Assainissement Pluvial en Afrique de L'ouest - Partie 1
Assainissement Pluvial en Afrique de L'ouest - Partie 1
SOMMAIRE
page
[Link] 5
II.2.3. Conclusions 12
II.3.2. Conclusions 18
[Link] ET EXPERIMENTATIONS 24
IV3.2. Influence des modes d'occupation des sols sur les écoulements et leur
modélisation 37
IV.4. CONCLUSIONS 42
[Link] 60
REFERENCES 64
ANNEXE ••• 69
5
1. INTRODUcnON
Les conclusions du séminaire organisé du 20 au 25 mai 1985, par le CIEH, à Niamey, et consacré à
l'assainissement dans les pays de l'Afrique de l'Ouest et du Centre, indiquaient que de nouveaux aspects de
ce dernier domaine nécessitaient une approche spécifique, et ne pouvaient donc se satisfaire d'un simple
"transfert de technologie ou de savoir-faire" (1)*,
A l'issue du séminaire fut alors émise l'idée de la constitution d'un groupe de travail pluridisciplinaire sur le
thème de la maîtrise du ruissellement pluvial dans les villes de l'Afrique du Centre et de l'Ouest (2).
. Après diverses discussions et contacts en vue de la constitution de ce groupe de travail, il fut décidé de
procéder à un phasage progressif des opérations. La première étape fut mise en oeuvre dès 1987 par une
convention à deux niveaux. Le premier associait le CIEH et l'ORSTOM, le second l'ORSTOM et le
Laboratoire d'Hydrologie Mathématique (LHM) de l'Université des Sciences et Techniques du Languedoc.
La convention, dont le but général était "l'étude du ruissellement des eaux pluviales et de l'assainissement en
milieu urbain africain", prévoyait la réalisation d'actions spécifiques par le biais d'avenants les précisant. La
première de ces actions concernait des essais de modélisation du ruissellement pluvial dans les villes
africaines, s'appuyant en particulier sur les observations, d'ores et déjà réalisées dans certaines d'entre elles,
à la demande du CIEH.
Le présent rapport résume l'ensemble des travaux réalisés dans cette première action, ainsi que les
principaux résultats obtenus. Le lecteur trouvera des informations plus détaillées dans la thèse de Monsieur
Christophe BOUVIER, Chercheur à l'ORSTOM, thèse dont ces travaux ont été l'objet (3)* et jointe en
annexe au présent rapport. Seront ainsi successivement présentés au titre des travaux de cette première
action:
une réflexion générale sur le drainage des eaux pluviales en Afrique de l'Ouest;
une analyse critique des outils disponibles pour la simulation du ruissellement pluvial urbain dans
cette même région;
un exposé des donnés utilisées, de leur critique en vue de l'exploitation et des campagnes de
mesures complémentaires en préalable de cette exploitation;
un résumé des essais de modélisation et des principaux résultats opérationnels obtenus à l'issue de
l'exploitation des données disponibles.
7
La maîtrise du ruissellement pluvial urbain a été l'une des préoccupations du CIEH depuis une vingtaine
d'années. En préalable au séminaire de Niamey de 1985, cet organisme avait fait établir, par un certain
nombre de sociétés spécialisées et d'experts, un bilan général de l'assainissement urbain dans le contexte
africain (4).
Ce bilan, repris d'ailleurs lors du séminaire de Niamey (1), pouvait être considéré comme relativement
préoccupant au regard des perspectives de développement des agglomérations africaines. Il indiquait, en
effet, qu'à cette époque, les infrastructures d'assainissement, de même que les éléments institutionnels,
administratifs ou réglementaires y ayant trait, étaient, à de rares exceptions près, en situation de retard par
rapport à la croissance des secteurs urbanisés ou en voie d'urbanisation. Cette situation de retard était
encore plus flagrante quant à la maîtrise du ruissellement pluvial.
Loin de s'être stabilisée, la situation semble s'être aggravée depuis cette date et les perspectives de
croissance des populations urbaines, résumées dans les tableaux 1 et 2 ci-après démontrent clairement
l'ampleur du problème.
Le tableau 1, issu de prospectives de l'UNESCO (5), montre l'importance des taux de croissance des
populations urbaines, attendus pour l'Afrique. Des travaux plus récents et concernant la seule zone
sahélienne (6), indiquent des taux de croissance annuelle moyenne plus modérés (de l'ordre de 2 à 3 %)
mais recouvrant des situations locales présentant des taux annuels de 5 à 10 %. Selon les sources de l'ONU,
l'Afrique subsaharienne devraient ainsi compter, d'ici l'an 2000, 60 vines de plus de 500 000 habitants.
De tels taux de croissance nécessitent non seulement l'établissement de schémas d'urbanisme cohérents et
évolutifs, mais aussi de choix d'équipements d'infrastructure particulièrement souples. En matière
d'assainissement urbain, et plus particulièrement d'évacuation des eaux pluviales, on peut s'interroger sur
l'opportunité de transfert de concepts et de techniques élaborées dans des contextes, climatiques, socio-
économiques, et de taux de croissance très éloignés de ceux rencontrés en Afrique.
Il.2.1. La conception actuelle des ouvrages de drainage des eaux pluviales dans les villes d'Afrique de
l'Ouest
Dans la totalité des villes d'Afrique de l'Ouest, l'hygiène et l'élimination des nuisances liées à l'eau sont à
l'origine du concept actuel des ouvrages de drainage, basé sur l'évacuation rapide des écoulements.
Cette conception correspond à celle qui prévalait jusque dans les années 70-80 dans les pays industrialisés,
et a la plupart du temps été transposée directement dans les pays africains, historiquement liés
politiquement, économiquement et techniquement à l'Europe en particulier.
Elle conduit à construire des ouvrages organisés sous formes de réseaux convergeant vers l'exutoire. Les
ramifications des réseaux sont, en termes d'aménagement, hiérarchisées à 3 niveaux :
tertiaire, pour les ouvrages assurant le drainage des bâtiments ou des pâtés de maison,
9
2. NIAM E Y - Ba in nOS
primaire, pour les principaux collecteurs qui recueillent les écoulements à l'échelle d'un bassin
de plusieurs dizaines, voire centaines, d'hectares.
Les types d'ouvrages réalisés dépendent principalement de leur modernité et des ressources fmancières des
villes concernées. Leurs caractéristiques présentent les variantes suivantes:
La plupart des ouvrages datent de la colonisation et sont constitués par des collecteurs à ciel ouvert. Les
équipements les plus modernes sont davantage orientés vers le drainage souterrain. L'orientation des
collecteurs est généralement calquée sur celle des voiries. Pour la quasi-totalité des villes, les réseaux de
drainage des eaux pluviales et des eaux usées sont les mêmes (réseaux unitaires).
Le lecteur intéressé par les caractéristiques des aménagements en Afrique de l'Ouest en trouvera une
description plus détaillée dans les rapports réalisés par le BCEOM (4) et le BETURE-SETAM (4).
Si le choix du concept hygiéniste est a priori raisonnable dans une région où persistent de nombreuses
maladies liées à la présence de l'eau, le fonctionnement des réseaux est soumis à des contraintes qui sont à
l'origine des problèmes rencontrés actuellement.
a) Contraintes climatiques
A égalité de probabilité d'apparition, les intensités moyennes maximales des averses tropicales, sur des
durées de 15 minutes à 1 heure, critiques en Hydrologie Urbaine, sont de 2 à 4 fois supérieures à celles des
averses des pays tempérés. Dans une conception d'évacuation rapide des ruissellements, sans stockage
temporaire, les débits en résultant sont également dans des proportions voisines. Pour un même niveau de
protection, les investissements nécessaires seront donc considérablement plus élevés en Afrique qu'en
Europe et ceci d'autant plus que le contexte économique africain peut donner lieu, toutes proportions
gardées, à des coût absolus majorés par rapport à l'Europe. En valeur relative, rapportés au niveau
12
économique général, ces coûts peuvent devenir excessivement lourds, même s'ils relèvent de sources de
fmancements sous forme d'aide au développement.
Le mode d'évacuation gravitaire rapide par réseau de coUecte structure l'espace et manque de souplesse
d'adaptation à un milieu urbain à croissance rapide et souvent anarchique. Sauf à prévoir un
surdimensionnement initial des ouvrages principaux, engendrant de mauvais fonctionnements hydrauliques
et un renchérissement d'ouvrages déjà couteux, et nécessitant en outre des plans d'urbanisme très stricts, la
technique classique du réseau véhiculant les eaux sur de grandes distances semble très mal adaptée au
contexte africain.
