L’Ange de la Géométrie
Le Démon de l’Algèbre
Joël M ERKER
ANGES ET DÉMONS
Anges en général
• "Définition" : Dans de nombreuses traditions, un ange — du
latin angelus, emprunté au grec, angelos, messager (de l’hébreu,
malakh, messager) — est une créature céleste.
• Précisions : Ce terme désigne un envoyé de Dieu, c’est-à-dire
un intermédiaire entre Dieu et les hommes. Parfois il transmet un
message divin, parfois il agit lui-même selon la volonté divine.
• Existence ? L’ange est normalement invisible, mais lorsqu’il se
laisse voir, lors d’un rêve ou d’un vision, il a une apparence
humaine, transfigurée par une lumière surnaturelle.
• Angéologie : L’angélologie est l’étude des anges, de leurs noms,
de leur place dans la hiérarchie divine et de leur rôle.
• Hiérarchie angélique : La classification des anges selon Saint
Thomas d’Aquin (docteur angélique) :
Les Séraphins.
Leur nom signifie chaleur et lumière. Ils sont enflammés de
l’amour de Dieu au plus haut degré. Leur but premier est la
purification et la dissipation des ténèbres et des doutes. Leur
qualité principale est l’amour.
Les Chérubins.
Leur nom signifie sagesse et science. Ils sont capables de
montrer à Dieu ceux qui doutent. Leur vertu est la science.
Les Trônes.
Leur nom signifie qu’ils sont les porteurs de la justice divine. Ils
sont complètement sourds à toute tentation humaine. Ils sont la
voix de Dieu auprès des hommes. Leur vertu est l’humilité.
• Deux classes d’anges : (chez Maïmonide) :
les « permanents » ;
les « périssables ».
• Judah ha-Lévi (1085-1140) :
«Comme pour les anges, certains sont créés à un moment donné à
partir de subtils éléments de matière (comme l’air et le feu). Certains sont
éternels (c’est-à-dire existent depuis l’éternité et pour l’éternité), et ce sont
peut-être les intelligences spirituelles dont parlent les philosophes. »
• Tradition musulmane :
les anges ne possèdent pas de libre-arbitre ;
ils sont incapables de désobéir ;
ils font simplement ce que Dieu leur demande !
Archanges
• Anges et maîtres ascensionnés : Actuellement, il y a sept
puissants Archanges qui nous irradient particulièrement de lumière
et qui nous aident tous sur Terre.
1. Michel,
2. Jophiel,
3. Chamuel,
4. Gabriel,
5. Raphaël,
6. Uriel,
7. Zadkiël.
• Conversation spirituelle : Au moment où vous sentez leur
présence, demandez leur ce que vous désirez.
Nota Bene : Vous pouvez demander
à votre ange gardien de vous
entourer avec ses ailes, et ou vous pouvez demander à votre Ange
de caresser votre aura.
• Rayon 2 : L’Archange Jophiel : L’Archange Jophiel travaille avec
le rayon jaune de la sagesse et de l’illumination. Il utilise sa force et
sa puissance pour inspirer et éclairer l’esprit, les personnes
acquièrent ainsi l’ouverture et la sagacité d’esprit. Sa mission
spéciale est d’assister tous les aspects de l’éducation et de
l’apprentissage ; il est particulièrement désigné pour les étudiants
et enseignants, les ambassadeurs et les artistes. Il nous aidera à
être plein de tact et prévoyant dans les situations difficiles. Sa
retraite éthérique se situe au sud de la Grande Muraille, Chine, et
on peut y accéder en dormant ou au cours de méditations.
Mathématiques et religion
• Question : Pourquoi les Grecs n’ont-ils pas écrit de traité
d’algèbre ?
• Simone Weil à André Weil :
Je crois que l’explication ne peut être trouvée que dans une interdiction
de nature philosophico-religieuse. Les jeux de ce genre devaient leur sem-
bler impies. Car pour eux, les mathématiques constituaient, non un exercice
de l’esprit, mais une clef de la nature ; clé recherchée non pas en vue de la
puissance technique sur la nature, mais afin d’établir une identité de struc-
ture entre l’esprit humain et l’univers.
Les mathématiques étaient aux yeux des pythagoriciens (et de Platon)
une condition de la plus haute vertu (et gardées secrètes à ce titre).
