Écoulement D'un Métal Liquide en Présence D'un Champ Magnétique
Écoulement D'un Métal Liquide en Présence D'un Champ Magnétique
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© Techniques de l’Ingénieur, traité Génie électrique D 2 950 − 1
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en présence d’un champ magnétique, tout comme le rotor d’un alternateur, ils
sont le siège d’un champ électromoteur et de courants de Foucault. L’écoulement
des métaux liquides en présence d’un champ magnétique s’écarte donc des lois
de la mécanique des fluides classique car la force de Laplace par unité de volume
qui s’écrit j ∧ B (avec j densité de courant en B induction magnétique)
s’ajoute aux autres et peut devenir prépondérante. Le champ magnétique devient
alors un paramètre essentiel de l’écoulement.
Le cadre théorique nécessaire à l’étude de ces phénomènes est la magnéto-
hydrodynamique (MHD). La classe de phénomènes décrits par cette discipline
est énorme, puisque la mécanique des fluides d’une part, l’électromagnétisme
d’autre part, n’en sont que des cas particuliers. Elle constitue en fait le cadre
dans lequel le couplage de ces deux disciplines classiques peut devenir plus
important que les phénomène propres à chacune d’elles.
La MHD est loin d’être un simple jeu intellectuel, puisque dans l’univers la plus
grande partie de la matière est fluide et conductrice de l’électricité. Mais ici nous
nous limitons au cas des métaux liquides à l’échelle du laboratoire ou de
l’industrie ; nous excluons donc les phénomènes MHD à l’échelle géophysique,
bien que la Terre soit pratiquement une boule de métal liquide. On trouve des
métaux liquides en présence de champs magnétiques dans l’industrie (fours à
induction, cuves à électrolyse, etc.) depuis près d’un siècle. Plus récemment, maî-
trisant mieux les lois de la MHD, on a introduit des techniques nouvelles basées
sur des phénomènes proprement MHD, comme les pompes, les débit-mètres
et les générateurs MHD. En métallurgie d’élaboration et en cristallo-génèse, on
étudie et développe en ce moment des procédés originaux basés sur la MHD.
L’importance industrielle de ces applications justifie bien cet article.
Pour mieux comprendre cet article, le lecteur peut se reporter aux articles :
— Mécanique des fluides [A 1 870], dans le traité Sciences fondamentales ;
— Électromagnétisme [D 1 020], dans ce traité.
Afin d’élargir ses connaissances, le lecteur peut aussi se reporter aux articles de ce traité :
— Gaz ionisés et plasmas [D 320] ;
— Plasmas thermiques. Production et applications [D 2 820] ;
— Mouvement d’un liquide en présence d’un champ électrique [D 2 850].
Dans les métaux liquides, comme dans tous les matériaux assez
∇ ∧ B = µj
bons conducteurs de l’électricité pour que le temps de relaxation ∂B
∇ ∧ E = – ----------
de la charge électrique soit nettement plus court que le temps de ∂t
transit des ondes électromagnétiques, les équations de Maxwell se
réduisent à leur forme dans l’approximation de l’électromagné-
Par ailleurs, ces métaux vérifient la loi d’Ohm qui implique que,
tisme. Si l’on note E le champ électrique, t le temps et µ la per-
méabilité [d’ailleurs égale à celle du vide (µ 0 = 4π · 10–7 H · m–1)], pour un observateur lié à la particule fluide (qui voit j ′ et E′ ), on
elles s’écrivent : ait :
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∇ ⋅ j = 0
(6) ∂b
Si l’écoulement est lui aussi permanent alors --------- = 0 , b /B0 est de
ce qui exprime la conservation de la charge électrique. Et, en ∂t
prenant la divergence de la loi d’Ohm (4), on en déduit : l’ordre de Rm , l’expression précise dépendant de la configuration
étudiée.
∂A
∆ ϕ = ∇ ⋅ – ---------- + u
∂t
∧ B (7) ■ Au contraire, lorsque le nombre Rm est beaucoup plus grand que
l’unité, c’est le dernier terme du second membre de (8) qui devient
négligeable. L’équation de l’induction se réduit, quand Rm → ∞, à :
Il est commode de considérer B comme la grandeur électro- ∂B
--------- = ∇ ∧ (u ∧ B ) (13)
∂t
magnétique fondamentale, puisque les autres grandeurs comme E
La solution possède alors une propriété fort remarquable :
et j s’en déduisent simplement par (2) et (3). L’équation de l’induc- l’induction magnétique est gelée dans la matière (à titre d’exemple,
cette propriété est la base de l’explication des taches solaires). En
tion, qui exprime l’évolution dans le temps et l’espace de B ,
pratique, cela signifie qu’il devient extrêmement difficile de faire
s’obtient en prenant le rotationnel de la loi d’Ohm (4) :
pénétrer le champ magnétique dans la matière, ou qu’il faudrait un
temps très long par rapport au temps de transit l/ des particules
∂B 1
--------- = ∇ ∧ (u ∧ B ) + --------- ∇ 2 B (8) fluides. La figure 1 met bien cet effet en évidence. On note donc
∂t µσ que l’on peut empêcher la pénétration du champ magnétique aussi
bien en déplaçant très vite un objet modérément conducteur, qu’en
Dans un milieu au repos ( u = 0 ), elle se réduit à l’équation de
déplaçant lentement un objet extrêmement conducteur, puisque
diffusion classique, dont de nombreuses solutions sont bien
c’est le produit µσ l qui caractérise cet effet.
connues. Ainsi, en régime permanent, entre les pièces polaires paral-
lèles d’un aimant parfait (µ → ∞), elle conduit tout simplement à un Lorsque Rm!1, il peut cependant exister des régions de faible
champ magnétique uniforme. Dans les systèmes alternatifs mono- épaisseur (nappes ou filaments) où les dérivées secondes par rap-
phasés de pulsation ω , on connaît bien la solution :
port aux coordonnées sont très grandes (∇ 2 ≈ 1 / δ B2 !1/ l 2 ) . Dans
π
n n ces régions, si :
B = B 0 exp – -------- sin ω t – -------- – ----- es (9)
δB δB 4 δB ≈ lRm –1/ 2 (14)
avec B0 induction magnétique à la frontière du milieu
1
conducteur, le terme de diffusion --------- ∇ 2 B peut entrer en compétition avec le
µσ
es vecteur unitaire tangent à la frontière plane du milieu
conducteur, terme de convection ∇ ∧ ( u ∧ B ) . On retrouve là une sorte
n coordonnée normale à la frontière plane du milieu d’effet de peau, déjà visible sur la figure 1a avec la concentration
conducteur dirigée vers l’intérieur, des lignes de flux magnétique à la surface du cylindre en mouve-
δB profondeur de pénétration de l’induction magnétique : ment, bien que Rm soit encore modéré (10 2). Cet effet est essentiel
dans les conditions astrophysiques.
2 Dans les métaux liquides, à l’échelle du laboratoire, on peut adop-
δB = ------------- (10)
µσω
ter les estimations suivantes : (µσ )–1 ≈ 1 m2 · s–1 , ≈ 10 –1 m ⋅ s –1,
Le terme ∇ ∧ ( u ∧ B ) de l’équation (8), qui fait apparaître
l ≈ 10 m . Il en résulte que Rm ≈ 10–2 et que l’évolution du champ
–1
l’influence du champ de vitesse sur le champ magnétique, est discuté
au paragraphe 1.2. magnétique est dominée par la diffusion. À l’échelle des réacteurs
nucléaires surgénérateurs refroidis au sodium liquide, comme
Superphénix en France, il apparaît que Rm peut devenir supérieur
à l’unité et que, par suite, la convection du champ magnétique peut
1.2 Nombre de Reynolds magnétique devenir non négligeable. À l’échelle géophysique, en considérant la
Terre comme une boule de métal liquide où la vitesse est très lente
(≈ 10–3 m · s–1), mais dont les dimensions sont énormes (≈ 107 m),
Soit et l deux valeurs caractéristiques de la vitesse du métal
liquide et des dimensions de l’écoulement. On appelle nombre de Rm atteint des valeurs de l’ordre de 10 4 . La convection devient alors
Reynolds magnétique la quantité sans dimension : prépondérante par rapport à la diffusion et conduit à des consé-
quences remarquables comme l’autoentretien du champ magnéti-
Rm = µσ l (11) que terrestre par effet dynamo, comme dans une machine
homopolaire où µσ est très grand.
