Optimisation des Achats en PME-PMI
Optimisation des Achats en PME-PMI
Date de création : 01.06.2005
Date de dépôt : 29.06.2005
Niveau : BAC + 5
Optimisation des achats dans les PMEPMI
Guillaume FERNEX
MEMOIRE
THEME DU MEMOIRE
« Optimisation des achats dans
les PME-PMI »
PROMOTION 2005
MASTER ACHATS LOGISTIQUE
c) Impact des gains sur achats au niveau du résultat.....................................................15
Pièges et difficultés proposés par les achats en PME...............................................................18
1) Distinction entre achats et approvisionnements................................................................18
2) L'effet de volume...............................................................................................................19
3) Services achats aux effectifs restreints..............................................................................20
4) Autres freins à la compétitivité des achats.........................................................................21
Préconisations pour optimiser les achats dans les PME............................................................23
1) Actions d'optimisation avant la négociation........................................................................23
a) Analyse fonctionnelle du besoin.................................................................................24
b) Segmentation des achats...........................................................................................25
c) Choix des meilleurs fournisseurs...............................................................................25
Dans une première partie, je vous ferais une analyse des causes qui ont poussées les
entreprises à vouloir optimiser leurs achats en retraçant toutes les évolutions du système
économique. Ensuite, nous verrons quels sont les problèmes auxquels sont confrontées les
petites et moyennes industries lorsqu’elles veulent améliorer leur structure Achats. Enfin, dans
une dernière partie je vous présenterai différents outils permettant d’optimiser les achats, et
vous expliquerai lesquels sont à mettre en place dans les petites ou moyennes structures. Puis
je terminerai par une conclusion, pour synthétiser les différents thèmes abordés dans ce
mémoire.
En 1945, à la fin de la seconde guerre mondiale, les pays industrialisés font face aux
ravages laissés par la guerre. Effectivement il faut reconstruire tout ce qui a été détruit. Les
entreprises se retrouvent dans une situation très avantageuse puisqu'elles bénéficient d'un
contexte économique de pénurie. Ceci marque le début des "Trente Glorieuses" (19451974).
Ensuite le développement des médias (radio, télévision…) permets aux entreprises de
promouvoir leurs produits grâce à ce qu'on appelait à l'époque "les réclames". La publicité a
donc aussi été un facteur qui a permis à la croissance économique de véritablement exploser.
A cette époque de véritable euphorie, les seules stratégies viables étaient :
les stratégies de diversification afin de pouvoir être présent sur un maximum de
marchés lorsqu'on restait à l'intérieur d'un périmètre géographique national.
Cette transition a été assez rapide et a été instrumentalisée par le double crach pétrolier
de 1973 et 1979. Après ces événements, une récession économique a plongé, les investisseurs
et les consommateurs dans une période de psychose pendant laquelle l'offre est devenue
supérieure à la demande. C'est le début de l'ère d'économie de Marché : "il ne suffit plus de
produire pour vendre ni même de savoir vendre pour réussir : le succès de l'entreprise dépend
1
de sa capacité à adapter son offre à la demande"
La concurrence étant devenue une constante, on est passé d'une logique de vendre au
meilleur prix à une logique de produire au coût le plus bas possible.
1
Roger PEROTIN, L'entretien d'achat : tactiques de négociation
Mais ce mode de production a comme caractéristiques principales :
l'augmentation des tailles de lot afin de diluer les coûts fixes de lancement.
Une augmentation de tous les postes de stocks (matières premières, composants,
en cours, produits finis).
Cependant, les clients devenant de plus en plus exigeants et la concurrence en
perpétuelle augmentation, les entreprises continuaient de diminuer leurs marges afin de rester
compétitives.
De plus, les dirigeants ont été confrontés à plusieurs constats allant plus ou moins contre
leurs croyances initiales :
La constitution de stock ne permettait pas de livrer toutes les commandes à temps.
Les stocks coûtent très cher à l'entreprise du fait de l'immobilisation financière
qu'ils entraînent et de leur détérioration si la rotation n'était pas assez rapide.
On assiste au milieu des années 90 à une véritable révolution au sein d'une majorité
d'entreprises qui vivent une réelle mutation afin de pouvoir répondre pleinement aux attentes de
leurs clients. Effectivement, avec l'apparition des normes ISO, la satisfaction client devient le
maître mot à la fin du 20ème siècle. Les entreprises se donnent donc les moyens de leurs
ambitions.
C'est ainsi que l'on voit un maximum d'entreprises opter pour un système de gestion en
flux tirés total ou partiel:
2
Méthode consistant à appliquer à son activité, un process ou une solution, utilisé avec succès par une
entreprise issue d'un secteur d'activité totalement différent de celui sur lequel on opère.
Les mouvements et déplacements superficiels ou superflus, générateurs de coûts
inutiles.
Le processus : la simplification des gammes et l'optimisation de l'utilisation de la
capacité des postes de travail sont des facteurs d'économies.
La surproduction : toute production qui ne correspond pas à l'expression d'une
commande.
La non qualité : le pire des gaspillages car l'on produit pour jeter.
La diminution de ces gaspillages réduit le niveau de stock et les délais de production,
augmente la réactivité ainsi que le niveau de qualité des produits. Pour parvenir à réduire ces
gaspillages plusieurs outils de gestion ont été créés. Beaucoup de ces outils ont été modélisés
et testés au début des années 80 par M. Shingeo SHINGO lorsqu'il travaillait chez Toyota.
Au départ ces outils avaient pour but de permettre la mise en place une gestion en flux
tirés, mais ont ensuite été utilisés dans une démarche d'amélioration continue afin d'optimiser
Le "TPM" (Total Productive Maintenance), cet outil est né avec le JAT
car la fluidité et la réactivité de la production supposaient "zéro panne". Le principe majeur de
cet outil est que les temps non occupés à la production sont affectés à l'amélioration de la
fiabilité de l'outil de production et des ateliers. De plus, ce concept réfute la séparation des
équipes d'entretien et du personnel de production car cette séparation augmente la
"détérioration entretenue". La détérioration entretenue est la principale cause d'arrêt de
production pour panne et elle symbolise les négligences humaines dans l'entretien des outils de
travail.
