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LECOLE THEURGIQUE :
Martines de PasqullyLA THEURGIE DES ELUS COHENS
L — L'Ordre
Nous noterons, avant tout, que le nom méme de Ordre
théurgique fondé par Martinez de Pasqually, est sujet & une
interprétation ésotérique. En effet, anagrammatiquement, et
selon lusage de la Cabale, les Elus Cohen sont aussi les Elus
d’'Hénoc, peu importe qu'on écrive ce nom sous l'une quel-
congue des trois formes : Enoch, Hénoc, ou Hénoch.
Qui est Hénoch, personnage sur lequel insiste particuliére-
ment Martinez de Pasqually en son « Traité de la Réintégration
des Etres > 7 La ost la clé de Pénigme, & notre avis.
D'abord, — premier du nom — c'est l’ainé des fils de Cain,
(Genése IV,'17). Ce serait lui Ie constructeur de la premisre cité :
Hénochia,
Ensuite, ce nom est porté par le septiéme patriarche, en par-
tant d’Adam, le fils de Jared, (Genése V, 22, 24). Voici ce que
nous dit la Bible & ce sujet :
«Et tous les temps qu’Hénoch vécut sur la terre furent de
365 ans. Il marcha avec Dieu, et il ne parut plus, car Dieu Pen-
leva. » (Genése, V, 23, 24).
« Hénoch plat 4 Dieu. a été transféré dans le Paradis, pour
faire entrer Jes Nations futures dans la pénitence... » (L'Ecclé-
siastique : XLIV, 16).
D’autre part, c'est ce seul homme, réintégré de son vivant
dans te Royaume d’Eden, (ou Paradis), qui est choisi par Dieu
pour annoncer aux Anges déchus leur condamnation et pour les
garder captifs, selon l'apocryphe éthiopien du « Livre d’Enoch >.
Crest donc lui qui est le maitre du divin « Royaume 2, et le ged.
lier des ¢ veilleurs du Ciel », tombés par leur union incubique
avec les filles des Hommes. Or, c'est justement la le réle que
Martinez de Pasqually assigne primitivement 4 Adam Kadmon,
dans son « Traité de Ia Réintégration ». Car, en hébreu, sans
tenir compte des points-voyelies massorétiques, Hénoch signifie,
— tout comme Adam —, 'Homme...
Dans les traditions de POrient, Hénoch est fréquemment
confondu avec le fils de Cain du méme nom, sous le mystonyme
.4 LE MAIeTHNES SE:
@'ldris. Pour les chréliens d’Asie-Mineure, Hénoch est Péquiva-
Jent du Trismegistos grec et de I'tHlermés égyptien. Pour les cabae
listes et les rabbins, c’est aussi Metatron Serpanim, (¢ Principe
de Lumigre ») ou Mikaél (¢ Qui est comme Dieu >). On en fait
un génie, cosmique ou solairs, par Je fait qu'il a vécu 365 années,
nombre symbolique du cycle solaire. On Vapparente a Adam.
démiurge, par le fait que son homonyme bali? la premiére ville
Et comme il doit revenir, a la fin des temps, il est done aussi
«Alpha et Omega >, le premier et le dernier...
Ce serait par paralléle ésotérique avec la légende @’Hénoch,
que Vusage traditiomel fait qu'on ignore ou qu'on dissimule
soigneusement le lieu oi reposent les restes funébres de ceux
qui furent de grands Initiés, des « Supérieurs Inconnus > au sens
Htéral du mot, I en est ainsi pour Coraélius Agrippa, Para-
celse, Martinez de Pasqually, Claude de Saint-Martin, sans re-
mionter jusqu’aux mystérieux initiateurs primitifs, — Hermés,
Pythagore, ele... ~~ que d’aucuns rangent dans la catégorie des
éponymes...
Les ¢ opérations » des Elus-Cohen étaient les stivantes :
1° Culte dExpiation ;
* Culte de Grice Particuliére générale ;
3° Culte opévaloire contre les Démons ;
4° Culte de Prévarication et de Conservation ;
5* Culte contre la Guerre ;
8° Culte ’Opposition aux Ennemis de la Loi Divine ;
7+ Calte pour obtenir 1a Descente de 'Esprit Divin +
8* Culte @affermissement de la Foi et de Ia Persévérance en la
Vertu Spirituelle divine ;
9° Culte pour Ia fixation de PEsprit Coneiliateur divin avec soi :
10 Culte de Dédicnce annuelle de toutes les « opérations » aut
Créateur.