Outre un comblement progressif des ouvrages de coUecte des eaux à ciel ouvert (voire souterrains) par des
dépôts de toute sorte constitués de rejets divers par des usagers souvent non conscients des nuisances qu'ils
engendrent (photographies 4 et 5), de nombreuses agglomérations connaissent un transport solide élevé
résultant de l'érosion éolienne ou hydraulique de surfaces importantes non revêtues de végétation
(photographie 6).
Ces transports solides conduisent localement à des charges d'entretien que la coUectivité ne peut supporter.
Là encore, la technique du réseau est mal adaptée à la résolution de ce problème. Le transport de solides,
sur des distances importantes dans des coUecteursà ciel ouvert, ou, a fortiori, enterrés, est particulièrement
difficile à maîtriser. L'expé-rience des pays industrialisés, dans lesquels le transport solide dans les égouts
urbains est souvent moindre, montre que les "pièges" à sédiments à l'entrée des collecteurs (bouches
d'égout) ou sur leur parcours (chambre à sable) sont d'une efficacité très contestable. Les coûts d'extraction
de sable sont très élevés (de 1500 à 3 000 F/m3 selon une étude de l'AGHTM). Seuls les ouvrages de
stockage des eaux, comme les bassins de retenue des eaux pluviales, sont relativement efficaces (7). Dans
certaines régions africaines, la lutte à l'amont des réseaux contre l'érosion des sols pourrait se révéler
beaucoup plus intéressante que l'usage dans les collecteurs de dispositifs coûteux aux modes de
fonctionnement encore très mal connus et nécessitant des frais d'entretien non négligeables.
II.2.3. Conclusions
Les différents points évoqués précédemment insistent sur quelques contraintes de fonctionnement des
ouvrages classiques dans l'environnement physico-c1imatique des villes africaines. A caractéristiques de
13
5. NIAME - H rs bassin
bassins et à période de retour égales, ces ouvrages présentent dans les villes africaines des dimensions plus
importantes, une durée de fonctionnalité plus courte et des contraintes d'entretien plus lourdes que dans les
villes des pays industrialisés.
Dans le cas général, les dépenses à engager pour le drainage des eaux pluviales sont incompatibles avec la
part de budget disponible et les priorités fixées pour les autres aménagements urbains. Actuellement, la
plupart des grandes villes africaines ont dépassé leur taille critique, du point de vue du drainage classique, et
se trouvent dans une impasse:
soit accepter globalement un niveau de protection inférieur, en calibrant les ouvrages à partir
de fréquences plus faibles que celles utilisées actuellement pour ramener leurs dimensions à
une taille abordable,
soit procéder de façon différentielle à des aménagements destinés à protéger plus ou moins
certaines zones, en fonction de leur intérêt économique ou social.
Les problèmes posés par ces stratégies ne peuvent être négligés. La fréquence des dégâts occasionnés par le
ruissellement pluvial urbain est à la mesure du rythme de la croissance urbaine en Afrique. Ce n'est sans
doute pas un hasard qu'une ville comme Djibouti ait été sinistrée à 70 % (voir figure 1) après un événement
pluvieux dont la fréquence n'est peut-être pas aussi rare qu'on pourrait le croire. On peut s'attendre dans les
prochaines années à la répétition de catastrophes de ce genre, et, pour résoudre le problème, peut-on
encore penser qu'il suffit de remonter son pantalon et d'attendre que tout sèche au soleil? Les villes
africaines, qui ont cessé d'être des gros villages, ne s'accommodent plus guère de cette philosophie.
16
Afrique
DJIBOUTI: 8 morts et 150000 sans-abri
Figure l
17
Le paragraphe précédent souligne les limites actuelles des ouvrages de drainage basés sur le concept
hygiéniste de l'évacuation rapide. L'accroissement démographique prévu dans les villes africaines revêt dans
ce contexte une importance accrue, et il convient d'en étudier sans tarder les conséquences. Dans ces
perspectives, les solutions à proposer doivent porter sur plusieurs niveaux de prise en compte des problèmes
urbains:
tout d'abord, et à brève échéance, il importe de répondre à des demandes exprimées de façon
de plus en plus fréquente en matière d'aménagements ponctuels, adaptés aux conditions socio-
économiques locales;
parallèlement, et sans doute à plus longue échéance, il convient d'analyser les interactions du
drainage des eaux pluviales avec l'ensemble des problèmes urbains. Du point de vue de la
gestion de la ressource en eau d'abord, l'alimentation en eau potable ou domestique,
l'alimentation-exploitation-pollution de la nappe, la pollution du milieu récepteur et le
traitement des eaux usées sont autant de domaines à prendre en compte pour définir les
systèmes de drainage. Sur un plan plus général ensuite, la nature et la localisation de
l'urbanisation comporte également des implications réciproques sur les possibilités de
drainage des eaux pluviales.
Les villes des pays industrialisés se sont progressivement tournées, depuis les années 70, vers le concept de
rétention de l'écoulement pluvial. Cette évolution a été dictée par le mode de développement de ces villes,
et l'impossibilité des systèmes classiques de maintenir un niveau de protection équivalent, pour des raisons
aussi bien économiques que techniques. L'intérêt des ouvrages basés sur la rétention ou le retardement de
l'écoulement réside d'une part dans le fait qu'ils atténuent les débits à évacuer et d'autre part qu'ils peuvent
être insérés ponctuellement dans les réseaux classiques déjà existants. Ils conduisent ainsi à une diminution
de la charge des réseaux et améliorent leur flexibilité. Ces qualités leurs confèrent donc un intérêt certain
pour résoudre les problèmes des villes africaines (5).
Ces aménagements sont basés sur le stockage temporaire ou l'infiltration des ruissellements. Au demeurant,
s'ils connaissent de très nombreuses applications dans les pays industrialisés, il serait sans doute illusoire de
procéder à leur transposition directe dans le contexte urbain africain. Qu'il s'agisse de l'environnement
sanitaire, socio-économique ou culturel, ces aménagements nécessitent une approche et des
expérimentations spécifiques.
18
En Afrique de l'Ouest, il n'existe malheureusement que très peu de réalisations portant sur
l'expérimentation de ces divers systèmes. Le séminaire organisé en 1985 par le CIEH autour des problèmes
de conception des projets d'assainissement et de dimensionnement des ouvrages reste à ce jour le document
le plus complet résumant les diverses propositions d'aménagements alternatifs en Afrique.
La perception du rôle des ouvrages alternatifs par les usagers est sans nul doute un des points essentiels de
leur réussite. Le traitement "à la parcelle", ou "au quartier", c'est-à-dire, une certaine individualisation de
l'assainissement des agglomérations peut être, en Afrique, l'évolution d'une technique appliquée
collectivement dans les pays industrialisés (8).
Au-delà de la simple maîtrise du ruissellement pluvial, les ouvrages alternatifs de stockage et d'infiltration
des eaux pluviales, comme la réutilisation des eaux usées domestiques ou industrielles, peuvent également
être abordés sous l'angle de la gestion et de la protection des ressources en eau, essentielles dans certaines
régions africaines.
11.3.2. Conclusions
La recherche de solutions alternatives à l'évacuation directe des eaux devrait permettre de faire face à
certains problèmes d'assainissement des agglomérations africaines.
Cette recherche ne peut se satisfaire des seules voies déjà explorées dans les pays industrialisés. De même il
n'est sans doute pas possible d'imaginer de solution "universelle" dans une région aussi vaste que l'Afrique
du Centre et de l'Ouest. Comme le remarque KNAEBEL, la diversité des problèmes appelle la diversité des
solutions (8).
L'essentiel des recherches reste à entreprendre in situ, c'est là, à notre avis, un enjeu d'importance pour un
organisme comme le CIEH. Les recherches à entreprendre devraient porter non seulement sur les aspects
techniques des ouvrages à mettre en place mais également sur leur environnement sanitaire et leur
perception économique ou culturelle par les différents groupes sociaux.
19
L'analyse de l'influence de l'urbanisation sur le cycle de l'eau en milieu urbain, comme le calcul des
ouvrages destinés à la maîtrise du ruissellement pluvial, nécessitent l'emploi d'outils de simulation des
mécanismes hydrologiques et hydrauliques adaptés à la complexité des processus et des ouvrages étudiés.
Une critique bibliographique a mis en évidence le très faible nombre de travaux consacrés à la modélisation
du ruissellement pluvial africain, jusque dans un passé très récent. Il existe d'ailleurs un certain lien de
corrélation entre cette faiblesse et l'intérêt manifesté, jusqu'à ce jour, pour la technique de l'assainissement
pluvial.