Par exemple, sur une ligne où nous fabriquons des produits A, B, C, nous lançons en
fabrication un lot de 5 unités de produit B (correspondant à une étiquette et un conteneur) dès
qu'une étiquette est dans la zone rouge du tableau ou si les étiquettes des produits A et C ne
sont pas dans la zone rouge et qu'elles sont moins nombreuses en zone orange.
Pour le Kanban des approvisionnements le principe est tout à fait similaire. Des qu'un
conteneur de matière ou de composants est vidé, nous reposons l'étiquette sur le tableau
correspondant, et nous contactons le fournisseur pour qu'il nous livre dès que les étiquettes
parviennent dans la zone rouge.
Le Kanban est donc une méthode de réapprovisionnement ou de lancement en
production dite du point de commande c'estàdire que nous lançons automatiquement un ordre
de réapprovisionnement ou de fabrication lorsque que notre stock atteint un certain seuil.
Néanmoins, à la différence d'une méthode de gestion en point de commande classique,
le Kanban a été conçu pour pouvoir s'intégrer totalement dans une gestion en flux tendus.
Nous avons vu que les entreprises soit pour rester compétitives, soit pour sauvegarder
leurs marges ont du repenser toute leur gestion de production. Dans ce contexte hyper
concurrentiel, la guerre des prix est toujours l'un des maîtres mots. Malgré l'efficacité de la
gestion en flux tendus, des outils présentés précédemment et de la logique d'amélioration
continue de ces concepts, les gains réalisés ne sont plus suffisant aux yeux des entreprises et
surtout à ceux des actionnaires.
En effet, depuis le milieu des années 90 avec notamment l'explosion des fonds de
pension américains la gestion des entreprises n'est pas toujours en adéquation avec la
conjoncture économique mais avec l'objectif d'avoir une rentabilité toujours plus importante. Par
conséquent, les entreprises sous peine de se faire abandonner par leurs actionnaires, ont dû
trouver de nouveaux leviers car même avec un système de production optimisé et des
gaspillages à leurs niveaux minimum, ils ne parvenaient à présenter une profitabilité avec deux
chiffres.
Un de ces leviers n'était autre que l'optimisation des achats.
Nous allons voir plus précisément l'impact des achats dans le chiffre d'affaires, le prix de
revient et la formation du résultat.
La diminution des prix de revient couplée avec des stratégies de plus en plus fréquente
d'externalisation et de soustraitance ont vu le poids des achats sans cesse augmenter dans la
composition du chiffre d'affaires.
Il y a 35 ans, la part des achats, dans le chiffre d'affaires des entreprises industrielles
françaises se situaient entre 35 et 50%. Cette part représentait 60% du chiffre d'affaires et
4
environ 70% en 1995 . Ce montant dépasse même largement les 80% pour les entreprises de
négoce ou du secteur de la distribution.
3
"Les responsables des achats arrivent à l'âge de la raison" – Le Monde (Janvier 1998)
4
"La compétitivité par le qualitatif" – Les Echos (15 Avril 1997)
L'autre incidence des achats sur le prix de revient est due au fait que la fonction
achats est en connexion directe avec tous les services de l'entreprise. Lorsqu'un service met en
œuvre une action pour diminuer le prix de revient du produit, il existe une forte probabilité pour
que le service achats soit impliqué directement ou indirectement.
Par exemple, le service achats peut participer à la diminution du prix de revient d'un
produit en faisant son apport :
à la R&D lors de la conception, en intégrant la technologie d'un fournisseur ou en
amenant un nouveau concept découvert lors de la vieille commerciale.
à la logistique, en proposant des standardisations ou des équivalences de produit
permettant la diminution des coûts de gestion de stocks.
Résultat 100 000
A l'heure actuelle cette entreprise dégage de son activité, un résultat de 100000 €. En
admettant qu'au cours de l'exercice suivant cette entreprise fasse l'effort de mieux maîtriser ses
achats et qu'elle parvienne à réaliser une diminution de 5% de ses achats (à périmètre constant
sur les produits et autres charges), on obtient le compte de résultat présent page suivante :
De plus, il est bien moins coûteux en moyens et en énergie de réduire les achats de 2%
que d'augmenter les ventes de 20% et surtout une diminution des achats n'entraîne pas de
bouleversements importants (ni investissement, ni augmentation du personnel…) dans la
structure d'une entreprise.
Enfin pour illustrer l'impact des achats sur la performance des entreprises, on peut citer
la multiplication dans les seconds cycles des formations achats, l'apparition d'une littérature
spécialement dédiée aux achats, l'accession de directeurs achats à des fonctions de directeur
général comme se fut le cas chez Valeo en 1998. Pour résumer cette évolution j'aimerais citer
Martine Vidal, directrice des achats du groupe IBM France : "il est quand même plus agréable
5
"Les responsables des achats arrivent à l'âge de raison" Le Monde (Janvier 1998)
Durant un nombre incalculable d'années, tout le monde a fait un amalgame entre la
fonction approvisionnements et la fonction achats. De nos jours, nous retrouvons beaucoup
d'organisations où les approvisionnements sont rattachés à la production ou à la logistique.
Malheureusement dans des petites structures la distinction n'est pas encore bien établie. Cette
confusion est tout à fait préjudiciable à l'optimisation et des achats, et des approvisionnements.
Néanmoins, les dirigeantes des toutes petites structures, n'ont souvent pas un budget
conséquent, et emploient une seule personne pour s'occuper des achats et des
approvisionnements,ce qui peut créer une certaine confusion dans l'esprit des autres employés.
Malgré le fait que ces fonctions soient souvent en étroite collaboration, elles ne réalisent
absolument pas les mêmes activités. Voici donc les principales missions de ces deux fonctions:
2) L'effet de volume
Le principal désavantage des PME se situe dans leur manque de puissance lors des
négociations. Les petites entreprises doivent faire face pendant les négociations à plusieurs
éléments qui ne jouent pas en leur faveur tels que :
Le faible volume d'activité concerné
Le manque de notoriété de la société
Des garanties de paiements faibles
Cependant le facteur qui les pénalise le plus est assurément le manque de volume. En
ne traitant que des petites séries les entreprises ne profitent pas des économies d'échelle dans
les tarifs qui leur sont proposés : c'estàdire que l'impact des frais fixes relatifs au lancement
d'une production reste important en comparaison du coût de production unitaire d'une pièce.