2 Les rites
La Théurgie de Martinez de Pasqually, traditionnelle en son
principe, posséde néanmoins quelques caracléres trés particn-
liers, Notons surtout ceux.
ts Ses « Cercles magiques » relévent davantage de la théorie
de la « figuration » (d'un lew ou dun domaine hyperphysiques),
que de celle de protection » (magie commune). Ce sont donc,
en réalité, des voulis du Monde, des ¢ effigies spatiales », dans
et sur lesquelles YOpérant prétend pouvoir agir.
2s ‘Ses « luminaires » (bougies de cire), sont moins des
sources lumineuses, décoratives el symboliques, (magic com:
‘mune, liturgie, etc...) que, — la encore — des ¢ effigies» repré-LE MARTINISME 65
sentatives, des voults, condensateurs de présences invisibles :
Qbérants, ¢ sympathiques » mais absents, ou protecteurs, pos.
thumes ou extrahumains, évoqués par la rituél
Cest 'application de Ja vieille tradition occidentale qui fait
allumer des cierges dans les nécropoles, toute la nuit de ln Tous.
saint, & raison d'un pour chaque tombe (Europe centrale), C'est
Tusage romani qui veut qu’en allumant un cierge béni, ait cot
cher du soleil, sur une tombe récente, et en lemportant ainsi
allumé chez soi, on puisse & minuit, entrer en rapport avec Pame
insi « réveillée » du sommeil des’ Morts. C'est encore ce quex.
prime le traité talmudique « Ketuboth », qui affirme que :
« les Esprits des Morts reviennent volontiers dans les liews ot
une lumiiére brille & leur intention. » (Autel néeromantique, com-
pose d'un crane réel, dun cierge noir, d'un brdle-parfum, dis.
posés en triangle, selon les enseignements secrels du Sephar lezi.
tah). On notera Videntité absolue de cel usage avec celui de la
dagyde, ou poupée représentative, de cire, comme le clerge.. (1)
3° L’absence d'Epée rituelle (glaive, poignard, etc..) et en
général de tous objets meétalliques, On connait universe! tabon
du fer et de Vacier, qui a son paralléle dans le ¢ dépouillement
des métaux » de Finitiation magonnique au grade d'Apprenti,
Mais on notera que, si cette absence est commune & certain
Rituels anciens (voir ¢ La Sacrée Magic d’Abramelin le Mage ».
notamment), elle s’étend, pour les disciples de Martinez de Pas.
qually, ¢ tous les objets du culte.
Ainsi, le brdle-parfum tui-méme, — généralement en bronze
ou en cuivre doré — est remplacé par un « plat de ferre,
neuf... ». Les souliers, généralement cloulés et ferrés, sont rem
placés par des sandales & semelle de lidge, isolantes, Et les
« écharpes » ou « sautoirs », d'inspiration’ magonnique, que
porte 'Opérant, sont sans bijoux rituels. Mieux encore, les Pan
lacles de protection, que la Magie commune veut habituellement
de plomb (@ défaut d'or, d'argent, ou détain...), sont constitues
Par un ¢ scapulaire » et un « petit bouclier » en parchemin
vierge.
L’Epée, souvent remplacée par Ja Baguette (de laurier,
d'amandier, de noisetier ou de coudrier), est absente de Ia Magic
des Elus Cohens. Un cierge, (Ia mystique « verge de lumiére +”)
fn tient lieu, a certain moment, manié par POpérant, Crest id,
Vapplcation du privilege occulte de la cire (condensation dee
fluides) uni a celui de Ja flamme (émission ou dissociation, par
Je pouvoir des « pointes >). La main charge la cire (coagula). Ia
() Le Crane équivaut & la lettre Mem, le Brole-Parfum a Ia lettre
Aleph, le Cierge & ta lottre Selim, letires-méres symbolisant, ‘en Canis
Pratique, les Trois éléments supérieur.66 LE MARTINISME
flamme émet ensuite, sous forme d'ondes lumineuses (solve),
ce que la Pensée a visualisé, et ce que le Verbe a manifesté.
4° Les « Noms de pouvoir », (noms d'Esprit de l'Au-dela,
a’Anges, de Génies, de Dieux, etc..) liés 4 Pancienne Magie céré-
monielle par toutes les traditions occultes et tous les grimoires,
sont ici remplacés par des Noms de Patriarches, d’Apétres, et
d’Anges. Et pour les deux premiéres catégories, ceci caractérise
essentiellement Je systéme magique de Martinez de Pasqually,
nous l'allons voir tout l'heure...
