une fonc-
sont plus disponibles. tion du vecteur des quantités; soit ut = f(q t ). La compa-
7.141 La formulation de la méthode des variables raison des prix est estimée à un niveau fixe de quantités
indicatrices de l’équation (7.29) ne comporte pas de à la période t, et sit correspond aux parts des dépenses to-
pondération explicite, ce qui constitue un sérieux désa- tales affectées au produit i à la période t,
vantage. En pratique, l’échantillonnage fondé sur un
seuil d’inclusion peut être employé pour inclure unique- sit = q it pit ∑ Nj =1 q tj p tj et
ment les produits les plus importants; ou, si on dispose
de données concernant les dépenses, on peut recourir à N

un estimateur MCP (par opposition à un estimateur pˆp$iti+t +22 =≡ pptit++22 − ∑ β kt +2 ( z tjk+ 2 − z tjk ) (7.31b)
j =1
MCO), les parts de dépenses servant à la pondération,
comme l’explique l’appendice 21.1 du chapitre 21.
7.142 Indices hédoniques superlatifs et exacts corrrespond aux prix à la période t+2 corrigés de la
(IHSE). Au chapitre 17, on définit sur une base théo- somme des changements de chaque caractéristique qua-
rique les limites déterminées par les indices de Las- litative pondérée par leurs coefficients tirés d’une régres-
peyres et de Paasche, ainsi que des indices superlatifs sion hédonique linéaire. Il convient de noter que l’addi-
qui traitent les données des deux périodes symétrique- tion s’applique au même i aux deux périodes puisque les
ment. Comme l’indique le chapitre 16, les formules su- produits remplaçants sont inclus lorsqu’il y a des pro-

151
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

duits manquants et que l’équation (7.31b) ajuste leurs ⎡ N t t+2 ⎤


prix en fonction des changements de qualité. p$ = pit exp ⎢ ∑ β k (z jk − z tjk )⎥
ˆ it ≡
7.143 L’expression ci-dessous donne une limite in- ⎣ j =1 ⎦
férieure de Paasche :
⎡ N ⎤
pˆp$it+it +22 =≡ ppit + 2 exp ⎢ − ∑ β tk+2 ( z tjk+2 − z tjk ) ⎥ (7.34b)
N
⎣ ⎦
∑q t +2 t +2 j =1

i =1
i p i
⎡N ⎛ p t+ 2 ⎞ ⎤
= ⎢ ∑ s it+ 2 ⎜⎜ i t ⎟⎟ ⎥ ≤
−1
(
C u t+ 2 , p(z )
t+ 2

(
7.147 Dans l’équation (7.34a), il apparaît que les
C u , p(z )
N t+ 2 t
⎝ pˆ i ⎠ ⎦
∑ qi t +2 t
pˆ i ⎣ i= 1 deux limites s’appliquant aux indices théoriques respec-
tifs convergent selon une hypothèse de préférence ho-
i =1

(7.32a) mothétique (voir chapitre 17). Le calcul de ces indices


n’est pas chose aisée. On trouvera des illustrations de
sit+ 2 = q it +2 pit + 2
N t +2
p tj+ 2 leur application chez Silver et Heravi (2001a) et (2003),
où ∑ j =1 q j et
pour les comparaisons dans le temps, et chez Kokoski et
N al. (1999), pour les comparaisons dans l’espace au sein
p̂pi$t it=≡ ppti it ++ ∑ β kt ( z tjk+ 2 − z tjk ) (7.32b) d’un même pays. Kokoski et al. (1999) utilisent un
j =1 échantillon tiré d’un univers de produits remplaçants
qui sont des prix aux périodes t corrigés de la somme avec des données autrement appariées de l’indice des
des changements de chaque caractéristique qualitative prix à la consommation du United States Bureau of
pondérée par son coefficient issu d’une régression hédo- Labor Statistics; l’échantillon a toutefois bénéficié
nique linéaire. d’une mise à jour. Silver et Heravi (2001a) et (2003) uti-
7.144 Au chapitre 17, il est démontré que les in- lisent des données obtenues par lecture optique pour
dices de prix de Laspeyres PL et de Paasche PP imposent l’univers des transactions, au moyen d’une procédure en
des limites à leurs «véritables» indices théoriques éco- deux étapes où les cellules — tout comme des strates —
nomiques respectifs. En appliquant aux équations sont définies selon les principaux caractères influant sur
(7.31a) et (7.32a) un raisonnement semblable à celui du les prix, comme toutes les combinaisons de marques,
chapitre 17, on peut démontrer qu’en tenant compte de types de points de ventes et (dans le cas des téléviseurs)
préférences homothétiques, ces véritables indices éco- taille de. Il peut y avoir un gain d’efficacité de l’estima-
nomiques se réduisent à un indice théorique unique tion définitive puisque l’ajustement concerne les varia-
c(pt+2)/c(pt), et : tions intra-strates et n’est pas sans rappeler l’améliora-
tion que l’échantillonnage aléatoire stratifié représente
( ) ( )
PL ≥ c p t+ 2 c p t ≥ PP (7.33) par rapport à l’échantillonnage aléatoire simple. Le prix
moyen de chaque cellule appariée pourrait être alors uti-
7.145 La méthode s’apparente à celle utilisée pour lisé pour les comparaisons de prix en recourant aux
effectuer des ajustements pour des produits remplaçants équations (7.32a) et (7.34a), à cela près qu’on a effectué
non comparables dans les équations (7.27a) et (7.27b), ci- des ajustements au titre des changements de qualité au
dessus. Toutefois, la méthode IHSE utilise d’abord toutes moyen des équations (7.32b) et (7.34b) pour veiller à ce
les données de chaque période : elle ne se limite pas aux que dans chaque cellule les écarts de qualité par rapport
produits appariés ou aux produits remplaçants sélection- aux autres caractéristiques techniques n’influent pas sur
nés. Deuxièmement, elle utilise les coefficients provenant la comparaison des prix. Cela a permis d’inclure toutes
de régressions hédoniques sur les changements de carac- les données appariées, les données anciennes non appa-
téristiques afin d’ajuster les prix observés aux change- riées et les données nouvelles non appariées puisque, si
ments de qualité. Troisièmement, plutôt que de présumer le prix moyen dans une cellule de l’équation (7.32a)
que tous les modèles ont une importance égale, elle in- augmentait du fait de l’inclusion d’un nouveau produit
tègre un système de pondérations en se fondant sur des amélioré, l’équation (7.32b) servirait à supprimer cette
données relatives aux parts des dépenses de chaque mo- amélioration en moyenne. Prenons l’exemple d’un télé-
dèle et à leurs caractéristiques. Enfin, elle est directement viseur de marque X à écran de 14 pouces muni d’un
liée à des structures définies dans la théorie économique. système de son stéréo et vendu dans de multiples points
7.146 Des régressions hédoniques semi-logarith- de vente. Il peut y avoir des cellules appariées pour plu-
miques permettraient d’obtenir un ensemble de sieurs téléviseurs de marque X, mais pas nécessaire-
coefficients β susceptibles d’être utilisés avec ces li- ment de cellules appariées incluant également un son
mites géométriques de la période en cours et de la pé- stéréo. On pourrait être amené à regrouper le nouveau
riode de référence : modèle dans une cellule avec les téléviseurs de marque
X à écran de 14 pouces largement vendus et à comparer
le prix moyen des cellules dans l’équation (7.32a) ou
N
⎛ pit +2 ⎞
s it+ 2
(
C u, p(z )
t+ 2 N
)
⎛ pˆ it +2 ⎞
s it (7.34a), puis à effectuer un ajustement de qualité au titre
∏ ⎜ t
⎜ ˆ
i= 1 ⎝ p

⎟ ≤
(
C u, p(z )
t
≤ ∏ ⎜ t
)

i =1 ⎝ p i


(7.34a) du son stéréo sous la forme de l’équation (7.32b) ou
i ⎠ ⎠ (7.34b). Le coefficient estimé pour le son stéréo serait dé-

152
AJUSTEMENT AUX CHANGEMENTS DE QUALITÉ

terminé au moyen d’une équation hédonique estimée à de sorte qu’il n’a pas de contrepartie à la période t+2.
l’aide de données d’autres téléviseurs dont certains sont Alors Mt+2 est composé de m et de n, et Mt est composé de
dotés d’un système stéréo. m et de o, alors que M est constitué uniquement des mo-
7.148 La description ci-dessus illustre l’élaboration dèles appariés m. Silver et Heravi (2002) ont démontré
de formules d’indices pondérés, comme les indices de que la comparaison des variables hédoniques indicatrices
Laspeyres, de Paasche, de Fisher et de Törnqvist, à partir correspond maintenant à :
de données sur les prix, les quantités et les caractéris- 7.151 Considérons la deuxième expression de l’équa-
tiques d’un produit. Silver et Heravi (2003) montrent que, tion (7.35). Premièrement, il y a la variation des observa-
à mesure qu’augmente le nombre de caractéristiques en-
ª
trant en ligne de compte dans les équations (7.32a) et ln p t  2 p t
«m m  n ¦ ln p m  Z m m
t 2

(7.34a), l’ajustement des équations (7.32b) et (7.34b) de- ¬ m
vient de plus en plus superflu, jusqu’à ce que toutes les º
combinaisons de caractéristiques techniques soient utili-
 n m  n ¦ ln p nt  2  Z n n»
n ¼
sées comme des strates dans les équations (7.32a) et
ª
(7.34a), le calcul s’applique alors à un problème de mo-
u «m m  o ¦ ln p mt  Z m m
dèles appariés où chaque cellule identifie uniquement un ¬ m
produit. Dans le cas des données appariées, les équations º
(7.32b) et (7.34b) ne sont d’aucune utilité; l’agrégation
 o m  o ¦ ln p ot  Z o o»
dans les équations (7.32a) et (7.34a) s’appliquerait à tous o ¼
ª
les produits et se réduirait au problème habituel des in-
dices. Se prononçant sur cette méthode, Diewert (2003a)

«m m  n ¦ ln p m  Z m m
t 2

¬ m
explique pourquoi, lorsque l’appariement est relative- º
ment important, les résultats obtenus sont semblables à
 m m  o ¦ ln p mt  Z m m»
ceux des indices hédoniques superlatifs. m ¼
ª
7.149 Les formules d’indice pondérés peuvent donc
être mises au point en utilisant des données sur les prix,

u «n m  n ¦ ln p nt  2  Z n n
¬ n
les quantités et les caractéristiques d’un produit lorsque º
les produits ne sont pas appariés. En effet, en continuant
 o m  o ¦ ln pot  Z o o »
(7.35)
d’utiliser la méthode des produits appariés il risque de se o ¼
produire deux genres d’erreurs : les ajustements de qua- tions appariées de m. Il s’agit de la variation des prix
lité multiples concernant des produits qui ne sont plus moyens des modèles appariés m aux périodes t+2 et t,
disponibles dont leurs produits remplaçants non compa- corrigés des changements de qualité. Il convient de noter
rables et le biais de sélectivité de l’échantillon issu d’un que la pondération à la période t+2 pour cette composante
échantillonnage fondé sur un univers de produits rempla- appariée est la proportion des observations appariées dans
çants par opposition à un univers double. l’ensemble des observations à la période t+2. De même, à
la période t, la pondération appariée dépend du nombre
d’anciennes observations non appariées dans l’échan-
Différence entre indices hédoniques tillon. À la dernière ligne de l’équation (7.35), la variation
et indices de produits appariés est entre le prix moyen (corrigé des changements de qua-
7.150 Nous avons évoqué plus haut les avantages des lité) des produits nouveaux non appariés et celui des pro-
indices hédoniques par rapport aux indices de produits ap- duits anciens non appariés aux périodes t+2 et t. On peut
pariés du fait qu’ils incluent des produits non appariés. donc présumer que les méthodes d’appariement font
Nous allons approfondir cette question. Triplett (2002) abstraction de la dernière ligne de l’équation (7.35) et
soutient et Diewert (2002e) démontre qu’un indice (de Je- diffèrent donc de l’approche hédonique des variables
vons) fondé sur une moyenne géométrique non pondérée indicatrices au moins à cet égard. Il ressort de l’équation
de produits appariés donne le même résultat qu’un indice (7.35) que, compte tenu du fait qu’elle comprend les ob-
hédonique logarithmique fondé sur les mêmes données. servations de produits anciens et nouveaux non appariés,
Supposons l’échantillon de produits appariés m et posons l’approche hédonique des variables indicatrices peut dif-
comme hypothèse que Zt+2 et Zt sont les ajustements glo- férer d’une moyenne géométrique des variations de prix
baux de qualité des indicatrices temporelles de l’équation appariés, la différence dépendant, dans cette formulation
(7.29), soit ΣKk = 2βkz ki. Aizcorbe et al. (2001) démontrent sans pondération, de la proportion des produits anciens et
que la première ligne de l’équation (7.35) ci-dessous est nouveaux qui sont ajoutés à l’échantillon ou qui en sont
égale à l’écart entre les deux moyennes géométriques de retirés et des variations de prix des produits anciens et
prix corrigés des changements de qualité. L’espace de nouveaux par rapport à ceux des produits appariés. Si le
l’échantillon m = Mt = Mt+2 est le même modèle à chaque marché des produits est tel que les prix ajustés aux chan-
période. Supposons qu’un nouveau modèle n est introduit gements de qualité sont anormalement faibles alors que
à la période t+2, qu’il n’a aucune contrepartie à la pé- les prix nouveaux ajustés aux changements de qualité
riode t et qu’un vieux modèle o est en voie de disparition sont anormalement élevés, alors l’indice apparié sous-

153
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

évaluera l’importance des variations de prix (Silver et He- 7.155 À la différence des indices hédoniques, le
ravi, 2002 et Berndt et al., 2003 donnent des exemples). chaînage n’utilise pas toutes les données sur les prix
Des comportements de marché différents se traduiront par pour la comparaison relative à chaque maillon. Les pro-
des formes différentes de biais. duits 2 et 6, par exemple, peuvent être manquants en
7.152 Si les pondérations de ventes remplacent le mars. L’indice peut utiliser les données de prix des pro-
nombre d’observations dans l’équation (7.35), alors, duits 2 et 6 lorsqu’elles existent aux fins de la comparai-
comme l’explique le chapitre 21, on peut calculer di- son janvier–février, mais leur absence ne doit pas pertur-
verses formes d’indices hédoniques pondérés. Silver ber l’indice dans le cas de la comparaison février–mars.
(2002) a également démontré que l’approche hédonique Il se peut que le produit 4 soit un produit remplaçant du
diffère d’une régression hédonique pondérée ou non, au produit 2. Notons comme il est facile de l’inclure dès
regard de l’effet multiplicateur et de l’influence que la ré- lors que l’on dispose de deux observations de prix. Il
gression hédonique confère aux observations. n’est pas nécessaire d’attendre le changement de base ou
la mise à jour de l’échantillon. Il se peut que le produit 7
soit un produit remplaçant du produit 6. Un ajustement
Chaînage des prix du fait des changements de qualité peut être né-
7.153 Il est une autre méthode qui permet de traiter cessaire pour la comparaison février–mars des produits 6
les produits à taux élevé de remplacement qui consiste à et 7, mais il s’agit là d’un ajustement ponctuel et à court
utiliser un indice chaîné, par exemple mensuel, plutôt terme, l’établissement de l’indice se poursuivant en
qu’une comparaison de base fixe à long terme. Un indice mars–avril sur la base du produit 7 plutôt que du produit
chaîné compare les prix des produits à la période t à ceux 6. Le SCN 1993 (chapitre 16, paragraphe 54) sur l’esti-
à la période t+1 (indice t,t+1) puis examine l’univers des mation des prix et des volumes relève ce point:
produits à la période t+1 et les apparie à ceux de la période Dans une série chronologique, la présence sur le marché
t+2. Ces liens (l’indice t,t+1 et l’indice t,t+2) sont combinés des mêmes produits dans les deux périodes a toutes les
par des multiplications et se poursuivent, disons, jusqu’à chances d’être la plus fréquente si l’on considère des pé-
l’indice t,+5,t+6 pour constituer l’indice t+1,t+6. Seuls les pro- riodes consécutives (sauf lorsqu’il s’agit de périodes infé-
duits disponibles à la période t et à la période t+6 seraient rieures à une année qui connaissent des fluctuations sai-
utilisés pour un indice de prix à la consommation de base sonnières). Il est donc vraisemblable que l’on puisse
fixe. Considérons les cinq produits 1, 2, 5, 6 et 8 sur les disposer du maximum d’informations sur les prix et les
mois de janvier, février, mars et avril, comme l’indique le quantités, utilisables directement pour le calcul des in-
tableau 7.1. L’indice des prix de janvier comparé à celui dices de prix ou de volume, avec des indices-chaînes qui
de février (J:F) repose sur des comparaisons des prix des relient des périodes immédiatement consécutives. Par
contre, plus les deux périodes choisies sont éloignées
cinq produits. Pour février–mars (F:M), les comparaisons l’une de l’autre, plus faible est la possibilité de la présence
portent sur les produits 1, 4, 5 et 8; et pour mars-avril des mêmes produits dans les deux périodes, et plus il est
(M:A), elles portent sur six produits, soit les produits 1, 3, nécessaire de recourir à des formules indirectes et de pro-
4, 5, 7 et 8. La composition de l’échantillon varie d’une céder aux comparaisons de prix sur la base d’hypothèses.
période à une autre, certains produits anciens disparaissant Ainsi, les difficultés pratiques créées par le manque de
et de nouveaux produits apparaissant. Les indices de prix concordance entre les produits proposés sur le marché
peuvent être calculés pour chacune de ces comparaisons dans les deux périodes viennent s’ajouter à celles qui ré-
successives de prix au moyen de l’une ou l’autre des for- sultent du large écart entre les indices directs de Laspeyres
mules non pondérées décrites au chapitre 21. La taille de et de Paasche concernant des périodes largement éloi-
l’échantillon augmente lorsque apparaissent de nouveaux gnées l’une de l’autre.
produits et diminue lorsque d’anciens produits sont reti- 7.156 Le chaînage a été présenté comme l’approxi-
rés, de sorte que la composition évolue au fil des mois mation naturelle discrète d’un indice théorique de Divisia
(Turvey, 1999). (Forsyth et Fowler, 1981 et chapitre 16). Reinsdorf
7.154 On peut atténuer l’appauvrissement de (1998) a défini les fondements théoriques de l’indice et
l’échantillon utilisé pour les comparaisons à long terme conclu qu’en général, les indices chaînés sont de bonnes
en faisant un usage judicieux des produits remplaçants. approximations de l’idéal théorique — encore que des
Toutefois, comme l’explique le chapitre 8, un nouveau biais soient à craindre lorsque les prix «rebondissent»,
produit serait introduit dans l’échantillon uniquement comme l’a démontré Szulc (1983) (voir aussi Forsyth et
lorsque s’imposerait la nécessité d’un produit rempla- Fowler, 1981 et de Haan et Opperdoes, 1997).
çant, indépendamment du nombre de nouveaux produits 7.157 L’indice hédonique à variables indicatrices
lancés sur le marché. En outre, le produit remplaçant tient compte de toutes les données de janvier et mars
sera vraisemblablement d’une qualité comparable et fa- pour comparer les prix des deux mois. L’indice chaîné,
cilement ajustable mais ses ventes seront donc relative- quant à lui, fait abstraction des paires successives non
ment faibles, ou bien il sera d’une qualité différente appariées, comme indiqué plus haut, mais cela est pré-
avec des ventes relativement élevées, mais il exigera un férable à l’équivalent de base fixe. Établissant des pré-
ajustement important de la qualité. Dans un cas comme visions à partir d’une équation de régression, l’ap-
dans l’autre, le résultat est insatisfaisant. proche hédonique comporte naturellement un intervalle

154
AJUSTEMENT AUX CHANGEMENTS DE QUALITÉ

de confiance qui est fonction de l’ajustement de l’équa- ments de qualité. Dans l’exemple du tableau 7.1, les
tion, de l’écart entre les caractéristiques et leur prix de mars sont comparés à ceux de janvier. La mé-
moyenne et du nombre d’observations. L’appariement, thode de l’imputation exige que l’on pose comme hy-
qu’il soit chaîné ou non, n’accuse pas d’erreurs de pré- pothèse des variations de prix similaires dans la
diction. Aizcorbe et al. (2001) ont entrepris une étude durée — ce qui ne manque pas de susciter des doutes à
rigoureuse et approfondie des produits de haute techno- mesure que les comparaisons s’effectuent sur une pé-
logie (ordinateurs personnels et semi-conducteurs) en riode d’autant plus longue, entre janvier et octobre, jan-
utilisant des données trimestrielles de la période 1993 à vier et novembre, janvier et décembre, voire plus. Pour
1999. Les résultats obtenus à partir d’indices hédo- tenter de parer à ces difficultés, la présente section en-
niques et chaînés comparables étaient étonnamment si- visage une formulation à court terme évoquée au para-
milaires sur les sept ans de l’étude. Par exemple, dans graphe 7.42. Considérons le tableau 7.5 qui, par souci
le cas des unités centrales de traitement (UCT) d’ordi- de simplification, ne comporte qu’un seul produit A
nateurs individuels, entre le premier trimestre 1993 et pour toute la période, un produit B qui est manquant de
le dernier trimestre 1999, l’indice a chuté de 60,0 % façon permanente en avril et un produit C susceptible
(méthode hédonique à variables indicatrices), 59,9 % de le remplacer en avril.
(indice chaîné de Fisher) et 57,8 % (moyenne géomé-
trique chaînée). Les résultats divergeaient uniquement
pour les trimestres où les taux de remplacement de pro-
Méthodes d’ajustement
duits étaient élevés; et, en l’occurrence, les écarts pou- aux changements de la qualité
vaient être considérables. Par exemple, au quatrième dans les comparaisons à court terme
trimestre 1996, la méthode hédonique à variables indi- 7.160 On peut trouver un remplacement par équiva-
catrices donnait une chute annuelle de 38,2 %, soit un lence C. Dans l’exemple qui précède, l’accent était mis
écart de 17 points par rapport à l’indice chaîné à sur l’utilisation de l’indice de Jevons au niveau élémen-
moyennes géométriques. Lorsque le taux de remplace- taire, le chapitre 20 faisant état des nombreux avantages
ment des modèles est faible, la différence est minime que procure cette méthode. L’exemple dont il est ici
entre la méthode hédonique et les méthodes d’apparie- question utilise l’indice de Dutot, le ratio des moyennes
ment avec chaînage, auxquelles on peut du reste ajouter arithmétiques. Il ne s’agit pas de préconiser cette mé-
celles avec base fixe. Les différences ne deviennent ma- thode, mais de présenter un exemple fondé sur une for-
nifestes que lorsque les liens ou comparaisons binaires mulation différente. L’indice de Dutot présente égale-
présentent des taux élevés de remplacement de modèles ment beaucoup d’intérêt d’un point de vue axiomatique,
(voir aussi Silver et Heravi, 2001a et 2003). mais il ne tient pas le test de commensurabilité (unités
7.158 Bien entendu, comme mentionné ci-dessus, il de mesure), et ne devrait donc être utilisé que pour des
est possible de pallier l’absence de prix en utilisant des produits relativement homogènes. L’indice à long terme
estimations hédoniques partielles avec insertion. Dul- de Dutot pour avril par rapport à celui de janvier s’ex-
berger (1989) a calculé des indices hédoniques pour des prime comme suit :
processeurs d’ordinateur et comparé leurs résultats à
N
ceux obtenus au moyen d’une méthode d’appariement
de modèles. L’indice hédonique à variables indicatrices ∑p i
Apr
/N
donnait une baisse d’environ 90 % entre 1972 et 1984, PD = i=1
N
soit à peu près autant que dans le cas de la méthode ∑p i
Jan
/N
d’appariement de modèles où les prix manquants pour i =1

les produits nouveaux ou non disponibles étaient déter-


minés par une régression hédonique. Toutefois, lorsqu’il
a utilisé une méthode d’appariement de modèles à chaî- soit 8/5 = 1,30, autrement dit une augmentation de 30 %.
nage sans estimation ou imputation des prix manquants, L’équivalent à court terme est le produit d’un indice à
l’indice a chuté de 67 %. Il est également possible de long terme jusqu’à la période immédiatement anté-
combiner les méthodes; de Haan (2003) a utilisé des rieure, et d’un indice reliant la période antérieure à la
données appariées lorsqu’elles étaient disponibles et période en cours, soit dans le cas de la période t+4 com-
l’indicatrice temporelle uniquement pour les données parée à la période t :
non appariées (sa méthode de double imputation).

Comparaisons à court terme


et à long terme ⎡ N t+ 3 ⎤ ⎡ N t +4 ⎤
7.159 La présente section décrit une démarche ⎢ ∑ pi /N ⎥ ⎢ ∑ pi /N ⎥
PD = ⎢ i=1N ⎥ × ⎢ iN=1 ⎥
utile pour l’ajustement de la qualité. Elle a cela de no- ⎢ ⎥ ⎢ ⎥
⎢⎣ ∑ ⎥⎦ ⎢⎣ ∑
t t+ 3
p i /N pi /N
vateur qu’elle prend en considération la nature à long
i =1 i =1
⎥⎦
terme des comparaisons de prix corrigés des change-

155
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

ou dans le cas de janvier comparé à avril : Les deux procédures produisent des résultats identiques
pour les comparaisons de prix à long terme. Les résultats
⎡ N Mar ⎤ ⎡ N Apr ⎤ des deux méthodes (abstraction faite des erreurs d’ar-
⎢ ∑ pi /N ⎥ ⎢ ∑ pi /N ⎥ rondi) sont identiques pour le produit B.
PD = ⎢ i=N1 ⎥ × ⎢ iN=1 ⎥ 7.162 Toutefois, pour ce qui est de l’indice global
⎢ ⎥ ⎢ ⎥
⎢⎣ ∑ ⎥⎦ ⎢⎣ ∑
\ jan Mar
pi /N pi /N (7.36) de Dutot, les résultats différeront puisque l’indice de
i=1 i =1
⎥⎦
Dutot pondère chaque variation de prix selon la propor-
tion du prix à la période initiale par rapport au total des
ce qui, bien entendu, donne –6 × 8– = 1,30 comme prix (voir chapitre 20, note 27). Les deux méthodes
auparavant. 5 6 d’ajustement de la qualité indiqueront les mêmes varia-
7.161 Considérons une comparaison non directe tions de prix mais leurs pondérations implicites différe-
avec correction explicite des variations de qualité. Po- ront. L’indice de Dutot en mai est 9/5,6 = 1,607 s’il y a
sons, par exemple, que la valeur 6 attribuée à C en avril ajustement du prix de la période en cours (mai). Les in-
est corrigée des changements de qualité et que l’on dices à court terme produisent des résultats identiques
estime que C ne vaut plus que 5 lorsqu’on le compare à pour chaque ajustement :
la qualité de B. Comme mentionné ci-dessus, l’ajuste-
8 9
ment qualitatif peut résulter de l’estimation du coût × = 1,607 avec un ajustement du prix à
d’une option, d’un ajustement de quantité, d’une estima- 5,6 8 la période initiale (janvier), et
tion subjective ou d’un coefficient hédonique. Suppo-
sons que la comparaison à long terme repose sur un prix 7 7 ,8
ajusté de C en janvier, qui est le prix de B, soit 3, multi- × = 1,56 avec un ajustement de prix à
plié par 6/5 pour le placer au niveau de qualité de C, soit 5 7 la période en cours (mai).
6/5 × 3 = 3,6. À compter d’avril, les prix du produit rem-
plaçant C peuvent être comparés au prix de sa période de 7.163 La méthode du chevauchement peut égale-
référence, soit janvier. On peut aussi envisager une autre ment être déclinée à court terme. Au tableau 7.5, C a un
méthode où les prix de C à compter d’avril seraient ajus- prix de 5 en mars, période durant laquelle B a également
tés en les multipliant par 5/6 pour les rabaisser à la qua- un prix. Le ratio de ces prix est une estimation de leur
lité de B et pour permettre des comparaisons avec le prix différence de qualité. Une comparaison à long terme
du produit B en janvier : le prix ajusté d’avril est alors
⎛ 4 ⎞
5/6 × 6 = 5; dans le cas du mois de mai, le prix ajusté est entre janvier et avril donnerait ⎜ 6 × + 2 ⎟ / 5 = 1,36.
5,8; dans celui de juin, il est de 6,67 (voir tableau 7.5). ⎝ 5 ⎠

Tableau 7.5 Exemple de comparaisons à court terme et à long terme


Produit Janvier Février Mars Avril Mai Juin

Remplacement
ou équivalent
A 2 2 2 2 2 2
B 3 3 4
C 6 7 8
Total 5 5 6 8 9 10
Ajustement explicit
A 2 2 2 2 2 2
B 3 3 4 (5/6) x 6 = 5 (5/6) x 7 = 5,8 (5/6) x 8 = 6,67
C (6/5) x 3 = 3,60 6 7 8
Total 5 5 6 8 9 10
Recouvrement
A 2 2 2 2 2 2
B 3 3 4 6 x (4/5) = 4,8
C 5 6 7 8
Total 5 5 6 6,8
Imputation
A 2 2 2,5 3,5 4 5
B 3 3 4 (3,5/2,5) x 4 = 5,6 (4/3,5 x 5,6) = 6,4 (5/4) x 6,4 = 8
Total 5 5 6,5 9,1 8,4 13
Les chiffres en caractères gras sont les prix estimés corrigés des variations de qualité décrits dans le texte.

156
AJUSTEMENT AUX CHANGEMENTS DE QUALITÉ

La comparaison à court terme se fonderait sur le produit du ratio des valeurs manquantes, ainsi que de l’écart entre
la variation moyenne de prix de l’échantillon apparié et
lien de janvier à mars et de mars à avril : 6,8 6 la variation de prix corrigé des changements de qualité
× = 1,36 .
6 5 du produit manquant s’il avait continué d’exister. Il faut
7.164 À ce niveau non pondéré d’agrégation, on donner la préférence à la comparaison à court terme si
constate qu’il n’y a pas d’écart entre les résultats à long l’hypothèse de variations similaires de prix est jugée
terme et les résultats à court terme lorsqu’il n’y a pas de plus probable que l’hypothèse à long terme.
produits manquants, que l’on dispose de remplacements 7.167 Il y a des données sur les variations de prix du
en équivalent, que l’on procède à des ajustements expli- produit qui n’est plus disponibles (le produit B au ta-
cites ou que l’on utilise la méthode du recouvrement. bleau 7.5) jusqu’à la période précédant celle où le pro-
Séparer les variations à court terme (les variations men- duit est manquant. Au tableau 7.5, le produit B com-
suelles les plus récentes) des variations à long terme porte des données de prix pour janvier, février et mars.
peut présenter un certain intérêt du point de vue du con- L’imputation à long terme n’utilise pas ces données et
trôle de qualité, en ce sens que l’on peut repérer des va- se contente de supposer que les variations de prix sur la
riations atypiques de prix à court terme, mais tel n’est période de janvier à avril, par exemple, sont identiques
pas le but de notre propos. L’approche à court terme pour B et A. Supposons maintenant que les données des
comporte toutefois des avantages lorsque l’on effectue prix de B au tableau 7.5 (dernière rangée) soient 3, 4 et
des imputations. 6 en janvier, février et mars, respectivement, plutôt que
3, 3 et 4. L’estimation à long terme de B en avril est
5,25, comme auparavant. L’estimation de la variation de
Comparaisons à court terme prix entre mars et avril indique maintenant une baisse de
implicites à partir d’imputations 6 à 5,25. Une imputation à court terme fondée sur les
7.165 La méthode à court terme a été principale- variations de prix de A entre mars et avril indiquerait
ment considérée pour les valeurs temporairement man- une augmentation de 6 à (3,5/2,5) × 6 = 8,4, ce qui serait
quantes, comme le signalent Armknecht et Maitland- plus exact.
Smith (1999) et Feenstra et Diewert (2001). Toutefois, 7.168 Toutefois, l’utilisation continue d’imputa-
des questions semblables se posent au regard de l’ajus- tions à court terme pourrait poser un problème. Consi-
tement de la qualité. Considérons à nouveau le ta- dérons à nouveau les données relatives à A et à B au ta-
bleau 7.5 : cette fois-ci, il n’y a pas de produit rempla- bleau 7.5 et voyons ce qui se produit en mai. En
çant C et les prix du produit A ont été modifiés à la adoptant la même procédure à court terme, la variation
hausse. Le produit B est une fois de plus manquant en de prix imputée serait 4/3,5 × 5,6 = 6,4; pour le mois de
avril. Une imputation à long terme du produit B en avril juin, on obtient (5/4) × 6,4 = 8. Dans le premier cas, la
donne (3,5/2) × 3 = 5,25. La variation de prix est donc variation de prix de janvier s’exprime comme suit :
(5,25 + 3,5)/5 = 1,75 ou 75 %. Bien entendu, on obtient
le même résultat qu’en utilisant simplement le produit A ⎡ (6,4 + 4) ⎤ ⎡ (5,6 + 3,5)⎤
⎢ ⎥× ⎢ ⎥ = 2,08
(3,5/2 = 1,75), l’hypothèse implicite étant que les fluc- ⎣ (5,6 + 3,5)⎦ ⎣ (3 + 2) ⎦
tuations de prix du produit B, s’il avait continué
d’exister, auraient suivi celles de A. Il peut être difficile, et, dans le deuxième, pour juin :
dans certains cas, de reconnaître la validité de l’hypo-
thèse de fluctuations similaires sur de très longues pé- ⎡ (8 + 5) ⎤ ⎡ (6,4 + 4)⎤
⎢ ⎥× ⎢ ⎥ = 2,60
riodes. Une autre méthode consisterait à utiliser un ⎣ (6,4 + 4 )⎦ ⎣ (3 + 2) ⎦
cadre à court terme où le prix imputé pour avril se fonde
(disons, de manière générale) sur la variation moyenne par rapport à des comparaisons à long terme pour mai et
de prix entre la période précédente et la période en juin de, respectivement :
cours, soit, dans l’exemple ci-dessus, (3,5/2,5) × 4 = 5,6.
Dans ce cas, la variation de prix entre mars et avril est ⎡ ((4 / 2) × 3 + 4)⎤
(5,6+3,5)/(2,5+4)=1,40. En tenant par ailleurs compte ⎢ ⎥ = 2,00
⎣ (3 + 2 ) ⎦
de la variation de prix entre janvier et mars
(6,5/5)=1,30, on obtient une variation de janvier à avril
⎡ ((5 / 2) × 3 + 5)⎤
correspondant à 1,30 × 1,40 = 1,82, soit une augmenta- ⎢ ⎥ = 2,50
tion de 82 %. ⎣ (3 + 2 ) ⎦
7.166 Pourquoi le résultat à court terme (82 %) est-il
plus élevé que le résultat à long terme (75 %)? La varia- 7.169 Il ne faut pas perdre de vue que les comparai-
tion de prix de 40 % du produit A entre mars et avril, sur sons dont il est ici question reposent sur une valeur im-
laquelle repose l’imputation à court terme, est plus im- putée du produit B en avril et en mai. La comparaison
portante que la variation moyenne annuelle du prix de de prix du deuxième terme de l’équation (7.36) ci-des-
A, qui est d’un peu plus de 20 %. On a constaté plus sus pour la période en cours (par opposition à la période
haut que le biais lié à cette méthode était fonction du immédiatement antérieure) se fonde sur des valeurs im-

157
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

putées du produit B. De même, pour les résultats de la Cela dit, des procédures sont nécessaires pour mettre à
période de janvier à juin, la comparaison de mai à juin jour les pondérations afin de tenir compte des change-
se fonde sur des valeurs imputées du produit B pour mai ments de l’éventail de produits consommés. Cette
et juin. Bien entendu, cela peut se révéler nécessaire question est abordée au chapitre 9. Autrement dit, il
pour des besoins pratiques d’ajustement de la qualité. s’agit de définir une procédure globale équivalente à
Faute de remplacements en équivalent, de recouvre- celle des ajustements à court terme examinés plus haut.
ments ou de ressources pour des ajustements explicites Cela est d’autant plus pertinent pour les pays où, par
de la qualité, il faut alors envisager une imputation. Tou- manque de ressources, il est difficile de mener des en-
tefois, le recours à des valeurs imputées comme valeurs quêtes périodiques auprès des ménages pour mettre à
décalées dans des comparaisons à court terme introduit jour les pondérations.
une marge d’erreur dans l’indice qui s’accroît à mesure
qu’on les utilise. On préférera vraisemblablement les Indices à une étape et à deux étapes
imputations à long terme à des variations à court terme
fondées sur des valeurs imputées décalées, à moins que 7.171 Envisageons l’agrégation au niveau élémen-
ces imputations à long terme ne soient déconseillées taire. C’est le niveau auquel les prix sont recueillis au-
pour le secteur d’activité en question. Les enquêteurs près d’un ensemble représentatif de points de ventes
peuvent estimer qu’un produit manquant ne le soit que dans diverses régions à une période donnée, puis com-
temporairement, et on supposera donc aux fins de l’im- parés aux prix appariés de produits identiques à une pé-
putation que le produit réapparaîtra à l’avenir. En l’es- riode postérieure afin d’établir un indice pour un pro-
pèce, on peut suivre une démarche pragmatique consis- duit particulier, disons la viande d’agneau. Chaque
tant à supposer, par exemple, que si un produit manque comparaison de prix est pondérée de la même façon à
pendant au moins trois mois il peut être considéré moins que l’échantillon n’ait été conçu de manière à
comme définitivement manquant. Ces cas de figure donner aux produits les plus vendus une probabilité
exigent des imputations pour répercuter les valeurs sur plus grande d’être sélectionnés. L’indice de prix élé-
des périodes successives et supposent le recours à des mentaire de la viande d’agneau est ensuite pondéré et
valeurs imputées décalées à comparer aux valeurs impu- combiné aux indices élémentaires pondérés des autres
tées courantes, en dépit des mises en garde, surtout produits pour former l’indice des prix à la consomma-
lorsque l’on procède ainsi sur plusieurs mois. Il apparaît tion. Un indice agrégé élémentaire de Jevons pour la
intuitivement que la période ne peut pas être trop période t+6 comparé à celui de la période t, par
longue. Premièrement, la taille effective de l’échantillon exemple donne :
diminue à mesure que s’accroît le recours à l’imputa-
tion. Deuxièmement, l’hypothèse d’une variation cons-
PJ ≡
= ∏ ( p it +6 pit ) (7.37)
i∈ N (t + 6) ∩ N ( t )
tante des prix inhérente aux imputations risque d’être
invalidée sur le long terme. Enfin, certaines données
empiriques qui, bien que provenant d’un contexte diffé- Comparons cela à une procédure en deux étapes :
rent, mettent en garde contre l’utilisation de valeurs im-
putées comme s’il s’agissait de valeurs effectives déca-
=
PJ ≡ ∏( p i
t +5 t
pi ) ∏( p i
t +6 t +5
pi ) (7.38)
i∈ N ( t + 5 ) ∩ N ( t ) i∈ N ( t + 6 ) ∩ N ( t + 5 )
lées (voir l’étude de Feenstra et Diewert (2001) qui
utilise des données de l’United States Bureau of Labor
Statistics pour l’International Price Program). 7.172 Si un produit manque à la période t+6, on
7.170 La méthode à court terme ci-dessus est déve- peut effectuer une imputation. Si l’on se sert de l’équa-
loppée dans la prochaine section où l’on prend en consi- tion (7.37), il faut poser comme hypothèse que la va-
dération des indices pondérés. L’estimation de prix corri- riation de prix du produit manquant (s’il avait continué
gés des changements de qualité s’effectue généralement d’exister) est égale à la moyenne des variations de prix
au niveau du produit élémentaire. À ce niveau inférieur, des produits restants sur les périodes t à t+6. Dans
il arrive que les prix viennent à manquer, d’où l’utilisa- l’équation (7.38), le produit manquant à la période t+6
tion de produits remplaçants avec ou sans ajustements et peut être inclus à la première étape du calcul, entre les
d’imputations pour continuer la série. En outre, de nou- périodes t et t+5, mais exclu à la deuxième étape, entre
veaux produits et de nouvelles variétés apparaissent, et les périodes t+5 et t+6; l’hypothèse étant que les varia-
des substitutions se produisent entre les sections de l’in- tions de prix entre t+5 et t+6 sont égales. Les hypo-
dice. La problématique du changement de qualité ne thèses concernant les variations de prix à court terme
tient pas uniquement au souci d’homogénéité dans les sont généralement considérées comme plus valides
comparaisons, mais aussi à la nécessité de repondérer que leurs contreparties à long terme. La méthode à
avec exactitude les produits consommés. Dans un indice deux étapes a également l’avantage d’inclure les prix
Laspeyres, l’ensemble des produits est présumé constant de la période en cours et ceux de la période immédiate-
à la période de référence, de sorte que les variations de ment antérieure, ce qui, comme on l’explique au cha-
l’éventail des produits consommés ne posent pas de pro- pitre 9, favorise une bonne vérification de la validité
blème jusqu’au changement suivant de base de l’indice. des données.

158
AJUSTEMENT AUX CHANGEMENTS DE QUALITÉ

7.173 Feenstra et Diewert (2001) ont appliqué cer- auteurs à conclure que cette pratique était une source
taines procédures d’imputation à court terme aux com- d’erreurs considérable. Feenstra et Diewert (2001) ont
paraisons de prix de l’International Price Program du constaté que par rapport aux imputations à court terme,
United States Bureau of Labor Statistics. Bien que le les imputations à long terme produisaient de plus fortes
présent manuel ne s’intéresse pas directement à ce type variances. S’appuyant sur la théorie et sur leurs obser-
d’indice, le fait que plus d’un quart des produits suivis vations empiriques, ils ont également observé que,
n’ait pas pu être relevés durant chaque période men- lorsque des prix effectifs deviennent disponibles et
suelle est remarquable. Il serait en effet intéressant qu’on les extrapole rétrospectivement de façon linéaire,
d’analyser les résultats de différentes procédures d’im- les estimations ainsi obtenues présentent une variance
putation. Avec la méthode à deux étapes, Feenstra et beaucoup plus faible qu’avec les imputations à court
Diewert (2001) mettent en garde contre le report de terme. Toutefois, pour effectuer ces extrapolations, les
prix imputés comme s’il s’agissait de valeurs effectives, instituts statistiques doivent stocker des données rétro-
pour des comparaisons ultérieures. Les variations fon- spectives jusqu’à ce que des observations de prix soient
dées sur des imputations antérieures avaient un écart- disponibles, effectuer les extrapolations pour en tirer
type deux fois plus grand que celui des variations où les prix manquants et publier alors un indice révisé des
aucune imputation n’était requise, ce qui a conduit les prix à la consommation.

159
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

Appendice 7.1 Données sur les ordinateurs personnels provenant


des sites Internet de Compaq et Dell au Royaume-Uni, en juillet 2000,
pour illustrer une régression hédonique
PRIX VITESSE- RAM,MB. HD,MB. DELL PRESARIO PROSIGNIA CELERON PENTIUM III CD-RW DVD VITESSE-
(£) (MHz) DELL+
(MHz)

2123 1000 128 40 0 1 0 0 0 0 0 0

1642 700 128 40 0 1 0 0 0 0 0 0

2473 1000 384 40 0 1 0 0 0 0 0 0

2170 1000 128 60 0 1 0 0 0 0 0 0

2182 1000 128 40 0 1 0 0 0 0 1 0

2232 1000 128 40 0 1 0 0 0 1 0 0

2232 1000 128 40 0 1 0 0 0 0 0 0

1192 700 384 40 0 1 0 0 0 0 0 0

1689 700 384 60 0 1 0 0 0 0 0 0

1701 700 384 40 0 1 0 0 0 0 1 0

1751 700 384 40 0 1 0 0 0 1 0 0

1851 700 384 40 0 1 0 0 0 0 0 0

2319 933 128 15 0 0 0 0 1 0 0 0

2512 933 256 15 0 0 0 0 1 0 0 0

2451 933 128 30 0 0 0 0 1 0 0 0

2270 933 128 10 0 0 0 0 1 0 0 0

2463 933 256 10 0 0 0 0 1 0 0 0

2183 933 64 10 0 0 0 0 1 0 0 0

1039 533 64 8 0 0 1 1 0 0 0 0

1139 533 128 8 0 0 1 1 0 0 0 0

1109 533 64 17 0 0 1 1 0 0 0 0

1180 533 64 8 0 0 1 1 0 1 0 0

1350 533 128 17 0 0 1 1 0 1 0 0

1089 600 64 8 0 0 1 0 1 0 0 0

1189 600 128 8 0 0 1 0 1 0 0 0

1159 600 64 17 0 0 1 0 1 0 0 0

1230 600 64 8 0 0 1 0 1 1 0 0

1259 600 128 17 0 0 1 0 1 0 0 0

1400 600 128 17 0 0 1 0 1 1 0 0

2389 933 256 40 0 1 0 0 1 0 0 0

1833 733 256 40 0 1 0 0 1 0 0 0

2189 933 128 40 0 1 0 0 1 0 0 0

160
AJUSTEMENT AUX CHANGEMENTS DE QUALITÉ

PRIX VITESSE RAM,MB. HD,MB. DELL PRESARIO PROSIGNIA CELERON PENTIUM III CD-RW DVD VITESSE-
(£) (MHz) DELL+
(MHz)

2436 933 256 60 0 1 0 0 1 0 0 0

2397 933 256 40 0 1 0 0 1 0 1 0

2447 933 256 40 0 1 0 0 1 1 0 0

2547 933 256 40 0 1 0 0 1 0 0 0

2845 933 384 60 0 1 0 0 1 0 0 0

2636 933 384 60 0 1 0 0 1 0 0 0

1507 733 64 30 0 1 0 0 1 0 0 0

1279 667 64 10 1 0 0 0 1 0 0 667

1379 667 128 10 1 0 0 0 1 0 0 667

1399 667 64 30 1 0 0 0 1 0 0 667

1499 667 128 30 1 0 0 0 1 0 0 667

1598 667 128 30 1 0 0 0 1 1 0 667

1609 667 128 30 1 0 0 0 1 0 1 667

1389 667 64 10 1 0 0 0 1 0 1 667

999 667 64 10 1 0 0 1 0 0 0 667

1119 566 64 30 1 0 0 1 0 0 0 566

1099 566 128 10 1 0 0 1 0 0 0 566

1097 566 64 10 1 0 0 1 0 1 0 566

1108 566 64 10 1 0 0 1 0 0 1 566

1219 566 128 30 1 0 0 1 0 0 0 566

1318 566 128 30 1 0 0 1 0 1 0 566

1328 566 128 30 1 0 0 1 0 0 1 566

1409 566 128 10 1 0 0 0 1 0 0 733

1809 733 384 10 1 0 0 0 1 0 0 733

1529 733 128 30 1 0 0 0 1 0 0 733

1519 733 128 10 1 0 0 0 1 0 1 733

1929 733 384 30 1 0 0 0 1 0 0 733

2039 733 384 30 1 0 0 0 1 0 1 933

2679 933 128 30 1 0 0 0 1 0 0 933

3079 933 384 10 1 0 0 0 1 0 0 933

2789 933 128 10 1 0 0 0 1 0 1 933

3189 933 384 10 1 0 0 0 1 0 1 933

161
SUBSTITUTION DE PRODUITS ÉLÉMENTAIRES,
ESPACE D’ÉCHANTILLONNAGE ET NOUVEAUX PRODUITS 8
Introduction identiques conduira probablement à la longue au suivi
d’un échantillon de moins en moins représentatif de la
8.1 Lorsque de nouveaux produits élémentaires font population des transactions. Il se peut que les enquêteurs
leur apparition et que d’anciens produits élémentaires ne continuent à suivre le prix de certains produits élémen-
se vendent plus, l’univers des produits élémentaires dont taires jusqu’à ce qu’ils ne soient plus vendus. Ils risquent
les prix sont relevés change. Or, la méthodologie des donc d’assurer ce suivi pour des produits anciens, dont le
indices peut limiter l’échantillonnage à des sous-catégo- prix fait apparaître des fluctuations inhabituelles et les
ries de l’univers. Les échantillons tirés de ces sous-caté- ventes sont limitées. En ce qui concerne le remplace-
gories forment ce qui est appelé ici l’«espace d’échan- ment des produits élémentaires, il se peut que les enquê-
tillonnage» de l’indice. Le présent chapitre traite des teurs choisissent des produits comparables peu popu-
limitations de cet espace. Dans le chapitre 7, la méthode laires pour éviter un ajustement explicite du prix en
d’appariement des modèles a été reconnue comme étant fonction de la qualité. C’est ainsi que des produits élé-
l’approche retenue pour assurer que la mesure des varia- mentaires obsolètes, dont les prix subissent des varia-
tions des prix n’est pas faussée par les changements de tions inhabituelles, peuvent être remplacés par des pro-
qualité. Il a toutefois été noté que cette approche pourrait duits élémentaires quasiment obsolètes, dont les prix
être déficiente à trois égards : produits élémentaires varient eux aussi de façon inhabituelle. Le fait que les
manquants, espace d’échantillonnage limité et nouveaux produits de remplacement sont quasiment obsolètes
biens et services (dans le reste du présent chapitre, le signifie que leur part des dépenses sera relativement
terme «biens» désigne les biens et les services). Dans le faible, ce qui aggravera le problème de la non-représen-
chapitre 7, plusieurs méthodes implicites et explicites tativité des échantillons. La substitution d’un article dont
d’ajustement des prix en fonction de la qualité, et le les ventes sont relativement élevées à un article obsolète
choix entre elles, sont proposées comme des solutions au a ses propres inconvénients, car la différence de qualité
problème des produits élémentaires manquants. Dans le est susceptible d’être une différence importante et de
présent chapitre, l’attention se porte sur les deux autres fond, allant au-delà de celle qui peut être attribuée, par
raisons pour lesquelles la méthode d’appariement de exemple, à la différence de prix dans une période de che-
modèles ne convient pas : problèmes d’échantillonnage vauchement. L’un des produits élémentaires pourrait se
(espace d’échantillonnage limité) et nouveaux produits. trouver dans la dernière phase de son cycle de vie alors
Commençons par décrire brièvement les trois sources que l’autre en est encore au début. Le problème influe
d’erreur potentielle. sur la mise à jour de l’échantillon et la substitution de
8.2 Produits élémentaires manquants. Un problème produits élémentaires.
se pose lorsqu’un bien n’est plus produit. Un ajustement 8.4 Nouveaux produits. Une troisième difficulté peut
implicite en fonction de la qualité peut être opéré à se poser lorsqu’un «nouveau» bien est produit. Il est dif-
l’aide de la méthode du chevauchement ou d’imputa- ficile de déterminer si l’on a affaire à un nouveau produit
tion, ou encore le répondant peut choisir un produit de élémentaire ou à un changement de la qualité d’un pro-
remplacement de qualité comparable, dont le prix peut duit ancien, et c’est ce qui est traité ci-après. Lorsqu’un
être directement comparé à celui du produit élémentaire bien est nouveau à maints égards, il faut l’inclure dans
manquant. Si le produit de remplacement n’est pas de l’indice le plus tôt possible, surtout si l’on s’attend à ce
qualité comparable, un ajustement explicite du prix que les ventes de ce bien atteignent un niveau relative-
s’impose. Cette question est traitée au chapitre 7, para- ment élevé. L’évolution du prix des nouveaux biens peut
graphes 7.72 à 7.115. Des réserves sont émises aux être fort différente de celle du prix des biens anciens, en
paragraphes 7.125 à 7.158. Il a été reconnu que, pour les particulier au début de leur cycle de vie. En outre, dans
produits élémentaires des branches d’activité où le rem- la période initiale de son lancement, le bien procure sou-
placement des modèles est rapide, un appariement con- vent un gain de bien-être au consommateur. Le nouveau
tinu sur longue période appauvrit l’échantillon et un bien n’est pas un parfait substitut de l’ancien et cette uni-
ajustement en fonction de la qualité devient irréalisable cité fournit au consommateur une valeur économique
à l’échelle requise. L’appariement en chaîne ou les qu’il n’aurait pas obtenue si le nouveau bien n’avait pas
indices hédoniques sont jugés préférables. été disponible (Trajtenberg, 1989). Mais, par définition,
8.3 Problèmes d’échantillonnage. Par sa nature il n’y a pas de prix pour le nouveau produit pendant la
même, l’appariement des prix de produits élémentaires période précédant son lancement. Ainsi, même si le prix

163
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

du nouveau produit est obtenu et inclus dans l’indice dès aussi de remplacer un produit par un autre lorsqu’un
sa date de lancement, il y a toujours quelque chose qui produit élémentaire de l’échantillon de la période de
manque — le gain de bien-être initial dont jouissent les base n’existe plus dans la période en cours.
consommateurs pendant la période de lancement. Les 8.8 Il est, bien entendu, difficile de déterminer dans
difficultés éprouvées à rendre compte de ces effets sont quelle mesure les appariements de l’univers d’intersec-
traitées aux paragraphes 8.59–8.60 et à l’appendice 8.2. tion limitent l’inclusion de l’échantillon dans le double
8.5 Le problème des produits élémentaires man- univers dynamique, car les organismes statistiques ne
quants a fait l’objet du chapitre 7. Le présent chapitre recueillent généralement pas de données sur ce dernier,
porte sur les problèmes d’échantillonnage liés à la dont l’ampleur varie d’ailleurs selon les produits.
méthode d’appariement des modèles et sur la difficulté Sellwood (2001) s’est prononcé en faveur de simula-
à inclure les nouveaux produits dans l’indice. tions utilisant l’univers des données obtenues par lec-
ture optique. Silver et Heravi (2002) y ont procédé en
Échantillons appariés prenant des données de ce type sur les prix à la consom-
mation des machines à laver au Royaume-Uni en 1998.
8.6 La méthode d’appariement tire ses origines d’un L’indice de Laspeyres établi sur la base des comparai-
casse-tête. L’appariement sert à éviter que les variations sons de prix de modèles appariés existant à la fois en
de prix ne soient influencées par les changements de qua- janvier et décembre ne couvrait que 48 % des dépenses
lité. Or, son utilisation limite l’échantillonnage à un uni- de décembre en machines à laver, car les nouveaux
vers statique de produits élémentaires qui existent à la modèles apparus après janvier n’y étaient pas inclus. En
fois dans la période de référence et dans la période en outre, la comparaison des prix des modèles appariés de
cours. En dehors de l’échantillon apparié, il y a, bien sûr, janvier à décembre porte sur un peu plus de 80 % des
des produits élémentaires qui existent dans la période de dépenses de janvier, en raison de l’exclusion des mo-
référence mais pas dans la période en cours, et qui ne dèles existant en janvier mais pas en décembre. Une
sont donc pas appariés, ainsi que des produits élémen- mise à jour semestrielle de l’échantillon (changement de
taires nouveaux qui existent dans la période en cours base) a porté le taux de couverture des dépenses de
mais non dans la période de référence — l’univers dyna- décembre à un peu plus de 70 %, tandis qu’une mise à
mique (Dalén, 1998a; Sellwood, 2001). Le casse-tête jour mensuelle (chaînage) l’a établi à 98 % (voir le
tient à ce que les prix des produits élémentaires non chapitre 7, paragraphes 7.128 à 7.131 pour d’autres
inclus dans l’univers apparié — les nouveaux produits exemples). Cela a deux implications. Premièrement, le
élémentaires qui apparaissent après la période de réfé- choix de produits de substitution (remplacement) place
rence et les produits élémentaires anciens qui ont disparu dans une certaine mesure la couverture de l’échantillon
de la période en cours — peuvent se comporter très diffé- sous le contrôle des enquêteurs. L’émission de direc-
remment de ceux des produits élémentaires appariés tives sur les remplacements dirigés dans des catégories
existants. Il en est ainsi parce que ces produits incor- de produits données présente un certain intérêt. Deuxiè-
porent des technologies différentes et sont sujets à des mement, le chaînage, les indices hédoniques (comme
variations de prix stratégiques (ajustés en fonction de la ceux considérés au chapitre 7, paragraphes 7.125 à
qualité) différentes. Le procédé utilisé pour maintenir 7.158) et la mise à jour régulière de l’échantillon pré-
constante la qualité de l’échantillon, à savoir l’apparie- sentent l’avantage, pour certaines catégories de pro-
ment, est celui-là même qui peut donner lieu à un échan- duits, de rafraîchir l’échantillon. Ces questions seront
tillon biaisé en ce qu’il ne tient pas compte de l’évolution examinées à tour de rôle.
technologique. En outre, lorsque cet échantillon apparié
sert à imputer les variations de prix des produits élémen-
taires manquants (voir chapitre 7, paragraphes 7.53 à Espace d’échantillonnage
7.68), il reflétera la technologie incorporée dans un et remplacement ou substitution
échantillon qui n’est pas représentatif de l’évolution de produits élémentaires
technologique de la période en cours.
8.7 L’appendice 8.1 du présent chapitre présente un 8.9 Lorsqu’un produit disparaît, il se peut que
examen formel de l’appariement et de l’univers dyna- l’enquêteur décide de choisir un produit de remplace-
mique. On distingue trois univers : ment. L’espace d’échantillonnage de l’indice couvre
• un univers d’intersection, qui ne comprend que les donc les produits appariés initialement choisis et les pro-
produits élémentaires appariés; duits de remplacement retenus lorsque des produits
appariés sont manquants. Les enquêteurs sont fréquem-
• un double univers dynamique, qui recouvre tous les ment les personnes les mieux placées pour choisir les
produits élémentaires de la période de base et tous produits de remplacement. Ils se trouvent souvent physi-
ceux de la période en cours, bien qu’ils puissent être quement dans le magasin qui n’a pas le produit en ques-
de qualité différente; tion et, par conséquent, tout prix de remplacement choisi
• un univers de produits de remplacement, qui com- est peu susceptible d’être affecté par des différences de
mence avec celui de la période de base mais permet prix qui pourraient être attribuées à des différences de

164
SUBSTITUTION DE PRODUITS ÉLÉMENTAIRES, ESPACE D’ÉCHANTILLONNAGE ET NOUVEAUX PRODUITS

services (facilité d’accès, parking, garanties, services) tous inclure dans l’échantillon le même produit élémen-
par rapport à d’autres magasins. Il se peut en outre qu’un taire «le plus typique», mais opter pour une distribution
produit de remplacement manifeste soit offert par un de produits qui représente largement la distribution des
magasin qui s’adresse au même segment du marché, et achats. Par exemple, une marque particulière — qui
c’est là une caractéristique qui n’échappera pas aux procure, disons, 40 % du produit des ventes — est répu-
enquêteurs. Lorsque le produit de remplacement a un tée être le leader du marché. Cette réputation ne doit pas
code ou un numéro de modèle différent, le statisticien amener tous les enquêteurs à choisir cette marque au
peut penser qu’il a affaire à un produit différent, alors moment du changement de base, car il faut que l’échan-
que l’enquêteur peut confirmer qu’il s’agit tout simple- tillon soit représentatif.
ment d’une différence de couleur ou d’emballage. 8.13 Les produits de remplacement doivent entrer
L’enquêteur peut en outre déterminer si un nouveau dans l’univers des transactions pour que l’échantillon
modèle (de remplacement) d’un produit est si différent soit largement représentatif de l’univers dynamique.
de l’ancien par sa présentation et d’autres facteurs quali- L’inclusion d’un produit de remplacement populaire en
tatifs qu’il justifie en soi une grande différence de prix. vue de rafraîchir l’échantillon — un produit qui est au
Dans pareils cas, il se peut que le statisticien se con- même stade de son cycle de vie que le produit populaire
centre uniquement sur les caractéristiques techniques et initialement choisi dans la période de base — permet
ne soit pas au courant de ces autres différences. Il a tou- une comparaison utile et correcte des prix, à supposer
tefois l’avantage de détenir d’autres informations, par qu’il soit procédé à un ajustement du prix en fonction de
exemple, de renseignements obtenus d’un magasin de la qualité. Les substituts ou produits de remplacement
même type sur le prix du produit manquant, qui pourrait devraient, si possible, être non seulement qualitative-
être temporairement en rupture de stock. ment comparables, mais aussi susceptibles de contribuer
8.10 L’enquêteur se charge de déterminer si deux pour une part relativement importante à la valeur des
produits élémentaires sont de qualité comparable ou ventes. Il ne sert pas à grand-chose de substituer un pro-
non. S’il pense qu’un produit de remplacement est de duit élémentaire dont les ventes sont limitées à un pro-
qualité comparable, alors que ce n’est pas le cas, la dif- duit manquant dont les ventes sont, elles aussi, limitées,
férence de qualité sera prise pour une différence de prix, tout simplement parce qu’ils ont des caractéristiques
il en résultera un biais lorsque la différence de qualité similaires, étant tous deux «anciens»; l’indice devien-
non reconnue va toujours dans le même sens. La substi- drait encore moins représentatif. Substituer un produit
tution éclairée entre deux produits de qualité compa- élémentaire à un autre uniquement lorsque le produit
rable exige que des directives générales soient émises n’est plus en vente risque de nuire à la représentativité de
sur ce qui constitue un bon produit de remplacement, l’indice. Dans ce cas, les produits dont les ventes sont
ainsi que des informations sur les caractéristiques sus- relativement faibles continueraient à être suivis jusqu’à
ceptibles de déterminer le prix des produits en question. la fin de leur durée de vie. Et même leur remplacement
Elle nécessite par ailleurs que la substitution ait lieu en risque de ne pas remédier à la situation. Si les directives
temps opportun de manière à maximiser les chances sur le remplacement des produits indiquent que l’enquê-
qu’un bon substitut soit disponible. teur doit sélectionner un produit élémentaire comparable
8.11 L’émission de directives sur le choix de pro- vendu dans le point de vente, le produit de remplacement
duits élémentaires comparables et le suivi de la nature choisi sera presque aussi obsolète (Lane, 2001, p. 21).
des produits choisis est une bonne pratique. Liegey 8.14 Les directives en faveur de la sélection de pro-
(1994) note combien les résultats des régressions hédo- duits élémentaires «similaires» ont pour but de faciliter
niques sont utiles pour la sélection des produits. Ces l’ajustement au changement de qualité entre le produit
résultats donnent une indication des grands facteurs de ancien et le produit nouveau; au mieux, les produits sont
qualité qui expliquent la variation du prix du produit ou «comparables» et aucun ajustement de ce type n’est
du service. Des directives peuvent ainsi être fournies nécessaire. Les mécanismes institutionnels créés pour
aux enquêteurs sur les caractéristiques jugées impor- faciliter l’ajustement des prix en fonction de la qualité
tantes — en ce sens qu’elles déterminent le prix — pour peuvent donner lieu à un biais parce qu’ils s’en tiennent
la sélection des produits élémentaires de l’échantillon et à un échantillon de produits élémentaires qui n’incor-
de remplacement. porent pas les récentes innovations technologiques et ne
8.12 On ne saurait traiter de l’espace d’échantillon- sont pas représentatifs de ce qui est produit. Il faut se
nage sans examiner la question de la sélection des pro- rappeler qu’une méthodologie des indices fondée sur un
duits de substitution aux produits élémentaires man- échantillon de produits appariés initialement choisis et
quants. La sélection initiale des produits élémentaires un échantillon de produits de remplacement prenant la
dont les prix sont appariés est une opération qu’il vaut place de produits manquants risque de ne pas être repré-
peut-être mieux laisser au hasard, mais le plus souvent, sentative de l’univers de l’ensemble des produits con-
les produits élémentaires choisis sont ceux qui sont sommés. En particulier, si la méthodologie des indices
«typiquement» achetés. Et les produits de remplace- est biaisée en faveur de la sélection de produits de rem-
ment devraient eux aussi être des produits élémentaires placement dont les ventes sont relativement faibles, de
«typiquement» achetés. Les enquêteurs ne devraient pas manière à ce qu’ils soient comparables à des produits

165
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

élémentaires obsolètes, l’échantillonnage des nouveaux • Si le produit de remplacement qui se vend le mieux
produits et l’espace d’échantillonnage de l’indice sont est de qualité comparable à celle du produit manquant
biaisés. L’ajustement au changement de qualité et la et se trouve au même stade de son cycle de vie que
représentativité sont interdépendants, car le premier ce dernier, sa sélection réduira au maximum le biais
influe sur l’espace d’échantillonnage de l’indice. d’échantillonnage.
8.15 Il y a lieu de réaffirmer qu’il importe d’utili- • S’il y a plusieurs produits de remplacement et que le
ser des produits de remplacement pour lutter contre plus comparable est choisi — celui qui incorpore
l’appauvrissement de l’échantillon et de faire preuve l’ancienne technologie —, sa part de marché sera
de prudence à cet égard. Supposons, par exemple, faible et les variations de prix seront inhabituelles.
qu’un seul modèle d’un produit donné est en vente sur
le marché au début de la comparaison des prix, dans la • Si les conditions du marché sont connues à l’avance,
période t. Un enquêteur l’inclut dans l’échantillon au les produits de remplacement qui sont inclus dans
cours de la période t et suit ensuite l’évolution de son l’échantillon bien avant que le produit ancien devienne
prix dans les périodes suivantes. Un nouveau modèle obsolète permettent d’accroître la part de marché des
(de remplacement) entre sur le marché dans la période, produits de l’échantillon, d’inclure ceux qui sont plus
disons, t + 2, mais il est ignoré, car le modèle initial représentatifs du marché, et de faciliter l’ajustement au
continue à exister pendant plusieurs mois. Cependant, changement de qualité.
au cours de la période t + 9 par exemple, le produit 8.17 Le problème de la substitution de produits élé-
ancien n’est plus en vente sur le marché et il est rem- mentaires est analogue à celui que pose la fermeture d’un
placé par le nouveau produit, dont le prix est ajusté en point de vente. Il est peut-être possible de trouver un point
fonction de la qualité. La comparaison à long terme de vente comparable qui n’est pas encore inclus dans
entre le prix du nouveau modèle de la période t + 9 et l’échantillon, ou un point de vente non comparable pour
celui de l’ancien modèle de la période t ne comporte lequel un ajustement peut en principe être effectué pour
pas de biais d’échantillonnage. Les deux modèles ont tenir compte de la qualité supérieure du service fourni. Il
une part de marché égale à 100 % dans leurs périodes n’est pas rare de voir un point de vente se fermer après
respectives, étant alors les seuls modèles disponibles. l’apparition d’un point de vente nouveau, plus compétitif.
Tous deux étant près du début de leur cycle de vie, la Lorsque l’appariement des prix de ces points de vente suit
comparaison de leurs prix est équitable. Si le prix du dans l’ensemble le schéma de consommation des clients
nouveau produit se comporte différemment de celui du du point de vente initial, il y a manifestement un point de
produit ancien, un biais d’échantillonnage apparaîtra vente de remplacement. Si, toutefois, le nouveau point de
entre la période t + 2 et la période t + 8, lorsque seul vente a des prix comparables mais aussi une plus grande
l’un des deux produits est compris dans l’échantillon, gamme de produits, de meilleures facilités de parking et
mais l’échantillonnage ne sera pas biaisé une fois le des services plus efficaces, les consommateurs auront à
modèle remplacé dans la période t + 9. gagner au remplacement d’un point de vente par l’autre.
8.16 Il convient donc de gérer la stratégie de rem- Or, comme ces avantages n’ont pas de prix direct, il est
placement de manière à assurer un appauvrissement difficile d’estimer leur valeur pour ajuster le prix afin de
minimum de l’échantillon. À cet égard, les points sui- tenir compte de la meilleure qualité des services fournis
vants sont à souligner : par le nouveau point de vente. L’indice comporterait ainsi
• Le remplacement offre l’occasion de réduire, voire de un biais positif, qui serait perdu au changement de base.
supprimer, le biais d’échantillonnage dans la période Dans pareils cas, il pourrait être préférable de remplacer
de remplacement du produit, mais pas avant. l’ancien point de vente par un nouveau qui fournit une
gamme de services similaire plutôt que par un point de
• Plus le remplacement est fréquent, plus le biais vente qui fournit une gamme de services différente mais
d’échantillonnage est faible. sert la même zone de chalandise. Dans leurs analyses de
• Même s’il y a plusieurs nouveaux produits (de régression pour les biens de consommation durables,
remplacement) sur le marché, il peut quand même Liegey (2000), Shepler (2000) et Silver et Heravi (2001b)
exister un biais car seul le produit le plus populaire ont trouvé que le «type de point de vente» est une variable
sera choisi et il peut très bien se trouver à un stade explicative importante et statistiquement significative de
différent de son cycle de vie et, partant, faire la variation des prix, alors que, au sein d’une même caté-
apparaître des variations de prix différentes de celles gorie de points de vente — point de vente de produits ali-
d’autres nouveaux modèles (de remplacement). mentaires et d’essence aux États-Unis — les différences
• L’analyse suppose que des ajustements parfaits au sont beaucoup plus faibles (Reinsdorf (1993)).
changement de qualité sont opérés pour les produits
de remplacement. Moins le remplacement est fré- Mise à jour de l’échantillon,
quent, plus cela pourrait être difficile à réaliser, car le
produit de remplacement le plus récemment offert sur
chaînage et indices hédoniques
le marché risque de présenter des différences de qua- 8.18 Il importe de reconnaître la corrélation entre les
lité beaucoup plus marquées que les précédents. méthodes de mise à jour des produits élémentaires, de

166
SUBSTITUTION DE PRODUITS ÉLÉMENTAIRES, ESPACE D’ÉCHANTILLONNAGE ET NOUVEAUX PRODUITS

remplacement de ces produits et d’ajustement en fonction base est une opération coûteuse. Cependant, si le chan-
de la qualité. La mise à jour des échantillons de produits gement de base n’est pas fréquent, et s’il y a perte
élémentaires servant à l’établissement de l’indice des prix importante de produits de certaines catégories, la mise à
à la consommation (IPC) est une forme de remplacement jour de l’échantillon pourrait alors être la solution à
de produits, qui, au lieu d’être «forcée» par l’absence retenir pour ces catégories. Un système de métadonnées
d’un produit, est opérée pour un groupe général de pro- (décrit ci-dessous) aidera à la prise de décision dans ce
duits en vue de cette mise à jour. Elle a pour effet de domaine. Une mise à jour plus fréquente de l’échan-
réduire à l’avenir la probabilité des remplacements for- tillon facilite le processus d’ajustement en fonction de la
cés. Or, l’hypothèse implicite de cette pratique est équiva- qualité à deux égards. Premièrement, le nouvel échan-
lente à celle de la méthode du chevauchement, à savoir tillon inclura des variétés plus récentes. Il y a de plus
que les différences de prix sont une approximation adé- grandes chances que des produits de remplacement
quate de la variation de prix d’une unité de qualité entre comparables très vendus seront disponibles et que les
les produits élémentaires qui disparaissent de l’échan- produits de remplacement non comparables seront de
tillon et les produits élémentaires de remplacement. qualité similaire, ce qui permet de bons ajustements
8.19 Considérons l’établissement d’un nouvel échan- explicites. Deuxièmement, parce que l’échantillon a été
tillon de produits élémentaires. Nous pouvons utiliser à mis à jour, les produits élémentaires manquants seront
cet effet soit la méthode des probabilités, soit la méthode en moins grand nombre et il sera ainsi moins nécessaire
d’échantillonnage au jugé ou une combinaison des deux. d’ajuster les prix en fonction de la qualité.
Les prix de l’ancien et du nouvel échantillon sont obtenus 8.21 Une mise à jour fréquente de l’échantillon a
au cours du même mois, et le nouvel indice est élaboré pour conséquence naturelle l’utilisation d’une formule
sur la base du nouvel échantillon, avec raccordement des en chaîne dans laquelle l’échantillon est resélectionné à
résultats à l’ancien. Il s’agit ici de l’emploi implicite de la chaque période. Dans le chapitre 7, paragraphes 7.153
méthode du chevauchement, dans laquelle toutes les dif- à 7.158, les principes et méthodes décrits s’appliquent
férences de prix entre les nouveaux et les anciens pro- aux secteurs dans lesquels la rotation des produits élé-
duits élémentaires de ce mois sont considérées comme mentaires sur le marché est rapide. Ces principes sont
étant dues aux changements de la qualité. Supposons que réaffirmés ici. De même, l’utilisation d’indices hédo-
le nouvel échantillon commence en janvier. Supposons en niques (paragraphes 7.132 à 7.152) ou de comparaisons
outre que le prix d’un ancien produit élémentaire est de à court terme (paragraphes 7.159 à 7.173) pourrait
10 dollars en décembre et de 11 dollars en janvier, soit s’avérer utile dans ce contexte.
une hausse de 10 %, alors que le prix du nouveau produit
de remplacement est de 16 dollars en janvier et de 18 dol-
lars en février, soit une augmentation de 12,5 %. Le nou-
Informations requises pour
veau produit élémentaire de janvier est d’une meilleure une stratégie d’ajustement
qualité que l’ancien et cette différence de qualité peut être en fonction de la qualité
valorisée à 16 – 11 = 5 dollars pour le consommateur.
Autrement dit, on suppose que la différence de prix est 8.22 Après ce qui a été dit, il devrait être clair
égale à la différence de qualité, ce qui est l’hypothèse qu’une stratégie d’ajustement en fonction de la qualité
implicite de la méthode du chevauchement. Si le prix en doit non seulement tenir compte de la représentativité
décembre de l’ancien produit élémentaire avait été com- de l’échantillon, mais aussi exiger l’établissement d’un
paré au prix ajusté en fonction de la qualité du nouvel système de métadonnées statistiques. Il s’agit ici d’un
article en janvier dans cette hypothèse, la variation du domaine où il ne suffit pas de décrire la méthode utilisée
prix aurait dans ce cas été la même, soit 10 % (c’est-à- pour l’indice dans son ensemble, mais qui requiert
dire (16 – 5)/10 = 1,10). Dans la pratique, la nécessité de l’apport continu d’informations sur le marché et le
remplacer simultanément un grand nombre de produits recensement et l’évaluation des méthodes appliquées
élémentaires et de faire les mises à jour correspondantes pour chaque produit.
rend nécessaires les hypothèses de la méthode du chevau-
chement, ce qui signifie que ce processus ne doit pas être Système de métadonnées statistiques
considéré comme étant sans erreur. Lorsque l’on s’attend 8.23 Les méthodes d’estimation des prix corrigés de
à ce que les hypothèses soient particulièrement difficiles la qualité doivent être bien exposées dans un système de
à soutenir (voir chapitre 7, paragraphes 7.44 à 7.52), il y a métadonnées statistiques. Les métadonnées sont des
lieu d’effectuer des ajustements explicites sous la forme informations descriptives systématiques sur le contenu
examinée aux paragraphes 7.72 à 7.115. statistique et l’organisation des données. Elles aident
8.20 Il a été indiqué ci-dessus que, lorsque les ceux qui sont chargés des systèmes de production des sta-
échantillons sont mis à jour, toute différence entre les tistiques à ne pas oublier quelles tâches ils ont à exécuter
échantillons au niveau de la qualité moyenne des pro- et comment les accomplir. Elles sont en outre utiles à la
duits élémentaires est traitée de la même manière que formation des nouveaux employés et à leur mise au cou-
dans la méthode du chevauchement. La mise à jour de rant des routines de production (Sundgren, 1993). Les
l’échantillon pour le rafraîchir entre les changements de systèmes de métadonnées aident par ailleurs à détecter les

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MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

points qui appellent un réexamen des méthodes d’ajuste- au système de métadonnées. Ces liens permettront aux
ment en vigueur et conduisent à l’utilisation d’autres services statistiques de mieux juger de la validité des
méthodes. Ils peuvent enfin répondre aux besoins des uti- hypothèses qui sous-tendent les ajustements implicites
lisateurs sous des formes dont la plus ancienne et la plus de la qualité. Lorsque c’est possible, il convient d’encou-
répandue est celle des notes de bas de page. rager les services à en apprendre davantage sur les
8.24 L’augmentation considérable du volume des branches d’activité qui ont une pondération relativement
données statistiques lisibles par machine et l’accroisse- élevée et où la substitution de produits élémentaires est
ment concomitant des métadonnées militent en faveur pratique courante.
du maintien des métadonnées sous cette forme. Il s’agit 8.28 Les services statistiques doivent identifier les
par là d’accroître la transparence des méthodes caractéristiques des catégories de produits qui en déter-
employées et d’assurer qu’elles sont comprises et pour- minent le prix en s’aidant des régressions hédoniques,
suivies lorsque des membres de l’équipe chargée de d’informations obtenues des organismes d’étude de
l’IPC sont remplacés. Les méthodologies d’ajustement marché, des gérants de magasins, des associations de
aux changements de la qualité peuvent en soi donner commerce et autres organismes de ce type, ainsi que de
lieu à des modifications de l’indice. Les indices établis l’expérience des enquêteurs. Ces informations devraient
à l’aide de nouvelles méthodes doivent être raccordés bénéficier au système de métadonnées statistiques et
aux indices existants. Le système de métadonnées doit être particulièrement utiles à l’établissement ultérieur de
également servir à faciliter l’ajustement aux change- directives sur la sélection des produits élémentaires.
ments de la qualité. L’emploi d’une méthode donnée 8.29 Lorsque les régressions hédoniques sont utili-
dépend tellement des caractéristiques des produits en sées soit pour remplacer en partie les prix manquants,
question qu’il importe de disposer d’informations sur soit pour leur valeur d’indice, il importe de conserver
ces caractéristiques. les informations sur les spécifications, les paramètres
8.25 Les organismes statistiques doivent déterminer estimés et les tests diagnostiques des équations de
l’incidence des produits élémentaires manquants par une régression, ainsi que les données et les notes sur les rai-
comparaison avec chaque groupe de la Classification de sons du choix et de l’utilisation de la formule finale.
la consommation individuelle par fonction (COICOP). Cela donnera un point de référence à la méthodologie
Si cette incidence est élevée, ils devront alors procéder à des équations mises à jour ultérieurement et permettra
une comparaison au niveau des classes au sein de chaque de la tester par rapport aux versions précédentes.
groupe. Si l’incidence est là aussi élevée, la comparaison 8.30 Le système de métadonnées devrait aider les
devra se faire au niveau des agrégats élémentaires ou des services statistiques à :
produits représentatifs choisis au sein de chaque groupe, • identifier les catégories de produits qui sont suscep-
ou encore au niveau le plus détaillé du système. Lorsque tibles de subir régulièrement des modifications
l’incidence est élevée, les prix temporairement man- technologiques;
quants, ceux des produits de remplacement comparables
et des produits de remplacement non comparables, rap- • déterminer à quel rythme et, probablement, quand les
portés au nombre total des prix, doivent être eux aussi modèles changent;
suivis afin de jeter les bases d’un système de métadon- • analyser en quoi un produit de remplacement était
nées statistiques. L’avantage d’une approche descen- jugé «comparable» par le passé au regard des facteurs
dante est l’économie de ressources que l’on réalise en se distinguant ce produit de l’ancien;
concentrant sur les catégories de produits aux niveaux de
• déterminer si des enquêteurs différents parviennent à
détail qui posent un problème.
des décisions similaires sur les produits de remplace-
8.26 Les informations propres au produit, telles que
ment comparables, et si ces décisions sont raisonnables.
la date de lancement des nouveaux modèles, la politique
de prix (précisions sur les mois où aucun changement n’a 8.31 Il se peut que les statisticiens des prix aient
été opéré) et la popularité des modèles et des marques davantage confiance dans certaines méthodes d’ajuste-
selon des sources différentes, doivent être incluses dans ment aux changements de la qualité que dans d’autres.
les métadonnées à mesure que le système se développe. Lorsque ces méthodes sont d’usage répandu, il pourrait
Il importe de fournir, si possible, une estimation de la être utile d’indiquer dans les métadonnées le degré de
pondération du produit en question, pour éviter d’accor- confiance du statisticien en elles. Selon Shapiro et
der trop d’importance aux produits à pondération relati- Wilcox (1997b), il pourrait prendre la forme d’un inter-
vement faible. Tout cela donnera lieu à une plus grande valle de confiance traditionnel : par exemple, le statisti-
transparence des procédures utilisées et permettra de cien peut croire, à un niveau de confiance de 90 %, en
diriger l’effort là où il est des plus nécessaires. une variation de 2 % (0,02) du prix corrigé de la qualité,
8.27 En ce qui concerne les produits élémentaires avec un intervalle de plus ou moins 0,5 % (0,005). Il
qui sont fréquemment remplacés, l’établissement de peut être indiqué si l’intervalle est symétrique ou unila-
contacts entre les offices statistiques et les organismes téral à droite ou à gauche. Ou encore, les statisticiens
d’étude de marché, les détaillants, les entreprises manu- peuvent utiliser un simple codage subjectif sur une
facturières et les associations de commerce bénéficierait échelle, disons, de 1 à 5.

