11 Alcènes
11 Alcènes
Généralités
Nomenclature
On appelle alcènes, les hydrocarbures insaturés non cycliques de formule CnH2n. La chaîne principale est celle qui comporte le
plus grand nombre de liaisons et, le cas échéant, le plus grand nombre d'atomes de carbone. Le nom du composé dérive de celui de
l'alcane en remplaçant la terminaison ane par ène. La position de la double liaison est indiquée par le numéro de l'atome de
carbone doublement lié qui possède l'indice le plus petit. La numérotation est effectuée de façon que la double liaison ait l'indice
le plus faible.
1 2 3 4
méthylpropène but-1-ène (Z)-but-2-ène (E)-but-2-ène
Les composés éthyléniques constituent un ensemble plus large que les alcènes, de composés comportant une double liaison
carbone-carbone. Les hydrocarbures cycliques ayant une double liaison ou cyclènes appartiennent à cette catégorie. On notera
qu'une double liaison éthylénique ne constitue pas un groupe fonctionnel puisqu'elle fait partie de la chaîne carbonée.
L'éthène est l'alcène le plus important sur le plan industriel. Il est produit par craquage
d'hydrocarbures. Environ la moitié de l'éthène produite est utilisée pour préparer les
polyéthylènes (basse densité et haute densité). L'autre moitié permet la préparation de composés
importants :
Le propène est le deuxième composé éthylénique le plus important comme produit de base de
l'industrie chimique. Il est produit par craquage d'hydrocarbures. La part la plus importante sert à
la synthèse du polypropène (polypropylène). Le reste permet la préparation des composés
suivants :
• alcool isopropylique ;
• acroléine ;
• acrylonitrile qui sert à la synthèse de fibres textiles et de résines ;
• cumène, réactif de base de la synthèse de la propanone (acétone) par le procédé Hock ;
• butanal par hydroformylation (procédé "oxo").
Cyclènes
Les cyclènes sont des hydrocarbures de formule CnH2n-2. Les cycles moyens possédant 5 ou 6 atomes de carbone possèdent une
réactivité comparable à celle des alcènes. Certains cyclènes possèdent un plan de chiralité. Le trans-cyclooctène est dédoublable
en deux énantiomères.
Diènes, polyènes
Les diènes sont des composés éthyléniques qui possèdent deux liaisons doubles. Leur étude est faite dans le chapitre consacré aux
composés conjugués. A côté des diènes dont les doubles liaisons sont éloignées et qui se comportent comme des éthyléniques
ordinaires, on distingue :
Propriétés physiques
Structure de l'éthène
La simple connaissance de la formule brute C2H4 est en faveur d'une liaison double entre les atomes de carbone. Le tableau
suivant rassemble des données expérimentales relatives à l'éthane et à l'éthène.
Les énergies de dissociation des liaisons peuvent être déterminées de façon indirecte à partir de la mesure des enthalpies
d'hydrogénation et de combustion. Elles sont relatives à une phase gazeuse. La liaison entre les atomes de carbone dans l'éthène
est plus courte et plus énergétique que dans l'éthane. Notons que l'énergie de dissociation de cette liaison double est plus petite que
le double de celle d'une liaison simple. Dans le formalisme simplifié s, p, on exprime parfois ce résultat en disant qu'une liaison p
est plus fragile qu'une liaison s.
Géométrie et isomérie
Les atomes impliqués dans la liaison double ont une géométrie localement plane. L'existence de la double liaison chez les alcènes
bloque la libre rotation des groupes qui lui sont attachés. Elle est à l'origine de la diastéréo-isomérie Z, E.
Notons que l'isomérisation photochimique du rétinal de stéréochimie E en néorétinal de stéréochimie Z est à la base du
mécanisme de la vision.
Constantes physiques
Les alcènes ont des propriétés physiques assez comparables à celles des alcanes. Il est intéressant de noter des différence de
propriétés assez fines entre des alcènes stéréoisomères comme l'illustre le cas des but-2-ène. Ces différences de propriétés
physicochimiques permettent de distinguer expérimentalement ces stéréoisomères.
Orbitales moléculaires
• celles qui sont inchangées dans la réflexion par rapport au plan de la molécule, qui sont appelées orbitales s ;
• celles qui changent de signe dans la réflexion par rapport à ce plan, qui sont appelées orbitales p.
Notons que ces dénominations simplificatrices proviennent d'une extension de la terminologie qui n'est valable en toute rigueur
que pour les molécules linéaires.
Méthode de Hückel
L'étude de la molécule d'éthène a été faite dans le chapitre consacré à la méthode de Hückel simple (HMO) et en utilisant la
méthode de Hückel étendue (EHMO)
Le tableau suivant regroupe les valeurs numériques des énergies et des coefficients des orbitales atomiques dans les orbitales
moléculaires (HMO) :
Energie C i1 C i2
E1 = a + b 0,707 0,707
E2 = a - b 0,707 -0,707
j1 = 0,707 c1 + 0,707 c2
j2 = 0,707 c1 - 0,707 c2
Plusieurs applications sont étudiées dans le chapitre relatif aux orbitales frontières.
Spectroscopie
Spectroscopie infrarouge
La vibration de valence de la double liaison absorbe vers 1650 cm-1. Les fréquences d'absorption des vibrations de déformation
des liaisons C-H sont également précieuses pour identifier les structures. Quelques absorptions caractéristiques sont données ci-
dessous.
Composé
• Les quatre protons de l'éthène donnent un pic unique pour un déplacement chimique : d = 5,6 ppm. D'une façon générale,
les atomes d'hydrogène liés à la double liaison appelés hydrogènes vinyliques, ont des déplacements chimiques assez élevés.
Cette propriété est liée à la circulation des électrons p dans le champ magnétique extérieur qui induit un champ opposé au
champ appliqué dans la région où se trouvent ces protons.
• La spectroscopie de RMN permet de distinguer facilement les diastéréo-isomères possédant des atomes d'hydrogène
vicinaux grâce à la valeur plus élevée de la constante de couplage 3J pour l'isomère E par rapport à l'isomère Z. Les
grandeurs numériques suivantes n'ont qu'une valeur indicative.
composé
constante de 2J =1 3J = 10 3J = 16
couplage
Les deux exemples suivants concernent les spectres RMN du (Z)-1-chloro-2-cyano-éthène et du (E)-1-chloro-2-cyano-
éthène. La valeur plus élevée de la constante de couplage dans le second cas permet d'attribuer sans ambiguité la bonne
structure à chaque composé.
Dans le spectre précédent, on notera que les doublets ne sont pas symétriques (effet de toit). Cela vient du fait que le
couplage entre les protons est un couplage fort.
• Les spectres des alcènes monosubstitués sont complexes lorsque le déplacement chimique des protons et la constante de
couplage sont du même ordre de grandeur.
Hydrogénation
Conditions expérimentales
La réaction entre le dihydrogène H2 et un composé éthylénique est une réaction d'addition. Elle est interdite pour des raisons de
symétrie orbitalaire et n'est réalisable à une vitesse raisonnable qu'avec l'aide d'un catalyseur hétérogène ou un catalyseur
homogène permettant de lever cette interdiction. D'un point de vue thermodynamique, la réaction est fortement exothermique. Elle
est donc favorisée par une température pas trop élevée. Concrètement, elle est quasi-totale dans les conditions normales de
température et de pression. Le rendement est de l'ordre de 90 %.
Puisqu'un catalyseur accélère aussi bien la réaction directe que la réaction inverse, la déshydrogénation d'un hydrocarbure saturé
est également envisageable mais elle constitue surtout une méthode industrielle en raison de son manque de sélectivité.