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masse volumique ρ comme connues et indépendantes du mouve- ■ Les équations sont aussi vérifiées si u = – a et P ’ = 0, et elles
ment. En excluant de l’analyse les problèmes thermiques (convec- se ramènent alors à la forme :
tion naturelle ou forcée), le problème se ramène à la détermination
des composantes de la vitesse u et des deux scalaires ϕ et p , qui ∂u ∂u
--------- = – 0 --------- (29)
vérifient le système fondamental d’équations : ∂t ∂x
dont les solutions sont des ondes se propageant avec la célérité
+ 0 dans la direction Ox :
∇ ⋅u = ∇ ⋅ j = 0
u = – a = f ( x – 0 t , y , z ) (30)
∂u 1 1
--------- + ( u ⋅ ∇ ) u = – ----- ∇ p + ν ∇ 2 u + ----- j ∧B
∂t ρ ρ Si maintenant on se limite à des ondes de petite amplitude
∂A
j = σ – ∇ ϕ – ---------- + u
∂t
∧B ( a, u? 0 ) , les quatre termes non linéaires ( u ⋅ ∇ ) u , ( a ⋅ ∇ ) a ,
tique uniforme d’induction B 0 (soit Ox l’axe de la coordonnée caractérisés chacun par un vecteur d’onde k , une pulsation ω
^
a priori complexe et leur amplitude G .
dans la direction de B 0 . Cet état initial peut être résumé par les
relations : Les équations du mouvement et de l’induction deviennent :
1
B2
(– j ω + ν k 2 )u = j( 0 ⋅ k ) a
^ ^
u = 0, B = B0 , ----- p + --------- = P 0 (21)
ρ 2µ ^
(32)
(– j ω + η k 2 ) a = j( 0 ⋅ k ) u
^
avec P0 constante. ^ ^
avec a et u amplitudes de a et u .
Introduisons la notation :
Toute solution non identiquement nulle doit vérifier l’équation de
dispersion :
B
= --------------- (22) ω 2 + j ω k 2 ( ν + η ) + νηk 4 – ( 0 ⋅ k ) 2 = 0 (33)
µρ
En séparant la partie réelle et la partie imaginaire de ω = α + jβ et
qui permet d’exprimer l’induction magnétique comme une grandeur
ayant la dimension d’une vitesse, et superposons à l’état initial une en notant θ l’angle ( 0 ⋅ k ) , les racines s’écrivent :
perturbation a telle que :
k4
α = ± 20 k 2 cos θ – -------- ( η – ν ) 2
2
1 B2
u ≠ 0, = 0 + a , ----- p + --------- = P 0 + P ′ (23) 4
ρ 2µ (34)
k2
Cette perturbation vérifie les équations suivantes : β = – -------- ( ν + η )
2
∇ ⋅u = ∇ ⋅a = 0 (24)
On observe que le taux d’amplification β est systématiquement
négatif et que les deux diffusivités s’ajoutent pour amortir ces
∂u ∂a
--------- + ( u ⋅ ∇ ) u = – ∇ P ′ + 0 --------- + ( a ⋅ ∇ ) a (25) ondes de petite amplitude. On observe aussi que, puisque la pul-
∂t ∂x sation α doit être réelle, le nombre d’onde k ne peut pas être
quelconque :
∂a ∂u cos θ
--------- + ( u ⋅ ∇ ) a = 0 --------- + ( a ⋅ ∇ ) u (26) k 2 0 ------------------- (35)
∂t ∂x η–ν
On remarque deux solutions évidentes sans qu’il soit nécessaire Cette condition, illustrée sur la figure 2, signifie que le vecteur k
de supposer petite l’amplitude de la perturbation. doit être situé à l’intérieur des sphères de diamètre 2 0 / η – ν . En
pratique, pour que la propagation soit observable, on doit adopter
■ Les équations sont vérifiées si u = a et P ’ = 0, et elles se une condition plus sévère, par exemple exiger que la durée
ramènent à la forme simple : d’amortissement 1/β soit nettement plus grande que la période
∂u ∂u 2π/α . On peut admettre le critère :
--------- = 0 --------- (27)
∂t ∂x 2
2 20 cos θ
k 2 < ------------------------------
- (36)
dont les solutions sont des ondes se propageant avec la célérité ν 2 + η2
– 0 dans la direction Ox :
Cette condition illustrée également sur la figure 2 restreint
u = a = f (x + 0 t, y, z ) (28) encore davantage le domaine de l’espace des vecteurs d’ondes
puisqu’elle impose à k de se trouver à l’intérieur des deux petites
2
sphères de diamètre 0 -------------------
- .
η2 + ν2
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refermer dans le plan (Ox , Oz ) : dan la section ABCD, u ∧ B0 En général, les solutions de (38) et (40) ne coïncident pas. Cela
signifie qu’un éventuel état initial MHS est soumis à une évolution
l’emporte sur E , par contre, à l’extérieur, c’est E qui l’emporte. Les du champ magnétique, conforme à l’équation :
forces de Laplace j ∧ B 0 (0, jB 0 , 0) freinent le fluide dans la région
∂B 1
centrale ABCD et l’accélèrent de part et d’autre. Un peu plus tard, --------- = --------- ∇ 2 B (41)
deux sections fluides AA’D’D et BB’C’C sont ainsi à leur tour en ∂t µσ
mouvement alors que la zone centrale ABCD revient au repos (sauf qui détruit l’équilibre. La durée nécessaire à cette destruction est le
si son mouvement est maintenu par une source extérieure). La répé- temps de diffusion τ d ≈ µσ l 2 . Dans les métaux liquides à l’échelle
tition de proche en proche de cet effet conduit bien à une propagation du laboratoire, τd est très court, de l’ordre de 10–2 s, et par
le long de O x , dans les deux directions, de l’énergie fournie conséquent le système ne peut pas être observé à l’état MHS, sauf
initialement à l’échantillon ABCD. Il est aussi intéressant de comparer dans un petit nombre de situations particulières où les deux équa-
les lignes de flux magnétique à des cordes vibrantes soumises à la tions (38) et (40) sont vérifiées simultanément. Ces configurations
tension de Maxwell B 2 /2 µ. Toute perturbation se propage le long ont été étudiées à propos des gaz ionisés (plasmas) en vue de leur
des lignes de flux comme le long de cordes vibrantes. confinement électromagnétique dans les réacteurs de fusion ther-
monucléaire (tokamaks), mais les résultats s’appliquent aux métaux
liquides.