• Jean-Jacques Szczeciniarz :
Là encore, Simone Weil met l’accent sur les liens qui ont existé entre la
pensée religieuse et la pensée mathématique (et qui de façon plus cachée
continue de s’exercer).
On trouve en effet de très nombreuses occurrences de cette fonction
religieuse attachée aux mathématiques dans les formulations d’Euclide. Et
elle explique que les mathématiques, pour cette raison, n’étaient pas consi-
dérées comme un jeu. Et cela tient à la nature des règles qui régissent leur
exercice. Cet argument vaut certainement encore pour nos mathématiques
dans certaines formes des communautés qu’elles impliquent, dans la fasci-
nation qu’elles exercent.
• Mots-clés :
Géométrie.
Algèbre.
Fascination.
Croyance.
Secret.
Albrecht Dürer, Melancholia
• Un ange ! L’ange est figure principale de la composition.
Féminin ? Il serait personnification de la géométrie et ou de la
mélancolie.
• Mélancolie : Étymologiquement, mélancolie signifie bile noire
humeur noire. Un tempérament mélancolique comporte parfois
dépression, neurasthénie.
• Interprétation : Dans un monde humain sous l’emprise des
ténèbres, cette gravure de Dürer décrit un monde angélique en
attente, prêt à restituer la lumière divine oubliée.
• Allégorie : Le putto et l’ange sont deux figures allégoriques
parallèles (par leurs ailes). Assis tous deux, tournés dans la même
direction, ils tiennent des objets semblables. Sur ce fond de
similitudes leurs différences d’âge et d’attitude apparaissent
renforcées. Étant perchée sur une roue de meunier, ou une meule
à aiguiser, selon certains, la figure du putto rappelle manifestement
l’imagerie de la Rota fortuna médiévale. Loin de se ressembler, les
deux s’opposent. Le plus petit est occupé à griffonner tandis que le
plus grand a abandonné toute velléité.
• Impossible duplication du cube : Les outils sur le sol, près du
grand ange, se rapportent les uns au travail de la pierre, peut-être
sont ils destinés à évoquer la réduction en pierre cubique du grand
polyèdre, les autres au travail du bois.
• Carré magique de valeur 34 :
• Ésotérisme mathématique : Les carrés magiques sont,
notamment dans les ésotérismes juif et islamique, associés à des
connaissances secrètes qui furent transmises, pendant et avant
l’époque de Dürer par des confréries d’ésotérisme chrétien qui
maintenaient des relations suivies avec les initiés à l’ésotérisme
islamique.
• Valeur d’un carré magique :
Prendre les entiers de 1 à 16 :
1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16.
S’en servir pour remplir les 16 cases d’un carré 4 × 4.
Assurer que la somme sur chaque ligne horizontale, verticale ou
diagonale ait une même valeur.
• Généralisation : Carrés magiques d’ordre n : Ils ont n lignes et
n colonnes, contenant les entiers :
1, 2, . . . . . . , n2 .
La somme totale de tous ces nombres vaut :
n2 (n2 + 1)
1 + 2 + · · · + n2 = ,
2
tandis que la valeur de ce carré, c’est-à-dire la somme commune
des lignes, des colonnes, des diagonales vaut :
1 + 2 + · · · + n2 n(n2 + 1)
= .
n 2
Cube de Metraton
• Archange Metatron : Selon l’ésotérisme chrétien, l’Archange
Metatron est directement relié à la Source Divine. Sa Fonction est :
« Scribe du Livre de la Vie »
• Projections stéréographiques des solides de Platon :
L’Archange Metatron régit le Chœur des Anges Séraphins, situé
dans la première Triade d’Anges, en partant du Trône de Dieu.
Géométrie mystique
• Géométrie angeresse :
• Irradiation cosmique de la connaissance chez l’homme :
• Scintillements :
• Géométrie sacrée :
• "Définition" : La Géométrie Sacrée est une source d’information
appartenant à l’humanité que nous avons oubliée, résidant dans
notre subconscient. Elle représente le langage universel de la
création. Tout le cosmos est construit dans une harmonie parfaite.
• "Histoire" : La Géométrie Sacrée a été enseignée comme
compréhension particulière du processus de la Création. Cette
information ésotérique a souvent été maintenue « cachée », se
transmettant d’initié à initié au sein de sociétés secrètes.