3. — La Cosmogonie
Le but des « Opérations du Culte » (pour employer 'expres-
sion favorite des Blus Cohen), est de permetire kT Homme deus
choses : fotajatitall
8).& Vhomme-individu, de se réintégrer dans !'Homme-Ar-
chétype ;
4 lHomme-Archélype, de reconquérir (une fois reconsti-
tué) un Domaine dont les Entités déchues l'avaient évincé
(en te faisant déchoir par sa propre faute), et de rentrer
en possession de sa premiére « Nature glorieuse >.
Le paragraphe a) est corrélalif d’un régime matériel (épu-
ration de 'Aura humaine matérielte par abstinence de certains
éléments de la nutrition, par trop grossiers ou animaux), et d'un
régime moral (épuration de !'Aura humaine spirituelle par le
rejet de tels ou tela défauts, le développement de telles qualité,
de ‘elles connaissances, Ia disparition dhabitudes nuisibles,
ete...),
Le paragraphe b) est corrélatif d'une lutte, d’un trés réel
combat hyperphysique, contre les Enttés rivales, par le moyen
des Opérations théurgiques.
Or, dans un combat hyperphysique de ce genre, comment
YHomme pourrait-il, logiquement, confer le soin de veiller au
pourtour de ses Cercles de protection, a des entités, extrahu-
maines, qu'il vise justement & évincer de ce Domaine oit il
ceuvre ?
Qu’est, au juste, ce Domaine ? La Gabale le nomme, ainsi
gue les Eeritures saintes, Je « Royaume », soit en hébre Mal-
kath,
Les textes de I’Ancien et du Nouveau Testament font de fré-
quentes allusions & cette reprise de possession dudit « Royau-
me > par Homme. Citons pour mémoire, et a titre d’exemples
pris au hasard, ces versets de Daniel :
« Et qu’en méme temps, le Royaume, la puissance et "étendue
de Vempire de tout ce qui est sous le Ciel, soit donné au peuple
des Saints du Trés Haut! Car son Royaume est un royaume
»). LE MANTINISNE 67
éternel, auquel tous les Rois (1) seront assujetlis avec une entiére
soumission. » (Daniel VII, 27).
« Et les saints du Dieu Trés-Haut, entreront en possession
du Royaume, et is y régneront jusgu’a Ja fin des Sidcles, dans
les Siécles des Siécles... > (Daniel, VII 18).
Ou encore ceux-ci des Evangiles :
« Venez, les Bénis de mon Pare, et possédez le Royaume pré-
paré pour vous dés les commencements du Monde... »
Ce Royaume de Malkuth, bien connu des familiers de la Ca-
bale, domaine propre de PHomme, voit se refléter en lui cha-
cune des autres sephiroth ou sphéres, ainsi que la Cabale l’en-
seigne de toute sephirah, Done 1’Arbre cabalistique tout entier
(image ésotérique du fameux verger — ou guineth, en hébreu,
mat formé de Finitiale des trois sciences cabalistiques par excel-
lence : gematrie, temourah, nolarikon —, du jardin d’Eden, et
des deux arbres : celui de Ia Vie Eletnelle et celui de la Science
du Bien et du mai...), cet Arbre cabalistique doit avoir son reflet
microcosmique dans Malkuth, et toutes les Sphéres métaphy-
siques aussi. Or, c'est ce qu’affirme le Sepher-ha-Zohar ! Mais
celles-la échappent & ’'Homme. Le seul domaine qui Jui est ou-
vert, c'est Malkuth, plan qui lui est propre, ott 'Espace est iden-
tique A son Essence. oit fe Contenant est en inéme temps le
Contenu, oit se réalise alors la décision divine qui veut que
Homme soit.4 l'image de Diet
A son origine, THomme-Archétype occupe, gére, et admi-
nistre Malkuth. Aprés sa Chute, Malkuth, obscurcie et enténé-
brée en partie par Ia prépondérance qu’y ont prise les « Veil
leurs rebelles », devient alors sa prison, sa gangue enliseuse.
Malkuth redeviendra le Royaume, lumineux et harmonieux, oit
Adam Kadmon régnera de nouveau (c'est la devise « écossaise »
bien connue : « Ordo ab Chaco >...) pour y continuer sa tache
éternelie. Dans un cas comme dans l'autre, Malluth demeure la
Pierre, d'abord, brute, puis dégrossie, puis taillée, unique
Grand’Euvre philosophal digne d'un Adepte.