Un autre point faible des services achats des PME est qu'ils ne sont pas très développés
en terme d'effectif. Les acheteurs doivent faire face à des emplois du temps extrêmement
chargés. Ils n'ont parfois pas le temps de traiter certains dossiers non stratégiques regroupant
un nombre important de références de faible valeur (comme les achats de bureautique par
exemple). Ceci a pour conséquence une dérive des prix sur ces articles. Certes pris isolement
ces dossiers ne représentent qu'une valeur minime, mais lorsque l'on rassemble tous ces
dossiers on s'aperçoit qu'il y a souvent un gain intéressant à faire.
Dans les toutes petites structures les acheteurs doivent faire face à certaines contraintes
humaines que l'ont ne retrouvent pas dans les structures plus importantes ou alors beaucoup
moins fréquemment.
La première contrainte que l'on peut citer c'est l'influence du dirigeant de la société. En
effet l'acheteur se retrouve devant une personne qui a créé sa société et qui a toujours eu
l'habitude de faire tout luimême. Il est donc difficile de mettre en place une réelle politique
achats qui bouleverse les comportements actuels car le dirigeant aura du mal à accepter que sa
manière d'acheter ne soit pas celle qui permet d'atteindre un certain optimum. De plus, les
points de vue entre l'acheteur et le dirigeant sont souvent divergeant car ce dernier est
beaucoup plus impliqué et a donc beaucoup moins de recul sur certains aspects des marchés
fournisseurs : c'est ce qu'on appelle un peu plus vulgairement "avoir la tête dans le guidon".
L'autre contrainte qui peut émaner directement du dirigeant c'est d'imposer à l'acheteur
le choix de certains fournisseurs qui ne sont pas les plus performants. Ce phénomène de
copinage entre certain dirigeant de petites structures d'une même zone géographique est
relativement récurrent; et c'est nul doute le plus pénalisant pour l'entreprise car difficilement
Guillaume Fernex - 21 - Master Achats Logistique
sujet à quelconque amélioration. Ces deux premières contraintes sont de moins en moins
fréquentes plus la taille de l'entreprise est élevée.
Enfin une autre contrainte liée au personnel en vue de l'amélioration des achats c'est
lorsque l'acheteur doit convaincre certaines personnes ayant des dizaines d'années
d'expérience au sein de l'entreprise et n'étant pas très réceptives au changement. Ces
personnes pour ne pas avoir à bouleverser leurs habitudes ou par convictions régionalistes ou
nationalistes, peuvent faire de la rétention d'information ou avoir un manque d'objectivité dans
l'interprétation de certains test techniques.
Maintenant que nous avons vu les principales causes qui font qu'il est plus difficile
d'optimiser les achats dans les PME que dans les grandes entreprises industrielles, nous allons
voir quels sont les outils et méthodes qui sont à la disposition de ces acheteurs qui ne
bénéficient pas d'un volume d'affaires très important.
Pour optimiser les achats lorsqu'on travaille dans une PME on a trois grands axes de
travail :
Le travail lors de la conception du produit en définissant correctement les besoins et
en cherchant à localiser les étapes qui apportent de la valeur à un produit.
La phase de recherche et de sélection des fournisseurs les plus appropriés aux
besoins définis en amont.
L'application de divers concepts et méthodes à respecter pour parvenir à réduire
sensiblement les coûts liés aux achats.
Solution fournie
Sous qualité
Pour parvenir à synchroniser la solution fournie par rapport au besoin, l'acheteur a un
outil à sa disposition : le cahier des charges.
Néanmoins pour parvenir à définir correctement le besoin, l'acheteur n'utilisera pas un
traditionnel cahier des charges technique car le demandeur au travers de ce document exprime
une partie de son besoin mais aussi un début de solution car il impose des caractéristiques au
fournisseur et fige le besoin.
De plus en plus, les entreprises ont recours au cahier des charges fonctionnel qui
permet de réaliser une analyse fonctionnelle du besoin et par conséquent d'acheter au plus
juste. Ce cahier des charges ne liste pas les caractéristiques de la solution mais l'ensemble des
fonctions qu'elle doit remplir. Les principaux avantages de ce document sont:
Etant donné que cette classification est extrêmement importante et parfois relativement
complexe à mettre au point, je vous présenterai les méthodes à appliquer pour réaliser cette
segmentation lors de ma soutenance orale.
A l'heure actuelle, un acheteur pour rester compétitif doit toujours être à l'écoute du
marché pour connaître quels sont les besoins des clients de son entreprise et surtout quels
sont les fournisseurs proposant des solutions adaptées.
I ) Recherche de nouveaux fournisseurs
Pour cette raison l'acheteur doit sans cesse être dans une démarche de "sourcing"
consistant à rechercher de nouveaux fournisseurs capables de répondre à ses besoins présents
et futurs tout en intégrant les contraintes relatives aux marchés. Le but du sourcing est d'établir
une base de données étoffée des fournisseurs potentiels de l'entreprise. Cette base de donnée
sera utilisée avant chaque consultation afin de gagner un maximum de temps.
De plus de nos jours, pour accroître leur compétitivité les acheteurs ne peuvent plus se
contenter d'opérer sur un marché régional ou national. Effectivement avec la montée en
puissance du phénomène de mondialisation, les acheteurs français doivent étendre leurs
recherches à l'ensemble de l'Europe et même au monde entier, notamment pour des raisons
économiques comme le montre le graphe suivant.
On voit qu'en 2000 il y avait un rapport de 1 à 15 entre le coût de la main d'œuvre
française et chinoise ou indienne. Et même si de nos jours ce rapport se comble légèrement (un
pour dix) la recherche de nouveaux fournisseurs peut s'étendre au monde entier pour les PME
disposant de quantités suffisamment importantes pour que les coûts de transport n'absorbent
pas tous les gains réalisés sur le prix d'achat.