Historiquement, qu'il s'agisse, d'ailleurs, des pays de la zone francophone ou de la zone anglophone, les
ingénieurs oeuvrant dans des territoires placés sous le contrôle d'administrations de pays européens ont
importé les outils de calculs correspondant aux concepts, aux normes techniques et réglementaires de ces
pays, mais aussi, souvent, à leurs conditions climatiques et socio-économiques. C'est seulement récemment
que quelques rares études ont visé à définir l'adéquation de ces outils au contexte africain, voire à en
réaliser une adaptation.
Ils constituent la quasi totalité des outils employés jusqu'ici en Afrique. Ceci n'a d'ailleurs rien
d'exceptionnel dans la mesure où l'on estime qu'au niveau mondial, plus de 90 % des projets de réseaux
d'évacuation du ruissellement pluvial urbain sont encore calculés à l'aide de ces outils.
La méthode rationnelle a été proposée et développée en Europe à la fm du 19è siècle. Elle conduit à
l'estimation, en un point d'un réseau donné, du débit maximum de ruissellement. Elle autorise, par suite, le
calcul des dimensions de l'ouvrage permettant l'évacuation directe. sans stagnation, de ce débit,
conformément au concept hygiéniste de l'assainissement, également proposé à la même époque.
La méthode est fondée sur le désormais classique concept de temps de concentration des bassins versants et
de leurs réseaux d'écoulement. Sa version probabiliste, particulièrement intéressante pour le calcul des
ouvrages en terme de risque de défaillance s'écrit:
dans laquelle Qp (T) est le débit de pointe de période de retour T en un point donné du réseau ; k, un
coefficient dépendant des unités choisies (voire censé prendre en compte divers effets dynamiques comme
l'amortissement des écoulements ou la distribution spatiale des précipitations) ; C, le "coefficient de
ruissellement" ; i (te, T),I'intensité moyenne de précipitation sur la durée du temps de concentration tc et de
période de retour T ; A, la surface drainée à l'amont du point de calcul du débit.
Cette formule, très globale, masque la complexité des processus hydrologiques. Elle assure une trop grande
confiance aux projeteurs, qui en oublient, généralement, cette complexité. Elle suppose en outre un nombre
élevé d'hypothèses qui ne sauraient être vérifiées dans toutes les situations rencontrées. Elle se présente
sous des écritures diverses, comme la formule de CAQUOT en France, comportant un certain nombre de
paramètres numériques, résultats d'expérimentations réduites, dans des conditions d'urbanisation et de
climats européens, très éloignés de ceux rencontrées en Afrique.
Ses points faibles majeurs résident dans l'estimation du temps de concentration tc et du coefficient de
ruissellement C qui peut revêtir un caractère aléatoire dans les cas de surfaces non imperméabilisées,
raccordées au réseau (cas fréquent en urbanisation africaine).
Quelques adaptations aux bassins versants africains ont été proposées. Elles concernent notamment
l'estimation du temps de concentration (9) (10). De même a-t-on pu procéder à quelques vérifications
expérimentales de ces adaptations (9) (10) (11). En règle générale, les vérifications semblent indiquer que la
méthode rationnelle sous-estime les débits de pointe observés. Il s'agit là d'un résultat en contradiction avec
les mécanismes théoriques que la méthode implique. En effet, ces mécanismes supposent un transfert sans
amortissement du ruissellement et, par suite, dans l'hypothèse où les autres hypothèses seraient satisfaites,
la méthode rationnelle devrait théoriQuement surestimer les débits.
Les causes de cette sous-estimation sont multiples ; la principale semblerait être la sous-estimation des
coefficients de ruissellement des bassins versants africains en raison de la contribution fréquente des
surfaces non revêtues et non végétalisées.
En raison des spécificités climatiques (fortes intensités de pluie) et urbaines (faible pourcentage
d'imperméabilisation) des bassins des villes de l'Afrique de l'Ouest, les surfaces non revêtues contribuent
potentiellement à l'écoulement. Ce constat a été à l'origine de l'application en milieu urbain de concepts
empruntés à l'hydrologie des espaces naturels.
21
En premier lieu, quelques études ont ainsi porté sur l'évaluation des coefficients de ruissellement de
probabilité donnée, en fonction du mode d'occupation des sols (12) (19).
En second lieu, LE BARBE (11) a proposé une modélisation de la fonction de production des bassins
versants (détermination de la part des précipitations contribuant au ruissellement) fondée sur une
distinction des surfaces en fonction de leur mode de raccordement au réseau d'écoulement. La figure 2 ci-
après schématise le modèle de LE BARBE. Les quatre types de surfaces sont ainsi :
Cl, les surfaces imperméables directement reliées au réseau, dont le ruissellement parvient
intégralement à l'exutoire du bassin,
C2, les surfaces imperméables non reliées au réseau, dont le ruissellement transite par des sols
naturels,
C3, les surfaces naturelles recevant de l'eau en provenance des surfaces imperméables, dont
les ruissellements cumulés subissent des pertes par infiltration et par stockage superficiel avant
de parvenir à l'exutoire,
C4, les surfaces naturelles ne recevant pas d'eau en provenance des surfaces imperméables,
dont le ruissellement subit également des pertes par infiltration et par stockage superficiel
avant de parvenir à l'exutoire.
Les principales étapes de la transformation de la pluie en débit conçue par Le Barbé sont:
Comme les modèles dérivés de la formule rationnelle, le modèle de LE BARBE conduit au calcul du seul
débit de pointe. Il comprend en outre un nombre important de paramètres qui ne peuvent être déterminés
sans observations préalables. Il ne peut donc être utilisé au stade des projets d'aménagement sans
approximations grossières.
22
Pluie de hauteur P
Corps de durée Tp
Cl
-------------------------- -------------
Lame d'eau reçue
C2 P
P P' =P + --- P
C3
-------------------------- -------------
Lame d'eau disponible R = Sup (C,P' - INFT (Tp)) 1
après infiltration
P
----------------------------------------
Lame d'eau écoulée à l'exutoire
-------------------- -------------------
Debit de pointe de crue
Comme indiqué au paragraphe II, l'assainissement des agglomérations relève aujourd'hui, d'une approche
environnementaliste. Cette approche suppose que les multiples et complexes liaisons entre la ville et l'eau
soient analysées.
Au demeurant, cette approche ne peut être opérationnelle sans outils autorisant une certaine simulation de
ces relations complexes. Les outils présentés dans les paragraphes IIU. et III.2. ci-dessus ne permettent que
l'obtention du seul débit de pointe de ruissellement, donnée totalement insuffisante pour concevoir des
ouvrages répondant au concept environnementaliste de l'assainissement. La simulation des hydrogrammes
complets (voire des flux polluants) est nécessaire pour définir de tels ouvrages.
Les modèles de simulation des processus de ruissellement sont relativement récents. Ils ont été très peu
testés dans le contexte des agglomérations africaines. Les principaux travaux sur le sujet ont été réalisés par
SIGHOMNOU (10) qui a étudié l'adéquation des modèles de réservoirs linéaires développés en France
(14). Ces travaux ont montré la nécessité d'un calage des paramètres des modèles dans le contexte africain,
calage qui a fait l'objet des recherches de C. BOUVIER qui seront exposées dans les paragraphes suivants.
24
Les données de base sont constituées par les campagnes de mesure du ruissellement effectuées de 1977 à
1984 pour le compte du CIEH, dans 6 villes africaines. Elles ont été complétées par diverses observations
réalisées par l'ORSTOM entre 1986 et 1988.
La figure 3 ci-après localise les campagnes de mesure du ruissellement et leur durée. Ont ainsi été réalisées
les campagnes suivantes par :
l'ORSTOM
- à Cotonou en 1978
le BCEOM
Ces mesures de ruissellement ont été complétées par des campagnes de simulation de pluie pour juger de
l'aptitude au ruissellement des sols des bassins versants étudiés et des visites de terrain pour analyser les
modes d'occupation des sols. Ces diverses opérations ont fait l'objet de 8 rapports intermédiaires,
disponibles auprès du CIEH. Il s'agît:
de 4 rapports relatifs aux campagnes de simulation de pluie sur les sites de Niamey en 1986,
Ouagadougou, Lomé et Yopougon en 1987,(15) (16) (17) (18) ;
25
de 3 rapports de synthèses sur l'ensemble des sites étudiés et portant sur les données hydro-
pluviométriques (19), les mesures expérimentales de ruisseUement sous pluies simulées (20) et les modes
d'occupation des sols des bassins versants (21) ;
OUAGADOUGOU
3 ans
ABIDJAN
2 ans
Fig-3-
26
avec:
A, superficie du bassin,
IMP, coefficient d'imperméabilisation du bassin,
P, gamme de variation des 5 plus grandes hauteurs de pluie observées,
P2, hauteur de la pluie de période de retour 2 ans,
Kr, coefficient de ruissellement médian calculé sur les 5 plus grosses pluies.