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L’exemple le plus simple est celui des équilibres cylindriques. présence d’une frontière de révolution à courbure non nulle
comme la courbe méridienne de la figure 6, elle devient :
Un courant longitudinal de densité j 0, 0, j (r ) induit une induc-
tion magnétique orthoradiale B = 0, B (r ), 0 et la relation n n
A = A 0 (s) exp – -------- cos ω t – --------
d’Ampère (2) implique : δB δB
π
1 d A0 ( s ) n n
µ j = ----- -------- ( rB ) (42) B s = ----------------- exp – -------- sin ω t – -------- – -----
r dr δB δB δB 4
B = – ------------- exp – -------- cos ω t – --------
δ
Si la densité de courant est uniforme dans une colonne de dA 0 n n
rayon R et nulle à l’extérieur, le champ magnétique est donné par n ds δ
B B
la relation :
j = σω A ( s ) exp – -------- sin ω t – --------
n n
r 0 δ δ
B = µ j ----- , si r R
2 B B
(46)
2 (43)
R
B = µ j --------- , si r R Dans la base ( e n , e s , e θ ) , s désigne la coordonnée curviligne
2r
le long de la courbe méridienne et n la coordonnée normale diri-
et la pression, que l’on suppose uniforme et égale à pe à l’extérieur gée vers l’intérieur. L’indice 0 caractérise les amplitudes à la fron-
du cylindre, varie à l’intérieur suivant la relation :
tière (n = 0) du métal liquide. Le potentiel vecteur j e θ et la densité
µ j 2R 2
r2 de courant A e θ sont alors orthoradiaux (suivant e θ ).
p = p e + ------------------ 1 – -------2- (44)
4 R
La force de Laplace par unité de volume s’écrit :
∂A ∂A
Dans une expérience sur une colonne de liquides superposés, F = – σ --------- e θ ∧ ( ∇A ∧ e θ ) = – σ --------- ∇ A (47)
∂t ∂t
illustrée sur la figure 4, on peut vérifier l’existence de l’équilibre
MHS, à condition que la colonne soit assez longue. Près des
extrémités (électrodes et surface libre), on observe la présence
d’un mouvement dû au fait que la force de Laplace j ∧ B n’est
pas rigoureusement irrotationnelle. Mais, dans la région centrale
(éloignée des extrémités), on vérifie exactement la relation (44).
Les cuves à électrodes pour la production d’aluminium
(figure 5) représentent une situation tout à fait voisine. La sur-
face libre, réelle entre les anodes élémentaires, virtuelle à l’inté-
rieur de celles-ci, a la forme d’un dôme parabolique d’équation :
µj 2 R 2
r2
z = -------------------- 1 – -------2- + Cte
4 ρg R
(45)
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δB 1/2
Laplace sont de l’ordre de B 0 -------------
µρ l
, où B 0 désigne la valeur
moyenne de Bs à la frontière (n = 0), et tendent vers zéro lorsque
2
δB → 0. Introduisons le nombre sans dimension R ω = µσω l quel-
quefois appelé paramètre d’écran. Aux fréquences assez élevées
pour que :
R ω !1 (53)
il apparaît donc justifié d’ignorer le mouvement et de calculer les
pressions et les surfaces libres comme si le fluide était au repos.
La distribution de pression p qui satisfait à la condition de l’équi-
libre MHS (39) s’écrit alors :
σω A 20
4 2n
p + ------------------ exp – ---------
δB =p c (54)
on obtient encore : La forme de la surface libre S d’une masse de métal liquide, telle
que celle de la figure 6 , dépend donc de cette pression
σω magnétique (55), ainsi que de la pesanteur et de la tension super-
F = ---------- A* ∇ A* sin 2 τ – A* 2 ∇ τ (1 – cos 2 τ ) (49)
2 ficielle γ du métal liquide. Si patm désigne la pression atmosphérique
et K la courbure locale de la surface libre à l’altitude z au-dessus
Dans les métaux liquides, les forces d’inertie sont en général telles du point considéré, la pression vraie en ce point est la somme
(sauf à des fréquences faibles, inférieures à quelques dizaines de 2
herzt) qu’ils ne peuvent pas suivre les fluctuations de cette force. B0
p atm + ρ gz + γ K + --------
- . L’équation de la surface libre s’en déduit
On peut alors remplacer celle-ci par sa valeur moyenne : 2µ
2π/ ω immédiatement :
ω
〈 F 〉 = ---------
2π 0
σω
2 δB
2n
δB
F dt = ----------- A 20 (s ) exp – --------- e n (50) B0
ρ gz + γ K + --------
2
- = Cte sur S (56)
2µ
Celle-ci est dirigée suivant la normale e n mais son module varie
le long de la surface frontière. Elle n’est pas irrotationnelle La résolution de cette équation n’est cependant pas simple
(c’est-à-dire réductible à une pression) puisque : puisque B0 (S ) dépend de la forme de la surface libre. Un théorème
variationnel facilite le calcul. On montre que la somme Eg + Eγ – Em ,
où :
∇ ∧ 〈 F 〉 = – σω A * ∇ A * ∧ ∇τ (51)
sauf lorsque ∇A* et ∇τ sont colinéaires, c’est-à-dire loin des Eg =
D
ρ gz dV , Eγ = γ S , Em =
^
D
B2
--------- dV
2µ
(57)
extrémités, dans une région cylindrique. On peut remarquer que :
est minimale lorsque l’équation (56) est vérifiée. Les trois quantités
dA 0 1
∇∧ 〈F 〉 ≈ 〈 F 〉 ------------- -------- (52) ci-dessus désignent respectivement l’énergie potentielle du métal
ds A 0 liquide dans le champ de pesanteur, l’énergie de la surface libre d’aire
^
En toute rigueur, l’équilibre MHS n’existe donc que dans les sys- S et l’énergie magnétique du domaine D qui est le complément
tèmes cylindriques. Nous verrons par la suite [relation (133)] que de D , domaine occupé par le métal liquide. Ce théorème ouvre des
les vitesses engendrées par cette partie rotationnelle de la force de perspectives de résolution numérique tout à fait rapides et précises.
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Exemples
■ La figure 7 montre deux exemples de surfaces libres d’acier liquide
chauffé par induction dans un creuset d’acier (§ 5.1), calculées à
l’aide de cette approximation MHS et comparées à celles réellement
observées. L’accord, excellent dans le cas où δB = 0,133R i (figure 7b ),
est déjà acceptable dans le cas où δB = 0,385R i (figure 7a ) (R i désigne
le rayon intérieur du creuset).
■ L’une des applications les plus connues est sans doute le calcul de
la forme d’une masse de métal fondu en lévitation, illustrée par la
figure 8. L’inducteur exerce une pression magnétique supérieure dans
la partie basse en raison de sa forme conique, mais celle-ci s’annule de
toute façon au point le plus bas S où B0 = 0 par symétrie. Au voisinage
de ce point, les particules fluides sont donc toutes portées contre la
pesanteur uniquement par la tension superficielle. En écrivant l’égalité
entre le poids de la colonne liquide de hauteur h = NS située le long de
l’axe et cette tension capillaire, on obtient :
γK
h = ----------
ρg (58)
1
qui permet d’estimer, puisque K est de l’ordre de ----- , la masse suscep-
h
tible d’être ainsi lévitée (h est au plus de l’ordre de quelques centi-
mètres pour l’aluminium, quelques millimètres pour le plomb).