Peinture, anges, perspective géométrique
• La Vierge au rosaire de Dürer, 1506 :
• Étude d’une partie du tableau :
• Commentaire : Les peintres pratiquaient la géométrie pour
élaborer la Composition de leurs oeuvres. La pratique la plus
simple quadrille la surface, les plus sophistiquées intègrent des
éléments complexes, comme des spirales et certaines figures liées
entre elles (mélange de triangles, de rectangles et de cercles).
• Autre gravure de Dürer :
Quand la Géométrie est à la base à la construction d’un tableau,
les éléments de ce tableau s’appuient sur des lignes tracées au
préalable. Cette contrainte choisie par l’artiste influence
considérablement son dessin. Par exemple, un bras peut s’ouvrir
pour épouser un cercle, une épée peut s’allonger jusqu’à pointer
l’angle d’un carré. Les bissectrices, les diagonales et autres
médiatrices sont autant de cloisons contre lesquelles tout objet de
peinture peut s’appuyer, et même jouer ! Les musiciens sont
intrigués par la position que Dürer donne aux mains de ces joueurs
de luth. Ils ont raison de s’étonner, car elles jouent avec les cordes
virtuelles de la Géométrie au lieu de se préoccuper des cordes
réelles de leur instrument ! Ces lignes s’estompent au fur et à
mesure que le tableau se construit, mais pas la position des mains.
Il faut une étude de cette Géométrie pour révéler les cordes de la
composition, mais elles sont toujours présentes en tant que traces
de l’attention permanente de l’artiste.
Intermède : Géométrie planctonique
Espaces projectifs visibles
• Directionnalités physiques : Idée, mystérieusement physique,
de droite indépendante étendue vers l’horizon translucide infini.
• Force génétique du directionnel pour les concepts
mathématiques.
Cette physicalité des sources réveille la question de la
dépendance ontologique archaïque mais problématique des
mathématiques relativement au monde physique prosaïque
immédiatement coprésent à toute conscience sensible.
Propulsion régulière se poursuivant sans déviation toujours
dans l’au-delà de soi.
• Interrogation légitime sur la nature de ce qu’est le « droit » de
la ligne droite que la physique immédiate instancie.
• Question d’essence génératrice : Au-delà, donc, des simples
constatations et à un niveau métaphysiquement antérieur à toute
factualité intersubjective, y a-t-il une nécessité supérieure qui
produirait l’émergence d’une nature projective autonome dans la
conceptualisation mathématique géométrique ? En quoi une telle
nature projective gouvernerait-elle le développement d’une
géométrie projective, domaine a posteriori central dans les
mathématiques contemporaines ?
• Thèse de l’indélébilité des questions métaphysiques
profondes. De telles questions appartiennent au champ de
l’origine « mystérieuse » et « archaïque » des mathématiques, et
autour d’elles, naissent toujours d’autres questions tout aussi
légitimes mais pour lesquelles l’élaboration théorique première
manque, si tant est que la compréhension approfondie de ces
questions ne puisse connaître d’autre destin que celui de la
complexification-ramification rétroactive a posteriori.
• Autre question surgissante : De quelle manière le droit
n’achève-t-il jamais sa course ?
• Inachèvement de la rectilinéarité. La nature visible de ce qui se
propage droitement dans des milieux transparents appelle
immédiatement à un questionnement sur l’indéfini de sa course, et
ouvre le questionnement sur la dialectique aristotélicienne entre
l’infini actuel et l’infini potentiel.
• Méthode rétrospective en philosophie des mathématiques :
Reconstituer le champ mystérieux du conceptuellement
obstaclifiant en engageant la pensée dans les méandres
méditationnels de l’Inconnu pur potentiellement universalisable au
sein de l’être-là
• Autres difficultés sur le chemin d’une appréhension de la
nécessité possible d’une nature mathématique projective
indépendante
• Structure projectrice de l’œil :
l’œil inverse l’image de tout objet situé dans le champ visuel :
Le haut devient le bas, la droite devient la gauche.
Survient alors encore une autre question inassumable, trop
complexe et trop vaste pour être résolue en totalité.
• Question de finalité biologique. En quoi la traversabilité ou la
limpidité des milieux aériens ou aquatiques dans lesquels évoluent
les espèces animées se distinguerait-elle d’autres milieux au sein
desquels une appréhension sensorielle réellement
tridimensionnelle serait possible ?