Cette différence de stabilité peut s'interpréter par des contraintes stériques entre les groupes méthyle qui sont plus importantes
dans l'isomère Z que dans l'isomère E.
Stéréochimie
L'addition de H2 sur le 3, 4-diméthylhex-3-ène de configuration Z fournit de façon quasi-exclusive le (3R, 4S)-3, 4-
diméthylhexane achiral.
Le (3R, 4R)-3, 4-diméthylhexane et son énantiomère le (3S, 4S)-3, 4-diméthylhexane, tous trois diastéréo-isomères du précédent
ne sont pas obtenus. La réaction est donc diastéréosélective. Les atomes d'hydrogène se sont fixés du même côté de la double
liaison. La stéréochimie de l'addition est syn.
Dans des conditions comparables, l'addition de H2 sur le 3, 4-diméthylhex-3-ène de configuration E, fournit de façon quasi-
exclusive le mélange racémique des énantiomères (3R, 4R) et (3S, 4S) du 3, 4-diméthylhexane. Elle est aussi, stéréosélective et la
géométrie de l'addition est également syn.
Deux substrats stéréoisomères fournissent dans les mêmes conditions des produits diastéréoisomères. La réaction d'hydrogénation
est donc diastéréospécifique. La stéréochimie de l'addition est syn.
Dans l'exemple ci-dessous, impliquant un composé bicyclique ponté, l'hydrogène se fixe préférentiellement sur la face exo la
moins encombrée.
Le nickel de Sabatier est surtout utile quand on veut effectuer des hydrogénations sélectives. Des catalyseurs plus actifs sont
utilisés :
Mécanisme et cinétique
Le caractère syn de l'addition peut être interprété grâce au modèle suivant dans lequel les réactifs adsorbés à la surface du
catalyseur sont dans une disposition géométrique favorable pour la réaction d'addition.
Le mécanisme précédent explique l'influence sur la vitesse de réaction du nombre et de la position des substituants autour de la
double liaison. La vitesse diminue quand le degré de substitution croit car les électrons de la double liaison sont moins accessibles.
On peut mettre à profit les différences de vitesse d'hydrogénation pour réaliser des hydrogénations sélectives. Dans l'exemple ci-
dessous, l'hydrogénation de la double liaison la plus accessible du limonène est réalisée sélectivement sous contrôle cinétique.
Un autre exemple est celui d'une étape d'hydrogénation sélective dans l'hémisynthèse de la progestérone selon un procédé due à R.
Marker.
Catalyse homogène
L'hydrogénation peut aussi être réalisée en milieu homogène en utilisant un catalyseur soluble comme le catalyseur de Wilkinson.
La réaction d'addition est stéréospécifique, de stéréospécificité syn.
L'exemple suivant illustre la grande chimiosélectivité de la réaction. Parmi les insaturations présentes dans la molécule, seule la
double liaison éthylénique la moins encombrée est hydrogénée.
Hydrogénation énantiosélective
L'hydrogénation d'un composé éthylénique comportant des atomes de carbone prochiraux peut être effectuée de façon
énantiosélective en présence de catalyseurs chiraux solubles. De tels catalyseurs sont capables de distinguer les faces
énantiotopiques d'une double liaison. Le premier exemple de réaction de ce type est dû au chimiste américain W. S. Knowles en
1968. Il concerne l'hydrogénation d'un dérivé substitué du styrène.
L'excès énantiomérique de 15 % obtenu dans cette réaction est modeste mais il a ouvert la voie à la recherche de catalyseurs plus
performants. Le premier catalyseur d'hydrogénation réellement efficace a été mis au point par le chimiste français H. B. Kagan en
1971 (prix Wolff de chimie 2001 avec K. B. Sharpless et R. Noyori.) Le ligand est une diphosphine chirale de symétrie C2 appelée
DIOP (DIphosphine OPtiquement active) obtenue à partir d'un acide tartrique chiral.
Plusieurs catalyseurs d'hydrogénation énantiosélective ont été mis au point ces dernières années. Citons deux exemples :
• le catalyseur utilisé dans la synthèse de la L-DOPA décrite ci-dessous, est un complexe du rhodium dérivé du catalyseur de
Wilkinson, possédant une diphosphine chirale comme ligand ;
• des complexes du ruthénium sont également utilisés. Le complexe [Ru(R-BINAP)(tBuCOO)2] introduit par le chimiste
japonais R. Noyori, un des grands spécialistes mondiaux de la synthèse énantiosélective, comporte un ligand binaphtyle
chiral. Ce ligand peut exister sous deux formes énantiomères atropisomères. Un exemple d'hydrogénation énantiosélective
d'un alcool allylique, le (E)-3, 7-diméthyl-2, 6-octadièn-1-ol ou géraniol, est donné à la référence [23].
Halogénation
Résultats expérimentaux
L'une des premières synthèses industrielles du dichloroéthane, qui est un intermédiaire dans la synthèse du chlorure de vinyle,
consistait en une réaction d'addition entre l'éthène et le dichlore.
On lui préfère actuellement le procédé d'oxychloration dans lequel l'élément chlore est apporté par le mélange O2 / HCl.
Les composés éthyléniques additionnent facilement Cl2 et Br2 pour conduire à des dérivés dihalogénés vicinaux. F2 très oxydant
détruit la molécule. Avec I2 peu réactif, la réaction conduit à un équilibre défavorable au produit. La réaction s'effectue par union
directe dans les conditions normales de température et de pression. Les solvants utilisés sont CH2Cl2, CHCl3, CCl4, AcOH.
I II III
Cette méthode peut être utilisée pour tester la présence de doubles liaisons dans les corps gras.
Le tribromure de pyridinium présente une alternative intéressante à l'utilisation du dibrome en raison de sa simplicité d'emploi.
Stéréochimie
L'addition de Br2 sur le (E)-but-2-ène fournit quasi exclusivement le (2R, 3S)-dibromo-2,3-butane. Ce composé est achiral car la
molécule possède un plan de symétrie. Il s'agit d'un composé méso. Puisqu'on obtient un seul stéréoisomère parmi plusieurs
pouvant se former a priori, la réaction de bromation est diastéréosélective.
En utilisant les mêmes conditions expérimentales, la réaction effectuée sur le (Z)-but-2-ène, fournit exclusivement le mélange des
énantiomères de configurations absolues (2R, 3R) et (2S, 3S) (couple like).
Deux substrats diastéréo-isomères fournissent des produits diastéréo-isomères. La réaction de bromation est par conséquent
diastéréospécifique de stéréochimie anti.
Mécanisme
Il s'agit d'un mécanisme par stades :
• L'étape cinétiquement déterminante implique l'attaque de la molécule de dibrome polarisable par les électrons p de la
double liaison éthylénique. Elle conduit à la formation d'un ion bromonium ponté (dans l'exemple choisi, cet ion est achiral ;
il s'agit d'un composé méso.)
• L'ouverture de l'ion bromonium par l'ion bromure nucléophile se produit dans une étape ultérieure. Elle ne peut avoir lieu
pour des raisons stériques que du côté opposé au pont. Les réactions sur les atomes de carbone 1 et 2 sont équiprobables. On
obtient le mélange mélange racémique des dibromures énantiomères I et II.
Remarque : la formule d'un ion bromonium avec la charge positive au niveau du brome est trompeuse. Ce sont bien les atomes de
carbone qui sont électrophiles.
Ce mécanisme rend compte de la stéréospécificité anti de la réaction.
Ions halonium
Les ions bromonium sont des intermédiaires très réactifs qui ne sont généralement mis en évidence que par des méthodes
spectrales. Certains ont pu être isolés comme celui de l'exemple ci-dessous.