■ Les applications pratiques les plus prometteuses de cette possibilité
d’exercer une pression magnétique sur un métal liquide semblent en
réalité situées hors des cas où il faut vaincre la pesanteur. Le contrôle
électromagnétique des jets métalliques en est un exemple particu-
Figure 7 – Surfaces libres d’acier fondu
lièrement intéressant. Le fluide s’écoule verticalement à une vitesse u
par induction dans un creuset
mais, dans le plans horizontal, la distribution de pression obéit à la loi
de la MHS. On a ainsi pu contrôler la forme de la section droite d’un jet
métallique en l’aplatissant (figure 9). La figure 10 illustre le cas où l’on
n’utilise la pression magnétique que pour vaincre en partie la pesanteur,
de façon à réaliser la striction d’un jet métallique liquide. Le coefficient
de contraction, rapport du diamètre contracté d 2 au diamètre initial d 1 ,
peut être évalué à l’aide de la relation :
d2 2 1/4
1 – ------------------
B0
--------- = (59)
d1 µρ u 2
1 – exp (– R ω )
C ω = 1 – --------------------------------------------------------- (60)
Rω
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1 ∂b ∂ϕ
j y = ----- --------- = – σ --------
µ ∂z ∂y
(61)
1 ∂b ∂ϕ
j z = – ----- --------- = σ – -------- + uB 0
µ ∂y ∂z
et en tenant compte de la relation (6), on obtient les relations qui
lient b et ϕ à u :
∂u
Figure 9 – Aplatissement d’un jet (débit 25 cm3 /s) ∆b + µσ B 0 --------- = 0 (62)
initialement circulaire (diamètre d = 5 mm) ∂y
par une induction magnétique à haute fréquence (380 kHz)
∂u
∆ ϕ – B 0 --------- = 0 (63)
∂z
La troisième équation, qui ferme le système, est l’équation du
mouvement, qui s’écrit :
B 0 ∂b Gp
∆u + ------------ --------- = – ------- (64)
ρνµ ∂y ν
∂p
en notant --------- = – ρ Gp la gradient de pression moteur appliqué de
∂x
l’extérieur.
Les conditions aux limites, qui doivent être associées à ces équa-
tions (62) à (64) pour déterminer complètement la solution,
expriment :
— que la vitesse u s’annule sur le contour intérieur Ci de la
paroi ;
— que la composante b du champ magnétique s’annule sur le
contour extérieur Ce de la paroi ;
— que la composante du champ électrique normale à la paroi
( e n ⋅ ∇ ϕ ) est nulle sur Ce et continue sur Ci , et que ϕ est aussi
continu sur Ci .
Figure 10 – Contraction d’un jet de mercure
à l’aide d’une induction magnétique alternative La solution de ce problème est élémentaire lorsque la conduite
est un rectangle de demi-longueur dans la direction Oz
(figure 11b ). Loin des bords Z = ± Γ , les distributions de u , b et ϕ
sont indépendantes de z , les équations (62), (63) et (64) se rédui-
3. Écoulements en conduites sent à des équations différentielles ordinaires et leur solution
s’écrit :
en présence d’un champ
magnétique transversal u ch ( HaY )
------- = 1 – ----------------------------
V ch Ha
Dans ce paragraphe, nous utilisons les coordonnées
adimensionnelles :
b 1 sh (HaY )
E
------------------ = --------- ----------------------------- – 1 + ------------- Y
B 0 Rm Ha ch Ha B0 V
(65)
1
X, Y, Z = ----- (x, y, z) jz E ch ( HaY )
- = ------------- + 1 – ----------------------------
----------------
σ B0 V B0 V ch Ha
avec demi-largeur de la conduite.
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1
u = -----
0
th Ha
u dy = V 1 – ----------------
Ha
— la densité de courant moyenne :
1
j = ----- j z dy = σ E + σ B 0 u
0
— le coefficient de frottement :
u
2 ν ∂u
2
- ---------
C f = -----------
∂y
2Ha 2
Re Ha
1
= ---------------- ----------------------------
---------------- – 1
th Ha
— le coefficient de perte de charge :
2G p B0 j
λ = ----------------- = C f + 2 ---------------
-
u
2
ρu 2
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Dans une conduite à parois isolantes, sans circuit extérieur, on a : la vitesse loin de la paroi a priori inconnue. L’équation du mouvement
(64) s’écrit :
ρ Gp ρ G p Ha
j = 0,
σ B0 Ha
E = ------------- 1 – ---------------- ,
th Ha V = ------------2- ----------------
σ B 0 th Ha d2 u σ B 0
2
σB 0
2
-----------2- – ------------- u = – ------------- u 0 (72)
dy ρν ρν
Dans une conduite à parois parfaitement conductrices, on a :
La solution qui s’annule à la paroi et qui tend asymptotiquement
ρ Gp vers u 0 est :
E = 0,
B0 th Ha
j = ------------- 1 – ---------------- ,
Ha ρ Gp
V = ------------
σB 0
2
-
u = u 0 [1 – exp (– HaY )] (73)
Elle montre bien que, quelle que soit la valeur de u 0 , la variation
et quand Ha ! 1 , j = ρ Gp /B0 . de vitesse est localisée dans la couche d’épaisseur δ ⊥ donnée par
l’équation (67).
Dans le cas le plus général, on doit introduire le rapport C des
La densité de courant s’en déduit à partir de la loi d’Ohm (4) :
conductances respectives des parois (épaisseur e , conductivité σ p)
et du fluide (largeur 2 , conductivité σ ) : jz = σ (E + B 0 u) = σE + σB 0 u 0 [1 – exp(– HaY )] (74)
σp e Les deux profils u/u 0 et jz / σB 0 u0
sont donc identiques à une
C = ------------ (68)
σ translation près E/B 0 u 0 .
Si la couche de Hartmann n’était pas pré-
sente, le densité de courant serait uniforme jusqu’à la paroi et
ainsi que le courant électrique par unité de longueur I forcé de égale à :
l’extérieur. La condition de fermeture du circuit s’écrit : ρ Gp
j 0 = σ E + σ B 0 u 0 = ------------
- (75)
I B0
σ E(1 + C ) + σ B 0 u = ----- (69)
2
En réalité, la présence de la couche de Hartmann impose de
Quand I = 0, l’expression globale de l’équilibre des forces appli- superposer à ce courant uniforme un courant complémentaire
quées à une tranche fluide se ramène à : confiné dans cette couche :
∞
Ha 2
Re Ha – th Ha 1 + C
th Ha C
λ = 2 ------------- ------------------------------ + --------------- (70)
0
(j 0 – j z ) dy = σ B 0 u 0 δ ⊥ = u 0 σρν (76)
On note les deux formes asymptotiques de cette loi lorsque Cette propriété très caractéristique distingue nettement cette
Ha → ∞ : si C = 0, λ → 2Ha/Re , alors que, si C → ∞ , λ → 2Ha 2 /Re . couche de Hartmann de la plupart des couches limites en mécanique
Autrement dit, à Gp et B 0 donnés, la vitesse est Ha fois plus faible des fluides, qui s’adaptent à l’écoulement voisin sans réagir sur lui,
en présence de parois très conductrices qu’en présence de parois puisque la vitesse au loin est directement proportionnelle au courant
isolantes ; on parle de blocage électromagnétique du fluide qui transite dans la couche.
lorsque ces parois sont très conductrices et de freinage électroma- Il est remarquable que les propriétés de cette couche, justifiées
gnétique lorsqu’elles sont isolantes. ci-avant dans le cas particulier des écoulements parallèles, se géné-
Quand I ≠ 0, le fonctionnement du système peut être interprété ralisent à des écoulements lointains tout à fait complexes. Deux
en termes de conversion d’énergie. Le système est un générateur conditions sont cependant nécessaires : il faut que les échelles carac-
de courant électrique continu si 0 < I < 2 ρ G p /B 0 ; une part de la téristiques de vitesse u 0 et de longueur l de l’écoulement lointain
vérifient :
puissance mécanique fournie au fluide est en effet convertie en puis-
sance électrique dissipée elle-même dans le circuit. Si I < 0, le sys- 2
tème fonctionne comme une pompe et le débit est supérieur à ce u 0l σB 0l
Re = ------------ !1 , N = ----------------!1 (77)
qu’il serait à courant nul ; la puissance électrique provient alors d’un ν ρ u0
générateur placé sur le circuit extérieur. Enfin, si I > 2 ρ G p /B 0 , les
Alors, les forces de viscosité et les forces d’inertie sont négli-
forces électromagnétiques s’opposent au gradient de pression geables dans cet écoulement lointain dominé par l’équilibre entre
moteur et le système est un frein électromagnétique. Si forces de pression et forces électromagnétiques. On note en effet
I > 2 ρ G p ( 1 + C )/B 0 , la direction de l’écoulement peut être inversée. que le paramètre d’interaction N n’est autre qu’une mesure du rap-
port entre les forces électromagnétiques et les forces d’inertie.