168
SUBSTITUTION DE PRODUITS ÉLÉMENTAIRES, ESPACE D’ÉCHANTILLONNAGE ET NOUVEAUX PRODUITS

Les nouveaux produits et pour inclure ces produits ne sont pas, comme indiqué ci-
après, facilement applicables. Le bon conseil pratique
en quoi ils diffèrent des produits donné par Oi (1997), qui recommande de ne pas compli-
dont la qualité a changé quer les choses, n’est donc pas déraisonnable.
8.35 La terminologie adoptée ici est celle qui est
8.32 Il s’agit de savoir comment définir les nou- utilisée par Merkel (2000) pour le calcul de l’indice des
veaux produits (biens et services) et comment les distin- prix à la production (IPP), mais replacée dans le con-
guer des produits existants dont la qualité a été modifiée. texte de l’IPC. Il y est fait une distinction entre les biens
Le nouveau modèle d’un produit peut procurer qui impliquent une évolution, ou biens évolutionnaires,
l’ensemble des flux de services déjà fournis, mais en et ceux qui correspondent à une révolution, ou biens
plus grande quantité. Par exemple, le nouveau modèle révolutionnaires. Les biens évolutionnaires sont les
d’une voiture peut différer des modèles existants en ce modèles de remplacement ou complémentaires qui con-
qu’il a un plus gros moteur. Il y a continuation des flux tinuent à fournir un flux de services similaire, mais peut-
de services et de production, lesquels peuvent être liés être d’une nouvelle manière ou à un degré différent. Ils
aux flux de services et à la technologie de production des se distinguent des biens révolutionnaires, qui sont des
modèles existants. Selon sa définition pratique, un nou- biens tout à fait nouveaux sans lien étroit avec un pro-
veau bien, par opposition à un bien existant qui a été per- duit existant déjà. Bien que les biens révolutionnaires
fectionné, est tout d’abord un bien qui ne peut pas être puissent répondre d’une nouvelle manière à un besoin
facilement lié à un produit existant, en ce qu’il n’assure de longue date des consommateurs, ils n’entrent dans
pas la continuation d’une base de ressources et d’un flux aucune catégorie de produits établie aux fins de l’IPC
de services existants, par suite de la nature même de sa (Armknecht et al., 1997). La difficulté réside dans
«nouveauté». Par exemple, les produits surgelés, les l’inclusion des biens révolutionnaires tout à fait nou-
micro-ondes et les téléphones mobiles, tout en assurant veaux. En effet, il est peu probable qu’un bien, qui est
la poursuite des flux de services existants au consomma- unique par sa nature, soit inclus dans l’échantillon en
teur, ont une dimension service qui est tout à fait nou- tant que bien de remplacement d’un produit élémentaire
velle. Ensuite, comme on le verra ci-après, les nouveaux existant. Il ne serait pas comparable à un bien existant,
biens peuvent procurer un gain de bien-être au consom- ni ne se prêterait à un ajustement de prix en fonction de
mateur par leur apparition même. La simple inclusion du différences qualitatives par rapport à ce bien. Comme un
nouveau bien dans l’indice, après deux relevés de prix produit tout à fait nouveau n’est pas un produit de rem-
successifs, ne rend pas compte de ce gain. placement, il n’a pas encore de pondération; son appari-
8.33 Oi (1997) assimile la difficulté à définir les tion implique par conséquent la nécessité de mettre à
«nouveaux» biens à celle éprouvée à définir un mono- jour les pondérations de l’indice.
pole. S’il n’y a pas de substitut proche, le bien est nou-
veau. Il soutient que les nouveaux livres, les nouvelles
vidéos et les nouveaux feuilletons télévisés peuvent avoir Incorporation
une élasticité-prix croisée assez faible dans certains cas; des nouveaux produits
ils procurent tous des services de loisir et sont similaires
à cet égard. Hausman (1997), toutefois, a trouvé que 8.36 L’inclusion des nouveaux produits dans l’IPC
l’élasticité croisée des produits de substitution est assez soulève trois grandes préoccupations. La première a trait
grande pour les nouveaux feuilletons télévisés (voir tou- à la détection et à l’identification des nouveaux biens,
tefois Bresnahan (1977) à ce sujet). Il y a nombre de nou- qui sont facilitées par l’établissement de liens étroits
velles formes de produits existants, telles que les jouets et avec les organismes d’étude de marché et les associa-
les vêtements à la mode, qui ne peuvent être facilement tions de producteurs et de commerce. La deuxième, qui
substitués à des produits similaires et que les consomma- est liée à la première, est de décider si et quand il faut les
teurs seraient disposés à payer plus cher. inclure. Elle porte à la fois sur la pondération et les varia-
8.34 Bresnahan (1997, p. 237) note que Brandweek tions du prix des nouveaux biens. La troisième est de
a recensé plus de 22.000 nouveaux produits sur le mar- tenir compte du bien-être initial procuré au consomma-
ché des États-Unis pour 1994 — en tant que produits dif- teur par l’abandon de l’ancienne technologie.
férenciés, ils ne sont pas destinés à être des substituts 8.37 Au sujet du moment à choisir pour inclure les
exacts de produits existants, mais d’en être distincts. nouveaux biens, prenons quelques exemples. Les ventes
Dans bien des cas, c’est parce qu’ils en sont distincts de téléphones mobiles ont atteint un niveau si élevé dans
qu’ils sont lancés. La taille des marchés différenciés rend certains pays qu’il est devenu impérieux de les inclure au
peu pratiques la définition et le traitement des produits plus tôt dans l’IPC. Leur part des ventes des produits de
dits «nouveaux». Oi (1997, p.110) affirme à cet égard : leur catégorie est tout simplement passée en un temps
«Notre théorie et nos statistiques seraient trop compli- relativement court de zéro à un niveau assez haut. En
quées si des codes de produits distincts devaient être outre, leurs prix ne se sont pas comportés comme ceux
attribués à la variété de coca-cola «Clear Coke» ou de des autres biens de leur catégorie. Comme ils sont nou-
céréales «Special K».» En outre, les techniques à suivre veaux, ils ont peut-être été produits à l’aide de moyens et

169
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

de technologies fort différents de ceux entrant dans la risque de conduire à ignorer implicitement les différences
fabrication des téléphones existants. Sous l’effet de cam- de prix assez marquées qui accompagnent leur lancement
pagnes de commercialisation intensives, nombre de nou- (Tellis, 1988, et Parker, 1992). Cela ne veut pas dire que le
veaux biens sont à l’origine de ventes importantes et font comportement des prix des nouveaux produits sera tou-
l’objet de stratégies de prix distinctes au lancement. Pour jours différent. Merkel (2000) prend l’exemple des varié-
les innovations radicales, toutefois, il se peut que leur tés «allégées» des produits alimentaires et des boissons,
incorporation dans l’indice soit retardée, car elles ne qui sont semblables aux variétés originales mais com-
peuvent pas être définies dans les systèmes de classifica- portent moins de calories. Le prix des produits «allégés»
tion existants. est très voisin de celui des produits originaux. Le lance-
8.38 Armknecht et al. (1997) prennent l’exemple ment des variétés «allégées» a tout simplement pour but
de l’inclusion des magnétoscopes dans l’IPC des États- d’élargir le marché. S’il est nécessaire de tenir compte de
Unis. Lancés en 1978, les magnétoscopes ont engendré cette expansion lors de la révision des pondérations, les
des ventes d’une valeur de 299 millions de dollars, à un variations du prix des produits existants peuvent être utili-
prix de détail moyen estimé à 1.240 dollars. Comme la sées pour prendre en compte celles des produits «allégés».
base de l’IPC était changée tous les dix ans, les magné- 8.41 Le deuxième problème de calcul associé aux
toscopes n’ont été inclus dans l’IPC qu’en 1987, année nouveaux produits est celui de rendre compte de l’effet
où la valeur de leurs ventes atteignait 3.442 millions de de ces produits au moment de leur lancement. Les para-
dollars et où leur prix moyen était tombé à 486 dollars. graphes précédents traitent de l’incorporation des varia-
L’indice n’a donc pas rendu compte des fluctuations tions de prix dans l’indice après deux relevés successifs
extraordinaires des prix entre 1978 et 1987. des prix. Or, la comparaison du prix en vigueur dans la
8.39 Dulberger (1993) fournit pour l’IPP des États- première période avec le prix de la période précédant le
Unis des estimations concernant les puces de RAM lancement du produit fait ressortir un gain pour le con-
dynamique. Elle a calculé des indices de prix pour la sommateur. Ce dernier prix est hypothétique. C’est le
période 1982–88, avec des retards de diverses durées prix auquel la demande de ce produit par la communauté
dans l’inclusion des nouvelles puces dans l’indice. Les serait égale à zéro. Autrement dit, c’est le prix de réser-
indices ont été chaînés de manière à ce que les nouvelles vation qui, lorsqu’il est intégré dans la fonction de
puces puissent être, le cas échéant, incorporées au bout demande, établit la demande à zéro. Si un modèle de
de deux années de vente successives. Calculés suivant la demande peut être estimé, le prix de réservation peut
formule en chaîne de Laspeyres, ils font apparaître une l’être aussi. Le prix de réservation fictif est comparé au
baisse de 27 % si aucun retard n’intervient dans l’inclu- prix effectif de la période de lancement de façon à esti-
sion des nouveaux biens, et de 26,2 %, 24,7 %, 19,9 %, mer le gain découlant du lancement du bien. Si le prix de
7,1 % et 1,8 % si leur inclusion est retardée de 1, 2, 3, 4 réservation est relativement élevé, le lancement du nou-
ou 5 ans, respectivement. Dans tous les cas, l’indice veau bien est clairement avantageux pour le consomma-
comporte un biais négatif en raison du retard. Berndt et teur. Ignorer ce gain ainsi que le passage du prix fictif au
al. (1997) présentent une étude détaillée d’un nouveau prix effectif dans la période de lancement, c’est ignorer
médicament pour le traitement de l’ulcère, le Tagamet. un aspect des variations de prix qui donne lieu à une
Ils ont trouvé que les effets de la campagne de commer- amélioration du niveau de vie. Bien entendu, si un «nou-
cialisation menée avant le lancement du médicament sur veau» bien est un substitut proche — au prix auquel il est
son prix et sa part de marché lors du lancement étaient inclus dans l’indice — de biens existants, alors aucun
importants. Fait peu surprenant, le prix du médicament gain additionnel n’est procuré au consommateur.
générique a baissé à l’expiration du brevet, mais celui du 8.42 Il convient de noter qu’un consommateur peut
médicament de marque a augmenté. Les clients fidèles se trouver dans une région géographique où un nouveau
étaient disposés à payer un prix plus élevé qu’avant bien ou service, par exemple la télévision câblée ou un
l’expiration du brevet (Berndt et al., 2003). magasin de location de vidéo-cassettes ou un établisse-
8.40 Attendre qu’un nouveau produit soit bien en ment de santé, n’est pas disponible. Les avantages pro-
place ou que la base de l’indice soit changée pour inclure curés par le nouveau bien à différentes régions géogra-
ce produit dans l’indice peut donner lieu à des erreurs de phiques dès son lancement se concrétiseront donc avec
calcul des variations du prix si le comportement inhabituel le temps, à mesure que l’accès au nouveau bien s’élargi-
des prix aux stades critiques du cycle de vie du produit en ra. Chaque segment de la population qui a accès au nou-
question est ignoré. Il faut élaborer des stratégies pour veau bien en tirera profit maintes et maintes fois. Dans
identifier au plus tôt les nouveaux produits et concevoir la pratique, la pondération affectée à de tels produits
des mécanismes permettant de les inclure dans l’indice augmente chaque fois que la base de l’indice change ou
soit au moment de leur lancement (si celui-ci est précédé que l’échantillon est mis à jour.
par de grandes campagnes de commercialisation), soit peu 8.43 Les méthodes décrites ci-après pour l’inclusion
après (s’il y a des signes d’acceptation du produit par le des substituts et des nouveaux biens comportent à la fois
marché). Ces stratégies et mécanismes doivent faire partie les procédures normales d’établissement de l’IPC et les
du système de métadonnées. Attendre que les nouveaux traitements exceptionnels. En ce qui concerne les pre-
produits parviennent au stade de maturité du marché mières, les questions traitées aux paragraphes 8.44 à 8.58

170
SUBSTITUTION DE PRODUITS ÉLÉMENTAIRES, ESPACE D’ÉCHANTILLONNAGE ET NOUVEAUX PRODUITS

sont le changement de base de l’indice, la mise à jour de nouvelles variétés apparaissent, elles pourront être sub-
l’échantillon de produits élémentaires, l’introduction des stituées à certaines des variétés existantes, car il y aurait
nouveaux biens remplaçant les produits de fin de série, et là un choix plus vaste de produits comparables, ou moins
une stratégie pour le traitement du biais associé aux nou- d’efforts à faire pour ajuster le prix des produits non
veaux produits. S’agissant des traitements exceptionnels, comparables en fonction de la qualité.
une description est donnée des méthodes qui requièrent 8.46 Certains instituts de statistiques procèdent au
des catégories différentes de données. L’utilisation des rééchantillonnage des produits élémentaires appartenant
modèles appariés en chaîne et des indices hédoniques a à un même groupe. Il est, dans ces circonstances, possible
été traitée au chapitre 7 à propos des produits pour les- d’inclure de nouveaux produits dans un groupe pondéré.
quels il y a rotation rapide des modèles. Les cadres ana- Les ressources disponibles dans la pratique pour de telles
lytiques qui considèrent le biais associé aux nouveaux démarches rendent nécessaire un rééchantillonnage éche-
produits par le jeu des prix de réservation et des effets de lonné pour les différents groupes de produits, et cette
substitution font l’objet des paragraphes 8.59 et 8.60 et opération devrait être plus fréquente pour les groupes de
de l’appendice 8.2. Ces approches exigent beaucoup plus produits qui changent rapidement. L’incorporation des
de données et de connaissances économétriques. nouveaux biens par mise à jour de l’échantillon permet de
réaffecter une partie de la pondération du groupe de pro-
Changement de base duits au nouveau bien. Cependant, c’est la méthode du
et mise à jour de l’échantillon chevauchement qui est ici implicitement utilisée pour
8.44 Un nouveau bien peut être facilement inclus inclure un nouveau bien de qualité différente. La diffé-
dans l’indice au moment où sa base est changée, ou lors rence de prix dans la période de chevauchement entre
de la mise à jour de tout ou partie des produits de l’échan- produit nouveau et produit obsolète est présumée égale à
tillon. Si le nouveau bien génère des ventes importantes, leur différence de qualité. Les hypothèses implicites de
ou est susceptible de le faire, et ne remplace pas un bien ces méthodes ont été décrites ci-dessus et la vraisem-
existant déjà, ou s’il remplace un bien existant dont la blance de leur validité doit être examinée. Comme, par
part de marché est appelée à être beaucoup plus grande définition, les produits évolutionnaires continuent à four-
ou plus faible que la sienne, il faut établir de nouvelles nir le flux de services des produits existants (et probable-
pondérations pour en tenir compte. Les nouvelles pondé- ment des produits de fin de série), les méthodes hédo-
rations ne sont entièrement disponibles qu’au moment du niques sont peut-être plus adaptées que l’utilisation de la
changement de base, et non de la mise à jour de l’échan- méthode du chevauchement. Ces méthodes ainsi que
tillon. L’inclusion du nouveau produit dans l’indice sera d’autres techniques et le choix entre elles sont traitées
donc retardée. La durée du retard dépendra de l’intervalle au chapitre 7.
de temps entre le lancement du produit et la date du chan- 8.47 Dans nombre de pays, le changement de base
gement de base suivant et, plus généralement, de la fré- n’est pas fréquent et la mise à jour de l’échantillon n’est
quence avec laquelle la base de l’indice est changée. Le pas opérée, en dépit de leurs avantages. La mise à jour
changement de base est considéré ici dans le contexte de fréquente de l’échantillon ne doit toutefois pas être con-
l’utilisation de nouvelles pondérations pour l’indice. sidérée comme une panacée. C’est une tâche ardue, en
Même si l’indice est un indice-chaîne dont la base est particulier lorsqu’elle porte sur un éventail de groupes
changée tous les ans, les pondérations ne pourront être de produits qui changent rapidement. Même une mise à
attribuées avant le changement de base annuel, et ce jour fréquente, effectuée par exemple tous les quatre
retard pourrait même être prolongé de six mois, délai ans, peut laisser de côté un grand nombre de nouveaux
nécessaire à l’échantillonnage et à la collecte des résultats produits. Cependant, les instituts de statistiques n’ont
pour les pondérations. Un changement de base aussi fré- pas à attendre qu’un produit devienne obsolète pour
quent permet d’incorporer au plus tôt un nouveau bien et inclure un nouveau. Ils peuvent très bien prendre les
est à conseiller lorsque les pondérations ne suivent pas les devants et décider de le remplacer de façon anticipée par
innovations des produits. un nouveau produit. Pour certaines catégories de biens,
8.45 Au niveau d’agrégation élémentaire, une pon- l’arrivée d’un nouveau produit est annoncée à renfort de
dération implicite égale à la part des dépenses est donnée publicité avant son lancement. Dans d’autres cas, l’ins-
par l’indice des prix de Jevons, par exemple, à chaque titut de statistique peut suivre des procédures générales
rapport de prix. L’indice de Dutot attribue à chaque de substitution, qui sont décrites ci-après. Sans une telle
variation de prix une pondération correspondant au ratio stratégie, et lorsque la mise à jour de l’échantillon ou le
rapport de prix/somme des prix de la période de base ini- changement de base sont peu fréquents, un pays risque-
tiale de la comparaison (voir chapitre 7). Si une catégorie rait de se trouver confronté à un important biais associé
de produit est appelée à faire l’objet d’innovations dyna- aux nouveaux produits.
miques, on peut alors accroître l’échantillon lors de sa 8.48 En résumé :
mise à jour, sans modifier la pondération affectée au • On peut prendre un nouveau bien pour remplacer un
groupe. On se contenterait tout simplement de retenir bien existant si la pondération de l’ancien bien
davantage de produits pour calculer la moyenne arithmé- reflète correctement les ventes du nouveau bien et si
tique ou géométrique des variations de prix. Lorsque de le prix de celui-ci peut être ajusté en fonction de la

171
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

qualité pour être raccordé à la série de prix de de spécialistes. Les configurations sont révisées, disons,
l’ancien bien. tous les six mois. Ce qui était «haut de gamme» au
• Si le nouveau bien n’entre pas dans la structure de début de la période peut maintenant relever du «niveau
pondération préexistante, il peut y être inclus au d’entrée» et les enquêteurs auront de nouvelles configu-
moment du changement de base, quoique celui-ci soit rations indiquant les remplacements à faire. Ils sont
peu fréquent dans certains pays. ainsi orientés vers des produits de remplacement déter-
minés. Ou encore, ils pourraient être chargés de choisir
• Une mise à jour régulière de l’échantillon offre un les produits de remplacement, soit après s’être entrete-
moyen de revoir formellement la question de l’inclu- nus avec les gérants de magasin soit, si une indication
sion des nouveaux biens, encore que, comme il s’agit de la part de marché des marques populaires est donnée,
d’une démarche échelonnée, seules les pondérations après détermination de la probabilité du remplacement
au sein d’un même groupe de produits sont réaffec- en fonction de cette part. Il y a, bien entendu, d’autres
tées, et non les pondérations entre groupes. variantes. Sur de tels marchés, l’effet ultime recherché
• Au lieu d’attendre la mise à jour de l’échantillon, on est que les produits de remplacement susceptibles d’être
peut recourir au remplacement dirigé en anticipation à l’origine de ventes importantes sont choisis et que
de l’arrivée de nouveaux biens. cette sélection est faite précocement plutôt que tardive-
ment. L’essentiel est de ne pas manquer de rendre
• Les produits révolutionnaires n’entrent pas dans la compte de la naissance de ces produits et de faciliter
structure de pondération existante et il faut trouver l’ajustement du prix en fonction de la qualité.
d’autres solutions. 8.51 Il importe de souligner que, au moment du
• La formule modifiée «à court terme» ou en chaîne lancement de nouvelles versions de ces biens évolu-
décrite au chapitre 7, paragraphes 7.153 à 7.173 est tionnaires, un prix particulièrement élevé pourrait être
peut-être celle qui convient le mieux en cas de appliqué en vue de mettre à profit le fait que des seg-
rotation rapide des produits élémentaires. ments du marché sont disposés à payer davantage pour
Les remplacements dirigés pour les produits évolution- acquérir un produit «nouveau». Il se peut aussi qu’un
naires et l’accroissement dirigé de l’échantillon pour les prix particulièrement bas soit pratiqué en vue de
produits révolutionnaires sont examinés ci-après. l’introduction du bien sur le marché de manière à en
faciliter l’acceptation par ce dernier. Après un certain
temps, les prix peuvent être changés lorsque le produit
Remplacements dirigés et perd de sa nouveauté ou qu’il est accepté, ou lorsque
extension dirigée de l’échantillon les concurrents offrent des produits améliorés. Le rem-
8.49 Pour les biens évolutionnaires des catégories de placement dirigé est important car il garantit que l’IPC
produits où il y a remplacement et introduction rapides de tient compte des hausses de prix exceptionnelles de la
tels biens, on pourrait adopter une politique de remplace- période de lancement des produits. Il est en outre
ments dirigés. Le jugement, l’expérience, les entretiens nécessaire pour assurer une meilleure représentativité
avec les gérants de magasin et les organismes d’étude de de la couverture des produits. Bien que le remplace-
marché, ainsi qu’un système de métadonnées statistiques ment dirigé remplisse ces deux fonctions, il nous faut
sont autant de facteurs qui devraient aider à identifier ces émettre une réserve. Si la méthode utilisée est celle du
produits. Le choix des produits de remplacement est dirigé chevauchement, elle repose sur l’hypothèse que la dif-
vers les biens évolutionnaires de manière à préserver la férence de prix entre l’ancien produit et le nouveau est
représentativité de l’indice. Si la nouvelle version d’un égale à leur différence de qualité. Par exemple, si un
produit est destinée à remplacer une version existante, la nouveau type de détergent, comportant un nouvel agent
substitution pourrait alors être automatique. Une fois celle- actif biologique, est lancé sur le marché, il se peut que
ci opérée, les prix doivent être ajustés en fonction de la dif- le consommateur moyen soit disposé à payer un mon-
férence de qualité à l’aide, peut-être, de la méthode du tant égal à 10 au lieu du prix de 8 demandé pour le
chevauchement, par imputation ou par estimation explicite détergent ordinaire existant. Sans estimation explicite
à partir des coûts de production ou d’option, ou par régres- du surcroît d’utilité à attendre de l’agent biologique, la
sion hédonique, comme on l’a vu au chapitre 7. méthode du chevauchement conduit à supposer implici-
8.50 La gestion du remplacement dirigé peut tement que sa valeur est égale à 2. Or, il se peut que son
prendre plusieurs formes. Elle peut consister à donner prix soit de 8 au moment de son lancement et qu’il ait
des instructions aux enquêteurs, qui sont informés des été ultérieurement porté à 10. Dans la période de che-
configurations définies pour le produit, par exemple vauchement, les deux prix seraient les mêmes, sans
«haut de gamme», «de série», «économique», «niveau ajustement pour la différence de qualité. En fait, le prix
d’entrée» et «autres» (Lane, 2001). Les instructions ajusté serait en baisse; il y a une différence de qualité
pourraient porter aussi sur la part de marché escomptée de 2, mais c’est une déduction que l’office statistique
à ces niveaux, par exemple le «haut de gamme» devrait ne peut pas faire. En général, par conséquent, lorsque
représenter 20 % du marché. Ces informations devraient l’on constate que les produits sont lancés à des prix
être fondées sur des données effectives ou le jugement exceptionnels et que la méthode employée est celle du

172
SUBSTITUTION DE PRODUITS ÉLÉMENTAIRES, ESPACE D’ÉCHANTILLONNAGE ET NOUVEAUX PRODUITS

chevauchement, il vaut mieux attendre, pour effectuer Tableau 8.1 Exemple d’extension de l’échantillon
le remplacement, que le marché se soit stabilisé. Pondé- Pondé-
8.52 Pour les produits révolutionnaires, la substitu- ration ration Période Période Période Période
tion n’est peut-être pas la solution qui convient. Produits de base révisée 1 2 3 4

Premièrement, il se peut qu’ils n’entrent pas dans l’une A 0,6 0,5 100,00 101,00 101,50 102,50
des catégories des systèmes de classification existants. B 0,4 0,3 100,00 102,00 102,50 103,00
Deuxièmement, leur unicité réside peut-être en grande Ensemble
des produits 0,8 100,00 101,40 101,90 102,70
partie dans la manière dont ils sont vendus, ce qui signi- C 100,00 98,50 98,00
fie qu’il faudra élargir l’échantillon pour qu’il recouvre C chaîné 0,2 100,00 101,40 99,88 99,37
ces nouveaux circuits de vente. Troisièmement, il n’y a Ensemble
pas de produits existants auxquels apparier ces biens de des produits
(révisé) 100,00 101,40 101,50 102,05
manière à corriger les prix en fonction de la qualité
puisque, par définition, ils sont nettement différents des
biens déjà en vente. Enfin, il n’y a pas de pondérations à
affecter aux nouveaux points de vente ou produits. et pour la période 4 :
8.53 Il faut tout d’abord identifier les nouveaux 101,40 x [0,8 x (102,7/101,4) + 0,2 x (99,37/101,4)]
biens. La solution proposée plus haut au sujet de la mise = 0,8 x 102,7 + 0,2 x 99,37 = 102,05
en place d’un support de métadonnées, à savoir l’établis-
sement de contacts avec les organismes d’étude de mar- 8.55 Si C était un bien évolutionnaire remplaçant
ché, les gérants de magasins et les entreprises manufac- B, il n’y aurait pas besoin d’établir de nouvelles pondé-
turières, est valable ici également. Une fois les nouveaux rations ni d’augmenter l’échantillon. Le bien révolu-
biens identifiés, il y a lieu d’augmenter l’échantillon tionnaire C n’a pas de pondération dans la période de
pour tenir compte des biens révolutionnaires. Il est base; le raccordement exige qu’il soit procédé en même
nécessaire d’inclure le nouveau bien révolutionnaire temps à une révision des pondérations. La sélection de
dans l’échantillon, aux côtés des produits qui y sont déjà. la série à laquelle le prix du nouveau bien est raccordé,
Pour cela, il faudra peut-être élargir la classification, ainsi que celle des groupes de produits entrant dans la
l’échantillon de points de vente et la liste des produits révision des pondérations, sont toutes deux affaire de
dans les points de vente nouveaux ou existants. Le choix jugement. Il y a lieu de choisir les produits dont la part
des moyens à utiliser pour inclure les nouveaux biens est de marché est susceptible d’être influencée par le lan-
plus problématique. cement du nouveau bien. Si le nouveau bien est appelé
8.54 Une fois que deux relevés de prix auront pu être à représenter une part importante des dépenses, de sorte
effectués, il devrait être possible de raccorder la série de qu’il influera sur les pondérations d’une large classe de
prix du nouveau bien à celle d’un bien existant ou obso- groupes de produits, un ajustement de la procédure glo-
lète. Bien entendu, l’impact du nouveau produit dans la bale de pondération sera alors peut-être fondé. Des
période initiale serait ignoré. Comme expliqué ci-après, bouleversements de cette ampleur peuvent bien sûr se
toutefois, la prise en compte de cet effet n’est pas chose produire, surtout dans le secteur des communications
simple. Considérons le raccordement du prix d’un bien qui et, dans un éventail plus large de marchés, lorsque des
est appelé à être remplacé sur le marché par le nouveau obstacles au commerce sont levés dans les économies
bien. Par exemple, le prix d’un appareil électroménager de moins avancées ou lorsque des réglementations sont
cuisine relativement nouveau pourrait suivre l’indice des abolies. La modification des pondérations peut égale-
prix des appareils de cuisine existants jusqu’à la période de ment être requise pour les biens qui disparaissent du
raccordement, après laquelle le prix change pour le nou- marché ou ne sont plus vendus dans une économie.
veau bien. On créerait ainsi un indice additionnel et dis- Dans ce cas, les pondérations de ces biens doivent
tinct pour un nouveau bien qui vient s’ajouter à l’échan- être réaffectées. Comme indiqué au chapitre 7, para-
tillon, comme l’illustre le tableau 8.1. Le produit C est graphes 7.132 à 7.158, le chaînage et les indices hédo-
nouveau dans la période 2 et n’a pas de pondération dans niques peuvent être la solution à adopter lorsqu’il y a
la période de base. La variation du prix entre les périodes 1 rotation rapide de ces biens nouveaux et obsolètes. Le
et 2, s’il avait alors existé, est présumée suivre l’indice glo- chaînage est une extension de la procédure ci-dessus et
bal pour les produits A et B. Pour les périodes 3 et sui- peut être utilisé pour l’inclusion d’un nouveau bien qui
vantes, un nouvel indice chaîné est établi pour C, lequel est aura existé pendant deux périodes successives.
pour la période 3 : 101,40 x 0,985 = 99,88 et pour la 8.56 L’extension de l’échantillon est une pratique
période 4 : 101,40 x 0,98 = 99,37. Les nouvelles pondéra- valable également pour les biens évolutionnaires qui
tions révisées pour la période 2 montrent que la pondéra- sont susceptibles de représenter une grande part du
tion de C est de 20 % de l’ensemble des produits élémen- marché sans supplanter les biens existants. Supposons,
taires. Le nouvel indice est pour la période 3 : par exemple, qu’un pays a une brasserie nationale et
qu’un contrat de licence signé avec une brasserie étran-
101,40 x [0,8 x (101,9/101,4) + 0,2 x (99,88/101,4)] gère a donné lieu à la production commune de deux
= 0,8 x 101,9 + 0,2 x (99,88 = 101,50 bières, sous des marques différentes. Supposons, en

173
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

outre, que la part de marché de la bière provenant de la point de vente (Trajtenberg, 1989), puisque les compa-
brasserie reste la même mais qu’un segment du marché raisons de prix ne sont effectuées qu’une fois qu’il a été
consomme maintenant de la bière étrangère et non introduit. L’effet de bien-être initial se fait sentir entre la
nationale. Il se peut que les enquêteurs aient pour ins- période précédant son existence et la période de son
truction de substituer certaines des bières nationales introduction. Deuxièmement, il se pourrait que tous les
aux bières étrangères dans l’échantillon, sans toucher autres points de vente abaissent leurs prix (corrigés de la
aux pondérations. Cette opération serait semblable à un qualité) pour qu’ils correspondent à ceux du nouveau
ajustement du prix en fonction de la qualité, par utilisa- point de vente. La baisse du prix ou le gain d’utilité lié à
tion d’un produit de remplacement non comparable, la technologie du nouveau point de vente seraient alors
comme expliqué au chapitre 7, paragraphes 7.72 à pris en compte dans l’IPC. Enfin, il se peut qu’appa-
7.115. Ou encore, l’échantillon peut être élargi, de peur raissent des points de vente offrant un plus grand
qu’un échantillon plus petit de bières nationales ne soit nombre d’options en termes de biens et services, ce qui
à présent plus suffisamment représentatif. Le processus présente de l’intérêt pour les consommateurs et consti-
d’extension peut être analogue à celui qui ressort du tue donc une amélioration du niveau de vie sous la
tableau 8.1, avec une part de marché égale à 20 % pour forme du gain d’utilité. Il n’y a rien dans la méthologie
la bière étrangère C. Si la bière étrangère a supplanté actuelle de l’IPC qui permette d’évaluer ce gain
une partie des spiritueux, par exemple, alors la révision (Shapiro and Wilcox, 1997a).
des pondérations s’étendra à ce groupe de produits.
Comme indiqué au chapitre 7, paragraphes 7.125 à Prix de réservation
7.158, le chaînage et les indices hédoniques peuvent 8.59 Shapiro et Wilcox (1997a, p. 144) ont exprimé
être valables en cas de rotation rapide de ces biens nou- leurs préoccupations quant au :
veaux et obsolètes. Dans le cas du chaînage, le bien
… rare produit nouveau qui fournit des services radica-
doit être en vente seulement pendant deux périodes lement différents de ceux offerts jusqu’à présent. Par
successives pour pouvoir être inclus dans l’indice. exemple, même la première génération d’ordinateurs per-
8.57 Dans certains cas, un remplacement dirigé est sonnels permettait aux consommateurs d’exécuter des
requis pour les points de vente, qu’il y ait évolution ou tâches dont le coût aurait été auparavant prohibitif. On ne
révolution. Il peut être procédé à une extension forcée peut résoudre ce problème qu’en estimant le gain procuré
de l’échantillon de manière à y inclure les nouveaux aux consommateurs par l’introduction de chaque nou-
biens vendus seulement dans certains points de vente. veau produit. Hausman (1994) [Hausman (1997) dans sa
Ce cas a surtout des chances de se produire dans le sec- second édition] soutient qu’il faut pour cela une modéli-
teur des services, où un nouveau service est fourni uni- sation explicite de la demande de chaque nouveau pro-
quement dans des points de vente spécifiques, par duit. Bien que l’on doute que l’utilisation généralisée
d’une telle modélisation pour l’IPC soit chose réalisable,
exemple les cyber cafés ou les détaillants en ligne. Les son application stratégique dans quelques cas précis
procédures sont analogues à celles qui sont décrites pourrait en valoir la peine.
pour les produits élémentaires. Dans l’exemple ci-des-
8.60 Les moyens techniques d’établir ces estima-
sus, au lieu de désigner des produits, A, B et C repré-
tions sont reconnus comme étant au-delà des capacités
sentent des points de vente, et C le nouveau point de
pratiques d’un institut de statistique. Plus perturbant est
vente venu s’ajouter à A et B. Il faudrait estimer sa part
le fait que l’argument en faveur de l’inclusion de ces
des ventes pour obtenir les nouvelles pondérations.
effets s’étend des nouveaux biens révolutionnaires au
8.58 L’effet de l’apparition d’un nouveau point de
fatras de produits évolutionnaires tels que les nouvelles
vente sur l’indice dépend de la manière dont il y est
céréales de petit-déjeuner. L’appendice 8.2 donne des
inclus, ainsi que de la nature du marché et de sa réaction
détails sur une formule de Laspeyres généralisée qui
au nouveau point de vente. Premièrement, si un nou-
tient compte de la substitution entre les modèles nou-
veau point de vente offre des innovations qui incitent
veaux et anciens. Cependant, étant donné la complexité
certains consommateurs à y faire leurs achats, il y a gain
des techniques d’estimation requises, le présent manuel
d’utilité. En raison d’une connaissance imparfaite du
envisage une approche pragmatique qui exclurait initia-
nouveau point de vente ou des préférences des diffé-
lement ces effets.
rents segments du marché, il se peut que l’ancien point
de vente reste ouvert. Il n’y a pas inclusion automatique
des nouveaux points de vente dans l’IPC, à la différence Résumé
de la fermeture d’un ancien point de vente. Il se peut
que l’office statistique ait appris l’ouverture du nouveau 8.61 La nécessité de considérer l’espace d’échan-
point de vente. Si des ventes importantes sont attendues tillonnage des produits élémentaires choisis dans la
du nouveau point de vente, celui-ci peut être ajouté à méthodogie des indices ainsi que les nouveaux biens
l’échantillon. On peut procéder à un raccordement ana- découle d’une préoccupation très réelle quant à la
logue à celui opéré pour le produit C ci-dessus. Une nature dynamique des marchés modernes. Les nou-
telle méthodologie ne tiendrait pas compte du gain de veaux biens et les changements qualitatifs sont loin
bien-être procuré au consommateur par l’unicité du d’être des phénomènes nouveaux. Comme l’a soutenu

174
SUBSTITUTION DE PRODUITS ÉLÉMENTAIRES, ESPACE D’ÉCHANTILLONNAGE ET NOUVEAUX PRODUITS

Triplett (1999), il n’a pas été démontré que le rythme hédoniques, comme expliqué au chapitre 7, para-
de mise au point et de lancement des nouveaux pro- graphes 7.125 à 7.158.
duits est beaucoup plus rapide maintenant que par le • Certains biens nouveaux peuvent être considérés
passé. Il est certainement admis, toutefois, que le comme impliquant une évolution (dits «évolution-
nombre des nouveaux produits et variétés est sensible- naires») et incorporés dans l’échantillon sous la
ment plus grand qu’auparavant. La technologie infor- forme de produits de remplacement non compa-
matique offre des moyens efficaces (par rapport aux rables, avec un ajustement de la qualité. Le choix du
coûts) de recueillir et analyser des ensembles très moment du remplacement est critique à la fois pour
vastes de données. Le chapitre 6 traite de l’utilisation l’efficacité de l’ajustement et pour la représentativité
d’ordinateurs portables pour la saisie des données, et de l’indice.
de la disponibilité des données obtenues par lecteur de
code à barres. Le bon traitement de ces données exige • Les instructions données aux enquêteurs sur le choix
qu’il soit tenu compte d’aspects allant au-delà de ceux des produits de remplacement sont importantes, car
qui sont normalement pris en considération dans l’uni- elles influent, elles aussi, sur la représentativité de
vers d’intersection statique des échantillons appariés. l’indice. Le remplacement de produits obsolètes par
L’appendice 8.1 au présent chapitre passe en revue ces des produits nouvellement introduits rend difficiles
questions d’échantillonnage. les ajustements de la qualité, alors que leur remplace-
8.62 Il y a lieu de ne pas oublier les points impor- ment par des produits similaires conduit à des pro-
tants suivants : blèmes de représentativité.
• Lorsqu’il y a peu de changements dans la qualité et • La mise à jour de l’échantillon est une forme extrême
la gamme des produits offerts, l’utilisation des de l’utilisation des produits de remplacement. Il
modèles appariés présente beaucoup d’avantages. La s’agit d’un mécanisme qui sert à rafraîchir l’échan-
méthode des modèles appariés consiste à comparer tillon et, partant, à améliorer sa représentativité. À
des produits analogues, provenant de points de vente cela s’oppose toutefois le risque de biais provenant
analogues. de la non-validité des hypothèses implicites de la
méthode du chevauchement appliquée pour l’ajuste-
• Les systèmes de métadonnées statistiques aident à
ment de la qualité.
identifier les catégories de produits pour lesquelles
l’appariement ne soulève guère de difficultés, et à • Les biens correspondant à une révolution (dits «révo-
centrer l’attention sur les catégories qui posent des lutionnaires») peuvent exiger que l’échantillon soit
problèmes. Ils montrent comment recueillir et com- élargi pour ménager de la place aux nouvelles séries
muniquer les informations qui faciliteront l’ajuste- de prix et nouvelles pondérations. La répartition des
ment des prix en fonction de la qualité. Ils assurent en nouveaux biens entre biens évolutionnaires et biens
outre la transparence des méthodes utilisées et faci- révolutionnaires influe sur la stratégie d’introduction,
litent le recyclage du personnel. de remplacement (substitution) dirigé et d’extension
de l’échantillon desdits nouveaux biens.
• Lorsque la rotation des produits est si rapide que
l’échantillon s’appauvrit beaucoup en peu de temps, • Ces procédés ne rendent compte, ni l’un ni l’autre, du
on ne peut pas se contenter des produits de rempla- gain de bien-être initial procuré aux consommateurs
cement pour maintenir l’échantillon. Il faut utiliser par les nouveaux biens ni de la perte de bien-être
d’autres mécanismes, dans lesquels l’échantillon est découlant de leur disparition. Les estimations écono-
tiré du double univers de produits pour chaque métriques des prix de réservation représentent une
période, ou qui utilisent cet univers. Parmi ces méca- approche qui est valable en théorie, mais probléma-
nismes figurent les formules en chaîne et les indices tique dans la pratique.

175
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

Appendice 8.1 Apparition le permettent, il y a lieu de procéder souvent au rééchantillon-


nage. Sa fréquence dépend, bien sûr, du rythme de changement
ou disparition de produits d’un groupe de produit particulier. Elle repose en outre sur
ou de points de vente l’hypothèse que les différences de prix entre l’ancien produit et
le nouveau sont des estimations correctes des différences de
1. Dans les chapitres précédents, on a généralement sup- qualité entre eux. À l’extrême, le rééchantillonnage revient à
posé que la quantité à estimer pouvait être définie au regard établir un nouvel échantillon pour chaque période et à comparer
d’une catégorie fixe de produits. Ici, nous examinons les com- les prix moyens des échantillons, au lieu de faire, comme d’ha-
plications liées à l’évolution constante des produits et des bitude, la moyenne des variations de prix des échantillons appa-
points de vente. Le rythme du changement est rapide dans de riés. Bien que logique du point de vue de la représentativité, le
nombreuses branches d’activité. L’échantillonnage aux fins de rééchantillonnage pour chaque période aggraverait le problème
l’estimation des variations de prix pose donc un problème du traitement implicite de l’ajustement du prix en fonction de la
dynamique et non statique. D’une façon ou d’une autre, les qualité et n’est donc pas recommandé.
prix des nouveaux produits et des nouveaux points de vente
doivent être comparés à ceux des anciens. Quelles que soient Produits de remplacement
les méthodes et procédures utilisées dans un indice des prix
pour tenir compte de ces changements dynamiques, il s’agira 5. Par produit de remplacement, on entend le produit qui
toujours de procéder à une estimation explicite ou implicite de succède à un produit de l’échantillon qui a disparu complè-
cet univers dynamique. tement du marché, ou qui a perdu de sa part de marché soit sur
le marché dans son ensemble, soit dans un point de vente spé-
La représentation du changement dans cifique. Les critères de sélection des produits de remplacement
peuvent différer considérablement. Premièrement, il s’agit de
un indice des prix savoir quand procéder au remplacement. D’ordinaire, on le fait
2. Du point de vue de la sélection d’un échantillon, il y soit lorsqu’un produit disparaît complètement, soit lorsque sa
a trois moyens de rendre compte des changements dyna- part des ventes est sensiblement réduite. Une autre règle pos-
miques intervenus dans un univers d’agrégats élémentaires sible, mais moins usitée, est celle qui consiste à remplacer un
(Dalén, 1998a), où variétés et points de vente apparaissent produit élémentaire lorsqu’une autre variété appartenant au
et disparaissent : même groupe, ou entrant dans la définition de produit repré-
• rééchantillonner l’ensemble de l’agrégat élémentaire à des sentatif, est devenue plus importante par les ventes qu’elle en-
moments déterminés; gendre, même si l’ancienne variété est encore vendue en
grandes quantités.
• remplacer un produit par un autre ou un point de vente par
6. Deuxièmement, il s’agit de savoir comment sélection-
un autre;
ner le produit de remplacement. Si le produit initial a été choisi
• ajouter et éliminer des points d’observation (couples parce qu’il était «le plus vendu», ou avec une probabilité de
produits–points de vente) dans un chaînage. sélection proportionnelle au niveau des ventes, la sélection du
produit de remplacement pourrait suivre la même règle. Le
Mise à jour de l’échantillon produit de remplacement pourrait aussi être le produit «le plus
semblable» à l’ancien. L’avantage du premier critère est de
3. Par rééchantillonner, on entend remanier l’ancien produire une meilleure représentativité. L’avantage du second
échantillon pour le rendre représentatif de l’univers d’une est que, au moins superficiellement, il pourrait atténuer le pro-
période ultérieure. Cela ne veut pas nécessairement dire que la blème d’ajustement en fonction de la qualité.
totalité, ni même la plupart des unités d’échantillonnage 7. Il importe de bien comprendre que, dans les conditions
doivent être changées, mais qu’un regard nouveau est porté sur actuelles, les produits de remplacement ne peuvent pas être
la représentativité du total de l’échantillon et que des modifica- représentatifs des nouveaux produits qui arrivent sur le
tions sont apportées, le cas échéant. Les méthodes utilisées marché, car la raison du remplacement n’est pas l’apparition
pour le rééchantillonnage pourraient être l’une quelconque de d’un produit nouveau, mais la disparition ou la perte d’impor-
celles qui ont servi à l’échantillonnage initial. Dans le cas de tance d’un produit ancien. Par exemple, si l’éventail des varié-
l’échantillonnage aléatoire, chaque unité appartenant à l’uni- tés d’un certain groupe de produits s’élargit, l’échantillon ne
vers de la période ultérieure doit avoir une probabilité d’être peut rendre compte directement de cet accroissement que s’il
incluse dans l’échantillon différente de zéro et égale à sa part est tiré du groupe des nouvelles variétés, par exemple par mise
de marché relative. à jour de l’échantillon.
4. Le rééchantillonnage (ou mise à jour de l’échantillon)
est traditionnellement utilisé en conjonction avec la méthode du
chevauchement exposée au chapitre 7, paragraphes 7.45 à 7.52. Ajouts et retraits
C’est une procédure analogue à celle qui est employée lorsque 8. Il est possible d’ajouter un nouveau point d’observation
l’on relie deux liens des indices-chaînes. La première période à un agrégat élémentaire dans un chaînage. Par exemple, si une
pour laquelle le nouvel échantillon est utilisé est aussi la der- nouvelle marque ou un nouveau modèle d’un bien durable
nière période pour laquelle l’ancien échantillon est utilisé. En apparaît sans remplacer un modèle ancien particulier, il vaut
conséquence, l’estimation de la variation des prix est toujours mieux l’ajouter à l’échantillon, à partir du moment de son lan-
fondée sur un seul échantillon — l’ancien échantillon jusqu’à la cement. Pour tenir compte de cette nouvelle observation dans
période de chevauchement et le nouvel échantillon à partir de la l’indice, il faut lui imputer un prix de référence. La solution pra-
période de chevauchement (voir ci-après). Le rééchantillonnage tique est celle qui consiste à utiliser le prix du nouveau produit
est la seule méthode qui soit entièrement à même de préserver au cours du mois de son lancement, rapporté à la moyenne des
la représentativité de l’échantillon. Si les ressources disponibles prix de tous les autres produits de l’agrégat élémentaire de la

176
SUBSTITUTION DE PRODUITS ÉLÉMENTAIRES, ESPACE D’ÉCHANTILLONNAGE ET NOUVEAUX PRODUITS

période de référence au mois de lancement. De cette manière, • Le niveau agrégé : à ce niveau, il y a une structure fixe de
l’effet du nouveau produit sur l’indice pour les mois précédant groupes de produits élémentaires h = 1,…, H (ou peut-être
le mois du lancement sera neutre. une structure croisée fixe de groupes de produits par région et
9. De même, un produit qui disparaît pourrait être simple- type de point de vente) dans un chaînage. Pour la mise à jour
ment retiré de l’échantillon sans remplacement. La variation de l’univers des produits, les nouveaux biens et services
de prix peut alors être calculée pour les produits restants. Si seraient définis comme étant de nouveaux groupes au niveau
rien d’autre n’est fait, cela veut dire que la variation de prix agrégé et introduits dans l’indice seulement en relation avec
pour le produit retiré, qui a été calculée jusqu’au mois précé- un nouveau chaînage.
dant son retrait, sera ignorée à partir du mois du retrait. Cette • Le niveau élémentaire : à ce niveau, le but est de rendre
pratique est à recommander ou non, selon le cas du groupe de compte dans l’indice des propriétés d’un univers changeant
produits particulier. en comparant les nouveaux produits aux anciens. La micro-
comparaison de la période s à la période t doit être définie
Détermination d’une cible opérationnelle de manière à ce qu’il y ait apparition de nouveaux produits
dans un univers dynamique ou points de vente sur le marché et disparition de produits
ou points de vente anciens du marché.
10. Une méthode d’estimation statistique rigoureuse
exige une stratégie d’estimation de l’indice comportant à la 13. Le point de départ commun aux trois approches au
fois la cible opérationnelle de calcul et la stratégie d’échan- niveau élémentaire présenté ici est un indice de panier-type de
tillonnage (plan et estimateur) nécessaire pour estimer cette la période s à la période t au niveau agrégé :
cible. Cette stratégie se composerait des éléments suivants :
• Une définition de l’univers des transactions ou points d’ob-
servation (d’ordinaire une variété de produit dans un point de
vente) pour chacune des deux périodes entre lesquelles se
produit la variation des prix que nous voulons estimer.
• La liste de toutes les variables définies pour ces unités. Ces
variables devraient inclure les prix et les quantités (nombre
d’unités vendues à chaque prix), mais aussi toutes les
caractéristiques des produits (et probablement des points de (A8.1)
vente) qui en déterminent le prix. C’est ce qui forme la base
du prix. Les quantités, Qh, se rapportent à une structure h = 1…H de
• L’algorithme cible (formule de l’indice) qui regroupe en une groupes de produits élémentaires de n’importe quelle période,
seule valeur les valeurs des variables définies pour les points ou aux fonctions de quantité de plusieurs périodes, par exemple
d’observation de l’univers défini. une moyenne symétrique des périodes de base et courante s et t.
Les cas spéciaux de cet indice de panier-type sont les indices de
• Les procédures utilisées pour l’échantillonnage initial des prix de Laspeyres (Qh = Qhs ), Paasche (Qh = Qht ), Edgeworth (Qh
produits élémentaires et points de vente tirés de l’univers = (Qhs + Qht ) et Walsh (Qh = [QhsQht]1/2) décrits aux chapitres 15
défini. à 17. D’autres formules de la stratégie d’estimation au niveau
st
• Les procédures de remplacement, mise à jour de l’échan- élémentaire entrent maintenant dans la définition de Ih . Autre
tillon, addition ou retrait d’observations à l’horizon temporel point de départ commun, le groupe de produits ou de points de
considéré. vente appartenant à h dans la période u (= s ou t) est défini
u
comme étant Ωh . Le concept de point d’observation est intro-
• L’algorithme d’estimation (formule de l’indice) appliqué à duit : généralement un produit rigoureusement spécifié d’un
l’échantillon aux fins de réduire le plus possible l’erreur point de vente déterminé. Pour chaque point d’observation
attendue de l’estimation de l’échantillon par rapport à u u u
j∈Ωh , il y a un prix pj et une quantité vendue qj . Il existe main-
l’algorithme cible. En principe, l’estimation doit prendre tenant trois définitions possibles de la cible opérationnelle.
en compte toutes les procédures suivies en cas de rempla-
cement et de mise à jour de l’échantillon, y compris les
méthodes d’ajustement en fonction de la qualité.
L’univers d’intersection
11. En raison de sa complexité, la stratégie rigoureuse 14. L’indice élémentaire s’applique à l’univers d’intersec-
décrite ci-dessus n’est généralement pas appliquée dans la tion, c’est-à-dire seulement aux points d’observation existant à
pratique pour la construction de l’indice, quoique le système la fois dans les périodes s et t. Cet indice est appelé aussi
d’information correspondant (métadonnées statistiques) l’indice des unités identiques. Autrement dit, on part des points
soit examiné aux paragraphes 8.23 à 8.31 ci-dessus. d’observation existant dans la période s et on laisse ensuite de
Quelques observations sur ces stratégies possibles sont for- côté (supprime) les points qui manquent ou disparaissent. Voici
mulées ci-après. un exemple d’indice de ce type :

Un système d’agrégation à deux niveaux


12. Lorsque l’objectif est d’estimer un indice de prix à
partir d’un échantillon tiré d’un univers dynamique, on peut
(A8.2)
prendre pour point de départ une structure à deux niveaux de
l’univers des produits et des points de vente qui entrent dans le
champ d’un indice des prix. Ces deux niveaux sont :

177
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

L’univers d’intersection se réduit par étapes successives à la des unités d’échantillonnage primaires choisies d’avance qui
longue, car on trouve moins de produits appariés dans chaque sont utilisées pour les deux périodes s et t.
comparaison à long terme entre s et t, s et t + 1, s et t + 2 etc.,
jusqu’à ce que l’univers finisse par être vide. L’avantage de L’univers des produits de remplacement
l’univers d’intersection est qu’il ne recouvre, par définition,
aucun produit de remplacement et que, normalement, il n’y a 16. Ni l’échantillonnage de l’univers d’intersection ni le
pas ajustement de la qualité. Si l’indice des unités identiques est double univers ne se rapprochent étroitement des méthodes
combiné avec un chaînage court, et que l’on procède ensuite à généralement suivies pour établir un indice des prix. La
un rééchantillonnage de l’univers dans une période ultérieure, méthode d’échantillonnage qui est d’usage le plus courant
l’échantillonnage de l’univers d’intersection est une stratégie — méthode du produit représentatif en conjonction avec le
parfaitement raisonnable, dès lors que l’hypothèse implicite de remplacement d’un produit par un autre — doit comporter une
la méthode du chevauchement, à savoir que les différences de rationalisation différente des cibles opérationnelles. Cette
prix dans cette période sont égales aux différences de qualité, rationalisation de l’échantillonnage d’un univers des produits
est valide. de remplacement est examinée ci-après.
17. Pour chaque j∈Ωhs et j∉Ωht nous définissons le pro-
Le double univers duit de remplacement aj∈Ωht dont le prix remplace celui de j
dans la formule. À l’évidence, pour j∈Ωhs et j∈Ωht,
15. L’approche diamétralement opposée à celle de l’uni- aj = j. En plus du remplacement, il est tenu compte du
vers d’intersection consiste à considérer Phs et Pht comme les changement de qualité de j à aj. Cela donne lieu à un facteur
prix moyens de deux univers distincts dans les deux périodes. d’ajustement aux changements de qualité gj, considéré comme
Un double univers pourrait alors être pris comme cible opéra- le facteur par lequel pjs doit être multiplié pour que le
tionnelle; un univers pour la période s et un autre pour la consommateur soit indifférent entre les produits j et aj aux prix
période t. Cette approche semble être une manière naturelle de pjs et pajt..
procéder pour définir la cible, étant donné que les deux
périodes doivent être d’égale importance et que tous les
produits existant dans l’une ou l’autre doivent être pris en
compte. La difficulté réside ici dans le fait que les deux univers
sont rarement comparables du point de vue qualitatif. Il sera (A8.4)
nécessaire de procéder à un ajustement, sous une forme ou une
autre, pour tenir compte du changement de la qualité moyenne.
La définition naturelle des prix moyens applicable dans cette
approche est fondée sur les valeurs unitaires. Cela conduirait à
la définition suivante d’un indice des valeurs unitaires 18. Cette étape vers une utilisation opérationnelle de la
corrigées de la qualité : formule nécessite, tout d’abord, une définition de gj, qu’il
est possible d’établir à l’aide d’une régression hédonique,
comme décrit au chapitre 7, paragraphes 7.132 à 7.152.
Ensuite, il faut définir aj. La manière naturelle de procéder
est celle qui consiste à utiliser une fonction de dissimilarité
de j à aj. La notation d(j, aj) est introduite pour cette fonc-
tion. La méthode courante de sélection du produit le plus
similaire en remplacement du produit initial revient mainte-
nant à réduire le plus possible la fonction de dissimilarité.
Cependant, d’autres spécifications s’imposent. À quand fixer
et le remplacement? Dans la pratique, il devrait s’opérer
où (A8.3)
lorsque la première variété choisie n’est plus représentative.
Mathématiquement, cela pourrait être défini comme suit : le
point d’observation j doit être remplacé au cours de la pre-
mière période dans laquelle qjt < cqjs, où c est une constante
où ghstt est le changement de la qualité moyenne dans h (indice à choisir entre 0 et 1 (un ajustement est requis pour les pro-
de qualité), qu’il faut, bien entendu, définir plus à fond. Par duits saisonniers). Le choix du point de remplacement
exemple, ghstt pourrait être considéré comme un ajustement serait alors régi par une règle qui veut que aj soit choisi de
hédonique, dans lequel les caractéristiques sont maintenues manière à ce que d(j, aj) soit réduit au maximum pour j.
constantes. L’équation (8.3) a été étudiée au chapitre 7, para- Comme une certaine priorité doit être conférée aux points
graphes 7.142–7.149, à propos des indices de Laspeyres, d’observation qui sont importants en termes de quantité et de
Paasche, Fisher et Törnqvist (par opposition aux indices de valeur, cette définition peut être modifiée ainsi : aj doit être
valeurs unitaires), sous une forme incluant les ajustements choisi de manière à ce que d(j, aj)/qajt soit réduit au maximum
hedoniques explicites pour différence de qualité, ghstt. Cette pour j. Une autre fonction ou un autre point de remplacement
cible opérationnelle présente de l’intérêt pour la sous-classe pourrait, bien sûr, être choisi à sa place.
dont les produits élémentaires ont une rotation très rapide mais 19. La fonction de dissimilarité doit être spécifiée; elle
dont la qualité moyenne ne change que lentement, ou pour les- peut dépendre du groupe de produits h. En général, il doit y
quels des estimations fiables des changements de qualité avoir, sous une forme ou une autre, une évaluation quantita-
peuvent être établies. La méthode du produit représentatif tive fondée sur l’ensemble des caractéristiques du produit ou
généralement employée n’est pas vraiment compatible avec du point de vente en question. Par exemple, la priorité pour-
une cible de double univers. Elle est implicitement centrée sur rait être donnée à la dissimilarité par rapport au «même point

178
SUBSTITUTION DE PRODUITS ÉLÉMENTAIRES, ESPACE D’ÉCHANTILLONNAGE ET NOUVEAUX PRODUITS

de vente», ou au «même produit», concepts qui pourraient décesseurs, alors que nombre de nouveaux points ne seront
être facilement intégrés dans cette évaluation. Une plus pas inclus dans l’échantillon s’il n’est pas besoin d’un produit
grande difficulté est celle d’inclure autant de nouveaux points de remplacement. Cette déficience de l’univers des produits
dans Ωht que possible dans la définition de l’indice de manière de remplacement est une caractéristique inhérente à la
à assurer la représentativité de l’échantillon. Dans les défini- méthode du remplacement proprement dite. Cette méthode
tions ci-dessus, telles qu’elles se présentent actuellement, le n’est conçue que pour préserver la représentativité de l’ancien
même nouveau point pourrait remplacer beaucoup de ses pré- échantillon et non pas celle du nouveau.