Néanmoins l'acheteur dont l'entreprise n'a aucune expérience dans les achats à
l'international ne doit pas se laisser griser pas la perspective de gains très importants car
acheter à l'international relève de nombreux pièges et contraintes : problèmes de
communication, qualité du produit inférieur, impossibilité de compresser les délais de livraisons
en cas d'urgence, conditions logistiques moins favorables, droits de douanes élevés, difficulté
pour régler les litiges…
Pour rechercher des fournisseurs étrangers, l'acheteur dispose en plus des moyens que
nous avons vus précédemment, de l'apport d'organismes internationaux (CCI, OMC, CFCE,
ACECO…) ainsi que tous les postes d'expansion économique des ambassades des pays
concernés par la recherche.
Santé financière 3 5 4 3 3 4
Système qualité 5 5 2 4 2 4
Effectif 2 3 2 5 2 3
…
Dans cet exemple si nous choisissons de sélectionner 3 fournisseurs, avec ces
critères nous retiendrions les fournisseurs F4, F1 et F2. On recommande en général de
6
1 = critère non rempli, 2 = critère mal rempli, 3 = critère moyennement rempli, 4 = critère rempli
et 5 = critère rempli et plus.
Un des principes de bases à appliquer pour maîtriser ses achats, est la remise en
concurrence régulière de ses partenaires commerciaux. Malheureusement, ce principe pourtant
simple et efficace n'est pas suffisamment appliqué au sein des PME notamment à cause du
manque de temps des acheteurs.
Cela est souvent dommageable pour les performances de l'entreprise comme j'ai pu le
remarquer lors de mon stage. Dès le début de mon expérience au sein de Socamel, j'ai eu à
m'occuper d'une famille d'achats simples (faible valeur, pas de technicité) que sont les
fournitures de finitions en plastique (bouchons, caches, obturateurs, poignées..). Cette famille
n'avait plus été travaillée depuis 2002, et malgré les hausses qu'ont connues les différentes
matières plastiques depuis cette époque, j'ai pu réaliser des gains de l'ordre de 11% simplement
en effectuant une nouvelle consultation et en y incluant de nouveaux fournisseurs.
Néanmoins, on peut avoir lors d'une consultation plusieurs objectifs selon la politique
achat définie tout en cherchant toujours à avoir le plus gros volume à présenter à ses
fournisseurs. Ainsi, par exemple on peut pour augmenter le volume, faire une consultation en
standardisant les références ou en essayant de réduire le nombre de fournisseurs pour une
famille.
Guillaume Fernex - 29 - Master Achats Logistique
I ) Standardisation des références
Nous avons vu qu'avec le temps, si un contrôle régulier n'est pas effectué, il peut y avoir
de sérieuses dérives dans certaines familles constituées de nombreuses références de faible
valeur telles que sont la visserie, les ressorts…
Il est donc intéressant avant d'effectuer une consultation sur ce genre de famille de
travailler en interne notamment avec le bureau d'études pour standardiser au maximum les
références.
Ce concept de standardisation présente de nombreux avantages lors de la consultation,
même s'il n'est pas toujours aisé de faire accepter cette refonte des produits et de faire remettre
à jour toutes les nomenclatures correspondantes. Néanmoins, cette opération de réduction de
variétés présente 2 principaux avantages qui sont les suivants:
Tout d'abord une augmentation du volume des références les plus standards aux
détriments de références plus spécifiques. Cela va permettre à l'acheteur lors de
la consultation, d'obtenir des tarifs à l'achat beaucoup plus avantageux car les
fournisseurs préfèrent fournir peu de références en grosse quantité que l'inverse.
Deuxièmement, la réduction de variété engendre une réduction des coûts
administratifs liés à ses achats. En effet, il y a moins d'articles à gérer ce qui
engendre notamment une baisse sensible des coûts de stockage. Cet aspect est
de plus en plus important à l'heure actuelle car on se rend compte qu'il devient
moins difficile de réduire les coûts administratifs et de gestion interne que
d'obtenir des tarifs d'achat plus bas.
La standardisation des références d'une famille permet de faire d'importantes économies
mais n'est pas toujours bien acceptée par l'ensemble des services car elle impose des
contraintes supplémentaires.
II ) Réduction du panel fournisseurs
Lorsqu'une famille d'achats n'a pas eu un suivi régulier, on assiste souvent à des
dérives, notamment l'augmentation du nombre de fournisseurs. Si une famille n'est pas
correctement consolidée, il est peu probable que les achats soient centralisés vers une seule et
même personne, ce qui peut engendrer une multiplication du nombre de fournisseurs pour cette
famille.
Guillaume Fernex - 30 - Master Achats Logistique
Par conséquent, il est fréquent lors d'une remise en concurrence d'avoir comme objectif
de globaliser les achats d'une même famille chez un nombre restreint de fournisseurs. Cette
politique achat présente les 2 mêmes avantages que la standardisation des références, c'està
dire :
La diminution du prix d'achat car les fournisseurs retenus sont plus enclins à
baisser leur prix de vente du fait du plus grand nombre de références et donc des
quantités achetées chez eux.
La baisse des coûts de gestion via le plus petit nombre de factures à traiter,
l'allègement du système informatique et plus précisément de la base de données
fournisseurs, du plus petit nombre d'audit qualité à faire etc…
Lors de mon stage j'ai eu à utiliser à plusieurs reprises cette méthode qui s'est avéré à
chaque fois très efficace. Un des exemples les plus parlant que j'ai traité est la famille nommée
transmissions (bagues à collerette, douilles à billes, arbres, paliers, joints toriques, roulements,
rotules, chaînes, pignons, courroies…). Effectivement l'ensemble des achats de cette famille
représentait plus de 70000 € répartis sur 10 fournisseurs différents. En effectuant une
consultation sur la totalité des références de cette famille, j'ai pu réaliser des économies de
l'ordre de 30% en conservant une qualité équivalente et des conditions logistiques identiques
voire parfois meilleures.