Or, si les Puissances mauvaises, ayant triomphé d’Adam
(c'est Pésotérisme de la iégende de Pandore), sont les Régents de
Malkuth durant le déchéance d’Adam Kadmon (ce sont les mys-
térieux Arkontes du Monde des gnostiques), il est équitable da
mettre qu’aprés sa Réintégration en sa Nature premiére, Jes R
genls seront des reflets iicrocosmiques dudit Adam Kadmon,
(1) Les Rois, clest-a-dire lex rois d’Edom, les Démons.68 LE MARTINISME
c'est-a-dire les cellules constitutives de !'Homme-Archétype les
plus sublimées, les plus épurées, cellules qui auront pris Ia place
des Puissances mauvaises enfin chassées du Royaume,
Dans la masse des hommes-individus, ce réle revient alors
de droit aux étres d’élite qu'on nomme les Grands Sages, les
Saints, et qui doivent étre, non seulement les plus savants, mais
aussi les plus parfaits moralement (saints du Christianisme,
bodhisatwas du Boudhisme, gurus du tantrisme, etc...). Le Monde
réco-latin a soupconné cette déification de certains éléments
ae YHumanité avec son culte des « héros » et « demi-dieux ».
Sur le cété traditionnel de cet enseignement de Martinez de
Pasqually, nous nous bornerons la encore a citer 1a Cabale, qui
fut sa source doctrinale principale.
Attribuant chncun des neufs choeurs célestes aux neuf sep
roth supérieures, en qualité de régents et d'habitants, tout & la
fois, elle donne’ Malliuth le disieme choews, cclut des Ames
Glorifiées. (Voir & la fois Agrippa, ct J.-B. Heptburn, en sa
« Verga Aurea >),
Qui sont ces dmes Glorifiées ? Mais celles que les diverses
religions ont vitalisées au point «Wen faire (par une sorte de culte
de dulie souvent multiséculaire), de véritables petits éggrégores,
eux-mémes constitutifs d'un grand eggrégore collectif, que Sta-
nislas de Guaita, en son ouvrage le « Serpent de la Genése »,
nomime « la Grande Communion des Saints >.
Cornélius Agrippa, en sa « Philosophie Occulte » a consacré
un chapitre de son toisitme Livre 4 l'Ordre Animastique, —
celui ‘des Ames Bienheureuses et glorifiées —. I] conseille a
Vétudiant des Hautes Sciences de se confier de préférence & ces
étres, de race humaine comme lui, et infiniment plus compré-
hensifs, parce que plus proches que les autres créatures étran-
jes, qui peuplent le Cosmos Invisible. Sans doute toutes sont
les créatures de Dieu, mais entre I'Homme et ces Ames, {] est un
lien, familial, racial, qui, par dela la Tombe, rattache le Vivant
aux Morts, plus sdrement et plus naturellement encore que celui
qui peut exister entre ’/Homme et I’Ange. C'est 1a Vorigine des
saints patrons du christianisme.
Si donc nous considérons Malkuth, le « Royaume > de
THomme, comme un reflet de l’Arbre Gabalistique tout entier
(lui-méme ensemble de la Création), nous pouvons considérer en
lui des refiets de chacune des autres Sephiroth.
Et la Tradition biblique divise en effet 'époque légendaire
du Moride en deux époques, de diz patriarch:
Si. Monde en deux gpoques. de diz patriarches chacune, corres-LE MARTINISME, 69
Ce sont :
Sephiroth ‘Age du Mond ‘Age du Mond
Kether ‘Adam Sem
Hokmah Seth Arphaxad
Binah Enos aleh
Choesed Cainam Heber
Geburah Malalaal Phaleg
Tiphereth Iared Réu
Netzah Enoch Sarug
Hod Mathusalah Nachor
Yesod Lamech Tharé
Malkuth Noé Abraham
ee
Ce principe de solidarité occulle entre tous les chatnons dis-
persés de !'Homme-Archétype, Martinez de Pasqually l'a mer-
veilleusement compris et appliqué.
