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Identité dans le roman postcolonial

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La quête de l’identité dans le roman francophone

postcolonial : approche comparée des littératures


africaine, insulaire, maghrébine et caribéenne
Emeric Moussavou

To cite this version:


Emeric Moussavou. La quête de l’identité dans le roman francophone postcolonial : approche comparée
des littératures africaine, insulaire, maghrébine et caribéenne. Linguistique. Université de Limoges,
2015. Français. �NNT : 2015LIMO0035�. �tel-01187177�

HAL Id: tel-01187177


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Submitted on 26 Aug 2015

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UNIVERSITE DE LIMOGES
ECOLE DOCTORALE EDT Lettres, pensées, arts et histoire
Equipe de recherche ou Laboratoire [FRED]

Thèse
pour obtenir le grade de
Thèse de doctorat

DOCTEUR DE L’UNIVERSITÉ DE LIMOGES


Discipline / Spécialité : Lettres

Présentée et soutenue par


Emeric MOUSSAVOU

Le 18 Mai 2015

Titre
[La La quête de L’identité dans le roman francophone postcolonial :
Approche comparée des littératures africaine, insulaire, magrébine et
caribéenne. Le cas de Verre cassé d’Alain Mabanckou, Soupir d’Ananda
Dévi, L’Autre qui danse de Suzanne Dracius et La nuit sacrée de Tahar
Ben Jelloun

Thèse dirigée par Michel BENIAMINO, Professeur

JURY:
Président du jury
M. Raymond MBASSI ATEEBA, MCF-HDR, Université de Maroua
Rapporteurs
M. Jean Dominique PENEL, Professeur émérite, Université de Gambie
EPIGRAPHE

Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que


nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas
que les choses sont difficiles.

Sénèque

Il faut toujours viser la lune, car même en cas


d’échec, on atterrit dans les étoiles.

Oscar Wilde

1
DEDICACE

Que les auteurs retenus dans le cadre de cette étude puissent trouver
en celle-ci un vibrant témoignage. J’émets vivement le souhait que les
quatre auteurs restent le plus longtemps en vie pour continuer à
œuvrer pour la promotion de la culture et qu’ils puissent rencontrer,
en ma modeste personne, un relai légitime dans la continuité du
combat qui est le leur, s’il en est un.

2
EXERGUE

Les grandes déclarations des droits de l’homme ont, elles aussi,


cette force et cette faiblesse d’énoncer un idéal trop souvent
oublieux du fait que l’homme ne réalise pas sa nature dans une
humanité abstraite, mais dans des cultures traditionnelles où
les changements les plus révolutionnaires laissent subsister des
pans entiers et s’expliquent eux-mêmes en fonction d’une
situation strictement définie dans le temps et l’espace. Pris entre
la double tentation de condamner des expériences qui le
heurtent affectivement, et de nier les différences qu’il ne
comprend pas intellectuellement, l’homme moderne s’est livré à
cent spéculations philosophiques et sociologiques pour établir de
vains compromis entre ces pôles contradictoires, et rendre
compte de la diversité des cultures tout en cherchant à
supprimer ce qu’elle conserve pour lui de scandaleux et de
choquant.

Claude Lévi-Strauss, Race et histoire, Paris, Folio,


Coll. « essais », 1978, p. 23

Cela réglé, j’admets que mettre les civilisations différentes en


contact les unes avec les autres est bien ; que marier des
mondes différents est excellent ; qu’une civilisation, quel que soit
son génie intime, à se replier sur elle-même, s’étiole ; que
l’échange est ici l’oxygène, et que la grande chance de l’Europe
est d’avoir été un carrefour, et que, d’avoir été le lieu
3
géométrique de toutes les idées, le réceptacles de toutes les
philosophies, le lieu d’accueil de tous les sentiments en a fait le
meilleur redistributeur d’énergie.

Mais alors, je pose la question suivante : la colonisation a-t-elle


vraiment mis en contact ? Ou, si l’on préfère, de toutes les manières
d’établir contact, était-elle la meilleure ?

Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme, Paris, Présence


Africaine, 2004, p. 10

4
REMERCIEMENTS

Ce travail de réflexion vient ponctuer quatre années d’études de


doctorat, de recherche, d’écriture et de réécriture qui m’ont permis de
connaître des grands moments qui sont passés de la joie à l’allégresse,
mais également à l’indolence indéfinie, sans omettre les périodes de
découragements constants. Ainsi, au terme de ce cheminement de
quatre années de recherches, qu’il me soit permis de témoigner mes
plus sincères remerciements et mon entière gratitude à toutes les
personnes qui, de près où de loin, par leurs enseignements, leurs
suggestions critiques, leurs orientations constructives, leur soutien
divers et leurs conseils, ont contribué d’une manière où d’une autre,
depuis la conception de ce travail, en passant par les moments de
doutes, pour aboutir à la matérialisation actuelle.

Arrivé au bout du présent travail, je tiens tout d’abord à manifester


particulièrement une reconnaissance à mon directeur de recherche
Monsieur Michel Béniamino, Professeur à l’Université de Limoges,
pour avoir consenti, en dépit des nombreuses prérogatives qui sont les
siennes, à me prendre sous sa direction, mais aussi et surtout pour
son soutien, ses conseils plus qu’avisés et ses suggestions éclairantes
qui ont orienté mes recherches et mes analyses.

Ensuite, je voudrais adresser un mot chaleureux à l’endroit des autres


membres du jury pour m’avoir fait l’honneur, nonobstant les
nombreuses occupations qui sont les leurs, de lire et de jeter un
regard critique sur la qualité de ce travail.

Je tiens, dans le même élan, à adresser une très vive reconnaissance à


Monsieur Steeve Robert Renombo, enseignant à l’Université Omar
Bongo, pour avoir suscité mon attention pour la recherche et fait

5
croitre mon intérêt pour la passion de la critique et la théorie
littéraire.

A travers la personne de Steeve Renombo, qu’il me soit aussi permis


d’exprimer une marque d’attention à tous les enseignants qui ont su,
tout au long de mon parcours scolaire et universitaire, éveiller ma
curiosité d’apprendre et de comprendre.

Enfin, vous me permettrez, dans un geste qui n’est pas exhaustif,


d’inclure dans mes remerciements les membres de ma famille et
quelques proches qui n’auront eu de cesse de m’encourager de
quelques manières que ce soit dans l’aboutissement de ce travail.

6
INTRODUCTION GENERALE

7
Approche du sujet

Au moment où nous débutons ce travail de recherche, nous voulons le


marquer par une question récurrente dans l’espace de la littérature, autant
présente dans son histoire que portée par les hommes qui l’animent,
question qui se veut essentialiste et qui a vocation à interroger les enjeux
concrets de la littérature. Cette question se trouve formulée sur un des titres
d’un ouvrage de l’homme de lettre et philosophe français Jean Paul Sartre :
Qu’est-ce que la littérature ?1 En posant une telle interrogation, qu’il soit
entendu que nous n’émettons aucunement la prétention d’y apporter une
réponse exhaustive. Comment oser s’y risquer surtout que de nombreux
grands hommes de lettres s’y sont essayés et force est de reconnaître que
des avis aussi divers que variés ont nourri leurs plumes sans pour autant
qu’ils s’accordent sur une réponse. Nous voulons simplement dire que, par
ce travail, nous nous inscrivons dans une longue tradition de chercheurs et
tentons d’apporter une modeste contribution sur la question.

Aussi, dirons-nous que deux tendances majeures se sont toujours


détachées en vue d’esquisser une réponse à cette question. Ces deux
tendances se partagent en deux visions différentes de la littérature. La
première de ces visions est celle qui pense que la Littérature n’a de sens que
dans sa vocation à servir des causes concrètes, pragmatiques. Dans le fait
qu’elle est utile à la société. Autrement dit que la littérature ne devait-être
utilisée et qu’elle n’a que comme seul objectif de mener des combats au
profit d’une cause qui prend en compte la condition de l’homme. Elle n’a
d’autres mobiles que de servir un intérêt social ou populaire. Dans ce sens,
son essence est clairement l’engagement. C’est par exemple tout le sens de la

1 Sartre (J.-P.), Qu’est-ce que la littérature?, Paris, Gallimard, 1948, 295


p.

8
vision de l’écriture dans laquelle des auteurs comme Ahmadou Kourouma
avec Le soleil des indépendances2ou bien Sony Labou Tansi à travers L’Anté-
peuple3 avaient choisi de s’exprimer en se positionnant comme les
défenseurs des opprimés.

La seconde orientation de la littérature estime que la littérature n’a


d’importance que lorsqu’elle se préoccupe essentiellement du langage ou de
l’écriture. C’est-à-dire qu’elle n’a de sens que dans le fait qu’elle ne sert
qu’elle-même. Autrement dit qu’elle n’a d’autres visées que de servir la Lettre
ou le Style. Ici, c’est en d’autres termes l’esprit que revendiquaient
notamment les tenants du mouvement parnassien à l’instar de Théophile de
Gautier.

Au delà de ces deux grandes orientations qui traduisent une nette


opposition sur la fonction de la littérature, il faut dire que de la même
manière qu’il n’y a aucun combat qui ne sert une politique, il faut
reconnaître que, dans l’absolu, la fonction essentielle de la littérature est
d’être un moyen au service d’un intérêt concret ou d’une idéologie. Donc, s’il
y a une position qui peut réconcilier ces deux tendances, c’est celle qui
consiste à dire que la littérature est de fait vouée à servir un objectif, C’est-à-
dire qu’elle n’a d’utilité qu’à travers la cause qui l’anime quelle que soit la
manière de l’exprimer.

Toutefois, nous pensons humblement apporter une réponse à cette


question en présentant une définition à partir de deux concepts qui
représentent deux visions essentielles de la littérature. Pour nous, la
littérature est à définir dans une articulation qui tient en même temps
compte des considérations esthétiques au service d’un engagement.

La première de ces visions est celle qui veut présenter la réalité


quotidienne comme un film documentaire. Une vision qui saisirait la vie des

2 Kourouma (A.), Le soleil des indépendances, Paris, Coll. « Points » »,


1995, 204 p.
3 Sony (L.T.), L’Anté-peuple, Paris, Coll. « Points », 2010, 210 p.

9
citoyens et les traduirait comme le fait un peintre sur un tableau. Cette
vision doit s’entendre, à l’instar de ce que pense Henry Beyle, la définition du
roman comme : « Un miroir que l’on promène le long du chemin »4. De cette
vision de la littérature, il ressort l’idée que la Littérature prend en compte les
préoccupations propres à une société donnée, si ce n’est celles en rapport
avec un peuple précis. Elle est en général le moyen par lequel de nombreux
auteurs se sont exprimés afin de porter les angoisses, les attentes, les
problèmes de certains peuples. Pour ces auteurs, les mots n’ont de finalité
que celle de mener un combat au bénéfice des opprimés. De ceux là même
qui n’ont aucune arme pour se défendre. Dans cette verve engagée et
revendicatrice, trois pionniers vont se démarquer pour traduire leur désir de
voir le peuple noir s’affranchir de la tutelle du « père » et d’affirmer une
existence par le biais de sa culture. Ce trio est évidemment Léopold Sédar
Senghor, Léon Gontran Damas et Aimé Césaire. Ils mettent en place le
mouvement de la négritude pour la revalorisation du peuple noir.

La seconde vision de la littérature a été le leitmotiv des tenants du


mouvement du Parnasse à la fin du XIXème siècle. Elle consistait à accorder
sa prééminence sur la manière dont les œuvres étaient écrites, c’est-à-dire le
style. Elle défendait le fait que la littérature n’avait d’autre utilité qu’elle-
même. Cette dernière appréhendait la littérature sous la bannière de : « L’art
pour l’art »5. Autrement dit la littérature n’aurait d’autres visées que son côté
esthétique, son aspect formel qui se rapporte simplement à l’écriture. Ce qui
ferait du côté esthétique son seul enjeu. Dans cette conception, il est
davantage mis en évidence l’idée que la littérature est au service de Belles
Lettres, que la caractérisation d’une forme de beauté des phrases est ce par
quoi la littérature trouve son essence, que la splendeur des mots l’emporte

4 Désalmand (P.) et Forest (P.), « Le roman » In 100 citations expliqués,


Belgique, Marabout, 1991.
5 Le Parnasse, parfois reconnu sous l’appellation de l’école
parnassienne, est un mouvement poétique apparu en France dans la
seconde moitié du XIXe siècle qui avait pour but de valoriser l’art poétique
par la retenue, l'impersonnalité et le rejet de l'engagement social et politique
de l'artiste

10
au détriment d’une visée utilitaire, d’une forme d’engagement quelconque.
L’objectif assigné au verbe, s’il fallait en dégager un, est qu’il n’a d’autre but
que lui-même.

Deux caractéristiques qui ont fait école, deux déclinaisons centrales de


l’écriture qui reposent à la fois sur la forme et le fond d’un ouvrage et qui
sont propres à deux visions de la littérature qu’il n’a pas toujours été facile
de réconcilier. Au-delà de cette opposition, il est à noter que la littérature,
loin des débats de chapelles ou bien des doctrines d’écoles, a toujours inscrit
son mouvement dans la combinaison de ces deux caractéristiques que nous
pensons pourtant indissociables de sa vocation. En effet, la littérature est,
par-dessus tout, affaire de langage et comme telle, elle constitue la
substantifique moelle de toute entreprise d’analyse, comme le confirme cette
déclaration de Tzvetan Todorov :

La littérature a le langage comme point de départ, puisque


(comme l’avait affirmé Emile Benveniste) l’homme s’est constitué
à partir de lui, et comme point d’arrivée, parce que la littérature
a le langage comme matière perceptible. Le langage ne pourra
être compris que si l’on apprend à penser à sa manifestation
essentielle, la littérature et l’écrivain ne fait que lire le langage6.

Il ressort de ces lignes que le langage est l’objet central de la littérature


et que tout se joue autour de lui. Il serait de ce point de vue inimaginable de
prétendre initier un travail sur le fond en faisant abstraction de la forme et
inversement.

Nous avons pris le parti d’inscrire ce travail plus généralement dans la


perspective stendhalienne, en ce sens que la littérature est le théâtre des

66 Todorov (T.), dans Critique littéraire au XXème siècle, Jean-Yves Tadié,


Paris, Editions Belfond, coll. « Les Dossiers Belfond », p. 242-243

11
réalités sociales, sans oblitérer la dimension langagière. Il sera ainsi question
d’aborder les préoccupations propres à des peuples dont l’histoire est
jalonnée de nombreuses cicatrices, surtout par le fait qu’ils ont été sous le
joug impérialiste. En effet, face aux conséquences de l’action impérialiste, il
nous semble judicieux de tenter de comprendre la situation de ces peuples.

En outre, face à l’intérêt que suscitent les études postcoloniales,


puisque c’est l’un des pans que traitera ce travail, et les études
francophones, autre dimension qui sera intégrée dans le cadre de cette
étude, nous avons pensé légitime de nous y arrêter et d’y consacrer un
travail de recherche afin de tenter de répondre à un questionnement se
rapportant à des sujets qui ont été colonisés. C’est ainsi que cette étude
prendra en compte quatre espaces géographiques différents, notamment
l’Afrique subsaharienne, l’Afrique du Nord, les insulaires et les Caraïbes. De
même qu’il convoquera quatre auteurs s’identifiant à un même ciment
linguistique, le français et dont les romans ont pour élément fédérateur
l’identité.

Les lignes qui vont suivre donneront davantage d’éclairage concernant


le titre de notre travail de recherche, apporter une réponse sur le choix des
écrivains que nous avons choisis pour cette étude et les raisons pour
lesquelles ces œuvres ont été retenues dans l’exemplification de cette étude.

Formulation et délimitation du sujet

12
La présente étude porte comme titre : La quête de L’identité dans le
roman francophone postcolonial : Approche comparée des littératures
africaine, insulaire, magrébine et caribéenne. Le cas Verre cassé
d’Alain Mabanckou, Soupir d’Ananda Dévi, L’Autre qui danse de
Suzanne Dracius et La nuit sacrée de Tahar Ben Jelloun.

Dès lors, il convient de préciser que la quête de l’identité traverse de


manière permanente l’écriture des romans analysés. De même qu’il est à
relever que son déploiement dans le corpus ne fait pas simplement l’objet de
traitement léger, mais constitue l’aboutissement d’un enjeu narratif. Ainsi
présenté, il faut observer que notre objet d’étude, en plus de l’identité, met
en situation deux concepts qui articulent leur présence de manière
pertinente et justifient notre intérêt. Ces deux concepts sont d’une part les
études francophones et d’autre part, les études postcoloniales. Des notions
dont nous déclinerons l’économie générale.

Afin de mieux cerner les visées scientifiques de cette recherche, nous


dirons qu’il faut jeter un regard sur l’histoire. En effet, depuis quelque
temps, les études postcoloniales mobilisent les chercheurs et suscitent un
intérêt notable dans la recherche, ceci avec un double objectif : amener les
anciennes puissances occidentales à exhumer leur passé colonial et
permettre d’ouvrir une nouvelle ère décomplexée avec les peuples qui ont été
victimes de la colonisation. Or, il est à noter que le débat a accusé du
retard. Et que, même quand le débat à lieu, il l’est avec moins de
retentissement que dans le monde anglophones par exemple pour ce qui est
de la recherche universitaire française.

De ce qui précède, il faut dire que c’est comprenant l’impérieuse


nécessité de revisiter l’influence ou le rôle des nations impérialistes sur les
peuples colonisés, le malaise que constitue la question postcoloniale et
l’enjeu autour du champ des études francophones postcoloniales que nous
pensons légitime d’entamer le présent travail.
13
Par ailleurs, il y a d’autres notions qui sont présentes dans notre
thème de recherche et ils méritent qu’on s’y arrête un moment et qu’on y
apporte un éclairage certain. Ces notions sont essentiellement au nombre de
trois et elles vont également focaliser l’attention de notre propos. Elles se
déclinent sous les vocables d’identité, de roman francophone qui lui-même
appartient à l’ensemble des études littéraires francophones et postcoloniales.

De prime abord, nous tenterons de dégager ce que revêt la notion de


quête de l’identité. Dans un premier temps, Le substantif ‘’quête’’ postule
l’idée d’une recherche, comme qui dirait ‘’en recherche de’’. Dans un second
temps, nous avons le concept d’identité. Derrière ce mot se cache une réalité,
sinon une définition, qui échappe à toute appréhension fixe. Une définition
pour le moins récalcitrante qui se caractérise par une dimension labile,
évanescente, fuyante. De ce fait, qu’est-ce que nous entendons finalement
par l’identité ? L’insaisissabilité de l’identité se donne à lire par son caractère
pluriforme. En effet, l’identité réfère tant à une figure sociale, à une
représentation abstraite, qu’à une ressemblance à un individu ou à un
ensemble de valeurs. D’après le Glossaire du dictionnaire Larousse,
l’identité est aussi : « un ensemble de critères, de définitions d’un sujet et un
sentiment interne. Ce sentiment d’identité est composé de différents
sentiments : sentiment d’unité, de cohérence, d’appartenance, de valeur,
d’autonomie et de confiance organisés autour d’une volonté d’existence" »7. A
ces différentes références auxquelles renvoie cette notion d’identité qui rompt
avec toutes définitions fixistes, une autre vision est celle de Vincent
Descombes qui estime que :

(…) Nous sommes invités à concevoir nos « identités » sous


l’angle d’une diversité de soi-même. Mon identité au sens moral
est forcément plurielle. Chacune de ces identités qui composent
mon signalement ne correspond qu’à une partie de ma personne.
Mon identité, ajoutera-t-on, est même deux fois plurielle. Elle

7 http://www.passerelles-eje.info/glossaire/definition_23_identite.html,
consulté le Lundi 01 Juillet 2012.
14
l’est à tout instant, car je ne suis jamais réductible à une seule
qualité. Elle l’est par la durée, car je ne reste pas (heureusement)
à un seul personnage.
Toutefois, en parlant d’ « identité plurielle » nous donnons à
penser que nous avons déjà trouvé la solution du problème qui
se posait. En réalité, il n’en est rien : Les mots « identité
plurielle », par leur combinaison, ne font que poser le problème
qui est celui d’un même et seul individu auquel il est demandé
d’exister sur un « mode plural ». Mais comment une seule
personne peut-elle réussir le prodige de vivre et d’exister comme
si elle n’était pas seulement elle-même, mais encore d’autres
personnes8.

Des propos sans équivoque qui traduisent l’impossibilité de définir ce


que c’est exactement l’identité. Pour tenter d’y voir un peu plus clair, nous
aurons recours à d’autres disciplines, en l’occurrence la psychologie et la
philosophie. D’abord la philosophie. Là aussi, les choses ne sont guère plus
saisissables car, l’identité est conçue comme :

[…] un ensemble de représentations constantes et évolutives que


l’on a de soi et que les autres ont de nous. Un sentiment
d’identité que chacun construit autour d’une certaine quête de
reconnaissance, que l’on acquiert en se réalisant par l’action,
(responsabilité, création, engagement, action sur les objets…)
par l’expression de ses valeurs afin de prendre conscience d’être
« cause et d’être quelqu’un » aux yeux des autres et à ses propres
yeux. L’individu s’inscrit dans une temporalité, il sait d’où il
vient, qui il est et où il désire aller. En définitive il suit un fil
rouge qui lui permet d’être conscient de son passé pour
construire son avenir, dans l’objectif d’atteindre son propre idéal.

8 Descombes (V.), Les embarras de l’identité, Paris, Gallimard, 2013, P.


46

15
L’identité se caractérise également par la dualité de sa formation.
Elle est tant unique, chacun possède sa propre identité ; que
multiple : adaptation en fonction des différentes interactions
avec autrui et intégration dans différents milieux (professionnels,
affectifs…), pouvant également amener à différents conflits, tant
par des phénomènes de dédoublement ou d’oppositions
interpersonnelles que par différents processus de conflits
intrapersonnels. Elle se construit à la fois dans la continuité et
dans le changement ; et autant dans la ressemblance que dans
la séparation, c’est à dire l’autonomisation qui permet
l’affirmation personnelle9.

En est-il de même du côté de la psychologie ? A cette question, point


besoin de biaiser car l’identité ne déroge pas à son côté hermétique et
revendique son côté complexe. Mais on peut tout de même retenir que :

Le concept d'identité développé en psychologie sociale montre la


façon dont se construit l'image que nous avons de nous-mêmes
en fonction des contextes sociaux dans lesquels nous vivons et
des apprentissages sociaux dans lesquels nous sommes
impliqués. L'identité est par conséquent une dimension de la
relation sociale qui s'actualise dans une représentation de soi ;
en tant qu'élément de notre identité, le social est bien autre
chose qu'une réalité extérieure à nous ; elle est le tissu qui
nourrit nos désirs et nos valeurs et les construits en une image
de nous-mêmes désigner sous le terme d'identité personnelle ou
le Soi. Il s'agit d'un processus psychologique de représentation
qui se traduit par le sentiment d'exister en tant qu'être singulier
et d'être reconnu comme tel par autrui ; il donne lieu à une
estime de soi et à une conscience de soi. Le concept d'identité

9 http://www.itsra.net/itsra/IMG/pdf/phil.pdf, site consulté le 21


février 2013.

16
désigne ainsi en psychologie sociale le point d'articulation entre
la personnalité de l'individu et l'idée qu'il a de lui-même, et
l'ensemble des facteurs qui dans le contexte social dans lequel il
est inscrit, agissent sur lui. Identité sociale est le point où se
focalisent les composantes sociales et psychologiques à
l'intérieur d'une structure affective est cognitif de la personnalité
qui donne lieu à un type de représentation de soi et à des
échanges avec le monde social qui l'entoure en fonction de
l'image que chacun s'en fait10.

Il ne sera donc pas surprenant, qu’en raison de cette difficulté à définir


l’identité, que l’on ait recours au terme de « parade », tel que le présente
Lydie Moudilleno. D’abord à cause de sa proximité définitionnelle avec
l’identité, mais également parce que :

Le mot « parade », à cause de sa polysémie, se prête


particulièrement bien à rassembler sous un paradigme commun
les diverses orientations explorées par ce renouvellement le plus
récent de la représentation des identités postcoloniales11.

Ensuite, parce que, lorsqu’on regarde la présentation détaillée que


Moudileno fait du mot « parade », c’est davantage le second versant de la
définition qu’elle nous livre qui nous semble le plus approprié en ce sens
qu’elle apporte plus de clarté à cette difficulté qu’ impose le terme d’identité.
D’après Moudilleno, on peut retenir que :

Le second regrouperait les sens se rapportant à une stratégie de


défense ou de riposte pour parer une agression ou une

10 http://www.psychologie-et-societe.org/identite-sociale.aspx, site
consulté le 21 février 2012.
11 Moudileno (L.), Parades postcoloniales, « La fabrication des identités
dans le roman congolais », Paris, Karthala, 2006, p. 16

17
oppression (évoquant une parade en escrime, ou en tactique
militaire, politique ou rhétorique). Ici, une relation à l’autre
s’instaure qui demeure parfois ludique, mais dans sa dimension
agonistique : elle suppose un combat, un jeu entre deux parties
dans lequel elle est contrecoup et contrepoint du jeu de l’autre.
Geste de survie essentiellement réactif, elle a pour enjeu le
renversement de la dynamique de domination, qui implique
d’une part la conscience du jeu, et de l’autre part, la maîtrise des
règles de l’agôn12.

C’est pourquoi, il est à souligner qu’il n’est pas besoin de s’attendre à


une proposition claire car :

(…) Si cette étude prétend « aller quelque part », ce n’est pas sur
la voie d’un dévoilement, mais bien d’une constante et jouissive
désorientation. Relever des instances de « parade » dans les
récits réponds surtout, dans ce sens, à une volonté de montrer
des dynamiques ouvertes de production d’identité plutôt que de
gloser sur des identités figées13

Dans notre cas, signalons que la quête de l’identité, dénominateur


commun des quatre romans proposés à examen, doit s’envisager dans une
unité diversifiée c’est-à-dire que tout en étant question d’un même thème,
elle ne s’aborde pas de la même façon dans chaque roman. Pourtant, elle
trouve son origine dans ce que nous percevons comme un élément instable,
une manifestation que nous nommerons sous le qualificatif de crise.

Il faut dire qu’on observe une certaine tendance, de la tradition


littéraire francophone, notamment celle de ces trente dernières années, nous

12 Moudileno (L.), Parades postcoloniales, « La fabrication des identités


dans le roman congolais », op. cit, p. 17
13 Moudileno (L.), Parades postcoloniales, « La fabrication des identités
dans le roman congolais », op. cit, p. 14
18
apprenons que son champ littéraire est marqué de plusieurs romans dont
l’histoire met en exergue des personnages qui sont catégorisés par cette
position qui traduit une quête identitaire. Nous en voulons pour exemple un
classique en l’espèce : L’Aventure ambigüe14. Ce roman a pour particularité
qu’il se signale par la trajectoire complexe qu’entreprend son héros, Samba
Diallo, qui est plongé dans une réflexion existentielle. Ce qui donne toute sa
légitimité à son titre. En effet, il est tour à tour au cœur d’une problématique
de mutation de société et déchirement entre la société traditionnelle
représentée par l’enseignement traditionnel du Coran et le danger que
constitue l’avènement des valeurs occidentales auxquelles il doit tenter
d’apporter une réponse sereine. En dépit de tout, il ne parviendra pas à
trancher en faveur de l’une où de l’autre et ne parviendra pas à trouver sa
place. Toute chose qui débouchera sur sa mort. Au delà de l’aspect
aporétique du récit de Cheik Hamidou Kane, c’est la place de l’être dans une
société soumise aux multiples influences et son rôle face aux influences dont
il fait l’objet.

Deuxièmement, attardons nous sur le terme de roman francophone


pour apporter plus de précisions. C’est en cela que nous sommes amenés à
nous interroger sur ce que nous entendons sous la dénomination de
Littérature francophone ? La réponse à cette question porte sur deux
niveaux. La première est celle qui nous permet d’affirmer qu’il y a bien une
réalité physique de la francophonie, rendue perceptible par la mise en place
et le fonctionnement de son principal organe institutionnel. Un aspect
concret d’un organisme qui unie tous les pays qui ont en commun la langue
française. Tout comme on peut se permettre d’établir le constat selon lequel
il y a bien une production littéraire qui se reconnaitrait sous l’appellation de
littérature francophone dont serait bien partie prenante le roman
francophone. Comme conséquence de cette situation, l’établissement d’une
institution littéraire dont l’une des manifestations est le circuit de
production qui implique en même temps les écrivains, le circuit éditorial

14 Kane (C.A.), L’Aventure ambigüe, Paris, 10/18, Coll. « Domaine


étranger 10-18 », 2003, 190 p.
19
d’une part et d’autre part, celle qui est accréditée par la production
universitaire.

En ce sens, nombre d’ouvrages rendent raison de la légitimité d’une


littérature francophone, tant par l’identité d’auteurs appartenant à ces pays,
qu’à l’effervescente production d’ouvrages. On peut citer trois ouvrages
emblématiques: Poétiques francophones15 , Singularités francophones16 et
La francophonie littéraire : essai pour une théorie17 .

Enfin, abordons le dernier aspect consacré à une explication de ce qui


est relatif à la théorie postcoloniale. Pour mieux saisir cette notion, nous
partons d’une lecture syntaxique. Ainsi, il faut dire que la juxtaposition du
préfixe ‘’post’’ et du radical ‘’colonial’’ peut nous induire à une facilité
d’analyse et nous pousser à faire l’erreur qui consiste à accorder la primeur
d’une lecture synchronique quand on jette un regard d’une personne qui
n’est pas avertie. Comme qui dirait après les ères coloniales, c’est-à-dire ce
qu’il y a au sortir des indépendances. Afin de ne pas tomber dans ce qui
semble évident, mais serait considéré en grande partie comme une lecture
restrictive, nous convoquerons quelques ouvrages, en l’occurrence
Littératures francophones et théorie postcoloniale18 , non sans éluder le travail
en la matière des maîtres concepteurs des études postcoloniales et la mise
en place des théories postcoloniales entre autre Edward Said et
H .K.Bhabha pour ne citer qu’eux.

Ainsi, pour une meilleure lisibilité de la question, nous dirons que


sous l’acception de postcolonial, il faut entendre, dans une perception

15 Combe (D.), Poétiques francophones, Paris, Hachette, 1995, 176 p.


16 Jouanny (R.), Singularités francophones, Paris, PUF, 2000 ; 192 p.
17 Beniamino (M.), La francophonie littéraire : essai pour une théorie,
Paris, L'Harmattan, 1999, 464 p.
18 Moura (J.M), Littératures francophones et théorie postcoloniale, Paris,
PUF, 1999, 174 p.

20
générale, que c’est une question qui, du fait qu’elle fait le lien avec le rôle de
l’occident dans l’asservissement de certains peuples et qu’elle est rattachée à
la fois l’impact de l’esclavage et aux conséquences de cet impact y compris
après la colonisation, s’avère encore un sujet difficile si ce n’est tabou, mais
porte à controverse. Pour autant, l’explication la plus aboutie nous vient de
Patrick Sultan. Nous pouvons apprendre à cet effet, dans un atelier de
théorie littéraire sur fabula19, que les : « postcolonial studies » ou études
postcoloniales ont donc à l'origine pour vocation de décrire et d' analyser les
phénomènes d'appropriation ou d'abrogation, de mimétisme ou de
résistance, de soumission ou de défi, de rejet ou de greffe qui sont au travail
dans les littératures dites du « Commonwealth ». Une démarche analogue
sera légitime pour ce qui est de la littérature d’espace francophone.

L’espace francophone est aussi vaste que divers et varié. Il serait pour
nous ardu de vouloir entreprendre un travail qui engloberait toute cette
« vastitude ». Pour ce faire, nous avons circonscrit quatre espaces différents,
en l’occurrence l’Afrique subsaharienne et du nord, les caraïbes et le côté
insulaire de l’ouest de l’Afrique. Même ainsi présenter, ce travail semble
encore très étendu car, ces espaces, quoi qu’ayant une même appartenance
à la langue française, divergent dans l’expression d’une pratique culturelle
singulière qui peut partir du culinaire, en passant par la danse etc. Ceci tout
simplement du fait que la langue française n’est que la conséquence d’un
acte de colonisation.

Pour chaque espace géographique mis en exergue dans cette étude, un


auteur se dégage et vient davantage réduire ce qui serait pris comme une
« nébuleuse ». Ainsi, pour ce qui est de l’Afrique subsaharienne, nous avons
opté pour Alain Mabanckou avec Verre cassé. L’Afrique du nord est traitée à
travers La nuit sacrée de Tahar Ben Jelloun. En ce qui concerne l’espace

19

http://www.fabula.org/atelier.php?Th%26eacute%3Borie_litt%26eacu
te%3Braire_postcoloniale, consulté le 19 juillet 2012.

21
insulaire, c’est sur Ananda Devi que s’est porté notre choix avec le roman
Soupir. Enfin, s’agissant des Caraïbes, nous avons opté pour Suzanne
Dracius dont le roman a pour titre L’Autre qui danse.

Si nous avons décidé d’aborder cette étude sous l’angle de La quête de


L’identité dans le roman francophone postcolonial : Approche
comparée des littératures africaine, insulaire, magrébine et
caribéenne. Le cas Verre cassé d’Alain Mabanckou, Soupir Ananda Dévi,
L’Autre qui danse de Suzanne Dracius et La nuit sacrée de Tahar Ben
Jelloun, c’est essentiellement parce que lorsqu’on parcourt les quatre
textes, on est tout de suite marqué par la particularité de l’écriture de ces
romans, mais surtout et avant tout leur convergence vers cette question. En
effet, lorsqu’on les lit, on est plongé dans des romans qui se signalent par
l’évocation du thème de la quête de l’identité. C’est ce qui, d’une certaine
manière, constitue leur littérarité.

Par ailleurs, le choix d’une telle formulation et de ces romans peut


surprendre certains et sembler arbitraire pour d’autres. Disons simplement
à cet effet qu’en décidant d’entreprendre cette étude, nous avons fait nôtre le
propos d’Arthur Rimbaud à l’endroit de sa mère qui ne comprenait pas une
Saison en enfer20 : « J’ai voulu dire ce que ça dit, littéralement et dans tous
les sens ». Plus explicitement, c’est notre sensibilité de lecteur combinée à la
convergence de ce que nous nommerons les « métaphores obsédantes »21
dans les textes lus qui nous aura guidé dans la formulation de ce thème
d’étude. Loin de nous le soupçon de croire que nous voulons dire que c’est la
seule formulation de thème possible dans ces quatre romans, mais
simplement que nous pensons, à la suite de Roland Barthes, que lire un

20 Rimbaud (A.), Œuvres complètes, Paris, Jean-Claude Lattès, Coll. « Les


Chefs-d’œuvre De la Poésie », 1987, 656 p.
21 Expression que nous empruntons au critique Charles Mauron. Il est
illustré dans son ouvrage Des métaphores obsédantes au mythe personnel.
Introduction à la psychocritique, Paris, José Corti, 1989, 380 p.

22
roman : « ce n’est pas lui donner un sens, mais dire de quel pluriel il est
fait »22. Comme pour dire qu’à travers cette assertion, nous avons voulu
mettre en évidence le fait que chaque personne quelle qu’elle soit, après la
lecture d’un roman quelconque, peut ne pas être marquée par les mêmes
aspects et ne pas être emporté par les mêmes préoccupations abordées dans
le roman. En d’autres termes, on pourrait comprendre que les propos
barthésiens militent en faveur d’un acte d’interprétation qui n’est jamais le
même, même s’il porte sur un même objet. Par cette théorie, il est mis en
évidence la conception selon laquelle autant de lecteurs sur un même
ouvrage, autant de possibilités de descriptions des séquences de lecture.

Dans l’orientation que nous avons bien voulu arrêter pour cette étude,
le pluriel sur lequel s’est focalisée la lecture des quatre romans sont
évidemment liés à la quête de l’identité. En conséquence, d’autres
orientations de lecteurs ou formulations thématiques auraient pu être
dégagées et suscitées d’autres inspirations. Ceci est d’autant plus justifié
que lorsqu’on se réfère à ce que disent des auteurs sur l’expérience de
lecture, en l’occurrence Umberto Eco, on apprend que la lecture, celle du
critique, peut oublier certains territoires silencieux de l’œuvre, soit qu’elle les
aurait négligés, soit qu’elle ne les aurait même pas soupçonnés, laissant le
soin à la postérité de les révéler.

Le choix de ces quatre romans est également justifié par deux raisons
majeures. La première est que ce sont des romans écrits par des auteurs se
réclamant d’un même champ littéraire, en l’occurrence le champ littéraire
francophone, en même temps qu’ils participent des études postcoloniales. La
seconde est le fait que les écrivains examinés présentent dans un contexte
précis et à une période donnée cette forme d’écriture s’identifiant à un même
thème, celui qui est le fil conducteur de notre recherche : La quête de
l’identité.

22 Barthes (R.), Essais critiques, Paris, Seuil, 1964, 35 p.

23
Par ailleurs, nous avons voulu faire œuvre originale en situant sur un
plan paritaire des écrivains dont le genre diffère, c’est-à-dire le masculin et
féminin. Sans véritablement insister sur la manière dont les hommes et les
femmes littéraires abordent la question de la quête de l’identité. Cette équité
des genres nous permet, implicitement, de dire qu’un travail scientifique
peut légitimement s’abolir des aprioris ou des tendances et ne mettre en
exergue que l’écriture.

Hypothèse de recherche et problématique

24
D’emblée, il convient de mentionner que le thème de quête de l’identité
opère dans le roman francophone postcolonial comme un motif23, une
figure24 et une métaphore obsédante25. Les textes littéraires francophones,
pour la plus part, témoignent des réalités inhérentes à la condition de l’être.
En cela, Ils sont également un écho reflétant la sempiternelle question de la
condition humaine dans ses différentes manifestations. En contexte
francophone postcolonial, cette tendance est fortement observable sous le
prisme d’un questionnement qui se rapporte à l’essence même de l’identité
des personnages soumis à de multitude univers jalonnés d’écueil et génère
une identité qui se veut en crise. D’où la nécessité de proposer une sortie de
cette situation semée d’embuches. S’impose alors le début de la recherche.
C’est partant de la que le thème de quête de l’identité apparaît comme un
puissant vecteur narratif et discursif. Dès lors, comment ne pas creuser
davantage du côté de l’histoire et essayer de localiser une esquisse de cause
à cette crise identitaire. Tenter de revisiter la condition de cet homme sujet à
plus de quatre cent ans d’exploitation de traite négrière et nourrit par plus
de cent cinquante de colonisation. Cette situation n’est pas sans interpeller
la sensibilité de nombreux écrivains francophones. Les textes de ces auteurs
se distinguent par une écriture qui revisite ce rapport inégal des puissances

23 Le motif, au sens où le définit Joseph Courtés, apparaît à la fois


comme une configuration figurative, discursive, narrative invariante et
migratoire pouvant servir de couverture à des thématiques diverses
24 Nous nous basons sur l'étude de Charles Mauron qui se veut
expérimentale. Notons qu’à travers cette méthode, il faut y lire un dialogue
entre une pensée qui interroge et les faits qui répondent. À l'appui des
poèmes de Mallarmé, Baudelaire, Nerval, Valéry et Mistral, et des pièces de
Corneille, Molière et Racine, le psychocritique recherche dans les textes,
isole et étudie l'expression de la personnalité inconsciente de leur auteur. La
recherche se situe ainsi par rapport à trois courants de la critique
contemporaine : classique, médicale et thématique. Tiré du site :
http://www.jose-corti.fr/titreslesessais/des-metaphores-mauron.html.
25 Le vocable que nous utilisons ici peut admettre comme synonyme
deux termes. Celui d’image ou encore celui de signe renvoyant à la
représentation de quelque chose.

25
dites, autrefois, impérialistes et peuples colonisés. Surtout ces trois
dernières décennies, leurs écritures traitent d’une situation d’où résonne le
quotidien des sociétés dans lequel retentit une absence notable
d’authenticité, de repères culturels et de perte d’identité. En s’investissant
dans ces problématiques, ces écrivains créent une esthétique d’où émerge un
sens qui ne peut plus s’appartenir dans le vocable de quiétude, mais
s’assume dans ce qui est peut-être perçu comme une remise en question
pour finalement déboucher vers une recherche effrénée de ce qui fait
l’authenticité de l’être.

A ce titre, porter une étude sur les romans d’Alain Mabanckou,


Ananda Dévi, Tahar Ben Jelloun et Suzanne Dracius, c’est interroger
l’écriture de ces derniers. C’est dans le même temps porter un regard sur le
langage qui s’y rapporte, le mouvement de ces lignes et ce qu’il recèle dans
ses « entrepages » pour saisir ce qui fait sens. Plonger au cœur de ces
romans, c’est aussi nous inviter à comprendre, par exemple que chez
Dracius c’est l’héroïne principale qui est engluée dans un mal être
existentiel. Face à cet état de fait, elle décide de se lancer dans une aventure
avec pour objectif de redécouvrir qui elle est véritablement, par le biais du
retour à la terre des ancêtres. Ainsi se dégage l’une des thématiques
centrales de la littérature francophone postcoloniale qui est pointée à travers
ce roman, celui qui focalise sur la conception de l’identité de l’être dans la
société contemporaine, surtout lorsqu’on est issu d’un peuple dont le passé
est marqué de trace de colonisation.

Ainsi, en partant des quatre romans que nous analysons, nous


entendons mettre en évidence l’idée que les textes convoqués actualisent
l’évocation de la quête de l’identité. Fort de ce leitmotiv, nous faisons suivre
ces questions qui doivent-êtres entendues comme problématiques de
recherche de notre objet d’étude.

 L’écriture de la quête de l’identité constituerait-il le motif


approprié pour dire la poétique fictionnelle qui caractérise la

26
littérature francophone postcoloniale ? Autrement dit, le roman
francophone postcolonial s’écrirait toujours sous le mode de
« rature » de perdition de l’identité ou de « dérèglement » du sujet
francophone postcolonial ?

 Si la quête de l’identité s’autorise comme le motif qui régule la


dynamique interne propre à la narration du roman francophone
postcolonial, on s’interrogera alors sur les modalités de son
énonciation et les caractéristiques qui sont les siennes ?

 Cette écriture qui présente des personnages à la recherche de


leur identité induirait une quelconque peur s’agissant de l’être
francophone postcolonial ? Sur la base des quatre textes
analysés, les structures langagières sont-elles à même de
justifier une écriture de quête de l’identité ?

Rappelons que la quête de l’identité est effectivement le fil conducteur


de l’examen que nous conduisons dans cette démarche heuristique.

Ainsi, de même que tout travail scientifique est conduit sous un


questionnement qui est en le fil conducteur, de même le présent travail obéit
à cette logique. C’est dans le même esprit que nous déployons notre analyse
autour des questions suivantes qui rentrent au titre de problématique :

 Cette écriture de quête de l’identité qui se veut un vecteur


fondamental d’expression, pour l’écrivain francophone
postcolonial, trouverait une manifestation spécifique à chaque
roman ou bien participe-t-elle d’une tonalité commune à tous
ces romans ?

 Quelles seraient alors les caractéristiques du personnage à


même de trouver un dénouement à cette quête ?

27
 In fine, le verbe « connaître » n’échouerait pas dans sa
prétention à dire le sens, ouvrant de fait l’espace angoissant de
l’inconnaissable, s’agissant de la question de l’identité de l’être
francophone postcolonial ?

Telles sont là quelques préoccupations qui constitueront l’ossature


principale du présent travail. Des préoccupations auxquelles il ne sera pas
facile de répondre si le travail ne s’appuie pas sur une analyse approfondie
des quatre romans des quatre auteurs. A dire vrai, ce protocole interrogatif
se veut l’écho d’une démarche dont l’ambition prétend porter les germes
d’une écriture lisible dans une démarche « tripartitionnelle ». Ces trois
parties, vu que c’est cela dont-il est question, sont ce, autour de quoi va
s’articuler la présente étude.

Cadre méthodologique et théorique

28
Tout travail de recherche, qui se veut scientifique, a besoin d’être
conduit sous l’autorité d’une méthode. En affirmant ce la, nous admettons
que nulle recherche scientifique, quel qu’en soit le domaine d’étude, ne peut-
être engagée sans au préalable avoir déterminé et précisé un choix
méthodologique propre à illustrer son analyse et démontrer la manière dont-
elle fonctionne dans l’objet auquel elle est rapporte. Le discours qui en
découle aboutit sert en partie à l’élaboration de théorie des faits en rapport
avec le texte littéraire. Ainsi, s’inscrivant dans cette perspective et afin
d’assurer la recevabilité scientifique de notre travail, nous avons opté de
recourir à trois approches méthodologiques pour contribuer à la lisibilité de
la quête de l’identité.

La première de ces trois grilles analytique, qui constituera l’assise de


notre démonstration, est l’approche méthodologique de poétique textuelle,
plus précisément sous la déclinaison de Tzvetan Todorov26. Comme seconde
approche, il y a celle de littérature comparée. La dernière des approches est
celle qui sera consacrée aux avancées du postcolonialisme en littérature.
Aussi, nous demanderons : Qu’est-ce qu’il en est de chacune des approches
analytiques et comment fonctionnent-elles ?

Pour commencer, le terme de poétique, du grec « poeien » qui signifie


« créer, faire » est employé pour ce qui se rapporte à la poésie. Soulignons
que de nombreux travaux consacrés aux arts poétiques ont influencé la
réflexion en occident. Parmi ces travaux, on retiendra La Poétique27
d’Aristote, L’Art poétique28 de Nicolas Boileau. Dans le même esprit, on

26 Todorov (T.), Qu’est-ce que le structuralisme ? Tome 2, Poétique, Paris,


Seuil, coll. « Points », 1973, 122 p.
27 Aristote, Poétique, Paris, Livre de Poche, Editions Classiques, 1990,
216 p.
28 Nicolas Boileau, L’Art poétique, Paris, Flammarion, Coll. « GF », 1998,
253 p.

29
inclura La Rhétorique29 dans laquelle Aristote aborde, au même titre que
dans La poétique, les principes de composition d’un bon discours. Dans cet
ouvrage, il énonce les règles les règles auxquelles les écrivains devraient s’en
tenir pour la composition de l’œuvre idéale :

La poétique se veut-même si à l’arrivée elle n’est que cela-un


ouvrage dogmatique, une technè ; elle est une art qui propose un
ensemble de règles pour écrire une bonne tragédie, une bonne
épopée, tout comme la rhétorique, sa jumelle proposait des
règles pour composer un bon discours30.

Sous ce ton, que l’on qualifierait d’injonctif, qui se dégage de ces lignes
s’est au fur et à mesure vu disparaître pour donner place à une autre
conception, c’est-à-dire que, loin du prolongement des travaux d’Aristote et
Boileau, la poétique va se donner comme visée la théorie générale de la
littérature ou encore comme science de la littérature. En effet, il faut
compter avec l’apport considérable conjugué du cercle des formalistes
russes, du new-criticism anglo-américain qui prône le « Close reading 31».

Sous leur influence, la poétique se constitue comme une activité pleine


vouée aux formes littéraires dont la finalité de l’étude consiste à étudier la
littérarité des textes (l’ensemble des éléments qui transcendent la singularité
des textes littéraires). Todorov affirme à cet effet que :

29 Aristote, Rhétorique, traduit du grec par Pierre Chiron, Paris,


Flammarion, Coll. « GF », 2007, 570 p.
30 Aristote, La Poétique, op. cit., p.21.
31 Initié par le New-criticism, le Close reading, ou bien lecture rapprochée
en français, fait de l’œuvre littéraire l’élément central pour étudier les
caractéristiques sur lesquelles repose l’action esthétique de l’œuvre littéraire.
Il s’interroge sur sa capacité à démontrer le sens à l’aide d’une analyse
stylistique scrupuleuse, en appliquant une méthode formaliste rigoureuse.

30
La poétique vient rompre la symétrie ainsi établie entre
interprétation et science dans le champ des études. Par
opposition à l’interprétation d’œuvres particulières, elle ne
cherche pas à nommer le sens, mais vise la connaissance des
lois générales qui président à la naissance de chaque œuvre.
Mais par opposition à ces sciences que sont la psychologie, la
sociologie, etc., elle cherche ces lois à l’intérieur de la littérature
même. La poétique est donc une approche de la littérature à la
fois « abstraite » et « interne ». Ce n’est pas l’œuvre littéraire elle-
même qui est l’objet de la poétique : ce qu’elle interroge, ce sont
les propriétés de ce discours particulier qu’est le discours
littéraire. Toute œuvre n’est alors considérée que comme la
manifestation d’une structure abstraite et générale, dont elle
n’est qu’une des réalisations possibles. C’est en cela que la
démarche scientifique se préoccupe non plus de la littérature
réelle, mais de la littérature possible, en d’autres mots : de cette
propriété abstraite qui fait la singularité du fait littéraire, la
littérarité.32

Des lignes qui précèdent, il ressort de la poétique textuelle que sa


visée est de proposer « une théorie qui présente un tableau des possibles
narratifs littéraires ». La poétique consiste, de ce fait, plutôt dans la
conceptualisation du discours littéraire, que dans une prise de position
consistant à dire si une œuvre est positive ou négative.

En suite, il faut signaler que par poétique, nous entendons mettre en


exergue les catégories linguistiques et langagières des textes examinés avec
pour but de recenser des éléments qui nous permettent de nommer l’un des
sens des textes à analyser. Dans cette perspective, Genette nous fait
comprendre qu’à travers la poétique :

32 Todorov (T.), Qu’est-ce que le structuralisme. Poétique 2, Paris, Editions


du Seuil, 1968, p. 19-20

31
[…] son statut d’œuvre n’épuise pas la réalité, ni même la
« littérarité » du texte, et qui plus est, que le fait de l’œuvre
(l’immanence) présuppose un grand nombre de données
transcendantes à elle, qui relèvent de la linguistique, de la
stylistique, de la sémiologie, de l’analyse des discours, de la
logique narrative, de la thématique des genres et des époques,
etc.33

De plus, le choix de la poétique est légitimé par l’ouverture qu’elle


opère dans les autres domaines scientifiques dont l’objet est le langage,
précisément dans le fait que le traitement se base de manière quasiment
identique sur le texte littéraire.

En outre, il faut préciser que le choix de la poétique nous contraint


tout de même à une prudente réserve par rapport à l’intentionnalité de
l’auteur car, pensons nous, cette dernière pourrait atténuer toutes teneurs
scientifiques de notre analyse et nous emmènerait à convenir avec Marcel
Proust qui pense qu’ « une œuvre où il y a des théories est comme une œuvre
où on laisse la marque du prix 34». En affirmant cela, on relève que l’auteur
met en lumière l’idée d’une lecture passive, dénuée de toute véritable
entreprise de rechercher qui vise à saisir le sens à travers l’acte d’analyse et
renverrait à penser à un texte dont le contenu ressemblerait à quelque chose
de plus transparent. La lecture d’un texte invite à dépasser le sens littéral.
Ceci est d’autant plus évident dans la pensée de Michel Meyer :

La signification d’un texte transcende le sens littéral attaché à


chacune des phrases. Et ce fait demeure même si la réponse sur

33 Genette (G.), Figures III, Paris, Editions du Seuil, Coll. « Poétique »,


1972, p. 10
34 Proust (M.) « Théorie » In 100 Citations expliquées, Désalmand (P.) et
Forest (P.), Belgique, Marabout, 1991, 437 p.

32
le sens d’un texte se réfère à une pluralité de propositions en
raison d’une signification plurielle35.

La démarche analytique évoquée ici trouve son analogie avec ce que


nous avons mis en exergue chez Barthes. Cette similitude sur l’analyse
renforce notre conception selon laquelle c’est le texte qui dit son sens. C’est
pourquoi nous estimons qu’entreprendre une analyse sur le thème de la
quête de l’identité dans le roman francophone postcolonial…, c’est plonger
dans les romans, investir le texte, interroger l’espace du récit, dire comment
ce thème se donne à lire.

Il faut préciser à cet effet que le thème de la quête de l’identité, dans


l’orientation qui est la notre, sera affaire de langage, de structure textuelle.
Pour se faire, notre travail consistera à focaliser l’attention sur des
structures langagières. Une lecture dans ce sens s’impose d’autant plus
qu’elle s’inscrit dans la perspective de vouloir localiser le mouvement de
l’écriture de nos textes, d’entendre le battement de leur cœur et de saisir
l’écho de leur parole qui porte sur la quête de l’identité. En conséquence, il
se dégage l’idée que la poétique s’inscrit dans la volonté de vouloir expliciter
le mécanisme qui prévaut au fonctionnement des textes littéraires, en
l’occurrence la quête de l’identité, par le biais du tissu du langage. Toute
chose qui n’est pas en soit novatrice et qui n’est pas sans comporter
quelques difficultés car devant prendre appui sur des discours théoriques,
soit ayant été entrepris sur le sujet, soit sur les théories ayant une
quelconque similarité avec la manière d’aborder notre question d’étude pour
finalement se les approprier et les appliquer avec, à l’esprit, l’objectif
d’atteindre assigné au départ de cette étude.

Par ailleurs, nous voulons préciser que pour bien appréhender la grille
analytique de poétique textuelle, nous nous appuierons sur d’autres

35 Meyer (M.), « La rhétorique et la littérature », Langage et littérature,


Paris, P.U.F, 1992, p.94

33
discours théoriques littéraires, c’est-à-dire que nous tirerons profit des tous
les travaux qui auraient été élaborés dans le domaine littéraire
majoritairement en accordant sa prépondérance au matériau scripturaire qui
est l’énoncé du roman ou encore le récit lié au texte littéraire, pour nous
permettre de donner plus d’intelligibilité à notre analyse.

Pour ce qui est de la littérature comparée, il faut se référer à l’ouvrage


collectif Qu’est-ce que la littérature comparée ?36. Ainsi, la littérature
comparée est à entendre comme :

la science comparative de la littérature, une branche des


sciences humaines et sociales qui se propose d’étudier les
productions humaines signalées comme œuvres littéraires, sans
que soit définie au préalable quelque frontière, notamment
linguistique, que ce soit. Il ne s’agit pas tant de « comparer des
littératures » que de questionner la littérature (au sens de
collection d’œuvres) en plaçant chaque œuvre, ou chaque texte,
dans des séries élaborées par le chercheur, qui interrogent la
singularité relative de cette œuvre. Les comparatistes
construisent ainsi des espaces où ils se heurtent volontairement
à des œuvres venues de pratiques et de cultures « autres » :
l’étranger est leur pierre de touche37.

Si l’on reconnait que nous ne seront pas véritablement dans le


comparatisme pur, du fait que les auteurs n’appartiennent pas, à première
vue, à des cultures linguistiques opposées, c’est-à-dire que le travail que
nous menons ici par exemple aurait été exemplifié en nous appuyant sur des

36 Brunel (P.), Pichois (C.), Rousseau (A.M.), Qu’est-ce que la littérature


comparée ?, Paris, Editions Armand Colin, Coll. « U2 », 1967, 218 p.
37 http://www.puf.com/wiki/Que_sais-
je:La_litt%C3%A9rature_compar%C3%A9e/Dimanche 15 mai 2011.

34
ouvrages des auteurs anglophones d’un côté et d’un auteur francophone
dont la particularité est qu’ils auraient commis des œuvres qui seraient
articulées sur la même question. Toutefois, Il faut tout de même mentionner
que c’est un travail de comparatisme que nous opérons du fait qu’il y a une
appartenance à des aires culturelles différentes et tous les auteurs, en plus
de la langue française, se distinguent par l’usage d’une langue propre aux
réalités de la localité dont-ils sont originaire. Autrement dit, il est à relever
que si la langue française constitue l’essentiel de leur moyen de
communication et le principal outil de leur expression littéraire, il n’en
demeure pas moins qu’il y a une particularité, c’est que tous les romans ou
auteurs sont rattachés à des langues maternelles ou bien à des dialectes
différents.

Enfin, Il est à signaler que cette étude mettra à profit l’apport des
travaux entrepris sur le postcolonial et offrira une analyse à la lumière de
ces théories. Donc, il y aura également une dimension rattachée à cette
approche méthodologique.

Somme toute, retenons qu’à travers ce travail de recherche, nous


ambitionnons, par le truchement des textes de nos quatre auteurs,
d’exemplifier l’acception qui sous-tend cette vision, cette démarche
d’interrogation sur l’être qui l’emmène à entreprendre une véritable plongée
sur lui-même et sa société. C’est ce que nous configurons sous le thème la
quête de l’identité. Plus précisément, nous voulons insister sur l’idée que la
démonstration que nous ferons sur le thème de la quête de l’identité, dans
les textes visités, prend une forme aussi indéterminée qu’instable pour se
donner à lire sous le prisme de plusieurs formes, si ce n’est figures dont
certaines veulent bien se laisser décliner sous les appellations d’un roman
au titre fort évocateur : l’innommable38’

38 Beckett (S.), L’Innommable, Paris, Minuit, Coll. « Double », 2004, 212


p.

35
Etat de la recherche

Avant d’entamer l’état de la recherche, nous nous permettons de


rappeler que le thème de la présente étude est formulé comme suit : La quête
de l’identité dans le roman francophone postcolonial …

36
Après ce bref rappel, il faut d’emblée mentionner que travailler sur la
quête de l’identité n’est pas une nouveauté en tant que telle, il est même le
prolongement d’une longue série de travaux. Toutefois, il est à relever que
lorsque nous avons entrepris de mener une réflexion sur une telle
formulation et d’entreprendre une analyse sur les différents romans, nous
nous sommes d’abord assuré que le travail que nous menons constituait
véritablement quelque chose d’original et avons pris soin de vérifier que la
recherche que nous conduisons n’avait pas déjà fait l’objet d’un traitement
établi ou ne constituait pas un objet d’étude dépassé.

Aussi, pour ne pas tomber dans une certaine facilité et éviter tout
esprit de paresse en reprenant un travail déjà effectué, avons-nous requis de
vérifier si des travaux portant soit sous la même formulation, soit visant les
mêmes objectifs n’existaient pas. De fait, il s’agit donc à ce niveau de la
rechercher de dresser une sorte de bilan autour des travaux consacrés au
thème en général et des ouvrages en particulier.

Pour ce faire, la première démarche a consisté à se tourner du côté


des travaux de thèse. A cela, aucune réponse positive n’a couronné notre
recherche. Sauf qu’on a pu répertorier quelques travaux qui s’en
rapprochaient par leur formulatios, notamment La quête l’identité39 dans
L’Enfant de sable de Tahar Ben Jelloun et La quête de l’identité culturelle
dans les associations religieuses d’origines congolaises40. Pour ce qui est des
articles, un seul nous a semblé idoine parce que porté sur la même tonalité.

39 Travail présenté par Linda Carlsward tiré du site http://www.diva-


portal.org/smash/get/diva2:4776/FULLTEXT01.pdf, consulté le 12 avril
2013.
40 Information prise sur
http://www.memoireonline.com/03/12/5528/m_La-qute-de-lidentite-
culturelle-dans-les-associations-religieuses-d-origine-congolaise-cas-
de0.html, site consulté le 12 avril 2013.

37
Ce dernier est La quête de l’identité41 avec pour particularité qu’il a été
élaboré sous l’ensemble : « arts, rupture et continuité ».

Toute cette recherche pour parvenir à trouver ces travaux ont pu être
menés en nous servant de la connexion internet, notamment en nous
appuyant sur le moteur de recherche ‘’google’’. Il nous a permis de nous
assurer qu’aucun travail sous cette formulation n’avait été entrepris. Le
choix d’internet s’est imposé d’emblée d’abord parce qu’il permet de
contourner un aléa énorme qui serait de se déplacer directement dans les
bibliothèques dans le but de vérifier si dans la base de données, des travaux
existeraient. Donc un gain considérable de temps. Force à été de constater
que non.

Néanmoins, il est à signaler que le thème que nous traitons dans ce


travail de recherche revêt quelque chose de novateur en ce sens qu’il
ambitionne de mettre dans le cadre d’une même étude quatre auteurs qui
appartiennent à des espaces géographiques différents, mais partageant
comme moyen d’expression la langue française, en plus du fait qu’ils ont été
colonisés par la France. Nous signalerons en plus que ce travail se
particularise un peu plus dans ce sens qu’il met de manière équitable des
auteurs masculins et féminins et essaie de dégager les regards convergents
et divergents que ces derniers portent sur une même question, celle de
l’identité.

Pour être plus complet sur cette étape, il faut relever que plusieurs
travaux élaborés sous la dénomination quête de l’identité sont lisibles dans
le champ littéraire, ainsi que dans d’autres domaines autres que la
littérature comme les sciences humaines. Certains des ouvrages observables
sur l’identité. Ils portaient sur la dimension sous régionale ou régionale.

41 http://pedagogie2.ac-reunion.fr/col-
j.solesse/hda%20triple%20autoportrait-HDA.pdf, site consulté le 20
novembre 2012.

38
D’autres se sont également intéressés à la dimension nationale. En
l’occurrence, l’on a pu recenser comme ouvrages ayant un lien avec notre
objet, Héros et quête identitaire dans le roman africain subsaharien
francophone42 ou encore La quête de l’identité43 pour ne citer que ces deux
exemples.

Sur un tout autre plan, en axant notre recherche sur les auteurs de
manière générale, il y aurait eu certainement plus d’éléments à aborder et de
« grain à moudre » pour le dire trivialement. En effet, il nous ait apparu que
de nombreux travaux se rapportant à chacun de nos auteurs, inspirés des
leurs ouvrages, occupaient l’essentiel des questionnements.

Structure de la recherche

Par commodité méthodologique, rappelons que le thème de notre


travail de recherche est La quête de L’identité dans le roman

42 « Héros et quête identitaire dans le roman africain subsaharien


francophone » Titre de thèse soutenu le 19-02-2010 à l’université de Paris –
Est par l’impétrant Perpetue Dah
43 -
http://books.google.fr/books?id=KRD3V_AdHqQC&pg=PA419&lpg=PA
419&dq=th%C3%A8se+sur+la+qu%C3%AAte+de+l%27identit%C3%A9&sour
ce=bl&ots=vTZdGUe2XP&sig=DcWP-
5s2fJqC01DoGiJaTmHpmBw&hl=fr&sa=X&ei=pMjOU5SeDoWk0QW-
8oG4CQ&ved=0CGYQ6AEwCQ#v=onepage&q=th%C3%A8se%20sur%20la%2
0qu%C3%AAte%20de%20l'identit%C3%A9&f=false, site consulté le 14 mars
2013.

39
francophone postcolonial : Approche comparée des littératures
africaine, insulaire, magrébine et caribéenne. Le cas de Verre cassé
d’Alain Mabanckou, Soupir d’Ananda Dévi, L’Autre qui danse de
Suzanne Dracius et La nuit sacrée de Tahar Ben Jelloun. Cet objet
d’étude ainsi formulé, il sera déployé, conformément à la rigueur scientifique
qui guide toute démarche de cet acabit, en trois inflexions analytiques, en
l’occurrence : « Lecture historiographique autour des principales notions que
sont l’identité, francophonie, postcolonial » ; « Les figures de la quête de
l’identité dans les quatre romans » et enfin un aspect consacré à
l’interprétation abordé sous l’angle de « l’herméneutique ».

Dans un premier temps, la partie inaugurale. Nous lui avons donné le


titre la lecture historiographique des notions francophonie, postcolonial et
identité. Elle se propose d’examiner, à partir d’un point de vue de l’histoire
littéraire notamment, pour démontrer comment ces notions font l’objet d’un
traitement de la part de certains auteurs. Nous voulons partir de l’idée que le
thème que nous abordons trouve déjà un certain écho dans d’autres
travaux. C’est pourquoi un accent sera mis sur les différentes facettes qui
ont pu prendre sous la plume de certaines auteurs et quelles théories ont pu
être élaborées au cours de son évolution à travers l’histoire. Trois chapitres
respectifs seront consacrés à chacune des ces trois notions.

Le premier des trois chapitres sera consacré à la notion de


francophonie. Il comportera trois sous-parties. Celle qui débutera tentera de
définir ce que c’est la francophonie. La seconde sous partie illustrera la
dimension institutionnelle de la francophonie et la dernière travaillera à la
démonstration selon laquelle, en plus du pan institutionnel, la francophonie
a une expression littéraire. D’où l’idée de la véracité littéraire de cette
dernière.

Le second chapitre abordera la notion de postcolonial. Trois sous-


points seront également au cœur de ce chapitre. Nous aurons ainsi
l’économie terminologique où l’ambition est d’expliquer ce que recèle le

40
concept de postcolonial. Ensuite, nous aurons des générations
postcoloniales. Ce sous point se propose d’élaborer une forme de
recensement des acteurs qui ont brillé par leur action que l’on qualifierait de
postcoloniales. Enfin, l’exercice portera sur une application de la théorie
postcoloniale dans le roman. Après l’engagement effectif, ce point viendra
montrer comment la théorie postcoloniale est opérante dans certains
ouvrages.

Le dernier chapitre s’appesantira sur la notion d’identité. Subdivisé en


deux pans, ce chapitre travaillera à justifier l’idée que l’identité fait bien
l’objet d’un traitement au cours de l’histoire littéraire d’une part et d’autre
part, elle exemplifiera le fait, qu’à l’instar des autres peuples, qu’elle a été
également au cœur des préoccupations du peuple francophone, même
quand il n’était pas encore question d’un travail de conceptualisation des
universitaires.

Cette partie est d’autant plus justifiée en ce sens qu’elle permet de


saisir la démarche qui est la notre dans ce travail. Elle tire argument de
l’expression de la quête d’identité dans le roman francophone postcolonial et
essaie d’en établir la pertinence dans notre corpus.

La deuxième partie de ce travail, essentiellement poétique, a pour titre


« Les figures de la quête de l’identité ». Cette partie est vouée à l’analyse de la
notion d’identité dans les quatre romans proposés à l’examen. C’est ce que
nous avons porté sous la formulation de la ‘’figurativisation’’ identitaire. Elle
consacre son examen à l’identification de l’objet quête de l’identité, d’en
recenser les figures ou les formes qui justifient la mise en discours du thème
qui motive ce geste heuristique, avec l’objectif d’illustrer son fonctionnement
dans les textes. Quatre chapitres sont consacrés à chacun des quatre
ouvrages.

Dans cette perspective, le chapitre inaugural s’intitule : « Au cœur » de


Verre Cassé : L’écriture comme moyen de réalisation de soi et

41
l’ « aliassisation » onomastique. Ces deux titres s’inscrivent comme des sous
points de ce chapitre.

Le deuxième chapitre porte le titre : « dans l’âme » de La Nuit sacrée.


Deux axes d’analyses seront à mettre au crédit de ce chapitre. D’une part du
garçon à la femme, d’autre part une féminité interdite.

Le troisième s’identifie sous le titre dans l « ’univers » de L’Autre qui


danse. Une double orientation est à retenir au cours de cette démonstration.
Nous aurons ainsi la crise identitaire et le retour au pays des ancêtres.

Le quatrième et dernier chapitre a pour formulation « au fil des


pages » de Soupir. A l’instar des trois autres chapitres, il se partage
également dans deux sous points. L’un s’intitule un environnement
chaotique et l’autre la survie d’un groupe.

Comme on peut l’observer, chaque chapitre a été conçu pour à intégrer


le titre de l’un des romans de cette étude et de façon symétrique, chaque
chapitre est divisé en deux sous-points et s’essaie à exhumer ce qui fait la
particularité de la notion d’identité dans chacun de ces romans. L’une des
raisons à ces deux sous points, c’est que le premier titre signale la cause à la
quête identitaire et le deuxième présente la conséquence. Notons que cette
étape est en soi essentielle en ce sens qu’elle vise à justifier la présence de la
quête d’identité dans les romans.

La dernière partie portera le titre d’herméneutique. Cette étape de ce


travail sera consacrée à l’interprétation basée sur le corpus examiné en
général et insistera sur les particularités que chaque roman aura permis de
faire ressortir. La réflexion au cours de cette étape sera divisée en une
double orientation, c’est-à-dire qu’elle tirera prétexte des figures examinées
dans la partie poétique pour prolonger l’interprétation sur le thème de quête
de l’identité d’une part, d’autre part elle oscillera entre les faits de vie des
auteurs et des séquences des ouvrages afin d’en tirer les mécanismes

42
théoriques. Cette partie aura pour objectif de s’essayer à l’élaboration d’une
herméneutique et d’une épistémologie de notre thème. Comme la première
partie de ce travail, cette dernière sera également élaborée autour de trois
chapitres.

Le chapitre d’ouverture évoquera le caractère hydride de l’écriture de


notre corpus. Il portera deux sous-points. L’esthétique de la diglossie et
l’identité à l’épreuve du discours polyphonique.

Le chapitre suivant parlera des écritures de l’immigration. Trois sous


parties sont à retenir. Elles seront articulées autours de l’ailleurs comme
« variable » de l’identité, l’écriture en pays d’adoption et le « third space » une
alternative de la quête l’identité.

Le dernier chapitre se propose de s’interroger sur les raisons d’une


écriture de la quête de l’identité en contexte postcolonial et veut essayer de
comprendre les motifs qui justifient les différentes formes d’écritures. En
conséquence, les trois sous pans seront une réflexion autour des notions qui
se dégagent du postcolonialisme.

En conséquence, le premier stade de la réflexion est consacré à se


questionner en ces termes : Le thème de la quête de l’identité en littérature
francophone postcolonial : Posture d’écrivain où enjeu d’écriture?

Le deuxième sous point poursuivra également l’interrogation en


rapport avec l’identité en contexte postcolonial. Ainsi, elle se demandera s’il
s’agit d’une configuration ou d’une reconfiguration ? Autrement dit est-il
d’une identité de souche ou autochtone ou s’invite-il quelque chose de l’ordre
d’un brassage identitaire ?

La dernière étape de ce chapitre envisage de démontrer que la quête de


l’identité en contexte postcolonial n’est pas simplement une vue de l’esprit,
mais qu’elle répond à une problématique bien sociétale. C’est en cela que les

43
productions, même les tires des romans que nous avons pris pour cette
analyse, rendent raison de cette réalité. Même que certains auteurs, pour
traiter de cette question, usent en filigrane d’une certaine inversion des
valeurs, faisant de fait référence à l’esprit du carnavalesque.