179
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

Appendice 8.2 Nouveaux produits 3. Feenstra (1994), Feenstra et Shiells (1997) et Balk
(2000b) ont étendu la substitution aux produits de fin de série
et substitution et aux nouveaux produits. L’avantage de l’équation (A8.5) est
1. Pour estimer l’effet de l’introduction de nouveaux que, pour une valeur estimée de σ, un indice du coût de la vie
biens, on peut utiliser une autre méthode, qui consiste à consi- qui inclut une estimation des effets de substitution peut être
dérer ces biens comme un cas de substitution spécial. Dans calculé en temps réel. Il s’ensuit que les effets des produits
chaque période un consommateur, qui a devant lui un nouveaux et des produits de fin de série y sont incorporés.
ensemble de prix, décide de ce qu’il va consommer. Les D’autres cadres d’intégration des effets de substitution (exa-
ventes relatives des différents produits élémentaires offerts minés au chapitre 17) nécessitent des données sur les dépenses
peuvent changer avec le temps. Les consommateurs peuvent pour la période de base et la période courante.
décider de consommer moins d’un produit existant et davan- 4. Pour étendre le cadre aux nouveaux produits, il est
tage d’un autre produit existant, ou de consommer, à la place nécessaire de savoir comment les dépenses sont réorientées
d’un ancien produit existant, un nouveau produit qui n’était entre les nouveaux produits, les produits existants et les pro-
pas en vente auparavant, ou encore de ne plus consommer un duits de fin de série. Soit λτ la part du total des dépenses affec-
produit existant et de lui substituer un produit existant ou nou- tée aux produits appariés existants dans la période t. Le total
veau. De tels changements sont généralement provoqués par le incluant les produits existants et les nouveaux produits, la part
comportement des prix relatifs. Dans bien des cas, la «déci- des nouveaux produits dans la période t est donc égale à 1 – λτ.
0
sion» du consommateur est liée à celle du producteur ou du De même, 1 – λ est la part des dépenses consacrée aux pro-
détaillant, lorsque les biens ne sont plus produits ou vendus de duits anciens de fin de série dans la période 0. L’indice généra-
manière à faire place à des biens nouveaux. Ces substitutions lisé de Laspeyres, qui rend compte de la substitution entre les
entre produits s’appliquent autant aux biens tout à fait nou- produits existants et les produits anciens et nouveaux, est
veaux qu’aux nouveaux modèles de biens existants. En théorie donné par :
économique, l’élasticité de substitution, exprimée par σ,
mesure la variation de la quantité, disons, du produit i par rap- 1V 1 (1V )
port à celle du produit j, lorsque le prix du produit i par rapport ª Ot º
1 (V 1) ª § p · º
à celui du produit j varie d’une unité. Une valeur égale à zéro « 0» « ¦ w0 ¨ i t ¸ »
implique qu’une modification du prix n’entraînerait pas de ¬O ¼ « n 0, t ¨© pi 0 ¸¹ » (A8.6)
¬ ¼
substitution entre les produits, et σ>1, que la variation des
dépenses résultant de la substitution des produits est positive :
Comme l’indice de base de Laspeyres, il fait intervenir
celle-ci en vaut la peine.
seulement les rapports de prix, les pondérations de la période
2. On a ici l’intuition que, si σ est connu, et si l’on sait
de base, le ratio des parts de dépenses et une estimation de
dans quelle mesure il y a substitution entre les produits, en
l’élasticité de substitution. Il peut être calculé sous diverses
termes de leur part des dépenses, on peut alors estimer la
formes, dont les indices généralisés de Paasche, Fisher ou
variation du prix qui a provoqué la substitution. Cela est
Sato-Vartia.
valable aussi bien pour la substitution entre produits existants,
5. Si la formule ci-dessus repose sur une intuition, son
que pour la substitution entre les produits existants, les
équivalent formel d’un indice des prix à la consommation
produits de fin de série et les produits nouveaux. Le cadre
défini en théorie économique est donné par Balk (2000b). De
analytique permettant d’exprimer cette intuition sous une
Haan (2001) montre comment dériver l’équivalent de Fisher
forme propre à être utilisée pour l’établissement de l’IPC est
d’une décomposition de l’indice de Fisher lorsqu’il y a des
proposé par Shapiro et Wilcox (1997b) — voir également
biens nouveaux et des biens qui disparaissent. Les calculs
Lloyd (1975) et Moulton (1996a) —, dans lequel la formule
montrent en quoi le cadre exige que σ >1, facteur qui amène
normale de Laspeyres est généralisée pour inclure l’élasticité
Balk (2000b) à se prononcer en faveur de son utilisation dans
(demande) de substitution :
l’agrégation des indices de niveau inférieur, où la probabilité
que cette condition soit remplie est plus grande. Les pro-
blèmes restants sont liés à l’estimation de σ, à la disponibili-
té des données sur les parts de dépenses courantes et à la
(A8.5) validité de l’hypothèse que σ est constant. Il y a en outre des
questions d’ordre conceptuel. L’accroissement de l’utilité est
considéré comme résultant de l’intérêt manifesté pour les
produits élémentaires inclus dans l’agrégation susmention-
où w0 est la part des dépenses dans la période de base et où la née. Si ces produits s’améliorent, l’utilité s’accroît. Or, il y a
somme s’applique aux produits appariés disponibles dans les d’autres biens en dehors de l’agrégation ou du système des
deux périodes. La correction, qui fait appel à σ, incorpore équations de demande. La détérioration de ces biens donnera
l’effet de substitution dans la formule de base de Laspeyres. Si lieu à une augmentation de l’intérêt manifesté pour les biens
σ = 0, on a affaire à la formule traditionnelle de Laspeyres. À inclus dans l’agrégation et à une baisse de l’utilité. Par
mesure que σ → 1, la formule tend vers une moyenne géomé- exemple, si un consommateur opte pour un moyen de trans-
trique pondérée de la période de base. Pour utiliser cette for- port privé par suite d’une détérioration des transports en
mule à des fins de généralisation à tous les produits de la commun, il ne s’agit pas de mesurer dans ce cas le gain de
somme, il faut appliquer la restriction selon laquelle l’élasti- bien-être procuré par un transport privé plus efficace, même
cité de substitution doit être la même pour toute paire de pro- si les flux de dépenses dans l’équation (A8.6) s’orientent
duits. L’élasticité de substitution doit aussi être la même d’une dans ce sens (Nevo, 2001).
période à l’autre. Il s’agit là de fonctions à élasticité de substi- 6. L’estimation directe de σ exige des connaissances
tution constante. considérables en économétrie. Elle n’entre donc pas dans la

180
SUBSTITUTION DE PRODUITS ÉLÉMENTAIRES, ESPACE D’ÉCHANTILLONNAGE ET NOUVEAUX PRODUITS

construction routinière des indices (voir Hausman, 1997). biens (voir également Opperdoes, 2001). Il a par ailleurs
Balk (2000b) montre en quoi une autre routine numérique démontré à quel point la méthode est sensible à la sélection de
pourrait être valable. De Haan (2001) a utilisé des données σ. Si la part des dépenses courantes affectée aux nouveaux
obtenues par lecture optique pour appliquer la méthodologie à produits élémentaires est de 4,8 % et si σ = 1,2, un indice de
un indice de Fisher généralisé. Il a appliqué la routine de Balk type Paasche qui inclut des biens nouveaux serait de 93 %
à neuf groupes de produits, utilisant à cet effet les données de inférieur à un indice de Paasche incluant seulement les biens
l’IPC des Pays-Bas, et a trouvé pour σ des valeurs dépassant existants. Si la part des dépenses reste inchangée et σ = 5,0,
l’unité. Il a conseillé d’utiliser des indices-chaînes pour l’écart tombe à 34,1 %. Pour les valeurs très grandes, par
maximiser l’appariement des produits existants, principe exemple σ > 100, les deux indices seraient à des niveaux
examiné au chapitre 7, paragraphes 7.153 à 7.158. De Haan relativement proches. Dans ces cas, les biens sont quasiment
(2001) a décelé d’énormes écarts entre l’indice généralisé et identiques, étant presque parfaitement substituables; la
l’indice ordinaire de Fisher pour au moins six des produits, substitution en faveur d’un nouveau bien aurait peu d’effet, les
faisant valoir la nécessité d’incorporer les effets des nouveaux biens nouveaux et existants ayant des prix similaires.

181
LE CALCUL DES INDICES DE PRIX
À LA CONSOMMATION DANS LA PRATIQUE 9
Introduction lequel les indices d’agrégat élémentaire sont ramenés à
une moyenne, ou agrégés, pour obtenir des indices de
9.1 Le présent chapitre propose une description niveau supérieur. L’actualisation des pondérations par
générale des modalités pratiques du calcul des indices les prix, le chaînage et la mise à jour des pondérations
des prix à la consommation (IPC). Si les méthodes utili- sont examinés et illustrés par des exemples. Les pro-
sées ne sont pas exactement les mêmes dans tous les blèmes posés par l’introduction de nouveaux indices
pays, elles n’en ont pas moins beaucoup en commun. d’agrégat élémentaire et de nouveaux indices de niveau
Statisticiens et utilisateurs sont à l’évidence intéressés supérieur dans l’IPC sont ensuite traités, et il est expli-
par la façon dont la plupart des offices de statistique éta- qué comment décomposer la variation de l’indice global
blissent effectivement leurs IPC. entre ces différentes composantes. Enfin, la possibilité
9.2 Suite aux progrès accomplis ces dernières d’utiliser des formules d’indice de remplacement relati-
années dans la connaissance des propriétés et du compor- vement plus complexes est évoquée.
tement des indices de prix, on sait maintenant que cer- 9.5 La section finale du chapitre est consacrée aux
taines méthodes traditionnelles ne sont pas forcément procédures de vérification des données, qui font partie
optimales d’un point de vue conceptuel et théorique. intégrante du processus d’établissement des IPC. Il est
Quelques pays ont fait également part de leur crainte que essentiel en effet de s’assurer que les données utilisées
les IPC soient entachés de biais. Ces préoccupations dans les diverses formules sont les bonnes. Des erreurs
doivent être examinées dans le cadre de ce manuel. Bien peuvent résulter de l’insertion de données incorrectes,
sûr, les méthodes utilisées pour établir les IPC dépendent de l’insertion de données correctes de façon inadéquate
inévitablement des ressources disponibles non seulement ou de l’exclusion de données correctes qui ont été consi-
pour relever les prix et traiter ces informations, mais dérées à tort comme incorrectes. La section examine les
aussi pour recueillir les données sur les dépenses néces- procédures de vérification des données qui visent à
saires à la définition des pondérations. Dans certains réduire au minimum ces deux types d’erreur.
pays, le manque de ressources impose des contraintes
sévères sur ce plan.
9.3 Le calcul des IPC s’effectue d’ordinaire en deux
Calcul des indices de prix
étapes. Dans un premier temps, les indices de prix sont pour les agrégats élémentaires
estimés pour les agrégats de dépenses élémentaires, ou 9.6 Le calcul des IPC se déroule d’ordinaire en
simplement les agrégats élémentaires. Une moyenne de deux étapes. Dans un premier temps, les indices d’agré-
ces indices d’agrégats élémentaires est ensuite établie pour gat élémentaire sont calculés. Dans un second temps, les
obtenir des indices de niveau supérieur utilisant les valeurs indices de niveau supérieur sont calculés en effectuant
relatives des agrégats de dépenses élémentaires comme une moyenne des indices d’agrégat élémentaire. Les
pondérations. Dans ce chapitre, nous expliquons d’abord agrégats élémentaires et leurs indices de prix sont la
comment les agrégats élémentaires sont construits et quels pierre angulaire de l’IPC.
sont les critères économiques et statistiques à prendre en
considération dans la définition des agrégats. Les formules
d’indice les plus communément utilisées pour calculer les
Construction des agrégats élémentaires
indices élémentaires sont ensuite présentées, et leurs pro- 9.7 Les agrégats élémentaires sont des groupes de
priétés et comportements sont illustrés à l’aide d’exemples biens et services relativement homogènes. Ils peuvent
numériques. Les avantages et inconvénients des diverses couvrir la totalité d’un pays ou des régions de celui-ci.
formules sont examinés, ainsi que quelques autres for- De même, on peut établir des agrégats élémentaires dis-
mules de remplacement susceptibles d’être utilisées. Les tincts pour différents types de points de vente. La nature
problèmes soulevés par la disparition de produits élémen- des agrégats élémentaires est fonction des situations et
taires ou l’apparition de nouveaux produits sont expliqués, des informations disponibles. Ceux-ci peuvent donc être
de même que les différentes manières d’imputer des définis différemment d’un pays à l’autre. Il convient
valeurs pour les prix manquants. toutefois de prendre note de quelques points essentiels :
9.4 La seconde partie du chapitre est consacrée au • Les agrégats élémentaires devraient se composer de
calcul des indices de niveau supérieur. L’accent est mis groupes de biens et services aussi similaires que pos-
sur la production d’un indice des prix mensuel dans sible, et de préférence assez homogènes.

183
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

• Ils devraient aussi se composer de produits élémen- vendu dans les supermarchés de la région nord couvre tous
taires dont on peut s’attendre à ce que les prix enre- les types de riz, parmi lesquels le riz blanc mi-cuit et le riz
gistrent des mouvements analogues. L’objectif doit brun comprenant plus de 50 % de grains brisés sont choi-
être de réduire au minimum la dispersion des fluctua- sis comme produits représentatifs. Dans la pratique, il est
tions de prix au sein de l’agrégat. bien sûr possible de choisir des produits plus représenta-
tifs. Enfin, pour chaque produit représentatif, un certain
• Les agrégats élémentaires devraient pouvoir servir de
nombre de produits élémentaires spécifiques peuvent être
strates à des fins d’échantillonnage dans le cadre du
retenus pour la collecte des prix, tels que des marques don-
système prévu pour la collecte des données.
nées de riz mi-cuit. Là encore, le nombre de produits élé-
9.8 Qu’il se rapporte à l’ensemble d’un pays, à une mentaires de l’échantillon retenus peut varier en fonction
région ou à un groupe de points de vente donné, chaque de la nature du produit représentatif.
agrégat élémentaire contient en général un très grand 9.10 Les méthodes utilisées pour calculer les indices
nombre de biens et services, ou produits élémentaires, élémentaires à partir des diverses observations de prix
distincts. Dans la pratique, seul un petit nombre d’entre sont examinées ci-après. Si l’on part des indices d’agré-
eux peuvent être sélectionnés pour le suivi des prix. Les gat élémentaire, tous les indices situés au-dessus de ce
considérations suivantes doivent entrer en jeu lors du niveau sont des indices de niveau supérieur pouvant être
choix des produits élémentaires : calculés à partir des indices d’agrégat élémentaire en uti-
• Les produits élémentaires sélectionnés devraient être lisant comme pondérations les agrégats de dépenses élé-
ceux dont on estime que les mouvements de prix sont mentaires. La structure d’agrégation est cohérente, de
représentatifs de tous les produits réunis au sein de sorte que la pondération à chaque niveau supérieur à
l’agrégat élémentaire. l’agrégat élémentaire est toujours égale à la somme de ses
• Le nombre de produits élémentaires inclus dans composantes. L’indice de prix à chaque niveau supérieur
chaque agrégat élémentaire pour lequel les prix sont d’agrégation peut être calculé sur la base des pondéra-
relevés devrait être suffisamment important pour que tions et des indices de prix pour ses composantes, c’est-à-
l’indice des prix estimé soit statistiquement fiable. Le dire des indices de niveau inférieur ou indices élémen-
nombre minimal requis variera d’un agrégat élémen- taires. Les différents indices de prix élémentaires ne sont
taire à l’autre selon la nature des produits et le com- pas nécessairement assez fiables pour être publiés séparé-
portement de leurs prix. ment, mais ils restent pas moins la pierre angulaire de
tous les indices de niveau supérieur.
• L’objectif est d’essayer de suivre l’évolution du prix 9.11 Pondérations au sein des agrégats élémen-
du même produit élémentaire pendant une période taires. Dans la plupart des cas, les indices des prix des
aussi longue que possible, ou aussi longtemps que le agrégats élémentaires sont calculés sans faire explicite-
produit élémentaire demeure représentatif. Les pro- ment appel aux pondérations de dépenses. Il convien-
duits élémentaires sélectionnés devraient donc être drait cependant d’utiliser, aussi souvent que possible, des
ceux que l’on s’attend à voir rester sur le marché un pondérations reflétant l’importance relative des produits
certain temps, de façon à ce que l’on puisse comparer élémentaires échantillonnés, même si ce n’est que de
des produits comparables. façon approximative. Bien souvent, l’agrégat élémen-
9.9 La structure d’agrégation. La structure d’agréga- taire est simplement l’agrégat le plus petit pour lequel on
tion d’un IPC est présentée au graphique 9.1. En utilisant dispose d’informations fiables sur les pondérations.
une classification des dépenses des consommateurs telle L’indice élémentaire doit alors être calculé sans utiliser
que la Classification des fonctions de la consommation les pondérations. Cependant, même dans ce cas, il faut
individuelle (COICOP), l’ensemble des biens et services noter que, si les produits élémentaires sont choisis en
de consommation couverts par l’IPC global peut être divi- leur appliquant des probabilités de sélection proportion-
sé en groupes, tels que celui des «produits alimentaires et nelles à la taille de telle ou telle variable pertinente (les
boissons non alcoolisées». Chaque groupe est ensuite divi- ventes, par exemple), la procédure d’échantillonnage
sé en classes, telles que celle des «produits alimentaires». introduit implicitement des pondérations.
Aux fins de l’IPC, chaque classe peut encore être subdivi- 9.12 Pour certains agrégats élémentaires, les infor-
sée en sous-classes plus homogènes, celle du «riz» par mations sur les ventes de produits élémentaires particu-
exemple. Les sous-classes sont l’équivalent des rubriques liers, les parts de marché ou les pondérations régionales
de base du Programme de comparaisons internationales peuvent être utilisées comme pondérations explicites au
(PCI), qui calcule les parités de pouvoir d’achat (PPA) sein d’un agrégat élémentaire. Les pondérations au sein
entre les pays. Enfin, les sous-classes peuvent encore être des agrégats élémentaires peuvent être actualisées de
subdivisées de façon à obtenir des agrégats élémentaires, façon indépendante, et plus souvent peut-être que les
en les divisant selon la région ou le type de points de vente, agrégats élémentaires eux-mêmes (qui servent de pon-
comme dans le graphique 9.1. Dans certains cas, il n’est dérations pour les indices de niveau supérieur).
pas possible ou pas nécessaire de subdiviser encore une 9.13 Supposons par exemple que le nombre de four-
sous-classe donnée, qui devient alors l’agrégat élémen- nisseurs d’un produit tel que l’essence soit limité. Les
taire. Ainsi, l’agrégat élémentaire correspondant au riz parts de marché des fournisseurs peuvent être connues à

184
LE CALCUL DES INDICES DE PRIX À LA CONSOMMATION DANS LA PRATIQUE

Graphique 9.1 Structure d’agrégation typique d’un indice des prix à la consommation (IPC)

IPC GLOBAL
Produits

GROUPE
Produits alimentaires GROUPE
AUTRES GROUPES
et boissons Boissons alcoolisées et tabac
non alcoolisées

CLASSE CLASSE
AUTRES CLASSES
Pain et céréales Viande

SOUS-CLASSE SOUS-CLASSE AUTRES


Riz Pain SOUS-CLASSES

Vendu dans Vendu dans


Vendu dans le sud du pays
le nord du pays les autres régions

AGRÉGAT
AGRÉGAT ÉLÉMENTAIRE
ÉLÉMENTAIRE
Riz vendu dans
Riz vendu dans
les autres points de vente
les supermarchés
du nord du pays
du nord du pays

PRODUIT PRODUIT
REPRÉSENTATIF REPRÉSENTATIF
Riz blanc long grain Riz brun : plus de 50 %
mi-cuit de grains brisés

PRODUIT
PRODUIT ÉLÉMENTAIRE
ÉLÉMENTAIRE DE
DE L’ÉCHANTILLON
L’ÉCHANTILLON
Marque B
Marque A

185
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

partir des statistiques recueillies dans le cadre d’enquêtes produits élémentaires qui disparaissent ou doivent être
sur l’activité économique, et utilisées comme pondéra- remplacés est examiné plus loin. On suppose également
tions dans le calcul d’un indice d’agrégat élémentaire pour qu’il n’existe pas de pondérations explicites.
le prix des produits pétroliers. Autre exemple, les prix de 9.17 Les offices de statistique ont utilisé ou utilisent
l’eau peuvent être relevés auprès d’un certain nombre de encore largement trois formules de calcul des indices
services locaux desservant des régions dont la population d’agrégat élémentaire, qui sont présentées au tableau 9.1.
est connue. La taille relative de la population de chaque On notera toutefois que ce sont pas les seules options
région peut alors être utilisée pour obtenir une valeur possibles et que des formules de remplacement seront
approchée des dépenses de consommation relatives afin examinées par la suite.
de pondérer le prix dans chaque région pour obtenir un • La première est l’indice de Carli pour i = 1,.…, n
indice d’agrégat élémentaire pour le prix de l’eau. produits élémentaires. Il est défini comme la moyenne
9.14 Les tarifs créent une situation particulière. On arithmétique simple, ou non pondérée, des rapports de
appelle tarifs une liste de prix d’achat proposés, sous prix pour les deux périodes à comparer, 0 et t :
différentes conditions, pour un bien ou un service donné.
Dans le cas de l’électricité, par exemple, un tarif
s’applique durant la journée et un autre, plus bas, durant (9.1)
la nuit. De même, les compagnies téléphoniques peuvent
appliquer un prix plus bas aux appels effectués le week-
end qu’à ceux qui sont effectués en semaine. Autre • La seconde est l’indice de Dutot, défini comme le
exemple, les tickets de bus peuvent être vendus à un rapport des moyennes arithmétiques non pondérées
certain prix pour les usagers ordinaires, et à un prix des prix :
moins élevé pour les enfants et les personnes âgées. Dans
de tels cas, il convient d’assigner des pondérations aux
différents tarifs ou prix quand on calcule l’indice des prix (9.2)
pour l’agrégat élémentaire.
9.15 La multiplication, dans de nombreux pays, des
points de vente électroniques où les prix et quantités
sont saisis par lecture optique au moment où les achats • La troisième est l’indice de Jevons, défini comme la
ont lieu signifie que les offices de statistique disposent moyenne géométrique non pondérée des rapports de
de plus en plus de nouvelles sources d’informations prix, qui est identique au rapport des moyennes
précieuses. Cela pourrait modifier radicalement les géométriques non pondérées des prix :
modalités de collecte et de traitement des données sur
les prix utilisées pour l’établissement des IPC. Le
traitement des données obtenues par lecture optique est
(9.3)
examiné aux chapitres 7, 8 et 21.

Construction des indices 9.18 Les propriétés des trois indices sont examinées
d’agrégat élémentaire et expliquées en détail au chapitre 20. Ici, l’objectif est
9.16 On appelle indice d’agrégat élémentaire l’indice de montrer comment ils se comportent dans la pratique,
de prix établi pour un agrégat élémentaire. Diverses de comparer les résultats obtenus en utilisant les diffé-
méthodes et formules peuvent être utilisées pour son rentes formules et de récapituler les forces et faiblesses
calcul. Les méthodes les plus communément utilisées de chacune d’elles.
sont illustrées à l’aide d’un exemple numérique au 9.19 Chaque indice mensuel mobile montre la
tableau 9.1. Dans cet exemple, on suppose que les prix variation de l’indice d’un mois sur l’autre. Les indices-
sont relevés pour quatre produits élémentaires au sein chaînes mensuels lient entre elles ces variations d’un
d’un agrégat élémentaire. La qualité de chacun de ces mois sur l’autre par des multiplications successives. Les
produits reste inchangée dans le temps, de sorte que les indices directs comparent directement les prix observés
variations d’un mois sur l’autre comparent des choses au cours de chacun des mois qui se succèdent à ceux du
comparables. On suppose dans un premier temps que les mois de référence, janvier. Un simple examen des divers
prix des quatre produits élémentaires sont relevés chaque indices montre clairement que le choix d’une formule et
mois de la période couverte, et que l’on dispose par d’une méthode peut influer fortement sur les résultats
conséquent d’une série de prix complète. Il n’y a ni obtenus. Certains de ces résultats sont frappants, en parti-
disparition de produits, ni prix manquants, ni produits culier la différence notable qui apparaît entre l’indice-
remplaçants. C’est une hypothèse assez forte, car bon chaîne de Carli pour juillet et chacun des indices directs
nombre des problèmes rencontrés dans la pratique sont pour ce même mois, y compris l’indice de Carli direct.
dus à la rupture, pour une raison ou une autre, des séries 9.20 Les propriétés et le comportement des diffé-
de prix des produits élémentaires. Le traitement des rents indices sont résumés aux paragraphes suivants

186
LE CALCUL DES INDICES DE PRIX À LA CONSOMMATION DANS LA PRATIQUE

Tableau 9.1 Calcul des indices de prix pour un agrégat élémentaire1


Janvier Février Mars Avril Mai Juin Juillet

Prix
Produit A 6,00 6,00 7,00 6,00 6,00 6,00 6,60
Produit B 7,00 7,00 6,00 7,00 7,00 7,20 7,70
Produit C 2,00 3,00 4,00 5,00 2,00 3,00 2,20
Produit D 5,00 5,00 5,00 4,00 5,00 5,00 5,50
Moyenne arithmétique des prix 5,00 5,25 5,50 5,50 5,00 5,30 5,50
Moyenne géométrique des prix 4,53 5,01 5,38 5,38 4,53 5,05 4,98
Rapport des prix d’un mois sur l’autre
Produit A 1,00 1,00 1,17 0,86 1,00 1,00 1,10
Produit B 1,00 1,00 0,86 1,17 1,00 1,03 1,07
Produit C 1,00 1,50 1,33 1,25 0,40 1,50 0,73
Produit D 1,00 1,00 1,00 0,80 1,25 1,00 1,10
Rapport des prix du mois en cours
au mois de référence (janvier)
Produit A 1,00 1,00 1,17 1,00 1,00 1,00 1,10
Produit B 1,00 1,00 0,86 1,00 1,00 1,03 1,10
Produit C 1,00 1,50 2,00 2,50 1,00 1,50 1,10
Produit D 1,00 1,00 1,00 0,80 1,00 1,00 1,10
Indice de Carli — Moyenne arithmétique
des rapports de prix
Indice mensuel mobile 100,00 112,50 108,93 101,85 91,25 113,21 100,07
Indice-chaîne mensuel mobile 100,00 112,50 122,54 124,81 113,89 128,93 129,02
Indice direct par rapport à janvier 100,00 112,50 125,60 132,50 100,00 113,21 110,00
Indice de Dutot — Rapport des moyennes
arithmétiques des prix
Indice mensuel mobile 100,00 105,00 104,76 100,00 90,91 106,00 103,77
Indice-chaîne mensuel mobile 100,00 105,00 110,00 110,00 100,00 106,00 110,00
Indice direct par rapport à janvier 100,00 105,00 110,00 110,00 100,00 106,00 110,00
Indice de Jevons — Rapport des moyennes
arithmétiques des prix = moyenne géométrique
des rapports de prix
Indice mensuel mobile 100,00 110,67 107,46 100,00 84,09 111,45 98,70
Indice-chaîne mensuel mobile 100,00 110,67 118,92 118,92 100,00 111,45 110,00
Indice direct par rapport à janvier 100,00 110,67 118,92 118,92 100,00 111,45 110,00
1Tous les indices de prix ont été calculés à partir de chiffres non arrondis.

(voir aussi le chapitre 20). Premièrement, les diffé- peut être supérieur ou inférieur à celui de Jevons, mais
rences entre les résultats obtenus à l’aide des diverses tend en général à être inférieur à celui de Carli.
formules tendent à s’accentuer à mesure que la variance 9.22 Il importe de noter une propriété générale des
des rapports de prix augmente. Plus la dispersion des moyennes géométriques quand on utilise l’indice de
mouvements de prix est grande, plus le choix de la Jevons : il suffit qu’une seule des observations qui ont
formule d’indice et de la méthode est déterminant. Si les été faites soit égale à zéro pour que la moyenne géomé-
agrégats élémentaires sont définis de telle manière que trique soit égale à zéro, quelles que soient les valeurs
les variations des prix au sein de ces agrégats des autres observations. L’indice de Jevons est sensible
sont réduites au minimum, les résultats obtenus aux chutes extrêmes des prix et il peut être nécessaire
deviennent moins sensibles aux choix de la formule et d’imposer des limites supérieure et inférieure aux
de la méthode. rapports de prix — qui, par exemple, peuvent être
9.21 Les données du tableau 9.1 présentent cer- respectivement de 10 et 0,1 — quand on utilise l’indice
taines caractéristiques systématiques et prévisibles, qui de Jevons. Bien évidemment, les observations extrêmes
découlent des propriétés mathématiques des indices. sont souvent le résultat d’erreurs commises sous une
Ainsi, chacun sait qu’une moyenne arithmétique est forme ou une autre. En tout état de cause, donc, les
toujours supérieure ou égale à la moyenne géométrique mouvements extrêmes des prix doivent être vérifiés
correspondante, l’égalité ne restant valable que dans le avec soin.
cas non significatif où les nombres dont on fait la 9.23 Les indices présentés au tableau 9.1 ont une
moyenne sont les mêmes. Les indices de Carli directs autre propriété importante : les indices de Dutot et de
sont donc tous supérieurs aux indices de Jevons, sauf Jevons sont transitifs, contrairement à celui de Carli. Il y
pour les mois de mai et juillet, où les quatre rapports de a transitivité lorsque les indices-chaînes mensuels sont
prix fondés sur janvier sont égaux. L’indice de Dutot identiques aux indices directs correspondants. Cette

187
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

propriété est importante dans la pratique, car beaucoup l’indice devrait être égal à l’unité (comme pour le
d’indices d’agrégat élémentaire sont en fait calculés mois de mai, dans l’exemple).
comme des indices-chaînes liant ensemble des indices
• Test d’invariance à la modification des unités de mesure
mensuels mobiles. L’intransitivité de l’indice de Carli
(test de commensurabilité) — l’indice des prix ne de-
apparaît de façon spectaculaire au tableau 9.1, lorsque
vrait pas varier si l’on modifie les unités dans lesquelles
chacun des quatre prix en mai revient à son niveau de
sont mesurés les produits (par exemple, si les prix sont
janvier, alors que l’indice-chaîne de Carli enregistre une
exprimés par litre plutôt que par pinte). Ainsi qu’il est
hausse de presque 14 % par rapport à janvier. De même,
expliqué ci-après, l’indice de Dutot ne satisfait pas à ce
en juillet, bien que chacun des prix dépasse de 10 %
test, contrairement aux indices de Carli et de Jevons.
exactement son niveau de janvier, l’indice de Carli
affiche une hausse de 29 %. Ces résultats seraient jugés • Test de réversibilité temporelle — si toutes les données
pernicieux et inacceptables dans le cas d’un indice pour les deux périodes sont interverties, l’indice des prix
direct, mais, même dans le cas d’un indice-chaîne, ils qui en résulte devrait être égal à l’inverse de l’indice des
semblent intuitivement si déraisonnables qu’ils minent prix initial. L’indice de Carli ne satisfait pas à ce test,
la crédibilité de l’indice-chaîne de Carli. Les variations contrairement aux indices de Dutot et de Jevons. Cet
de prix entre mars et avril illustrent les effets du échec de l’indice de Carli ne saute pas aux yeux dans
«bouncing» des prix, opération dans laquelle les quatre l’exemple choisi, mais il est facilement vérifié si l’on
prix sont observés dans les deux périodes mais inter- intervertit les prix en janvier et avril, par exemple, car
vertis entre les différents produits élémentaires. L’indice l’indice de Carli (calcul rétrospectif) pour janvier, sur la
de Carli mensuel de mars à avril augmente, tandis que base du mois d’avril, est alors égal à 91,3 alors que
ceux de Dutot et de Jevons restent inchangés. l’inverse de l’indice de Carli est de 1/132,5, soit 75,5.
9.24 Le message qui ressort de cette brève illustration
• Test de transitivité — l’indice-chaîne entre deux
du comportement de trois seulement des formules pos-
périodes devrait être égal à l’indice direct entre les
sibles est que le recours à différents indices et différentes
deux mêmes périodes. Il ressort de notre exemple que
méthodes peut déboucher sur des résultats très différents.
les indices de Jevons et de Dutot satisfont tous deux à
Les statisticiens chargés d’établir l’indice doivent se fami-
ce test, contrairement à celui de Carli. Par exemple,
liariser avec les connexions qui existent entre les diverses
bien que les prix en mai aient retrouvé leur niveau de
formules à leur disposition pour calculer les indices
janvier, l’indice-chaîne de Carli s’établit à 113,9. Cela
d’agrégat élémentaire, de façon à être conscient des consé-
illustre le fait que l’indice de Carli peut avoir,
quences qu’implique le choix d’une formule plutôt qu’une
intrinsèquement, un biais positif important.
autre. Le fait d’être bien informé de ces connexions ne
suffit pas, néanmoins, à déterminer quelle formule utiliser, 9.26 De nombreux autres axiomes ou tests peuvent
même si elle permet de choisir en meilleure connaissance être conçus, mais ceux qui viennent d’être présentés
de cause. Il est nécessaire de faire appel à d’autres critères suffisent pour illustrer l’approche retenue et mettre en
pour résoudre le problème du choix de la formule. Deux lumière quelques caractéristiques importantes des
approches principales — axiomatique et économique — indices élémentaires examinés ici.
peuvent être utilisées à cet effet. 9.27 Les ensembles de produits couverts par les
agrégats élémentaires sont censés être aussi homogènes
que possible. S’ils ne sont pas relativement homogènes,
Approche axiomatique des indices le fait que l’indice de Dutot ne satisfait pas au test de
d’agrégat élémentaire commensurabilité (ou des unités de mesure) peut être un
9.25 Comme il est expliqué aux chapitres 16 et 20, sérieux handicap. Bien qu’il soit défini comme le rapport
l’une des façons de décider quelle est la formule de moyennes arithmétiques non pondérées des prix,
d’indice appropriée consiste à vérifier laquelle satisfait l’indice de Dutot peut aussi être interprété comme une
à certains axiomes ou tests spécifiés. Ces derniers moyenne arithmétique pondérée des rapports de prix
mettent en lumière les propriétés des différents types dans laquelle chaque rapport est pondéré par son prix
d’indices, dont certaines peuvent ne pas être évidentes dans la période de référence. C’est ce que l’on peut voir
intuitivement. Quatre tests essentiels sont utilisés ici en réécrivant la formule (9.2) comme suit :
pour illustrer l’approche axiomatique :
• Test de proportionnalité — si tous les prix représentent
λ fois les prix dans la période de référence pour les
prix (janvier, dans l’exemple), l’indice devrait être
égal à λ. Les données pour juillet, mois pour lequel
chaque prix est supérieur de 10 % à ce qu’il était en
janvier, montrent que les trois indices directs satisfont Cependant, si les produits ne sont pas homogènes, les
à ce test. Le test d’identité est un cas particulier de ce prix relatifs des différents produits élémentaires risquent
test; il requiert que, si le prix de chaque produit de dépendre de façon assez arbitraire des unités de quan-
élémentaire est le même qu’à la période de référence, tité dans lesquelles ils sont mesurés.

188
LE CALCUL DES INDICES DE PRIX À LA CONSOMMATION DANS LA PRATIQUE

9.28 Prenons par exemple le prix moyen du sel et Approche économique des indices
du poivre, qui figurent dans la même sous-classe de la d’agrégat élémentaire
COICOP. Supposons que l’unité de mesure du poivre
passe des grammes aux onces sans que soit modifiée 9.31 Dans l’approche économique, l’objectif est
l’unité dans laquelle est mesuré le sel (les kilos, d’estimer un indice économique — à savoir, l’indice du
par exemple). Étant donné qu’une once est égale à coût de la vie pour l’agrégat élémentaire visé (voir cha-
28,35 grammes, le «prix» du poivre est multiplié par pitre 20). Les produits élémentaires dont les prix sont
28, ce qui multiplie effectivement le poids du poivre relevés sont traités comme s’ils constituaient un panier-
dans l’indice de Dutot par 28. Le prix du poivre par type de biens et services achetés par des consommateurs,
rapport au sel est par essence arbitraire, et dépend et dont ceux-ci retirent une utilité. L’indice du coût de la
entièrement du choix des unités dans lesquelles sont vie mesure la variation minimale du montant des
mesurés les deux produits. En général, lorsqu’il existe dépenses à laquelle les consommateurs devraient con-
différents types de produits au sein d’un agrégat sentir pour maintenir leur niveau d’utilité inchangé, en
élémentaire, l’indice de Dutot est inacceptable d’un autorisant ces derniers à procéder à des substitutions
point de vue théorique. entre produits primaires pour répondre aux variations des
9.29 L’indice de Dutot n’est acceptable que prix relatifs. En l’absence d’informations sur les quantités
lorsque l’ensemble des produits couverts est homogène ou les dépenses au sein d’un agrégat élémentaire, l’indice
ou à peu près. Par exemple, il peut être acceptable pour peut seulement être estimé lorsque certaines conditions
un ensemble de prix de pommes même si celles-ci sont spéciales sont supposées prévaloir.
de diverses variétés, mais pas pour les prix de fruits de 9.32 Deux cas particuliers présentent un certain
type différent — pommes, ananas et bananes, par intérêt. Dans le premier, les consommateurs continuent
exemple — dont certains sont beaucoup plus chers à la de consommer les mêmes quantités relatives quels que
pièce ou au kilo que d’autres. Même lorsque ces soient les prix relatifs. Ils préfèrent ne procéder à aucune
produits sont relativement homogènes et mesurés dans substitution en réponse aux variations des prix relatifs.
les mêmes unités, il est possible que les pondérations Les élasticités croisées de la demande sont égales à zéro.
implicites de l’indice de Dutot ne soient toujours pas Dans les travaux des économistes, les préférences sont
satisfaisantes. Les variations des prix des produits alors du type «préférences de Leontief». Avec elles,
élémentaires les plus coûteux reçoivent une pondé- l’indice de Laspeyres donnerait une mesure exacte de
ration plus forte mais, dans la pratique, il est tout à fait l’indice du coût de la vie. Dans ce premier cas, l’indice
possible que ces produits ne représentent qu’une faible de Carli calculé pour un échantillon aléatoire donnerait
part des dépenses totales au sein de l’agrégat. Les con- une estimation de l’indice du coût de la vie si les produits
sommateurs ne risquent guère d’acheter des produits élémentaires étaient choisis avec des probabilités de
élémentaires au prix fort si les mêmes produits sont sélection proportionnelles à leur part dans les dépenses
disponibles à meilleur marché. de la population. Il pourrait apparaître que, si les pro-
9.30 On peut conclure que, d’un point de vue duits élémentaires étaient choisis avec des probabilités
axiomatique, les indices de Carli et de Dutot, même s’ils proportionnelles à leur part dans les quantités achetées
ont été et sont encore largement utilisés par les offices de par la population, l’indice de Dutot calculé pour l’échan-
statistique, présentent de graves inconvénients. L’indice tillon donnerait une estimation de l’indice de Laspeyres
de Carli ne satisfait pas aux tests de réversibilité pour la population. Cependant, si le panier-type pour
temporelle et de transitivité. En principe, il devrait être l’indice de Laspeyres contient différentes sortes de pro-
possible de choisir indifféremment le calcul prospectif duits dont les quantités ne sont pas additives, les parts de
ou le calcul rétrospectif pour mesurer les variations de quantités, et par conséquent les probabilités de sélection,
prix. On pourrait s’attendre à ce qu’il en aille de même sont indéfinies.
ici, mais ce n’est pas le cas pour l’indice de Carli. Les 9.33 Dans le second cas, on suppose que les consom-
indices-chaînes de Carli peuvent être affectés d’un biais mateurs modifient les quantités qu’ils consomment en
positif important. L’indice de Dutot est significatif pour proportion inverse des variations des prix relatifs. Les
un ensemble de produits élémentaires homogènes, mais élasticités croisées de la demande entre les différents
il devient de plus en plus arbitraire à mesure que produits élémentaires sont toutes égales à l’unité, les parts
l’ensemble de produits se diversifie. En revanche, de dépenses étant les mêmes dans les deux périodes.
l’indice de Jevons satisfait à tous les tests susmentionnés Les préférences sont alors du type «préférences de
et apparaît aussi comme l’indice à privilégier lorsque la Cobb–Douglas». Avec elles, l’indice de Laspeyres
batterie de tests est élargie, ainsi que le montre le géométrique donnerait une mesure exacte de l’indice du
chapitre 20. D’un point de vue axiomatique, l’indice de coût de la vie. L’indice de Laspeyres géométrique est une
Jevons est à l’évidence doté des meilleures propriétés, moyenne géométrique pondérée des rapports de prix
même s’il n’a guère été utilisé jusqu’à la période récente. utilisant comme pondérations les parts de dépenses dans la
Il semble toutefois que les offices de statistique aient première des deux périodes (les parts de dépenses dans la
tendance, de plus en plus, à abandonner les indices de seconde période seraient les mêmes dans le cas particulier
Carli ou Dutot au profit de celui de Jevons. qui nous occupe). Dans ce second cas, l’indice de Jevons

189
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

calculé pour un échantillon aléatoire donnerait une établit l’indice d’en juger, selon la nature des produits
estimation non biaisée de l’indice du coût de la vie, à effectivement inclus dans l’agrégat élémentaire.
condition que les produits élémentaires soient choisis avec 9.38 Notons, avant de clore ce sujet, qu’il a permis
des probabilités proportionnelles à leur part dans les de mettre en lumière certaines des propriétés d’échantil-
dépenses de la population. lonnage des agrégats élémentaires. Si les produits
9.34 Dans le cadre de l’approche économique, le élémentaires de l’échantillon sont choisis avec des
choix entre les indices de Jevons et de Carli pour probabilités proportionnelles aux dépenses dans la
l’échantillon dépend de la mesure dans laquelle l’un et période de référence des prix :
l’autre tendent à donner une approximation plus ou • l’indice de Carli calculé pour l’échantillon (non pon-
moins juste de l’indice du coût de la vie : en d’autres déré) donne une estimation non biaisée de l’indice de
termes, il dépend de la probabilité que les élasticités Laspeyres pour la population;
croisées (inconnues) soient plus proches, en moyenne,
de l’unité ou de zéro. Dans la pratique, les élasticités • l’indice de Jevons pour l’échantillon (non pondéré)
croisées pourraient prendre n’importe quelle valeur, donne une estimation non biaisée de l’indice de
jusqu’à «plus l’infini», pour un agrégat élémentaire Laspeyres géométrique pour la population.
composé d’un ensemble de produits élémentaires Ces résultats restent valables quel que soit l’indice du
strictement homogènes, c’est-à-dire de parfaits produits coût de la vie.
de substitution. On notera que, dans le cas limite où les
produits sont réellement homogènes, il n’y a aucun Indices-chaînes ou indices directs
problème d’indice et l’«indice» des prix est donné par le pour les agrégats élémentaires
rapport des valeurs unitaires dans les deux périodes,
ainsi qu’il est expliqué plus loin. On peut supposer qu’en 9.39 Dans le cas d’un indice élémentaire direct, les
moyenne, les élasticités croisées sont sans doute plus prix de la période en cours sont comparés directement à
proches de l’unité que de zéro pour la plupart des ceux de la période de référence des prix. Dans le cas
agrégats élémentaires, de sorte que l’indice de Jevons d’un indice-chaîne, les prix dans chaque période sont
donne probablement, en règle générale, une approxima- comparés à ceux observés de la période précédente, les
tion plus juste de l’indice du coût de la vie que l’indice indices à court terme qui en résultent étant chaînés les
de Carli. Dans ce cas, il convient de considérer que uns aux autres pour obtenir l’indice à long terme,
l’indice de Carli est entaché d’un biais par excès. comme le montre le tableau 9.1.
9.40 À condition que les prix soient enregistrés
9.35 Il ressort de l’approche économique que l’in- pour le même ensemble de produits élémentaires à
dice de Jevons donnera sans doute une approximation chaque période, comme c’est le cas au tableau 9.1, toute
plus précise de l’indice du coût de la vie pour l’agrégat formule d’indice définie comme le rapport des prix
élémentaire que l’indice de Carli, car, dans la plupart des moyens sera transitive, ce qui veut dire que l’on
cas, il est plus probable qu’il y ait un effet de substitution obtiendra le même résultat, que l’indice soit calculé
important que pas d’effet de substitution du tout, dans la sous forme d’indice direct ou d’indice-chaîne. Dans un
mesure surtout où les agrégats élémentaires devraient indice-chaîne, les numérateurs et dénominateurs succes-
être délibérément construits de manière à regrouper des sifs s’annuleront, ne laissant que le prix moyen de la
produits élémentaires similaires constituant de proches dernière période divisé par le prix moyen de la période
produits de substitution les uns pour les autres. de référence, qui est identique à l’indice direct. Les
9.36 L’indice de Jevons n’implique pas, ou ne sup- indices de Dutot et de Jevons sont donc tous deux tran-
pose pas, que les parts de dépenses restent constantes. Il sitifs. Ce n’est pas le cas, comme nous l’avons déjà
peut de toute évidence être calculé indépendamment du noté, pour l’indice-chaîne de Carli, qui ne devrait pas
fait que, dans la pratique, les parts des dépenses changent être utilisé à cause de son biais positif. L’indice direct de
ou non. L’approche économique montre que, si les parts Carli reste néanmoins une option.
des dépenses restent constantes (ou à peu près cons- 9.41 Bien que les versions chaînée et directe des
tantes), on peut s’attendre à ce que l’indice de Jevons indices de Dutot et de Jevons soient identiques lorsqu’il
donne une bonne estimation de l’indice du coût de la vie. n’y a pas de rupture de série pour les divers produits
De même, si les quantités relatives restent constantes, élémentaires, elles offrent des moyens différents de
l’indice de Carli devrait donner une bonne estimation, traiter les produits élémentaires nouveaux et ceux qui
mais ce dernier n’implique pas en fait que les quantités disparaissent, les prix manquants et les ajustements de
restent fixes. la qualité. Dans la pratique, il faut continuellement
9.37 On peut conclure que, dans l’approche écono- enlever des produits de l’indice et en inclure de
mique comme dans l’approche axiomatique, l’indice de nouveaux, auquel cas l’indice direct et l’indice-chaîne
Jevons apparaît en général préférable, même s’il peut peuvent être différents si les imputations pour les prix
arriver parfois que l’effet de substitution soit faible ou nul manquants sont faites différemment.
au sein de l’agrégat élémentaire, auquel cas la préférence 9.42 Lorsqu’un produit remplaçant doit être inclus
pourrait aller à l’indice de Carli. C’est au statisticien qui dans un indice direct, il est souvent nécessaire d’estimer

190
LE CALCUL DES INDICES DE PRIX À LA CONSOMMATION DANS LA PRATIQUE

le prix du nouveau produit élémentaire dans la période produit dérivé utile. Quoi qu’il en soit, comme il existe
de référence des prix, qui peut être relativement des calculateurs et des tableurs bon marché permettant
éloignée dans le passé. Il en va de même si, à la suite de calculer de tels produits dérivés par la méthode de
d’une mise à jour de l’échantillon, de nouveaux produits l’indice direct aussi bien que de l’indice-chaîne, le choix
élémentaires doivent être raccordés à l’indice. S’il d’une formule ne devrait pas être dicté par des considé-
n’existe aucune information sur le prix du produit rations afférentes à ces produits.
remplaçant dans la période de référence des prix, il est
nécessaire d’estimer celui-ci en utilisant les rapports de Associativité de l’agrégation
prix calculés pour les produits qui restent dans l’agrégat 9.45 L’associativité de l’agrégation signifie que, si
élémentaire, un sous-ensemble de ces produits ou un un indice est calculé par étapes en agrégeant des indices
autre indicateur. Cependant, la méthode directe ne de niveau inférieur pour obtenir des indices à des
devrait être utilisée que pour une période limitée. Sans niveaux d’agrégation progressivement plus élevés, le
cela, la plupart des prix de référence finiront par être résultat global devrait être identique à celui qui aurait
imputés, ce qui n’est pas souhaitable. C’est ce qui été obtenu en faisant le calcul en une seule fois. Du
empêche de facto de recourir à l’indice de Carli sur une point de vue de la présentation, c’est un avantage. Si les
longue période, car celui-ci ne peut être utilisé que sous agrégats élémentaires sont calculés en utilisant une
sa forme directe puisqu’il est inacceptable en indice- formule et sont ramenés à une moyenne pour obtenir
chaîne. Il s’ensuit que, dans la pratique, l’indice de Carli des indices de niveau supérieur en utilisant une autre
direct ne peut être utilisé que si l’indice global est formule, l’IPC qui en résulte ne présente pas ce carac-
chaîné annuellement, ou tous les deux ou trois ans. tère d’associativité de l’agrégation. On peut cependant
9.43 Dans un indice-chaîne, si un produit élémentaire soutenir que l’associativité de l’agrégation n’est pas
vient à manquer de façon permanente, un produit forcément un critère important ou même approprié, ou
remplaçant peut être raccordé à l’indice dans le cadre du qu’elle est impossible à atteindre quand le volume
calcul de celui-ci en incluant ce produit dans l’indice d’informations disponibles sur les quantités et les
mensuel dès que les prix pour deux mois successifs sont dépenses n’est pas le même aux différents niveaux
connus. De même, dans l’hypothèse où l’échantillon est d’agrégation. En outre, il peut exister différents degrés
mis à jour et de nouveaux produits doivent être raccordés à de substitution au sein des agrégats élémentaires, par
l’indice, il faut disposer de deux prix successifs, le comparaison au degré de substitution entre produits de
nouveau (pour le mois en cours) et l’ancien (pour le mois différents agrégats élémentaires.
précédent). Pour un indice-chaîne, cependant, l’observa- 9.46 Comme il a été noté plus haut, il y aurait
tion manquante aura un impact sur l’indice pendant deux associativité de l’agrégation de l’indice de Carli avec
mois, puisqu’elle fait partie de deux «maillons» de la l’indice de Laspeyres si les produits élémentaires étaient
chaîne. Ce n’est pas le cas pour un indice direct, dans choisis avec des probabilités proportionnelles aux parts des
lequel une observation manquante unique et non estimée dépenses dans la période de référence. Ce n’est en général
aura seulement un impact sur l’indice pour la période en pas le cas. Il n’y a pas non plus associativité de l’agré-
cours. Par exemple, pour une comparaison entre les gation des indices de Dutot et de Jevons avec un indice de
périodes 0 et 3, le fait que le prix d’un produit élémentaire Laspeyres de niveau supérieur. Ainsi qu’il est expliqué ci-
manque dans la période 2 signifie que l’indice-chaîne après, cependant, les IPC effectivement calculés par les
exclura le produit élémentaire pour le dernier maillon de offices de statistique ne sont pas, en règle générale,
l’indice aux périodes 2 et 3, tandis que l’indice direct d’authentiques indices de Laspeyres, même s’ils peuvent
l’inclura dans la période 3 puisque cet indice reposera sur reposer sur des paniers-types fixes de biens et services.
les produits élémentaires dont les prix sont disponibles aux Comme il a aussi été noté plus haut, si l’indice de niveau
périodes 0 et 3. En règle générale, toutefois, l’utilisation supérieur devait être défini comme un indice de Laspeyres
d’un indice-chaîne peut faciliter, du point de vue calcul, géométrique, l’associativité de l’agrégation pourrait être
l’estimation des prix manquants et l’introduction de rem- obtenue en utilisant l’indice de Jevons pour les indices
plaçants, alors que l’on peut penser qu’avec un indice élémentaires de niveau inférieur, à condition que les
direct, il sera moins utile d’employer les méthodes de che- différents produits élémentaires soient échantillonnés avec
vauchement pour traiter les observations manquantes. des probabilités proportionnelles aux dépenses. Quoique
9.44 Les méthodes de l’indice-chaîne et de l’indice peu utilisé, l’indice de Laspeyres géométrique présente des
direct donnent aussi des produits dérivés différents qui propriétés souhaitables d’un point de vue économique, et
peuvent être utilisés pour suivre les données sur les prix. nous reviendrons à nouveau sur ce point.
Pour chaque agrégat élémentaire, la méthode de l’indice-
chaîne donne la dernière variation de prix mensuelle, ce
qui peut être utile à la fois pour la vérification des Observations de prix manquantes
données et pour l’imputation des prix manquants. De la 9.47 Il se peut que le prix d’un produit élémentaire
même manière, toutefois, l’indice direct donne les ne soit pas relevé durant quelques périodes parce que le
niveaux de prix moyens pour chaque agrégat élémentaire produit manque temporairement ou a définitivement
dans chaque période, et cette information peut être un disparu. Ces deux classes de prix manquants appellent

191
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

un traitement différent. L’indisponibilité temporaire nouveau disponible dans une période ultérieure, la taille
peut s’expliquer par le caractère saisonnier de certains de l’échantillon ne soit pas réduite durant cette période.
produits (fruits, légumes et vêtements, en particulier), Selon l’homogénéité de l’agrégat élémentaire, il peut être
une pénurie de l’offre ou les difficultés rencontrées dans préférable dans certains cas de n’utiliser qu’un sous-
le relevé des prix (fermeture d’un point vente ou ensemble de l’agrégat élémentaire pour estimer le prix
maladie d’un enquêteur, par exemple). Le traitement des manquant. Il peut même s’agir parfois d’un seul produit
produits saisonniers soulève des problèmes spécifiques élémentaire comparable venant d’un type de point de
qui sont présentés au chapitre 22 et sur lesquels nous ne vente similaire et dont on peut s’attendre à voir le prix
nous étendrons pas davantage ici. varier de la même manière que le prix manquant.
9.48 Traitement des prix manquant temporairement. 9.52 Le tableau 9.2 illustre le calcul de l’indice de
Dans le cas où des observations portant sur des produits prix pour un agrégat élémentaire composé de trois
élémentaires non saisonniers manquent temporairement, produits élémentaires dont l’un des prix manque en mars.
quatre options sont possibles : La section a) du tableau 9.2 montre les indices où le prix
• omettre le produit élémentaire dont le prix manque, de manquant a été omis du calcul. Les indices directs sont
manière à maintenir un échantillon apparié (compa- donc calculés à partir des produits élémentaires A, B et C
rant des choses comparables), même si celui-ci se pour tous les mois sauf mars, où ils sont calculés à partir
trouve appauvri; des produits élémentaires B et C seulement. Les indices-
chaînes sont calculés à partir des trois prix de janvier à
• reporter le dernier prix observé; février et d’avril à mai. De février à mars et de mars à
• imputer le prix manquant en utilisant la variation avril, les indices mensuels sont calculés à partir des
moyenne des prix disponibles dans l’agrégat élémentaire; produits élémentaires B et C seulement.
9.53 Pour les indices de Dutot et de Jevons, les
• imputer le prix manquant en utilisant la variation du indices directs et les indices-chaînes diffèrent mainte-
prix d’un produit élémentaire comparable relevé au- nant à partir de mars. Le premier maillon de l’indice-
près d’un autre point de vente similaire. chaîne (janvier à février) est le même que l’indice direct,
9.49 Omettre une observation du calcul d’un indice de sorte que les deux indices sont numériquement
élémentaire équivaut à supposer que le prix aurait évolué identiques. L’indice direct pour mars ne tient pas compte
de la même manière que la moyenne des prix des pro- de la baisse du prix du produit élémentaire A entre
duits élémentaires qui restent inclus dans l’indice. Cette janvier et février, alors que cette baisse est prise en
omission modifie les pondérations implicites attachées considération dans l’indice-chaîne. En conséquence,
aux autres prix dans l’agrégat élémentaire. l’indice direct est plus élevé que l’indice-chaîne pour
9.50 Reporter la dernière observation de prix est mars. En revanche, en avril et en mai, lorsque tous les
une opération à éviter dans la mesure du possible, car prix sont à nouveau disponibles, l’indice direct saisit
elle n’est acceptable que pour un nombre de périodes l’évolution des prix, alors que l’indice-chaîne ne réussit
très limité. Il faut faire particulièrement attention dans pas à les suivre.
les périodes de forte inflation ou d’évolution rapide des 9.54 À la section b) du tableau 9.2, le prix man-
marchés due à un rythme élevé d’innovation et de quant du produit élémentaire A en mars est imputé en
renouvellement des produits. Bien qu’il soit facile à utilisant la variation moyenne des prix des autres
opérer, le report des derniers prix observés biaise produits élémentaires de février à mars. L’indice peut
l’indice qui en résulte vers une variation nulle. En outre, être calculé comme un indice direct, en comparant les
il y aura probablement un saut compensateur dans prix de la période en cours aux prix de la période de
l’indice lorsque le prix du produit élémentaire manquant référence, mais l’imputation des prix manquants devrait
sera enregistré à nouveau, et celui-ci sera oublié à tort se faire à partir de la variation moyenne des prix de la
par un indice-chaîne, mais inclus dans un indice direct période précédente à la période en cours, comme dans le
pour ramener l’indice à sa valeur réelle. L’effet négatif tableau. L’imputation sur la base de la variation
sur l’indice sera de plus en plus prononcé si le produit moyenne des prix de la période de référence à la période
élémentaire reste sans prix pendant une période en cours ne devrait pas être utilisée, car elle ne tient pas
prolongée. En général, le report n’est ni une procédure compte des informations sur la variation du prix du
acceptable ni une solution au problème. produit élémentaire manquant qui a déjà été incluse
9.51 On peut imputer le prix manquant en utilisant la dans l’indice. Le traitement des imputations est examiné
variation moyenne des prix disponibles dans le cas plus en détail au chapitre 7.
d’agrégats élémentaires lorsque l’on peut s’attendre à ce 9.55 Traitement des produits élémentaires disparus
que leurs prix évoluent dans la même direction. de façon permanente et des produits remplaçants. Les
L’imputation peut se faire en utilisant tous les autres prix produits élémentaires peuvent disparaître de façon
de l’agrégat élémentaire. Comme nous l’avons déjà noté, permanente pour diverses raisons. Leur disparition du
cela revient numériquement à omettre le produit marché peut être due au fait que de nouveaux produits
élémentaire pour la période courante, mais il est utile de sont apparus ou que des points de vente dans lesquels
procéder à l’imputation de façon à ce que, si le prix est à les prix étaient collectés ont cessé de commercialiser ces

192
LE CALCUL DES INDICES DE PRIX À LA CONSOMMATION DANS LA PRATIQUE

Tableau 9.2 Imputation des prix manquant temporairement


Janvier Février Mars Avril Mai

Prix
Produit A 6,00 5,00 7,00 6,60
Produit B 7,00 8,00 9,00 8,00 7,70
Produit C 2,00 3,00 4,00 3,00 2,20
a) Omission du produit manquant du calcul de l’indice
Indice de Carli — Moyenne arithmétique des rapports de prix
Indice direct 100,00 115,87 164,29 126,98 110,00
Indice de Dutot — Rapport des moyennes arithmétiques des prix
Indice mensuel mobile 100,00 106,67 118,18 84,62 91,67
Indice-chaîne mensuel mobile 100,00 106,67 126,06 106,67 97,78
Indice direct 100,00 106,67 144,44 120,00 110,00
Indice de Jevons — Rapport des moyennes arithmétiques des prix
= moyenne géométrique des rapports de prix
Indice mensuel mobile 100,00 112,62 122,47 81,65 87,31
Indice-chaîne mensuel mobile 100,00 112,62 137,94 112,62 98,33
Indice direct 100,00 112,62 160,36 125,99 110,00
b) Imputation
Indice de Carli — Moyenne arithmétique des rapports de prix
Prix imputé pour le produit A en mars : 5 x (9/8 + 4/3)/2 = 6,15
Indice direct 100,00 115,87 143,67 126,98 110,00
Indice de Dutot — Rapport des moyennes arithmétiques des prix
Prix imputé pour le produit A en mars : 5 x ((9 + 4)/(8 + 3)) = 5,91
Indice mensuel mobile 100,00 106,67 118,18 95,19 91,67
Indice-chaîne mensuel mobile 100,00 106,67 126,06 120,00 110,00
Indice direct 100,00 106,67 126,06 120,00 110,00
Indice de Jevons — Rapport des moyennes arithmétiques des prix
= moyenne géométrique des rapports de prix
Prix imputé pour le produit A en mars : 5 x (9/8) x (4/3)0,5 = 6,12
Indice mensuel mobile 100,00 112,62 122,47 91,34 87,31
Indice-chaîne mensuel mobile 100,00 112,62 137,94 125,99 110,00
Indice direct 100,00 112,62 137,94 125,99 110,00

produits. Lorsque cette disparition est permanente, un 9.57 Le tableau 9.3 donne un exemple dans lequel
produit remplaçant doit être échantillonné et inclus dans le produit élémentaire A disparaît après mars et le
l’indice. Dans l’idéal, ce produit remplaçant devrait produit élémentaire D est inclus à titre de produit
représenter une proportion significative des ventes, remplaçant à partir d’avril. Les produits élémentaires A
avoir de bonnes chances de continuer à se vendre et D ne sont pas disponibles sur le marché au même
pendant quelque temps encore et être représentatif des moment et leurs séries de prix ne se chevauchent pas.
variations des prix échantillonnés du marché que 9.58 Pour inclure le nouveau produit élémentaire
l’ancien produit couvrait. dans l’indice à partir d’avril, un prix imputé doit être
9.56 Le choix du moment d’introduction des calculé soit pour la période de référence (janvier) si l’on
produits remplaçants est important. Beaucoup de calcule un indice direct, soit de la période précédente
nouveaux produits sont d’abord vendus à des prix (mars) si l’on calcule un indice-chaîne. Dans les deux
élevés qui sont ensuite abaissés peu à peu, à mesure cas, la méthode de l’imputation assure que l’inclusion
notamment que le volume des ventes augmente. du nouveau produit élémentaire n’influe pas, en soi, sur
Inversement, certains produits peuvent être introduits à l’indice. Dans le cas d’un indice-chaîne, imputer le prix
des prix artificiellement bas pour stimuler la demande. manquant en utilisant la variation moyenne des prix
Dans ce cas, retarder l’introduction d’un nouveau disponibles donne le même résultat que la simple
produit ou d’un produit remplaçant jusqu’à ce que le omission du produit élémentaire du calcul de l’indice
volume de ventes prenne de l’importance, c’est risquer jusqu’à ce que son prix ait été établi pour deux périodes
de manquer des variations de prix systématiques qui successives. Cela permet de calculer l’indice-chaîne en
devraient être saisies par l’IPC. Il est souhaitable raccordant simplement l’indice mensuel mobile entre
d’éviter les remplacements forcés qui s’imposent quand les périodes t – 1 et t, sur la base de l’ensemble apparié
des produits élémentaires disparaissent complètement des prix de ces deux périodes, à la valeur de l’indice-
du marché en essayant d’introduire des produits rem- chaîne pour la période t – 1. Dans l’exemple, il n’est pas
plaçants lorsque les ventes des produits auxquels ils nécessaire de procéder à une nouvelle imputation après
vont se substituer chutent, sans attendre qu’elles cessent avril, et la variation de l’indice n’est pas influencée par
tout à fait. celle du prix imputé entre mars et avril.

193
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

Tableau 9.3 Disparition et remplacement de produits, sans chevauchement


Janvier Février Mars Avril Mai

Prix
Produit A 6,00 7,00 5,00
Produit B 3,00 2,00 4,00 5,00 6,00
Produit C 7,00 8,00 9,00 10,00 9,00
Produit D 9,00 8,00
a) Imputation
Indice de Carli — Moyenne arithmétique des rapports de prix
Prix imputé pour le produit D en janvier : 9/((5/3 + 10/7) x 0,5) = 5,82
Indice direct 100,00 99,21 115,08 154,76 155,38
Indice de Dutot — Rapport des moyennes arithmétiques des prix
Prix imputé pour le produit D en mars : 9/((5 + 10)/(4 + 9)) = 7,80
Indice mensuel mobile 100,00 106,25 105,88 115,38 95,83
Indice-chaîne mensuel mobile 100,00 106,25 112,50 129,81 124,40
Prix imputé pour le produit D en janvier : 9/((5 + 10)/(3 + 7)) = 6,00
Indice direct 100,00 106,25 112,50 150,00 143,75
Indice de Jevons — Rapport des moyennes arithmétiques des prix
= moyenne géométrique des rapports de prix
Prix imputé pour le produit D en mars : 9/((5/4 x 10/9)0,5) = 7,64
Indice mensuel mobile 100,00 96,15 117,13 117,85 98,65
Indice-chaîne mensuel mobile 100,00 96,15 112,62 132,73 130,94
Prix imputé pour le produit D en janvier : 9/((5/3 x 10/7)0,5) = 5,83
Indice direct 100,00 96,15 112,62 154,30 152,22
b) Omission des prix manquants
Indice de Dutot — Rapport des moyennes arithmétiques des prix
Indice mensuel mobile 100,00 106,25 105,88 115,38 95,83
Indice-chaîne mensuel mobile 100,00 106,25 112,50 129,81 124,40
Indice de Jevons — Rapport des moyennes arithmétiques des prix
= moyenne géométrique des rapports de prix
Indice mensuel 100,00 96,15 117,13 117,85 98,65
Indice-chaîne mensuel mobile 100,00 96,15 112,62 132,73 130,94

9.59 Dans le cas d’un indice direct, cependant, il est examinée au chapitre 7, et la méthode du chevauche-
faut toujours imputer un prix pour la période de ment est illustrée au tableau 9.4.
référence lorsque l’on inclut un nouveau produit 9.61 Dans l’exemple donné au tableau 9.4, les
élémentaire. Dans l’exemple, le prix du nouveau produit chevauchements de prix sont obtenus pour les produits
élémentaire pour chaque mois après avril doit encore élémentaires A et D en mars. Leurs prix relatifs laissent
être comparé au prix imputé pour janvier. Comme nous penser qu’une unité du produit élémentaire D vaut deux
l’avons déjà noté, l’approche directe ne devrait être unités du produit élémentaire A. Si l’indice est calculé
utilisée que pendant une période limitée, afin d’éviter de comme un indice de Carli direct, le prix du produit élé-
créer une situation dans laquelle la plupart des prix de la mentaire D pour la période de référence de janvier peut
période de référence seraient finalement imputés. être imputé en divisant le prix du produit élémentaire A
9.60 La situation est un peu plus simple quand il en janvier par le rapport de prix des produits élémen-
existe un mois de chevauchement durant lequel on taires A et D en mars.
recueille à la fois le prix du produit élémentaire qui dis- 9.62 Un indice-chaîne mensuel de moyennes
paraît et celui du produit remplaçant. Dans ce cas, il est arithmétiques de prix reposera sur les prix des produits
possible de raccorder la série de prix pour le nouveau élémentaires A, B et C jusqu’à mars, et sur les prix des
produit élémentaire à la série de prix pour l’ancien produits élémentaires B, C et D à partir d’avril. Le
produit qu’il remplace. Le chaînage avec chevauche- produit remplaçant n’est pas inclus jusqu’à ce que l’on
ment des prix exige que l’on procède à un ajustement dispose des prix pour deux périodes successives.
implicite pour tenir compte de la différence de qualité L’indice-chaîne mensuel a donc un avantage : il n’est pas
entre les deux produits élémentaires, puisqu’il pose en nécessaire de procéder à l’imputation explicite d’un prix
hypothèse que les prix relatifs du nouveau et de l’ancien de référence pour le nouveau produit élémentaire.
produits reflètent leurs qualités relatives. L’hypothèse 9.63 Si un indice direct est calculé comme le rapport
peut être recevable sur des marchés parfaits ou quasi des moyennes arithmétiques des prix, le prix du nouveau
parfaits, mais risque de ne pas être aussi raisonnable produit élémentaire doit être ajusté par le rapport des prix
pour certains marchés et produits. La question du des produits élémentaires A et D en mars pour chacun des
moment auquel recourir aux chevauchements des prix mois suivants, ce qui complique le calcul. On peut aussi

194
LE CALCUL DES INDICES DE PRIX À LA CONSOMMATION DANS LA PRATIQUE

Tableau 9.4 Disparition et remplacement de produits avec chevauchement des prix


Janvier Février Mars Avril Mai

Prix
Produit A 6,00 7,00 5,00
Produit B 3,00 2,00 4,00 5,00 6,00
Produit C 7,00 8,00 9,00 10,00 9,00
Produit D 10,00 9,00 8,00
Indice de Carli — Moyenne arithmétique des rapports de prix
Prix imputé pour le produit D en janvier : 6/(5/10) = 12,00
Indice direct 100,00 99,21 115,08 128,17 131,75
Indice de Dutot — Rapport des moyennes arithmétiques des prix
Chaîner les indices mensuels sur la base des prix appariés
Indice mensuel mobile 100,00 106,25 105,88 104,35 95,83
Indice-chaîne mensuel mobile 100,00 106,25 112,50 117,39 112,50
Diviser le prix du produit D en avril et mai par 10/5 = 2
et utiliser le prix du produit A en janvier comme prix de référence
Indice direct 100,00 106,25 112,50 121,88 118,75
Prix imputé pour le produit D en janvier : 6/(5/10) = 12,00
Indice direct 100,00 106,25 112,50 109,09 104,55
Indice de Jevons — Rapport des moyennes arithmétiques des prix
= moyenne géométrique des rapports de prix
Chaîner les indices mensuels sur la base des prix appariés
Indice mensuel mobile 100,00 96,15 117,13 107,72 98,65
Indice-chaîne mensuel mobile 100,00 96,15 112,62 121,32 119,68
Diviser le prix du produit D en avril et mai par 10/5 = 2
et utiliser le prix du produit A en janvier comme prix de référence
Indice direct 100,00 96,15 112,62 121,32 119,68
Prix imputé pour le produit D en janvier : 6/(5/10) = 12,00
Indice direct 100,00 96,15 112,62 121,32 119,68

imputer un prix de la période de référence du produit


élémentaire D pour janvier. Cette opération débouche
toutefois sur un indice différent, car les rapports de prix (9.4)
sont implicitement pondérés par les prix relatifs de la
période de référence dans l’indice de Dutot, ce qui n’est
pas le cas pour les indices de Carli ou de Jevons. Pour où les pondérations, wi0, sont les parts de dépenses pour
l’indice de Jevons, les trois méthodes donnent toutes le chaque produit élémentaire dans la période de réfé-
même résultat, ce qui est un avantage supplémentaire de rence. Si toutes les pondérations étaient égales, la
cette approche. formule (9.4) se réduirait à l’indice de Carli; si toutes
les pondérations étaient proportionnelles aux prix dans
Autres formules d’indices la période de référence, la formule (9.4) se réduirait à
l’indice de Dutot.
d’agrégat élémentaire 9.66 La version géométrique de l’indice de Laspeyres
9.64 D’autres formules d’indices d’agrégat élé- se définit comme suit :
mentaire ont été proposées. Les principales sont
présentées ci-après et examinées plus en détail au
chapitre 20. (9.5)
9.65 Indice de Laspeyres et indice de Laspeyres
géométrique. Les indices de Carli, Dutot et Jevons sont
tous calculés sans recourir aux pondérations explicites.
Cependant, comme nous l’avons déjà indiqué, il est des où les pondérations, wi0, sont à nouveau les parts de
cas dans lesquels des informations sur les pondérations dépenses dans la période de référence. Lorsque les
pourraient être exploitées dans le calcul des indices pondérations sont toutes égales, la formule (9.5) se
d’agrégat élémentaire. Si les dépenses de la période de réduit à l’indice de Jevons.
référence pour tous les produits d’un agrégat élémen- 9.67 Autres formules d’indice. La moyenne harmo-
taire, ou les estimations de celles-ci, étaient disponibles, nique est un autre type de moyenne largement utilisé.
l’indice d’agrégat élémentaire pourrait être calculé lui- Dans notre contexte, deux versions en sont possibles : la
même sous forme d’indice de Laspeyres pour les prix moyenne harmonique des rapports de prix ou le rapport
ou d’indice de Laspeyres géométrique. L’indice de des moyennes harmoniques de prix. La moyenne harmo-
Laspeyres pour les prix est défini comme suit : nique des rapports de prix est définie comme suit :

195
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

9.69 Ces dernières années, l’attention s’est concen-


trée sur les formules permettant de prendre en compte la
(9.6) substitution qui peut s’opérer au sein d’un agrégat
élémentaire. Comme nous l’avons déjà expliqué, on peut
s’attendre à ce que les indices de Carli et de Jevons
Le rapport des moyennes harmoniques de prix est défini donnent une approximation de l’indice du coût de la vie
comme suit : si les élasticités de substitution croisées sont en moyenne
proches de 0 et de 1, respectivement. L’indice de Lloyd–
Moulton (LM) non pondéré est une formule plus souple
qui autorise différentes élasticités de substitution :
(9.7)

(9.9)
La formule (9.7), comme l’indice de Dutot, ne satisfait
pas au test de commensurabilité et ne constitue une
option acceptable que lorsque les produits élémentaires où σ est l’élasticité de substitution. Les indices de Carli
sont relativement homogènes. Aucune des deux for- et de Jevons peuvent être considérés comme des cas
mules ne semble très utilisée dans la pratique, peut-être spéciaux de l’indice de LM dans lesquels σ = 0 et σ = 1.
parce que la moyenne harmonique n’est pas un concept L’avantage de la formule de LM est que σ n’est soumis
très connu et ne serait pas facile à expliquer aux utili- à aucune restriction. À condition qu’une estimation
sateurs. Quoi qu’il en soit, au niveau agrégé, l’indice de satisfaisante de σ puisse être obtenue, l’indice d’agrégat
Paasche, très utilisé quant à lui, est une moyenne harmo- élémentaire qui en résulte donnera probablement une
nique pondérée. approximation de l’indice du coût de la vie. L’indice de
9.68 Les trois types communs de moyennes sont LM réduit le «biais de substitution» lorsque l’objectif
toujours classées dans le même ordre, à savoir arithmé- est d’estimer l’indice du coût de la vie. La difficulté
tique ≥ géométrique ≥ harmonique. Le chapitre 20 vient de ce qu’il est nécessaire d’estimer les élasticités
montre que, dans la pratique, l’indice de Carli (moyenne de substitution, tâche qui demande une mise au point et
arithmétique des rapports de prix) dépassera pro- un suivi considérables. La formule est décrite plus en
bablement l’indice de Jevons (moyenne géométrique) détail au chapitre 17.
d’un montant à peu près équivalent à celui par lequel
l’indice de Jevons dépasse la moyenne harmonique
donnée par la formule (9.6). La moyenne harmonique Indices de valeur unitaire
des rapports de prix présente les mêmes types de 9.70 L’indice de valeur unitaire est simple dans sa
propriétés axiomatiques que l’indice de Carli, mais avec forme. La valeur unitaire à chaque période est calculée en
des tendances et des biais opposés. Elle ne satisfait pas divisant les dépenses totales consacrées à un produit
aux tests de transitivité, de réversibilité temporelle et de donné par les quantités totales correspondantes. Il est bien
bouncing des prix. Comme elle peut être considérée évident que ces quantités doivent être strictement
conceptuellement comme le complément, ou l’image additives au sens économique, ce qui suppose qu’elles se
approximative, de l’indice de Carli, certains ont soutenu rapportent à un seul produit homogène. L’indice de valeur
que l’on pourrait obtenir un indice élémentaire approprié unitaire est alors défini comme le rapport des valeurs
en faisant la moyenne géométrique des deux, de la même unitaires dans la période en cours à celles enregistrées
manière que l’on prend, à un niveau agrégé, la moyenne dans la période de référence. Ce n’est pas un indice de
géométrique des indices de Laspeyres et de Paasche pour prix au sens où on l’entend normalement, car il s’agit
obtenir l’indice de Fisher. Un tel indice a été proposé essentiellement d’une mesure de la variation du prix
par Carruthers, Sellwood et Ward (1980) ainsi que par moyen d’un seul produit lorsque celui-ci est vendu à des
Dalén (1992) : prix différents à différents consommateurs, peut-être à
différents moments d’une même période. Les valeurs
unitaires et indices de valeur unitaire ne devraient pas être
(9.8)
calculés pour des ensembles de produits hétérogènes.
9.71 Les valeurs unitaires jouent un rôle important
Il apparaît au chapitre 20 que les propriétés axioma- dans le processus de calcul des indices d’agrégat élémen-
tiques de ICSWD sont excellentes, même si elles ne sont taire, car elles constituent les prix moyens qu’il convient
pas aussi bonnes que celles de l’indice de Jevons, qui est de retenir dans de tels indices. D’ordinaire, les prix sont
transitif alors que ICSWD ne l’est pas. On peut démontrer, échantillonnés à un moment donné ou à une période
toutefois, que ICSWD est approximativement transitif, et donnée de chaque mois, et chaque prix est supposé être
il a été observé de façon empirique qu’il est très proche représentatif du prix moyen du produit élémentaire en
de l’indice de Jevons. question à cette période. Cette hypothèse n’est pas