Le substrat de départ de cette réaction peut être obtenu par couplage de Mc Murry entre deux molécules d'adamantanone.
L'intervention d'ions bromonium dans les réactions de bromation a pu, dans certains
cas, être démontrée de façon directe. G. Olah (1968) a ainsi mis en évidence par
spectroscopie de RMN, les ions bromonium formés à partir du 1-bromo-2-
fluoropropane en milieu superacide [61].
La bromation des liaisons éthyléniques peut parfois être moyennement stéréosélective lorsqu'un carbocation raisonnablement
stable peut se former à partir de l'ion bromonium.
• Dans l'exemple suivant, la bromation du (Z)-1-phénylpropène, fournit majoritairement, mais non exclusivement, le mélange
racémique des énantiomères du couple like.
La baisse de stéréosélectivité s'explique par l'intervention d'un carbocation benzylique stabilisé par résonance. L'ion
bromure peut alors réagir au dessus ou au dessus du cation localement plan.
• Dans le cas de la chloration, la formation de l'ion ponté est défavorisée par rapport à celle du carbocation. On attribue cette
différence à la taille plus petite de l'atome de chlore comparée à celle de l'atome de brome. La formation du pont est
beaucoup plus difficile.
• La formation d'ions iodonium est possible mais la réaction d'iodation des liaisons éthyléniques et thermodynamiquement
défavorisée.
Iodoéthérification
On obtient un éther. La source d'iode cationique est le N-iodosuccinimide (NIS) (l'azote est plus électronégatif que l'iode).
La réaction suivante est une étape de la synthèse de l'histrionicotoxine une substance extraite de la peau de grenouilles
venimeuses.
Iodolactonisation
Dans l'iodolactonisation, un acide carboxylique g-insaturé est cyclisé en lactone substituée.
Ce dernier est ensuite rapidement ouvert dans une réaction intramoléculaire où l'oxygène joue le rôle de nucléophile.
• la double liaison éthylénique est régénérée grâce à une réaction d'élimination, entre le composé précédent et le zinc.
En présence d'un acide comme l'acide oxalique, la cétone obtenue est isomérisée en cétone conjuguée plus stable. Cette suite de
réaction a souvent été utilisée dans la chimie des stéroïdes. On la retrouve dans l'hémisynthèse de la progestérone selon le procédé
de R. Marker.
Dans le solide, l'ion pyridinium joue un rôle stabilisateur vis à vis de l'anion tribromure. En solution, on observe l'équilibre
suivant.
En présence d'un composé susceptible de réagir avec le dibrome, l'équilibre est déplacé vers la droite. Le PBP se comporte donc
comme une source de dibrome. Puisque celui-ci est rapidement consommé, sa proportion à l'état libre en solution est toujours très
faible, ce qui évite beaucoup des problèmes liés à son utilisation.
Avec un alcène, l'addition est stéréospécifique de stéréochimie anti. Pour un composé éthylénique dans lequel des groupes
stabilisent les cations ouverts, comme le phénylpropène, ou le 1,2-diphényléthène, la stéréosélectivité est meilleure qu'avec le
dibrome. Dans l'exemple suivant, en partant d'un substrat de stéréochimie E, on obtient le composé méso.
A la température ordinaire le tribromure de pyridinium se présente sous la forme de cristaux de couleur orange fondant à 132-137 °C. L'ensemble de la
préparation doit être conduite sous une hotte bien ventilée. Dans un erlenmeyer plongé dans un bain de glace, on mélange en agitant, 15 mL de pyridine avec
30 mL d'une solution aqueuse de HBr à 48 %. On ajoute alors 25 g de dibrome par petites portions. Le produit cristallise. Le composé brut peut être
recristallisé dans l'acide acétique (référence : [3]). Attention : ce composé est toxique et provoque des brûlures sur la peau.
. Notons que le PBP est également utilisé dans l'halogénation en a des cétones.
Réactif de Wijs
Le chlrorure d'iode ICl (réactif de Wijs) s'additionne rapidement et de façon quantitative sur les doubles liaisons éthyléniques.
Cette réaction est à la base de la détermination du nombre d'insaturation dans les corps gras. Le composé fixe autant de molécules
de ICl qu'il y a de doubles liaisons dans le substrat.
D'un point de vue pratique, ICl est introduit en excès dans le milieu réactionnel. Le chlorure d’iode qui n’a pas réagi est détruit par
une solution aqueuse d’iodure de potassium. Par réaction entre les ions iodure et le chlorure d’iode il se forme des molécules de
diiode et des ions chlorure.
Le réactif de Wijs peut être préparé en faisant réagir le trichlorure d'iode ICl3 (7,8 g)
et le diiode I2 (8,5 g) dans 250 mL d'acide acétique pur (glacial) à chaud. Après
refroidissement, on complète le mélange à 1 L avec de l'acide acétique pur.
• La réaction électrophile de la double liaison sur le proton conduit à la formation d'un carbocation. C'est l'étape
cinétiquement déterminante de la réaction.
• La réaction entre le carbocation et l'ion bromure nucléophile s'effectue dans une seconde étape. Elle peut avoir lieu
indifféremment sur l'une ou l'autre face de l'atome de carbone trigonal. La réaction n'est donc pas stéréosélective.
Remarque : une addition anti de HBr est parfois observée. Elle s'interprète par la formation d'un complexe entre le composé
éthylénique et l'hydracide.
Puisque le mécanisme fait intervenir un carbocation, on peut observer des réactions de transposition de type Wagner-Meerwein.
C'est le cas, par exemple, dans la réaction suivante de préparation de l'acétate d'isobornyle à partir du camphène qui constitue une
étape de la synthèse industrielle du camphre.
Hydratation
Résultats expérimentaux
L'addition d'eau sur un composé éthylénique s'appelle hydratation. Elle conduit à la formation d'un alcool. Avec les alcènes
substitués qui forment facilement des carbocations, il suffit d'utiliser un acide dilué. L'ion H+ est alors un catalyseur de la réaction
:
Lorsque le substrat éthylénique est dissymétrique. La réaction est fortement régiosélective.
Avec les alcènes moins substitués, donc moins réactifs, la formation du carbocation est plus difficile. On utilise de l'acide
sulfurique concentré. La réaction est différente car il se forme un sulfate d'alkyle intermédiaire.
Mécanisme
Il ressemble beaucoup à celui décrit pour l'addition de HBr. Il s'agit d'un mécanisme par stades. On peut regarder cette réaction
comme la réaction inverse de la déshydratation des alcools.
• Raisonnons dans le cas du méthylpropène. La première étape est l'attaque électrophile de la double liaison sur un proton
servant de catalyseur. Elle conduit à la formation d'un carbocation. C'est l'étape cinétiquement déterminante.
• La réaction entre le carbocation et l'eau a lieu dans une deuxième étape rapide.
La régiosélectivité s'explique, comme dans le cas de l'addition de HBr, par la formation du carbocation le plus stable.
L'hydratation telle que nous venons de la décrire n'est pas un procédé utilisé en synthèse. On préfère utiliser l'oxymercuration qui
est beaucoup plus régiosélective et non sujette aux réactions de transpositions.
Règle de Markovnikov
Enoncé historique
Cette règle énoncée par le chimiste russe V. V. Markovnikov en 1868 constitue l'une des premières et des plus célèbres tentatives
de rationalisation de résultats expérimentaux en chimie organique. Il s'agissait à l'origine d'une règle empirique qui concernait
l'addition des hydracides halogénés sur les alcènes dissymétriques. Markovnikov avait reconnu le caractère très régiosélectif de
cette addition. La règle permet de prévoir l'atome de carbone sur lequel se fixe l'hydrogène de l'hydracide :
Lors de l'addition d'un hydracide sur un alcène dissymétrique l'atome d'hydrogène se fixe sur l'atome de carbone le moins
substitué.