L’inventivité biologique du monde pourrait ainsi avoir créé
certains êtres susceptibles de se mouvoir dans toute l’épaisseur
simultanée des trois dimensions spatiales euclidiennes, certains
êtres réellement abilités à « voir tridimensionnellement » un milieu
rigide non traversable, non bidimensionnalisable, non
projectivisable.
• Rétine :
• Bi-dimensionnalisation biologique : À l’entrée du globe
oculaire, le cristallin — merveille inimitable de micro-technie
biologique —, petit disque fibreux, transparent, flexible, a pour
principale fonction de focaliser l’image sur la rétine, à savoir de
capturer, de réduire et de concentrer l’information extérieure
tridimensionnelle sur un arrière-plan concave légèrement bombé
qui, lui, est en première approximation, bidimensionnel.
• Sphères virtuelles :
• Angles solides : Sur la sphère idéale virtuelle qu’il transporte
avec lui, le champ visuel de l’œil balaye des angles solides de plus
en plus larges auxquels des récepteurs sensoriels sont
spécifiquement adaptés.
Conséquemment, le champ visuel de l’œil, bien qu’étant par
définition un volume (un cône de révolution), s’approprie une
section plane perpendiculaire aux demi-axes optiques par lesquels
il balaie librement l’espace traversable.
Espaces projectifs mathématiques
• Résumé : Ainsi, l’œil voit planairement. Les organes de la vision
possèdent la vertu de bidimensionnaliser le tridimensionnel. C’est
donc au moins dans la constitution biologique des êtres que se
manifeste une nécessité a posteriori du projectif mathématique,
comme perte-projection d’une dimension pour
appropriation-perception.
• L’infini (in)visible : Mais alors, c’est grâce à cette formidable
puissance que l’œil a de parcourir les rayons sans rencontrer
d’obstacle que l’infini semble se présenter comme devenant
parfaitement visible.
• Point de fuite ferroviaire :
• Rectilinéarités de civilisation :
• Attraper des points à l’infini : L’éloignement physique, la
distance à parcourir, s’installent donc dans une situation
particulièrement paradoxale avec la possibilité d’attraper les points
d’horizon dans le champ visuel.
Thèse. La projection visuelle opère une compactification immé-
diate de l’espace, une actualisation instantanée de l’infini.
• Projectivités géométriques
Thèse. La pensée mathématique va alors abstraire adéquate-
ment ce procédé de rapatriement de l’infini par compactification
géométrique.
• Géométriser :
Thèse. L’abstraction mathématique élague librement les moda-
lités contingentes du réel, elle déréalise le réel brut afin de créer
une nouvelle espèce de réel qui s’avérera posséder a posteriori
sa propre force d’auto-engendrement conceptuel dynamique.
• Commentaire : Mais ici, l’acte de compactification par
projection-perte-de-dimension ne se contente d’ailleurs nullement
de capturer l’infini à l’intérieur du cadre fini de l’écran
bidimensionnel : de surcroît, l’essence immédiatement accessible
du projectif mathématique manifeste aussi simultanément une
remarquable :
Thèse. [Complémentarité entre l’extrinsèque et l’intrinsèque]
Toute projectivisation par projection planaire inscrit l’espace ex-
terne de l’objectalité géométrique diversifée dans la saisie-
appropriation visant à l’internalisation du donné, en réponse à
une exigence universelle d’immanentisation de la donation ma-
thématique.
• Commentaire : Ainsi, rétrospectivement, c’est-à-dire dans l’a
posteriori imprévisible d’explorations mathématico-spéculatives de
plus en plus approfondies, le rôle ubiquitaire et répétitif des
espaces projectifs comme conditions d’externalité universelle se
révèle de plus en plus incontestable, venant de la sorte
complémenter, à la manière dont Helmholtz en rêvait, la présence
manifeste de l’étant mathématique par des faisceaux de nécessités
intensives qui raisonnent démontrativement a priori.
Thèse. La projection tend à immanentiser l’externalité en ac-
couplant l’extrinsèque à l’intrinsèque.