La doctrine des Rose+Croix conseillait de pratiquer la Reli-
gion du pays ait on se trouvait momentanément, toutes se valant
en intention. C’était 1 le meilleur moyen, en effel, d'utiliser
Veggrégore collectif, généré par le culte local. Les Elus Cohen
étant un Ordre Théurgique d’Occident, c'est donc la Tradition
occidentale qui devait en étre lanimatrice et le canal, D’oit le
caractére apparemment judéo-chrétien des Cérémonies, tant de
« réception » que théurgiques. .
Des lors, & Vinstar de I'Eglise Catholique, subsituant des
Saints a légende paralléle aux Dieux du pagenisme et & leurs
attributions hénéfiques, Martinez de Pasqually remplacera les
«Noms » magiques des Anges et des Génies, par les Noms des
Patriarches, Apotres, Prophstes, Disciples, om encore par les
grands Anges et Archanges admis par la Liturgie romaine. Les
« sceaux > planétaires et zodiacaux, les « charactéres >» embié-
matiques des intelligences invisibles et des daimons sidéraux,
seront alors —- nous fe verrons plus loin — utilisés pour Pinter-
prétation des ¢ passes » Iaminescentes par lesquelies les Entités
posthumes, ainsi évoquées par le Réau-Croix, manifesteront leur
sympathie au « Travail » équinoxial de l'Opérant.
A vrai dire, cette Magie, particuliére & Martinez de Pasqually,
est vaguement nécromantique, puisque faisant appel a des dé-
funts, ‘en place des Intelligences cosmiques. Mais ce sont des
défunts que I'Eglise honore sur ses autels, et on ne saurait
trouver plus condamnable d’appeler chez soi, a minuit, un soir
d'Equinoxe de printemps ou d’automne, un Saint ou un Apdtre,
que de I'invoquer & tout autre heure, dans une chapelle, un ora
tains noted) ne dane ane spline neenieainls.70 LE MANTINISME,
Et @ tout prendre, les « anges > des Grimoires, et les
« esprits > des clavicules salomomiennes, sont encore plus sus-
pects ! C’est Claude de Saint-Martin Iui-méme qui I'avoue dans
une de ses lettres (1) : « Je sais ce qu'il m’est advenu jadis, pour
avoir employé certain ¢ Nom ».
Enfin, l'Eglise Catholique s'appuie (au double sens du mot !)
sur des débris funébres indiscutables, puisque le Prétre ne peut
dire de messe si la pierre d’autel ne contient un fragment quel-
conque du corps d'un saint.
Le fait de substiluer les entités du « ciel » chrétien & celles
du panthéon gnostique ou paien, n’est pas tellement hardi. Car
les Cabalistes, dés le xv" siécle, avaient établi’ des corresp:
dances analogiques entre ces deux modes de classification
occulte, Cornélius Agrippa, en sa « Philosophie Occulte », au troi-
siéme livre, consacre un chapitre entier 8 Ordre Animastique,
ou cheeur des Ames glorifiées. Dans ledit chapitre, nous I'avons
vu plus haut, iJ nous affirme que I’étudiant des Hautes Sciences a
tout intérét & se confier aux étres invisibles, d'origine humaine
primitivement, plutét que d’entrer en rapport avec des intelli-
gences extra-humaines, qui n'ont, naturellement et par la primi-
tive intention divine, aucun lien ni rapport avec Homme. Dans
sa < Verga Aurea >, le moine J.-B. Hepthurn nous donne & son
tour cette équivalence, et les correspondances en découlant. Nous
renvoyons aux Tableaux annexés,
Or, selon Ia Tradition commune, le Cercle magique doit com-
porter Vindication des éléments constitutifs du Temps de lOpé-
ration, lEspace étant défini ipso facto. En cas contraire, le fac-
teurs Temps étant omis, ?Opération se verra réalisée au bout
un laps de temps plus ou moins long, indéfini, par le fait que
Ia Fatalité seule, c’est-a-dire les Astres physiques du Cosmos, en
seront restés les promoteurs.
Crest ainsi que les vieux auteurs en ces matiéres nous disent
que le Cercle magique devra comporter :
2 le nom de tHeure de YOpération (nom cabalistique),
2) le nom de V’Ange de I'Heure,
3) le Sceau de I’Ange de I'Heure,
4) Le Sceau de !’Ange du Jour ef des « Ministres » du Jour,
5) Je nom du Temps actuel (nom cabolistique de Ja Terre
pour Ja Saison),
6) le nom des Esprits qui y président,
1 le nom du Signe régnuit (au « méstium coeli»),
8) le nom du Soleil et de la Lune & cette époque,
9) le nom des Anges de I'Air en ce jour,
10) un Pentagrarame & chaque angle cardinal,
11) Alpha et l'Oméga, dans Vaire intérieure.