En raison de leur moindre qualité, les données des bassins de Cotonou et de Bamako n'ont pu être
exploitées.
27
Les bassins retenus sont faiblement imperméabilisés (à l'exception du bassin 6 du Yopougon) comme il est
fréquent dans l'urbanisation africaine.
Le nombre d'événements utilisables par bassin est relativement peu élevé (15 à 60). Le rendement médiocre
des campagnes de mesure s'explique par les sérieuses difficultés rencontrées dans la mesure des
ruissellements et que l'on peut résumer à:
délimitation délicate des aires drainées au point de mesure (défaillance des joints de capture du
ruissellement, obstructions, débordements, etc.) ;
difficulté d'étalonnage précis des stations de mesure des débits en raison d'un transport solide
important ou de vitesse d'écoulement élevés.
Les bilans volumétriques des campagnes de. mesure précédentes semblant indiquer une contribution non
négligeable des surfaces non imperméabilisées, il a été décidé d'étudier l'aptitude au ruissellement de ces
surfaces sous pluies simulées.
La figure 4 ci-après schématise le simulateur de pluie élaboré par l'ORSTOM et utilisé lors des campagnes.
Des intensités de 40, 80 et 120 mm/h ont été utilisées sur des durées de 15 minutes à 1 heure selon un
protocole expérimental destiné à étudier le ruissellement sur des sols secs et très humides.
Le tableau 4 ci-dessous donne les coefficients minimum et maximum résultant d'essais sur des parcelles
représentatives des types de sols des bassins versants étudiés. Ces coefficients sont rapportés à des hauteurs
de pluie de 40 mm.
28
Parcelle 1 2 3 4 5 6
Exception faite des sols couverts de végétation (parcelle 5 du Yopougon) et des sols très sableux (parcelle 6
à Lomé), les résultats du tableau 4 indiquent une très bonne aptitude au ruissellement des sols nus
rencontrés dans les villes étudiées. Il s'agit là d'un résultat fondamental pour la modélisation du
ruissellement urbain et radicalement opposé à ceux observés dans les agglomérations des pays industrialisés
de la zone tempérée.
Les pertes au ruissellement, déterminées expérimentalement, sont schématisées sur les figures 5 à 8 ci-
après. Pour l'ensemble de parcelles étudiées, ces pertes suivent un schéma hortonien classique, caractérisé
par une décroissance très rapide des pertes après mouiIlage et imbibition des surfaces. Les pertes initiales
sur sol sec ou humide sont faibles et de l'ordre de 1 à 5 mm. Les régimes permanents, correspondant à une
certaine saturation des sols et à des intensités d'infiltration variant de 1 à 13 mm/h suivant la nature et les
conditions d'humidité des sols, apparaissent au bout de temps relativement courts et de l'ordre de 15 à 30
minutes.
29
_-...+----..+- GICLEUR
PARCELLE 1 cm 2
CUVE RECEPTRICE
Figure 5 Courbe. expérime~tale. de. perte• • Figure 6 Courbe. expérimentale. de. perte• • l'écoulement
"écoulement .ur .ols sabla-argileux de NIAMEY .ur les .ols . .blo·argileux de OUAGADOUGOU
LR
en """'"
100
~O
~O
2S
SOl sec
o JO
o
JO 60 , "'"
Figure 7 Courbes expérimentales des pertes. Figure 8 Courbes expérimentales des pertes. l'écoulement
l'écoulement sur le • • ols .ablo·argileux de .ur les sols nus seblo·argileux de LOMÉ
YOPOUGON
I.R
"-'ft
.00 100
~O ~O
JO 60
JO 60
31
Pour caractériser les modes d'occupation des sols des bassins versants étudiés, 7 types d'habitats ont été
retenus.
Il s'agit de :
TI: zones d'habitat non loti, habitat souvent précaire et' non contrôlé, dont les équipements en
matière de réseaux (voiries, drainage et autres) sont généralement très peu développés;
TI : zones d'habitat dense loti, constituées de maisons de petite taille, en dur et généralement
couvertes de tôle ondulée, situées dans des concessions encloses. Ce type d'habitat est aussi
parfois appelé habitat traditionnel par opposition aux types d'habitat suivants, plus modernes;
T4: zones d'habitat dense loti, de construction récente, correspondant aux grands ensembles
immobiliers qui se développent actuellement dans la plupart des capitales africaines;
T5 : zones industrielles, situées en périphérie des villes et constituées de bâtiments de grande taille
(hangars, entrepôts) au milieu de vastes terrains;
T6 : zones commerciales, situées dans les parties centrales des villes et caractérisées par un taux
d'occupation du sol important;
Le tableau 5 ci-après donne les pourcentages des divers types d'occupation des sols pour 22 bassins versants.
Seul le type TI (habitat précaire de type spontané) n'est pas représenté. Bien qu'il s'agisse d'un type
désormais très fréquent dans les villes africaines, il n'a pu être pris en compte dans les campagnes de
mesure faute de pouvoir disposer de sites fiables pour la mesure des débits de ruissellement. En effet, dans
les zones d'habitat non contrôlé, les équipements sont quasiment inexistants, il est alors très difficile de
déterminer précisément les aires drainées en un point de passage d'un écoulement. En outre, les études
entreprises visaient à mettre au point des outils de projet dans le cadre d'un urbanisme contrôlé. On peut
32
donc espérer que ces zones d'habitats précaires soient amenées à se résorber ou se structurer
progressivement.
Ville Bassin Tl TI T4 T5 T6 TI
% % % % % %
nOJ (*) 31 69 0 0 0 0
n04 (*) 45 55 0 0 0 0
n05 0 48 o 0 52 0
Ouagadougou n01 (*) 0 100 0 0 0 0
n"2 C) 18 82 0 0 0 0
nOJ 6 56 0 0 6 32
Bamako n01 0 36 0 0 64 0
n"2 37 16 0 0 47 0
nOJ 0 25 0 0 75 0
n04 47 10 0 0 43 0
Lomé n01 (*) 21 79 0 0 0 0
n"2 0 100 0 0 0 0
nOJ 0 100 0 0 0 0
Cotonou n01 0 100 0 0 0 0
n"2 0 100 0 0 0 0
nOJ 0 63 0 0 37 0
Yopougon n01 (*) 18 49 0 33 0 0
n05 (*) 5 41 54 0 0 0
n06 (*) 9 0 91 0 0 0
nOJ (*) 28 10 19 43 0 0
La figure 9 présente les pourcentages des divers modes d'occupation des sols des 11 bassins versants dont on
a modélisé les ruissellements. Ainsi apparait-il que l'habitat traditionnel (TI) est la catégorie la plus
représentée (photo 7 premier plan et photo 8). L'habitat dense moderne (T4) n'est représenté que sur les
bassins de Yopougon (photo 1) de même que les zones industrielles (T5) (photo 9).
La figure 10 récapitule les divers types d'occupation des sols des bassins versants expérimentaux retenus.
33
li' 111
Be BI
6e 6e
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4e 41
2'
1
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Nl N2 N3 N4 01 02 Ll Y1 Y6 Y6 Y7
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Nl N2 N3 N4 01 02 Ll Yl Y6 Y6 Y7
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1 -------- 1
Nl N2 N3 N4 01 02 Ll Y1 Y6 YB Y7
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Nl N2 N3 N4 01 02 Ll Yl Y6 YB Y7
ZONE COMMERCIALE TB
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Nl N2 N3 N4 01 02 Ll Yl Y6 Y6 Y7
34
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construn»
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H+++m1l
~ Hab'tat moderne
T 4
1+ ++] ~o~merc'a/e
Zone
•
7. LOME - Hors bassin
..
9. YOPOUGON - Bassin nOl
37
IV.3.2. laRuoce des modes d'occupatloa des sols sur les koulemeats et leur mod~llsatioa (pp. 154-158)
En Europe, il est fréquent de considérer que seules les surfaces imperméabilisées reliées directement au
réseau d'écoulement contribuent au ruisseUement de façon significative (concept de "surfaces actives"). La
figure 11 ci-après montre les cheminements de l'eau en habitat traditionnel africain : eUe fait apparaître
l'imbrication parceUaire des surfaces imperméabilisées et non revêtues. Dans ces conditions, la production
et le transfert de l'écoulement peuvent être non seulement influencés par les différents types de surfaces,
mais aussi par leurs dispositions respectives les unes par rapport aux autres. Nous avons à cet effet adopté le
système schématisé par la figure 12, et constitué par :
lessurfaces imperméabilisées :
directement reliées au réseau, IMPI
dont l'écoulement transite sur des surfaces non revêtues nues, IMP2(nu),
dont l'écoulement transite sur des surfaces recouvertes de végétation, IMP2(veget),
Les différentes surfaces drainantes définies précédemment peuvent être associés à des caractères urbains
identifiables sur photographie aérienne (tableau 6).