• Spéculation : Cependant, à travers tout acte métaphysique
involontaire de cette espèce, l’ordre de toute perspective reste
entaché de ses aspects initiaux d’arbitraire : Pourquoi tel ou tel plan
de projection ? Existe-t-il un lien entre diverses projections
planaires ? Une cohérence globale sous-tend-elle la variabilité des
processus ?
Thèse. Si la mathématique est une pensée, c’est qu’elle inter-
roge constamment le substrat théorique dans la tension inten-
sive ineffaçable d’un questionnement en recherche de compré-
hension.
Bien sûr, une comparaison entre projections multiples va faire
naître une pensée synthétique supérieure, irréversiblement éclairée
d’aspects nouveaux qui complémenteront une compréhension
imprégnée d’un questionnement ineffaçable, constitutif d’une
subjectivité mathématique transcendantale en recherche
d’elle-même, dans et par le maintien des questionnements purs en
tant que tels.
Thèse. En mathématiques, la cohérence est une manifestation
interne, une expérience de la pensée — et non pas une expé-
rience de pensée —, une expérimentation par la pensée, dans
son parcours interrogatif suspendu rigoureusement au réel des
problèmes, une expérience, donc, de phénomènes locaux de co-
hérence qui sont totalement indépendants d’un quelconque libre-
arbitre subjectif, et qui néanmoins, ne peuvent conduire à une
certitude absolue concernant un éventuel caractère objectif in-
contestable de la chose.
• Commentaire : A posteriori, donc, la constitution déductive, voire
axiomatico-déductive, du champ théorique définitionnel initial de la
théorie des espaces projectifs trouve un langage minimal qui offre à
la pensée une voie de circulation structurée, bien que n’exprimant
pas dans et sous tous les angles-langages possibles de la pensée
les aspects dialectiques, unitaires, producteurs de cohérence
immanente.
• Commentaire : L’espace projectif, pour la mathématique des
définitions structurantes, ce sera l’espace des droites qui passent
par l’origine dans un espace vectoriel épointé, à savoir privé de
l’origine. De la sorte, la compacité n’apparaît pas immédiatement
dans sa limpidité initiale, mais ce qui importe le plus à ce tout
premier stade, c’est de faire voir que les perspectives mobilisent
une variabilité géométrique librement et multiplement orientable, en
coprésence de l’exigence indélébile de pensée dominatrice.
L’œil-origine, donc, faisceautise les perspectives en centralisant
l’épure géométrique multiple.
Libérées de l’appareillage biologique de la perception visuelle,
les trajectoires-droites deviennent abstraitement interceptrices :
apparition de points-multiples découpant de manière univoque
l’être de la rectilinéarité variable.
L’équivalence interceptrice éclate en tant qu’évidence
géométrique thalésienne : tout point répond à tout point, quelle que
soit la distance d’éloignement, rigoureusement parallèle dans un
premier moment.
Puis surgit l’angulation : les perspectives s’illustrent, elles
entrent en mouvement, s’animent, car les questions intuitives
jaillissent.
C’est à l’infini d’interception invisible que conduit l’abaissement
ultime jusqu’au parallélisme.
Enfin entre en scène le Projectif dans son essence la plus pure :
• Finitation projective de l’infini : Tout point qui semble rejeté à
l’infini dans une première perspective initiale peut être
instantanément recapturé dans le fini nouveau d’une autre
projection perspectivante.
Ainsi topologiquement, le point à l’infini doit être unique,
identique à lui-même et à lui-seul.
Et la droite aux extrémités lancées dans l’interstellaire se
referme sur elle-même, devient cercle, paradigme absolu de la
compacité et de l’auto-fermeture immanente.
GÉOMÉTRIE IMMÉDIATE
Théorèmes de Thébault (1937–1938)
• 4 Carrés construits sur un parallélogramme :
• Deux triangles équilatéraux construits sur les côtés
consécutifs d’un carré : Cas intérieur :
• Deux triangles équilatéraux construits sur les côtés
consécutifs d’un carré : Cas extérieur :
Théorème. Soit ABC un triangle quelconque, soit Q le centre du
cercle inscrit, soit C le cercle circonscrit, soit un point D ∈ BC
quelconque, soit N le centre du cercle tangent à DC, DA, C , et
soit P le centre du cercle tangent à DB, DA, C .
Alors P, Q, N sont alignés.
Sommes de carrés, de cubes, de puissances k -èmes
• Question de l’Ange de la Géométrie : Que vois-tu ?