J'aurai même pu diminuer les achats de cette famille de plus de 45% en effectuant du
7
"picking" . Néanmoins, nous avions décidé avec mon responsable en amont de la consultation,
de diviser cette famille en 5 sous familles et pour chaque sous famille de ne retenir qu'un seul
fournisseur. Finalement nous n'avons retenus que 3 fournisseurs principaux : 2 d'entre eux se
voyant attribuer 2 sous familles. A première vue, on pourrait croire que l'on a potentiellement
perdu 15 points sur l'ensemble de la famille mais cette globalisation des achats en réduisant le
nombre de fournisseurs nous a permis de faire des économies bien plus importantes.
Effectivement, en d'attribuant chacune des sous familles à un seul fournisseur nous
avons pu négocier pour 3 sous familles de mettre en place un stock consignation c'estàdire
que le fournisseur stocke à ses frais dans nos locaux ses produits, vient faire les
réapprovisionnements et le relevé des consommations à des fréquences prédéfinies (en général
une fois par mois). Cet avantage logistique a de multiples bénéfices :
7
Méthode consistant à sélectionner le fournisseur le moins disant pour chaque référence sur l'ensemble
d'une famille.
Une fois les négociations conclues, la fonction de l'acheteur est loin d'être achevée.
Effectivement, optimiser les achats ne signifie pas seulement diminuer les coûts liés aux achats
mais aussi de minimiser les risques qui pourraient engendrer d'importantes pertes. Ces risques
sont liés à un changement de comportement de nos fournisseurs. L'acheteur doit par
conséquent assurer un suivi de ses fournisseurs afin de ne pas se retrouver notamment face à
une dégradation de la qualité des produits ou à un dépôt de bilan.
Motivation et capacité à innover
Ces critères synthétisent bien l'aptitude d'un fournisseur à travailler avec notre entreprise
et ce sont des critères facilement mesurables. Je recommande de pondérer les deux premiers
critères avec un coefficient 4 car ils sont plus importants et moins subjectifs que les deux
derniers que je pondèrerais avec un coefficient 1. Cela permet d'avoir une note totale sur
cinquante, ce qui est facilement transposable en pourcentage.
Une fois que l'acheteur et le qualiticien ont évalué ces critères ont peut reporter ces
notes sur un diagramme en étoile. Ce genre de diagramme permet de voir facilement dans quel
domaine le fournisseur a des progrès à effectuer. Il rend également très aisé et rapide la
comparaison entre plusieurs fournisseurs comme le montre l'exemple suivant où j'ai représenté
les performances de 2 fournisseurs A et B:
On se rend compte lorsqu'on fait le suivi des fournisseurs, qu'il est ardu de trouver des
partenaires économiques compétitifs et dont les performances sont constantes dans la durée.
Pour cette raison, il est extrêmement important de mesurer la solidité financière de nos
fournisseurs.
En effet, si un fournisseur vient à déposer le bilan, sans que nous nous en soyons rendu
compte et sans avoir pris de mesure pour anticiper cet événement, cela peut s'avérer
totalement catastrophique. L'entreprise va aux devants de rupture d'approvisionnements car
c'est un processus long que de trouver et valider un fournisseur.
Un des outils, relativement ancien (créé en 1979) mais néanmoins vraiment efficace
pour mesurer la solidité financière d'une entreprise est le scoring de Conan et Holder. J'ai choisi
de vous présenter cet outil car c'est celui dont je me suis servi lorsque l'on m'a demandé de
Selon la situation de l'entreprise, l'acheteur va ou ne va pas prendre certaines mesures
pour anticiper une éventuelle défaillance de ses fournisseurs. Si le fournisseur est en situation
d'échec, la seule chose à faire et de valider urgemment une autre source d'approvisionnements
en espérant que le fournisseur actuel ne dépose pas le bilan trop vite. Si le fournisseur est en
situation de danger, il faut envisager la conjoncture économique, pour voir si il est nécessaire de
changer de fournisseur ou simplement valider un second fournisseur potentiel en attendant que
8
Somme des postes du bilan : stocks, créances clients, disponibilités
Une fois qu'un service achats d'une PME a mis en place tous les concepts que je vous ai
présentés précédemment, une dernière question doit encore être posée au sein de ce service
pour continuer à optimiser les achats. C'est celle de faire ou de faire faire : concept plus connu
en anglais sous le nom de "make or buy".
En effet, les différents membres de l'entreprise, notamment ceux des services achats,
financier et production doivent arriver à déterminer pour différents produits ou fonctions s'il est
plus rentable de les produire ou effectuer à l'intérieur de l'entreprise ou de les faire faire par une
entreprise extérieure.
On identifie deux types d'actions à mener pour faire faire des activités trop coûteuses si
elle sont réalisées en interne : la soustraitance et l'externalisation.
La soustraitance consiste à faire faire une partie de notre production par une
entreprise extérieure. On peut décider de soustraiter pour plusieurs raisons. En effet, cette
décision intervient :
9
Source Midest 2001
Enfin, j'ai délibérément fait le choix de ne pas traiter le thème de la négociation, afin de
lutter contre l'idée reçue qui présente cette activité comme la tâche principale de l'acheteur et
comme un levier de gain important. Il est évident, que de bien négocier, permet à l'acheteur de
générer des gains supplémentaires. Simplement la négociation n'est plus la pierre angulaire de
ème
la compétitivité d'un acheteur du 21 siècle, qui de par son action dans de nombreux
domaines (conception, qualité, production du produit…) a la possibilité d'engendrer de
nombreux gains.
Je voudrais profiter de ces quelques lignes pour remercier toutes les personnes qui
m'ont aidé à m'intégrer dans l'entreprise et qui ont contribué au bon déroulement de mes
missions. Je tiens donc à remercier tout particulièrement :
mon tuteur, Brice PAIN pour m'avoir fait partager son expérience et pour avoir toujours
été présent pour superviser mon travail tout en me laissant une grande autonomie. Je le
remercie aussi pour m'avoir donné son avis objectif pendant la rédaction de ce mémoire
mes deux autres collègues du service Achats, Pierre MONTVIGNIER et Véronique
FABBRI pour avoir toujours répondu à mes questions et pour m'avoir donner de nombreux
conseils que je pourrais réutiliser lors de mes futurs emplois.