Ces propriétés générales des couches de Hartmann peuvent être
résumées comme suit [1].
3.2 Couche de Hartmann
■ Le potentiel électrique au loin ϕ 0 et la vitesse au loin u 0 vérifient
la relation :
Le fait que, si Ha!1, les variations de vitesse et de densité de
∂2 ϕ0 ∂2 u 0
courant soient concentrées dans une couche mince située le long ------------- - = 0
- = ---------------- (78)
de la paroi est un résultat très général et les propriétés de cette ∂y 2 ∂y 2
couche de Hartmann méritent d’être soulignées. Supposons d’abord Ce résultat peut être interprété comme une conséquence des
que la paroi soit plane et perpendiculaire à l’induction magnétique ondes d’Alfvén qui, en régime permanent établi, ont tout le temps
B 0 appliquée. Plaçons l’origine des y à la paroi et notons : nécessaire pour établir une forte corrélation entre les plans perpen-
diculaire à B 0 . Si les conditions aux parois imposent des solutions
ρ Gp E paires, ces équations (78) conduisent simplement à des structures
u 0 = ------------
2
- – -------- (71) colonnaires comme celle observée par Lehnert (figure 13) [2].
σ B 0 B0
■ Le potentiel électrique ne peut pas varier de façon appréciable à
travers la couche de Hartmann : ϕ = ϕ 0 .
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0
j y = σδ ⊥ B 0 ⋅ ( ∇ ∧ u0 ) (81)
uν b σρ
U = ----------------
-, = -------------------- --------- (83)
Gp 2 µ Gp 2 ν
∂ σp e
= C ---------- , C = ------------ (85)
∂n σ
avec n défini par l’équation (89).
Limitons-nous aussi au cas très fréquent avec les métaux
liquides où Ha!1 . Il est commode d’introduire les variables :
Figure 13 – Expérience de Lehnert
V+ = U + , V– = U – (86)
■ Les projections des vecteurs vitesse et densité de courant sur un qui vérifient les équations :
plan Y = Cte (perpendiculaire à B 0 ) varient exponentiellement à
∂ Vn
travers la couche de Hartmann suivant les lois : ∆V n n Ha -------------- = – 1 (87)
∂Y
0 Nota : cette forme d’équation, utilisée également par la suite, permet de rendre l’écri-
u ⊥ = u ⊥ 1 – exp (– HaY ) ture plus concise et signifie :
(79)
∂V +
j ⊥ = j 0⊥ – σ ( u 0⊥ ∧ B 0 ) exp (– HaY )
∆V + + Ha -----------
∂Y
= –1
∂V
■ De façon analogue à (76), la valeur locale du courant électrique ∆ V – – Ha ----------–- = – 1
∂Y
qui transite dans la couche de Hartmann est proportionnelle à la
0 Si Ha!1 , mis à part une couche de Hartmann près des parois
vitesse au loin u H :
∂V n ∂U ∂
∞ (où -------------- , ---------- et ---------- sont tous de l’ordre de Ha), l’équation se
0 0
( j H – j H ) dy = σδ ⊥ ( u H ∧ B0 ) (80) ∂Y ∂Y ∂Y
0 réduit à :
∂V n 1
- = ---------
------------- (88)
∂Y Ha
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--------
µσ
1/2
constant sur la paroi, ne peut pas non plus varier à travers la couche ν
fusion transversale proportionnelle à - . La couche limite le
de Hartmann. Le potentiel électrique doit donc être uniforme dans la
région centrale. En identifiant les deux expressions de j z (61), on
obtient : long de chacune des parois parallèles à B 0 est ainsi une superpo-
1 sition de deux solutions autosimilaires (98). Le profil de vitesse,
U 0 = -----------
- (94) illustré par la figure 14, se déduit de l’expression :
Ha 2
ζ
et l’on retrouve ce blocage électromagnétique déjà mis en évidence
dans la géométrie élémentaire de l’écoulement de Hartmann (§ 4.1). 2
F ( ζ ) = (1 + ζ 2 ) 1 – erf ----------- – ζ ----- exp (– ζ 2 / 2)
2 π
(100)
x
débit ou la vitesse adimensionnelle moyenne U . Ainsi, dans le cas 2
d’une conduite circulaire isolante, la relation (93) implique : Nota : rappelons que erf (x ) = ----------- exp (– t 2 ) d t .
π 0
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+∞
u (x, y) dy = π u0 δs (107)
–∞
+∞
T = ρu f u dy (108)
–∞
∂u ∂a ∂ 2u
u f --------- = 0 -------- + ν -----------
-
∂x ∂x ∂y 2
(109)
∂a ∂u ∂ 2a
u f -------- = 0 --------- + η -----------
-
∂x ∂x ∂y 2
Figure 20 – Double sillage dans un fluide en mouvement
autour d’un obstacle cylindrique
B2
et la pression totale p + --------- doit demeurer invariante. Les conditions
2µ
aux limites s’écrivent :
Dans le cas précis des métaux liquides (Pm ≈ 10 –7), les deux
u (x, y & n ∞) = a (x, y & n ∞) = 0
racines deviennent :
2
∂u ∂a (110) α + = 1, α – = Pm ( 1 – β 0 ) (115)
--------- ( x , y = 0 ) = -------- (x, y = 0 ) = 0
∂y ∂y
La première conduit au sillage visqueux classique, toujours situé
Ce problème assez fondamental, où la similitude entre les à l’aval. La seconde conduit à un sillage magnétique, plus large
équations (109) et celles des ondes d’Alfvén (25) et (26) est remar- que le sillage visqueux, situé à l’amont ou à l’aval suivant le signe
2
quable, a été résolu par Hasimoto [7]. Mais la solution brièvement de 1 – β 0 .
décrite ci-après n’a fait l’objet de comparaison avec des résultats
expérimentaux que très récemment [8]. Cette solution est autosimi- La présence du sillage amont est bien observée par Lajhomri [8],
laire, de la forme : mais avec une loi d’évolution axiale modifiée par le confinement iné-
vitable de son expérience dans un tube de diamètre fini [u0 (x ) décroît
u u a y en exp(– x ) et non pas en x –1/2]. Quant au sillage aval, sa signature
----------------- = f ( ξ ) , --------f- ----------------- = g ( ξ ), ξ = ------------------ (111) magnétique a pu être mesurée ; l’existence d’une rue de tourbillons
u 0 (x ) 0 u 0 (x ) δ s (x )
alternés est mise en évidence lorsque Ha / Re < 3,5 · 10 –3 , avec le
avec des fonctions f (ξ ) et g (ξ ) qui vérifient les équations : déphasage attendu des tourbillons magnétiques par rapport aux
tourbillons mécaniques.