Ce qui est à signaler c’est qu’au cours de cette étape, la réflexion se


proposera d’examiner la résonance des concepts étudiés dans la deuxième
partie pour ensuite les mettre en perspective avec des théories comme celle
du « rhizome 44» telle que abordée sous Glissant.

Par delà ces considérations, qui présentent la manière dont sera


élaborée ce travail, l’analyse que nous menons sur ces quatre romans nous
permet de constater que le thème de la quête de l’identité illustre un monde
marqué par un mal être existentiel où les personnes s’interrogent sur leur
véritable nature et surtout l’impossible réalisation de soi. Ce qui les emmène
à se lancer dans une attitude d’errance, guidée au gré de quelques postures
qui sont autant de réponses éphémères qu’instables. Il se dégage ainsi de ces
romans une écriture qui présente une société en proie à une absence de
repères fondamentaux et des personnages qui s’emploient à trouver leurs
marques.

En plus de l’intérêt que nous portons particulièrement à l’égard de ce


travail, nous nous permettrons d’entreprendre une réflexion s’agissant de la
littérature de manière générale, mais qui s’élaborerait en prenant appui sur

44 « C’est à Gilles Deuleuze et à Félix Guattari qu’Edouard Glissant


emprunte cette image de rhizome qui renvoie à la racine multiple d’une
plante pour qualifier sa conception d’une identité plurielle qui s’oppose à
l’identité racine unique. Par opposition au modèle de cultures ataviques, la
figure du rhizome place l’identité en capacité d’élaboration de culture
composite, par la mise en réseau des apports extérieurs, la où la racine
unique annihile » Extrait tiré du site internet
http://www.edouardglissant.fr/rhizome.html, consulté le 15-08-2012.

44
le corpus qui est le nôtre. Cette conception de la littérature sera donc à
dénouer avec la conception d’Umberto Eco qui nous invite à questionner la
démarche qui régule le cheminement du texte, la finalité que la littérature
vise : « Mais où marche le (un) roman ? »45. Question fort saisissante qui
remet au grand jour la dimension pragmatique de la littérature et son rôle
dans la société. Elle reprend en écho cette autre interrogation qui a ouvert ce
travail de recherche.

Par ailleurs, elle met en exergue un autre moment. En effet, en


poussant la réflexion, on note qu’elle porte tacitement une autre
interrogation, celle qui consiste à se demander, comme le pense un auteur
comme Roland Barthes qui postule la question de l’utopie littéraire, dans
Sur la littérature : « ou doit-elle ( la Littérature ) aller ? »46, mettant en
évidence le fait que la littérature se veut une entreprise au rebours de tout
enjeu palpable qui trouverait sa voie dans une forme d’effectivité du
quotidien et pourrait les exhausser. Elle serait plutôt à juger dans la
pratique d’un geste toujours à venir. D’une résolution affirmative et non
conclusive.
:

45 Eco (U.), De la littérature, Paris, Le Livre De Poche, Coll. « Le Livre De


Poche Biblio », Paris, 2005, 439 p.
46 Nadeau (M.), Barthes (R.), Sur la littérature, Grenoble, presse
Universitaire de Grenoble, 1980, p.54.
45
Première partie. Historiographie :

Autour de la francophonie, au cœur du


postcolonialisme et l’identité en littérature

Cette partie inaugure le travail que nous entreprenons dans le cadre


de cette recherche. Elle est la première d’un processus qui en comporte trois.
Cette étape porte sur l’historiographie de notre thème La quête de l’identité
dans la littérature francophone postcoloniale : Lecture comparée du roman…

A cet effet, il faut dire qu’entreprendre un travail de recherche sur ce


thème n’est pas une tentative marquée du sceau de la nouveauté ou bien

46
quelque chose d’isolé pour ce qui concerne le monde littéraire. Le thème que
nous traitons se refuse à tous qualificatifs qui appartiendraient au vocable
« nouveau ». Il conviendrait de dire que ce dernier s’inscrit dans une
tradition dont l’enjeu principal a porté sur l’identité. Cela est d’autant plus
exact que lorsqu’on jette un regard sur l’histoire de la littérature, que ce soit
la littérature française en générale ou bien la littérature francophone en
particulier, on constate que de nombreux écrits tant sur le roman, le théâtre
que la poésie lui ont été consacrés et peuvent attestés d’une pratique
d’écriture.

Pour être plus en phase avec le côté pragmatique de cette production,


il nous suffit de nous référer à quelques ouvrages comme Le Rouge et le
noir47 de Stendhal dont le thème de l’identité est évoqué sous le prisme d’un
jeune homme nommé Julien Sorel qui lie son destin à deux femmes qui se
singularisent, deux personnalités opposées, comme pour figurer les deux
penchants de son caractère. D’une part, Madame de Rênal, qui est traduit le
rêve, l'aspiration à un bonheur pur et simple et d’autre part Mathilde de La
Mole qui illustre l'énergie, l'action brillante et fébrile. Ou le Cavalier et son
ombre48 de Boubacar Boris Diop qui porte sur un questionnement en rapport
avec le continent africain étranglé par tant de désastre et qui invite à
repenser son destin en se référant à l’âme de ses ancêtres. Ou bien Parole de
vivants49 d’Auguste Moussirou Mouyama qui relate en deux temps la
maturation intellectuelle du héros Ytsia Moon, partagé entre les pôles
antagonistes de la tradition et du modernisme. Nourri dès son enfance au
lait des croyances ancestrales, celles que lui transmet sa grand-mère,
devenue sa tutrice après la mort de ses parents, il est, au fur et à mesure
qu’il grandit, le témoin de la déchéance pathétique de son environnement.

47 Stendhal, Le Rouge et le noir, Paris, Gallimard, Coll. « Folio », 1967,


512 p.
48 Diop (B.B.), Le Cavalier et son ombre, Abidjan, Ed. NEI, [1997], 1999,
286 p.
49 Moussirou Mouyama (A.), Parole de vivants, Paris, Editions
L’Harmattan, 1992, 119 p

47
Trois ouvrages écrits à des époques différentes et par des auteurs
différents qui emblématisent assez justement cet activité en rapport avec la
question identitaire et renforce l’idée qu’une abondante tendance des
auteurs qui s’investissent sur le thème est largement tangible. Comment
peut-il en être autrement dès lors qu’il est au cœur de leur existence. Du
coup, ils inscrivent la narration de leurs récits en insistant sur des
problématiques d’une construction identitaire confrontée à divers influences.

Toutefois, il est à remarquer également que l’écriture de ces romans ne


laisse pas toujours indifférent et suscite plusieurs réactions, notamment
celles portées au cœur des ouvrages critiques. Ainsi, il n’est plus surprenant
que l’objet fictionnel nourrisse énormément les discours critiques consacrés
à l’identité qui posent le problème de son devenir. En atteste le foisonnent
effervescent dans le champ domaine littéraire. Dans cet esprit, des questions
touchant à sa pertinence ont été même formulées selon l’époque où l’on situe
la question. Toujours est-il que les questionnements identitaires ont fait
l’objet d’une attention minutieuse à l’instar de celles soulevées par des
universitaires tel que Patrick Sultan50. Cet universitaire a la particularité
d’orienter ses travaux en mettant en évidence la problématique autour de
l’espace linguistique et l’influence impérialiste. De manière générale, les
ouvrages basés sur les problématiques identitaires s’intéressent à deux
aspects essentiels. L’un d’eux concernent les caractéristiques inhérentes aux
préoccupations de fonds des ces objets et l’autre peut avoir partie liée à
l’explication des sujets de formes.

De ce fait, partant du constat que tout discours sur un objet est tenu
en reposant sur d’autres discours, tout en prenant soin d’apporter sa
particularité, nous venons, par ce geste, prolonger les travaux portant sur
cette question par une démonstration particulièrement axée sur un corpus

50 Sultan (P.), La francophonie littéraire à l’épreuve de la théorie article


tiré du site internet http://www.fabula.org/revue/cr/145.phple,
consulté le 07/12/12 à 13h40mn

48
francophone postcolonial. Dans cette visée, cette dernière se propose donc
d’exemplifier l’idée que la quête de l’identité est bien riche d’intérêt.

Toutefois, force est de reconnaître que ce qui relèverait de la nouveauté


dans l’examen de la quête de l’identité sera plutôt à entrevoir dans la façon
dont le thème est formulé, c’est-à-dire par l’évocation du titre roman
francophone postcolonial que revêt ce thème, plus précisément c’est dans le
fait qu’on mette dans une même réflexion les zones que sont les Caraïbes, les
îles, l’Afrique maghrébine ou le nord de l’Afrique subsaharienne. Entre autre,
c’est l’objectif assigné à cette première partie qui met en exergue la véracité
d’un discours littéraire dont les traces sont perceptibles à partir de certaines
séquences historiques. Ainsi, pour répondre à cette exigence, nous avons
opté pour trois chapitres.

Le premier chapitre porte sur la notion de francophonie. Il sera divisé


en trois sous-points. L’élucidation terminologique, la francophonie
constitutionnelle et la francophonie littéraire. L’enjeu consistera à donner
une légitimité tant physique que littéraire à l’espace linguistique qui est la
francophonie.

Le second chapitre se propose d’expliciter ce qui se cache derrière la


notion de postcolonial. Il sera articulé autour de trois sous inflexions. La
première s’essaiera à une clarification notionnelle, la seconde évoquera le
processus de construction de la notion. La dernière abordera tout ce que
cette dernière comporte comme théories.

Enfin, le dernier chapitre se propose d’établir un recensement dans


l’histoire de la littérature francophone de la notion de l’identité. Porté sur
deux sous points, différemment des deux chapitres précédents, il s’agira de
montrer que le recours à une écriture de la quête de l’identité prend appui
sur une certaine tradition littéraire sur la notion.

49
Chapitre I: Francophonie : Elucidation
terminologique, processus de fonctionnement
et véracité littéraire.

Le présent chapitre est consacré à un examen assez approfondi de la


notion de francophonie. Il se propose d’élaborer une archéologie assez
poussée de ce que nous entendons par francophonie.

50
Conformément à cette visée, trois étapes vont constituer l’essentiel du
travail de ce chapitre est qui articulé autour de l’historiographie de la notion
de Francophonie.

Dans un premier temps, nous proposerons une définition de la


francophonie afin de situer véritablement sur quoi porte le propos.

Dans un second temps, nous aborderons la francophonie sous son


organisation institutionnelle et les orientations de sa politique. Ceci nous
permettra de voir le processus qui a présidé à la création de cette institution,
les principaux initiateurs et voies qu’elle a empruntées pour voir le jour, les
missions qu’elle s’est données comme objectifs à atteindre et les problèmes
auxquels elle a été confronté.

Enfin, le dernier temps sera consacré à la démonstration de l’idée que


l’espace francophone littéraire existe. Le travail consistera à démontrer que
s’il y a effectivement un espace institutionnel et politique, c’est qu’il y a
également communauté d’écrivains qui met tout en œuvre pour que soit
visible une expression littéraire francophone. Ainsi, il conviendra de saisir
quelques grands moments qui constituent des instants de combat au profit
d’une affirmation identitaire. Ces écrivains, tout en se réclamant d’un même
ciment culturel et linguistique qui est la francophonie, font en sorte de
défendre leurs singularité.

En somme, au cours de ce chapitre, il sera question d’apporter une


compréhension de tout ce qui caractérise la notion de francophonie. Dans
cet objectif, nous commencerons d’abord par dire qu’est-ce que
véritablement la Francophonie ?

51
I-1 : Francophonie : Elucidation terminologique.

Dans la manière dont l’Organisation internationale de la Francophonie


est structurée, il y a plusieurs secteurs qui ont des missions qui sont
clairement identifiées à des domaines en rapport avec l’économie, le culturel,
le politique etc. Nous ne nous intéresserons pas tant aux autres secteurs
que regorge cette entité qui se veut une organisation au cœur des problèmes
dont rencontrent ses ressortissants, donc aux missions multiples, mais plus
au côté culture par le biais de la langue. Dans Francophonie, il y a rattaché
de façon palpable le radical « français », ayant un rapport avec la langue.
52
C’est s’appuyant sur cet aspect de la langue que Jean Marc Moura51 affirme
s’agissant de la langue française :

Le français est l’une des langues mondiales, non en tant que


langue maternelle mais comme langue seconde. Plus que son
poids démographique, c’est en effet son nombre d’Etats où il est
parlé et son rôle de lien entre les peuples, les régions ou les
continents qui déterminent son statut de langue internationale
(…) à la surface de la planète.

On relève dans cette assertion une conception universaliste qu’a


vocation à poursuivre la langue française, mais aussi un lien fédérateur
entre les peuples. C’est cette vision sur laquelle s’est appuyée l’institution de
la francophonie pour constituer un bloc solide et répondre présent face aux
enjeux de la mondialisation. Mais, le terme francophonie n’est pas aussi
limpide chez tout le monde. D’après Arthur Lovejoy, cité par Jean Marc
Moura, il : « a signifié tellement de choses que, en soi, il ne signifie rien »52.
Pour rompre avec cette imprécision, un cadre plus formel va être mis en
place. C’est cette vision qui va émouvoir les pères fondateurs au moment où
il a été question de penser la création de la francophonie, organisation
tentaculaire car elle est présente sur les quatre continents, Afrique,
Amérique, Europe et Asie. Dans la définition que nous sert le dictionnaire Le
Robert pour tous, la francophonie signifie communauté des peuples
francophones. Ce qui n’est guère en opposition avec l’idée qu’on en a retiré
de la vision de Jean Marc Moura.

51 Moura (J.M.), Littératures francophones et théories postcoloniales,


Paris, P.U.F, 1999, p.12
52 Moura (J.M.), Littératures francophones et théories postcoloniales,
op.cit., p.1

53
Notons qu’un éclaircissement s’impose s’agissant de la notion de
francophonie. En effet, elle est parfois confondue à cause des usages qui
réfèrent à une double connotation. La première, rattachée à : « une
minuscule initiale, traduit un groupe de locuteurs ou ensemble des peuples
qui utilisent partiellement ou totalement la langue française dans leur vie
quotidienne. La seconde, Francophonie, avec une capitale initiale, désigne
plutôt l’ensemble des gouvernements, pays ou instances officielles qui ont en
commun l’usage du français dans leurs travaux ou échanges »53.

Si la francophonie se veut un puissant véhicule de communication


entre les peuples et un lien de rassemblement entre les sociétés, comment a-
t-elle été constituée ? Quels en sont les pères fondateurs quels sont les
motifs de sa constitution et à quels écueils s’est-elle confrontée?

I-2 : Francophonie institutionnelle et politique

Pour comprendre tout ce qui légitime l’institution qu’est la


francophonie et ce qui rapporte à son fonctionnement, il nous paraît
fondamental de percevoir les conséquences de la seconde guerre mondiale,
surtout dans la prise de conscience des peuples à s’unir pour des idéaux
similaires. En effet, on peut affirmer que la deuxième guerre mondiale est
assurément un des grands événements qui aura marqué l’histoire du XXème
siècle. Il l’est tant par l’implication des forces en présence, notamment les
Etats-Unis, que par les conséquences qui en ont découlé, en l’occurrence

53 http://www.tlfq.ulaval.ca/axl/francophonie/francophonie.htm/, site
consulté le 29-11-2012

54
celle liée au souci de voir les peuples d’Afrique, naguère colonisés,
d’entreprendre leur processus d’émancipation. Partant du constat que des
nations impérialistes comme la France se sont faites envahir par une autre
nation, alors qu’elle-même tenait d’autres peuples sous diktat, situation qui
traduit de fait une certaine fragilité, va induire des velléités de liberté chez
ces peuples dits colonisés. La décolonisation des pays d’Afrique noire devient
dès lors un impératif et l’indépendance un droit.

Il n’est pas peu de reconnaître que la colonisation est considérée par


nombre d’observateurs comme un des moments les plus sombres,
caractérisée par des actions condamnables, marquées par une chosification
de certains peuples au détriment des autres, qu’aura connu l’histoire de
l’humanité.

Plus tard, face à une exigence d’affirmation devant les autres nations
entendues comme supra structure tant sur le plan industriel, économique
que celui de la langue. Devant la nécessité d’exister dans un monde se lit sur
l’étendue du territoire, d’être présent sur un nombre ou des locuteurs
s’identifie davantage à l’appartenance à une même langue, la création d’une
entité entendue comme organe linguistique rassemblant en son sein des
pays qui partagent non seulement une langue commune mais aussi ayant
eu un même colonisateur et un état d’esprit reflétant les valeurs françaises
s’impose.

Aussi, dirons-nous qu’à travers l’usage du mot évolution cela renvoie à


tout processus de création, de maturation de ce qu’on appelle francophonie.
Dans ce chapitre, Il est question de l’évolution de la francophonie.

Au commencement de cette aventure qui déboucha sur la création de


la francophonie, il y a trois hommes, Hamami Diori le nigérien, Habib
Bourguiba le Tunisien et Léopold Sédar Senghor le sénégalais, sans minorer
l’implication d’autres hommes tels que le prince cambodgien Norodom
sihanouk, dont : « l’objectif consiste à mettre à profit la langue française au
service de la solidarité, du développement et du rapprochement des peuples
par le dialogue permanent des civilisations ».

55
En accord avec cet esprit, quelques grandes dates vont marquer le
cheminement vers la formalisation de cet espace linguistique.

D’emblée, signalons que le 20 mars de chaque année marque la


commémoration de la journée internationale de la francophonie. La
célébration de cette journée internationale dans l’espace francophone trouve
simplement sa justification par le fait que c’est la date au cours de laquelle
fut porté sur les fonds baptismaux cet organisme. En effet, c’est le 20 mars
1970 à Niamey que sera signé l’accord instituant l’Organisation
internationale de la francophonie. Cette nouvelle appellation vient se
substituer à l’ancienne entité qui avait alors pour nom A.C.C.T, qui se
décline comme agence de la coopération culturelle et technique.

L’appellation de l’organisme à l’origine va évoluer et finir par devenir


avec le temps l’organisme international qui regroupe aujourd’hui les pays
ayant le français en partage, la francophonie, en visant l’idéal de départ
comme le concevait les pères fondateurs. Léopold Sédar Senghor en
particulier voyait en cela « cet humanisme intégral, qui se tisse autour de la
terre ; cette symbiose des « énergies dormantes » de tous les continents, de
toutes les races, qui se réveillent à leur chaleur complémentaire ».54 Elle
investira ses efforts à la réalisation d’un rêve d’une communauté
internationale fraternelle et solidaire avec pour socle la langue française,
ouverture à la diversité et au dialogue des cultures.

Mettre en place cette structure ne va pas toujours être évident. On


peut le constater à travers la multiplication des rencontres et autres
sommets qui se sont succédés afin d’approcher la vision escomptée au
départ. Communiquer, fédérer, élargir à d’autres nations, telle devait être la
démarche que cherchait à adopter la francophonie vers l’ensemble des pays
membres.

54 Senghor (L.S.), « la francophonie comme contribution à la civilisation de


l’universel », Liberté3-Négritude et civilisation de l’universel, p.193- 194.

56
Pour y parvenir, il faut dans un premier temps définir les critères
d’appartenance. Ce qui posait le problème des Etats qui participent aux
sommets francophones. Des critères précis vont être déclinés. Le statut est
plus souvent déterminé par la place réservée au français qu’il soit langue
officielle ou Co-officielle dans un pays ou une région. Toutefois, il est à savoir
que tous les pays qui sont membres de la francophonie ne sont pas tous
francophones. Autrement dit, qu’il y a des pays où l’on parle français, mais
sans pourtant autant que ce soit leur langue officielle. C’est le cas de
certains pays d’Asie.

Si cette grande organisation qui compte de nos jours près de


soixante quinze Etats et gouvernements membres, dont cinquante six
membres officiels appelés encore membres de plein droit et dix neuf
observateurs confortant cette représentation, semble avoir trouvé le bon
rythme de son fonctionnement, force est de reconnaître qu’il n’en a pas été
ainsi à sa création. Comme on peut l’observer pour ce qui est du rôle de ses
pays membres.

Les discours autours de l’implication de ses pays membres ne


manqueront pas d’être prononcés. On peut citer encore une fois celui de
Senghor qui estimait qu’ : « une langue, si belle soit-elle, ne survit pas
uniquement par elle-même, mais aussi par la vigueur et la créativité de ceux
qui l’ont reçue en dépôt. »55 Ce propos évoque la nécessité pour les pays
membres de constituer un bloc et de faire front fasse aux dangers qui
guettent la langue française. Il est également question de l’opportunité
qu’offre la langue française à l’égard de la diversité linguistique présente
dans l’espace francophone et la vitalité que doit accorder à ces dernières.

D’un point de vue général, il est à noter que son combat a toujours été
clairement à ressembler des pays qui ont en partage la langue française.
Pourtant son action ne s’est pas limiter à cet objectif. Il s’est étendu sur des
domaines politiques en affirmant des positions militantes. L’organisation a
par exemple pris position à l’endroit de certains peuples opprimés. Sur la

55 Senghor (L.S.), op.cit.,p.279

57
question épineuse de l’Afrique du sud notamment, les chefs d’Etat et de
gouvernements prirent position sur la situation politique et économique
mondiale en condamnant le régime de l’apartheid en Afrique du Sud, et du
Moyen-Orient. C’est également à cette rencontre que fut crée le comité
international de suivi dont la mission essentielle consistait dans le suivi des
décisions prise lors des sommets.

C’est aussi ce qu’on va observer s’agissant d’un attentat qui va


marquer l’histoire du XXIème naissant. En effet, la scène mondiale est
meurtrie par l’annonce d’un attentat terroriste qui vient de frapper la ville de
New-York, aux Etats-Unis d’Amérique. C’est l’attentat des tours jumelles
encore appelées les « world trade center » où encore l’attentat du 11
septembre 2001 qui influencera les assises et fera en sorte que l’on reporte
ce sommet.

La francophonie connaîtra un tournant majeur en cela qu’elle


s’engagera véritablement en politique en abordant les questions sur le
Moyen-Orient, notamment la sempiternelle querelle israélo-palestinienne. Ils
prennent un engagement décisif en faveur de la mise en application de la
déclaration de « Bamako » sur la démocratie, la bonne gouvernance et les
droits de la personne. Pour ce sommet le dialogue des cultures est le thème
principal car pour eux, c’est par la culture et en acceptant l’autre avec ses
différences que l’on pourra amener l’autre à se sentir bien et être en
harmonie avec ses semblables. Le sommet s’impliquera aussi prononcé en
faveur du principe de l’adoption, par l’organisation des Nations-Unis pour
l’éducation la science et la culture (UNESCO), d’un instrument sur la
diversité culturelle consacrant le droit des Etats et des gouvernements à
maintenir, établir et développer des politiques de soutien à la culture et à la
diversité culturelle. Un nouveau Secrétaire Général de la francophonie est
élu en la personne de l’ex président du Sénégal, Abdou Diouf qui affirme
poursuivre des actions politiques de son prédécesseur.

Dans son cheminement, l’organisation internationale de la


francophonie a eu besoin de passer par des reformes marquantes afin de
trouver un fonctionnement quasi stable et se donner une certaine idéologie
58
comme un cape bien fixe. Il y aura par exemple la première conférence des
chefs d’Etat et de gouvernement ayant en partage la langue française permit
de structurer les règles, les orientations et les objectifs ; d’établir un nouvel
équilibre au sein des institutions de ce qui deviendra plus tard l’organisation
internationale de la Francophonie. Tout cela pour mieux élaborer le suivi de
leurs décisions.

Les valeurs que défend la francophonie doivent être en adéquation avec


celles que véhiculent les pays membres. Il en est ainsi dans le pays du
président-poète. Il exprimera le ressenti de son peuple devant les valeurs
prônées par l’organisme et l’honneur d’accueillir les autres nations. Il
soulignera la fierté du peuple sénégalais tout entier à pouvoir le manifester.
Pour lui, c’est l’Afrique toute entière et partant tout le monde francophone
qui accueille aujourd’hui le sommet, pour une coopération plus intense dans
la solidarité et le respect mutuel. Je souligne solidarité et respect mutuel.
Cela ne nous étonne pas ici au Sénégal, dans la patrie de Léopold Sédar
Senghor.

Tendre les bras aux pays qui font des efforts dans la gestion de leurs
affaires publics et les encourager en assouplissant certains aspects de leur
collaboration ne sont pas en marge. Des efforts sont consentis par les pays
du nord membre de la francophonie afin de réduire les écarts de
développements par la formation. Les grandes nations occidentales,
notamment le Canada accordent la primauté aux secteurs de la formation au
sein même de l’espace francophone. Tout comme l’avais déjà fait le Canada,
la France ne va pas rester en marge de la donne et va également faire un
geste fort. Elle va effacer entièrement les créances d’aide publique de trente
cinq Etats pour un montant total estimé à seize milliards de franc français.56

Ce sommet prit de nombreuses résolutions sur le nouveau mandat de


l’ACCT tout cela en ne précisant pas pour autant si celle-ci devenait
l’opérateur principal dans le suivi des sommets. L’intégration du comité

56 Le Scouarnec (F.P.), la Francophonie, Boréal, Québec, 1997, p.80

59
international de suivi à l’A.C.C.T fut reportée à la conférence générale de
l’agence.

Pour ce qui est des contributions financières des Etats membres, les
pays et gouvernements constituèrent le fond multilatéral unique (F.M.U)
dont la gestion devrait être assurée à l’origine par l’ACCT qui a su fondre
dans la nouvelle donne et les nouvelles exigences que s’imposaient la
structure.

Notons que de nombreux problèmes ont émaillé le fonctionnement de la


francophonie. Ce qui nous fait dire que tout ne s’est pas souvent déroulé
comme un long fleuve tranquille dans ce processus. Au nombre des
dysfonctionnements, il faut dire que tous les états n’ont pas offert les
mêmes garanties en termes de sécurité. C’est ce qui va se passer avec
l’exemple de la quatrième conférence des chefs d’Etat et de gouvernement
des pays ayant en partage la langue française. Initialement prévue à
Kinshasa, elle se déroulera finalement en France. La cause principale en est
l’instabilité qui prévoit sur le plan local du à une intensification des conflits
qui conduira aux massacres des étudiants à l’Université de Lubumbashi.
Cette situation traduit l’absence de respect des droits de l’homme et de la
personne par les autorités du Congo-Kinshasa, ancien Zaïroises. Sur le plan
international, la situation n’est guère meilleure. Le monde entier connaît de
grands bouleversements. Il y a ça et là des exactions qui portent atteinte à
l’intégrité humaine. L’on relève par exemple les coups d’Etat militaire en
Haïti.

En mille neuf cent quatre vingt quatorze, la communauté


internationale et l’organisation internationale de la francophonie avec la son
secrétariat sont contraints de déclarer comme génocide le conflit qui oppose
les Tutsis et Hutus au Rwanda. Ce conflit qu’on range dans les pages
sombres constitue une fausse note dans le fonctionnement de la
francophonie, on mentionnera son incapacité à prévenir certains conflits.
Beaucoup ont reproché par exemple l’impuissance de l’institution à prendre
tout engagement et à éviter le génocide rwandais. Pour anticiper sur ce genre
de problème, un travail de mémoire va être entrepris en impliquant certains
60
écrivains. Trois d’entre eux, Kourouma, Wabéri et Monénémbo, vont se
démarquer dans cet exercice par le fait que les romans qu’ils écrivent à cette
occasion essaient de décrire l’horreur pour que plus jamais ne soit tolérée
une telle barbarie.

Chez Ahmadou Kourouma, avec Allah n’est pas obligé57, Allah n'est
pas obligé d'être juste dans toutes les choses qu'il a créées ici-bas" le titre
intégral de l’ouvrage, mais également la maxime favorite du jeune Ibrahima,
personnage principal, pour justifier l'avalanche de malheurs qui s'est
abattue sur lui depuis sa naissance. Armé d'un Larousse, d'un Petit Robert,
de l'Inventaire des particularités lexicales du français en Afrique noire, il
entreprend de conter son histoire sur un mode tragi-comique : celle d'un
orphelin qui, envoyé chez sa tante au Liberia par le conseil du village,
s'enfoncera dans la guerre civile en devenant enfant-soldat. En lui prêtant sa
plume, Ahmadou Kourouma, l'une des plus grandes voix de la littérature
africaine, fait surgir avec maestria toute l'horreur des destins arrachés à
l'enfance par les affres de l'histoire contemporaine. Un livre bouleversant.

Avec Moisson de crânes58, on se retrouve fasse au projet de Noccky


Diedanoum, écrivain tchadien installé à Lille où il organise le festival
Fest'Africa, initia le projet " Rwanda : écrire par devoir de mémoire ". Ainsi, à
la suite du prix Nobel de littérature nigérian Wole Soyinka, dix écrivains
africains se rendirent à Kigali. Ce texte d'Abdourahman A Waberi est l'un de
ces témoignages. L'auteur, avec une exemplaire humilité face à l'horreur des
faits qu'il rapporte, nous transmet les paroles entendues, les choses vues,
les confidences recueillies. Une singulière " alternative d'encre au passé de
sang " ainsi qu’il le soulignait en 2000.

Nous sommes au milieu des années 1990 au Rwanda. On découvre


Faustin Nsenghimana, né d'un père hutu et d'une mère tutsie. Il est l'aîné de
quatre enfants. Son père, Théoneste, considéré comme l'idiot du village, lui a

57 Kourouma (A.), Allah n’est pas obligé, Paris, Corps 16, Coll. « Littera »,
2001, 280 p.
58 Wabéri (A.A.), Moisson de crânes, Paris, Alphée, Coll. « Motifs », 2004,
94 p.

61
appris à s'accommoder de tout. Il a treize ans lorsque des hommes entourent
les collines de Nyamata et exhortent les gens à aiguiser les machettes et les
couteaux. Ses parents sont massacrés, il prend la fuite, mène une vie
errante et misérable pendant des mois. Et lorsqu'enfin il retrouve ses frères
et sœurs, sa vie est de nouveau bouleversée.

Usant de la fiction romanesque pour évoquer le génocide rwandais,


Tierno Monénembo place ce personnage de jeune garçon, fuyard, orphelin,
pensionnaire et prisonnier, au cœur d'une tragédie qui
secoua tout le continent africain. Tel est le parti que prend Tierno
Monénembo pour nous livrer sa perception du génocide Rwandais dans
L’Ainé des orphelins59

Ces trois romans, au-delà de la dimension commémorative du drame


rwandais dans lequel est orientée leur publication, nous disent les limites
affichées par la francophonie et invitent surtout cette institution à jouer
pleinement son rôle. Car, le sentiment que nombre d’observateurs ont, c’est
qu’elle n’a pas les moyens de sa politique et semble limitée à faire de la
figuration à l’instar de ce qui est reproché dans une large mesure à
l’Organisation Internationale de la Francophonie dont on a toute les peines
du monde à percevoir l’engagement sur le terrain quand on voit que
plusieurs décisions sont prises sans qu’elle ne soit consultée, en attestent
les cas de l’Iraq ou la Lybie.

De même que l’on observe qu’en dépit des velléités de démocratisation


qui se sont fait jour à l’orée des années quatre vingt dix, conséquence des
mutations historiques radicales survenues dans les pays de l’Europe
centrale et orientale à savoir l’effondrement du mûr de Berlin et du bloc
communiste, l’élimination progressive de l’apartheid en Afrique du Sud, la
fin de la guerre du golfe, des problèmes subsistent dans certains pays
donnant le sentiment que, loin des discours officiels, certains dirigeants
bénéficient de réseaux occultes pour se maintenir en exercice au détriment

59 Monénembo (T.), L’Ainé des orphelins, Paris, Seuil, Coll. « Cadre


rouge », 2000, 156 p

62
de tout ce qui relève des droits de l’homme et du respect des valeurs
démocratiques.

Dans la continuité des manquements ou des reproches liés à


l’organisation internationale de la francophonie, il peut-être mentionné le fait
qu’elle sert les intérêts de la France et constitue un instrument pour
maintenir l’hégémonie de la France sur ses anciennes colonies. En effet,
sous prétexte de promouvoir le plurilinguisme et la diversité culturelle des
peuples, il revient assez souvent l’idée que, dans une logique de
néocolonialisme, la francophonie a pour rôle d’asseoir une influence, par le
biais de la langue, sur les pays qu’elle colonisait.

La francophonie, notons-le, est une organisation plurisectorielle c’est-


à-dire qu’elle comporte en son sein d’autres organes avec des rôles et des
affectations précises qui concourent au bon fonctionnement de l’institution.
Au nombre des autres attributions qui sont les siennes, l’on peut ainsi
relever l’A.U.F (Agence Universitaire de la Francophonie), A.I.F (Agence
Intergouvernementale de la Francophonie) et bien d’autres. Cette
configuration, qui n’a pas toujours été telle à l’origine, est à mette à la faveur
d’un des sommets gravé dans le processus d’évolution de la francophonie. Ce
somment, c’est celui qui s’est ténu à Cotonou au Bénin que l’on appela
la conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de pays ayant le français
en partage. Ce sommet a entrainé de grands changements dans le
fonctionnement de l’institution francophone car c’est en ce lieu que l’on
décida de créer et de nommer un secrétaire général et de transformer
l’A.C.C.T en Agence Intergouvernementale de la Francophonie (AIF), le poste
d’administrateur général étant alors crée pour en assurer la direction afin de
concentrer l’action des opérateurs sur les cinq grands programmes
mobilisateurs de la coopération francophones. La promotion de la diversité
culturelle est plus que jamais légitime et nécessaire et il est primordial de se
dire qu’elle joue un rôle dans la promotion de la paix dans le monde.

Il est souvent aussi question de revoir tout ce qui se rapporte à la


bonne marche de l’institution. Dans cette volonté, le mode de gestion et la
durée du mandat à la tête de l’organisme sont aussi au cœur des rencontres.
63
Au septième sommet, l’institution connaît une évolution en cela que la
Francophonie a mis en œuvre la charte révisée et l’élection du premier
secrétaire général de la Francophonie en la personne de Boutros-Boutros
Ghali, ancien secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies. Ce
dernier reçut mandat de faire de la Francophonie une force plus dynamique,
d’impulser un esprit plus actif et de donner plus de lisibilité sur la scène
internationale. Les thèmes sur la paix et la prévention des conflits dans les
pays membres furent associés au thème principal du sommet à savoir la
coopération économique. Ils décidèrent de s’unir avec la communauté
internationale pour garantir le respect des droits de la personne.

Chaque rencontre est l’occasion de faire le point sur l’action de


l’organisation, de tirer les enseignements des éditions précédentes et
d’innover en fonction des challenges de l’heure. Plusieurs thèmes sont
toujours au cœur des pourparlers de ces rencontres, mais il est un qui s’est
invité avec légitimité, celui de la jeunesse qui est évidemment le centre des
préoccupations car constituant une frange essentielle de la population, mais
dont le constat est qu’elle est de plus en plus marginalisée par les politiques
qui ne tiennent pas compte de leur aspirations et sont surtout frappés par le
chômage. D’où la nécessité d’organiser en parallèle au grand sommet des
chefs d’Etats, des sommets de jeunes. Ils confient à des instances de
jeunesses de l’O.I.F et ont pour noms les P.M.J, Programme de Mobilité des
Jeunes. Ceci a eu pour incidence de mettre en exergue l’apport essentiel de
ces derniers et de faire partager leur vision sur l’avenir du monde en général
et de la Francophonie en particulier.

Dans le même sillage que l’observation faite sur l’incapacité de


l’organisme à anticiper sur des probables conflits, des critiques virulentes et
acerbes ne manqueront pas de se faire s’agissant de son fonctionnement et
de son action, surtout quand on voit encore, de nos jours, des manquements
graves à l’instar de ce qui caractérise la gouvernance de certains pays ou des
peuples qui ne peuvent pas totalement jouir du droit à disposer de leurs
dirigeants. L’on observe encore trop de despotes ternir la pratique de la

64
démocratie et les aspirations des peuples à ne pas être véritablement prises
en compte.

En somme, suite aux manquements en rapport avec la question des


droits de l’homme et celle des libertés des peuples bafoués, l’on prend
conscience que l’organisation internationale de la francophonie doit encore
davantage militer pour la vulgarisation des idéaux qu’elle prône. Toutefois,
s’il est un aspect qui fédère tout les observateurs, c’est bien le ciment que
constitue la langue française. Il est lisible par biais des outils dont l’un des
plus tangibles n’est autre que la littérature.

I-3 : La francophonie : Véracité littéraire

Dans le processus de construction d’un ouvrage, il y a celui qui écrit


avec sa plume et à l’arrivée, il y a le lecteur et son livre. Le couple écrivain-
lecteur est le circuit constitué de deux extrémités dans le processus de la
production éditoriale, en mettant l’accent sur ce qui fera qu’un ouvrage sera
considéré comme littéraire contrairement à un ouvrage qui porte sur le droit
ou bien l’histoire. En tenant compte du fait qu’entre ces deux entités, il y a
de nombreuses étapes par laquelle un ouvrage passe. Tous ces éléments, qui
participent de l’institution du livre, nous font bien dire qu’il y a des réalités
littéraires perceptibles dans l’espace francophone. Sans véritablement
prétendre faire une archéologie60 des littératures francophones, il sera
précisément question de s’intéresser aux modalités de constructions d’un
espace francophone dit littéraire. Aussi, à y regarder de près l’espace
francophone, est-il surprenant de pouvoir accoler à la notion francophonie le
qualificatif « littéraire » ? Que recouvre précisément l’appellation de

60 Mot qui traduit notre volonté de faire un état des lieux de la question

65
francophonie littéraire ? De quelles déclinaisons littéraires est-il question ?
De ce que la France a colonisé des peuples, devrait-il s’en suivre qu’ils ont
découvert la littérature au contacte de cette ancienne puissance coloniale ?
Autrement dit, est-ce qu’il est possible d’affirmer qu’il existe une institution
du livre, en particulier du livre littéraire ?

De prime abord, Lorsqu’on essaie de mettre sur un même plan des


auteurs tels que Dany Laferrière, Michel Houellebecq, Samy Tchak et
Yasmina Khadra, rien a priori ne semble évoquer une quelconque
ressemblance. En effet, ni les pays dont-ils se réclament, encore moins la
résonance de leurs patronymes. Pourtant, ils ont en commun d’appartenir à
un même espace linguistique, mais surtout d’écrire tous dans une même
langue qui est le français. Même si certains observateurs avisés diront que
des quatre auteurs, deux en l’occurrence Samy Tchak et Yasmina Khadra
font partis de la francophonie, alors que les deux autres n’en font pas partis.

Toujours est-il que, en plus de la même langue qu’ils ont en partage,


ces auteurs ont en commun d’exercer un métier semblable, celui d’écrivain.

De ce fait, peut-être considéré comme écrivain francophone, toute


personne ayant publié un ouvrage se reconnaissant de cet espace. Quoi qu’il
existe tout un débat autour de l’appartenance ou pas à la francophonie
littéraire. Ce qui suscite cette réflexion de la part de Moura61 : « Quelle
poétique pourrait-on construire à partir de cette homogénéité de façade, où
est compris ce qui est signifié dans un texte (il suffit de connaître la langue)
mais ou est négligé ce qui est symbolisé (qui se réfère aux usages de la
culture où l’œuvre est produite) ». Autrement dis, qu’en plus de langue
d’expression qui devrait être le critère d’identification, il faut aussi tenir
compte des références socioculturelles appartenant à un peuple donné.

Mais Il y a bien une différence à opérer entre les écrivains français et


ceux qui sont nés hors de France. Les écrivains français, qui ne se réclament
pas de la francophonie ou ne sont pas reconnus comme tel et les écrivains

61 Moura (J.M.), op.cit., p.35

66
francophones, qui sont originaires des pays qui ont été colonisés par la
France et qui peuvent être perçus comme des auteurs de la périphérie. Par
conséquence, Houellebecq ne rentrerait pas dans les critères de l’écrivain
francophone.

L’espace francophone est riche de la diversité des peuples qui


l’habitent et des cultures qui y vivent. C’est cette multiplicité qui donne toute
sa vitalité et sa créativité à la langue française.

En remontant la chaîne de création des peuples, un constat voudrait


que l’on dise que toutes les sociétés ont d’abord eu pour moyen d’expression
la parole dont l’oralité est la forme la plus aboutie. Ce mode d’expression que
certain appelleront « oraliture »62, saisit tous les moments symboliques de vie
de certains peuples qu’on appelle ‘’primitifs’’. Elle est l’apanage d’homme qui
ont subi une formation spéciale et participe à rythmer la vie de la cité. Au
nombre des événements, on citera par exemple la récolte des semailles,
l’intronisation d’un chef ou encore la naissance des jumeaux. Il en est ainsi
des peuples noirs d’Afrique pour la plupart. L’écriture ne s’est invitée dans
leurs quotidiens que par le biais du colonisateur, l’homme blanc. Bien des
peuples avaient pour mode d’expressions littéraires la parole. L’expression
par l’écriture est une influence occidentale. Elle passera de l’initiation à
l’appropriation de celle-ci, même s’il existe des peuples qui ont des écritures
propres comme le swahili. Plus de cinquante ans après les indépendances de

62 Terme qui a été inventé par Paul Zumthor (1915-1995) médiéviste


suisse, spécialiste de l’histoire culturelle au Moyen Age, artisan d’une pensée
de la littérature et de la culture nourrie de l’étude des phénomènes d’oralité
qui permet de les distinguer du scripturaire et du littéraire.
Les écrivains et artistes africains mais surtout ceux issus de la Caraïbe ont
pris à leur compte ce qualificatif pour revendiquer leurs productions comme
une véritable écriture non scripturaire. L’oraliture est pour eux jusqu’à
l’affirmation même d’une logique de pensée propre et différente de celle issu
d’une civilisation basée sur l'écriture. Tiré du site internet
http://www.conjointure.fr/Module/origine2.php.

67
la plupart des pays francophones d’Afrique noire, peu de doutes subsistes
quand à l’usage du français. Elle est usitée doublement, soit comme langue
première, soit comme langue seconde.

Le concept de francophonie littéraire apparaît pour la première fois en


mille neuf cent soixante treize dans l’ouvrage de G. Tougas63.

Toutefois, la notion de francophonie littéraire a du mal à faire


converger les avis, en ce sens qu’elle comporte bien des définitions. Les
divergences qui existent portent sur différents aspects se rapportant à la
francophonie. D’aucuns insisteront sur l’appellation à appliquer à cette
étude. Alors que d’autres divergences porteraient sur le vocabulaire qu’il
faudrait les attribuer. C’est ainsi que nous relevons par exemple que pour la
première tendance, il s’agirait plus du terme de « territoire », alors que pour
d’autres il serait préférable de l’aborder sous l’angle « d’espace » à l’instar de
ce que nous fait observer le critique Claire Riffard64.

Ceci est justifié par le fait que, lorsqu’on observe attentivement ces
tendances, elles sont la conséquence de nombreuses analyses dont nous ne
tiendrons compte que de deux orientations. D’une part, Celles qui estiment
que le raisonnement à adopter par rapport aux études francophones doit-
être tributaire d’une analyse qui tient compte de l’approche spatiale et celle
qui pense plutôt qu’elle doit prendre en compte l’approche historique qui est
le résultat d’une « domination violente ».

Dans cette querelle des termes, Dominique Maingueneau tente de


réconcilier tout le monde en proposant le concept de « scénographie ». Une
formule qui prend en compte des données recueillies en mélangeant les

63 Tougas (G.), Les écrivains d’expression française et la France, Paris,


Coll. Essai, Editions Denoël, 1973, 269 p.
64 Riffard (C.) « Examen des discours sur les francophonies » In
Francophonie littéraire : Quelques réflexions autours des discours critiques.
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Consulté le10/12/2012 à 17h40

68
textes et le style, c'est-à-dire qu’il évoque des aspects que sont l’éthos,
l’espace d’énonciation, d’une part. D’autre part, il traite du parcours social
ou institutionnel.

Si effectivement la réalité littéraire de l’espace francophone tient, en


grande partie, à tout ce qui régule l’institutionnalisation de cette production,
il serait légitime de s’interroger, avec Bourdieu, sur les mécanismes
d’autonomie de cette littérature et le contexte dans lequel s’écrivent ces
ouvrages :

Le degré d’autonomie d’un champ de production culturelle se


révèle dans le degré auquel le principe de hiérarchisation externe
y est subordonné au principe de hiérarchisation interne : plus
l’autonomie est grande, plus le rapport de forces symbolique est
favorable aux producteurs les plus indépendants de la demande
et plus la coupure tend à se marquer entre deux pôles du
champ65

En nous référant à ce passage du livre de Bourdieu, nous voulons


souligner le fait que la production des œuvres de l’esprit réalisée dans le
champ littéraire français souffre, dans son ensemble, d’une absence
autonomie des artistes car constamment sous influence des gouvernants qui
dictent leurs lois. Comme on peut également observer que les principaux
acteurs de cette production interne, c’est-à-dire les écrivains, ne sont pas
libres d’exprimer leurs sensibilités et leurs choix artistiques.

Mis à part les deux caractéristiques qui reflètent les conditions dans
lesquelles les acteurs du champ littéraire francophone travaillent, et sans
vouloir élargir le débat sur la question, force est de reconnaître qu’il y a
effectivement des désaccords autour d’une dénomination à donner à cette

65 Bourdieu (P.), Les règles de l’art, Paris, Seuil, 1992, pp. 355-356

69
réalité littéraire francophone. Mais s’il y a une chose sur laquelle il est une
évidence, c’est qu’il y a effectivement l’existence d’une francophonie littéraire.
Elle se structure autour de l’idée qu’il y a un discours fictionnel. Les
ouvrages de fiction engendrent un abondant travail dont se servent
notamment les universitaires pour tenir des « métadiscours » ou discours
critiques se rapportant à une production littéraire francophone. Ce discours
critique nous permet d’attester le fait qu’il y a inscris dans le champ
littéraire francophone, conception de Bourdieu, une analyse du fait littéraire.
Ce fait littéraire prend en compte tout ce qui, de près ou de loin, concourt à
donner une vitalité et une lisibilité à ce qui est relatif au monde de la
littérature. Il se fait dans un environnement où s’établit un rapport de force
sociaux, où il y a une recherche qui est très florissante et qui peut
déboucher sur de la reconnaissance.

C’est précisément le fait littéraire qui nous permet d’affirmer que la


francophonie littéraire est bien réelle et opérante. Dans un premier temps,
en partant du point de vue qu’il y a bien des livres qui sont publiés, des
écrits sur les romans à foison et des écrivains qui attestent bien de la vitalité
dans l’espace francophone.

Ensuite que ce travail sur le livre est soutenue par des maisons
d’édition qui essaient de l’acheminer autant ce faire que peut vers le lecteur.

Dans un dernier temps, en se basant sur le fait qu’il y a un travail de


critique qui est entrepris et qui essaie de questionner tout ça.

Nous n’avions pas la prétention d’élaborer une analyse critique sur la


francophonie littéraire, encore moins de mener une réflexion sur le bien
fondé ou non de tel ou tel discours critique, mais nous avons cherché à
démontrer qu’il existe bien une réalité littéraire qui se reconnaît de la
francophonie.

70
Chapitre II. Pour une compréhension du
postcolonialisme : Economie terminologique, des
générations postcoloniales et pour une théorie
postcoloniale à l’œuvre.

Ici, nous partons d’un de l’idée que le postcolonialisme n’est pas


toujours accessible au plus grand nombre. De ce fait, nous essaierons de
mieux appréhender tous les contours qui la caractérisent. A cela, un
questionnement est nécessaire à cet objectif car un constat nous fait dire

71
qu’il y a un certain flou qui recouvre l’idée que l’on peut se faire de cette
notion. Ceci d’autant plus qu’elle tire toute sa justification d’un fait qui est le
colonialisme, avec son corolaire de méfaits. Il faut dire que, plus de cinq
siècle après l’institutionnalisation de le l’esclavage et cinq décennies après la
grande vague des indépendances qui a embrasé les pays colonisés, la
question coloniale n’a pas fini d’alimenter les débats. Mieux, elle n’est
surtout pas prête d’être refermée, étant donné qu’il est considéré, à tort où à
raison, comme l’un des moments les plus sombres que l’humanité ait
cautionné, notamment pour avoir institué l’impensable c’est-à-dire
l’exploitation de « l’homme par l’homme ». Pourtant, près de trois siècles
après l’arrêt de cette exploitation qui était la chasse gardée d’une caste
d’impérialistes, les positions et points de vue devant le fait colonial divergent.
Même des secteurs relevant du domaine scientifique, considérés comme
objectifs, ont du mal à tenir un discours neutre. La critique, littéraire
notamment, semble prendre plus de distance sur le problème.

C’est dans cet esprit que les études postcoloniales ont fait irruption
dans le monde de la recherche et suscitent un intérêt notable. Ils s’inscrivent
essentiellement dans un double objectif. D’une part, amener les anciennes
puissances occidentales à exhumer leur passé colonial, d’autre part,
permettre d’ouvrir une nouvelle ère décomplexée avec les peuples colonisés.

Cependant, il est à noter que, de manière générale, le débat a accusé


du retard et a moins d’engouement en comparaison d’autres anciennes
puissances comme les Etats-Unis, l’Angleterre ou le Portugal.

C’est comprenant l’impérieuse nécessité du malaise que constituent la


problématique postcoloniale et l’enjeu autour des études postcoloniales que
nous entamons le travail autour de cette notion dans ce chapitre.

Pour plus d’éclaircissement, ce chapitre sera articulé autour de trois


points. Le premier, qui s’autorise comme titre économie terminologique, va

72
tenter d’apporter une définition de ce qu’on entend par postcolonialisme et
ce qu’elle engage.

Le second point va consacrer son examen à un recensement des


auteurs qui se sont investis dans l’élaboration de la théorie postcoloniale,
mais également à mettre en lumière un certain nombre de personnalités
dont l’action peut légitimement supporter l’analogie avec le postcolonialisme.
C’est ce que nous avons signifier par le titre de : des générations
postcoloniales.

Enfin, le troisième point ambitionne d’expliciter, en nous basant sur


des exemples tirés de certains romans, comment le postcolonialisme
fonctionne. L’idée est qu’en partant du constat que cette notion est, soit pas
connue ou mal comprise, il serait judicieux de la rendre plus accessible en
montrant comment elle opère dans les ouvrages littéraires. Il sera également
intéressant d’entrevoir le mécanisme de théorisation se rapportant à la
notion postcoloniale.

II-4 : Economie terminologique

Pour nombre d’observateurs, une lecture naïve peut les emmener à


appréhender leur conception du postcolonialisme comme une acception qui
relève de la facilité et se limiter à une définition assez simpliste. Pourtant, les
choses sont plus complexes qu’elles n’y paraissent. Ils ne devraient pas se
fier à cette lecture superficielle. Ils devraient plus être interpelés car l’analyse
du postcolonialisme incite à un peu plus de rigueur pour ce qui est de sa
définition. D’où l’économie terminologique que nous entreprenons ici.

73
De prime abord, la notion postcoloniale se réfère à quelque chose de
l’ordre d’une rupture entre la puissance impérialiste et le peuple colonisé.
C’est en quelque sorte un nouveau regard apporté par les anciens colonisés
sur l’action et le rôle des anciennes puissances occidentales avec l’objectif de
coller au plus près des faits historiques. Dans notre cas, il sera davantage
question des études postcoloniales. C’est un champ critique du domaine
universitaire qui s’emploie à porter une réflexion sur l’histoire coloniale. Pour
Jean Marc Moura, les études littéraires postcoloniales : « ont pour but
d’intégrer un fait historique massif, la colonisation […] aux études
littéraires 66».

Pour davantage de précisions à la compréhension de la théorie


postcoloniale, une analyse progressive s’impose. D’abord, nous nous
attardons sur l’élément postcolonial pour y apporter plus de clarification sur
l’entendement de ce vocable. En effet, à y regarder de près, l’on remarque
qu’il y a le radical « colonial » qui a un rapport avec le colon auquel on a
ajouté le préfixe « post » qui veut dire littéralement après. Ainsi, une première
lecture, basée sur le plan synchronique c’est-à-dire à un moment précis du
temps ou de l’histoire, nous fait dire que le post rattaché au colonial
désignerait la période après le colonial ou la colonisation. Comme qui dirait
ce qu’il y a après les indépendances et renverrait à la dimension historique.

Cette première étape qui fait une analyse à un premier niveau terminé,
une seconde lecture plus rigoureuse, plus pertinente se dégage et impose
une analyse autre que celle sus-établie. Ainsi, afin de donner plus de relief à
cette conception, nous nous en remettons aux spécialistes de la question.
D’après Patrick Sultan, le préfixe ‘’post’’ constitue une véritable difficulté en
ce sens qu’il ne doit pas être entendu dans son sens temporel car il ruinerait
toute la démarche que vise le postcolonialisme : « à savoir que, sans même
parler des peuples encore en voie ou quête d'indépendance et malgré les
réalisations effectives de la décolonisation historique, le colonial n'est pas

66 Moura (J.M.), Littératures francophones et théorie postcoloniale, op, cit,


P. 8
74
achevé, qu'il persiste, qu'il continue à travailler les discours et les
mentalités, à imprégner les textes et les représentations ».

De ce fait, le « post » de postcolonial doit donc être pris en compte dans


son entendement avec le préfixe grec de ‘’méta’’ et qui postule l’idée d’un
‘’vers un au-delà’’, comme une invite aux différents acteurs à dépasser cette
période. Face à cela, en partant du fait que si la conception coloniale qui
prônait la légitime hégémonie européenne sur les autres civilisations a vécu,
il n’en est pas moins que ses effets continuent à s’exercer dans le monde.
Ainsi, la démarche des études littéraires postcoloniales consisterait : « […] à
tenir en éveil le sens critique, mettre en doute des évidences, être plus
rigoureux et plus sensible aux spécificités »67.

Les études postcoloniales seraient alors à prendre comme cette


démarche qui : « à l'origine à pour vocation de décrire et d' analyser les
phénomènes d'appropriation ou d'abrogation, de mimétisme ou de
résistance, de soumission ou de défi, de rejet ou de greffe qui sont au travail
dans les littératures »68 du processus impérial qui a eu prise sur les cultures
des autres peuples car s’il ne les a pas totalement éradiqués, du moins les a
éminemment affectés et voir comment essayer de proposer une alternative.

II-5 : Des générations postcoloniales

7 Sultan (P.) In http://www.fabula.org/atelier.php? Questionnements_postcoloniaux

8 2 Sultan (P.), In Atelier de théorie littéraire: Théorie littéraire postcoloniale tiré du site :
http://www.fabula.org/atelier.php?Th%26eacute%3Borie_litt%26eacute%3Braire_postcol
niale/

75
Pour commencer, nous nous permettons de rappeler que les études
postcoloniales sont un domaine de pensée critique né au début des années
mille neuf cent quatre vingt dans les universités anglo-saxonnes, plus
précisément aux Etats-Unis dont la déclinaison anglaise est postcolonial
studies. Leur arrivée dans l’université française s’est faite de manière plus
tardive par rapport à ses homologues occidentaux que sont l’Angleterre, le
Portugal. Afin de saisir comment ce mouvement de la critique universitaire
s’est constitué, on s’interrogera en ces termes : Quels sont les précurseurs
de ce courant de pensée ? Quels sont les auteurs qui ont porté la question
dans l’université française ? Pourquoi l’université française a-t-elle accusé
un retard par rapport à ses homologues occidentaux ? Telles sont les
interrogations qui guideront l’écriture au cours de cette étape.

Comme nous l’avons déjà mentionné, les études postcoloniales ont


opéré leur arrivée dans l’université française bien plus tard comparativement
aux autres universités anglaises ou américaines. Des personnes,
précurseurs du mouvement critique, vont en porté l’esprit et le formuler plus
clairement. Parmi les premiers à avoir officiellement entrepris un travail sur
le fait postcolonial et élaborer une théorie, trois auteurs vont prioritairement
mobiliser notre attention. Au nombre de ces trois auteurs, Il y a Edward
Said, Homi K. BhaBha et G. SPivak.

Le premier et le plus connu de tous est Edward W. Said. Ce penseur a


vécu de 1935 à 2004. Il est né à Jérusalem, a émigré aux États-Unis en
1951. Professeur de littérature comparée à Columbia University, il est
l'auteur de plus de vingt livres, traduits dans plus de trente langues, dont
Des intellectuels et du pouvoir paru au Seuil.

S’appuyant sur son domaine de formation, la littérature comparée, il a


essayé, en se fondant sur une étude approfondie de l'orientalisme d’en
élaborer l’esprit. Afin de mieux saisir la teneur de sa pensée, nous plongeons

76
dans son ouvrage L'Orientalisme. L'Orient créé par l'Occident69, nous nous en
referons à la quatrième de couverture. En effet, l'Occident a tenu un
discours sur l'Orient. Mais, puisque "l'Orient " n'existe pas, d'où vient ce
discours et comment expliquer son étonnante stabilité à travers les âges et
les idéologies ? " L'Orient " est une création de l'Occident, son double, son
contraire, l'incarnation de ses craintes et de son sentiment de supériorité
tout à la fois, la chair d'un corps dont il ne voudrait être que l'esprit. À
étudier l'orientalisme, présent en politique et en littérature, dans les récits de
voyage et dans la science, on apprend donc peu de choses sur l'Orient, et
beaucoup sur l'Occident. Le portrait que nous prétendons faire de l'Autre
est, en réalité, tantôt une caricature, tantôt un complément de notre propre
image. L’idéologie orientaliste s’est échappée depuis longtemps déjà du
cabinet des savants, pour précéder Napoléon dans sa conquête de l’Egypte
ou suivre les derniers bombardements au Liban.

Ensuite, nous avons Homi K. Bhabha. Né en 1949 à Bombay, en Inde,


il est professeur de littérature anglaise et américaine à l'Université Harvard,
où il est également directeur du Humanities Center et, depuis 2005, " senior
advisor " du Radcliffe Institute for Advanced Study.

C’est à travers son livre Les Lieux de la culture. Une théorie


postcoloniale70 qu’il nous invite à comprendre l’élaboration de sa théorie.
D’après la présentation de l’auteur, on apprend que, s'appuyant sur la
littérature, la philosophie, la psychanalyse et l'histoire, il invite notamment à
repenser les questions très actuelles d'identité et d'appartenance nationales ;
à dépasser, grâce au concept très fécond d'hybridité culturelle, la vision d'un
monde dominé par l'opposition entre soi et l'autre ; à saisir comment, par le
biais de l'imitation et de l'ambivalence, les colonisés introduisent chez leurs

69 Said (W. E), L’Orientalisme. L’Orient crée par l’Occident, Paris, Coll. « La
couleur des idées », 1997, 422 p.
70 Homi K. BhaBha, Les Lieux de la culture. Une théorie postcoloniale,
Paris, Editions Payot et Rivages [Traduction française], 2007, 411 p.

77
colonisateurs un sentiment d'angoisse qui les affaiblit considérablement ; ou
encore, plus largement, à comprendre les liens qui existent entre
colonialisme et globalisation. De manière moins ample mais non moins
suggestive et peut-être plus subtile, soumet le discours du colonisateur et du
colonisé à un décryptage analytique : le sujet colonial apparaît comme
inquiet et inquiétant, craint et diminué, sublimé et dénié. Son altérité est
convoitée et réduite, survalorisée et dépréciée. Le discours colonial est
foncièrement ambivalent.

Il nous permet de saisir un aperçu de sa position théorique par ces


termes :

Le témoignage de mes exemples représente une révision radicale


du concept même de communauté humaine. Ce que peut-être
cet espace géopolitique, en tant que réalité locale ou
transnationale, est à la fois interrogé et réinitié. Dans les années
1990, le féminisme trouve autant sa solidarité dans les récits
libératoires que dans la douloureuse position éthique d’un
esclave (…) Le corps politique ne peut plus percevoir la santé de
la nation comme une simple vertu civique ; il doit repenser la
question des droits pour la communauté nationale et
internationale du point de vue du sida. La métropole occidentale
doit affronter son histoire postcoloniale, racontée par son afflux
de migrants et de réfugiés de guerre, comme un récit indigène
interne à son identité nationale ; et la raison en est clairement
exprimée dans les mots ivres, balbutiés, de Mr. « Whisky »
Sisodia dans les Versets sataniques : « L’ennui avec les Angang
Anglais, c’est que leur hishis histoire s’est passée outremer,
alors ils ne savent papa pas ce qu’elle signifie. »

78
La postcolonialité, pour sa part, est un rappel salutaire des
relations « néocoloniales » qui persistent au sein du « nouvel »
ordre mondial et de la division multinationale du travail71.

Il ressort également, en lisant la quatrième de couverture du livre de


Bhabha, que Toni Morrison a dis de lui qu’ : « aucune discussion sur le
postcolonialisme n’est concevable sans référer à Monsieur Bhabha. » Cela
donne une idée à la fois de la reconnaissance qu’on lui accorde et surtout de
la portée importante de sa contribution dans le domaine.

Enfin, au nombre des grands noms liés aux études postcoloniales,


nous comptons Gayatri Chakravorty Spivak. L’on retient de cette femme
qu’elle est professeure de littérature anglaise et directrice de l'Institute for
Comparavative Literature and Society de Columbia University. On sait d’elle
auteure de nombreux travaux, notamment ceux qu’elle a traduit en
anglais De la grammatologie de Jacques Derrida et de nombreux récits de
l'écrivaine Mahasweta Devi ; elle a dirigé avec Ranajit Guha une anthologie,
préfacée par Edward Said, des écrits de l'école historique indienne
des subaltern studies ; et elle est l'auteure, notamment, de In Other Worlds.
Essays in Cultural Politics ; Outside in the Teaching Machine ; A Critique of
Postcolonial Reason: Toward a History of the Vanishing Present ; Death of a
Discipline ; et de Other Asias ; ainsi qu’elle est la co-auteure de plusieurs
recueils d'entretiens et d'un dialogue avec Judith Butler, L'Etat global.
Grande figure du féminisme et pionnière des études postcoloniales. Elle
tente de déconstruire l'illusion à faire parler le « sujet barré » de l'oppression
coloniale. Sa visée consiste à parler à sa place, à lui "donner" la parole.

L’ouvrage de référence dans lequel on peut saisir la contribution


théorique qui est celle G. Spivak est consigné dans son ouvrage Les

71 Homi K. Bhabha, Les Lieux de la culture. Une théorie postcoloniale, op.,


cit., pp. 36-37
79
Subalternes peuvent-elles parler?72 dans lequel on peut s’appuyer pour
étayer sa perception du postcolonialisme. Dans ce dernier, en suivant un
parcours nécessairement sinueux, elle essaie de partir d'une critique des
efforts déployés actuellement en Occident [notamment par Gilles Deleuze et
Michel Foucault] visant à problématiser le sujet, pour aboutir à la question
de la représentation du sujet du Tiers-Monde dans le discours occidental.
Chemin faisant, l'occasion me sera donnée de suggérer qu'il y a en fait
implicitement chez Marx et Derrida un décentrement du sujet plus radical
encore. J'aurai de plus recours à l'argument, qui surprendra peut-être, selon
lequel la production intellectuelle occidentale est, de maintes façons,
complice des intérêts économiques internationaux de l'Occident. Pour finir,
je proposerai une analyse alternative des rapports entre les discours de
l'Occident et la possibilité pour la femme subalterne de parler ou la
possibilité de parler en son nom. Je tirerai mes exemples spécifiques du cas
indien, à travers la discussion approfondie du statut extraordinairement
paradoxal de l'abolition par les Britanniques du sacrifice des veuves.

Une mise au point qui nous permet de mieux comprendre les


mécanismes de constitution et l’objectif de la théorie postcoloniale. Toutefois,
un constat se dégage au sortir de cette présentation s’agissant des trois
auteurs retenus. Ce sont tous des sujets immigrés qui se sont installés aux
Etats-Unis. En effet, ils sont tous les trois originaires des ex colonies de
l’Angleterre. Ce qui peut justifier qu’ils soient les premiers préoccupés des
questions postcoloniales, ayant été directement, par le biais des générations
devancières, victimes de l’action impériale, par leurs expériences
d’universitaires et des lectures, ils vont mener une réflexion tendant à
déconstruire le discours occidental. De fait, l’intérêt et l’investissement
opérés dans la conceptualisation et la mise en place de telles notions n’en
sont que plus légitimes.

72 Spivak (G.), Les Subalternes peuvent-elles parler?, Traductions de Jérôme Vidal,


Paris, Les Editions Amsterdam, 2009, 122 p.

80
La situation est particulièrement différente pour ce qui est des
théoriciens du postcolonialisme dans l’Université française. Pourtant, la
France, quoi qu’officiellement en marge par rapport aux autres anciennes
puissances coloniales dans le mouvement de pensée et de conception autour
du fait colonial, fait en sorte d’exister et de s’approprier le débat autour des
études postcoloniales.

C’est par la voix de Jean-Marc Moura, qui a compris l’intérêt autour


des études postcoloniales, que l’université française va essayer d’emboiter le
pas des autres Universités. C’est dans l’ouvrage Littératures francophones et
théorie postcoloniale73 qu’il nous présente sa réflexion sur les études
postcoloniales. Ainsi on peut retenir que ce livre voudrait poser les bases
d’une étude renouvelée des lettres d’expression française, à la lumière du
vaste ensemble de recherches connu, dans le monde anglo-saxon, sous le
nom de Postcolonial Studies. Il ne s’agit pas de considérer la théorie la
théorie postcoloniale comme un modèle mais de préciser ses options
critiques pour examiner ses options critiques pour examiner leur intérêt et
leur validité au regard de la notion de francophonie.

Dans le sillage de Jean Marc Moura, qui a compris l’intérêt autour de


cet enseignement, les études postcoloniales ne manquent pas de susciter un
engouement auprès de ses pairs universitaires. Les positions ne sont pas
toujours défendues ouvertement et assumées dans des ouvrages personnels,
mais ils font en sorte de se regrouper et de porter sur des livres collectifs ou
bien des articles sur la question. Dans cet esprit, on peut citer pêle-mêle,
l’apport des universitaires tels que Anthony Mangeon, ou encore Steeve
Renombo. Depassant la simple restitution chronologique de ces études, ces
auteurs s’emploient à traiter des questions ou des phénomènes dont la
colonisation est la cause.

73 Moura (J.M.), Littératures francophones et théorie postcoloniale, Op.cit.

81
Pourtant, il ne devait pas être aussi surprenant que ça qu’on observe
cette espèce de reprise en main des universitaires français. Effectivement, les
études postcoloniales peuvent-être marquées par ce que nous nommons le
« paradoxe français ». C’est-à-dire d’une certaine manière, c’est la France,
par le truchement d’un certain nombre de penseurs, qui a nourri l’essentiel
de la matière des théories liées aux études postcoloniales et la démarche qui
a conduit à sa conceptualisation. On sait par exemple que les précurseurs
ont lu des auteurs comme Derrida, Foucault ou Deleuze. En plus de ces
auteurs, une autre lecture, débordant la période des Saïd et Bhabha, nous
permet de réhabiliter l’action d’un homme comme Fanon et saluer tout son
engagement dans l’incompréhensible position de la France par rapport à son
rôle colonial. Achille Mbembe salue même l’engagement de Fanon dans un
article qui a pour titre « La pensée métamorphique ».

Ce paradoxe français devant la pensée postcoloniale peut également


s’assimiler à ce que nous appellerons l’effet « boomerang ». En partant de
l’observation que la France plutôt que d’impulsion un mouvement de pensée,
elle en été réduite à afficher une certaine indifférence en rapport avec les
questions postcoloniales. Or, pendant ce temps, elle a vu les autres pays
occidentaux lui passer devant sur une question qu’elle a largement
contribué à mettre en place. En conséquence de quoi, ne pouvant ignorer
continûment cet aspect, puisqu’étant une ancienne puissance coloniale, elle
a du se résigner à les intégrer. L’effet boomerang, c’est finalement l’idée que
quelque chose revient au lieu où il a été initié, en l’occurrence, la question
postcoloniale revient dans l’université française alors qu’elle a considéré pris
ancrage dans d’autres universités. La France semble être largué dans un
domaine qu’elle a inspiré, mais dont elle accuse un retard par rapport à
l’université anglaise. Pourtant c’est une question dont elle aurait pu être la
principale locomotive.

Il faut signaler, par ailleurs, qu’à côté du travail de théorisation de ces


universitaires, le postcolonialisme, perçu comme une attitude de vie
consistant à se battre pour que sois effective la liberté sur toutes ses formes,

82
s’est donné à voir chez un certain nombre de personnalités. Afin de nous
donner une idée du postcolonialisme avant l’heure, nous nous référons à
trois grands hommes que sont Toussaint Louverture, Aimé Césaire et Frantz
Fanon.

D’abord Toussaint Louverture. Le portrait que nous dresserons du


personnage est tiré d’un article d’Arnaud Zohou intituté : Epilogue : partir de
Louverture74, qui lui-même s’appuie sur un ouvrage d’Aimé Césaire. De cette
article, l’on retiendra que :

Toussaint Louverture, esclave affranchi au destin héroïque, est


mort en 1802 ; mais son nom est irrémédiablement attaché à la
fondation d’Haïti en 1804-première République noire qu’il a aidé
à faire émerger sur la dépouille de Saint-Dominique, alors une
riche colonie française. Toussaint Louverture est un homme
politique de premier plan, un militaire d’une grande finesse
stratégique, et un écrivain. Toussaint Louverture est aussi un
symbole, et c’est ce symbole qu’explore en creux Aimé Césaire
(…). Le symbole de l’exigence en miroir du siècle des Lumières,
miroir tendu par les populations noires et esclaves de l’île de
Saint-Domingue à la Révolution française et à ses Droits de
l’homme, miroir tenu par Toussaint Louverture renvoyant un
visage noir à l’homme blanc […] En effet, alors que le 26 aout
1789 la promulgation des Droits de l’homme annonçait l’entrée
pleine dans une certaine modernité et assurait à la France une
image pour la postérité, des voix s’élevaient outre-Atlantique
pour demander à la Révolution d’être cohérente et conséquente
avec elle-même. Parmi ces voix colorées venues de Saint-
Domingue, celles de Toussaint Louverture et des émissaires qui
ont traversé l’océan pour venir porter un problème aux oreilles
de l’Assemblée : Les droits de l’homme concernaient-ils aussi le

74 Zohou (A.), Epilogue : Partir de Louverture In de (s) générations postérité


du postcolonial, N°15 de février 2012, 95 p.
83
mulâtre libre ? et l’homme noir affranchi ? et l’esclavage qui se
confondait déjà dans l’imaginaire commun avec le noir ? Ces
envoyés souvent sang-mêlé soulevaient une critique radicale à la
Déclaration des droits de l’homme, en raison de sa non-
application aux habitants des colonies, l’Assemblée n’ayant pas
estimé légitime l’abolition de l’esclavage à Saint-Domingue, ni
l’égalité politique des hommes de couleur et des blancs75.

