Inondabilité: Une Méthode de Prévention Raisonnable Du Risque D'inondation Pour Une Gestion Mieux Intégrée Des Bassins Versants
Inondabilité: Une Méthode de Prévention Raisonnable Du Risque D'inondation Pour Une Gestion Mieux Intégrée Des Bassins Versants
2018 13:46
Résumé de l'article
Volume 11, numéro 3, 1998
Une partie de la réponse aux impacts économiques, sociaux et
URI : id.erudit.org/iderudit/705315ar humains des inondations réside en une meilleure gestion de
l'occupation des sols. La méthode Inondabilité permet
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d'apporter une réponse opérationnelle aux acteurs en charge
de la gestion et l'aménagement des cours d'eau. Elle permet de
Aller au sommaire du numéro mesurer dans la même unité et de comparer les deux facteurs
indépendants que sont l'aléa et la vulnérabilité, pour aboutir à
une quantification objective du risque. Sa mise en oeuvre sur
un bassin versant consiste en une modélisation de l'hydrologie
grâce aux modèles Débit-durée-Fréquence, de l'hydraulique
Éditeur(s) ainsi que de l'occupation du sol pour aboutir à une
représentation cartographique du risque.L'originalité de la
Université du Québec - INRS-Eau, Terre et Environnement méthode Inondabilité tient à la quantification de l'aléa et de la
(INRS-ETE) vulnérabilité en une même unité, une période de retour qui
permet une comparaison objective de deux grandeurs très
différentes. De plus, la quantification du risque est estimée à
ISSN 0992-7158 (imprimé)
l'aide d'une différence (Risque= 02 62 (aléa, vulnérabilité))
1718-8598 (numérique) contrairement aux approches traditionnelles qui privilégient
souvent un produit (Risque=Coût X probabilité ), permettant
ainsi la définition d'un risque acceptable ( 02 62 négatif).
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Inondabilité :
une méthode de prévention raisonnable
du risque d'inondation pour une gestion
mieux intégrée des bassins versants
Inondabilité :
a method for prévention of flood risk for a better integrated
management of the river catchments
0. GILARD, N. GENDREAU'
SUMMARY
In récent years, the incidence of flood damage in France and Europe has
demonstrated that we still hâve some progress to achieve if we are to cope with
inundations. To do so, prévention, forecasting and promotion of risk culture or
awareness are possible tools. They should be used together because of their
complementary nature and their conunon field of application. In risk préven-
tion, it seems that conceptualizing risk by dividing it between a socio-economic
dimension (vulnerability) and a hydrological dimension (hazard) is a produc-
tive approach.
The first factor, "vulnerability", takes into account how a certain land use can
deal with the phenomena, regardless of its occurrence. It is mostly relevant to
the fields of sociology and économies. The second factor, "hazard", summari-
zes the natural phenomena, the occurrence of which could create human or
économie damage. Both of thèse factors are relevant to hydrology and hydrau-
lic sciences and hâve been studied for years. A given land area could be consi-
dered as "risky" when the probability of occurrence of the hazard is higher
than what can be tolerated. Both hazard and vulnerability should be estimated
as objectively as possible. The main difficulty in comparing thèse two factors is
to deflne a similar measure for the two concepts, with a single unit. This is the
purpose of the Inondabilité method: to produce a similar référence allowing an
objective comparison.
The aim of Inondabilité is to define a method to quantify both hazard and vul-
nerability in a compatible mariner and then to build easy-to-understand, syn-
thetic maps of risks as the basis for a real negotiation in the land-use planning
process. Such maps allow the comparison of différent évolution scénarios,
taking into account the two components of risk, and their possible changes.
Division Hydrologie-Hydraulique, 3 bis, Quai Chauveau, CP 220,69336 Lyon cedex 09, France, e-mail :
[email protected].
Correspondance.
Les commentaires seront reçus jusqu'au 30 avril 1999.