df
--------- + εξ f = εβ 2 ξ g
dξ ■ Le cas d’un champ magnétique B 0 incliné d’un angle ≠ 0 par
dg (112)
--------- + ε Pm ξ g = ε Pm ξ f rapport à la vitesse u f a lui aussi fait l’objet d’une analyse
dξ
détaillée [9]. Là encore, deux sillages coexistent, d’épaisseurs
avec : conformes à celle donnée par l’équation (114), et se développent
dans les directions des vecteurs unités s n donnés par les relations :
2 2νx
δ s (x) = ε ------------ , ε = signe (x) , β 0 = --------0- , Pm = µσν (113)
uf uf 2 N1/2
s n = (1n2 β 0 cos α + β 0 ) ( i n β0 k ) (116)
Le sillage MHD apparaît donc comme la superposition de deux
sillages élémentaires qui peuvent avoir les dispositions indiquées
avec i et k vecteurs orientés respectivement dans les directions
sur la figure 20. Lorsque β 0 < 1 (régime superalfvénique), les deux
sillages se trouvent à l’aval de l’obstacle comme en l’absence du de u f et B 0 .
champ magnétique. Mais lorsque β 0 > 1 (régime subalfvénique), l’un
d’eux est situé à l’amont. Le caractère un peu surprenant de cette
configuration s’explique par l’influence des ondes d’Alfvén. Ce sont
elles qui, lorsque leur célérité 0 est supérieure à la vitesse uf du 4.2 Jet libre dans un champ magnétique
liquide ambiant, peuvent propager un sillage à l’amont aussi bien transversal
qu’à l’aval. On note les demi-largeurs respectives des deux sillages
élémentaires, qui combinent les deux diffusivités à travers le nombre
de Prandtl magnétique Pm : Ce problème représente un autre prototype d’écoulement tout à
8 νx 1 fait important, car il met bien en lumière le rôle organisateur du
2 2
δ sn = ---------- -------- , αn = ----- Pm + 1n (Pm – 1 ) 2 + 4 β 0 Pm (114) champ magnétique. Le jet est supposé issu d’une fente très mince,
αn uf 2
alignée suivant Oz (figure 21), et dirigé dans le sens des x dans un
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x 2
σB
u 0 = x –1/3 k –
0
------------0- χ 1/3 d χ
ρ (120)
sont capables de franchir la barrière magnétique que constitue
l’épaisseur de peau. Après quoi, ils poursuivent leur expansion
comme un fluide non conducteur. Les jets moins puissants sont
où la constante k est liée au débit de quantité de mouvement injecté.
arrêtés et détournés dans les directions n B 0 .
■ Lorsque B0 est constant, cette expression devient :
2
3 σB 0
u 0 = x –1/3 k – ----- ------------- x 4/3
4 ρ (121) 4.3 Écoulement autour d’un objet
en mouvement
Elle conduit à un jet arrêté par le champ magnétique et détourné
dans les directions n B 0 à une distance de l’origine égale à
La troisième famille de problèmes à aborder dans le cadre des
4 ρk
3/4
fluides illimités concerne les écoulements au voisinage d’obstacles
----- ------------2- .
3 σB en mouvement ; ceux-ci sont en général très complexes en méca-
0
nique des fluides ordinaires. Mais, en MHD, lorsque le champ magné-
■ Le cas d’un champ magnétique à variation exponentielle, du type tique est assez grand pour que le nombre de Hartmann soit très
supérieur à l’unité, l’écoulement retrouve une certaine simplicité,
x
B 0 = B 1 exp – -------- , où δB représente la profondeur de pénétration toujours en raison du rôle organisateur du champ magnétique qui
δB
impose aux vecteurs u et j une structure bien particulière
[équation (10)], est lui aussi tout à fait intéressant du point de vue de
l’application aux systèmes à induction. La relation (120) conduit à : (figure 22) caractérisée par :
— des colonnes de fluide C quasi bidimensionnelles alignées sur
2 le champ magnétique, imposées par la propagation des ondes
σ B 1 4/3
----3- , -------
δ
4 x
u0 = x –1/3 k – ------------- δ B Γ - (122) d’Alfvén ;
ρ B — une couche de Hartmann d’épaisseur δ⊥ le long de la portion
des parois nettement non parallèle au champ magnétique ;
x
où Γ m, --------
δB est la fonction gamma incomplète : — des couches parallèles à B 0 dont l’épaisseur δ// est de l’ordre
de Ha –1/2 et varie avec la distance du corps, qui assurent les tran-
sitions nécessaires.
=
x/ δ B
x
Γ m, --------
δB 0
χ m – 1 exp (– χ ) d χ (123) Le cas le plus simple, auquel nous nous limitons, est celui d’un
cylindre circulaire de rayon R infiniment long, mobile avec une
vitesse u 1 dans la direction de son axe, en présence d’un champ
Cette fonction monotone croît avec x jusqu’à la valeur limite
magnétique uniforme B 0 perpendiculaire à u 1 . L’organisation de
4
Γ ----- , ∞ = 0,893 . Cela signifie que seuls les jets assez puissants,
3
l’écoulement est illustrée sur la figure 22. On remarque la faible dif-
férence entre le cas d’un corps isolant (figure 22a) et celui d’un corps
pour lesquels : parfaitement conducteur (figure 22b) sur le plan de cette organisa-
2 tion. L’aspect original de ce problème tient au fait que les couches
σ B 1 4/3
----3- , ∞
4
k > ------------- δ B Γ (124) parallèles, d’épaisseur δ// de l’ordre de Y/Ha , doivent se rejoindre
ρ
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σω 2 σω
d A0
2n 2n
〈 F 〉 = – ∇ ---------- A 0 exp – -------- + ---------- A 0 ----------- exp – -------- e s (128)
4 δB 2 ds δB
σω
dA 0 2n
F R = ---------- A 0 ------------- exp – --------- e s
2 ds δB
Figure 22 – Organisation de l’écoulement autour d’un obstacle qui est l’origine du mouvement du fluide. Celle-ci est tangentielle
en mouvement uniforme dans un fluide au repos lorsque Ha ! 1 et concentrée dans la peau électromagnétique. Compte tenu du
dA 0
signe de ------------- , positif de S à E et négatif de E à N, on s’attend à
ds
quand δ// ≈ 1, c’est-à-dire à une distance du corps Y ≈ Ha . Au-delà, ce qu’elle engendre deux vortex (figure 23).
la colonne C, où j = 0 et où le fluide avance avec une vitesse L’écoulement est turbulent et vérifie l’équation :
uniforme contrôlée par le courant électrique qui transite dans la =
couche de Hartmann, évolue vers une sorte de sillage lointain que ρ ( u ⋅ ∇ ) u = – ∇ p* + F R + ∇ ⋅ τ
l’on peut décrire en adoptant la solution étudiée au paragraphe 4.1. (129)
2
σω A 0
Le champ de vitesse au voisinage de l’obstacle est décrit par 2n
où p* = p + ρ gz + ------------------ exp – --------- (130)
l’équation : 4 δB
∂ 2u =
∆ 2 u – Ha 2 ------------ = 0 (125) représente la pression totale et où τ représente le tenseur de
∂Y 2
Reynolds, de composantes – ρ u i′ u j′ (avec ui la composante de la
dont la résolution ne présente pas de réelle difficulté [1]. Il est donc vitesse moyenne temporelle locale dans la direction Oxi , u i′ sa
assez facile de calculer la contrainte tangentielle à la paroi du cylindre fluctuation dans le temps et dans l’espace et u i′ u j′ la valeur
et, par suite, la force de frottement par unité de longueur F f . Suivant moyenne du produit des fluctuations u i′ et u ′j ).