En s’investissant pour la libération d’Haïti, Toussaint Louverture avait


compris toute la problématique du postcolonialisme qui consistait à
s’insurger contre l’assujettissement de ses semblables et dans la mise en
place d’un rapport égal entre les hommes. Il a même su se servir des valeurs
prônées par la puissance coloniale pour les confondre. Il a en grande partie
tiré profit des valeurs de la devise française pour réclamer un traitement
similaire pour tous les hommes.

Deuxièmement, comme personnage que nous inscrivons au crédit de


l’action postcoloniale avant l’heure, il y a Aimé Césaire. Poète et homme
politique français, il est né le 26 juin 1913 et mort le 17 avril 2008, il laisse à
la postérité une abondante œuvre dont la contribution est considérable,
notamment en ce qui concerne l’axe principal du combat qui était le sien,
s’engager au profit de la libération des peuples opprimés. Pour nous donner
une idée du combat de Césaire, nous exemplifierons sur son livre intitulé
Discours sur le colonialisme76. Ainsi, Césaire s’exprime en ces termes
s’agissant du colonialisme :

Je veux dire : pas un écrivain patenté, pas un


académicien, pas un prédicateur, pas un politicien, pas un
croisé du droit et de la religion, pas un « défenseur de la

75 Zohou (A.) Article intitulé Epilogue : Partir de Louverture In de (s)


générations postérité du postcolonial, Op., cit. pp. 85-86.
76 Césaire (A.), Discours sur le colonialisme. Suivi de Discours sur la
Négritude, Paris, Présence Africaine, 1955 et 2004, 94 p

84
personne humaine ». Et pourtant, par la bouche des Sarraut et
des Barde, des Muller et des Renan, par la bouche de tous ceux
qui jugeaient et jugent licite d’appliquer aux peuples extra-
européens, et au bénéfice de nations plus fortes et mieux
équipées, « une sorte d’expropriation pour cause d’utilité
publique », c’était déjà Hitler qui parlait !
Où veux-je en venir ? A cette idée : que nul ne colonise
innocemment, que nul non plus ne colonise impunément ;
qu’une nation qui colonise, qu’une civilisation qui justifie la
colonisation- donc la force- est déjà une civilisation malade. Une
civilisation moralement atteinte, qui, irrésistiblement, de
conséquence en conséquence, de reniement en reniement,
appelle son Hitler, je veux dire son châtiment.
Colonisation : Tête de pont dans une civilisation de la
barbarie d’où, à n’importe quel moment, peut déboucher la
négation pure et simple de la civilisation.
J’ai relevé dans l’histoire des expéditions coloniales
quelques traits que j’ai cités ailleurs tout à loisir.
Cela n’a pas eu l’heur de plaire à tout le monde. Il paraît
que c’est tirer de vieux squelettes du placard. Voire !
Etait-il inutile de citer le colonel de Montagnac, un des
conquérants de l’Algérie :
« Pour chasser les idées qui m’assiègent quelques fois, je
fais couper des têtes, non pas des têtes d’artichauts, mais bien
des têtes d’hommes. »
Convenait-il de refuser la parole au compte d’Herisson :
« Il est vrai que nous rapportons un plein baril d’oreilles
récoltées, paire à paire, sur les prisonniers, amis ou ennemis. »
Fallait-il refuser à Saint-Arnaud le droit de faire sa
profession de foi de barbare :
« On ravage, on brûle, on pille, on détruit les maisons et
les arbres. »

85
Fallait-il empêcher le maréchal Bugeaud de systématiser tout
cela dans une théorie audacieuse et de se revendiquer des
grands ancêtres :
« Il faut une grande invasion en Afrique qui ressemble à ce
que faisaient les Francs, à ce que faisaient les Goths. »
Fallait-il enfin rejeter dans les ténèbres de l’oubli le fait
d’armes mémorables du commandant Gérard et se taire sur la
prise d’Ambike, une ville qui, à vrai dire, n’avait jamais songé à
se défendre :
« Les tirailleurs n’avaient ordre de tuer que les hommes,
mais on ne les retint pas ; enivrés de l’odeur du sang, ils
n’épargnèrent pas une femme, pas un enfant… A la fin de
l’après-midi, sous l’action de la chaleur, un petit brouillard
s’éleva : c’était le sang des cinq mille victimes, l’ombre de la ville,
qui s’évaporait au soleil couchant. »
Oui ou non, ces faits sont-ils vrais ? Et les voluptés
sadiques, les innommables jouissances qui vous frisselisent la
carcasse de Loti quand il tient au bout de sa lorgnette d’officier
un bon massacre d’Annamites ? Vrai ou pas vrais ? Et si ces
faits sont vrais, comme il n’est au pouvoir de personne de le nier,
dira-t-on, pour minimiser, que ces cadavres ne prouvent rien ?
Pour ma part, si j’ai rappelé quelques détails de ces
hideuses boucheries, ce n’est point par délectation morose, c’est
parce que je pense que ces têtes d’hommes, ces récoltes
d’oreilles, ces maisons brûlées, ces invasions gothiques, ce sang
qui fume, ces villes qui s’évaporent au tranchant du glaive, on ne
s’en débarrassera pas à si bon compte. Ils prouvent que la
colonisation, je le répète, déshumanise l’homme même le plus
civilisé ; que l’action coloniale, l’entreprise coloniale, la conquête
coloniale, fondée sur le mépris de l’homme indigène et justifiée
par ce mépris, tend inévitablement à modifier celui qui
l’entreprend ; que le colonisateur, qui, pour se donner bonne
conscience, s’habitue à voir dans l’autre bête, s’entraine à le

86
traiter en bête, tend objectivement à se transformer lui-même en
bête. C’est cette action, ce choc en retour de la colonisation qu’il
importait de signaler77.

Enfin, la dernière des personnalités, et non des moindres, qui rentre


dans le cadre de ce que nous avons appelé le postcolonialisme avant l’heure,
est Frantz Fanon. On sait de lui qu’il est né le 20 juillet 1925 à Fort-de-
France et mort le 6 décembre 1961 à Washington, est un psychiatre et
essayiste français martiniquais fortement impliqué dans la lutte pour
l'indépendance de l’Algérie. Du militantisme qui nous fait penser que,
comme ces deux illustres devanciers, Fanon est un homme qui se bat pour
des valeurs humanistes et la cause des peuples exploités. Afin de nous
imprégner de l’ampleur de son engagement, nous nous référerons à l’article
hommage que lui consacre Achille Mbémbé pour qui les œuvres de Fanon
peuvent être formulées sous le titre de La pensée métamorphique. En lisant
cet article, l’on apprend que son engagement trouve son origine dans un
événement dont il aurait été victime lorsqu’il était jeune. A cette époque là :

Convaincu qu’être français consistait à défendre une certaine


idée de la vie, de la liberté, de la légalité et de la solidarité entre
les humains, il avait pris part, à l’âge de 19 ans, à la guerre
contre le nazisme. Au cours de cette épreuve, il découvrit qu’aux
yeux de la France, il n’était qu’un « nègre », c’est-à-dire tout sauf
un homme comme les autres. Il en éprouva un profond
sentiment de trahison. Les brins s’étaient tordus, et au fil de
multiples autres rencontres manquées, il se convainquit qu’il
s’était trompé. Peau noire, masques blancs-son premier livre-
constitue en partie le récit de cette déconvenue78.

77 Césaire (A.), Discours sur le colonialisme. Suivi de Discours sur la


Négritude, op., cit, pp. 17-21
78 Zohou (A.) Epilogue : Partir de Louverture In de (s) générations postérité
du postcolonial, op, cit, p. 7
87
Marqué par cette expérience et en froid avec son pays, Fanon décide de
s’exiler vers d’Autres terres. Et c’est en Algérie qu’il va trouver l’énergie
nécessaire pour se battre auprès du peuple algérien :

Mais c’est en Algérie que Fanon coupa pour de bon le cordon qui
le liait à la France. La violence coloniale dont il fut le témoin et
dont il s’efforça de prendre médicalement en charge les
conséquences traumatiques se manifestait sous la forme du
racisme au quotidien et, surtout, de la torture que l’armée
française utilisait à l’encontre des résistants algériens. Le pays
pour lequel il avait failli perdre sa vie s’était mis à reproduire les
méthodes nazies au cours d’une guerre sauvage et sans nom
contre un autre peuple auquel il déniait le droit de
l’autodétermination. De cette guerre, Fanon disait souvent
qu’elle avait pris « l’allure d’un authentique génocide », ou encore
d’une « entreprise d’extermination ». Guerre « la plus
épouvantable », « la plus hallucinante qu’un peuple ait menée
pour briser l’oppression coloniale », elle fût à l’origine de
l’instauration, en Algérie, d’une « atmosphère sanglante » et
« impitoyable ». Elle entraîna, sur une échelle étendue, la
« généralisation des pratiques inhumaines », en conséquence de
quoi beaucoup de colonisés eurent l’impression « d’assister à une
véritable apocalypse ». Au cours de cette lutte à mort, Fanon
avait pris le parti du peuple algérien. La France dès lors, ne le
reconnut plus comme l’un des siens. Il avait « trahi » la nation. Il
en devenait un « ennemi » et, longtemps après sa mort, on le
traita comme tel79.

Des faits qui nous font dire que certains combats que l’on mène ou les
positions qu’on adopte dans tel ou tel combat, même s’ils sont entrepris au
nom des valeurs comme la justice, peuvent parfois se retourner contre nous.

79 Zohou (A.) Epilogue : Partir de Louverture In de (s) générations postérité


du postcolonial, op, cit, p. 8
88
C’est ce que nous apprend la fin de l’article s’agissant de Fanon. Il en a payé
le lourd tribu pour avoir pris cause et fait pour l’Algérie et son peuple.
Pourtant, Fanon était incompris par son action. Tout c’est déroulé comme
s’il avait eu tort de se ranger du côté de ce que la raison imposait de
défendre. Mais les choses semblent se normaliser pour ce fils désavoué, une
sorte de réhabilitation est perceptible à la fois pour son engagement et son
œuvre :

Si, en France même, le moment fanonien est encore devant


nous, tout indique, pour l’heure, que Fanon est enfin sorti du
long purgatoire dans lequel on l’avait confiné. Ses œuvres
complètes viennent d’être rééditées. Une magnifique biographie
accompagne cet important événement intellectuel et politique.
Pendant près d’un demi-siècle, il s’agissait surtout d’empêcher
que ce visage volcanique et fulgurant, ce nom-silex, ce nom-
foudre qui porte en lui une part-éclair et une part-tonnerre, la
part du feu qui vient déchirer les ténèbres, ne soient ensevelis
dans la nuit de l’oubli. A partir de maintenant, le linceul est
déchiré. Nous allons enfin pouvoir le lire dans le texte, dans une
relative sérénité, mais conscient de l’urgence qu’il y a à mesurer,
à l’orée de ce siècle, son appel au soulèvement à l’aune des
brutales réalités auxquelles sont confrontés les nouveaux
damnés de la terre80.

L’histoire aura finalement eu une moralité en permettant de saluer


l’action de Fanon à son juste mérite. Ce qui n’est qu’un juste retour des
choses pour ce fils incompris en ce temps et une visibilité légitime qui est
mérité pour Fanon et ces deux prédécesseurs, Louverture et Césaire. En
mettant un accent particulier sur ces trois auteurs, on visait à tordre le coup
à l’idée que la France, par le biais de ses combats, serait absente de toute la
problématique postcoloniale. Sauf que l’action de plusieurs de ses fils dans

80 Zohou (A.) Article intitulé « Epilogue : Partir de Louvertur »e In de (s)


générations postérité du postcolonial, op, cit, p. 9-10
89
le sens du combat postcolonial a été soit annihilée, soit pas suffisamment
exploitée sur les tribunes officielles. Face à cette situation, des auteurs
comme Laurent Dutreuil, estiment que ce qui est considéré comme un retard
trouve sa raison dans le fait que la France a une fameuse tendance à
oblitérer81. C’est comme si la France ne voulait pas aborder tout ce qui est en
rapport avec le passé colonial qui est le sien et préfère éviter qu’il y ait un
vrai débat autour de ces aspects. Aurait-elle honte d’aborder ces questions
ou bien pense-t-elle que se serait compromettant pour elle du fait que son
attitude s’assimile à du néo-colonialisme ?

La réalité actuelle sur le rapport de l’université française avec les


études postcoloniale est bien différente d’il y a trente ans car, en plus du fait
que des centres d’études se saisissent de ce pan de la réflexion, on observe
qu’il y a un réel effort investi dans la recherche. Aussi, pour rester dans la
dynamique selon laquelle les choses ne sont jamais figées, qu’elles doivent
intégrer le mouvement de la pensée qui est continûment en changement.
C’est en cela qu’on observe que l’une des tendances qui se dégage clairement
est celle qui propose déjà de dépasser le postcolonialisme, se projeter dans
l’avenir. Qu’entendons exactement derrière cette interrogation?

En posant une telle question, nous tirons argument des antécédents


constatés dans la démarche de conception du postcolonialisme. Pour d’une
part, éviter de faire face à ce que nous nommerons les travers observés, et
d’autre part ne pas être à l’avant-garde, en anticipant, nous invitons certains
critiques et universitaires à se projeter sur les limites du postcolonialisme.
Ce qui est intéressant, c’est que des voix s’élèvent et des travaux dans ce

81 « Une forme d’oblitération persiste dans tous les secteurs de la parole


des colonisés ou anciens colonisés, et cette opération est complètement
solidaire des mécanismes impérieux inventés lors des expansions
coloniales » Entretien de Laurent Dutreuil avec Arnaud Zohou « Propos sur
une fameuse tendance à oblitérer » In Revue De (s) générations, postérité du
postcolonial Numéro du 15 février 2012.

90
sens ont démarré. Ainsi, les propositions que l’on observe se déclinent
comme suit :

Le phénomène décrit par K. W. Harrow à propos du corpus


postcolonial africain se trouve amplifié dans ce que l’on a appelé
le World Fiction, dynamiques communes anxo-saxonne des
années 1980, qui délaisse les luttes contre l’impérialisme sous
toutes ses formes au profit d’un questionnement identitaire dans
le monde contemporain globalisé. Effaçant ou elargissant la
référence coloniale, ces écrivains veulent revitaliser le roman
qu’il juge anémié, réhabiliter le récit et retrouver le contact avec
le monde sur lequel ils portent un « regard stéréotypé » selon
Rushdie […]
Peu à peu, les littératures postcoloniales s’éloignent donc des
problématiques de l’indépendance pour aborder les questions
plus ontologiques comme celle de l’identité dans une perspective
postmoderne, à la manière d’Henri Lopes, dans Le Lys et le
Flamboyant, fait du métissage une philosophie et une poétique,
un « tiers-espace » ontologique82.
.

Se positionnant dans la même vision, Anthony Mangeon estime pour


sa part que :

Une des postérités du postcolonial, son véritable parachèvement,


serait donc à rechercher du côté du « postracial » […] « Au cœur
de ce conflit (…) gît la question de savoir si notre vision de la
démocratie peut, en toute lucidité, aller au-delà de la ligne de
couleur (…). La couleur devient ainsi, sur le plan national

82 Clavaron (Y.), « Effacement ou élargissement du paradigme (post)


colonial » In Poétique du roman postcolonial, Paris, Publications de l’Université
de Saint-Etienne, 2011, pp. 185-186

91
comme sur le plan international, un des tests déterminant de
notre honnêteté et de notre capacité à mettre en pratique la
démocratie que nous prêchons dans nos discours. C’est donc
une vérité essentielle que d’affirmer que la parité des peuples est
la principale question morale de ce conflit général. Ce n’est qu’en
défendant et en actualisant ce principe que la démocratie pourra
être achevée »83.

Dans le déploiement générationnel du postcolonial, il y a un concept


qui peut-être assimilé au postcolonialisme, mais qui n’en est pas et qui
mérité qu’on s’y attarder un instant. Ce concept est la postcolonie très chère
à Achille Mbémbé84 . D’après l’analyse de Catherine Coquery-Vidrovitch, la
postcolonie désigne : « Les sociétés récemment sorties de l’expérience que fut
la colonisation, celle-ci devant être considérée comme une relation de violence
par excellence », de servitude et de domination ». De la même manière qu’il
doit s’entendre comme l’héritage de la colonisation :

Le potentat postcolonial hérité de ce complexe possède une


rationalité propre reposant sur un triptyque imbriqué : la
violence, l’allocation et le transfert. L’allocation-type (le salaire)
légitime la sujétion, le salarié devenant un dépendant de l’État
dominateur. Ce processus rend compte de tous les
détournements : « corruption », encaissements parallèles, etc.,
qui convertissent les choses économiques en choses sociales et
politiques par le biais des liens sociaux communautaires. Ainsi,
une dette sociale multiforme lie tous les éléments du système,
prisonniers les uns des autres. La thématique de Mbembe

83 Mangeon (A.), « Futurs antérieurs » In De (s) générations, postérité du


postcolonial, op. cit, p. 74

84 Mbembe, (A.), De la postcolonie. Essai sur l’imagination politique dans


l’Afrique contemporaine. Paris, Editions Karthala, 2000, 293 p

92
s’inscrit d’évidence dans la suite de la « politique du ventre » et
de la « criminalisation de l’État » proposées85

Quoi que l’on dise ou que l’on fasse, un mouvement est en marche et
ce n’est que légitime que l’université française se saisisse de la question et
que les travaux de recherches soient orientés dans ce sens. Il pourrait s’agir
d’examiner de manière sereine, cinquante ans après les indépendances, où
se situe le fait colonial tant chez les ex-colonisés que chez les anciennes
puissances coloniales.

II-6 : Pour une application de la théorie


postcoloniale dans le roman.

Les études postcoloniales sont une réflexion qui porte sur le fait
colonial. A cela, il faut signaler d’emblée qu’il est tout de même difficile en
même temps qu’on mène une recherche sur un corpus francophone
postcolonial, de présager d’une quelconque théorie, ce d’autant plus qu’elle
est supposée prendre appui sur une poétique appliquée à ces romans. La
principale difficulté à cette manière de procéder est qu’on pourrait anticiper
sur les thèmes abordés dans les ouvrages et s’adonner à une analyse des
œuvres qui serait une sorte de ‘’mésinterprétation’’ ou de ‘’surinterprétation’’.
L’autre risque porterait sur l’éventualité d’opérer une lecture des œuvres
enfonçant des portes ouvertes et finalement reprendre des exemples déjà
existants. Ce qui ne relèverait pas d’une pertinence scientifique et serait pris
pour du plagiat

85 Analyse de l’article de Catherine Coquery-Vidrovitch, tiré du site


http://etudesafricaines.revues.org/1504, consulté le 21 février 2013.

93
Toutefois, c’est pour ne pas tomber dans cette facilité et remédier à ce
problème que nous croyons légitime d’y consacrer une séquence de notre
travail. Centrée autour d’une production littéraire postcoloniale, cette étape
ambitionne de jeter un regard sur une démarche analytique et de démontrer
comment le fait colonial se donnerait à lire. Nous ne prétendons pas
exhumer toute la théorie postcoloniale, mais une des orientations
envisageable dans le cadre d’une analyse du corpus francophone
postcolonial, surtout que dans le champ littéraire, le travail est continûment
en mouvement, toujours entrain de s’élaborer. Nous tenterons simplement
de mettre en exergue une théorie en focalisant notre propos sur les travaux,
une fois de plus, de Jean-Marc Moura dont le livre constitue presqu’une
bible.

Pour davantage appréhender l’approche adoptée pour exemplifier le


fonctionnement du postcolonialisme dans le roman, nous nous référons,
dans un premier temps, à l’ouvrage de Jean Marc Moura. C’est la partie
intitulée un renouvellement théorique qui nous permettra d’illustrer notre
démonstration. Elle fait suite à celle qui porte le titre de pour une théorie
française postcoloniale au cours de laquelle il dresse un état des lieux de la
littérature francophone.

La démarche analytique qu’il fait partager est orientée sur trois


domaines de recherches :

Une voie philologique moderne, une analyse attentive à la mise


en textes des langues et une étude de poétique des œuvres. En
tant que philologie moderne, la critique postcoloniale cherche à
rendre des œuvres remarquables présentes à la conscience des
contemporains en analysant l’environnement spécifique des
textes d’expressions françaises. Elle met notamment en évidence
l’esthétique de la résistance des pionniers, les stratégies de
construction d’un champ littéraire qui n’existe pas encore et
tente de clarifier les situations énonciatives contemporaines où

94
domine la coexistence de littératures et de littératures
francophones à vocation plus cosmopolite.
L’étude de la « conscience linguistique » des auteurs et l’analyse
des formes littéraires qu’elle revêt sont une seconde orientation
cardinale du postcolonialisme. L’écrivain francophone […] est
voué à penser la langue et parfois même à se faire « passeur de
langue ». D’où une série de recherches sur l’hétéro-linguisme des
textes qui dégagent de grandes tendances des créations
littéraires : du maintien de la tension entre deux (ou plus)
idiomes (avec le recours à divers formes d’adaptation textuelle de
la langue française), à la création d’une interlangue […],
manifeste par exemple dans l’œuvre de A. Kourouma ou dans
celle de S. Schwarz-Bart. L’étude des relations écrit-oralité,
cruciales pour la littérature africaine et dont Giambatista Viko ou
le viol du discours africain de G. Ngal faisait son thème central,
complète ces analyses
L’étude des poétiques francophones se consacre à la
scénographie des œuvres, dispositif constituant leur inscription
légitimante dans le monde. Sont ainsi identifiées certaines
irrégularités formelles dans la présupposition de l’énonciation et
dans le statut générique. La critique postcoloniale se concentre
sur la scénographie et ses éléments d’appui (sollicitations de
l’anthropologie, « effet anthologique », accompagnement
théorique de la fiction). Les formes du rapport du texte à une
voix fondatrice (l’ethos), de la déconstruction d’un espace
d’énonciation marqué par la coexistence, de la situation de
l’énonciation dans une continuité temporelle sont ainsi mises en
évidence et analysées. Enfin le caractère hybride du genre de
l’œuvre francophone constitue la phase complémentaire d’une
étude de poétique postcoloniale (…). 86

86 Moura (J.M), Littératures francophones et théorie postcoloniale, op.cit.,


pp.147-148

95
Il ressort que trois étapes caractérisent la démarche que nous offre
Jean Marc Moura. La philologie moderne, la conscience linguistique et la
poétique des textes. Il peut paraître surprenant qu’il n’y ait pas d’aspect
directement lié avec une théorie. Disons simplement qu’une théorie s’appuie
sur le discours critique. Donc chaque théorie sera motivée par la lecture
critique qui aura été faite. La théorie s’élabore en général sur les notions
rattachées à l’action coloniale dont les plus récurrentes sont la mémoire ou
encore l’identité.

Dans le même esprit, on peut également recourir au travail de Sylvère


Mbondobari. Il examine les traces du postcolonialisme dans l’œuvre de
Bessora. D’après lui :

Le premier roman de Bessora (53cm) se lit comme une épopée


dans laquelle l’héroïne Zara, ethnologue engagée et fille d’un
Gabonais et d’une Helvète, lutte au gré des rencontres et des
convocations aux services d’immigration pour régulariser la
situation de sa fille Marie-Crevette et obtenir pour elle-même une
ca’t de séjou (carte de séjour). Avec Petroleum, Bessora poursuit
son tableau des sociétés coloniales et postcoloniales et des
relations franco-africaines. L’explosion du navire de forage
Océan Liberator, le jour même où le pétrole tant attendu jaillit de
l’océan, la disparition spectaculaire de Jason et l’enquête qui
s’ensuit rapprochent ce roman du polar. Terrorisme ? Sabotage ?
Manifestation de colère des génies aquatiques ? L’enquête
devient vite un prétexte pour introduire l’histoire et l’idéologie
coloniales et leurs avatars postcoloniaux et pour révéler alors les
contradictions d’un système.
Pour tenter de mieux comprendre l’originalité de Bessora,
il faut tout d’abord s’interroger brièvement sur le lien privilégié
que l’auteur entretient avec les sciences humaines, notamment
l’anthropologie et l’histoire de l’exploitation pétrolière. Ce lien

96
devrait pouvoir être saisi dans sa production littéraire, c’est-à-
dire non seulement par l’étude des idées, mais encore par celle
des thématiques abordées et des structures narratives. Notre
ambition est de montrer que ces romans de Bessora en somme le
lieu de renégociation de la parole, le terrain d’expérimentation
d’une identité incertaine, multiple, et toujours en construction,
et enfin l’espace d’élaboration d’une Histoire des savoirs jamais
figée, mais en train de s’écrire. Il s’agit là des problématiques qui
structurent son œuvre littéraire de bout en bout par l’association
de divers motifs convoqués à travers le libre jeu de l’imagination
qui se développe à partir de l’idée de la quête des origines, de la
réécriture du mythe, de la révision de l’Histoire, et des conflits de
la mémoires. La prise de parole est utilisée par Bessora à deux
niveaux. A un premier niveau, il s’agit d’une réécriture des
discours et des mythologies coloniales fortement présents dans
son premier roman 53 cm, repris et approfondis dans Petroleum
et constituant la disposition énonciative de nombre de ses
œuvres. A un second niveau, non plus thématique, mais
structurel et narratif, Bessora s’emploie à mettre en évidence la
dissémination des discours dans l’espace culturel et textuel et la
contamination profonde des modes de pensées par l’imaginaire
colonial à partir d’une écriture de la rupture et de la subversion
qui n’est pas sans rappeler l’art du dialogue au XVIIIe siècle :
changement de perspective et inversion des rôles, subversion du
langage et déconstruction de l’imaginaire87.

Deux pratiques analytiques qui nous permettent d’avoir une


perception de la manière dont le postcolonialisme fonctionne dans des

87 Mbondobari (S.), « Prose coloniale et enjeux mémoriels : Discours,


mythes, et mémoire coloniale dans 53 cm et Petroleum de Sandrine Bessora »
In Postures postcoloniales, domaines africains et antillais, Paris, les Editions
Karthala, 2012, pp. 102-103

97
romans. Evidemment, il ne nous viendrait pas à l’esprit de douter que
d’autres ouvrages ne manqueront pas de venir proposer d’autres
perspectives en consacrant leurs propos à des démarches sur l’analyse des
œuvres de fictions se réclamant de la scénographie littéraire francophone
postcoloniale ou d’ailleurs.

Chapitre III : La revendication de l’identité au


cœur des combats littéraires

Bien des terrains ont constitué le théâtre des combats pour la


libération des peuples ou l’expression d’une conviction en désaccord avec
telle idéologie à une époque donnée. La littérature, de ce point de vue, par le
truchement de l’écriture, est l’expression de la matérialisation d’histoires,
un regard sur un fait de société au travers des thèmes qu’elle aborde. Elle
travaille à mettre l’accent sur les préoccupations des peuples et leurs
combats au quotidien, entre autres. Par rapport à cela, on pourrait aborder
le fait que pendant longtemps, de nombreux peuples naguère colonisés ont
été amenés à subir les pires atrocités qui soient, en plus d’avoir été
contraints à un reniement fondamental, celui de leur identité. Ce déni
flagrant, consécutif à la soumission à des oppresseurs, a eu pour
conséquence des perturbations dans la pérennisation de ces derniers.

98
Surtout que dans la condition qui est la leur, ils sont interdits de droit et
réduits à une impossibilité à manifester leur point de vue. Ce constat d’une
absence de reconnaissance, porté sous l’appellation du « nihilisme », va être
le crédo de bataille de nombre d’écrivains avec un double but, dénoncer les
abus subis par les sujets opprimés et travailler à leur affranchissement tout
en redorant leur image.

Ce chapitre sera articulé sur deux aspects. Le premier temps de ce


chapitre porte pour titre « La négritude, arme de libération des peuples ». Il
se propose de traiter de tout ce qui a trait à ce mouvement, notamment dans
les motifs de sa création, l’action d’un groupuscule d’étudiants, que nous
porterons sous la dénomination des trois mousquetaires, qui, dans un
conteste difficile, vont se constituer les défenseurs de la cause noire. C’est le
premier moment du combat

Dans un second temps de ce chapitre, il s’agira de voir comment la


notion de l’identité, qui constitue l’élément qui lie les romans à examiner, se
trouve effectivement un thème de prédilection des écrivains au cours de
l’histoire. Dans cette logique, nous intitulerons cette étape « l’écriture en
contexte postcolonial, la revendication d’une identité ».

99
III-7 : La négritude, arme de libération des
peuples

Si l’avènement d’un travail de réflexion et de conceptualisation du


«postcolonialisme est officiellement circonscrit autour de la période où ont
été proclamées les indépendances des anciennes nations colonisées, il est
surtout à relever que le comportement préfigurant ce « postcolonialisme » en
est tout autre. Il déborde le cadre de cette période. En effet, cette notion reste
rattachée à la fois à l’action d’hommes combattant pour leurs libertés, à
l’état d’esprit consistant à s’élever contre les horreurs des actes abominables
qu’une catégorie d’homme ont pu faire subir à d’autres. Une attitude qui
visait à rétablir une certaine équité et faire en sorte d’affirmer l’indépendance
de chacun et la liberté de décider et à s’autodéterminer sur les projets de
sociétés. En clair, être reconnu comme Etats souverains.

Dans cette otique, que la paternité du postcolonialisme, pour ce qui


est du travail de conceptualisation, reste attachée à des penseurs tels

100
qu’Edward Saïd avec la réflexion qu’ils ont portée , notamment sur le rôle
des puissances impérialistes.

Pourtant, comme nous l’avons déjà mentionné plus haut, le


postcolonialisme est d’abord un comportement, un état d’esprit. Ainsi, il faut
reconnaître qu’il est lié à toutes velléités d’oppression d’un peuple tendant à
soumettre un autre sous son joug. Qu’à cela ne tienne, il faut remonter au
début des mouvements de grandes conquêtes pour commencer à percevoir la
pensée postcoloniale. En effet, même si on a du mal à relever des traces
écrites, nous sommes certains qu’une action s’inscrivant dans l’esprit
postcolonial, pouvant être reconnue comme une attitude de rejet ou
d’adhésion, s’est spontanément constituée. De fait, en partant des
mouvements des grandes conquêtes, à l’instar de ceux qu’ont entrepris des
explorateurs comme Christophe Colomb au quinzième siècle ou Savorgnan
de Brazza au vingtième siècle, à nos jours, il y a certainement des hommes
et des femmes qui se sont battus pour que s’arrête cette exploitation d’une
part et que tous les hommes soient traités au même stade. C’est cette
manière de faire que nous incluons au titre de postcolonialisme.

Mouvement parmi d’autres, la négritude est bien évidemment une


action librement constituée pour la défense des peuples opprimés, dans cette
période postcoloniale. Pourtant, l’on posera la question de savoir qu’est-ce
que la négritude ? Qui en sont les porte-étendards et que vise-t-elle ? En
quoi constitue-t-elle une analogie avec le postcolonialisme ?

La négritude se définit comme un mouvement anticolonial visant à


mettre en valeur l’Afrique et ses cultures. Elle rejette la dénomination
occidentale et milite pour une réhabilitation du noir en apportant « une
négation de la négation »88 de l’image jusque là portée à l’encontre du noir.

88 Négation de la négation : A la base, il faut entendre une idée qui


traduit quelque chose de positif selon une formule mathématique, qui
renvoie également à la didactique hégélienne. Dans notre cas, nous voulons
dire c’est une manière de changer le côté négatif qui était rattaché au noir et
en faire quelque chose de plus positif.

101
C’est dans Cahier d’un retour au pays natal89 que le vocable est forgé.
Césaire, auteur de cet ouvrage, évoque pour la première le terme de
négritude et tente de décliner l’esprit que prône ce concept. D’après l’usage
que Césaire en fait dans son livre, on peut retenir que : « La négritude est la
simple reconnaissance du fait d’être noir, et l’acceptation de ce fait, de notre
destin de noir, de notre histoire et de notre culture ». Inspiré d’un séjour sur
une île de Croatie, dont le nom ressemblait fortement à celui de Martinique,
où il répondait à l’invitation de son ami étudiant rencontré sur les bancs de
l’Université. Par la suite, le concept reste relier à trois auteurs et au combat
qui a été le leur, Senghor, Césaire et Damas.

Pour comprendre les motivations qui ont poussé les fondateurs de la


négritude, il nous faut replonger dans le contexte de l’époque. Les trois
hommes, à l’époque, se trouve sur la place parisienne pour poursuivre leurs
études. Un concours de circonstance va faire qu’ils vont se retrouver dans la
même université. Une amitié spontanée va lier nos trois camarades, peut-
être dû au fait qu’ils sont tous noirs et viennent des pays qui ont été
marqués par l’impérialisme de la France et font face à la problématique qui
aspire à être traité comme tout le monde. Damas vient de Guyane, Césaire
de Martinique et Senghor du Sénégal. Dès lors, ils ne vont trouver de sens à
leur vie qu’en l’investissant au service de la cause noire. Le combat qu’ils
mènent va se faire par le biais de l’écriture. Ils choisissent comme tribune
d’expression un journal qu’ils vont intituler L’Etudiant noir.

A cette même période, il se trouve que d’autres noirs qui viennent


essentiellement des Etats-Unis et d’Haïti vont jouer un rôle majeur dans la
prise de conscience des étudiants noirs qui étudient à Paris. Ces afro-
américains qui ont, pour la plus part, déjà dans le passé, mené des actions
pour que soient appliqués les mêmes droits auprès de tous les habitants
américains, noirs et blancs y compris. Du coup, ces membres, appartenant à
la « Harlem Renaissance », vont les inspirer. En effet, à cette époque,
beaucoup d’entre eux se trouvaient en France. Ils avaient trouvé là un

89 Césaire (A.), Cahier d’un retour au pays natal, Paris, Coll. « Poésie ».
Présence Africaine, 2000, 92 p.
102
environnement propice au cosmopolitisme favorable à leurs idées de liberté.
Mais aussi, il est à relever que s’ils se trouvent en France, c’est parce que le
microcosme parisien leur permettait de s’extirper de la ségrégation qui
sévissait aux Etats-Unis et de fuir également le racisme dont-ils étaient
victimes.

Comme figures de proue du mouvement en provenance des Etats-Unis


et de Haïti, il y a, parmi les plus connues, Langston Hugues, Caude Mac
Kay, Etzer Vilaire et Carl Brouard pour ne citer qu’eux. L’histoire de chacun
d’eux permet de mieux cerner les raisons de leur combat en faveur des droits
civiques. Dans l’Anthologie Négro-Africaine90, on peut lire que Langston
Hugues est né en 1902 et mort en 1967, il a la particularité d’être métis pour
être né d’un père blanc et d’une mère noire. Claude Mac Kay est né en
Jamaïque en 1860 et meurt en 1947. Il est reconnu comme l’un des
membres les plus influents de la « Négro-renaissance ». Pour les deux
auteurs de nationalité haïtienne, pas de grande information sur les dates de
naissance et de mort. On sait d’eux qu’ils sont adeptes de la poésie post-
parnassienne et développent une prise de conscience africaniste.

Mis à part l’influence des mouvements comme la « Négro-


renaissance », Les tenants de la négritude ont également été influencés par
des rencontres avec des leaders de pensée comme André Breton, essayiste et
théoricien du surréalisme. Mouvement tant littéraire que condition de vie,
l’idéologie surréaliste invite à la prise de conscience, à l’inventivité de
l’écriture et à la révolte. Breton leur permettra de faire le lien entre le
mouvement et la condition de l’homme noir en général.

Le mouvement de négritude, par l’idéologie qu’il prône, n’ambitionnait


rien d’autre que de redonner toute sa dignité à l’homme noir et de le sortir de
la situation d’assujetti dans laquelle l’autre l’avait plongé. Dans un contexte
difficile, marqué par l’emprise des puissances occidentales sur le reste du

90 Kesteloot (L.), Anthologie Négro-Africaine, La littérature de 1918 à 1981,


Belgique, Les Nouvelles Editions Marabout, 1978 et 1981, 478 p.

103
monde, caractérisé par l’inégalité de tous les peuples, de toutes les races à
jouir de leur droit le plus fondamental c’est-à-dire la liberté.

D’où le fait de signaler la bravoure des tenants de ce mouvement et


leur engagement parce que leur attitude se veut une invitation à replonger
dans cette espèce d’« âge d’or » que le peuple noir aurait vécu. Par la
recherche de ce temps, ils visent à faire valoir d’une part tout ce que ce
peuple détenait comme valeurs humaines, et d’autre part ils veulent qu’il
retrouve toute sa liberté. Une période qui serait emblématisée par une
manière de vivre qu’il a perdu. Une façon de vivre qui est contenue dans les
termes us et coutumes. En somme, c’est-à-dire réhabiliter l’humanité de
l’homme noir.

L’évocation de Senghor, Damas et Césaire n’est en rien fortuite. Déjà


parce qu’ils configurent l’environnement francophone avant l’heure, ensuite
parce qu’ils investissent un domaine de pensée non formalisé ou clairement
constitué qui est le postcolonialisme. De plus, l’entreprise qu’ils mènent est
conduite avec vigueur par le biais d’une plume engagée et d’une verve
militante. Sartre dira à cet effet que la posture des tenants de la Négritude
est comparable à la quête qu’entreprit Orphée91.

III-8 : Le roman francophone postcolonial : La


résonance identitaire

91 « Orphée noir » Titre de la préface de L’Anthologie de la nouvelle poésie


nègre et Malgache de la langue française, Senghor (L.S), Paris, P.UF., Coll.
Quadrige grands textes, 2001, 272 p. Pour rappel, Orphée est un héros de la
mythologie grecque dont la mission fut de descendre aux enfers pour délivrer
sa promise, Eurydice, qui y était captive.

104
Parmi tous les thèmes abordés dans le domaine littéraire au cours du
temps, le thème de l’identité occupe certainement une place de choix.
Cependant, l’identité n’a pas été toujours traitée de la même façon que l’on
soit dans tel roman par rapport à tel autre. Pourtant une chose est
indéniable : s’agissant de la perspective postcoloniale de ce travail, les
méfaits de la colonisation ont été dévastateurs pour les peuples qui l’ont
subie. Des voix se sont même levées au moment le plus fort de l’emprise
coloniale avec pour objectif de dénoncer ces agissements. Comment peut-il
en être autrement quand on constate les dégâts consécutifs à cette action
impérialiste. C’est dans ce souci que nous avons pensé légitime d’interroger
les conséquences de la colonisation, mais surtout le rôle du roman en
rapport avec la question identitaire.

Aussi, s’il nous fallait apposer un qualificatif à l’attitude des


romanciers dans l’usage du thème de l’identité, nous opterons pour
l’engagement. D’une part parce qu’il s’agit de s’insurger contre un système
odieux, la colonisation, d’autre part parce qu’il faut bien être engagé pour
faire en sorte de tordre le coup à l’image dont les opprimés ont été victimes.

Dans le corpus que nous avons constitué pour cette recherche, trois
auteurs appartiennent à l’espace littéraire africain et le quatrième est un
auteur ressortissant des Antilles. Il ne sera dont pas surprenant que
l’essentiel des romans sur lesquels nous exemplifierons la quête de l’identité
soit majoritairement orienté sur des romans africains. De même qu’on ne
nous tiendra pas rigueur sur le choix des romans convoqués, il relève tout
simplement de notre subjectivité de lecteur, mais aussi parce que la critique
a été unanime en les catégorisant dans un même thème.

Il faut dire qu’une raison justifie en grande partie ce choix de notre


part, c’est que l’intérêt pour la littérature francophone est de plus en plus
manifeste ces trois dernières décennies. Cet intérêt concret est observable à
la fois par le corpus fictionnel, critique que théorique. Nous en voulons pour
preuve, s’agissant de la critique, de nombreux colloques, notamment celui de

105
Libreville92. Titre à la formulation librement provocatrice qui se proposait
d’interroger la véracité de la critique africaine.

« L’engagement » est ainsi la notion qui caractérise le plus l’écriture des


littératures se réclamant de la « scénographie » littéraire francophone. Ceci
parce qu’il faut tirer le fils du colonisé de l’oubli de l’histoire et mettre en
lumière une région qui n’a pas toujours été gâtée par le sort.

Il nous faut, de ce point de vue, élaborer une périodisation afin


illustrer les traces du combat des écrivains au profit de la revendication de
l’identité dans la littérature. Pour ce faire, deux grands moments vont
constituer cette périodisation. La première période se découpe du début du
XXème siècle jusqu’au tour des années mille neuf cent soixante, marquée
par les mouvements de libération des peuples colonisés. La seconde moitié
qui démarre de la période des indépendances jusqu’à nos jours à peu près.

Abordons ainsi la première période. Comme nous l’avons évoqué, il


faut remonter jusqu’au début du vingtième siècle pour trouver des traces de
combat en faveur de l’identité dans les romans. Effectivement, si la
littérature, dans son ensemble, en est encore à ses balbutiements, l’objectif
est clairement explicite. Les écrivains estiment qu’il faut s’unir pour la
défense de la culture noire et son identité.

Le contexte de cette première moitié du siècle est favorable à une prise


de conscience et offre les arguments qu’il faut à ses ressortissants des pays
colonisés. Il y a une telle convergence de facteurs qu’ils ne peuvent qu’être
matérialisés dans leur comportement. Il y a l’éveil des afro-américains aux
Etats-Unis qui se battent de plus en plus pour leur droit civique. Ensuite,
l’émergence des nouvelles philosophies comme le Surréalisme93et l’Absurde94

92 Colloque international de Libreville dont le thème était : « La Critique


africaine existe-elle ? », tenu à Libreville au Gabon en Janvier 2008 qui fait
suite au colloque international de Yaoundé de 1973.
93 Le surréalisme est un mouvement littéraire et artistique né après la
Première Guerre mondiale ; ce mouvement succède au dadaïsme.

106
qui vont énormément influencer la vague d’intellectuelle naissante qui
cultivent un autre regard sur le monde, soit en étudiant ces théories, soit en
fréquentant les meneurs. Enfin, le rôle et l’implication, et non des moindres,
des colonisés dans la seconde guerre mondiale. Mais le socle de la prise de
conscience est bien évidemment la force du Mouvement qui est la Négritude :

Tout d’abord on y retrouve les idées maîtresses qui animent le


Mouvement de la Négritude depuis ses débuts. Nombreux sont
les romans et les essais qui traitent du colonialisme et de ses
problèmes ; ségrégation, humiliations de toutes sortes dont les
Nègres sont victimes, préjugés de couleurs, misère matérielle et
morale des morales, ancienne et présente, caricatures des
colonisateurs, menaces, cris de révolte et espoir de libération.

Ce mouvement repose sur le refus de toutes les constructions logiques de


l’esprit et sur les valeurs de l’irrationnel, de l’absurde, du rêve, du désir et de
la révolte. Définition tirée du site internet sur http://www.etudes-
litteraires.com/surrealisme.php, consulté le 16 février 2013.

94 L’Absurde par définition est ce qui est contraire à la logique, à la


raison ou au sens commun et échappe à toute logique ou qui ne respecte
pas les règles de celle-ci. Il signifie ce qui n’est pas en harmonie avec
quelqu’un ou quelque chose, par exemple une conduite absurde est un
comportement anormal. L’absurde est souvent utilisé pour désigner un type
de littérature. Parmi les romans les plus connus traitant de l’absurde figure
L’Etrangé d’Albert Camus. La Littérature de l’absurde, majoritairement
représentée par le théâtre de l’absurde, est née après la seconde guerre
mondiale, tiré du site internet http://lesclassiques.blogvie.com/labsurde/,
consulté le 16 février à 18h05mn.

107
La prise de conscience nègre est évidente et générale. Les
étendards de la révolution sont levés et les troupes en marche95.

De manière évidente, les peuples colonisés aspirent à un nouvel ordre


des rapports. Deux revendications essentielles sont au cœur de leur combat.
D’abord la réhabilitation du peuple noir, ensuite libérer du joug du
colonisateur leur pays y compris à la tête de ces derniers. Leur objectif sera
atteint et ils finiront par accéder aux indépendances tant souhaitées. En
marge des mouvements de contestations, le peuple subit une espèce
d’initiation au côté du colon pour tout ce qui concerne la gestion de la cité.
Chose qu’il tentera d’appliquer après le départ de l’ancien dirigeant. C’est le
deuxième moment consacré à l’éveil identitaire.

La deuxième période, qui est sanctionnée par l’accession aux


indépendances des pays colonisés, va finir par voir les combats menés porter
leurs fruits. Pourtant très vite, les anciens colonisés vont faire l’amère
expérience que si une bataille était gagnée, la guerre était loin d’être
terminée car beaucoup de problèmes n’ont pas été résolus avec le départ de
l’ancien colon. Le combat pour l’identité va se trouver pérenniser à travers
trois thèmes principaux : La tentative d’assomption, la période de désillusion
et la posture dénonciatrice.

D’abord la tentative d’assomption. En cette nouvelle ère, une nouvelle


vague de dirigeants se fait entendre en prônant l’accès à tous les hauts
postes des Etats nouvellement indépendants des nationaux qui pensent en
premier lieu à l’intérêt de leur nation. Ils sont résolument convaincus que
l’essor de ces pays en particulier et de l’Afrique en général ne se fera que par
ceux là même qui ont compris la pertinence du nationalisme. Cette vision
des choses est portée dans la quasi-totalité des pays qui viennent d’accéder
à l’indépendance. Conformément à cette visée, des noms comme ceux

95 Kesteloot (L.), Anthologie Négro-Africaine, La Littérature de 1918 à


1981, op, cit., pp. 174-175

108
d’Eméry Loumouba, premier ministre du Congo Kinshassa indépendant,
Kwama Krumah, premier ministre, puis premier président du Ghana,
Amilcal Cabral, homme politique et animateur de l’indépendance de la
Guinée Bissau. Pour faire écho à cette période qui voit triompher les
nouveaux dirigeants noirs, Camara Laye96 n’hésite pas à peindre une Afrique
qui est caractérisée par les vestiges du passage des colons et qui se tourne
dans une ère marquée des rythmes des reformes dont les jeunes ne
manqueront pas de profiter. Mais très vite les desseins nourris par les pères
fondateurs, ceux qui se sont battus pour les indépendances, vont s’écrouler
pour laisser place à une désillusion déconcertante.

Près de dix ans après les indépendances, le constat de la gestion des


pays africains est plus qu’alarmant. En effet, c’est la désillusion et le
désenchantement qui se dégagent lorsqu’on voit la manière dont ces pays
sont gérés du fait que l’espoir suscité au moment de l’accession des
indépendances laisse place à d’énormes doutes quand à la capacité de ceux
qui ont pris la direction des pays de les mener à bon port. Cette dérive trouve
son explication par le fait que plusieurs pays ont traversé des périodes de
troubles et sont illustrés par des putschs ou l’assassinat de ceux qui ont
mené les mouvements des indépendances. On se retrouve à revivre les pires
heures des moments de présence du colon sinon pires parce que des
dictateurs se sont accaparés du pouvoir. Des intrigues funestes conjuguées
à une atmosphère anxiogène au sommet des Etats dont se font l’echo
plusieurs auteurs africains. C’est ce que nous fait partager par exemple
Alioun Fantouré dans Le Cercle des tropiques97 livre subliminal qui dresse le
sombre constat des dirigeants africains qui se comportent pire à l’encontre
de leurs confrères que ne l’avait fait le colon. Replongeant les peuples dans
une dictature des plus rudes.

96 Laye (C.), L’Enfant noir, Paris, Les Editions Pocket, 2007, 221 p.
97 Fantouré (A.), Le Cercle des tropiques, Paris, Les Editions Présence
Africaine, 1991, 311 p.

109
En voyant la liberté pour laquelle ils se sont battus et le silence dans
lequel peuple se trouve réduit, les intellectuels font tout pour jouer leur rôle.
Ils vont s’employer à dénoncer les excès auxquels font face les pays africains.
Parmi les discours qui pointent les dérives de gestion et stigmatisent le
comportement des dictateurs ont, peut citer pêle-mêle ceux de Sony Labou
Tansi à travers L’Etat honteux98 et d’Ahmadou Kourouma dans Le Soleil des
indépendances99.

L’on remarque que la plupart des livres qui sont écrits portent en
grande partie sur l’identité. Qu’on le prenne sous l’angle du
désenchantement, le prisme de la dénonciation, c’est par-dessus tout qu’ils
refusent que soient bradées les valeurs, entre autres, de justice, de mérite
pour lesquelles ils se sont tant battus.

Pourtant, s’il fallait se formaliser dans l’idée d’une identité clamée au


fil des pages, l’on observe que l’identité tient une place centrale. Dans cet
esprit, on a par exemple Le Pauvre christ de Bomba100. De manière
sommaire, on retient que ce roman traite du problème de la pratique de la
religion catholique chez les peuples autochtomes d’Afrique. Il pourrait être
abordé sous l’interrogation : Comment se détourner de nos us et coutumes
et vouer un culte à la religion de l’autre ? L’auteur fait tout pour interpeller
sur la perdition de civilisation de certains peuples qui se verraient coupés de
leur environnement du rapport aux qu’ils entretiennent avec les valeurs
traditionnelles sacrées.

Dans l’optique de ceux qui stigmatisent l’identité, nous avons Sous


l’orage101. Ce texte de Seydou Badian dépeint le clivage générationnel avec

98 Labou Tansy (S.), L’Etat honteux, Paris, Les Editions du Seuil, 1981,
156 p.
99 Kourouma (A.), Le Soleil des indépendances, Paris, Les Editions du
Seuil, Coll. « Point », 1995, 195 p.
100 Béti (M.), Le Pauvre christ de Bomba, Paris, Edition Présence Africaine,
2001, 348 p.
101 Badian (S.), Sous l’orage, Paris, Présence Africaine, 2000, 253 p.

110
d’un côté l’ancienne génération attachée aux valeurs et de l’autre côté, il y a
la jeunesse qui semble résolument attirée par le changement, la modernité et
qui pense que la conception des aînés sur certains sujets de sociétés est
désuète.

Pour ceux qui s’inscrivent dans l’interpellation, nous avons Le monde


s’effondre102. Ce classique de Chinua Achébé nous présente un héros imbu
de sa tradition et qui fait tout pour résister à l’invasion occidentale qui a
cour. Il sent son monde qui ploie sous l’action de l’occident et impuissant à
stopper la déferlante, décide de se donner la mort.

Plus de cinquante ans après les indépendances de nombreux pays


francophones, c’est une évidence que nous sommes très loin de cette
littérature marquée par un bégaiement car n’étant encore qu’à ces prémices.

Depuis, deux éléments définissent l’affirmation de l’identité dans le


roman francophone, tout en ayant pris des orientations diverses. Ainsi,
comme nous venons de le démonter, l’identité localisable dans le roman,
clamait son existence, de même qu’il fallait donner une identité au champ
littéraire francophone.

A ce jour, nous pouvons affirmer qu’il y a bel et bien une manifestation


identitaire dans le roman francophone. Cette vitalité se donne à voir à
travers une production florissante et la variation dans la manière dont le
thème de l’identité est abordé par les écrivains. Elle travaille toujours à
s’affirmer dans un monde très fermé, régi par des normes dictée par
l’occident.

Toutefois, le problème du manque de reconnaissance demeure. En


effet, tout n’est pas encore acquis car énormément restent encore à faire
pour que l’identité du roman francophone postcolonial puisse s’affirmer et
avoir la reconnaissance légitime et être abordée aux pluriel c'est-à-dire sous
différentes variante. Ce n’est qu’ainsi qu’elle peut s’autoriser le même

102 Achébé (C.), Le monde s’effondre, Paris, Présence Africaine, 2000, 254
p.

111
alignement avec toutes les autres littératures. Elle pourrait effectivement
franchir le cape de littérature des « marges » pour intégrer le centre.

Conclusion partielle

C’était la première partie. Au terme de cette dernière, qui portait


essentiellement sur une lecture historiographique, nous avions pour
ambition de démontrer que les trois notions inscrites dans notre thème de
recherche, c’est-à-dire l’identité, francophone et postcoloniale, se donnaient
à lire à travers l’histoire, particulièrement littéraire pour notre cas. Nous
l’avons intitulé : Autour de la francophonie, au cœur du postcolonialisme et
identité à l’œuvre. Dans cet esprit, trois chapitres se proposaient d’aborder
chacune des notions.

112
Le premier chapitre s’est consacré à l’examen de la notion de
francophonie. Articulé autour de trois inflexions c'est-à-dire l’élucidation
terminologique, les mécanismes de fonctionnement de cette institution
conjugué à ses missions et l’effectivité d’une francophonie littéraire. Le but
poursuivi ici était de comprendre ce que nous percevons par francophonie,
ensuite comprendre comment la notion de francophonie est née, tout le
processus de création, les problèmes auxquels elle fait face. Enfin, il
s’agissait d’attester qu’il y a effectivement une activité pour ainsi dire
littéraire. Dans cette perspective, nous nous sommes appuyés sur des
notions comme le champ, la géographie ou la scénographie pour répondre
par l’affirmatif car il y a effectivement une réalité littéraire dans cet espace se
réclamant d’un même moyen d’expression qui est le français.

Le deuxième chapitre a porté sur l’examen de la notion de


postcolonialisme. Nous l’avons intitulé pour une compréhension du
postcolonialisme : Economie terminologique, des générations postcoloniales
et pour une application de la théorie postcoloniale dans le roman. Comme le
laisse supposer le titre du chapitre, trois étapes ont été developpées au cœur
du propos au cours de cette étape. La première, que nous avons formulé
sous le titre de l’économie terminologique, s’est proposé de rendre accessible
le plus possible la notion car un certain flou caractérisait son entendement.
Le second point, saisi sous le titre des générations postcoloniales, a mis en
exergue l’idée que l’histoire était truffée d’actions et d’engagement des
hommes au bénéfice de la liberté. Nous nous somme employé à démontrer
que ces moments pouvaient être considérés comme des actes de
postcolonialisme, avant qu’ils ne fassent l’objet d’un travail théorique et
universitaire. Enfin, nous avons travaillé à démontrer que le fonctionnement
de la théorie postcoloniale dans les romans. C’est ce que nous avons porté
sous le titre de pour une application de la théorie postcoloniale dans le
roman.

L’objectif visé au cours de cette étape était d’illustrer qu’étant donné


que l’espace francophone avait été marqué par la colonisation, le

113
postcolonialisme pouvait bien se réclamer de cette zone. D’une part, parce
qu’elle signale une action libératrice, d’autre part parce qu’elle se veut un
état d’esprit contre l’ancienne puissance coloniale. De plus, nous avons
pensé juste d’élaborer une démarche en rapport avec la théorie postcoloniale
afin de se familiariser avec cette dernière.

Le troisième chapitre de cette partie a validé le titre de la revendication


de l’identité au cœur des combats littéraires. Le travail a consisté dans la
justification de l’identité comme élément principal de l’écriture. Deux
séquences ont été proposées à ce propos. Il y a eu d’abord la négritude, arme
de libération des peuples. Il s’agissait de comprendre en quoi la négritude
tenait lieu d’un mouvement identitaire et militait en faveur des peuples
opprimés. Ensuite, le roman francophone postcolonial, résonance littéraire.
Il s’agissait de saisir les œuvres qui s’inscrivaient dans la promotion de
l’identité de manière explicite ou implicite. Cette étape nous a semblé
justifiée à plus d’un titre. En effet, il nous a paru nécessaire de localiser,
dans l’histoire littéraire, des combats des peuples noirs francophones, avant
l’heure, un moment qui emblématiserait la volonté de libération et le soucis
de se réhabiliter par le truchement d’une écriture qui affirme l’engagement.
La négritude répondait bien à cette exigence. Ensuite, il s’agissait de voir en
quoi le roman francophone postcolonial participait d’une revendication
identitaire.

Par-dessus tout, l’objectif poursuivi au cours de cette partie était de


rendre accessible, en définissant les notions de francophonie, postcoloniale
et démontrer les différentes manifestations, tant sur le plan de l’écriture que
de l’action des hommes. Faire en sorte de les rendre lisibles dans l’histoire
littéraire.

Signalons à cet effet que nous ne prétendons pas mener une réflexion sur
les concepts de francophonie et de postcolonialisme, mais que nous avions
simplement le souci d’affirmer qu’ils n’apparaissaient pas de manière fortuite
dans notre usage. Par conséquent, nous avons essayé de dire qu’ils

114
s’inscrivaient bien dans une tradition dont nous nous réclamons, et à
laquelle nous avons bien voulu établir le lien avec le présent travail.

La quête de l’identité est un thème contemporain dans lequel de


nombreux peuples attachent un intérêt certain. Ce qui est évident, c’est
qu’ils diffèrent tous certainement dans la posture qu’adoptent chaque
écricain pour réponde à cette recherche et accéder au but. Ainsi, le présent
travail a pour vocation de faire partager sa démarche, en espérant qu’elle
s’autorisera du qualificatif d’originale. La partie qui s’annonce se veut très
pragmatique dans l’examen du thème de la quête de l’identité.

Deuxième partie :

115
Les figures de la quête de l’identité dans Verre
cassé d’Alain Mabanckou, L’Autre qui danse de
Suzanne Dracius, Soupir d’Ananda Dévi et La
Nuit sacrée de Tahar Ben Jelloun

Nous voilà parvenu à l’étape suivante de notre rédaction. Il s’agit de la


deuxième partie. Au cours de cette dernière, notre tâche consistera
essentiellement à pointer les « occurrences scripturaires et verbales » de nos
quatre romans. C’est la séquence poétique proprement dite. Elle se propose
d’exemplifier de manière tangible comment la quête de l’identité, par
l’intermédiaire des différents ouvrages analysés, se donne les motifs de
l’apparaître. Ainsi, il sera question de mettre en lumière les figures qui
emblématisent la quête de l’identité. Plus concrètement, il s’agira d’illustrer
le traitement de la quête de l’identité dans Verre cassé d’Alain Mabanckou,
La Nuit sacrée de Tahar Ben Jelloun, Soupir d’Ananda Dévi et L’Autre qui
danse de Suzanne Dracius.

116
Rappelons que l’intitulé de cette partie est : « les figures de la quête de
l’identité dans le roman francophone … ». A cet effet, il faut signaler que le
terme de « figure » doit s’entendre dans la perspective que lui confère
Genette103, en l’occurrence elle pointe les conditions de l’apparaître narratif
et discursif de la quête de l’identité. Donc ce terme est à saisir dans son lien
au langage. De ce fait, nous nous attellerons à effectuer une démonstration
qui postule la quête de l’identité comme une catégorie esthétique et comme
telle, elle serait susceptible de se constituer comme critère de littérarité.

Par conséquent, quatre chapitres articuleront l’écriture de cette partie.


Nous aurons à examiner ce qui « figurativise » la quête de l’identité dans les
quatre romans proposés à l’examen.

C’est dans cet esprit que s’inscrit le premier chapitre. Intitulé au cœur
de Verre cassé. Il est subdivisé en deux sous titres dont l’écriture comme
réalisation de soi et « l’aliassisation » onomastique caractérisant un
marqueur de l’identité. Au cours de ce chapitre, le travail consistera à
prouver comment le roman d’Alain Mabanckou aborde, par le prisme de ces
deux notions, la question de la quête de l’identité. De manière générale, un
traitement sur les enjeux de l’écriture dans la société et l’affirmation
identitaire vu sous le prisme d’un pseudonyme seront évoqués dans ce
chapitre.

Le second chapitre a pour titre voyage dans l’autre de Soupir. Ce


dernier se distribue en deux étapes dont la quête d’un nouveau monde et
l’altérité comme force. Au cours de ce chapitre seront analysés les aspects en
rapport avec la déchéance du milieu dans lequel vivent les héros du roman
et leurs déterminations à survivre en se laissant guider vers un horizon
meilleur.

L’analyse de cette partie se poursuivra avec le troisième chapitre. Il


aura pour titre dans l’âme de La nuit sacrée. Distribuée en deux sous étapes,
du garçon à la fille et féminité interdite, cette étape de notre analyse propose
une peinture de la société marocaine et l’un de ces maux qui est la tyrannie

103 Genette (G.), Figures III, Paris, Seuil, Coll. « Poétique », 1972, 285 p.
117
des traditions, mais aussi la problématique du genre que l’ouvrage de Tahar
Ben Jelloun met un point d’honneur à traiter. Cette séquence de notre
travail focalisera l’analyse sur les pesanteurs de certaines mœurs dans la
société. L’idée est de voir en quoi la quête de l’identité est exemplifiée par
l’intermédiaire de ces deux sous titres.

Pour la conclusion de cette partie, il sera question de l’analyse de


L’Autre qui danse. Nous lui avons donné pour titre dans l’intimité de L’Autre
qui danse. Conformément à la logique qui a guidé l’analyse des trois autres
romans, ce dernier chapitre est également divisé en deux étapes. L’une revêt
le titre de l’impossible réalisation de soi et l’autre le retour vers les origines.
Ces deux sous titres ont pour vocation de renforcer l’idée que le roman de
Suzanne Dracius participe de la quête de l’identité.

Chapitre IV : Au cœur de Verre cassé :

L’écriture comme moyen de réalisation de soi


et l’ « aliassisation » onomastique

Cinquième roman de l’écrivain d’origine congolaise Alain Mabanckou,


Verre cassé, est le premier des quatre ouvrages de notre analyse. Dans le
roman Verre cassé, l’auteur traite de l’histoire de Verre cassé, héros

118
éponyme qui ouvre la narration en étant assis dans un bar. Après une
discussion avec le tenancier du bar, et non moins ami répondant au nom de
l’escargot entêté, il se voit confier comme mission de consigner tous les faits
ou les moments marquants qui se déroulent dans cet endroit avec pour
finalité d’en faire un roman.

A la lecture du roman, on apprend qu’après avoir longtemps


bourlingué, Verre cassé atterrit dans ce bar, comme un marin qui rentre
d’un long périple en mer, pour y vivre le dernier acte de sa vie. Suite à cela,
comme l’a invité à faire son ami, il finit par trouver dans l’écriture de ce
roman à venir une activité pour l’occuper. Chose qui va s’avérer
éminemment constructive.

Le projet d’écriture s’ébruite. Ce qui ne manque pas de susciter la


curiosité, mais surtout l’intérêt de nombre de personnes. Ces dernières
manifestent leur envie de voir leurs histoires transcrites dans ce roman et
que leur personnages y joue un rôle central dans ce cahier à finalité
romanesque car pour la plupart de ces personnages, ils auront vécu des
expériences aussi invraisemblables que pathétiques.

Ainsi, dans plus du quart des pages de ce roman en écriture, va se


relayer la narration des personnages aux noms aussi surprenants
qu’originaux : Robinette, Le type aux Pampers ou encore L’imprimeur en
sont quelques évocations. Chacun, dans une démarche s’assimilant au
témoignage, révèle les causes de ce qui peut être considéré comme leur
descente aux enfers et par la même occasion met en lumière leur appellation
pour le moins atypique.

Dans cet exercice d’écriture, Verre cassé ne se marginalise pas. Il y


insère des éléments en rapport avec sa propre existence. Il s’autorise une
séquence d’autoportrait dans cet ouvrage fictionnel et évoque les motifs pour
lesquels il semble, de manière désintéressée, ne plus prendre gout à la vie.

De manière globale, on relève que Mabanckou, dans ce roman,


s’ingénue à nous offrir une narration marquée par quelque chose de l’ordre
d’un esprit carnavalesque. En effet, l’inclinaison pour « l’inversion des
119
valeurs », le penchant pour la dérision et l’humour ne sont pas sans rappeler
un maître en l’espèce, Rabelais.

Dès les premières pages du roman, on est plongé dans cet esprit
carnavalesque. Cela transparaît sous le comportement que déploie un
despote. Il essaie par tous les moyens possibles de trouver une pensée
retentissante qui passerait à la postérité. Ce moment du roman, en plus de
l’esprit de dérision qui le caractérise, se double d’un intéressant exercice
d’intertextualité. L’écrivain, en même temps qu’il convoque des citations bien
référencées, revisite un moment qui aura marqué l’histoire littéraire
française du XIXème siècle : Le célèbre article d’Emile Zola suite à l’affaire
Dreyfus dont le titre est J’accuse.

Suite à cela, deux axes font constituer le fondement de l’analyse de ce


roman. Dans un premier temps, nous aurons l’écriture comme moyen de
réalisation de soi et dans un second temps, il y aura la « dés-identification »
caractérisant l’affirmation identitaire.

IV-9 : L’écriture comme moyen de


réalisation de soi

Dans le mouvement, apparemment anodin de l’écriture, différents


mécanismes peuvent expliquer l’objet final que vise à atteindre l’auteur.
Parmi ces éléments qui sont le moteur de l’écriture, on y décèle la tristesse,
l’angoisse, la peur, le rêve. Mais, en dépit des motivations aussi diverses que
variées qui motivent l’acte d’écriture, il y a un objectif majeur qui surplombe

120
magistralement, c’est celui de parler de quelque chose. En d’autres termes,
dire le sens.

En effet, lorsqu’une personne se courbe sur une feuille, il cherche à


transmettre quelque chose, il se fait passeur de message, véhicule du dire.

En dépit de tout ça, l’acte d’écriture n’en n’est pas un moins rattaché à
d’autres réalités. Pour certains, il peut-être considéré comme moyen. En ce
sens que les écrivains, entre autres, dans certains cas s’en servent comme
activité professionnel. Alors que pour d’autres, l’écriture contribue à donner
une dimension utile, un geste d’affirmation de sa vie, un moment pour ainsi
dire de réalisation de soi.

A partir du moment où la vie d’une personne est jalonnée de


désillusions et autres expériences désastreuses, il peut se trouver que la vie
de cette personne change radicalement par l’investissement qu’elle met dans
l’acte d’écriture. Cette perspective de l’écriture, qui semble s’assimiler à une
attitude clinique, permet de sublimer la vie d’un individu et de donner une
orientation nouvelle à son existence.

Levons tout de même l’équivoque par rapport à la formulation du titre


de cette sous partie : L’écriture comme moyen de réalisation de soi. La
tentation pourrait être orientée du côté psychologique. Il n’en est rien dû fait
que ce n’est pas le propos poursuivi ici. Dans l’orientation de cette étude,
c’est-à-dire la quête de l’identité dans le roman francophone…, l’écriture
comme moyen de réalisation de soi doit s’entendre comme le fait de trouver
un épanouissement par l’intermédiaire de l’écriture. Ceci est lier à des
personnes qui ne sont pas heureuses ou rencontrent un problème particulier
et parviennent à donner un véritable sens à leur vie.

Dans le roman de Mabanckou, c’est le président illégitime et despote


qui cristallise l’attention. En effet, c’est à travers lui qu’on exemplifiera
l’argument selon lequel on peut se réaliser au moyen de l’écriture. On peut
lire qu’il veut laisser une citation qui fera de lui un grand homme dans ce
monde comme nombre de penseurs qui ont vu leurs « verbes » passer à la
postérité.
121
Ce qu’il y a de surprenant dans ce que veut entreprendre ce président,
c’est le contraste entre le désir d’être immortalisé par une citation, alors qu’il
n’a aucune action positive dans sa manière de gouverner. C’est un homme
dont le règne est marqué par un abus de pouvoirs, de l’oppression envers
son peuple. Il n’est accaparé que par le souci de satisfaire son ego.
Conséquence de tout ça, son peuple ne retient de lui qu’une image négative
consécutive à sa gestion désastreuse. En somme, il est ce que l’on nomme
un tyran. Plutôt que de se soucier du sort de son peuple et de travailler à
l’amélioration des conditions de vie de ces derniers, il se préoccupe
davantage de son image et de laisser son nom, par le biais d’une citation,
dans les encyclopédies et autres annals. Conformément à cet objectif, il
assigne pour mission à ses serviteurs de réfléchir à une phrase forte et
pleine de bon sens, une phrase traduisant un côté intelligible et qui
marquerait à jamais la présence de l’homme dans l’univers des lettrés. Sauf
que ses serviteurs ont pour particularité d’être médiocres, ce qui n’est pas
pour faciliter la mission qui est la leur, surtout quand on sait la sanction à
laquelle s’exposent ceux qui ne parviennent pas à satisfaire les caprices du
prince.

Outre le président despote aux comportements pour le moins


narcissiques, l’autre protagoniste de texte du Mabanckou, qui essaie de se
réaliser en recourant à l’écriture, est Verre cassé.

On sait de lui que c’est une sorte de vieux loup des mers qui revient à
la maison épuisé après avoir longtemps voyagé. Il rentre de ce voyage hyper
essoufflé par les épreuves qu’il a vécues et cherche un site tranquille où il
pourrait écouler le restant des ses jours paisiblement en attendant le jour
fatidique.

C’est à ce moment qu’intervient l’escargot entêté. Il a évidemment


observé Verre cassé offrant une image de désolation. Afin de rompre avec
cette image de personne marquée par l’existence, il tente de raviver son
amour pour l’existence et pour lui-même. C’est alors qu’il décide de le
missionner pour l’écriture d’un roman dont la trame consisterait à y

122
transcrire pour ainsi quelques moments insolites qui se déroulent dans ce
bar et ceux relatifs à la vie de Verre cassé.

Cette occupation n’est pas pour déplaire à ce dernier. Elle s’avère


même positive pour Verre cassé qui, en plus d’occuper son temps dans une
activité noble, lui permet de reprendre un certain plaisir à la vie.

L’écriture de ce livre suscite à la fois la curiosité et l’envie de certains


clients ayant leurs habitudes dans ce bar. Ce qui les conduit à revendiquer
une place dans les pages de ce roman et surtout que soit prise en compte
leur histoire qui est en grande partie lier à celle du bar de l’escargot entêté.

Somme toute, deux usages de l’écriture, dans la perspective de


réalisation de soi, ressortent, quoique comportant des motivations opposées.
En effet, si l’un pense faire oublier la part d’ombre de son règne en faisant de
lui un penseur parmi d’autres, en laissant de manière positive son nom dans
l’histoire de l’humanité, l’autre, tout en sachant que l’histoire qu’il va
raconter lui survivra au travers de pages du livre qu’il écrira, trouve dans ce
livre le lieu d’un témoignage, mais surtout un moment de transmission de
vie à la postérité.