() Ml doit s'agir des noms cabalistiques ies Décans et des Mansions.LE MARTINISME, n
Et Ia liturgie catholique a établi une équivalence ésotérique
exacte entre le « Ciel » symbolique de lAstrologie et de la Ma-
gie, et le « Ciel » du Royaume auquel elle fait allusion fréquem-
ment. Qu’on en juge plutdt :
L'Unité. — En place du Démiurge, platonicien et gnostique, elle
situe FHomme-Dieu, le Messiv, reflet sublimé de Adam Kad-
mon, qu’Agrippa nomme l’Animus Mundi.
Le Binaire. — Deux Apétres ont une prééminence égale, sur les
dix autres, (voir les Evangiles & ce sujet), Pierre, chef de
PEglise exotérique, officielle, et Jean, chef de I'Eglise ésoté-
rique, secréte, celui qui doit demeurer jusqu’a ce que le Sau-
veur revienne, c{ a qui est confiée Ia Mére de Dieu.
Le Ternaire. — Trois catégories d’Ames glorifiées, aux dires des
Théologiens :
— les Gonfesseurs.
— les Chastes,
— les Martyrs,
Le Quaternaire. — Elle garde (mollement d’ailleurs...), les quatre
Anges du Tétramorphe de l’Ancien Testament : Uriel, Ga-
briel, Michael, Raphael, et elle les remplace de préférence
par les quatre Evangélistes ct leurs Animaux symboliques.
Le Quinaire. { Dans Jes deux Traditions, ces séries n'ont pas
Le Sénaire. { d'emploi fréquent en Magie cérémonielle.
Le Septenaire. — Les sept planétes sont remplacées par les sept
&glises mystiques ou célestes, et les sept Régents planétaires
le sont par les chefs de ces sept églises, pris parmi-les nou-
veaux disciples. Ces correspondances sont données par !”Apo-
calypse (chap. II et III). Il suffit de lire attentivement les
versets pour reconnalire les natures planétaires de ces
« églises >...
Ce sont : me
Liturgie romaine
Magie astrologique
Etienne, évéque d’Ephése Saturne | Oriphie!
Philippe, évéque de Smyme Jupiter | Zaphkiel
Prochore, évéque de Pergame Mars Camael
Nicanor, évéque de Tyatére Soleil Raphael
Timon, évéque de Sardes Vénus Anael
Parmenas, évéque de Philadelphie | Mercure | Michael
Nicolas, évéque de Laodicée Lune Gabriel72 . LE MANTINISME
On posséde une autre liste des « Régents » planétaires, que
nous transmet le « Livre d’Hénoch ». Ce sont : Uriél, Raphaél,
Raguiél, Mikaél, Saraquiél, Gabriél, Remiél.
lise féte l'archange Raphael le 24 Octobre, Michel le 20
Septembre, et Gabriel le 18 Mars.
‘On notera, par les positions respectives des deux fétes de
Michel et de Gabriel, que ces deux fétes déterminent le temps
moyen des Equinores, d’Automne pour Michel, et de Printemps
pour Gabriel. Semblablement, la Saint-Jean d'Hiver et la Saint-
Jean d'Eté nous donnent le temps moyen des deux Solstices.
Négligeant POcténaire, le Novénaire et le Dénaire (pour ce
dernier nous avons donné la correspondance des deux aéries de
Patriarches et des Dix Sephiroth), nous passerons 4 Pétude du
Duodénaire.
La encore, le Christianisme el le Judaisme ont Péquivalent
des Panthéons paiens.
Le paganisme avait ses douze « grands Dieux », correspon-
dant aux douze Mois de Année et aux Douze Constellations
zodiacales. Le Judaisme a ses douze « grands Prophétes », douze
+ portes » & Ja Jérusaler, terrestre et historique, ou symbolique
et céleste ; douze bassins dans Je Temple, Israel était réparti en
douze Tribus, issues des douze Patriarches du troisiéme age du
Monde, auxquelles correspondaient les douze pierres précieuses
ornant le Rational du Grand-Prétre.
Le Catholicisme « établi un officiel culte de dulie pour ses
douze Apétres.