Examinons l'exemple de l'addition de HBr sur le méthylpropène. On obtient effectivement de façon quasi exclusive le 2-méthyl-2-
bromopropane.
Nature du contrôle
Le problème se pose de savoir si la régiosélectivité observée est le fruit d'un contrôle cinétique ou d'un contrôle thermodynamique
de la réaction. Il est possible d'étudier l'équilibre entre les dérivés halogénés P1 et P2 et la constante de cet équilibre a été
déterminée expérimentalement. On trouve : K = 4,5. Si la réaction était sous contrôle thermodynamique on obtiendrait une
quantité non négligeable du produit P2 compte-tenu de cette valeur de K. Plus précisément, on aurait les pourcentages suivants :
Expérimentalement, on constate l'absence quasi totale de P2. Une telle régiosélectivité ne peut donc pas résulter d'un contrôle
thermodynamique. On doit par conséquent conclure à un contrôle cinétique de la réaction.
Du fait de ce contrôle, les pourcentages de produits s'expliquent en comparant les énergies des états de transition pour l'étape
cinétiquement déterminante du mécanisme. Le postulat de Hammond permet de ramener cette discussion à la comparaison des
énergies des carbocations intermédiaires.
Puisque I1 est plus stable que I2 , il se forme plus vite et le produit qui en résulte est donc plus abondant. Le diagramme
représentant les enthalpies libres molaires standard de formation des réactifs et des produits est représenté ci-dessous.
Généralisation de la règle de Markovnikov
L'expérience montre que de nombreuses additions de réactifs dissymétriques s'effectuent sous contrôle cinétique par un
mécanisme ionique impliquant un carbocation ou un ion positif ponté. En plus de l'addition des hydracides et de l'hydratation déjà
cités citons l'addition de dérivés interhalogénés comme ICl ou des acides hypohalogéneux (ClOH, BrOH). Schématisons par Ad --
Hd+ le réactif dissymétrique. La règle de Markovnikov peut être généralisée :
Lors de l'addition d'un réactif Ad -- Hd+ sur un composé éthylénique dissymétrique, Ad - se fixe préférentiellement sur l'atome de
carbone qui stabilise le mieux une charge positive.
Lorsque le composé éthylénique est un alcène, l'atome de carbone qui stabilise le mieux une charge positive est celui qui est
substitué par le plus grand nombre de groupes alkyles. Dans le cas des alcène substitués, la méthode des perturbations fournit un
cadre théorique commode pour rationaliser ce résultat. Pour les alcènes fonctionnalisés, la situation est plus délicate et il faut
examiner chaque cas.
Le calcul complet par la méthode des perturbations est effectué aux références [72] et [74]. Le diagramme d'énergie est le suivant.
Les orbitales moléculaires du propène peuvent s'exprimer en fonction de celles de l'éthylène F1 et F2 ainsi que du fragment
méthyle F3.
Les valeurs des coefficients des orbitales moléculaires normalisées sont résumés dans le tableau suivant :
Energie C i1 C i2 C i3
• le niveau énergétique de la HO du propène est supérieur à celui de l'éthène. Le propène va être plus réactif vis à vis d'un
électrophile que l'éthène ;
• en ce qui concerne la régiosélectivité un électrophile réagit de façon préférentielle sur l'atome de carbone dont le coefficient
est le plus élevé dans la HO. Comme le montre le tableau précédent, il s'agit de l'atome de carbone C1 (coefficient : 0,707).
C'est bien le résultat obtenu par la règle de Markovnikov.
Une autre façon d'aborder le problème de la régiosélectivité est d'examiner la dureté des carbocations intermédiaires.
Conformément au principe de dureté maximum (MHP), le carbocation le plus dur est formé majoritairement.
Voir : [78]
Hydroxyhalogénation
Résultats expérimentaux
La réaction entre l'acide hypobromeux et le 2-méthylbut-2-ène fournit un mélange mélange racémique de (3S)-3-bromo-2-
méthylbutan-2-ol et (3R)-3-bromo-2-méthylbutan-2-ol énantiomères.
Mécanisme
L'attaque du nucléophile s'effectue du côté opposé au pont sur l'atome de carbone qui stabilise le mieux une charge positive ; c'est
à dire, ici le plus substitué, conformément à la règle de Markovnikov.
L'addition de BrOH sur le stéroïde ci-dessous est telle que le pont bromonium se forme du côté opposé au groupe méthyle. On
obtient ainsi la molécule représentée et son énantiomère.
Notons que les halohydrines sont des précurseurs d'époxydes en milieu basique par synthèse de Williamson intramoléculaire.
Oxymercuration-démercuration
Résultats expérimentaux
Lorsqu'on fait réagir un composé éthylénique avec l'acétate de mercure (II) dans un mélange d'eau et de THF et qu'on procède
ensuite à la réduction du composé obtenu par le tétrahydroborate de sodium (borohydrure de sodium), on isole finalement un
alcool [24], [30].
Cette suite de réactions s'appelle oxymercuration-démercuration. Elle permet d'obtenir des alcools à partir des alcènes. L'alcool
majoritaire est celui qu'on obtiendrait avec une hydratation acido-catalysée suivant la règle de Markovnikov. La régiosélectivité
est généralement excellente. L'un des principaux avantages de cette réaction par rapport à l'addition d'eau ordinaire est la quasi
inexistence de produits secondaires de transposition du fait de l'absence de carbocations au cours de la transformation. Elle
remplace donc avantageusement cette réaction en synthèse.
Mécanisme
L'oxymercuration du cyclohexène fournit un mélange racémique de produits de stéréochimie trans. On interprète ce résultat par le
mécanisme suivant :
• ouverture de l'ion mercurinium par l'eau. Ce nucléophile réagit du côté opposé au pont.
La réaction de démercuration par NaBH4 n'est pas stéréospécifique. On le montre en utilisant NaBD4 comme agent de réduction.
Une preuve supplémentaire en faveur de ce mécanisme est fournie par le fait que lorsque la réaction est effectuée en présence de
dioxygène (qui est un diradical), on observe le remplacement du mercure par un groupe hydroxy.
Applications
Lorsqu'on utilise un alcool comme solvant à la place de l'eau, celui-ci réagit avec l'ion mercurinium et après démercuration, on
obtient un éther.
Les ions mercurinium peuvent être ouverts sous l'action d'une grande variété de réactifs donnant naissance à de nombreux produits
utiles. Par exemple, la réaction avec une amine fournit un amide.
Hydroboration
Résultats expérimentaux, préparation des organoboranes
L'hydratation acido-catalysée des composés éthyléniques fournit systématiquement l'alcool dont la classe est la plus élevée sur les
deux possibles a priori car cette addition passe par l'intermédiaire du carbocation le plus stable. Pour obtenir l'alcool de la classe la
moins élevée à partir d'un composé éthylénique, on peut opérer de façon indirecte en mettant à profit les propriétés remarquables
des organoboranes. L'hydroboration des composés éthyléniques a été découverte en 1962 par le chimiste d'origine britannique H.
C. Brown et son groupe lors de leurs recherches sur les propriétés réductrices des boranes. H. C. Brown (Université Purdue,
Indiana) a obtenu le prix Nobel de chimie en 1979. Voir [21]
Le monoborane BH3 est un composé déficient en électrons par rapport à l'octet. A la température ordinaire, il se dimérise pour
conduire au diborane B2H6. Mais en présence de THF meilleure base de Lewis que H, il y a formation d'un complexe entre le
monoborane et l'éther.