Cette double assignation que le roman de Mabanckou nous donne de


l’écriture, parmi tant d’autres, est assurément du à l’influence du
colonialisme, qui a induit des comportements nouveaux, pour des peuples
dits noirs. L’apparition des comportements nouveaux chez ces derniers est
tellement palpable car avant la rencontre du colon, le moyen principal
d’expression fut longtemps l’oralité. Ici, l’écriture permet quelque peu de
travestir la réalité pour certains. En l’occurrence, le président despote est
conscient de la puissance de l’écriture. Elle le ferait passer de l’homme sans
cœur pour ses contemporains, au lettré à la figure angélique.

Par ailleurs, cette séquence sur l’écriture comme moyen de réalisation


de soi nous permet de mettre en lumière une interrogation les vocations
intrinsèques de l’être d’une part et sur la loyauté que l’homme a face à son
existence. En effet, l’être s’identifie-t-il dans un geste qui consiste en une
mystification de sa vie ou bien doit-il se reconnaître dans la vie, en dépit du
123
fait qu’elle ait été jalonnée d’actions infructeuses. Deux réponses nous sont
données sur la véritable teneur des aspirations et du rôle que joue l’écriture
dans ces dernières.

IV-10 : L’ « Aliassisation » onomastique

Dans le recensement des figures de l’identité de cette deuxième partie,


le second sous point que nous indexons à l’ouvrage de Mabanckou dans le
présent chapitre est consacré à l’Aliassisation onomastique.

L’aliassisation vient de alias, lui-même tiré du latin alias qui veut


dire : ‘’Autrement’’. Donc Alias signifie autrement appelé. L’Aliassisation doit
s’entendre comme une forme d’écriture ou l’on voit les personnages être
appelés par un autre nom qui prend la place de l’initial. Plus précisément,
nous entendons illustrer l’idée que les noms des personnages obéissent à un
certain nombre de mécanismes inspiré des totems des cultures de ces
peuples. Il s’avère que l’africain traditionnel est protégé par un animal
clanique ou personnel à des fins matérielles ou spirituelles. En procédant de
la sorte, Mabanckou ruse en quelque sorte avec le référent culturel africain.
Le double nominatif n’est plus un référent animal, mais plutôt un aspect lié
à la vie des personnages.

Pour se faire, notre démarche consistera à examiner l’onomastique,


autrement dit l’étude des noms propres. Pour cette analyse, l’accent sera
particulièrement mis sur l’anthroponymie entendue comme l’étude des noms
de personnes.

124
Afin de rendre lisible l’Aliassisation onomastique, l’analyse sera
articulée sur une démarche double. D’une part, nous montrerons que
l’énoncé travaille à ce que nous nommerons la « désidentification » des
personnages. Du préfixe « des » qui désigne l’inverse de quelque chose et du
substantif identification, le fait de localiser quelqu’un. La
« Désidentification » est ainsi, pour notre cas, supposée le fait d’ôter une
appellation originelle pour lui en attribuer une autre.

D’autre part, de la substitution de noms. Elle ne sera que la suite


logique de la « désidentification ». Ainsi, mise en situation au roman, on fera
apparaitre qu’après avoir « désidentifié » un sujet, l’auteur nous offre une
substitution des noms qui s’avère être puisée dans les totems. Toute chose
qui viendra donner de la consistance à l’objectif qui est l’onomastique
totémique.

Partons du principe que dans la société, les gens portent une identité
qui renvoie à l’ensemble des éléments qui renseignent sur l’état civil dont les
plus évidents sont le nom et prénom. De plus, l’identité permet le
signalement d’une personne par rapport à une autre et évite que toutes
confusions soient permises en cas de situation trouble. Le prénom et le nom
d’une personne sont généralement des caractéristiques civils que l’on
reconnait comme étant son patronyme, c’est-à-dire qu’en plus de sa taille et
de la couleur de ses yeux, c’est ce qui permet de distinguer des milliers
d’individus.

A la lecture du roman de Mabanckou, on observe que l’ensemble des


personnages échappent à cette catégorisation sociale. Sans y prêter
réellement attention, on pourrait croire que ce sont véritablement leurs noms
d’origine, comme si ces derniers figuraient sur actes de naissances ou pièces
d’identité. Mais en regardant avec plus de rigueur, l’on se rend bien compte
que c’est une pratique qui est le fruit de l’inventivité de l’auteur.

Il en va ainsi de l’extrait consacré à l’ex-femme de Verre cassé, héros


éponyme du roman. En effet, lorsque ce dernier parle de son ex-épouse ou
évoque des souvenirs en rapport avec elle, il s’exprime en ces termes : « Je

125
dois préciser qu’Angélique c’est le prénom de mon ex-femme, mais quand je
parle d’elle, je l’appelle Diabolique »104. Le principe de « désidentification » se
confirme ici en ce sens que Diabolique vient suppléer Angélique. Ce qui met
en évidence un changement peu avantageux de l’image qu’il a de son ex-
épouse qui passe d’un ange à un démon. Tout porte à croire que son épouse
lui a fait subir les pires souffrances de la terre.

Cet exercice est reconduit de la même manière auprès de la presque


totalité des personnages du récit de Mabanckou. Il en va de même pour les
personnages que l’on reconnait sous les noms de : Le type aux Pampers,
L’imprimeur ou encore Robinette. Chaque fois, on a des explications sur ce
changement de noms de la part du narrateur. Pour ce qui est de
L’imprimeur, c’est en racontant son histoire à Verre cassé, qu’on apprend
qu’il était imprimeur en France. C’est suite à cela que Verre cassé lui donne
le nom de L’imprimeur. En ce qui concerne le type aux Pampers, c’est la
résultante d’une expérience marquante que lui ont fait subir ses codétenus
en prison, voulant lui faire payer le fait d’avoir abusé de sa fille. Il est clair
que ces noms ne son pas attribués de manière arbitraire, mais répondent
bien à une logique.

La « désidentification » n’est pas la marque de fabrique du seul


Mabanckou, elle est également présente chez nombre d’auteurs
francophones subsahariens. On peut l’observer chez un auteur comme Samy
Tchak. Mais afin de se différencier de Mabanckou, Tchak insiste par exemple
sur l’inexistence du nom civil. En d’autres termes, ce qui caractérise
l’écriture de Place des fêtes105, c’est le fait que les personnages ont la
particularité de ne pas avoir de noms attitrés. En effet, lorsqu’on investit le
roman tchakien106, on est frappé par le fait que les personnages ne portent
pas de noms, encore moins de prénoms. Ceci sans exclusion aucune. Qu’il
s’agisse du héros-narrateur, de la mère et encore moins du père de ce
dernier, aucun n’obéit à la caractérisation classique d’une personne avec un

104 Mabanckou (A.), Verre cassé, op. cit.


105 Tchak (S.), op. cit.
106 Adjectivisation du nom Tchak
126
nom et un prénom. Même lorsque le narrateur évoque un personnage de
nationalité différente à celle dans laquelle se situe l’action de la narration ou
bien présente une personne qui n’appartient pas à l’environnement familial
du héros, on ne les découvre jamais sous leurs noms ou prénoms. Ils nous
sont présentés sous les caractéristiques que sont leur race, leur profession
ou encore la nationalité à laquelle ils appartiennent. Il en va ainsi du Juif107
lors de la séance de photo avec la cousine du héros-narrateur ou bien de la
Policière108 qui lui offre ses premiers livres.

Outre la « désidentification », l’analyse de l’onomastique aliassisée se


donne à lire à travers la substitution des noms. C’est même sur ce point de
notre analyse que nous nous appuierons pour justifier la formulation de
l’onomastique totémique.

Dans le roman de Mabanckou, les personnages ont la particularité


d’avoir des seconds noms qui viennent soit se doubler à un premier ou bien
l’occulter totalement. En fait, on observe que la narrateur procède de sorte à
déposséder un personnage de son nom civil pour lui en substituer un autre
nom qui, sous d’autres circonstances, pourrait supporter le qualificatif de
pseudonyme, fruit de l’imagination du narrateur ou bien de la conscience
populaire. En général, ce nom substitué est la conséquence du vécu du
personnage. Tout se passe comme si les noms civils des différents
antagonistes étaient une erreur. Partant de cela, le narrateur tire argument
d’un fait de la vie du personnage pour conférer à celui-ci une nouvelle
appellation, dans le même temps qu’il légitime cette appellation. Il ne le
présentera désormais qu’à partir de ce nom dans la suite de la narration.

La presque totalité des personnages du roman de Mabanckou sont


campés dans cette logique. Ils se définissent par rapport à cette substitution
des noms. Ceci se donne à lire sous le canal de « Mama Mfoa » qui est
affublée d’une autre appellation, la « Cantatrice chauve ». Nous apprenons
que cette appellation est dûe à l’activité qu’elle exerce : « Y a Mama Mfoa qui
vend des brochettes […] elle est chauve et chante de temps à autre pour nous

107 Tchak (S.), idem, p. 211.


108 Tchak (S.), Ibidem, p. 159
127
amuser, c’est pour cela qu’on l’appelle affectueusement La cantatrice
chauve »109. Donc la « Cantatrice chauve » vient justifier un trait physique de
la dame et le fait qu’elle chante durant son activité pour ses clients. Loin
d’être isolé, le cas de « Mama Mfoa » s’inscrit bien dans un ensemble.

Ainsi l’écriture fonctionne de la même manière pour Robinette110,


championne au concours de pisse Diabolique111, ex-femme de Verre cassé, le
type aux Pampers112 injustement emprisonné à cause de fausses
accusations de sa femme et L’imprimeur113, conséquence de sa haute
fonction dans une imprimerie en France etc.qui s’avèrent être des noms de
substitutions.

Ces noms participent de ceux que nous saisirons sous l’appellation de


pseudonymes. Ils s’inspirent de l’évolution de la société. Si, comme nous
l’avons démontré, ce style d’écriture n’est pas sans rappeler la totémisation,
il peut-être également assimilé à une pratique assez répandue chez nombres
de personnes. L’auteur procède comme lors des rituels où l’on doit soumettre
une personne à une initiation. A la manière d’un rituel de scout où l’on
gratifie un membre d’un nom qui emblématisera sa personnalité.

Les pseudonymes dont l’autre dénomination est « Alias » viennent


renforcer les considérations sur l’Aliassisation onomastique. Comme qui
dirait Monsieur X alias Y.

Aussi, un constat se dégage de cette pratique d’écriture. Ce constat


permet de s’interroger, à la lumière des personnages de Mabanckou, sur la
manière de pouvoir identifier un être. Toujours est-il que ce phénomène
d’écriture s’inscrit dans l’exemplification d’une quête de l’identité. Ici, la
quête de l’identité est assortie à des notions telles que l’écriture comme
moyen de réalisation de soi et l’Aliassisation onomastique mentionnées plus

109 Mabanckou (A.), op. cit., p. 149


110 Mabanckou (A.), idem, p. 94
111 Mabanckou (A), Ibidem., p. 155
112 Mabanckou (A.), Ibidem., p. 46
113 Mabanckou (A.), Ibidem., p. 61
128
haut. Mabanckou, s’appuyant sur l’humour et influence par l’esprit
carnavalesque, peint des personnages marqués par une once de dérision.

En procédant de la sorte, l’auteur vient grossir les rangs de quelques


rares écrivains qui avaient fait de l’esprit carnavalesque une pratique reine
de leurs romans.

Chapitre V : Dans l’âme de la Nuit sacrée :

Du garçon à la fille et féminité interdite

Avec La Nuit sacrée, Tahar Ben Jelloun nous livre un des ces romans
les plus saisissant. Ce roman parait dans la continuité de L’Enfant de sable
et se veut être son prolongement.

129
Dans ce dernier, l’écrivain d’origine marocaine nous fait partager
l’aventure d’un personnage du nom de Zahra qui est, tour à tour, écartelé
entre le genre masculin, puis féminin pour finalement terminer sans
identification « genrologique ». En effet, Zahra est la victime de son père qui
la contraint à mener une existence de garçon alors qu’elle nait fille. Ceci
parce que dépité de constater une énième fois que l’enfant garçon qu’il
espère de tout son être est encore une fois de trop une fille. Cette situation
l’écœure à telle enseigne qu’il décide d’influencer son sort en changeant la
vie de cette dernière.

Au moment de mourir, le père ressent une énorme culpabilité et décide


de se confier à sa fille et de lui avouer les raisons qui l’ont conduit à lui
imposer une telle existence.

Après la mort du père, l’héroïne, devenue jeune femme, doit


apprendre à redécouvrir son essence féminine à travers un parcours
initiatique peu conforme aux règles car les choses sont loin de revêtir le
qualificatif de normal.

Déjà, sa première relation sexuelle participe de ce qu’il est convenu


d’appeler un viol. Ensuite, elle vit un amour presque impossible avec un
homme qui porte le nom de Consul pour le moins différent du commun des
hommes parce qu’étant aveugle et vivant grâce à la protection que lui
apporte sa grande sœur. Toute chose qui n’est pas sans lui apporter un
certain épanouissement.

Mais cette quiétude sera de courte durée car jalouse de cette relation,
la grande soeur du Consul va enquêter sur le passé de cette mystérieuse
jeune femme et remonter jusqu’à un oncle véreux et peu scrupuleux en qui
elle peut trouver un appui. Dans un geste insensé, Zahra tue son oncle,
pensant se libérer d’un homme dont la vie aura été marquée par la jalousie
et l’avarice.

Suite à cet acte, elle est attrapée puis mise en prison. Même dans ce lieu,
elle est poursuivie par le sort. Elle va subir la colère et la vengeance de ses
sœurs l’accusant d’avoir été la cause de tous les malheurs et du mépris que
130
leur père leur a fait subir. Comme sentence, elle va se faire coudre l’appareil
génital.

Pris dans la tourmente, cette condition et les événements endurés ne


manqueront pas de soulever un questionnement et de s’interroger la
nécessité de son existence sur terre.

Aussi, dirons nous que dans ce roman, Tahar Ben Jelloun met
l’’accent sur un fléau et des mœurs qui empoisonnent la vie de nombre de
personnes faibles. Du coup, elles les privent des libertés les plus
fondamentales. Ainsi, ce roman se veut à la fois troublant par les faits qu’il
évoque et pathétique par la trajectoire de ce personnage. Tahar Ben Jelloun
tire la sonnette d’alarme sur des us d’un autre âge et nous interpelle sur
l’avènement d’une liberté égale pour tous les peuples.

Deux points focaliseront notre examen sur la quête de l’identité chez


Tahar Ben Jelloun. Premièrement du Garçon à la femme. Deuxièmement un
être maltraité.

Qu’est-ce que recèle le premier point ?

V-11 : Du garçon à la femme

De prime abord, nous dirons qu’il est parfois des choses qu’on a du
mal à assumer. Des choses tellement lourdes qu’on n’envisage pas trouver la
paix si l’on ne s’en libère pas. Ainsi, la seule manière de recouvrer l’esprit
libre, la conscience apaisée, c’est de pouvoir en parler. C’est ce qui sera
déterminant dans le cas de Zahra. En effet, le lourd remord qu’éprouve son
père au moment de mourir va donner un sens nouveau à sa vie et une
orientation insoupçonnée.

131
Dans ce roman, c’est à travers la parole de Zahra, héroïne principale,
qu’on découvre les événements du roman. Elle nous explique comment elle a
été dépossédée de son identité de femme par un père en mal d’une
descendance masculine. Ainsi, c’est cette féminisation dépossédée,
caractérisant une existence difficile, qui sera le point de départ de la quête
de sa vraie personnalité de la part de Zahra.

C’est suite aux aveux de son père que la jeune femme va découvrir le
lourd secret sur sa vie et va devoir apprendre à se réapproprier son corps
originel. C’est la vocation que poursuit ce pan de notre analyse. Elle inscrit
son sens dans l’idée que Zahra doit apprendre à vivre sa vie de femme, dont
elle a été longtemps privée, par le biais d’un parcours initiatique que l’on
désigne comme des plus atypique. Dans le roman que nous examinons, du
garçon à la femme est lié à la vie de l’héroïne Zahra.

A la lecture de ce roman, on peut retenir que du garçon à la femme,


titre de ce premier point, trouve sa pertinence dans le fait qu’elle a été privée
de sa spécificité de fille au moment de sa naissance par un père très enclin
aux croyances religieuses. Cette « page obscure114 » des premiers moments
de sa vie est le fait d’un père au comportement tyrannique, mais aussi un
père très ancré sur les croyances traditionnelles, mais par-dessus tout qui
désespère de ne pouvoir compter dans sa progéniture un garçon comme
digne héritier.

En effet, ce dernier a toujours désiré avoir un fils comme digne


héritier, mais il a été chaque fois déçu lorsque son épouse a mis au monde
vu qu’elle ne lui a offert que des filles. De ce fait, lorsqu’il advient que sa
femme se trouve à nouveau enceinte, il voit dans cet enfant à venir la
satisfaction d’un rêve jusqu’alors inassouvi. Sauf que grande est sa tristesse
de constater encore une fois que sa femme a accouché d’une fille. Le père lui
signifie au cours d’une nuit alors qu’il sent sa mort :

114 Page obscure traduit l’idée que cette période de la vie de Zahra ne
l’honore certainement pas, mais qu’en plus de ne pas l’assumer, elle est le
fait de son père.

132
« Ce fut au cours de cette nuit sacrée […] où les destins des êtres sont
scellés, que mon père, alors mourant, me convoqua à son chevet et me
libéra. Il m’affranchit comme on faisait autrefois avec les esclaves115 ». L’on
relève que Zahra a été longtemps captive d’un lourd secret que détenait son
père et pris par le remord du mourant, celui ci décide de libérer sa fille d’une
existence qui n’a pas été la sienne, mais surtout de se libérer d’un poids sur
la conscience.

Le père poursuit sa confidence, cette fameuse nuit. Il tient à dire à sa


fille la vérité sur sa vie et à restituer les choses dans l’ordre :

Je voudrais remettre les choses à leur place avant qu’ils ne s’en


mêlent. Ils peuvent être sévères sous leur apparence de légèreté
immaculée. Mettre de l’ordre c’est commencer à reconnaître
l’erreur, cette méchante illusion qui a fait régner la malédiction
sur toute la famille […] Dis-moi quel âge as-tu ? Je ne sais plus
compter…

-Presque vingt ans…

-Vingt ans de mensonge, et le pire c’est moi qui mentais, toi tu


n’es pour rien, pour rien ou presque. (…) Excuse-moi, mais je
voudrais te dire ce que je n’ai jamais osé avouer à personne, pas
même à ta pauvre mère, oh ! Surtout pas ta mère, une femme
sans caractère, sans joie, mais tellement obéissante, quel ennui.
[…] Et toi tu dois m’écouter même si ça te fait mal 116».

Il appert de ces propos que le père ait entretenu un énorme mensonge


sur le sexe de la jeune fille Zahra jusque y compris à sa femme. Dans la suite
de la confession du père, on saisit mieux la folie qui a guidé son acte :

115 Ben Jelloun (T.), La Nuit sacrée, Paris, Seuil, 1987, p.22
116 Ben Jelloun (T.), op. cit, p. 23
133
« Ah ! Je te parlais de ta naissance…Quelle joie, quel bonheur. Quand
la sage-femme m’appela pour constater que la tradition avait été respectée,
j’ai vu, je n’ai pas imaginé ou pensé, mais j’ai vu entre ses bras un garçon et
pas une fille. J’étais possédé par la folie. Jamais je n’ai vu en toi, sur ton
corps, les attributs féminins. L’aveuglement devait être total 117». Moment
décisif dans la vie de la jeune femme car c’est à cet instant où le père n’a
voulu voir dans le corps du nouveau né autre chose que ce qu’il voulait,
c’est-à-dire se résoudre à rien d’autre qu’un garçon. Le fait de désirer plus
que tout un fils, l’a détourné d’une alternative autre. Ce qui plonge le père
de la jeune fille dans une absence totale de lucidité et l’amène à poser les
gestes les plus incompréhensibles.

En dépit de cet acte quasi absurde, le père tient tout de même à dire la
vérité à sa fille. En agissant de la sorte, il cherche vraisemblablement
l’absolution et par la même occasion à restituer les choses dans l’ordre : « Je
voudrais remettre les choses à leur place avant qu’ils ne s’en mêlent ».
L’attitude du père ne semble pas aussi innocente qu’il paraît. Il est motivé
par la peur des forces invisibles qui pourraient lui faire payer son geste. De
ce fait, agir de la sorte lui permettrait de pouvoir en partie se dédouaner et
remettre sa fille devant son libre arbitre.

Du coup, si le comportement illogique du père justifie l’origine du


passage du garçon à la femme de la part de l’héroïne, il n’en demeure pas
moins ce dernier évoque une démarche, d’un changement. De fait, c’est un
changement qui semble obéir à une forme de rituel. IL s’opère par
l’intermédiaire d’un parcours initiatique vers la féminité. Dans cette
découverte de Zahra, il ressort ce parcours initiatique est empreint de
contraste. Effectivement, on relève que sa vie de jeune femme ne se déroule
pas comme celle du commun de toutes les autres jeunes femmes de son âge
qui découvrent l’amour et la sexualité en même temps.

Deux faits majeurs sont déterminants dans le fait que la féminité de


Zahra qui sommeillait fasse jour et surtout qu’elle se la réapproprie. Il y a le

117 Ben Jelloun (T.), idem, p. 26


134
premier rapport sexuel et le véritable premier amour. Quoi que l’un puisse
induire l’autre. Ces deux expériences sont des moments que toutes les
jeunes filles rêvent en espérant qu’ils soient gravés dans leur mémoire parmi
les plus beaux jours de leur vie, si ce n’est le plus mémorable possible.
Toutefois, on constate que ces deux moments se déroulent selon les mœurs
convenues. La manière avec laquelle elle est replongée dans sa sensibilité
féminine rompt avec les codes éthiques.

En effet, le premier rapport sexuel de Zahra est consumé à la suite


d’un viol :

La nuit tomba en quelques minutes. Je sentis l’homme


s’approcher de moi. Il tremblait et balbutiait quelques prières. Il
me prit par les hanches. Sa langue parcourait ma nuque, puis
mes épaules ; il s’agenouilla. Je restai debout. Il embrassa mes
reins. Ses mains étaient toujours sur mes hanches. Avec ses
dents il dénoua mon saroual. Son visage en sueur ou en larmes
était plaqué contre mes fesses. Il délirait. D’un geste brusque il
me mit à terre. Je poussai un cri bref. Il mit sa main gauche
contre ma bouche. Avec l’autre il me maintenait face à terre. Je
n’avais ni la force ni l’envie de résister. Je ne pensais pas ; j’étais
libre sous le poids de ce corps fiévreux. Pour la première fois, un
corps se mêlait au mien. Je ne cherchais même pas à me
retourner pour voir son visage. Tous mes membres vibraient. La
nuit était noire. Je sentis un liquide chaud et épais couler sur
mes cuisses. L’homme poussa un râle de bête. Je crus entendre
une nouvelle invocation de Dieu et du prophète. Son corps lourd
me tenait collée au sol. Je glissai ma main droite sous mon
ventre. Je palpai le liquide que je perdais. C’était du sang.

Des propos qui nous renseignent sur la façon dont la jeune Zahra a
perdu sa virginité. Ce qui est davantage troublant dans cette description,
135
c’est que tout semble se dérouler comme si c’était prévu ainsi. Comme si le
destin était écrit d’avance et qu’elle ne devrait que le suivre de manière
stoïque. En plus, dans cet acte atroce, elle ne parvient même pas à retenir le
visage de son violeur : « Ainsi mon premier homme était sans visage 118». Le
fait que l’homme soit décrit sans visage n’est pas une information anodine.
On s’en rend compte dans la suite des événements. Zahra va vivre une
relation amoureuse avec un homme aveugle.

Sa première relation sexuelle se fait avec un homme dont elle n’a pas
pu garder en mémoire le visage. A la différence de sa première rencontre avec
un homme, la seconde rencontre, qui éveillera sa flamme et fera d’elle une
femme amoureuse, semble plus épanouie. Même si l’homme qu’elle aime se
démarque par le fait qu’il est aveugle. Nonobstant ce handicap, Le Consul
entreprend un travail sur la jeune fille qui d’une part va l’affranchir de cette
contrainte d’homme et d’autre parvient la réconcilier en lui rendant toute sa
féminité : « Le miracle avait le visage et les yeux du Consul. Il m’avait
sculptée en statue de chair, désirée et désirante. Je n’étais plus un être de
sable et de poussière à l’identité incertaine, s’effritant au moindre coup de
vent 119». Il est manifeste que Le Consul apporte à Zahra une sérénité qu’elle
cherchait jusqu’à ce qu’elle le rencontre.

L’on peut signaler que dans ce parcours initiatique visant


l’appropriation de sa féminité, les deux hommes qu’elle rencontre sur sa
route ont un apport diamétralement opposé dans la réalisation de cet
objectif.

Le violeur parce qu’est celui avec qui elle va avoir sa première relation
sexuelle. Le moins que l’on puisse dire, c’est que dans cette expérience, il
n’aura pas été « gentleman » et n’aura pas traité la jeune femme avec les
égards qui lui sont dus. De ce moment, elle n’a même pas retenu le visage de
son amant de circonstance.

118 Ben Jelloun (T.), op. cit, p. 63


119 Ben Jelloun (T.), op, cit, p. 137-138
136
Pour ce qui est du Consul, en dépit du fait qu’il n’a pas de vu sur elle,
il est l’opposé du premier, c’est-à-dire du violeur. En effet, il s’emploie à
éveiller des sensations et des émotions à Zahra qui lui étaient jusqu’alors
inconnues. Avec Le Consul, homme aux manières raffinées, elle va mettre au
grand jour tous les charmes tapis en elle.

Ces deux hommes qui vont apporter, chacun à sa manière, une pierre
à la construction de l’édifice femme, vont être reliés par une caractéristique
de leur personne, le visage ou bien l’absence de vue. En effet, Le Consul est
décris comme un homme qui ne voit pas alors que pour celui qui abuse
d’elle, il est présenté dans la narration comme un homme dont elle n’arrive
pas à voir le visage.

Aussi, pouvons-nous arguer l’idée que le salut peut parfois venir des
personnes que l’on porte le moins en estime et qu’au delà des apparences, il
vaut mieux aller à la rencontre même des personnes. Zahra nous en fait la
démonstration car elle est plus épanouie avec Le Consul.

Le bonheur qu’elle trouve à travers son idylle avec Le Consul sera de


courte durée et détruit. Effectivement, la grande sœur du Consul, l’Assise, va
trouver le moyen de briser cette relation qu’elle jalouse de toute sa personne.
Trouvant de plus en plus dérangeante la présence de Zahra, elle va mener
une enquête et trouver que Zahra n’est autre que la jeune femme tant
recherchée. Celle qui aurait volé l’héritage familial et se serait enfuie avec:

L’Assise avait disparu pendant une semaine […] Elle revint un


matin de bonne heure. Je dormais profondément dans les bras
du Consul. Elle ouvrit la porte et m’arracha du lit en me tirant
par les cheveux. Le consul se réveilla en sursaut, affolé, croyant
faire un cauchemar. Elle hurlait et bavait :

137
-Viens, race de chienne, voleuse, putain, viens voir qui t’attend
en bas. Tu as tué tout le monde et tu es partie avec
l’héritage… 120.

La colère avec laquelle L’Assise s’en prend à Zahra traduit toute la


haine qu’elle voue à la jeune demoiselle et sa détermination à la séparer de
son jeune frère. Une rage nourrie par un homme en qui elle a trouvé les
raisons suffisantes la force de s’en prendre à Zahra.

Dans l’examen des éléments d’un bonheur impossible pour Zahra, la


prison s’avère être le point culminant. Surtout que son incarcération dans ce
lieu constitue une double peine.

En effet, la prison est définie comme un lieu de privation des libertés.


En ce sens, le bonheur de Zahra serait fortement écorné. Mais, en dépit de
son côté restrictif, la prison ne semble pas marquer la jeune demoiselle : « Je
ne considérais pas l’enfermement comme une punition121 ». Ce sentiment est
motivé par le fait qu’ : « en me retrouvant entre quatre murs, je réalisai
combien ma vie d’homme déguisé ressemblait à une prison. J’étais privée de
liberté dans la mesure où je n’avais droit qu’à un seul rôle122 ». Il ressort que
la prison ne serait finalement pas cet établissement dont les quatre murs
seraient l’illustration matérielle de privation de liberté, mais la contrainte
imposée de vivre une existence autre que l’originelle. Mieux, qu’en plus
d’avoir été privée de la liberté de son corps, ce qui est un emprisonnement en
soi, elle est doublement sanctionnée par le biais de ce lieu carcéral.

Toutefois, les considérations de Zahra, qui reflètent sa conception de


la prison, ne sont qu’une exception sur la question des droits de l’homme car
dans les faits, la prison est un établissement qui a vocation à sanctionner un
acte répréhensible commis dans la société. En plus de ce côté privatif, la
prison va s’avérer être l’endroit d’une double peine. D’une part, c’est le lieu

120 Ben Jelloun (T.), op, cit, p. 139


121 Ben Jelloun (T.), idem, p.143
122 Ben Jelloun (T.), op, cit, p. 143
138
où elle va totalement se trouver séparée de l’homme qu’elle aime, d’autre
part, c’est dans cet endroit qu’elle sera rattrapée par son passé familial qui
va réveiller des évènements tristes qu’elle pensait à jamais oubliés : « Alors
que je pensais être délivrée de mon passé au point où je ne me souvenais
plus des visages des uns et des autres, mes sœurs, au nombre de cinq (…)
débarquèrent dans un défilé où le grotesque l’emportait sur le ridicule123 ».
Malheureusement, ce passé qui resurgit n’est pas de bon augure pour
l’héroïne.

On relève que, sans discontinuer, le bonheur est quelque chose


d’interdit pour Zahra. Depuis sa prime enfance jusqu’à son séjour carcéral,
le malheur semble lui coller à la peau tel Le cavalier et son ombre124 de
Boubacar Boris Diop et la souffrance faisant d’elle un être malheureux.
Même quand elle semble vivre un instant de joie, il advient toujours un
événement pour perturber ce moment et lui rappeler son implacable
condition de damnée. Tout ceci comme si son destin était voué à la fatalité.
Mais est-ce pour autant ce qui fait que sa vie est lié à ce bonheur
invivable ?.

Ainsi, se clos le dernier des trois points de ce que nous avons intitulé
du garçon à la femme. Ce titre dégage l’idée d’un mouvement voie une
trajectoire d’un état à un autre. Dans ce mouvement qui a vocation à
remettre les choses dans leur évolution normale, il s’avère que l’héroïne est
l’objet des comportements injustes et prise entre les sentiments immoraux
de la part des siens. C’est dans ce sens que nous abordons ce deuxième
point sous l’angle d’un être maltraité.

Le point qui suit, intitulé ‘’féminité interdite’’, se propose d’esquisser


une réponse

123 Ben Jelloun (T.), idem, p. 155


124 Boris Diop (B.), Le cavalier et son ombre, Phillipe Rey, Paris, 2010, 240
p.

139
V-12: Féminité interdite

En posant le regard sur le groupe nominal « féminité interdite », une


lecture syntaxique nous permet d’entrevoir un sujet et un adjectif. C’est
davantage sur l’adjectif « interdite » que nous insisterons car celui désigne
une pratique de privation. Suite à cela, nous dirons que le titre « féminité
interdite » peut postuler une double acception. La première renvoyant à une
privation se rapportant au physique pour traduire des sévices corporels
envers une personne, alors que la seconde évoquant l’interdiction ayant
trait à une expression féminine comme pour signifier une absence totale de
considération par rapport à une personne dite féminine. Ainsi, féminité
interdite a trait au mauvais comportement, à la manière quasi inhumaine
dont se comportent certaines personnes afin de priver des droits les plus
légitimes de la gente féminine.

Fort de cette définition, nous voulons affirmer que par une féminité
interdite il faut entendre quelqu’un qui est victime d’un traitement
inconsidéré, indigne d’un être normal. Ceci parce que cette personne serait
considérée comme l’être à l’origine de tous les maux qui frapperaient le clan.
Féminité interdite répond à une sanction pour faire réparer une injustice.
Féminité interdite est finalement un être pour qui la notion de naturel
féminin n’obéit plus aux canons classiques.

Dans le roman de Tahar Ben Jelloun, l’allusion à une féminité


interdite se rapporte au personnage principal, Zahra, et aux différents stades
par lesquels elle est contrainte de passer et l’horreur qu’elle doit endurer
tout au long du livre. Ce traitement particulièrement ignoble justifie qu’on lui
confère le qualificatif d’objet. Suite à cette situation, elle lui est impossible de
recouvrir son identité volée. Cette ambiguïté qui recouvre sa personne est
assurément ce pourquoi elle semble interdite à une vie heureuse.

140
Cette féminité interdite se donne à voir à travers la représentation d’un
d’être maltraité et soumis. Deux instants viennent rendre raison de la
maltraitance qu’il y a autour du personnage de Zahra.

Le premier instant de cet abus trouve sa justification dans le fait que


son père ait décidé de changer le destin de l’enfant à sa naissance. Il impose
une vie autre et par la même occasion de changer la logique des événements
pour ce qui est du sexe de Zahra. C’est ce que nous saisirons comme le
trauma initial pour le personnage de Zahra. Ce qui aura pour conséquence
d’engendrer tous les malheurs que l’héroïne va endurer par la suite. On note
qu’elle en souffrira énormément. Elle nous le rappelle d’ailleurs avec des
termes assez pathétiques : « Rappelez-vous ! J’ai été une enfant à l’identité
trouble et vacillante. J’ai été une fille masquée par la volonté d’un père qui
se sentait diminué, humilié parce qu’il n’avait pas eu de fils. Comme vous le
savez, j’ai été ce fils dont il rêvait125 ». Ces propos énoncés par l’héroïne du
roman de Tahar Ben Jelloun révèlent le traitement qu’elle a subi de la part
de son père et le déni d’identité dont elle a été victime depuis le jour de sa
naissance. Dans ces propos, la phrase « J’ai été masquée par la volonté d’un
père » interpelle sur la chosification dont elle a été l’objet car lorsqu’on a de
la considération pour quelqu’un, qui plus est se trouve être son enfant, on
s’emploie à lui apporter tout l’amour du monde et à faire son bonheur. Tel
n’a pas été le cas du père de Zahra, qui s’est plus préoccupé d’assouvir son
égoïsme. Ces propos viennent en appoint à l’exemplification de cette féminité
interdite qui traverse l’écriture du roman.

En effet, l’univers romanesque de Ben jelloun est recouvert par le voile


de cette féminité interdite que subit Zahra. Outre le déni de féminité qui
trouve sa raison dans l’attitude du père, l’autre aspect qui concourt à priver
Zaha de sa vraie nature et de la caractériser comme un être ambigu est la
vengeance des sœurs de Zahra dans la prison.

Rongées par une fureur des plus noires et une envie intarissable de
vengeance suite à l’indifférence de leur père à leur égard, les sœurs de Zahra

125 Ben Jelloun (T.) La Nuit sacrée, op, cit., p. 6


141
vont lui faire vivre une des pires tortures que l’on puisse faire vivre à
quelqu’un au motif de vouloir réparer les torts endurés à cause d’elle. Au
moment de mettre leur vengeance en œuvre, elles tiennent d’abord à
rappeler à Zahra son attitude dédaigneuse et sa complicité coupable avec le
père : « comme le père, tu ne te gênais pas pour nous mépriser ; tu passais,
hautaine et arrogante. Ah ! si on avait pu, on t’aurait matée, toi la petite
dernière… on t’aurait tout simplement massacrée. Mais Dieu fait les choses
(…). A présent, tout doit rentrer dans l’ordre. Tu ne t’en sortiras pas. Tu
paieras. Pas de pitié. Pas de répit126 ». Dans ces paroles des sœurs que tient
l’ainée, il y a un énorme reproche qui est fait à Zahra, c’est celui de s’être
comporté avec dédain et mépris auprès de ses sœurs. Ainsi, elles ont
l’opportunité de réparer une injustice. Surtout que Dieu le leur permet.

En plus de l’attitude hautaine qui est reprochée à Zahra, les sœurs


ainées veulent lui faire faire payer une imposture pour s’être fait passer pour
quelqu’un d’autre. Est-il besoin de rappeler que c’est à l’origine une fille qui
s’est vu conférer les attributs masculins par la volonté d’un père incrédule
et insatisfait. Ignorantes que c’est par la faute du père mort que Zahra a
mené une autre existence, les sœurs estiment que l’unique moyen de
déshonorer leur benjamine est de la priver de l’organe par lequel elles ont été
traitées comme des enfants indignes par leur père et par la même occasion
l’absoudre de ses fautes : « une lame de rasoir qu’elle trempa dans l’alcool et
me coupa le clitoris127 ». La privation de cet organe rendrait enfin la
tranquillité aux sœurs et leur permettrait d’oublier Zahra, être par qui
nombre de malheurs ont été endurés.

Ce qui ne va pas manquer de porter un vrai trouble pour ce qui est de


l’orientation sexuelle de la benjamine. Ce qui vient renforcer l’argument que
nous faisons d’une personne ambigüe est l’acte de vengeance mené par les
sœurs de Zahra : « (...) L’aînée me mit le chiffon mouillé dans la bouche. Elle
posa sa main gantée sur mon bas-ventre, écrasa de ses doigts les lèvres de
mon vagin jusqu’à faire bien sortir ce qu’elle appelait « le petit chose »,

126 Ben Jelloun (T.), idem, p. 158


127 Ben Jelloun (T.), op. cit, p. 159
142
l’aspergea d’un produit, sortit d’une boîte métallique une lame de rasoir
qu’elle trempa dans l’alcool et me coupa le clitoris. En hurlant
intérieurement je m’évanouis. Des douleurs atroces me réveillèrent au milieu
de la nuit. J’étais dans ma cellule : mon saroual plein de sang. Mon sexe
était cousu 128». Ce passage est symbolique à plus d’un titre et mérite qu’on
s’y attarde un instant.

En effet, deux moments vont focaliser notre attention dans l’acte des
sœurs de Zahra. D’une part, le fait qu’on lui coupe le clitoris peut renvoyer à
l’idée que c’est un homme à qui on va retirer le droit d’être un homme.
D’autre part, le sexe cousu renvoie à la symbolique de la femme qui ne peut
plus entendre quoi que ce soit en rapport avec sa féminité. En agissant de la
sorte, les sœurs veulent exacerber le caractère abusif sinon la dimension
d’objet du personnage Zahra. Par cet acte, elles veulent déjà sanctionner
l’imposture qu’a osée Zahra, le vol des attributs masculins. Ensuite, elles
veulent rétablir une forme de justice en l’humiliant de la pire des manières
qui soient, c’est-à-dire la priver de l’usage de ses organes humains.

Il faut dire que par l’intermédiaire de Zahra, l’écriture de Ben Jelloun


met un accent sur un fait de société qui a des répercussions gravissimes sur
l’existence de certaines personnes. Les pesanteurs de certaines traditions qui
ont d’énormes préjudices sur des générations. Il y a aussi, mise en lumière,
une absence de liberté d’une frange de la population, en l’occurrence les
femmes, qui ploient sous le joug des comportements machistes et
oppressants d’hommes égoïstes, peu scrupuleux et non favorables à
l’évolution des mœurs.

Par ailleurs, le fait que l’écriture de Ben Jelloun fasse mention d’un
personnage qui est écartelé entre la caractéristique du genre humain n’est
pas anodin. A travers la variation de genre, c’est-à-dire un enfant né fille à
qui on fait une vie de garçon, puis une femme qui essaie de s’assumer, mais
qu’on prive de son organe le plus représentatif, c’est une problématique

128 Ben Jelloun (T.), idem, p. 159

143
autour du genre qui est traitée en filigrane et l’idée que le bonheur reste
sous-tendu à chacun des genres ou indépendamment de ces derniers.

Ce qui nous emmène à nous interroger sur le point de vue suivant :


Quel regard porte-t-on sur la société selon qu’on revêt les attributs d’un
homme ou d’une femme dans certaines sociétés ? De par le fait qu’elle
termine par ce qui peut-être considéré comme une sorte d’être qu’on ne peut
ranger ni du côté des hommes, ni du côté des femmes, doit-il s’en suivre que
les considérations autour de l’être humain devrait transcender le clivage qui
existe dans la nature entre l’homme et la femme pour ne accorder
d’importance qu’aux questions se rapportant au bonheur de l’être?

Chapitre VI: Voyage dans l’univers de


l’Autre qui danse :

La crise identitaire et retour au pays des


ancêtres

L’Autre qui danse est un roman de l’écrivaine martiniquaise Suzanne


Dracius. Dans ce roman, l’auteur qui est originaire des Antilles nous parle
d’un personnage nommé Rehvana. Fille de parents originaires de Martinique
et vivant dans l’hexagone, Rehvana a pour particularité de cristalliser
144
l’attention par son comportement peu orthodoxe. Du coup, elle a perdu
l’amour de ses parents à cause de l’abandon d’une scolarité plutôt
prometteuse et de fréquentations douteuses à la différence de sa sœur qui
regroupe tous les qualificatifs d’enfant modèle.

Ces écarts de comportements, symptômes d’un mal être existentiel,


vont l’emmener à vivre des expériences et surtout à rechercher ce par quoi
elle trouverait un épanouissement à sa vie. De fait, elle va repartir dans le
pays d’origine de ses pays, terre des ancêtres en espérant trouver une
réponse à ce mal être.

De retour dans la terre des ancêtres, elle va tout faire pour essayer de
reproduire le mode de vie des femmes à l’ancienne, c’est-à-dire vivre dans un
appartement le plus rustique possible avec le moins de commodités.
S’accommoder de maltraitance et d’indifférence de la part d’un homme en
qui elle pensait avoir rencontré le grand amour et dont l’essentiel de
l’occupation est lié à des activités occultes.

Au cours de ces moments d’un autre temps ou elle s’initie aux us des
femmes rurales, elle fait la rencontre d’une femme qui va être le reflet de
l’idée qu’elle se fait de la femme parfaite.

Dans cette tentative inespérée, deux personnes prennent


régulièrement soin d’elle et ne manquent pas de l’interpeller. Sauf que son
séjour en terre ancestrale ne va pas produire le résultat escompté. Il va
même s’avérer un échec. Elle croyait qu’en retournant au pays de ses aïeux,
elle trouverait des repères nécessaires à la construction de sa vie.

De retour en France, Rehvana ne parvient pas à trouver ses marques


dans cette société. Elle est la victime d’un monde qui prend les allures d’une
jungle qui finira par la broyer. Elle meurt finalement de manière misérable,
emportant avec elle l’enfant qu’elle a eu entre temps avec son homme. Dans
cette double mort, on peut y lire le refus de Rehvana d’abandonner sa fille à
une société qu’elle a jugé cruelle et inappropriée pour l’éducation de sa fille.

145
Il est des voyage dont on ne ressort pas indemne encore moins grandi
et des désirs dont l’objet recherché prend des allures de chimères et peuvent
nous conduire pour ainsi dire à l’au-delà.

La lecture du roman nous a permis d’établir que la quête de l’identité


est indéniablement l’élément central du roman de Dracius. Effectivement,
n’étant pas en adéquation avec les valeurs de la société française et
parvenant pas à trouver ses repères dans le monde contemporain, l’héroïne
de L’Autre qui danse a pensé légitime et constructif de repartir vers un pays
où une espèce d’âge d’or a déjà prévalu. Ce qui constitue sa raison de vivre,
en dépit du fait que les valeurs de ce monde sont éculées.

Par la trajectoire de Rehvana, c’est un clin d’œil à la mémoire qui est


fait. Dans une écriture marquée d’un énorme voile poétique, Dracius nous
entraine à travers les arcanes de l’histoire marquante d’un peuple noir et
nous brosse le procès d’une civilisation aux allures de requins.

Dans cette optique, deux orientations conduiront notre analyse de la


quête de l’identité. D’une part nous aurons la crise identitaire. D’autre part,
le retour sur le sol des ancêtres.

VI.13 : La crise identitaire

Ce point porte sur la crise identitaire. Il a pour vocation de montrer


comment la crise identitaire se donne les motifs de l’apparaître dans le
roman de Suzanne Dracius. De ce point de vue, signalons que la crise
identitaire renvoie donc à un manque, à l’état d’une personne mal à l’aise
par rapport à une situation ou un environnement donné. Autrement dit, en

146
conformité à l’orientation que nous avons arrêté dans ce travail, la crise
identitaire revient à s’interroger sur l’essence de son être, les valeurs qui
doivent nous caractériser et la place dans la société ?

Les problématiques sur le rapport de l’homme à son environnement


ont toujours été une préoccupation majeure pour nombre de penseurs. Cette
situation s’avère une constance de l’histoire de l’humanité dont la littérature
se veut le reflet des maux qui minent la société. Au XIXème siècle par
exemple, le mouvement romantique sera l’une les périodes emblématiques de
la crise identitaire. En effet, la première moitié du XIXème siècle est marquée
par des velléités de renouvellement de la littérature avec une large place
accordée aux sentiments personnels. Ce désir va se heurter à l’interdit
imposé par une caste, résolument non favorable à cette ouverture, pour ne
pas dire modernité. Face à cette hostilité ambiante, le poète va recourir à des
moyens afin de laisser libre cour à son épanchement. Des auteurs comme
François-René de Chateaubriand ou bien Mme de Staël, parangons parmi
d’autres de l’esprit romantique, n’auront pour objectif que l’affirmation de la
singularité de l’être dans une société qui ploie sous des dogmes trop
dirigistes. Le poète à cette période qui aspire à une ère nouvelle est pris dans
l’étau, partagé entre ses « désidératas » et le silence déraisonnable du monde.
Dans leur combat, les thèmes régulièrement chantés sont l’ailleurs, les
passions, l’histoire, la nature etc.…

C’est cette situation de crise identitaire que vit l’héroïne du roman


draciusien qui va l’emmener à rechercher les réponses sur les véritables
questions qu’elle se pose sur sa personne. Au départ, elle se trouve dans un
trouble quasi analogue à celui du poète « dixneuviémiste ». Cette crise
identitaire se donne à lire dans cette posture affichée par Rehvana, en ce
sens qu’elle a : « fait une croix, une fois pour toutes, sur tous les grands
principes de sa famille, sur son éducation traditionnelle et catholique, renié
toutes pratiques vertueuses et toute la probité de son enfance pour faire aux
frères le don total des subsides paternels initialement prévus pour ses

147
études 129». Elle se détourne de cette existence parce qu’elle en a marre de
cette dernière car : « Sa vie c’était aussi ses parents, gentils fonctionnaires
aisés si habitués à la France qu’ils ne retournent en Guadeloupe que l’été, en
vacances, à l’occasion des congés bonifiés ». Donc Rehvana n’arrive plus à
trouver son bonheur dans cette existence parisienne et aspire à un ailleurs.
Des personnes proches de son entourage qui l’estiment énormément font
tout pour qu’elle s’épanouisse.

Elle est l’opposée de sa sœur ainée dont la description physique


traduit la fille modèle et par conséquent la femme idéale. Tant elle est
saisissante de charme qu’elle ne laisse pas l’ami de sa sœur cadette
insensible. Elle est celle en qui l’amoureux trouve des qualités physiques
hors normes : « la sœur ainée de Rehvana, grande fille saine aux pommettes
saillantes de Caraïbe ou de Viking inébranlable, campée, telle une porteuse
de tray d’antan, sur le galbe mat de ses hautes jambes, bien dans sa peau
étrangement polychrome d’ébène ivoirienne tout au long de ses longues,
interminables mains annelées aux longs ongles bombés, de cannelle suave
sur ses bras, et de sapotille claire, satin abricoté, pour le visage. Jamais
Jérémie n’avait vu la splendeur de cet être si résolument multiforme (…) à
cette jeune fille, fleuve ondulant, liane et chêne-liège, cette incroyable beauté
neuve […] C’était comme si chaque race, chaque peuple avait investi dans
ses chairs tout ce qu’il avait de plus beau130 ». Il est manifeste que dans la
description qu’on nous fait de la sœur ainée de l’héroïne du roman, il ressort
que si elle affiche une telle beauté, c’est que les dieux ont mis un soin
particulier à cette dernière, mais surtout qu’ils ont voulu l’être sublime par
son côté syncrétique.

Pour être en phase avec l’idée d’exhaustivité en termes de beauté, cette


sœur ainée allie, en plus du corps, des aptitudes intellectuelles indéniables.
Pour s’en convaincre, il suffit d’observer son cursus universitaire.

Ainsi, si Rehvana se détourne de la voix tracée par sa famille et des


attentes qui sont placées en elle, c’est parce qu’elle vit un mal être qu’elle

129 Dracius (S.), L’Autre qui danse, op. cit., p. 57


130 Dracius (S.), idem, p. 46
148
pense combler en se replongeant jusque y compris dans la communauté de
ses semblables noirs.

Un abondant lexique vient à cet égard donner plus de force à l’idée que
Rehvana est dans une recherche d’africanité ou du moins des valeurs
propres reflétant le continent africain, terre de ses ancêtres. Il y a en
l’occurrence des patronymes à forte consonance africaine qui ne sont pas
étrangers dans l’évocation de ce continent. Parmi ces différents patronymes,
on peut dénombrer ceux qui suivent « Abdoulaye, Diop, Babacar » qui
illustrent dans une certaine mesure la nature et les caractéristiques de ses
fréquentations, mais surtout qui donnent une explication sur son envie de
trouver des réponses au mal existentiel qu’elle éprouve. La fréquentation du
milieu afro parisien constitue pour elle un rapprochement vers l’Afrique.

A ces noms qui rappellent l’Afrique, il faut associer l’attitude qu’a


Rehvana à vouloir s’impliquer dans ce qui reflète le mode de vie africain dans
la France méropolitaine. Elle va même jusqu’à pousser la ressemblance aux
femmes africaines par leurs manières de vivre, notamment dans l’affirmation
de leur beauté et maquillage : « Rehvana n’a pas le cheveu assez crépu pour
que les tresses tiennent toutes seules. Oh ! on n’a jamais ce que l’on veut : à
sa droite, une jeune Africaine bon teint, qui a tout ce dont rêve Rehvana131 ».
Il se dégage l’idée que la perfection féminine, pour Rehvana, a les traits
physiques de la femme originaire d’Afrique. Cette femme semblable à l’égérie
dont Senghor se fait l’émule à travers un poème fort célèbre : Femme nue,
femme noire.

Dans sa fascination pour tout ce qui participe du continent africain, il


n’y a pas que les femmes qui ont les faveurs de son cœur. Aux femmes, il
faut adjoindre toute la subjugation que Rehvana a pour les hommes,
notamment à travers le personnage d’Abdoulaye car on apprend qu’elle :
« est pétrie d’amour pour Abdoulaye, noyée dans la fascination de ces grands
membres aux muscles longs, et émue, jusqu’au tremblement (…) oui, elle
aime jusqu’au spasme les minuscules flaques jaunes qui ternissent la cornée

131 Dracius (S.), L’Autre qui danse, op, cit, p. 30

149
de ses yeux. Dieux, qu’elle est transportée par ces petites taches de
négritude 132». Au-delà de la personne d’Abdoulaye, il y a décris chez ce
personnage un être qui ressemble fortement au noir qu’on allait chercher
lors de la traite d’esclave en Afrique.

Rappelons que, bien que née de parents martiniquais installés en


France métropolitaine, Rehvana est peinte avec une couleur de peau pas
totalement noire, mais plutôt mate. Cela peut nous situer sur le sentiment
d’imposture qui peut animer cette dernière dans cette société, justifiant de
fait cette crise identitaire. C’est ce qui la conduit à passer le clair de son
temps dans le milieu « afro » parisien pour y trouver un environnement
propice à la réalisation de femme noire qu’elle est.

Perdu dans le désaveu familial, causé par l’idée qu’elle n’honore pas
les attentes de cette dernière dans les desseins investis en elle, et sa
préférence pour le milieu afro parisien, parce que pensant y retrouver des
valeurs dans lesquelles elle s’épanouirait, Rehvana n’en demeure pas moins
insatisfaite car, là ou elle pensait apporter une réponse à son âme errante et
trouble, elle ne rencontrera que déception. Ce qui va la conduire à repartir
en terre martiniquaise pour renouer avec la vie de ses ancêtres.

VI-14 : Retour au pays des ancêtres

Dans le roman de Suzanne Dracius, l’on observe que le personnage


principal passe énormément de temps dans le milieu afro parisien. L’on
aurait pensé que la fréquentation du milieu africain parisien n’aurait été
qu’un caprice passager ou une courte escapade sans lendemain. Que dans
ce milieu, Rehvana finirait pour comprendre l’absurdité de son attitude qui

132 Dracius (S.), op, cit, p. 29


150
ne la conduirait nulle part. Qu’elle aurait pu prendre conscience de son
égarement et faire en sorte qu’elle regagne le berceau familial. Il en est tout
autrement. Aussi invraisemblable que cela puisse paraître, c’est au contact
de ce milieu que va s’installer en elle l’impérieuse nécessité de ses racines.
Elle va exacerber son trouble en allant jusqu’à repartir en Martinique, terre
de vie de ses ancêtres.

Ce retour a pour vocation de donner un véritable sens à sa vie en


vivant comme le faisait ses ancêtres autrefois. C’est ce qui a inspiré le titre
de ce sous point : Retour au pays des ancêtres.

Il faut souligner que le thème du retour hante particulièrement


l’écriture des littérateurs francophones ou, de manière générale, l’écrivain
noir. Du fait de l’esclavage et son corollaire de conséquences occasionnées,
notamment séparations de la famille, déportation, il est légitime que le noir,
loin de chez lui, chante sa patrie avec ce qu’elle contient de valeurs
culturlles.

Dans l’écriture scandant le retour à la terre originelle, Césaire, poète


martiniquais, est l’un des auteurs à en avoir fait un objet d’écriture. Cahier
d’un retour au pays natal133 en est l’illustration parfaite. Dans ce texte
poétique, l’auteur nous offre un discours qui plaide en faveur de la
valorisation des valeurs noires, chante la réhabilitation de l’homme noir et
nous invite à renouer avec sa patrie de cœur.

De nombreux auteurs des Caraïbes ont axé leur écriture dans le sens
du combat de l’homme noir pour l’émancipation. Travailler à désaliéner
l’image accolée à l’homme originaire d’Afrique a, pour longtemps, été le
leitmotiv de ces écrivains. Des auteurs tels que Marise Liliane Appoline
Bocoulon, Maryse Condé de son nom de plume, ou encore Aimé Césaire par
exemple en feront le cœur de leur production littéraire.

A l’instar de son célèbre ainé, Aimé Césaire, Suzanne Dracius


reproduit la même démarche par l’intermédiaire de l’héroïne de son roman.

133 Césaire (A.), Cahier d’un retour au pays natal, op. cit,

151
Elle quitte la France pour la Martinique avec une fierté ostensible. Cela se
fait savoir lors de son arrivée en Martinique : « Rehvana savourait
maintenant [...] les senteurs sui generis de sin île natale retrouvée134 ». Dans
ce moment de pure extase, aucune appréhension ne traverse son esprit. Elle
est simplement remplie d’un bonheur immense par rapport au fait qu’elle ait
foulé le pays de ses ancêtres. Même si le pays de ses ancêtres ne ressemble
plus à celui du temps où ils vivaient, elle affiche une certaine sérénité à y
revenir : « Elle ne redoute ni les néons, ni les chariots tapageurs, ni les taxis,
ni les annonces tonitruantes, ni les réclames criardes de la modernité135 ». Si
l’héroïne principal n’affiche aucune peur par rapport à tous ces éléments,
reflets d’un monde moderne, c’est parce qu’en redécouvrant le pays de ses
ancêtres, elle se projette dans une vie au quotidien similaire à celle que les
femmes menaient au moment de leur arrivée dans ce coin du monde.

D’une certaine manière, on peut noter qu’à travers l’évocation du


voyage qu’entreprend Rehvana, l’écrivaine d’origine Martiniquaise nous
dresse une image de la femme noire aux antipodes de la femme moderne,
plongée dans des combats portant sur la question des genres, si ce n’est la
prise en compte de l’équité.

Le retour en terre martiniquaise, pour l’héroïne du roman de Dracius,


poursuit un double objectif, d’une part raviver un mode de comportement
relatif aux noirs déportés en mer à un moment où ces derniers étaient
assimilés à des bêtes de travail. D’autre part, être le plus près possible, dans
la respectabilité des règles de vie se rapportant à la femme noire. En l’espèce,
serviabilité et soumission en sont les gages.

La première de ces règles de conduite, traduisant le retour en


Martinique, est de vivre dans une habitation sommaire, dénuée de tout
ameublement d’une maison normale. On peut d’ailleurs lire à cet effet :
« Rehvana est sortie précipitamment de la case pour rentrer en toute hâte la

134 Dracius (S.), op. cit, p. 96


135 Dracius (S.), idem, p. 97

152
lessive qu’elle avait étendue sur l’herbe136 ». Dans les lignes du roman, le lieu
d’habitation n’a même pas pour nom maison ou appartement, mais a pour
qualificatif la « case ». Ce qui situe sur la conception de l’endroit dans lequel
elle vit. Dans cette habitation, elle est privée des éléments comme
l’électricité, l’eau sans oublier l’ameublement y attenant. Même quand on y
trouve des outils de notre modernité comme un lavabo, ce dernier donne
l’image « du lavabo souillé137 ».

La seconde de ces exigences, relevant du retour dans son île, est sans
conteste l’obéissance et la soumission à son époux : « Elle attend, compagne
humble et soumise, prostrée dans une résignation farouche, l’homme qui ne
revient 138». Ceci, en dépit du fait que ce dernier ne manifeste aucun
sentiment amoureux ou ne daigne offrir l’affection requise à un couple.

Ces deux aspects sont vraisemblablement la vision que s’est faite


Rehvana de la manière de vivre des femmes noires à une époque donnée. Il
semble que dans son entendement, la femme noire, en particulier, ne devait
pas se départir du rôle de soumission et d’obéissance à son mari. Dans
l’application de cette position au quotidien, la soumission passait par
l’adoption d’une forme d’esclavagisme et l’obligation pour tout ce qui relevait
des tâches dites ménagères.

Elle se devait aussi d’être traitée comme un objet pour lequel on


n’éprouve pas véritablement de sentiments, comme des écarts et autres
comportements abusifs de son mari évoquant le côté dominateur et viril de
l’homme noir. A travers une attitude d’assujettissement favorable à la
violence affichée par l’homme à son égard. Il fallait qu’elle soit quasi stoïque
devant son homme.

Il faut ajouter que dans sa démarche en vue de redécouvrir le mode de


vie des femmes noires, Rehvana va faire la rencontre d’une femme pour le

136 Dracius (S.), op. cit, p. 109


137 Dracius (S.), idem, p. 142
138 Dracius (S.), ibidem. p. 111

153
moins enrichissante Man Cidalise. Par l’intermédiaire de cette femme, il y a
projeté le paradoxe du désir que nourrit Rehvana.

Ce paradoxe contient d’une part ce à quoi aspire Rehvana, d’autre part


c’est elle qui s’oppose au choix de vie. Premièrement, Ce qui inspire dans la
vie de Man Cidalise se trouve dans l’expérience de sa vie antérieure en ce ses
qu’elle a été pendant longtemps une femme battue. C’est parce qu’elle a subi
les affres de la violence des hommes qu’elle interpelle la jeune femme et
l’invite à quitter cette relation qui ne la conduira qu’à sa perte. Elle nous le
fait savoir en ces termes : « Regarde ! J’ai pris des volées, ma chérie, toute
espèce de volée : à côté, c’est caresser qu’il t’a caressée !139 ». Autrement dis
que le traitement que subit Rahvana n’est rien à côté de l’enfer qu’elle a
enduré. Ce qui doit légitimement faire prendre conscience à la jeune femme
car ça a été le lot quotidien de l’enfance jusqu’à l’âge adulte : « J’ai pris des
coups, ma fille, tu peux dire ça, depuis toute petite, pas de tapes, non !
coups de cuir, coups de coutelas, coups de calebasse, coups de soulier,
coups de madjoumbé, coups de rigoise, coups de bâton, coups de roquille,
coups de lélé, coups de boutou, coups de gallon, coups de chopine, coups de
roche ! coups de chaîneboeuf, coup de linge mouillé, coups de bois sec,
coups par-devant, coups par-derrière, coups sur la main gauche, coups sur
la main droite, coups par en haut, coups par en bas, toutes qualités de
coups !140 ». Un florilège de coups qui donne un aperçu sur la nature du
supplice subi et sur l’étendu de la souffrance vécue par la vieille femme. Le
moins que l’on puisse dire c’est, dans une forme de surcharge et un style
anaphorique, qu’après une telle énumération de faits en rapport avec les
coups endurés, il est certain que l’interpellation ne produise pas les effets
escomptés par la femme âgée.

Forte d’un tel vécu, la vieille femme ne va pas faillir à son rôle
d’« éveilleuse des consciences » en rappelant à la jeune femme les dangers
encourus par sa relation avec Enryck, mais surtout en l’interpellant sur la
manière dont elle est chosifiée par ce dernier : « Assez pleuré, ma fille, tu es

139 Dracius (S.), op. cit., p. 147


140 Dracius (S.), op, cit, p. 147
154
une belle petite jeunesse, laisse ce bougre-là faire ses affaires ! […] Assez
pleuré, je te dis (...) Femme tombée pas jamais désespérée : quitte cet
homme-là faire ses affaires ! Quitte-le tourner, virer, il va toujours retourner
au bord de sa case…141 ». Des propos qui sonnent comme un sermon. Sous
une tonalité quasi injonctive, Man Cidalise fait comprendre le danger qui
guette la jeune femme dans sa relation avec Enryck.

Outre Man Cidalise qui, par l’expérience son vécu de femme battue,
interpelle Rehvana, il y a aussi sa sœur ainée Matildana qui, bien avant la
vieille dame, en même temps qu’elle s’inquiète du chemin emprunté par sa
sœur cadette, trouve son attitude irresponsable. Elle le lui signifiera par le
biais une lettre : « Tu n’es, après tout, qu’une sale chipie irréfléchie et
inconsciente, une petite lâcheuse, une emmerdeuse, qui ne mérite même pas
que je lui écrive. Arrête de faire l’intéressante ! 142». Chez la sœur ainée, le
comportement de la sœur cadette relève pour le mieux de l’irresponsabilité,
pour le moins d’un acte isolé pour contrarier les siens. Toujours est-il que
celle qui se veut le symbole des valeurs anciennes met l’accent sur un mode
de comportement qui est contraire aux critères de la femme moderne ou
contemporaine.

Sauf que les propos de Man Cidalise et le reproche porté par Matildana
seront prémonitoires pour la suite du séjour de Rehvana en terre
martiniquaise et vont sonner comme une désillusion. Effectivement, l‘objectif
poursuivi en terre martiniquaise ne sera pas atteint. Ce qui va l’amener à
repartir en France avec dans ses bras un enfant, né de sa liaison avec
Ennryck.

Les valeurs recherchées sous le voile de la femme soumise qui visait


cette sorte de pèlerinage sont loin de déboucher sur le résultat escompté.

Somme toute, que ce soit dans une crise identitaire ou dans le retour
aux origines, nous observons que c’est la quête de l’identité qui est traitée
dans le roman de Suzanne Dracius. A travers le personnage de Rehvana,

141 Dracius (S.), idem, pp. 145-146


142 Dracius (S.), ibidem, p. 120

155
l’auteur met en abyme une double acception liée à l’esclavage. D’une part la
dimension historique et d’autre part le caractère se rapportant à la mémoire.

Mais avant, nous convenons avec Geneviève Boucher143, qui a


également mené une réflexion sur l’ouvrage de Suzanne Dracius, que ce
dernier contient quelque chose de l’ordre d’une « autofiction144 ».

En effet, née à Fort-de-France, une ville de la Martinique, l’écrivaine


Suzanne Dracius passe son temps entre son pays natal et la France afin de
pouvoir compléter ses études universitaires. Cette situation est similaire à ce
que font en général de nombreux martiniquais et martiniquaises qui désirent
parachever leurs études à un niveau supérieur. Ainsi, lorsqu’on met en
relation d’une part, la trajectoire de ces habitants du département d’outre
mer qui quittent leurs pays de naissance pour venir étudier en France,
sachant que ces ressortissants antillais ont une origine lointaine qui est
l’Afrique, d’autre part les nombreuses références à l’Afrique, le fait que
l’héroïne soit née en France et son retour en Martinique, en plus des
évocations renvoyant à la vie de l’auteur, on ne peut que légitimer le
caractère autofictionnel du roman.

De plus, les nombreuses allusions se rapportant à l’Afrique, la France


et la Martinique évoquent sans équivoque une réalité bien triste, la traite des
esclaves par l’intermédiaire de son commerce triangulaire. C’est ce qui a
permis d’entrevoir que l’écriture pointait un aspect lié à la mémoire et avait
ce côté qui se rapporte à l’histoire.

143 Information tirée du site internet


http://www.suzannedracius.com/spip.php?article144, consulté le samedi
04Mai2013.
144 Néologisme crée par Serge Doubrovsky en 1977, romancier et critique
littéraire, qui désigne un croisement entre un récit réel de la vie de l’auteur
et d’un récit fictif explorant une expérience vécue par celui-ci. Il peut-être
aussi appelé « roman personnel ». Tiré www.wikipédia.org consulté le 27
février 2013.

156
La mémoire parce qu’elle veut, à sa manière, revisiter une question
dont on n’a pas encore fini d’exhumer les maux, et qui gagnerait à être
débattue sans tabous pour que ne soit pas jeté aux oubliettes un pan de
l’histoire de l’humanité. C’est un devoir de mémoire que de faire en sorte de
pérenniser ces faits.

Pour ce qui est de l’histoire, tout ouvrage historique signalera


l’évidence selon laquelle la traite négrière s’est déroulée durant une large
période de notre humanité, plus de quatre cent ans sans vérification
arithmétique. Sans rentrer dans le détail des dates, c’est sans conteste un
problème que nos livres ne doivent pas manquer d’aborder en accordant une
importance sur l’idée qu’en dépit du fait que se soit une question passée,
mais que ça reste une problématique moderne.

Chapitre VII : Au fil des pages de Soupir :


Un environnement chaotique et la survie d’un
groupe

Dans Soupir, Ananda Dévi, écrivaine née à l’île Maurice, traite d’une
morne réalité au cœur d’une île exposée, sans retrait, à l’incessante

157
agression des éléments naturels que sont vent, chaleur aride, sécheresse et
cyclone.

Dans ce coin perdu de la terre, dernière île habitée à l’Est de l’Afrique,


les éléments de références se trouvent être un environnement fort hostile. En
cet endroit presqu’inhospitalier, un groupuscule d’individus, pris au piège
entre un passé dont-ils ont du mal à apporter une explication et un avenir
incertain, mais animés d’une insubmersible envie de vivre, essaie tant bien
que mal de faire face aux éléments naturels.

Dans un mouvement traduisant leur détermination à s’accrocher à la


vie, ils décident de s’exiler à Soupir au flanc d’une colline. Cette terre a la
particularité d’être très fertile pour la culture de la ganja. Cette plante va
permettre à Fer-blanc, l’initiateur de la plantation de ganja, de faire reposer
son espoir de vie sur cette dernière.

Parvenu à cet endroit, Patrice l’Eclairé, Bertrand Laborieux, Noella,


Marivonne, Pitié, Royal Palm et tous les autres, constituants une poignée de
gens, confrontés à leurs propres ombres et au bleu-noir de leur destin,
s’emploient à ce que se construise une aube nouvelle où l’espoir et la joie de
vivre seraient les valeurs partagées par tous.

Dans ce roman, on relève qu’Ananda Dévi a un peu trahi ses thèmes


de prédilections, notamment la défense des causes féminines dans un
champ littéraire quasiment dominé par les hommes.

Aussi, dans l’orientation qui guide le mouvement de cette étude, en


l’occurrence la quête de l’identité dans le roman francophone postcolonial…,
il s’agira de lire comment cette dernière apparait dans le roman.

Dans un premier temps, notre analyse portera sur ce qui se présente


comme environnement hostile dans le roman. En ce sens, nous nous
emploierons à démontrer les caractéristiques ayant trait à cette difficulté de
vie dans la ville éponyme, Soupir, d’une part et d’autre part, nous
montrerons l’isolement dans lequel est plongée la ville. Ce qui est d’autant

158
plus notable lorsqu’on la compare à d’autres villes car offrant un visage
triste où la misère accable ses habitants.

Dans un second temps, le travaille portera sur la notion de l’altérité.


Lors de cette séquence, la démarche consistera à aborder les rapports des
personnes qui habitent Soupir et de voir comment ces habitants, en quelque
sorte « rescapés », font tout pour s’entraider comme portés part le souci de
survivre. De même qu’il sera aussi consacré un aspect lié à la volonté de
survivre. Ce sera l’hymne à la vie.

VII-15 : Un environnement chaotique

A la lecture de Soupir, nous dirons que la quête de l’identité a partie à


la posture d’un groupe de personnes qui, d’une part est amené à lutter
contre les éléments naturels pour ne pas voir disparaître l’espèce et, d’autre
part fait tout pour se maintenir en vie. Le moins que l’on puisse dire, c’est

159
que l’écrivaine Dévi se sert de l’univers romanesque, pour que, par delà ce
noyau d’individus, survive une identité qui s’est constituée par
l’appartenance à une vie commune, liée à un lieu, à une terre, à une histoire
commune. De même qu’on peut entrevoir, dans la volonté des habitants de
Soupir de faire corps face à cette forme « d’adversité », l’envie de mener le
même combat pour permettre à ce qu’une bande puisse rester en vie.

Aussi, si nous avons décidé d’aborder cette analyse sous l’angle de la


quête de l’identité, c’est parce que, lorsqu’on examine le roman d’Ananda
Dévi, on relève que l’écriture s’inscrit dans l’évocation d’un combat de
plusieurs personnes ayant un passé commun et impliquée dans une
cohabitation dans un cadre où tout évoque l’absence de vie. Plongé dans un
environnement aux antipodes d’une vie harmonieuse, plus conforme à l’idée
qu’on pourrait se faire d’une existence meilleure, surtout quand leur vie en
dépend. Un lieu qui répondrait à l’idée que ce groupe pour vivre heureux.