196
LE CALCUL DES INDICES DE PRIX À LA CONSOMMATION DANS LA PRATIQUE

forcément valable dans la pratique. Il faut alors estimer la méthodologie doit donc être suivie de près, à la lumière
valeur unitaire de chaque produit élémentaire, même si des ressources disponibles.
cela doit inévitablement être plus coûteux. Une fois
spécifié le produit élémentaire dont le prix sera suivi dans
un point de vente donné, il faudrait donc recueillir des
Calcul des indices
informations sur la valeur des ventes totales pour un mois de niveau supérieur
donné et les quantités totales vendues afin de calculer la 9.74 Les offices de statistique doivent se fixer pour
valeur unitaire à utiliser comme prix dans la formule objectif un indice cible donné. Il leur faut considérer quel
d’agrégat élémentaire. Il est particulièrement important est le type d’indice qu’ils choisiraient d’utiliser pour
de le faire si le produit élémentaire est vendu en promo- leurs calculs dans une situation hypothétique idéale où ils
tion durant une partie de la période considérée, et au prix disposeraient d’informations complètes sur les prix et
ordinaire pour le reste de la période. Dans ces conditions, quantités pour les deux périodes comparées. Si l’IPC doit
ni le prix soldé ni le prix ordinaire ne sont probablement être un indice du coût de la vie, alors un indice superlatif
représentatifs du prix moyen auquel le produit élémen- tel que ceux de Fisher, Walsh ou Törnqvist–Theil devrait
taire a été vendu ou de la variation de prix entre les servir de cible théorique, puisque l’on peut s’attendre à
périodes. C’est la valeur unitaire sur l’ensemble du mois ce qu’un indice superlatif donne une approximation de
qu’il convient d’utiliser. Maintenant qu’il est possible de l’indice du coût de la vie.
recueillir de plus en plus de données à partir des points de 9.75 De nombreux pays ne cherchent pas à calculer
vente électroniques, ces procédures pourraient connaître un indice du coût de la vie et préfèrent le concept d’indice
un succès grandissant. Il faut cependant souligner que les de panier-type. L’indice de panier-type mesure la variation
spécifications du produit élémentaire doivent rester les de la valeur totale d’un panier de biens et services donné
mêmes dans le temps. Les modifications de ces spécifi- entre deux périodes. Cette catégorie générale d’indices est
cations pourraient conduire à des variations de valeur décrite ici comme indice de Lowe (voir chapitres 1 et 15).
unitaire reflétant des changements de quantité ou de La signification de l’indice de Lowe est claire et peut être
qualité, et ne devraient donc pas être incluses dans les aisément expliquée aux utilisateurs, ce qui est important
variations de prix. pour de nombreux offices de statistique. On notera qu’il
n’est pas nécessaire, en général, que le panier-type soit le
Formules applicables aux données panier effectivement utilisé dans l’une ou l’autre des deux
obtenues par lecture électronique périodes comparées. Si l’on prévoit que l’indice cible
théorique sera un indice de panier-type ou un indice de
9.72 Les données recueillies aux points de vente Lowe, la préférence pourrait aller à un indice attachant
équipés d’enregistreuses électroniques deviennent une une importance égale aux paniers des deux périodes :
source de plus en plus importante d’informations utiles celui de Walsh, par exemple. Les quantités qui constituent
pour l’établissement des IPC. Leur principal avantage est le panier dans l’indice de Walsh sont les moyennes
que l’on peut ainsi augmenter énormément le nombre géométriques des quantités dans les deux périodes. Le
d’observations sur les prix et que ces informations sur les même type d’indice peut donc être choisi comme cible
prix et les quantités sont disponibles en temps réel. Cela théorique dans l’approche du panier-type et dans celle du
dit, de nombreuses considérations pratiques doivent être coût de la vie. Concrètement, un office de statistique peut
prises en compte et seront évoquées dans d’autres préférer choisir comme cible l’indice de panier-type qui
chapitres du manuel. repose sur le panier effectivement utilisé dans la première
9.73 L’accès à des informations précises et com- des deux périodes, pour des raisons de simplicité et de
plètes sur les quantités et dépenses afférentes à un commodité. En d’autres termes, l’indice de Laspeyres
agrégat élémentaire suppose l’absence de contraintes peut être l’indice cible.
quant au type d’indice susceptible d’être utilisé. On peut 9.76 L’indice cible théorique est affaire de choix.
envisager l’emploi non seulement des indices de Dans la pratique, il s’agira probablement d’un indice de
Laspeyres et de Paasche, mais aussi des indices Laspeyres ou d’un indice superlatif. Même si l’indice
superlatifs de Fisher et de Törnqvist. Comme nous cible est l’indice de Laspeyres, il peut y avoir un décalage
l’avons déjà noté au début de ce chapitre, il est préférable considérable entre ce qui est effectivement calculé et ce
d’intégrer les informations relatives aux pondérations à que l’office de statistique considère comme sa cible. Le
mesure qu’elles deviennent disponibles que de continuer moment est venu d’examiner ce que les offices de
à s’en remettre à de simples indices non pondérés, tels statistique tendent à faire dans la pratique.
que les indices de Carli et de Jevons. Les progrès
technologiques, que ce soit dans les points de vente au
détail eux-mêmes ou dans les moyens de calcul dont
Les indices de prix à la consommation
disposent les offices de statistique, laissent penser que les en tant que moyennes pondérées
indices d’agrégat élémentaire traditionnels finiront par d’indices d’agrégat élémentaire
être remplacés par des indices superlatifs, au moins pour 9.77 Un indice de niveau supérieur est un indice
certains agrégats élémentaires dans certains pays. La applicable à certains agrégats de dépenses de niveau

197
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

supérieur à l’agrégat élémentaire, y compris l’IPC lui- • La période de référence des prix, qui est la période
même. Les éléments suivants entrent dans le calcul des pour laquelle les prix sont utilisés comme dénomina-
indices de niveau supérieur : teurs dans le calcul de l’indice.
• les indices d’agrégat élémentaire; • La période de référence des indices, qui est la période
• les pondérations calculées à partir des valeurs des pour laquelle les indices sont fixés à 100.
agrégats élémentaires d’une ou plusieurs années 9.82 Les trois périodes sont en général différentes.
antérieures. Ainsi, un IPC peut avoir 1998 comme année de réfé-
9.78 Les indices de niveau supérieur sont calculés rence des pondérations, décembre 2002 comme mois de
simplement sous forme de moyennes arithmétiques référence des prix et 2000 comme période de référence
pondérées d’indices d’agrégat élémentaire. Cette catégo- des indices. Les pondérations se réfèrent le plus souvent
rie générale d’indice est appelée ici indice de Young, à une année pleine, voir à deux ou trois ans, alors que
d’après un autre pionnier des indices qui, au XIXe siècle, les périodes pour lesquelles les prix sont comparés sont
avait prôné l’utilisation de ce type d’indice. en général des mois ou des trimestres. Les pondérations
9.79 Les pondérations restent d’ordinaire fixées sont estimées le plus souvent sur la base d’une enquête
pour une séquence d’au moins douze mois. Si certains sur le budget des ménages conduite quelque temps avant
pays révisent leurs pondérations au début de chaque la période de référence des prix. De ce fait, la période de
année afin de se rapprocher autant que possible des référence des pondérations et la période de référence
schémas de consommation courants, nombreux sont des prix sont toujours des périodes distinctes dans
ceux qui continuent d’utiliser les mêmes pondérations la pratique.
plusieurs années durant. Celles-ci ne sont parfois 9.83 La période de référence des indices est souvent
modifiées que tous les cinq ans environ. L’utilisation une année, mais elle peut être un mois ou de toute autre
de pondérations fixes présente un gros avantage sur le période. La période de référence d’un indice peut aussi
plan pratique, puisque l’indice utilise à maintes être changée pour une autre période en divisant sim-
reprises les mêmes pondérations. Cela économise à la plement la série des valeurs de l’indice par la valeur de
fois du temps et de l’argent. La révision des pondé- l’indice dans la nouvelle période, sans modifier les taux de
rations peut être en effet une entreprise coûteuse et de variation. L’expression «période de base» peut s’appliquer
longue haleine, en particulier si elle suppose que l’on à n’importe laquelle des trois périodes de référence. Elle
procède à de nouvelles enquêtes sur les dépenses est donc ambiguë et ne doit être utilisée que si le contexte
des ménages. auquel il est fait référence est parfaitement clair.
9.80 La seconde étape du calcul d’un IPC n’im- 9.84 À condition que les indices d’agrégat élémen-
plique pas des prix ou des quantités donnés. L’indice de taire soient calculés en utilisant une formule transitive
niveau supérieur est un indice de Young dans lequel on telle qu’un indice de Jevons ou de Dutot, mais pas un
établit une moyenne des indices d’agrégat élémentaire indice de Carli, et qu’il n’y ait ni apparition de nouveau
en utilisant un ensemble de pondérations prédétermi- produit ni disparition de produit existant entre la période
nées. La formule peut s’écrire ainsi : 0 et la période t, l’équation (9.10) est équivalente à :

(9.10) (9.11)

Cette version de l’indice a pour avantage de permettre


où I 0:t représente l’IPC global (ou tout indice de niveau
aux produits échantillonnés au sein de l’indice d’agré-
supérieur) de la période 0 à la période t, wib la pondération
gat élémentaire de la période t – 1 à la période t de
attachée à chacun des indices d’agrégat élémentaire, et Ii0:t
différer des produits échantillonnés de la période 0 à la
l’indice d’agrégat élémentaire correspondant. Les indices
période t – 1. Elle permet par conséquent de raccorder
élémentaires sont identifiés par l’indice i, dont les indices
les produits remplaçants et les nouveaux produits
de niveau supérieur sont dépourvus. Ainsi que nous l’avons
élémentaires dans l’indice à partir de la période t – 1
déjà noté, tout indice — y compris l’IPC global —
sans qu’il soit nécessaire d’estimer un prix pour la
supérieur au niveau d’agrégat élémentaire est un indice de
période 0. Par exemple, si l’un des produits élémen-
niveau supérieur. Les pondérations sont calculées à partir
taires échantillonnés aux périodes 0 et t – 1 n’est plus
des dépenses durant la période b, qui dans la pratique doit
disponible à la période t, et si le prix d’un produit
précéder 0, période de référence pour les prix.
remplaçant est disponible pour t – 1 à t, le nouveau
9.81 Il est bon de rappeler que trois types de
produit remplaçant peut être inclus dans l’indice en
période de référence peuvent être distingués quand on
utilisant la méthode du chevauchement.
établit l’IPC :
• La période de référence des pondérations, qui est la
période couverte par les statistiques de dépenses utili- Exemple numérique
sées pour calculer les pondérations. D’ordinaire, cette 9.85 L’équation (9.10) s’applique à chaque niveau
période est d’un an. d’agrégation. L’indice est additif, c’est-à-dire que l’indice

198
LE CALCUL DES INDICES DE PRIX À LA CONSOMMATION DANS LA PRATIQUE

global reste le même qu’il soit calculé sur la base des à jour afin de refléter les effets des variations de prix
indices d’agrégat élémentaire initiaux ou des indices de survenues depuis janvier.
niveau supérieur intermédiaires. Cela facilite la présen-
tation de l’indice. Indices de Young et de Lowe
9.86 Le tableau 9.5 illustre le calcul des indices de
niveau supérieur dans le cas particulier où la période de 9.87 Il est utile de préciser la relation entre les
référence des pondérations et la période de référence des indices de Lowe et de Young. Comme nous l’avons déjà
prix sont identiques, c’est-à-dire lorsque b = 0. L’indice noté, lorsque les offices de statistique expliquent leur
consiste en cinq indices d’agrégat élémentaire et deux IPC aux utilisateurs, ils le décrivent souvent comme un
indices de niveau supérieur intermédiaires, G et H. indice de Lowe mesurant la variation au cours du temps
L’indice global et les indices de niveau supérieur sont tous de la valeur d’un panier-type de biens et services. Mais
calculés en utilisant l’équation (9.10). L’indice global lorsqu’ils calculent leur IPC, la formule qu’utilisent en
pour avril peut ainsi être calculé , par exemple, à partir de fait les offices de statistique est celle d’un indice de
deux indices de niveau supérieur intermédiaires pour avril, Young. La relation entre les deux indices est donnée
selon la formule : dans l’équation (9.13), où ILo est l’indice de Lowe et IYo
l’indice de Young :
IJanv. : avr = 0,6 × 103,92 + 0,4 × 101,79 = 103,06

ou directement à partir des cinq indices d’agrégat élé-


mentaire, selon la formule :

IJanv. : avr = 0,2 × 108,75 + 0,25 × 100 + 0,15 × 104 + 0,1


× 107,14 + 0,3 × 100 = 103,06
(9.13)
On notera que l’équation (9.11) donne :
Les valeurs qjb, c’est-à-dire les différentes quantités uti-
lisées dans la période de référence des pondérations b,
constituent le panier-type. On suppose dans un premier
(9.12) temps que la période de référence des pondérations b a la
même durée que les deux périodes 0 et t sur lesquelles
porte la comparaison. La relation (9.13) permet de
Cela montre que si l’on calcule la moyenne des indices voir que :
mensuels mobiles en utilisant les pondérations fixes
wib, l’indice qui en résulte n’est pas égal à l’indice • l’indice de Lowe est égal à un indice de Young dans
mensuel mobile de niveau supérieur. Comme il est lequel les pondérations sont des parts de valeur hybrides
expliqué plus loin, pour obtenir l’indice mensuel obtenues en réévaluant les valeurs qb, quantités utilisées
mobile de niveau supérieur, les pondérations appli- dans la période de référence des pondérations b, aux
quées aux indices mensuels mobiles doivent être mises prix du mois de référence des prix 0;

Tableau 9.5 Agrégation des indices d’agrégat élémentaire


Pondération Janvier Février Mars Avril Mai Juin

Indices d’agrégat élémentaire mensuels mobiles


A 0,20 100,00 102,50 104,88 101,16 101,15 100,00
B 0,25 100,00 100,00 91,67 109,09 101,67 108,20
C 0,15 100,00 104,00 96,15 104,00 101,92 103,77
D 0,10 100,00 92,86 107,69 107,14 100,00 102,67
E 0,30 100,00 101,67 100,00 98,36 103,33 106,45
Indices d’agrégat élémentaire mensuels directs ou en chaîne, base janvier = 100
A 0,20 100,00 102,50 107,50 108,75 110,00 110,00
B 0,25 100,00 100,00 91,67 100,00 101,67 110,00
C 0,15 100,00 104,00 100,00 104,00 106,00 110,00
D 0,10 100,00 92,86 100,00 107,14 107,14 110,00
E 0,30 100,00 101,67 101,67 100,00 103,33 110,00
Total 100,00 100,89 99,92 103,06 105,03 110,00
Indices de niveau supérieur
G=A+B+C 0,60 100,00 101,83 99,03 103,92 105,53 110,00
H=D+E 0,40 100,00 99,46 101,25 101,79 104,29 110,00
Total 100,00 100,89 99,92 103,06 105,03 110,00

199
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

• l’indice de Lowe peut être exprimé comme le rapport Calcul de la variation


de deux indices de Laspeyres pour les périodes t et 0, de l’indice de Young
respectivement, en prenant pour base le mois b;
9.92 Il est possible de calculer la variation d’un
• l’indice de Lowe se réduit à un indice de Laspeyres indice de Young de niveau supérieur entre deux périodes
lorsque b = 0, et à un indice de Paasche lorsque b = t. consécutives, t – 1 et t par exemple, sous forme de
9.88 Dans la pratique, la situation est plus complexe moyenne pondérée des différents indices de prix entre
pour les IPC effectivement utilisés, car la période de réfé- t – 1 et t, pour autant que les pondérations soient mises à
rence b est en général beaucoup plus longue que les jour afin de prendre en compte les variations de prix
périodes 0 et t. Les pondérations wj se réfèrent d’ordinaire survenues entre la période de référence des prix 0 et la
aux dépenses sur une période d’un an ou plus, alors que la période précédente, t – 1. Cela permet de réécrire la
période de référence des prix est en général d’un mois formule (9.10) sous forme du produit de deux indices,
d’une année ultérieure. Par exemple, un indice mensuel de la façon suivante :
peut être établi à partir de janvier 2003 en prenant
décembre 2002 comme mois de référence des prix, mais
les dernières pondérations disponibles durant l’année 2003
peuvent se référer à 2000, voire à une année antérieure.
(9.14)
9.89 Sur le plan théorique, un IPC type peut être
considéré comme un indice de Lowe qui mesure la
variation, d’un mois sur l’autre, du coût total d’un I 0:t–1 est l’indice de Young pour la période t – 1. La pon-
panier-type annuel de biens et services pouvant être dération wib(t – 1) est la pondération initiale de l’agrégat
antérieur de plusieurs années à la période de référence élémentaire i actualisée par les prix en la multipliant par
des prix. Étant donné qu’il utilise le panier-type d’une l’indice d’agrégat élémentaire pour i entre 0 et t – 1, les
période antérieure, il est parfois qualifié de façon pondérations ajustées étant remises à l’échelle de façon à
abusive d’«indice de type Laspeyres», mais cela n’est ce que leur somme soit égale à l’unité. Les pondérations
pas justifié. Pour qu’il puisse être un authentique indice actualisées par les prix sont des pondérations hybrides,
de Laspeyres, il faudrait que le panier-type soit celui car elles réévaluent implicitement les quantités de b aux
consommé dans le mois de référence des prix, alors que prix de t – 1 et non pas aux prix moyens de b. Ces pondé-
dans la plupart des IPC le panier fait référence à une rations hybrides ne mesurent pas les parts de dépenses
période non seulement différente du mois de référence effectives de chaque période.
des prix, mais d’une durée d’un an ou plus. Lorsque les 9.93 L’indice pour la période t peut ainsi être cal-
pondérations sont annuelles et les prix mensuels, il est culé en multipliant l’indice déjà calculé pour t – 1 par
impossible, même rétrospectivement, de calculer un un indice de Young distinct entre les périodes t – 1 et t
indice des prix de Laspeyres mensuel. reposant sur des pondérations actualisées par les prix.
9.90 Ainsi qu’il apparaît au chapitre 15, un indice de En effet, l’indice de niveau supérieur est calculé comme
Lowe utilisant les quantités calculées à partir d’une un indice-chaîne dans lequel l’indice est avancé dans le
période antérieure à la période de référence des prix temps période par période. Grâce à cette méthode, il est
dépassera probablement l’indice de Laspeyres d’un plus aisé d’introduire des produits remplaçants et de
montant qui augmentera progressivement à mesure que suivre les mouvements des prix relevés pour y déceler
la période de référence des pondérations s’éloignera d’éventuelles erreurs, car les mouvements d’un mois sur
dans le temps. L’indice de Lowe aura sans doute un biais l’autre sont plus faibles et moins variables que les
positif encore plus important que l’indice de Laspeyres, variations totales depuis la période de référence.
comparé à certains indices superlatifs cibles ou à l’indice 9.94 L’actualisation par les prix peut aussi se faire
du coût de la vie correspondant. Les quantités de tout entre la période de référence des pondérations et la
indice de panier-type seront inévitablement de plus en période de référence des prix, comme il est expliqué à la
plus irréalistes et inapplicables à mesure que la période à section suivante.
laquelle il est fait référence s’éloignera dans le temps.
Pour réduire au minimum le biais qui s’ensuivrait, les
pondérations devraient être mises à jour aussi souvent Actualisation par les prix de la période
que possible. de référence des pondérations
9.91 Un office de statistique peut ne pas souhaiter à la période de référence des prix
estimer un indice du coût de la vie, et préférer prendre 9.95 Lorsque la période de référence des pondéra-
comme cible un indice de panier-type. Dans ce cas, si tions b et la période de référence des prix 0 sont diffé-
l’indice de Walsh — théoriquement plus attrayant — rentes, comme c’est normalement le cas, l’office de
devait être choisi comme cible, un indice de Lowe statistique doit décider s’il actualise ou non les pondé-
aurait un biais identique à celui qui vient d’être décrit, rations par les prix de la période b à la période 0. Dans la
étant donné que l’indice de Walsh est aussi un indice pratique, les pondérations actualisées par les prix peuvent
superlatif. être calculées en multipliant les pondérations initiales

200
LE CALCUL DES INDICES DE PRIX À LA CONSOMMATION DANS LA PRATIQUE

pour la période b par les indices élémentaires mesurant 9.99 S’il décide de conserver des quantités,
les variations de prix entre les périodes b et 0 et en l’indice qui en résulte est un indice de panier-type, ou
les remettant à l’échelle pour que leur somme soit égale indice de Lowe, dans lequel les quantités sont celles de
à l’unité. l’an 2000. Cela implique que les mouvements de
9.96 La meilleure façon d’expliquer les questions qui l’indice doivent être identiques à ceux de l’indice
se posent est de prendre un exemple numérique. Au tableau reposant sur la base 2000 qui apparaît à la section a) du
9.6, la période de référence b est supposée être l’an 2000, tableau. Dans ce cas, si l’indice doit être présenté
et les pondérations sont par conséquent les parts de comme une moyenne pondérée des indices d’agrégat
dépenses en 2000. À la section a) du tableau 9.6, l’an 2000 élémentaire ayant décembre 2002 comme période de
est aussi la période de référence des prix. Dans la pratique, référence des prix, les pondérations de dépenses pour
cependant, les pondérations reposant sur l’an 2000 ne 2000 doivent être actualisées par les prix à décembre
peuvent être introduites que quelques années après 2000 2002. C’est ce qu’illustre la section b) du tableau 9.6,
compte tenu du temps nécessaire pour recueillir et traiter où les pondérations actualisées sont obtenues en
les données sur les dépenses. À la section b) du tableau 9.6, multipliant les pondérations initiales pour 2000 à la
on suppose que les pondérations pour 2000 sont introduites section a) du tableau par les indices de prix pour les
en décembre 2002 et que cette date est aussi choisie agrégats élémentaires entre 2000 et décembre 2002, et
comme nouvelle période de référence des prix. en ramenant les résultats à l’échelle pour que leur
9.97 Notons qu’il serait possible, en décembre 2002, somme soit égale à l’unité. Ce sont les pondérations
de calculer les indices reposant sur la base 2000 présentés W00(Déc02) du tableau.
à la section a) du tableau, mais qu’il a été décidé de retenir 9.100 Les indices reposant sur des pondérations
décembre 2002 comme période de référence des prix. Cela actualisées par les prix de la section b) du tableau 9.6
n’empêche pas ceux qui le souhaitent d’établir, par calcul sont des indices de Lowe dans lesquels b = 2000 et 0 =
rétrospectif sur quelques mois en 2002, l’indice retenant décembre 2002. Ils peuvent être exprimés sous forme de
décembre 2002 comme période de référence des prix. rapports des indices dans la partie supérieure du tableau.
9.98 Deux options s’offrent à l’office de statistique Par exemple, l’indice de Lowe global pour mars 2003
qui établit l’indice au moment de l’introduction du ayant comme période de référence des prix décembre
nouvel indice. Il lui faut décider si les pondérations de 2002, soit 101,97, est le rapport de l’indice pour mars
celui-ci conserveront les quantités en 2000 ou les 2003 en base 2000 présenté à la section a) du tableau,
dépenses en 2000. Il ne peut pas retenir les deux. soit 106,05, divisé par l’indice pour décembre 2002 en

Tableau 9.6 Actualisation par les prix des pondérations entre les périodes de référence
des pondérations et des prix
Pondération 2000 Novembre 02 Décembre 02 Janvier 03 Février 03 Mars 03
a) Indice retenant 2000 comme période de référence des pondérations et des prix
Indices d’agrégat élémentaire
W00
A 0,20 100,00 98,00 99,00 102,00 101,00 104,00
B 0,25 100,00 106,00 108,00 107,00 109,00 110,00
C 0,15 100,00 104,00 106,00 98,00 100,00 97,00
D 0,10 100,00 101,00 104,00 108,00 112,00 114,00
E 0,30 100,00 102,00 103,00 106,00 105,00 106,00
Indices de niveau supérieur
G=A+B+C 0,60 100,00 102,83 104,50 103,08 104,08 104,75
H=D+E 0,40 100,00 101,75 103,25 106,50 106,75 108,00
Total 100,00 102,40 104,00 104,45 105,15 106,05
b) Indice recalculé par référence à décembre 2002 et pondérations actualisées par les prix à décembre 2002
Indices d’agrégat élémentaire
W00(Déc02)
A 0,190 101,01 98,99 100,00 103,03 102,02 105,05
B 0,260 92,59 98,15 100,00 99,07 100,93 101,85
C 0,153 94,34 98,11 100,00 92,45 94,34 91,51
D 0,100 96,15 97,12 100,00 103,85 107,69 109,62
E 0,297 97,09 99,03 100,00 102,91 101,94 102,91
Indices de niveau supérieur
G=A+B+C 0,603 95,69 98,41 100,00 98,64 99,60 100,24
H=D+E 0,397 96,85 98,55 100,00 103,15 103,39 104,60
Total 96,15 98,46 100,00 100,43 101,11 101,97
Rebasé à 2000 = 100 100,00 102,40 104,00 104,45 105,15 106,05

201
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

base 2000, soit 104,00. L’actualisation par les prix Lorsque de nouvelles pondérations sont adoptées, la
conserve donc les mouvements des indices dans la période de référence des prix pour le nouvel indice peut
section a) du tableau, tout en déplaçant la période de être la dernière période de l’ancien indice, l’ancien et le
référence des prix à décembre 2002. nouvel indice étant chaînés l’un à l’autre à ce point. Ils
9.101 On peut décider aussi de calculer une série forment alors un indice-chaîne.
d’indices de Young utilisant les pondérations de 9.106 L’adoption de nouvelles pondérations est
dépenses pour 2000 telles quelles, sans les actualiser. Si souvent une opération complexe, car elle offre la possi-
les parts de dépenses devaient rester effectivement bilité de renouveler les produits élémentaires, échan-
constantes, il faudrait que les quantités évoluent en sens tillons, sources de données, techniques d’établissement
inverse des prix entre 2000 et décembre 2002. Les des indices, agrégats élémentaires, indices de niveau
quantités qui constituent le panier-type pour le nouvel supérieur ou classifications. Ces différentes tâches sont
indice de Young ne pourraient pas être les mêmes que souvent entreprises simultanément au moment de la mise
celles de 2000. Les mouvements de cet indice devraient à jour des pondérations de façon à perturber le moins
être légèrement différents de ceux de l’indice actualisé possible les séries temporelles et à éviter tout inconvé-
par les prix. nient pour les utilisateurs des indices.
9.102 La question est de savoir si l’on conserve les 9.107 Dans de nombreux pays, la mise à jour des
quantités connues de la période de référence de pondérations et le chaînage sont entrepris tous les cinq
pondération 2000, qui sont les dernières pour lesquelles ans environ, mais certains pays adoptent de nouvelles
des données solides ont été recueillies, ou si l’on s’en pondérations chaque année. Les indices-chaînes n’ont
tient aux parts de dépenses connues de la période de pas à être chaînés annuellement; l’opération peut être
référence des pondérations. Si l’objectif des autorités est moins fréquente. La véritable question n’est pas de
de mesurer un indice de Lowe utilisant un panier-type, la savoir s’il faut chaîner ou non, mais de déterminer la
question est résolue et l’office de statistique est obligé de fréquence du chaînage. La mise à jour des pondérations
procéder à l’actualisation par les prix. Sinon, il se peut est inévitable tôt ou tard, car on ne peut pas utiliser
que certains offices de statistique doivent décider eux- indéfiniment les mêmes pondérations. Quel que soit le
mêmes de l’option à adopter. cadre temporel retenu, il arrive un moment où les offices
9.103 Actualiser les prix sans actualiser les quantités de statistique doivent se prononcer sur le chaînage. La
n’implique pas que les pondérations de dépenses qui en question ne peut être éludée et c’est une tâche essentielle
résultent sont nécessairement plus à jour. Lorsqu’il existe pour les statisticiens.
une forte relation inverse entre les mouvements des prix 9.108 Fréquence de la mise à jour des pondérations.
et des quantités, l’actualisation par les prix en soi peut Il est raisonnable de continuer à utiliser le même
donner des résultats pernicieux. Les prix des ordinateurs, ensemble de pondérations d’agrégat élémentaire aussi
par exemple, ont enregistré une baisse rapide ces longtemps que les schémas de consommation au niveau
dernières années. Si les quantités sont maintenues fixes de cet agrégat demeurent relativement stables. Avec le
alors que les prix sont actualisés, la part des dépenses temps, les consommateurs tendront à abandonner les
consacrées aux ordinateurs qui en résultera diminuera, produits dont les prix ont relativement augmenté. En
elle aussi, rapidement. Concrètement, toutefois, il se règle générale, donc, prix et quantités ont tendance à
pourrait en fait que la part des dépenses consacrées aux évoluer en sens inverse. Ce type de comportement de
ordinateurs progresse suite à l’augmentation accélérée du substitution de la part des consommateurs implique
nombre d’ordinateurs achetés. qu’un indice de Lowe reposant sur le panier-type d’une
9.104 Lorsque les quantités relatives et les prix période antérieure tendra à afficher un biais positif,
relatifs varient rapidement, les offices de statistique sont comparé à un indice de panier-type utilisant des pondé-
effectivement obligés de modifier plus souvent leurs rations actualisées.
pondérations de dépenses, même si cela leur impose de 9.109 Les schémas de consommation évoluent
procéder à des enquêtes plus fréquentes sur les dépenses. aussi pour une autre raison : de nouveaux produits sont
L’actualisation par les prix ne peut être, à elle seule, la introduits en permanence sur le marché, tandis que
réponse à cette situation. Les pondérations des dépenses d’autres disparaissent. Sur le long terme, les schémas de
doivent être actualisées tant en ce qui concerne les consommation sont également influencés par plusieurs
quantités que les prix, ce qui oblige en fait à recueillir de autres facteurs : la hausse des revenus et des niveaux de
nouvelles données sur les dépenses. vie, l’évolution démographique qui modifie la structure
de la population, le progrès technologique et l’évolution
des goûts et préférences.
Adoption de nouvelles pondérations 9.110 L’idée selon laquelle l’actualisation régulière
et chaînage des pondérations — au moins tous les cinq ans, et
9.105 Les pondérations des agrégats élémentaires davantage en cas d’évolution rapide des schémas de
doivent être révisées de temps à autre si l’on veut s’assurer consommation — est une pratique raisonnable et
qu’elles donnent une image actuelle des schémas de nécessaire recueille un large consensus. La question de la
dépenses et des comportements des consommateurs. périodicité du changement de pondérations et du chaînage

202
LE CALCUL DES INDICES DE PRIX À LA CONSOMMATION DANS LA PRATIQUE

de l’indice n’est pas pour autant facile, car un chaînage • Le chaînage conduit à la non-additivité. Lorsque la
fréquent peut aussi présenter des inconvénients. Il peut nouvelle série est chaînée à l’ancienne, comme dans
être coûteux d’obtenir de nouvelles pondérations, en l’équation (9.15), les indices de niveau supérieur
particulier s’il faut pour cela multiplier les enquêtes sur après le chaînage ne peuvent pas être obtenus sous
les dépenses. L’avantage du chaînage annuel est que les forme de moyennes arithmétiques pondérées des
changements (l’inclusion de nouveaux produits, par différents indices utilisant les nouvelles pondérations.
exemple) peuvent être introduits à un rythme régulier, D’autre part, si la période de référence de l’indice est
même si chaque indice doit bénéficier d’un certain suivi, modifiée et si la série de l’indice antérieure à la
qu’il soit chaîné annuellement ou non. période de chaînage est remise à l’échelle de la
9.111 Les dépenses consacrées à certains types de nouvelle période de référence de l’indice, cette série
produits sont fortement influencées par les fluctuations à ne peut être agrégée aux indices de niveau supérieur
court terme de l’économie. Il en va ainsi, par exemple, en utilisant les nouvelles pondérations. Ces résultats
des dépenses consacrées aux automobiles, à la plupart doivent être expliqués et présentés avec soin.
des biens durables, aux produits de luxe coûteux, etc., 9.114 Le tableau 9.7 donne un exemple de calcul
qui peuvent changer de façon radicale d’une année sur d’un indice-chaîne. De 1998 à décembre 2002, l’indice
l’autre. Dans de tels cas, il peut être préférable de fonder est calculé en prenant 1998 comme période de référence
ces pondérations sur une moyenne de deux années de des pondérations et des prix. À partir de décembre 2002,
dépenses ou plus. un nouvel ensemble de pondérations est adopté. Celles-ci
9.112 Calcul d’un indice-chaîne. Supposons que peuvent faire référence à l’an 2000, par exemple, et avoir
l’on ait calculé une série d’indices de Young à pondéra- été ou non actualisées par les prix à décembre 2002. Une
tions fixes en retenant comme période de référence des nouvelle série d’indices à pondérations fixes est alors
prix 0 et que, dans une période subséquente k, un nouvel calculée en prenant décembre 2002 comme mois de
ensemble de pondérations doive être adopté pour référence des prix. Enfin, la nouvelle série d’indices est
l’indice. Ce nouvel ensemble de pondérations peut avoir chaînée à l’ancien indice (avec 1998 = 100), par
été ou non actualisé par les prix de la nouvelle période de multiplication, afin d’obtenir un indice continu de 1998 à
référence à la période k. L’indice-chaîne est alors calculé mars 2003. Les indices chaînés de niveau supérieur
de la façon suivante : présentés au tableau 9.7 son calculés comme suit :

(9.16)
(9.15)
Compte tenu de sa non-additivité, l’indice-chaîne global
pour mars 2003 (129,07), par exemple, ne peut être
calculé sous forme de moyenne arithmétique pondérée
9.113 L’indice-chaîne présente plusieurs caractéris- des indices-chaînes de niveau supérieur G et H en utili-
tiques importantes : sant les pondérations à compter de décembre 2002.
• La formule de l’indice-chaîne permet d’actualiser les 9.115 Introduction de nouveaux agrégats élémen-
pondérations et facilite l’adoption de nouveaux pro- taires. Examinons dans un premier temps la situation
duits élémentaires ou sous-indices ainsi que la sup- dans laquelle de nouvelles pondérations sont adoptées et
pression de ceux qui sont devenus obsolètes. l’indice est chaîné en décembre 2002. La couverture
globale de l’IPC est supposée rester la même, mais cer-
• Pour pouvoir raccorder l’ancienne et la nouvelle tains produits élémentaires ont pris suffisamment
séries, il est nécessaire de prévoir une période de che- d’importance pour mériter d’être reconnus comme
vauchement (k) dans laquelle l’indice doit être calculé nouveaux agrégats élémentaires. L’introduction de nou-
en utilisant à la fois l’ancien et le nouvel ensemble veaux agrégats élémentaires pour les téléphones mobiles
de pondérations. ou l’accès à Internet sont des exemples possibles.
• L’indice-chaîne peut comporter deux ou plusieurs 9.116 Supposons que le nouvel indice soit calculé à
chaînages. Entre chaque période de chaînage, l’indice partir de décembre 2002, nouvelle période de référence
peut être calculé sous forme d’indice à pondérations des prix. Son calcul ne pose pas de difficulté particulière
fixes en utilisant la formule (9.10) ou toute autre et peut être effectué en utilisant la formule (9.10).
formule d’indice. La période de chaînage peut Cependant, si les pondérations sont actualisées par les
être d’un mois ou d’un an, à condition que prix, de 2000 à décembre 2002 par exemple, des
les pondérations et les indices fassent référence à la problèmes peuvent se poser car il n’existait pas d’agrégat
même période. élémentaire pour les téléphones mobiles avant décembre
2002 et l’on ne dispose donc pas d’indice de prix avec
• Le chaînage a pour but d’assurer que les différents lequel la pondération des téléphones mobiles puisse être
indices établis à tous les niveaux évoluent correcte- actualisée par les prix. Les prix des téléphones mobiles
ment dans le temps. peuvent cependant avoir été enregistrés avant décembre

203
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

Tableau 9.7 Calcul d’un indice-chaîne


Pondéra- Novembre Décembre Pondéra- Décembre Janvier Février Mars
tion 1998 1998 2002 2002 tion 2000 2002 2003 2003 2003

1998 = 100 Décembre 2002 = 100


Indices d’agrégat élémentaire
A 0,20 100,00 120,00 121,00 0,25 100,00 100,00 100,00 102,00
B 0,25 100,00 115,00 117,00 0,20 100,00 102,00 103,00 104,00
C 0,15 100,00 132,00 133,00 0,10 100,00 98,00 98,00 97,00
D 0,10 100,00 142,00 143,00 0,18 100,00 101,00 104,00 104,00
E 0,30 100,00 110,00 124,00 0,27 100,00 103,00 105,00 106,00
Total 100,00 119,75 124,90 100,00 101,19 102,47 103,34
Indices de niveau supérieur
G=A+B+C 0,60 100,00 120,92 122,33 0,55 100,00 100,36 100,73 101,82
H=D+E 0,40 100,00 118,00 128,75 0,45 100,00 102,20 104,60 105,20
Total 100,00 119,75 124,90 100,00 101,19 102,47 103,34
Chaînage d’indices de niveau supérieur à 1998 = 100
G=A+B+C 0,60 100,00 120,92 122,33 0,55 122,33 122,78 123,22 124,56
H=D+E 0,40 100,00 118,00 128,75 0,45 128,75 131,58 134,67 135,45
Total 100,00 119,75 124,90 124,90 126,39 127,99 129,07

2002, au sein d’un autre agrégat élémentaire (matériel de indice de niveau supérieur dans l’IPC global. Ce peut
communications) par exemple, de sorte qu’il peut être être le cas si la couverture de l’IPC est élargie ou si le
possible de construire une série de prix susceptible d’être groupement des agrégats élémentaires est modifié. Il faut
utilisée pour une actualisation par les prix. Sinon, il alors décider quelle devrait être la valeur initiale du
pourrait être nécessaire d’utiliser les informations de prix nouvel indice de niveau supérieur lors de son inclusion
émanant d’autres sources, telles que les enquêtes sur la dans le calcul de l’IPC global. Prenons par exemple la
parité de pouvoir d’achat (PPA), les statistiques des situation présentée au tableau 9.7 et supposons qu’un
entreprises ou les informations émanant des sources nouvel indice de niveau supérieur à compter de janvier
professionnelles. Si l’on ne dispose d’aucune informa- 2003 doive être inclus dans l’indice. La question est
tion, les mouvements des indices de prix pour des agré- alors de savoir à quelle valeur en décembre 2002 le
gats élémentaires similaires peuvent tenir lieu de variables nouvel indice de niveau supérieur sera chaîné. Deux
de remplacement pour l’actualisation par les prix. options sont possibles :
9.117 L’inclusion d’un nouvel agrégat élémentaire • Estimer la valeur que le nouvel indice de niveau supé-
signifie que l’indice de niveau supérieur suivant contient rieur aurait eue en décembre 2002 si la période de
un nombre différent d’agrégats élémentaires avant et référence des prix avait été 1998, et chaîner la
après le chaînage. Il peut donc être difficile d’interpréter nouvelle série à cette valeur à compter de janvier
le taux de changement de l’indice de niveau supérieur 2003. Cette procédure empêchera toute rupture de la
dont la composition a été modifiée. Cependant, renoncer série d’indice.
à introduire de nouveaux biens ou services pour cette
raison, c’est aboutir à un indice qui ne reflète pas les • Utiliser la valeur 100 en décembre 2002 comme point
changements dynamiques effectivement à l’œuvre dans de départ du nouvel indice de niveau supérieur. Cela
l’économie. S’il est habituel de réviser l’IPC par un calcul simplifie le problème du point de vue du calcul,
rétrospectif, les prix du nouveau produit et leur pondéra- même si la difficulté d’expliquer la rupture de l’indice
tion pourraient être introduits rétrospectivement. Si l’IPC aux utilisateurs subsiste.
n’est pas révisé par calcul rétrospectif, ce qui est En tout état de cause, des modifications aussi importantes
d’ordinaire le cas, il n’y a pas grand-chose à faire pour que celles susmentionnées devraient, dans la mesure du
améliorer la qualité de l’indice-chaîne. Bien souvent, possible, aller de pair avec la mise à jour des pondéra-
l’addition d’un seul agrégat élémentaire ne risque guère tions et le chaînage afin de perturber le moins possible la
d’avoir un effet significatif sur le prochain indice de série d’indice.
niveau supérieur dans lequel entre cet agrégat. Si l’on 9.119 Le dernier cas restant à examiner concerne les
estime que l’ajout d’un agrégat élémentaire a un impact changements de classification. Un pays peut décider, par
significatif sur la série temporelle de l’indice de niveau exemple, de passer d’une classification nationale à une
supérieur, il peut être nécessaire d’interrompre l’ancienne classification internationale telle que la Classification des
série et de lancer un nouvel indice de niveau supérieur. fonctions de la consommation individuelle (COICOP).
Ces décisions ne peuvent être prises qu’au cas par cas. Les modifications de la composition des agrégats au sein
9.118 Introduction de nouveaux indices de niveau de l’IPC peuvent alors être si importantes que leur
supérieur. Il est parfois nécessaire d’introduire un nouvel chaînage n’a plus de sens. Dans de tels cas, il est recom-

204
LE CALCUL DES INDICES DE PRIX À LA CONSOMMATION DANS LA PRATIQUE

mandé d’établir l’IPC avec la nouvelle classification par indices mensuels courants sont d’abord calculés en
calcul rétrospectif portant sur une année au moins, afin utilisant les dernières pondérations disponibles, lesquelles
qu’il soit possible de calculer des taux de variation ne peuvent pas être celles de l’année en cours. Toutefois,
annuels cohérents. lorsque les pondérations pour l’année en question
9.120 Mise à jour partielle des pondérations. Les deviennent disponibles par la suite, les indices mensuels
pondérations pour les agrégats élémentaires peuvent peuvent être recalculés sur la base des pondérations pour
provenir de sources diverses et couvrir un certain la même année. La série qui en résulte peut être utilisée
nombre de périodes différentes. Par conséquent, il risque dans un indice-chaîne à long terme, de préférence aux
de ne pas être possible d’introduire simultanément toutes indices initiaux publiés dans un premier temps. Les
les nouvelles informations sur les pondérations. Dans mouvements de l’indice-chaîne à long terme entre, par
certains cas, il peut être préférable d’adopter de nou- exemple, un mois de décembre donné et le mois de
velles pondérations pour certains agrégats élémentaires décembre suivant reposent par conséquent sur les
le plus tôt possible après réception des informations. pondérations de cette même année, celles-ci étant
L’adoption de nouvelles pondérations pour un sous- modifiées à chaque mois de décembre. Cette méthode a
ensemble de l’indice global est qualifiée de mise à jour été mise au point par l’office central de statistique de
partielle des pondérations. Suède, qui l’utilise pour calculer l’IPC. Elle est décrite
9.121 La mise à jour partielle des pondérations a des dans The Swedish Consumer Price Index: A Handbook of
conséquences particulières sur les modalités pratiques Methods (Statistics Sweden, 2001).
d’actualisation des pondérations par les prix. Il peut 9.124 Supposons que chaque chaînage aille de
arriver que les informations sur les pondérations ne soient décembre à décembre. L’indice à long terme pour le
pas disponibles pour certains agrégats au moment du mois m de l’année Y, en prenant décembre de l’année 0
changement de base. En conséquence, il peut être néces- comme période de référence de l’indice, est calculé à
saire d’envisager d’actualiser par les prix non seulement l’aide de la formule suivante :
les nouvelles pondérations, mais aussi les anciennes
pondérations pour les agrégats élémentaires dont les
nouvelles pondérations ne sont pas disponibles. Dans ce
dernier cas, il faudra peut-être que l’actualisation des
pondérations par les prix porte sur une longue période.
Pour les raisons évoquées plus haut, cela pourrait poser de (9.17)
sérieux problèmes si les quantités relatives ont évolué en Dans la pratique, en Suède, un facteur retenant la moyenne
sens inverse des prix relatifs. Il convient donc de s’effor- de l’année 0 comme échelle pour l’indice de décembre de
cer de recueillir des données sur les variations des quan- l’année 0 est multiplié par le terme de droite de la formule
tités et des prix avant d’engager de telles actualisations. (9.19) de façon à ce que l’on ait une année pleine comme
L’inconvénient de la mise à jour partielle des pondéra- période de référence. La variation à long terme de l’indice
tions est que les quantités implicites appartiennent à des dépend seulement des chaînages à long terme, car les
périodes différentes, de sorte que la composition du chaînages à court terme sont remplacés successivement
panier-type est peu claire et mal définie. par leurs contreparties à long terme. Par exemple, les
9.122 On peut conclure que l’introduction de indices à court terme pour la période allant de janvier à
nouvelles pondérations et le chaînage d’une nouvelle décembre 2001 peuvent être calculés comme suit :
série à une ancienne ne sont pas, en principe, difficiles.
Les difficultés se posent dans la pratique dès que l’on (9.18)
essaye d’aligner les périodes de référence des pondéra-
tions et des prix et qu’il faut décider si des indices de où Wi00(Déc00) sont les pondérations à compter de 2000
niveau supérieur comprenant différents agrégats élémen- actualisées par les prix à décembre 2000. Lorsque les
taires doivent être chaînés. Il n’est pas possible de donner pondérations pour 2001 deviennent disponibles, l’ex-
des directives spécifiques sur ce type de décisions dans le pression est remplacée par le chaînage à long terme :
cadre du présent manuel, mais les statisticiens doivent
s’interroger sérieusement sur la logique économique et la (9.19)
fiabilité statistique des séries chaînées qui peuvent en
résulter ainsi que sur les besoins des utilisateurs. Pour où Wi01(Déc00) sont les pondérations à compter de 2001
faciliter le processus de décision, il convient de réfléchir ramenées (par calcul rétrospectif) aux prix de décembre
à ces questions à l’avance et avec soin, dans le cadre de la 2000. Le même ensemble de pondérations de 2001
préparation d’une mise à jour des pondérations, en actualisées par les prix à décembre 2001 est utilisé dans
apportant une attention particulière aux indices qui le nouveau chaînage à court terme pour 2002 :
doivent être publiés.
9.123 Chaînages à long et à court terme. Prenons un
indice-chaîne à long terme dans lequel les pondérations (9.20)
sont modifiées tous les ans. Pour une année donnée, les

205
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

9.125 Si l’on utilise cette méthode, le mouvement L’effet sur l’indice de niveau supérieur de la variation
de l’indice à long terme est déterminé par les d’un sous-indice peut alors être calculé comme suit :
pondérations de la période en cours. La méthode est
intéressante du point de vue théorique, car les pondé-
rations les plus pertinentes pour la majorité des
utilisateurs sont celles qui reposent sur les schémas de
consommation au moment où les variations de prix ont
effectivement lieu. Cette méthode conduit le processus
de chaînage à sa conclusion logique, au moins si l’on (9.23)
suppose que les indices ne sont pas chaînés plus
fréquemment qu’une fois par an. Comme elle utilise des Lorsque m = 1, la formule (9.23) donne l’effet d’une
pondérations révisées en permanence pour faire en sorte variation mensuelle; lorsque m = 12, elle donne l’effet
qu’elles soient représentatives du comportement actuel de la variation sur les douze derniers mois.
des consommateurs, l’indice qui en résulte évite aussi 9.129 Si l’indice est calculé sous forme d’indice-
très largement le biais de substitution observé lorsque chaîne, comme dans l’équation (9.15), un sous-indice à
les pondérations reposent sur les schémas de consom- compter de t – m contribue alors à l’indice de niveau
mation d’une période antérieure. La méthode peut donc supérieur avec une pondération de :
intéresser les offices de statistique dont l’objectif est
d’estimer un indice du coût de la vie.
(9.24)
9.126 Enfin, il faut noter que la méthode exige une
certaine révision de l’indice publié dans un premier
temps. Certains pays s’opposent à ce que l’IPC soit L’effet sur l’indice de niveau supérieur d’une variation
révisé une fois qu’il a été publié, même si une pratique d’un sous-indice peut alors être calculé comme suit :
bien établie pour d’autres statistiques économiques,
telles que les comptes nationaux, veut qu’une telle
révision ait lieu lorsque des informations supplémen-
taires et plus à jour deviennent disponibles. Ce point
sera examiné plus en détail par la suite.
(9.25)

Décomposition des variations


de l’indice On suppose que t – m s’inscrit dans le même chaînon
9.127 Les utilisateurs de l’indice souhaitent souvent (c’est-à-dire que t – m fait référence à une période posté-
savoir quelle fraction de la variation globale de celui-ci rieure à k). Si l’effet d’un sous-indice sur un indice de
peut être attribuée à la variation du prix de tel ou tel niveau supérieur doit être calculé pour l’ensemble d’une
produit ou groupe de produits (pétrole ou produits ali- chaîne, ce calcul doit se faire en deux étapes : la première
mentaires, par exemple). Il arrive aussi qu’ils souhaitent avec l’ancienne série jusqu’à la période de chaînage, la
savoir ce que deviendrait l’indice si on laissait de côté le seconde de la période de chaînage à la période t.
logement ou l’énergie. On peut répondre aux questions 9.130 Le calcul de l’effet d’une variation d’un sous-
de ce type en décomposant la variation de l’indice global indice sur un indice de niveau supérieur est illustré au
en ses divers éléments. tableau 9.8. L’indice est calculé dans le cadre d’une même
9.128 Supposons que l’indice soit calculé comme chaîne, de sorte que l’équation (9.25) peut être appliquée
dans l’équation (9.10) ou (9.11). La variation rela- pour la décomposition. Par exemple, la contribution en
tive de l’indice entre t – m et t peut être formulée pourcent de l’augmentation de l’indice du prix du
comme suit : logement de janvier 2002 à janvier 2003 peut être calculée
ainsi : 0,25/118,6 x (120,0 – 110,0) = 2,11 %. Cela signifie
que, sur l’augmentation de 10,03 % de l’indice de tous les
(9.21) produits élémentaires, 2,11 % peuvent être attribués à la
hausse de l’indice du prix du logement.

En conséquence, un sous-indice entre t – m et 0


contribue à l’indice de niveau supérieur avec une Quelques solutions de remplacement
pondération de : aux indices à pondérations fixes
9.131 Les IPC mensuels sont en général des
(9.22) moyennes arithmétiques pondérées des indices de prix
pour les agrégats élémentaires dans lesquelles les
pondérations restent fixes pendant un certain nombre de
périodes — pouvant aller de douze mois à plusieurs

206
LE CALCUL DES INDICES DE PRIX À LA CONSOMMATION DANS LA PRATIQUE

Tableau 9.8 Décomposition des variations de l’indice


Variation en
pourcentage
Indice de janvier 02 Contribution
Pondération 2000 Janv. 02 Janv. 03 à janvier 03 Absolue Relative

1 Produits alimentaires 0,30 100,0 120,0 130,0 8,33 2,53 25,21


2 Vêtements 0,10 100,0 130,0 145,0 11,54 1,26 12,61
3 Logement 0,25 100,0 110,0 120,0 9,09 2,11 21,01
4 Transport 0,20 100,0 125,0 130,0 4,00 0,84 8,40
5 Divers 0,15 100,0 114,0 140,0 22,81 3,29 32,77
Tous produits élémentaires 1,00 100,0 118,6 130,5 10,03 10,03 100,00

années. L’utilisation répétée des mêmes pondérations dérations tous les ans. En tout état de cause, ainsi que
relatives à une période antérieure b simplifie les procé- nous l’avons noté plus haut, il serait impossible de traiter
dures de calcul et diminue les besoins de collecte de un univers changeant de produits sans un certain
données. Il est moins coûteux, également, de continuer chaînage des séries de prix au sein des agrégats élémen-
d’utiliser les résultats d’une enquête antérieure sur les taires, même si les pondérations attachées aux agrégats
dépenses que d’en organiser une nouvelle. En outre, élémentaires restent fixes. Avec le chaînage annuel, il
lorsque les pondérations sont connues avant le relevé n’est plus nécessaire de choisir une base, car la période
des prix, l’indice peut être calculé immédiatement après de référence des pondérations est toujours l’année précé-
que les prix ont été recueillis et traités. dente ou l’année antérieure à celle-ci.
9.132 Toutefois, plus on utilise longtemps les mêmes 9.136 Chaînage annuel assorti des pondérations de
pondérations et moins elles sont représentatives des l’année en cours. Lorsque les pondérations sont modifiées
schémas de consommation actuels, en particulier dans les annuellement, il est possible de remplacer des pondéra-
périodes de mutations techniques rapides où de nouveaux tions initiales reposant sur l’année ou les années précé-
types de biens et services apparaissent en permanence sur dentes par celles de l’année en cours, si l’indice est révisé
le marché tandis que d’autres disparaissent. Cela peut rétrospectivement aussitôt que les informations sur les
compromettre la crédibilité d’un indice visant à mesurer dépenses pour l’année en cours deviennent disponibles.
la variation du coût total d’un panier de biens et services Les mouvements à long terme de l’IPC sont alors fondés
typique de la consommation des ménages. Un tel panier- sur les séries révisées. C’est la méthode adoptée par
type doit être représentatif non seulement des ménages l’office des statistiques de Suède, ainsi qu’il est expliqué
couverts par l’indice, mais aussi de leurs schémas de plus haut. Elle pourrait donner des résultats non biaisés.
dépenses au moment de la variation des prix. 9.137 Autres formules d’indice. Lorsque les pondé-
9.133 De même, si l’objectif est d’établir un indice rations sont révisées moins fréquemment, tous les cinq
du coût de la vie, l’utilisation continue du même panier- ans par exemple, une autre option consiste à utiliser une
type deviendra probablement de moins en moins formule d’indice différente pour les indices de niveau
satisfaisante à mesure que la période d’utilisation du supérieur — au lieu de la moyenne arithmétique des
même panier se prolongera. En effet, plus on utilise indices d’agrégat élémentaire. La moyenne géométrique
longtemps le même panier-type, plus le biais positif de pondérée serait une solution possible, car elle n’est pas
l’indice risque de s’accentuer. L’on sait bien que soumise aux mêmes risques de biais positifs que la
l’indice de Laspeyres est entaché d’un biais positif si on moyenne arithmétique. De façon plus générale, une
le compare à un indice du coût de la vie. Cependant, un version pondérée de la formule Lloyd–Moulton pourrait
indice de Lowe entre des périodes 0 et t assorti des être envisagée. Cette formule prend en compte les
pondérations d’une période antérieure b tendra à substitutions auxquelles les consommateurs procèdent
dépasser l’indice de Laspeyres entre les périodes 0 et t en réponse aux variations des prix relatifs et, de ce fait,
d’un montant qui augmentera d’autant plus que la elle devrait être moins sujette aux biais. Elle se réduit à
période b sera plus ancienne (voir chapitre 15). la moyenne géométrique lorsque l’élasticité de
9.134 Il existe plusieurs façons de réduire au substitution est égale à l’unité, en moyenne. Cependant,
minimum ou d’éviter les biais potentiels liés à l’utilisation il est peu probable qu’une telle formule puisse remplacer
des indices à pondérations fixes. Elles sont présentées la moyenne arithmétique dans un avenir proche et être
ci-après. généralement acceptée, ne serait-ce que parce qu’elle ne
9.135 Chaînage annuel. L’une des façons de réduire peut pas être interprétée comme une mesure des
au minimum les biais potentiels liés à l’utilisation changements de valeur d’un panier-type. Il n’en serait
d’indices à pondérations fixes consiste bien sûr à main- pas moins possible de l’établir à titre expérimental, et
tenir des pondérations et la période de référence aussi à elle pourrait fort bien fournir un complément utile à
jour que possible en procédant à des changements de l’indice principal. Elle pourrait au moins signaler dans
base et à des chaînages fréquents. Nombreux sont les quelle mesure l’indice principal risque d’être biaisé et
pays qui ont adopté cette stratégie et révisent leurs pon- apporter un certain éclairage sur ses propriétés.

207
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

9.138 Indices superlatifs rétrospectifs. Enfin, il est données des enquêtes, toute valeur extrême est qualifiée
possible de calculer rétrospectivement un indice super- d’aberrante. Ici, cette expression est réservée aux
latif. Les indices superlatifs, tels que ceux de Fisher et de valeurs extrêmes qui se révèlent correctes.
Törnqvist, traitent les deux périodes comparées de façon 9.141 Lorsqu’une erreur éventuelle a été identifiée,
symétrique et supposent que l’on recueille des données il faut vérifier s’il s’agit effectivement d’une erreur ou
sur les dépenses pour les deux périodes. S’il peut être non. Cet éclaircissement est obtenu d’ordinaire en
nécessaire que l’IPC soit un type d’indice de Lowe demandant au répondant de vérifier le prix ou en
lorsqu’il est publié pour la première fois, il peut être procédant à une comparaison avec la variation du prix
possible d’estimer un indice superlatif par la suite, une de produits élémentaires comparables. Si la valeur est en
fois que l’on dispose de plus d’informations sur les fait une erreur, elle doit être corrigée. Cela peut se faire
dépenses des consommateurs période par période. Au aisément si le répondant est en mesure de fournir le prix
moins un office de statistique, le Bureau of Labor correct ou, lorsque ce n’est pas possible, en imputant ce
Statistics des États-Unis, publie un tel indice. La publi- prix ou en l’omettant du calcul de l’indice. Si la valeur
cation d’IPC révisés ou supplémentaires soulève des se révèle correcte, elle doit être incluse dans l’indice. Si
questions quant à la politique suivie dans le domaine elle se révèle aberrante, elle peut être acceptée ou
statistique, même si les utilisateurs acceptent volontiers corrigée selon la pratique définie à l’avance (omission
les révisions dans d’autres secteurs des statistiques écono- ou imputation).
miques. Toutefois, les utilisateurs sont déjà confrontés à 9.142 Bien que les ordinateurs présentent des
plus d’un IPC dans l’Union européenne (UE), où l’indice avantages évidents en raison de leur puissance de calcul,
harmonisé pour les besoins de l’UE peut différer de l’IPC il n’est pas nécessaire que toutes ces activités soient
national. Par conséquent, la publication d’indices sup- automatisées. Il faut disposer d’une batterie complète de
plémentaires mettant en lumière les propriétés de l’indice procédures et d’enregistrements permettant de contrôler
principal et pouvant présenter un grand intérêt pour le traitement des données, même si celui-ci est effectué en
certains utilisateurs semble justifiée et acceptable. totalité ou en partie sans recourir aux ordinateurs. Il n’est
pas toujours nécessaire d’avoir achevé complètement une
Vérification des données étape avant d’amorcer la suivante. Si le processus utilise
des tableurs, par exemple, avec les imputations par défaut
9.139 Nous nous sommes intéressés dans ce chapitre prédéfinies pour toute donnée manquante, l’indice peut
aux méthodes utilisées par les offices de statistique pour être estimé et réestimé toutes les fois qu’une nouvelle
calculer leurs IPC. Cette section finale examine les vérifi- observation est ajoutée ou modifiée. Le fait de pouvoir
cations de données que ces derniers effectuent, selon un examiner l’impact des différentes observations de prix sur
processus très étroitement lié au calcul des indices de prix les indices d’agrégat élémentaire et l’impact des indices
pour les agrégats élémentaires. La collecte des données, d’agrégat élémentaire sur les divers agrégats de niveau
leur enregistrement et leur codification — le processus de supérieur apporte une aide utile dans tous les aspects des
saisie des données — sont analysés aux chapitres 5 à 7. processus de calcul et d’analyse.
L’étape suivante de la production des indices de prix cor- 9.143 Il n’est ni nécessaire ni souhaitable d’exa-
respond à la vérification des données. On considère ici miner d’aussi près tous les prix relevés. Les variations de
que celle-ci s’ordonne en deux étapes : prix communiquées par certains répondants peuvent
• la détection d’éventuelles erreurs et valeurs aberrantes; avoir plus de poids que d’autres, et les statisticiens
doivent en être conscients. Ainsi, un agrégat élémentaire
• la vérification des données et leur correction. assorti d’une pondération de 2 %, par exemple, peut
9.140 Logiquement, l’objectif de la détection des comporter 10 prix, alors qu’un autre agrégat élémentaire
erreurs et valeurs aberrantes est d’exclure celles-ci du de pondération égale peut en comporter 100. Une erreur
calcul de l’indice. Les erreurs peuvent correspondre à sur un des prix communiqués aura à l’évidence un
des prix enregistrés à tort ou résulter d’erreurs d’enre- impact beaucoup plus faible sur le second agrégat, pour
gistrement ou de codification. Les prix manquant pour lequel elle peut être négligeable, alors qu’elle risque
cause de non-observation peuvent aussi être traités d’induire une erreur significative dans le premier indice
comme des erreurs. Les erreurs et valeurs aberrantes d’agrégat élémentaire, voire d’influencer les indices de
possibles sont en général recensées comme des niveau supérieur.
observations qui n’entrent pas dans un intervalle 9.144 L’intérêt peut porter sur les divers indices
acceptable spécifié à l’avance ou que l’analyste juge d’agrégat élémentaire aussi bien que sur les agrégats
irréalistes pour d’autres motifs. Toutefois, il se peut construits à partir d’eux. Comme les échantillons utilisés
aussi que des observations se révèlent en fait fausses au niveau élémentaire sont souvent de petite taille, tous
alors même qu’elles n’ont pas été recensées parmi les les prix relevés, et les erreurs éventuelles qu’ils com-
erreurs potentielles. Enfin, il peut arriver que l’échan- portent, peuvent avoir un impact significatif sur les
tillon saisisse par chance des variations de prix résultats pour tel ou tel produit ou secteur. La vérification
exceptionnelles qui sortent de l’intervalle acceptable des données communiquées doit en général se faire indice
mais se révèlent correctes. Dans certains examens des par indice, en s’appuyant sur l’expérience des statisti-

208
LE CALCUL DES INDICES DE PRIX À LA CONSOMMATION DANS LA PRATIQUE

ciens. Ces derniers ont aussi besoin de la coopération et 9.150 Une fois que les données sur les prix ont été
de l’appui des répondants à l’enquête, qui les aident à codées, le système statistique peut être programmé de
expliquer tout mouvement inhabituel des prix. façon à présenter les données sous forme de tableaux
9.145 De toute évidence, la conception de l’enquête et comparables. On peut ainsi mettre au point et utiliser des
des questionnaires influe également sur la fréquence des tableaux montrant la variation en pourcentage de tous les
erreurs. Les rapports et questionnaires sur les prix prix communiqués entre le mois précédent et le mois en
devraient par conséquent être aussi clairs et dépourvus cours pour détecter d’éventuelles erreurs. Ces tableaux
d’ambiguïté que possible afin de prévenir toute méprise ou peuvent aussi inclure, pour permettre des comparaisons,
erreur. De quelque manière qu’ait été conçue l’enquête, il les variations en pourcentage au cours de périodes anté-
est très important de vérifier que les données recueillies rieures et les variations sur douze mois. La plupart des
sont bien celles qui avaient été demandées initialement. Le programmes et tableurs informatiques peuvent aisément
questionnaire de l’enquête devrait inviter le répondant à trier les observations en fonction, par exemple, de l’impor-
indiquer si des données requises n’ont pas pu être fournies. tance du dernier taux de variation mensuel, ce qui permet
Si, par exemple, un bien n’est plus produit et ne peut donc d’identifier facilement les valeurs extrêmes. Les observa-
plus donner lieu à un relevé de prix pour le mois en cours, tions peuvent aussi être groupées par agrégat élémentaire.
il faut prévoir la désignation d’un produit remplaçant, 9.151 Le groupement des observations a pour avan-
accompagnée de précisions sur son degré de comparabilité tage de mettre en lumière les erreurs possibles, de sorte
avec l’ancien produit. Au cas où le répondant ne peut pas que le statisticien n’a pas à examiner toutes les observa-
fournir de produit remplaçant, un certain nombre de tions. Une stratégie bien en cascade dans laquelle toutes
procédures sont prévues pour remédier au problème des les variations de prix extrêmes sont d’abord détectées
données manquantes (voir aussi le chapitre 7). puis examinées en détail peut faire gagner du temps, bien
que l’ensemble des variations de prix des indices d’agré-
gat élémentaire qui ont des pondérations relativement
Identification d’éventuelles erreurs élevées devraient aussi être examinées en détail.
et valeurs aberrantes 9.152 La méthode du filtrage sert à identifier d’éven-
9.146 Les enquêtes sur les prix diffèrent des autres tuelles erreurs ou valeurs aberrantes selon que les varia-
enquêtes par le fait, notamment, que, bien que l’on tions de prix tombent ou non en dehors de limites
communique des prix, c’est de leurs variations que les prédéfinies, telles que plus ou moins 20 %, voire 50 %.
mesures se préoccupent. Comme les calculs de l’indice Ce test devrait permettre de saisir toute erreur grave dans
consistent à comparer les prix d’observations appariées le codage des données ainsi que certains des cas où le
d’une période à l’autre, la vérification des données répondant a communiqué par erreur le prix d’un autre
devrait se concentrer sur les variations de prix calculés produit. Il est en général possible d’identifier ces erreurs
sur des paires d’observations plutôt que sur les prix sans faire référence à d’autres observations de l’enquête,
communiqués eux-mêmes. de sorte que cette vérification peut être effectuée au stade
9.147 Les variations de prix inhabituelles peuvent de la saisie des données. Le filtrage a pour avantage
être identifiées via : d’éviter au statisticien de passer en revue un grand
• la vérification non statistique des données communi- nombre d’observations. Les limites supérieure et infé-
quées; rieure peuvent être appliquées à la dernière variation
• la vérification statistique des données communiquées; mensuelle ou à la variation enregistrée sur une autre
période. Là encore, elles doivent tenir compte du contexte
• la vérification des résultats obtenus. dans lequel survient la variation de prix, en faisant l’objet
Nous examinerons tour à tour chacun de ces points. d’une spécification par produit ou agrégat élémentaire ou
9.148 Vérification non statistique des données par indice de niveau supérieur. Des variations plus impor-
communiquées. La vérification non statistique peut se tantes devraient être acceptées pour les produits élémen-
faire par la vérification manuelle des données commu- taires dont les prix sont connus pour être volatils. Pour les
niquées, l’examen des données présentées dans des variations mensuelles, par exemple, les limites fixées
tableaux comparables ou la mise en place de filtres. peuvent être de plus ou moins 10 % pour les prix pétro-
9.149 Lorsque les rapports ou questionnaires sur les liers, mais osciller entre 0 % et plus 5 % pour les services
prix sont reçus par l’office de statistique, les prix com- professionnels (étant donné que tout prix qui chute est
muniqués peuvent être vérifiés manuellement en les suspect), et entre –5 % et 0 % pour les ordinateurs (pour
comparant aux prix communiqués précédemment pour lesquels toute augmentation de prix est suspecte). Les
les mêmes produits élémentaires ou aux prix de produits limites peuvent aussi être modifiées au fil du temps. Elles
élémentaires similaires relevés dans d’autres points de peuvent ainsi être de 10 % à 20 % pour les prix pétroliers
vente. Si cette procédure peut permettre de détecter des si l’on sait qu’ils augmentent, et de –10 % à –20 % s’ils
variations de prix à l’évidence inhabituelles, elle est loin baissent. Le décompte des cas d’échec doit faire l’objet
de garantir que toutes les erreurs possibles seront déce- d’un suivi régulier afin d’examiner ces limites. S’il appa-
lées. Elle prend aussi énormément de temps et ne permet raît que trop d’observations doivent être examinées, il
pas, bien sûr, de faire apparaître les erreurs de codage. faut ajuster les limites ou affiner le champ couvert.