Nicolas POIRROTCOURVOYSIER, responsable de projet au bureau d'études pour
avoir pu m'éclairer lorsque mes compétences techniques étaient trop légères.
Afin de n'oublier personne, je remercie toutes les personnes ayant contribué à satisfaire
ma curiosité et/ou qui ont rendu possible la réalisation de ma mission au sein de SOCAMEL.
Je tiens aussi à remercier Mme Pascale GIRAUD, conseillère pédagogique de l'ESC
Wesford pour avoir effectué le suivi pédagogique de mon stage ainsi que M. Marc POTIQUEUX
intervenant de l'ESC WESFORD pour m'avoir aiguillé pendant la rédaction de ce mémoire.
Mr Potiqueux : Stratégies et politique achats, La démarche qualité des achats,
Le processus des achats.
Quelle est la validité des licences Creative Commons au regard du formalisme
français des contrats de droit d’auteur ?
Le formalisme des contrats de cession de droits de propriété littéraire et artistique (CPI L.
1313) peut s’appliquer aux licences ou autorisations d’utilisation (3). Cellesci doivent
décrire de manière précise le domaine d'exploitation, soit l’étendue, la destination, le lieu et la
durée des droits concédés.
L’article 3 des licences Creative Commons énumère l’étendue des droits proposés :
« la reproduction de l’œuvre seule ou incorporée dans une œuvre dite collective, comme une
publication périodique, une anthologie ou une encyclopédie », au sens de l’article L. 121.8 du
CPI, voire modifiée en vue de former certaines « œuvres dites dérivées : traductions, les
arrangements musicaux, les adaptations théâtrales, littéraires ou cinématographiques, les
enregistrements sonores, les reproductions par un art ou un procédé quelconque, les résumés,
la distribution d’exemplaires ou d’enregistrements » desdites œuvres, au sens du CPI, article
L. 1224, seconde phrase.
La durée (toute la durée légale de protection de l’Œuvre, telle qu’elle est définie aux articles
L. 123, L. 13219, L. 2114…) et l’étendue (le monde entier) sont également identifiées.
Quant à la destination, elle est clairement repérable dans l’intention de l’auteur de contribuer
à un fonds commun en autorisant certaines utilisations gratuites de son œuvre.
La cession des droits de reproduction et de représentation à titre gratuit est permise à l’article
L. 1227 du CPI.
On précisera que les souslicences sont explicitement interdites dans les documents Creative
Commons, être titulaire d’un droit d’usage ne confère pas au bénéficiaire d’une licence
Creative Commons le droit de céder ces droits. Le bénéficiaire ne pourra distribuer l'oeuvre
ou la communiquer au public que sous les mêmes conditions sous lesquelles il l'a reçue.
Le terme « bénéficiaire » et non pas le terme « licencié » a été retenu pour désigner dans la
traduction française la personne qui accepte l’offre. Ce choix marque une volonté de
confirmer cette interdiction et peut ainsi favoriser ainsi le consentement éclairé de l’acceptant.
L’article 3 de la version originale prévoit que « Les droits mentionnés cidessus peuvent être
exercés sur tous les supports, médias, procédés techniques et formats, qu’ils soient connus
aujourd’hui ou mis au point dans le futur. »
L’article L. 1316 accepte « la clause d'une cession qui tend à conférer le droit d'exploiter
l'oeuvre sous une forme non prévisible ou non prévue à la date du contrat. ». Elle « doit être
expresse », ce qui est le cas dans la version originale des licences. Mais étant donné qu’elle
doit également « stipuler une participation corrélative aux profits d'exploitation », la phrase a
été écartée de la version française, à l’instar de la solution retenue par les traducteurs
allemands conformément à l’article 31.4 de la loi allemande sur le droit d’auteur de 1965, plus
stricte, qui interdit l’exploitation sous une forme non prévisible.
Si les cessions peuvent être consenties à titre gratuit, l’article L1313 du CPI prévoit que les
adaptations audiovisuelles doivent prévoir une rémunération.
Cependant, la jurisprudence (4) a admis la validité d’une cession des droits d’adaptation
audiovisuelle même si aucune rémunération n’était stipulée, la contrepartie étant fournie par
la publicité faite à l’ouvrage, œuvre préexistante. L’intention de l’auteur d’obtenir une
diffusion et une distribution de son oeuvre sous Creative Commons plus large peut être
interprétée comme le souhait d'une plus grande notoriété grâce aux copies et aux diffusions
qu'effectueront les Acceptants, sans exiger une exploitation conforme aux règles spécifiques
d’un contrat d’édition, ni être lié par un contrat d'exclusivité avec un producteur.
L’autorisation d’adaptation audiovisuelle ne doitelle pas figurer dans un contrat écrit distinct
de celui qui autorise les autres actes ?
D’après l’article L1134, « l’œuvre composite est la propriété de l’auteur qui l’a réalisée,
sous réserve des droits de l’auteur de l’œuvre préexistante ».
L’article L1314 alinéa 3 stipule que « les cessions portant sur les droits d’adaptation
audiovisuelle doivent faire l’objet d’un contrat écrit sur un document distinct du contrat
relatif à l’édition proprement dite de l’œuvre imprimée ». On peut se demander si le choix de
l’option qui autorise les modifications ne contraindrait pas à recourir à deux contrats Creative
Commons séparées, de manière à respecter cette disposition qui vise à protéger l’auteur en lui
faisant prendre conscience du fait qu’il s’agit de deux actes de cession bien différents.
La réponse est non car les licences Creative Commons ne sont pas assimilables à des contrats
d’édition au sens de l’article L1321 du CPI : elles ne prévoient pas d’obligation pour le
bénéficiaire correspondant à la charge pour l’éditeur d’assurer la publication et la diffusion
des exemplaires dont la fabrication est autorisée.
Quelle est la validité des offres Creative Commons visàvis du droit général des
obligations ?