430 Rev. Sci. Eau, 11(3), 1998 O. Gilard et N. Gendreau
RÉSUMÉ
Une partie de la réponse aux impacts économiques, sociaux et humains des
inondations réside en une meilleure gestion de l'occupation des sols. La
méthode Inondabilité permet d'apporter une réponse opérationnelle aux
acteurs en charge de la gestion et l'aménagement des cours d'eau. Elle permet
de mesurer dans la même unité et de comparer les deux facteurs indépendants
que sont l'aléa et la vulnérabilité, pour aboutir à une quantification objective
durisque.Sa mise en oeuvre sur un bassin versant consiste en une modélisation
de l'hydrologie grâce aux modèles Débit-durée-Fréquence, de l'hydraulique
ainsi que de l'occupation du sol pour aboutir à une représentation cartogra-
phique du risque.
L'originalité de la méthode Inondabilité tient à la quantification de l'aléa et de
la vulnérabilité en une même unité, une période de retour qui permet une com-
paraison objective de deux grandeurs très différentes. De plus, la quantifica-
tion du risque est estimée à l'aide d'une différence (Risque = A (aléa, vulnérabi-
lité)) contrairement aux approches traditionnelles qui privilégient souvent un
produit (Risque = Coût xprobabilité), permettant ainsi la définition d'un risque
acceptable (A négatif).
Mots clés : inondation, gestion des risques, prévention, aménagement, aléa, vulné-
rabilité.
INTRODUCTION
La crue de projet
Une rapide analyse des pratiques traditionnelles met en évidence que l'on a
toujours essayé de mieux déterminer (ou délimiter) la zone inondable, donc expo-
sée au problème... ce qui laisse supposer que hors de cette zone, il ne se pose
plus. Cette approche est de fait en contradiction avec les résultats hydrologiques
qui mettent en évidence une forte variabilité inter-annuelle du fonctionnement des
bassins versants, que l'on peut approcher par le biais des méthodes statistiques.
Celles-ci permettent de définir des crues d'intensités variables, correspondant à
différentes périodes de retour, mettant en évidence une certaine continuité du
phénomène (et donc de l'extension de la zone concernée) entre les événements
les plus courants et les événements les plus rares.
Cette approche classique est renforcée par la définition d'une « crue de
référence » ou « crue de projet » unique, permettant de dimensionner les ouvra-
ges de protection et de délimiter « la » zone inondable. L'illusion de sécurité
apportée par un ouvrage qui permet de se protéger contre la crue de projet est
trompeuse, en cela que, s'il se produit un événement d'intensité supérieure, le
risque encouru n'est pas explicitement identifié ; il peut même être occulté dans
certains cas. Cette illusion est d'autant plus grande que l'on a atteint un niveau de
protection relativement important, c'est-à-dire que l'on a épuisé les gisements de
solutions techniques facilement accessibles : recalibrages légers, endiguements
localisés... La généralisation de tels travaux le long d'un cours d'eau porte en
germe l'échec de telles solutions, puisque, en même temps que l'on cherche à se
protéger plus, on augmente l'intensité des événements hydrométriques en sup-
primant l'efficacité des régulations naturelles liées au phénomène bien connu du
laminage.
La spirale de l'aménagement
Enfin cette approche dichotomique entre zone inondée et zone non inondée,
et son corollaire en terme de crue de projet, mène à la spirale bien connue : tou-
jours plus d'aménagement pour protéger des usages toujours plus vulnérables.
La méthode Inondabilité 433
Le concept de risque est en soi assez complexe puisque l'on sent bien qu'il ne
peut se définir qu'en considérant simultanément, et sur une même parcelle
d'espace, un phénomène physique (en l'occurrence, la présence d'eau) et une
utilisation sociale de ce même espace qui souffre (ou tire profit) de cette pré-
sence d'eau. Cela a amené les théoriciens de la cyndinique à définir le risque
comme résultant de deux facteurs réputés indépendants que sont l'aléa et la vul-
nérabilité, approche à peu prés admise par tous aujourd'hui (GENDREAU et
GILARD, 1997 ; MOLIN-VALDES, 1994]. Il doit être bien entendu que cette décom-
position du risque est une première modélisation conceptuelle de l'objet étudié,
qui comporte donc sa part de simplification (GILARD et al., 1996).