209
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

9.153 L’utilisation de systèmes de radiation automa- 9.157 Trois modifications devraient être apportées
tique ne saurait toutefois être conseillée. Le phénomène à cette méthode pour qu’elle puisse être utilisée dans
est bien connu : les changements de prix de nombreux la pratique :
produits, en particulier de biens durables, ne sont pas • Premièrement, afin que le calcul de la distance à partir
effectués de façon régulière au fil du temps, mais du centre soit le même pour les variations extrêmes
regroupés pour éviter les «coûts de menu» qui accom- dans un sens ou dans l’autre, il y a lieu de transformer
pagnent les changements de prix. Ces hausses relative- les rapports. La distance transformée pour le rapport
ment importantes peuvent survenir à des moments d’une observation de prix i, Si, devrait être :
différents pour des modèles de produits différents et
apparaître comme des valeurs extrêmes et incorrectes. Si = 1 – RM /Ri si 0 < Ri < RM et
Supprimer un changement de prix pour chaque modèle
du produit au motif qu’il est «extrême» au moment où il Si = Ri /RM – 1 si Ri ≥ RM.
survient, c’est ignorer tous les changements de prix pour • Deuxièmement, si les variations de prix sont étroite-
le secteur. ment groupées, les distances entre la médiane et les
9.154 Vérification statistique des données de base. quartiles risquent d’être très faibles, de sorte que l’on
La vérification statistique des données de base consiste à identifiera de nombreuses observations correspondant
comparer, pour une période donnée, chaque variation de à des variations de prix de faible amplitude. Pour
prix avec celle des prix dans le même échantillon ou dans éviter cela, une distance minimale, disons 5 % pour les
un échantillon similaire. Nous donnons ici deux variations mensuelles, devrait aussi être fixée.
exemples de ce type de filtrage, le premier reposant sur
des mesures non paramétriques de dispersion, le second • Troisièmement, l’impact d’une observation sur les
sur une distribution log-normale des variations de prix. distances entre la médiane et les quartiles risque
9.155 La première méthode implique des tests qui d’être trop important si les échantillons sont de petite
reposent sur la médiane et les quartiles des variations de taille. Comme c’est le cas pour les échantillons de
prix, de façon à ne pas être influencés par l’impact d’une certains indices élémentaires, il pourrait être néces-
éventuelle observation «extrême». Les médiane, premier saire de regrouper les échantillons d’indices élémen-
quartile et troisième quartile des rapports de prix sont taires similaires.
définis par RM, RQ1, et RQ3, respectivement. Ensuite, toute 9.158 Cette méthode est examinée de manière plus
observation faisant apparaître un rapport de prix approfondie dans Hidiroglou et Berthelot (1986). Elle
supérieur à un certain multiple C de la distance entre la peut être élargie de façon à prendre en compte le niveau
médiane et le quartile est recensée comme erreur poten- des prix. Par exemple, la pondération attribuée à une
tielle. La méthode de base suppose que les variations de hausse des prix sera différente selon que cette hausse
prix suivent une distribution normale. Dans cette porte les prix de 100 à 110 ou de 10 à 11.
hypothèse, il est possible d’estimer la proportion des 9.159 Une autre méthode peut être utilisée si l’on
variations de prix qui tomberont vraisemblablement en pense que les variations de prix se présentent proba-
dehors de limites fixées, lesquelles sont exprimées en blement selon une distribution log-normale. Elle
multiples de C. Dans le cas d’une distribution normale, consiste à calculer l’écart-type du logarithme de toutes
RQ1 et RQ3 sont équidistants de RM. Par conséquent, si C les variations de prix dans l’échantillon (à l’exclusion
est mesuré par RM – (RQ1 + RQ3)/2, on peut s’attendre à des observations inchangées) et à effectuer un test de la
ce que 50 % des observations se situent à plus ou moins précision d’ajustement (χ2) pour déterminer si la
C de la médiane. D’après les tableaux de la distribution distribution est log-normale. Si la distribution satisfait à
normale standardisée, cela équivaut à environ 0,7 fois ce test, toutes les variations de prix éloignées de plus du
l’écart-type (σ). Si, par exemple, C est fixé à 6, la double de l’exponentielle de l’écart-type sont recensées
distance induite est d’environ 4σ de l’échantillon, ce qui en vue d’un examen plus approfondi. Si le test rejette
veut dire qu’un pourcentage d’à peu près 0,17 % des l’hypothèse de distribution log-normale, toutes les
observations serait identifié de cette manière. Pour C = variations de prix éloignées de plus du triple de
4, les chiffres correspondants sont de 2,7σ, soit environ l’exponentielle de l’écart-type sont recensées. Les mises
0,7 % des veut dire qu’environ 4 % des observations en garde faites plus haut au sujet des variations
seraient identifiées. groupées et des échantillons de petite taille s’appliquent
9.156 Dans la pratique, la plupart des prix ne également ici.
changent pas forcément d’un mois sur l’autre, et la part des 9.160 Le second exemple repose sur l’algorithme de
observations identifiées comme erreurs possibles, en Tukey. Les rapports de prix sont classés et les 5 %
pourcentage de l’ensemble des changements, serait exagé- supérieurs et inférieurs identifiés en vue d’un examen
rément élevée. Il peut être bon de procéder à certaines plus poussé. Outre les 5 % supérieurs et inférieurs, on
expériences en modifiant la valeur de C selon les secteurs exclut aussi les rapports de prix qui sont égaux à 1 (pas
d’activité. Si ce test doit être utilisé pour identifier d’éven- de variation des prix). La moyenne arithmétique
tuelles erreurs en vue d’un examen plus approfondi, il y a tronquée (AM) des rapports de prix restants est calculée,
lieu d’utiliser une valeur relativement faible de C. et utilisée pour répartir les rapports de prix en deux

210
LE CALCUL DES INDICES DE PRIX À LA CONSOMMATION DANS LA PRATIQUE

groupes, supérieur et inférieur. Les «mi-moyennes» à cet impact, de façon à ce que toutes les variations de prix
supérieure et inférieure, c’est-à-dire les moyennes des qui causent un impact plus important que ce changement
deux groupes (AML, AMU), sont alors calculées. Les soient recensées en vue d’un examen. Si l’indice I est un
limites supérieure et inférieure (TL, TU) de Tukey sont indice élémentaire, tous les indices élémentaires peuvent
ensuite établies comme la moyenne plus (moins) 2,5 fois être soumis à examen, mais si I est un indice agrégé, les
la différence entre la moyenne et les mi-moyennes : prix qui varient d’un pourcentage donné seront recensés
ou non selon l’importance du rôle que l’indice élémentaire
TU = AM + 2,5(AMU – AM) auquel ils contribuent joue dans l’agrégat.
TL = AM – 2,5 (AM – AML) 9.164 Au niveau le plus bas, l’apparition et la
disparition de produits de l’échantillon modifient très
Toutes les observations supérieures à TU et inférieures à sensiblement la pondération effective du prix corres-
TL sont alors portées à l’attention des statisticiens. pondant. Cette pondération effective est aussi modifiée si
9.161 Cette méthode plus simple est similaire à celle une observation de prix est utilisée comme imputation
reposant sur la distribution normale. Comme elle exclut du pour d’autres observations manquantes. L’évaluation des
calcul de la moyenne tous les cas où il n’y a pas de pondérations effectives à chaque période est possible,
variation des prix, il est peu probable qu’elle produise des mais complexe. Les pondérations nominales (en pour-
limites très proches de la moyenne, et il n’y a donc pas lieu centage de leur somme) donneront en général une
de fixer une différence minimale. Pour que cette méthode approximation raisonnable pouvant aider à identifier les
donne des résultats probants, il faut également disposer erreurs potentielles. Si l’impact des variations sur douze
d’un grand nombre d’observations sur les variations de mois est nécessaire pour mettre en lumière les erreurs
prix analysées. Là encore, il sera souvent nécessaire de potentielles, les approximations sont les seuls filtres
grouper les observations faites à partir d’indices élémen- possibles, car les pondérations effectives varieront au
taires similaires. Pour ces divers algorithmes, les compa- cours de la période.
raisons peuvent porter sur n’importe quelle période, y 9.165 Identifier les erreurs potentielles de cette
compris sur le dernier mois ou sur des périodes plus manière a l’avantage de mettre l’accent sur les résultats.
longues (les variations sur douze mois, en particulier). Cette forme de filtrage aide aussi le statisticien à décrire
9.162 Comparés à la méthode simple, ces deux les diverses contributions aux variations des indices de
modèles de filtrage ont un avantage : pour chaque prix. De fait, ce type d’analyse se fait en grande partie
période, les limites supérieure et inférieure sont déter- après le calcul des indices, car le statisticien souhaite
minées par les données et peuvent donc varier au cours souvent mettre en évidence les indices qui ont contribué
d’une année, si le statisticien a décidé de la valeur des le plus aux variations de l’indice global. Il arrive que
paramètres entrant dans les modèles. Ils ont aussi un l’analyse permette de conclure que certains secteurs
inconvénient : à moins que le statisticien soit prêt à d’activités ont contribué dans des proportions relative-
recourir à des approximations tirées d’expériences anté- ment importantes à la variation globale observée, et que
rieures, toutes les données doivent être recueillies avant cette conclusion soit jugée irréaliste. L’examen de la
qu’il puisse procéder au filtrage. Les filtres devraient être variation fait apparaître que c’est une erreur, mais ce
assez sélectifs pour que le pourcentage d’erreurs constat peut arriver alors que le cycle de production de
potentielles débouchant effectivement sur des erreurs l’indice est déjà bien avancé et compromettre la
réelles soit élevé. Comme pour toute méthode auto- publication de cet indice à la date prévue. On peut donc
matique, l’identification d’une observation inhabituelle faire valoir qu’il serait bon d’identifier ces contributions
ouvre la voie à un examen plus approfondi, et non à une inhabituelles dans le cadre des procédures de vérification
radiation automatique. des données. L’inconvénient de cette méthode, c’est que
9.163 Vérification par impact, ou vérification des la variation d’un indice élémentaire risque d’être rejetée à
résultats obtenus. Le filtrage par impact, ou vérification ce stade. Il peut être nécessaire de modifier l’indice
des résultats obtenus, repose sur le calcul de l’impact calculé, même si cette solution ne peut être qu’un pis-aller
qu’une variation de prix donnée a sur l’indice auquel elle en attendant que l’échantillon soit redéfini.
contribue. Ce dernier peut être un indice d’agrégat élé-
mentaire, un indice total ou un autre indice agrégé. L’im-
pact d’une variation de prix sur un indice est égal à son Vérification et correction des données
pourcentage de variation multiplié par sa pondération 9.166 Certaines erreurs, celles qui concernent le
effective. Lorsque l’échantillon n’enregistre pas de varia- codage des données, par exemple, sont faciles à identifier
tions, le calcul est simple : c’est la pondération nominale et à corriger. Dans l’idéal, ces erreurs sont repérées dès la
(période de référence) multipliée par le rapport de prix, première étape du processus de vérification, avant qu’il
et divisée par le niveau de l’indice auquel il contribue. soit nécessaire de les examiner dans le contexte d’autres
L’impact sur l’indice I de la variation du prix d’un pro- variations de prix. D’autres erreurs potentielles sont plus
duit i de la période t à la période t + 1 est donc égal à délicates à traiter. Beaucoup de résultats qui ne satisfont
wi ( pt + 1/pt)/It, wi étant la pondération nominale dans la pas à une vérification des données peuvent être jugés tout
période de référence. On peut donner une valeur minimale à fait plausibles par le statisticien, en particulier si les

211
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

limites de la vérification des données sont larges. dernière communication est suffisamment long pour
Certains échecs potentiels ne peuvent être évités que par éveiller les soupçons, le statisticien devrait vérifier auprès
une vérification des données avec le répondant. du répondant si l’observation de prix reste valable. La
9.167 Si le répondant est en mesure d’apporter une longueur de ce délai variera d’un produit à l’autre et en
explication satisfaisante, les données peuvent être fonction du niveau global d’inflation mais, en règle
vérifiées ou corrigées. Sinon, différentes procédures sont générale, tout prix resté inchangé pendant plus d’un an
possibles. On peut poser comme règle que, si aucune est suspect.
explication satisfaisante n’est donnée, le prix commu- 9.171 Traitement des valeurs aberrantes. La détec-
niqué est omis du calcul de l’indice. On peut aussi laisser tion et le traitement des valeurs aberrantes (valeurs
le statisticien se prononcer sur la variation de prix. S’il extrêmes dont la vérification a prouvé qu’elles étaient
corrige certaines des données communiquées sans les correctes) est une police d’assurance. Ces opérations
vérifier avec le répondant, le changement qu’il apporte reposent sur la crainte qu’une donnée communiquée ne
peut causer par la suite des problèmes avec ce dernier. Si soit par hasard exceptionnelle et qu’une enquête plus
ce dernier n’est pas informé de la correction, la même approfondie, ou même différente, ne donne des résul-
erreur risque de se répéter à l’avenir. La marche à suivre tats moins extrêmes. Le traitement adopté consiste
sera fonction à la fois de la confiance dans les analystes, donc à réduire l’impact de l’observation exception-
de la politique de révision adoptée pour l’enquête et de la nelle, sans toutefois l’ignorer puisqu’elle s’est après
qualité de la communication avec les répondants. La tout produite. Les méthodes utilisées pour tester les
plupart des offices de statistique ne veulent pas trop en valeurs aberrantes sont les mêmes que celles qui
demander à leurs répondants. servent à identifier les erreurs potentielles par filtrage
9.168 Beaucoup d’organisations consacrent une part statistique et qui ont été décrites plus haut. Par
disproportionnée de leur activité à l’identification et au exemple, des limites inférieure et supérieure des
suivi des erreurs potentielles. S’il apparaît que cette distances par rapport à la variation de prix médiane
pratique a pour effet de limiter les changements de sont déterminées. Dans ce cas, cependant, lorsqu’il
résultats, puisque la plupart des rapports sont finalement apparaît que des observations débordent de ces limites,
acceptés, il y a lieu d’assouplir les «limites» à partir des- ces observations peuvent être modifiées pour rester
quelles les valeurs sont considérées comme extrêmes. dans les limites ou imputées en utilisant le taux de
Les erreurs enregistrées risquent davantage d’être dues variation d’un ensemble de prix comparables. Cet
au fait que des répondants oublient de communiquer des ajustement des valeurs aberrantes se fait parfois
variations qu’à une communication erronée de celles-ci, automatiquement, dans la mesure où le statisticien ne
et la bonne volonté des répondants ne doit pas être dispose pas, par définition, d’informations supplémen-
compromise sans nécessité. taires sur lesquelles fonder une meilleure estimation.
9.169 En règle générale, les efforts consacrés à Ces méthodes d’ajustement automatique sont utilisées,
l’identification des erreurs potentielles ne devraient pas mais le manuel préconise d’y recourir avec prudence.
être excessifs. Les erreurs évidentes devraient être repé- Si un agrégat élémentaire est assorti d’une pondération
rées au stade de la saisie des données. À moins que les relativement importante et repose sur un échantillon
observations visées ne soient assorties de lourdes pondé- relativement limité, on peut procéder à un ajustement.
rations et excessives, le temps passé à les identifier est La prescription générale devrait être d’inclure les prix
souvent mieux employé à traiter les cas où certaines vérifiés, et l’exception de les revoir à la baisse.
choses ont changé dans le cycle de production — change- 9.172 Traitement des observations de prix man-
ment de la qualité, prix indisponibles — et à redéployer quantes. Il y a de bonnes chances pour que toutes les
les activités vers la maintenance d’un échantillon perti- données requises n’aient pas été reçues au moment où
nent et la vérification des erreurs et omissions. l’indice doit être calculé. D’ordinaire, il s’avère que
9.170 Si les observations de prix sont recueillies de l’absence de certaines données n’était due qu’à un retard.
telle manière que l’on rappelle au répondant le prix Le répondant déclare parfois qu’il ne peut pas commu-
communiqué précédemment, ce dernier peut, par facilité, niquer un prix parce que le produit n’est plus fabriqué, et
communiquer à nouveau le même prix. Cela arrive qu’il n’existe plus de produit de substitution similaire.
parfois alors même que le prix a changé ou que le produit Parfois, bien sûr, ce qui avait commencé apparemment
suivi n’est plus disponible. Comme les prix de nombreux comme un retard dans la communication devient une
produits élémentaires ne changent pas souvent, ce type perte de données permanente. Les mesures à prendre sont
d’erreur ne risque guère d’être décelé à l’occasion de différentes selon que la situation présente un caractère
vérifications normales. Souvent, la situation se pose temporaire ou permanent.
quand on change de contact au point de vente répondant 9.173 Lorsque les prix manquent temporairement,
et que le nouveau contact a des difficultés à trouver la stratégie la plus adaptée consiste à réduire au mini-
quelque chose qui correspond au prix communiqué mum les cas d’observations manquantes. Les rapports
précédemment. Il est donc recommandé de conserver le d’enquête sont le plus souvent reçus quelque temps
dernier relevé d’une modification de prix communiquée avant que les indices doivent être calculés. Ces rapports
par le répondant. Lorsque le temps écoulé depuis cette suivent fréquemment un scénario bien établi : certains

212
LE CALCUL DES INDICES DE PRIX À LA CONSOMMATION DANS LA PRATIQUE

répondants ont tendance à communiquer rapidement consiste à fonder l’estimation de l’observation de prix
leurs données, d’autres le font en général plus tard dans manquante sur la variation enregistrée par un groupe
le cycle. Le statisticien doit se familiariser avec ces d’observations similaires.
comportements. Un système de saisie de données 9.175 Il y aura des situations dans lesquelles le
informatisé peut signaler les rapports qui semblent plus prix manque de façon permanente parce que le produit
tardifs qu’à l’ordinaire, et ce bien avant que l’on ait n’existe plus. Faute de pouvoir remplacer le prix
atteint la date butoir pour le traitement des données. manquant, une imputation devra être faite pour chaque
D’autre part, certaines données sont plus importantes période jusqu’à ce que l’échantillon ait été redéfini ou
que d’autres. Le système de pondération peut donner qu’un produit remplaçant ait été trouvé. Ce cas de
une grande importance à certains répondants, et les figure est par conséquent plus important que celui où le
produits importants doivent être signalés à l’attention prix manque temporairement, et demande à être suivi
des analystes. de plus près.
9.174 S’agissant des rapports pour lesquels aucune 9.176 Le prix manquant peut être imputé en utili-
estimation ne peut être faite, deux solutions possibles sant la variation des observations de prix restantes
sont avancées ici (on se reportera au chapitre 7 pour un dans l’agrégat élémentaire (l’effet sera le même que si
tour d’horizon complet des méthodes envisageables) : l’on sort l’observation manquante de l’échantillon) ou
l’imputation, de préférence ciblée, dans laquelle la la variation d’un sous-ensemble d’autres observations
variation de prix manquante est supposée être la même de prix concernant des produits élémentaires compa-
que celle d’un autre ensemble de variations de prix, ou rables. Il faut alors signaler que la série repose sur des
l’hypothèse d’une absence de variation du prix et valeurs imputées.
l’utilisation de celui de la période précédente. Cette 9.177 Les échantillons sont conçus en s’appuyant
seconde procédure ne tient pas compte du fait qu’il sur le fait que les produits choisis pour être observés
apparaîtra que certains prix ont changé et que, si les sont représentatifs d’un éventail plus large de produits.
prix évoluent généralement dans un sens donné, Les imputations faites pour les prix manquant de façon
la variation de l’indice sera sous-estimée. Cette permanente sont un signe de faiblesse de l’échantillon,
procédure n’est donc pas recommandée. Cependant, si et leur accumulation signale que l’échantillon devrait
l’indice est révisé périodiquement, elle conduira à être redéfini. Lorsque l’on sait que des indices reposent
moins de révisions ultérieures que la méthode des sur un échantillon dans lequel les disparitions de
imputations, puisque les prix de la plupart des produits produits sont nombreuses, il convient d’anticiper les
ne varient pas à tout moment. L’imputation type remplacements à opérer.

213
CAS PARTICULIERS 10
Introduction besoins en informations pour estimer certains de ces con-
cepts (voire de tous) peuvent être tels qu’il n’est pas tou-
10.1 Dans le présent chapitre, nous examinons six jours réaliste d’adopter celui qui serait optimal. Il peut
catégories de dépenses qui posent au statisticien des pro- aussi être difficile d’identifier le principal objectif de
blèmes particuliers, tant pour identifier l’une des l’IPC. En particulier, l’emploi de l’IPC comme indicateur
approches théoriques convenues que pour surmonter des macroéconomique et à des fins d’indexation risque de
difficultés pratiques d’évaluation. Ces catégories, qui compliquer nettement la façon de traiter les coûts du loge-
relèvent surtout du secteur privé, sont les suivantes : ment occupé par son propriétaire. Il peut alors être néces-
• logements occupés par leur propriétaire; saire d’adopter une solution qui ne soit pas entièrement
compatible avec le concept retenu pour d’autres produits
• vêtements; élémentaires dans l’IPC. À cause des difficultés rencon-
• services de télécommunications; trées pour résoudre ces problèmes, certains pays ne
prennent pas en considération dans l’IPC le logement
• services financiers; occupé par son propriétaire ou publient plusieurs indices.
• services d’agence immobilière; 10.6 Dans le reste de la présente section, nous exa-
minons la base et les besoins en données des concepts
• services d’assurance de biens. d’utilisation, de paiement et d’acquisition.
10.2 En conséquence, le chapitre est divisé en six
sections. Dans chaque section, nous étudions les considé-
rations théoriques qui s’imposent, ainsi que les questions Concept d’utilisation
de mesure pertinentes. Le cas échéant, nous donnons des 10.7 L’objectif général de ce concept est d’évaluer
exemples, en indiquant les avantages et les inconvénients, les variations dans le temps de la valeur des flux de ser-
de diverses méthodes qui permettent de mesurer les pon- vices de logement consommés par les propriétaires-
dérations ou les variations de prix. occupants. Deux grandes approches détaillées sont utili-
10.3 Il est important de souligner que ces exemples sées : le coût d’usage et l’équivalent-loyer.
ne sont ni définitifs, ni contraignants, mais donnent plu- 10.8 Avec l’approche du coût d’usage, nous nous
tôt des orientations générales sur la façon d’aborder les efforçons de mesurer les variations du coût d’utilisation
problèmes. Les besoins de l’utilisateur, ainsi que la dis- du logement par le propriétaire-occupant. Pendant la
ponibilité des données et des ressources statistiques, période de référence des pondérations, ces coûts se com-
sont des facteurs à prendre en considération dans le posent de deux éléments : les coûts effectifs récurrents
choix de la méthodologie. La conjoncture et la régle- (réparations et entretien, par exemple) et les impôts fon-
mentation du marché des produits, qui peuvent varier ciers; en outre, il convient de mentionner le coût
sensiblement selon les pays, jouent aussi un rôle crucial d’opportunité correspondant à l’affectation de capitaux
dans le choix de la méthode. au logement plutôt qu’à d’autres fins. Lorsque le loge-
ment est acheté sans recours à l’emprunt (le scénario le
Logements occupés plus simple), ce coût est représenté par le taux de rende-
ment d’actifs de remplacement. Le plus souvent, l’achat
par leur propriétaire d’un logement est, en partie du moins, financé par un
10.4 Le traitement des logements occupés par leur crédit hypothécaire. Dans ce cas, le coût d’opportunité
propriétaire dans les indices des prix à la consommation peut être considéré comme la moyenne des taux d’intérêt
(IPC) est sans doute l’une des questions les plus diffi- hypothécaires et du rendement des actifs de remplace-
ciles pour le statisticien. Les diverses façons théoriques ment, pondérés, respectivement, par la fraction emprun-
de les traiter peuvent avoir, à raison du pourcentage de la tée du prix d’achat et celle réglée au comptant.
population de référence qui est propriétaire de son loge- 10.9 L’estimation de la pondération des coûts effec-
ment, un impact considérable sur l’IPC en modifiant à la tifs récurrents pour la période de référence est relative-
fois les pondérations ou, à tout le moins, les mesures à ment facile et peut en général être faite à partir
court terme des variations des prix. d’enquêtes sur le budget des ménages. De même, la
10.5 L’idéal serait que le concept choisi soit celui qui construction des mesures de prix pour ces produits élé-
serve le mieux l’objectif principal de l’IPC. Toutefois, les mentaires ne présente guère de difficulté.

215
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

10.10 Dans le cas des coûts d’opportunité, la pon- mettre de côté chaque année que par les dépenses effec-
dération pour la période de référence est plus difficile tuées (qui sont en général élevées mais peu fréquentes).
à estimer et nécessite d’être modélisée. Il est alors La pondération de l’amortissement pour la période de
possible de supposer que tous les propriétaires- référence pourrait être estimée en multipliant la valeur
occupants ont acheté sans emprunter leur logement au marchande du logement occupé par son propriétaire
début de la période et l’ont revendu à la fin. Pendant la (sans le terrain) par un taux moyen de dépréciation, qui
période, leur coût d’opportunité comprend les intérêts pourrait être calculé à partir d’estimations de la consom-
auxquels ils ont renoncé (c’est-à-dire ceux qu’ils mation de capital logement dans les comptes nationaux.
auraient pu obtenir en plaçant leurs capitaux ailleurs) et Ainsi établi, l’indicateur adéquat des prix devrait être
l’amortissement. La plus-value éventuellement réalisée idéalement un indice des prix du logement excluant
lors de la vente du logement compense ce coût. La cons- les terrains, plutôt qu’un indice des coûts des travaux
truction des mesures de variation des prix requises est de rénovation.
aussi très complexe (voir chapitre 23 pour un examen 10.14 L’approche de l’équivalent-loyer s’efforce de
plus approfondi) et exige de recourir fréquemment à la mesurer la variation du prix des services de logement
technique de l’imputation, en particulier pour l’amortis- consommés par les propriétaires-occupants en estimant la
sement. Si l’achat est financé en partie par un crédit valeur vénale de ces services. En d’autres termes, l’équi-
hypothécaire, nous pouvons exprimer le coût d’usage valent-loyer est calculé en estimant ce qu’auraient dû
(UC) par la formule typique : payer les propriétaires-occupants pour louer leur loge-
ment. Il ne serait pas approprié, pour éviter tout double
UC = rM + iE + D + RC – K
comptage, de prendre aussi en compte certains coûts sup-
où M et E représentent l’emprunt hypothécaire et les portés normalement par les propriétaires, comme l’assu-
avoirs du propriétaire et r et i les taux d’intérêt hypothé- rance habitation, les réparations importantes et l’entretien
caires et le taux de rendement des actifs de remplace- et les impôts fonciers. Ce concept est recommandé dans
ment. D est l’amortissement, RC les autres coûts récur- le SCN 93 pour mesurer la consommation des ménages et
rents et K la plus-value. est également utilisé pour effectuer des comparaisons
10.11 Aucun organisme statistique national n’utilise internationales des niveaux de vie.
à l’heure actuelle l’approche intégrale du coût d’usage, à 10.15 Pour calculer la pondération afférente à
cause en partie de sa complexité théorique et méthodolo- l’équivalent-loyer, il faut estimer le montant que le pro-
gique, qui peut également l’empêcher d’obtenir l’appro- priétaire-occupant aurait payé pendant la période de
bation générale du public. Pour cette raison, nous n’exa- référence des pondérations pour louer le logement. Il
minerons pas en détail cette méthodologie. Il convient n’est guère possible de s’attendre à ce que les proprié-
toutefois de souligner que le taux de variation relatif des taires-occupants estiment ce montant avec exactitude
prix de l’immobilier influence nettement les pondéra- dans les enquêtes sur le budget des ménages. En prin-
tions et les mesures des variations de prix établies régu- cipe toutefois, il peut être estimé en comparant les loge-
lièrement. Vu le rôle prépondérant que jouent en général ments occupés par leur propriétaire avec d’autres loge-
les plus-values et les taux d’intérêt dans la formule du ments analogues loués et en imputant ces loyers aux
coût d’usage, le poids de ce coût est vraisemblablement logements occupés par leur propriétaire.
négatif (ce qui suppose un prix négatif de ce coût) 10.16 Un certain nombre de problèmes se posent en
lorsque la hausse des prix de l’immobilier dépasse les pratique, notamment dans les pays où le marché privé de
taux d’intérêt nominaux. la location est peu développé et où la qualité générale,
10.12 En pratique, il est possible d’éviter certaines l’âge, la superficie et la situation des logements ne sont
de ces difficultés en adoptant une variante ou une défini- pas les mêmes selon qu’ils sont loués ou occupés par leur
tion plus étroite du coût d’usage. Par exemple, certains propriétaire. L’imputation directe des loyers effectifs peut
pays utilisent une variante de cette approche principale- également ne pas être appropriée lorsque les loyers sont
ment fondée sur les paiements d’intérêts hypothécaires réglementés. En outre, il est possible d’estimer que les
et l’amortissement exprimés en termes bruts, en partie propriétaires tirent des avantages supplémentaires impor-
parce que les propriétaires peuvent facilement considé- tants d’éléments comme la sécurité du statut d’occupa-
rer ces montants comme des coûts incontournables. Il tion et la faculté de faire des aménagements, de sorte
est possible d’estimer que ces intérêts hypothécaires qu’il est nécessaire d’ajuster les imputations initiales.
représentent ce que coûte le fait d’avoir un logement 10.17 Dans les pays où la population de référence
aujourd’hui, et l’amortissement les dépenses courantes de l’IPC correspond à l’ensemble des ménages rési-
nécessaires pour pallier sa dégradation et son vieillisse- dents, les problèmes d’estimation sont analogues à ceux
ment. Les méthodologies utilisées pour calculer les que rencontrent les comptables nationaux, aussi serait-il
paiements d’intérêts hypothécaires moyens effectifs utile de collaborer avec eux.
pour les ménages de l’indice sont décrites dans la sec- 10.18 Il est possible d’établir la série de prix corres-
tion sur le concept des paiements (voir infra). pondante pour les loyers des logements occupés par leur
10.13 L’amortissement (dépréciation) est progres- propriétaire à partir d’un indice des loyers effectifs, sauf
sif, de sorte qu’il est mieux représenté par le montant à si ces derniers sont réglementés. En fonction du ratio

216
CAS PARTICULIERS

propriétaires-occupants/locataires et de la structure des 10.21 S’il est concevable d’inclure tous ces produits
deux marchés (sous l’angle des caractéristiques des loge- élémentaires dans l’indice, il est en général convenu
ments), il conviendrait peut-être de modifier les enquêtes qu’un certain nombre d’entre eux au moins ne représente
déjà faites pour répondre aux exigences particulières que des opérations en capital qui doivent être exclues de
d’une série d’équivalents-loyers. Si la valeur totale des l’IPC. Par exemple, alors que les versements initiaux et
équivalents-loyers dépasse sensiblement les loyers effec- les remboursements de principal sur les crédits hypothé-
tifs, la taille réelle de l’échantillon de prix existant pour- caires amènent les ménages à ponctionner leurs avoirs
rait aussi être jugée insuffisante. Si les caractéristiques liquides, ils aboutissent aussi à créer un actif réel (une
des logements occupés par leur propriétaire diffèrent net- partie au moins d’un logement) ou à réduire leur passif
tement de celles du marché de la location, l’enquête sur (l’encours de la créance hypothécaire). De même, le
les loyers peut alors nécessiter une stratification plus fine règlement comptant des dépenses au titre de travaux de
(en fonction, par exemple, de la catégorie et de la surface rénovation ou d’agrandissement génère une diminution
du logement et de son emplacement). Les indicateurs de des avoirs liquides, que compense une augmentation de
prix pour les différentes strates peuvent alors être assortis la valeur du logement. En d’autres termes, ces opéra-
de pondérations différentes dans les calculs des séries des tions, qui n’entraînent aucune variation nette des bilans
loyers effectifs et des équivalents-loyers. des ménages, devraient être exclues.
10.19 Si les prix subventionnés ou réglementés 10.22 Les autres produits élémentaires peuvent être
peuvent être inclus dans les séries des loyers effectifs, il considérés comme des dépenses courantes qui n’entraînent
ne faudrait pas utiliser ces séries pour calculer celles des aucun ajustement compensateur dans les bilans des
équivalents-loyers. Étant donné le rôle croissant joué par ménages. Il est donc jugé approprié d’inclure ces produits
les prix des locations dans l’indice global, il peut en dans un IPC fondé sur le concept de paiement. Dans un tel
outre être nécessaire d’accorder davantage d’attention à indice, il est clair que le total des paiements est égal aux
la mesure des variations de prix en cas de changement ressources des ménages comprenant les revenus après
d’occupant du logement. Un tel changement donne sou- impôts (salaires, transferts, revenus fonciers, indemnités
vent l’occasion au propriétaire de remeubler le logement d’assurance, etc.) et l’épargne nette (à titre d’élément de
et d’augmenter le loyer, mais il ne faut pas croire que contrepartie). Pour cette raison, un IPC fondé sur un tel
l’ensemble de ces variations de prix corresponde à un indice est en général considéré comme le meilleur instru-
changement de qualité. Par ailleurs, il se peut que les ment pour évaluer les variations dans le temps des revenus
séries des loyers doivent subir des ajustements de la qua- monétaires nets.
lité pour tenir compte de l’amortissement en cours des 10.23 Il est facile d’estimer les dépenses brutes au
bâtiments. Cette question est examinée au chapitre 23, titre de ces produits pendant la période de référence des
paragraphes 23.69 à 23.78. pondérations au moyen d’une enquête sur le budget des
ménages, les dépenses pour ces produits pouvant en
général être déclarées par les ménages. Nous examinons
Concept de paiement ultérieurement dans le présent chapitre la construction
10.20 Les produits élémentaires couverts dans un d’indices de prix pour les commissions des agences
indice fondé sur le concept de paiement sont définis par immobilières et les assurances, mais non d’indices pour
référence aux dépenses effectivement faites par les les travaux de réparation et d’entretien et pour les con-
ménages pour avoir accès à des biens ou des services tributions foncières, car ils ne sont pas censés poser de
de consommation. La série de dépenses propres aux problèmes particuliers. Le reste de la présente section
propriétaires-occupants pendant la période de référence est consacré à la construction de mesures de prix pour
des pondérations comprend : les charges d’intérêts hypothécaires.
• les versements initiaux ou dépôts effectués pour des 10.24 La construction d’indices de prix pour les
logements récemment achetés; charges d’intérêts hypothécaires est en général difficile.
Cette complexité, qui varie d’un pays à l’autre, dépend
• les frais légaux et les commissions d’agence immobi- du fonctionnement des marchés financiers intérieurs et
lière payables en cas de transfert de propriété; de l’existence ou non de dispositions de l’impôt sur le
• les remboursements de principal sur les crédits revenu applicables aux paiements d’intérêts hypothé-
hypothécaires; caires. Nous décrivons donc ci-après un objectif général
et exposons à titre d’exemple une méthodologie pour
• les paiements d’intérêts hypothécaires; produire l’indice requis dans les cas les plus simples.
• les travaux de rénovation ou d’agrandissement des Cette méthodologie sera modifiée en fonction des diffi-
logements; cultés supplémentaires qui pourront être rencontrées
dans certains pays.
• l’assurance habitation; 10.25 Il est possible de résumer brièvement le con-
• les réparations ou l’entretien des logements; cept général comme suit. Si la méthode du panier-type est
utilisée, l’objectif de l’indice est de mesurer les variations
• les contributions foncières. des intérêts qui seraient payables sur une série d’hypo-

217
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

thèques équivalentes à celles observées lors de la période période de l’achat et la cinquième année précédant la
de référence des pondérations. L’âge des différentes période de comparaison. L’équivalent de l’encours de la
hypothèques de ce stock de référence variera considéra- créance pour la période de comparaison serait calculé
blement selon qu’elles sont retenues pour la période de en enlevant 50 % du prix du logement revalorisé
référence ou ont été choisies plusieurs années auparavant. (200.000 dollars), ce qui donne 100.000 dollars, puis en
En établissant un indice de base fixe, la répartition des réduisant ce montant du montant de principal remboursé
hypothèques selon leur âge doit rester constante. (20 %), ce qui donne 80.000 dollars.
10.26 Le montant des intérêts payables au titre d’une 10.30 En vertu de ces hypothèses, il est à l’évidence
hypothèque est fixé en appliquant un certain taux d’inté- possible d’estimer directement la valeur de l’encours de
rêt, exprimé en pourcentage, à la valeur monétaire de la créance pour la période de comparaison à partir de
l’emprunt. Il est donc possible, en principe, de mesurer celle de son encours pour la période de référence unique-
les variations des charges d’intérêts hypothécaires en ment sur la base des variations des prix de l’immobilier
appliquant au montant approprié de l’emprunt un taux pendant les cinq années antérieures à la période de réfé-
d’intérêt moyen calculé à partir des informations rence et les cinq années antérieures à la période de com-
recueillies périodiquement sur des taux d’intérêt hypothé- paraison. En d’autres termes, bien que le maintien à leur
caires représentatifs. Dans le cas du moins des hypo- niveau initial des ratios crédit/avoirs propres et des taux
thèques à taux variable classiques, les intérêts exigibles de remboursement du principal aide à comprendre le
au titre du stock revalorisé d’hypothèques de la période concept de paiement, il n’est pas absolument nécessaire
de référence peuvent être calculés simplement sur la base d’estimer ces variables pour calculer la créance corres-
des taux d’intérêt hypothécaires en vigueur. pondant à la période de comparaison. Il faut connaître la
10.27 Le principal problème est donc de déterminer valeur de l’encours de la créance pour la période de réfé-
le montant approprié de l’emprunt pour chaque période rence et l’âge de cette créance et disposer d’une mesure
de comparaison. Puisque la valeur réelle de tout montant pertinente des variations des prix du logement.
monétaire varie en fonction du pouvoir d’achat de la 10.31 Supposons maintenant que toutes les hypo-
monnaie, il n’est pas judicieux d’utiliser la valeur moné- thèques soient à taux variable et que les taux d’intérêt
taire effective de la période de référence dans les calculs nominaux moyens passent de 5 à 7,5 % entre la période
portant sur les périodes ultérieures. La première mesure de référence et celle de comparaison. Les paiements
qui s’impose plutôt est d’actualiser la valeur monétaire d’intérêts pour les deux périodes peuvent être établis à
pour chaque période de comparaison de façon à ce 2.000 dollars et 6.000 dollars, respectivement, de sorte que
qu’elle demeure constante en termes réels (c’est-à-dire à l’indice des paiements d’intérêts hypothécaires pour la
ce que les quantités à la base du montant de la période de période de comparaison est de 300,0. Il est naturellement
référence restent constantes). possible de trouver un résultat identique directement à par-
10.28 Pour y parvenir, il est nécessaire d’avoir une tir des séries d’indice du crédit et des taux d’intérêt nomi-
vision au moins théorique des quantités correspondant au naux. L’indice des charges d’intérêts hypothécaires est
montant de la créance pendant la période de référence. obtenu en divisant par 100 le produit de l’indice du crédit
L’encours de l’emprunt hypothécaire d’un ménage pen- par celui des taux d’intérêt nominaux. Dans le présent
dant la période de référence dépend du prix d’achat initial exemple, l’indice du crédit est égal à 200,0 et celui du taux
du logement et du ratio crédit/garantie, ainsi que du taux d’intérêt nominal à 150,0. L’indice des taux d’intérêt
de remboursement du principal depuis la date d’achat. Une hypothécaires est donc égal à (200,0 x 150,0)/100, soit
valeur équivalente de la créance peut être calculée pour les 300,0. Cet exemple sert également à illustrer un point très
périodes de comparaison subséquentes en maintenant à un important : les pourcentages (taux d’intérêt, taxes, etc.) ne
niveau constant l’âge de la créance, sa valeur initiale (en sont pas des prix et ne peuvent être utilisés à ce titre. Ils
tant qu’une certaine proportion fixe de la valeur totale du doivent être appliqués à une valeur monétaire afin de
logement lorsque l’hypothèque a été initialement conclue) déterminer un prix monétaire.
et le taux de remboursement du principal (en tant qu’une 10.32 Si l’exemple à un seul ménage donné ci-des-
certaine proportion de la créance initiale) et en appliquant sus est utile pour expliquer les concepts de base, il est
ces facteurs aux prix de l’immobilier pendant les périodes nécessaire de mettre au point une méthodologie qui per-
correspondant à l’âge de la créance. mette de calculer un indice des charges d’intérêts hypo-
10.29 Prenons, à titre d’exemple, une période de thécaires pour l’ensemble de la population de référence.
référence où un ménage a acheté un logement cinq ans Les choses se compliquent lorsqu’on passe à plusieurs
plus tôt pour 100.000 dollars, dont 50 % ont été financés ménages, surtout parce que l’âge de la créance varie
par un crédit hypothécaire. Si, entre la date de l’achat et selon les ménages. Ce calcul n’est pas trivial, car il est
la période de référence, ce ménage a remboursé 20 % de important de revaloriser la créance de la période de réfé-
son emprunt, alors l’encours de la créance sur laquelle rence afin de la maintenir à un âge constant. S’il est con-
des charges d’intérêts sont calculées pour la période de cevable que des informations sur l’âge de la créance
référence serait de 40.000 dollars. Passons maintenant à hypothécaire puissent être recueillies dans les enquêtes
quelque période de comparaison subséquente et suppo- sur le budget des ménages, la charge supplémentaire qui
sons que les prix de l’immobilier ont doublé entre la serait alors imposée aux répondants et le nombre en

218
CAS PARTICULIERS

général faible des ménages déclarant avoir un crédit thécaires (premier trimestre de l’année 0). La colonne (2)
hypothécaire rendraient souvent peu fiables les estima- contient une moyenne mobile sur quatre trimestres de la
tions en provenance de cette source. Une autre solution première série — ce qui est nécessaire pour refléter les
consiste à contacter un échantillon de sociétés hypothé- prix «annuels» correspondant aux cohortes de créances,
caires (banques, mutuelles d’épargne et de construction, qui ne sont disponibles que pour les groupes d’âge
etc.) en vue d’obtenir le profil d’âge de leur portefeuille annuels dans notre exemple (si des cohortes trimestrielles
hypothécaire. Cette catégorie de données est normale- étaient disponibles, il ne serait pas nécessaire de calculer
ment disponible et en général fiable. la série sur les moyennes mobiles).
10.33 Le tableau 10.1 montre comment un indice glo- 10.35 Les colonnes (1) à (4) du tableau 10.1b) con-
bal des prix des créances hypothécaires peut être construit. tiennent les indices des créances hypothécaires calculés
Pour illustrer la méthodologie utilisée, les hypothèses ci- pour chaque cohorte re-référencée à A0 T1 = 100. Ces
après ont été établies à des fins de simplification : séries sont des transformations simples des séries de la
• l’indice est trimestriel et non mensuel; colonne (2) du tableau 10.1a), chacune étant assortie
d’un point de départ différent. Par exemple, la série des
• la créance hypothécaire la plus ancienne a entre trois créances pour la cohorte contractée il y a trois à quatre
et quatre ans (en pratique, les créances qui dépassent ans a comme point de départ l’indice qui commence
huit ans sont normalement insignifiantes); à A–4 T4 (soit 113,9) à la colonne (2). De même la
• chaque cohorte annuelle est répartie également sur série des emprunts âgés de deux à trois ans débute à
l’année; A–3 T4 (soit 118,7), et ainsi de suite. La colonne (5) du
tableau 10.1b) contient l’indice global des créances
• un indice trimestriel des prix du logement (logements hypothécaires qui est obtenu en pondérant ensemble les
neufs et anciens, terrains inclus) est disponible. indices des quatre cohortes d’âge. Les pondérations
10.34 La colonne (1) du tableau 10.1a) contient des sont calculées à partir de données des institutions finan-
indices des prix du logement remontant à quatre ans avant cières sur l’encours des créances par âge, revalorisées
la période de référence pour la série des créances hypo- aux prix de la période A0 T1.

Tableau 10.1 Exemple de calcul d’une série de créances hypothécaires


a) Indice des prix du logement
Indice initial Moyenne mobile
des prix sur quatre
du logement trimestres de (1)
Année Trimestre (1) (2)

A–4 T1 111,9
T2 112,8
T3 114,7
T4 116,2 113,9
A–3 T1 117,6 115,3
T2 118,5 116,8
T3 119,0 117,8
T4 119,8 118,7
A–2 T1 120,1 119,4
T2 120,3 119,8
T3 120,5 120,2
T4 122,0 120,7
A–1 T1 122,3 121,3
T2 123,8 122,2
T3 124,5 123,2
T4 125,2 124,0
A0 T1 125,9 124,9
T2 126,1 125,4
T3 127,3 126,1
T4 129,2 127,1
b) Indice des créances hypothécaires
Âge de la créance
3–4 ans 2–3 ans 1–2 ans 0–1 an Moyenne
P = 10 % P = 20 % P = 30 % P = 40 % pondérée
Année Trimestre (1) (2) (3) (4) (5)

A0 T1 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0


T2 101,2 100,6 100,7 100,7 100,7
T3 102,5 100,9 101,6 101,1 101,4
T4 103,4 101,3 102,2 101,7 101,9

219
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

Tableau 10.2 Exemple de calcul d’une série plus approprié d’utiliser pour revaloriser l’endettement
de charges d’intérêts hypothécaires un indice général de l’inflation.
Indice Indice
Indice des des taux des intérêts Concept d’acquisition
créances d’intérêt hypothécaires
hypothécaires nominaux (1) x (2)/100 10.39 Les produits élémentaires couverts dans un
Année Trimestre (1) (2) (3) indice fondé sur le concept d’acquisition sont définis
comme étant les biens et les services de consommation
A0 T1 100,0 100,0 100,0
T2 100,7 98,5 99,2 acquis par les ménages. Les pays qui établissent leur IPC
T3 101,4 100,8 102,2 sur cette base ont en général conclu que celui-ci doit sur-
T4 101,9 101,5 103,4 tout servir à donner une mesure de la hausse des prix
pour l’ensemble du secteur des ménages. Compte tenu
de ce que la hausse des prix est considérée comme un
phénomène propre au fonctionnement des marchés, le
10.36 Une série d’indice des taux d’intérêt hypothé-
champ de l’indice est aussi normalement limité aux
caires nominaux est obtenue en calculant les taux d’inté-
biens et services de consommation acquis dans le cadre
rêt trimestriels moyens des hypothèques à taux variable
d’opérations monétaires. En d’autres termes, les biens et
consenties par un échantillon d’institutions de crédit (à
les services de consommation fournis gratuitement aux
partir de la période A0 T1) et en les présentant sous
ménages par l’État ou les établissements à but non lucra-
forme d’indices. La série des taux d’intérêt nominaux et
tif sont exclus.
celle des créances hypothécaires peuvent alors être
10.40 Les dépenses des propriétaires-occupants qui
fusionnées afin de calculer celle des intérêts hypothé-
pourraient être prises en compte dans un indice fondé
caires, comme le montre le tableau 10.2.
sur les acquisitions sont :
10.37 La construction d’indices équivalents pour les
hypothèques à taux fixe est plus complexe dans la • les achats nets de logements (achats moins ventes par
mesure où un indice des charges d’intérêts doit être cal- la population de référence);
culé pour chaque cohorte d’âge des emprunts afin de • la construction directe de logements;
tenir compte de ce que les intérêts payables aujourd’hui
sur un emprunt souscrit il y a quatre ans sont fonction du • les travaux de rénovation ou d’agrandissement;
taux d’intérêt en vigueur il y a quatre ans. Cela nécessite • les frais légaux et les commissions des agences
d’établir un indice des taux d’intérêt fixes nominaux por- immobilières à acquitter en cas de transfert de propriété;
tant sur la même période que la série des prix du loge-
ment. Dans la mesure où les taux d’intérêt appliqués aux • les travaux de réparation et d’entretien;
emprunts à taux fixe dépendent également de leur durée, • les assurances;
le calcul de la série des taux d’intérêt fixes nominaux est
aussi plus complexe. La complexité supplémentaire de • les contributions foncières.
ces indices peut rendre la construction d’un indice des 10.41 Nous examinons ultérieurement dans le pré-
charges d’intérêts hypothécaires peu pratique pour les sent chapitre la construction d’indices des prix pour les
pays où les hypothèques à taux d’intérêt fixe occupent commissions des agences immobilières et les assu-
une place prédominante. rances, mais non d’indices pour les travaux de réparation
10.38 La construction de l’indice des paiements et d’entretien et pour les contributions foncières, car ils
d’intérêts hypothécaires repose sur l’hypothèse que le ne sont pas censés poser de problèmes particuliers. Nous
crédit hypothécaire sert à financer l’achat du logement abordons donc dans le reste de cette section les questions
(d’où la revalorisation de la créance en fonction des soulevées par l’établissement d’indicateurs pour les
variations des prix du logement). Cependant, il est de achats, la construction et les travaux de rénovation ou
plus en plus courant, surtout dans les pays développés, d’agrandissement des logements. Un avantage du con-
que les ménages utilisent la valeur résiduelle de leur cept d’acquisition est que, conformément à la façon dont
logement. En d’autres termes, ils peuvent contracter la plupart des autres biens et services sont traités dans
d’autres crédits hypothécaires, c’est-à-dire utiliser une l’IPC, l’indice du logement occupé par son propriétaire
fraction du capital déjà remboursé pour financer des acti- reflète le prix intégral payé pour le logement. En outre,
vités comme l’acquisition d’un bien de consommation les méthodes de financement de l’achat du logement
durable important tel qu’une voiture ou un bateau, des n’ont aucun impact sur cet indice.
vacances, voire l’achat d’actions ou d’obligations. Si ces 10.42 Étant construits pour mesurer les variations
autres emplois des fonds obtenus grâce à de tels crédits de prix pour l’ensemble des ménages (la population
sont importants, il pourrait être judicieux de considérer cible ou de référence), les IPC ne devraient pas tenir
qu’une partie au moins des charges d’intérêts hypothé- compte des opérations entre ces ménages. Si l’indice
caires représente le coût d’un service financier général et couvre tous les ménages privés, les pondérations ne
non des coûts d’habitation. S’agissant de cette fraction devraient refléter que les additions nettes au stock de
de la créance censée être utilisée à d’autres fins, il serait logements du secteur des ménages occupés par leur pro-

220
CAS PARTICULIERS

priétaire. En pratique, ces additions comprendront 10.46 Une autre solution consiste à combiner les
essentiellement les logements achetés à des entreprises données provenant de recensements de la population et
(logements neufs, appartenant à des sociétés ou à usage d’enquêtes sur le logement et la construction. Les recen-
locatif), ceux vendus ou cédés par le secteur public et sements permettent normalement de recueillir des infor-
les logements à usage locatif achetés à des ménages de mations sur le statut d’occupation des logements, et l’aug-
la population de référence aux fins d’être occupés par mentation annuelle moyenne du nombre de ménages
leur propriétaire. Si l’IPC est construit pour quelque propriétaires-occupants qui en ressort est un bon moyen
sous-groupe de la population (les salariés, par exemple), de calculer par approximation les additions nettes au
les pondérations devraient également comprendre les stock de logements. La plupart des pays mènent aussi des
achats aux autres catégories de ménages. enquêtes sur la construction qui fournissent des données
10.43 Les économistes classent les logements sur la valeur totale des logements construits. Ces données
parmi les actifs immobilisés et excluent donc les achats peuvent servir à estimer la valeur moyenne des nouveaux
de logements de la consommation des ménages. Si les logements, laquelle peut être appliquée aux volumes
logements achetés pour un usage locatif sont incontesta- estimés à partir du recensement de la population. Il va de
blement des actifs immobilisés, cela est moins sûr dans soi que la pertinence de cette approche doit être évaluée
le cas des logements occupés par leur propriétaire. Bien par pays, ce qui peut être complexe si l’IPC ne se rapporte
qu’ils admettent la possibilité de réaliser une plus-value, qu’à quelque sous-groupe de la population totale.
les ménages citent en général comme premier motif de 10.47 L’indice des prix doit mesurer dans le temps
l’achat d’un logement (qu’ils considèrent invariable- les variations des prix des bâtiments à usage d’habitation
ment comme un actif) l’accès à un service (logement et déjà construits, des nouveaux logements et des travaux de
sécurité du statut d’occupation). De leur point de vue, rénovation ou d’agrandissement. Comme le prix adéquat
les coûts supportés par les propriétaires-occupants pour des bâtiments existants est leur coût de remplacement, il
leur logement principal sont des dépenses à la fois est donc approprié d’établir un indice mesurant les varia-
d’investissement et de consommation et, si ces coûts tions des prix des nouveaux bâtiments à usage d’habita-
sont exclus d’un IPC fondé sur le concept d’acquisition, tion. Étant donné que les prix tant des nouveaux bâti-
la population en général risque de perdre confiance dans ments que des travaux de rénovation ou d’agrandissement
cet IPC. Il est possible de soutenir qu’il s’agit surtout de sont en principe fonction des coûts de la main-d’œuvre et
dépenses de consommation dans le cas des pays où le des matériaux de construction et des bénéfices des pro-
secteur locatif est assez peu développé et où les possibi- ducteurs, il suffit peut-être de construire un échantillon
lités de substitution entre la location et l’occupation à unique des prix de tous ces éléments. La nécessité d’éta-
titre de propriétaire sont limitées. blir un échantillon de prix distinct pour les travaux de
10.44 Le problème pour le statisticien est de séparer rénovation ou d’agrandissement dépendra de leur impor-
les deux catégories de dépenses de façon à ne tenir tance relative et de la question de savoir (lorsque, par
compte dans l’IPC que de celles de consommation. Bien exemple, ils concernent essentiellement des cuisines ou
qu’aucune solution particulière n’ait été retenue, il serait des salles de bains) si les éléments matériaux et main-
possible de classer le coût du terrain et des bâtiments, res- d’œuvre sont sensiblement différents dans le cas d’un
pectivement, parmi les dépenses d’investissement et logement complet. Quoiqu’il en soit, il y a lieu d’ajuster
celles de consommation, étant donné que, si les bâtiments les indices des prix pour éliminer les variations de prix
peuvent se dégrader et donc être «consommés», la quali- qui reflètent des changements dans les caractéristiques
té du terrain reste constante (sauf dans des cas très excep- des logements récemment construits.
tionnels). Comme le terrain (ou son emplacement) 10.48 Le type de logement construit dans chaque
compte pour la majeure partie de la variation des prix pays modifiera sensiblement la complexité et le coût dont
observables de logements par ailleurs identiques vendus à s’accompagne l’établissement des mesures de prix adé-
la même date, l’exclusion de sa valeur pourrait également quates. Si chaque nouveau logement est pour l’essentiel
être considérée comme une tentative d’exclure de l’IPC la unique (c’est-à-dire conçu pour répondre à diverses exi-
hausse des prix des actifs. (Les mesures de la hausse des gences, notamment celles du site de construction), il fau-
prix des actifs ont, bien entendu, leur propre utilité.) dra adopter un «modèle d’établissement de prix». Il sera
10.45 Le calcul de la pondération des dépenses alors nécessaire de sélectionner un échantillon d’entre-
d’acquisition nette (terrain exclu) et de construction, de prises du bâtiment, d’identifier des échantillons de loge-
rénovation ou d’agrandissement de logements pour la ments récemment construits et de relever les prix relatifs
période de référence pose quelques problèmes. Les esti- à la construction de logements identiques au cours de
mations des dépenses nettes relatives aux logements périodes ultérieures (exception faite des coûts de prépara-
déjà construits, déduction faite de la valeur du terrain, tion de la surface constructible qui peuvent varier d’un
qui peuvent être tirées des enquêtes sur le budget des terrain à l’autre). Cette approche sera vraisemblablement
ménages sont sans doute peu fiables, à la différence de coûteuse pour les répondants. En outre, il faudra veiller à
celles concernant les sommes que les ménages con- ce que les prix communiqués reflètent vraiment les con-
sacrent aux travaux de rénovation, d’agrandissement ou ditions du marché. En d’autres termes, ils doivent traduire
de construction de logements. le montant réaliste que les constructeurs pourraient envi-

221
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

sager de demander compte tenu du marché plutôt que Outre cette disponibilité selon les saisons, il se peut aussi
celui qu’ils auraient aimé demander eu égard à quelque que les caractéristiques matérielles de certains vêtements
situation antérieure. changent du fait de la mode.
10.49 Dans un certain nombre de pays, pour une part 10.52 La présente section donne une description
importante, les logements récemment construits sont générale du marché du vêtement dans la plupart des pays
identiques à ce que l’on appelle des maisons témoins, en et examine les problèmes les plus graves auxquels fait
d’autres termes des maisons que les entreprises du bâti- face le statisticien, ainsi que certaines solutions pour les
ment construisent sur une base régulière à partir d’une surmonter ou tout au moins les réduire au minimum.
série de plans types conservés à cet effet. Cette pratique
est réaliste surtout dans les pays où une proportion Le marché du vêtement
importante des logements est construite dans de nou- 10.53 La plupart des pays enregistrent au moins cer-
veaux lotissements (c’est-à-dire sur des terrains récem- taines variations atmosphériques tout au long de l’année.
ment viabilisés ou reviabilisés spécifiquement à des fins Le nombre de «saisons» distinctes va de deux («humide»
d’habitation). Lorsque beaucoup de ces maisons sont et «sèche» ou été et hiver) à quatre dans la plupart des
construites, il est alors possible de choisir un échantillon régions (hiver, printemps, été et automne). En général, les
de ces maisons pour en suivre le prix, étant donné qu’on vêtements sont classés en deux catégories selon qu’ils sont
est sûr que les prix communiqués sont les prix de tran- disponibles pour une saison seulement ou toute l’année.
saction effectifs (établis là encore déduction faite des 10.54 La mode a aussi un impact sur les vêtements
coûts de terrassement). Même si en majorité les nou- (saisonniers ou non). Les pantalons peuvent être droits
veaux logements ne sont pas identiques à des maisons ou à pattes d’éléphant, les vestes droites ou croisées, les
témoins, elles peuvent être un indicateur représentatif des chemises à col boutonné ou non ou à manches courtes
variations globales de prix. ou longues, et ainsi de suite.
10.50 Pour suivre les prix des maisons témoins, il est 10.55 Au sein même des catégories de vêtements
nécessaire de veiller à ce que les plans retenus restent repré- que la mode en général ou les saisons n’influencent pas
sentatifs et de détecter les changements de qualité prove- outre mesure, ceux dont le prix peut être suivi d’une
nant des modifications apportées à ces plans ou aux élé- période à l’autre peuvent varier considérablement. Les
ments de base. Chaque fois que les plans sont modifiés, le détaillants changent de fournisseurs en vue de trouver le
changement de qualité globale doit être estimé. Lorsque la meilleur prix ou de donner l’impression qu’ils renou-
modification est chiffrable, comme une légère augmenta- vellent constamment leurs articles afin de séduire les
tion de la surface du logement, il est possible de présumer consommateurs. De nombreux producteurs changent
que le changement de qualité est proportionnel. D’autres aussi souvent de lignes de produits pour continuer d’atti-
modifications, comme l’isolation ou la construction sans rer les acheteurs. Il est également courant que le même
frais d’une entrée, devront être valorisées (de préférence en producteur utilise, pour des raisons de marketing, des
termes de valeur courante pour le consommateur) à partir marques différentes ou renouvelées sans cesse. Les pays
éventuellement d’informations sur ce que les consomma- isolés qui comptent essentiellement sur les importations
teurs auraient à payer s’ils devaient se procurer séparément de vêtements font en outre face à des ruptures d’approvi-
les produits élémentaires (méthode des coûts optionnels). sionnement par suite des défaillances des expéditeurs,
Une autre solution est de demander aux constructeurs une voire des caprices des importateurs.
remise en espèces au lieu des éléments supplémentaires. 10.56 À cause de la durée de vie fréquemment courte
Lorsqu’une modification de la loi nécessite d’adapter les de certains produits élémentaires ou de catégories entières
plans, le consommateur n’a pas le choix, aussi est-il accep- de produits saisonniers, les détaillants doivent accorder
table de classer la variation intégrale du prix comme un une attention particulière à la gestion des stocks pour ne
mouvement de prix pur et simple (même s’il est possible de pas se retrouver avec des quantités importantes d’articles
discerner quelques changements de qualité). invendables. Ils règlent le plus souvent ce problème en
faisant progressivement des soldes ou des rabais pendant
Vêtement la durée de vie estimée des produits.
10.51 Le vêtement est un bien semi-durable et le 10.57 La segmentation et le renouvellement du
concept choisi pour établir l’IPC (acquisition, utilisation marché du vêtement amènent invariablement les statisti-
ou paiement) n’a aucun effet sur la façon dont il est traité. ciens à trouver un compromis entre l’indice idéal et le
Les caractéristiques particulières du marché du vêtement coût de la collecte des données (sur les prix et les carac-
sont toutefois une source de problèmes pour le statisti- téristiques éventuellement nécessaires pour procéder
cien. Le consommateur achète des vêtements toute aux ajustements de la qualité).
l’année, bien que certains d’entre eux ne soient dispo-
nibles qu’en une saison donnée et, à la différence des Méthode d’établissement d’indices
fruits et légumes saisonniers, il est possible que des pro- pour les vêtements non saisonniers
duits élémentaires spécifiques en vente pendant une sai- 10.58 Même lorsque la saisonnalité n’est pas un pro-
son (l’été, par exemple) ne le soient plus l’année suivante. blème, la construction d’un indice des prix du vêtement

222
CAS PARTICULIERS

n’est pas simple. La gamme de produits élémentaires dis- prix peut faciliter cette évaluation. Il se pourrait en géné-
ponibles peut varier sensiblement selon les points de ral que l’égalité entre les marques soit indiquée par une
vente, de sorte qu’une détermination et une caractéris- dispersion des prix à long terme moins forte et une ten-
tique détaillée au niveau central des produits élémentaires dance à la permutation des prix entre elles dans le temps
dont le prix doit être suivi n’ont aucune utilité. La marque ou entre les points de vente.
et le style de certains vêtements peuvent aussi varier sen- 10.62 Dans d’autres cas, il pourrait être indiqué de
siblement dans le temps dans les points de vente indivi- limiter les produits de l’échantillon à une sous-catégorie
duels, ce qui nécessite d’appliquer rigoureusement les de marques sans considérer que toutes les marques sont
procédures de remplacement des produits élémentaires et équivalentes. Un certain nombre de marques de jeans
d’ajustement de la qualité. pourraient, par exemple, dominer le marché, alors que
10.59 Bien qu’il soit pour ainsi dire impensable de les marques individuelles disponibles ne seraient pas
prévoir les mêmes procédures pour tous les pays, il est toutes les mêmes dans les points de vente. Une liste des
possible de mettre au point une série de recommanda- marques acceptables pourrait alors être remise aux
tions pour éviter les écueils les plus importants. À ce enquêteurs qui auraient pour consigne de suivre celles
sujet, le principal objectif est de porter au maximum le qui sont les plus représentatives dans chaque point de
nombre de relevés de prix utilisables (pour un coût vente. Ils auraient aussi pour consigne, une fois la sélec-
donné) par mois et de réduire au minimum l’impact des tion initiale faite, de noter la marque et le modèle spéci-
mesures des variations de prix qui sont touchées par les fiques suivis dans chaque point de vente et devraient
changements de qualité. continuer de suivre cette caractéristique lors des visites
10.60 Il est parfois possible d’identifier des caracté- ultérieures jusqu’à ce qu’elle cesse d’être en stock (ou
ristiques «nationales» à suivre à chaque point de vente qu’à l’évidence, elle ne soit plus représentative des
(par exemple, jeans de la marque X, modèle Y). L’utili- ventes de ce point particulier).
sation de telles caractéristiques peut aider à réduire au 10.63 Le marché du vêtement est devenu si
minimum les opérations d’ajustement de la qualité et les diversifié qu’il n’est pas toujours possible de spécifier
mouvements des prix de ces produits élémentaires au niveau central le produit élémentaire à suivre, voire
peuvent servir de référence utile pour évaluer ceux des la ou les marques. Il faut alors conférer aux enquêteurs
autres produits élémentaires. Pour identifier ces produits davantage de latitude pour choisir ces produits. Il est
de manière fiable, il faut entretenir des relations suivies important de leur donner des recommandations pour
avec les acheteurs des grandes chaînes ou les produc- éviter toute sélection erronée. À tout le moins, ils
teurs ou importateurs nationaux importants. Ces sources devraient avoir pour consigne de sélectionner la marque
doivent être contactées régulièrement afin d’identifier la et le modèle qui, selon le détaillant, sont les plus
gamme des produits élémentaires, leur disponibilité représentatifs et devraient normalement être en stock
dans le pays et tous les changements prévus (notamment pendant un certain temps (il n’est guère utile de
de style et de qualité, ainsi que les additions ou les sous- sélectionner un produit qui, même s’il est très prisé, a
tractions à cette plage). Ces informations peuvent être été acheté par le détaillant à un seul exemplaire et ne
utilisées en amont pour mettre à jour les caractéristiques pourra sans doute être suivi ultérieurement).
ou les descriptions des produits à suivre sur le terrain, de 10.64 Des recommandations plus poussées pour-
façon à réduire au minimum l’incidence de toute tenta- raient contenir une liste de caractéristiques dont le pro-
tive par les enquêteurs de suivre des produits qui ne sont duit élémentaire sélectionné devrait se rapprocher le plus
plus disponibles. Elles peuvent aussi aider à chiffrer tout possible. Il conviendrait de classer ces caractéristiques en
changement de qualité. commençant par la plus importante et les caractéristiques
10.61 Pour les produits élémentaires dont la dispo- que le produit élémentaire choisi possède ou ne possède
nibilité par marque varie, il est parfois possible d’identi- plus devraient être parfaitement connues (soit à partir de
fier un certain nombre de marques dont la qualité est la description enregistrée par l’enquêteur, soit en rem-
jugée équivalente (par exemple, différentes marques de plissant un formulaire type distinct). Outre la marque (ou
T-shirts). La liste des marques équivalentes pourrait être les marques acceptables) le cas échéant, la liste des
remise aux enquêteurs qui auraient pour consigne de caractéristiques pourrait aussi préciser :
relever le prix de la moins chère de celles qui sont dispo-
• la nature du tissu (par exemple, coton, laine, lin);
nibles à chaque point de vente, sans avoir à vérifier si
cette marque était suivie lors de la précédente visite. • le poids du tissu (par exemple, lourd, moyen, léger);
L’argument à la base de cette pratique est que, si les
• l’existence d’une doublure;
marques sont vraiment équivalentes, le consommateur
avisé achètera la moins chère et qu’ainsi, l’IPC traduira • le nombre de boutons;
plus fidèlement le comportement des ménages. À l’évi-
• le type de couture (par exemple, simple, double).
dence, le succès de cette technique dépend essentielle-
ment de la façon dont est évaluée l’«égalité» entre les 10.65 Il est admis que les articles de haute couture
marques; bien qu’il s’agisse surtout d’une question posent des difficultés particulières sur le plan de l’ajus-
d’appréciation, une analyse de l’évolution antérieure des tement de la qualité. Ces produits élémentaires risquent

223
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

assurément de fausser l’IPC à la fin de leur durée de vie une marque appartenant au même groupe. La similitude
lorsque leur prix peut être fortement réduit et que leurs des prix ne devrait jamais être un objectif important dans
ventes sont faibles. Par exemple, le statisticien doit être le choix d’un produit de remplacement.
conscient du danger que les produits quittent l’indice à 10.70 Une fois le produit de remplacement choisi,
un prix très réduit et soient remplacés par des produits une description détaillée doit en être donnée. Les diffé-
vendus à plein tarif (qui, dans le cas d’un vêtement très rences physiques entre les deux produits doivent être
à la mode, peut être particulièrement élevé). De façon décrites de façon aussi précise que possible afin de per-
plus générale, toute décision d’inclure des produits très mettre à l’enquêteur de déterminer si le produit de rem-
à la mode devrait certainement tenir compte de la popu- placement est comparable (c’est-à-dire de qualité égale).
lation de référence visée dans l’indice, lorsque, par En règle générale, il convient de considérer comme des
exemple, il exclut les ménages qui se trouvent dans la changements de qualité le remplacement d’une piqûre
partie supérieure de la fourchette des revenus. double par une simple ou d’un tissu lourd par un léger, la
réduction du nombre des boutons ou de la longueur des
Remplacement des produits pans des chemises, l’élimination de la doublure, et ainsi
élémentaires et changement de qualité de suite, mais non les changements de caractéristiques
physiques attribuables uniquement à des phénomènes de
10.66 Même pour les vêtements disponibles toute
mode (pantalon à pattes d’éléphant au lieu du pantalon
l’année, il existe toujours un besoin important de les
droit, par exemple).
remplacer, sinon de tenir compte de l’évolution de leurs
10.71 Lorsqu’il est établi qu’un produit n’est pas
caractéristiques. Il est donc important de veiller à ce que
comparable, des mesures doivent être prises pour sup-
des procédures soient établies pour réduire au minimum
primer l’impact du changement de qualité dans l’indice.
les biais résultant des changements de qualité des pro-
Un certain nombre d’approches peuvent être utilisées
duits suivis.
pour évaluer les différences de qualité :
10.67 Le concept à utiliser pour évaluer les change-
ments de qualité des vêtements s’appuie sur la valeur • Il est possible de demander à des experts de fixer la
perçue par le consommateur. En d’autres termes, on peut valeur monétaire des différences.
dire que deux vêtements ne sont pas de même qualité si • Les services statistiques peuvent faire donner à certains
le consommateur les valorise différemment. La difficulté enquêteurs une formation supplémentaire leur permet-
à laquelle se heurte le statisticien est que les différences tant d’estimer eux-mêmes la valeur de ces changements.
de qualité ne sont observables qu’à partir des change-
ments dans les caractéristiques physiques des vêtements • Des méthodes hédoniques peuvent être employées si les
(marque incluse), qui n’influent pas tous sur la valeur ressources le permettent. Il est possible de trouver une
pour le consommateur. Comment alors les distinguer? description des techniques hédoniques utilisables pour
10.68 Pour faciliter l’opération, il est important de les vêtements dans Liegey (1992) et Norberg (1999).
mettre au point des recommandations qui aideront à choi- 10.72 Chacune de ces solutions nécessite de pou-
sir les produits élémentaires de remplacement, l’objectif voir chiffrer les caractéristiques qui déterminent les
général étant de réduire au minimum les différences de changements de qualité (comme la qualité du matériau
qualité entre les anciens et les nouveaux produits. Il res- et les normes de fabrication). Faute de telles informa-
sort d’études que la marque joue un rôle important dans le tions, il faudrait peut-être utiliser des méthodes impli-
prix et la qualité de la plupart des produits (surtout ceux cites d’ajustement de la qualité. Dans ce cas, il serait
qui sont très axés sur la mode), aussi, dans un premier important que le prix de la caractéristique sortante
temps, doit-on s’employer à choisir un produit de rempla- revienne à un niveau normal avant qu’elle ne soit retirée
cement de la même marque (tout en soulignant le risque du calcul de l’indice.
que les marques deviennent moins représentatives à
mesure qu’elles passent de mode). Comme cela n’est pas Méthodes à utiliser pour inclure
toujours possible, il est utile de demander l’aide d’experts les vêtements saisonniers dans
pour classer les marques par groupes de qualité confor- l’indice des prix à la consommation
mément aux critères suivants : 10.73 Les pratiques adoptées par les organismes sta-
• marques exclusives, en général internationales, tistiques pour traiter les vêtements saisonniers dans l’IPC
vendues essentiellement dans des boutiques chic; varient considérablement, allant de l’exclusion complète
à diverses méthodes d’imputation des prix de produits
• marques de qualité supérieure, bien connues au niveau non disponibles à certains moments de l’année, voire à
national (mais qui peuvent aussi être internationales); des systèmes de pondération qui changent tout au long de
• marques de qualité moyenne; l’année. À certains égards, le traitement des vêtements
saisonniers soulève les mêmes questions que celui des
• marques autres ou peu connues. vêtements à la mode, notamment en ce qui concerne la
10.69 S’il n’est pas possible de choisir un produit de brièveté des cycles de vie et la vraisemblance d’offres de
remplacement de la même marque, on peut alors prendre rabais pendant ces cycles.