L’absence de signature n’est pas le signe d’une absence de consentement ou d’information sur
l’objet et la nature de l’engagement contractuel. Il est en effet obligatoire d’accompagner
toute reproduction ou communication de l’œuvre d’une copie ou d’un lien vers le texte
Creative Commons qui la gouverne. Il est précisé dans l’objet du contrat que l’exercice sur
l’œuvre de tout droit proposé dans ladite offre vaut acceptation tacite de celleci, à l’image
des licences d’utilisation de logiciels qui prennent effet à l’ouverture de l’emballage du disque
d’installation. On peut inférer de l’article 1985 du Code Civil relatif au mandat que le
commencement de l’exécution du contrat proposé par le destinataire de l’offre « révèle » son
acceptation (5).
La personne qui propose de contracter, l’auteur au sens de l’article 113 du CPI, garantit dans
l’article 5a qu’elle a bien obtenu tous les droits nécessaires sur l’œuvre pour être en mesure
d’autoriser l’exercice des droits conférés par l’offre. Elle s’engage à ne pas transmettre une
œuvre constitutive de contrefaçon ou d’atteinte à tout autre droit de tiers (autres titulaires de
droits ou sociétés de gestion collective qui auraient pu être mandatées, ou tout autre tiers), et à
permettre une jouissance paisible à ceux qui en accepteront les termes.
Cependant, la version originale 2.0 des textes Creative Commons (notre travail de traduction
et d’adaptation portait jusqu’en mai 2004 sur la version originale 1.0) prévoit que cette clause
de garantie deviendra optionnelle. Une telle exclusion de garantie pourrait être jugée sans
valeur en cas de dommage. La responsabilité délictuelle étant d’ordre public, elle aura
vocation à s’appliquer par défaut, même sans mention explicite : la responsabilité de l’offrant
est alors définie par la législation applicable.
Enfin, proposer des textes en langue française n’est pas seulement plus commode pour les
utilisateurs français, mais répond également à l’impératif d’utiliser la langue française dans le
cadre de relations avec des salariés ou des consommateurs (6) dans un contexte professionnel
privé ou public.
Les contrats Creative Commons sontils compatibles avec le droit moral, norme
impérative ?
Droit à la paternité
N’estil pas obligatoire de choisir l’option Paternité ? (On notera que l’option Paternité
devient obligatoire à partir de la version 2.0.)
On pourrait en effet penser que l’option Non Attribution, qui n’imposait pas d’indiquer la
paternité de l’œuvre, ne pouvait pas être choisie en droit français car le droit à la paternité,
prérogative de droit moral, est inaliénable. La même question est soulevée par l’article 4.a qui
permet à l’Offrant de demander à l’Acceptant de retirer de l’Œuvre dite Collective ou Dérivée
toute référence au dit Offrant.
Effectivement, un contrat qui imposerait à l’auteur de renoncer définitivement à son droit au
nom, en échange d’une contrepartie financière ou non, serait nul. La jurisprudence relative
aux contrats dits de « nègre » où l’auteur réel écrit un ouvrage pour autrui, et s’engage à
renoncer à être identifié comme auteur auprès du public, est stable : l’auteur réel pourra
toujours se faire reconnaître comme auteur (7).
Les documents Creative Commons n’imposent pas une renonciation définitive, mais
permettent une renonciation provisoire et une clarification (8). L’auteur pourra toujours faire
reconnaître sa paternité.
En revanche, ce droit à l’anonymat ne doit pas donner lieu à de fausses attributions de
paternité, notamment dans le cas où l’utilisateurauteur indiquerait un autre nom que le sien,
ou s’approprierait indûment la paternité d’une œuvre. Le principe général étant la
présomption de titularité au bénéfice de celui sous le nom duquel est divulguée l’œuvre, le
système Creative Commons ne permet pas plus que le cas général d’authentifier la paternité
des œuvres. La paternité indiquée dans une offre Creative Commons reste soumise à la bonne
foi des utilisateurs.
Droit au respect
Autoriser à l’avance les modifications n’équivaut pas à aliéner le droit au respect. Le droit
d’adaptation, traditionnellement cédé à l’avance, n’implique pas d’autoriser les modifications
qui porteraient atteinte à l’intégrité de l’œuvre ou à l’honneur et la réputation de son auteur.
L’auteur qui aurait mis à disposition son œuvre sous une offre Creative Commons autorisant
les modifications et la création d’œuvres dites dérivées, se réserve toujours la possibilité d’un
recours fondé sur droit au respect, en cas d’utilisation ou de dénaturation de son œuvre telle
qu’elles lui porteraient préjudice.
Droit de retrait
Le droit de retrait, lui aussi d’ordre public, pourra toujours être exercé, même si le parcours de
l’œuvre rend son application encore plus difficile sur les réseaux. Celui qui propose l’offre de
mise à disposition se réserve à tout moment le droit de proposer l’œuvre à des conditions
différentes ou d’en cesser la diffusion (article 7.b), dans le respect des offres précédemment
consenties. L’auteur qui met fin au contrat Creative Commons devra respecter la bonne foi (9)
des personnes qui auront dans l’intervalle appliqué le contrat qu’il proposait.
Droit de divulgation
Le titulaire des droits sur l’œuvre conserve le contrôle du moment et des conditions de sa
divulgation et de sa communication au public, non pour s’assurer de la réservation des droits
exclusifs, mais pour rendre l’œuvre libre de certains droits.
Certains pourraient se demander si la condition de Partage à l’Identique des Conditions
Initiales ou ShareAlike ne constitue pas une atteinte au droit de divulgation de la personne
qui, ayant accepté une œuvre sous de telles conditions contractuelles, la modifie en apportant
une contribution originale, et acquiert ellemême le statut d’auteur de la nouvelle œuvre dite
dérivée.
Le nouvel auteur conserve ses prérogatives et décide du moment de la divulgation de la
nouvelle œuvre. Il ne lui est pas interdit de la divulguer sous des conditions différentes, mais
c’est à la condition d’obtenir une autorisation écrite de la part de l’auteur de l’œuvre
préexistante, comme dans le système juridique classique, hors Creative Commons.
Le contrôle de l’utilisation après divulgation en vertu des options Partage des Conditions
Initiales à l’Identique (Share Alike) et Pas d’Utilisation Commerciale (Non Commercial)
n’estil pas incompatible avec le principe d’épuisement des droits ?