que le cylindre est isolant ou parfaitement conducteur, on trouve
deux valeurs du même ordre de grandeur : Ces écoulements recirculants vérifient tous une propriété
commune : l’intégrale de l’équation (129) le long de toute ligne de
2 Ha 2 π Ha courant de fluide fermée C s’écrit :
F f = ρ u 1 Rπ --------- ou F f = ρ u 1 R ----- --------- (126)
Re 2 Re
Mais, dans le cas du cylindre conducteur, une force de volume C
FR ⋅ d s + C
=
( ∇ ⋅ τ ) ⋅ ds = 0 (131)
supplémentaire, due au courant électrique qui circule dans l’objet,
s’exerce sur celui-ci. Sa valeur dépend de la structure interne du
avec s = s e s . Cette relation impose que, dans l’écoulement voisin
cylindre solide. Dans le cas où celui-ci est homogène, cette force
par unité de longueur s’écrit : =
de la paroi engendré par F R , ∇ ⋅ τ atteigne une valeur de l’ordre
2 2
2 Ha 2
F V = ρ u 1 R π ------------ (127) de σω A 0 h, soit encore B 0 / µh ou ρ 2 /h en notant la vitesse des
Re ondes d’Alfvén. Dans l’épaisseur de peau, que nous supposons très
On note qu’elle est Ha fois plus grande en ordre de grandeur que F f qui peut donc être
petite par rapport au rayon R et à la hauteur h du creuset, la force
totalement masqué par FV .
tangentielle F R est équilibrée par la dérivée suivant la normale de
la composante τ ns du tenseur de Reynolds. En introduisant la vitesse
de frottement u , telle que τ ns = ρ u 2 , on a :
5. Écoulements recirculants * *
δ
u2 ≈ 2 -------
B
- (132)
5.1 Brassage dans les fours * h
à induction à creuset Rien ne s’y opposant, on doit admettre que les échanges d’éner-
gie entre la turbulence et l’écoulement moyen sont analogues à
Les fours à induction à creuset, illustrés sur la figure 23, sont très ceux des écoulements cisaillés classiques et que, par suite, u est
utilisés dans les aciéries pour fondre de grandes masses de métal *
1
(plusieurs dizaines de tonnes dans des creusets de rayon supérieur de l’ordre de -------- de la vitesse moyenne temporelle locale u :
10
à 1 m) à l’aide de la puissance libérée par effet Joule. L’inducteur
est une spire coaxiale au creuset, parcourue par un courant électrique δB
-------h-
1/2
alternatif monophasé I de fréquence f assez élevée (50 à 103 Hz) pour u ≈ 10 (133)
que l’effet de peau soit significatif et que la partie pulsante de la force
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1 h
δ p = -------- -----
20 2
δB
-------h-
1/2
h h
conduisent à uc ≈ -------
- ≈ -------
- R ω –1/4 (135)
2r 2r
Exemple : dans les métaux fondus avec une fréquence de 103 Hz,
l’épaisseur δB est de l’ordre de 2 · 10–2 m. Avec un champ magnétique
de 6 · 10 –2 T, la vitesse des ondes d’Alfvén est de l’ordre
de 0,6 m · s–1 . Dans un creuset tel que h = 2R = 2 m, les estimations
précédentes conduisent aux vitesses :
u p = 0,6 m ⋅ s –1 , uc = u ,
*
≈ 0,06 m ⋅ s –1 Figure 24 – Champ de vitesse mesuré
dans un modèle à mercure de four à induction [11]
Ces estimations et la loi en Rω –1/4
sont bien confirmées par les
expériences [11] [12]. La figure 24 montre le champ de vitesse
mesuré dans un modèle à mercure pour les fréquences 50 et 400 Hz. 5.2 Brassage à l’aide d’un champ tournant
On peut y noter la présence de ce jet le long de la paroi proche de
l’inducteur ; les formes des deux vortex sont assez peu sensibles à
ce changement de fréquence.
5.2.1 Cas général
La figure 25 met en évidence l’influence de la fréquence sur les Avec un inducteur monophasé, qui induit un champ magnétique
valeurs de u et de la valeur efficace des fluctuations dans le temps pulsant, le brassage demeure modéré. On peut par contre atteindre
de vitesse u ’. On peut remarquer que la valeur 1/10 demeure une des vitesses élevées avec un inducteur polyphasé, qui induit un
bonne estimation du rapport u ’/u quel que soit R ω . On vérifie bien champ magnétique mobile à une vitesse dite vitesse de synchro-
la loi asymptotique en R ω –1/4 et on remarque l’autre limite en nisme. L’analyse de ce phénomène demeure difficile dans les situa-
R ω 5/2 dans le cas des basses fréquences, lorsque la turbulence est tions industrielles et les prédictions théoriques ou numériques sont
excitée et alimentée par la pulsation de la force électromagnétique. souvent assez éloignées des valeurs mesurées. Nous nous limitons
Cette figure montre que le brassage le plus intense est obtenu ici à dégager les idées directrices qui permettent de comprendre
lorsque R ω ≈ 30. ces phénomènes et cela dans le cadre limité des systèmes circu-
laires infiniment longs soumis à un champ magnétique tournant.
La plupart des résultats se transposent assez simplement au cas
d’un champ magnétique glissant (inducteur linéaire).
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r
m = (1 + j ) ----
δ
R
m 0 = (1 + j ) ------
δ (143)
2
δ = --------------
µσΩ
avec J 2
( m ) la fonction de Bessel et J ′ 2 ( m ) sa dérivée.
p–1
r u = (ur , uθ , 0), s’écrivent :
B r = B 0 ----- sin (p θ – ω t )
R
2
F r = σ (– u r B θ + u θ B r B θ )
-----Rr
p–1
Bθ = B0 cos (p θ – ω t ) (137)
(144)
Fθ = σ ( ur Br Bθ – uθ B θ )
2
Bz = 0
2
Suivant que le temps caractéristique de ces forces ρ / σ B 0 est
avec B 0 = µI 0 , si le fluide est isolant. Le nombre p est un entier qui beaucoup plus grand ou beaucoup plus petit que la durée d’une
désigne le nombre de paires de pôles du champ magnétique.
révolution Ω –1 , on peut encore distinguer deux sous-régimes.
Dans un fluide conducteur de l’électricité animé de vitesses
assez faibles pour que Rm?1 , la réaction magnétique provient 2
B 0
uniquement de la pulsation du courant. La symétrie cylindrique ■ Tout d’abord, si -------------- ?1 , les forces électromagnétiques sont
permet assez simplement de calculer le champ magnétique réel.
Celui-ci dérive d’une fonction de flux x ( r, θ ) , telle que : incapables d’entretenir un mouvement radial. Le champ de vitesse
est alors purement axisymétrique et orthoradial. La vitesse adimen-
1 ∂x ∂x sionnelle Uθ = uθ / ΩR doit vérifier l’équation :
B r = ----- --------- , B θ = – --------- (138)
r ∂θ ∂r
1 dU Uθ Ha 2
et il est commode de choisir un repère tournant à la vitesse de syn- -------- r * ------------θ- – ---------- – ------------ r *2(p – 1 ) = 0 (145)
r* dr* r* 2 2
ω r ω
chronisme Ω = ------ et des coordonnées r * = ----- et θ * = θ – ------ t,
p R p et les conditions aux limites :
telles que :
Uθ (r * = 0) = 0, Uθ (r * = 1) = – 1 (146)
x = x (r *, θ *) (139)
La solution est montrée sur les courbes de la figure 26. Dès que
Alors l’équation de l’induction se ramène à :
le nombre de Hartmann est assez grand, on reconnaît une couche
∂x de Hartmann près de la paroi et un cœur central où la vitesse de
∆x + R ω ------------ = 0 (140) synchronisme est atteinte. La figure montre aussi l’influence du
∂θ*
nombre de paires de pôles. Plus ce nombre grandit, plus le trou
dont la solution est x = lm{f (r*) exp(iθ *)} (141) central dans le champ de force (où les forces s’effondrent) est
grand et donc le couple moteur réduit.