224
CAS PARTICULIERS

10.74 La présente section expose certaines variantes les prix des variétés saisonnières sont appelés à être
pratiques à la technique classique du panier annuel pour progressivement réduits au cours de chaque saison. Les
établir un IPC mensuel (mais les systèmes de pondéra- prix des produits non saisonniers enregistrent une
tions explicitement mobiles ne sont pas étudiés, ni l’uti- hausse régulière. Au sein de chaque catégorie, les prix
lisation de variations d’une année sur l’autre comme pro- sont censés porter sur des produits présentant des
posé au chapitre 22). En outre, les exemples sont limités caractéristiques physiques identiques (ou bien avoir été
à l’approche connue sous le nom du panier multiple à ajustés pour supprimer les effets des changements de
cause des difficultés soulevées par les ajustements de la caractéristiques physiques).
qualité entre les saisons dans l’approche communément 10.77 Les indices des prix ont été établis avec une
appelée du panier unique. (La première considère les période de référence de vingt-quatre mois commençant
vêtements d’hiver ou d’été comme des articles complè- au mois 1 de l’année 0 (les prix sont donnés pour
tement différents et la seconde comme des variétés diffé- l’année A–1 de façon à imputer les prix des produits
rentes du même article.) d’hiver pour la période de référence). Pour les pondéra-
10.75 Le statisticien peut bel et bien choisir d’exclure tions, nous supposons que chaque catégorie saisonnière
les vêtements saisonniers de l’IPC. Si elle peut faciliter représente 25 % des dépenses et les produits non saison-
l’établissement de l’indice, une telle exclusion rend à niers 50 %. Pour faciliter les calculs, l’imputation est
l’évidence le panier moins représentatif. Cette solution, faite à partir de la moyenne arithmétique simple des
qui pourrait être considérée comme celle de dernier mouvements de prix des séries disponibles (y compris
recours, risque de soulever des difficultés de présentation ceux allant de prix imputés à des prix réels), encore
du point de vue des utilisateurs extérieurs, notamment qu’en pratique, des moyennes pondérées devraient être
lorsque les dépenses relatives consacrées aux vêtements utilisées. Les tableaux 10.4 à 10.6 présentent les indices
saisonniers sont élevées. La prise en compte de produits calculés et les variations mensuelles en pourcentage
élémentaires saisonniers rend le panier plus représentatif pour les vêtements d’été, ceux d’hiver et l’ensemble des
des habitudes de consommation, mais complique le pro- vêtements, respectivement, à l’aide des diverses métho-
cessus d’établissement de l’indice. Le statisticien doit dologies exposées ci-après.
alors concilier les impératifs de représentativité et ceux de 10.78 Exclusion des produits élémentaires saison-
complexité (coûts). Si les produits saisonniers sont exclus, niers. Cette solution, la plus simple sur le plan de la
le poids de leurs dépenses devrait être réparti entre des construction des indices, souffre d’un manque de repré-
contreparties non saisonnières. sentativité qui peut inquiéter certains utilisateurs. Dans
10.76 Six méthodes qui permettent d’établir des le présent exemple, seuls 50 % des dépenses seraient
indices globaux des prix du vêtement incluant des pro- directement représentées dans l’indice. À l’évidence, ce
duits saisonniers sont exposées ci-après. Une série de manque de représentativité risque de préoccuper
prix synthétiques est utilisée (voir tableau 10.3) afin de d’autant plus les utilisateurs que les dépenses relatives
les illustrer. Pour des raisons de simplicité, nous sup- consacrées aux produits saisonniers sont élevées. Les
posons qu’il n’y a que trois catégories de vêtements : résultats de cet indice sont indiqués à la colonne (1) du
ceux qui sont disponibles toute l’année (non saison- tableau 10.6 et peuvent servir de repère pour évaluer
niers) et deux autres catégories saisonnières (en ceux obtenus avec les solutions ci-après.
l’occurrence, vêtements d’été et vêtements d’hiver). 10.79 Imputation uniquement à partir de produits
Les deux saisons sont censées ne pas se chevaucher et élémentaires disponibles toute l’année. Cette solution

Tableau 10.3 Données de prix synthétiques visant à illustrer les méthodes d’établissement
des indices des prix du vêtement
Année A–1 Année A0 Année A+1

Non Saisonniers Saisonniers Non Saisonniers Saisonniers Non Saisonniers Saisonniers


Mois saisonniers (été) (hiver) saisonniers (été) (hiver) saisonniers (été) (hiver)
1 100 100 113 110 127 125
2 101 80 114 90 128 100
3 102 60 115 70 130 80
4 103 116 131
5 104 117 132
6 105 118 133
7 106 100 120 110 135 125
8 107 80 121 90 136 100
9 108 60 122 70 137 80
10 109 123 139
11 110 124 140
12 112 126 142

225
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

correspond à l’une des techniques d’imputation et 10.5, respectivement, alors que l’indice relatif à
ciblées. En l’occurrence, les prix hors saison des pro- l’ensemble des vêtements est publié à la colonne (2) du
duits d’été et d’hiver sont imputés à partir uniquement tableau 10.6.
du mouvement des prix des produits disponibles toute 10.80 Imputation à partir de tous les produits élé-
l’année. Les résultats pour les vêtements d’été et mentaires disponibles. Tous les prix manquants sont
d’hiver sont indiqués à la colonne (1) des tableaux 10.4 imputés sur la base des mouvements de tous les prix

Tableau 10.4 Divers indices des prix Tableau 10.5 Divers indices des prix
des vêtements d’été des vêtements d’hiver
Imputation Imputation
Imputation après inclu- Imputation après inclu-
uniquement Imputation sion unique- uniquement Imputation sion unique-
à partir à partir de Report Imputation ment de la à partir à partir de Report Imputation ment de la
de produits tous les des der- après retour première de produits tous les des der- après retour première
disponibles produits niers prix au prix observation disponibles produits niers prix au prix observation
toute l’année disponibles observés normal saisonnière toute l’année disponibles observés normal saisonnière
Mois (1) (2) (3) (4) (5) Mois (1) (2) (3) (4) (5)
Indices Indices
1 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 1 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0
2 81,8 81,8 81,8 81,8 100,9 2 100,9 91,4 100,0 91,4 100,9
3 63,6 63,6 63,6 63,6 101,8 3 101,8 81,6 100,0 81,6 101,8
4 64,2 64,2 63,6 100,0 102,7 4 102,7 82,3 100,0 105,3 102,7
5 64,7 64,7 63,6 100,9 103,5 5 103,5 83,0 100,0 106,2 103,5
6 65,3 65,3 63,6 101,7 104,4 6 104,4 83,7 100,0 107,1 104,4
7 66,4 77,0 63,6 102,9 105,4 7 175,2 112,4 183,3 107,8 104,6
8 67,0 70,3 63,6 94,0 106,3 8 143,4 91,9 150,0 88,2 105,4
9 67,5 62,8 63,6 83,9 107,1 9 111,5 71,5 116,7 68,6 106,3
10 68,1 63,3 63,6 108,3 108,0 10 112,4 72,1 116,7 107,8 107,2
11 68,6 63,8 63,6 109,2 108,9 11 113,3 72,7 116,7 108,7 108,1
12 69,7 64,9 63,6 110,9 110,7 12 115,2 73,9 116,7 110,4 109,8
13 113,6 113,6 113,6 113,6 113,6 13 116,1 101,9 116,7 112,2 111,7
14 90,9 90,9 90,9 90,9 114,5 14 117,0 92,1 116,7 101,5 112,6
15 72,7 72,7 72,7 72,7 116,3 15 118,8 83,6 116,7 92,1 114,4
16 73,3 73,3 72,7 113,6 117,2 16 119,7 84,3 116,7 118,4 115,2
17 73,8 73,8 72,7 114,5 118,1 17 120,6 84,9 116,7 119,3 116,1
18 74,4 74,4 72,7 115,4 119,0 18 121,6 85,6 116,7 120,2 117,0
19 75,5 93,3 72,7 117,4 120,8 19 199,1 127,7 208,3 122,5 118,8
20 76,1 84,3 72,7 106,1 121,7 20 159,3 102,2 166,7 98,0 119,7
21 76,6 76,2 72,7 95,8 122,6 21 127,4 81,7 133,3 78,4 120,6
22 77,8 77,3 72,7 123,5 124,4 22 129,3 82,9 133,3 122,5 122,4
23 78,3 77,9 72,7 124,4 125,3 23 130,2 83,5 133,3 123,4 123,2
24 79,4 79,0 72,7 126,2 127,1 24 132,1 84,7 133,3 125,2 125,0
Variations mensuelles en pourcentage Variations mensuelles en pourcentage
2 –18,2 –18,2 –18,2 –18,2 0,9 2 0,9 –8,6 0,0 –8,6 0,9
3 –22,2 –22,2 –22,2 –22,2 0,9 3 0,9 –10,7 0,0 –10,7 0,9
4 0,9 0,9 0,0 57,2 0,9 4 0,9 0,9 0,0 29,0 0,9
5 0,8 0,8 0,0 0,9 0,8 5 0,8 0,9 0,0 0,9 0,8
6 0,9 0,9 0,0 0,8 0,9 6 0,9 0,8 0,0 0,8 0,9
7 1,7 17,9 0,0 1,2 1,0 7 67,8 34,3 83,3 0,7 0,2
8 0,9 -8,7 0,0 –8,6 0,9 8 –18,2 –18,2 –18,2 –18,2 0,8
9 0,7 –10,7 0,0 –10,7 0,8 9 –22,2 –22,2 –22,2 –22,2 0,9
10 0,9 0,8 0,0 29,1 0,8 10 0,8 0,8 0,0 57,1 0,8
11 0,7 0,8 0,0 0,8 0,8 11 0,8 0,8 0,0 0,8 0,8
12 1,6 1,7 0,0 1,6 1,7 12 1,7 1,7 0,0 1,6 1,6
13 63,0 75,0 78,6 2,4 2,6 13 0,8 37,9 0,0 1,6 1,7
14 –20,0 –20,0 –20,0 –20,0 0,8 14 0,8 –9,6 0,0 –9,5 0,8
15 –20,0 –20,0 –20,0 –20,0 1,6 15 1,5 –9,2 0,0 –9,3 1,6
16 0,8 0,8 0,0 56,3 0,8 16 0,8 0,8 0,0 28,6 0,7
17 0,7 0,7 0,0 0,8 0,8 17 0,8 0,7 0,0 0,8 0,8
18 0,8 0,8 0,0 0,8 0,8 18 0,8 0,8 0,0 0,8 0,8
19 1,5 25,4 0,0 1,7 1,5 19 63,7 49,2 78,6 1,9 1,5
20 0,8 –9,6 0,0 –9,6 0,7 20 –20,0 –20,0 –20,0 –20,0 0,8
21 0,7 –9,6 0,0 –9,7 0,7 21 –20,0 –20,1 –20,0 –20,0 0,8
22 1,6 1,4 0,0 28,9 1,5 22 1,5 1,5 0,0 56,3 1,5
23 0,6 0,8 0,0 0,7 0,7 23 0,7 0,7 0,0 0,7 0,7
24 1,4 1,4 0,0 1,4 1,4 24 1,5 1,4 0,0 1,5 1,5

226
CAS PARTICULIERS

Tableau 10.6 Divers indices des prix du vêtement


Imputation Imputation
uniquement Imputation après inclusion
Produits à partir de à partir de uniquement de
disponibles produits tous les Report des Imputation la première
toute l’année disponibles produits derniers prix après retour observation
uniquement toute l’année disponibles observés au prix normal saisonnière
Mois (1) (2) (3) (4) (5) (6)
Indices
1 100,0 100,0 100.0 100,0 100,0 100,0
2 100,9 96,1 93,8 95,9 93,8 100,9
3 101,8 92,3 87,2 91,8 87,2 101,8
4 102,7 93,1 88,0 92,2 102,7 102,7
5 103,5 93,8 88,7 92,7 103,5 103,5
6 104,4 94,6 89,5 93,1 104,4 104,4
7 106,2 113,5 100,5 114,8 105,8 105,6
8 107,1 106,2 94,1 106,9 99,1 106,5
9 108,0 98,8 87,6 99,1 92,1 107,4
10 108,8 99,5 88,3 99,5 108,4 108,2
11 109,7 100,3 89,0 99,9 109,3 109,1
12 111,5 102,0 90,5 100,8 111,1 110,9
13 112,4 113,6 110,1 113,8 112,7 112,5
14 113,3 108,6 102,4 108,5 104,8 113,4
15 115,0 105,4 96,6 104,9 98,7 115,2
16 115,9 106,2 97,4 105,3 116,0 116,1
17 116,8 107,0 98,1 105,8 116,9 117,0
18 117,7 107,9 98,9 106,2 117,8 117,9
19 119,5 128,4 115,0 130,0 119,7 119,7
20 120,4 119,1 106,8 120,0 111,2 120,6
21 121,2 111,6 100,1 112,1 104,2 121,4
22 123,0 113,3 101,6 113,0 123,0 123,2
23 123,9 114,1 102,3 113,5 123,9 124,1
24 125,7 115,7 103,8 114,3 125,7 125,9
Variations annuelles en pourcentage
2 0,9 –3,9 –6,2 –4,1 –6,2 0,9
3 0,9 –4,0 –7,0 –4,3 –7,0 0,9
4 0,9 0,9 0,9 0,5 17,8 0,9
5 0,8 0,8 0,8 0,5 0,8 0,8
6 0,9 0,9 0,9 0,5 0,9 0,9
7 1,7 20,0 12,3 23,3 1,3 1,1
8 0,8 –6,4 –6,4 –6,9 –6,3 0,9
9 0,8 –7,0 –6,9 –7,4 –7,1 0,8
10 0,7 0,7 0,8 0,4 17,7 0,7
11 0,8 0,8 0,8 0,4 0,8 0,8
12 1,6 1,7 1,7 0,9 1,6 1,6
13 0,8 11,4 21,7 12,8 1,4 1,4
14 0,8 –4,4 –7,0 –4,6 –7,0 0,8
15 1,5 –2,9 –5,7 –3,4 –5,8 1,6
16 0,8 0,8 0,8 0,4 17,5 0,8
17 0,8 0,8 0,7 0,4 0,8 0,8
18 0,8 0,8 0,8 0,4 0,8 0,8
19 1,5 19,0 16,3 22,4 1,6 1,5
20 0,8 –7,2 –7,1 –7,7 –7,1 0,8
21 0,7 –6,3 –6,3 –6,6 –6,3 0,7
22 1,5 1,5 1,5 0,8 18,0 1,5
23 0,7 0,7 0,7 0,4 0,7 0,7
24 1,5 1,4 1,5 0,8 1,5 1,5

disponibles pour des produits connexes ou similaires. 10.81 Report des derniers prix observés. Cette
Cette technique est analogue en principe à celle qui variante simplifiée des méthodes exposées ci-dessus con-
serait utilisée dans le cas d’une observation de prix siste à reporter les derniers prix observés pour les produits
manquante. Les prix des produits élémentaires saison- élémentaires saisonniers pendant les mois pour lesquels
niers sont relevés quand ils sont observables et lorsque ces prix ne sont pas disponibles. Cette technique devrait
les prix des produits hors saison sont imputés à partir de normalement être recommandée dans le cas général où les
ceux de produits disponibles toute l’année et d’autres prix de produits non saisonniers ne sont pas disponibles,
produits saisonniers disponibles. Les résultats sont car il serait facile d’éliminer le biais systématique par
indiqués à la colonne (2) des tableaux 10.4 et 10.5 et à défaut qu’elle risque d’entraîner en observant le prix de
la colonne (3) du tableau 10.6. quelque produit analogue disponible. Cependant, le report

227
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

des prix peut être considéré comme une technique accep- tous ces mouvements traduisent des changements de qua-
table lorsque toute une classe de biens n’est pas dispo- lité sans variation du prix sous-jacent. Il est peu probable
nible, et donc observable, et particulièrement, quand les que cela cadre pleinement avec l’évolution des prix telle
mouvements de prix ne sont pas fortement corrélés avec que la perçoit l’utilisateur et, sauf lorsque les solutions de
ceux d’autres produits élémentaires. Les résultats sont cette nature sont utilisées pour les produits à la mode, on
indiqués à la colonne (3) des tableaux 10.4 et 10.5 et à la peut soutenir qu’elles ne sont pas cohérentes. Les résultats
colonne (4) du tableau 10.6. sont indiqués à la colonne (5) des tableaux 10.4 et 10.5 et
10.82 Dans le cas de cette approche, il est préfé- à la colonne (6) du tableau 10.6.
rable de déterminer à l’avance les mois durant lesquels
les prix des produits saisonniers seront relevés afin
d’éviter que les prix éventuellement atypiques de pro- Brefs commentaires
duits saisonniers inopinément disponibles (en dehors 10.87 Il convient tout d’abord de souligner que l’im-
des périodes habituelles) ne faussent l’indice. Les déci- putation des variations de prix des paniers de produits élé-
sions de cette nature devraient être régulièrement révi- mentaires saisonniers à partir des mouvements de prix
sées en fonction de l’évolution du marché. d’autres produits d’habillement revient à allouer le poids
10.83 Imputation après retour au prix normal. Avec des produits saisonniers à d’autres produits qui sont hors
cette technique, le statisticien doit estimer le prix «nor- saison de façon à éviter la complexité des systèmes de
mal» du produit élémentaire pendant le premier mois où pondérations explicitement mobiles. Dans ces conditions,
il n’est pas disponible (hors saison). Ce prix est ensuite la présentation des estimations de la contribution des pro-
imputé jusqu’à ce que le produit soit de nouveau dispo- duits élémentaires saisonniers et non saisonniers aux
nible. À la différence de celles examinées jusqu’à pré- variations de l’IPC global nécessite de prendre certaines
sent, cette méthode est conçue pour éviter toute baisse précautions. Pour déterminer la contribution d’un produit
artificielle de l’indice global une fois terminée la saison élémentaire à la variation totale de l’IPC, on multiplie
à cause des rabais accordés progressivement pendant la normalement le poids du produit élémentaire (après
brève durée de vie du produit. actualisation par les prix) pour la période antérieure par sa
10.84 Cette technique soulève un certain nombre variation en pourcentage. Seuls les produits saisonniers
de problèmes. Il est difficile, en particulier durant les dont les prix sont effectivement mesurés pendant la
périodes de forte inflation, de savoir ce qu’est le prix nor- période de comparaison contribueront à la variation de
mal. De façon plus générale, on peut soutenir qu’elle nuit l’indice global. De même, si, lorsque ces produits sont
à l’objectivité de l’indice. Dans les exemples donnés dans hors saison, les produits non saisonniers sont les seuls à
le présent document, le prix normal auquel le produit est contribuer à la variation de l’indice global, alors la mesure
ramené est celui observé au début de la saison. On peut normale de cette contribution sera sous-évaluée. Il s’agit
constater qu’à la différence des trois précédentes, cette essentiellement d’une question de présentation, bien que
technique a pour effet de placer la hausse du prix à la fin certains statisticiens préfèrent présenter les évaluations
de la saison de comparaison au lieu du début de la saison des contributions uniquement au niveau des paniers sai-
suivante; en d’autres termes, l’indice enregistre une forte sonniers et non saisonniers.
variation de prix qui ne sont pas observables. Les résultats 10.88 Il est probable que les points de vue sur la
sont indiqués à la colonne (4) des tableaux 10.4 et 10.5 et façon adéquate de traiter les produits saisonniers dans un
à la colonne (5) du tableau 10.6. IPC varient selon les pays, voire les utilisateurs. Il est
10.85 Imputation après inclusion uniquement de la aussi probable que les réponses à la question de savoir s’il
première observation saisonnière. Selon cette technique, faut ou non envisager une diminution de la qualité des
les produits saisonniers ne sont suivis qu’une fois par sai- produits élémentaires saisonniers à mesure qu’avance la
son, lorsqu’ils sont commercialisés pour la première fois. saison et, dans l’affirmative, si une approche analogue
La première observation est alors imputée jusqu’à ce que le devrait (ou pourrait) être utilisée pour les articles de mode
prix du produit soit de nouveau relevé au début de la saison sont très diverses. La série de données de l’exemple a été
suivante. Cette technique permet de procéder aux ajuste- établie de façon à ce que chaque catégorie enregistre une
ments que nécessite la dégradation de la qualité des pro- croissance pour ainsi dire constante des prix d’une année
duits élémentaires saisonniers dont s’accompagne la baisse sur l’autre. Les utilisateurs essentiellement intéressés par
des prix généralement observée durant la saison. En outre, les mesures qui saisissent le mieux les pressions persis-
s’il est souhaitable que l’indice se comporte comme un tantes ou sous-jacentes des prix dans l’économie adopte-
indice annuel mobile (voir chapitre 22), elle offre une solu- ront sans doute les approches qui ne font pas ressortir les
tion de rechange économique en prenant aussi en compte variations significatives de prix uniquement attribuables à
les changements de saison (par exemple, lorsque les pro- la façon dont l’organisme statistique traite les produits
duits élémentaires qui étaient de saison fin mars l’an der- saisonniers, préférant peut-être exclure totalement les
nier ne sont plus vendus jusqu’en avril de cette année). produits saisonniers ou ne retenir que la première obser-
10.86 Par contre, en actualisant intégralement des vation saisonnière et imputer les prix des autres mois.
mouvements de prix observables pendant toute la durée de 10.89 Il est manifeste que les offices nationaux de la
vie d’un produit saisonnier, on suppose implicitement que statistique doivent soigneusement concilier les exigences

228
CAS PARTICULIERS

des utilisateurs, les questions théoriques, les coûts et les dent que, même si les meilleures méthodes actuellement
conséquences des diverses approches avant de détermi- disponibles sont utilisées, il est difficile de tenir compte
ner la méthodologie à adopter. des substitutions de prestataires et de prendre en considé-
ration correctement les changements dans la qualité des
Services de télécommunications services fournis.
10.95 Le secteur des télécommunications étant en
10.90 Depuis quelques années, le secteur des télé- perpétuelle mutation, les pratiques statistiques doivent
communications connaît une mutation rapide à l’échelle être constamment révisées. Il est recommandé aux orga-
mondiale. Les innovations technologiques ont entraîné nismes statistiques qui envisagent de construire pour la
une prolifération de nouveaux services, et la dérégle- première fois des indices pour les télécommunications
mentation une forte hausse du nombre des prestataires ou de revoir les pratiques en vigueur, de prendre con-
dans beaucoup de pays. Sous l’effet de ces facteurs, les naissance des études les plus récentes dans ce domaine.
prestataires ont adopté une palette de stratégies pour dif- Néanmoins, nous donnons dans la présente section une
férencier leurs services afin d’attirer les consommateurs description générale de quatre méthodes actuellement
et de les conserver. utilisées par les organismes statistiques nationaux pour
10.91 Les caractéristiques particulièrement impor- mesurer l’évolution des prix des services de télécommu-
tantes pour le statisticien sont : nications. Ces méthodes sont, par ordre croissant des
• la diminution du nombre de barèmes de prix linéaires coûts, fondées sur les éléments suivants :
et l’adoption de différentes structures de prix par les • produits élémentaires représentatifs — produits appariés;
prestataires; • produits élémentaires représentatifs — valeurs unitaires;
• la tendance croissante à offrir des contrats qui regroupent • profils des consommateurs;
différemment les services de manière à attirer diverses
catégories de consommateurs; • échantillon de factures.
10.96 Nous exposons brièvement chaque méthode
• la transformation rapide des contrats offerts aux clients
et en mentionnons les inconvénients potentiels. Nous
comme moyen efficace de les encourager à prendre un
ne recommandons fermement aucune d’elles, car le
assortiment de plus en plus complet de services.
choix dépend essentiellement de la situation du marché
10.92 De plus en plus, les sociétés de télécommunica- dans chaque pays, du degré de perfectionnement du
tions imposent au consommateur des contrats de service système utilisé pour établir les indices et de l’accès à
de long terme. Cela pose en outre des problèmes pour des données exactes et à jour sur les services de télé-
l’établissement des indices. Il existe en général deux communications. Compte tenu de ces facteurs, il peut
grandes catégories de contrats. La première ne prévoit être judicieux d’employer des méthodes différentes
aucune échéance fixe et permet aux prestataires de service pour des services différents, voire pour les divers ser-
de modifier sans préavis les structures de prix. La seconde, vices de prestataires spécifiques.
qui a de plus en plus la faveur du public, consiste en un
contrat à terme (en général un à deux ans) conclu à un prix
fixe. Ces contrats sont différenciés en prévoyant différents Produits élémentaires représentatifs
prix pour différents services. Par exemple, un contrat et produits appariés
simple peut être différencié en ce sens que le coût de la 10.97 Cette méthode ressemble aux techniques con-
location mensuelle de la ligne est plus élevé, mais celui des ventionnelles adoptées ailleurs dans l’IPC. Le total des
appels locaux plus faible, de sorte qu’il est attrayant pour dépenses consacrées aux services de télécommunica-
les clients qui font beaucoup d’appels locaux. De nou- tions, par les ménages du groupe de référence, pendant
veaux contrats conçus pour maximiser la demande globale la période de référence des pondérations est extrait de
des consommateurs voient sans cesse le jour. sources comme les enquêtes sur le budget des ménages.
10.93 Les organismes statistiques n’observeront Un échantillon des prestataires est établi par approxima-
aucune variation des prix s’ils utilisent des méthodes d’é- tion afin d’obtenir des informations sur les recettes par
chantillonnage traditionnelles, choisissant les barèmes de catégorie de services (location de lignes, appels locaux
prix en fonction d’une certaine série de contrats ayant la ou internationaux, ventes ou locations de combinés, frais
même période de référence et les suivant jusqu’à ce qu’ils de connexion, messagerie vocale, frais d’Internet, etc.)
expirent (ou si les plans remplaçant ceux qui expirent dont certains sont choisis comme produits élémentaires
offrent les mêmes conditions). Par contre, la réalité du représentatifs assortis de poids calculés à partir des don-
marché est que, dans de nombreux pays, les valeurs uni- nées sur les recettes.
taires des services de télécommunications diminuent 10.98 Pour chaque produit élémentaire représentatif,
considérablement. un échantillon suffisant de caractéristiques détaillées (par
10.94 Les organismes statistiques s’efforcent tous de exemple, appel du lieu A au lieu B, à un moment X et
mettre au point les méthodologies leur permettant de faire d’une durée de Y minutes) est établi pour représenter la
face à la complexité du secteur. En particulier, il est évi- gamme de services spécifiques achetés par les consom-

229
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

mateurs. Cet échantillon reste constant d’une période à (ligne fixe) et redevances d’utilisation (Internet) —
l’autre et les mouvements au sein des indices des produits sont donnés au tableau 10.8.
représentatifs sont calculés à partir de ceux des prix de 10.102 En outre, l’origine des appels téléphoniques
cet appariement de caractéristiques. Cette technique est et de l’accès Internet est par hypothèse identifiée.
illustrée au tableau 10.7. Toutes les heures indiquées sont nationales. Il convient
10.99 Il n’est pas nécessaire que la liste des produits aussi de souligner que, par sa nature, l’accès Internet
élémentaires représentatifs (le premier niveau de la empêche en général de baser les prix sur ce type d’accès
structure) couvre tous les services de télécommunica- de sorte que sa chronologie ne peut être définie aussi
tions; toutefois, ceux qui sont choisis devraient être suffi- étroitement que pour les appels téléphoniques interna-
samment représentatifs du comportement global des tionaux; les caractéristiques portent alors toutes sur
prix, compte tenu en particulier des tarifs publiés. Aux l’utilisation mensuelle totale.
fins du calcul des pondérations, les dépenses au titre des 10.103 L’aspect le plus coûteux de cette technique
services non suivis devraient être réparties entre les est donc d’obtenir les données nécessaires pour détermi-
autres services de la même classe générale. Par exemple, ner les produits élémentaires représentatifs et identifier
les dépenses afférentes aux lignes fixes non retenues les caractéristiques qui conviennent, car il faut recueillir
devaient être réparties entre les services choisis. des informations détaillées auprès des prestataires de
10.100 À la différence des fournisseurs de biens, les services. Une fois cette opération effectuée, la plupart
prestataires de services peuvent adapter presque à l’infini des données sur les prix pourraient être obtenues facile-
leur offre et les prix qu’ils demandent en fonction, par ment à partir de barèmes publics, ce qui réduirait au
exemple, du moment où le service est fourni. Deux appels minimum les inconvénients pour les répondants entre
téléphoniques de cinq minutes peuvent être considérés les mises à jour des caractéristiques de l’échantillon.
comme des produits différents s’ils sont faits à 8 heures et 10.104 Du fait du dynamisme du secteur des télécom-
à 20 heures et les prestataires peuvent ne pas demander le munications et de l’utilisation répandue des modifications
même prix pour ces appels. Les produits élémentaires de prix afin de modifier le comportement des consomma-
représentatifs doivent donc être décrits avec suffisamment teurs, les caractéristiques de l’échantillon seront sans
de précisions pour saisir toutes les caractéristiques qui doute mises à jour assez souvent. Lorsqu’une caractéris-
servent à en fixer le prix. tique disparaît (par exemple, un contrat particulier n’est
10.101 En outre, étant donné la facilité avec la- plus offert), aucun effort ne doit être ménagé pour trouver
quelle les prestataires peuvent ajuster les différents
paramètres de leur barème de prix (comme les heures
de pointe et la durée d’un appel avant que le tarif ne
change), il est nécessaire d’utiliser un nombre suffisant Tableau 10.8 Exemples de caractéristiques
des services de télécommunications
de caractéristiques variées pour saisir ces paramètres
de façon fiable. On ne peut simplement décrire un Produit représentatif Exemples de caractéristiques
appel comme étant fait ou non pendant la période de
Appels internationaux Plan A : appel d’une durée
pointe ou entre la zone 1 et la zone 2. Des exemples (ligne fixe) de 10 minutes à Athènes à 8 h
des caractéristiques qui peuvent être utilisées pour un vendredi
deux produits représentatifs — appels internationaux Plan B : appel d’une durée
de 5 minutes à Londres à 21 h
un samedi
Plan A : appel d’une durée
Tableau 10.7 Structure d’indice donnée à titre de 20 minutes à New York
d’exemple pour les services de télécommunications à 11 h un mercredi
(méthode des produits élémentaires représentatifs) Plan B : appel d’une durée de
15 minutes à Paris à 19 h
Lignes fixes un dimanche
Frais de connextion Plan A : appel d’une durée de
Location de lignes 30 minutes à Durban à 20 h
Appels locaux un lundi
Appels nationaux
Appels internationaux Redevances d’utilisation Plan A : accès par ligne commu-
Téléphones mobiles (Internet) tée pendant 10 heures entre
Frais de connexion 16 h et 19 h le week-end, télé-
Achat ou location de combinés chargement total 20Mb
Appels nationaux Plan B : accès par ligne commu-
Appels internationaux tée pendant 20 heures entre
18 h et minuit pendant la se-
Téléphones publics
maine, téléchargement total
Appels locaux
50Mb
Internet Plan C : connexion permanente
Frais de connexion à bande large, téléchargement
Redevances d’utilisation total 100Mb

230
CAS PARTICULIERS

une caractéristique comparable. Quand les caractéris- ce qu’à cause de variations saisonnières du comportement
tiques sont remplacées, il est possible de soutenir que les des consommateurs. Il faut aussi prendre en considération
divers contrats sont fondamentalement des produits diffé- un certain nombre d’aspects qui concernent les répondants
rents puisqu’ils comportent des conditions de vente diffé- et la qualité des données. Cette technique impose aux
rentes. Il est aussi normal de se demander si les écarts de prestataires de services de communiquer davantage
prix entre les contrats se justifient ou non par des diffé- d’informations, alors qu’ils considèrent souvent les don-
rences de qualité, compte tenu en particulier de l’augmen- nées sur les recettes et les quantités comme très sensibles
tation constante des volumes observée et de la réduction sur le plan commercial. Pour des raisons d’efficacité, il
des valeurs unitaires. La difficulté est de chiffrer les diffé- faut aussi qu’ils ne transmettent que des données concer-
rences de qualité. Bien qu’elles offrent dans une certaine nant les ménages (en d’autres termes, ils doivent pouvoir
mesure la possibilité de résoudre ce dilemme, les tech- les distinguer de celles qui se rapportent aux entreprises)
niques hédoniques sont coûteuses à mettre en œuvre. et les informations sur les recettes doivent répondre aux
exigences de l’indice. Par exemple, il se peut que des pres-
tataires voient certains rabais comme des dépenses de
Produits élémentaires représentatifs marketing, et non comme une baisse de recettes comme
et valeurs unitaires l’exigerait l’indice de valeur unitaire.
10.105 La technique de la valeur unitaire est ana-
logue à la précédente, sauf que les caractéristiques ne
sont pas suivies. Le prix de chaque produit élémentaire Profils des consommateurs
représentatif est calculé à partir de données sur les 10.108 Pour des considérations de marketing, les
recettes et les quantités recueillies auprès du prestataire sociétés de télécommunications classent souvent leurs
de services. Par exemple, le prix des appels nationaux clients en fonction du volume des services qu’ils uti-
peut être obtenu en divisant les recettes totales au titre lisent. En général, le nombre de catégories, bien qu’il
de ces appels par leur nombre de minutes. De même, puisse varier, est de trois : les gros clients, les clients
dans le cas des frais mensuels de location des lignes, le moyens et les petits clients. Les prestataires de services
prix peut être établi en divisant les recettes totales par le analysent le comportement des clients par catégorie
nombre total d’abonnés. lorsqu’ils mettent au point de nouveaux contrats spécifi-
10.106 Pour l’indice de la valeur unitaire et contrai- quement ciblés sur chaque groupe. Les autorités de con-
rement à l’indice des produits appariés, les différences de trôle nationales peuvent alors donner un profil de con-
durée et d’heure d’appel entre les contrats sont prises en sommation détaillé sur une base confidentielle.
compte. (En d’autres termes, la différence de qualité est 10.109 Les organismes statistiques peuvent suivre
censée être nulle.) Cette méthode de la valeur unitaire une démarche analogue pour la construction des indices
permet de tenir compte des variations de prix lorsque les des prix en établissant les profils qui reflètent la consom-
produits élémentaires font l’objet de multiples rabais ou mation moyenne de chaque catégorie de clients. Il est pos-
promotions (par exemple, deux dollars pour un appel illi- sible d’estimer les coûts de ces consommations moyennes
mité la semaine suivante). Bien que cette technique évite pendant chaque période à partir des tarifs du contrat le
de faire certains choix en matière d’échantillonnage des plus couramment applicable à chaque catégorie de clients.
clients, le calcul repose sur la comptabilité des sociétés et Parmi les variations sur ce thème général, il convient de
il est vraisemblablement moins à jour qu’avec une citer les estimations de coûts basées sur le contrat le plus
méthode fondée sur des prix publiés. En outre, il convient avantageux pour le consommateur (en fonction de l’hypo-
de veiller soigneusement à ce que des variations de com- thèse simplificatrice que le consommateur adopte en par-
position peu souhaitables n’aient aucun impact sur cette faite connaissance de cause un comportement visant à
mesure (voir le chapitre 9 où les indices de valeur unitaire réduire au minimum ses coûts). Cette solution a l’avan-
sont approfondis). Un indice de valeur unitaire ne devrait tage de fournir une base claire pour choisir un produit de
être construit que pour des produits vraiment homogènes, remplacement comparable si un forfait cesse d’être dispo-
ce qui nécessiterait de définir les produits représentatifs à nible. Il est également possible d’estimer les coûts pour
un niveau relativement poussé de désagrégation. Par chaque groupe de clients par rapport à plusieurs clients,
exemple, il y aurait peut-être lieu de subdiviser les appels lorsque les informations sur les ventes indiquent que cette
internationaux par destination afin d’éviter les variations solution est plus proche de la réalité. L’indice global est
des valeurs unitaires provenant uniquement de change- établi en pondérant ensemble les résultats de ces profils de
ments dans le nombre d’appels effectués vers les diffé- consommation en fonction des informations sur l’impor-
rentes destinations. tance relative de chaque catégorie de clients.
10.107 Bien que cette technique semble s’attaquer du 10.110 Pour construire l’indice global, on effectue-
moins à certaines carences connues de celle des produits ra sans doute ces calculs à partir d’un échantillon repré-
appariés, il est probable qu’elle comportera un biais néga- sentatif de prestataires de services, en utilisant les
tif à moyen ou à long terme et que, sauf si elle est utilisée informations disponibles sur leur part totale de marché
avec prudence, elle fera ressortir une instabilité entre les à des fins d’échantillonnage ou de pondération. Cela
périodes due à des changements de composition, ne serait- permet d’exploiter pleinement toutes les permutations

231
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

possibles de profils et de sociétés. Il se peut toutefois Échantillon de factures


que des informations sur la répartition des profils des 10.113 Il est possible de voir dans cette méthode une
consommateurs par prestataire ne soient pas dispo- application plus perfectionnée de celle des profils des
nibles ou, à tout le moins, soient très coûteuses à obte- clients. Au lieu de définir des profils représentatifs des
nir. Le tableau 10.9 donne un exemple d’un profil de activités mensuelles moyennes des clients, un volume
services de téléphonie mobile, extrait de Beuerlein fixe de services pour un échantillon effectif de clients est
(2001), qui décrit la méthode actuellement utilisée dans suivi chaque mois. Un échantillon devrait être choisi
l’IPC allemand. pour chaque catégorie de clients (gros, moyens et petits)
10.111 Conformément à l’approche du panier-type, et l’idéal serait que les factures couvrent l’activité de
le nombre et la nature des appels des consommateurs toute une année.
restent constants entre les périodes de comparaison. Les 10.114 Les avantages de cette technique par rapport
prix peuvent naturellement être modifiés lorsqu’ils ne à celle des profils des clients sont les suivants :
sont pas fixés par contrat ou lorsque les contrats sont
remplacés. Le statisticien peut en outre tenir compte des • elle permet de tenir compte des changements de
tarifs qui ont changé suite à une modification des comportement des clients pendant l’année (par
dosages des contrats au sein des catégories de clients. exemple, augmentation des appels internationaux à
Cette technique suppose que les modifications des con- l’occasion d’événements religieux ou culturels
trats représentent fondamentalement des variations de marquants);
prix plutôt que des changements de qualité, mais elle • elle traduit mieux la diversité des comportements des
élimine les effets approximatifs de structure de la tech- consommateurs en identifiant les activités effectives
nique de la valeur unitaire qui ne tient pas compte des (par exemple, les appels effectivement effectués par
profils des consommateurs. un échantillon de consommateurs);
10.112 Le succès de cette technique dépendant de
la mesure dans laquelle les profils reflètent réellement • elle répercute sur chaque facture les frais annuels;
le comportement des consommateurs, il conviendra de
• elle permet de déceler et de prendre en compte d’autres
bien réfléchir à leur mise au point. L’établissement de
variations des prix découlant de l’ensemble des rela-
ces profils exigera un niveau élevé de coopération de la
tions entre les clients et le prestataire de services (par
part des prestataires de services et, étant donné que les
exemple, octroi d’un rabais général lorsque les
variations en volume sont fréquentes, il faudra les
dépenses mensuelles dépassent un certain seuil ou
mettre à jour à des intervalles réguliers acceptables, et
d’un rabais cumulatif lorsque les clients achètent un
peut-être plus souvent que les autres produits du panier
ensemble de services à un seul prestataire, comme une
de l’IPC. Des données sur l’utilisation des contrats par
ligne fixe plus Internet).
catégorie de consommateurs pour chaque période
d’établissement de l’indice (mois ou trimestre) peuvent 10.115 Le calcul de l’indice nécessite là aussi d’avoir
également être nécessaires si le statisticien décide de des informations mensuelles sur l’importance relative des
tenir compte de ces effets. divers contrats par catégorie de clients (qui peuvent alors
être répartis au hasard sur l’échantillon de factures). Les
prix de l’échantillon étant réajustés pour chaque période,
Tableau 10.9 Exemple de profil d’utilisateur l’indice qui en résulte mesure le coût de la consommation
de services de téléphonie mobile d’une année complète aux prix en vigueur pour chaque
période de l’indice par rapport au même coût aux prix de
Nombre
d’appels
référence. Cela suppose que, pour les ménages qui
Peu Assez peu dans la changent de contrat, la différence de qualité entre les deux
Caractéristique Unité d’appels d’appels moyenne plans est nulle. Le nombre de factures étant en général
Durée totale Minutes 16 42 96 plus élevé (que le nombre de profils disponibles), les
des appels variations de prix peuvent être prises en compte plus pro-
Durée de gressivement, car la proportion de factures suivies pour
chaque appel
Type A Secondes 35 45 45
chaque contrat peut mieux refléter l’évolution de la répar-
Type B Secondes 65 95 115 tition de la population.
Appels1 Nombre 20 36 72 10.116 Comme dans le cas de la technique des profils,
Au sein du il est important de mettre à jour régulièrement l’échan-
même réseau Nombre 8 12 24 tillon de factures pour refléter les changements de compor-
En dehors du
réseau Nombre 12 24 48 tement des consommateurs et les abonnements à de nou-
veaux services (appels en instance, messagerie vocale ou
1Les appels sont répartis sur la journée et la semaine de façon à ce messagerie texte, par exemple). Avec un échantillonnage
qu’il soit possible de tenir compte des changements de tarifs entre les
périodes creuses et de pointe et entre les jours de la semaine et les adéquat, cette technique permettra sans doute de mieux
week-ends. mesurer la variation globale des prix pour l’ensemble des
Source : Beuerlein (2001). services de télécommunications, mais elle n’est peut-être

232
CAS PARTICULIERS

pas celle qui convient le mieux pour calculer des indices 10.121 Les services financiers sont mesurés de façon
distincts pour les composantes de ces services (selon que identique que le concept employé soit celui d’acquisition
des rabais généraux ou de base sont offerts). Elle nécessite ou d’utilisation si l’on suppose que les ménages les
en outre beaucoup de données, ainsi que de calculs pour achètent au secteur privé (en d’autres termes qu’ils ne
chaque période et, en conséquence, un système de traite- sont pas en général financés par l’État ou fournis par des
ment des données perfectionné. institutions à but non lucratif d’aide aux ménages).
Toutefois, certains partisans du concept d’acquisition ont
Services financiers une opinion plus restrictive de sa couverture et la limitent
aux seuls services financiers acquis pour faciliter directe-
10.117 La construction d’un indice des prix des ser- ment la consommation courante des ménages.
vices financiers fiable et complet au sein des IPC n’en est 10.122 Les défenseurs d’une couverture plus restric-
qu’à ses débuts. Étant donné le recours croissant des tive soutiennent que le recours à certains services finan-
ménages aux services financiers, des pressions s’exercent ciers est inextricablement lié à des activités d’investisse-
toutefois sur les organismes statistiques nationaux pour ment — ce qui donne à penser que ces activités ne
qu’ils tiennent compte du moins de certains services devraient pas être prises en compte dans le champ des
financiers dans les IPC et, plus particulièrement, pour IPC, dont l’objet est de mesurer les variations des prix à
qu’ils y incluent les frais et commissions auxquels font la consommation. Ils invoquent souvent au départ les pra-
face les ménages au titre des comptes de dépôt et de prêts tiques de comptabilité nationale. Par exemple, le SCN
ouverts dans des institutions financières. 1993 assimile les dépenses liées aux transferts de biens
10.118 La construction d’indices des prix des ser- immobiliers (commissions des agents immobiliers, frais
vices financiers est en soi difficile faute de consensus sur légaux et taxes et prélèvements publics) à de la formation
les services à inclure dans les IPC et sur la façon précise brute de capital fixe. Il est important de souligner toute-
de les mesurer. Dans la présente section, nous présentons fois que rien n’oblige à suivre pour l’IPC les pratiques de
ce qui peut être considéré comme le point de vue de la comptabilité nationale. Les pays doivent plutôt définir la
majorité à partir de bases pour ainsi dire réalistes, en couverture de l’IPC qui répond le mieux aux exigences
nous appuyant essentiellement sur les travaux de Fixler nationales de l’indice des prix lui-même.
and Zieshang (2001), Frost (2001) et Woolford (2001). 10.123 Il serait possible d’adopter pour la couverture
10.119 Il est possible de citer comme exemples cou- des services financiers dans l’IPC la définition large sui-
rants de services financiers acquis par les ménages, les vante : l’ensemble des services, y compris les conseils,
conseils financiers, l’achat de devises, les services affé- achetés par les ménages dans le cadre de l’acquisition, la
rents aux institutions de dépôt et de prêt, ceux fournis par détention ou la disposition à des fins non commerciales
les gestionnaires de fonds, les cabinets d’assurance vie ou d’actifs financiers ou réels. Cette définition sert deux
les fonds de retraite et ceux de courtage ou d’agences objectifs. Premièrement, elle établit une distinction entre
immobilières. La palette de produits élémentaires explici- les services facilitant le transfert et la détention d’actifs et
tement considérés comme des services financiers à inclure les actifs eux-mêmes. Deuxièmement, le fait que l’actif
dans un IPC, ainsi que la façon de les mesurer, dépendra sous-jacent soit un actif réel ou un actif financier n’a
de l’objectif principal de l’IPC et, donc, de l’emploi du aucune importance.
concept d’acquisition, d’utilisation ou de paiement. 10.124 Les problèmes que soulèvent l’attribution
10.120 Lorsque le concept de paiement est utilisé, d’une valeur aux services financiers acquis par les
les intérêts hypothécaires bruts payables sont souvent ménages et la construction des indices de prix parallèles
pris en compte à titre de coût du logement occupé par varient fortement selon les services. Trois exemples précis
son propriétaire (voir paragraphes 10.4 à 10.50). Pour reflétant des études effectuées actuellement en Australie
des raisons de pure cohérence, il faudrait peut-être aussi sont donnés pour les illustrer : l’achat de devises, le cour-
inclure dans l’IPC les charges de crédit à la consomma- tage et les mécanismes de crédit et de dépôt. Les services
tion (mesurées de la même façon que celles d’intérêts d’agence immobilière sont examinés séparément (voir
hypothécaires), ainsi que les dépenses brutes correspon- paragraphes 10.149 à 10.155), étant donné qu’ils peuvent
dant aux commissions et frais directs acquittés pour être classés parmi les dépenses de logement ou les ser-
d’autres services financiers. En pratique (voir la section vices financiers.
sur les coûts de logement), les IPC nationaux ne traitent
pas toujours sur le plan conceptuel ces coûts comme les
autres charges d’intérêts, à cause en partie des différents Achat de devises
objectifs de l’indice d’ensemble et de la façon dont le 10.125 Pour les pondérations, il est en principe
public en général perçoit l’importance de ce produit élé- assez facile d’estimer les dépenses consacrées par les
mentaire dans son budget. Nous n’approfondissons pas ménages à l’achat de devises pendant la période de
davantage les conditions qu’exige spécifiquement l’uti- référence, car elles devraient être signalées dans les
lisation du concept de paiement, car ses principes sont enquêtes sur le budget des ménages.
exposés ailleurs (par exemple, avec le logement occupé 10.126 La construction de l’indice des prix paral-
par son propriétaire) ou assez simples. lèle est plus complexe. Le service dont le prix est

233
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

requis vise à faciliter l’achat de devises (acquisition prix du titre. Aux fins de l’IPC, elle devrait être incluse
d’un actif). Ce prix correspond en général à un certain dans les frais de courtage. Cela correspond à son objet
pourcentage de la valeur de la transaction en monnaie et cadre avec la base de valorisation des actions la plus
nationale. Il se peut que cette marge en pourcentage ne communément admise. (En outre, il est commode en
varie guère, les prestataires du service comptant sur l’occurrence d’adopter ce principe, car il permet d’assu-
une hausse dans le temps de la valeur nominale des rer un traitement comparable, peut-être moins contesté,
transactions pour accroître leurs recettes. Le prix avec les taxes sur les services bancaires.) La prise en
requis pour construire l’indice est la valeur monétaire considération des barèmes fiscaux en vigueur ne pose
de la marge (soit le montant obtenu en appliquant le pas de difficulté en ce sens qu’ils sont largement dispo-
pourcentage à la valeur de la transaction). Pour mesu- nibles dans tous les pays.
rer les variations de prix, le statisticien doit se faire une 10.132 Partant du principe que les commissions de
idée de la quantité à la base de la transaction initiale. courtage suivront plutôt une fonction en escalier qu’une
10.127 Il est possible d’estimer que les devises faci- fonction linéaire, un indicateur des prix serait construit
litent l’achat d’une certaine quantité de biens ou de ser- selon la méthode suivante. Un échantillon représentatif
vices étrangers (par exemple, dépenses au titre d’un des transactions (valeurs en monnaie nationale) serait
voyage à l’étranger ou importation directe d’une mar- choisi, puis la taxe et les commissions payables seraient
chandise). Le prix du service pendant les périodes de calculées selon leurs barèmes respectifs. Les taxes et
comparaison serait les frais de conversion pour acheter commissions payables pour les périodes ultérieures
en devises la quantité fixe de biens ou de services étran- seraient calculées en indexant la valeur des transactions
gers de la période de référence. de l’échantillon et en leur appliquant les barèmes en
10.128 Cela nécessite en pratique d’indexer le mon- vigueur. Deux questions importantes se posent alors :
tant initial en devises en utilisant les variations des prix quel est l’indice qui conviendrait le mieux pour revalori-
étrangers, puis de le convertir en monnaie nationale au ser les transactions et comment le barème des commis-
taux de change en vigueur, la marge en pourcentage en sions en vigueur serait-il établi?
vigueur étant appliquée à ce nouveau montant pour 10.133 Le paquet d’actions peut être considéré
obtenir le prix en cours. Ce prix serait comparé au prix comme un manque à consommer (quantité de biens ou
de référence pour établir l’indicateur des variations de de services qui aurait pu être achetée à la place). La
prix. Il est probablement impossible de construire valeur d’un manque à consommer constant en volume
l’indice idéal pour l’indexation du montant de devises pendant des périodes de comparaison consécutives
(il serait spécifiquement ciblé sur les biens ou services variera donc en fonction des prix à la consommation. Le
étrangers achetés par les ménages résidents). En pra- choix comme clause d’indexation de l’IPC lui-même,
tique, l’IPC global publié pour les pays étrangers pour- établi à partir des estimations préliminaires de la période
rait être utilisé. de comparaison ou des résultats de la période précé-
10.129 Si la marge (taux de pourcentage) n’est pas dente, s’imposerait en l’occurrence. Cependant, l’utili-
la même pour toutes les transactions (par exemple, les sation de l’IPC pendant une seule période (de comparai-
taux varient en fonction de leur montant), l’indicateur son ou précédente) risque de faire évoluer les prix des
des prix devrait être construit sur la base d’un échan- services de courtage dans un sens qui ne reflète pas vrai-
tillon représentatif des transactions de la période de ment la réalité. Cela serait notamment le cas lorsque, par
référence. La marge en valeur de chaque transaction en exemple, une variation de prix exceptionnelle ou tempo-
monnaie nationale de la période de comparaison serait raire (choc pétrolier ou modification du régime d’assu-
déterminée en appliquant à la valeur courante en mon- rance santé, entre autres) a fortement influé sur l’IPC de
naie nationale de chaque transaction la marge en pour- la période de comparaison ou précédente. Toute «réper-
centage fixée pour cette période. Ainsi, toute variation cussion» de variations de prix anormales à court terme
de prix résultant de la valeur d’une transaction sous- sur le traitement précis des commissions de courtage ou
jacente qui passerait d’une tranche de prix à une autre de frais analogues nuira probablement à la crédibilité de
serait saisie. l’IPC dans le public. Il serait également possible d’utili-
ser la moyenne mobile sur douze mois d’un IPC qui
cadrerait avec une période de référence couvrant l’acti-
Services de courtage vité de toute une année.
10.130 Envisageons le cas de l’achat d’un paquet 10.134 On pourrait aussi soutenir que le paquet
d’actions d’une société cotée en bourse. Dans la plupart d’actions pourrait être revalorisé pendant les périodes
des pays, cette opération doit se faire par l’intermédiaire subséquentes en fonction des variations des cours de ces
d’un courtier agréé. Le montant total payé par l’acheteur actions. On estimerait alors que ces cours influencent for-
porte en général sur trois éléments : le prix des actions tement les coûts effectifs du stockage du manque à con-
(l’actif), la commission de courtage et une certaine sommer et doivent être traités de la même façon pour
forme de taxe de transaction. ainsi dire que les barèmes des taxes et des frais spéci-
10.131 Il convient de considérer la taxe comme fai- fiques aux achats d’actions qui peuvent être pris en
sant partie du coût d’acquisition des actions et non du compte dans les calculs évoqués précédemment. Un argu-

234
CAS PARTICULIERS

ment puissant contre un tel traitement est qu’il suppose 10.139 Pour un résumé de la façon dont a évolué le
que les ménages achètent des actions pour l’opération traitement de ces services dans les comptes nationaux,
elle-même plutôt que comme un moyen adéquat de stoc- et un examen de la notion de taux directeur, voir OCDE
ker un manque à consommer. En outre, la prise en consi- (1998). En théorie, le SCN 1993 définit le taux directeur
dération des cours des actions dans l’indicateur des prix comme le taux d’intérêt pur ou sans risque. La valeur du
en intensifierait sans doute à court terme l’instabilité. service fourni à un emprunteur correspond à la diffé-
10.135 Du fait de la concurrence entre maisons de rence entre les intérêts qu’il acquitte effectivement et le
courtage, il est peu probable qu’il existe un barème com- montant plus faible qu’il aurait acquitté si le taux direc-
mun de commissions. Si les courtiers suivaient assez teur avait été appliqué. L’inverse vaut pour les dépo-
étroitement des barèmes internes de commissions, il serait sants. En pratique, il est très difficile de déterminer le
relativement simple d’en obtenir des exemplaires. Par taux directeur et, en particulier, d’éviter que les mesures
contre, faute de tels barèmes, une enquête auprès des de la valeur de ces services soient instables, voire néga-
courtiers peut être nécessaire pour recueillir des informa- tives (ce qui arriverait si le taux directeur dépassait le
tions sur un échantillon d’opérations (valeur des opéra- taux débiteur ou le taux créditeur). Pour des considéra-
tions et commissions demandées) afin d’établir un barème tions pratiques, une moyenne des taux débiteurs et cré-
de commissions pour la période de comparaison. diteurs pourrait être utilisée (en retenant de préférence
10.136 Dans le cas des ventes d’actions, la tran- le point milieu)1. Étant donné les difficultés en jeu, les
saction sous-jacente représente l’échange d’un actif dépenses d’intermédiation financière nécessaires pour
contre un autre (actions contre liquidités). Les actions pondérer les indices ne peuvent être extraites des
vendues pourraient être traitées de la même manière enquêtes sur le budget des ménages et doivent donc être
que les actions achetées (en d’autres termes, comme un estimées en recueillant des données auprès des institu-
panier de biens ou de services de consommation pour tions financières.
la période de comparaison). En réalité, les ménages 10.140 Lorsqu’on réfléchit à la construction de
révisent régulièrement leur stratégie d’investissement l’indice, il est utile de commencer par envisager le cas
afin de «stocker» leur consommation différée dans les d’une banque traditionnelle avec un seul produit de cré-
catégories d’actifs qu’ils estiment offrir la plus grande dit et de dépôt; l’exemple pourrait alors être étendu à une
sécurité ou la meilleure perspective de croissance. Un banque typique. Dans certains pays, la banque tradition-
traitement analogue des achats et des ventes d’actions nelle ne prélève pas de frais directs, mais l’ensemble de
est particulièrement attrayant. À moins que les ventes ses revenus provient d’une marge d’intérêt sur les taux
ne soient assujetties à des commissions ou des taxes débiteurs par rapport aux taux créditeurs.
différentes, il n’y a aucune raison de les distinguer des 10.141 La valeur de pondération des services finan-
achats dans la construction de l’indice. ciers pendant la période de référence (et ainsi la consom-
mation de ces services par les ménages) est donc estimée
en appliquant une marge (l’écart absolu entre le taux
Mécanismes de dépôt et de prêt directeur et le taux d’intérêt demandé aux emprunteurs
10.137 La complexité s’accroît nettement lorsque ou versé aux déposants) à un stock global (prêts ou
sont pris en compte les coûts des services fournis par les dépôts). Conformément à la façon dont il est proposé de
intermédiaires financiers. Même s’il a été décidé au traiter les autres transactions financières, il faudrait, pour
préalable d’inclure les mécanismes de dépôt et de prêt construire les indicateurs de prix parallèles, indexer les
dans le champ de l’IPC, le service fourni est difficile à stocks de la période de référence, en appliquant les
cerner complètement et les prix comportent d’impor- marges de la période de comparaison pour calculer une
tants éléments non observables directement. valeur monétaire. L’indice des prix est alors calculé
10.138 Le SCN 1993 recommande (6.125 et an- comme le ratio des valeurs monétaires de la période de
nexe III) que la valeur des services d’intermédiation comparaison avec celles de la période de référence.
financière produits par un établissement représente la 10.142 Là encore, la question d’une indexation
somme de ce qui suit : adéquate doit être abordée. S’il est possible de conce-
• pour les actifs financiers (prêts, par exemple), la voir facilement que les flux de dépôts et de retraits pen-
valeur des services fournis à l’emprunteur par unité
monétaire de compte, qui est la marge entre le taux
payable par l’emprunteur et un taux de référence; 1L’utilisation du point milieu du taux directeur pour mesurer le taux
• pour les engagements financiers (dépôts, par exemple), d’intérêt sans risque suscite quelques réserves, voir OCDE (1998). On
la valeur des services fournis au prêteur ou déposant peut toutefois se demander si l’idéal sur le plan théorique est d’avoir
un taux d’intérêt «sans risque» ou si le taux d’intérêt qui aurait été
par unité monétaire de compte, qui est la marge entre établi en l’absence d’intermédiaires financiers (en d’autres termes,
le taux de référence et le taux payable par l’établisse- par une négociation directe entre les déposants et les emprunteurs) ne
ment au prêteur; serait pas un concept plus approprié? Un tel taux intégrerait les
risques dont les prêteurs auraient connaissance. Prendre le point
• la valeur des commissions de services d’intermédia- milieu des taux créditeurs et débiteurs semble être un bon moyen
tion financière effectives ou explicites prélevées. d’estimer le taux d’équilibre du marché.

235
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

dant la période de référence représentent un manque à commissions directes et taxes). Ces agrégats de valeurs
consommer aux prix de cette période, comment faut-il peuvent être considérés comme l’équivalent des prix pour
traiter les stocks qui reflètent une accumulation de flux certaines quantités. Les prix des périodes de comparaison
sur un certain nombre d’années? Si un profil chronolo- sont établis en ajustant ces agrégats comme suit :
gique des stocks était connu, le manque à consommer
• Marge — indexer le stock de la période de référence
accumulé pourrait être calculé sous la forme d’une
et appliquer la marge (frais indirect) de la période de
moyenne mobile de l’IPC. Une autre solution plus pra-
comparaison (l’écart entre le taux directeur de la
tique consiste à estimer que les stocks de la période de
période de comparaison et le rendement). En pratique,
référence correspondent à une certaine quantité de
le mouvement des prix correspond au produit du
biens ou de services de consommation aux prix de cette
facteur d’indexation et du ratio des marges.
période, auquel cas, la moyenne mobile sur douze mois
de l’IPC peut être utilisée. Cette solution cadre avec • Frais — indexer les valeurs de transaction de chaque
l’idée que les ménages révisent leurs décisions de con- compte de l’échantillon (ou profil) et appliquer le
sommation et d’investissement (et ainsi les stocks barème des frais de la période de comparaison. Le
financiers accumulés) sur une base régulière et, en ratio de la somme des nouveaux frais avec les frais de
l’occurrence, annuellement. référence est utilisé pour ajuster la valeur globale des
10.143 La banque traditionnelle a presque disparu frais. Cette valeur peut être établie pour les périodes
dans certains pays et la plupart des institutions finan- de référence et de comparaison en utilisant les
cières tirent désormais leurs bénéfices d’une combinai- moyennes arithmétiques ou géométriques des frais
son de frais indirects (marges) et de frais ou commis- calculées pour chaque client.
sions directs, la tendance étant de passer des marges aux • Taxes — même démarche que pour les frais, mais en
frais directs. Le problème qui se pose en l’occurrence
remplaçant les barèmes des frais par des barèmes
est de construire des mesures de variations des prix qui
d’imposition.
reflètent le prix total du service et saisissent donc toute
compensation entre les marges et les frais directs. 10.146 On trouvera à l’appendice 10.1 un exemple
Comme dans le cas des services de courtage, les taxes détaillé de calcul d’un indice des prix d’un produit de
qui peuvent être perçues sur les transactions ou les dépôt unique.
stocks financiers devraient être incluses dans le «prix». 10.147 Puisqu’on utilise essentiellement pour les
Frost (2001), par exemple, décrit les aspects les plus services financiers des barèmes de prix et d’imposition
pratiques de la construction des indices des prix concer- suivant une fonction en escalier (par exemple, frais
nant les mécanismes de dépôt et de prêt à partir de payables uniquement si un certain nombre de transac-
l’expérience australienne récente. tions est atteint ou si les stocks tombent en deçà d’un
10.144 Étant donné que les intermédiaires finan- certain seuil), des échantillons de comptes clients
ciers ont à l’évidence la possibilité de moduler le dosage détaillés identifiant toutes les variables de frais seront
frais directs/marges, la construction de vastes indica- nécessaires. Ces échantillons devraient couvrir toute
teurs des marges (connues par les comptables nationaux une année. S’il n’est pas possible d’échantillonner les
sous l’expression : services d’intermédiation financière comptes effectifs, des profils de consommateur pour-
indirectement mesurés (SIFIM)) sans prendre en consi- raient être mis au point comme solution de rechange.
dération les taxes et les commissions directes présente 10.148 Pour réduire au minimum les problèmes de
un réel danger. Il faudrait au contraire construire des non-réponse et de mutation des structures des branches
indicateurs de prix de produits spécifiques (relativement d’activité, un taux directeur distinct devrait être établi
homogènes) qui puissent alors être pondérés ensemble pour chaque prestataire de services de l’échantillon. Ce
afin d’établir pour l’ensemble des mécanismes de dépôt taux serait calculé pour tous les prêts et dépôts (y com-
et de prêt une mesure globale tenant compte des frais pris ceux aux entreprises). En outre, afin d’éviter les dif-
directs et des marges dans le prix total. Cette stratégie ficultés que peut poser la chronologie des écritures
est analogue à celle adoptée d’un bout à l’autre de l’IPC. comptables (par exemple, révisions ou revenus d’intérêts
Pour les véhicules à moteur, entre autres, l’indice est provenant de cartes de crédit), les rendements mensuels,
construit en suivant un échantillon de véhicules et en les taux directeurs et les marges devraient être établis sur
pondérant ces mesures de prix pour calculer un indice la base de moyennes mobiles sur trois mois des stocks
global au lieu, par exemple, de construire directement un sous-jacents et des flux d’intérêts déclarés.
indice pour le fournisseur ou le producteur d’une
gamme de véhicules. Services d’agence immobilière
10.145 Fondamentalement, le processus est le sui-
vant : il faut choisir, premièrement, un échantillon de pro- 10.149 Les services fournis par les agences immobi-
duits représentatifs de chaque institution de l’échantillon lières lors de l’acquisition ou de la disposition de biens
et, deuxièmement, un échantillon de clients pour chaque immobiliers peuvent être traités de diverses façons. Si
produit, puis estimer pour la période de référence la valeur l’IPC se fonde sur le concept de coût économique d’uti-
du service associé à chaque produit par élément (marge, lisation, ils ne sont pas couverts, car ils entrent dans les

236
CAS PARTICULIERS

coûts de revient des propriétaires fictifs (le SCN 1993 marge en pourcentage peut être calculée à l’aide d’une
assimile tous les coûts de transfert de logements à de la analyse économétrique. Une analyse empirique devra
formation brute de capital fixe). Les coûts de transfert être faite pour déterminer la forme fonctionnelle précise
liés à l’acquisition d’un logement (frais légaux, commis- de cette relation. Par exemple, l’étude australienne
sions d’agence et taxes) peuvent être inclus dans un IPC montre qu’une régression selon la méthode des moindres
fondé sur les concepts de paiement ou d’acquisition. Ils carrés ordinaires peut être utilisée pour estimer cette rela-
peuvent être considérés comme un coût afférent à la pro- tion et que la forme fonctionnelle ci-après est adéquate :
priété ou un service financier distinct. Tous les coûts de
R = a + b1(1/p) + b2(1/p)2
transfert devraient certes être inclus dans ces indicateurs,
mais, pour des raisons de simplicité, la discussion ci- où : R = taux de commission, p = prix de la maison, a =
après porte essentiellement sur les commissions des constante et où b1 et b2 sont les paramètres à estimer.
agents immobiliers. Les indicateurs de prix des autres 10.153 Les estimations de la valeur des transactions
éléments sont calculés en utilisant des méthodes ana- pendant la période courante de comparaison à laquelle la
logues. Quoi qu’il en soit, le coût actuel de divers ser- marge en pourcentage s’applique diffèrent selon que les
vices afférents à un quelconque panier-type d’activités commissions d’agence sont classées parmi les coûts du
de la période de référence est en général estimé, dans la logement ou sont assimilées à un service financier distinct.
mesure où ces services s’appliquent à ces activités. Dans le premier cas, la valeur de la transaction pendant la
Comme dans certains cas déjà abordés, cela suppose période de comparaison reflète les variations des prix du
d’indexer à partir de la période de référence les dépenses logement par rapport à la période de référence. Dans le
ayant donné lieu aux commissions (pour conserver les second, si l’achat d’un logement est considéré comme un
quantités sous-jacentes) avec quelque indice des prix manque à consommer, la valeur pendant la période de
approprié, puis d’estimer les commissions payables pour comparaison reflète les variations de l’IPC lui-même.
la période de comparaison. 10.154 Dans le cas où la même marge en pourcen-
10.150 En général, les agents immobiliers basent tage est censée être utilisée, une seule transaction pendant
leurs commissions sur un certain pourcentage du prix du la période de comparaison est alors nécessaire (en
logement. Comme pour les autres produits élémentaires d’autres termes, une estimation de la valeur moyenne des
pour lesquels des frais sont établis sous forme de marge, transactions de la période de référence aux prix de la
ces commissions doivent être converties à un prix en période de comparaison). Par exemple, si les commis-
monnaie nationale. Si la marge en pourcentage est con- sions d’agence sont classées parmi les coûts du logement,
nue, le prix pour les agents de toute transaction donnée le prix de la période de référence est calculé en appliquant
(achat/vente d’un logement à un prix connu) peut être la marge en pourcentage moyenne de cette période au
calculé en multipliant la valeur du logement par la marge prix moyen du logement pendant cette période, toute TVA
en pourcentage et l’indice peut alors être construit sur la ou TPS étant alors ajoutée. Le prix de la période de com-
base d’estimations des deux éléments. paraison est calculé comme suit : on indexe le prix moyen
10.151 La méthodologie choisie pour estimer la du logement pendant la période de référence, on applique
marge en pourcentage dépendra d’une évaluation des la marge en pourcentage moyenne de la période de com-
variations des marges entre les agences ou au sein de paraison et on ajoute la TPS ou la TVA.
celles-ci. Dans le cas le plus simple, les agences appliquent 10.155 Si une marge en pourcentage unique n’est
éventuellement la même marge en pourcentage à toutes les pas censée être utilisée, un échantillon de transactions
transactions indépendamment de leur valeur. En d’autres représentatives de la période de référence est nécessaire.
termes, les marges en pourcentage peuvent varier à tout La valeur monétaire de la marge sur chaque transaction
moment selon les agences, mais non en fonction de la est alors calculée à partir de tarifs publiés ou d’estima-
valeur des transactions au sein de celles-ci. Dans ce cas, il tions obtenues à l’aide d’une relation fonctionnelle
faut estimer, pour chaque période de comparaison, la comme celle exposée ci-dessus. Les prix de la période
marge en pourcentage moyenne demandée par les agences, de comparaison sont aussi estimés en indexant chaque
ce qui peut être fait en calculant la moyenne de marges en transaction représentative de la période de référence et
pourcentage recueillies auprès d’un échantillon d’agences, en appliquant le même modèle. Il convient de souligner
abstraction faite des taxes (taxe sur la valeur ajoutée (TVA) que, dans ce cas, il n’est pas nécessaire d’exclure toute
ou taxe sur les produits et services (TPS), par exemple) TPS ou TVA des données initiales sur les marges.
perçues sur les commissions des agents.
10.152 Les marges en pourcentage prélevées par les Services d’assurance de biens
agences sont parfois fonction du prix de la transaction
(en général, elles diminuent à mesure qu’augmente le 10.156 En pratique, il peut être difficile de construire
prix du logement). Lorsque les tarifs varient au sein des des indices des prix fiables pour les assurances. La pré-
agences, une technique d’estimation plus perfectionnée sente section se limite à l’assurance de biens, car il est pos-
peut être nécessaire. En utilisant des données provenant sible de présumer que ce secteur fonctionne de la même
d’un échantillon de transactions pour un échantillon façon d’un pays à l’autre. Elle illustre cependant les diffi-
d’agents, la relation entre la valeur de la transaction et la cultés auxquelles fait face le statisticien, chaque secteur de

237
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

l’assurance soulevant des problèmes théoriques et des remplacement ou réparer les produits endommagés. Les
mesures spécifiques. Les polices d’assurance vie, par indemnités peuvent parfois être versées pour compenser
exemple, incluent souvent un service de placement à long des dommages aux biens d’agents non couverts par
terme prévoyant un remboursement intégral lorsque l’indice (par exemple, entreprises, administrations, voire
l’assuré franchit l’échéance fixée. La distinction entre les autres ménages lorsque le groupe de référence de l’IPC ne
frais de service et le volet placement au sein d’une prime couvre que certaines sous-catégories de ménages). Les
unique pose de graves problèmes au statisticien. ménages peuvent aussi choisir d’utiliser les produits des
10.157 Aux fins de la discussion, l’assurance de biens indemnités à des fins totalement différentes. Il faudra
couvre par définition : donc sans doute faire des choix arbitraires pour estimer
• l’habitation; les poids des dépenses nettes. De façon plus générale, les
sommes d’argent étant fongibles, toute tentative de limiter
• les biens des ménages; l’utilisation à certaines dépenses est sujette à caution.
• l’automobile. Enfin, la distorsion potentielle des poids pour ces produits
élémentaires risque de réduire l’utilité des sous-indices
10.158 La caractéristique commune de ces polices pour d’autres fins.
est qu’en contrepartie d’une prime, les ménages 10.161 Primes nettes, dépenses brutes. Dans un
reçoivent une indemnisation financière si les événe- indice fondé sur le concept de paiement, la solution des
ments énoncés causent des dommages aux biens dési- «primes nettes, dépenses brutes» repose sur l’idée que les
gnés ou leur perte. S’ils n’achètent pas d’assurance, les indemnités recevables devraient être considérées comme
ménages peuvent s’autoassurer. Pour l’ensemble des des dépenses d’assurance négatives, ce qui permettrait de
ménages, l’élimination du risque d’une perte financière ne pas compter deux fois les dépenses au titre de produits
représente le service reçu. L’IPC traite l’assurance de élémentaires financées par les indemnités recevables et
biens en fonction du concept retenu pour sa construc- figurant déjà dans les dépenses brutes au titre d’autres
tion (acquisition, utilisation ou paiement). produits élémentaires inclus dans l’indice. La solution
des primes nettes pose beaucoup moins de problèmes que
Concept de paiement celles des dépenses nettes (car, à tout le moins l’impact
10.159 Selon le concept de paiement, chacun des est limité aux poids afférents aux assurances). Il est toute-
types de police susmentionnés est couvert. En réfléchis- fois possible de soutenir qu’elle ne cadre pas avec celles
sant à la façon dont l’assurance de biens devrait être adoptées pour les autres produits élémentaires inclus dans
incluse dans l’IPC, il est nécessaire d’examiner à la fois un indice fondé sur le concept de paiement, en particulier
les primes brutes payables et les indemnités recevables les intérêts hypothécaires et les charges de crédit à la con-
par les ménages. Ces deux notions sont faciles à définir. Il sommation, lorsque les poids sont établis sur la base des
est possible toutefois de traiter les indemnités d’un certain paiements bruts. Toute prise en compte des recettes d’in-
nombre de façons qui auront un impact sur le poids donné térêts aboutirait sans doute à des poids négatifs puisqu’en
à l’assurance ou aux produits élémentaires assurés. Les général, les ménages ne sont pas dans l’ensemble des
dépenses d’assurance peuvent être pondérées sur une base épargnants nets.
brute ou nette (c’est à dire, être valorisées à partir des 10.162 Le fait que la méthode des primes nettes
primes brutes payables, mais, dans le second cas, après permette de mesurer effectivement la valeur du service
déduction des indemnités recevables). De même, les pro- d’assurance comme l’exige la construction d’indices
duits élémentaires assurés contre le risque de perte selon les concepts d’acquisition et d’utilisation est
peuvent être pondérés sur une base brute ou nette (dans ce accessoire, car l’objectif en l’occurrence est de détermi-
dernier cas, en excluant les achats expressément financés ner le traitement à donner à ce service dans le cas d’un
par les indemnités recevables). Compte tenu de ce qui indice fondé sur le concept de paiement.
précède, il semble également possible de traiter l’assu- 10.163 Primes brutes, dépenses brutes. La méthode
rance de biens en utilisant les trois concepts suivants : des «primes brutes, dépenses brutes» repose sur l’idée
que les indemnités recevables par les ménages repré-
• primes brutes, dépenses nettes;
sentent simplement l’une des sources de financement
• primes nettes, dépenses brutes; des dépenses. C’est la solution la plus attrayante pour
un indice fondé sur le concept de paiement, car elle
• primes brutes, dépenses brutes. reconnaît la nature fongible des sommes d’argent et est
10.160 Primes brutes, dépenses nettes. Il est possible un moyen cohérent d’identifier les produits élémen-
de soutenir qu’en déduisant du calcul des dépenses les taires couverts dans l’indice et les poids relatifs sur la
achats financés par les indemnités d’assurance, on ne seule base des dépenses effectives des ménages.
compte pas deux fois la fraction des primes brutes qui
finance ces indemnités. Cette façon de procéder soulève
toutefois quelques difficultés. Premièrement, il est néces- Concept d’utilisation
saire de supposer que les produits des indemnités sont 10.164 Dans le cas du concept d’utilisation, l’assu-
tous utilisés pour acheter des produits élémentaires de rance habitation n’est pas couverte, car elle entre dans les

238
CAS PARTICULIERS

coûts de revient du propriétaire fictif. Les poids devraient constante, il faut également se demander si le risque de
être liés à la valeur du service d’assurance consommé par sinistres doit rester constant. En d’autres termes, toute
les ménages, qui, par définition, est égale à la somme des augmentation des vols d’automobiles, par exemple, se
primes d’assurance brutes payables par les ménages et des traduit-elle par une amélioration de la qualité de la police
primes complémentaires, déduction faite des provisions ou simplement une variation de prix? Si on soutient que
pour sinistres et des variations des réserves actuarielles. la décision des consommateurs de s’assurer est fondée
10.165 Il n’est pas possible d’estimer la valeur sur leur évaluation du risque de pertes par rapport à la
nominale du service d’assurance net à partir des seules prime demandée, les facteurs de risque devraient demeu-
enquêtes sur le budget des ménages. La solution la plus rer constants. Mais, on peut aussi soutenir qu’une fois
attrayante pour les pondérations est d’obtenir, par un assuré, le consommateur s’attend simplement à être
échantillon de compagnies d’assurances, des données indemnisé de toute perte. Du point de vue du consomma-
permettant d’estimer le ratio «services d’assurance teur, toute aggravation des risques ne représente qu’une
nets»/«primes brutes» et d’appliquer ce ratio à la valeur augmentation de la base des coûts de l’assureur (qui peut
estimée des primes brutes extraites des enquêtes sur le ou non être répercutée par les prix sur le consommateur).
budget des ménages. Cependant, il n’a pas été possible Il est difficile d’obtenir des données d’une fiabilité suffi-
de concevoir un indicateur de prix correspondant qui sante pour procéder aux ajustements de qualité nécessités
soit théoriquement valable. Pour cette raison, les pays par l’évolution des risques, de sorte qu’en pratique, la
qui ont adopté le concept de service net pour les pondé- plupart des indices reflètent cette évolution sous la forme
rations utilisent les mouvements des primes brutes d’une variation des prix.
comme indicateur de prix supplétif. 10.169 Pour suivre les prix des polices d’assurance,
il conviendrait de choisir un échantillon de polices repré-
Concept d’acquisition sentatives de celles détenues pendant la période de réfé-
rence. Prenons à titre d’exemple l’assurance habitation :
10.166 Selon le concept d’acquisition, les trois pro-
les polices de la période de référence auraient été sous-
duits élémentaires sont couverts. L’objectif étant de
crites pour des logements de valeurs et types divers (bois,
mesurer la hausse des prix pour le secteur des ménages,
briques, entre autres) situés à différents endroits. Les
les dépenses utilisées pour les pondérations devraient
échantillons de prix porteraient alors sur des caractéris-
refléter la contribution des sociétés d’assurance à l’infla-
tiques visant à couvrir autant de combinaisons de ces
tion, qui est égale à la valeur des services d’assurance au
variables que possible. Pour chaque logement, les clauses
sens du concept d’utilisation.
de la police, l’endroit et le type devraient rester constants
dans le temps, alors que la valeur devrait être actualisée
Suivi des prix des primes pour toutes les périodes afin de refléter les variations des
d’assurance brutes prix de l’immobilier (en d’autres termes, la quantité réelle
10.167 La prime d’assurance brute payable par les sous-jacente doit être préservée). Il est important de sou-
ménages pour une période donnée est déterminée par les ligner que, comme les primes seront fonction d’une façon
clauses de la police d’assurance, les frais de gestion et ou d’une autre de la valeur des biens assurés, il se peut
les objectifs de la compagnie d’assurances en matière de que l’indice des prix des assurances varie sans que les
bénéfices, les risques de sinistres et les taxes applicables. barèmes des primes aient été modifiés.
Pour toute police, les principales caractéristiques déter- 10.170 Il conviendrait d’identifier par tous les
minantes en matière de qualité (qu’en général, elle pré- moyens les révisions des clauses de certaines polices afin
cise dans ses clauses) peuvent se résumer comme suit : de faciliter les ajustements de la qualité qui conviennent
• type de bien couvert (logement, véhicule à moteur, (par exemple, cessation de la couverture sous certaines
etc.); conditions et modification de la franchise à la charge du
consommateur en cas de sinistre). Il est possible d’estimer
• type de couverture fournie (dommages matériels, la valeur de ces changements à partir de la propre évalua-
responsabilité, etc.); tion par la compagnie d’assurances de leur impact éven-
tuel sur la valeur totale des indemnités payables. Si on
• nature de l’indemnisation (coût de remplacement, valeur
suppose que la variation de la valeur de toutes les indem-
vénale courante, etc.);
nités correspond éventuellement aux changements appor-
• plafonnement éventuel du montant indemnisable; tés aux services fournis aux consommateurs (par rapport à
ceux existant avant le renouvellement de la police), la
• situation du bien; prime peut alors être ajustée en conséquence de façon à
• montant d’une éventuelle franchise à la charge de modifier le prix (en fonction de la qualité). Par exemple,
l’assuré; envisageons le cas où la franchise est doublée et où la
compagnie fait savoir qu’il en résultera une baisse de 3 %
• risques (ou événements) couverts. de la valeur globale des indemnités payables. Cette modi-
10.168 S’il est manifeste que ces clauses ne doivent fication pourrait être considérée comme l’équivalent
pas être modifiées pour que les prix soient suivis à qualité d’une hausse de 3 % du prix.