Les solutions de BH3 dans le THF sont disponibles commercialement en
concentration généralement 1 M (stabilisant : N-isopropyl-N-méthyl-tert-
butylamine). L'entité réactive est le monoborane BH3 qui résulte de la faible
dissociation du complexe.
La réaction entre un composé éthylénique et BH3 est régiosélective. Le bore se fixe sur l'atome de carbone le moins substitué de la
double liaison. On dit qu'il s'agit d'une addition antimarkovnikov car la régiosélectivité est l'inverse de celle qui est décrite par la
règle de Markovnikov.
Il est amusant de constater que la suite H-C-B correspond aux initiales de H. C. Brown. La réaction conduit au remplacement des
trois atomes d'hydrogène et l'on obtient finalement un trialkylborane.
Sur le plan stéréochimique, on constate que l'addition est stéréospécifique de stéréochimie syn.
Les composés éthyléniques plus substitués fournissent des dialkylboranes. Le Bis(1,2-diméthylpropyl)borane (appelé
"disiamylborane", contraction de : di-secondary-isoamylborane) est un réactif très utile préparé généralement au moment de
l'emploi par réaction entre le 2-méthylbut-2-ène et le complexe BH3-THF.
Les alkylboranes sont des intermédiaires de synthèse dans la réaction de couplage de Suzuki.
Mécanisme de l'hydroboration
Il s'agit d'une cycloaddition [2 + 2] entre une liaison bore-hydrogène et une liaison carbone-carbone. Le bore se fixe de façon
régiosélective sur l'atome de carbone le moins substitué.
La régiosélectivité s'explique :
• par un facteur électronique car le bore est moins électronégatif que l'hydrogène ;
• par des facteurs stériques.
• transposition de l'intermédiaire organoborique. Sur le plan stéréochimique, le remplacement de la liaison C-B par une
liaison C-O s'effectue avec rétention de la configuration ;
• la réaction conduit au remplacement des trois liaisons C-B par trois liaisons C-O successivement ;
• le composé est finalement hydrolysé en alcool ;
Aspect stéréochimique
L'addition du diborane suivie de l'oxydation par H2O2 en milieu basique sur le méthylcyclohexène, fournit le mélange racémique
des 2-méthylcyclohexanol de stéréochimie trans.
Ce résultat s'explique par une addition stéréospécifique syn de la liaison bore-hydrogène sur le composé éthylénique et une
rétention de la configuration pour le remplacement de la liaison C-B à la liaison C-O lors de l'oxydation du borane.
Utilisation du 9-BBN
Le 9-borabicyclo-[3, 3, 1]-nonane (9-BBN) est un agent d'hydroboration très utilisé en synthèse organique. On l'obtient en faisant
réagir B2H6 avec le cycloocta-1, 5-diène [36].
Le (+)-a-pinène représenté à gauche est un terpène qu'on trouve à l'état naturel dans
l'essence de thérébentine. Il s'agit du (1R, 5R)-triméthyl-2, 6, 6-bicyclo[3, 1, 1]-hept-
2-ène.
L'hydroboration de l'a-pinène par le 9-BBN, conduit à un borane chiral appelé alpine borane. Ce réactif, introduit par M. M.
Midland en 1984, peut être obtenu énantiopur. La réaction ci-dessous est effectuée entre le (+)-a-pinène et le 9 BBN. La réaction
est régiosélective, le bore se fixant sur l'atome de carbone le moins substitué. Elle est aussi stéréosélective, le 9 BBN réagit sur la
face la moins encombrée de l'a-pinène c'est à dire du côté opposé au pont portant les deux méthyles. Il s'agit d'un exemple de
stéréosélectivité induite par le substrat.
L'alpine borane est utilisé comme réducteur dans la réduction énantiosélective des composés carbonylés.
Hydroboration énantiosélective
L'hydroboration du méthylcyclohexène par B2H6 suivie d'hydrolyse, fournit un mélange mélange racémique des 2-
méthylcyclohexanols car le réactif achiral ne distingue pas les deux faces énantiotopiques du substrat.
Le premier réactif d'hydroboration énantiosélective a été préparé par H. C. Brown. Il s'agit du diisopinocamphéylborane Ipc2BH.
On le prépare en faisant réagir B2H6 avec l' a-pinène. Selon l'énantiomère de l' a-pinène de départ, on obtient l'un ou l'autre des
deux énantiomères du produit. L' excès énantiomérique est voisin de 100 %.
Avec ce réactif, il est possible d'effectuer l'hydroboration énantiosélective des alcènes peu encombrés. Les composés cis sont de
bien meilleurs substrats que les trans. L'exemple suivant concerne le (Z)-but-2-ène.
Plus récemment, en 1985, S. Masamune a introduit un nouvel agent d'hydroboration, le (trans)-diméthyl-2, 5-diméthylborolane.
Ce réactif chiral conserve un axe de symétrie C2. Il conduit à de très bons excès énantiomériques avec les éthyléniques tri ou
tétrasubstitués [32].
Les composés T et T' sont des diastéréo-isomères. Ils se forment en proportions inégales et sont obtenus avec une
diastéréosélectivité élevée : dr = 97,8 : 2,2. La coupure oxydante de ces boranes fournit les énantiomères 2 et 2' dans les mêmes
proportions. L'excès énantiomérique de l'énantiomère 2 de configuration absolue (R, R) vaut par conséquent : ee = 95,6 %.
D'autres réactifs d'hydroboration ont été préparés à partir de composés éthyléniques chiraux comme le longifolène.
Additions radicalaires
Résultats expérimentaux
En étudiant l'addition de bromure d'hydrogène sous rayonnement ultraviolet le chimiste américain d'origine russe M. S. Kharasch
a mis en évidence une addition de régiosélectivité inverse de celle observée pour l'addition ionique. L'orientation de l'addition est
pour cette raison qualifiée d'anti-Markovnikov, terminologie qui se rapporte à la règle de Markovnikov. citée plus haut.
Mécanisme
Le mécanisme de cette réaction a été élucidé par M. S. Kharasch et F. R. Mayo en 1930. Il s'agit d'une réaction en chaîne avec des
radicaux libres comme intermédiaires.
• Initiation : elle peut être photochimique en utilisant un rayonnement de longueur d'onde convenable permettant la coupure
homolytique de la liaison de l'hydracide ;
• Propagation : l'addition de l'hydracide s'effectue de manière à fournir le radical le plus stable, c'est à dire celui qui est
substitué par le plus grand nombre de groupes alkyles.
• Rupture : elle implique la recombinaison de radicaux et la présence d'une molécule du milieu permettant d'emporter
l'énergie excédentaire.
Régiosélectivité
La régiosélectivité s'interprète par un contrôle cinétique de la réaction. L'étape cinétiquement déterminante est la formation du
radical le plus stable.
Seul le bromure d'hydrogène est capable de réagir avec les composés éthyléniques selon ce mécanisme. En effet :
Pour une revue complète sur ces réactions et leurs applications, consulter [88].
Métathèse des oléfines
Résultats expérimentaux
La découverte de la métathèse des alcènes a été faite en 1931. Il s'agissait de la disproportionation du propène en éthène et but-2-
ène à haute température. Le premier exemple de métathèse catalysée a été rapporté par des chercheurs, R. L. Banks et G. C. Bailey
en 1964 [57].