2
B 0
■ À l’autre extrême, lorsque -------------- !1 , les forces d’inertie ne peuvent
pas lisser les variations périodiques des forces électromagnétiques.
Alors, l’équilibre dominant étant entre celles-ci et le forces de visco-
sité, le problème demeure linéaire. Si l’on se limite au cas des grands
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ur
nombres de Hartmann [13], les composantes U r U r = ----------
ΩR
- et Uθ de x =
R–r
δB
R–r π
2 B 0 δB exp – -------------- sin θ + -------------- + -----
δB 4
(150)
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5.2.4 Aperçu sur les résultats expérimentaux sipation d’énergie par effet Joule. L’exemple le plus connu pour illus-
trer cet effet est la configuration de Rayleigh-Bénard. Considérons
La comparaison avec une expérience est difficile, car toute réali- (figure 28a) une couche fluide horizontale d’épaisseur d, illimitée
sation pratique s’écarte nettement des situations élémentaires décri- dans les directions x et y, et chauffée par-dessous. Supposons que
tes ci-avant. L’inducteur n’est pas une nappe de courant les plans inférieur (z = – d /2) et supérieur (z = d /2) soient respec-
[équation (136)] mais il est en général court avec des extrémités dont tivement portés aux températures T1 et T2 (T1 > T2 ). Notons
l’influence est non négligeable, la fréquence n’est ni très faible ni G = (T1 – T2 )/d le gradient de température uniforme en régime de
très grande et, enfin, l’écoulement est turbulent. Il existe toutefois conduction pure. En l’absence de champ magnétique, cet état peut
une expérience [15] qui a fait l’objet de mesures assez complètes, être instable et un régime convectif se développe dès que G dépasse
qu’il est intéressant de situer par rapport aux théories précédentes. une certaine valeur critique G c . Plus précisément, pour que l’insta-
L’inducteur a une longueur égale au diamètre du cylindre fluide et bilité se développe, il faut que le nombre de Rayleigh :
R ω = 4. Il en résulte que la force de Laplace par unité de volume ortho-
radiale Fθ est réduite d’un facteur voisin de 2 par rapport à la valeur gG β d 4
Ra = ---------------------- (159)
2 να
théorique σB 0Ωr [équation (144)]. Le nombre de Hartmann peut
atteindre 90 et, en conséquence, Ha 2 / Rω 2 atteint des valeurs de (avec α diffusivité thermique et β coefficient de dilatation volumique)
l’ordre de 5 · 10 2 , mais les mesures montrent que Ω f / Ω est toujours atteigne une valeur critique Rac de l’ordre de 10 3 (1 708 si les deux
frontières sont solides, 1 100 si l’une est solide et si l’autre est une
inférieur à 0,2.
surface libre et 658 si les deux sont des surfaces libres).
Les théories élémentaires des écoulements turbulents permettent
cependant d’estimer correctement Ω f , dès lors que l’on a admis que ■ En présence d’un champ magnétique vertical (figure 28b), le
Fθ peut s’écrire : nombre de Rayleigh critique s’accroît fortement, comme le montre
la figure 29. La théorie linéaire de la stabilité [17] rend bien compte
C 2 de cette influence stabilisante. Sans en reprendre les détails, rap-
F θ = ----- σ B 0 Ω r (154)
2 pelons que l’on peut justifier l’approximation suivante. Toute pertur-
1 bation périodique de nombre d’onde k, c’est-à-dire proportionnelle
avec C ≈ ----- à sin kx , devient instable (c’est-à-dire s’amplifie spontanément) dès
2
En notant : que :
2 π2 + K 2
C σB Ra > --------------------- (π 2 + K 2 ) 2 + π 2 Ha 2 (160)
V = ----- ------------0- Ω R (155) K2
8 ρΩ
où K = kd désigne le nombre d’onde adimensionnel de la
r
perturbation.
l’équilibre entre le couple moteur Fθ 2πr 2 dr et le couple de
0
frottement 2πr 2 τ (avec τ contrainte tangentielle) impose :
2
r
τ = – ρ V 2 ------- (156)
R
Si l’on accepte qu’au voisinage de la paroi (hors de la sous-
couche visqueuse) on puisse écrire :
2
2 d uθ
τ = – ρ K 2 Y + ------------ (157)
d Y+
6. Stabilité et turbulence
6.1 Influence stabilisante
d’un champ magnétique uniforme
Figure 28 – Action d’une induction magnétique verticale
Toute perturbation d’un écoulement de vitesse u caractérisée par uniforme sur une perturbation cellulaire
dans la configuration de Rayleigh-Bénard
son propre champ de vitesse ( u ′ ) induit des courants de Foucault
supplémentaires dans le métal liquide ( j ′ ) . Elle subit donc une dis-
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– Bw
u ∧B 0 (162)
Bu
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Figure 31 – Dispositif expérimental de Somméria ayant permis de réaliser une turbulence bidimensionnelle
dans du mercure en présence d’une induction magnétique [20]
La réponse est positive et a été apportée par Somméria [20]. Il [équation (18)] ordinaire, sans aucun effet MHD. Avec du mercure,
est bien sûr nécessaire de vérifier largement la condition τ c < τ r et, cela conduit à une couche d’épaisseur voisine de 2 cm et à un champ
par conséquent, d’utiliser une couche fluide assez mince. Mais il faut magnétique pas trop élevé, voisin de 0,2 T. Restait alors à engendrer
aussi que τ Ha ! τ r pour que le freinage de Hartmann soit négligeable la turbulence et à disposer d’un paramètre de contrôle permettant
et que l’équation (166) se réduise à l’équation de Navier-Stokes d’en faire varier l’intensité. Dans l’ expérience de Somméria
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(figure 31) la turbulence est le résultat de l’instabilité d’un réseau Hartmann, on réalise donc un réseau périodique de vortex maintenus
régulier de vortex parallèles crées par un réseau périodique d’élec- bien parallèles par le champ magnétique. Les figures 31 a , b et c
trodes de signes alternés, situées au fond du réservoir. Le courant montrent la réalisation de cette expérience et la figure 31 d met en
électrique issu d’une électrode est confiné dans la couche de évidence ce réseau régulier de vortex visualisés à la surface libre
Hartmann présente au fond du réservoir dont l’épaisseur est très à l’aide de traceurs.
faible (environ 100 µm) et rejoint les électrodes voisines de signe Le paramètre de cette expérience est alors le courant ± I envoyé
opposé. L’induction magnétique uniforme verticale B 0 est de l’extérieur vers chaque électrode. Dès qu’il dépasse un certain
engendrée par un solénoïde. Le mécanisme moteur de ces vortex seuil, le réseau devient instable et alimente en énergie un
ensemble de phénomènes chaotiques ou ordonnés dont l’analyse
est la force j ∧ B 0 présente dans la couche de Hartmann, où j sort du sujet de cet article. Mais le fait que l’on ait pu réaliser un
état turbulent bidimensionnel dans un métal liquide, grâce à
est radial et B 0 axial. Il crée une rotation dans un sens lié au signe l’application d’un champ magnétique, et mettre à profit cette expé-
de l’électrode. Les ondes d’Alfvén propagent cette rotation sur toute rience pour étudier les propriétés de la turbulence bidimension-
l’épaisseur de la couche de mercure. Mis à part la couche de nelle demeure tout à fait dans l’objet de cet article.
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η m2 · s–1
1
diffusivité magnétique = ---------
µσ Liste des Exposants
ω s–1 pulsation du courant alternatif du
circuit inducteur ou d’une perturbation 0 loin de la paroi
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