• Réponse : Je vois :
n2 = 12 + 32 + · · · + (2n − 1)2 .
• Méfie-toi, ange, car je suis le démon de l’Algèbre !
• Ange de la Géométrie, peux-tu aussi faire voir :
n(n + 12 )(n + 1)
1 + 4 + 9 + · · · + n2 = .
3
• Certainement, démon de l’Algèbre :
Nécessité de dé-géométriser ?
• Premiers nombres de Bernoulli :
B0 = 1,
B1 = − 21 ,
1
B2 = ,
6
B3 = 0,
1
B4 = − .
30
• Convention local :
1
B1 = + .
2
• Formules de Faulhaber :
n p
X 1 X p+1
kp = Bj np+1−j .
p+1 j
k =1 j=0
• Exemples :
n2 + n
11 + 21 + 31 + · · · + n1 = ,
2
2n3 + 3n2 + n
12 + 22 + 32 + · · · + n2 = ,
6
n4 + 2n3 + n2
13 + 23 + 33 + · · · + n3 = ,
4
6n5 + 15n4 + 10n3 − n
14 + 24 + 34 + · · · + n4 = ,
30
2n6 + 6n5 + 5n4 − n2
15 + 25 + 35 + · · · + n5 = ,
12
6n7 + 21n6 + 21n5 − 7n3 + n
16 + 26 + 36 + · · · + n6 = .
42
Inégalité intégrale de Young
Théorème. Soit f : R+ −→ R+ une fonction continue strictement
croissante telle que f (0) = 0. Alors pour tout b avec 0 6 b 6 f (a),
on a : Z a Z b
ab 6 f (x) dx + f −1 (y ) dy ,
0 0
avec égalité seulement lorsque b = f (a).
Peut-on parler de démonstration ?
• Question : Les preuves sans mots constituent-elles des
démonstrations au sens mathématique du terme ?
• Écueil des preuves visuelles : Possibilité de résultats
manifestement absurdes
• Exemple : Paradoxe du carré manquant :
Intégrabilité au sens de Riemann des fonctions monotones
Soient deux nombres réels −∞ < a < b < ∞ et soit l’intervalle
fermé borné donc compact :
[a, b] ⊂ R.
a
x1 x2 x3 xn−2 x
• Subdivisions : Une subdivision ∆ d’un tel intervalle [a, b] est une
suite finie de nombres réels x0 , x1 , . . . , xn−1 , xn satisfaisant :
a = x0 < x1 < · · · < xn−1 < xn = b.
Étant donné une telle subdivision, considérons les intervalles :
Ik := xk −1 , xk (k = 1 ··· n),
et notons :
Ik := xk − xk −1
leurs longueurs.
Ik
a
x1 x2 x3 xk −1 xk xn−2 x
• Sommes de Darboux : À toute fonction bornée :
f: [a, b] −→ R,
à savoir qui satisfait :
−∞ < inf f (x) 6 sup f (x) < ∞,
a6x6b a6x6b
sont associées premièrement la somme de Darboux inférieure
relativement à la subdivision ∆ :
n
X
Σ∆ (f ) := xk − xk −1 inf f (x)
xk −1 6x6xk
k =1
X n
= |Ik | inf f ,
x ∈ Ik
k =1
a x1 x2 x3 xn−2 x
et deuxièmement la somme de Darboux supérieure :
n
X
Σ∆ (f ) :=
xk − xk −1 sup f
xk −1 6x6xk
k =1
X n
= |Ik | sup f (x).
x ∈ Ik
k =1
• Observation spéculative : La fonction f n’est pas supposée
continue, ni même discontinue seulement en un nombre fini de
points. Et aussi, il n’y a aucune raison pour que la subdivision ∆
s’adapte aux points de discontinuité de f lorsqu’il en existe.
Dialectique diagrammatique
a x1 x2 x3 xn−2 x
• Observation : Toutes les quantités :
inf f et sup f
x ∈ Ik x ∈ Ik
sont des nombres réels finis, puisque f est supposée bornée.
Lemme. La somme de Darboux inférieure est minorée unifor-
mément.
n
X
Σ∆ (f ) = xk − xk −1 inf f
Ik
k =1
X n
> xk − xk −1 inf f
[a,b]
k =1
= b − xk −1 + xk −1 − xk −2 + · · · + x2 − x1 + x1 − a inf f
[a,b]
= (b − a) inf f
[a,b]
> − ∞,
Lemme. La somme de Darboux supérieure est majorée unifor-
mément.