ALEA VULNERABILITE
Comparaison
RISQUE
L'aléa
Ualéa est défini comme lié uniquement au phénomène physique considéré, la
crue, et fait l'objet de l'essentiel des travaux en hydrologie et hydraulique appli-
qués à la gestion des risques d'inondation. Il dépend du comportement hydrologi-
que du bassin versant et du fonctionnement hydraulique du réseau hydrographi-
que. Il peut être quantifié sur une parcelle (avec une précision plus ou moins
bonne) grâce aux variables hydrologiques classiquement utilisées que sont la
profondeur d'eau et la durée d'inondation associées à une période de retour.
Insistons sur cette dimension probabiliste de l'aléa que traduit la notion de fré-
quence ou de période de retour.
On utilise parfois la vitesse du courant comme paramètre complémentaire de
caracterisation de l'aléa mais elle est encore assez mal connue, sa mesure ou sa
modélisation posant des problèmes théoriques et pratiques mal résolus puisque
actuellement, seule la vitesse moyenne par section en travers, peu pertinente en
terme d'aléa, est accessible.
La vulnérabilité
La vulnérabilité de l'occupation des sols aux inondations traduit le fait que des
dommages économiques directs et indirects, et plus ou moins sévères, apparais-
sent lorsque l'eau inonde une parcelle. De façon classique, on peut théorique-
ment construire des courbes de dommages qui relient entre eux les paramètres
de profondeur d'eau et le coût des dommages correspondants.
Dans le cadre de la méthode Inondabilité, il est nécessaire de rajouter à la
définition de la vulnérabilité un terme de probabilité (ou fréquence, ou période de
retour) qui caractérise l'acceptabilité des différents seuils de dégâts mis en évi-
dence par la courbe des dommages. Cette recherche d'un terme supplémentaire
se justifie par le constat, admis par tous, que « lerisquezéro n'existe pas » (ou
plus précisément, « risque zéro à coût infini »), lui-même résultant du caractère
non borné des événements hydrologiques (la méthode du Gradex l'illustre bien
(CFGB, 1994)) et de considérations économiques évidentes. Le corollaire de cette
affirmation est qu'il est nécessaire de définir un risque acceptable, socio-écono-
miquement parlant, indépendamment de la contrainte hydraulique subie, et tra-
duisant la reconnaissance sociale de l'impossibilité de maîtriser tous les risques.
Dans ce cadre, la vulnérabilité se définit dans le même espace que l'aléa pré-
cédent, à savoir en terme de profondeur, durée, période de retour (p, d, T).
C'est sans doute là l'une des originalités de la méthode proposée qui consiste
à traduire en termes hydrologiques une information d'ordre socio-économique à
l'inverse des démarches classiques qui traduisent en termes économiques
(francs) des informations d'ordre hydrologiques (hauteur d'eau en crue...).
par le coût annuel moyen des dégâts, espérance mathématique du produit sca-
laire du coût des dommages par leur probabilité.
1
Q(m3/s)
350 n
•a a»
.S ix
I Faisabilité de l'aménagement à vérifier
S I Aimées
Durée pluri-annuclle
Un modèle hydrologique
L'analyse hydrologique statistique montre qu'il est possible, à partir d'un
échantillonnage multi-durées de chroniques hydrométriques supposées station-
naires, de décrire les caractéristiques de crue du bassin versant étudié en Débit-
durée-Fréquence, de façon analogue à ce qui est réalisé pour les pluies (courbes
intensité-durée-fréquence). On constate que, à durée donnée, les débits suivent
une fonction croissante de la période de retour, et que, à période de retour don-
née, les débits suivent une fonction décroissante de la durée. Les intervalles de
confiance sont bien sûr fonction de la durée des observations, qui est donc un
paramètre important de l'analyse.