Touchant le symbolisme zodiacal ésotérique et Ja tradition
chrétienne, nous avons Jes équivalences suivantes :
a) Les 24 divisions zodiacales, dites « horas », gouvernées
par les 24 Génies des « heures babyloniennes », sont doublées
par les 24 Noms Divins issus des transpositions du Shemampho-
Tasch (pour le Judaisme), par les 24 Vieillards de !'Apocalypse,
chantant les louanges de l’Agneau (pour le Christianisme).
b) Les 36 Décans‘et leurs « Génies décadaires » sont doublés
par les 36 couples de Disciples (72 en tout), que le Messie recrute,
aprés les douze Apétres, et qu'il envoie deux par deux & travers
“le Monde ;
©) Les 72 « Termes > ct les 72 Génies correspondants ont
leur équivalence dans les 72 Noms Divins et les 72 Anges que Ie
Judaisme tire des transpositions de certains versets de Exhode,
et dans les 72 Disciples dont il a été question ci-dessus.
@) En place des 365 Génies des Jours solaires, du Calendrier
Thébaique (360 degrés zodiacaux + 5 épagoménes), le Christia-
nisme a substitué, d'une part, pour la tradition chrétienne gnos-
tique, les 365 « dons >, et pour Ia tradition ordinaire, les
«saints» de chaque jour,73
LE MARTINISNE,
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Sere 2g6 LE MANTINISME
Au sujet de ces derniers, nous situant dans lesprit particulier
aux Elus Cohen et aux Occuitistes en général, nous croyons que
seuls, les Martyrs ont réalisé I'épreuve probatoire de leur Réin.
tegration, et cela par le réle occulte du sang, versé volontaire-
ment, & Yimitation du Verbe fait Homme. Nous admettrons éga-
Jement & priori, que le miracle (du vivant du saint ou posthume),
mest qu'une épreuve secondaire, A plus forte raison, le choix de
TEglise ne sulfitil pas pour justifier In « sainteté > de person-
nages historiques, dont la vie ne saurail satisfaire & Ia fois, le
moraliste ow le philosophe, et le théologien catholique, Nous fai-
sons ici allusion & Charlemagne, accusé d'incestes multiples par
ses chroniqueurs, et 4 Dominique de Gusman ou & Ignace de
Loyola, dont les mémoires sont plus qu'entachées de fanatisme,
et d'intolérance cruelle et meurtriere.
4. — Les « Passes «
La partie active de la Théurgie des Elus Cohen était cons-
tituée par les Opérations dexorcismes, purificatrices de Paura
de la Terre. Le cdté passif de cette Théurgie était constitué par
Pobtention des « passes >, apparitions de glyphes lumineux, fort
divers, qui apportaient 4 l'Opérant une manifestation tangible
des Puissances célestes évoquées lors de P’établissement du Cer-
cle Opératoire, et dont Ja présence était concrétisée par les sym-
boliques bougies de cire, véritables ¢ yoults » luminenx.
Linterprétation de ces passes se faisait au moyen d'un recueil
de 2.400 noms et caractéres hiéroglyphiques, remis aux Réaux-
Croix par Martinez de Pasqually Ini-méme. L'un deux, celui de
Prunel de Lierre, est actucllement conservé it Ia Bibliothéque de
la Ville de Grenoble. On pourrait croire, au premier abord, que
ces glyphes étaient imaginés par le Maitre lui-inéme. Il n’en est
rien. Liouvrage du moine J.-P. Heptburn d’Ecosse, la « Verga
Aurea >, contient soixante-douze alphabets magiques différents,
de 22 & 28 lettres chacun. Ceci nous donne déja un total de plus
de 1.800 caractéres idéographiques rien que pour ce seu! ouvra
Si nous y ajoutons les alphabets courants des peuples répandus
sur les cing parties du monde : russe, grec moderne, démotique,
Tunique, nippon, chinois, (mentionnés par Martinez...), sanscrits,
magonniques, alchimiques, magiques (mentionnés dans les Gri-
moires), les ‘nombreux ¢'sceaux » pantaculaires, planétaires,
zodiacaux, des « intelligences > et des « daimons » sidéraux,
les « charactéres » planétaires, ceux dits de Cléopatre, de Salo-
mon, de la Reine de Saba, dont les traités de magie, d’alchimie,
de nécromancie, les, Clavicules anciennes sont farcis, et les
innombrables symboles alchimiques, etc... nous arrivons fort
prés du nombre de caractéres répertoriés dans jes Rituels de
Martinez de Pasqually.saygudoig sap sanbiSeu sow8Apeseg saryALPHABET “CELESTE”
Theth Cheth Zain Vau He Daleth Gime! Bel Alept
UNIT IMT 2¢
Pe Ain Semech Man Mem Laried Coph
LOVOANSDA
Tau Sehin Res Kul¥
AUT?