239
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

L’utilisation des primes brutes actuarielles. Les frais de service d’assurance corres-
pour mesurer approximativement pondent alors à la différence entre les primes brutes et
le service d’assurance net les provisions pour sinistres. Supposons aussi qu’une
hausse du taux de taxation (qui passe de 5 à 20 % des
10.171 Les frais de service d’assurance net couvrent primes brutes) soit le seul changement constaté entre
les frais de gestion et les bénéfices de la compagnie deux périodes. On observera alors sans doute les
d’assurances, ainsi que toutes les taxes exigibles. Le pro- valeurs inscrites au tableau 10.10. En vertu de ce
blème est que ces taxes sont normalement perçues sur les scénario, il est manifeste que les frais de service
primes brutes. En conséquence, si leur taux est élevé, d’assurance passent de 45 à 60 dollars (soit une majo-
elles représenteront une proportion encore plus forte de ration de 33,3 %), tandis que les primes brutes n’aug-
ces frais. Si on n’utilise que la prime d’assurance brute, mentent que de 14,3 %.
taxes incluses, comme indicateur des prix, on sous- 10.173 Étant donné que les modifications des
estime l’effet réel de toute hausse des taux de taxation. taux des taxes sur les primes d’assurance brutes
Ce propos est mieux illustré par un exemple. sont souvent importantes, ce problème n’est pas né-
10.172 Pour des raisons de simplicité, supposons gligeable. Une solution pratique consiste à diviser le
l’absence de primes complémentaires et de réserves service d’assurance en deux éléments : service, taxe
non comprise, et taxe sur les services. Dans le premier
cas, l’indicateur des prix est construit sur la base des
Tableau 10.10 Illustration de l’impact des taxes
mouvements des primes brutes, taxe non comprise;
sur les mesures des services d’assurance (dollars)
dans le second, il est donné par les variations des
Primes,
taxes non Primes Service taxes sur les primes brutes. Il est nécessaire d’ap-
Période comprises Taxe brutes Indemnités d’assurance profondir la question afin de mettre au point une
méthodologie permettant de mesurer directement
1 100 5 105 60 45
2 100 20 120 60 60
les variations des prix des services d’assurance
avant taxation.

240
CAS PARTICULIERS

Appendice 10.1 Exemple de calcul d’un indice des prix


d’un produit de dépôt
a) Modèle de compte pour la période de référence. Les données d’un seul mois sont utilisées dans le présent exemple. En pratique, de
nombreux comptes seraient relevés, chacun contenant des données portant sur une année complète.
Taxes
Valeur de
Débit (D) transaction Taxe Stock
Date ou crédit (C) Transaction (dollars) (dollars) (dollars)

456,23
2 janvier D Retrait au guichet 107,05 0,70 348,48
12 janvier C Dépôt 4 000,00 2,40 4 346,08
13 janvier D Virement1 50,62 0,30 4 295,16
13 janvier D Retrait au guichet 371,00 0,70 3 923,46
14 janvier D Retrait d’espèces sur propre DAB2 300,00 0,70 3 622,76
14 janvier D Retrait d’espèces sur propre DAB 100,00 0,70 3 522,06
16 janvier D Retrait d’espèces sur propre DAB 100,00 0,70 3 421,36
16 janvier D Retrait au guichet 371,00 0,70 3 049,66
16 janvier D Chèque 90,00 0,30 2 959,36
19 janvier D Retrait d’espèces sur propre DAB 100,00 0,70 2 858,66
19 janvier D Retrait d’espèces sur propre DAB 100,00 0,70 2 757,96
19 janvier C Dépôt 4 000,00 2,40 6 755,56
19 janvier D Chèque 740,00 1,50 6 014,06
20 janvier D Virement 76,42 0,30 5 937,34
21 janvier D Retrait d’espèces sur autre DAB 20,00 0,30 5 917,04
21 janvier D Chèque 100,00 0,70 5 816,34
22 janvier D Chèque 43,40 0,30 5 772,64
22 janvier D Chèque 302,00 0,70 5 469,94
22 janvier D Chèque 37,00 0,30 5 432,64
23 janvier D Retrait au guichet 371,00 0,70 5 060,94
23 janvier D Chèque 72,00 0,30 4 988,64
27 janvier D Retrait d’espèces sur propre DAB 150,00 0,70 4 837,94
27 janvier D Chèque 73,50 0,30 4 764,14
27 janvier D Chèque 260,00 0,70 4 503,44
27 janvier D Virement 51,45 0,30 4 451,69
28 janvier D Retrait au guichet 19,95 0,30 4 431,44
28 janvier D Chèque 150,00 0,70 4 280,74
29 janvier D Chèque 140,00 0,70 4 140,04
30 janvier D Retrait au guichet 371,00 0,70 3 768,34
30 janvier D Chèque 8,00 0,30 3 760,04
30 janvier D Chèque 60,00 0,30 3 699,74
Total des taxes 21,10

1Virement : télévirement au bénéfice du point de vente.


2DAB : distributeur automatique de billets.

Frais
Stock
Activité Nombre total Nombre assujetti à des frais (dollars)

Retrait au guichet 6 2 6,00


Virement 3 0 0,00
Retrait d’espèces sur propre DAB 6 0 0,00
Retrait d’espèces sur propre DAB 1 1 1,20
Chèque 13 3 3,00
Dépôt 2 2 0,00
Total des frais 10,20

Les frais et taxes sont calculés en utilisant les tableaux b) et c), respectivement.
Source : Woolford (2001).

241
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

b) Barème des frais. On trouvera ci-après un résumé des informations qu’offrent en général les institutions financières. Pour chaque
période, le tableau comprend le nombre de transactions gratuites et les frais par transaction pour les transactions supplémentaires. Un
chiffre zéro respectivement dans la colonne du nombre des transactions gratuites ou dans celle des frais indique qu’aucune
transaction n’est gratuite ou que toutes les transactions sont gratuites.

Période de référence Période de comparaison


Nombre de Frais Nombre de Frais
Description transactions gratuites (dollars) transactions gratuites (dollars)

Retrait au guichet 4 3,00 4 3,00


Virement 10 0,50 9 0,50
Retrait d’espèces sur propre DAB 10 0,50 9 0,50
Retrait d’espèces sur autre DAB 0 1,20 0 1,20
Chèque 10 1,00 9 1,00
Dépôt 0 0,00 0 0,00

Source : Woolford (2001).

c) Barème des taxes. On trouvera ci-après un tableau des taux de taxation du type de celui employé en Australie. La taxe sur les
débits est prélevée sur toutes les opérations de débit effectuées sur les comptes remplissant les conditions requises, les montants
prélevés étant fixés par tranches de valeurs de transaction (en d’autres termes, en utilisant une fonction en escalier). Un droit
afférent aux institutions financières est prélevé sur tous les dépôts, son montant étant déterminé par la valeur du dépôt.
Taxe sur les débits effectués sur les comptes bancaires
Valeur de transaction (dollars) Taxe (dollars)

Minimum Maximum Période de référence Période de comparaison

0 1 0,00 0,00
1 100 0,30 0,30
100 500 0,70 0,70
500 5 000 1,50 1,50
5 000 10 000 3,00 3,00
10 000+ 4,00 4,00

Droit afférent aux institutions financières (%)


Période de référence Période de comparaison

0,06 0,06
Source : Woolford (2001).

d) Données sur les intérêts. Ce tableau présente, sous une forme sommaire, des données sur les stocks et les flux annualisés
d’intérêts obtenus à partir des moyennes mobiles des données communiquées par les institutions financières. Les marges et les
taux d’intérêt sont calculés sur la base de ces stocks et flux.

Période de référence Période de comparaison


Stock Intérêts Taux Stock Intérêts Taux
(millions de (millions de d’intérêt Marge (millions de (millions de d’intérêt Marge
dollars) dollars) (%) (%) dollars) dollars) (%) (%)

Produits de dépôt
Particuliers 22 000 740 3,3636 2,4937 23 600 775 3,2839 2,3971
Comptes courants 6 000 68 1,1333 4,7241 6 600 75 1,1364 4,5446
Autres comptes 16 000 672 4,2000 1,6574 17 000 700 4,1176 1,5634
Comptes d’entreprises 25 000 920 3,6800 2,1774 28 000 1 000 3,5714 2,1096
Total des comptes de dépôt 47 000 1 660 3,5319 2,3255 51 600 1 775 3,4399 2,2411
Produits de prêt
Particuliers 42 000 3 188 7,5905 1,7331 46 000 3 400 7,3913 1,7103
Comptes d’entreprises 28 000 2 540 9,0714 3,2140 31 000 2 700 8,7097 3,0287
Total des comptes de prêt 70 000 5 728 8,1829 2,3255 77 000 6 100 7,9221 2,2411
Taux directeur 5,8574 5,6810

Source : Woolford (2001).

242
CAS PARTICULIERS

e) Données de l’IPC. Ce tableau présente les données requises pour établir le facteur d’indexation. Cet exemple suit la pratique
adoptée en Australie de construire un IPC trimestriel. Si un IPC mensuel était établi, des moyennes mobiles sur douze périodes
seraient nécessaires.

T–5 T–4 T–3 T–2 T–1

Ensemble des groupes 117,5 121,2 123,4 127,6 129,1


Moyenne mobile sur 4 périodes 122,4 125,3
Facteur d’indexation (mouvement) 1,0237
Source : Woolford (2001).

f) Modèle de compte pour la période de comparaison (projections). Le solde initial et les valeurs de transaction sont établis en
appliquant le facteur d’indexation aux montants de la période de référence. Les taxes et frais payables sont calculés sur la base,
respectivement, des données du tableau c) et de celles du tableau b).

Taxes
Débit (D) Valeur de tran- Taxe Stock
Date ou crédit (C) Transaction saction (dollars) (dollars) (dollars)

467,04
2 janvier D Retrait au guichet 109,59 0,70 356,75
12 janvier C Dépôt 4 094,75 2,46 4 449,05
13 janvier D Virement 51,82 0,30 4 396,93
13 janvier D Retrait au guichet 379,79 0,70 4 016,44
14 janvier D Retrait d’espèces sur propre DAB 307,11 0,70 3 708,63
14 janvier D Retrait d’espèces sur propre DAB 102,37 0,70 3 605,56
16 janvier D Retrait d’espèces sur propre DAB 102,37 0,70 3 502,50
16 janvier D Retrait au guichet 379,79 0,70 3 122,01
16 janvier D Chèque 92,13 0,30 3 029,57
19 janvier D Retrait d’espèces sur propre DAB 102,37 0,70 2 926,51
19 janvier D Retrait d’espèces sur propre DAB 102,37 0,70 2 823,44
19 janvier C Dépôt 4 094,75 2,46 6 915,73
19 janvier D Chèque 757,53 1,50 6 156,70
20 janvier D Virement 78,23 0,30 6 078,17
21 janvier D Retrait d’espèces sur autre DAB 20,47 0,30 6 057,40
21 janvier D Chèque 102,37 0,70 5 954,33
22 janvier D Chèque 44,43 0,30 5 909,60
22 janvier D Chèque 309,15 0,70 5 599,75
22 janvier D Chèque 37,88 0,30 5 561,57
23 janvier D Retrait au guichet 379,79 0,70 5 181,08
23 janvier D Chèque 73,71 0,30 5 107,08
27 janvier D Retrait d’espèces sur propre DAB 153,55 0,70 4 952,83
27 janvier D Chèque 75,24 0,30 4 877,28
27 janvier D Chèque 266,16 0,70 4 610,43
27 janvier D Virement 52,67 0,30 4 557,46
28 janvier D Retrait au guichet 20,42 0,30 4 536,73
28 janvier D Chèque 153,55 0,70 4 382,48
29 janvier D Chèque 143,32 0,70 4 238,46
30 janvier D Retrait au guichet 379,79 0,70 3 857,98
30 janvier D Chèque 8,19 0,30 3 849,49
30 janvier D Chèque 61,42 0,30 3 787,77
Total des taxes 21,21

Frais
Stock
Activité Nombre total Nombre assujetti à des frais (dollars)

Retrait au guichet 6 2 6,00


Virement 3 0 0,00
Retrait d’espèces sur propre DAB 6 0 0,00
Retrait d’espèces sur propre DAB 1 1 1,20
Chèque 13 4 4,00
Dépôt 2 2 0,00
Total des frais 11,20
Source : Woolford (2001).

243
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

g) Indices des comptes courants. Tous les résultats sont regroupés dans le présent tableau. Les agrégats de valeurs pour la période de
comparaison sont obtenus comme suit. Dans le cas des marges, l’agrégat établi pour la période de référence est multiplié par le
produit du facteur d’indexation e) et du ratio des marges afférentes aux comptes courants pour les périodes de comparaison et de
référence d). Dans le cas des frais, l’agrégat établi pour la période de référence est multiplié par le ratio du total des frais payables
pour l’exemple de compte pris pour la période de comparaison f) et pour la période de référence a). Dans le cas des taxes enfin, la
procédure prévue pour les frais est suivie.

Période de référence Période de comparaison


Total des valeurs Total des valeurs
Composante (dollars) Indice (dollars) Indice

Marges 28 344 100,0 27 913 98,5


Frais 11 904 100,0 13 071 109,8
Taxes 14 739 100,0 14 818 100,5
Total 54 987 100,0 55 803 101,5
Source : Woolford (2001).

244
ERREURS, VARIANCES ET BIAIS 11
Introduction Erreurs d’échantillonnage
11.1 Le présent chapitre examine les principaux 11.3 Les erreurs d’échantillonnage sont imputables
types d’erreurs et d’imprécisions auxquels sont exposés au fait que l’estimation d’un IPC est fondée sur des
tous les indices de prix. Les études consacrées aux échantillons et non pas sur toutes les unités de la popu-
indices des prix à la consommation (IPC) considèrent lation concernée. Ces erreurs disparaissent si l’observa-
ces erreurs et imprécisions sous deux angles différents, tion porte sur la totalité de la population. Comme cela
qui sont traités l’un après l’autre dans ce chapitre. On est indiqué dans les chapitres précédents, les bureaux
examinera tout d’abord les origines des erreurs d’échan- statistiques adoptent généralement comme objet de
tillonnage ou autres qui peuvent se produire au stade de l’estimation un indice de prix à pondérations fixes. Un
l’estimation de l’IPC pour une certaine population à par- indice à pondérations fixes peut être considéré comme
tir d’un échantillon de prix observés. Le reste du cha- la moyenne pondérée d’indices partiels de groupes de
pitre passe en revue les arguments avancés dans de nom- produits, les pondérations étant les parts de dépenses.
breuses études récentes qui attribuent les biais des IPC à Les procédures d’estimation de l’IPC appliquées le plus
un traitement insuffisamment précis des changements de couramment par les bureaux de statistiques font interve-
qualité, des substitutions de produits opérées par les nir différents types d’échantillons, dont les plus impor-
consommateurs et d’autres facteurs. Il convient de souli- tants sont les suivants :
gner que nombre des questions fondamentales abordées • Pour chaque groupe de produits, un échantillon de
ici sont traitées de manière beaucoup plus détaillée dans produits pour calculer l’indice de prix partiel de ce
d’autres parties du manuel. groupe de produits.
• Pour chaque produit, un échantillon de points de
Types d’erreurs vente pour calculer l’indice d’agrégat élémentaire du
11.2 L’un des principaux objectifs de l’enquête par produit à partir de relevés de prix individuels.
échantillonnage est d’obtenir des estimations des carac- • Un échantillon de ménages pour l’estimation des parts
téristiques d’une population. Or, ces estimations ne cor- moyennes de dépenses afférentes aux groupes de pro-
respondront jamais exactement aux caractéristiques de duits. (Certains pays utilisent les données des comptes
la population considérée. Il y aura toujours une marge nationaux au lieu d’une enquête sur les dépenses des
d’erreur. Le tableau 11.1 donne la taxonomie des diffé- ménages pour obtenir les parts de dépenses.)
rents types d’erreurs et d’imprécisions. Pour un aperçu
des différentes sources d’erreurs stochastiques et non 11.4 L’erreur d’échantillonnage peut venir à la fois
stochastiques dans le calcul d’un IPC, voir aussi Balk d’un biais de sélection et de la variance d’échantillon-
and Kersten (1986) et Dalén (1995). On peut distinguer nage. Un biais de sélection se produit lorsque les proba-
deux grandes catégories d’erreurs : les erreurs d’échan- bilités de sélection réelles s’écartent des probabilités de
tillonnage et les autres erreurs. sélection spécifiées lors de la constitution de l’échan-
tillon. La variance d’échantillonnage résulte de l’utilisa-
tion d’un échantillon constitué selon une procédure aléa-
Tableau 11.1 Taxonomie des erreurs dans un indice toire. À chaque fois qu’un nouvel échantillon est
des prix à la consommation
constitué, il sera composé d’éléments différents, ce qui
Erreur totale risque d’aboutir à une valeur différente de l’estimateur.
Erreur d’échantillonnage
Biais de sélection
Variance d’échantillonnage Erreurs autres que d’échantillonnage
Autres types d’erreurs 11.5 Les erreurs autres que d’échantillonnage
Erreur d’observation
Dépassement du champ d’enquête
peuvent se produire lorsque l’observation porte sur la
Erreur de réponse totalité de la population. On distingue les erreurs d’obser-
Erreur de traitement vation des autres types d’erreur. Les erreurs d’observa-
Erreurs autres que les erreurs d’observation tion sont les erreurs commises pendant le processus
Défaut de couverture d’obtention et d’enregistrement des observations ou des
Biais de non-réponse
réponses de base.

245
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

11.6 Le dépassement du champ de l’enquête arrive voulu les informations requises pour toutes les unités
quand certaines unités sont prises en compte dans l’en- sélectionnées de l’échantillon. On peut distinguer la
quête alors qu’elles ne font pas partie de la population non-réponse totale de la non-réponse partielle. Il y a
cible. Dans le cas des points de vente, les bureaux statis- non-réponse totale lorsque les points de vente ne
tiques ne disposent pas habituellement de bases de son- peuvent pas être contactés ou refusent de participer à
dage adéquates. Dans certains pays par exemple, c’est le l’enquête sur les prix ou bien lorsque les personnes
registre du commerce qui est utilisé à cette fin. Dans interrogées et les collecteurs de prix renvoient respecti-
celui-ci, les points de vente sont classés en fonction de vement les questionnaires reçus par courrier et les for-
leur activité principale, d’où une couverture beaucoup mulaires de relevé après la date limite fixée pour le
trop large, car elle comprend de nombreux points de début du traitement des données. La non-réponse est
vente qui ne devraient pas être pris en compte aux fins partielle lorsque les questionnaires ou les formulaires ne
du calcul de l’IPC (par exemple les entreprises qui sont pas complètement remplis. Si les changements de
vendent à d’autres entreprises et non aux ménages). En prix dans les points de vente qui n’ont pas répondu sont
outre, le registre du commerce ne fournit pas d’informa- différents de ceux des points de vente qui ont répondu,
tions détaillées sur tous les produits vendus par le point les résultats de l’enquête sur les prix seront biaisés.
de vente considéré; il peut donc arriver qu’un produit 11.11 Les erreurs de non-réponse totale ou partielle
particulier ne soit pas vendu du tout par un point de se rencontrent aussi dans les enquêtes sur les dépenses
vente inclus dans l’échantillon. des ménages. La non-réponse est totale lorsque les
11.7 Les erreurs de réponse sont celles qui se pro- ménages inclus dans l’échantillon refusent de collaborer.
duisent, dans une enquête sur les dépenses des ménages Elle est partielle lorsque, par exemple, certains ménages
ou sur les prix, lorsque la personne interrogée ne com- refusent de donner des informations sur les dépenses
prend pas la question ou ne veut pas donner la bonne qu’ils consacrent à certains groupes de produits.
réponse ou lorsque l’enquêteur ou la personne qui relève
les prix fait une erreur au moment de consigner la ré-
ponse. Ainsi, dans les enquêtes sur les dépenses des
Erreurs et biais de mesure
ménages, il apparaît que les ménages déclarent systéma-
tiquement des dépenses inférieures à leurs dépenses Estimation de variance
réelles pour les groupes de produits tels que le tabac et 11.12 L’estimateur de la variance dépend à la fois
les boissons alcoolisées. Quant au relevé des prix, dans de l’estimateur de l’IPC choisi et de la méthode de cons-
la plupart des pays, il est généralement confié à des per- titution de l’échantillon. Boon (1998) passe en revue les
sonnes qui se rendent régulièrement dans les points de méthodes d’échantillonnage utilisées par divers instituts
vente. Il peut arriver qu’elles relèvent les prix de produits statistiques européens pour calculer les IPC. Il en ressort
qui n’entrent pas dans l’échantillon. que quatre d’entre eux seulement utilisent des tech-
11.8 Les données sur les prix sont traitées en diffé- niques probabilistes pour sélectionner les points de
rentes étapes, à savoir l’encodage, la saisie, le transfert vente, et qu’un seul pour constituer l’échantillon de pro-
et la vérification (contrôle et correction). À chaque duits élémentaires. En l’absence de techniques probabi-
étape, des erreurs dites erreurs de traitement sont pos- listes, il est fait recours à des méthodes subjectives et à
sibles. Par exemple, quand ils relèvent les prix dans les l’échantillonnage par seuil d’inclusion.
points de vente, les collecteurs de prix les consignent sur 11.13 Compte tenu de la complexité des diverses
des formulaires en papier. Ensuite, ces informations sont méthodes de constitution d’échantillons (entre lesquels il
saisies et transmises au moyen d’un ordinateur. Il est existe certains liens) pour calculer un IPC, il apparaît pro-
bien évident que cette façon de procéder multiplie les blématique d’estimer la variance selon une approche inté-
possibilités d’erreur. grée. Autrement dit, il semble difficile d’établir une for-
11.9 Les erreurs autres que d’observation sont mule simple pour mesurer la variance d’un IPC, qui tienne
celles qui se produisent lorsque les mesures envisagées compte de toutes les sources d’aléas d’échantillonnage. Il
ne peuvent pas être menées à bien. Ainsi, en cas de est cependant possible de parvenir à des mesures partielles
défaut de couverture, des unités de la population cible (ou conditionnelles), qui quantifient uniquement l’effet
n’apparaissent pas dans la base de sondage. Dans le cas d’une seule source de variabilité. Par exemple, Balk et
des points de vente, cela signifie par exemple que Kersten (1986) ont calculé la variance d’un IPC résultant
certains points de vente où les produits retenus sont de la variabilité d’échantillonnage de l’enquête sur les
achetés ne peuvent pas être contactés. Il semblerait que dépenses des ménages, en posant comme condition que les
certains bureaux statistiques excluent de leurs bases de indices de prix partiels sont réputés connus avec certitude.
sondage des points de vente les sociétés de vente par Dans l’idéal, tous les aléas conditionnels d’échantillon-
correspondance et les étals de marchés qui ne vendent nage devraient être regroupés en un cadre unique pour éva-
pas de denrées alimentaires. luer l’importance relative des diverses sources de variabi-
11.10 Une autre erreur qui n’est pas une erreur lité. Sur la base d’hypothèses relativement restrictives,
d’observation est le biais de non-réponse. Il peut se pro- Balk (1989a) a établi un cadre intégré permettant d’éva-
duire lorsqu’il n’a pas été possible d’obtenir en temps luer la variance totale d’échantillonnage pour un IPC.

246
ERREURS, VARIANCES ET BIAIS

11.14 Pour tenter d’estimer la variance d’échantil- définition). Il est possible d’établir quel pourcentage
lonnage d’un IPC, il existe divers procédés. On peut uti- d’échantillons de points de vente cibles a permis d’obte-
liser des estimateurs de variance basés sur le plan de nir des réponses ou des données de prix exploitables
sondage (c’est-à-dire des variances d’estimateurs (c’est-à-dire les taux de réponse). La description des dif-
d’Horvitz–Thompson), en conjonction avec la méthode férences connues entre les prix des points de vente qui
de linéarisation de Taylor, pour les aléas d’échantillon- ont répondu et les prix de ceux qui n’ont pas répondu
nage liés au plan de sondage probabiliste. À titre peut donner une idée de la méthode d’imputation ou
d’exemple, dans l’hypothèse d’un plan de sondage à clas- d’estimation utilisée pour compenser les non-réponses.
sement recoupé, dans lequel les échantillons de produits Plusieurs catégories d’erreurs autres que les aléas
et de points de vente sont tirés indépendamment d’une d’échantillonnage font l’objet de la section qui suit con-
population bidimensionnelle selon la méthode du tirage sacrée aux questions de biais.
aléatoire à probabilité inégale proportionnelle à la taille
pour les deux dimensions, une formule de variance basée
sur le plan de sondage peut être trouvée. De cette Procédures suivies
manière, Dalén et Ohlsson (1995) ont établi que l’erreur pour limiter les erreurs
d’échantillonnage pour un changement sur douze mois de
l’IPC suédois regroupant tous les produits était de l’ordre 11.17 Il est possible de limiter la variance au stade
de 0,1–0,2 %. de la constitution de l’échantillon. Par exemple, en aug-
11.15 Le principal problème posé par l’échantillon- mentant la taille de l’échantillon ou en choisissant des
nage non probabiliste est qu’il n’existe aucun moyen probabilités de sélection qui soient proportionnelles à
acceptable sur le plan théorique de savoir si la dispersion une variable auxiliaire bien choisie, il est possible de
des données dans l’échantillon reflète fidèlement la dis- réduire la variance de l’estimation de l’IPC. Le choix de
persion dans la population. Dès lors, la variance doit être la méthode appropriée pour constituer l’échantillon est
estimée au moyen de valeurs approchées. L’une des tech- une question extrêmement complexe. La population cible
niques utilisées à cette fin est la quasi-randomisation est composée des biens et services acquis dans les points
(voir Särndal, Swensson, and Wretman (1992, p. 574)), de vente et utilisés ou payés par les ménages pendant une
dans laquelle des hypothèses sont formulées sur les pro- période donnée. La bonne méthode de tirage aléatoire
babilités de l’échantillonnage des produits et des points consiste à choisir un échantillon au moyen d’un méca-
de vente. Le défaut de cette méthode est qu’il est difficile nisme tel que chaque bien ou service de la population
de trouver un modèle probabiliste qui approche de façon considérée a une probabilité de sélection connue.
satisfaisante la méthode effectivement utilisée pour Combinée à un estimateur de type Horvitz–Thompson,
sélectionner les points de vente et les produits élémen- cette méthode de tirage aléatoire produit un indice qui est
taires. Une autre possibilité consiste à utiliser des (plus ou moins) sans biais et précis.
méthodes par simulations répétées, comme celles des 11.18 Les trois méthodes de tirage aléatoire ci-après
groupes aléatoires, des demi-échantillons équilibrés, du sont couramment utilisées pour réaliser des enquêtes :
jackknife ou du bootstrap. Il s’agit d’une série de tirage aléatoire simple (SI), tirage aléatoire à probabilité
méthodes complètement non paramétrique permettant inégale proportionnelle à la taille (PPT), tirage aléatoire
d’estimer la répartition des échantillons et les écarts- stratifié avec un tirage SI ou PPT par strate. L’avantage du
types. Chaque méthode de répétition repose sur l’exploi- tirage SI réside précisément dans sa simplicité; il donne à
tation d’un grand nombre de sous-échantillons tirés de chaque élément de la population la même probabilité
l’échantillon donné. Le paramètre visé peut être estimé à d’être inclus dans l’échantillon. Le tirage PPT présente
partir de chaque sous-échantillon. Dans des conditions l’avantage de donner aux éléments les plus importants
peu contraignantes, on peut montrer que la distribution une plus grande probabilité de sélection que les éléments
des estimations obtenues approche la distribution les moins importants. Par exemple, le Bureau statistique
d’échantillonnage de l’estimateur initial. Pour un traite- suédois choisit les points de vente par tirage aléatoire à
ment plus détaillé des méthodes de répétition, voir probabilité inégale proportionnelle à une variable repré-
Särndal, Swensson, and Wretman (1992, p. 418–45). sentative de leur taille, à savoir leur nombre d’employés.
Par rapport au tirage aléatoire à probabilité égale, le tirage
aléatoire à probabilité inégale peut réduire sensiblement
Description qualitative des erreurs la variance. Dans le tirage aléatoire stratifié, la population
autres que les aléas d’échantillonnage est divisée en sous-populations qui ne se recoupent pas,
11.16 Il est encore plus difficile d’obtenir une appelées strates. Par exemple, l’Office statistique national
mesure quantitative des erreurs autres que les aléas du Royaume-Uni divise la population de points de vente
d’échantillonnage. Le recours à des indications qualita- en plusieurs strates en fonction du type de point de vente
tives est donc la seule possibilité. On peut, par exemple, (multiple, indépendant ou spécialisé). À l’intérieur de
vérifier si la couverture des bases de sondage est une chaque strate, un échantillon est choisi en fonction d’un
bonne valeur approchée des populations cibles (y com- certain plan de sondage. L’une des raisons pour lesquelles
pris les lacunes, les duplications et les problèmes de le tirage aléatoire stratifié est utilisé si couramment est

247
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

qu’il permet d’avoir presque entièrement la même préci- résultant du mode d’échantillonnage des produits est rela-
sion que celle du tirage aléatoire PPT grâce à un tirage tivement grande par rapport à l’erreur résultant de
aléatoire simple au sein de strates soigneusement consti- l’échantillonnage des points de vente. Dans ce cas, il con-
tuées. À plusieurs égards, le tirage aléatoire stratifié est vient d’accroître la taille de l’échantillon de produits et de
plus simple que le tirage aléatoire PPT. réduire celle de l’échantillon de points de vente.
11.19 Souvent, faute de base de sondage appro- 11.22 Une analyse systématique de la variance
priée, les échantillons sont constitués selon des d’échantillonnage permet d’en diminuer le coût. On
méthodes non probabilistes. L’échantillonnage par considère en général que la constitution optimale des
choix raisonné (ou par choix d’expert) fait partie des échantillons comporte deux aspects : la détermination
méthodes non probabilistes. Dans ce cas, un expert de la taille des échantillons de produits et de points de
choisit certaines unités élémentaires «typiques» pour vente, et leur répartition entre strates de manière à
lesquelles des données doivent être relevées. Si l’expert réduire autant que possible la variance d’échantillon-
est compétent, on obtiendra un assez bon échantillon, nage pour un IPC portant sur tous les produits, sous
mais rien ne permet d’en être sûr. Une méthode non pro- réserve que soit disponible le budget nécessaire.
babiliste plus perfectionnée est celle de l’échantillon- 11.23 On l’a vu, le registre du commerce n’est
nage par la méthode des quotas : la population est généralement pas une bonne base de sondage pour les
d’abord divisée en plusieurs strates; pour chaque strate, points de vente, car il entraîne un dépassement du
on fixe le nombre (quota) d’unités élémentaires à champ de l’enquête considérable. Il est recommandé
inclure dans l’échantillon; ensuite, l’enquêteur sur le d’établir une base de sondage appropriée en énumérant
terrain se borne à remplir son quota, ce qui signifie, les principaux points de vente à l’intérieur de chaque
dans le cas des points de vente, que la sélection de ces municipalité prise en compte dans l’enquête. De cette
derniers repose en définitive sur l’appréciation des manière, on obtient une liste de tous les points de vente
enquêteurs. Une autre méthode non probabiliste est par municipalité, complétée par les groupes de produits
celle de l’échantillonnage fondé sur un seuil d’inclu- correspondant à chaque catégorie de point de vente.
sion : une partie de la population cible est alors exclue Une méthode moins onéreuse de composer une base de
délibérément du processus de constitution de l’échan- sondage des points de vente consiste à demander aux
tillon. On a recours à cette méthode en particulier enquêteurs — dont on peut supposer qu’ils connaissent
lorsque la répartition de la valeur d’une variable auxi- bien la situation locale — d’établir une liste des points
liaire est fortement déséquilibrée. Par exemple, la popu- de vente où les ménages effectuent leurs achats.
lation peut être composée en grande partie de petits 11.24 Les populations de produits et de points de
points de vente qui contribuent modestement au total vente changent continuellement. La composition de la
des ventes. On peut alors décider d’exclure de la base de plupart des groupes de produits n’est pas constante dans
sondage les points de vente dont les ventes sont les plus le temps, car certains produits disparaissent du marché
faibles. Étant donné qu’elles reposent sur une sélection alors que de nouveaux produits font leur apparition. Le
non aléatoire, les méthodes non probabilistes produisent passage du temps joue aussi un rôle perturbateur pour ce
généralement des estimations plus ou moins biaisées. qui est de la population de points de vente : certains
Pourtant, des études empiriques réalisées par le Bureau points de vente ferment, provisoirement ou définitive-
statistique des Pays-Bas montrent que les méthodes de ment, d’autres ouvrent, et l’importance relative de chacun
sélection non probabilistes ne donnent pas forcément de peut diminuer ou s’accroître. Pour que les échantillons de
moins bons résultats, en termes d’erreur quadratique produits et de points de vente restent représentatifs des
moyenne, que les techniques de tirage aléatoire (De habitudes d’achat des ménages, il convient de les revoir et
Haan, Opperdoes, and Schut, 1997). de les actualiser périodiquement.
11.20 Pour un plan de sondage donné, on peut en 11.25 Les erreurs de réponse causées par la sous-
général réduire la variance d’échantillonnage de l’esti- déclaration de certaines catégories de dépenses des
mation de l’IPC (portant sur tous les produits) : ménages peuvent être corrigées au moyen d’estimations
• en élargissant les échantillons de ménages, de produits établies à partir de données sur la production tirées des
et de points de vente; comptes nationaux (voir l’exemple donné par Linder
(1996)). Il est possible de réduire les erreurs de mesure
• en stratifiant de manière appropriée les diverses popu- commises par les agents collecteurs de prix en leur four-
lations (par exemple, en groupant les produits dont les nissant des petits ordinateurs manuels sur lesquels ils
prix ont suivi une évolution similaire). peuvent saisir les données qu’ils relèvent. De cette
11.21 Il importe que les ressources disponibles soient manière, les prix observés peuvent être validés sur place
réparties au mieux à l’intérieur des différents échantillons (c’est-à-dire au point de vente même) par une comparai-
et entre ces échantillons. En effet, une mauvaise réparti- son automatique du prix courant observé avec le prix
tion risque d’entraîner de lourdes erreurs d’échantillon- observé précédemment et avec les prix observés dans
nage qui pourraient être évitées. D’après les résultats de d’autres points de vente (en fixant des seuils et des pla-
l’étude suédoise concernant l’estimation de la variance, fonds appropriés). Pour une analyse plus détaillée, voir
qui sont présentés par Dalén et Ohlsson (1995), l’erreur Haworth, Fenwick, and Beaven (1997).

248
ERREURS, VARIANCES ET BIAIS

11.26 Il est utile de nommer des superviseurs char- dans l’enquête sur les dépenses des ménages est en
gés de procéder à des vérifications ponctuelles de la général stratifié a posteriori en fonction de plusieurs
qualité du travail des agents collecteurs de données. De caractéristiques des ménages, telles que le revenu, la
même, il est bon d’organiser régulièrement des réunions composition et la taille.
où les agents collecteurs de prix et les statisticiens du
bureau central peuvent discuter de leurs expériences
respectives. Les statisticiens peuvent ainsi rester en con-
Types de biais
tact avec ce qui se passe sur le terrain et mettre à profit 11.30 La présente section examine plusieurs catégo-
cette occasion pour informer les agents des erreurs com- ries d’erreur, concernant soit la détermination des prix
mises le plus souvent lors de la collecte des prix et des soit la construction de l’indice, qui peuvent entraîner un
nouveaux produits représentatifs. biais dans l’IPC global. Nous nous attacherons ici à caté-
11.27 Il importe de s’assurer que les prix relevés ne goriser les erreurs, en évoquant au passage leur impor-
sont pas entachés par des erreurs de traitement et, le cas tance estimée, mais en laissant de côté les méthodes à uti-
échéant, de corriger ces erreurs lorsque cela est possible. liser pour les réduire ou les éliminer. On peut se demander
C’est ce qu’on appelle la vérification des données. pourquoi il est nécessaire d’aborder ce sujet ici, puisque
Lorsque cette vérification porte sur des observations des questions telles que les changements de qualité et les
considérées individuellement, il s’agit de microvérifica- méthodes à utiliser pour en corriger les effets sur le calcul
tion. Lorsqu’il est souhaitable de limiter les ressources de l’IPC sont traitées sur le plan tant conceptuel qu’opéra-
consacrées à la vérification des données tout en mainte- tionnel dans d’autres chapitres.
nant un niveau élevé de qualité des données, il est pos- 11.31 La raison pour laquelle il y a lieu de traiter à
sible de procéder à une vérification sélective ou à une part la question des biais dans le calcul de l’IPC est que,
macrovérification. La vérification sélective est une au milieu des années 90, les problèmes posés par la
microvérification classique qui comporte un nombre de mesure des prix ont commencé à susciter un intérêt con-
vérifications réduit au strict minimum. Seules sont effec- sidérable. Aux États-Unis en particulier, l’idée s’est
tuées les vérifications qui influent sur les résultats de répandue que l’IPC comprenait des biais positifs systé-
l’enquête. La macrovérification suit une méthode des- matiques, car il n’était pas suffisamment tenu compte de
cendante : les vérifications sont effectuées sur des don- la substitution des consommateurs, de l’amélioration de
nées agrégées (par exemple, les indices de prix d’un la qualité des produits ni de l’apparition de nouveaux
groupe de produits) plutôt que sur des données indivi- produits et services. En outre, on s’est rendu compte
duelles (par exemple, les prix relevés). On ne procède que, premièrement, l’existence de ces surestimations
alors à une microvérification que si la macrovérification avait des implications fondamentales pour la mesure des
fait apparaître des données douteuses. Il convient en par- tendances récentes de la production et de la producti-
ticulier de surveiller la présence de valeurs aberrantes vité, et, deuxièmement, que l’élimination de ces suresti-
parmi les données observées. mations pouvait grandement améliorer la situation bud-
11.28 Une non-réponse entraîne généralement un gétaire de l’État en réduisant les dépenses publiques et
biais de sélection. Il existe trois manières de traiter les en augmentant les recettes (voir, par exemple, Eldridge
prix manquants. Premièrement, le prix en question peut (1999) et Duggan and Gillingham (1999)). Ces décou-
être retiré de l’ensemble de prix utilisé précédemment, vertes ont entraîné la publication de toute une série
de manière que cet ancien ensemble corresponde à d’études et de rapports sur les problèmes de mesure de
l’ensemble de prix courants. Deuxièmement, on peut l’IPC, qui étaient souvent accompagnés d’estimations
faire correspondre les deux ensembles de prix en utili- ponctuelles du biais global.
sant un prix imputé (ou artificiel) à la place du prix man- 11.32 Parmi les principales études quantitatives du
quant. Le prix imputé peut être calculé soit par simple biais, on peut citer celles qui ont été réalisées par la
report du prix observé précédemment ou en faisant Commission consultative pour l’étude de l’IPC (Sénat
évoluer le prix observé précédemment en fonction de des États-Unis, 1996), L’Office du budget du Congrès
l’évolution des autres prix pour le même produit. (1994), Crawford (1998), Cunningham (1996), Dalén
Troisièmement, on peut repondérer l’échantillon. Dans (1999a), Diewert (1996c), Lebow, Roberts, and Stockton
ce cas, il s’agit d’accroître la pondération donnée aux (1994), Lebow and Rudd (2003), Shapiro and Wilcox
prix des points de vente qui ont répondu à l’enquête afin (1997b), Shiratsuka (1999), White (1999), et Wynne and
de compenser les prix manquants. Sigalla (1994). Plusieurs offices statistiques ont réagi à
11.29 Dans le cas des enquêtes sur les dépenses des ces travaux et donné leurs propres estimations, notam-
ménages, les données manquantes sont généralement ment Abraham et al. (1998), le Bureau des statistiques
imputées à l’aide des informations dont on dispose sur du travail des États-Unis (1998), Ducharme (1997),
le même ménage pour une période d’observation précé- Edwards (1997), Fenwick (1997), Lequiller (1997),
dente ou sur d’autres ménages pour la même période Moulton (1996b), et Moulton and Moses (1997). De
d’observation. Pour réduire le biais que les non- nombreux autres travaux sur les biais dans le calcul de
réponses sélectives engendrent dans la structure l’IPC sont rapportés par Baker (1998), Boskin et al.
moyenne des dépenses, l’échantillon de ménages utilisé (1998), Deaton (1998), Diewert (1998a), Krueger and

249
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

Siskind (1998), Nordhaus (1998), Obst (2000), OCDE comparer les nouveaux produits ou modèles aux pro-
(1997), Pollak (1998), Popkin (1997), et Triplett (1997). duits plus anciens qu’ils remplacent dans les échan-
11.33 Deux remarques s’imposent d’emblée en ce tillons servant de base au calcul de l’IPC. De manière
qui concerne les biais dans le calcul de l’IPC. Premiè- générale, on peut considérer que le biais dû aux nou-
rement, cette question est en général examinée dans le veaux produits s’applique à l’ensemble des nouveaux
contexte de l’indice du coût de la vie. Autrement dit, le types de produits, c’est-à-dire aux produits qui
biais inhérent à l’IPC est défini comme la différence entre n’auraient pas été inclus dans les échantillons lors du
le taux d’augmentation de l’IPC et le taux d’augmenta- remplacement délibéré de certains produits. Le biais des
tion d’un indice véritable du coût de la vie. De nombreux nouveaux points de vente, parfois appelé «biais de sub-
auteurs de travaux sur les biais considèrent comme acquis stitution des points de vente», est similaire au biais dû
que l’indice du coût de la vie devrait être l’objectif du cal- aux nouveaux produits, mais il concerne l’apparition de
cul de l’IPC. On peut arriver à une conclusion un peu dif- nouveaux types de magasins ou de nouvelles méthodes
férente si l’on considère que l’indice visé est un indice de de commercialisation qui permettent de faire baisser les
prix pur. En particulier, les avantages en termes de bien- prix ou d’accroître la qualité des produits.
être qu’un consommateur tire de la diversification des 11.37 Les autres catégories de biais ont trait aux pro-
produits qui lui sont offerts ou la faculté qu’il a de rem- cédures utilisées pour construire les indices à partir des
placer certains produits par d’autres à des prix relatifs séries de données. Comme cela est rappelé en divers
croissants, peuvent être jugés insignifiants et, par consé- points du présent manuel, on peut considérer que la cons-
quent, un indice qui ne tient pas compte de ces facteurs truction d’un IPC s’opère en deux étapes ou à deux
peut ne pas être considéré biaisé. niveaux. Au niveau inférieur, les prix relevés sont combi-
11.34 Deuxièmement, les biais de l’IPC se prêtent nés de manière à en tirer des indices de base; au niveau
moins à une estimation rigoureuse que la variance. supérieur, les indices de base ainsi obtenus sont agrégés.
Étant donné que l’indice du coût de la vie ou tout autre À ces deux niveaux correspondent deux types de biais
indice idéal n’est pas observable, les analystes ont été potentiels. Le biais d’agrégat élémentaire vient des for-
obligés de s’en remettre à des hypothèses et à des géné- mules utilisées pour calculer des moyennes à partir des
ralisations tirées de données empiriques fragmentaires prix relevés et en tirer des indices de base. Le biais de sub-
pour quantifier le biais. Les exceptions notables con- stitution de niveau supérieur concerne les formules utili-
cernent le biais de substitution, des indices de Laspeyres sées pour combiner ces agrégats élémentaires et en tirer
classiques et des indices fondés sur des formules super- des indices de niveau supérieur. Ces composantes des
latives pouvant être calculés à partir des mêmes données biais potentiels ainsi que les méthodes utilisées pour les
de base sur les prix et les dépenses, et les différences mesurer sont examinées en détail dans la section suivante.
interprétées comme la mesure de la surestimation liée à
l’utilisation de la formule de Laspeyres. Composantes des biais
11.35 Plusieurs classifications des biais sont appa-
rues dans les études susmentionnées. Cependant, quatre
catégories suffisent, qui correspondent grosso modo à Biais de substitution
celles qui sont proposées dans l’étude la plus connue, à de niveau supérieur
savoir le Rapport final de la Commission consultative 11.38 Le biais de substitution de niveau supérieur
pour l’étude de l’IPC (de la Commission Boskin, créée est sans doute la source de biais la plus courante affec-
en 1995 par la Commission des finances du Sénat des tant le calcul de l’IPC, celle que les économistes con-
États-Unis). Ces catégories sont les suivantes : biais de naissent le mieux pour l’avoir souvent rencontrée dans
substitution de niveau supérieur, biais d’agrégat élémen- les manuels sur la théorie et la pratique de l’indice des
taire, biais dû au changement de qualité et aux nouveaux prix. En résumé, ce biais apparaît lorsque l’IPC est obte-
produits, et biais dû aux nouveaux points de vente. nu par la formule de Laspeyres (voir chapitre 17), qui,
11.36 Ces catégories peuvent être ventilées entre on le sait, fournit une limite supérieure pour l’indice du
deux sous-groupes selon que le biais concerne la mesure coût de la vie si certaines hypothèses concernant le com-
des prix proprement dite ou le calcul des séries d’in- portement des consommateurs sont respectées. Comme
dices. Le biais dû au changement de qualité et aux nou- on l’a vu au paragraphe 11.34, on peut obtenir des
veaux produits s’explique par le fait qu’il n’est pas tenu mesures quantitatives du biais de substitution de niveau
correctement compte de la valeur que le consommateur supérieur en comparant l’indice de Laspeyres à l’indice
attache à certains produits et services qui apparaissent idéal de Fisher, à l’indice de Törnqvist ou à d’autres
sur le marché (ou qui en disparaissent). Soulignons au indices superlatifs. Si certaines hypothèses concernant
passage que l’expression «nouveaux produits» fait réfé- par exemple les préférences constantes sont respectées,
rence à tous les produits, qu’il s’agisse de marchandises ces mesures donnent une estimation relativement précise
ou de services. Au niveau conceptuel, il peut être diffi- du biais.
cile de faire la distinction entre les deux types de biais. 11.39 Genereux (1983), Aizcorbe et Jackman (1993)
Sur le plan opérationnel, toutefois, le biais dû au chan- procèdent à ce type de comparaisons d’indices et d’esti-
gement de qualité a trait aux procédures suivies pour mations du biais de substitution de niveau supérieur en se

250
ERREURS, VARIANCES ET BIAIS

servant de séries réelles d’indices de l’IPC, respective- symétrique les habitudes de dépenses pendant la période
ment pour le Canada et les États-Unis. D’autres études, de base et la période courante, alors la différence entre
plus anciennes, de Braithwait (1980), de Manser and cet indice et un indice de Laspeyres pourrait être inter-
McDonald (1988) estiment le biais de substitution prétée comme une mesure du biais de représentativité.
d’indices des comptes nationaux des États-Unis. À la Un raisonnement similaire peut être appliqué au biais de
place d’indices superlatifs, Braithwait utilise des indices substitution de niveau inférieur à l’intérieur des cellules
estimatifs du coût de la vie véritable fondés sur une esti- des indices élémentaires.
mation du système de demande. Une estimation similaire 11.42 Récemment, Lebow et Rudd (2003) ont défini
est fournie par Balk (1990) pour les Pays-Bas. Ces et estimé une autre catégorie de biais afférent au niveau
études démontrent l’existence constante d’un biais posi- supérieur d’agrégation. Ils concluent que les pondéra-
tif de la formule de Laspeyres. Les biais des variations tions utilisées dans les enquêtes sur les dépenses de con-
annuelles des indices pour les différentes années sont sommation pour le calcul de l’IPC aux États-Unis com-
relativement faibles (0,1 à 0,3 point de pourcentage en portaient des erreurs en raison, par exemple, de la
moyenne) et dépendent de façon empirique de facteurs sous-déclaration des dépenses consacrées à l’alcool et au
tels que l’éloignement par rapport à la période de base de tabac. Il en résulterait un biais de pondération si les
l’indice de Laspeyres, le degré de détail de l’indice erreurs de pondération relative étaient corrélées à des
auquel les différentes formules sont appliquées et le fait changements des indices élémentaires. (Les problèmes
que l’indice superlatif est un indice à base fixe ou un liés à l’estimation des pondérations des dépenses sont
indice-chaîne. traités en détail au chapitre 4.)
11.40 Les principales différences entre les indices
de Laspeyres et les indices superlatifs découlent de la
variation des prix relatifs au cours de la période faisant Biais d’agrégat élémentaire
l’objet de la comparaison et de la modification des 11.43 On peut diviser le biais d’agrégat élémentaire
quantités consommées au profit des catégories d’indices en deux composantes : le biais de formule et le biais de
dont les prix relatifs ont diminué. On peut en tirer plu- substitution de niveau inférieur. Un indice d’agrégat élé-
sieurs conclusions : mentaire entrant dans l’IPC est biaisé si l’on en attend
autre chose que ce qu’il est censé mesurer. Le terme
• Si l’évolution de l’indice est caractérisée par un mouve- «biais de formule» (ou biais de forme fonctionnelle) est
ment continu et uniforme des prix relatifs dans le temps, utilisé ici pour désigner la situation où la formule de
accompagné de mouvements de la consommation, le l’indice élémentaire a un biais positif par rapport à
biais annuel de l’indice de Laspeyres sera d’autant plus l’indice de prix pur. Lorsque l’objectif est un indice du
accentué que l’éloignement sera grand par rapport à la coût de la vie, la formule de l’indice élémentaire souffre
période de base. (Greenlees (1997) note, toutefois, d’un biais de substitution de niveau inférieur (ou biais de
qu’on ne constate guère l’existence de ce phénomène substitution à l’intérieur des strates) s’il ne rend pas
aux États-Unis; voir aussi Szulc (1983)). compte des substitutions opérées par le consommateur
• Dans les mêmes conditions, la diminution de l’inter- entre les produits élémentaires contenus dans cette cel-
valle de chaînage des pondérations des dépenses lule d’indice. Ainsi, pour une formule d’indice élémen-
réduira le biais de substitution de niveau supérieur de taire donnée, on peut distinguer les deux formes de biais
l’IPC de Laspeyres. Un chaînage à intervalles plus en fonction de l’objectif de l’indice élémentaire.
rapprochés accroîtra la pondération des indices dont 11.44 Les chapitres 9 et 20 présentent les caracté-
les prix relatifs baissent, ce qui réduira le taux d’aug- ristiques de différentes formules d’indice élémentaire. Il
mentation de l’IPC. Inversement, en cas de fortes apparaît en particulier que la formule de Carli de la
amplitudes des mouvements de l’indice relatif, un moyenne arithmétique des rapports de prix présente un
chaînage à intervalles rapprochés peut entraîner un biais positif par rapport à l’évolution tendancielle des
biais positif de chaînage de l’indice de Laspeyres. prix moyens des produits élémentaires. Par conséquent,
Eurostat a interdit l’utilisation de cette formule pour
• Le biais de substitution de niveau supérieur sera en
calculer l’indice des prix à la consommation harmonisé
général plus accentué pendant les périodes de forte
(IPCH). Les formules pondérées utilisées pour le calcul
inflation, si ces périodes sont aussi caractérisées par
des indices de base de l’IPC des États-Unis compor-
une plus grande variation des prix relatifs.
taient certaines des caractéristiques de la formule de
Cependant, on ne dispose guère d’observations pro-
Carli avant la modification des procédures et modes de
bantes à cet égard.
calcul en 1995 et 1996. Les problèmes qui se posent
11.41 Le concept de biais de substitution de niveau ainsi que les méthodes choisies pour y répondre sont
supérieur a été défini et examiné dans le contexte de la examinés, par exemple, par Reinsdorf et Moulton
théorie de l’indice du coût de la vie, mais un biais équi- (1997) et Moulton (1996b).
valent peut être défini du point de vue de l’indice de 11.45 Le rapport des moyennes arithmétiques
prix pur. Si l’on juge préférable l’indice idéal de Fisher (Dutot) et la moyenne géométrique (Jevons) éliminent
ou un autre indice superlatif parce qu’il traite de façon le biais de formule tel qu’il est défini ici, et sont tous

251
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

deux autorisés par Eurostat. Cependant, les résultats approchée satisfaisante de la mesure dont l’indice vise à
qu’on peut en attendre diffèrent lorsque les prix des pro- rendre compte.
duits de base n’évoluent pas à un rythme uniforme. Les 11.49 Comme l’impliquent les considérations qui
différences offrent une manière d’évaluer l’importance précèdent, l’importance du biais d’agrégat élémentaire
potentielle du biais de substitution de niveau inférieur. variera d’un pays à l’autre, en fonction des formules
La formule de la moyenne géométrique est exacte pour d’indice utilisées, du degré d’hétérogénéité des strates
un indice du coût de la vie si les consommateurs suivent de l’indice et des méthodes d’échantillonnage em-
le modèle de comportement Cobb–Douglas, alors que la ployées. En outre, comme dans le cas du biais de sub-
formule fondée sur le rapport des moyennes arithmé- stitution de niveau supérieur, le biais d’agrégat élémen-
tiques correspond à un comportement de substitution taire variera en fonction du niveau global d’inflation
nulle. Ainsi, s’il s’agit de trouver une valeur approchée dans l’économie si les variations des prix absolus et des
de l’indice du coût de la vie, la moyenne géométrique prix relatifs sont corrélées.
est sans doute préférable. 11.50 L’efficacité d’une formule pour calculer un
11.46 À l’avenir, il sera peut-être possible, grâce indice d’agrégat élémentaire dépendra aussi des mé-
aux lecteurs optiques, de collecter des données sur la thodes utilisées par l’organisme statistique pour traiter
consommation de chaque produit élémentaire à une fré- les situations particulières, telles que l’indisponibilité
quence journalière, hebdomadaire ou mensuelle, et d’uti- temporaire des produits saisonniers et de certains autres
liser ces données pour calculer les indices superlatifs. produits. Armknecht et Maitland-Smith (1999) montrent
Pour le moment, il n’est pas possible de se servir de for- comment, en n’utilisant pas de prix imputés, on risque
mules superlatives pour calculer les indices de prix élé- de créer un biais dans la formule de Laspeyres modifiée,
mentaires. Pour obtenir une valeur approchée de l’indice entre autres.
du coût de la vie, il est nécessaire de poser une hypo-
thèse, fondée par exemple sur le modèle Cobb–Douglas.
On notera que la substitution, dont, dans l’idéal, l’indice Biais dû au changement de qualité
devrait rendre compte, porte sur le choix du consomma- et aux nouveaux produits
teur entre tous les produits élémentaires de la cellule : 11.51 Les biais qui peuvent affecter l’IPC en raison
produits différents, produits vendus dans des points de d’une prise en compte inadéquate des changements de
vente différents, produit conditionné et vendu en quanti- qualité ont fait couler beaucoup d’encre. Par exemple, le
tés différentes, même produit vendu à des moments dif- rapport de la Commission Stigler sur les statistiques de
férents de la période à laquelle se rapporte l’indice (voir prix des États-Unis (Price Statistics Review Committee,
Dalton, Greenlees, and Stewart (1998)). Ainsi, le degré 1961) indique que «si l’on faisait un sondage auprès des
approprié de substitution présumée devrait dépendre, en économistes et statisticiens professionnels, il est très
principe, des facteurs de variété au sein de la catégorie à probable qu’ils désigneraient (et à une écrasante majo-
laquelle appartient le produit élémentaire. rité) comme le plus grand défaut des indices de prix, le
11.47 La méthode utilisée par l’organisme statis- fait que ces indices ne tiennent pas pleinement compte
tique pour composer l’échantillon de produits au sein des changements de qualité». Dans la plupart des études
d’une catégorie déterminera l’efficacité de la méthode sur les biais, l’absence de mesure ou la mesure erronée
choisie pour traiter le biais de substitution de niveau du changement de qualité est le facteur qui contribue le
inférieur. Par exemple, si un seul produit est choisi pour plus à l’estimation du biais total. De la même manière
représenter l’agrégat élémentaire, alors la formule que, de l’avis général, il est extrêmement difficile de
d’indice ne rendra pas compte de la réaction du con- tenir compte d’un changement de qualité, il est extrême-
sommateur face à un changement de prix relatif dans ment difficile de mesurer le biais qui en résulte.
l’univers des produits. D’une manière plus générale, 11.52 Contrairement au biais de substitution, qui
l’indice fondé sur une formule de moyenne géomé- peut être estimé par comparaison de différentes for-
trique souffre d’une surestimation lorsque l’échantillon mules, le biais dû au changement de qualité doit être
est restreint, de sorte que le biais de substitution de analysé par produit. Au fil du temps, les produits et les
niveau inférieur risque d’être sous-estimé dans les composantes correspondantes de l’indice subissent des
comparaisons empiriques entre la moyenne géomé- changements de qualité extrêmement variés. De plus, les
trique et d’autres formules d’indice. White (1999) traite méthodes utilisées pour rendre compte de ces change-
du rapport entre les erreurs d’échantillonnage et l’esti- ments varient elles aussi. Ainsi, bien que la méthode du
mation du biais. Voir aussi McClelland and Reinsdorf chaînage soit la plus fréquente, d’autres méthodes, telles
(1999) au sujet du biais de la moyenne géométrique dû que celle des coûts de production, la méthode hédonique
à la petite taille de l’échantillon. ou les autres méthodes décrites aux chapitres 7 et 21,
11.48 L’effet du choix de la formule peut être estimé peuvent être utilisées pour des composantes importantes
avec une certaine précision sur une période donnée. de l’indice.
Cependant, le biais éventuel correspondant ne peut être 11.53 Il faut être bien conscient du fait que le sens
estimé qu’en supposant que la moyenne géométrique ou du changement global de qualité n’est pas forcément le
une autre formule fonctionnelle fournit une valeur même que celui du biais qui résulte de ce changement.

252
ERREURS, VARIANCES ET BIAIS

Les profanes considèrent parfois que l’IPC ne tient sommation entièrement nouvelles, telles que les fours à
guère ou pas du tout compte du changement de qualité micro-ondes ou les téléphones mobiles.
et que, par conséquent, il surestime les changements de 11.58 Comme dans le cas du biais dû au changement
prix, compte tenu des nombreuses améliorations avé- de qualité, le biais dû aux nouveaux produits est parfois
rées de la qualité des produits et des services. En fait, estimé essentiellement par généralisation d’observations
pour tout indice élémentaire, la question qui se pose est sur un produit particulier. Souvent, on mesure la varia-
de savoir si la méthode utilisée pour rendre compte de tion du prix d’un produit ou d’une catégorie au cours
l’ajustement de la qualité surestime ou sous-estime la d’une période précédant son inclusion dans l’échantillon
qualité relative des produits de substitution de l’échan- de l’IPC. Des études réalisées par Hausman (1997, 1999)
tillon de l’IPC. Le biais qui en résulte peut être soit sur les céréales de petit-déjeuner et les téléphones cellu-
positif soit négatif. laires ont permis d’obtenir des mesures quantitatives de
11.54 Les données empiriques sur les biais dus aux l’avantage supplémentaire apporté au consommateur par
changements de qualité se fondent essentiellement sur les nouveaux produits, mais cette approche écono-
l’extrapolation d’études menées sur certains produits. métrique compliquée n’est pas très courante. L’estima-
Ces études procèdent par exemple à une comparaison tion du biais dû aux nouveaux produits, notamment les
entre les indices hédoniques et les séries d’IPC corres- denrées alimentaires, par la Commission Boskin était
pondantes ou à une estimation de la valeur de l’améliora- nécessairement fondée en partie sur des suppositions.
tion de certains produits dont il n’est pas tenu compte 11.59 Enfin, comme le biais dû au changement de
dans le calcul de l’IPC. Même si, pour la plupart, ces qualité, le biais dû aux nouveaux produits peut être
études concluent à un biais positif, l’utilisation de don- négatif si l’éventail de produits rétrécit, si des biens de
nées fragmentaires est critiquée par certains observa- consommation de valeur disparaissent du marché ou si
teurs, qui font remarquer que des baisses avérées de qua- l’indice ne rend pas compte des phases de hausse rapide
lité n’ont pas fait l’objet d’une analyse systématique. des prix des produits. La plupart des observateurs
11.55 Dans le cas des services en particulier, l’évo- considèrent cependant que le biais est «positif» et que la
lution globale de la qualité peut aussi donner lieu à une seule incertitude concerne son ampleur.
évaluation subjective. En effet, les progrès technolo-
giques ont permis des améliorations indiscutables de la
qualité de nombreux biens de consommation durables et Biais dû aux nouveaux points de vente
d’autres produits. En revanche, dans les secteurs de la 11.60 Sur le plan conceptuel, le biais dû aux nou-
poste, des transports publics et des soins médicaux, il veaux points de vente est identique au biais dû aux nou-
peut être difficile d’évaluer les changements de qualité. veaux produits. Il trouve son origine dans le fait que les
Par exemple, en quelques décennies, les transports changements de prix dans les nouveaux points de vente
aériens sont devenus plus sûrs et plus rapides, mais peut- non encore inclus dans l’échantillon ou l’amélioration du
être moins confortables et moins fiables, et le manque de bien-être du consommateur consécutif à l’ouverture des
variations croisées de ces caractéristiques rend problé- nouveaux points de vente ne sont pas pris en compte. Le
matique le recours à un ajustement de la qualité par la biais dû aux nouveaux points de vente est classé dans une
méthode hédonique. catégorie distincte pour deux raisons. La première est
11.56 Le biais dû aux nouveaux produits peut, historique : ce type de biais a été identifié par Reinsdorf
comme le biais d’agrégat élémentaire, être divisé con- (1993) comme une importante explication potentielle des
ceptuellement en deux composantes. La première tient mouvements anormaux de l’IPC des États-Unis. La
au fait que les nouveaux produits ne sont pas inclus deuxième raison est que les méthodes utilisées pour com-
assez rapidement dans l’échantillon de l’IPC. Cela peut parer les points de vente et tirer l’échantillon diffèrent de
entraîner un biais positif si, par la suite, ces nouveaux celles qui sont utilisées pour les produits; en outre, l’ajus-
produits accusent de fortes baisses de prix dont l’indice tement rendu nécessaire par ce type de biais pose des
ne tient pas compte. La seconde composante tient à problèmes un peu différents.
l’avantage en termes de bien-être que tire le consomma- 11.61 Si l’échantillon de points de vente n’est pas
teur de l’apparition d’un nouveau produit sur le marché. maintenu à jour, un biais peu apparaître du fait que les
Cependant, on peut considérer qu’il ne s’agit pas là d’un nouveaux points de vente diffèrent par leur politique de
biais lorsque l’indice du coût de la vie n’est pas reconnu prix ou leur mode de prestation de services. Reinsdorf
comme objectif du calcul de l’IPC. (1993) s’est intéressé par exemple au développement
11.57 Comme on l’a vu au chapitre 8, par «nou- des magasins de vente au rabais. Il convient toutefois de
veaux produits», on peut entendre : des produits qui noter que le problème pourrait aussi être d’ordre géo-
remplacent des articles moins modernes, par exemple graphique; il importe en effet d’utiliser, pour les points
les disques compacts qui ont remplacé les disques de vente, des bases de sondage qui tiennent compte à la
microsillons et les cassettes audio; des variétés de pro- fois de l’implantation traditionnelle des magasins et des
duits qui élargissent le choix du consommateur, telles nouvelles implantations.
que les bières d’importation ou les restaurants étrangers; 11.62 L’une des voies par lesquelles les nouveaux
ou les produits qui représentent des catégories de con- produits entrent dans l’échantillon de l’IPC est le rempla-

253
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

cement forcé, qui a lieu lorsque certains produits dispa- 11.65 Il apparaît que les offices statistiques ne
raissent des rayons parce qu’ils sont obsolètes ou n’ont peuvent pas calculer ni publier des estimations du biais
pas le succès escompté. Les points de vente disparaissent de l’IPC de façon régulière. Un grand nombre des obs-
moins fréquemment et les offices statistiques ne disposent tacles qui empêchent l’élimination de ce biais sont aussi
pas toujours de procédure de remplacement automatique. ceux qui en compliquent l’estimation, à savoir le
En outre, lorsqu’un nouveau point de vente est ajouté à manque de données complètes sur les préférences et le
l’échantillon, il n’existe aucune procédure standard pour comportement des consommateurs, leurs dépenses par
comparer les données afférentes aux nouveaux et aux produit, ainsi que sur l’impossibilité d’observer et
anciens points de vente. Dans ces conditions, l’indice ne d’évaluer toutes les différences de qualité entre les pro-
rendra pas compte des effets, par exemple, d’une baisse duits du marché. En l’absence de ces informations, il est
des prix ou de la qualité dans le nouveau point de vente. impossible de calculer un indice du coût de la vie véri-
11.63 Reinsdorf (1993) estimait l’ampleur du biais table, de même qu’il est impossible de mesurer l’écart
dû aux nouveaux points de vente en comparant les prix entre son taux de croissance et celui de l’IPC.
moyens des points de vente ajoutés aux échantillons de 11.66 Les offices de statistique sont peu enclins à
l’IPC aux États-Unis et de ceux qui en étaient suppri- fournir leurs propres estimations du biais de l’IPC.
més. Cependant, la mesure ou l’évaluation par le con- Dans certains cas, ils concèdent l’existence d’un biais
sommateur de la qualité des points de vente n’a guère de substitution, en admettant qu’en raison de l’utilisa-
été étudiée de façon empirique. Par conséquent, il existe tion d’une formule de Laspeyres, l’IPC a tendance à
peu de données empiriques sur lesquelles se fonder pour exagérer les variations de prix par rapport à un indice
apprécier l’exactitude des estimations du biais dû aux du coût de la vie. En revanche, les offices de statistique
nouveaux points de vente. rechignent à ne serait-ce que tirer des conclusions qua-
litatives des données empiriques fragmentaires et
spéculatives sur les biais dus aux changements de qua-
Estimations du biais : lité, aux nouveaux produits et aux nouveaux points
présentation sommaire de vente.
11.64 La Commission Boskin de 1996 plaçait le
biais total positif de l’IPC des États-Unis dans une four-
chette estimative de 0,8 à 1,6 point de pourcentage,
Conclusion
l’estimation ponctuelle étant de 1,1 point. Ce biais total 11.67 Pour que l’IPC bénéficie de la confiance du
est obtenu par la simple addition des différents biais public, il conviendrait de publier une description
estimatifs. Cependant, comme l’indique le General détaillée et à jour des méthodes et des sources de don-
Accounting Office des États-Unis (2000), la modifica- nées utilisées. Ces informations devraient indiquer,
tion des méthodes utilisées après 1996 pour calculer entre autres, les objectifs et le champ de l’indice, le
l’IPC a amené les membres de la Commission Boskin à détail des pondérations et, ce qui serait tout aussi
revoir en baisse leurs estimations du biais total. La plu- important, un commentaire sur l’exactitude de l’indice.
part de ces études s’appuient sur l’additivité des biais, Une description de l’origine et de l’ampleur des erreurs
principe qui reste valable jusqu’à preuve du contraire. d’échantillonnage et des autres erreurs (couverture,
Shapiro et Wilcox (1997b) fournissent des distributions taux denon-réponse, etc.) fournirait aux utilisateurs des
de probabilité ainsi que les corrélations de leurs diffé- informations précieuses sur les limites éventuelles de
rents biais estimatifs, ce qui permet de définir un inter- l’indice. À cet égard, on peut citer l’exemple du
valle de confiance global pour le biais total. La plupart manuel sur les méthodes de calcul de l’IPC, publié par
des études détaillées sur les biais arrivent à la conclusion le Bureau des statistiques du travail des États-Unis, qui
que le biais de l’IPC est un biais positif, même si de consacre une section aux divers types d’erreur qui
nombreux observateurs le contestent. peuvent affecter le calcul de l’IPC.