En définitive, la quête d’identité doit s’entendre comme la posture


adoptée par ce groupe d’amis qui se bat, pour qu’en dépit du cadre peu
adéquat à leur épanouissement, qu’ils ne soient pas amené à disparaître,
mais qu’ils puissent continuer à vivre. L’identité recherchée doit se voir dans
l’attitude des habitants à tout faire pour les voir rester en vie. Surtout que
l’on comprend un peu plus leur détermination à s’accrocher à la vie et à
pérenniser l’espèce quand on voit qu’ils sont condamnés à subir cette vie.
C’est comme si le sort les avait tous frappés d’une fatalité certaine et qu’ils
ne parvenaient pas à se résoudre à quitter ce lieu qu’on qualifierait de
« maudit » pour un autre endroit pour construire à nouveau une nouvelle
existence. Ainsi, tentons de situer l’espace de vie qu’est Soupir.

D’abord, comprenons le cadre de vie qu’est Soupir. En effet, dans ce


qui peut-être assimiler comme étant un espace accablant, ou y règne une
espèce de condamnation des habitants à la stagnation et à la
sédentarisation, il y a l’environnement hostile dans lequel vivent ces
personnes. Il nous est présenté en ces termes : « Au dessus de nous, le ciel
semble ouvert. Mais il n’y a rien d’ouvert, ici. Nous sommes nés enfermés.
Soupir (…) Il ne pouvait s’appeler autrement. C’est là qu’on nait, c’est là
160
qu’on vit et c’est là qu’on crève, un lepasan entre deux ombres. ». Aucune
perspective meilleure ne s’offre aux habitants de ce lieu qui sont condamnés
à subir une seule existence toute leur vie.

Cet endroit est caractérisé par une réalité qui rappelle la sécheresse du
désert ou l’aridité est omniprésente et les éléments naturels fort hostiles. En
effet, il apparait que le lieu où vivent les personnages est marqué par une
atmosphère presque chaotique :

Nos villages se dessèchent et nos enfants se ratatinent et les


quelques survivants sont retranchés de plus en plus dans les
collines, là où la terre granitique leur ressemble.145.

Triste image qui dénote l’aridité dans lequel vivent les habitants de cet
endroit. Ce qu’il y a de terrible dans cette description, c’est que les habitants
n’ont pas d’alternative. C’est comme résignés qu’ils vivent dans ce village.

Dans cet environnement, rien n’aspire à l’épanouissement. Tout parait


morne et ne permet pas à ces occupants de pouvoir se distraire : « On
marche pour faire un peu d’exercice et débrouiller nos vieux os, mains
ballantes, vêtement défraîchis, tricots de corps qui ont notre couleur et notre
odeur ; on marche pour se donner l’impression d’avoir quelque chose à
faire 146». On peut noter qu’aucune activité ne s’offre à ces habitants au
quotidien. Ils en sont réduits à l’ennui le plus extrême et leur existence est
marquée par l’oisiveté le plus chronique, traduisant leur isolement.

Dans ce coin perdu du globe, on apprend que c’est un groupe d’amis


qui semble condamné à vivre dans ce lieu : « Ils finiront tous par habiter un
lieu comme Soupir, qui n’existe que parce qu’il n y a plus rien pour nous
ailleurs. Soupir est notre dernier retranchement. Cinquante personnes, dix
cases, six cabris, trente poules, et les jours passent, passent, passent. Les
jours tombes raides comme des dominos sur le sol dur147 ». Autrement dit,

145 Dévi (A.), op. cit., p. 15


146 Dévi (A.), idem, p.15
147 Dévi (A.), op, cit, p.15

161
Soupir constitue le dernier endroit où ces habitants peuvent espérer vivre.
Ils n’ont apparemment pas d’autres choix que de subir la monotonie
récurrente des jours.

En lisant le roman, on observe que, dans ce coin appelé Soupir, il n’est


pas question d’un seul individu, mais qu’on évoque l’aventure de plusieurs
personnages et les conditions de vies auxquelles ils sont confrontés. Ils sont
reconnus par les noms qui suivent : Patrice l’Eclairé, Corinne, Ferblanc,
Noëlla, Royal Palm, Constance, Marivonne, Hollanda qui font partie des
cinquante habitants qui habitent Soupir. C’est essentiellement par le biais
de ces personnages et de leurs démarches à sauvegarder leur identité qu’il
s’est agi de quête de l’identité.

La marque de présence du « groupe » est caractérisée par l’usage quasi


itératif soit des pronoms personnels vus sous la déclinaison du « On »,
comme on peut le lire : « On marche…, On va vers le bas…, On va vers
l’espoir », soit des pronoms personnels « Nous », comme atteste ces lignes : «
Nous descendons… ». C’est finalement en faveur de la défense d’une identité
se rapportant à une bande, pour ne pas dire une sorte de « clan », dont-il est
question dans l’orientation qui est la notre. En d’autres termes, on serait
amené à se demander : « Comment concevoir notre rapport à l’autre dans
un environnement qui n’offre aucune alternative en terme d’épanouissement
existentiel ? »

Par ailleurs, c’est se questionner sur la manière dont l’écrivaine


réorganise la notion de fédération à une collectivité qui est engagée dans un
destin commun lorsque le lieu invite à un dépassement de soi.

S’il est évident que cette population est confrontée à un environnement


hostile par sa configuration aride et par l’absence de motifs d’espérance que
suggère leur espace de vie, il n’en est pas moins vrai que le sort s’est
particulièrement acharné sur elle, faisant d’eux des personnes incultes.
Déjà, sur tous les habitants, il n’y a qu’un seul qui sait lire. C’est sous son
regard qu’on voyage dans ce roman : « Moi, je suis Patrice l’Eclairé. Je suis
celui qui sait lire, qui leur raconte des histoires, qui lit les journaux et leur

162
transmet les nouvelles. Parfois j’en invente, quand rien d’intéressant ne se
passe et que le désœuvrement nous pèse148 » On comprend mieux les raisons
d’une telle appellation. Le fait qu’il sache lire fait de Patrice l’Eclairé un
privilégié qui peut se permettre d’apporter les nouvelles du monde à ces
concitoyens ou pire, de les induire en erreur comme pour les informations en
rapport avec l’ile Maurice.

Surtout que comparativement à d’autres contrées, notamment l’île


Maurice, cette ville est à plaindre : « Maurice est devenu le lieu des inimitiés.
Cela nous soulage, parce qu’ils ont tout, et nous, rien. On m’écoute en
silence, ou avec des petits grognements indignés (…) Les choses qui se
passent là-bas, à une heure et demie d’avion, de notre île Rodrigues, nous
semblent incroyables. Eux, ils construisent, s’élargissent, s’épanouissent.
Nous, nous avons l’impression de nous réduire peu à peu et que les gens,
rentrés en eux-mêmes, deviennent de plus en plus silencieux 149». Un
contraste notable se dégage de cette comparaison que nous dresse le
narrateur. Ce contraste oppose deux réalités diamétralement opposées. La
prospérité du côté de l’île Maurice d’une part, une image lugubre évoquant
un déclin pour Soupir d’autre part. Le déséquilibre mentionné dans cette
image, peu reluisante, pour les habitants de Soupir, donne d’avantage une
indication sur la position d’isolement dans laquelle se trouve cette ville.

Perdus dans ce coin du monde, abandonnés dans ce qui apparaît être


comme une zone oubliée des bienfaits de la nature sinon des dieux, les
habitants font face à un déficit en biens qui fait que la vie soit marquée par
plusieurs problèmes. Face à des conditions aussi dures que misérables,
cette bande d’amis donne tout ce qu’elle a pour s’accrocher à la vie.
Confrontée à un environnement qui n’est pas favorable à leur
épanouissement, comme nous l’avons déjà démontré plus haut, elle met
toute son énergie pour contourner une réalité difficilement acceptable
marquée par « la monotonie ». Ceci devient un combat permanent contre la

148 Dévi (A.), op, cit, p. 14


149 Dévi (A.), idem, p. 15

163
mort. Dans ce combat, chaque jour qui passe et une victoire gagnée contre la
ville.

Sur quoi porte véritablement ce combat pour la vie ? C’est dans ce


sens que cette équipe constituée s’emploie à trouver des raisons de vivre.
Quelle est l’attitude de chacun des membres de la bande, si ce n’est les plus
en vue d’entre eux, face aux autres ? C’est l’objectif poursuivi par le second
point consacré à l’analyse.

VII-16 : La survie d’un groupe

Les personnages dont traite Soupir sont tous présentés dans un


univers ou ils sont plongés dans une forme de combat au quotidien. Dans
une large mesure, ceci se donne à voir du fait des conditions difficiles
auxquelles ils sont confrontés. C’est par rapport à cela que l’idée de survie
nous a semblé plus opportune. Plus clairement, la notion de combat abordée
ici désigne le prolongement de l’existence au-delà de la mort selon le
dictionnaire Larousse.

Sans évoquer la mort, c’est l’idée de prolongement qui nous intéresse


en ce sens qu’elle nous renseigne sur le comportement qu’adopte un individu
face à une situation difficile, sinon périlleuse. Pour cette étape de notre
analyse, elle se rapporte à l’attitude des habitants de Soupir. La
considération réservée à l’autre, le rapport qui lie les uns aux autres dans
leur comportement mutuel à rester en vie. Plus précisément, c’est la notion
de l’altérité qui va être abordée.

S’agissant de la notion de l’altérité, il faut dire qu’elle est souvent


usitée. Ce qui lui confère parfois une orientation multiple selon les usages
qu’on en fait. Pour plus de précisions et afin d’éviter de s’embarquer dans
diverses voies liées à son usage, c’est-à-dire sans ne plus trop savoir à quoi
164
ça renvoie, nous proposons de décliner une économie que nous avons de la
notion d’altérité. Pour faire simple, nous nous référons à la définition du
dictionnaire. D’après Larousse, c’est un état, une qualité de ce qui est autre.

Après une telle définition, qui visait à mieux nous situer sur la teneur
de la notion d’altérité, on voudrait faire suivre cette dernière par les quelques
interrogations qui suivent : Comment concevoir notre rapport à l’autre dans
un monde où les éléments nous sont défavorables ? Ces interrogations nous
permettrons de saisir la façon dont l’altérité opère.

Suite à cela, il faut dire que l’écriture d’Ananda Dévi n’est pas en
marge des questions d’altérités. Elle en fait même l’élément central de sa
narration par le fait qu’il est fait régulièrement mention d’ « une main
tendue » à l’autre, de même qu’aux incessants services rendus au sein de
groupe d’amis. Ainsi, pour mieux saisir la particularité que le roman
d’Ananda Dévi tente d’apporter sur la manière d’aborder la notion d’altérité,
il nous faut nous appesantir sur quelques personnages et se rendre compte
que l’altérité peut se donner à lire d’abord sous l’angle de la dévotion150.
C’est par exemple l’attitude qu’une mère, Marivonne adopte à l’égard de sa
fille Noëlla.

En effet, pour comprendre cette dévotion, il faut insister sur les


caractéristiques physiques de la jeune fille et relever les facteurs qui en sont
la cause. Au nombre de nombreux facteurs qui renforcent cette idée de
dévouement, il y a le personnage de Noëlla. D’abord, on note qu’elle n’a pas
une grande appréciation de sa personne. Elle a une idée négative de sa
personne, elle se le dit très régulièrement : « Tu es laide tu es laide tu es
laide, lui disait son cœur151 ». Par cette phrase qui traduit un geste itératif
ou encore une anaphore, elle accroit encore un peu plus la négation autour
d’elle. Ce qui n’a d’autres buts que d’insister sur l’ampleur du défaut qui
caractérise le personnage.

150 Selon le dictionnaire www.Larousse.fr, elle désigne le fait d’avoir un


attachement quasi religieux à quelque chose ou à quelqu’un.
151 Dévi (A.), op. cit., p. 97

165
Mis à part le discours dépréciatif qu’elle se fait d’elle-même, l’image
anormale que renvoie la jeune demoiselle est renforcée par la perception
qu’ont d’elle tous les objets et les personnes qui constituent son entourage.
Dans cette optique, ils parviennent à renvoyer une image d’elle qui est
traduise comme suit : « Et semblaient aussi lui dire le miroir, et les autres
enfants et les yeux silencieux des adultes. Et l’eau qui ne la quittait jamais,
qui persistait à lui renvoyer son image dans une goutte de pluie, une flaque
sur le sol (…) qui n’auraient rien dû refléter mais qui avaient la perversité
d’aimer la laideur152 ». Toute chose qui ne devait pas jeter une once de doute
et permettre un avis radical sur Noëlla.

Pourtant, une personne déroge à la règle et ne veut pas rentrer dans


ce concert de propos négatifs qui scandent le handicap. Cette personne n’est
autre que Marivonne qui clame les charmes physiques sans détour : « Tu es
belle tu es belle tu es belle, répétait Marivonne à Noëlla. ( Sans échos ; elle
était bien seule ) 153». Elle a beau lui répéter ces atouts, ces propos masquent
difficilement la réalité sur Noëlla. En dépit du fait qu’elle martèle des paroles
sur la prétendue beauté de la jeune fille et qu’elle met un certain entrain à
vouloir affubler une image positive par des qualificatifs, elle masque
difficilement la réalité sur ce qui est perçu comme une anomalie. D’ailleurs,
elles ne sont pas bien nombreuses à tenir ce discours. Elle n’est soutenue
par personne. Triste réalité qui donne une idée du caractère affligeant de la
vie de Noëlla.

Dans le même temps, Marivonne semble tenir un avis à l’opposée de la


majorité des personnes. Du coup, elle se situe dans ce qui peut-être
considérée comme un isolement par rapport au fait qu’elle soit pratiquement
la seule à trouver des qualités à Noëlla. Ce qui fait que son attitude peut-être
considéré comme une imposture du fait qu’elle ne traduit pas les faits dans
leur véracité, mais aussi que son jugement soit &tabli sous le signe de la
subjectivité.

152 Dévi (A.), idem, p. 97


153 Dévi (A.), ibidem, p. 97

166
Une certitude se dégage, c’est que le personnage de Naella divise. Pour
comprendre ce qui est la conséquence d’une telle division, nous mettrons en
lumière l’image que dégage Noëlla. Effectivement, elle est décrite comme une
personne étant en situation de handicap. On nous apprend d’elle que : « Ses
cheveux sur son crâne ne poussaient pas de la même façon (une partie
ordonnée, une partie broussailleuse). L’œil gauche était marron et l’œil droit
noir. Sa narine droite était plus épatée que la gauche. Sa bouche était plus
triste d’un côté que de l’autre154». Insistant sur un élément de son anatomie,
la description qu’on en fait ne reflète en rien une personne proportionnée. Il
en ressort même une certaine inégalité.

On pourrait croire que cette image « asymétrique » que renvoie le


roman d’Ananda Dévi sur la jeune femme ne porte que sur la tête de la jeune
fille. Malheureusement la réalité est plus triste. La nature a fait qu’elle née
sans jambes, la rendant interdite à des plaisirs aussi simple que légitime
comme la danse : « Qui la ferait tournoyer sur les jambes qu’elle ne
possédait pas ? Qui danserait avec elle une rumba d’amour ? »155. A travers
cette phrase, on comprend qu’elle n’aura pas le même regard que d’autres et
qu’elle ne s’autorisera pas le même type d’activités. Toute chose qui nous fait
dire que le quotidien de Noëlla est loin de ressembler à celui de jeunes filles
comme elle.

En outre, Le fait qu’elle n’ait pas de jambes vient accentuer le trouble


qui la caractérise et vient exacerber un peu plus la différence avec les autres.
En offrant une image qui divise autour d’elle, on pourrait laisser croire que
cela vient en contrepoint à l’argument selon lequel il y a effectivement une
certaine entraide entre les habitants de Soupir. Mais c’est assurément le cas
de Noëlla qui rend raison des vertus de l’altérité, par cela qu’elle démontre la
dévotion de Marivonne et des autres habitants, dans notre orientation. Déjà,
lorsqu’elle était plus jeune : « Enfant, les femmes la portaient comme une
chose fragile, allégeaient leurs doigts sur son corps, étouffaient leur voix

154 Dévi (A.), op.cit, p. 97


155 Dévi (A.), idem, p. 121
167
pour ne pas la brusquer »156. Si pour certains habitants ça n’a été qu’une
implication d’un moment, pour Marivonne, cela s’avère un sacerdoce, parfois
au mépris de sa propre personne et même quand il lui devenait quasi
impossible de porter la jeune femme: « Même ses tâches quotidiennes étaient
devenues trop lourdes pour elle. Elle allait chercher le bois mort tôt le matin
pour faire bouillir de l’eau pour le thé de Noëlla. Après, il fallait encore en
faire chauffer pour la toilette de Noëlla »157. On comprend mieux la position
de Marivonne par rapport au trouble qui induit la division avec les autres
personnes. En effet, cette dernière ne regarde pas Noëlla avec les yeux du
commun des habitants. Elle lui confère une attention au-delà de
l’entendement du commun. Un regard que seule une mère peut comprendre.
Surtout qu’elle doit ressentir une énorme amertume, se disant que si sa fille
est en situation de handicap, c’est en grande partie sa faute. C’est pourquoi,
elle estime qu’ : « elle ne se délivrera de sa culpabilité que le jour de sa mort.
Et même là, elle partira en regrettant de la laisser-non, ce sera impossible.
Elle partira en l’emmenant avec elle. Elle n’ira nulle part sans Noëlla. Elles
vivront et mourront ensemble. Point final »158. Ce qui nous fait dire que
Marivonne semble enfermée dans une attitude de servitude à l’endroit de
Noëlla au point où elle n’envisage pas une vie après elle. Mais vu que la mort
n’est qu’évoquée, elle sert la jeune femme et répond à ses besoins du mieux
qu’elle peut. Elle s’est convaincue que tant que la vie lui donnera la force,
elle fera en sorte de palier les manques de Noëlla.

Au delà des divergences qu’occasionnent Noëlla et la personne


handicapée qu’elle est, il faut relever que le comportement de Marivonne en
particulier et celui des autres personnes en général participe de ce qu’on
peut appeler un hymne à la vie. En effet, c’est parce que toutes ces
personnes croient dans les vertus de la vie et surtout au droit de chacun de
vivre, qu’elles font en sorte de faciliter de mieux qu’elles peuvent l’existence
de la jeune demoiselle.

156 Dévi (A.), op, cit, p. 97


157 Dévi (A.), idem, p.123
158 Dévi (A.), ibidem, p. 125
168
Disons le clairement, le roman d’Ananda Dévi est en filigrane une
défense à la vie. Dans le même esprit, les pages du roman sont aussi
marquées par le dénouement extraordinaire que prend la vie du personnage
nommé Palm royal alors que tout le prédestinait à une mort toute établie.
Déjà, c’est une personne qui n’aime pas le poisson et a un goût inhabituel
pour le danger : « Et le poisson. Il déteste ça. Il le revomit à chaque fois qu’il
en mange […] Il ne sait pas que cette horreur du poisson lui vient de la
benne à ordures où il a été trouvé, et où il a côtoyé des viscères et des têtes
de poisson qui pourrissaient au fil des heures »159. Le lieu où il a été
abandonné à sa naissance apporte une explication à son dégoût pour tout ce
qui concerne le poisson. Surtout que celle qui lui sert de mère n’a
certainement pas à l’esprit tous ces paramètres relatifs à la naissance de
Palm royal. Elle pourrait s’en douter car dans le même temps, il apprécie
d’autres mets : « Quelque chose de sec et de vrai qui lui plaît davantage que
les eternels bouillons-brède que prépare sa mère adoptive »160. Marqué par
les odeurs où il a été délaissé, le choix pour d’autres nutriments au
détriment du poisson n’est pas le fait d’un caprice, mais plutôt causé par
l’insouciance et la cruauté de sa mère biologique. Cette mère dont les seuls
éléments nous reliant à elle sont les objets dans lesquels ont a retrouvé Palm
royal : « (…) il n’a pour toute source que cette serviette luxueuse au sigle de
l’hotel, devenue grise et usée avec le temps et les lavages mais jamais
abandonné »161. On note que l’adolescent est attaché à ce qui constitue un
indice pouvant lui permettre, peut-être, de retrouver cette femme qui nourrit
des desseins funestes à son égard.

Outre le personnage de Palm royal qui a pu vaincre la mort,


constituant de fait un apport conséquent dans ce que nous avons porté sous
le titre de l’hymne à la vie, l’autre aspect a mettre au profit de la célébration
de la vie est sans conteste la plage que l’écrivaine mauricienne traduit par
culture de la Ganja dans son roman.

159 Dévi (A.), op, cit, p. 90


160 Dévi (A.), idem, p. 90
161 Dévi (A.), op. cit, p. 90
169
En effet, en parcourant les pages de Soupir, notre regard de lecteur
s’est également appesantit sur la présence récurrente du vocable « Ganja ».
Si l’auteure a bien voulu mettre en exergue ce terme, c’est certainement pour
apporter un élément d’ « évasion » pouvant permettre d’entrouvrir une
fenêtre vers un ailleurs meilleur, mais aussi dans le but d’alterner avec le
cadre peu enthousiaste dans lequel vive les héros de son roman.

De fait, la présence d’une telle terminologie peut-être justifiée à plus


d’un titre, nonobstant tout son aspect prohibitif qui le range du côté des
substances illicites. Pour le plus palpable, il faut retenir simplement que
c’est par rapport au visage triste et à l’environnement que présente soupir,
ville dans laquelle vivent les principaux protagonistes du roman, qu’est
justifié l’usage de ce terme.

Aussi, tachons de mettre un peu plus de lumière sur ce que s’entend


sous le terme de ganja. Il faut retenir que la ganja n’est pas une chose
ordinaire. Selon une approche naïve, nous dirons que la ganja est une plante
qui a vocation à mettre les gens en transe en leur faisant vivre des choses
extraordinaires. C’est une plante, hallucinogène, qui envois les gens vers un
monde irréel et offre des facultés inimaginables à des personnes qui n’en
sont pas d’ordinaire loties.

Pout le dictionnaire162, il désigne ce qui renvoie au haschisch, à la


marijuana. Elle signifie un stupéfiant issu du chanvre indien.

Si la ganja est une plante interdite, c’est parce que ceux qui en
consomment sont un danger pour la société et présentent un comportement
répréhensible pour leurs concitoyens, en plu de développer des pathologies
comme des troubles mentaux.

Par contre, la ganja n’est pas à ranger, dans l’absolu, du côté des
substances nocives car, malgré tout, elle recèle des vertus. On sait que des
personnes portant le virus du sida seraient autorisées à en consommer afin

162 Dictionnaire Dixel, 2010


170
d’atténuer l’impacte des ravages du virus. De même qu’elle serait conseillée
dans le traitement de certaines maladies psychologiques.

Moins orthodoxe, mais assez courante et surtout liée à quelque chose


de plutôt positif, la ganja fait aussi l’objet d’un double emploi. D’un côté,
d’une consommation de la part des personnes qui ne présentent pas de
pathologies de quelques sortes que ce soit. Ces personnes en prennent dans
le but de donner du « sens » à leur existence, soit en recherchant des
sensations fortes, soit en voulant donner une coloration autre à leur
quotidien qui semble souvent difficile et morne. De l’autre, d’une commerce
occulte entretenu à la chaîne, allant des plantations, jusqu’aux petits
dealers.

C’est davantage cet aspect qui est relatif au texte dévien. C’est
précisant le personnage Ferblanc qui est lié à la culture de cette plante.
Quelque soit le lieu où il se trouve, il ne parvient à se défaire de la
consommation de la ganja. Il va même jusqu’à en faire une plantation. C’est
comme si étant conscient de la vacuité dans laquelle ils seront amenés à
vivre au quotidien. Face à cela, il prend le parti d’assumer la culture de la
ganja pour mieux affronter les affres d’une vie pénible. Pour lui, la vie ne
vaut d’être vécue que si la ganja a bel et bien sa place. Il a d’ailleurs un
discours laudatif et bien rodé sur la ganja. Il pense qu’elle: « pousse
n’importe où ». Elle pousse sur les toits des maisons, elle pousse dans les
entrelignes, dans les champs de légumes, sur les coteaux, entre les jambes
des femmes, partout. Elle n’a pas besoin de soins particuliers. Il suffit de
planter et d’attendre. On attend qu’elle pousse et ensuite on récolte, et on
vend et on est riche 163». Un discours sur la manière de cultiver la ganja qui
nous renseigne sur les différents endroits ou elle peut pousser sans
difficultés. On relève que pour Ferblanc, il n’y a que du positif à cultiver la
ganja, notamment par le fait qu’elle permet à celui qui entretient cette
culture de devenir riche.

163 Dévi (A), op. cit, p. 111


171
Non satisfait du discours élogieux qu’il tient sur la plante
hallucinogène, Ferblanc, avec l’attitude militante qui est la sienne, parvient à
faire entendre raison auprès de ses compères sur les vertus de la ganja :
« Mains dans le dos, corps ployé, bouche maculée, nous avons pénétré un
autre possible et une amertume qui nous a semblé salutaire. L’espace d’un
moment, nous n’avons plus eu de doutes. Tout concordait. Nous n’avons pas
vu finir la nuit »164. Sous l’effet de la ganja, le rapport à la réalité se trouve
transformé. Les sensations ressenties changent radicalement de la vie réelle.

Dans un monde parfois difficile, tous les moyens permettent de


s’accrocher à l’existence. Le personnage de Ferblanc l’a bien compris. En
liant sa vie à la ganja, il traduit d’une certaine façon sa volonté de
s’accrocher à la vie.

Mais alors, comment nier l’évidence sur son état physique et justifier le
discours de Marivonne ?

Conclusion partielle

En somme, il faut retenir qu’au sortir de cette partie que nous avons
consacré aux « figures de la quête de l’identité dans la littérature
francophone postcoloniale : Lecture du roman… », le but poursuivi était de
procéder à un examen de la quête de l’identité et de voir comment il

164 Dévi (A.), idem, p. 168


172
fonctionne dans le corpus retenu. Dans cette optique, quatre chapitres ont
guidé notre attention.

Le premier chapitre, au cœur de Verre cassé, visait à démontrer


comment la quête de l’idée se donne à voir par le biais de deux notions :
L’écriture comme moyen de réalisation de soi et l’ « aliassisation »
onomastique. Le premier des sous points de ce chapitre visait à traduire
l’idée selon laquelle l’écriture peut permettre une visibilité jusque et y
compris à la postérité, alors que le second se proposait de s’appuyer sur
l’écriture du roman en elle-même pour en déceler une « originalité »,
entendue comme l’autre nom de l’identité. On peut retenir ici que la quête de
l’identité était visible sous le prisme de ces deux. L’objectif poursuivi était de
faire apparaître ce qui rend raison de la quête de l’identité dans le roman
d’Alain Mabanckou.

Ensuite, il a été question du texte de Tahar Ben Jelloun. C’est l’étape


consacrée au deuxième chapitre. Intitulé dans l’âme de La Nuit sacrée, il
s’est agi de saisir le fonctionnement de la quête de l’identité dans cet
ouvrage. Il en est ressorti qui ont un rapport avec des notions assez
spécififiques, en l’occurrence Du garçon à la fille et féminité interdite. Au
cour de ce chapitre, notre analyse a consisté à faire voir que le personnage
central nommé Zahra devait se défaire d’une identité dont-elle a été faite
captive par son père pour s’approprier son « authentique » identité de fille,
tout cela non sans faire face à une hostilité réelle de la part des siens.

Le troisième chapitre de cette étape s’est proposé pour titre : Voyage


dans l’univers de l’Autre qui danse. Comme un élément prémonitoire, la
danse, observable dans le titre, va caractériser la posture du personnage
principal. Afin de pointer cette espèce de déchirement dans lequel se trouve
Rehvana, deux orientations ont été définies pour la démonstration de la
quête de l’identité. D’une part, la crise identitaire causée par une espèce de
manque et le retour au pays des ancêtres évoquant la volonté d’une manière
de vivre éculée.

173
Le quatrième chapitre, dernier de cette partie, s’est proposé de saisir la
quête de l’identité par le truchement de Soupir. Intitulé au fil des pages de
Soupir, il n’a pas dérogé à l’esprit qui a prévalu tout au long de cette étape.
En ce sens, deux inflexions ont constitué la démonstration : Un
environnement chaotique et la survie d’un groupe. Aussi, dirons nous qui a
la particularité de présenter des personnages perdus dans un
environnement où tout inspire une atmosphère de désolation, un espace qui
n’aspire au moindre épanouissement humain. C’est dans ce dernier qu’ils
font en sorte de ne pas se laisser aller et succomber à l’ennui. Pour se faire,
tout est mis en œuvre pour que la vie triomphe. D’où cette attitude de
combattant que l’on observe chez eux.

Notre volonté en entamant cette deuxième partie de notre recherche


était de démontrer que la quête de l’identité était lisible par l’intermédiaire de
certains nombre de figures dans les romans de notre étude. Tout compte fait,
nous pouvons affirmer qu’il y a effectivement bien des figures qui
emblématisent la quête de l’identité et que de ce fait, l’ambition de départ
s’est bien avérée. Nous avons travaillé à exposer que la quête de l’identité a
été exposée à partir de six figures qui se distribuent dans les quatre romans.

174
Troisième partie :

Lecture herméneutique de la quête


d’identité

Nous voici parvenu à la troisième partie de notre travail de recherche.


Ce troisième moment de notre objet d’étude ambitionne d’élaborer une
herméneutique de la quête de l’identité. En d’autres termes, cette séquence
se propose d’interpréter les figures de la quête de l’identité qui ont été
examinées dans la deuxième partie, c’est-à-dire la partie poétique, et de voir
comment ces figures, qui participent de la démarche heuristique de ce
travail, guident l’interprétation que nous allons en faire. Précisons a cet effet
que l’herméneutique est à l’origine la : « Science des règles permettant

175
d’interpréter la Bible et les textes sacrés, d’en expliquer le vrai sens 165». Un
peu plus loin, on apprend, d’’après une seconde définition, en rapport avec
la sémiologie, qu’elle est à prendre comme une : « Théorie, une science de
l’interprétation des signes, de leurs valeurs symboliques ». C’est davantage
cette seconde déclinaison qui nous inspire en ce sens que l’interprétation
que nous faisons ne s’appuie pas sur des textes sacrés.

Par ailleurs, cette étape vise à voir, lire, sinon entendre, l’objet ou le
discours qui se caractérise au-delà du thème analysé, la quête de l’identité,
afin de constituer un appareillage théorique permettant une meilleure
compréhension de ce qui rend raison de l’écriture de la quête de l’identité
dans le contexte francophone postcolonial. Dans cette visée, trois chapitres
guideront la réflexion engagée au cours de cette partie.

Le premier chapitre de cette partie se propose de questionner la


structure de l’écriture des romans que nous avons analysés. Il aura pour
titre pour une écriture hybride. Ce d’autant plus que l’espace romanesque
du corpus choisi participe d’une cohabitation langagière.

Dans ce sens, le premier sous chapitre sera consacré à l’esthétique de


la diglossie. Ici, il s’agira de démontrer que le phénomène de diglossie
constaté dans les romans vise à justifier une quête identitaire.

Ensuite, nous traiterons de l’identité comme discours polyphonique.


L’objectif poursuivi consiste à comprendre, en partie que, ce qui peut-être
convenu d’appeler la polyphonie constitue une notion qui tient lieu de la
quête de l’identité. Autrement dit, on s’intéressera à la manière dont
l’autonomie des personnages et leurs différentes visions du monde
traduisent une volonté d’interroger l’identité.

Enfin, face au constat d’un espace narratif qui prend en compte


certaines influences locales et imprègne la fiction d’une ouverture vers le

165 Information prise sur


http://www.cnrtl.fr/definition/herm%C3%A9neutique, site consulté le 30
septembre 2013 à 14h45mn

176
monde, nous pensons légitime de parler d’identité comme rhétorique de
l’universel. Un troisième sous point sera consacré à des questions relatives
au traitement de la préoccupation identitaire tant pour ce qui est du
paratexte166, que de l’institution littéraire.

Le deuxième chapitre s’intitulera les écritures de l’immigration. Nous


partons du constat que les quatre romans de cette étude sont écrits par des
auteurs qui ont immigrés en France. Ainsi, on tentera de saisir ce que nous
dit cette situation d’écrivains qui ne sont pas originaires de France. D’une
certaine manière, il sera question de saisir comment l’écriture de la quête de
l’identité n’est que la résultante d’auteurs qui ne résident plus dans leur
pays. Toutes choses qui sont la conséquence d’un déplacement d’un lieu à
un autre, donc d’une migration. Pour ce qui est des auteurs convoqués, en
l’occurrence Mabanckou, Ben jelloun, Dévi et Dracius, cet état de fait est
observable par le fait qu’ils écrivent là où ils sont tous installés en France, le
centre, alors qu’ils sont tous originaires du sud, donc de la périphérie. A
travers cette communauté, il ressort l’idée d’une unicité dans la diversité,
renforçant l’idée d’une civilisation de l’universel chère à Léopold Sédar
Senghor.

Dans cette optique, trois sous-points mèneront l’analyse de ce


chapitre. Dans un premier temps, on focalisera la démonstration sur la
quête de l’ailleurs. Dans un second temps, nous traiterons de l’écriture en
pays d’adoption. Dans un dernier temps, il sera question d’articuler notre
propos dans le sens d’une identité à venir.

Le dernier chapitre de cette partie portera sur l’identité en régime


postcolonial : Enjeu ou posture d’écriture ? Le but au cours de cette étape

166 D’apres le dictionnaire Larousse, cette notion désigne l’ensemble des


éléments textuels d'accompagnement d'une œuvre écrite (titre, dédicace,
préface, notes, etc.).
En savoir plus sur
http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/paratexte/58041#aKJgQyxB
pbpG8glr.99. Ici il sera plus question du titre.

177
sera de nous interroger sur la problématique de l’identité dans le corpus
examiné. Nous partons d’un constat selon lequel la notion d’identité occupe
de plus en plus une place centrale dans les travaux, que ce soit critiques ou
narratifs. Aussi, partant de ce constat de regain d’intérêt dans le champ
littéraire francophone postcolonial, on peut se demander si elle participe
d’un simple effet de mode ou bien elle répond à une préoccupation réelle.

De ce fait, les trois sous-points qui articuleront ce chapitre tenteront


d’y répondre. Dans cet esprit, le premier montrera que l’identité n’est pas un
effet de mode pour la critique, mais qu’il est bien au cœur de tous les enjeux
à la fois esthétique, culturel, sociétal et bien d’autres.

Le deuxième sous point se propose, après l’examen sur l’enjeu, de


répondre également à la question : S’agit-il d’une configuration ou une
reconfiguration de l’identité ?

Le dernier sous point se proposera de démontrer que l’écriture de


l’identité, dans nos quatre romans, se réclame de l’esthétique du
carnavalesque.

Chapitre VIII : Pour une écriture de


l’hybridité

Nous partons de l’analyse faite à partir des figures de la quête de


l’identité dans la partie poétique pour mener la première interprétation qui
justifie le présent chapitre. A la lecture des textes, nous avons pu établir le
constat selon lequel l’écriture des romans, dans l’ensemble, participe d’une

178
certaine hybridité. Ce qui n’est pas étranger au thème de notre travail de
recherche en ce sens que l’identité, comme nous l’avons dit, se refuse à toute
définition figée, mais fait en sorte de se définir dans une acception plurielle.
Il englobe plusieurs références à la fois. Qu’est-ce que finalement
l’hybridité ?

Disons que, si l’on veut essayer une définition à la notion d’hybridité, il


faut en général prendre en compte la dimension liée à la culture. Elle évoque
la présence de plusieurs éléments, ici on retiendra le cas de la langue ou le
discours littéraire. Comme telle, elle doit également s’entendre dans l’idée
qu’elle tient lieu d’un processus. Qu’à cela ne tienne, on peut retenir tout
simplement que l’hybridité implique l’idée d’un mélange, de la rencontre d’au
moins deux éléments opposés, si ce n’est qu’il admet que ces derniers
coexistent.

Rattaché aux quatre romans que nous avons lus, nous pouvons dire
que l’hybridé ressortie à l’idée que l’écriture de ces romans met en exergue
des structures langagières qui ne sont pas toujours de la même origine
culturelle. Des énoncés qui partagent un même espace narratif, mais
n’appartiennent pas à la même culture. Ceci comme pour faire allusion au
fait que dans les différents textes, l’identité n’est pas une notion vierge, mais
qu’elle est traversée par différentes influences qui peuvent s’interpénétrer.

Pour ce qui est des romans que nous examinons, la tendance est
accordée à l’élément linguistique ou à l’acte d’énonciation. Dans ce sens,
deux aspects sont consacrés à cette écriture. Dans un premier temps, nous
aborderons la question de l’esthétique de la diglossie. Dans un second
temps, nous nous focaliserons sur le discours polyphonique ou le bal des
voix.

179
VIII-17 : L’esthétique de la diglossie.

Il est aujourd’hui un fait notable dans la littérature, c’est qu’elle peut


s’envisager difficilement dans une perspective isolée. On n’imagine presque
impossible un texte littéraire s’envisager dans un processus d’écriture qui ne
prendrait pas en compte des contextes culturels multiples et les influences
de nombreuses langues, ce d’autant plus que c’est une conséquence de la
mobilité des peuples et de la prolifération des canaux de communication et
180
d’information. Ainsi, on peut noter qu’il y aura toujours au moins deux
éléments se rapportant à la langue qui sont présents dans un texte littéraire.
Cet état de fait est encore plus palpable pour ce qui est du domaine de la
littérature francophone. C’est ce que nous caractériserons sous l’appellation
de diglossie.

Le concept de diglossie est une constante de la littérature. D’après le


dictionnaire Larousse, elle renvoie à : « une situation de bilinguisme d’un
individu ou d’une communauté dans laquelle une ou deux langues a un
statut sociopolitique inférieure167 ». Plus concrètement, la diglossie tire son
origine du grec glossa qui veut dire langue. Il signifie la coprésence de deux
langues. Définie pour la première fois en 1959. C’est le professeur linguiste
Fergusson168 qui le premier a proposé cette approche dans un article.
L’approche qui en ressort est que la diglossie évoquait une situation où il y
avait deux dialectes en présence, par exemple, celle d’Haïti, caractérisée par
l’usage alternant du créole et du français ou celle des pays de langues arabe,
dans lesquelles coexistent arabe littéraire et arabe dialectal. Selon cette
définition, il y a diglossie lorsque deux variétés d'une même langue
coexistent dans une même communauté de façon relativement stable (c’est-
à-dire sur une période de temps longue) et lorsque l’une fait l’objet d’un
enseignement formel et codifié, tandis que l’autre est utilisée pour les
échanges ordinaires.
Actuellement, la définition la plus répandue est élargie et s'applique non
seulement à des situations mettant en présence des variétés d'une même
langue, mais aussi à des situations mettant en présence des langues
différentes. Ainsi, une situation diglossique a lieu lorsque deux langues
coexistent sur un même territoire. Pour certains, la diglossie est une

167 Information prise sur le site internet


http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/diglossie/25519, consulté le
15 novembre 2013 à 14h20mn
168 Information prise sur le site internet
http://www.montraykreyol.org/IMG/pdf/Langue_litteraire_et_bilinguisme_d
iglossique.pdf, consulté le 15 novembre 2013 à 16h30mn

181
situation nécessairement conflictuelle; pour d'autres, il y a diglossie même si
les deux langues n'occupent pas les mêmes fonctions sociales et donc ne
sont pas en compétition.

Le phénomène de diglossie a suscité un vif intérêt pour plusieurs


travaux sociologiques et critiques littéraires. Il a souvent constitué un axe
fondamental dans de nombreux travaux à travers les quatre coins du
monde. Il en est ainsi des Antilles qui font l’objet d’une attention particulière
de la part de Chantal Maignan-Clavier avec son ouvrage Le métissage dans
la littérature des Antilles françaises169. Dans son livre, l’auteur nous informe
que :

La problématique de la diglossie français-créole est au centre de


la topique littéraire antillaise, dans la mesure où le langage
permet un retour du sujet sur lui-même et engage son être
intime dans une affirmation identitaire…au risque précisément,
dans le cas où le locuteur ou l’écrivain use de la langue de
l’Autre, d’une aliénation et d’une perte de soi. La littérature
antillaise d’expression française tient donc une place à part dans
la francophonie, ne serait-ce que par son contexte socio-
linguistique et notamment par le fait que le bilinguisme met en
présence deux langues entre lesquelles existent de multiples
interférences (lexicales essentiellement) : une langue maternelle,
« vernaculaire », orale-le créole-qui donne à chaque Antillais une
marque native, un ensemble d’affects, de signes de connivence et
de communion ; et une seconde langue, le français, qui assure la
plupart des autres fonctions : langue « véhiculaire » de
socialisation et de communication internationale, langue

169 Maignan-Claverie (C.), Le métissage dans la littérature des Antilles


françaises, Paris, Karthala, 2005, 444 p.

182
culturelle « référentielle » qui met virtuellement ses utilisateurs
en possession d’un patrimoine littéraire et humain170.

Ce paragraphe sur la littérature antillaise est enrichissant en ce sens


qu’il nous apprend quelque chose sur l’une des caractéristiques dominantes
du bilinguisme, c’est-à-dire le côté binaire contenu dans la notion de
diglossie. Elle met en lumière l’échange, cet espèce de dialogue qui est
permanent entre la langue de « l’Autre » et soi même. Ce qui nous permet de
dire qu’effectivement, le concept de diglossie est systématiquement accolé à
celui du bilinguisme. De ce qui précède, nous dirons que le bilinguisme se
décline comme étant la situation d’un individu parlant couramment deux
langues.

Les travaux de recherches qui ont été menés sur les problématiques de
diglossie ont, en grande partie, permis de mettre à jour des problèmes en
rapport avec l’identité des peuples. Ce qui n’est pas moindre. Surtout si on
prend en compte le fait que ce qui est parfois handicapant pour ces peuples,
se situe dans leur capacité à mener une vraie réflexion sur leur condition et
à définir leurs propres choix de développements sociétaux Face à cet
impératif, l’une des régions où ces travaux ont focalisé une attention sont en
grande partie celles qui ont été colonisées, notamment l’Afrique
subsaharienne. L’un de ces rapports nous apprend par exemple que :

Aujourd’hui, les situations diglossiques les plus souvent


analysées sont celles de nombreux pays d’Afrique sub-
saharienne. Au Togo ou au Bénin, par exemple, l’enseignement
scolaire est unilingue, fondé exclusivement sur le français et

170 Maignan-Claverie (C.), Le métissage dans la littérature des Antilles


françaises, op, cit, p. 89

183
nécessairement ancré sur l’oral, compte tenu du manque de
matériel imprimé, mais un oral tourné vers l’écrit à différents
titres. La langue française est présentée essentiellement comme
une ‘langue-à-écrire’, et l’entraînement à l’acquisition par
l’enfant d’un système de communication orale est marginalisé.
Dans ces conditions, le lien paradoxal : acquérir la langue pour
acquérir des connaissances et acquérir des connaissances dans
une langue à découvrir, place l’élève devant une tâche cognitive
extrêmement difficile (Noyau 2001). La situation dans les pays
du monde arabe est encore plus complexe avec la présence de
l’arabe classique, de l’arabe moderne standard, identique dans
tous les pays arabes et l'arabe dialectal, sujet à des variations,
non seulement entre les différents pays, mais aussi entre des
régions à l'intérieur d'un même pays Les œuvres d’un écrivain
comme Kateb Yacine qui s’engage à utiliser les langues
populaires algériennes dans son théâtre répondent au
phénomène de diglossie171.

Le roman qui constitue pour nous la réponse parfaite dans à la mise


en exemple du concept de diglossie est celui de Suzanne Dracius. En effet,
d’emblée par ce qu’il nous permet de vérifier qu’il y a bien présence de deux
langues qui cohabitent dans le texte. On peut le voir à travers ces lignes :

Y avait une belle pélé-madame qui aimait voir un petit


bonhomme sans le sou, une espèce de vent-mené ; qui
encore ?...On connaissait même pas son nom : personne savait
là missié était sorti. Je crois même que c’est ce bougue-là qui
était quimboiseur : Pour moi personnellement, il devait être un

171 http://www.uvp5.univ-
paris5.fr/TFL/AC/AffFicheT.asp?CleFiche=9103&Org=QUTH, consulté le 10
février 2014.

184
grand sorcier pour tenir une belle femme comme ça (pas une
souche de bois, mes amis, une femme de femme !), passe que,
missiè-taa était crochu et laide, et noir comme un péché mortel !
Je peux te dire, ma fi, qu’on n’a pas besoin de se dépotcholer la
tête pour connaître qui moun a fait le travail pour cette dame-
là !... Ah ça ! ce bougue-là devait être fort, tu entends ? Il était
dans toute espèce d’affaires de bois-bander qu’il prenait pour
rassasier la femme, et i pouvait la croquer et la coquer et la
coquer172…

Cet extrait du roman constitue à ne point douter un exemple de


diglossie. Déjà, on peut dire qu’au sortir de cette lecture, il n’est pas facile de
déchiffrer le message contenu dans ces lignes. Il faudrait même pour
certains se munir d’un dictionnaire afin de décrypter certaines expressions
contenues dans ce discours. Parfois, l’auteur prend le temps de mentionner
quelques termes qui paraissent incompréhensible. C’est le cas de la page
166. On peut lire à la troisième ligne « sa yo kriyé l’aisselle » et la note de bas
de page nous apprend que : « Ce qu’on appelle l’aisselle ». Mais, une analyse
plus minutieuse de l’extrait nous permet de constater qu’il s’agit d’abord
d’un discours rapporté. Effectivement, l’auteur reprend les propos d’une
vielle dame appelée Man Cidalise qui est en train de conscientiser la jeune
Rehvana sur le comportement macho des hommes à l’égard des femmes.
Man Cidalise, qui peut-être considérée comme la « gardienne du temple »
parce qu’elle est l’emblème d’un certain nombre de valeurs et surtout, par
son vécu, elle est le témoignage d’une époque éculée. C’est fort de cela,
qu’elle peut se permettre de tenir ce type de discours. D’ailleurs, si elle est
présente dans le roman de Dracius, c’est parce qu’elle est bien l’illustration
d’une posture précise. Elle tient un rôle de résistance par rapport aux
valeurs qui se meurent. Le discours qu’elle tient, en plus de mettre en garde

172 Dracius (S.), op. cit, p. 156

185
la jeune femme Rehvana, participe d’un refus d’aliénation face à l’action du
colonisateur. Il en est ainsi dans une bonne partie du roman :

« Woy papa ! Grand branle-bas de combat ! I paraît que les


hommes arrivent ! Mim ! Voici Enryck, et pis l’autre là, sacré
poil-mangouste, an ! Regarde ça ! Mi il arrive, et avec cette
espèce d’escroc-à-griffes, encore ! De quel côté i z’ont encore été
driver ? I z’ont encore été vagabonder en quelque part…Qu’est-
ce qu’i z’ont besoin d’apporter tout ça ici-a ? Sa sa yé sa ? Fiche
que ça à l’air lourd ! Et l’autre bougre qui arrive encore, mais
c’est qui est-ce ? Je connais pas cette voiture-là… »

Elle se démanche le cou, penchée sur la balustrade, cruellement


déchirée entre son impérissable curiosité et le refus d’affronter
les deux hommes.

« C’est quoi, an ? Qu’est-ce qu’i z’ont à charoyer comme ça


encore ? Là i z’ont sorti ça ? Tu peux me dire ce qu’c’est ce
déménagement ? […]173

Au-delà des propos tenus par Man Cidalise qui nous donnent une idée
de la manière dont elle conçoit les hommes, il faut signaler que ces deux
extraits constituent un bel exercice d’étude de linguistique textuelle vu qu’en
définitive la notion de diglossie est affaire de langue. Ces extraits confirment
effectivement qu’il y a coexistence entre deux langues. Cela a pour
particularité d’être vu comme de la diglossie ou du bilinguisme vu que les
deux sont analogues ainsi qui nous l’avons déjà mentionné. Cette double
acception du métissage peut trouver toute sa pertinence ici. Sauf que pour
les cas traités ici, il s’agit d’un exemple basé sur la réalité antillaise. Il
s’avère qu’il y a une légère différence dans leur manifestation pour ce qui

173 Dracius (S.), op, cit, p.185

186
concerne la diglossie antillaise par rapport au bilinguisme. Les deux notions
sont ainsi dissociables comportant certaines particularités. C’est ce que
Chantal Maignan-Claver affirme :

La diglossie antillaise diffère du bilinguisme tel qu’on l’entend


habituellement, c’est-à-dire la coexistence harmonieuse ou
conflictuelle entre deux langues autonomes, de statut égalitaire
ou inégalitaire. Le sujet lui-même est partagé ici entre deux
systèmes linguistiques qui vivent en symbiose. L’Antillais se
situe à l’intersection de deux codes concurrents insérés dans un
continuum linguistique et dont les conditions d’usage laissent
une marge au choix du locuteur. En outre, le français tend à
devenir langue vernaculaire, domiciliée, naturalisée, tandis que
le créole, surtout depuis une vingtaine d’années, symbolise la
spécificité culturelle antillaise. En fait, le sujet guadeloupéen ou
martiniquais se constitue comme ligne de partage entre deux
langues qui s’interpénètrent de plus en plus, le français étant
créolisé et le créole francisé. L’écrivain, par ailleurs, même s’il
emploie le français, crée son propre langage et se projette dans
un autre espace, imaginaire, « mythique », en un point absolu où
il a le sentiment de s’affranchir de la sujétion de la langue174.

Non pas que le reste du corpus soit en marge d’une véracité


diglossique. Effectivement, contrairement au roman de Suzanne Dracius, les
trois autres romans n’accordent pas de part aussi visible dans leurs espaces
narratifs.

Le texte de Dévi assume sa part d’un discours diglossique palpable.


Les pages qui suivent en sont une parfaite illustration : « (…) Corinne avait
appelée ainsi tout simplement parce qu’au moment où elle l’avait vue à sa

174 Maignan-Claverie (C.), Le métissage dans la littérature des Antilles


françaises, op, cit, p. 90
187
porte, famélique et ruinée, elle s’était écriée, ayo, ala li fer pitye la ! Comme
elle faisait pitié…175 » et « Corinne la regarde, regarde son dos tourné, vouté
par sa vieillesse précoce, et elle l’appelle doucement, pitie, vini, vinn, isi, mo
tifi176», de même que :

Elle ne voulait l’aide de personne.

Pus to bruet, mo ser, pus li, na pa arete.

Lao Supir pe atann twa.

Pousse ta brouette, ma soeur, pousse-la, ne t’arrête pas.

Tout là-haut, Soupir t’attend177.

Une particularité se dégage de ces extraits. On relève que chaque


propos reflétant une tonalité diglossique est doublée par une traduction
française. Ce qui vient donner une résonance avec plus de clarté et plus
d’intelligibilité aux premières. Par cette façon de faire, c’est comme si
l’écrivaine avait conscience de la difficulté que pourrait éprouver un lecteur
au contact de ces derniers. C’est pourquoi, afin de lui permettre de décrypter
plus facilement ces phrases, elle y adjoint d’autres pour qu’on saisisse le
sens.

Pour ce qui est des deux autres romans, les choses ne procèdent de la
même manière et ne sont pas aussi concrètes. Toutefois, on peut affirmer
que l’esthétique de la diglossie n’est pas pour autant une donnée absente.

175 Dévi (A.), op, cit, p. 130


176 Dévi (A.), idem, p. 133
177 Dévi (A.), Le métissage dans la littérature des Antilles françaises, op.
cit, p. 146

188
Déjà, en nous basant sur une analyse onomastique178 de ces derniers. Par
onomastique, il faut entendre la discipline ayant pour objet l’étude des noms
propres et comprenant diverses branches telles l’anthroponomie,
l’hydronymie et la toponymie. Ainsi, lorsqu’on regarde les noms présents
dans ces romans, on s’aperçoit qu’ils sont riches d’enseignement. En effet, la
présence de noms dans l’univers diégétique ne relève pas de l’arbitraire,
encore moins de l’aléatoire. Nous pensons même qu’ils donnent raison à
l’idée que la diglossie est bien opérante dans ces derniers. Deux lectures de
l’onomastique peuvent être appliquées à nos corps, soit une lecture
anthroponymique179, soit une analyse toponymique180.

L’analyse des noms des personnages et des noms des lieux dans La
nuit sacrée de Ben Jelloun nous permettent de confirmer qu’il y a
effectivement phénomène diglossique dans ce dernier. C’est ce que l’on
observe dans le passage qui suit où le locuteur affiche son ignorance suite à
une lecture de versets coraniques :

Je ne reconnu pas tout de suite la poésie d’Abû-l-Alâ al-Ma’arri.


J’avais lu durant mon adolescence Risalat al Ghufran, mais je ne
me souvenais pas de ces vers. Dans la soirée, un des enfants
vint vers mon cavalier et lui dit :

-Alors, Cheikh, comment as-tu trouvé l’enfer (…)181

178 Information prise sur http://www.cnrtl.fr/lexicographie/onomastique,


site consulté le 30 mars 2013.
179 C’est la science qui étudie les noms de personnes
180 C’est la science qui étudie les noms de lieux
181 Ben Jelloun (T.), op, cit, p. 41

189
Nous nous trouvons devant une structure phrastique qui allie à la fois
le français et des expressions de la langue arabe. Ainsi, si on prend en
compte le nom « Cheikh », on peut avoir une indication sur la région ou ce
genre d’expressions sont les plus courantes. Pour plus de précision, il suffit
de poursuivre la lecture et de recenser d’autres structures qui donneront un
peu plus de détails : « Parmi les Bédouins qui vous entourent et parmi les
habitants de Médine, il y a des hypocrites obstinés 182». Déjà, il est évident
que ce second extrait nous apprend plus que le premier. Ce que l’on constate
par rapport au premier, c’est la différence de noms. Toute chose qui est
conforme avec l’étude onomastique poursuivie ici. De ce fait, ce sont les
noms « Bédouins » et « Médine » qui vont nous situer un peu plus sur la
localisation du lieu ou se déroule l’histoire. Au delà des informations
données sur la ville, c’est la vérification de la diglossie qui doit-être prise en
compte.

Chez Alain Mabanckou, c’est davantage la caractéristique relevant de


l’anthroponymie qui est mise en relief et atteste que son corpus justifie d’une
lecture diglossique. En effet, l’usage des noms tels que : « ministre Zou
Loukia 183» et de « Adrien Lokouta Eleki Mingi 184» auxquels on peut ajouter
« Moulé-Moulé 185», « Moki 186» ou encore « Mama Mfoa187 ». Le premier
constat que l’on peut faire est que ces noms comportent un capital
sémantique très chargé qui nous renseigne sur le patrimoine linguistique
d’où est originaire l’auteur. Cette langue connue sous l’appellation de
lingala, est l’une des langues les plus imposantes du Congo. De plus, la
rugosité que dégagent ces noms, lorsqu’il s’agit de leurs prononciations, peut
également susciter un motif essentiel d’analyse.

182 Ben Jelloun (T.), idem, p.17


183 Mabanckou (A.), op, cit, p. 19
184 Mabanckou (A.), idem, p. 19
185 Mabanckou (A.), ibidem, p. 74
186 Mabanckou (A.), ibidem, p.74
187 Mabanckou (A.), ibidem, p. 149

190
Dans l’examen de l’esthétique de la diglossie, rappelons l’apport de
création d’un auteur comme Ahmadou Kourouma. Effectivement, il a été l’un
des pionniers en ce qui concerne l’inventivité littéraire. Dans sa prose
romanesque, il a inauguré l’insertion d’un idiome local dans un roman écrit
en français, offrant de fait une nouvelle stylistique au roman francophone
subsaharien. Il est arrivé à « poser sa voix dans la langue de l’autre188 »

VIII-18 : L’identité à l’épreuve du discours


polyphonique

D’après le Larousse189, la polyphonie se décline comme « une écriture à


plusieurs voix, obéissant aux règles des contrepoints ». Elle est articulée
autour de deux notions. En effet, tirée d’un terme composé, en l’occurrence
« poly » qui renvoie à l’idée du multiple ou bien de plusieurs, comme qui
dirait plusieurs éléments et de « phone » qui signifie la voix, la polyphonie
renvoie à plusieurs voix, à de nombreuses voix qui retentissent dans un
même espace, en l’occurrence l’espace romanesque.

Pour en savoir un peu plus sur la notion de polyphonie, nous


recourons à l’apport de Bakhtine et sa contribution plus que conséquente
sur la question. Il faut effectivement remonter jusqu’à l’écrivain et homme de

188 Molinari (C.), Parcours d’écritures francophones, poser sa voix dans la


langue de l’autre, Paris, L’Harmattan, 2005, 247 p.
189 Information tirée sur le site internet
http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/polyphonie/62388, site
consulté le 28 mars 2013.

191
lettres russe Mikhaïl Bakhtine et les travaux qu’il nous offre sur le roman de
Dostoïevski dont le titre est Problème de la poétique de Dostoïevski190.

Deux mots pour ce qui est des deux auteurs cités. Commençons
d’abord par Bakhtine. Il est né le17 novembre 1895 et mort le 6 mars 1975.
Il est un historien et théoricien russe de la littérature. Bakhtine s'est
également intéressé à la psychanalyse, à l'esthétique et à l'éthique. Il est
notamment l’auteur de l’ouvrage intitulé L'œuvre de François Rabelais et la
culture populaire au Moyen Âge et sous la Renaissance191. Il a par ailleurs été
un précurseur de la sociolinguistique.

Pour ce qui est de Dostoïevski, on peut retenir simplement qu’il est né


le 11 novembre 1821 et mort le 9 février1881. En ce qui le concerne, il
apparaît que c’est un écrivain prolixe qui fait figure d’autorité dans le
domaine de la littérature russe. A son actif, on peut compter une œuvre
immense touchant à la fois à des romans, des nouvelles et des pièces de
théâtre. Dans sa bibliothèque, on peut citer pêle-mêle Les frères
Karamazov192 ou encore L’Adolescent193. Il est considéré, d’après Bakhtine,
comme étant le créateur du « roman polyphonique ».

Pour en revenir aux travaux de Bakhtine dans son livre : Problème de


la poétique de Dostoïevski, on peut retenir, en substance, qu’à travers cet
ouvrage, Bakhtine élabore un énorme travail sur l’œuvre de son compatriote
et ne manque pas d’attribuer la paternité du concept de polyphonie à
Dostoïevski, même si certains n’ont pas partagé cet avis. C’est le cas
d’Alexandre Dessingué qui y a mis un certain bémol à cette paternité. En

190 Bakhtine (M.), Problème de la poétique de Dostoïevski, Paris, L’âge de


l’homme, Coll. « Slavica », 1998, 316 p.
191 Bakhtine (M.), L'œuvre de François Rabelais et la culture populaire au
Moyen Âge et sous la Renaissance, Paris, Gallimard, 1970, 471 p.
192 Dostoïevski, Les frères Karamazov, Paris, 1994, Gallimard, Coll. « folio
classique, 989 p.
193 Dostoïevski, L’Adolescent, traduction d’André Markowicz, Éd. Babel, 2
vol., 512 et 535 p.

192
effet, sans pourtant autant élaborer une vraie critique au travail que
Bakhtine a entrepris, il fait observer que l’origine serait à entrevoir du côté
de la musique :

(…) dans ce même livre, il nuancera ses propos en soulignant


que l'emploi du terme de polyphonie emprunté à la musique et
appliqué à la littérature ne peut être que métaphorique: Il faut
remarquer que la comparaison que nous établissons nous-
mêmes, entre le roman de Dostoïevski et la polyphonie, n'est rien
de plus qu'une figure analogique. L'image de la polyphonie et du
contrepoint indique seulement les nouveaux problèmes qui
surgissent quand la structure du roman sort de l'unité
monologique habituelle, de même qu'en musique de nouveaux
problèmes se firent jour lorsqu'on eut dépassé le stade du
monovocalisme194.

Toutefois, le travail que nous propose Bakhtine n’en demeure pas


moins édifiant. On y découvre une définition assez explicite de la polyphonie.
On apprend de fait que la polyphonie désigne la manière avec laquelle les
personnages s’expriment dans un langage qui leur est propre, mais avec la
particularité d’être dotés d’une autonomie de point de vue inégalée jusque là
dans le roman. Ainsi, la polyphonie doit s’entendre donc, en plus d’une
pluralité de voix, comme une pluralité de consciences inhérentes à une
idéologie donnée.

194 Information prise sur l’Atelier de théorie littéraire : Polyphonisme, de


Bakhtine à Ricoeur
http://www.fabula.org/atelier.php?Polyphonisme%2C_de_Bakhtine_%26agr
ave%3B_Ricoeur, site consulté le 23 novembre 2013 à 22h30mn.

193
En parcourant le livre de Bakhtine, il ressort en substance que la
notion de polyphonie accorde une large place en faveur d’une plus grande
liberté des personnages et plus d’autonomie de ces derniers par rapport à
l’auteur-narrateur. Il met en évidence l’idée que le personnage n’est plus la
pure projection de la conscience de l’auteur-narrateur, mais qu’il acquiert
une autonomie autre que celle de l’auteur-narrateur et par la même occasion
plus d’autorité que celui-ci. Le roman ainsi conçu met en scène une
multiplicité des consciences indépendantes. Il se fait entrecroiser des
idéologies diverses et des langages différents. Dans cet ordre, il appert qu’en
même temps que les narrateurs arrivent à donner leurs points de vue sur
l’évolution des événements, soit dans la société, soit sur une question
particulière de la vie, ils parviennent, dans le même temps, à distribuer la
parole aux différents protagonistes qui prennent part dans la narration.
L’univers romanesque devient dès lors le lieu où foisonnent de nombreuses
voix au service d’une esthétique.

Signalons qu’il y a une autre notion qui est attachée à celle de


polyphonie, c’est le dialogisme. C’est ce que nous fait savoir Claire Stolz :

Polyphonie et dialogisme sont les deux termes qui restent le


plus attachés à l'œuvre de Bakhtine, au point que Todorov
intitula son livre de présentation du penseur russe Mikhaïl
Bakhtine, le principe dialogique.
Le dialogisme désigne le fait, fondamental pour Bakhtine, que
l'être ne peut s'appréhender de manière juste qu'en tant que
sujet, c'est-à-dire résultant d'interrelations humaines;
contrairement aux choses; contrairement aux choses, l'être
humain ne peut donc être objectivé, il ne peut être abordé que
de manière dialogique. Il distingue le dialogisme externe qui

194
veut dire dialogue au sens courant du terme et dialogisation
intérieure, qui l'intéresse particulièrement195.

Le roman francophone postcolonial en particulier et la littérature en


général n’a pas subi les différentes et grandes mutations qui ont marqué la
littérature française. Il a tout de suite affiché une certaine maturité,
particulièrement en rapport avec la polyphonie, dans la construction et la
configuration romanesque. Tout le débat autour des mouvements littéraires,
comme on l’aura connu au XIXème siècle, n’a pas eu le même écho dans le
champ littéraire francophone. Le roman, dans son ensemble, a opéré une
rupture avec la structure traditionnelle de la narration ou encore appelé
roman d’apprentissage. Ceci en grande partie dû au contexte d’après
guerre196 avec l’apport des tenants du mouvement relatif au « nouveau
roman 197» par exemple. Cette séquence de l’histoire de la littérature
française qui a été étiquetée selon le célèbre chiasme198 consacré de Jean

195 Information prise sur http://www.fabula.org/atelier.php?Dialogisme,


site consulté le 18 novembre 2013
196 Ici, nous faisons allusion à l’une des périodes les plus sombres de
l’humanité, c’est-à-dire la seconde guerre qui s’est déroulée de 1939 à 1945.
Elle va inspirer des mouvements comme l’absurde sous l’égide de d’Albert
Camus ou bien le Surréalisme tenu par des penseurs tels qu’André Breton.
197 Mouvement littéraire, le nouveau roman est une appellation donnée
par la critique à un ensemble d’écrivains qui, dans les années 1950-1960,
ont tenté de redéfinir le roman en rompant avec la tradition balzacienne de
l’intrigue et des personnages : l’intrigue n’est plus forcément linéaire, la
cohérence psychologique des personnages n’est plus assurée, déconstruction
du récit. Lire la suite sur http://www.etudes-litteraires.com/figures-de-
style/nouveau-roman.php, site consulté le 20 décembre 2013.

198 Un chiasme est une figure de construction qui consiste à disposer les
termes de manière croisée suivant la structure AB/BA

195
Ricardou, qui lui a fait dire que : « Le roman n’est plus l’écriture d’une
aventure, mais l’aventure d’une écriture ». Autrement dit, que la
prééminence ne serait plus accordée au fond de l’histoire, mais désormais à
la forme, au style.

Dans le même sens que la philosophie défendue par les figures de


proues du nouveau roman, il n’est pas usurpé d’inscrire des ouvrages
comme L’Aventure ambigüe199 de Cheik Ahmidou Kane. En effet, lorsqu’on
parcourt le texte de l’auteur sénégalais, il apparaît de manière claire que la
question de l’identité est omniprésente dans tout l’ouvrage. Il en est même,
après lecture, le thème central, si ce n’est l’enjeu majeur de l’écriture. Cela
se traduit à différent niveaux de lecture de l’ouvrage. Déjà, comme on peut le
déceler à travers la lecture du titre « L’Aventure ambigüe », il se dégage l’idée
que le récit met en procès une idée de confusion dans la manière dont les
protagonistes perçoivent le problème de l’envahisseur doublée d’un conflit
sous-jacent entre la culture des Diallobés et la culture occidentale. Ces
conflits et cette opposition se donnent à lire par l’intermédiaire de deux
catégories. D’une part, il y a l’ancienne catégorie qui est caractérisée par les
personnages qui sont chargés de faire l’enseignement des jeunes : Thierno et
le chef des Dialobés. D’autre part, il y a la nouvelle génération dont Samba
Diallo est la représentation. Cette opposition est perceptible dans la
conversation que tiennent le chef des Diallobé et Paul Lacroix, directeur de
l’école européenne :

Lacroix- Ce crépuscule ne vous trouble-t-il pas ? Moi, il me


bouleverse. En ce moment, il me semble plus proche de la fin du
monde que de la nuit…

Le chevalier sourit.

- Rassurez-vous, je vous prédis une nuit paisible.

199 Kane (C.A), L’Aventure ambigüe, op, cit.

196
- Vous ne croyez pas à la fin du monde, vous ?

- Au contraire, je l’espère même, fermement.

- C’est bien ce que je pensais. Ici, tous croient à la fin du monde,


du paysan le plus frustre aux hommes les plus cultivés.
Pourquoi ? Je me demandais, et aujourd’hui seulement j’ai
commencé de comprendre en regardant le crépuscule.

Le chevalier considéra Paul.

- A mon tour de vous demander : vous ne croyez pas vraiment à la


fin du monde ?
- Non, évidemment. Le monde n’aura pas de fin. Du moins pas la
fin qu’on attend ici. Qu’une catastrophe détruise notre planète,
je ne dis pas ça…
- Notre paysan le plus frustre ne croit pas à cette fin-là,
épisodique et accidentelle. Son univers n’admet pas l’accident. Il
est plus rassurant que le vôtre, malgré les apparences.
- Peut-être bien. Malheureusement pour nous, c’est mon univers
qui est vrai. La terre n’est pas plate. Elle n’a pas de versants qui
donnent sur l’abîme. Le soleil n’est pas un lampadaire fixé sur
un dais de porcelaine bleue. L’univers que la science a révélé à
l’Occident est moins immédiatement humain, mais avouez qu’il
est plus solide…
- Votre science vous a révélé un monde rond et parfait, au
mouvement infini. Elle l’a reconquis sur le chaos. Mais je crois
qu’ainsi, elle vous a ouvert au désespoir.
- Non pas. Elle nous a libérés de craintes… puériles et absurdes.
- Absurdes ? L’absurde, c’est le monde qui ne finit pas. Quand
saurait-on la vérité ? toute la vérité ? Pour nous, nous croyons
encore à l’avènement de la vérité. Nous l’espérons.
C’est donc cela, pensa Lacroix. La vérité qu’ils n’ont pas
maintenant, ils sont incapables de la conquérir. Ils espèrent
donc la fin. Ainsi, pour la justice aussi. Tout ce qu’ils veulent et

197
qu’ils n’ont pas, au lieu de chercher à le conquérir, ils l’attendent
de la fin. Il n’exprima pas sa pensée. Il dit simplement :
- Quant à nous, chaque jour, nous conquérons un peu plus de
vérité, grâce à la science. Nous n’attendons pas …
- J’étais sûr qu’il n’aurait pas compris, songea le chevalier. Ils
sont tellement fascinés par le rendement de l’outil qu’ils en ont
perdu de vue l’immensité infinie du chantier. Ils ne voient pas
que la vérité qu’ils découvrent chaque jour est chaque jour plus
étriquée. Un peu de vérité chaque jour…Bien sûr, il le faut, c’est
nécessaire. Mais la vérité ? Pour avoir ceci, faut-il renoncer à
cela ?
- Je crois que vous comprenez très bien ce que je veux dire. Je ne
conteste pas la qualité de la vérité que révèle la science. Mais,
c’est une vérité partielle. La vérité se place à la fin de l’histoire.
Mais je vois que nous nous engageons dans la voie décevante de
la métaphysique.200

Au milieu de cette opposition, il y a la position de la Grande royale,


sœur cadette du chef des Diallobé. Sa posture est assez transversale en ce
sens qu’elle constitue à la fois la voix privilégiée auprès du maître des
Diallobé et la prise de conscience face à l’avènement d’un nouveau monde
dont le blanc est la cause. Ainsi, la polyphonie serait perceptible à travers la
différence des points de vue du monde que se font l’instructeur Thierno et la
Grande royale et cette faculté qu’a l’auteur à pouvoir laisser les différents
personnages donner libre cours à leur pensée et exprimer leurs points de
vue sur des questions aussi sensibles que le changement de mœurs gage
d’une évolution d’une société et la manière dont-ils doivent pouvoir faire face
à ce changement. Le roman de Kane laisse présager une peur, notamment
celle liée au changement de paradigme.