38
o 5 10m
3 et 4 : surfaces i~per~éabilisées
5 : collecteur
"
, r "
1MP2 IM P2
nu. végét. " " " "
1 ... ------ 1---- 1- ....
.... ....
"
,
Les coefficients correspondants (tableau 7) ont été calculés par plusieurs méthodes. La méthode de sondage
statistique (pp. 161-164) développée pour les besoins de J'étude offre finalement le meilleur rendement.
41
Bassin IMP1 IMn IMn Total PERI PER2 Total PERI PER2 Total
% % % % % % % % % %
Niamey 1 3 24 0 27 60 13 73 0 0 0
Niamey 2 3 28 0 31 60 9 69 0 0 0
Niamey 3 3 18 0 21 50 29 79 0 0 0
Niamey 4 4 17 0 21 38 41 79 0 0 0
Niamey 5 9 26 0 35 35 35 30 0 0 0
Ouaga 1 3 7 0 10 60 30 90 0 0 0
Ouaga2 3 22 0 25 60 15 75 0 0 0
Bamako 1 1 17 0 18 22 60 82 0 0 0
Bamako 2 1 16 0 17 20 63 83 0 0 0
Bamako 3 3 25 0 28 37 37 74 0 0 0
Bamako 4 1 14 0 15 18 67 85 0 0 0
Lomé 1 3 20 0 23 63 14 Tl 0 0 0
Lomé 2 - - 0 18 - - 82 0 0 0
Lomé 3 - - 0 27 - - 73 0 0 0
Cotonou 1 - - 0 29 - - 71 0 0 0
Cotonou 2 - - 0 26 - - 74 0 0 0
Cotonou 3 - - 0 30 - - 70 0 0 0
Yopougon 10 17 0 27 19 6 25 0 48 48
Yopougon 22 16 0 38 33 3 36 0 26 26
Yopougom 56 0 0 56 38 0 38 0 6 6
Yopougon 5 16 0 21 17 7 24 0 55 55
42
Les informations accumulées lors des diverses campagnes de mesure constituent un ensemble unique pour
ce qui est de l'Hydrologie en milieu urbain africain, et dont on peut penser qu'il constituera la référence
pour les études et recherches à venir.
Sans doute le rendement des campagnes de mesure du ruissellement pourrait-il sembler modeste puisque 11
bassins sur 25 ont franchi le cap de la critique des données. Que l'on ne s'y trompe pas pour autant, il s'agit
là d'un excellent résultat, compte tenu des difficultés rencontrées et comparativement à d'autres campagnes
exécutées dans des environnements à priori plus favorables.
On notera, en particulier, une bonne couverture générale en pluviographes et pluviomètres qui pourrait
autoriser dans le futur, certaines études sur la distribution spatio-teïnporelle des averses africaines.
SUPERFICIES PENTES
(X 1 •• )
12r-----------------,
Ils
12
••
L E st
•
~
u
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3
.L- .......J
Nl H2 N3 N4 01 02 Ll Yl Y6 Y6 Y7 Nl H2 H3 N4 01 02 Ll Yl YIS Y6 Y7
e8 e8
68 68
28
.'-----------------'
Nl Hô! N3 N4 01 02 Ll Yl YIS Y6 Y7 Nl H2 H3 N4 01 02 Ll Y1 YIS Y6 Y7
e8
68
E
1.6
1.2
1
1
~v/.:
X E
I_~~III
.8 •• e
',,1'
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28
••• f'1
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",~
]
V'1
8 ------- 8 ~
Nl Hô! N3 N4 01 02 Ll Vl VIS V6 V7 Nl Hô! N3 N4 01 02 Ll Yl VIS Y6 V7
Par "fonction de production" on entend la fraction des précipitations qui alimente le ruissellement
superficiel. En Hydrologie Urbaine, il est coutume de considérer la fraction des précipitations parvenant au
réseau de collecte.
Deux schémas ont été testés, initialement proposés par DESBORDES (14).
Le premier, présenté sur la figure 14a, comprend une perte initiale STO, correspondant au mouillage des
sols et remplissage des dépressions, et une perle continue constante INF. Ce schéma approche assez bien
les courbes expérimentales de pertes déterminées sous pluies simulées (voir figures 5 à 8).
Le second (figure 14b) comprend une perte initiale STO et une perte continue proportionnelle à l'intensité
de l'averse. Le coefficient de proportionnalité, noté 1-COEF, est tel que:
équation dans laquelle R est le volume du ruissellement (exprimé en lame d'eau), P la hauteur de pluie
"brute" et STO le volume des pertes initiales.
Mm de prendre en compte le rôle joué par la succession d'épisodes pluvieux, on a également introduit une
variation du paramètre de pertes initiales STO en fonction de la durée de temps sans pluie. Ainsi, entre les
épisodes pluvieux j-1 et j, séparés par une durée DT (heures) sans pluie, a-t-on admis la relation:
Trois modèles de production ont été testés, fondés sur la nature des surfaces et leurs modes de liaison.
- Le niveau 0, dans lequel le bassin est considéré dans son ensemble sans individualisation des
surfaces.
45
Ip
1 ·~LUlE NETTE'
Ip
aire [Link]=
Aire totale - Aire hachurée ~
·~LUlE NETTE"
46
- Le niveau 1, dans lequel la réponse du bassin est supposé résulter des apports de 2 sous-bassins
fictifs, l'un correspondant aux surfaces imperméabilisées ou revêtues, l'autre aux surfaces non revêtues.
- Le niveau 2 correspondant à une partition plus fine des surfaces actives du bassin, et telle que
présenté à la figure 12 précédente.
Conformément aux essais sous pluies simulées, les surfaces couvertes de végétation (aires gazonnées des
zones résidentielles, grands espaces non bâtis) ont été supposés ne pas contribuer au ruissellement de façon
significative. II s'agit là d'une hypothèse qui ne vaut que dans le cadre de l'étude. Sous des précipitations
exceptionnelles, il est probable que ces types de surface pourraient donner lieu à des ruissellements non
négligeables. Une telle situation pourrait faire l'objet d'une attention spéciale dans les cas d'aménagements
urbains à l'aval de vastes zones pentues couvertes de végétation.
% % % % % % %
1 Niamey 1 100 27 73 3 24 60 13
2 Niamey 2 100 31 69 3 28 60 9
3 Niamey 3 100 21 79 3 18 50 29
4 Niamey 4 100 21 79 4 17 38 41
5 Ouaga 1 100 10 90 3 7 60 30
6 Ouaga2 100 25 75 3 22 60 15
7 Lomé 1 100 23 77 3 20 63 14
8 Yopougon 1 52 27 25 10 17 19 6
9 Yopougon5 74 38 36 22 16 33 3
10 Yopougon6 94 56 38 56 0 38 0
11 Yopougon 7 45 21 24 5 16 17 7
47
-~
...
1
Surfaces imperméables IMP, + 1MP2
ou
1MPI
....
ou
Pluie nette Pn, Ct) Pluie nette Pn2 Ct) Pluie nette Pn3 Ct)
Les différents schémas de perte et les divers niveaux de partitiondes surfaces ont été testés sur les données
expérimentales retenues. La qualité des modélisations a été appréciée à l'aide d'une fonction d'écart
quadratique total, EQT, soit:
J }: {Lroj - LrCj)2
EQT = (Eq.4)
z Lroj
équation dans laquelle Lroj est la lame ruisselée observée lors de l'événement j, sur un bassin versant
expérimental donné, et LrCj la lame calculée à l'aide de l'un des schémas de perte et de niveau de
modélisation.
Les figures 16 et 17 ci-après résument les résultats obtenus pour l'ensemble des bassins.
15 1&
',~
" ••••f"!"
' ~..r
/
NI N2 N3 N4 01 02 LI YI Y5 Y6 Y7 NI N2 N3 N4 01 02 LI YI Y5 Y6 Y7
BASSINS BASSINS
Il ressort de ces résultats que le niveau 1 (simple distinction entre surfaces imperméabilisées et non revêtues
actives) convient bien aux deux schémas de production testés, dont les performances sont sensiblement
équivalentes dans ces conditions.