Les travaux menés sur la base des concepts du GRADEX (CFGB, 1994) et des
méthodes dérivées (la méthode AGREGEE notamment (MARGOUM étal., 1994 ;
La méthode Inondabilité 437
PourO,5<T(an)<10
(3)
Pour10<T(an)<1 000
(4)
A
ou
«fê) + x3
QIXA 10
x1 - ^ + x2
D
K8 1
+ x6
QIXA10 x4 s + x5
d: Durée.
QIXA10 : Débit instantané maximum annuel décennal.
T: Période de retour.
Q(d, T) : Quantile de crue relatif au débit moyen (VCXd).
ou au débit seuil (QCXd).
Q(10,d) : Quantile de crue décennal.
438 Rev. Sci. Eau, 11(3), 1998 O. Gilard et N. Gendreau
Vandenesse 2,635 6,19 0,016 1,045 2,385 0,172 1,083 1,75 0,00
Florac 1,12 3,56 0,00 0,95 3,18 0,039 1,56 1,91 0,085
Soyans 0,87 4,60 0,00 1,07 2,50 0,099 0,569 0,69 0,046
Ces abaques vont être utilisés pour quantifier l'aléa et la vulnérabilité comme
nous allons le montrer maintenant.
_ • Q(Potj) ° * ^ V T
(Q(P->.«U 1
o
l 0 ; * ^ ^ d[Q(p,),T(Q<pJ.dj] =d.„
Po ^ = 2 ^ Q(Po) J
T^.d., ^ ^ V QCUdJ ° £ ^ .
o e
T(Q(-ud.,).o*)=TOP
Tarage = équation de la loi de tarage et
QdF 1 ou 2 correspond aux équations du modèle QdF branche observée ou extrapolée.
Figure 3 Équation à utiliser pour déterminer la période de retour équivalente à un tri-
plet (p, d, t) objectif.
Equations to be used for the calculation of the équivalent return period ofa
target triplet (p, d, t).
La cartographie
Le travail précédent, permettant de calculer les deux variables TAL et TOP,
peut être réalisé pour chacune des parcelles du territoire considéré. On peut
donc de manière assez simple cartographier indépendamment l'aléa (cartogra-
phie du TAL), et la vulnérabilité (cartographie du TOP).
La première carte est classique, et l'on peut montrer qu'elle s'apparente à une
carte des profondeurs d'eau (pour le débit maximal simulé, à savoir le débit de
période de retour 1 000 ans), ou encore à une carte des durées d'inondation
La méthode Inondabilité 441
(pour la même référence hydrologique). La seconde carte est beaucoup plus ori-
ginale puisque qu'elle retrace spatialement les objectifs de protection que l'on
peut déterminer par des approches de type socio-économique.
Les deux variables étant mesurées dans la même unité, la comparaison par-
celle par parcelle est rendue très facile. Un code de couleur permet de cartogra-
phier et de visualiser très rapidement les résultats :
- soit l'objectif de protection est inférieur à l'aléa (sa période de retour TOP
est donc inférieure à celle de l'aléa TAL), cela dénote que la parcelle est certes
inondée mais de manière compatible avec les objectifs affichés ; on la colore
d'une pastille verte ;
- soit l'objectif de protection est supérieur à l'aléa (sa période de retour TOP
est donc supérieure à celle de l'aléa TAL), cela dénote que la parcelle est inondée
de manière incompatible avec les objectifs affichés ; on la colore d'une pastille
rouge ;
- soit la parcelle est hors de la zone maximale inondée (TAL > 1 000) et on
colore la pastille en jaune.
Les aménagements recherchés doivent viser à faire passer toutes les parcel-
les au vert ou au jaune. Ils peuvent consister soit à modifier l'hydrologie et
l'hydraulique (mesures structurelles classiques) ce qui a pour conséquence de
modifier l'aléa, donc la répartition de la variable TAL, soit à modifier l'occupation
des sols ou les demandes de protection qui y sont associées (mesures non struc-
turelles) ce qui a pour conséquence de modifier la vulnérabilité, donc la réparti-
tion de la variable TOP (CHASTAN et al., 1995).
DISCUSSION
CONCLUSION
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