L’épuisement du droit de distribution prévu en droit communautaire établit qu’une fois
l’original de l’œuvre ou sa copie mise en circulation sur le territoire communautaire avec le
consentement du titulaire de ce droit, par exemple après la première vente, il ne peut plus
exercer ledit droit. Le titulaire ne peut donc exercer ce droit de propriété intellectuelle qu’une
seule fois, il ne peut pas l’exercer à nouveau dans un autre Etatmembre. L’épuisement ne
concerne que la distribution physique d’exemplaires matériels, de supports, à l’exclusion des
services en ligne et des copies licites en découlant (Directive 2001/29/CE sur l’harmonisation
de certains aspects du droit d’auteur et des droits voisins dans la société de l’information,
article 4.2 et considérant 29). Le titulaire conserve ses autres droits patrimoniaux.
L’article 2 des contrats Creative Commons stipule bien qu’ils s’appliquent sans préjudice du
droit applicable, et ne visent donc en aucun cas à restreindre ce type de prérogatives. On peut
toutefois se demander si le fait de restreindre les conditions d’utilisation après la première
mise à disposition respecte l’épuisement.
Tout d’abord, les options Partage des Conditions Initiales à l’Identique (Share Alike) et Pas
d’Utilisation Commerciale (Non Commercial) ne conduisent pas à interdire formellement
toute modification qui ne serait pas proposée aux mêmes conditions ou toute utilisation
commerciale, ce qui reviendrait à imposer des conditions de distribution. Elles se contentent
simplement de réserver les droits non proposés, qui continuent à requérir l’autorisation du
titulaire des droits, à l’instar du droit d’auteur classique.
Enfin, on peut rappeler que la notion d’épuisement est utilisée en droit communautaire à des
fins de régulation économique. Elle est utile dans les situations où un ayantdroit abuse de son
monopole pour affecter le commerce et la concurrence en interdisant la commercialisation ou
en imposant des restrictions quantitatives à l’importation ou des mesures d’effet équivalent.
Les objectifs du Traité de Rome sont de lutter contre le cloisonnement du marché intérieur et
les abus de position dominante. Sont visées d’un côté les entraves à la libre circulation des
marchandises constitutives d’obstacles à la commercialisation sur le territoire national de
produits régulièrement mis en circulation sur le territoire d’un autre Etat membre, et de l’autre
la faculté de contrôler les actes ultérieurs de commercialisation et d’interdire les
réimportations. Certaines restrictions ont d’ailleurs été admises par la Cour de Justice des
Communautés Européennes ; ainsi, l’arrêt Cinéthèque (10) valide comme conforme au droit
communautaire la loi française sur la chronologie des médias (11) qui impose un délai entre
l’exploitation des films en salle et la vente ou la location de supports.
Quelle sera la loi applicable en cas de conflit ?
Il n’y a pas de clause déterminant la loi applicable et la juridiction compétente dans les
contrats Creative Commons. Les règles de droit international privé prévalent, et, pour choisir
la loi applicable, le juge saisi déterminera le lieu d’exécution de la prestation caractéristique
du contrat, ou le lieu du dommage ou du dépôt de la plainte.
Les contrats Creative Commons prévoient à l’article 8c que si un article s’avère invalide ou
inapplicable au regard de la loi en vigueur, cela n’entraîne pas l’inapplicabilité ou la nullité
des autres dispositions, l’article en question devant être interprété de manière à le rendre
valide et applicable.
Les clauses abusives sont réputées non écrites si le contrat conduit à établir des rapports
déséquilibrés entre les droits et obligations entre un professionnel et un consommateur (12).
Un raisonnement a fortiori permet de déduire que les offres Creative Commons satisfont ces
exigences, ainsi que les exigences de prudence et d’information.
Un auteur peut se retourner contre la personne qui utilise son œuvre sans respecter les
conditions qui lui sont attachées. L’auteur qui estimerait qu’il y a eu atteinte à ses
prérogatives patrimoniales pourrait toujours demander au juge une révision du contrat.
Le bénéficiaire du contrat pourrait également se retourner contre le donneur de contrat qui a
transmis une œuvre contrefaisante.
Notes
1. Dir. Gérard Cornu, Vocabulaire Juridique Association Henri Capitant, PUF Quadrige 4ème
éd. 2003.
2. Voir Christophe Caron, Les licences de logiciels dites « libres » à l’épreuve du droit
d’auteur français, Dalloz 2003, n° 23, p. 1556 et Melanie ClémentFontaine, La licence GPL,
mémoire de DEA, Université de Montpellier, 1999. [Link]
Contra en faveur de la qualification de cession, Cyril Rojinsky et Vincent Grynbaum, Les
licences libres et le droit français, Propriétés Intellectuelles, juillet 2002/4, p. 28.
3. Cass.1ère civ. 23/01/2001, Communication Commerce Electronique avril 2001 & A. et H.
J. Lucas, Traité de la Propriété Littéraire et Artistique, Litec, 2ème éd. 2001, n° 482.
4. CA Paris, 1re ch. B, 21091990 : Jurisdata n. 023403, in Lucas, Traité de la Propriété
Littéraire et Artistique, note 280.
5. Dir. Michel Vivant, Lamy Droit de l’Informatique et des réseaux, par. 875.
6. Loi n° 94665 du 4 août 1994 relative à l'emploi de la langue française dite loi Toubon.
7. Cour de cassation, Civ.1, 4 avril 1991, affaire Béart, Revue Internationale du Droit
d'Auteur, octobre 1991, p. 125 (cassation de l’arrêt d’appel ayant admis que l’auteur de
thèmes musicaux renonce, par contrat, à être identifié comme tel auprès du public).
8. Hubert Guillaud, [Link]
9. Comportement loyal que requiert notamment l’exécution d’une obligation (Vocabulaire
Capitant, op cit)
10. Arrêt de la CJCE du 11 juillet 1985, Cinéthèque SA et autres contre Fédération nationale
des cinémas français, Aff. jointes 60/84 et 61/84, Rec. 1985 p. 2605.
11. Loi n°82652 du 29/07/1982 sur la communication audiovisuelle, JORF du 20/07/1982, p.
2431, article 89.
12. L1321 Code de la Consommation