Σ∆ (f ) 6 (b − a) sup f
[a,b]
< ∞.
Enfin, puisque :
inf f 6 sup f ,
Ik Ik
pour tout k = 1, . . . , n, ces sommes satisfont toujours
manifestement (exercice direct) :
Σ∆ (f ) 6 Σ∆ (f ).
a
• Interprétation géométrique en termes de l’aire de
l’hypographe de f .
6 Σ∆ (f ).
Σ∆ (f ) 6 Aire hypographe(f )
a x1 x2 x3 xn−2 x
• Intégrabilité au sens de Riemann : Une fonction bornée
f : [a, b] −→ R est dite intégrable au sens de Riemann, ou de
manière abrégée Riemann-intégrable, si, pour tout ε > 0, il existe
une subdivision ∆ de [a, b] telle que :
Σ∆ (f ) − Σ∆ (f ) 6 ε.
Théorème. Toute fonction monotone (bornée) f sur un intervalle
fermé borné [a, b] ⊂ R est Riemann-intégrable.
• Démonstration :
n
X
∆
0 6 Σ (f ) − Σ∆ (f ) = xk − xk −1 sup f − inf f
Ik Ik
k =1
n
X
= xk − xk −1 f (xk ) − f (xk −1 )
| {z } | {z }
k =1
>0 toujours > 0
n
X
6 max xk − xk −1 f (xk ) − f (xk −1 )
16k 6n
k =1
h
[Somme téléscopique !] = max xk − xk −1 f (x1 ) − f (a) + f (x2 ) − f (x1 ) + · · ·
16k 6n
i
· · · + f (xn−1 ) − f (xn−2 ) + f (b) − f (xn−1 )
= max xk − xk −1 f (b) − f (a) .
16k 6n
• Ainsi : Pourvu seulement que la subdivision ∆ soit choisie assez
resserrée pour que :
ε
xk − xk −1 6 (k = 1 ··· n),
f (b) − f (a)
on obtiendra bien Σ∆ (f ) − Σ∆ (f ) 6 ε.
• Intuition diagrammatique :
Intégration de la dérivée d’une fonction
• Question : Quand peut-on écrire :
Z b
F 0 (x) dx = F (b) − F (a).
a
• Dérivée en un point :
y droite affine
tangente
cône fin
embrassant {y = F (x)}
le graphe
x
0 a x −δε,x x x +δε,x b
• Canalisation par des cônes :
x
0 a b
Sphères de Dandelin
• Sections coniques : Cas d’une ellipse :
• Autre illustration :
• Sections coniques : Cas d’une parabole :
• Sections coniques : Cas d’une hyperbole :
Théorème. [Dandelin 1822] Si une ellipse, une parabole, ou une
hyperbole est obtenue comme section conique d’un cône de révo-
lution par un plan, alors il existe deux sphères à la fois tangentes
au cône et au plan de la conique (de part et d’autre de ce plan
pour l’ellipse et d’un même côté de ce plan pour l’hyperbole), et
les points de tangence des deux sphères au plan sont les foyers
de la conique.
• Complément : Les directrices de la conique sont les
intersections du plan de la conique avec les plans contenant les
cercles de tangences des sphères avec le cône.
Alain Connes
The duality :
Geometry ←→ Algebra
already present in projective geometry, allows, when it is viewed a a mutual
enhancement, to translate back and forth from geometry to algebra and to
obtain statements that would be hard to guess if one would stay confined in
one of the two domains. This is best illustrated by a very simple example.
• Image d’Épinal : Les mathématiques fonctionnent sur deux
registres complémentaires : « le visuel » qui perçoit instantanément
le sens d’un théorème sur une figure géométrique, et « l’écrit » qui
s’appuie sur le langage, sur une algèbre, et s’inscrit dans la durée.
• Hermann Weyl : « l’ange de la géométrie et le diable de
l’algèbre » se partagent la scène.