ALPHABET "MALACHIM”
pwc Ecrirune Des ANGES" "ou ™ "Rovats”
Vaa He Daleth Gimel Beth Al
VANTVUR
Mem Laimed Coph od Thelh Cheth
y HD OAK
VUELE MARTINISME 79
Quant a leur interprétation, elle était fort simple.
S'il s'agissait de paradygmes, de glyphes, en rapport avec le
panthéon sidéral, la nature méme de l’Entité signifiée par le
€ sceau » éclairait suffisamment la réponse. S'il s’agissait au
contraire d'un queleonque caractére alphabétique, tiré d’un
alphabet, magique ou commun, on le rapportait au caractére
hébreu équivalent ; celui-ci étant nécessairement en correspon-
dance analogique avec un des vingt-deux Arcenes majeurs du
Tarot, ledit Arcane donnait en définitive une réponse suscepti-
ble d'une interprétation ésotérique fort poussée, (elles celles que
Christian donne en son « Homme Rouge des Tuileries » et en
son « Histoire de la Magie ».
On voit que le systéme des « passes », particulier aux Elus
Cohen, constituait le stade supérieur de la Mantique. Dans ces
feponses, émanant directement de l'Invisible, sans aucun tru-
chement matériel, sans autre canal que V’éther occulte ambiant,
nulle influence humaine ne risquait de perturber extérieure-
ment ou de modifier le « tracé » de la réponse, Et ainsi, le
glyphe luminescent, fugitivement apparu au Réau-Croix illu-
miné, constituait Poracle méme de Invisible. Protection définie
sous les termes ambigus de « a Chose » (1), ou du « Philosophe
Inconnu >...
Tl est méme probable que ce sont des « opérations » de ce
genre qui avaient permis aux magiciens antiques de fixer défi-
nitivement — sous forme de Tradition universelle — les sceaux
et schémas emblématiques des Puissances de Vau-dela, hal
tuellement manifestées & Homme.
Ul faut croire que Ia légitimité de la « communication >»
occulte, sous la forme de schémas lumineux, était déja connue
et traditionnelle, puisque Rembrandt, plus d'un siécle avant Mar-
tinez de Pasqually et ses disciples, nous montre dans une de ses
admirabies eaux-fortes « le Docteur Faustus », le philosophe,
coiffé du bonnet phrygien, (symbole de libération spirituelle),
contemplant, a Ia fois ébloui et terrorisé, Je pantacle qui lui
apparait brusquement dans l'ombre de son laboratoire, et qu'une
main mystérieuse, lui montre, rayonnant dans une ¢ gloire
s
Conclusion
Nous croyons avoir suffisamment établi, par ce qui précéde,
le bien-fondé de la Théurgie des Elus Cohen, qui donnaient, en
accord avec la doctrine de Ta « Réintégration », la primauté pro-
tectrice aux éléments supérieurs de PHumanité, déja réintégrée
(1) Lexpression de « Jo Chose » fat employte pour le premiére fois
ar Saint-Jean de Ia Croix pour designer Mavisible divin”80 LE MARTINISME,
au sein de l’Archétype, sur les entités extrahumaines peuplant
Jes Mondes de I’au-dela. Ainsi, en accord avec la tradition occi-
dentale, dans le mystérieux < Royaume » promis A I'Homme-
Total, celui-ci demeurait ce pourquoi il avait &é primitivement
congu et émané par le Dieu Créateur : le « Roi ».
Nous ferions un travail incomplet, si nous ne souli ns,
pour terminer, l'immense supériorité, spirituelle et morale, des
Réaux-Croix de Martinez sur la foule des apprentis-sorciers et
magiclens de tous les temps. Car leurs mobiles étaient purs.
Laide de l’Au-dela, ils ne la sollicitaient point pour obtenir une
quelconque réussite, matérielle ou sensuelle. Et leur unique dé-
sir était d’entrevoir, — le « Voile » un instant soulevé sur l'autre
monde —, les Portes de la Jérusalem céleste, la fabuleuse « Cité
de béatitude », le « Royaume » d'un éternel matin...
i DVO.SACROSAN
LANOVEM ANGE
SVBLIMLS:
' Pantecle théurgique
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