Le mot métathèse est formé à partir des mots grecs meta changer et tera place. Ce type de réaction a pris un essor considérable à
partir des années 1980 sous l'impulsion de deux groupes sous la direction de D. Schrock (MIT) et de R. Grubbs (Caltech).
Mécanisme
Le mécanisme de la métathèse des alcènes a été proposé par Y. Chauvin [58].
Le mécanisme consiste en une suite de cycloaddition et de rétrocycloaddition [2 + 2]. On notera que ces processus sont
normalement interdits par les règles de Woodward-Hoffmann. Il sont permis ici grâce à l'intervention des orbitales d du métal.
Les différentes étapes sont équilibrées. Pour rendre la transformation totale, on peut déplacer l'équilibre en jouant sur un facteur de
celui-ci. L'effet entropique est favorable lorsqu'il y a production d'un gaz comme l'éthène.
Le cycle catalytique est représenté ci-dessous dans le cas de la réaction de RCM d'un éthylénique possédant des groupes
méthylènes terminaux. La force motrice de la réaction est la formation d'éthène.
Catalyseurs de métathèse
Le premier catalyseur réellement efficace en métathèse a été découvert par Schrock en 1980. Il s'agit d'un complexe métal-
alkylidène au niobium représenté sur la figure ci-dessous (I). Le premier complexe métal-alkylidène avait lui même été préparé
par Schrock en 1975. C'était un complexe du tantale. Schrock a ensuite préparé toute une série de catalyseurs au molybdène dont
un exemple particulièrement efficace est (II).
Les catalyseurs de Grubbs sont des complexes du ruthénium. On a coutume de les classer en catalyseurs de la première génération
(III) et de la deuxième génération (IV). Ils sont stables vis à vis de l'air et de l'eau à la différence des catalyseurs de Schrock
beaucoup plus sensibles. Les catalyseurs de deuxième génération sont plus réactifs que ceux de première génération. De plus ils
sont beaucoup plus stables thermiquement.
Ces catalyseurs permettent la réaction de métathèse avec des alcènes fonctionnalisés ils sont compatibles avec la plupart des
fonctions organiques mis à part les amines. Les catalyseurs de Schrock ont un grand intérêt pour la synthèse de composés soufrés
ou phosphorés pour lesquels les catalyseurs de Grubbs sont inutilisables en raison de la grande affinité du ruthénium pour ces
éléments.
La métathèse permet de réduire considérablement le nombre d'étapes dans la synthèse de molécules complexes. L'exemple suivant
concerne la synthèse de l'arénastatine, un composé possédant des propriétés cytotoxiques. La synthèse de ce macrocycle peut
également être effectuée par macrolactamisation.
En 1996, Fürstener et Langemann ont publié une synthèse d'une lactone macrocyclique à odeur musquée utilisé dans l'industrie
des parfums : l'Exaltolide.
Le schéma suivant est une étape de la synthèse d'une molécule de la famille des épothilones, un médicament antitumoral, par K. C.
Nicolaou (1998).
Il est possible d'associer plusieurs réactions en cascade par exemple ROMP et RCM.
Métathèse énantiosélective
Le premier exemple de catalyseur chiral a été publié par Schrock en 1993. Il s'agissait d'un catalyseur au molybdène permettant
une réaction de type ROMP énantiosélective. Le premier catalyseur au ruthénium pour la fermeture de cycle (V) a été publié par
Grubbs en 2001.
Hydroformylation
Résultats expérimentaux
L'hydroformylation est une réaction industrielle découverte par le chimiste allemand O. Roelen en 1938. Le procédé porte aussi le
nom de procédé oxo car il permet l'insertion d'oxygène dans une chaîne carbonée. La réaction fait intervenir un cycle catalytique
assez complexe. Le bilan est le suivant :
la réduction par le dihydrogène des aldéhydes formés permet la synthèse d'alcools. On prépare ainsi des alcools à longue chaîne
qui entrent dans la fabrication des plastifiants et des détergents.
Hydroformylation énantiosélective
L'hydroformylation peut être réalisée de façon énantiosélective en utilisant un catalyseur soluble chiral du type de ceux rencontrés
dans les réactions d'hydrogénation énantiosélective. La réaction suivante constitue une étape de la synthèse de la L-alanine. Le
catalyseur est un complexe du rhodium comportant une diphosphine chirale appelée DIOP
Epoxydation
Préparation des époxydes
La réaction entre un peroxyacide et un composé éthylénique permet la synthèse d'un époxyde (réaction de Prilezhaev, 1909).
Plusieurs peroxyacides peuvent être utilisés, parmi lesquels : l'acide peroxybenzoïque, l'acide trifluoroperoxyacétique, l'acide
métachloroperoxybenzoïque m-CPBA qui présente l'avantage d'être un solide qu'on peut conserver assez facilement.
Le sous produit de la réaction avec le peroxyacide est un acide carboxylique. L'utilisation d'un tampon basique permet d'éviter
l'acidification de la solution. La réaction est généralement conduite dans le dioxane à une température proche de 0 °C. D'autres
réactifs d'époxydation sont utiilisés :
A partir du (Z)-but-2-ène comme substrat, on obtient le (2R, 3S)-diméthyloxacyclopropane achiral (composé méso)
Réalisée à partir du diastéréoisomère de stéréochimie E, la réaction conduit à un mélange racémique d'époxydes énantiomères.
(2R, 3R) et (2S, 3S).
La réaction est stéréospécifique de stéréochimie syn. Cette stéréospécificité s'explique par le mécanisme suivant. Le peroxyacide
est un électrophile qui réagit avec la double liaison riche en électrons du composé éthylénique.
Remarque : si l'alcène Z n'est pas symétrique, on n'obtient pas l'époxyde méso mais le mélange racémique des énantiomères (2R,
3S) et (2S, 3R).
Plus généralement à partir d'un alcène de configuration donnée, on obtient deux époxydes énantiomères (en l'absence de méso).
Les époxysilanes sont des intermédiaires de synthèse intéressants. La réaction d'un époxysilane avec un organocuprate est une
méthode de préparation des b-hydroxysilanes. Ceux-ci conduisent aux composés éthyléniques grâce à la réaction d'élimination de
Peterson.
Le monoperoxyphtalate de magnésium (MMPP) quant à lui est obtenu selon la réaction ci-dessous.
La vitesse de la réaction d'époxydation est d'autant plus grande que la double liaison est plus riche en électrons. Ainsi, les liaisons
substituées par des groupes alkyles réagissent plus vite que les liaisons non substituées. L'effet inductif donneur des groupes
alkyles vis à vis de la double liaison accroissent la densité électronique.
Les époxydes sont des éthers cycliques tendus, peu stables et particulièrement réactifs. Ils peuvent être ouverts sous l'action de
nombreux réactifs ce qui en fait des intermédiaires très utilisés en synthèse organique. Les réactions d'ouverture des époxydes sont
fréquemment mises à profit. L'ouverture nucléophile en milieu aqueux basique fournit des diols. A partir de deux époxydes
énantiomères, on obtient au maximum deux diols.
L'oxacyclopropane ou oxyde d'éthylène est obtenu dans l'industrie par réaction entre l'éthène, le dioxygène de l'air avec l'argent
comme catalyseur (10 bar < P < 20 bar, T # 150 °C). C'est un intermédiaire important de la chimie industrielle. Il permet
notamment la préparation de l'éthane-1,2-diol (éthylène glycol) utilisé dans la préparation des polyesters.
Epoxydation diastéréosélective
La tension allylique qui se développe dans la conformation 1 rend la conformation 2 plus stable que la précédente d'environ 12
[Link]-1.