Par ailleurs, la prise en compte de l'historique des événements pluvieux (paramètre DESTO de l'équation 3)
n'a pas apporté de modifications significatives.
49
Une analyse fme de la structure de la fonction d'écart (équation 4) des divers bassins expérimentaux a
autorisé J'établissement de relations simples entre les paramètres STO, INF et COEF des modèles de
production et leurs homologues expérimentaux présentés sur la figure 18 ci-dessous.
..
e
i COEEex = l-INFex/ 30
..• ...•
c
Figure 18 : Interprétation des
courbes expérimentales des ..
~
pertes à l'écoulement
..•... •....
.~
..
c
~ . e..,
c
.... -e :rNF. x
19 29 39 -.e 50 '9 19
IDIPS EN IlDlUn:S
l'étude de la variabilité du critère EQT sur chaque demi-échantillon, en fonction des variations
des paramètres de production,
Les figures 19 et 20 ci-après montrent ainsi, pour les 2 schémas de pertes retenues, les variations de EQTC
pour chaque bassin, ainsi que la position (matérialisée par un rond noir) des points expérimentaux résultant
d'essais sous pluies simulées (voir tableau 9).
50
L'interprétation des figures montre que les pertes au ruissellement mesurées sur parcelles sont inférieures à
celles qui interviennent à l'échelle du bassin versant. Mais, pour l'ensemble des bassins, il a pu être établi
des relations simples et univoques entre les pertes à l'échelle du bassin, paramétrisées par STO, INF ou
COEF, et les références expérimentales mesurées par simulation de pluie, STO ex, INF ex et COEF ex:
5 < STO ex < 8 mm ; 3 < !NF ex < 13 mm/h ; 0,57 < COEFex < 0,9
Pour au moins 7 des bassins sur 11, l'utilisation de ces relations pour déterminer les paramètres des schémas
de production permet d'obtenir dans la reconstitution des lames ruisselées une précision inférieure à 10 %,
au sens du critère EQTC, et inférieure à 25 %, au sens d'un critère FATC, basé sur les écarts arithmétiques
et défini par :
l: 1 Lroj - LrCj 1
FAT =
}; Lroj
51
BASSIN NI 8ASSIN N2 BASSIN NJ
",0 '0 1~ 20 ~ JO ~ 00 45 ~5O 0 5 10 '5 20 ~ JO ~ 00 4~ 50 0 '0 .~ 20 25 JO ~ 00 4~
5O~
50 50 50
e!l 45 45 45 45 4~
00 00 00 00 00 40
l5 ~ ~ 35 3~
JO JO JO JO
25 25 2~
20 20 20
.~ U 1~ 1~ ,~
10 10 '0 '0
0 0 ",0
50 5 .0 '5 20 25 JO 35 40 45 50 '0 '5 20 25 30 l' 00 45
BASSIN N4 BASSIN 01
0 20 25 JO 45 ~ 40
50
35 00 ~5O 20 25 JO ~ 00 45 50
50 50
0 4~
5O~
45 45 4~ 4~
40 40 40
~ 3~ 3~
~
JO 38 30
\\
25 2~ 2~
20 20 20
1~ 1~ '5 I~
'0 10 '0 10
~ 'b 5 5
~O 0 0
40 45 50 50
45 45 4~ 45 45
40 00 40 40 40
~ ~ 35 3~ )~
30
~,.~
30 JO JO
~ :r.l :r.l 2~
20 20 20 20
15 '5 1~ U
50
5
0
5
00
• '0 15 20 25 JO
10 ,
~ 40 45 50
0
BASSIN Y6 BASSIN Y7
0 '0 '5 20 25 JO 35 40 45 50 0 10 '5 20 25 JO 35 00 45 50
50 50 50 50
45 45 45 45
40 00 00 00
Abscisses: STO en mm
35 35 35 ~
JO JO JO JO
25 25 25 25
Ordonnées: INF en mm/h
..
20 20 20 20
'5 15 15 '5
10 '0 10 10
5 5
00 0 0
5 .0 '5 20 25 JO 35 00 45 50 50
BASSIN N2
40 45 50 20 25 50 40 '5 50
50 50
40 40 '0
35 ~ 35 35
50 50 50
25 25 25
20 20 20 20
10 10 '0
10
00 0 00 0 0
.0 '5 20 25 50 35 40 45 50 .0 15 20 25 50 35 40 '5 50 '0 '5 20 25 50 J5 40 '5 50
50 35 40 45 50 J5 40 '5 50
50 50 50
'5 '5 -5 -5
40 40 >10 40
~ ~ ~ 35
50 50 50
~ ~ ~
.:>
...
0
25
)
20 20 20 20 20
-&
00 0 00 0 00 0
10 '5 20 25 JO J5 40 45 50 10 15 20 25 50 J5 40 '5 50 10 '5 20 25 JO J5 40 '5 50
BASSIN Y5
35 40 _5 50 40 45 50 0 10 15 20 25 50 ~ 40 '5 50
50 50 50 50
45 45 45
• /
..
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Ir/
//
40 40 40 40 40
35 ~ 35 35 35
JO 50 50 50
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25 25 25 25 25
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20 20 20 20
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10 .0
'0 '0 '0 '0
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Il4SSIN Y6
20 25 50 35 40 45 50 0 '5 50
50 50 50
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Ordonnées: COEF en x 0.02
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0 0 0 0
0 5 10 '5 20 25 JO 35 40 45 50 0 10 15 20 25 50 35 40 '5 50
La "fonction de transfert" simule l'hydrogramme de ruissellement à l'exutoire d'un bassin versant donné à
partir du hyétogramme de pluie nette issu de la fonction de production.
Au regard des recherches antérieures en Hydrologie Urbaine, un modèle simple a été testé, celui du
"réservoir linéaire" (14). Ce modèle conduit à la formulation de l'hydrogramme Q(t) de ruissellement
suivante:
dans laquelle:
Q (to) est le débit à l'instant initial to et résultant d'une averse précédente, A la surface du bassin versant,
in(t) la pluie nette et K le paramètre de transfert du modèle, homogène à un temps.
Le modèle du réservoir linéaire a été appliqué à chacun des schémas de production définis au paragraphe
V.l. Le calage a été opéré par minimisation de l'écart quadratique total sur les débits de pointe. Le tableau
10, ci-après, donne les valeurs optimisées du paramètre K, pour les divers bassins et les 2 schémas de
production (Modèles 1 et II).
L'écart entre les valeurs des paramètres est important pour certains bassins attestant du rôle joué par le
schéma de production retenu. Ce rôle dépend de la structure des averses comme en témoigne l'exemple de
54
la figure 21 ci-après. Dans ce dernier cas, le schéma de production II conduit à un abattement important des
intensités les plus élevées conduisant à la formation des débits de pointe des bassins expérimentaux. On
notera cependant que ce rôle s'estompe avec l'importance de la pluie. Pour des fréquences assez rares, en
mode projet, le rôle du schéma de pertes peut devenir secondaire.
En terme de reproduction de la structure générale des hydrogrammes les modèles testés sont relativement
performants comme en témoignent les exemples des figures 22 et 23 correspondant aux épisodes ayant
donné lieu aux plus forts débits de pointe observés.
Il a été possible d'établir des relations de prédétermination du paramètre K par régression multiple soit:
- pour le Modèle 1
K étant exprimé en unités de 5 minutes, A étant en hectares, IMP étant le coefficient d'imperméabilisation,
et p la pente moyenne en %.
55
Fig-21 Influence des schémas de production 1et II sur la forme de la pluie nette.
1
...
16 19 16 19
......
PLUIE NE1TE eu mm PLUIE NE1TE en mm
-
...
1 .. 1 18 13 16 19 16 19
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t en 5 x niautes t eh 5 x ninules
57
Fig-22- Suite
- ~blt observt!
• • •• ~bit calcalt!
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1:
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U JI 51 71 Il lU
t en 5 x .iutes
58
Fig-23 - Reconstitution des
hydrogrammes de crue correspondant - Débit observé
au plus fort débit de pointe observé sur •• -. Débit calculé
chaque bassin. Modèle Il,
..
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60
Les travaux réalisés sur le ruissellement pluvial urbain dans le cadre de la Convention CIEH/ORSTOM,
avec le concours du LHM de l'Université de Montpellier II ont conduit à des résultats particulièrement
intéressants et que l'on peut résumer aux éléments principaux suivants:
Les conditions climatiques, la nature des sols et les modes d'urbanisation rencontrés en
Afrique de l'Ouest nécessitent une approche spécifique de la modélisation des processus hydrologiques sur
les bassins versants urbains. Sans préjuger, pour l'instant, des modes d'assainissement souhaitables dans
cette région du globe, on peut dire que les outils d'évaluation du ruissellement pluvial, élaborés dans les
pays industrialisés sont très mal adaptés au contexte africain.