• Commentaire : Les travaux d’Alain Connes s’inscrivent dans la
relation entre ces deux registres. Jusqu’à la découverte en 1925 de
la mécanique quantique, la géométrie classique était basée sur la
dualité, inaugurée par Descartes et l’introduction des coordonnées
cartésiennes, entre géométrie et algèbre commutative. L’algèbre
commutative, est une algèbre dans laquelle le produit de deux
quantités algébriques ne dépend pas de l’ordre de leurs termes,
c’est-à-dire que :
A · B = B · A.
Avec la découverte de la mécanique quantique par Heisenberg,
l’espace géométrique des états d’un système microscopique, un
atome par exemple, s’est enrichi de nouvelles propriétés de ses
coordonnées, comme le moment et la position qui ne commutent
plus. Le but de la géométrie non-commutative est de généraliser la
dualité entre espace géométrique et algèbre au cas plus général où
l’algèbre n’est plus commutative. Cela conduit à modifier deux
concepts fondamentaux des mathématiques, ceux d’espace et de
symétrie, et à adapter l’ensemble des outils mathématiques, dont le
calcul infinitésimal et la cohomologie à ces nouveaux paradigmes.
Théorème de Morley
Théorème. [« Miracle de Morley »] Soit ABC un triangle quel-
conque. Si on trace les trissectrices de ses angles (géomé-
triques), celles adjacentes aux côtés se coupent en trois point
P, Q, R, et alors PQR est un triangle équilatéral. Alain C ONNES
Apparemment ignoré par les géomètres antérieurs ou hâtivement aban-
donné en raison d’incertitudes liées à la trisection et à la constructibilité, le
problème n’apparut réellement qu’il y a un siècle.
This is typical of the power of the duality between on the one hand the
visual perception (where the geometrical facts can be sort of obvious) and
on the other hand the algebraic understanding. Alain C ONNES
• Démonstration :
• Nombres complexes :
√
z = x+ −1 y ∈ C.
• Transformations affines :
z 7−→ λ z + `.
• Hypothèse constante :
λ 6= 1.
• Composition de similitudes :
√
−1 Arg λ
z 7−→ λ z = |λ| ·e
| {z } ·z,
|{z}
homothétie rotation
avec des translations :
z 7−→ z + |{z}
` .
vecteur
• Troisième racine de l’unité :
√
−1 2 π
j := e 3 ,
satisfaisant donc :
j 3 = 1.
• Fait géométrico-algébrique élémentaire :
0 = 1 + j + j 2.
Lemme. Un triangle α, β, γ dans C ∼= R2 , est équilatéral si et
seulement si :
0 = α + j β + j 2 γ.
The relation α + j β + j 2 γ = 0 is a well known characterization of
equilateral triangles. It means α−β
γ−β
= − j 2 , so that one passes from the
−→ −→
vector βγ to βα by a rotation of angle π/3. Alain C ONNES.
• Preuve : Résoudre :
γ · j2 γ = − α − j β .
• Calculer et simplifier :
γ − β = − j α + j β.
• Obtenir en effet :
α−β α−β
=
γ−β −j α + j β
1
= −
j
= − j2
√ π
−1
= e 3 .
Thèse.
Questionnement
Géométrie Algèbre
• Transformation euclidiennes :
2a
Rotation A, =: f ,
3
2b
Rotation B, =: g,
3
2c
Rotation C, =: h.
3
• Écrire :
f = λ z + `,
g = µ z + m,
h = ν z + n.
• Euclide :
a + b + c = π,
i.e. :
2 a + 2 b + 2 c = 2 π.
• Conséquence :
f 3 ◦ g 3 ◦ h3 = 1.
• Géométrie :
α = Fix f ◦ g ,
β = Fix g ◦ h ,
γ = Fix h ◦ f .
Lemme. [Exercice d’algèbre !] Alors on a :
f ◦ g ◦ h(z) = j z + translation,
toujours avec j 3 = 1, et aussi :
0 = α + j β + j 2 γ.
• Observation : Vrai plus généralement dans un corps K .
Déploiements du théorème de Morley
• 2 trisectrices "intérieures" :
• 4 trisectrices de droites :
• 6 trisectrices d’un angle de vecteurs :
• 18 trisectrices d’un triangle :
• Intersections entre trisectrices :
• Trisectrices intérieures :
• Angle 90 degrés :
• Angle 120 degrés :
• 1-3-5 et 2-4-6 :
• Figure complète :
• Même figure vue de loin :
—————–