200 Kesteloot (L.), Anthologie Négro-Africaine. La littérature de 1915 à 1981,


op, pp. 284-285

198
L’autre roman qui est consacré par la critique et qui porte deux
problématiques liées à la quête identitaire et au discours polyphonique est
Le monde s’effondre201 de Chinua Achebe. En effet, on évoquera d’emblée
que si le texte de l’écrivain nigérian est en adéquation avec la quête
identitaire, le texte nous plonge dans un contexte ou on découvre la perte de
la vie tribale à la suite de l’arrivée des européens. C’est dans ce contexte que
le principal antagoniste, Okonkwo, pour qui l’œuvre d’une vie aura constitué
à bâtir une notoriété des plus importantes, mais dont les événements vont
tour à tour le plonger dans une déchéance et voir son fils se convertir au
christianisme, abomination la plus extrême pour lui. Par l’écriture de ce
roman, Achebe nous met en phase avec la vie quotidienne des femmes et des
enfants d’un village de la forêt qui, presque totalement coupé du monde
extérieur, se croyait le centre du monde avec ses rites, ses dieux et la
croyance en des pratiques animistes initiées par ses ancêtres, mais qui voit
du jour au lendemain cette réalité s’écrouler comme l’atteste les lignes qui
suivent :

Okonkwo savait ces choses. Il savait qu’il avait perdu sa place


parmi les neufs esprits masqués qui administraient la justice
dans le clan. Il avait perdu la chance de mener son clan
belliqueux contre la nouvelle religion qui, lui disait-on, avait
gagné du terrain. Il avait perdu les années au cours desquelles il
aurait pu prendre les plus hauts titres du clan202.

Dans ce passage, il apparaît que c’est l’absence d’Okonkwo qui semble


la cause de la perte de l’hégémonie de ce peuple craint et qui va entrainer sa
déchéance. Outre cet effondrement, c’est également sa propre perte que le
héros a occasionnée par cette longue absence. On ne sait que trop bien les
préjudices que peuvent causer une absence.

201 Achébé (C.), Le monde s’effondre, Paris, Présence Africaine, Edit. De


poche, 1972, 254 p.
202 Achebe (C.), op, cit, 207 p.

199
Il importe aussi de souligner que le discours polyphonique se donne à
lire par des instances différentes des personnages. Ce qui transparait à
travers des modalisateurs présent dans un récit qui traduisent qu’il y ait
plusieurs instances narratives. Pour autant, au cours de la lecture, on
observe une instabilité de ces instantes narratives. Effectivement, les récits
sont pris en charge par des narrateurs anonymes s’exprimant à la première
personne du singulier. Ensuite, quand on poursuit la lecture, la narration
change de ton. Il s’opère un changement en passant du « Je » au « on » :

J’ai répondu « mon brave, ton histoire m’intéresse, jamais je ne


me payerais ta tête, crois-moi », et il a dit « alors qu’est-ce que tu
penses de ça, que dis-tu de mon histoire de fou, hein, qu’est-ce
que tu en penses, dis le franchement, est-ce que je suis un con
tel qu’on me voit en ce net moment, est-ce que j’ai réellement la
tête d’un polichinelle », j’ai répondu « on a la vie devant soi, tu
sais, même si ta femme a été méchante et même si elle fornique
encore avec le gourou de cette secte, on a la vie devant soi », et il
a sursauté comme si je venais de le froisser, de l’insulter
« qu’est-ce que tu me racontes là, Verre Cassé, hein203 »

De ce passage, il ressort qu’il y a une divergence de point de vue sur


l’expérience, visiblement dure, que vient de vivre un des antagonistes du
roman de Mabanckou. Ce dernier qui se confie a Verre-Cassé, se trouve
dépité de voir que celui-ci ne partage pas son point de vue ou du moins ne
tient pas les propos qu’il espère par rapport à l’épreuve qu’il vient de
traverser. Outre la teneur de cet échange, il est aussi intéressant de
s’intéresser au jeu des pronoms dans ce passage. On relève qu’il y a trois
pronoms qui sont présent dans cet extrait le « je », le « tu » et le « il ». Il
préfigure le dialogue de nos personnages. Ces trois personnes du singulier

203 Mabanckou (A.), op, cit, 219 p.

200
peuvent concerner deux avis différents, mais rendent compte de deux
discours qui répondent à la polyphonie. Il s’avère aussi que dans cet extrait,
le lecteur ne peut pas négliger le jeu narratif car les changements de registre
produits autour de ce jeu narratif donnent lieu à une fiction polyphonique.

201
Chapitre IX : L’identité comme Rhétorique
de l’universel

Ce sous chapitre porte sur l’identité comme rhétorique de l’universel. Il


a vocation de présenter comment la rhétorique l’universel est véhiculée dans
l’écriture de nos romans et porte l’ambition de constituer une forme
d’identité. En d’autres termes, comment nos romans tiennent un discours
qui serait en phase avec une société dite mondialisée. Par rapport à cela, il
est à relever que le concept de rhétorique a quelque chose de lié avec tout
travail qui serait orienté vers un objet dans sa manière de le dire, donnant
au contenu du livre une teneur singulière pour ainsi dire peu commune.

De ce point de vue, il faut signaler que la notion de rhétorique renvoie


donc à l’ :

Art de parler sur quelque sujet que ce soit avec éloquence et avec
force. D’autres la définissent comme l’art de bien parler, ars
bene dicendi ; mais comme le remarque le Père Lami dans la
préface de sa Rhétorique, il suffit de la définir comme l’art de
parler ; car le mot rhétorique n’a point d’autres idées dans la
langue grecque d’où il est emprunté, sinon que c’est l’art de
dire ou de parler. Il n’est pas nécessaire d’ajouter que c’est l’art
de bien parler pour persuader ; il est vrai que nous ne parlons
que pour faire entrer dans nos sentiments ceux qui nous
écoutent ; mais puisqu’il ne faut point d’art pour mal faire, et
que c’est toujours pour aller à ses fins qu’on l’emploie, le mot
d’art dit suffisamment tout ce qu’on voudrait dire de plus. […]204.

204 Informé prise sur http://www.etudes-litteraires.com/rhetorique.php,


site consulté le 10décembre2013.

202
Pour ce qui est de l’universel, retenons que c’est ce qui est relatif à
l’univers. Nous voulons, par l’évocation de ce substantif, mettre en exergue
le fait que cela touche à tous les coins de l’univers. Quelque chose qui ne
marginaliserait pas une quelconque zone que se soit, mais se veut plutôt
inclusive du monde, si ce n’est les quatre coins. Une conception des choses
qui renverrait à un aperçu des plus généraux. Ainsi, la rhétorique de
l’universel doit s’entendre comme ce discours qui tiendrait compte de toute
la diversité et de toutes réalités présentes sur l’espace terre. D’où tient-on ce
qui inspire cette formulation ?

En formulant comme titre l’identité comme rhétorique de l’universel,


nous avons voulu aussi prendre appui sur le travail entrepris par un des
grands hommes de lettres originaire de l’Afrique dont la contribution
intellectuelle aura su marquer le monde jusque y compris le XXème siècle.
Membres éminent et fondateur du mouvement « la négritude », Léopold
Sédar Senghor constitue une source intarissable pour les jeunes
générations, notamment avec une contribution plus qu’honorable que l’on
peut apprécier dans son apport avec la conceptualisation la théorie de la
civilisation de l’universel. Son œuvre peut-être résumée comme une invite
qui consiste à assimiler plutôt qu’être assimilé. Dans ce contexte, on voit des
penseurs tels que Jean-Paul Sartre prendre toute la mesure de l’action de
Senghor. En effet, dans un contexte qui voit se banaliser de nombreux abus,
où l’on observe un repli sur soi, le rejet de l’étranger et la stigmatisation de
l’autre, le poète président invite à dépasser la peur de l’autre et à imaginer
une société dont le leitmotiv serait une espèce de « vivre ensemble ». René

203
Gnaléga affirme à cet effet dans Senghor et la civilisation de l’universel205
que :

L’univers de Senghor ne témoigne d’aucune négation des


valeurs du monde noir ni ne cherche à assimiler l'autre dans sa
propre culture. C'est qu'il faut mesurer l'importance du
métissage culturel pour lui. C'est aussi ce qui explique sa
rencontre avec des artistes contemporains et leur présence dans
les études réunies ici.

René Gnaléga, critique de Senghor, conclut par la place centrale de


l'Universel, la culture partagée fondée sur le donner et le recevoir,
l'enracinement et l'ouverture.

Il nous paraît essentiel de relever que la civilisation de l’universel


senghorienne tient dans une espèce d’écartèlement entre un point A et un
ailleurs qui serait B. Comme pour dire qu’il faut avoir un ancrage quelque
part pour prétendre s’ouvrir à l’autre. Si Senghor accorde une place
prépondérante à une culture de l’universel, c’est assurément du à la
trajectoire de sa vie et aux influences dont il aura été l’objet au cours de
cette dernière.

Rappelons brièvement ce qu’a été sa vie : Léopold Sédar Senghor est


né à Joal, officiellement en 1906, dans une famille de l’ethnie Sérère, à cent-
vingt kilomètres de Dakar, alors capitale de l’Afrique occidentale française
(AOF, l’une des deux « fédérations » coloniales, avec l’Afrique équatoriale
française -AEF) et à proximité de la presqu’île du Cap Vert, colonie
portugaise. Il naît catholique, dans une région, et un pays, très

205 Gnalégé (R.), Senghor et la civilisation de l’universel, Paris,


L’Harmattan, 2014, 176 p. Achebe (C.), Le monde s’effondre, Paris, Présence
Africaine, Edit. De poche, 1972, 254 p
204
majoritairement musulmans. Il apprendra le catéchisme en même temps que
la langue française et le latin ; en 1923 il souhaitera même devenir prêtre en
même temps que professeur, tout en s’indignant déjà du mépris dans lequel
est traitée la culture traditionnelle africaine.

A partir de ce parcours, on comprend ce qui va pousser le poète-


président à militer en faveur d’une culture de l’universel. Quoi que certains
de ses détracteurs verront en lui un homme en proie à une contraction
incompréhensible en ce sens que d’une part, il a chanté la culture noire, en
l’occurrence la femme noire et de l’autre, il l’a renié en se mariant avec une
femme blanche.

A la lecture des romans fictionnels composant le corpus d’étude, force


est de constater que la rhétorique de l’universel se veut alors une entreprise
de l’écriture de nos romans au service de la diversité culturelle et du
plurilinguisme d’une part et d’autre part, d’une écriture s’insurgeant contre
toutes formes de cloisonnement qui passe par la fermeture des frontières et
le repli identitaire. En d’autres termes, la rhétorique de l’universel serait une
écriture qui est fille de son époque et qui serait en phase avec vision de la
mondialisation. Ceci d’autant plus que lorsqu’on jette un regard rétrospectif
sur l’histoire de la littérature, on constate un changement radical dans
l’écriture. Au fil de la narration par exemple, le lecteur peut observer
l’insertion, au sein de l’espace de narration, d’autres discours qui viennent
prolonger une idée émise par le narrateur-auteur ou bien le contredire.

Déjà, s’agissant d’une lecture diachronique, on s’aperçoit qu’il y a une


grande dichotomie sur les réalités linguistiques ou culturelles prises en
compte par l’écriture. Par exemple que, comparativement à une époque
précoloniale, les textes ne reflètent pas les mêmes réalités. En effet, la
plupart des œuvres écrites particulièrement dans les années 1940-1950
sont, dans leur grande majorité, sous le sceau de ce que nous appellerons le
« mini-terroir 206» ou de l’arrière pays. A travers cette notion, nous voulons

206 Ici, il est fait allusion aux zones rurales et traditionnelles qui illustrent
la manière dont ses habitants vivent au quotidien.

205
traduire l’idée que les œuvres peignaient la vie de certains peuples
autochtones et leurs modes de vie. Il s’agit plus d’une littérature
d’exploration où on découvre une narration au cours de laquelle l’on insiste
sur ce qui fait la particularité d’un peuple. Aucune place n’est laissée à
l’autre. Tout est perçu sous le point de vu unicolore ou bien univoque, tant
par la thématique que par l’écriture. Une partie du roman de Camara Laye
par exemple, pour ne pas dire les premiers chapitres, s’inscrit bien dans
cette perspective. On le voit bien lors des premières pages de L’Enfant noir207.
Dans ce roman, on est plongé, par le truchement du regard d’un homme
mûr qui se penche sur son passé. Le cadre de l’histoire se déroule dans un
village où par l’intermédiaire des yeux d’un enfant de cinq ans, la vie
traditionnelle se déroule sans problème majeur. Une vision de bonheur y est
peinte.

A l’opposé de ces romans écrits en période précoloniale, nous avons


des écritures dites de la modernité. Elles se caractérisent par leur volonté à
évoquer un environnement romanesque qui peint des réalités plurielles. On
se rend bien compte que l’intérêt porte à la fois sur la forme que sur le fond
de ces œuvres. Ceci fera dire à certains critiques que les écrivains
s’adonnent à cette forme d’écriture font partis de la seconde génération, si
l’on prend en compte un découpage en deux générations. La première allant
de la période d’après les indépendances jusqu’au début des années 1980. La
seconde qui se bornera du début des années 1980 à nos. Sewanou Dabla208
dira même de ces écrivains qu’ils font partis de la nouvelle génération pour
ce qui est des auteurs appartenant à l’Afrique noire au sud du Sahara. En
effet, dans ces derniers, on constate que la part belle est accordée à la ville,
qui est contraire au village. En plus, on relève que l’écriture met un point
d’honneur à peintre la diversité des hommes et la richesse contenue dans la
ville. De plus en plus, ces romans dépassent la spécificité locale pour ouvrir
l’écriture à plus de coloration. Ils franchissent les limites du village, du pays

207 Laye (C.), L’Enfant noir, Paris, Pocket, 2007, 224 p.


208 Dabla (S.), Nouvelles écritures africaines, Romanciers de la seconde
génération, Paris, L’Harmattan, 1986, 256 p.

206
pour évoquer un peu plus la culture de l’autre. Ils se tournent avec plus
d’insistance vers un ailleurs. Le côté faste et les lumières de ville, la
démultiplication des référents n’appartenant pas à une région précise et une
prise en compte de la psychologie des personnages.

C’est précisément l’objet de la démonstration qui est le notre ici car


l’identité comme rhétorique de l’universel donne une pertinence à la quête de
l’identité. Signalons qu’on n’est plus dans un contexte où les choses sont
figées ou cloisonnées, elles subissent les grandes mutations du monde, le
rapport des forces entres les nations et les interconnexions entre les peuples.
Si naguère, il y avait absence totale des éléments se rapportant à l’autre,
aujourd’hui, avec l’évolution sans cesse croissante du monde et la vitesse
avec laquelle les hommes se déplacent, on remarque qu’avec ces écritures,
que nous qualifierons de contemporaines, les aspects se rapportant à l’autre
s’invitent quasi systématiquement dans l’univers des romans. On est très
clairement dans une rupture de paradigme pour ce qui est du thème
d’écriture.

L’apport de la rhétorique de l’universel est indéniable pour certaines


régions opprimées, notamment par le fait qu’on voit de plus en plus des
problématiques en rapport avec les droits de l’homme être prises en compte.
Si dans la société on est réduit à la privation la plus stricte de ses droits
fondamentaux, l’univers romanesque constitue cet espace de liberté où l’on
peut exhumer tout ce qui musèle l’homme. C’est un creuset où l’exercice de
la démocratie peut en partie s’exercer.

On observe par exemple qu’après l’avènement des indépendances dans


la grande majorité des pays francophones subsahariens, les pouvoirs
dictatoriaux imposent la censure dans la production des artistes. Nombre de
parutions romanesques n’arrivent pas à oser la dénonciation, elles font
même dans l’apologie des régimes totalitaires. Or, à partir des années 1990,
avec l’avènement de la démocratie, on finit par briser l’omerta. C’est ainsi
que l’universel prend véritablement ses marques avec les valeurs de liberté
d’expression, la vulgarisation des droits fondamentaux, chose qui n’a pas
toujours eu cours.
207
Les textes que nous avons convoqués pour l’exemplification de notre
thème participent de cette identité de la rhétorique de l’universel. Si on
regarde de près le roman de Mabanckou209 et celui de Dévi210, on s’aperçoit
que l’universel se donne à lire par l’évocation d’un triple idiome, en
l’occurrence l’anglais, le français et la prégnance locale.

Chez Mabanckou par exemple, il y a une peinture abondante des


caractéristiques se rapportant à la France, les Etats-Unis et le Congo. La
France nous est présentée sous le témoignage de L’Imprimeur. Il revient sur
sa vie parisienne et les responsabilités qu’il occupait avant sa déchéance. Il
ne manque pas également d’aborder les lieux de vie parisienne. L’autre
aspect de l’universel est rattaché aux Etats-Unis. C’est le personnage de
l’américain, Holden. Dans la description que l’auteur nous fait de ce dernier,
il y a une attention accordée à la démesure qui caractérise les États-Unis. Il
est présenté avec un mode vestimentaire ample, tout en arborant une
énorme montre autour du coup. Le dernier aspect lié à la rhétorique de
l’universel dans le texte de Mabanckou est comme nous l’avons dis, la teneur
locale. Il ressortit à quelques noms qui sont présents dans le roman, à
l’instar de Mama Mfoa. En y regardant attentivement, ce nom nous donne
une indication sur la localisation géographique du personnage, voir même
son appartenance culturelle ou ethnique.

Pour ce qui est d’Ananda Dévi, on relève que ce qui est représentatif de
la rhétorique de l’universel n’est autre que l’un des symboles de
l’hégémonisme américain, c’est à dire la chaine hôtelière le Hilton. Ce qui est
d’autant plus marquant c’est grâce à elle qu’un bébé est sauvé d’une mort
certaine. C’est ce qui va justifier le nom qu’on va les attribuer par la suite.
Comme pour l’exemple de Mabanckou, le roman de Dévi porte également
une attention particulière aux réalités locales. Sauf que dans son cas, c’est
dans une dynamique de groupe que ces réalités trouvent un écho. Ceci pour
traduire l’idée que face à l’adversité, il est toujours mieux d’opérer en groupe.

209 Mabanckou (A.), op, cit.


210 Dévi (A.), op, cit.

208
L’autre des aspects rattachés à cette rhétorique de l’universel est la
prise en compte des préoccupations de la région des Caraïbes. Pour ce coin
du monde, c’est Suzanne Dracius211 qui se fait le porte étendard de ces
préoccupations. En effet, chez Dracius, on est plongé dans un va-et-vient
continu entre le pays d’adoption qui est la France et la terre des origines qui
est la Guadeloupe. En parcourant le roman, on apprend que ces va-et-vient
sont causés par le fait que le personnage principal veut trouver les réponses
qu’elle se pose sur sa personne et donner un véritable sens à sa vie dans ce
monde. Contrairement au texte de Mabanckou et à celui de Dévi, nous
dirons que le roman de Dracius traite plus d’une problématique éthique que
des questions culturelles. Effectivement, elle revisite à sa manière le
problème de la crise identitaire, conséquence de la traite des noirs et de
l’esclavage. L’écrivaine le manifeste à travers les propos de la sœur ainée de
Rehvana apparaissant dans ces lignes :

Oh oui, Rehvana, je te remercie ! Tu me prends en flagrant délit


de reniement. Je te sais gré de m’ouvrir discrètement les yeux,
de me laisser voir ma trahison, ma méprisable imposture : il est
certain qu’en ne te disant pas ‘’ma part, ta part’’, j’insulte à la
mémoire de nos pères, je répudie mes racines, je commets ce
faisant le crime de masquer mes origines serviles en oubliant
que mon arrière-arrière-arrière était la chose d’un maître, et qu’il
ne pouvait par conséquent pas dire ‘’mon ceci, mon cela’’, pour
la bonne raison qu’il ne possédait rien, puisqu’il était lui-même
la propriété de quelqu’un et ne se possédait pas lui-même. Oui,
tu as forcément raison : l’esclave nègre disait ‘’ma part’’, parce
que le seul bien qu’il connût était sa part de nourriture, le sac de
haricots secs et le fameux morceau de morue qu’on lui
distribuait de temps en temps ; alors il prenait ça, et c’était ça,

211 Dracius (S.), op, cit.

209
‘’sa part’’, comme dans la répartition que fait l’économe, mais en
dehors de ça, il ne pouvait concevoir d’autres propriétés… […] Je
vais en référer à mes maîtres à la Sorbonne dès mon retour
(…)212

On peut retenir des ces lignes trois informations essentielles. D’abord


qu’en tenant ces propos, Mathildana, sœur de Rehvana reconnait son erreur
et fait amende honorable face à l’attitude de sa sœur cadette en admettant
son erreur. Ensuite, dans ses propos, elle décrit comment vivait son aïeul
qui était réduit à la considération la plus simple, c’est-à-dire une chose.
Enfin, ses propos se terminent par une résolution, celle de s’engager en
faveur de la cause de l’esclavage.

Ben Jelloun poursuit en quelque sorte sur la même lancée que


Dracius. En effet, lui également revient dans un style saisissant sur une
récurrente de la société marocaine, c’est-à-dire le poids des traditions qui
confine les femmes dans un rôle d’instruments et fait des hommes les
garants de la vie de ces femmes. Dans une certaine mesure, Dracius
dénonce une privation de droits de l’homme et milite en faveur du « gender »,
c’est-à-dire l’égalité entre l’homme et la femme. En poussant la réflexion sur
ce récit, on peut sous-entendre la promotion des libertés sous toutes ses
formes, jusqu’à celle en rapport avec la notion de transgenre. Ceci est
renforcé par ce passage :

En me retrouvant entre quatre murs je réalisai combien ma vie


d’homme déguisé ressemblait à une prison. J’étais privée de
liberté dans la mésure où je n’avais droit qu’à un seul rôle. Hors
ces limites c’était la catastrophe. Sur-le-champ je ne me rendais
pas compte combien je souffrais. Mon destin avait été détourné,

212 Dracius (S.), op, cit, pp. 209-210

210
mes instincts brimés, mon corps transfiguré, ma sexualité niée
et mes espoirs anéantis. Avais-je le choix ?213

213 Ben Jellon, (T.), op, cit, p. 143

211
Chapitre X : Les écritures de l’immigration

Bouger est intrinsèquement accolé à la nature des hommes. Sauf


qu’on observe qu’on n’a jamais été aussi mobile qu’en ce XXIème siècle, en
témoignent les diverses moyens de déplacement. Il n’est pas surprenant que
le thème du voyage soit une constante de la littérature. Elle l’est d’autant
plus qu’il a alimenté l’écriture depuis plusieurs siècle. On peut remonter
jusqu’au Moyen-âge pour trouver des traces écrites. En témoigne la teneur
des récits d’Homère, notamment par son Odyssée ou, avec ce poème, il est
question du retour d’Ulysse, qui, après dix ans d’absence, a affronté tous les
dangers sur terre comme sur terre, vers son royaume d’Ithaque. Dans ce
récit traitant du voyage ou de l’ailleurs, c’est selon, le héros est souvent à la
recherche d’un objet.

Ce thème peut également s’aborder comme un puissant motif


d’inspiration pour les différentes périodes historiques telles que celle du
classicisme, le siècle des Lumières, jusqu’y compris dans notre modernité en
passant par le XIXème siècle, siècle qui a consacré le romantisme et le
XXème siècle qui a consacré l’ébranlement du cartésianisme. Au cours de
ces siècles, le voyage est la chose vers laquelle se tourne une génération
d’auteurs dont on constatera une abondante parution. A travers le voyage,
c’est avant tout, le souci de la découverte, le goût de l’aventure ou encore
l’expérience de l’exotisme qui captivent la sensibilité des auteurs. Par contre,
parfois le voyage est le résultat d’une exigence de survie ou le fait de fuir un
espace hostile. Aussi, sous prétexte de voyage, c’est surtout et dans un
premier temps le mouvement vers l’ailleurs qui s’avère un élément attractif.
Les auteurs éprouvent une source de motivation dans leurs recherches et
expriment leur ressenti par l’intermédiaire des personnages au cœur des
romans. Ils partent parfois, en dépit des dangers qui pourront joncher leur
parcours, pour des expériences enrichissantes.

Dans l’écriture d’un roman, l’espace n’est pas un simple décor, un


prétexte quelconque ou une donnée simplement ornementale. Il est une

212
matière qui participe à la construction du récit et permet de donner sens à la
configuration d’un texte et à sa narration. Par conséquent, comment ne pas
s’arrêter un moment sur la notion de l’espace, déjà parce qu’elle est inclusive
à celle de l’immigration en ce sens qu’il n’y a pas d’immigration qui ne se
fasse par rapport à un espace Ensuite, parce qu’on essaie d’établir une
corrélation entre la quête de l’identité et les influences qu’elle subit dans un
processus d’immigration. Précisons qu’à cet effet, parmi les plus éclairantes
sur la théorisation de l’espace dans la narration, il faut prendre en compte
celle du critique de narratologie français Gérard Genette214 qui articule ses
travaux sur les notions temporelle, spatiale et les séquences qui structurent
le récit.

Toujours est-il qu’à travers l’expérience du voyage, nous voulons


préciser que, outre la destination finale, que vise à atteindre un individu,
dans une certaine mesure, comme on le voit avec cette position des écrivains
qui veuille accéder à l’ailleurs. Ce qui fait cette situation peut emmener à les
considérer comme des immigrés. Ainsi, dans l’idée de voyage, il faut prendre
en compte un double mouvement. Celle-ci porte sur un aspect positif et
négatif. Il y a d’abord l’aspect positif du voyage est celui qui peut-être perçu
comme volontaire, celui qui pourrait entreprendre un touriste. D’autre part,
c’est le côté négatif. C’est un autre point de vue qui est lié au voyage, c’est en
quelque sorte celui qui est fait sous la contrainte, comme qui dirait forcé.
Pour exemple, on mentionnera celui d’un homme, d’une famille, voir d’un
clan qui serait amené à partir d’un endroit pour un autre, traduisant le désir
de mieux être, sans pour néanmoins être considéré comme un exil.

Il y a une conclusion indéniable qu’on ne peut que faire, c’est que la


notion d’immigration est une forme de nébuleuse, en ce sens qu’elle
supporte d’autres concepts. Pour ce travail, en tenant compte des différentes
variables qui englobent la notion de voyage, ce n’est pas le voyage en tant
que tel qui sera abordé. Il est davantage question de celles qui lui sont
adjacentes. C’est le cas de l’immigration, car c’est en partie de l’écriture de

214 Genette (G.), Figures III, Paris, Seuil, 1972, 285 p.

213
l’immigration dont il est question dans la réflexion que nous menons dans
cette étude. En plus, on peut relever aussi que, s’il y a un élément
caractéristique que les quatre auteurs de cette étude ont en commun, c’est
bien qu’ils sont clairement en phase avec l’idée de voyage qui prend des
allures d’une démarche d’immigration.

Aussi, il sera intéressant de nous demander en quoi les écritures de


l’immigration rendent-elles raison d’une quête identitaire ? Dans ce sens,
nous aborderons trois notions. D’abord, nous aborderons comme premier
point la quête de l’ailleurs. Ensuite, il s’agira de voir écrire en pays
d’adoption.

Enfin, étant donné que, parfois une identité a du mal à se situer par
rapport à un point A et B qui traduisent le lieu de départ et celui vers lequel
on pense trouver la quiétude, il advient qu’un troisième espace, cadre
intermédiaire, s’avère être la réponse. A cet instant, la quête d’identité
semble se construire dans un lieu de substitution aux deux autres. Pour ce
faire, le « Third space », entendu comme le troisième espace, recourt à une
quête de l’identité.

214
X-19 : L’ailleurs comme « variable
identitaire ».

Comme avec l’histoire d’Adam et Eve qui doivent partir du jardin


d’Eden pour avoir désobéi aux règles de vie édictées par le saint créateur qui,
pour les punir, leur jettera un sort maléfique les contraignant dans un
premier temps à renoncer aux merveilles et aux nombreux privilèges dont-ils
pouvaient jouir au paradis, dans un second temps, à travailler à la sueur de
leur front pour survivre, les auteurs des romans que nous analysons sont en
quelque sorte frappés par le sort car ils sont amenés à partir de leur pays
originaire pour trouver un autre destination, pour le cas présent la France.
C’est ce que nous portons sous le titre de la quête de l’ailleurs. Aussi, dirons-
nous que ce titre met en présence deux termes auxquelles il faut apporter un
éclaircissement. Le premier est ‘’quête’’ qui désigne l’action d’aller à la
recherche de quelque de chose. Alors que le second, qui est ‘’ailleurs’’, il faut
entendre une allusion à un autre lieu différent de celui dans lequel on se
trouve. Par conséquent, la quête de l’ailleurs désigne tout désir visant à
rechercher un autre lieu, un autre espace renvoyant à un endroit non
identique à celui dans lequel on se trouve.

C’est en nous inspirant en quelque sorte de la biographie des nos


quatre auteurs que nous avons pris appui pour consacrer une séquence
portée sous ce titre et ce d’autant plus qu’ils donnent une vraie légitimité à
ce dernier. En effet, lorsqu’on regarde ces quatre écrivains, on relève qu’il y a
un élément analogue à tous, c’est qu’ils sont quasiment tous résidents sur le
sol français ou sont devenus français d’adoption, à l’exception d’Alain
Mabanckou qui y a longtemps séjourné avant de prendre comme lieu de
résidence les Etats-Unis.

De cet état de fait, nous pouvons émettre le constat selon lequel ces
auteurs obéissent à un parcours si ce n’est identique, au moins proche. Ils
sont tous nés dans un pays et sont devenu à un moment de leur vie résident

215
d’un autre pays, en l’occurrence la France. Ainsi, on peut avoir plus de
précision sur les pays dont sont originaires ces auteurs. On sait que Tahar
Ben Jelloun est originaire du Maroc uù il est né à Fès en 1944. Pour
Suzanne Dracius, on retient qu’elle voit le jour en Martinique en 1951.
S’agissant d’Alain Mabanckou, il vient au monde à Pointe-Noire au Congo en
1966 et pour ce qui est d’Ananda Dévi, elle est issue de l’Ile-Maurice en
1957. Ce petit rappel nous permet d’affirmer que ces écrivains peuvent-être
considérés comme étant des auteurs de l’immigration et dans le même temps
au cœur de la problématique identitaire.

Malgré tout cela, on remarque qu’il se dégage de cette situation relative


à ces écrivains un parcours qui nous permet d’entrevoir deux séquences
l’une conséquence de l’autre. D’une part, la perte du lieu originaire qui
préfigure l’instant de départ, d’une rupture. D’autre part l’immigration parce
que sous cette évocation, il y a induit une forme d’errance. Qu’entendons-
nous exactement par ces deux acceptions ?

De prime abord, il y a ce que nous nommons « la perte du lieu


originaire ». Il convient de souligner qu’elle évoque tout simplement le fait
que quelque chose ou une personne soit emmené à se soustraire ou à partir
d’un endroit, qui aura constitué le lieu de naissance pour une personne ou
de conception voir création pour un objet, vers une autre destination. Cette
perte peut s’apparenter à une rupture ou à un détachement de l’endroit
initial.

Pour ce qui est de l’errance, disons qu’à l’origine, la notion reste liée au
verbe errer qui désigne tout simplement l’action d’aller. Dans la plupart des
cas, la perte du lieu originaire débouche sur une errance. La notion est
également une constante de l’univers de la littérature. L’errance, même si
elle présente diverses variantes selon les œuvres dans lesquels elle est
abordée, reste connotée avec une représentation négative à l’instar du juif
errant. A contrario, elle est parfois abordée sous l’angle positif comme avec

216
les damnés de la terre, tiré du texte de Dante intitulé La Divine comédie215 où
les personnages sont condamnés à une errance perpétuelle tout en
subissant les pires supplices qui soient avant de passer au purgatoire et de
terminer au paradis. Il y a également l’exemple du juif errant qui est un
mythe initié au moyen-âge.

Ces notions sont emblématiques de l’histoire des auteurs de cette


étude et justifient de manière sous-jacente le lien que ces écrivains
entretiennent avec la quête d’identité. De fait, la perte du lieu originel serait
ce qui renvoie au pays de naissance de nos auteurs et l’errance qui
traduirait le parcours vers le pays d’accueil pour ces derniers. Toute chose
qui, comme nous l’avons mentionné, s’intègre dans ce que nous avons
intitulé l’écriture de l’immigration.

Si les gens sont amenés à s’imaginer ailleurs ou nourrissent la volonté


de partir d’un lieu pour un autre horizon, ce n’est pas toujours un acte
fortuit. De manière générale, dans la vie de tous les jours ou plus
particulièrement pour ce qui est de nos auteurs, elle est le fait d’une double
cause, c’est-à-dire positive et négative. Celle qui est positive c’est parce
qu’elle est le fait d’une démarche volontaire. Un touriste par exemple relève
plus de ce que nous avons appelé une action volontaire. Pour ce qui est de la
conception négative, elle l’est en ce sens qu’elle est menée sous la contrainte
éthique, sociale ou politique. Dans ce sens, un demandeur d’asile répond à
ce côté négatif de la quête de l’ailleurs. Dans cet esprit, des écrivains comme
Victor Hugo participent de cette dimension négative liée la quête de l’ailleurs.
L’histoire nous apprend qu’il est poussé à l’exil à un moment de sa vie et ce
pendant près de vingt neuf ans. Il est notamment reproché de trahison à la
république. L’écrivain français du XIXème, figure majeure du siècle qui a
consacré le romantisme, est accusé par ailleurs d’insulte à la reine Victoria
et proscrit par Louis Napoléon. Il sera envoyé en exil suite à cela.

215 Dante (A.), La divine comédie, Paris, Diane De Selliers, Coll. « La petite
collection », 2008, 508 p.

217
Comme nous le voyons, le thème de l’ailleurs a abondamment inspiré
les hommes de lettres et constitué un puissant motif d’inspiration récurrent
pour les auteurs. Pour nous en rendre compte, il suffit des ouvrages au titre
non équivoque comme Voyage au bout de la nuit216 de Céline ou encore
Voyage au centre de la terre217 de Jules Verne. Quoi qu’il en soit, la quête de
l’ailleurs constitue doublement un mobile de libération. Dans un premier
temps, l’ailleurs apparaît comme une alternative pour s’affranchir d’un péril
éventuel. Il en est ainsi d’un pays qui serait en proie à une guerre civile.
Dans ce cas, l’habitant ou l’écrivain se verrait contraint de partir pour
préserver sa vie. Dans un second temps, la quête de l’ailleurs permet, pour
le cas d’un écrivain, de « ré-oxygéné » son inspiration lorsqu’il se trouve
habité par le « syndrome de la page blanche » et pouvoir se trouver dans un
regain de créativité.

Nombreux sont les auteurs qui ont su tirer profit des vertus de
l’ailleurs. Mais, signalons que l’ailleurs n’est pas toujours à prendre comme
cette démarche physique ou géographique, c’est-à-dire à la façon d’un exode
où un peuple serait amener à quitter un espace géographique pour un autre,
mais aussi comme une projection de l’esprit ou un acte d’évasion vers un
temps ou une époque donnée. Au XVIème siècle par exemple, des auteurs
vont énormément recourir à l’ailleurs pour redéfinir la vision de leur société.
En effet, les membres du mouvement nommé La pléiade s’inspirent
énormément de l’ailleurs, en l’occurrence référence faite au modèle des
anciens. Sous la conduite de Ronsard et Du Bellay, ils se tournent vers les
textes des anciens afin de codifier une langue française et de donner une
identité commune à la France.

L’autre période qui est aussi très enrichissant comme symbole dans
l’exemplification et l’apport du thème de l’ailleurs pour la transformation de

216 Céline (L.F.), Voyage au bout de la nuit, Paris, Gallimard, Coll.


« Folio », 1972, 505 p.
217 Verne (J.), Voyage au centre de la terre, Paris, Livre de poche, cool.
« Classique », 19172, 372 p.

218
la société est le XIXème siècle. Au cours de ce siècle, le contexte est on ne
peut plus contraignant pour l’Art. Plusieurs auteurs ne peuvent exprimer
librement leurs sensibilités et ne peuvent donner libre cours à leurs
productions artistiques parce qu’ils sont embrigadés par des principes et
autres dogmes trop dirigistes qui a pour conséquence de scléroser l’Art. Ils
vont alors s’engager en faveur d’une « désaliénation » de l’Art. Pour eux, il
faut évacuer du domaine artistique cette contrainte et libérer du champ des
auteurs cet esprit de dictature. Devant la censure systématique qui prévaut,
nombreux sont ceux qui optent pour l’ailleurs, sois sous forme d’exil ou de
voyage, pour se libérer de cet environnement devenu pour eux inadéquat à la
libre expression de leur âme de romantique. Durant cette période, l’ailleurs,
entre autre passion, va être célébré par dans les œuvres. Par le canal de
l’évasion, ils partent explorer le bout du monde avec le souci d’échapper au
diktat pour l’effectivité de la liberté sur toutes ss formes.

Mis à part la place qu’occupe l’ailleurs dans les siècles mentionnés, il


faut dire que l’ailleurs a permis de tordre le coup à plusieurs situations,
notamment sur la démystification que des autochtones ont sur des étrangers
blancs. Il a également autorisé une énorme avancée par rapport au regard
que des personnes ont sur certains clichés. Ainsi, la rencontre avec
« l’Autre » est à l’origine de l’envie de l’africain autochtone à vouloir découvrir
d’autres horizons. Il n’est pas, de ce fait, surprenant que l’ailleurs soit
également chanté dans la littérature africaine subsaharienne. La recherche
d’un nouvel horizon traduit généralement la réponse à une détermination
pour un mieux être social, comme ça répond à un acte sanctionnant une
attitude offensante de la part de certains gouvernants despotiques
réfractaires à une quelconque critique. Suite à cela, ce n’est que question de
vie que l’ailleurs, plus précisément l’appel de l’Europe pour nombre
d’écrivains africains, soit très fort et ressort dans leurs productions
romanesques comme l’attestent des romans au titre fortement révélateur que

219
sont Cahier nomade218 et aussi L’œil nomade : Voyage à travers le pays de
Djibouti219 écrit par Abdourahman Ali Wabéri.

Pour en revenir à nos auteurs et à leur roman, on peut affirmer que


leurs narrations s’inscrivent bien dans cette quête de l’ailleurs et en font une
figure de la narration. Il y a même que, à travers leur récit fictionnel, on
perçoit un usage qui s’oppose à l’ailleurs. Cette double connotations renvoie
à l’aspect positif et négatif lié à la quête de l’ailleurs. Dans les récits que
nous déroulent ces écrivains, l’ailleurs, qu’il soit perçu de manière négative
ou positive, s’avère une alternative vitale, un recours permettant le partage
d’une expérience.

Trois personnages illustrent la représentation de l’ailleurs dans le


roman de Mabanckou. Ces trois protagonistes sont L’Escargot entêté,
L’Imprimeur et Holden. Ces trois personnages ont la particularité de vivre
l’expérience de l’ailleurs hors des limites du territoire de leur pays.
L’Escargot a longtemps bourlingué avant de revenir dans son pays. Sauf que
dans son périple, il n’a pas été plus loin que les pays frontaliers au sien. Il
n’a pas traversé de lointains pays. Après un tour d’horizon, il revient dans
son pays pour ouvrir un bar au nom très explicite, le crédit à voyager. Le
nom de ce bar est inspiré de son séjour en terre camerounaise. Pour
L’Imprimeur, il est vraiment question d’une expérience lointaine de l’ailleurs
vu que c’est en France que se concrétisera son expérience de l’ailleurs. Alors
que pour ce qui est de Holdem, nous dirons que c’est par l’intermédiaire de
la traversée de l’Atlantique qu’il nous invite à confirmer l’ailleurs vu qu’il a
séjourné aux Etats-Unis. Les pages du roman de Mabanckou offrent
l’écriture d’un roman où il y a d’une part une récurrente allusion à d’autre
pays, notamment, le Cameroun, la France et les Etats-Unis. D’autres part,
l’ailleurs revêt des allures de désenchantement voire de désillusion pour
certains des personnages de Verre Cassé. Que ce soit L’escargot entêté,

218 Wabéri (A.A.), Cahier nomade, Paris, Serpent à plumes, 1996, 160 p.
219 Wabéri (A.A.), L’œil nomade : Voyage à travers le pays de Djibouti,
Paris, CCFAR/L’Harmattan, Djibouti, 1997, 95 p.

220
L’Imprimeur, l’Américain, ils sont victimes d’un désenchantement consécutif
à un lieu de vie qui est supposé correspondre à un idéal de vie.

C’est le côté quasi fataliste que Tahar Ben Jelloun situe le cadre dans
lequel son récit se déroule. Dans ce dernier, on découvre que le personnage
principal a longtemps été l’objet d’une imposture par la contrainte d’un père.
Ce dernier lui fait mener une vie qui est contraire à ce qu’’elle est
véritablement. Il faut attendre sa majorité et la mort de son père pour qu’elle
comprenne la privation dont-elle a été l’objet. S’en suit alors une série,
notamment la mort du père pour lequel elle sera présentée comme la
responsable. Le constat de sa vraie personnalité et les accusations injustes
de ses sœurs vont la pousser à s’enfuir de la maison et partir vers un
ailleurs plus sécurisant. En effet, on observe que l’héroïne du roman de Ben
Jelloun obéit à une forme de « rite initiatique » qui se donne à lire à travers
un parcours. On peut relever que ce « rite » passe par trois phases. La
première phase est celle qui aura consisté à la déguiser en un garçon. La
seconde, c’est celle qu’on appelle la redécouverte de soi. Effectivement, c’est
l’instant où elle fuit de la maison. Donc elle prend en compte ce moment où
elle se recherche dans sa fuite, le viol qu’elle subit d’un inconnu dans le
désert et son asile dans la maison du Consul, frère aveugle de l’Assise Enfin,
la dernière phase est celle que nous pouvons considérer comme étant celle
du dénie. Clairement, c’est le moment le plus cynique et pathétique du
roman où l’on voit les sœurs du personnage principal la priver de ce qui fait
sa féminité et faire d’elle une personne sans genre, la réduisant à un objet.
Comme qui dirait le « ni homme, ni femme » :

Nous sommes venues, cinq doigts d’une main, mettre fin à une
situation d’usurpation et de vol. Tu n’as jamais été notre frère et
tu ne seras jamais notre sœur. Nous t’avons exclue de la famille
en présence d’hommes de religion et de témoins de bonne foi et
de haute vertu. A présent, écoute-moi : tu nous a fait croire que

221
tu étais une statue, un monument donnant la lumière,
ramenant l’honneur et la fierté dans la maison, alors que tu
n’étais qu’un trou enveloppé d’un corps maigrichon, un trou
identique au mien et à celui de tes six autres ex-sœurs […]
Rappelle-toi, tu n’es qu’un trou entouré de deux jambes
maigrichonnes. E ce trou on va te le boucher définitivement (…)
On va te faire une petite circoncision, on ne va pas simuler, ce
sera pour de bon, il n’y aura pas de doigt coupé, non, on va te
couper le petit chose qui dépasse, et avec une aiguille et du fil on
va museler ce trou. On va te débarrasser de ce sexe que tu as
caché. La vie sera plus simple. Plus de désir. Plus de plaisir. Tu
deviendras une chose, un légume qui bavera jusqu’à la mort. Tu
peux commencer ta prière220.

En parcourant ces lignes, nous apprenons énormément sur les


motivations des six sœurs par rapport au comportement qu’elles adoptent
vis-à-vis de leur sœur cadette. D’abord, qu’elles sont en colère envers leur
sœur benjamine et lui reprochent d’avoir usurpé une identité qui n’était pas
la sienne et par conséquent d’avoir privé ces dernières d’un certain nombre
de chose. Elles lui reprochent sournoisement d’avoir envouté leur père et de
bénéficier des droits qui leur revenaient. Ensuite, on apprend que la cause
de leur malheur est la partie intime de leur sœur. Pour ce faire, elles l’ont
privé de l’usage de ce dernier, faisant d’elle un objet. Au-delà de ces propos,
on observe que cet acte vient marquer la fin d’une cabale contre l’héroïne et
la sentence de ses sœurs à son égard. D’une certaine manière, cet acte
évoque un rituel d’excision. Il s’inscrit dans une forme de rituel qui a court
dans certains pays qui consiste à priver la femme de l’élément essentiel qui
lui permet de prendre du plaisir et d’éprouver de désir dans son rapport
intime avec l’homme.

220 Ben Jelloun (T.), op, cit, pp. 158-159

222
Placé sous le signe de l’ailleurs, le roman d’Ananda Dévi poursuite
cette démonstration et traduit également que ce motif est pris en compte
dans les pages de son récit. Effectivement, avant de parvenir au lieu dit
Soupir, la flopée de copains, en l’occurrence Patrice l’Eclairé, Bertrand
laborieux, Noëlla, Marivonne, Palm royal et tous les autres vont opérer une
forme d’exode. Par la démarche qu’ils vont adopter, c’est clairement au désir
d’un ailleurs qu’ils vont donner corps :

Nous les hommes d’en-bas, nous nous sommes armés de tout ce


que nous pouvions trouver de tranchant, de coupant ou
d’explosif, et nous sommes montés en bande. A soupir, il n’y
avait que ce cadavre qui soupirait, à moitié décomposé. Rien
d’autres221.

C’est précisément à travers le verbe « monter » que l’on perçoit mieux


que ces personnages se sont lancés dans un mouvement migratoire. Cela est
plus perceptible dans la comparaison qui suit :

A Maurice, ils ont des noms d’endroits comme Poudre d’or,


l’Amitié, l’Aventure, Bel Ombre, Bonne Terre.

A Rodigues, on a Crève-Cœur, Brulé, l’ile de la destinée, Quatre


Vents, Soupir. L’ile entière a mal au cœur sous son rire brulé.

On passe d’un lieu à un autre, pour enfin comprendre à quoi


nous sommes condamnés222.

Une comparaison qui met l’accent sur la contradiction qui caractérise


les deux îles. L’une qui présente des apparats d’une ville bien portante et

221 Dévi (A.), op, cit, p. 17


222 Dévi (A.), idem, p. 37

223
l’autre qui tient en une réalité peu reluisante. On pourrait alors se demander
pourquoi ne font-il pas le nécessaire pour partir de cette île. Il semble que ce
soit le fait d’une fatalité.

En consacrant un pan de notre travail à cette réflexion, c’est-à-dire


l’immigration, il faut comprendre, en filigrane, que c’est l’une des questions
portant sur la notion du sens en littérature qui est mise en évidence.
Effectivement, par l’intermédiaire de la posture migrante qui est mise en
lumière, c’est toute l’interrogation sur le sens, en littérature qui est centrale.
C’est l’idée que le sens se refuse à un moment donné à toutes définitions
stables, figées si ce n’est « embrigadantes », mais préfère désormais répondre
à quelque chose de l’ordre du muable, du protéiforme. Ici, la littérature, dans
sa démarche heuristique s’inscrit dans un mouvement de suspension
continu, référant de ce fait à un refus de clôture, de réponse finale. La
littérature est à saisir à l’image de ce que Maurice Blanchot nomme Le livre à
venir223.

Dans le rapport analogue que nous établissons entre identité,


littérature et sens, on peut se rendre bien compte que ce sont des objets
inhérents à une époque, à un contexte qui s’émancipe de toutes tentatives de
dire ou de capture. Un moment dont l’heure de gloire a été portée sous
l’esprit de rupture et de déconstruction chère aux nouveaux romanciers.
C’est en quoi, en ce point de recherche toujours déjà non conclusive,
continûment entrouverte, il convient de lire tout acte qui se refuse de
s’embrigader au dicible pour se déployer sans cesse dans cette aventure
infinie. Par conséquent, il convient dès lors légitime de se demander, encore
une fois, avec Blanchot dans son ouvrage Où va la littérature ?224

223 Blanchot (M.), Le livre à venir, Paris, Gallimard, Coll. « Folio essais »,
1986, 340 p.
224 Blanchot (M.), L’espace littéraire ?, Paris, Folio, 1988, 376 p.

224
X-20 : Ecrire en pays d’adoption

En décidant d’entreprendre une réflexion sur des romans de quatre


auteurs, l’un des aspects que nous avions pris pour essentiel comme point
de départ est la convergence de leur thème d’écriture. Dans la progression de
ce travail, une autre caractéristique s’est ajoutée, c’est qu’ils sont tous
installés en France ou du moins y ont séjourné. Ils ont fait de l’hexagone, le
lieu de leur production romanesque. C’est ce que nous avons formulé par :
Ecrire en pays d’adoption. Ce qui répond à un type de terminologie par
rapport à cette situation. Selon Jaques Chevrier, les écrivains qui
appartiennent à ce critère rentrent dans le qualificatif d’écrivains de la
« migritude225».

Relevons que si le fait que ces romanciers ont fait de la France leur
terreau de prédilection dans l’accomplissement de leur carrière littéraire a
été une motivation supplémentaire dans le choix que nous avons fait pour
cette thématique, il n’en demeure pas moins que c’est plus en tenant compte
du traitement des structures langagières de leur ouvrage qu’il nous a paru
pertinent que nous avons focalisé l’attention et pour en faire un outil
d’analyse. De même que pour ‘’écrire en pays d’adoption’’, l’analyse visera à
mettre en exergue la corrélation entre le vécu des auteurs et l’histoire
contenue dans leur roman. Il faut retenir que nous travaillons à voir quelles
catégories de problématiques leurs écritures mettent-elle en œuvre de leur
roman ? Le pays d’adoption constitue-t-il la panacée pour ces auteurs dis de

225 Le concept de « migritude » est une invention de Jaques Chevrier pour


désigner les écrivains qui ont la particularité d’écrire depuis leur terre
d’asile, d’accueil, d’adoption, de résidence temporaire ou permanente. Levons
tout de même l’équivoque sur les notions d’immigré et d’exil. L’exil est le fait
d’une sanction ou d’une privation de droit. C’est le cas d’un politique. Alors
que l’immigré se veut une démarche volontaire. Soulignons que l’exil est la
conséquence de l’émigration.

225
l’immigration ? L’immigré trouve-t-il toujours le moyen de s’épanouir dans le
territoire d’accueil ou est-il toujours réduit à chercher un autre lieu ?

D’emblée, nous dirons que fort de leur expérience en terre hexagonale,


nos auteurs ont vocation à interpeller nombre de lecteurs. En effet, pour une
grande majorité des peuples au sud du Sahara, l’idéal se trouve du côté de
l’occident, plus précisément en France. Ce constat est établi à la suite du
déferlement de vagues incessantes de personnes qui tentent tous les jours de
rejoindre le vieux continent qui est l’Europe et retrouver un cadre social
propice à l’effectivité d’une meilleure existence. Toutefois, le flux continu
d’immigrés vers la France, en plus des risques désastreux qu’ils encourent
en empruntant les voix les plus illicites, se terminent assez souvent par un
désenchantement total. La quasi-totalité d’entre eux qui tentent l’aventure
font bien souvent l’amère expérience que Paris, en plus de ne pas être le
paradis tant espéré, constitue le tombeau de leurs rêves.

Face à cette situation qui engage la vie de nombreuses personnes qui,


devant l’absence de propositions concrètes pour l’amélioration de leur vie, se
voient contrainte de braver le péril en espérant que le bonheur les attend de
l’autre côté de la Méditerranée, en dépit du fait que bien souvent, la mort se
dresse sur la route de ces derniers, des écrivains ne peuvent que se saisir
d’un des fléaux qui mine notre modernité. Ils se font les porte-paroles de ces
problèmes, justifiant dans le même temps leur droit à faire valoir l’un de leur
sacerdoce, c’est-à-dire la peinture des maux qui minent la société. Ils
endossent leur plus grand rôle, c’est-à-dire d’interpeller. C’est le choix pris
par Alain Mabanckou. Il prend le parti de peindre les désillusions vécues par
deux de ces personnages que sont L’Imprimeur et l’Américain Holden. Ces
deux personnages ont en commun d’avoir été des victimes de leur séjour en
occident. D’abord l’Imprimeur. On est au courant de son histoire quand il
vient se confier à Verre Cassé dont le projet d’écriture d’un livre a suscité
l’intérêt de plus d’un client. Il vient ressasser sa situation de noir qui vivait
dans l’opulence en France. On apprend, notamment, que, s’il est devenu un
anonyme quelconque, passant ses journées à trainer dans ce bar, c’est parce
que son épouse, nomme Céline, va être la cause de la perte de cette vie de

226
responsable et va occasionner sa déchéance pour ne pas dire sa décadence.
Pourtant, elle est fautive car prise dans une relation d’amante avec le fils de
l’Imprimeur. Face à cette faute, elle trouve pour subterfuge de faire passer
son mari pour dément, avec la complicité de son fils. Suite à cette folie
inventée, il sera rapatrié en Afrique. On peut apprendre cette histoire de sa
propre personne :

Je suis le plus important de ces gars parce que j’ai fait la France,
et c’est pas donné à tout le monde, crois-moi (…) à vrai dire, je
ne hais pas les français et les françaises, mais je hais une
française et une seule je te jure (…) tu vas voir comment elle m’a
tué, comment elle m’a ruiné, comment elle m’a réduit en déchet
non recyclable (…) Verre Cassé, il ne faut pas badiner avec la
femme blanche, je te dis que si tu croises une Blanche un jour,
passe ton chemin, ne la regarde pas, ne la regarde surtout pas,
elle est capable de tout, je ne sais même pas comment je me suis
retrouvé du jour au lendemain ici au pays alors que ma vraie
place c’est l’Europe, c’est la France, et voilà que je passe mon
temps entre ce bar et le sable de la Côte sauvage (…) crois-moi
Verre Cassé, j’étais un homme bien, je ne sais pas si tu sais ce
que ça veut dire être un homme bien en France, toi, mais j’étais
un homme qui gagnait sa vie, un homme qui payait à temps ses
impôts sur le revenu, un homme qui avait un compte épargne à
la Poste, un homme qui avait même des actions à la bourse de
Paris, un homme qui voulait toucher sa retraite en France parce
que les retraites de notre pays c’est de la merde (…)226

Dans ces propos, on note qu’il y a une restitution assez détaillée de la


vie de L’Imprimeur en France. Il énonce sa conception qu’il a de la femme
blanche et met en garde Verre Cassé devant l’attitude de cette dernière. Il

226 Mabanckou (A.), op, cit, pp. 64-66


227
parle également, de manière croissante, du genre d’homme qu’il était en
France et des projets qu’il nourrissait dans ce pays. On dénote dans ces
propos un comportement narcissique doublé d’un timbre de nostalgie. Outre
la désillusion liée à l’histoire de L’Imprimeur en France, il y a également les
errements de la vie états-unienne de Holden que Verre Cassé nous livre ainsi
en lui confiant une mission :

Je lui tends alors ce cahier en lui confiant « mon gars, donne-le à


L’Escargot entêté, ne l’ouvre surtout pas même si toi aussi tu es
dedans, mais je n’ai pas voulu parler de ta vie, je n’ai pas assez
de temps, du reste, allais-tu me dire que tu étais un étudiant
étranger, hein, allais-tu me dire qu’un de tes amis t’a cassé la
figure dans le dortoir, que tu vagabondais ici et là dans
Manhattan, que tu as été à New-York, que tu as vu des canards
en hiver au Central Park et tout le bazar227.

Comme il s’est agi du précédent personnage, c’est-à-dire L’Imprimeur,


Holden est un exemple de mésaventure en Occident. A la différence de
L’Imprimeur, le mobile semble tellement apparent que Verre Cassé n’en fait
pas un cas suffisamment important pour en faire une histoire crédible et lui
consacrer un chapitre dans l’ouvrage qu’il écrit. Toujours est-il que sa
désillusion porte sur deux réalités contraires : Impossibilité de s’épanouir
dans ses études et mésentente avec un camarade du dortoir. Par cet
exemple, l’auteur insiste sur un problème assez fréquent chez des jeunes
étudiants africains qui partent poursuivre leurs études à l’étranger. Il s’avère
que l’échec couronne le parcours de ces études, qui de retour dans leur
pays, noient leur mésaventure dans des postures snobs.

L’autre problématique au cœur de l’écriture de ces écrivains qui se


trouvent en territoire d’adoption est, sans conteste, la liberté d’expression

227 Mabanckou (A.), op, cit, p. 247

228
dont l’une des missions est la dénonciation. Précisons à cet effet qu’il n’est
nullement question ici de faire de la notion de « dénonciation » l’apanage des
auteurs ayant quitté leur pays d’origine et se trouvant en pays d’accueil,
mais que l’idée consiste à relever juste qu’il semble plus facile pour eux
d’aborder certains sujets qui seraient perçus comme tabous vu
l’environnement dans lequel ils vivent. En effet, on peut risquer d’affirmer
que la dénonciation, depuis les temps immémoriaux, est constituante de la
nature humaine. L’homme a au plus profond de son âme toujours exprimé
son désaccord, selon le contexte et les périodes. Fort de cela, on peut
affirmer que la dénonciation peut être entendue comme une forme
d’engagement en faveur d’une cause ou d’un peuple quitte, parfois à risquer
sa vie.

Prendre la défense des plus faibles est l’attitude que peut réclamer
Tahar Ben Jelloun dans La Nuit sacrée. Le roman dont-il est l’auteur porte,
entre autre, sur les abus d’une société ancrée sur des valeurs traditionnelles
désuètes et l’absence de liberté à laquelle sont confrontées certaines
personnes, notamment les femmes. Ces abus ressortent dans la bouche du
père de Rehvana au moment où il sent sa mort proche et décide de se
confesser :

Vingt ans de mensonge, et le pire c’est moi qui mentais, toi tu


n’y es pour rien, pour rien ou presque. Enfin l’oubli n’est même
plus une passion, c’est devenu une maladie. Excuse-moi, mais je
voudrais te dire ce que je n’ai pas osé avouer à personne, pas
même à ta pauvre mère, oh ! surtout pas ta mère, une femme
sans caractère, sans joie, mais tellement obéissante, quel
ennui !228

228 Ben Jelloun (T.), op, cit, p. 23

229
Fort des aveux de son père et du traitement injuste dont elle a été
l’objet, l’héroïne du récit de Ben Jelloun, après son incarcération,
s’exprimera en ces termes :

J’avais acquis peu d’expérience dans la vie. J’apprenais


beaucoup à travers ces récits sur les mœurs de ma société, sur
la mesquinerie des hommes, sur la grandeur et la faiblesse de
l’âme. Je me rendais compte combien j’avais été préservée
durant l’enfance et la jeunesse (…) On aurait dit que mon père
m’avait mise sous verre, à l’abri de la poussière et du toucher. Je
respirais difficilement parce que j’avais un masque d’acier,
enfermée dans une famille elle-même enfermée dans la maladie,
la peur et la démence. Ma vie d’homme déguisé avait été plus
qu’un péché, une négation, une erreur. Si j’avais été une fille
parmi les filles, mon destin aurait été peut-être violent mais pas
misérable, entaché de honte, de vol et de mensonge229

Cet énoncé qui est dit dans une formule analeptique230, peut-être
résumé en trois instants. Le premier, on voit l’héroïne prendre conscience où
elle se trouve en prison, après avoir écouté ses autres codétenues,
notamment sur les méchancetés dont-elle a été l’objet. Ensuite, elle repasse
en vue ce qu’a été sa vie, notamment les caractéristiques de la famille dans
laquelle elle vivait. Enfin, elle réalise finalement ce qu’est le « vrai » visage et

229 Tahar Ben (J.), La Nuit sacrée, op, cit, p. 177


230 Une analepse ou récit analeptique, selon G. Genette dans Figures III, p.
130, correspond à une rétrospection ; c’est-à-dire le fait qu’un récit raconte
après dans R-récit ce qui s’est passé dans H-Histoire. Elle « constitue un
récit temporellement second par rapport au récit dans lequel elle s’insère et
que nous appellerons récit premier ». L’analepse est l’inverse de la prolepse
qui est une projection d’un personnage dans le temps.

230
reconnait qu’en ayant mené une vie différente, elle était passée à côté.
Qu’elle aurait vraisemblable vécu une meilleure existence en dépit
d’éventuelles moments difficiles.

Il en est de même pour Dévi. Sur la même lancée qu’ Ananda Dévi,
L’écrivaine originaire de l’île Maurice tient également à mettre en lumière les
conditions de vie difficile dans lesquelles sont englués les personnages de
son roman au quotidien. Dans un environnement qui pourrait-être assimilé
à un univers chaotique, ils font montre d’une solidarité et se battent chaque
jour pour ne pas laisser la mort finir par avoir raison d’eux. Ainsi, au lieu
appelé Soupir, leur seul espoir repose dans la culture de la ganja dont on
connait les effets hallucinogène. Pour nous en rendre compte, il suffit de
nous référer à la description que nous fait savoir la quatrième de
couverture :

Au lieu-dit Soupir, dans Rodrigues, dernière île habitée à l’Est de


l’Afrique, les quatre points cardinaux sont soleil, sécheresse, mer
et cyclone. Une poignée de gens, piégés entre un passé renié et
un avenir compromis, poussés par leurs rêves fous, décident de
s’exiler à Soupir, au flanc d’une colline, pour y cultiver la ganja.

On retient de ce passage un abondant lexique des éléments chaotique.


Dans ce village, on a le sentiment que tout concours à un déclin. Comme si
on était proche de la fin des temps. Ce climat difficile met dans une attitude
de survie où seule la culture de la ganja leur permet d’échapper à la dure
réalité du quotidien.

La position adoptée par Suzanne Dracius est un peu différente de ses


pairs écrivains de l’espace francophone postcolonial que nous incluons dans
cette réflexion. Effectivement, originaire d’un département d’outre mer, les
raisons de sa présence en France sont motivées par la poursuite des études.
Du coup, sa position déroge aux motivations qui guident les autres

231
écrivains, c’est-à-dire qui ont recours à une demande d’asile par exemple.
Dans cette logique, il n’est pas surprenant que la vie du personnage central
de L’Autre qui danse soit calquée sur celle de l’auteure. En effet, l’héroïn,e
que l’auteure Suzanne Dracius nous décrit dans son roman, a également la
particularité d’avoir des origines en terre Martiniquaise. Installée en France
depuis un moment avec ses parents, Rehvana n’arrive pas à s’épanouir dans
la vie parisienne. Elle ne parvient pas à trouver sa place dans cette vie
métissée et préfère se lancer à la recherche de ses racines et de ses origines.
La première étape consiste à passer son temps dans le milieu afro-parisien
en espérant trouver sa place. Mais, cette démarche s’avère peu concluante.
Devant ce qui peut-être perçu comme un devoir pour elle, elle va repartir au
pays de ses ancêtres afin de retrouver leurs modes de vie et d’essayer de le
pérenniser. Mais son retour est loin de correspondre à ses attentes : « Elle
est loin, désormais, l’effervescence voulue et jubilatoire du début. La route
défile, macabre, et Rehvana s’étonne des innombrables cadavres de chiens,
chats et manicous écrasés qui tendent sur l’asphalte leurs pattes roides »231
Ce constat aux allures morbides va être un vecteur essentiel dans la longue
série des événements qui vont faire que le séjour de Rehvana ne se déroule
pas comme elle l’escomptait et va l’obliger à repartir en France. En plus de
l’environnement, elle a la particularité d’avoir un teint mulâtre. Ce qui ne
facilite pas son acclimatation auprès des autochtones. Ce qui peut-être
perçu comme un échec. Une trajectoire aux relents de mésaventure que
nous fait observer Geneviève Boucher dans cette analyse qu’elle élabore du
roman de Dracius:

Rehvana n’est pas comblée par la vie parisienne et elle s’ennuie


de ses racines antillaises. Piégée dans son métissage, et donc par
ses racines et ses origines, Rehvana décide de se joindre à un
groupe rebelle formé d’Antillais voulant retrouver coûte que
coûte leurs racines africaines. Insatisfaite par cette secte

231 Dracius (S.), op. cit, 99

232
dissipée, elle quitte la France pour s’installer en Martinique et
vivre comme le faisaient ses ancêtres, c’est-à-dire sans électricité
et dans un système où la femme est soumise à son mari. Cette
nouvelle vie la rapproche de ses racines dans le sens où elle
devient marquée par les coups qu’Éric lui porte, ce qui la lie à la
fois aux femmes antillaises et aux esclaves marqués au fer.
Cependant, son teint mulâtre fait que le personnage se sent pris
entre deux mondes : elle est trop noire pour la France et trop
blanche pour la Martinique. Cet élément combiné au métissage
provoque chez Rehvana une crise d’identité alors qu’elle tente de
découvrir sa véritable origine parmi toutes les cultures qui
s’entremêlent dans son sang. Rehvana quitte la Martinique sans
avoir pu discerner son identité. De retour en France, elle n’a pas
d’argent et tente de survivre avec sa fille Aganila232.

Il ressort de cet extrait de texte un manque d’intérêt indéniable de


Rehvana pour la vie qu’elle mène dans la capitale française. En alternative,
elle éprouve une envie manifeste de vivre comme ses ancêtres sur le sol
martiniquais. Dans cette logique, Paris constitue le lieu dysphorique233 et la
Martinique supposerait le lieu euphorique234. Elle va finir par exhaucer ce
désir. Mais, Malgré la réalisation de ce vœu, elle ne parvient pas à trouver
ses marques. Ainsi, un aspect nous parait primordial dans l’analyse que
nous présente la critique canadienne. Il s’avère que, en dépit de sa volonté

232 Tiré de « ‘’Quelqu’une’’ pages 337 à 342 » In de L’Autre qui danse :


Analyse de texte par Geneviève tiré du site :
http://www.suzannedracius.com/spip.php?article144, consulté le 10 janvier
2014.
233 Le qualificatif dysphorique il faut percevoir l’idée d’un mal-être, d’un
désenchantement se rapportant à un espace de vie.
234 Euphorique désigne la sensation intense de bien être lié à un
environnement de vie. C’est le lieu de réalisation d’un sujet

233
de vivre comme à « l’ancienne », Rehvana ne parvient pas à accéder à cet état
de plénitude tant désiré. Ceci du au le fait qu’elle soit trop blanche pour la
Martinique et trop noire pour la France. La conséquence qui en découle c’est
qu’elle est considérée comme une personne n’appartenant à aucun des pays
auxquels elle a des attaches, c’est-à-dire la Martinique et la France. On peut
donc affirmer que cette forme d’instabilité fait d’elle un personnage
« déculturé », c’est-à-dire qui n’a pas de lien culturel, faisant d’elle une
personne marginale où qu’elle soit. Cette situation plonge le personnage de
Dracius dans une forme d’inconfort territorial, d’insécurité spatiale ou du
lieu.

La spécificité évoquée par Dracius nous permet d’aborder un autre cas


relatif aux écrivains qui écrivent dans un pays d’adoption. Ce cas, c’est
précisément la problématique liée au lieu des personnes issues de
l’immigration et qui constitue un espace où des hommes d’écriture
choisissent de pointer du doigt de nombreux problèmes auxquels sont
confrontés les fils des hommes migrants. On voit qu’il y a une vraie difficulté
de la part de ces populations à construire une véritable identité car, pour
eux, se pose la question de référence identitaire. De quel côté doit se porter
leur exemple : à la culture d’origine ou bien envers les mœurs du pays
d’accueil ?

C’est fort préoccupé par la question culturelle consécutive à une


problématique identitaire dans un espace donné que certains écrivains en
font le propos de leurs romans. Ils se font l’écho d’une réalité qui caractérise
plusieurs des fils issus de l’immigration et installés en métropole, mais la
particularité est qu’ils sont fils de l’immigrant. Ce n’est que légitime qu’ils
situent leurs personnages dans une position périphérique. Dans cette
perspective, Steeve Robert Renombo235 évoque même une périphérie à triples

235 Ces trois niveaux périphériques découlent d’une crise, voire d’une
insécurité de lieu, en l’occurrence la banlieue parisienne. La première
périphérie, la plus formelle et sociologiquement lisible, renvoie simplement à
la banlieue comme espace de relégation, « géographie de la honte », marge

234
échelles. L’exemple qui reflète le mieux cette marginalisation est à lire chez le
personnage de Sami Tchak dans Place des fêtes. Il affirme d’ailleurs : « […]
Je sais que je ne suis pas vraiment français parce que ma peau ne colle pas
avec mes papiers […] Je veux dire que la France est mon pays natal, mais ce
n’est pas ma patrie »236. Ces lignes traduisent un phénomène d’exclusion qui
a de plus en plus court au cœur de modernité, auquel sont surtout
confrontés les fils d’immigrés. C’est ce que nous appellerons la double
« marginalisation ». Une situation qui fait d’eux des victimes d’une société
parfois dure et les affuble d’un double reniement. Le premier, parce que nés
dans un autre pays que celui de leurs parents, ils ne sont pas vraiment
reconnus dans le pays où ils sont nés. Le second est qu’ils ne sont pas
acceptés dans le pays qui les a vue naître, contestés par les autochtones qui
leur refusent toute authenticité, préférant les assignés à rapatriement dans
le pays leurs parents. Ils sont ballotés dans une posture que nous
qualifierons de « ni de…ni de », autrement dit « ni de là-bas, ni d’ici ». Le « ni
de là-bas » renvoyant au pays originaire et le « ni d’ici » désignant la patrie
d’accueil. Ces deux énoncés révèlent une difficulté majeure dans la vie de ces

non dynamique et espace dysphorique. Les banlieues ne sont pas d’abord


perçues comme des agglomérations ou autres divisions administratives
urbaines mais comme des « zones », c’est-à-dire, une espace résultant d’une
sorte de partition ou de césure, à l’intérieur d’une continuité territoriale.
Les deux autres échelles de cette périphérie procèdent davantage d’un
conflit symbolique qui engage l’historicité du sujet. En effet, dans l’espace
périphérique de la banlieue résident aussi bien des « Français d’origine » que
des « Français d’adoption » ; (…) selon l’incongruité taxinomique qui opère
des clivages au sein de « l’ivoirité » entre les « autochtones » et les
« allochtones » ou « allogènes ». Ces strates à l’intérieur de la périphérie
participent nécessairement d’une mise en connexion polémique de deux
temporalités et de deux espaces : la colonie et l’empire. Steeve Robert
Renombo, Portrait de l’écrivain postcolonial en cartographie In Postures
postcoloniales, Paris, Karthala, 2012, p. 160
236 Sami Tchak, Place des fêtes, op. cit., p. 22

235
personnes, surtout pour ce qui du processus d’intégration auquel fait face
cette génération, aune qui est jugé à l’aune d’une imposture.