254
ORGANISATION ET GESTION 12
Introduction 12.6 Si les méthodes précises de collecte des prix au
niveau local varient, chaque enquêteur est généralement
12.1 Les indices des prix à la consommation (IPC) chargé de relever les prix à un certain endroit ou dans
figurent parmi les indicateurs macroéconomiques les plus certains types de points de vente. À chaque période de
importants et les plus couramment utilisés. Ils servent collecte, les enquêteurs se rendent dans les mêmes points
non seulement à éclairer les décisions de politique écono- de vente et tentent d’y relever les mêmes produits élé-
mique, mais aussi à indexer les prestations sociales, les mentaires. Ce type de dispositif leur permet d’instaurer
pensions, les fonds d’État et les titres. On les retrouve de bons rapports avec les détaillants et d’acquérir des
également dans les clauses d’indexation des contrats pri- connaissances spécialisées.
vés. Il est capital que des statistiques aussi déterminantes 12.7 Que l’institut national de la statistique fasse
que les IPC soient à la fois précises et fiables. appel à ses propres agents ou à des sous-traitants
12.2 Le processus de production d’un indice des prix (comme on le verra plus loin), les relevés doivent remplir
à la consommation doit être planifié avec soin. Le nombre un certain nombre de critères importants dont on peut
de cas particuliers est tel que ce manuel ne peut définir de citer les suivants :
façon trop stricte le calendrier ou l’analyse du chemin cri-
tique de toutes les étapes à franchir. On donnera néan- • Les enquêteurs doivent toujours être vêtus avec soin et
moins, à la figure 12.1, un aperçu du type de programme agir avec courtoisie — car ils représentent l’institut
qui doit ressortir de l’examen détaillé des moyens à mettre national de la statistique, quel que soit leur employeur.
en œuvre pour périodiquement mener d’un bout à l’autre • Ils doivent porter sur eux une pièce d’identité qui con-
l’opération de collecte des données et de calcul de l’indice. firme leur rôle et leur statut.
12.3 Ce chapitre donne des indications qui reposent • Ils doivent se présenter au détaillant ou au gérant du
sur l’expérience d’un certain nombre d’offices nationaux magasin dès leur arrivée, et avant de commencer à
de statistique et propose différents modes d’organisation relever les prix.
possibles. En fonction des circonstances, les exemples de
bonnes pratiques pourront inspirer certains offices. • Dans la mesure du possible, ils accéderont aux
12.4 Ce chapitre analyse les diverses possibilités en demandes des commerçants, par exemple si, en période
s’intéressant aux relations entre les enquêteurs sur le ter- de grande activité, ceux-ci les invitent à repasser plus
rain et l’office central (le type de travail accompli à la tard dans la journée.
direction générale, la circulation de l’information entre • La collecte doit être réalisée aussi rapidement que
les différentes parties de l’organisme, etc.). Le champ, la possible, en perturbant au minimum les activités du
fréquence, le coût et la complexité des relevés de prix à magasin.
partir desquels on établit l’indice varient au point que
12.8 D’autre part, les enquêteurs doivent faire preuve
chacune des opérations et des relations décrites ici ne
de bon sens dans leurs préparatifs. Ils veilleront par
s’appliquent pas nécessairement à tous les pays. Ainsi, il
exemple à s’équiper de stylos de rechange, des formu-
n’est pas toujours utile de collecter les prix à la fois aux
laires voulus, d’une plaque porte-bloc, d’une carte locale,
niveaux central et local, ni de sous-traiter certains élé-
de batteries de rechange (si la collecte est informatisée),
ments de la collecte. Si l’indice est établi peu fréquem-
d’argent pour payer le stationnement dans les centres
ment, à partir d’un nombre relativement restreint de
commerciaux et, si besoin, de vêtements de pluie. Dans
points de vente, ou se limite à certains types de sites, on
certains cas, il sera également utile de disposer d’un télé-
cherchera des solutions adaptées à chaque situation.
phone portable.

Collecte à l’échelon local Collecte sous-traitée


12.5 Pour collecter les prix à l’échelon local, des 12.9 Tout office de statistique qui procède à un relevé
enquêteurs se rendent dans des points de vente et y des prix doit décider s’il est préférable de faire appel à son
relèvent le prix de toute une série de biens et de services. personnel interne ou de confier cette tâche à une organisa-
Dans la plupart des pays, c’est la principale méthode tion extérieure comme une société privée d’études de
employée, même si la gamme des points de vente et le marché, à une autre partie de l’office ou à une autre admi-
type de biens et de services diffèrent. nistration spécialisée dans les enquêtes.

255
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

Graphique 12.1 Procédures de collecte des prix

Non Oui
Le point de vente A-t-il définitivement Choisir un autre
est-il ouvert? fermé ses portes? point de vente
conformément
Non aux instructions.
Oui L’indiquer.

Oui
Oui
Non Procéder à une
Le point de vente est-il Le refus tient-il à ce que nouvelle visite
prêt à coopérer? la personne autorisée (si prévu dans L’enquêteur
n’est pas disponible? les instructions); peut-il choisir un
sinon, signaler point de vente de
Oui les faits. remplacement?
Non
Non

Signaler les faits


au bureau.
Si le produit n’est
La catégorie de pro- Non Signaler la non- ni saisonnier ni dis-
duit à suivre est-elle disponibilité et ponible à la vente le
actuellement dispo- ses causes. mois suivant, alors :
nible à la vente? Relever le prix du
produit suivant.
Oui

Oui Oui
Existe-t-il un écart con-
sidérable par rapport Est-ce à cause d’une liquidation Signaler la non-
Ne pas relever le disponibilité et sa
au prix relevé le mois définitive ou parce que le pro- prix.
précédent? duit est abîmé ou défraîchi? cause, en donnant
une description
complète du produit
Non Non non disponible si
le bureau ne l’a
pas déjà.
Indiquer la raison :
soldes, offre spéciale, L’enquêteur est-il
prix du marché noir, autorisé à trouver Non
point de vente de rem- un produit de
placement, par exemple. Le produit initial et Non
remplacement?
Enregistrer le prix et, si le pro- celui de remplace-
duit n’est pas standard, en in- ment sont-ils de
diquer le poids, les dimen- Oui même nature?
sions ou la quantité.
Oui
Non Choisir un autre produit qui
a des chances de rester
disponible. En donner une
Y a-t-il un risque que le description détaillée cou-
point de vente ferme vrant les différences de
définitivement ses Oui qualité et permettant de Non
portes le mois suivant? Les deux prix sont-
l’identifier exactement. ils disponibles pour
le même mois?
Oui
Le produit risque-t-il Estimer et indiquer l’écart
de devenir définitive- de prix correspondant Oui
ment non disponible le aux différences de qualité
mois suivant? mises en évidence dans Oui
les descriptions du pro- L’enquêteur est-il Non
duit initial et de celui de autorisé à donner
Non son avis en ma-
remplacement.
tière de qualité?
Relever le prix du Signaler les faits
produit suivant. au bureau.

256
ORGANISATION ET GESTION

12.10 La nature de la collecte et la répartition et le quement les prix des produits élémentaires spécifiés
profil du personnel statisticien peuvent aider à décider s’il dans la demande de données. Tous les prix relevés seront
y a lieu de sous-traiter la collecte. Dans les cas où la col- confirmés par écrit. La fréquence des enquêtes varie en
lecte est permanente ou nécessite de prendre des déci- fonction des produits et selon la date où les prix sont
sions complexes (ajustements de la qualité, par exemple), connus ou appelés à évoluer. La périodicité la plus cou-
ou lorsque les prix sont relevés dans un nombre restreint rante est le mois ou le trimestre. Il arrive également que
de sites, il peut être intéressant de la réaliser en interne. les relevés soient effectués à mesure des besoins mais il
Si, au contraire, la collecte a lieu quelques jours par mois, faut alors vérifier que toutes les données sur les prix sont
dans de nombreux endroits, est relativement aisée et fait communiquées. Cela peut être le cas lorsque les tarifs du
intervenir des décisions simples ou de routine (par gaz, de l’électricité et de l’eau changent une fois par an à
exemple faire un choix à partir d’une liste prédéfinie de une date fixée par avance.
codes), on peut envisager de faire appel à des sous-trai-
tants s’il existe suffisamment de sociétés d’études de
marché compétentes dans le pays.
Qualité sur le terrain
12.11 Lorsque la collecte des prix au niveau local est 12.15 La qualité est un aspect important du relevé
sous-traitée, elle est parfois moins coûteuse. Si la collecte des prix. Un relevé de qualité permet à un office de sta-
est faite électroniquement, on peut charger le sous-traitant tistique d’avoir confiance dans l’indice qu’il produit et
d’acheter et d’entretenir les dispositifs de collecte. de s’assurer que les variations de prix observées sont
12.12 La sous-traitance offre également la possibili- réelles et non pas le résultat d’erreurs des enquêteurs. Il
té aux statisticiens de consacrer davantage de temps à est important de mettre au point des procédures qui
analyser les données, et moins à les collecter. Si l’on dis- garantissent que des normes strictes de collecte sont res-
socie le rôle de l’enquêteur de celui du contrôleur, les pectées à chaque période de collecte. Ces procédures
statisticiens hésiteront sans doute moins à remettre en constitueront l’élément essentiel de la formation des
question la validité des données. Enfin, on peut établir enquêteurs et feront partie du matériel didactique à leur
un lien direct entre l’exactitude des données recueillies intention. Les enquêteurs recevront des instructions sur
et la performance des sous-traitants si les évaluations de les principes des indices des prix, les questions d’orga-
performance donnent lieu au versement de primes (et à nisation et les procédures de validation.
des pénalités si les objectifs ne sont pas atteints).
Descriptions
Collecte centralisée 12.16 Il est primordial de décrire précisément les
produits élémentaires pour assurer une continuité. Les
12.13 Les prix relevés de façon centralisée sont ceux
enquêteurs doivent en faire une description suffisam-
obtenus auprès du siège des grandes chaînes de magasins
ment complète de façon à relever le même produit à
qui pratiquent une politique de prix nationale. On peut
chaque période de collecte. Il est donc important qu’ils
exclure les succursales de ces chaînes de la collecte locale
notent les attributs qui définissent spécifiquement le
s’il est plus efficace de centraliser la collecte des données.
produit élémentaire qu’ils observent. Dans le cas des
Les personnes qui fournissent les données le font à l’aide
vêtements par exemple, il importe de préciser la cou-
de formulaires sur papier ou les saisissent sur des feuilles
leur, la taille et la composition du tissu de façon à ce que
de calcul qu’ils transmettent à l’office national de statis-
le même produit soit relevé chaque mois. Pour les fruits
tique par courrier électronique, sur CD-Rom ou sur dis-
et les légumes frais, il peut être utile de noter le pays
quette. Les catalogues de vente par correspondance
d’origine, la classe et la variété.
peuvent également être traités comme les chaînes de maga-
12.17 Des descriptions précises des produits aide-
sins : on enregistre les prix tels qu’ils figurent sur les cata-
ront les enquêteurs et le bureau à choisir un produit rem-
logues à la date de leur publication, puis on les combine
plaçant pour un produit qui a été retiré et à déceler des
avec ceux des mêmes produits relevés au niveau local.
changements de qualité. On encouragera le personnel en
12.14 On peut recueillir les données sur les prix des
bureau à prendre le temps, à chaque période de collecte,
services ou les tarifs de façon centralisée auprès d’orga-
de passer en revue les descriptions des enquêteurs afin
nismes comme des associations professionnelles, des
de s’assurer que ce sont bien les produits voulus qui sont
administrations nationales ou locales, etc. Dans la
observés. On incitera également les enquêteurs à vérifier
mesure du possible, on obtiendra ces prix auprès d’une
que leurs descriptions contiennent tous les renseigne-
source centralisée, même s’il faut contacter des entre-
ments utiles. Il peut être intéressant de demander aux
prises régionales ou concurrentes en cas de variations
enquêteurs d’intervertir leurs rôles de temps à autre afin
locales. Les données peuvent être sollicitées par écrit ou
par téléphone, ou arriver automatiquement si l’office qu’ils saisissent l’importance de bonnes descriptions.
national de statistique figure sur la liste de diffusion du
fournisseur. Ce dernier peut envoyer soit une liste com- Continuité
plète des prix ou des tarifs, à partir de laquelle les agents 12.18 La continuité est l’un des plus grands prin-
chargés de l’IPC extraient les prix pertinents, soit uni- cipes de la collecte des prix. C’est parce qu’un indice des

257
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

prix mesure des variations de prix qu’il est primordial vés et rend moins nécessaire un examen détaillé au siège.
que le même produit élémentaire soit relevé chaque mois En outre, il est évident qu’il n’est ni utile ni rentable de
de façon à obtenir une image exacte des variations. Si recommencer des tests qui ont déjà été faits.
l’on choisit par exemple le bocal de confiture de fraises 12.22 Plusieurs types de tests peuvent être réalisés,
de la marque d’un supermarché, il faut toujours relever et notamment les suivants :
cette marque et cette variété. En cas de rupture de stock • Variation des prix : on compare le prix saisi au prix du
durant la période de collecte, on ne relèvera ni une autre même produit dans le même magasin le mois précé-
marque, ni une autre variété. Si, en revanche, au cours dent, et on vérifie les données lorsque la différence de
des périodes de collecte ultérieures, la confiture retenue prix dépasse des limites en pourcentage prédéfinies.
est toujours en rupture de stock mais qu’il existe une Ces limites varient en fonction du produit élémentaire
autre variété de la même marque au même prix, on la ou du groupe de produits élémentaires, et peuvent être
choisira en tant que produit élémentaire comparable et fixées à partir des variations des prix observées par le
on adaptera la description du produit en conséquence. passé. Lorsqu’on ne dispose pas de prix valable pour
S’il n’existe pas de produit élémentaire comparable, il le mois précédent, en cas de rupture de stock par
faut en choisir un nouveau et modifier la description. On exemple, on peut faire une comparaison avec le prix
commencera alors une nouvelle chaîne de prix. Il est du produit deux ou trois mois auparavant.
impossible d’être prescriptif, car le concept d’équiva-
lence varie selon les pays; mais, pour des raisons pra- • Prix maximaux ou minimaux : on vérifie les données si
tiques, il importe de conserver une description détaillée le prix saisi est supérieur au prix maximal ou inférieur
des produits élémentaires relevés. au prix minimal du produit élémentaire dont le produit
12.19 La continuité étant un facteur particulièrement considéré est représentatif. On peut définir une four-
important de l’élaboration d’un indice des prix exact, il chette à partir des valeurs maximale et minimale obser-
faut inviter les personnes chargées de collecter les prix à vées pour ce produit élémentaire le mois précédent
vérifier auprès des détaillants qu’un produit élémentaire multipliées par un facteur d’échelle standard. Ce fac-
est effectivement en rupture de stock avant de le rempla- teur peut varier selon les produits, là encore en fonc-
cer. La direction générale de l’office national de statis- tion des données d’expérience.
tique peut donner des directives qui couvrent différents 12.23 Si l’on utilise un ordinateur portable, on peut
produits élémentaires. Les produits alimentaires par aisément procéder à ces deux tests lors de la collecte.
exemple, qui sont généralement de nouveau en stock lors Autrement, on le fera au siège aussitôt que possible après
de la période de collecte suivante, ne doivent pas être la collecte et avant que les prix ne soient traités dans le
remplacés immédiatement. En revanche, les stocks de système principal. Si l’un des deux tests n’est pas satis-
vêtements de mode seront rarement reconstitués une fois fait, cela ne doit pas empêcher l’enquêteur de relever le
la «saison» achevée ou le stock épuisé. On remplacera prix du produit, mais cela doit l’amener à vérifier et con-
donc ces produits immédiatement dans les relevés. firmer la donnée saisie, et à fournir une explication.
12.20 D’autre part, il faut inviter les enquêteurs à 12.24 Les demandes de vérification peuvent être
prévoir le trajet qu’ils vont emprunter pour relever les traitées en bureau ou envoyées à l’enquêteur pour être
prix de façon à tenir compte des horaires d’ouverture et résolues. Ainsi, un examen attentif d’un formulaire peut
de fermeture des points de vente et de toute demande révéler qu’une grosse différence de prix est apparue du
particulière des détaillants. S’ils le jugent bon, ils trace- fait que le produit élémentaire relevé est un nouveau
ront leur trajet sur une carte, en précisant dans quel ordre produit qui en remplace un autre dont la fabrication a
ils se rendront aux points de vente. Ceci est particulière- cessé. Dans ce cas, il n’est sans doute pas nécessaire de
ment utile lorsque c’est un enquêteur différent de vérifier le travail de l’agent chargé du relevé, sauf si l’on
l’enquêteur habituel qui réalise la collecte, en cas de a des raisons de penser qu’il est incorrect de qualifier le
congé de maladie par exemple. Il faut encourager les produit élémentaire de «nouveau produit».
enquêteurs à s’efforcer de relever les prix à des moments 12.25 Lorsque l’on découvre une erreur alors que le
similaires à chaque période de collecte, surtout lorsqu’il processus est déjà trop avancé pour y remédier, on doit,
s’agit de produits volatiles comme le pétrole et l’huile, en bureau, la rejeter et supprimer le produit en question
qui peuvent subir des fluctuations prononcées. de l’indice du mois considéré. Il faut alors veiller à
exclure également ce produit du mois de référence de
Demande de vérification sorte que le panier-type demeure inchangé.
des données saisies
12.21 Une fois que les données sur les prix sont cor- Retour d’information
rectes et complètes, on peut procéder à une série de con- 12.26 Il convient d’encourager les agents chargés de
trôles de validité. On décidera de ceux qu’il convient collecter les prix à remonter au bureau des informations
d’effectuer en tenant compte des contrôles de validité réa- sur leur pratique. Ces agents constituent en effet une
lisés sur le terrain. Ainsi, l’utilisation d’ordinateurs de source d’information précieuse et il n’est pas rare qu’ils
poche augmente les possibilités de validation lors des rele- répercutent rapidement des informations de bonne qualité

258
ORGANISATION ET GESTION

sur des changements survenus sur le marché. Souvent, ils 12.32 Outre l’accompagnement de l’enquêteur, le
avertissent le bureau que des tailles ou des produits ont contrôleur peut entreprendre d’autres tâches sur place,
changé avant que celui-ci soit en mesure de le savoir à par- par exemple recenser les points de vente ou étudier un
tir d’autres sources comme des revues professionnelles. produit particulier. Après une visite de suivi, il doit rédi-
Les informations reçues des personnes chargées de relever ger un rapport qui présente de façon détaillée les obser-
les prix servent à confirmer des évolutions de prix obser- vations qu’il a faites lorsqu’il a accompagné l’enquêteur.
vées et à compléter les instructions qui leur sont commu- Ce rapport contiendra un résumé de ses constatations,
niquées. On peut également les reprendre dans les bulle- une liste des mesures à prendre et la ligne de conduite
tins destinés aux enquêteurs. qu’il préconise. Le contrôleur peut conseiller qu’un
enquêteur reçoive davantage de formation sur certains
Les contrôles de qualité aspects des relevés. Le bureau (ou l’entreprise contrac-
tante si la collecte a été sous-traitée) doit alors donner
des relevés au niveau local : suite à ses conseils. Ce rapport servira ensuite de point de
le rôle des contrôleurs départ à sa prochaine visite. Lorsque l’on trouve des
solutions à des problèmes d’ordre général, il faut les faire
12.27 Il convient de planifier et suivre avec soin
connaître à tous les agents chargés de relever les prix, en
l’ensemble du processus périodique de collecte des prix
publiant un bulletin ou une version révisée des instruc-
sur le terrain, et de mettre en place des mécanismes qui
tions par exemple.
rendent compte de la situation locale. Chaque situation
étant particulière, il n’y a pas lieu d’être par trop pres-
criptif. Il est néanmoins important de faire en sorte que Contrôle a posteriori
les personnes chargées de relever les prix envoient les 12.33 Un autre moyen de suivre la qualité de la col-
informations en temps voulu. Si elles ne le font pas, on lecte des prix consiste à contrôler a posteriori une partie
en trouvera les raisons et on prendra les mesures qui des prix enregistrés.
s’imposent. Il importe également de vérifier que les 12.34 Les contrôles a posteriori peuvent servir à :
informations envoyées sont exactes et complètes.
• évaluer la compétence de tel ou tel enquêteur;
12.28 L’un des moyens de suivre le travail des
enquêteurs consiste à demander à des contrôleurs de les • contrôler la qualité globale de la collecte;
accompagner de temps à autre durant leur relevé, ou de • définir des besoins généraux de formation ou des
contrôler a posteriori les données recueillies. besoins spécifiques d’un individu;
• mettre en évidence des problèmes importants, par
Suivi exemple des difficultés causées par les documents ou
12.29 Si un contrôleur compte accompagner un les instructions du siège;
agent chargé du relevé des prix, il doit en informer celui-
• déterminer dans quels domaines la collecte est diffi-
ci à l’avance afin d’organiser les modalités de leur ren-
cile. Il peut arriver par exemple que tous les enquê-
contre. En général, le contrôleur n’est pas présent pen-
teurs rencontrent des difficultés dans certains types de
dant toute la durée de la collecte mais passe quelques
points de vente. Le bureau donnera alors des instruc-
heures à l’observer dans un endroit précis. Ainsi, il peut
tions plus détaillées.
être souhaitable d’observer le relevé de certains produits
ou la collecte dans certains points de vente dans lesquels 12.35 Les contrôles a posteriori doivent être réali-
elle pose peut-être problème. L’enquêteur modifiera son sés par un spécialiste indépendant du processus (de pré-
trajet en conséquence si besoin. férence employé par l’office national de statistique). Ce
12.30 Avant de procéder à un suivi, le contrôleur spécialiste se rend dans le point de vente choisi, relève
doit réaliser un travail préparatoire de vérification. Il de nouveau les prix et recueille tout autre renseignement
étudiera par exemple les descriptions, les prix, l’histo- utile tel que les codes qui correspondent aux attributs ou
rique des prix et les codes des produits observés à aux descriptions. Il doit le faire peu après la période de
l’endroit choisi. Ce type de vérification lui permet de se collecte pour éviter qu’une évolution des prix éventuel-
faire une bonne idée de la qualité des relevés avant de se lement survenue dans l’intervalle ne pose des pro-
rendre sur le terrain, et peut lui indiquer sur quels blèmes. Il est important que les personnes chargées des
domaines il doit se concentrer. contrôles a posteriori demandent la permission des
12.31 L’une des principales fonctions du contrôleur commerçants avant d’intervenir et respectent les critères
est de veiller à ce que l’enquêteur suive les procédures généraux de collecte à l’échelon local décrits aux para-
et les instructions établies et collecte les prix avec com- graphes 12.5 à 12.12.
pétence. Bien que son rôle ne soit pas nécessairement 12.36 Pour que les contrôles a posteriori soient
celui d’un formateur, il peut, lorsqu’il relève une erreur, utiles, il importe de retenir des critères de performance
profiter de l’occasion pour donner des conseils. Il faut auxquels on peut comparer tous les résultats obtenus
également que l’enquêteur ait la possibilité de lui poser lors de ces contrôles. Ces critères doivent par exemple
des questions durant le processus de suivi. fixer le nombre acceptable d’erreurs de prix par produit

259
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

contrôlé. S’ils sont précisément définis, les contrôles a • Vérifier que les rapports des enquêteurs sont envoyés
posteriori mettront aisément en évidence les enquêteurs en temps voulu. Si ce n’est pas le cas, il faut en trou-
ou les sites qui laissent à désirer. ver la raison et prendre les mesures qui s’imposent
12.37 Lors d’un contrôle a posteriori, on peut pro- pour les obtenir.
céder à une série de tests afin de détecter : • Confirmer que les rapports contiennent ce qu’ils sont
• une différence de prix — si le prix contrôlé est diffé- censés contenir, c’est-à-dire qu’aucun champ à rensei-
rent, le contrôleur doit vérifier auprès des commer- gner n’est resté vierge, que les champs numériques
çants s’il a changé depuis le relevé initial; contiennent des chiffres et que les champs non numé-
• une description insuffisante du produit — chaque pro- riques n’en contiennent pas.
duit doit être défini de manière unique de façon à ce • Passer en revue et vérifier chaque formulaire. Il faut
qu’un autre enquêteur puisse remplacer l’enquêteur parfois procéder à des substitutions de façon centrali-
habituel, en cas de maladie par exemple; sée ou approuver celles faites par les enquêteurs, et
• une erreur sur le produit relevé — si une taille incor- vérifier des variations de prix exceptionnelles (ou
recte a été choisie par exemple; simplement importantes). Il arrive que l’on doive con-
• des produits enregistrés par erreur comme étant man- vertir en un prix par unité standard le prix de produits
quants ou en rupture temporaire de stock. vendus en plusieurs unités ou dont les poids varient.
On traite les prix manquants en appliquant des règles
12.38 Une fois réalisé le contrôle a posteriori, un spécifiques aux différentes causes d’absence.
rapport doit être envoyé au bureau pour examen. Le
bureau prendra alors les mesures qui s’imposent, qui • Trouver et corriger les erreurs introduites lors de la
peuvent consister par exemple à faire suivre une nou- saisie des chiffres sur ordinateur ou de leur transcrip-
velle formation aux agents ou à envoyer des instructions tion sur des feuilles de calculs. De préférence, on les
complémentaires. évitera en rendant les transcriptions inutiles.
12.42 Il convient de noter qu’il est possible que les
Autres fonctions du contrôleur données ne soient pas organisées sur les feuilles de cal-
12.39 La gamme des tâches qu’accomplissent les cul ou sur ordinateur de la même façon qu’elles l’étaient
contrôleurs varie d’un office de statistique à l’autre. Leur à leur réception, car elles arrivent au bureau organisées
principale activité consistera toujours à suivre la qualité par enquêteur, point de vente et produit. Il faut néan-
de la collecte des prix, mais ils sont parfois appelés à moins enregistrer leur origine de telle sorte que l’on
intervenir dans plusieurs autres domaines. puisse s’y reporter en cas de problème en cours de trai-
12.40 Les contrôleurs peuvent être invités à partici- tement. En outre, même si les codes fournis aux enquê-
per à l’échantillonnage des sites et des produits élémen- teurs pour recenser les produits et décrire ou préciser les
taires. Ils peuvent vérifier que les sites dans lesquels on prix sont utilisés tels quels pendant le traitement, il faut
propose de relever les prix comportent un éventail voulu parfois attribuer d’autres codes aux informations que les
de magasins, ou émettre un avis sur la situation écono- enquêteurs communiquent sous forme non codée.
mique qui prévaut sur ces sites et sur les zones éventuel- 12.43 Le mode d’organisation des contrôles variera
lement dangereuses. Ils peuvent également travailler sur selon les pays. Dans certains cas, ce sont des agents de
certains produits. Ainsi, si un produit particulier semble supervision, à l’échelon local ou régional, qui se charge-
poser des problèmes aux agents chargés de collecter les ront d’une partie du contrôle. Dans d’autres cas, il sera
prix, les contrôleurs discuteront avec les agents et les plus judicieux de le faire de façon centralisée. Certaines
détaillants afin d’en trouver les raisons. Ils donneront tâches peuvent être accomplies par ordinateur et d’autres
également des conseils sur les changements à apporter à manuellement. Il est par conséquent impossible de faire
la composition du panier-type. Ils peuvent vérifier que des suggestions d’ordre général sur la séquence des
les produits que propose le bureau sont disponibles dans tâches ou sur la division du travail.
tout le pays, et proposer des descriptions de produits et 12.44 Il faut instaurer des procédures permettant de
des fourchettes de poids. En outre, ils peuvent établir des contrôler que l’ensemble des documents, des messages
rapports sur les collectes là où elles ont déjà été réalisées. ou des dossiers établis sur le terrain sont effectivement
Si, par exemple, le bureau se pose une question sur les envoyés de façon à contacter l’enquêteur si l’un d’eux est
données saisies dans un point de vente particulier dans manquant. Il faut ensuite, en premier lieu, vérifier que les
un endroit précis, un contrôleur peut se rendre sur ce données sont complètes et correctes. On contrôlera par
point de vente afin de trouver la réponse ou de persuader exemple que des prix n’ont pas été relevés deux fois par
un détaillant de continuer de participer à l’enquête. erreur (c’est-à-dire pour le même produit, dans les mêmes
magasins, au même endroit) et que les codes qui identi-
fient le lieu, le point de vente et le produit, et qui accom-
Contrôles de qualité en bureau pagnent chaque prix, existent bien et sont valables. Si ces
12.41 Quatre types de contrôles doivent être pério- vérifications révèlent une anomalie, on demandera des
diquement réalisés au siège : éclaircissements à l’enquêteur. Certaines vérifications

260
ORGANISATION ET GESTION

exigent que l’on consulte les enquêteurs (ou leurs supé- qu’auparavant, ce qui semble indiquer qu’il faut révi-
rieurs, ou encore les personnes interrogées si les question- ser la spécification ou choisir un autre produit élémen-
naires ont été envoyés directement par courrier). Il faut taire représentatif.
donc que le calendrier de publication de l’indice tienne • Des spécifications étroites énumèrent plusieurs
compte du délai nécessaire pour ces consultations. marques et modèles parmi lesquels un seul doit être
12.45 Une fois que l’on a vérifié que les données sur choisi, mais un grand nombre de prix correspondent à
les prix sont correctes et complètes, on peut procéder à des produits élémentaires qui ne figurent pas dans la
une série de contrôles de validité. On décidera de ceux liste initiale. Ceci indique que les marques et les
qu’il convient de réaliser en tenant compte des contrôles modèles spécifiés ne conviennent plus. Il faut alors
de validité réalisés sur le terrain. L’usage d’ordinateurs de modifier la liste.
poche augmente les possibilités de validation lors des
relevés et rend moins nécessaire un examen détaillé en • La dispersion des variations de prix d’un produit élé-
bureau. Il est évident qu’il ne serait ni utile ni rentable de mentaire donné est beaucoup plus importante qu’aupa-
refaire tous les tests qui ont déjà été faits localement, sauf ravant, ce qui soulève la question de savoir si la spéci-
s’il s’agit de procéder à des contrôles secondaires ou de fication de ce produit est adéquate.
vérifier de façon aléatoire si les tests ont été réalisés. 12.49 Les rapports périodiques établis par ordinateur
12.46 Les diverses vérifications sont traitées aux devraient permettre aux personnes chargées de calculer les
paragraphes 12.21 à 12.25. Le bureau a également la indices de détecter ce type de problèmes. Deux types de
possibilité de détecter les valeurs aberrantes à l’aide des rapports sont particulièrement utiles : les rapports sur la
données sur les prix reçues chaque mois. dispersion de l’indice et les rapports sur les prix relevés.
12.50 Rapport sur la dispersion de l’indice. Il s’agit
Rapports d’une liste de produits élémentaires qui indique la valeur
12.47 Il faut régulièrement établir des rapports sur la courante de l’indice pour chaque produit, le nombre de
plupart des produits élémentaires représentatifs de façon à prix valides relevés pour chaque produit et le nombre de
aider les analystes à repérer les prix dont le niveau ou la rapports de prix (le ratio du prix courant sur le prix valide
variation diffèrent de ceux signalés ailleurs pour des varié- précédent) dans chaque série de fourchettes prédétermi-
tés similaires, ou tout simplement lorsque les variations nées (inférieur à 40, 40–49, …190–199, supérieur à 199
dépassent certaines limites spécifiées. Ainsi, un listage peut par exemple). Les rapports sur la dispersion de l’indice
énumérer tous les prix qui s’éloignent beaucoup de la der- peuvent servir à repérer les prix relevés dont les rapports
nière fourchette des prix d’un produit élémentaire repré- de prix dépassent la fourchette du principal ensemble de
sentatif, ou ceux dont la variation en pourcentage depuis le prix. On peut se baser sur les rapports sur les prix relevés
dernier relevé pour le même produit élémentaire dans le correspondant au produit élémentaire en question, puis
même point de vente s’éloigne d’une fourchette donnée. réaliser une enquête et prendre, si nécessaire, les mesures
Les limites retenues varieront selon les produits, et pour- qui s’imposent.
ront être modifiées à l’usage. Les analystes peuvent ensuite 12.51 Rapport sur les prix relevés. Il consiste en
passer en revue le listage, en commençant par vérifier s’il une série d’informations sur un produit élémentaire au
n’y a pas eu d’erreur de saisie. Ils examinent ensuite si les sujet duquel le rapport sur la dispersion de l’indice a
explications éventuelles de l’enquêteur éclairent de façon révélé qu’il y avait lieu de mener une enquête complé-
satisfaisante les divergences de comportement des prix, ou mentaire. Les informations peuvent comprendre le prix
bien s’il y a lieu d’interroger l’enquêteur ou son supérieur courant, les prix précédents relevés récemment et le prix
hiérarchique. Le calendrier doit offrir la possibilité de le de référence, ainsi que les emplacements et les types de
faire, et toute anomalie observée doit être rejetée si l’on ne magasins. Ce rapport peut servir à déterminer quels prix
peut obtenir une explication acceptable ou faire une correc- relevés exigent une enquête complémentaire et à étudier
tion à temps. les prix non retenus.
12.48 On peut périodiquement établir d’autres rap-
ports à partir de rapports couvrant plusieurs périodes Algorithmes
(plusieurs mois, par exemple) de façon à détecter des 12.52 On peut créer des algorithmes afin de repérer
constantes, et mettre ainsi en évidence des problèmes et d’infirmer des mouvements de prix qui diffèrent sen-
plus vastes. Citons les exemples suivants : siblement de la norme pour un produit élémentaire.
• Les rapports d’un enquêteur contiennent l’observation Dans le cas de certains produits saisonniers dont les prix
«point de vente fermé» beaucoup plus souvent que fluctuent de façon erratique, il est parfois indiqué de
ceux d’autres enquêteurs, ce qui laisse peut-être suppo- construire un algorithme afin d’observer le niveau des
ser que cet agent manque de motivation ou de forma- prix plutôt que leur variation.
tion ou qu’un changement est survenu dans les struc- 12.53 Citons par exemple l’algorithme de Turkey.
tures de la vente au détail dans une zone particulière. Une de ses variantes fonctionne ainsi :
• Les variétés de substitution d’un produit élémentaire • On calcule, pour chaque prix, le ratio du prix courant
représentatif donné sont devenues plus nombreuses au prix valide précédent (le rapport de prix). Dans le

261
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

cas des produits élémentaires testés par niveaux de sationnels pour travailler efficacement. Parmi les élé-
prix et non pas par variation, on omet cette étape. ments à prendre en considération pour décider de la
structure à adopter, on peut citer les suivants :
• Pour chaque produit élémentaire, on classe la série de
ratios ainsi obtenus en ordre croissant, en excluant les • la nécessité d’une structure hiérarchique clairement
ratios de 1 (prix inchangés). Dans le cas des produits définie;
élémentaires testés par niveaux de prix et non pas par • le besoin d’un partage précis des responsabilités;
variation, ce sont les prix que l’on classe.
• une gestion centralisée ou décentralisée du travail sur
• On supprime les 5 % supérieurs et inférieurs de la le terrain (voir plus haut, aux paragraphes 12.6 à
liste (ces 5 % sont le paramètre 1). 12.14, l’analyse de la collecte à l’échelon local et de
• La «moyenne interquartile» est la moyenne de ce la sous-traitance du travail sur le terrain);
qui reste. • la gestion de la production par opposition au dévelop-
• Les moyennes interquartiles supérieure et inférieure pement technique;
sont les moyennes interquartiles de toutes les observa- • la compatibilité avec les structures organisationnelles
tions situées au-dessus ou au-dessous de la médiane. de l’office national de statistique, au regard par exemple
• La limite supérieure (inférieure) de Tukey est la moyenne de la gestion de la qualité, de la recherche méthodolo-
interquartile plus (moins) 2,5 fois la différence entre la gique et de la diffusion.
moyenne interquartile et la moyenne interquartile supé- 12.57 Dans certains cas, lorsque par exemple le
rieure (inférieure). Ce chiffre de 2,5 représente les para- personnel interne a peu d’expérience de terrain, il peut
mètres 2 et 3. On peut, si on le souhaite, fixer les valeurs être intéressant de confier les travaux sur le terrain à un
supérieure et inférieure de façon indépendante mais autre organisme, public ou privé. Il est alors important
actuellement, elles sont fixées de façon à être égales. que les données fassent l’objet d’un véritable contrat.
• Si la limite supérieure est négative, elle est fixée à Il faut également définir des objectifs en matière de
zéro (si l’on utilise les niveaux de prix, la limite infé- remise des données et de mesure des résultats, afin de
rieure est fixée à zéro). préciser par exemple les calendriers de remise des don-
nées, les taux de réponse et le degré de précision vou-
• Les rapports de prix, ou niveaux de prix, qui dépassent lus. Il faut enfin étudier s’il y a lieu de faire vérifier
les limites de Tukey sont signalés comme étant inac- ponctuellement les travaux du sous-traitant par un con-
ceptables et devant être modifiés ou faire l’objet d’une trôleur indépendant.
enquête complémentaire.
12.54 L’algorithme de Turkey présente plusieurs Établissement mensuel de l’indice
avantages (voir Saïdi and Bleuer, 2005, pour de plus
amples détails). En particulier, il produit des résultats 12.58 Le système utilisé pour calculer régulière-
intuitivement plausibles, il est cohérent d’un mois à un ment l’indice doit être suffisamment souple pour que
autre, il reste robuste en présence de valeurs aberrantes l’on puisse modifier le type de données obtenues. Ainsi,
(en d’autres termes, l’ajout d’une ou deux observations on peut remplacer les prix relevés au niveau local de
anormales n’a pas beaucoup de conséquences sur les produits échantillonnés par choix raisonné dans les suc-
limites fixées par l’algorithme) et il demeure solide cursales d’une grande chaîne de supermarchés par les
lorsque le volume de données change (c’est-à-dire que les prix relevés de façon centralisée sur un échantillon sta-
limites calculées à partir d’un sous-ensemble des données tistique tiré de données sur l’ensemble des ventes four-
ne diffèrent pas beaucoup de celles calculées à partir de la nies par le siège de la chaîne. Dans ce cas, il est parfois
série complète de données). préférable d’adopter une approche modulaire.
12.55 Si les algorithmes peuvent être un moyen 12.59 Les calculs analytiques permettent de com-
efficace de mettre en évidence des données qui posent parer l’indice publié, ou un ou plusieurs sous-indices,
problème, il faut cependant les employer avec prudence. avec ce qu’ils auraient été si l’on avait utilisé des
Les analystes doivent s’assurer qu’ils ne créent pas de méthodes ou des données différentes. Ils aident à expli-
biais systématique dans l’indice. Il faut également tenir quer pourquoi un indice a évolué d’une certaine façon
compte de cet aspect dans le processus de vérification, et à mener des expériences méthodologiques. Les
même si les risques sont moindres lorsque les vérifica- exemples suivants de ce type d’enquête illustrent cer-
tions sont réalisées manuellement. taines possibilités de calculs, ainsi que les données dont
il faut disposer :
• d’autres agrégations de sous-indices;
Établissement et publication
• les effets de pondérations différentes; les effets de
de l’indice l’introduction de catégories de produits devenus
12.56 S’agissant de l’établissement et de la publica- récemment significatifs; l’actualisation des pondéra-
tion de l’indice, on dispose de plusieurs modèles organi- tions par les prix;

262
ORGANISATION ET GESTION

• le nombre et la durée des observations manquantes; pour s’adapter aux situations nouvelles amèneront à
l’effet sur l’indice d’une méthode d’estimation modifier les feuilles de calcul. Si l’on ne met pas en place
différente; des mesures de contrôle de la gestion de la qualité, les
• une comparaison d’indices calculés avec différents sous- feuilles de calcul risquent de ne pas être dûment étayées
échantillons des données afin d’estimer la variance; les et de n’être comprises que par la personne qui en est char-
variances des ratios de prix; gée, ce qui peut entraîner deux conséquences fâcheuses :
• Si cette personne est absente, prend sa retraite ou
• le calcul d’un indice de référence type (sans ajuste- change d’emploi, son remplaçant aura beaucoup de mal
ment explicite de la qualité) de façon à obtenir un à maintenir la continuité et la qualité du sous-indice.
indice de qualité implicite;
• Les nouvelles procédures introduites pour tenir compte
• le nombre de produits échantillonnés; les taux de rem- des situations nouvelles risquent d’être en contradic-
placements obligatoires; la durée pendant laquelle les tion avec des procédures employées avec d’autres
produits restent dans l’échantillon; sous-indices qu’établissent d’autres personnes.
• la distribution de fréquences des ajustements de la 12.63 Si la documentation est bonne et que les col-
qualité. lègues communiquent bien entre eux, ces risques seront
12.60 Pour étudier ces questions, la base de don- réduits. Au minimum, il faut insister pour que les feuilles
nées doit contenir non seulement les prix, mais aussi des de calcul, ainsi que les changements qui leur sont appor-
descriptions détaillées des produits remplaçants, des tés, soient compréhensibles, en faisant en sorte que les
explications qui se rapportent aux prix observés, etc. On intitulés des rangées et des colonnes ou les notes jointes
constate généralement que les bases de données chrono- aux intitulés soient suffisamment explicatifs. En outre,
logiques sont trop volumineuses pour être mises en les modifications des procédures ou des formules, les
mémoire sur le système tout en restant actives. Il faut changements de base et l’application de nouvelles pon-
donc les archiver en conservant une documentation dérations doivent toujours être réalisés non pas en modi-
détaillée sur les données archivées pour se protéger fiant l’ancienne feuille, mais en déplaçant les calculs sur
contre une perte d’informations vitales en cas de chan- une nouvelle feuille du classeur. Les deux coexisteront
gement d’informaticien ou d’ordinateur. On peut égale- ainsi côte à côte et pourront être comparées.
ment envisager de nommer un dépositaire des données 12.64 On peut éviter de faire des modifications par
chargé de tous les dossiers archivés. inadvertance en protégeant les cellules qui contiennent
des formules par des mots de passe et en bloquant celles
qui contiennent les données introduites une fois que les
Feuilles de calcul vérifications sont faites. Les mots de passe ne doivent
12.61 On peut employer des feuilles de calcul pour être connus que d’un nombre limité de personnes auto-
calculer des sous-indices qui exigent des procédures risées à modifier les feuilles de calcul. En outre, il est
particulières ou lorsque les données sont recueillies de essentiel de faire régulièrement des copies de sauve-
façon centralisée ou suivant un calendrier incertain ou garde de l’ensemble du classeur sur un autre disque.
différent de celui d’autres collectes, à condition de
mettre en place des procédures de contrôle efficaces. Il Introduction de modifications
peut être utile d’employer des feuilles séparées pour 12.65 Lorsque des modifications sont introduites, il
relever par exemple les tarifs aériens et les prix des faut procéder à différentes vérifications. On peut notam-
chambres d’hôtel, des journaux et des voitures de loca- ment comparer l’ancienne base à la nouvelle à l’aide de
tion. Les feuilles de calcul donnent davantage de latitude données recueillies en parallèle (si l’on confie la collecte
pour conjuguer les tâches différentes que sont la collecte à un nouveau sous-traitant, par exemple) ou en réalisant
des données, leur saisie et les calculs. Les connaissances une réestimation rétrospective — lorsque par exemple de
spécialisées des statisticiens sur les marchés ou les nouveaux prix de référence sont imputés pour un éventail
points de vente, alliées aux outils analytiques appliqués complet de biens ou de services. Toute anomalie peut
aux feuilles de calcul, aident les statisticiens à détecter alors faire l’objet d’une enquête complémentaire.
des irrégularités dans les données, facilitent les
recherches en vue de déterminer si elles sont le fruit
d’erreurs de déclaration ou de saisie et permettent de les Reprise des activités
rectifier sans délai. La possibilité de passer de saisies de après une catastrophe
données numériques à un diagramme qui illustre, par 12.66 Parmi les statistiques que produisent les
exemple, les données du mois en cours et du mois précé- offices nationaux de statistiques, l’indice des prix à la
dent, aide à détecter des anomalies rapidement et aisé- consommation est sans doute la plus importante et la
ment. La même personne peut alors suivre cela avec le plus connue, et celle qui peut avoir des conséquences sur
fournisseur des données. le plus vaste éventail d’usagers. Souvent, la loi prescrit
12.62 Avec le temps, les solutions trouvées aux pro- de publier l’IPC peu après la fin du mois auquel se rap-
blèmes qui se sont posés et les changements apportés portent les données. L’Union européenne impose par

263
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

exemple de publier dans un délai de trente jours suivant Gestion de la qualité et


la période de référence l’Indice des prix à la consomma-
tion harmonisé (IPCH), qui utilise les données sur l’IPC systèmes de gestion de la qualité
des États membres (le calendrier d’Eurostat prévoit 12.71 Les offices de statistique doivent accomplir
cependant une publication deux semaines plus tôt). Tout sans relâche une tâche difficile qui consiste à produire
retard de publication risque d’avoir des conséquences un grand nombre de données et de services afin de
notables sur les mois suivants et de compromettre les répondre aux besoins des usagers, c’est-à-dire de ses
publications ultérieures. Il faut parfois plusieurs mois clients. Un aspect fondamental de la qualité est donc
pour rattraper des retards importants et respecter de nou- l’accent mis sur les clients et la diffusion efficace, en
veau le calendrier serré de publication. Il est donc fonda- temps voulu, de statistiques pertinentes et exactes. En
mental que les offices nationaux de statistique mettent au outre, d’aucuns diront que la gestion de la qualité sup-
point un plan de secours solide et éprouvé, même s’il est pose que l’on informe utilement les clients sur l’utilisa-
improbable qu’il faille l’appliquer. tion de ces statistiques. Dans ces conditions, un office
12.67 Une catastrophe peut avoir plusieurs causes : peut conclure qu’il a réussi si des usagers bien informés
• manquement à ses obligations de la part d’un contrac- se déclarent très satisfaits de ses travaux.
tant extérieur chargé de fournir des informations; 12.72 S’agissant de la gestion de la qualité d’un
IPC, on peut faire valoir que le domaine prioritaire est le
• panne du système informatique; contrôle de la qualité du processus de production pro-
• catastrophe naturelle majeure ou autre événement (acte prement dit. Pour la plupart des offices nationaux de sta-
terroriste, par exemple) qui perturbe les centres opéra- tistique, le contrôle de qualité de la production est un
tionnels ou le siège de l’office national de statistique; domaine qui comporte de grands risques en raison de la
12.68 Lorsque la collecte est sous-traitée, l’une des complexité du processus et des conséquences finan-
mesures les plus importantes que doit prévoir un plan de cières que peut avoir toute erreur de l’indice.
secours est le recrutement d’un autre prestataire de ser- 12.73 Si l’on décide d’adopter des principes d’orga-
vices permanent le plus rapidement possible. Si un con- nisation et de gestion de la collecte de données, puis de
trat avec un prestataire extérieur est résilié, l’office traitement des informations, en vue d’établir un indice
national de statistique peut prendre des dispositions des prix à la consommation, il est fondamental de mettre
pour recourir à un tiers, mais il ne doit le faire qu’à titre en place un système qui garantit que les données obte-
temporaire, le temps d’adjuger définitivement le contrat nues, les processus permettant d’obtenir les résultats
à l’issue d’un processus d’appel d’offres. attendus et l’élaboration des politiques et des stratégies
12.69 Un plan de secours informatique exige parfois qui les sous-tendent sont gérés de façon efficace et cohé-
des fonds supplémentaires. On étudiera s’il est préférable rente. Il faut, dans la mesure du possible, pouvoir vérifier
de confier ce plan à une entreprise spécialisée dans les les processus et mettre en place des mécanismes qui per-
services de sauvegarde ou de se doter des moyens de le mettent d’obtenir des résultats qui répondent à la
faire en interne. La décision sera en partie fonction du demande — autrement dit, qui satisfont les clients. C’est
nombre de sites dans lesquels l’office national de statis- l’ensemble de ces éléments qui constitue le fondement
tique exerce ses activités. S’il dispose de plusieurs sites des systèmes de gestion de la qualité.
distants reliés par une infrastructure moderne de télé- 12.74 S’il y a plusieurs définitions de la qualité,
communications, il est peu probable que tous ces sites elles ont toutes un point commun important : la nécessi-
subissent l’effet d’une catastrophe naturelle. té de répondre aux besoins des usagers de l’IPC en leur
12.70 Les responsables des plans de secours doivent fournissant un service et d’améliorer en permanence ce
également prévoir les tâches suivantes : service. Il faut donc, pour mettre en place un système
efficace de gestion de la qualité, avoir une très bonne
• établir une spécification détaillée des locaux et des connaissance des besoins des clients et concrétiser cette
besoins connexes (ordinateurs individuels, téléphones, connaissance dans un cadre statistique et qualitatif
etc.) de chaque site; cohérent. Ce cadre doit également servir à définir des
critères qui permettent de mesurer les résultats. On peut
• confier à des responsables précis des tâches spéci- recenser les besoins des usagers soit de façon formelle,
fiques durant la période de reprise des activités et défi- en négociant des obligations contractuelles, juridique-
nir les besoins de formation de chacun; ment contraignantes ou non, soit de façon moins for-
• étudier les aspects pratiques et les dépenses connexes melle en s’entretenant individuellement avec les clients
de questions telles que l’accès, à partir d’autres sites, ou en réalisant des enquêtes auprès d’eux.
aux lecteurs et aux systèmes partagés, notamment les 12.75 Dans de nombreux pays, les questions rela-
systèmes de communication et de gestion de la qualité; tives à la gestion de l’office national de statistique sont
formulées dans un document-cadre ou un texte ana-
• confirmer les coûts, organiser des visites des sites et logue. Ce document définit les fonctions et les respon-
contacter les équipes chargées de la passation des sabilités de l’office national de statistique et, de façon
marchés pour négocier les contrats. générale, inspire et oriente ses travaux. Ainsi, si le docu-

264
ORGANISATION ET GESTION

ment-cadre énonce comme objectif «l’amélioration de 12.82 Lorsque l’établissement d’un IPC fait l’objet
la qualité et de la pertinence des services fournis aux d’un étalonnage comparatif, on peut examiner les élé-
clients — tant l’administration que les usagers au sens ments suivants :
large», on dispose d’une base solide pour établir un pro- • le calendrier, l’exactitude et la couverture des relevés;
gramme de travail.
12.76 On peut réaffirmer l’importance de la qualité • les avantages des méthodes de calcul de l’indice pour
en énonçant dans un document que l’office national de divers produits élémentaires (comparaison de la moyenne
statistique a pour mission d’être une source essentielle géométrique à la moyenne des rapports de prix, par
d’informations de qualité, qui font autorité, et qui sont exemple);
fournies en temps voulu. On résumera cette philosophie • la fréquence des relevés et des publications;
en publiant un plan d’activités annuel qui expose des
objectifs tels que l’amélioration de la qualité et de la • le coût de la collecte, par unité d’un produit, etc.
pertinence des données, de façon à augmenter la con- 12.83 Fondation européenne pour la gestion de la
fiance du public dans l’intégrité et la validité des don- qualité — modèle d’excellence. Le modèle d’excellence
nées produites. élaboré par la Fondation européenne pour la gestion de
12.77 On peut mesurer les résultats au regard d’une la qualité (EFQM) est un outil de diagnostic qui sert à
série de facteurs qui se conjuguent, notamment l’exacti- réaliser des autoévaluations. Les organismes publics de
tude des données, la rapidité de leur publication, leur effi- l’ensemble de l’Europe l’ont largement adopté afin
cacité et leur pertinence. Plusieurs exemples pratiques et d’améliorer la qualité et la performance de leurs activi-
études de cas sur les systèmes de gestion de la qualité tés. On peut dire qu’il s’agit d’un outil qui guide le prin-
illustrent des moyens d’appliquer différents modèles. cipe de gestion intégrale de la qualité.
12.84 Le modèle d’excellence de l’EFQM s’inté-
Systèmes de gestion de la qualité resse à des domaines d’activité généraux et évalue la
performance au regard de deux séries de critères. La
12.78 Les organismes peuvent tirer parti de plu-
première en comprend cinq, qui recouvrent ce que fait
sieurs normes de bonnes pratiques pour améliorer la
le domaine d’activité (les moyens : encadrement; per-
gestion de la qualité. Certaines présentent l’avantage
sonnel; politique et stratégie; partenariat et ressources
d’être reconnues au niveau international.
et processus), et la seconde quatre, qui portent sur ce
12.79 Gestion intégrale de la qualité. La gestion
qu’accomplit le domaine d’activité (les résultats : résul-
intégrale de la qualité est davantage un principe de ges-
tats au plan du personnel, des clients, de la société et
tion qu’un système très précis et structuré. La gestion
intégrale de la qualité et une véritable culture de la qua- des principales réalisations). À l’aide d’informations
lité dans un organisme présentent les caractéristiques recueillies grâce à des groupes de discussion, des ques-
suivantes : tionnaires et des entretiens individuels, on évalue les
réalisations et on définit un plan d’amélioration, qui est
• objectifs de l’organisme clairement définis; ensuite intégré dans le plan d’activités.
• accent mis sur les clients; 12.85 Le modèle d’excellence de l’EFQM repose
sur le principe que les entreprises atteignent l’excellence
• planification stratégique de la qualité; — que l’on mesure en évaluant la satisfaction des
• action centrée sur les processus; clients — grâce à un encadrement efficace qui dirige la
politique et la stratégie, alloue les ressources conformé-
• autonomie des employés; ment à cette politique et gère les employés de telle sorte
• échange d’informations; qu’ils puissent organiser les processus.
12.86 Le modèle d’excellence de l’EFQM permet
• amélioration constante de la qualité. aux offices nationaux de statistique, dont certaines
12.80 Étalonnage comparatif (benchmarking). L’éta- procédures sont régies par des lois ou des règlements,
lonnage comparatif est un processus qui consiste à se d’améliorer en permanence une série de processus et
comparer à d’autres et à en tirer des conclusions sur ses de fonctions. Pour être efficace, ce modèle doit rece-
pratiques et sur la qualité de son travail, en vue d’apporter voir l’adhésion des cadres supérieurs, qui doivent être
des améliorations. chargés de diriger les autoévaluations. Toutefois, à la
12.81 Plusieurs offices nationaux de statistique ont différence de l’ISO 9000, qui impose de faire réaliser
déjà créé des partenariats afin de procéder à des étalon- les évaluations par des auditeurs qualifiés, souvent
nages comparatifs, dont certains portent précisément sur extérieurs au lieu de travail (voir plus bas), le modèle
l’IPC. L’Australian Bureau of Statistics a été particuliè- d’excellence de l’EFQM fait intervenir l’ensemble
rement actif dans ce domaine et a réalisé une opération du personnel.
entre 1998 et 2000 en partenariat avec le Royaume-Uni. 12.87 ISO 9000. La norme ISO 9000 est une norme
Des projets d’étalonnage comparatif ont été également internationale de qualité des systèmes de management
entrepris en Nouvelle-Zélande, dans les pays scandi- (ISO, 1994). Un système de qualité est un système de
naves et aux États-Unis. gestion des entreprises bien documenté faisant appel au

265
MANUEL DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION : THÉORIE ET PRATIQUE

sens commun, qui est applicable à tous les secteurs éco- Gestion de la performance,
nomiques. Il aide à assurer la cohérence des pratiques
professionnelles, notamment les produits et les services formation et perfectionnement
fournis, et à les améliorer. 12.92 Il est tout aussi important d’appliquer un sys-
12.88 Les normes ISO ont été entièrement révisées tème de gestion de la performance aux individus qu’aux
en novembre 2000 et rebaptisées ISO 9001 de façon à structures administratives. On peut considérer la gestion
refléter les principes de management de la qualité et les de la performance comme un processus continu conçu
points de vue actuels sur les structures nécessaires pour pour améliorer les résultats du travail en se concentrant
assurer une amélioration continue (ISO, 2000). sur ce qu’accomplit effectivement le personnel plutôt
12.89 Les normes révisées sont un moyen pour leurs que sur les efforts qu’il déploie. Ce processus doit faire
utilisateurs d’augmenter la valeur de leurs activités et le lien entre les objectifs des individus, ceux de leur
d’améliorer continuellement leur performance en se con- équipe et ceux de l’organisme dans son ensemble, de
centrant sur les principaux processus de l’organisme. sorte que les programmes de travail soient cohérents
Elles se traduisent par une meilleure adéquation entre les dans tout l’organisme et que tous les agents sachent ce
systèmes de management de la qualité et les besoins de qu’ils font et pourquoi ils le font. Le système de gestion
l’organisme, et rendent compte de la façon dont il mène de la performance doit fixer des objectifs clairs de suivi
ses activités. Les organismes qui satisfont à la norme et d’évaluation, favoriser les retours d’information sur la
ISO 9000 vont dans le sens de la gestion intégrale de la performance et aider à déterminer les besoins de perfec-
qualité et du modèle d’excellence de l’EFQM. tionnement des individus. Enfin, la gestion de la perfor-
mance doit être un processus continu.
Utilisation accrue des techniques
de management de la qualité Besoins de formation
12.90 Depuis quelques années, les normes ISO 9000 12.93 Une formation efficace contribue à motiver le
et le modèle d’excellence de l’EFQM sont largement personnel et à lui donner les moyens de produire un IPC
reconnus au niveau international. Dans le même temps, de bonne qualité. Sous sa forme la plus simple, elle
les réseaux d’étalonnage comparatif prennent une place donne des notions de base sur la nature et l’usage de
de plus en plus importante. Il convient donc de se deman- l’indice et sa méthode de calcul. La formation et le per-
der s’il faut coordonner davantage ces techniques de ges- fectionnement peuvent prendre plusieurs formes, notam-
tion de la qualité, ainsi que d’autres, au niveau straté- ment les suivantes :
gique, dans des domaines des statistiques qui visent avant • tutorat par le supérieur hiérarchique ou le chef de
tout à permettre les comparaisons internationales. La service;
question se pose en particulier lorsque les statistiques
sont établies dans le cadre d’un traité, par les États • participation à un cours d’initiation ou lecture d’un
membres de l’Union européenne par exemple, qui suivent manuel;
des directives méthodologiques prescrites par des lois. • accompagnement d’un enquêteur expérimenté.
12.91 Cinq arguments plaident en faveur d’une 12.94 Il est utile d’établir par écrit un plan de for-
coordination : mation afin de définir les besoins en matière de forma-
• Il est primordial que des statistiques à caractère obli- tion et de perfectionnement en tenant compte des buts et
gatoire aussi importantes, et dont la production et des objectifs de l’organisme. Ce plan peut également
l’utilisation sont inscrites dans la législation, jouissent servir à trouver les moyens nécessaires pour assurer une
de l’entière confiance des usagers. formation adaptée aux besoins, ainsi qu’à évaluer si
• La qualité des comparaisons internationales est tribu- cette formation a été dispensée efficacement et si les
taire du maillon le plus faible. Les statistiques de objectifs ont été atteints.
bonne qualité d’un pays risquent d’avoir peu d’intérêt
si elles ne vont pas de pair avec des statistiques de Formation spécialisée à l’intention
qualité égale d’autres pays. des statisticiens et des enquêteurs
• Si des méthodes normalisées sont appliquées diffé- 12.95 Les agents suivront une formation complémen-
remment selon les pays, les analyses et les conclu- taire sur des techniques particulières, qui doit être adaptée
sions risquent d’être faussées. au rôle et à la fonction de chacun. La formation doit se
poursuivre après le stade initial et couvrir les change-
• Lorsque la responsabilité de la production est confiée
ments de procédures. Les agents dont la performance
aux États membres, il est plus difficile de mettre en
n’est pas satisfaisante prendront des cours de recyclage.
place des processus de contrôle adéquats.
12.96 Les personnes chargées de relever les prix
• Les possibilités de procéder à la validation et la ges- doivent suivre une formation spécialisée qui porte sur les
tion de la qualité de façon centralisée sont limitées procédures sur le terrain, notamment les relations avec les
lorsque la production est décentralisée. commerçants, le choix et la définition des prix valables,

266
ORGANISATION ET GESTION

les règles particulières qui s’appliquent à certains produits Documentation


élémentaires (notamment les produits saisonniers), la 12.100 Un manuel et d’autres documents tels que
méthode à suivre pour remplir les formulaires et, le cas des manuels de procédures peuvent servir à la formation
échéant, le mode d’emploi des ordinateurs de poche. Les initiale. Par la suite, ces documents rappelleront aux
statisticiens chargés d’établir l’indice suivront une forma- enquêteurs et aux statisticiens les règles et les procé-
tion sur les procédures de validation et les vérifications de dures applicables. La documentation sera bien organisée
cohérence, le calcul des indices recueillis de façon centra- et indexée de façon à trouver rapidement les solutions
lisée, les procédures de pondération et les méthodes aux problèmes.
d’agrégation des prix, ainsi que le traitement des produits 12.101 Toutes les personnes concernées doivent
saisonniers et les procédures particulières qui s’appliquent vérifier la documentation, qui sera régulièrement actua-
à certaines sections (logement, par exemple). Il est parfois lisée. Lorsque les modifications apportées sur des
bon de dispenser des formations sur le commerce local ou feuilles volantes deviendront trop nombreuses, on les
national, la réglementation des statistiques et l’économie remplacera par une nouvelle version remaniée. Une
et de donner des renseignements sur les produits. solution consiste à rassembler la documentation dans un
12.97 Il est parfois très utile que les enquêteurs et classeur à feuillets mobiles qui sont remplacés en cas de
les statisticiens chargés d’établir l’indice travaillent en besoin. Une autre consiste à en conserver une version
concertation. Il est également avantageux que l’office électronique mise à jour par des personnes désignées. Il
national de statistique soit en contact avec les spécia- est important que les mises à jour soient faites de façon
listes des produits de chaque secteur. Ces spécialistes systématique dans des conditions bien définies. Les sta-
peuvent donner des conseils sur des moyens d’identifier tisticiens ont à leur disposition de nombreux logiciels
les caractéristiques de qualité de tel ou tel produit élé- pour les aider dans cette tâche.
mentaire (appareils électriques, ordinateurs individuels, 12.102 L’emploi de logiciels standards pour rédiger
articles d’habillement et chaussures, etc.). la documentation présente trois avantages :
12.98 Il est parfois utile que les statisticiens en bureau
soient personnellement chargés de superviser la collecte • la documentation est produite plus efficacement, car
des prix dans la région où ils se trouvent de façon à avoir les logiciels facilitent la collecte initiale des données
une expérience directe des problèmes qui se posent. Ils et rendent moins nécessaires l’impression et la distri-
seront ainsi en mesure d’apporter leur concours en cas de bution de copies papier;
difficulté. De même, il est bon pour le moral des agents • les agents sont mieux informés, car ils peuvent immé-
d’organiser périodiquement des visites en bureau par des diatement consulter sous forme électronique les der-
groupes composés d’enquêteurs et de leurs supérieurs hié- niers documents en date, notamment les manuels de
rarchiques. On peut penser que les enquêteurs travaillent procédures, et utiliser les fonctions de recherche par
mieux s’ils ont le sentiment d’appartenir à une équipe, sujet et par auteur;
s’ils voient que leur travail est apprécié à sa juste valeur et
s’ils ont l’impression que l’on comprend leurs problèmes. • la qualité est mieux contrôlée, car les auteurs peuvent
Les visites en bureau leur montrent qu’il est essentiel pour aisément apporter des modifications et en indiquer la
la qualité de l’indice qu’ils travaillent de façon précise et date, tandis que les autres usagers ont accès aux docu-
consciencieuse. En outre, elles aident les statisticiens à ments en mode lecture seule.
garder le contact avec le terrain et notamment à obtenir
davantage d’informations sur les nouveaux produits et
certains aspects des changements de qualité.
Analyses
12.99 De même, les statisticiens chargés d’établir 12.103 On peut considérer la formation comme
l’indice peuvent juger bon de se rendre de temps à autre un élément essentiel d’un processus permanent
sur le terrain pour prendre part à la collecte des prix, ou d’amélioration de la qualité. Le personnel peut être
tout simplement l’observer. Ainsi, ils seront plus sensibles invité à des analyses opérationnelles, qui donnent
aux problèmes pratiques que pose la collecte, appréhen- l’occasion à tous les membres d’une équipe de soule-
deront mieux les données (et par conséquent la qualité de ver des problèmes et, le cas échéant, de se pencher sur
l’indice) et acquerront les compétences requises pour par- des questions particulières au cours de formations
ticiper au relevé des prix en cas d’urgence. individuelles ou en groupe.

267
PUBLICATION, DIFFUSION
ET RELATIONS AVEC LES USAGERS 13
Introduction révèle les variations de prix sur une période relative-
ment longue, en se référant à des périodes qui par
13.1 L’indice des prix à la consommation (IPC) est ailleurs devraient être similaires d’une année sur
l’une des séries statistiques les plus importantes. l’autre. Les facteurs saisonniers ont ainsi peu de
Chaque fois que l’on classe les statistiques en fonction chances d’avoir une influence. Elle permet également
de leurs conséquences potentielles, l’IPC et ses varian- de tenir compte des variations de prix souvent décidées
tes se placent au premier rang. Il convient donc de de façon centralisée comme les tarifs des services
publier et de diffuser cet indice en respectant les poli- publics, ainsi que des changements des impôts indirects
tiques, les codes de bonne pratique et les normes qui (qui ont des conséquences directes sur les prix), qui
s’appliquent à ce type de données. interviennent généralement suivant un calendrier
13.2 Pour ces raisons, l’IPC doit être : annuel, le même mois (ou les mêmes mois) chaque
• divulgué le plus rapidement possible; année. Des variations ponctuelles peuvent cependant
• accessible à tous les usagers simultanément; survenir, qui ont parfois un effet sur l’indice.
13.6 Certains communiqués de presse privilégient
• communiqué suivant un calendrier fixé à l’avance; les variations mensuelles, en particulier pour certaines
• publié indépendamment de tout commentaire composantes de l’IPC. On présentera ces données avec
ministériel; précaution pour éviter de laisser entendre, par exemple,
qu’une évolution de 2 % sur un mois est comparable à
• présenté sous une forme commode pour les usagers;
une évolution de 24 % sur un an.
• accompagné d’explications d’ordre méthodologique; 13.7 On définit presque toujours un mois de réfé-
• étayé par des statisticiens et des économistes spéciali- rence (ou une période plus longue) dans le passé dont
sés capables de répondre aux questions et de fournir l’indice des prix est fixé à 100. C’est à partir de cet
des renseignements complémentaires. indice que l’on calcule les variations, les indices de tous
13.3 L’IPC doit avant tout respecter les Principes les mois suivants représentant des pourcentages par rap-
fondamentaux de la statistique officielle (Nations port au mois ou à la période de référence.
Unies, 1994). Ces principes sont publiés dans plusieurs 13.8 Les indices, ainsi que les autres variations
langues sur le si