La spécificité des apports pluviaux des bassins versànts urbains africains tient dans le mode
d'occupation du sol et dans la contribution non négligeable au ruissellement d'importantes étendues de sols
non revêtues. Cette contribution a, en particulier, été testée in situ, sur des parcelles expérimentales et sous
des pluies simulées. Elle a également été démontrée par l'analyse des données de 11 bassins versants
expérimentaux localisés dans 4 villes africaines.
L'analyse des données des bassins versants expérimentaux a permis la mise au point d'un
modèle de ruissellement opérationnel qui pourra désormais être utilisé pour un calcul plus précis des
ouvrages de maîtrise du ruissellement pluvial. Ce modèle est d'un emploi très simple et ses règles et limites
d'utilisation sont les suivantes:
Règles d'utilisation:
Paramètres de production: les paramètres que nous recommandons d'utiliser pour évaluer la contribution au
ruissellement des surfaces nues sont exprimés par les relations suivantes:
où STO ex, INFex et COEFex sont des valeurs expérimentales déduites des mesures réalisées au simulateur
de pluie, effectuées dans les conditions précisées au chapitre 4. En l'absence de mesures expérimentales, on
61
pourra choisir forfaitairement des valeurs de STOex, INFex, COEFex respectivement égales à 5 mm,
5 mm/h et 0,83 : ces valeurs sont très voisines de celles que nous avons mesuré expérimentalement sur 3 des
4 sites étudiés. Pour le quatrième site, celui de Lomé, ces valeurs forfaitaires conduiraient à surestimer les
volumes ruisselés, ce qui va dans le sens de la sécurité.
Paramètres de transfert : les paramètres que nous recommandons d'utiliser pour reconstituer les
hydrogrammes de crue sont exprimés par les relations suivantes:
Caractéristiques des averses : l'utilisateur reste libre de simuler un événement de projet de son choix. Il est
également possible de simuler à partir de longues chroniques d'averses les chroniques de débit
correspondantes, et d'en déduire la distribution statistique des débits de pointe de crue. Nous disposons à
cet effet de plusieurs chroniques d'averses représentatives de la variété des régimes de précipitations
rencontrés en Afrique de l'Ouest.
L'analyse réalisée dans cette troisième partie fait apparaître un certain nombre de restrictions à l'utilisation
de ces modèles. Il est bon tout d'abord de préciser les limites des caractéristiques des bassins qui
interviennent dans les relations de prédétermination établies pour l'utilisation de ces modèles en mode
projet:
5 < STOex < 8 mm 3 < INFex < 13 rnm/h 0,57 < COEFex < 0,90
8 < p < 15 rn/km 0,10 < IMP < 0,55 22 < A < 1110 ha
Certains points méritent une attention toute particulière avant d'envisager l'utilisation des modèles en
dehors de ces limites:
pour les modèles proposés, le ruissellement du bassin est borné inférieurement par la
contribution des surfaces revêtues. Pour cette raison, le choix d'une valeur de perméabilité
62
maximale est impératif: au delà de cette valeur, et notamment si les surfaces revêtues ne sont
pas reliées directement au réseau, on peut craindre que le ruissellement évalué par les
modèles soit nettement surestimé par rapport au ruissellement réellement observé. C'est le cas
en particulier des bassins dont les surfaces couvertes de végétation interceptent de l'eau en
provenance des surfaces revêtues, type zones résidentielles, pour lesquelles l'application des
modèles au niveau 2 serait sans doute plus satisfaisante.
la gamme des superficies réellement représentative de l'échantillon des bassins étudiés est de
l'ordre de 20 à 200 hectares. La valeur de 1110hectares, superficie du bassin nO'] de Yopougon,
est très supérieure, et les résultats obtenus sur ce bassin ne peuvent constituer une validation
satisfaisante,
les formules de prédétermination du paramètre de trànsfert sont établies pour des conditions
moyennes de densité de drainage et de longueur des collecteurs, et nécessitent que soient
calculés des indicateurs plus précis de la densité de drainage et du cheminement de
l'écoulement sur le bassin,
l'usage du modèle l, basé sur des pertes initiales et continues constantes pour la production,
est exclusivement réservé aux bassins faiblement imperméabilisés, caractérisés par un
coefficient d'imperméabilisation inférieur à 15 %. La formule de prédétermination de K n'est
valable qu'à cette condition.
l'application des modèles supposent que les zones étudiées soient convenablement drainées.
On vérifiera que la rétention de l'écoulement soit faible au niveau des toitures d'une part, des
cours de concessions d'autre part. On s'assurera également qu'il n'existe pas d'endoréismes
localisés sur les bassins étudiés.
Bien que dès maintenant opérationnels, les modèles mis au point n'en restent pas moins perfectibles. En
particulier, d'autres campagnes expérimentales pourraient être entreprises tirant profit, en matière de
métrologie, des expériences passées et visant à explorer d'autres types d'habitats, de sols ou de climats que
ceux étudiés jusqu'ici.
Plus encore, dans l'hypothèse où un développement du contrôle du ruissellement par des techniques
alternatives à l'évacuation directe (stockage, infiltrations) réalisées à faible échelle (concession, quartier)
verrait le jour, il conviendrait de juger de l'adéquation des modèles à reproduire les ruissellements de ce
mode d'aménagement.
63
Enfin, il conviendrait d'introduire au plus vite ces outils de simulation du ruissellement dans une chaîne
informatisée de modélisation, comparable à celle d'ores et déjà utilisée dans les pays industrialisés. Le plus
simple serait, semble-t-il, d'introduire les modèles mis au point dans un logiciel existant comme TERESA,
MOUSE, etc. Ainsi, les projeteurs pourraient-ils disposer d'un outil moderne permettant d'étudier les
conséquences de l'urbanisation sur le cycle hydrologique et de mettre en évidence certaines erreurs de
développement urbain avant qu'elles ne se transforment en catastrophe ... naturelle!
64
REFERENCES
(1) CIEH,1985
(4) CIEH,I984·1985
Conception générale des systèmes d'assainissement urbain dans le contexte africain - 4 rapports: Aspect
Technique BCEOM, 1984, 338 p ; Rapport de Missions, 67 p ; Etude de l'Entretien des Ouvrages, 162 p. ;
Aspects institutionnels et financiers, 67 p., 1985, Beture-Setame,
Pour une approche spécifique de l'Hydrologie Urbaine en Afrique, in l'Eau, la Ville et le Développement,
pp. 145-150, ISTED.
(6) MARCHAL J.Y., LERICOLLAIS A., GREGOIRE E., PONCET Y., BERNUS E., SALEM G., 1989
Urban Runoff Pollution, NATO ASI Series, Series G. Ecological Sciences, 890 p., Ed Springer Verlag,
Berlin.
(8) KNAEBEL G., CADILWN M., JOLE M., RIOUFOL R., 1986
Que faire des villes sans égouts? 199 p., SEDES, Paris.
Essai d'adaptation à l'Afrique Tropicale des méthodes classiques de calcul du débit des ouvrages
d'assainissement urbain, 35 p., CIEH.
Assainissement pluvial en zone urbaine en Afrique Tropicale. Cas de Yopougon (Côte d'Ivoire), Thèse de
Doctorat, 254 p., Université des Sciences, Moatpellier.
Etude du ruissellement urbain à Ouagadougou. Essai d'interprétation théorique. Recherche d'une méthode
d'évaluation de la distribution des débits de pointe de crue à J'exutoire des bassins urbains, Cahiers
ORSTOM, Série Hydrologie, Vol. 19, n° 3, pp. 135-204.
Etude du ruisseUement en zone urbaine à Niamey. Les bassins versant du Gounti- Yena, CIEH.
Réflexions sur les méthodes de calcul des réseaux urbains d'assainissement pluvial. Thèse DI, 224 p.,
Université de Montpellier II.
Campagne de simulation des pluies en milieu urbain. Niamey, 19 p., ORSTOM, Montpellier.
(17) BOUVIER c, MAIlLAC P., SEGUIS L., SMAOUI A., JANEAU J.L., 1987
Urbanisation et occupation des sols dans les villes d'Afrique de l'Ouest, 47 p., CIEH-ORSTOM,
Montpellier.