X-21 : Le ‘’third space’’ une alternative de


la quête de l’identité

Le « third space » littéralement « troisième espace » est une expression


anglaise qui désigne le tiers espace en français. Elle doit s’entendre comme
une théorie qui postule une nouvelle pratique d’écriture dans le roman. C’est
une tendance à mettre au crédit du roman postcolonial dont se sent partie
prenante le corpus de cette étude. Il faut se référer aux travaux d’un Homi
Bhabha pour que nous entrevoyons la conceptualisons de cette théorie.
D’après Marie Cuillerai237, on peut ainsi lire de l’ouvrage de Bhabha que :

Les Lieux de la culture développe une réflexion sur l’altérité qui


déplace la référence identitaire du sujet porteur de droits
politiques, économiques, culturels, vers une dimension
expérimentale dans laquelle s’élaborent ce que Homi K. Bhabha
nomme « stratégies du soi ». L’identité y devient un phénomène
susceptible d’hybridations multiples et créatrices, qui se
transportent en des lieux provisoires et fragiles, « interstitiels ».
Cette « théorie postcoloniale », selon le sous-titre retenu par

237 Marie Cuillerai, Le tiers espace : Une pensée de l’émancipation In


http://www.fabula.org/revue/document5451.php, consulté le 10 janvier
2014.

236
l’éditeur français, offre ainsi une relecture du concept de
cosmopolitisme plus soucieuse des marges institutionnelles et
des « positionnements » des minorités que d’une citoyenneté
assurée de droits universels.

Comme on peut le voir, c’est l’évocation des notions telles que


« hybridation multiple » qui sont intéressantes car appliquées à nos corpus,
cela s’avère approprié dans la perspective que nous prenons ici qui consiste
en une théorisation du « Third space ». La visée poursuivie ici est que cette
notion suppose un mélange de différents corps avec pour objectif de donner
une autre forme différente de la forme initiale, de celle qui existait déjà. En
plus de ça, le fait d’adjoindre des substantifs assez révélateur, en
l’occurrence « lieux provisoires et fragiles » qui permettent de renforcer toute
sa pertinence au concept de tiers espace. Pour plus de représentation, dans
un ouvrage, Mpala-Lutebele238 entreprend également une réflexion sur un
ouvrage de Ngal. Dans ce dernier, il affirmera à propos de la théorie de
Bhabha ce qui suit :

A bouleverser la conception traditionnelle de l’espace dans son


analyse des populations « postcoloniales». Brisant l’opposition
binaire dominant depuis la colonisation entre espaces
colonisants et espaces colonisés, il les conçoit comme évoluant
dans un « third space », « tiers espace », l’ajout d’une troisième
entité permettant selon lui de reconnaître la spécificité due à
l’hybridité culturelle de ces écrivains de la période postcoloniale.

238 Mpala-Lutebele (M.A.), Aura d’une écriture : hommage à Georges Ngal,


Paris, L’Harmattan, paris, 2013, p. 101

237
Dans ce second extrait, qui nous informe un peu plus sur le « third
space », l’on peut retenir substantiellement que le tiers espace fait allusion à
quelque chose qui n’existe pas concrètement, mais qui est à inventer.
Quelque chose qui peut être apparentée à un espace intermédiaire,
conséquence d’un brassage d’au moins deux corps, a vocation à instaurer
une rupture avec l’existant et s’installer dans les modalités concrètes afin
d’ouvrir pour ainsi dire un nouvel ordre sociétal. Cet espace intermédiaire à
entrouvrir doit se déployer selon une double perspective. Il peut prendre la
forme d’un aspect palpable, malléable, comme participer d’une conception
imaginaire, voire théorique.

C’est précisément la posture dans laquelle se trouve inscrit nos quatre


auteurs. Effectivement, ils sont la représentation d’une génération qui porte
en elle, à la fois l’influence occidentale et celle dont ils sont natifs, faisant
d’eux des sujets métissés. Englués dans une forme d’hybridité culturelle, ils
font de leur roman un terreau propice à la promotion du tiers espace. Pour
s’en apercevoir, nous mettons d’abord l’accent sur la formulation de notre
objet d’étude. Il est vrai qu’en prenant pour point de départ le verbe « quête »
inscrit dans la formulation de ce travail, nous laissons sous entendre le
soupçon d’une démarche vers, soit un objet, soit un lieu ou une démarche
spirituelle, toujours est-il que nous nommerons cet inconnu « ailleurs ». En
plus de cela, le fait que le corpus analysé soit celui d’auteurs qui sont en
phase avec cette visée.

Chacun des écrivains présentent une écriture, hors mis la singularité


qui la caractérise, qui concourent à postuler une troisième catégorie, celle
que nous avons configurée sous l’appellation de tiers espace.

Pour Dracius, celle catégorie se donne à voir par le fait que l’héroine
éprouve une incapacité à s’épanouir dans les deux espaces que sont Paris et
la Martinique, qui sont supposés lui apporter les garanties d’une vie si ce
n’est parfaite, mais normale.

Pour le roman de Mabanckou, on mettra en exergue l’expérience


marquée d’une certaine désillusion qui nous permet de dire que le lieu

238
intermédiaire s’avère quelque chose d’inéluctable pour L’Imprimeur et
Holden. C’est par ailleurs ce à quoi se résout Verre Cassé qui éprouve un
essoufflement à continuer à mener une existence dont-il ne perçoit plus
l’intérêt.

Dans les lignes du roman de Dévi, on constate que le lieu, qui est
supposé apporter une réponse affirmative aux attentes de la population qui
aspire à de meilleures conditions d’existence faillit dans cette vocation et finit
par n’offrir qu’un environnement aux conditions inadaptées à une
prospérité, mais presque chaotique.

Dans le roman de Ben Jelloun, on s’aperçoit que l’auteur ébranle la


conception classique ou convenue de la maison parentale qui, à la base, est
censée apporter la sécurité et l’harmonie à ses habitants, mais s’avère
finalement le creuset du mensonge et de la discorde. C’est ce qui pousse
l’héroïne de ce roman à s’en aller, avec l’intime conviction que l’extérieur lui
apportera des gages d’un épanouissement. Mais là encore, cette démarche
ne restera qu’un vœu pieux vu que cette dernière sera jalonnée d’expériences
pathétiques et difficiles.

S’il est manifestement admis que les quatre romanciers sont unanimes
dans le fait que le tiers espace est une alternative à chacune des situations
que présentent leurs héros dans de leur récit, il n’en demeure pas moins
que, en plus de la dimension pratique de ce tiers espace traitée dans leurs
corpus, celle-ci peut revêtir un traitement immatériel. En effet, en regardant
comment ces romans sont écrits, on observe qu’ils permettent de mettre en
évidence des éléments appartenant à une langue minoritaire dans une
structure où il y en a une autre qui est dominante. C’est ce que nous avons,
par ailleurs, appele le phénomène de diglossie. Ce que nous voulons dire ici,
c’est qu’en recourant à cette manière d’écrire, il semblerait que nos auteurs
militent en faveur d’une nouvelle culture, du moins qui tient lieu d’une autre
pratique linguistique. Surtout que ces écrivains sont en quelque sorte des
personnes qui peuvent être perçues comme des emblèmes d’une culture
hydride. Ceci dit, la question pourrait nous être posée de savoir à quoi
ressemble ce tiers espace dès l’instant qu’il n’est pas abordé dans chacun
239
des romans. La réponse à cette question consisterait à dire que si ce
troisième espace n’est pas manifeste dans l’univers des récits, l’on peut
affirmer qu’on le voit poindre de manière implicite dans le projet scripturaire
de ces auteurs.

La théorie de tiers espace peut soutenir une certaine analogie avec le


concept de rhizome cher à l’homme de lettres et penseur martiniquais
Glissant dont le militantisme en faveur d’un monde réunifié était le leitmotiv.
Pour lui, tout concourait à la construction d’un « tout monde». S’agissant du
rhizome, nous pouvons retenir que :

C’est en s’inspirant des théories des philosophes Gilles Deleuze


et Félix Guattari qu’Edouard Glissant emprunte cette image de
rhizome (la racine multiple d’une partie) pour qualifier sa
conception d’une identité plurielle qui s’oppose à l’identité racine
unique. Par opposition au modèle de cultures ataviques, la figure
du rhizome place l’identité en capacité d’élaboration de cultures
composites, par la mise en réseau des apports, là où la racine
unique les annihile239.

239 Donnée prise sur http://www.edouardglissant.fr/rhizome.html,


consulté le 10 février 1014.

240
Chapitre XI : La thématique de la quête
l’identité dans le roman francophone
postcolonial : Posture d’écrivain ou enjeu
d’écriture ?

Dans ce chapitre, il s’agira de porter une attention particulière à la


manière dont la notion d’identité a été abordée dans la littérature en nous
interrogeant sur les motivations qui entourent cette question. Ce chapitre
aura également à cœur d’entreprendre une réflexion sur les écrits consacrés
au traitement de la question identitaire dans le roman francophone
postcolonial. Pourtant, travailler sur une telle formulation qui relève du
champ littéraire francophone peut sembler un « lieu commun 240», tant et si
bien que, quand on lit un certains nombre d’ouvrages, le thème de l’identité
s’avère une constante. Par ailleurs, parce que naguère sous le joug français,
les peuples appartenant à l’espace linguistique francophone ont du batailler
pour se libérer. Toutefois, on observe qu’il y a un décalage entre le corpus
narratif et le discours critique qui consiste dans le fait que cet engouement
n’a pas été établi par l’intelligentsia. Du coup, la conséquence est que cela
ne s’est pas répercuté de manière concrète dans les travaux universitaire.
En effet, le monde universitaire français n’a pas toujours affiché un véritable
intérêt à la base, mais la tendance s’inverse depuis ces trois dernières
décennies, comme nous l’avons démontré dans la partie historiographique.
Toujours est-il que comparativement à d’autres anciennes puissances

240 Le lieu commun postule les affirmations générales. Par l’usage de ce


dernier, nous entendons affirmer le fait qu’un certain nombre d’ouvrages
revienne très régulièrement sur la question identitaire et que presque tout le
monde semble autorisé à traiter cette question.

241
coloniales, la question postcoloniale a souffert d’un manque d’intérêt dans le
milieu universitaire français. Ce qui en fait un retard manifeste face à ses
consœurs d’autres aires linguistiques.

Pourtant, un panel assez large d’ouvrages porte dans sa large majorité


sur cette question, notamment parce que des auteurs faisant partie des
anciens pays colonisés, donc de l’espace francophone, n’ont pas manqué
d’en faire l’objet de leurs ouvrages. Ainsi, il n’est pas surprenant que, d’un
certain point de vue, ce soit des écrivains originaires des anciennes nations
colonisées, pour ce qui est de Ben Jelloun, Mabanckou et Dévi, et d’un
territoire nommé la Martinique où ont été déportés des anciens esclaves, le
cas de Dracius, qui sont les porteurs d’une telle question dans notre étude.
D’un autre point de vue, outre les écrivains, si la problématique identitaire
en contexte postcolonial est aussi visible ces dernières années, du moins
dans les travaux universitaires, il faut signaler l’apport considérable de
l’édition à travers ses maisons. D’ailleurs, on notera que les quatre auteurs
qui constituent la matière de cette recherche ont la particularité d’avoir été
édités dans de maisons d’une notoriété importante de l’espace parisien, ceci
dû en grande partie au fait que leurs ouvrages sont d’une facture
intéressante.

Fort de ce qui précède, il serait intéressant de s’arrêter un instant et


d’essayer de comprendre toutes les motivations concrètes qu’il y a autour
d’une telle effervescence. Dans cet esprit, on pourra s’interroger si se
consacrer à l’examen de la question identitaire en contexte postcolonial est
simplement un effet de mode ou bien cela tient-il d’un enjeu ? Si oui,
lesquels ? Qu’est-ce qui se joue véritablement dans le traitement de la
question identitaire en contexte postcolonial ?

Ainsi, notre travail, au cours de ce chapitre, consistera dans un


premier temps à élaborer ce que nous appellerons une taxinomie, assez
exhaustive, de tout ce qui se rapporte aux enjeux de l’identité en contexte
postcolonial. Ensuite, nous nous emploierons à examiner si l’identité, dans
le cadre de cette étude, participe d’une configuration ou bien tient lieu d’une
nouvelle modalité. Enfin, nous tenterons de démontrer que le projet
242
identitaire dont l’espace d’expression est chacun des livres analysés se
donne à lire par le canal des titres de ces derniers.

XI-22 : La quête de l’identité dans le roman


francophone postcolonial: Quels genres
d’enjeux ?

L’objet à ce stade de notre étude consistera à démontrer en quoi


l’identité est au cœur de plusieurs enjeux, d’où l’usage de l’adjectif
« polyforme ». Il faut dire que le terme polyforme formé autour de deux
termes. Il y a le préfixe « poly » qui veut dire plusieurs et le radical « forme »
qui désigne un aspect. Aujourd’hui plus que par le passé, la problématique
identitaire relative au fait colonial est une question au cœur de notre temps.
Si à la période coloniale, l’homme noir était défini comme sujet inférieur à
l’homme blanc, moment au cours duquel il s’était instauré entre ces deux
personnes un rapport d’exploitant à exploité, il en est tout autrement avec
l’acquisition de la souveraineté de ces nations. De ce fait, on observe que
dans le cadre postcolonial, il ressort l’idée qu’il faut ruiner cet ancien rapport
qui liait l’ex colon à son sujet et se tourner vers un nouveau type de rapport
où les choses ne seront pas décidées de manière unilatérale, mais
répondraient d’un discours objectif prenant en compte la regard incluant les
faits en rapport avec la réalité.

Si un certain nombre de discours sont tenus dans l’optique de donner


plus de crédibilités avec pour but de réhabiliter le peuple minoritaire et que
le milieu universitaire se mobilise en élaborant des théories en vue de porter
sur un plan égalitaire le rapport de ces derniers, ce n’est pas simplement
243
parce que c’est un effet de mode, mais parce qu’il y a également une réelle
préoccupation et un souci portant sur l’identité. Outre les quatre ouvrages
de cette étude, on constate qu’il y a une abondante production. D’où la
nécessité de réinvestir certains discours intelligibles, qui passent pour être
perçus comme des discours d’autorité, de les re-questionner pour
comprendre ce qui se trame au cœur de ces théories et, si besoin est, de
rétablir des vérités. Cette espèce de mouvance est d’autant plus saisissante
en ce sens qu’elle nous permet de saisir tout ce qui a partie liée à l’homme et
sa vie.

Comment peut-il en être autrement lorsque l’on essaie de voir tout ce


qui se joue à travers cette démarche, en l’occurrence comprendre qu’il y a
des enjeux se rapportant au discours anthropologique, à une pratique
littéraire, aux séquences historiques, aux moments liés à la mémoire, à la
manifestation culturelle et à une emprise idéologique etc…tant le déni
d’humanité de l’homme noir a persisté plus de quatre cent ans. Ce qui
impose un effort dans tous les domaines tant le travail à accomplir est quasi
titanesque car ce n’est que de la sorte qu’il peut donner toute sa légitimité à
la question identitaire.

D’emblée, nous plaçons comme premier enjeu de l’identité dans la


perspective postcoloniale l’anthropologie. En effet, parce que lorsqu’on se
réfère au sens que lui attribue le dictionnaire241, on apprend qu’elle veut
dire : Etude de l’homme ou de groupes humains. Dans sa définition la plus
large, elle touche à un certain nombre de domaines et se veut une forme de
constellation comme entendre le présent état des lieux sur son économie
terminologique et les grandes dates de sa création :

L’anthropologie est une science qui se consacre à l’étude de


l’être humain d’une manière holistique. Le terme est d’origine

241 Information tirée du site internet


http://www.linternaute.com/dictionnaire/fr/definition/anthropologie/

244
grecque et dérive d’anthropos « homme » ou « humain » et logos «
connaissance » ou « discours ». L’anthropologie est une science
intégratrice qui étudie l’homme dans le cadre de la société et de
la culture auxquelles il appartient, tout en associant des
approches des sciences naturelles, sociales et humaines.
Autrement dit, cette science étudie l’origine et le développement
de la variabilité humaine et des modes de comportement sociaux
à travers le temps et l’espace.
En 1749, Georges-Louis Leclerc fut le premier spécialiste à
considérer l’anthropologie comme une discipline indépendante.
Son développement reposait sur deux postures: en tant
qu’analyse de la diversité physique de l’espèce humaine
(l’anatomie comparée) et en tant que résultat du projet
comparatif de la description de la diversité des peuples.
Vers la fin de la Seconde Guerre Mondiale, la plupart des
puissances avaient déjà envisagé la professionnalisation de
l’anthropologie. En général, il s’agissait d’une ethnographie
positiviste, qui avait pour vocation de renforcer le discours sur
l’identité nationale.
À l’heure actuelle, l’anthropologie peut se diviser en quatre sous-
disciplines principales: l’anthropologie biologique ou
anthropologie physique, qui étudie la diversité du corps humain
au passé et au présent; l’anthropologie sociale (dite aussi
anthropologie culturelle ou ethnologie), qui analyse le
comportement humain, la culture et les structures de relations
sociales; l’archéologie, qui est chargée de l’humanité prétérite et
permet de connaître la vie de peuples exterminés; et
l’anthropologie linguistique ou linguistique anthropologique,
consacrée à l’étude des langages humains242

242 Informations prises sur http://lesdefinitions.fr/anthropologie, site


consulté le 10 février 2014.

245
Au sortir de ce bref historique qui nous donne un aperçu sur la
définition et les auteurs qui ont contribué à faire de l’anthropologie une
science, notons deux faits essentiels auquel l’anthropologie se consacre : La
variabilité humaine et son comportement social à travers le temps et
l’espace. A cet effet, il faut relever que c’est par l’intermédiaire de chercheurs
qui venaient de l’extérieur du lieu que des expérimentations étaient menées.
C’est le cas des missionnaires. Ceux-ci ont eu pour conséquence de faire en
sorte que certains clichés ont été véhiculés sur les anciens colonisés et
laisser penser, s’agissant du noir, que le regard qu’on porté sur lui dans son
milieu naturel était loin de refléter sa culture et son mode de vie. De même
qu’on notera que les personnes étrangères aux mœurs ne sont pas les seules
à tenir un discours loin de l’objectivité. Parfois, même certains fils du
continent noir se sont trompés dans l’analyse de ces populations comme on
peut le voir à travers ces propos sur les erreurs des sciences:

Si les anthropologues ne pouvaient plus être les maîtres du


déchiffrage des sociétés autres, que leur restait-il ? Leur réaction
négative est donc explicable, mais elle interpelle, car, à un demi-
siècle de distance, elle reproduit une réaction comparable à celle
des ethnologues fameux, Marcel Griaule, professeur au Collège
de France, qui fut pris à partie, lors d’une leçon sur la
cosmologie des Dogons, par un auditeur africain en… 1951 ; un
certain Traoré [sic] reprochait au maître son immobilisme
ethnologisant qui lui faisait affirmer qu’ « il y a une civilisation
noire : non, [objecte-t-il], il y en a eu une ». Griaule refusa à cet
étudiant malien (alors soudanais) de pouvoir comprendre son
pays mieux que lui-même, « le spécialiste », qui avait su
s’immerger dans la « société primitive » qu’il étudiait. Son
interlocuteur était devenu un « nègre blanc », gangrené en
somme par la civilisation occidentale : « en qualité d’intellectuel
européanisé, il ne peut donc rien apporter à la connaissance de
la ‘’civilisation noire’’ : « ce n’est pas vous qui m’avez appris la
métaphysique noire [ajouta-t-il], vous seriez incapable

246
d’expliquer le dernier rite que vous avez vu faire dans votre
pays ». Traoré a alors beau jeu de conclure : « Pour que les
intellectuels noirs fussent capables de renseigner les Européens
sur le problème noir, il faudrait d’abord qu’il y eût 1950, mais ce
n’est plus du tout le cas…L’aveuglement français d’aujourd’hui
est donc inadmissible. Il révèle, hélas, à la fois l’ignorance et le
conservatisme de notre contexte actuel, avec un esprit
paternaliste qui frise le racisme243.

Voici un bel exemple de certaines erreurs qui ont perduré à travers les
âges. Pour nombre de chercheurs, leurs objets d’études devaient être moulés
dans des hypothèses toutes conçues et correspondre aux conclusions déjà
établies. Une situation, qui a eu pour conséquence d’affirmer plusieurs
travaux sur la figure du colonisé, dans son milieu naturel, a longtemps
souffert d’une image péjorative parce qu’elle a presque toujours été envisagée
sous des travaux entrepris par « l’Autre ». Ainsi, au nom de la vérité
scientifique, il n’est pas surprenant que l’exploité, c’est-à-dire l’homme noir,
qui a été longtemps privé de toutes formes de liberté, y compris celle se
rapportant au contrôle de son identité, et qui bénéficie des mêmes aptitudes
intellectuelles adopte l’attitude requise lui permettant de recouvrer tout ses
droits et surtout de rétablir quelques vérités, notamment l’exigence qui
consiste à changer son image en apportant une réponse positive au trouble
qui caractérise son identité.

Ensuite, l’autre enjeu qui justifie que l’identité n’est pas juste un effet
de mode, mais engage bien l’homme, dans le cadre du champ francophone
postcolonial, c’est le discours historique. A cet effet, il faudrait d’abord que
l’on signifie ce que l’on entend par histoire. D’après une première acception,
l’histoire vient :

243 Entretien de Catherine Coquery-Vidrovitch avec Giulia Fabbiano et


Arnaud Zohou In De(s) générations postérité du postcolonial, numéro du 15
février 2012, p. 27

247
Du grec historia, « enquête ». Ce mot recouvre principalement
deux significations, que la langue allemande distingue :
le devenir historique lui-même, comme ensemble d'événements
(Geschichte), et la connaissance du passé que l'historien essaie
de constituer (Historie)244.

De cette définition, c’est davantage la seconde signification que nous


prendrons en compte dans notre démonstration. Mais plus concrètement,
d’après le dictionnaire Larousse, l’histoire se décline comme étant :

La Connaissance du passé de l'humanité et des sociétés


humaines ; discipline qui étudie ce passé et cherche à le
reconstituer : Les sources, les matériaux, les méthodes de
l'histoire.
Par opposition à la préhistoire, période connue principalement
par des documents écrits245.

A rebours de la démarche objective que prône cette discipline, on


relèvera que des « vraies-fausses-vérités » ont été transcrites tout au long de
l’histoire de l’humanité. On sait par exemple que l’action que les conquérants
dans les zones qu’ils avaient conquis passe pour être quelque chose de
positif. Cependant, comme il s’est souvent avéré, la transcription des faits
historiques relève d’une certaine subjectivité. C’est dans ce sens que l’on
affirmer que l’histoire est en grande partie écrite par les vainqueurs, ne
laissant aux vaincus que la part sombre et le rôle ingrat. Dans le même

244 Informations prises sur le site internet


http://www.assistancescolaire.com/eleve/TES/philosophie/lexique/H-
histoire-ix131, site consulté le 20 mars à 22h10mn
245 Informations prises sur
http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/histoire/40070

248
ordre d’idée, on sait qu’il est de notoriété établie que le XVIIIème siècle est
par excellence désigné comme étant le siècle des Lumières. Il peut être perçu
comme le siècle au cours duquel l’homme a été invité à combattre
l’obscurantisme, les idées sombres en prônant les vertus de l’éveil
intellectuel, au détriment des dogmes. S’opposant à l’esprit du clergé qui
régentait la vie dans la cité, l’esprit des lumières veut mettre au cœur de
toutes entreprises la capacité de l’homme à décider de son destin en
s’appuyant sur sa raison. Pourtant, c’est au cours de ce siècle que l’on a vu
prospérer l’ « exploitation de l’homme par l’homme » donnant toute sa
symbolique à l’apophtegme de Thomas Hobbes que « l’homme est un loup
pour l’homme ». Plusieurs esprits éclairés vont apporter leur caution au
commerce triangulaire et prendre cause et fait pour la traite des noirs, en
l’institutionnalisant. Des nouvelles thèses tendent même à prouver
l’implication des éminents penseurs, comme Diderot, qu’ils auraient été
favorable à l’esclavage. Une position évidement polémique qui pousser à se
lever et va même inspirer à quelques uns des critiques comme celle que l’on
portera sous l’appellation des « Lumières noires ».

Pour éviter de reproduire ce type de schémas, il serait davantage


intéressant que les observations portées tiennent compte des forces en
présence, c’est-à-dire aussi bien des autochtones et des personnes
étrangères à ces cultures. Que les faits passés à la postérité soient plus
centrés sur un point de vue qui consiste à faire converger les positions. Pour
tordre le coup aux clichés, on devrait s’affranchir de donner la coloration qui
nous arrange aux faits, il faudrait davantage tenir compte des différents
regards et pouvoir les croiser. C’est le point de vue défendu par Julia
Fabbiano en s’appuyant sur sa formation :

Je ne suis pas théoricienne, ni philosophe, juste une


historienne qui essaie de comprendre le passé pour expliquer le
présent […] Mais je dois à ces réflexions de mieux prendre
conscience de comment je dois le faire, et donc aussi de mieux
focaliser sur l’importance du regard et des réalités de l’autre. Je
249
ne suis pas la seule : ainsi, historiens français et maliens ont
pratiqué sans le savoir le postcolonial il y a quelques années, en
montant un programme commun de recherche sur l’histoire de
la colonisation du Mali : le programme réunissait une dizaine de
chercheurs et doctorants de part et d’autre, et a duré six ans. Il
a bien fallu aux partenaires un tiers du temps pour simplement
apprendre à s’écouter et à s’accepter, tant ils étaient à priori
prisonniers de leurs propres préjugés.

Ce cas est exemplaire : Les bons historiens des zones non


occidentales devaient tous et doivent tous faire la même chose.
Je constate néanmoins qu’un certain nombre d’universitaires
spécialistes d’histoire de France hexagonale et, plus visible
encore, spécialistes de l’histoire coloniale française, pensent
pouvoir faire de la bonne histoire de la colonisation sans tenir
compte de la présence et du point de vue, bref de l’histoire des
colonisés (…) comment voulez-vous comprendre l’histoire de la
colonisation en Algérie sans connaître d’abord l’histoire des
Algériens, aussi excessif de son côté que le regard français de
l’autre ?246

L’extrait ci-dessus nous présente le point de vue d’une spécialiste des


questions historiennes, notamment il ressort l’importance de perçoir le
regard de l’autre dans la recherche historique. Cet extrait se poursuit
également en retraçant deux exemples qui justifient le bien fondé d’une
approche convergente, illustrée par les chercheurs français et maliens,
comme l’importance d’intégrer le point de vue local sur le cas de la guerre
d’Algérie, même si cela comporte quelques points qui ne facilitent pas le
travail.

246 Entretien de Catherine Coquery-Vidrovitch dans un échange avec


Giulia Fabbiano et Arnaud Zohou In De(s) générations postérité du
postcolonial, numéro du 15 février 2012, p. 25

250
Ces différentes considérations sur l’histoire ont au moins le mérite de
mettre sur un plan égalitaire des visions, si ce n’est opposées pour le moins
divergentes de la perception qu’on se fait du milieu, qui n’a pas toujours été
associé par le passé. Mais on s’aperçoit tout de même que cette façon de voir
les choses portent en gros sur des éléments d’ordres culturels, ce qui est, à
n’en point douter, un des enjeux au cœur de l’identité en contexte
postcolonial.

De manière simple, la culture se décline comme étant l’ensemble des


connaissances, des savoir-faire, des traditions, des us et coutumes, propres
à un groupe humain ou à une civilisation. Sauf que parfois, elle admet une
acception plus subtile. Elle se réfère par exemple à l’érudition d’une
personne. Jacques Peletier du Mans affirme d’ailleurs à cet effet : « Ne se
porte pas bien qui vit sans étudier. Que dis-je, le repos sans culture
intellectuelle, c’est la mort, le tombeau d’un vivant 247». Précisons que lorsqu’il
tient cette affirmation, il était en proie à une grande soif de savoir et mettait
très haut les joies de l’esprit. Cette affirmation est inspirée d’une des ses
lectures d’Aristote à qui ont demandait la différence qu’il percevait entre un
homme instruit et un homme ignorant. Ce qui est assurément vrai, mais
nous signalerons que l’enjeu culturel que nous abordons ici ne porte pas sur
des considérations intellectuelles.

A la suite de cette définition, on peut affirmer que trois niveaux


d’analyse justifient que l’expression culturelle soit un enjeu. Déjà, le premier
c’est qu’on peut faire le constat selon lequel la rencontre de l’homme blanc
avec l’homme noir ne s’est pas faite de manière naïve ou sur des bases
franches. La preuve en est que le rapport s’est installé entre ces deux durant
plus de cinq cent ans est celui de l’un qui dominait l’autre avec pour
conséquence dommageable pour le noir la perte de tout ce qui est rattaché à
sa culture.

247 Désalmand (P.), Forest (P.) « Culture » In 100 grandes citations littéraires
expliquées, Belgique, Marabout, 1991, p. 24

251
Suite à cet assujettissement, l’homme noir s’est vu, d’une certaine
manière, contraint de reproduire un mode de vie aux antipodes des mœurs
qui étaient siennes. Le noir se voit de fait privé de tout ce par quoi sa culture
trouvait un moyen d’expression, en l’occurrence l’oralité forme d’expression
par excellence des us, tels que le conte qui s’efface.

Face à cet état de fait, un travail de prise de conscience va être


entrepris par les oppressés. Ce dernier consistera à combattre pour la liberté
sur toutes les formes de l’homme noir, y compris en passant par la visibilité
et la promotion de sa culture. Sauf que les époques ne sont plus forcément
les mêmes et l’influence du blanc a laissé des séquelles dont il va falloir
s’accommoder. C’est le cas de l’écriture. Il s’échafaude alors l’impérieuse
nécessité de pouvoir faire vire sa culture en se servant des armes de l’ancien
oppresseur.

C’est une mission à laquelle se sentent investis des hommes de


pensées intéressés par les questions de cultures africaines, comme l’écrivain
et ethnologue malien Ahmadou Hampâté Ba, qui perçoivent tout de suite le
souci de la conceptualisation, du transfert et de la pérennisation des
coutumes africaines. L’idée contenue ici est qu’il faut s’approprier les
différentes modalités d’expressions acquises au contact de l’homme blanc et
de pouvoir en faire un vecteur de diffusion de sa culture afin d’affirmer la
richesse et la vitalité de cette dernière. En réalité, cette prise de conscience
vise à faire en sorte que les vieillards, sorte de bibliothèque humaine et
dépositaires du savoir des sociétés, puissent léguer leurs sciences et se
retirer de la vie sans que cela n’occasionne des pertes pour les jeunes
générations. Surtout qu’il en va également d’une vision du monde portée par
l’idéologie.

De la culture à la mémoire, il faut reconnaître que la frontière est


mince car c’est la manière avec laquelle une civilisation a mené son existence
qui est figée et transcrite à la postérité. Surtout qu’en travaillant à la
pérennisation des mœurs d’un peuple, on s’emploie à ce que la mémoire
reste vive à travers les âges. Graver les faits historiques relatifs à la vie d’un
peuple à un moment donné de son histoire, oblige les générations à un
252
devoir de mémoire et à se plier à l’exercice du souvenir. En l’état, il faut dire
que d’après le dictionnaire, la mémoire dont-il est question ici doit s’entendre
comme un ensemble de faits passés qui reste dans le souvenir des hommes
ou d’un groupe. Ce qui différe de la mémoire qui est une aptitude à se
souvenir en particulier de certaines choses dans un domaine donné. Il
ressort alors un type de mémoire. L’une qui renvoie à la mémoire collective et
l’autre qui se veut individuelle. Dans cette vision, l’esclavage constitue une
source indéniable pour la mémoire collective et ce n’est que logique que la
nouvelle intitulée Tamango248. Il faut à cet effet que la
nouvelle Tamango aborde la traite des Noirs d'Afrique. L’auteur Prosper
Mérimée, qui fréquente les milieux abolitionnistes, connait bien ce
sujet. C’est fort imprégné de ce sujet qu’il écrit la nouvelle dans l’idée de
saisir un pan de la traite, autrement connue sous le nom de commerce
triangulaire. La nouvelle relate l'aventure tragique du capitaine Ledoux, un
excellent marin qui se livre sans aucun remords au fructueux commerce des
esclaves, qu’il traite comme une marchandise ordinaire. Le personnage
principal, un redoutable noir, du nom de Tamango lui en vend deux cents et,
sous l'emprise de l'alcool, lui cède également une de ses femmes, la belle
Ayché. Pris de remords, Tamango rejoint le navire de Ledoux pour récupérer
son épouse, mais il est mis en esclavage par le capitaine. Tamango organise
alors bientôt la révolte des siens, qui verra l'extermination de l'équipage.
Toutefois, incapable de gouverner le bateau, il dérivera jusqu'à ce qu'une
frégate anglaise le trouve, mourant, à côté du cadavre d'Ayché. Tamango
finira sa vie au service du gouvernement anglais, en Jamaïque.

Dans le même sillage que la nouvelle mériméenne, de nombreux


ouvrages sont consacrés au traitement de ce qu’a été la traite des esclaves.
C’est effectivement pour cela que l’on célèbre une journée internationale
chaque année pour commémorer ce funeste moment de notre histoire.

248 Mériméé (P.), Tamango, Paris, Hatier, Coll. « Classiques Hatier Œuvres
& Thèmes », 2008, 47 p.

253
Mis à part la mémoire, l’autre enjeu que nous recensons est l’idéologie.
Effectivement, l’une des grandes guerres que s’est toujours livrée l’humanité
est axée sur les rapports de force sous-tendus par des idéologies visant la
« domination du monde ». Autrement dit c’est au pays qui imposera sa
culture et sa façon de voir le monde aux autres nations qui prendra le
contrôle du monde ou, du moins, imprimera la marque de la société
souhaitée. Par l’intermédiaire de l’idéologie, c’est soumettre en quelque sorte
comment ils entendent le fonctionnement du monde aux autres. En effet, il
faut dire que l’idéologie s’entend comme un : « système d’idées générales
constituant un corps de doctrine philosophique et politique à la base d’un
comportement individuel ou collectif ».249

Ce système d’idées générales peut-être appliqué à l’échelle d’un pays


comme il s’est agi de l’ancienne soviétique avec la perestroïka ou bien être
rapporté à plusieurs secteurs d’activités d’un pays comme on peut le voir
pour des domaines à l’instar de la santé, l’éducation, la défense ou encore
pour ce qui concerne des structures associatives et industrielles.

Le domaine de la littérature obéit également aux mêmes mécanismes


de fonctionnement. Le champ littéraire est constamment le lieu d’une guerre
permanente entre les idéologies que se livrent d’écoles. On voit par exemple
se déployer une idéologie propre à chaque siècle littéraire. Au XVIIème siècle
par exemple, période de la littérature par excellence de l’ordre, notamment
dans le genre dominant qu’est le théâtre, on relèvera que l’idéologie consiste
à faire tenir l’écriture d’un drame dans la respectabilité de la règle des trois
unités, c’est-à-dire unité de temps, l’unité d’action et l’unité de lieu, sans
omettre la bienséance et la vraisemblance. Ces trois unités ont pour vocation
le postulat selon lequel une pièce de théâtre doit se dérouler en un lieu, dans
un espace et en un temps n’excédant pas les vingt quatre heures. Tout ceci
s’oppose à l’esprit baroque ou les scènes pouvaient s’étendre à l’infini.

249 Informations prises sur


http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/id%C3%A9ologie/41426, site
consulté le 11 janvier 2014.

254
L’objectif est d’imposer plus de rythme au théâtre et de donner plus de
vraisemblance aux scènes.

Le théâtre n’est pas le seul genre littéraire où l’ordre prévaut. Il y a


également la poésie qui obéit à cette discipline, notamment dans le fait qui
fait respecter le rythme des vers.

L’idéologie, comme on vient de le voir, est présente dans un nombre


incalculable d’activités qui régulent le quotidien des hommes et est souvent
le concept à la base d’une démarche à suivre dans la réalisation d’un projet,
comme l’atteste la démonstration mentionnée plus haut avec l’évocation du
genre théâtral et poétique, il n’en demeure pas moins que l’idéologie peut-
être portée par des supports oraux ou écrits. Suite à cela, nous pouvons
nous permettre d’affirmer que la littérature est le terreau où se jouent de
nombreux enjeux. Rappelons que la littérature peut supporter comme
définition l’art du langage qui se rapporte à l’ensemble d’œuvres orales et
écrites. D’autre part, elle :

Désigne l’ensemble des savoir-faire pour écrire et lire bien. Le


concept est associé à l’art de la grammaire, de la rhétorique et de
la poétique.
D’après le Trésor de la Langue Française informatisé (TLFi), la
littérature est l’art qui se sert d’une langue comme moyen
d’expression. Le vocable est également utilisé pour désigner
l’ensemble des productions littéraires d’une nation, d’une
époque ou d’un genre, comme la littérature perse, par exemple,
et l’ensemble des œuvres portant sur un art ou une science250

Ce qui est intéressant dans cette définition de la littérature, c’est


qu’elle met en évidence les notions de rhétorique et de poétique. Aussi, nous

250 Informations prises sur http://lesdefinitions.fr/litterature, site


consulté le 13 avril 2014.

255
pouvons dire que dans le contexte des années mille neuf cent vingt, c’est par
le biais du discours littéraire qu’il a été possible d’initier cette marche
irrévocable vers la libération des chaînes. C’est imprégné des vertus
littéraires et de la nécessité de s’approprier l’essentiel des genres littéraires
qui la constituent que certains écrivains vont prendre position en faveur de
leur culture et revendiquer quelque chose de l’ordre d’un respect, si ce n’est
d’une équité entre tous les hommes. La défense de l’identité noire est ce à
quoi va s’atteler le poète président Senghor comme il nous le démontre avec
ce poème dédié à la femme noire :

Femme noire251

Femme nue, femme noire


Vétue de ta couleur qui est vie, de ta forme qui est beauté
J'ai grandi à ton ombre; la douceur de tes mains bandait mes
yeux
Et voilà qu'au cœur de l'Eté et de Midi,
Je te découvre, Terre promise, du haut d'un haut col calciné
Et ta beauté me foudroie en plein cœur, comme l'éclair d'un aigle

Femme nue, femme obscure


Fruit mûr à la chair ferme, sombres extases du vin noir, bouche
qui fait lyrique ma bouche
Savane aux horizons purs, savane qui frémit aux caresses
ferventes du Vent d'Est
Tamtam sculpté, tamtam tendu qui gronde sous les doigts du
vainqueur
Ta voix grave de contralto est le chant spirituel de l'Aimée

Femme noire, femme obscure

251 Informations prises sur http://www.poesie.net/senghor1.htm, site


consulté le 11 février 2014.

256
Huile que ne ride nul souffle, huile calme aux flancs de l'athlète,
aux flancs des princes du Mali
Gazelle aux attaches célestes, les perles sont étoiles sur la nuit
de ta peau.

Délices des jeux de l'Esprit, les reflets de l'or ronge ta peau qui
se moire

A l'ombre de ta chevelure, s'éclaire mon angoisse aux soleils


prochains de tes yeux.

Femme nue, femme noire


Je chante ta beauté qui passe, forme que je fixe dans l'Eternel
Avant que le destin jaloux ne te réduise en cendres pour nourrir
les racines de la vie

Ce poème constitue un hymne à la femme noire par l’évocation de


nombreux champs lexicaux de l’immortalité, notamment « je fixe dans
l’Eternel » et « les racines de la vie ». De même que la récurrence de
métaphores scandant sa bravoure telles que « aux flancs de l’athlète, aux
flancs des princes du Mali ». Au-delà de l’hommage que le poète président
voue à la femme africaine, ce poème met surtout en évidence ce qui
s’assimile à un discours laudatif, ce qui constitue une mise en valeur d’un
trait identitaire de la femme noire. Senghor fait de l’identité noire, par le
truchement de la femme africaine, un des ressorts permanents de son
engagement de poète. S’il est tant élogieux à l’égard de la femme noire, c’est
en grande partie parce qu’il est reconnaissant envers celles qui l’ont élevé et
ont façonné son éducation. Du coup, la vénération que Senghor voue à la
femme noire n’est rien d’autre qu’une forme de militantisme à une
reconnaissance envers celle qui, si elle n’est pas niée, du moins n’est pas
reconnue à sa juste valeur. Il voudrait ainsi qu’elle puisse être reconnue
comme étant le pilier de la société.

257
XI-23 : Thématique identitaire dans le
roman francophone postcolonial : Configuration
ou reconfiguration ?

Sous cette formulation qui inaugure ce second point, qui a la


particularité d’être faite de manière interrogative, nous permet de nous poser
la question suivante : L’identité dans le roman francophone postcolonial,
dans le corpus qui est le nôtre, est-ce une affaire « initiale » ou bien s’agit-il
de quelque chose de changé ? En d’autres termes, est-ce que l’identité dont-
il est question dans les romans examinés peut être perçue comme une
identité authentique ou bien c’est davantage quelque chose qui a subi des
modifications ?

Ainsi par configuration, on laisse transparaître l’idée d’une forme


extérieure d’un ensemble ou d’un relief, comme elle se veut également le
stade premier d’une chose. A cette définition, on peut opposer le terme de
reconfiguration qui n’est, à la base, autre chose que le changement de
spécialisation d’un aéronef par changement ou ajout d’équipement. Mais,
elle peut désigner quelque chose proche d’un changement ou d’une
transformation. De même qu’il peut-être admis que sous les vocables de
configuration et de reconfiguration, nous pouvons entrevoir une analogie
avec les termes de passé et présent. Ceci comme pour dire que par l’usage
du passé, nous voulons insister sur cette période avant l’avènement du
conquérant et la transformation de la société dite rurale. Pour ce qui est du
présent parce qu’il désigne la situation de ces peuples après l’action du
colonisateur. Dans l’orientation de la démonstration que nous voulons faire
ici, il faut partir du fait que si le passé se substitue à l’image que nous
faisons de la configuration de l’identité, c’est simplement parce que c’est à
cette période qu’on l’on observe encore ce que l’on peut appeler des identités
de souches ou bien authentique. Une identité qui n’a pas encore subi

258
l’influence du contact avec le colonisateur. Pour ce qui est du couple
reconfiguration-présent, nous dirons que c’est le résultat de ce que l’on
observe de nos jours, où après le passage du blanc, les choses ne sont plus
jamais restées au stade initial. Elles ont irrémédiablement été marquées par
l’action dite civilisatrice du colon.

Lorsqu’on se représente le corpus romanesque francophone


contemporain, comme celui que nous traitons dans cette étude, il ressort
que le sujet en lui-même peut revendiquer cette stabilité, ce qui semble
marquer par une modification qui est liée à la fois à son espace de vie et
traduit une manière de communiquer qui ne reflète pas toujours son
patrimoine culturel. Nonobstant ces faits, force est de reconnaitre que la
question identitaire n’est aucunement assimilable au vocable de
configuration. En effet, à y regarder de près, cette configuration est propre à
une période éculée. Il faut remonter l’histoire jusqu’à la période précoloniale
pour prétendre trouver trace de peuple exempt des mœurs qui sont le fruit
d’un mélange des genres, métissage. Une période au cours de laquelle les
sociétés primitives ou précoloniales basaient leurs modes de vie sur des us
et coutumes propres à leurs civilisations. Avec ces comportements, on
pouvait y lire une explication sur quelques uns des mécanismes de
fonctionnement du monde. Celui-ci passait, pour bon nombre de peuples,
sur des croyances animistes pour certains et empiriques pour d’autres. Par
exemple, une lecture des pratiques totémiques des tribus aborigènes
peuvent nous fournir les moyens de déduire une action de cause à effet
décisive des mécanismes de transition de la nature à la culture. C’est en
cela que nous avons parlé d’identité authentique. Cependant, ce temps où il
s’agissait d’une identité dite authentique s’avère pour ainsi dire révolu. Ceci
surtout à cause du fait colonial, comme il a été mentionné plus haut. La
perte de l’authenticité identitaire a lieu à un moment de l’histoire où
certaines régions du monde ne s’imaginaient pas de la venue des
conquérants pour qui les desseins inavoués consistaient à asservir et
s’approprier les biens matériels, tout en travaillant à l’effacement des
coutumes locales.

259
Partant du constat selon lequel le passé peut être considéré comme la
période qui a vu la perte de l’identité de souche pour les peuples
autochtones de l’Afrique, on peut affirmer que l’identité dans le roman
francophone postcolonial est finalement une affaire de reconfiguration.

En effet, il est assurément clair que l’identité francophone


contemporaine s’accommode du terme de reconfiguration. Mais, avant
d’apporter les éléments justificatifs de ce qui transparait par reconfiguration,
relevons d’abord que par l’usage de ce mot, il se déploie également l’idée de
quelque chose de l’ordre de nouveau, comme s’il y avait contenu dans cette
dernière une allusion au « carnavalesque »252 en ce sens qu’elle autorise une
inversion des valeurs, qu’elle permet l’ébranlement d’une norme établie à un
moment donnée. C’est la situation qui prévalait après l’imposition d’autres
valeurs culturelles au noir par l’homme blanc. Suite à cela, nous sommes
arrivés à cet état de perte identitaire. Ce que nous nommerons
« catastrophe »253, car c’est la situation qui s’est produite lorsque les peuples
envahisseurs ont entrepris d’aller au contact d’autres peuples situés vers
d’autres contrées. Ainsi, le terme de reconfiguration trouve toute sa
pertinence dans ce sens qu’il postule une physionomie autre que celle qui a
existé. De même qu’elle justifie son analogie avec l’usage du présent ou
époque contemporaine parce que c’est la lecture qui se dégage du regard que

252 D’après le dictionnaire www.larousse;fr, le carnavalesque signifie ce


qui a trait au carnaval. Mais pour Rabelais, cette notion renvoie à une
inversion des valeurs, à une forme de transgression. C’est davantage cette
acception que nous prenons en compte car elle permet d’illustrer la
démarche menée quelque part dans l’application de la reconfiguration
identitaire.
253 Par l’évocation du qualificatif de catastrophe, nous voulons désigner
les conséquences désastreuses qu’ont subies les peuples colonisés avec
d’innombrables ravages et perturbations. C’est à la suite de ce
chamboulement de mode vie qui a des répercussions y compris aujourd’hui

260
l’on le jette sur les caractéristiques de l’identité, en l’occurrence pour celle de
l’Afrique subsaharienne.

Conformément à cet état d’esprit, nous disons que si nous parlons en


faveur d’une reconfiguration, c’est parce que le corpus qui est le notre ici met
en évidence une identité arc-en-ciel. Effectivement, il s’agit d’une autre forme
d’identité qui épouse l’exigence de son époque et se veut résolument
l’expression du rapport « reconfiguration et présent », en l’occurrence pour le
roman francophone postcolonial mentionné ici, on peut constater que dans
son lien avec l’identité, cette reconfiguration se conjugue aussi bien sur le
plan du récit que de la manière dont celui-ci est écrit, c'est-à-dire que cette
nouvelle caractéristique identitaire est lisible à la fois en tenant compte des
discours textuels, qu’en prenant appui sur leur contexte d’énonciation. Pour
le dire simplement, avec cette reconfiguration, on assiste à l’ouverture d’une
démarche qui part du « particulier à l’universel »254 et c’est dans ce sens que
s’inscrivent les romans de notre étude.

Il faut relever que, si on est arrivé à cette configuration, c’est parce


qu’il y a eu un long travail entrepris en amont pour d’une part déstabiliser ce
socle identitaire et d’autre part amener ces peuples à se détourner de tous
les aspects se rattachant à leur culture. L’une des stratégies mises en place
consistait à leur faire faire un lavage de cerveau sur le côté néfaste de leur
mœurs y compris se blanchir la peau. Effectivement, ils étaient invités à se
décaper la peau car la couleur de leur peau, noire évidemment, était
assimilée à tout ce qui se rapporte à l’œuvre du diable. En le faisant, on sent
très clairement qu’ils avaient pour ambition d’annihiler la diversité des races

254 Ici, nous voulons mettre en exergue l’idée selon laquelle l’aventure de
l’écriture, notamment celle portant sur l’identité, est bâtie sur un tissage de
valeurs qui sont conçues sans souci des frontières. Une identité qui rompt
avec une vision nombriliste et son assignation à s’isoler des réalités du reste
du monde.

261
et uniformiser les couleurs des peaux en faisant de la peau blanche le
modèle par excellence comme on peut le voir dans cet extrait :

Paris. Un soir d’été. A la terrasse d’un modeste café, Un Noir


sirote tranquillement une limonade. Arrivent deux femmes,
superbes. Elles s’installent face à lui, commandent des bières, et
lui lancent, l’une après l’autre, sourire aux lèvres, des clins d’œil
coquins […] Mais voilà, ce que le Noir ignore à cet instant, c’est
qu’il n’a pas affaire à d’innocentes courtisanes en quête
d’aventures sans lendemain, mais à de redoutables escrocs en
jupon, membres de surcroit des apaches, le fameux gang qui
écume les quartiers parisiens depuis cinq ans.
D’ailleurs, sitôt qu’il a franchi la porte de leur garçonnière, deux
solides gaillards se jettent sur lui, la ceinture et le plaquent au
sol. La suite, c’est le Petit journal illustré qui la raconte à la une
de son édition du dimanche 28 juillet 1907.
« Ils commencèrent par le débarrasser de sa montre et de son
argent, puis l’idée leur vint de faire une bonne farce. Ayant ligoté
le malheureux, ils lui mirent le torse à nu, et, au grand
amusement de ces dames, ils se mirent à le badigeonner et
l’enduire d’une épaisse couche de ripolin. Après quoi, ils le
poussèrent dans la rue. Et c’est dans cet équipage, au milieu
d’une troupe de badauds, que le pauvre nègre », affreusement
blanchi, « s’en fut conter sa mésaventure au commissariat de
police »255

Dans cet extrait, on pourrait s’attarder sur le comportement et le


condamner avec la dernière énergie, mais ce n’est pas tant le fait que le Noir
ait été victime de vol qui nous intéresse. Ce qui est plus à relever dans la
mésaventure que vit ce Noir, c’est le fait que ce dernier soit victime d’un acte

255 Bilé (S.), « Changer un Noir en Blanc » In Blanchissez-moi-tous ces


nègres, Toulouse, Pascal Galodé éditeurs, 2010, pp. 17-18

262
de blanchissement de la peau. Une pratique qui en dit long sur la
conception et la mentalité des hommes blancs à cette époque. De même que,
par cette attitude, on peut se faire une analyse sur le regard des blancs à
l’égard des noirs. Cette pratique consistant à se dépigmenter la peau ne s’est
pas limitée à ce fait divers qui s’est déroulé sur sol parisien, elle a
malheureusement même franchi les frontières et constitue un reflexe
quotidien pour de nombreuses populations au sud du Sahara, notamment
les habitants congolais. Il revient que pour ces populations, changer
d’apparences en se blanchissant leur permet d’être mieux regardées dans la
société et surtout cela rentre dans les canons d’appréciation de beauté.
Cependant il y a un revers à cette pratique. En général, les personnes qui en
usent, recourent à des produits de bas de gamme qui occasionnent des
maladies de peau, voire les cancers. Le phénomène prend parfois des
proportions telles qu’ils font l’objet de préoccupations de santé publique.

L’autre exemple qui vient donner toute sa légitimé à l’image de


reconfiguration identitaire est l’équipe de France de football. Effectivement,
jusqu’à un passé récent, c’est-à-dire avant les indépendances, cette équipe
de football n’était constituée que de joueurs de couleur blanche tous
ressortissants du continent européen. Sauf qu’après le mouvement des
indépendances, les choses ont énormément évolué avec la sélection de
joueurs appartenant à des pays anciennement colonisés. Avec cette
nouveauté, on voit l’équipe de France passer d’une composition de joueurs
du même couleur, à la représentation multiraciale avec les succès escomptés
dont le moment le plus abouti fut la victoire en coupe du monde mille neuf
cent quatre vingt dix-huit avec le slogan black-blanc-beur. Dans cet exemple
d’une France, qui n’est pas regardée comme des sempiternels casseurs, mais
plutôt comme porteurs des valeurs d’intégration et de réussite, il y a surtout
qu’elle est conforme à la diversité des populations françaises.

En abordant cet aspect, nous avons voulu dire par là que l’identité
perçue à travers le prisme de la reconfiguration touche à plusieurs facettes
inhérents à la vie de l’homme, comme sa manière de pensée ou encore

263
l’apparence de la couleur de sa peau. Cette analyse met surtout en exergue
le déficit de maturité constaté chez le Noir, notamment par le fait que les
choix de développement de la société n’a pas toujours fait état d’une
réflexion basée sur le contexte socioculturel, comme cela n’a pas été en
conformité avec la vision accolée à ses valeurs et codes comportementaux.

Aussi, pour ce qui se rapporte à nos romans, nous dirons que deux
perspectives se dégagent. La première orientation de lecture de cette
reconfiguration dans le corpus qui est le notre se situe au niveau du récit.
En effet, quand on observe les personnages, ils sont l’emblème des
personnes écartelées entre deux civilisations. C’est dans ce sens que les
concepts de métissage, hybridité rendent raison d’un univers romanesque
qui prône en faveur d’une société plus harmonieuse. Il en est ainsi des
personnages centraux, comme nous pouvons le lire avec le personnage de
L’Imprimeur qui est né dans un pays et se trouve en responsabilité dans un
autre pays. Par cette attitude, il se veut la matérialisation du citoyen du
monde.

Le second niveau de lecture de cette reconfiguration se donne à voir


sous les traits de l’énonciation. Effectivement, quand on insiste sur la
manière dont les romans sont écrits, il s’avère que ceux-ci combinent dans le
même univers la langue d’adoption et la langue maternelle avec le même
objectif, c’est-à-dire être au service de la narration. La reconfiguration met
en lumière les points à partir desquels les instruments descriptifs du
discours romanesque constituent un véritable intérêt, surtout dans le sens
où elle donne une explication sur les codes qui régissent la société actuelle.
Elle est le reflet du bouleversement de la société et de sa manière de vivre.

Comment peut-il en être autrement dès lors que, entre le passage du


stade de configuration à celui de reconfiguration, il a été mis en place ce que
l’on pourrait nommer la volonté de destruction. Ce qui constitue une espèce
de chaos du patrimoine culturel des peuples opprimés. Devant l’intérêt qui
passe par la défense de son être et à l’affirmation de ses us et coutumes,

264
l’impérieuse nécessité s’impose aux anciens colonisés de comprendre les
codes de la nouvelle société et faire entendre leurs points de vue.

XI-24 : Lecture de l’identité par la titrologie

Cette étape porte essentiellement sur les titres des romans que nous
intégrons dans cette étude. Cette étape a pour vocation de démontrer
comment la notion identitaire transparaît dans la formulation des titres et
qu’elle est bien en adéquation avec l’ambition poursuivie tout au long de
cette analyse. Effectivement, en partant du titre de ce chapitre, nous avons
également pensé légitime d’accorder une attention à l’étude des titres des
ouvrages et voir s’ils s’inscrivent dans cet esprit qui tend à justifier la
manifestation identitaire. C’est pourquoi nous disons que l’unité figurative
qu’est le titre d’un ouvrage, d’un article ou encore d’un film ne s’autorise
aucunement du fortuit, encore moins de l’arbitraire, mais répond bien à une
démarche de communication qui consiste à capter l’attention du
consommateur et l’inciter acheter le produit. Pour ce qui est de la littérature,
l’analyse des titres d’un ouvrage rentre dans la dénomination de titrologie256.

256 La notion de titrologie est inventée par Duchet. Il faut se référer à


Genette avec son ouvrage Seuil, Paris, Seuil Coll. « Points Essais », 426 p.
pour trouver trace où on lui attribue la paternité. Cet essai traite de tout ce
qui est en rapport avec l’environnement d’un texte littéraire : présentation
éditoriale, nom de l'auteur, titres, dédicaces, épigraphes, préfaces, notes,
interviews et entretiens, confidences plus ou moins calculées, et autres
avertissements en quatrième de couverture. On peut d’ailleurs apprendre de
l’essai de Genette que les œuvres littéraires, au moins depuis l'invention du
livre moderne, ne se présentent jamais comme un texte nu: elles entourent

265
De fait, à travers le recours d’un titre, il faut entrevoir la mise en exergue de
quelque chose qui nous donne une indication de ce qui pourrait se dérouler
tout au long de la lecture d’un roman.

Ainsi, lorsqu’on s’intéresse par exemple au roman de Jean René Ovono


Mendame, intitulé La Flamme des crépuscules257, on se rend compte
d’emblée que ce titre met en évidence deux images opposées d’un côté une
flamme et de l’autre un crépuscule, renvoyant à un oxymoron. Ainsi, nous
pouvons dire qu’il appert de cet oxymore l’idée de la fin d’une situation par
rapport à quelque chose qui a longtemps perduré. Comme pour dire qu’un
règne est sur le point de s’effondrer. Dans la continuité d’une formulation à
la résonance de l’oxymore258, on peut mentionner deux ouvrages classiques
de littérature qui tiennent une place enviée. Ces deux ouvrages sont Les
Fleurs du Mal259 et Le rouge et le noir260. Avec des titres semblables, ces
ouvrages, en plus d’avoir une tournure analogue, illustrent parfaitement la
figure de style en ce sens qu’ils recourent tous les deux à cette image qui
allie deux réalités contraires. Toujours est-il qu’à travers ce titre, c’est

celui-ci d'un appareil qui le complète et le protège en imposant un mode


d'emploi et une interprétation conformes au dessein de l'auteur. Cet
appareil, souvent trop visible pour être perçu, peut agir à l'insu de son
destinataire. Et pourtant, l'enjeu en est souvent considérable : comment
lirions-nous l'Ulysse de Joyce s'il ne s'intitulait pas Ulysse?
257 Mendame Ovone (J.R.), Paris, L’Harmattan, Coll. « Ecrire l’Afrique »,
2004, 287 p.
258 Oxymore, encore appelé antithèse, est une figure d’opposition qui
consiste à réunir deux termes de sens contraires à l’intérieur d’un
même syntagme. Lire la suite sur http://www.etudes-litteraires.com/figures-
de-style/oxymore.php, site consulté le 11 décembre 2013 à 23h50mn

259 Baudelaire (C.), Les Fleurs du mal, Paris, Réed. Hachette, 2012, 206 p.
260 Stendhal, Le rouge et le noir, Paris, Gallimard, Coll. « Folio », 1967, 512
p.

266
comme une annonce qui est faite en faveur d’une découverte de plus grande
envergure dont les pages de l’ouvrage nous convient à prendre, dans le
détail, comment l’aventure évolue.

Est-ce que l’on peut affirmer à la lecture des quatre romans que nous
étudions ?

De prime abord, nous pouvons affirmer que les titres des quatre
ouvrages que nous analysons s’inscrivent dans cette assignation que
quelque chose de culturel doit-être restitué, d’où l’esprit de quête. Pour ce
faire, nous allons nous employer à démontrer comment les titres de nos
romans enclenchent une activité d’interprétation qui tourne en grand partie
autour d’une quête de l’identité.

Nous commencerons cette démonstration par le roman d’Alain


Mabanckou. Il a pour titre Verre cassé. Quand on observe de près, ce titre
constitué d’un substantif « verre » et d’un adjectif qualificatif « cassé ». Pour
l’analyse de ce titre, nous insisterons davantage sur le qualificatif. D’après le
dictionnaire261, cassé a pour synonyme « Brisé » ou encore « Réduit en
morceau ». Ainsi, on pourrait dire d’un objet cassé, qu’il est réduit en mille
morceaux. C’est ce qui se passe quand on lit le roman. On se rend compte
que toute l’histoire du roman est articulée autour d’une multitude d’histoires
marquées par des brisures. Que ce soit le personnage principal Verre cassé
ou encore les autres personnages comme L’imprimeur, Le type aux Pampers,
Holden pour ne citer qu’eux, force est de reconnaître qu’ils ont tous une vie
jonchée d’expérience traumatisante. Appesantissons-nous sur le cas de
Verre cassé. Avant de s’essayer à jouer les écrivains en herbe dans le bar ‘’le
crédit a voyagé’’, il a mené une existence qu’on qualifierait de normale,
caractérisés par un emploi d’instituteur dans une école et menant une vie

261 Informations prises sur


http://www.linternaute.com/dictionnaire/fr/definition/casse/, site consulté
le 14 février 2013.

267
conjugale épanouie. Malgré cette existence paisible, tout va basculer quand
il apprend la mort de sa mère, faisant de lui un homme inconsolable. Avec
cette mort brutale, il va se trouver plongé dans une amertume des plus
sombres. Du coup, cela va lui faire perdre tout attachement à la vie. Il n’est
pas surprenant que le principal antagoniste du roman de Mabanckou tombe
dans cette dépression après la mort de sa mère, surtout que ce décès fait
suite à la disparition de son père. Verre Cassé a perdu son géniteur plus tôt
dans des circonstances inexpliquées, même si l’on relèvera que la perte du
pater n’aura pas affecté autant le fils de celle de la mère dû fait qu’il n’a
quasiment pas connu ce dernier. On comprend mieux que le héros Verre
Cassé soit anéanti par de telles épreuves car il n’est que trop difficile de
succomber devant la disparition d’un être cher, surtout lorsqu’on pense le
vide qu’elle ce disparu va laisser dans notre vie, faisant écho à l’apophtegme
célèbre de Lamartine262 qui stipule qu’ « un seul être vous manque et tout est
dépeuplé ». C’est dépourvu de toute envie à la vie, éparpillé dans un
désœuvrement, plongé dans un état d’instabilité psychologique que tout est
mis en place, en partie par son ami l’Escargot entêté, afin qu’il se pose des
questions sur le sens véritable qu’il donne à son existence et surtout le
pousser à reprendre sa vie en main. Motivé par son ami, Verre Cassé trouve,
un tant soit peu, les ressources nécessaires pour reprendre goût à la vie. En
plus du fait que cette séquence justifie, à notre avis, le titre du roman, elle
permet également de comprendre ce qui a motivé le titre de cette étude.

Par ailleurs, en poussant l’analyse, une autre lecture se dégage. Elle


consiste à dire que le Verre cassé peut, dans une certaine mesure,
s’assimiler à la perte d’éléments relevant de la culture. C’est pourquoi,
devant cette cassure, le peuple concerné est mis en demeure de se la
réapproprier. C’est le leitmotiv qui caractérise tout fils conscient de cet état
de fait et ce dont l’écrivain tente de faire exister par le truchement du moyen

262 Informations prises sur


http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/alphonse_de_lamartin
e/l_isolement.html, site consulté le 20 janvier 2014 à 16h50mn

268
qui est la langue. En effet, dans la représentation d’un verre qui se casse, il y
a également l’image des débris qui s’éparpillent et que l’on essaie parfois de
récoler lorsqu’on attachait une importance à l’objet. Sauf que, même quand
on parvient à assembler les morceaux, l’objet n’est plus le même, il ne reflète
qu’une pâle ressemblance avec l’original. Ainsi, Verre cassé peut s’entrevoir
comme une métaphore de la culture que l’on essaie de réhabiliter en tenant
compte du contexte d’énonciation. C’est ce qu’on pourrait dire de la
structure langagière du roman qui tente de créer, si ce n’est reconstituer un
espace de mélange de deux langues, avec l’objectif que sa langue natale ne
meurt pas une seconde.

Après le titre du roman de Mabanckou, l’analyse se poursuit avec


l’ouvrage de Suzanne Dracius. Son roman s’intitule L’Autre qui danse. De
prime abord, nous pouvons affirmer que ce titre est formé d’une structure
phrastique verbale relativement simple. Il est constitué d’un sujet « l’autre »,
suivi d’un verbe complément d’objet direct « danse » introduit par le pronom
relatif « qui » qui permet d’accorder plus d’insistance sur l’action que mène le
sujet de la phrase. A la lecture de ce titre, on est renseigné sur l’activité
qu’une personne est entrain de mener. Cette action est axée sur le
mouvement de la danse. Aussi, attardons un moment sur ce qui fait l’intérêt
de ce titre c’est-à-dire le verbe « danser ». Tentons d’en savoir un peu plus
sur ce verbe. D’après le dictionnaire263, il postule l’ : « Art de s'exprimer en
interprétant des compositions chorégraphiques ; activité qui s'y
rapporte : Cours de danse classique ». Mais la danse c’est aussi : « une suite
rythmée et harmonieuse de gestes et de pas : Elle exécuta quelques pas de
danse ». De ces deux acceptions, on retiendra surtout qu’il y a, mis en
exergue, le fait d’un mouvement que comporte l’action de danser. Ainsi, en
observant de plus près le titre du roman de Dracius, il appert l’image d’une
personne dont le corps serait en mouvement par rapport à quelque chose, en
l’occurrence le manque d’intérêt pour le type de société dans laquelle elle vit

263 Information prise sur


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269
en ce sens qu’elle n’est pas conforme à la conception qu’elle s’est construite.
Ainsi l’Autre qui danse traduit l’attitude du personnage principal. Alors on
pourrait s’interroger sur la cause de cette danse, donc mouvement, de la
part de cette personne ? D’abord, il faut rappeler que Rehvana est fille issue
d’une famille d’immigrés martiniquais qui s’est installée en France. Cette
famille a tout pour être heureuse et par la même occasion être considérée
comme l’exemple d’une intégration. Sauf que ce bonheur ne semble pas
impacté toute la famille. La cadette des filles, Rehvana en l’occurrence,
préfère passer le clair de son temps dans les milieux « afro » parisiens avec
l’intime conviction que sa place est avec ses frères originaires d’Afrique.
Toujours est-il que Rehvana est assaillie de plusieurs interrogations en
rapport avec sa condition de noire et celle de ses semblables. L’une de ces
interrogations consiste à essayer de comprendre la manière dont vivaient ses
ancêtres et d’essayer de la reproduire, avec l’espoir de trouver le bonheur. Se
met alors en place une démarche visant à reproduire le même type de
comportement comme à l’époque de ses ancêtres. Cette démarche va
l’amener à quitter le sol français pour repartir en Martinique. Ainsi, ce serait
cette démarche de l’héroïne de Suzanne Dracius qui apporterait toute sa
caution au titre de l’ouvrage par le fait qu’elle n’arrive pas à s’identifier à l’un
ou l’autre des pays et se trouve ballotée entre l’un et l’autre. L’Autre qui
danse doit s’entendre comme la posture de Rehvana, s’interrogeant sur la
condition de la femme de couleur qui tente désespérément de trouver sa
place entre deux sociétés, deux modes de civilisations. L’Autre qui danse se
veut aussi l’histoire de cette héroïne qui s’indigne du confort que lui offre
l’environnement familial et l’avenir prospère qui s’ouvre à elle pour la
fréquentation des personnes aux mœurs d’un autre temps l’insécurité de
l’univers dans lequel ils vivent. L’Autre qui danse serait enfin le contre pied
du principal antagoniste au destin stable qui lui est tracé pour repartir vers
la voie des anciens avec l’issue incertaine.

Ecrit dans une formulation des plus simples, c’est-à-dire un seul


élément, Soupir, vu que c’est ainsi que s’intitule le troisième roman écrit par
Ananda Dévi, fait également l’objet d’une attention particulière dans le cadre

270
de cette étape consacrée aux titres des romans. Premièrement, il faut
observer que lorsqu’on se réfère à la définition du dictionnaire264, on
apprend que soupir est un nom masculin qui vient du verbe soupirer. Il
désigne d’une part une : Expiration forte et prolongée occasionnée par une
sensation, une forte émotion. Ainsi, on aurait comme exemple: Pousser un
soupir de soulagement. D’autre part, toujours d’après le dictionnaire, il
renvoie à un sentiment lié à l’ : expression du chagrin, de la peine, de la
passion amoureuse. De ce fait, le soupir vient, dans certains cas, ponctuer
un acte de résignation lorsqu’on est face à une situation qui ne se déroule
pas comme on l’aurait souhaité. Dans cet esprit, après ce survol
définitionnel, on peut se demander : Est-ce que la promesse que porte le titre
du roman est véritablement portée par la narration ? De même que l’autre
question serait de savoir en quoi le titre dit-il la quête de l’identité ? Pour ce
qui est de la première question, nous pouvons dire que le contenu du roman
porte d’une certaine manière la promesse contenue dans le titre. En effet,
nous découvrons, en lisant le roman qu’il s’agit de l’histoire d’un peuple qui
a émigré, dans l’espoir d’une vie meilleure, pour le lieu de l’île appelée
Soupir. Cette île a pour caractéristique de subir les éléments de la nature
c’est-à-dire la sécheresse, le cyclone et l’aridité du soleil. On constate que
malheureusement que le bonheur que ces personnes pensaient trouver dans
cette île n’est pas au rendez-vous. Cette population se trouve ainsi coincée
entre l’impossibilité de repartir vers le lieu qu’elle a abandonné et
l’impossibilité de trouver une alternative concrète à cette île qu’on qualifierait
de malheureuse. Piégée dans cette île et incapable de mieux, ces personnes
n’ont de choix que de se résigner, d’où le titre le titre de soupir.

Pour ce qui est de la deuxième question, il faut dire que ce titre nous
dit la quête identitaire en ce sens que devant l’obstacle que constitue
l’austérité de leur environnement vital et interdit en quelque sorte de
bonheur, les habitants de cette île doivent s’unir et s’employer pour qu’ils ne

264 Informations prises sur


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271
disparaissent pas. Le soupir évoquant la quête d’identité serait en définitive
cette attitude consistant à ne rien lâcher, à tout faire pour se maintenir en
vie et à mobiliser les ressources nécessaires pour trouver une alternative à
ce lieu de vie austère.