Cette différence de stabilité est à l'origine de l'addition diastéréosélective du m-CPBA sur la face la moins encombrée du substrat
lors de l'époxydation de l'alcool allylique ci-dessous.
Epoxydation énantiosélective de Sharpless (EA)
L'époxydation asymétrique des alcools allyliques a été mise au point par le chimiste américain K. B. Sharpless en 1980 [41]. Il
s'agit d'un exemple de catalyse énantiosélective. Le substrat est un alcool allylique et l'oxydant est l'hydroperoxyde de tert-butyle
(TBHP). Ces composés sont tous les deux achiraux. La reconnaissance des faces énantiotopiques de la liaison éthylénique
nécessite un catalyseur chiral. Celui-ci est un complexe entre l'ester diéthylique d'un acide tartrique chiral et le
tétraisopropoxytitane. Puisque la réaction est catalytique, 5-10 % (mol) de Ti(OiPr4) en présence de tamis moléculaire 3 A
suffisent.
L'exemple ci-dessous concerne la synthèse du (S)-glycidol (I), un époxyalcool utilisé dans la préparation de médicaments b-
bloquants.
L'excès énantiomérique est donc : ee = 95 - 5 = 90 %. L'un des gros avantages de la réaction réside dans le fait qu'on peut choisir
l'énantiomère voulu en utilisant l'un ou l'autre des deux tartrates.
La réaction peut affecter l'une ou l'autre des deux faces de la liaison éthylénique. Avec la disposition des atomes de la molécule
d'alcool allylique indiquée ci dessous :
• elle a lieu sur la face inférieure (lower face) avec le tartrate L-(+).
L'exemple suivant concerne l'époxydation du (E)-3, 7-diméthyl-2,6-octadièn-1-ol ou géraniol, un alcool allylique terpénique qu'on
trouve à l'état naturel dans l'essence de géranium.
Peu de temps après sa découverte, l'époxydation de Sharpless a permis la synthèse d'une phéromone à l'échelle industrielle (J. T.
Baker) : la disparlure ou (7R, 8S)-7, 8-époxy-2-méthyloctadécane. (phéromone de la mite gitane (gypsy moth). Les grandes lignes
de sa synthèse sont données ci-dessous :
• l'oxydation de la fonction alcool primaire par le réactif de Collins permet l'arrêt au stade de l'aldéhyde ;
La réaction de Sharpless a été mise à profit pour réaliser des dédoublements cinétiques de mélanges racémiques.
Le mécanisme exact de l'époxydation de Sharpless n'est pas connu avec certitude à l'heure actuelle. La présence d'une fonction
alcool est essentielle pour que l'induction asymétrique ait lieu. K. B. Sharpless a obtenu le prix Nobel de chimie 2001
conjointement avec W. S. Knowles et R. Noyori [20].
Les époxydes dérivés d'alcools allyliques sont des 2,3-époxyalcools. Ils peuvent subir une réaction de transposition connue sous le
nom de réarrangement de Payne.
Composé I II
Excès énantiomérique (ee) 85 62
Dihydroxylation
Utilisation du permanganate de potassium
La syn-dihydroxylation vicinale des composés éthyléniques peut être effectuée en utilisant comme réactif une solution diluée et
neutre de permanganate de potassium à 0 °C. Des expériences réalisées au moyen d'oxygène 18, ont permis de montrer que les
atome d'oxygène du diol proviennent de l'ion permanganate. Cela suggère la formation d'un ester permanganique intermédiaire
dans lequel le manganèse est au degré d'oxydation +5 (voir [55]). Des substrats diastéréo-isomères fournissent des produits
diastéréo-isomères. La réaction est diastéréospécifique de stéréochimie syn. Cette stéréospécificité s'explique par l'intervention de
l'ester permanganique intermédiaire. Notons que l'état de transition présente une topologie aromatique à 6 électrons.
Lorsqu'on opère à la température ambiante, on observe une coupure oxydante de la chaîne carbonée et conduit à la formation de
composés carbonylés. Les aldéhydes éventuels sont oxydés en acides carboxyliques.
La dihydroxylation diastéréospécifique anti des composés éthyléniques peut être effectuée en réalisant successivement la
préparation d'un époxyde suivie de son ouverture par les ions hydroxydes.
Malheureusement ce réactif a un coût très élevé et un caractère extrêmement toxique. Une procédure particulière a été mise au
point en 1975 par V. Van Rheenen, R. C. Kelly and D. Y. Cha de la firme américaine Upjohn. Dans ce cas, le tétroxyde d'osmium
est utilisé en quantité catalytique en présence d'un oxyde d'amine tertiaire tel que le N-oxyde de N-méthylmorpholine (NMO),
agissant comme cooxydant (c'est la raison pour laquelle cette réaction porte le nom de procédé Upjohn) [84]. L'addition d'un
ligand achiral tel que la quinuclidine augmente la cinétique de réaction (en anglais : ligand accelerated catalysis). Voir : [85].
La réaction ci-dessous est une étape de la synthèse du cholestérol (Woodward 1952 [80].)
Oxydation de Lemieux-Johnson
La formation d'un diol par une quantité catalytique de tétroxyde d'osmium suivie de son oxydation en composé carbonylé par un
équivalent de périodate de sodium ou d'acide périodique, peut être réalisée de façon monotope (ou en "un seul pot" : en anglais :
one pot reaction). La première étape d'osmylation par OsO4 en quantité catalytique est généralement effectuée à relativement
basse température dans un solvant hétérogène dioxanne/eau mais d'autres conditions expérimentales peuvent être utilisées. Elle est
suivie de la coupure oxydante de l'ester osmique. Cette suite de réactions constitue donc un clivage oxydant des composés
éthyléniques en composés carbonylés appelée oxydation de Lemieux-Johnson (en hommage au chimiste canadien R. Lemieux et
au chimiste américain W. S. Johnson). Lorsque le cas se présente, la réaction s'arrête au stade l'aldéhyde. Le résultat global est
donc le même que celui d'une ozonolyse en milieu réducteur.
La réaction suivante est une étape de la synthèse du longifolène par W. S. Johnson utilisant comme oxydant en quantité catalytique
RuO4 au lieu de OsO4 .
Pour le cycle catalytique, voir : [77]
Une autre technique de formation de diols syn à partir des composés éthyléniques est connue sous le nom de réaction de Prévost-
Woodward. Voir : [87]
Rappelons également la réaction de Malaprade. Les a-glycols subissent une réaction de coupure en présence d'acide périodique
HIO4 pour donner des composés carbonylés.
On trouve désormais dans le commerce des mélanges prêts à l'emploi appelés AD-mix-a et AD-mix-b. Leur composition est
donnée ci-dessous :
Selon qu'on utilise l'un ou l'autre des deux réactifs, la dihydroxylation affecte l'une ou l'autre des deux faces de la double liaison
comme l'indique le schéma ci-dessous qui doit être considéré avant tout comme un moyen mnémotechnique. Les lettres RG, RM,
RP symbolisent la taille des groupes.
RG > RM > RP
Les éléments chiraux de ces catalyseurs sont constitués par la dihydroquinine (DHQ) ou la dihydroquinidine DHQD séparés par
un motif central : la phtalazine.
La dihydroquinine et la dihydroquinidine sont des alcaloïdes dont la structure ressemble à celle de la quinine. Un exemple est
donné ci-dessous. Un protocole expérimental est donné à la référence [40]
La dihydroxylation de Sharpless est une réaction importante qui a été mise à profit dans plusieurs synthèses récentes. Citons celle
d'une phéromone d'agrégation d'une population d'insectes causant de graves dommages aux forêts de pins aux USA : la frontaline.