Le roman qui vient conclure cette étape consacrée à l’étude des titres
est La Nuit sacrée de Ben Jelloun. Avant de nous appesantir sur le titre a
proprement parler, il faut signaler que ce dernier a quelque chose d’analogue
avec le roman de Mabanckou. Ils sont écrits dans le même style, c’est-à-dire
construit autour d’un groupe verbal. Ainsi, pour ce qui est du titre du roman
de Jelloun, nous focaliserons l’analyse sur le qualificatif ‘’sacrée’’, non pas
que le substantif ‘’nuit’’ n’est pas d’importance. On entend par sacré quelque
chose : « Qui appartient au domaine séparé, intangible et inviolable du
religieux et qui doit inspirer crainte et respect »265. Toute chose qui s’avère en
opposition aux conceptions communes ou aux visions de pensées du monde
propres aux personnes ordinaires que l’on range généralement dans le
domaine du profane. Partant de cette acception, nous dirons que sous
l’intonation du titre La Nuit sacrée, il se dégage la lecture selon laquelle cette
nuit a quelque chose d’éminemment sérieux et doit avoir lieu au cours de
cette période. En d’autres termes, que ce moment, la nuit, qui n’est en rien
semblable aux autres, est le théâtre d’un événement au caractère inhabituel
est sur le point de se produire. Qu’es-ce qui se trame au cours de cette
nuit ? Cet événement couplé à la déclinaison du titre rend-t-il raison d’une
quête de l’identité ? Mais, avant d’apporter une explication consécutive aux
deux questions, signalons tout d’abord que le titre a un lien direct avec le
motif religieux, comme cela l’ait mentionné dans la définition. Pour ce faire,
nous pourrons lire à cet effet : « Ce fut au cours de cette nuit sacrée, la
vingt-septième du mois de ramadan, nuit de la « descente » du Livre de la

265 Informations prises sur


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/70445

272
communauté musulmane, où les destins des êtres sont scellés (…) »266. Il
ressort de cet extrait traduit clairement l’esprit religieux contenu dans le
titre du roman. Notons que deux niveaux de lecture se dégagent quand on lit
cet extrait. Le premier nous permet retenir que cet extrait met en lumière la
dimension religieuse contenue dans le titre du roman. Cela est perceptible
par la précision qui prend plus d’ampleur avec l’abondant champ lexical qui
évoque le texte sacré des musulmans qui est le Coran. Cet extrait fait même
mieux en nous apprenant que le nom de cette héroine est d’obédience
musulmane. L’autre niveau de lecture c’est au cours de la vingt-septième
nuit du mois de jeune pour les musulmans où l’on s’investit pour que soit
exaucé ce qu’on a longtemps mis en prière. Pour le texte de Ben Jelloun, ce
moment est réputé comme fatidique pour la suite de la vie de Zahra, héroïne
du roman. D’où l’allusion à l’expression destin scellé dont Zahra est
malheureusement victime. Suite à cela, nous pouvons dire que cet extrait
nous situe sur ce qui s’est déroulé cette nuit. L’une des justifications de ce
titre est trouve son origine dans un acte commis lors de cette nuit par le père
de Zahra.
A la question de savoir si la quête identitaire se conjugue avec le titre,
il faut dire que c’est parce que le principal personnage a été condamné à
mener une existence de jeune garçon plutôt que celle de la jeune fille. Elle
subie cette situation à cause d’un père, au motif que cet énième enfant
qu’elle est devait rompre la malédiction dont il faisait l’objet et laver l’affront
d’un homme qui, semble-t-il, ne parvenait pas à offrir un héritier à la
postérité. Du coup, étant donné que sa vraie personnalité lui a été volée, elle
doit trouver le chemin pour qu’elle remette les choses en ordre. Ainsi, La
Nuit sacrée serait entendue comme le moment à la fois de privation pour la
jeune fille, mais également celui par lequel le personnage serait amené à
apprendre à vivre ce qui lui a été impossible de faire auparavant.

266 Ben Jelloun (T.), op, cit., p. 22

273
Conclusion partielle

D’emblée, nous signalons que c’est ici que se referme la troisième


partie de notre recherche. Cette dernière phase de notre travail avait pour
objectif d’élaborer une interprétation de la quête de l’identité dans nos quatre
romans. En d’autres termes, le travail au cours de cette étape de notre
recherche consistait à dire en quoi le thème de la quête de l’identité participe
d’une approche nouvelle dans l’univers du roman francophone postcolonial
et quelles espèces d’axiologies ce thème met en œuvre.

Au terme de cette troisième partie, il faut dire que la quête de


l’identité, dans son acception littéraire, et particulièrement en ce qui
concerne l’orientation qui s’est imposée à nous à la lecture des différents
romans que nous avons analysé, dégage une certaine intelligibilité qui se
donne à voir à différents niveaux de la façon dont les structures des romans
s’organisent. Cette architecture de la quête de l’identité conduit à un
métadiscours que nous avons voulu rendre accessible par l’intermédiaire du
concept d’herméneutique. C’est ce que nous avons porté sous l’appellation
d’interprétation liée au déploiement de la quête de l’identité.

Afin de donner plus de visibilité à ce travail d’interprétation, trois


chapitres ont constitué le fil conducteur de l’analyse consacrée à cette partie.

Le premier chapitre de cette troisième partie s’autorisait du titre de


pour une écriture hybride. Trois sous points étaient à mettre au crédit de ce
chapitre c’est-à-dire l’esthétique de la diglossie, l’identité à l’épreuve du
discours polyphonique et l’identité comme rhétorique de l’universel. Le
travail au cours de ce chapitre avait pour but de démontrer, qu’à la lecture
des quatre romans, il se dégageait l’évocation d’un certain nombre de
notions. Ce qui a motivé l’écriture de chacun des sous points mentionnés.

274
Du coup, en poursuivant l’interprétation des ouvrages et en tirant
arguments de la partie poétique, il nous ait apparu comme une évidence que
les auteurs qui ont écrit ces quatre romans avaient tous en commun d’avoir
quitté leur pays d’origine. Cette particularité qui relie les quatre écrivains
occasionne des conséquences en ce qui concerne l’esthétique de leurs
romans. Ce qui n’est pas sans induire un certain nombre de pratique en
rapport avec leur condition. Conformément à cet esprit, le deuxième chapitre
de cette partie a eu comme titre les écritures de l’immigration. Trois sous
points sont également venus émailler l’illustration au cours de ce chapitre. Il
y a eu l’ailleurs comme variable identitaire. Ensuite, il s’est agi de : écrire en
pays d’adoption. Enfin, nous avons traité de l’identité postcoloniale ou
l’apologie du « third space ».

Pourtant l’interprétation n’a pas seulement porté sur les romans et


leurs structures narratives. C’est ce qu’a révélé le troisième et dernier
chapitre de cette partie. Il a été question de comprendre si le traitement du
thème de l’identité en régime francophone postcolonial n’était pas
simplement un effet de mode, mais une réelle préoccupe d’écriture au cœur
des problèmes sociétaux. De manière explicite, le titre du chapitre a été
formulé comme suit : La thématique de la quête de l’identité dans le roman
francophone postcolonial : Posture d’écrivains où enjeu d’écriture ? En ce
sens, obéissant à la rigueur symétrique des deux premiers chapitres, trois
sous points ont été prépondérants pour la démonstration de ce chapitre.
Dans un premier temps, il s’est agi d’aborder la quête de l’identité dans le
roman francophone postcolonial : quels genres d’enjeux ? Deuxièmement, il
a été question de s’interroger en ce sens : La quête de l’identité dans le
roman francophone postcolonial : Configuration ou reconfiguration ?

En dernier lieu, nous nous sommes employé à démontrer que la


question de l’identité, en plus du fait qu’elle était au cœur de l’écriture de ces
quatre romans, qu’elle participait d’un projet murement réfléchi qu’on laisse
entrevoir par l’intermédiaire d’un aspect tel que le titre. D’où l’idée de
démontrer que les titres portaient effectivement ce dessein visant à illustrer

275
le bien fondé de la quête d’identité. Ce qui a justifié le titre : lecture de
l’identité par la titrologie.

276
CONCLUSION GENERALE

277
Nous voilà parvenu au terme de cette analyse. Aussi nous permettrons
nous de rappeler que ce travail de recherche qui porte sur l’exploration des
motifs de narration de la notion de l’identité veut se reconnaître sur le
thème dont l’intitulé est : La quête de l’identité dans le roman francophone
postcolonial. Lecture comparée des littératures caribéenne, magrébine,
insulaire et subsaharienne : Cas de Verre cassé d’Alain Mabanckou, L’Autre
qui danse de Suzanne Dracius, Soupir d’Ananda Dévi et La Nuit sacrée de
Tahar Ben Jelloun. Qu’il soit entendu que le lecteur qui se propose
d’aborder une lecture de ces quatre romans peut observer, dans la fiction
romanesque, que le motif de la quête de l’identité se déploie de part et
d’autre de chacune des pages des romans lus. Effectivement, la formulation
du thème est justifiée par la plus petite unité thématique jusqu’au
mouvement général des œuvres.

Au sortir de cette entreprise heuristique, qu’il nous soit permis, dans


un premier abord, de faire observer qu’il serait prétentieux d’affirmer que ce
travail que nous avons entrepris a atteint à quelque chose de l’ordre de
l’exhaustivité. Qu’à cela ne tienne, nous entendons modestement affirmer
que ce travail de recherche porte légitimement les apparats d’une tentative,
pour ne pas dire d’un essai, et voulons croire, avec Maurice Blanchot, qu’à la
lecture de ce dernier, qu’ : « il ne saurait question de bien finir267 » parce
nous pensons d’une part qu’étant une œuvre conduite par un homme, il est
sujet à la perfectibilité, d’autre part parce qu’étant confronté à d’autres
discours scientifiques, ils mettrons en lumière ses nombreuses zones
d’ombres et prolongeront le débat au delà de sa simple problématique.

Pourtant, au vu de ce qui précède, quels enseignements pouvons-nous


retirer de ce travail de recherche articulé au tour du thème de la quête de
l’identité, tout en tenant compte du fait que cette analyse participe
également d’une étude dite comparative. En effet, force est de reconnaître
que la quête de l’identité est au cœur de la production romanesque des
quatre romanciers, du moins dans les romans que nous analysons dans

267 Blanchot (M.), Le Livre à venir, Paris, Editions Gallimard, 1959, 341 p.

278
cette étude, en fait un trait spécifique qui tend à montrer les points de
convergences et de divergences, révélateurs d’une présupposée fiction dont
la trame exhume le mal être du peuple qui se réclame d’une zone
linguistique à la tonalité francophone à l’ère postcoloniale.

Par ailleurs, il faut relever que l’édifice que nous avons bâti dans ce
travail porte, en lui, les germes de son questionnement dont quelques uns
pour se décliner en ces termes :

Est-il possible de postuler une identité unique du sujet francophone


postcolonial ?

La question identitaire revêt-elle le même écho qu’elle soit abordée par


un écrivain francophone masculin ou féminin ?

Vers quel horizon doit-on s’attendre pour ce qui est de la typologie du


sujet francophonie postcolonial ?

De ce que le postcolonialisme soit au cœur des problématiques


sociétales actuelles, est-il possible d’envisager de passer du postcolonialisme
au « postracial » ?

Autant de questions et de pistes de réflexions qui auront certainement


gagné en démonstration, mais auxquels il n’a pas été possible d’apporter de
réponses. Ce qui suppose un prolongement inéluctable. Il appartient, de ce
fait, à la communauté scientifique qui rentrera en connaissance de ce
travail, qui le scrutera avec minutie, en somme qui l’examinera, de bien
vouloir s’attarder sur les insuffisances, de les mettre en évidence et d’en
faire, à l’instar d’une notion très chère à Derrida, le lieu d’une
dissémination268.

268 Un concept de Jaques Derrida employé par Grégoire Biyogo au cours


d’un séminaire doctoral consacré à la notion de poétique à Paris 12 le 23
mars 2013. D’après Grégoire Biyogo, ce concept postule l’idée que le sens, ici
synonyme de l’objet de recherche, ne se donne plus à voir de prime à bord et
dans des catégories figées, mais qu’il se cache dans le texte. D’où la

279
Toutefois, il faut dire que si la thématique initiale a été formulée
comme suit : La quête de l’identité dans …, nous nous sommes bien vite
rendus à l’évidence que c’est bien une identité en quête dont il était
question.

Pourtant, il faut dire que l’architecture qu’on cherchait à construire


dans ce travail de recherche a tout de même été atteinte. En effet, le projet
initial était d’expliciter la quête de l’identité dans quatre romans se
rapportant à quatre auteurs, qui eux mêmes appartiennent à quatre aires
différentes du grand espace linguistique qui est la francophonie. L’analyse
consacrée à l’ouvrage de chacun de ces auteurs a rendu raison de ce que la
quête de l’identité était bien au cœur de la narration de ces ouvrages.

Mais au-delà de cet objectif principal, un autre s’est implicitement


invité à cette étude. Cet autre objectif, c’est d’une certaine manière, celui qui
se donne à lire sous la problématique existentielle au cœur de laquelle l’être
humain est le principal enjeu. Une problématique qui est convoquée de
manière récurrente à travers les âges et les siècles : qui suis-je ? Où vais-je ?
Autrement dit, comment construire un vivre ensemble tout en affirmant sa
spécificité d’être humain. Comment surpasser les égoïsmes, ne plus prêter
attention à la différence ethnique ou raciale, mais s’accorder sur des valeurs
universelles telle que la langue, principale outil de dialogue et de
communication pour finalement converger vers ce que Casanova nomme La
République mondiale des lettres269.

Dans le même esprit, il se trouve que la problématique qui sous-tend


ce travail est bien évidemment celle liée à la situation du sujet francophone.
C’est effectivement très préoccupé par cette position que, dans ce travail, il
s’agissait d’établir une corrélation entre les notions de postcolonialisme en

nécessité de pénétrer le texte, de chercher à faire ressortir l’une ou l’autre


des formes qu’elle prend.
269 Casanova (P.), La République mondiale des lettres, Paris, Les Editions
« Points », Coll. « Points essais », 2008, 504 p.

280
zone francophone et la nécessité des sujets y résidants. De pouvoir
s’interroger sur leur véritable identité, partant du constat qu’ils ont été des
hommes en esclavage, puis colonisés faisant d’eux des êtres marqués par les
stigmates d’une emprise impérialiste. Aussi, face au thème de cette étude,
l’hypothèse de départ se formulait comme suit :

 La quête de l’identité constitue-t-elle le motif essentiel de la


poétique romanesque francophone postcoloniale ?
 Si la quête de l’identité devient la figure qui gouverne la
structure interne de la fiction romanesque, comment s’énonce-t-
elle et de quelle façon se caractérise-t-elle ?

Deux interrogations auxquelles il n’a pas été, de prime abord, facile de


répondre si l’on ne s’était pas appuyé sur une analyse approfondie basée
sur les quatre textes des quatre auteurs.

Pour conduire à bien les différentes interrogations soulevées par les


structures discursives du motif de la quête de l’identité dans la fiction des
quatre auteurs, le présent travail de recherche s’est servi d’un appareillage
conceptuel qui est la poétique textuelle, notamment celle de Todorov. L’usage
de cette approche méthodologique trouve sa pertinence dans le fait qu’il
nous a permis d’explorer les différentes identités qui constituaient l’objet
d’une quête, objet composant le corpus d’étude. Cela répondait par ailleurs
au besoin de faire de l’œuvre un champ d’actualisation et de manifestation
des possibles littéraires270.

Bien avant, il faut préciser que, de manière générale, trois inflexions


ont constitué le fil conducteur de ce travail. Premièrement, faire le constat
d’un manque de repères. Cette absence ou encore ce vide a suscité en partie

270 Par « possible littéraire », il faut entendre tout ce qui constitue la


matière énonciative de l’œuvre. Ces possibles narratifs peuvent désigner à la
fois les thèmes, les structures narratives et discursives.

281
des interrogations et une attitude consistant à apporter des réponses à ces
différentes zones d’ombres. D’où l’idée de la quête.

Pour plus de lisibilité, nous avons opté, comme démarche de


recherche, pour une structure qui se divisait en trois grandes parties à
savoir, dans un premier temps l’historiographie, dans un second temps
vérifier comment les ouvrages justifiaient le traitement de la quête de
l’identité, et dans un dernier temps faire une interprétation d’un certain
nombre de notions, notamment celles localisées lors de la deuxième partie.

La première partie avait une visée historiographique. Dans cette


partie, il faut dire que la recherche s’est attelée à saisir l’identité comme un
invariant. Le travail entrepris portait essentiellement sur une lecture
historiographique, nous avions pour ambition de démontrer que nous
n’étions pas les premiers à aborder ces notions ou encore qu’elles
n’apparaissaient de manière ex nihilo, mais que par contre les trois notions
traitées et inscrites dans notre thème de recherche, c’est-à-dire l’identité,
francophone et postcoloniale, se donnaient à lire à travers l’histoire,
particulièrement littéraire pour notre cas. Du coup, trois étapes ont émaillé
cette partie que nous avons intitulé : Autour de la francophonie, au cœur du
postcolonialisme et identité à l’œuvre. Dans cette optique, une mise en
évidence prégnante de l’identité dans l’histoire littéraire et de sa place au
sein des ouvrages littéraires s’avérait nécessaire. Dans cet esprit et désirant
respecter une forme de symétrie, trois chapitres se proposaient d’aborder
chacune des notions.

Le premier chapitre s’est consacré à l’examen de la notion de


francophonie. Articulé autour de trois inflexions c'est-à-dire l’élucidation
terminologique, le processus de constitution et la francophonie littéraire. Le
but poursuivi ici était de comprendre ce que nous percevions par
francophonie. Ensuite il nous a fallu comprendre comment la notion de
francophonie est née, tous les mécanismes autour de processus de création
et les problèmes auxquels elle a fait face depuis sa création jusqu’à nos

282
jours. Enfin, il s’agissait d’attester qu’il y a effectivement une activité pour
ainsi dire littéraire. Dans cette perspective, nous nous sommes appuyés sur
des notions comme le champ, la géographie ou la scénographie pour
répondre par l’affirmatif qu’il y a effectivement une réalité littéraire dans cet
espace se réclamant d’un même moyen d’expression qui est le français.
L’idée était de s’essayer à une compréhension plus simple, de la
francophonie. Cela aurait pu être formulé dans ces termes : « Visage de la
Francophonie : origines, expressions, devenirs »271.

Le deuxième chapitre a porté sur l’examen de la notion de


postcolonialisme. Nous l’avons intitulé pour une compréhension du
postcolonialisme : Economie terminologique, des générations postcoloniales
et pour une application de la théorie postcoloniale dans le roman. Comme le
laisse supposer le titre du chapitre, trois étapes ont été au cœur du propos
au cours de cette étape. Le premier, que nous avons formulé sous le titre de
l’économie terminologique, s’est proposé de rendre accessible le plus possible
la notion car un certain flou caractérisait son entendement. Le second point,
saisi sous le titre des générations postcoloniales, a mis en exergue l’idée que
l’histoire était truffée d’actions et d’engagement des hommes au bénéfice de
la liberté. Nous nous somme employé à démontrer que ces moments
pouvaient être considérés comme des actes de postcolonialisme, avant qu’ils
ne fassent l’objet d’un travail théorique et universitaire. Enfin, nous avons
travaillé à démontrer le fonctionnement de la théorie postcoloniale dans les
romans. C’est ce que nous avons porté sous le titre de ‘’pour une application
de la théorie postcoloniale dans le roman’’.

L’objectif visé au cours de cette étape était d’illustrer qu’étant donné


que l’espace francophone avait été marqué par la colonisation, le
postcolonialisme pouvait bien se réclamer de cet espace linguistique. D’une

271 Communication tenue lors de la journée de rentrée des doctorants à


l’Université de Limoges le 27 Octobre 2014 par J-C Delmeule, M.C.F HDR à
L’université de Lille.

283
part, parce qu’elle signale une action libératrice, d’autre part parce qu’elle se
veut un état d’esprit contre l’ancienne puissance coloniale. De plus, nous
avons pensé juste d’élaborer une démarche en rapport avec la théorie
postcoloniale afin de se familiariser avec cette dernière.

Le troisième chapitre de cette partie a validé le titre de la revendication


de l’identité au cœur des combats littéraires. Le travail a consisté dans la
justification de l’identité comme élément principal de l’écriture. Deux
séquences ont été proposées à ce propos. Il y a eu d’abord la négritude, arme
de libération des peuples. Il s’agissait de comprendre en quoi la négritude
tenait lieu d’un mouvement identitaire et militait en faveur des peuples
opprimés. Ensuite, le roman francophone postcolonial, résonance littéraire.
Il s’agissait de saisir les œuvres qui s’inscrivaient dans la promotion de
l’identité de manière explicite ou implicite. Cette étape nous a semblé
justifiée à plus d’un titre. En effet, il nous a paru nécessaire de localiser,
dans l’histoire littéraire, des combats des peuples noirs francophones, avant
l’heure, un moment qui emblématiserait la volonté de libération et
réhabilitation par le truchement d’un engagement de l’écriture par ces
derniers. La négritude répondait bien à cette exigence. Ensuite, il s’agissait
de voir en quoi le roman francophone postcolonial participait d’une
revendication identitaire.

Par-dessus tout, l’objectif poursuivi au cours de cette partie était de


rendre accessible les notions de francophonie, postcolonial et de les rendre
lisibles dans l’histoire littéraire.
Signalons à cet effet que nous ne prétendons pas mener une réflexion sur
les concepts de francophonie et de postcolonialisme, mais que nous avions
simplement le souci d’affirmer qu’ils n’apparaissaient pas de manière fortuite
dans notre usage. Par conséquent, nous avons essayé de dire qu’ils
s’inscrivaient bien dans une tradition, dont nous nous réclamons, et avec
laquelle nous avons bien voulu établir le lien avec le présent travail.

284
La quête de l’identité est un thème contemporain pour lequel de
nombreux peuples attachent un intérêt certain. S’il y a une chose sur
laquelle on peut s’accorder, c’est qu’il est évident qu’ils diffèrent tous dans
l’attitude qu’ils adoptent les uns et les autres pour apporter une réponse à
cette recherche et accéder au but.

Ainsi, le présent travail a pour vocation de faire partager sa démarche,


en espérant qu’elle s’autorisera du qualificatif d’original. D’autre part, nous
visions à faire comprendre les causes et les conséquences de cette quête de
l’identité. En d’autres termes, ce qui a causé cette quête identitaire, en
partant d’une absence de repères et en essayant de saisir sur quoi
débouchait cette quête de l’identité.

La partie qui a suivi s’est voulue très pragmatique dans l’examen du


thème de la quête de l’identité.

La suite de ce travail nous a permis, dans la troisième partie de notre


travail de recherche, de nous essayer à une interprétation. Ce troisième
moment de notre objet d’étude ambitionne d’élaborer une herméneutique de
la quête de l’identité. En d’autres termes, cette séquence se propose
d’interpréter les figures de la quête de l’identité qui ont été examinées dans
la deuxième partie, c’est-à-dire la partie poétique, et de voir comment ces
figures, qui participent de la démarche heuristique de ce travail, guident
l’interprétation que nous allons en faire. Précisons a cet effet que
l’herméneutique est à l’origine la : « Science des règles permettant
d’interpréter la Bible et les textes sacrés, d’en expliquer le vrai sens 272». Un
peu plus loin, on apprend, d’’après une seconde définition, en rapport avec
la sémiologie, qu’elle est à prendre comme une : « Théorie, une science de
l’interprétation des signes, de leur valeurs symboliques ». C’est davantage

272 Information prise sur le site internet


http://www.cnrtl.fr/definition/herm%C3%A9neutique, site consulté le 30
septembre 2013.

285
cette seconde déclinaison qui nous inspire en ce sens que l’interprétation
que nous faisons ne s’appuie pas sur des textes sacrés.

Par ailleurs, cette étape visait à voir, lire, sinon entendre, l’objet ou le
discours qui se caractérise au-delà du thème analysé, pour ne pas dire la
quête de l’identité, afin de constituer un appareillage théorique permettant
une meilleure compréhension de ce qui rend raison de l’écriture de la quête
de l’identité dans le contexte francophone postcolonial. Dans cette visée,
trois chapitres ont guidé la réflexion engagée au cours de cette partie.

Le premier chapitre de cette partie s’est proposé de questionner la


structure de l’écriture des romans que nous avons analysés. Il s’est autorisé
pour titre pour une écriture hybride. Ce d’autant plus que l’espace
romanesque du corpus choisi participe d’une cohabitation langagière qui ne
s’assume que dans le multiple.

Dans ce sens, le premier sous chapitre s’est consacré à l’esthétique de


la diglossie. Au cours de ce chapitre, il s’est agi de démontrer que le
phénomène de diglossie qui avait cours dans les romans visait à justifier
qu’il était effectivement question d’une volonté de faire vivre une identité
sous couvert d’une autre. Du coup la quête identitaire était à entrevoir
comme la survie de l’idiome minoritaire par rapport à celui qui domine.

Ensuite, nous nous sommes employé à aborder la notion de l’identité


comme discours polyphonique. L’objectif poursuivi était que nous nous
sommes essayé à comprendre, en partie, comment ce qu’il peut être convenu
d’appeler la polyphonie constituait une notion qui tient lieu de la quête de
l’identité. Autrement dit, on s’est intéressé à la manière dont les
personnages, par l’autonomie qu’ils affichaient dans un premier temps, et
leurs manières différentes qu’ils ont et les visions du monde qu’ils traduisent
dans un second temps pouvaient être considérés comme une volonté
d’interroger l’identité.

Enfin, face au constat d’un espace narratif qui prend en compte


certaines influences locales et imprègne la fiction d’une ouvertur vers le

286
monde, nous avons pensé légitime de parler d’identité comme rhétorique de
l’universel. Un troisième sous point a alors été consacré à la question.

Le deuxième chapitre s’est intitulé les écritures de l’immigration. Nous


sommes partis du constat que les quatre romans de cette étude sont écrits
par des auteurs qui ont immigré en France. Ainsi, nous avons tenté de saisir
ce que nous disait cette situation d’écrivains qui ne sont pas originaires de
France. D’une certaine manière, il a été question de percevoir comment
l’écriture de la quête de l’identité n’est que la résultante d’auteurs qui ne
résident plus dans leur pays. Toute chose qui est la conséquence d’un
déplacement d’un lieu à un autre, donc d’une migration. Pour ce qui est des
auteurs convoqués, en l’occurrence Mabanckou, Ben jelloun, Dévi et
Dracius, cet état de fait est observable par le fait qu’ils écrivent là où ils sont
tous installés en France, le centre, alors qu’ils sont tous originaires du sud,
donc de la périphérie. A travers cette communauté, il ressort l’idée d’une
unicité dans la diversité, renforçant l’idée d’une civilisation de l’universel
chère à Léopold Sédar Senghor.

Dans cette optique, trois sous-points ont guidé l’analyse de ce


chapitre. Dans un premier temps, on a focalisé la démonstration sur la quête
de l’ailleurs. Dans un second temps, nous avons traité de l’écriture en pays
d’adoption. Dans un dernier temps, il a été question d’articuler notre propos
sur l’identité à venir

Le dernier chapitre de cette partie a porté sur l’identité en régime


postcolonial : Enjeu ou posture d’écriture ? Le but au cours de cette étape
était de nous interroger sur la problématique de l’identité dans le corpus
examiné. Nous partions d’un constat selon lequel la notion d’identité occupe
de plus en plus une place centrale dans les travaux, que ce soit critiques ou
narratifs. Aussi, partant de ce constat de regain d’intérêt dans le champ
littéraire francophone postcolonial, pouvait-on se demander si elle participait
d’un simple effet de mode ou bien elle répondait à une préoccupation réelle.

En somme, nous venons de refermer la troisième partie de notre


recherche. Cette dernière phase de notre travail avait pour objectif d’élaborer

287
une interprétation de la quête de l’identité dans nos quatre romans. En
d’autres termes, le travail au cours de cette étape de notre recherche
consistait à dire en quoi le thème de la quête de l’identité participe-t-il d’une
approche nouvelle dans l’univers du roman francophone postcolonial et
quelles espèces d’axiologies ce thème il met en œuvre ?

Au terme de cette troisième partie, il faut dire que la quête de


l’identité, dans son acception littéraire, et particulièrement en ce qui
concerne l’orientation qui s’est imposée à nous à la lecture des différents
romans que nous avons analysés, dégage une certaine intelligibilité qui se
donne à voir à différents niveaux, notamment dans la façon dont les
structures des romans étaient organisés. Cette architecture de la quête de
l’identité conduit à un métadiscours que nous avons voulu rendre accessible
par l’intermédiaire du concept d’herméneutique. C’est ce que nous avons
porté sous l’appellation d’interprétation liée au déploiement de la quête de
l’identité.

Afin de donner plus de consistance à ce travail d’interprétation, nous


avons poussé l’analyse en y consacrant une réflexion sur chacune des trois
inflexions. A cet effet, trois chapitres ont constitué le fil conducteur de
l’analyse consacrée à cette partie.

Le premier chapitre de cette troisième partie s’autorisait du titre de


pour une écriture hybride. Trois sous points étaient à mettre au crédit de ce
chapitre c’est-à-dire l’esthétique de la diglossie, l’identité à l’épreuve du
discours polyphonique et l’identité comme rhétorique de l’universel. Le
travail au cours de ce chapitre avait pour but de démontrer, qu’à la lecture
des quatre romans, il se dégageait le traitement d’un certain nombre de
notions. Notre analyse n’a pas manqué de révéler comment le motif de
l’identité, dans l’écriture fictionnelle, prenait en compte la poétique des
romans analysés. Ce qui a motivé l’écriture de chacun des sous points
mentionnés.

288
Du coup, en poursuivant l’interprétation des ouvrages et en tirant
arguments de la partie poétique, il nous ait apparu comme une évidence que
les auteurs qui ont écris ces quatre romans avait tous en commun d’avoir
quitté leur pays d’origine. Cette particularité qui relie les quatre écrivains
occasionne des conséquences en ce qui concerne l’esthétique de leurs
romans. Ce qui n’est pas sans induire un certain nombre de pratique en
rapport avec leur condition. Conformément à cet esprit, le deuxième chapitre
de cette partie a eu comme titre les écritures de l’immigration. Trois sous
points sont également vénus agrémenter l’illustration au cours de ce
chapitre. Il y a eu l’ailleurs comme variable de l’identité. Ensuite, il s’est agi
de : écrire en pays d’adoption. Enfin, nous avons traité de l’identité
postcolonial ou l’apologie du « third space ».

Pourtant l’interprétation n’a pas seulement porté sur les romans et


leurs structures narratives de ces derniers. C’est ce qu’a révélé le troisième
et dernier chapitre de cette partie. Il a été question de comprendre si le
traitement du thème de l’identité en régime francophone postcolonial n’était
pas simplement un effet de mode, mais une réelle préoccupe d’écriture au
cœur des problèmes sociétaux. De manière explicite, le titre chapitre du
chapitre a été formulé comme suit : Du questionnement autour de l’identité
dans le roman francophone postcolonial : Posture d’écrivains où enjeu
d’écriture ? En ce sens, nous essayant à reproduire une certaine rigueur
symétrique, conformément aux deux premiers chapitres, trois sous points
ont été prépondérants à la démonstration de ce chapitre. Dans un premier
temps, il s’est agi d’aborder la quête de l’identité dans le roman francophone
postcolonial : quels genres d’enjeux ?

Deuxièmement, il a été question de s’interroger en ces termes : La


quête de l’identité dans le roman francophone postcolonial : Configuration
ou reconfiguration ? Nous avons pensé légitime de chercher à comprendre si
l’identité en question pouvait s’autoriser d’une certaine authenticité ou bien
elle constituait quelque chose d’hybride.

289
En dernier lieu, nous nous sommes employés à démontrer que la
question de l’identité, en plus du fait qu’elle était au cœur de la logique
interne de la fiction de ces quatre romans, elle est un objet murement
réfléchis qu’on laisse entrevoir par l’intermédiaire d’un aspects tel que le
titre, d’où l’idée de démontrer que les titres portent bien ce projet de quête
d’identité. Ce qui a justifié qu’on le formule sous le titre suivant : lecture de
l’identité par la titrologie.

Au vu de tout ce qui précède, il va de soi que la poétique de ces fictions


romanesques nous a conduit à porter le présent travail sous le thème de la
quête de l’identité dans le roman francophone postcolonial. En effet, d’une
fiction romanesque à l’autre, la progression narrative tient en partie au fait
qu’Alain Mabanckou, Tahar Ben Jelloun, Ananda Dévi et Suzanne Dracius
ont pris la quête de l’identité comme motif structurant la poétique du récit
romanesque francophone postcolonial.

Il convient, à présent que s’achève ce travail de recherche consacré à


la quête de l’identité dans le roman francophone postcolonial, de nous
tourner vers l’horizon d’attente pour que s’ouvre une interlocution qui
permettra que ce geste heuristique approche un peu plus de l’exhaustivité.

290
Biobibliographie

291
I-Biographies

I-1: Tahar ben Jelloun273

Tahar Ben Jelloun est né en 1944 à Fès, mais il a passé son


adolescence à Tanger. Il étudie la philosophie à Rabat. Ses études sont
interrompues par un séjour forcé de 18 mois dans un camp militaire (1966-
1968). C’est là qu’il commence d’écrire. Il enseigne ensuite la philosophie
dans des lycées à Tétouan, puis à Casablanca où il travaille avec
Magazine Souffles.

En 1971, à la suite de l’arabisation de l’enseignement, Tahar Ben


Jelloun s’installe à Paris pour y poursuivre des études de sociologie. Au
départ, le séjour ne devait durer que trois ans, juste le temps de faire une
thèse de 3e cycle de psychiatrie sociale sur les troubles mentaux des
immigrés hospitalisés, mais rapidement il se met à écrire. Ce qui va conduire
très vite à des publications. Il publie en 1972 un recueil de poésie, puis son
premier roman l’année suivante Harrouda, édité par Maurice Nadeau.
Depuis 1973, il collabore régulièrement au journal Le Monde.

Avec le Prix Goncourt pour La Nuit sacrée en 1987, Tahar Ben Jelloun
devient le Marocain le plus connu de France. Il intervient dans les problèmes
de société, à propos de la situation dans les banlieues, du racisme… Tahar
Ben Jelloun revendique un statut d’intellectuel engagé. Il est exprimé à
propos de la Tchétchénie, des massacres en Algérie (en reprochant l’inertie
de la France)… mais pas sur le Maroc qui a pourtant connu des années
noires sous Hassan II. Ce mutisme lui a été particulièrement reproché quand
il a fait paraître son livre sur le bagne de Tazmamart : Cette aveuglante

273 In formation prise sur le site


http://www.bibliomonde.com/auteur/tahar-ben-jelloun-73.html consulté le
18 décembre 2014.

292
absence de lumière. Cela dit, plusieurs de ses livres avaient dénoncé
quelques travers de la société marocaines comme le pouvoir de l’argent
et le maintient de la féodalité. Parmi les auteurs francophones vivant,
il est aujourd'hui le plus traduit de par le monde (une quarantaine de
langues). En septembre 2010, il publie une lettre ouverte sans
concession au président Sarkozy.

I-2 : Alain Mabanckou274

On sait d’Alain Mabanckou qu’il est originaire du Congo Brazzaville où


il nait le 24 février 1966. Fils unique, il a perdu sa mère assez jeune en 1995
et son père en 2004. Son enfance se passe à Pointe-Noire, capitale
économique du Congo, ville côtière, où il commence des études primaires et
secondaires et obtient un baccalauréat option Lettres et Philosophie.

Comme le voulait sa mère (elle le dédiait à une carrière de magistrat ou


d’avocat), il commence des études de Droit à Brazzaville, puis en France, à
l’Université Paris-Dauphine (Paris IX) où il obtient un DEA en Droit des
affaires.

La Lyonnaise des Eaux – aujourd’hui SUEZ – l’engage alors comme


conseiller, et il occupera ce poste pendant une décennie. Parallèlement il
publie des livres de poésie couronnés par le Prix Jean-Christophe de la
Société des poètes français, puis fait paraître un premier roman en 1998,
Bleu-Blanc-Rouge, qui lui vaut le Grand prix littéraire d’Afrique noire.

Il bénéficie d’une résidence d’écriture aux États-Unis en 2001, démissionne

274 Information prise sur http://www.babelio.com/auteur/Alain-


Mabanckou/6174, site consulté le 10 janvier 1015.

293
de la Lyonnaise des Eaux lorsque l’Université du Michigan lui propose le
poste de Professeur des littératures francophones en 2002.

Il y enseigne pendant 4 ans avant d’accepter l’offre de la prestigieuse


Université de Californie-Los Angeles, UCLA, où il enseigne actuellement au
Département d’études francophones et de littérature comparée. Alain
Mabanckou est récipiendaire de la bourse la plus prestigieuse des
Humanités de Princeton University (USA) au titre de "Fellow in the
Humanities Council and the French and Italian department".

Mémoires de porc-épic, (Seuil 2006) a reçu le Prix RENAUDOT 2006, le Prix


Aliénor d’Aquitaine 2006 et Le Prix de la rentrée littéraire française 2006

Le 8 janvier 2009 il fait paraître Black Bazar aux Éditions du Seuil, roman
classé parmi les 20 meilleures ventes de livres en France. Dans cette logique,
Suivront Demain j'aurai vingt ans et en 2012 Le sanglot de l'homme noir

En 2012, l'Académie Française lui décerne le Prix Henri Gal pour l'ensemble
de son œuvre.

I-3 : Suzanne Dracius275

Écrivaine martiniquaise née à Fort-de-France, Suzanne Dracius,


voit le jour en pleine saison cyclonique, le 21 août 1951 à midi, heure
où le soleil est au zénith, aux Terres-Sainville — pas à la Maternité,
non, dans la maison familiale — « à la rue Amédée Knight, au numéro

275 Information prise sur


http://www.suzannedracius.com/spip.php?article470, site consulté le 21
janvier 2015.

294
3, des mains d’un parrain défaillant pour cause de sexe inadéquat,
pour ne pas dire maudit », éléments où elle voit “un lot de symboles”,
écrivaine martiniquaise, donc, ou écrivain martiniquais si l’on préfère,
ou écrivain tout court, car "l’écriture n’a pas de patrie ni de genre",
Suzanne Dracius a passé son enfance d’abord dans son île volcanique
puis en Île-de-France, entrant à l’école à deux ans "à la rue Perrinon" à
Fort-de-France car elle réclamait d’apprendre à lire de toute urgence —
activité qui lui paraissait magique comme quimbois et vaudou — et
ensuite, à quatre ans, à l’école Sainte Jeanne d’Arc à Sceaux, cultivant
sa "féminitude" de calazaza "contre vents et marées du racisme, du
sexisme et autres ostracismes", préférant "les isthmes aux -ismes et
les passerelles aux murs".

I-4 : Ananda Dévi276

Ananda Devi est née le 23 mars 1957 à Trois-Boutiques (Île Maurice),


au milieu des champs de canne à sucre. L'île Maurice est, dans sa splendeur
et sa diversité humaine, au cœur de l'œuvre d'Ananda Nirsimloo-Anenden.
Cette ethnologue de formation – docteur en anthropologie sociale (University
of London) –, et traductrice de métier, est sensible à l'imbrication des
identités et des langages ; aussi explore-t-elle avec une grande acuité de
nombreux caractères humains, recomposant ainsi les multiples univers qui
se côtoient, s'affrontent, se déchirent dans un espace insulaire qui n'est pas
moins analysé que recréé. Si elle a choisi d'écrire en français, ses romans et
ses nouvelles intègrent le créole et l'hindi. Son style incisif, lyrique et
pénétrant, offre à la langue française de nouvelles dimensions culturelles et

276 Information consultée sur


http://www.lehman.cuny.edu/ile.en.ile/paroles/devi.html le 26 janvier
1015.

295
linguistiques liées à son île natale. Ananda Devi vit à Ferney-Voltaire (près de
Genève) depuis 1989, après avoir passé quelques années au Congo-
Brazzaville.

Parmi les auteurs de l'Océan Indien, Ananda Devi est considérée comme une
figure centrale et des plus prolifiques. Son œuvre compte des romans, un
recueil de poèmes et plusieurs nouvelles, dont Harrikrisna Anenden a fait un
long-métrage en 2006 (« La cathédrale »). Depuis son premier roman, son
œuvre met en scène l'autodestruction causée par différentes sortes
d'enfermement. Si Rue la Poudrière aborde la prostitution, Le Voile de
Draupadi décrit la souffrance d'une femme indienne qui refuse d'être étouffée
par les traditions. L'arbre fouet, marqué par la violence du parricide,
poursuit ce questionnement dans un univers plus onirique, un univers que
l'auteur approfondit dans Moi, l'interdite. Le rejet de Mouna, dont le bec de
lièvre devient l'image de la monstruosité, la pousse à trouver refuge auprès
d'un chien. Sa recherche de tendresse devient une descente chtonienne aux
enfers, seule libération possible pour la narratrice. Pagli fait écho aux
ouvrages précédents en abordant la réclusion dans le mariage arrangé, mais
s'en distingue par l'accent mis sur l'insoumission : celle de Pagli qui se
refuse à son époux et celle du style poétique de l'auteur qui réinvente genres
littéraires et langue française. Soupir met en scène la quête impossible d'un
groupe de désemparés, sorte des damnés de la terre, à la recherche d'un
cadre aux allures de havre de pays, mais dont l’espoir, pour l’un d’entre eux,
passe par la culture de la ganja. En décrivant comment un enfant est poussé
à se réfugier dans la mer, La Vie de Joséphin le fou pousse encore plus loin
la question de l'ostracisme.

Ève de ses décombres (2006), couronné par le prix des Cinq Continents de la
francophonie et le prix RFO, confirme le talent de l'auteur au sein de l'espace
littéraire francophone. Devi y explore les stratégies de survie de quatre
adolescents de 17 ans rassemblés autour d'un meurtre à Troumaron, un
quartier de réfugiés des cyclones. Ève y vend son corps tout en croyant être

296
une prédatrice. Se relèvera-t-elle de ses décombres ? L'auteur nous livre avec
tact les voix intérieures de ces personnages sans véritable avenir.

L'œuvre d'Ananda Devi est à la fois tragique et poétique. Hantée par les
questions de l'exclusion, de l'altérité, de la déviance et de la souffrance, elle
dénonce le climat étouffant d'une société aux multiples cloisonnements. Par
la force et la violence des mots, elle se dresse contre toute forme de rejet et
propose un véritable engagement de l'imaginaire insulaire pour la
reconnaissance de l'altérité.

297
II- : Bibliographie

II-1 : Corpus de base

Tahar Ben Jelloun, La Nuit sacrée, Paris, Seuil, 191 p.

Ananda Dévi, Soupir, Paris, Gallimard, Coll. « Continents noirs »,


2002, 232 p.

Alain Mabanckou, Verre cassé, Paris, Seuil, 2005, 248 p.

Suzanne Dracius, L’Autre qui danse, Paris, Editions Le Rocher


« Nouvelle édition relue et corrigée par l’auteur », 2007, 389 p.,
publié pour la première fois aux éditions Seghers en 1989.

II-2 : Autres ouvrages des auteurs

II-2-1 : Tahar Ben Jelloun277

Nouvelles, romans et poésies

 Ben Jelloun (T.), Hommes sous linceul de silence, 1971


 Ben Jelloun (T.), Les Cicatrices du soleil, Maspero, 1972
 Ben Jelloun (T.), Harrouda, Paris, Denoël, 1973 - Reéd.
Gallimard, 2010
 Ben Jelloun (T.), La Réclusion solitaire, Paris, Denoël, 1976

277 Information tirée de http://www.taharbenjelloun.org

298
 Ben Jelloun (T.), Les amandiers sont morts de leurs blessures,
poèmes, reéd. Seuil, Coll. « Points roman », 1985, première parution
en 1976, prix de l'amitié franco-arabe 1976
 Ben Jelloun (T.), La Mémoire future, Anthologie de la nouvelle poésie
du Maroc, Maspéro, 1976
 Ben jelloun (T.), La Plus Haute des solitudes, Paris, Seuil, 1977
 Ben Jelloun (T.), Moha le fou, Moha le sage, 1978, prix des
Bibliothécaires de France, prix Radio-Monte-Carlo 1979
 À l’insu du souvenir, poèmes, 1980
 Ben Jelloun (T.), La Prière de l'absent, Paris, Seuil, 1981
 Ben Jelloun (T.), L’Écrivain public, Paris, Seuil, récit, 1983
 Ben Jelloun (T.), Hospitalité française, Paris, Seuil, 1984
 Ben Jelloun (T.), La Fiancée de 12, suivie d'Entretiens avec M. Saïd
Hammadi ouvrier algérien, théâtre, Paris, Acte Sud, 1984
 Ben Jelloun (T.), L’Enfant de sable, Paris, Seuil, 1985

 Ben Jelloun (T.), La Nuit sacrée, Paris, Seuil, 1987, prix Goncourt

 Ben Jelloun (T.), Jour de silence à Tanger, récit, Paris, Seuil, 1990
 Ben Jelloun (T.), Les Yeux baissés, Paris, Seuil, 1991
 Ben Jelloun (T.), Alberto Giacometti, Paris, Flohic, 1991
 Ben Jelloun (T.), La Remontée des cendres, poème (édition bilingue,
version arabe de Kadhim Jihad), 1991
 Ben Jelloun (T.), L’Ange aveugle, nouvelles, Paris, Seuil, 1992
 Ben Jelloun, Éloge de l'amitié, Nouvelle, Paris, Seuil, 1994
 Ben Jelloun (T.), L’Homme rompu, Paris, Seuil, 1994
 Ben Jelloun (T.), La Soudure fraternelle, Paris, Arléa,1994
 Ben Jelloun (T.), Poésie complète, Paris, Seuil, 1995
 Ben Jelloun (T.), Le premier amour est toujours le dernier,
nouvelles, Paris, Seuil, 1995
 Ben Jelloun (T.), Les Raisins de la galère, Paris, Fayard, 1996

299
 Ben Jelloun (T.), La Nuit de l'erreur, Paris, Seuil, 1997

 Ben Jelloun (T.), Le Racisme expliqué à ma fille, Paris, Seuil, 1997


 Ben Jelloun (T.), L’Auberge des pauvres, Paris, Seuil, 1997
 Ben Jelloun (T.), Le Labyrinthe des sentiments, Paris, Stock, 1999
 Ben Jelloun (T.), Cette aveuglante absence de lumière, Paris, Seuil,
2001
 Ben Jelloun (T.), L’Islam expliqué aux enfants, Paris, Seuil, 2002
 Ben Jelloun (T.), Amours sorcières, Paris, Seuil, 2003
 Ben Jelloun, Le Dernier Ami, Paris, Seuil, 2004
 Ben Jelluon (T.), Belle au bois dormant, Paris, Seuil, 2004
 Ben Jelloun (T.), Partir, Paris, Gallimard, 2005
 Yemma, 2007
 Ben Jelloun (T.), L’École perdue, Paris, Gallimard Coll. « jeunesse »,
2007
 Ben Jelloun (T.), Sur ma mère, Paris, Folio, 2008
 Ben Jelloun (T.), Le texte d'un album-photo : Marabouts,
Maroc, 2009
 Ben Jelloun (T.), Au pays, Paris, Folio, 2010
 Ben Jelloun (T.), Beckett et Genet, un thé à Tanger, Paris, Éditions
Gallimard, 2010
 Ben Jelloun (T.), Par le feu, Paris, Gallimard, 2013
 Ben Jelloun (T.), L'Étincelle — Révolte dans les pays
arabes, Gallimard, Paris, Éditions Gallimard, 2013
 Ben Jelloun (T.), Le Bonheur conjugal, Paris, Éditions Gallimard,
2012
 Ben Jelloun (T.), Au seuil du paradis, Paris, éditions des Busclats,
2012
 Ben Jelloun (T.), Jean Genet, menteur sublime, Paris, Éditions
Gallimard, 2013

300
 Ben Jelloun (T.), L'Ablation, Collection Blanche, Paris, Gallimard,
2014, 144 p.
 Ben Jelloun (T.), Mes contes de Perrault, Paris, Le Seuil, 2014.

II-2-2 : Alain Mabanckou278

L’œuvre de Mabanckou a la particularité de toucher des genres différents


comme l’atteste cette bibliographie :

Romans

Mabanckou (A.), Bleu-Blanc-Rouge, Présence africaine, Paris, Présence


africaine, 1998, 222 p.

Mabanckou (A.), Et Dieu seul sait comment je dors, Présence


Africaine, Présence Africaine, 2001, 246 p.

Mabanckou (A.), Les Petits-fils nègres de Vercingétorix5, Paris,


Serpent à Plumes, Coll. « Fiction française », 2002, 263 p. En poche
chez « Points », Éditions du Seuil, 2006

Mabanckou (A.), African Psycho, Paris, Serpent à Plumes, Coll.


« Fiction française », 2003, 191 p. En poche chez « Points », Éditions
du Seuil, 2006

Mabanckou (A.), Verre cassé, Éditions du Seuil, et en poche chez


« Points », Éditions du Seuil, 2006

278 Information prise sur deux sites différents. http://www.wikipédia.org


et http://www.alainmabanckou.net/bibliographie, consulté le 22 décembre
2014.

301
Mabanckou (A.), Mémoires de porc-épic, Seuil, 229 p. / (Prix
Renaudot), et en poche chez « Points », éditions du Seuil, 2007

Mabanckou (A.), Black Bazar, Éditions du Seuil, 252 P. Et en poche


chez "Points", 2010

Mabanckou (A.), Demain j'aurai vingt ans, Éditions Gallimard, Coll.


Blanche, et en poche chez Folio (Gallimard), avec une préface
du Prix Nobel de littérature J. M. G. Le Clézio , 2012

Mabanckou (A.), Tais-toi et meurs (roman policier), Éditions de La


Branche, Coll. Vendredi 13, 2012, en poche chez Pocket, 2014

Mabanckou (A.), Lumières de Pointe-Noire, Éditions du Seuil,


Coll. Fiction & Cie, janvier 2013, et en poche chez "Points", Editions
du Seuil, 2014

Poésie

 Mabanckou (A.), Au jour le jour, Lyon, Maison rhodanienne de


poésie, 1993
 Mabanckou (A.), La Légende de l'errance, Paris, Éditions
L'Harmattan, 1995
 Mabanckou (A.), L'Usure des lendemains, Paris, Nouvelles du Sud,
1995
 Mabanckou (A.), Les arbres aussi versent des larmes, Paris,
L'Harmattan, 1997
 Mabanckou (A.), Quand le coq annoncera l'aube d'un autre jour,
Paris, L'Harmattan, 1999
 Mabanckou (A.), Tant que les arbres s'enracineront dans la terre,
Œuvre poétique complète, Paris, Seuil, Coll. « Points », 2007

302
Essais

 Mabanckou (A.), Lettre à Jimmy (James Baldwin), Fayard, et en


poche chez Points, 2008
 Mabanckou (A.), L'Europe depuis l'Afrique, Éditions Naive, 2009
 Mabanckou (A.), Écrivain et oiseau migrateur, André Versaille éditeur, 2011

 Mabanckou (A.), Le Sanglot de l'homme noir, Fayard, réédité en


format poche chez Points Seuil, 2013

Anthologies

 Mabanckou (A), : Six poètes d'Afrique francophone (Senghor, Birago


Diop, Dadié, Loutard, U Tam'si et Rabemananjara), en format poche
chez "Points", 2010
 Mabanckou (A.), L'Afrique qui vient (avec Michel Le Bris), Nouvelles,
éditions Hoëbeke, 2013

Livres pour la jeunesse

Mabanckou (A.), Six poètes d'Afrique francophone (Senghor, Birago


Diop, Dadié, Loutard, U Tam'si et Rabemananjara), en format poche
chez "Points", 2010

Mabanckou (A.), L'Afrique qui vient (avec Michel Le Bris), Nouvelles,


éditions Hoëbeke, 2013

Discographie

Mabanckou (A.), Black Bazar, album de rumba congolaise, produit par Alain
Mabanckou, avec les musiciens Modogo Abarambwa et Sam Tshintu, 2012

303
Mabanckou (A.), Black Bazar — Round 2, album produit par Alain
Mabanckou d'après les compositions du guitariste Popolipo Beniko et
du bassiste Michel Lumana, auxquelles se mêlent des sonorités
de dancehall

II-2-3 : Suzanne Dracius279

Pour ce qui est de l’écrivaine martiniquaise, nous proposons une


bibliographie assez riche. Dans ce sens, voici une liste non exhaustive.

• Romans et nouvelles :

Dracius (S.), L’Autre qui danse, finaliste du Prix du Premier Roman,


Seghers, Paris, 1989 ; éditions du Rocher, Paris, 2007 : réédition en
poche collection Motifs.

Dracius (S.), Rue Monte au ciel, Fort-de-France, Desnel, 2003.

Dracius (S.), Montagne de feu in Diversité : La nouvelle francophone, [2è


édition), Houghton-Mifflin, Boston, USA, 2000.

Nouvelle

Dracius (S.), De sueur, de sucre et de sang, Le Serpent à Plumes, Paris


(n° 15), 1992,

Dracius (S.), "La Virago", nouvelle (in Diversité : La nouvelle


francophone, Houghton-Mifflin, Boston, USA, 1995.

279 Informations prises sur http://www.suzannedracius.com

304
Poésie :

Dracius (S.), Déictique féminitude insulaire, Paris, éd. Idem, 2014.

Dracius (S.), Exquise déréliction métisse, Port de France, Desnel, 2008.

Dracius (S.), Prosopopées urbaines, anthologie d’inédits coordonnées


par Suzanne Dracius, Fort-de-France, éd. Desnel 2006.

Prosopopées urbaines incluant des poèmes inédits de Suzanne Dracius


pages 73 à 83, 2006

Hurricane, cris d’Insulaires Anthologie coordonnée par Suzanne


Dracius à Fort-de-France aux éditions Desnel en 2005. Cette
Anthologie inclut des poèmes inédits de Suzanne Dracius. Cet ouvrage
a reçu le prix Fètkann mémoire du sud/mémoire de l’humanité.

Théâtre :

Dracius (S.), Lumina Sophie dite Surprise, Fort-de-France, Desnel,


2005.

Livres de jeunesse :

Dracius (S.), My Little Book of London / Mon petit livre de


Londres (bilingue, en collaboration avec Samantha Barton -
illustrations de Janko Floro), Fort-de-France, Desnel, 2008.

Dracius (S.), Fables de La Fontaine avec adaptations créoles et sources


antiques illustrations de Choko), Fort-de-France, Desnel, 2006.

305
Dracius (S.), Habitation Anse Latouche, la Vallée des Papillons (avec
Pierre Pinalie), Le Carbet/Marinique, éd. Hugues Hayot, 1994.

Nouvelles, Poèmes et textes dans des ouvrages


collectifs:

« La couleur du béké goyave » et « La langue de Molière sauce chien ».


P. 7-17 et 73-96 Partir sans passeport, éd. Idem, 2012.

« Caribéenne en littérature », « Nous finirons tous métis » et « Le


racisme est soluble dans l’encre noire ». Plumes rebelles, Anthologie de
l’Outre-mer français d’Amérique coordonnée par Suzanne Dracius,
Fort-de-France, Desnel, 2011.

II-2-4 : Ananda Dévi280


Voici, de la bibliographie de l’écrivaine mauricienne, les principaux
ouvrages de l’écrivaine mauricienne.

Romans:

 Rue la poudrière. Abidjan: Nouvelles Éditions Africaines, 1989;


Vacoas: Le Printemps, 1997.
 Le voile de Draupadi. Paris: L'Harmattan, 1993; Vacoas: Le
Printemps, 1999.

280 Informations prises sur


http://www.lehman.cuny.edu/ile.en.ile/paroles/devi.html, site consulté le 2
février 2015.

306
 L'arbre fouet. Paris: L'Harmattan, 1997.
 Moi, l'interdite. Paris: Dapper, 2000.
 Pagli. Paris: Gallimard, 2001.
 Soupir. Paris: Gallimard, 2002.
 La vie de Joséphin le fou. Paris: Gallimard, 2003.
 Ève de ses décombres. Paris: Gallimard, 2006.
 Indian Tango. Paris: Gallimard, 2007.
 Le sari vert. Paris: Gallimard, 2009.
 Les jours vivants. Paris: Gallimard, 2013.

Récit:

 Les hommes qui me parlent. Paris: Gallimard, 2011.

Poésie:

 Le long désir. Paris: Gallimard, 2003.


 Quand la nuit consent à me parler. Paris: Bruno Doucey, 2011.

Recueils de nouvelles :

 Solstices. Port-Louis: Regent Press, 1977, réédition revue et


préfacée par l'auteur: Vacoas: Le Printemps, 1997.
 Le poids des êtres. Rose-Hill: Éditions de l'Océan Indien, 1987.
 La fin des pierres et des âges. Rose-Hill : Éditions de l'Océan
Indien, 1993.

Nouvelles parues dans des anthologies :

 « Lakshmi's gift ». Trad. D.S. Blair. The Heinemann Book of


African Women's Writing. Ed. Charlotte H. Bruner. London:
Heinemann, 1993.

307
 « La découverte du Bouchon ». Maurice: Le tour de l'île en quatre-
vingt lieux. Ed. B. Pyamootoo & R. Poonoosamy. Port-Louis:
Immedia, 1994.
 « La mort d'Anjalay ». Au tour des femmes. Ed. B. Pyamootoo & R.
Poonoosamy. Port-Louis: Immedia, 1995.
 « Le cache-misère » et « The Message ». Maurice: demain et après /
Beyond tomorrow / Apredimé. Ed. B. Pyamootoo & R.
Poonoosamy. Port-Louis: Immedia, 1997.
 « Zuviel Marie ». Trad. C. Zehnder. Kusse und eiligen Rosen, die
fremdsprachige Schweizer Literatur. Zurich: Limmat Verlag,
1998.
 « La mosquée de paille ». Kaleidoscope. Ed. B. Pyamootoo & R.
Poonoosamy. Port-Louis: Immedia, 1998.
 « Le Sari ». Rencontres avec l'Inde. Ed. S. Ramakrishnan, M.
Gobhurdhun-Jani, A. Callikan-Proag. New-Delhi: Conseil Indien
pour les Relations Culturelles, 1999.
 « L'usurpateur ». Nocturnes. Ed. B. Pyamootoo & R. Poonoosamy.
Port-Louis: Immedia, 2000.
 « Salma ». Francofonia 48 (Primavera 2005.
 « L'enfant du banian ». Enfances, collectif coordonné par Alain
Mabanckou. Bertoua (Cameroun): Ndzé, 2006; Paris: Ndzé
(Pocket), 2008.
 « Bleu glace ». Nouvelles de l'île Maurice (Collectif). Paris: Magellan
& Cie, 2007.
 « Afin qu'elle ne meure seule ». Pour une littérature-monde, sous la
direction de Michel Le Bris et Jean Rouaud. Paris: Gallimard,
2007:
 « Les prisonniers ». Riveneuve Continents 10 (hiver 2009-2010).

Essai :

308
 The Primordial Link: Telugu Ethnic Identity in Mauritius. Moka:
Mahatma Gandhi Institute, 1990.

Études:

 « Aspects of kinship and marriage among Telugus in


Mauritius ». Indian Overseas, the Mauritian Experience. Ed. U.
Bissoondoyal. Moka: Mahatma Gandhi Institute, 1984.
 « Identité ethnique Telegoue et pratiques religieuses à l'île
Maurice ». Vivre au Pluriel, Production sociale des identités à l'Ile
Maurice et à l'île de la Réunion. Saint-Denis: Université de la
Réunion, 1990.

Filmographie:

 La Cathédrale, film basé sur la nouvelle d'Ananda Devi (publiée


dans Solstices). Réalisation: Harrikrisna Anenden, 2006, 78 min.
 Les Enfants de Troumaron. Réalisation: Harrikrisna Anenden,
scénario: Ananda Devi (d'après Ève de ses décombres). Cine Qua
Non Ltd., 2012, 92 min.

309
V : Ouvrages de fictions consultés
Achébé (C.), Le monde s’effondre, Paris, Présence Africaine, Edit. De
poche, 1972, 254 p.

Badian (S.), Sous l’orage, Paris, Présence Africaine, 2000, 253 p.


Baudelaire (C.), Les Fleurs du mal, Paris, Réed. Hachette, 2012, 206 p.
Béti (M.), Le Pauvre christ de Bomba, Paris, Edition Présence Africaine,
2001, 348 p.

Céline (L.F.), Voyage au bout de la nuit, Paris, Gallimard, Coll.


« Folio », 1972, 505 p.

Dante (A.), La divine comédie, Paris, Diane De Selliers, Coll. « La petite


collection », 2008, 508 p.

Diop (B.B.), Le Cavalier et son ombre, Abidjan, Ed. NEI, [1997], 1999,
286 p.
Dostoïevski, Les frères Karamazov, Paris, Gallimard, Coll. « Folio
classique », 1994, 989 p

Dostoïevski, L’Adolescent, traduction d’André Markowicz, Paris, Acte


Sud. Coll. « Babel », 1998, 528 p.

Fantouré (A.), Le Cercle des tropiques, Paris, Présence Africaine, 1991,


311 p.
Kane (C.A.), L’Aventure ambigüe, Paris, Coll. « Domaine français » 10-
18, 2003, 192 p.

Kourouma (A.), Les Soleil des indépendances, Paris, Seuil, Coll.


« Points », 1995, 195 p

Kourouma (A.), Allah n’est pas obligé, Paris, Points, 2002.


Labou Tansy (S.), L’Etat honteux, Paris, Seuil, 1981, 156 p.
Laye (C.), L’Enfant noir, Paris, Pocket, 2007, 221 p.

310
Mérimée (P.), Tamango, Paris, Hatier, Coll. « Classiques Hatier Œuvres
& Thèmes », 2008, 47 p.

Monénembo (T.), L’Aîné des orphelins, Paris, Seuil, Coll. « Cadre


rouge », 2000, 156 p.

Moussirou Mouyama (A.), Parole de vivants, Paris, L’Harmattan, 1992,


119 p

Sami Tchak, Place des fêtes, Paris, Gallimard, Coll. « Continents


noirs », 2001.

Sony (L.T.), L’Ante-peuple, Paris, Coll. « Points », 2010, 210 p.


Stendhal, Le rouge et le noir, Paris, Gallimard, Coll. « Folio », 1967, 512
p.

Stendhal, Le Rouge et le noir, Paris, Gallimard, Coll. « Folio », 1967,


512 p.
Wabéri (A.A.), Moisson de crânes, Paris, Alphée, Coll. « Motifs », 2004,
94 p.

Verne (J.), Voyage au centre de la terre, Paris, Livre de poche, Coll.


« Classique », 19172, 372 p.

Wabéri (A.A.), Cahier nomade, Paris, Le Serpent à plumes, 1996, 160


p.

Wabéri (A.A.), L’œil nomade : Voyage à travers le pays de Djibouti,


Paris/Djibouti, CCFAR/L’Harmattan, 1997, 95 p.

311
VI : Essais, Ouvrages méthodologiques et théoriques

Aristote, Poétique, Paris, Livre de Poche, Editions Classiques, 1990,


216 p.
Aristote, Rhétorique, traduit du grec par Pierre Chiron, Paris,
Flammarion, Coll. « GF », 2007, 570 p.

Bakhtine (M.), Problème de la poétique de Dostoïevski, Paris, L’âge de


l’homme, Coll. « Slavica », 1998.

Bakhtine (M.), L'œuvre de François Rabelais et la culture populaire au


Moyen Âge et sous la Renaissance, Paris, Gallimard, 1970.

Barthes (R.), Essais critiques, Paris, Seuil, 1964, 35 p.

Beniamino (M.), La francophonie littéraire : essai pour une théorie,


Paris, L'Harmattan, 1999, 464 p.

BhaBha Homi k, Les Lieux de la culture. Une théorie postcoloniale,


Paris, Editions Payot et Rivages { Traduction française], 2007, 411 p.

Bilé (S.), Blanchissez-moi-tous ces nègres, Toulouse, Pascal Galodé


éditeurs, 2010.

Blanchot (M.), Le livre à venir, Paris, Gallimard, Coll. « Folio essais »,


1986, 340 p.

Bourdieu (P.), Les règles de l’art, Paris, Seuil, 1992.

Brunel (P.), Pichois (C.), Rousseau (A.M.), Qu’est-ce que la littérature


comparée ?, Paris, Armand Colin, Coll. « U2 », 1967, 218 p.

Casanova (P.), La République mondiale des lettres, Paris, Seuil, Coll.


« Points essais », 2008, 504 p.

312
Césaire (A.), Discours sur le colonialisme. Suivi de Discours sur la
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Césaire (A.), Cahier d’un retour au pays natal, Paris, Coll. « Poésie ».
Présence Africaine, 2000.

Clavaron (Y.), « Effacement ou élargissement du paradigme (post)


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Désalmand (P.) et Forest (P.), 100 citations expliqués, (s.1), Belgique,


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Descombes (V.), Les embarras de l’identité, Paris, Gallimard, 2013.

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Le scouarnec (F.P.), la Francophonie, Québec, Boréal, 1997.

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Maignan-Claverie (C.), Le métissage dans la littérature des Antilles


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Mangeon (A.), Postures postcoloniales, Domaines africains et antillais,


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313
Mbembe, (A.), De la postcolonie. Essai sur l’imagination politique dans
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Moudileno (L.), Parades postcoloniales, « La fabrication des identités


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Nicolas Boileau, L’Art poétique, Paris, Flammarion, Coll. « GF », 1998,


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Chefs-d’œuvre De la Poésie », 1987, 656 p.

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Senghor (L.S.), « la francophonie comme contribution à la civilisation de


l’universel », Liberté3-Négritude et civilisation de l’universel, Paris, Seuil,
1977.

314
Said (W. E), L’Orientalisme. L’Orient crée par l’Occident, Paris, Coll. « La
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1987 ; rééedition Coll. « Pocket ».

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Seuil, coll. « Points », 1973, 122 p.
Zohou (A.), « Epilogue : Partir de Louverture » In de (s) générations
postérité du postcolonial, N°15 de février 2012.

V-II : Webographie

Moteur de recherche et sites internets consultés

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http://www.psychologie-et-societe.org

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http://www.puf.com

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315
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http://pedagogie2.ac-reunion.fr

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http://www.tlfq.ulaval.ca

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http://www.etudes-litteraires.com/

http://lesclassiques.blogvie.com/labsurde/

http://www.suzannedracius.com

http://www.cnrtl.fr

http://www.montraykreyol.org

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http://www.assistancescolaire.com

http://www.poesie.net

http://poesie.webnet.fr

http://www.larousse.fr

316
VIII : Autres sources et articles :

Dictionnaire Dixel, 2010

Thèse : Héros et quête identitaire dans le roman africain subsaharien


francophone. Cette thèse est de Perpetue Dah. Elle a été soutenue le 19
février 2010 sous la direction de Papa Samba Diop Pour l’obtention du grade
de Docteur.

317
Table des matières

Epigraphe…………………………………………………………………………….1

Dédicace………………………………….…………………………………………..2

Exergue………………………………………………………………………………..3

Remerciements……………………………………………………………………..5

Introduction générale……………………………………………………….7

 Approche du sujet…………………………………………………….8
 Formulation et délimitation du sujet……………………..….13
 Hypothèse de recherche et problématique…………………..25
 Cadre méthodologique……………………………………………..29
 Etat de la recherche…………………………………………………37
 Structure de la recherche………………………………………….40

Première Partie : Historiographie………………………46

Chapitre I : Francophonie : Elucidation terminologique, processus


de fonctionnement et véracité littéraire…………………..……..…51

I-1 : Elucidation terminologique……………………………………….53

I-2 : Francophonie institutionnelle et politique……………..……55

I-3 : La Francophonie : Véracité littéraire.………………………….65

318
Chapitre II : Pour une compréhension du postcolonialisme :
Economie terminologique, des générations postcoloniales et pour
une théorie postcoloniale à l’œuvre………….……………………..…...72

II-4 : Economie terminologique……………………………...……….…..74

II-5 : Des générations postcoloniales…………………………….…..….76

II-6 : Pour une application de la théorie postcoloniale dans le


roman…...................................................................................94

Chapitre III : La revendication de l’identité au cœur des combats


littéraires………………………………………………………………………...99

III-7 : La Négritude, arme de libération des peuples………..…….101

III-8 : Le roman francophone postcolonial : La résonance


identitaire………………………………………………..…………………….105

Conclusion partielle…………………………………………………………113

Deuxième Partie : Les figures de la quête de l’identité

Chapitre IV : Au cœur de Verre cassé : L’écriture comme moyen de


réalisation de soi et l’ « aliassisation » onomastique……………..118

IV-9 : L’écriture comme comme de réalisation de soi……………121

IV-10 : L’ « aliassisation » onomastique……………………..……..…124

319
Chapitre V : Dans l’âme de la Nuit sacrée : Du garçon à la fille et
une féminité interdite..…………………………………………………...130

V-11 : Du garçon à la femme….……………….……..…………….…...131

V -12 : Féminité interdite.…………………………………………….….132

Chapitre VI : Voyage dans l’univers de l’Autre qui danse : Une


crise identitaire et le retour au pays des ancêtres……………...…140

VI -13 : La crise identitaire…………………………………………….....146

VI-14: Retour au pays des ancêtres………………………….….……...145

Chapitre VII : Au fil des pages de Soupir : Un environnement


chaotique et la survie d’un groupe………………………………………158

VII-15 : Un environnement chaotique………………………..………..160

VII-16 : La survie d’un groupe…………………………… ..…………..164

Conclusion partielle………………………………………………………….173

Troisième Partie : Lecture herméneutique de la quête


d’identité

Chapitre VIII : Pour une écriture de l’hybridité…………………….179

VIII-17 : L’esthétique de la diglossie…………………………………..181

320
VIII-18 : L’identité à l’épreuve du discours polyphonique……….191

Chapitre IX : L’identité comme rhétorique de


l’universel………………………………………………………………………202

Chapitre X- : Les écritures de l’immigration……………………….212

X-19 : L’ailleurs comme « variable » identitaire…………………...215

X-20 : Ecrire en pays d’adoption………………………………….……225

X-21 : Le « Third space », alternative de la quête de l’identité..236

Chapitre XI : Le thème de la quête de l’identité dans le roman


francophone postcolonial : Posture d’écrivain ou enjeu
d’écriture ?.............................................................................265

XI-22 : Les écritures de la quête de l’identité : Quels genres


enjeux ?.................................................................................242

XI-24 : thématique identitaire dans le texte francophone


postcolonial : Configuration oU reconfiguration ?.....................258

XI-25 : Lecture de l’identité par la titrologie………………………..265

Conclusion partielle…………………………………………………………274

Conclusion générale………………………………..277

321
Biobliographie……………………………………….291

Biographie

Bibliographie

322

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