Avec le réactif AD-mix a, la réaction est facile. Elle fournit ici un excès énantiomérique relativement peu élevé ee = 65 %. Des
excès énantiomériques beaucoup plus grands sont observés avec d'autres substrats. On trouvera des exemples aux références [18]
et [19].
Applications
Synthèses d'oxazolidinones utilisées comme auxilliaires chiraux dans l'alkylation diastéréosélective d'Evans.
La synthèse suivante, au cours de laquelle l'intermédiaire n'est pas isolé s'effectue en une seule fois dans le même réacteur. C'est
un exemple de réaction monotope (mono : unique, topos : endroit ; en anglais : one pot reaction.)
R = Me, Ph, CO2Et
Ar = Ph, 4-MeO, 4-O2NC6H5.
Peu de temps après sa découverte, la réaction d'aminohydroxylation énantiosélective a trouvé une application dans une synthèse
élégante de la chaîne latérale du taxol en seulement quatre étapes [49].
Dans le même ordre d'idée, la réaction a été appliquée avec succès par l'équipe de P. Potier de l'ICSN de Gif dans l'hémisynthèse
du taxotère. Ce composé de la même famille que le taxol mais plus actif que ce dernier, présente l'immense avantage d'être obtenu
en quelques étapes à partir d'un composé extrait de l'If européen : la déacétylbaccatine (10-DAB) par simple estérification à l'aide
de l'acide trans-cinnamique [82]
.
Ozonation
Résultats expérimentaux
Le trioxygène ou ozone est une variété allotropique du dioxygène. L'ozone donne des réactions d'addition avec les composés
éthyléniques qui conduisent à des ozonides.
La troisième formule limite est appelée : forme dipolaire 1, 3. Elle montre que l'ozone possède une extrémité électrophile et une
autre nucléophile. La réaction entre l'ozone et un composé éthylénique s'appelle ozonation. Elle est réalisée à basse température et
fournit un ozonide.
L'image de gauche représente le molozonide initial formé par cycloaddition entre l'ozone et
le 1,1,2,2-tétraméthyléthène. Cet adduit se décompose ensuite spontanément en ozonide
(voir le mécanisme plus bas). Comme tous les composés comportant une liaison peroxo, les
ozonides sont des composés très instables.
On fait barboter un mélange de dioxygène et d'ozone issu d'un ozoniseur dans une solution d'alcène dans le méthanol ou dans le
dichlorométhane à basse température (usuellement le mélange carboglace/acétone à - 78 °C). La disparition de l'alcène se
caractérise par l'apparition de la couleur bleue de la solution traduisant la présence d'ozone en excès. Voir : [86].
Mécanisme
Le mécanisme actuellement admis a été proposé par R. Criegee en 1951. La réaction entre O3 et la double liaison éthylénique est
une cycloaddition dipolaire 1, 3. Le produit d'addition s'appelle molozonide ou parfois ozonide initial. Cette cycloaddition peut
être interprétée en utilisant l'approximation des orbitales frontières. L'état de transition présente une topologie aromatique à 6
électrons.
Formellement, la molécule d'ozone ressemble beaucoup à un anion allylique. Les orbitales moléculaires p de l'éthylène ont été
décrites plus haut.
• formation de l'ozonide.
Les ozonides sont rarement isolés du milieu réactionnel. Ils sont mis à réagir in situ avec le réactif souhaité. Bien que beaucoup
plus stables que les ozonides primaires, les ozonides sont des composés explosifs en raison de la faible stabilité et de la grande
labilité de la liaison peroxo. La réaction doit être réalisée à basse température derrière un écran de protection.
Ozonolyse
Une réaction intéressante des ozonides est leur réduction en composés carbonylés. Celle-ci peut être effectuée sous l'action de
plusieurs réactifs :
• une procédure plus récente consiste à utiliser le diméthylsulfure (CH3)2S (DMS) qui est oxydé en diméthylsulfoxyde
(CH3)2S=O (DMSO). La triphénylphosphine Ph3P est également utilisée.
• l'hydrolyse en milieu non réducteur (ozonolyse oxydante) fournit du peroxyde d'hydrogène comme sous-produit. Ce dernier
provoque l'oxydation les aldéhydes éventuellement formés en acides carboxyliques.
L'ozonolyse oxydante est peu utilisée en synthèse organique. On préfère en général travailler en milieu réducteur, isoler les
produits puis les oxyder ensuite.
• les ozonides peuvent également être réduits en alcools en utilisant LiAlH4 ou NaBH4.
Réalisée sur les produits d'élimination issus de la déshydratation des alcools ou de l'élimination d'Hofmann sur les ions
ammonium quaternaires, cette réaction a permis d'élucider la structure de nombreux composés d'origine naturelle comme les
alcaloïdes a une époque ou l'on ne disposait pas du puissant moyen d'investigation que constituent les méthodes spectrales.
Utilisation en synthèse
L'ozonolyse est aussi utilisée pour préparer des composés carbonylés ou dicarbonylés. Une préparation des composés dicarbonylés
1,4 consiste à effectuer l'ozonolyse d'un cyclobutène disubstitué préparé préalablement, par exemple, en effectuant une
cycloaddition entre un cétène et un composé éthylénique.
La réaction suivante est une étape de la synthèse d'une phéromone d'insecte. Le composé dicarbonylé est obtenu par coupure du
méthylcycloheptène lui même obtenu facilement à partir de la cycloheptanone qui est un produit commercial.
Associée à une réaction de cyclisation, la réaction peut servir à contracter un cycle. L'exemple suivant est extrait d'une synthèse de
la (-)-(R)-sarcomycine, un composé à activité antitumorale (Robert K. Boeckman, 1980 [59]). Le substrat de départ est obtenu
grâce à une réaction de Diels-Alder catalysée par TiCl4 ;
la fermeture d'un premier cycle est effectuée par une cyclisation de Dieckmann ;
• oxydation du Pd (0) en Pd (II) par le chlorure de cuivre (II) avec réduction de ce dernier en chlorure de cuivre (I) ;
• oxydation du chlorure de cuivre (I) en chlorure de cuivre (II) par le dioxygène de l'air.
Préparation de méthyl-cétones
La réaction d'oxydation des composés éthyléniques catalysée par le chlorure de palladium constitue une méthode générale de
préparation des méthylcétones à partir des alcènes terminaux. Comme les méthyl cétones sont des intermédiaires importants en
synthèse organique, la réaction possède un indéniable intérêt pratique. Cette méthode est plus intéressante que l'alkylation de
l'acétone qui souffre d'un manque de sélectivité [25].
Coupure oxydante
Lorsqu'on utilise une solution concentrée de permanganate de potassium, à chaud, on observe une coupure oxydante de la double
liaison éthylénique. Le trioxyde de chrome est également utilisé. Les composés éthyléniques disubstitués donnent des aldéhydes
qui sont suroxydés immédiatement en acides carboxyliques.
Les alcènes possédant un méthylène terminal sont oxydés en méthanal. Ce dernier est suroxydé en acide méthanoïque (acide
formique) qui se décompose en CO2 et en eau.
Bibliographie
Ouvrages expérimentaux
[1] Manuel d'expériences de chimie - UNESCO Société chimique de France - Université de Montpellier.
[2] P. Rendle, M. V. Vokins, P. Davis, Experimental Chemistry (Edward Arnold).
[3] L. F. Fieser, K. L. Williamson - Organic Experiments (D. C. Heath and Company).
[4] R. Adams, J. R. Johnson, C. F. Wilcox - Laboratory Experiments in Organic Chemistry (The Macmillan Company, Collier-Macmillan Limited).
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