Dans le contexte de l'évolution rapide des vilJes africaines, les problèmes de drainage des eaux pluviales se
posent de façon particulièrement aiguë. Les travaux présentés dans cette étude font d'abord le point sur ces
problèmes, en termes d'aménagement d'une part, en termes de modèles de ruissellement d'autre part. Les
techniques alternatives de drainage des eaux pluviales, basées sur la rétention de l'écoulement, semblent
intéressantes, non seulement sur le plan du drainage, mais encore sur le plan de la gestion globale de la
ressource en eau. Pour les modèles, leurs difficultés d'application dans le contexte urbain africain, sont dues
en partie au rôle que jouent les surfaces non revêtues dans la production et le transfert de l'écoulement sur
les bassins, et ont motivé une analyse approfondie du ruissellement sur un échantillon de 11 bassins
expérimentaux, répartis sur quatre grandes villes africaines. La partie descriptive de cette étude porte
d'abord sur les mesures du ruissellement réalisées d'une part sur les bassins, d'autre part sur des parcelles
de 1 ml, représentatives des sols non revêtus, soumises à des pluies simulées. La description du milieu porte
ensuite sur les modes d'occupation des sols rencontrés dans les villes africaines, et leur influence potentielle
sur les conditions de ruissellement. Plusieurs modèles ont été testés pour représenter l'écoulement mesuré à
l'exutoire des bassins, et se basent sur différentes combinaisons de concepts de production et de transfert
appliqués à différentes partitions spatiales des bassins. Deux modèles ont fmalement été retenus, qui
prennent en compte l'importance de la contribution au ruissellement des surfaces nues non revêtues: les
paramètres de production et de transfert de ces modèles sont reliés aux mesures expérimentales du
. ruissellement réalisées sur parcelles, aux caractéristiques de pente et d'occupation des sols des bassins.
Cette étude contribue à la connaissance hydrologique du milieu urbain africain, encore peu étudié. Elle
fournit aux aménageurs un outil adapté' aux spécificités des bassins africains (imperméabilisation,
précipitations, densité de drainage), qui permet, par simulation des écoulements, de tester les performances
des divers ouvrages de drainage existant ou projetés.
Résumé 3
ABSTRACT
While the african cities are growing up very quickly, stormwater drainage becomes one of the major
problems that occure in the urban environment. This study first deals with these problems, according to
drainage designing on one hand, and runoff modelling on the other band. The design of the stormwater
drainage might be turned in runoff retention, instead of quickly remova!. The runoff models, that are mainly
developped to be used in the industrialized countries, do not fit the case of the african watersheds : for these
ones, runoff is found to be greatly influenced by the contibution of the natural grounds. So, a further
investigation was led to accurate the runoff features on the african catchments, and was perfomed from 11
experimental watersheds, scattered among four big cities of Western Africa. First are described the
experimenta! measurements of the rainstorms and the discharges that were observed on those watersheds.
Then are described the runoffs collected by rain simulation from some one squared-meter plots, which are
typical of the various kinds of the natural grounds encountered on the watesheds. Furthermore are
described the urbanisation features of those catchments, and the effects they May have on runoffs and
discharges.
Severa! models have been tested to compute the storm runoffs and discharges measured at the outlets of the
catchments : these models are built with different combinations of production and discharge concepts,
applied on different sub-units of the catchments. Two of them were fmally chosen, and take into account the
. important runoff contribution of the natural grounds : the parameters are bound with the runoffs measured
from the experimenta! plots, with the slope and the land-use proportions of the watersheds.
This study leads to a better knowledge about the urban catchments in Western Africa, and supplies an
operating method for designing and planning of the storm drainage systems in Western Africa.
KEYWORDS : Western Africa, Urban hydrology, Alternative technics, rain simulation, land-use
coefficients, runoff models, production, discharge.
Résumé 5
PLAN Page
Abstract / Keywords 5
Plan 7
Avant-propos 9
Introduction 11
Première partie : ~néraliUs sur le drainage des eaux pluviales en Afrique de l'ouest 15
Conclusions 283
Bibliographie 287
Annexes.........................................................•..................•....................•.....................................313
Plan 7
La réalisation de cette étude a fait l'objet d'une convention passée entre:
8
AVANT-PROPOS
C'est au terme de mon affectation à Niamey, en 1985, que je me suis engagé dans la voie de l'hydrologie
urbaine. Cette orientation particulière, au sein d'un organisme plus traditionnellement porté sur les
problèmes du monde rural, ne s'explique pas autrement que par un concours de circonstances : en
colJaboration avec le Laboratoire d'Hydrologie Mathématique de l'Université de Montpellier et le Comité
Interafricain d'Etudes Hydrauliques, l'ORSTOM souhaitait entreprendre la synthèse des mesures de
ruissellement recueillies en milieu urbain africain vers la fm des années 70. Cette tâche me fut confiée, et les
travaux présentés dans cette étude, réalisée à Montpellier de 1986 à 1989, s'inscrivent dans le cadre de la
convention passée entre les trois organismes.
J'avoue encore préférer les charmes bucoliques d'une paisible rivière à ceux (?) d'un collecteur de
ruissellement urbain. C'est cependant un milieu particulièrement riche et varié qu'il m'a été donné de
découvrir, tant sur le plan technique de l'hydrologie que sur le plan plus vaste des multiples disciplines
impliquées dans la résolution des problèmes urbains. Loin de me décourager, cette étude renforce au
contraire mon intérêt pour ces problèmes, et la preuve en est ma prochaine affectation à Mexico.
Je tiens ici à remercier les personnes qui m'ont suivi, encouragé et assisté dans la réalisation de ces travaux.
Mes remerciements vont en premier lieu aux membres du jury :
Je leur suis sincérement reconnaissant de m'avoir fait profité de leur expérience et de leurs précieux
conseils, qui m'ont fait regretter de ne pas leur avoir présenté ces travaux de façon plus continue. C'est là
l'un des enseignements, et non des moindres, de cette thèse.
Tout d'abord, l'ensemble des chercheurs et des techniciens qui ont réalisés, dans des conditions
particulièrement difficiles, les mesures de ruissellement sur les bassins expérimentaux étudiés: A. Afouda,
Avant-propos 9
G. Alé, Y. Borel, A. Casenave, P. Chevallier, G. Dubée, J. Etienne, R. Gathelier, A. Gioda, N. Guiguen,
P. Haran, M. Hoepffner, J. Hoorelbeck, J.M. Lapetite, L. Le Barbé, A. Mahieux, B. Millet, Y. Moyon, Y.
Pepin, F. Sakly, D. Sighomnou, J.P. Thiébaux, L. Vodji, [Link]é. Parmi eux, je souhaite plus
particulièrement rendre hommage à Luc Le Barbé, qui a jeté les bases théoriques sur lesquelles je me suis
appuyé pour la modélisation du ruissellement.
L'ensemble des hydrologues, qui ont assuré la réalisation des mesures de ruissellement sur parcelles à l'aide
du simulateur de pluie : M. Berthelot, J.M. Delfieu, R. Gathelier, A. Gioda, P. Maillac, L. Seguis,
A. Smaoui. Jean Louis Janeau a apporté son point de vue de pédologue à ces mesures.
Ces campagnes de mesures ont pu se dérouler dans les meilleures conditions grâce à la bienveillance des
responsables hydrologues locaux: Bernard Billon à Niamey, Jean-Marie Lamachère à Ouagadougou, Alain
Casenave à Lomé et Pierre Chevallier à Adiopodoumé. Je les en remercie également.
Bernard Thébé est le principal artisan du dépouillement des coefficients d'occupation des sols par sondage
statistique. Ses conseils ont été précieux pour affiner cette méthodologie.
Gilbert Jaccon, responsable du Laboratoire d'Hydrologie de Montpellier, a bien voulu m'accueillir et mettre
à ma disposition les puissants moyens du laboratoire. A lui comme à ses prédécesseurs, MM. Moniod et
Pouyaud, qui sont maintenant mes responsables scientifiques au titre de l'unité de recherche et du
département, je tiens à exprimer ma profonde reconnaissance: je leur sais gré du temps qu'ils m'ont laissé
pour me familiariser avec le milieu urbain et avec les problèmes de l'hydrologie, dans un environnement
humain et technique particulièrement riche. J'adresse mes remerciements à toute l'équipe du Laboratoire
d'Hydrologie, et plus particulièrement à J.F. Boyer, J. Caner, J.P. Debuiche, C. Dieulin, Y. L'Hote,
J.c. Marcourel, P. Raous, J. Razanamiadana, N. Rouché, [Link].
Les conseils et les questions de Pierre Ribstein, animé de préoccupations voisines des miennes, ont été
autant d'éléments déterminants dans la progression de ce travail. Je dois également beaucoup à Thierry
Lebel et François Delclaux, pour le dynamisme dont ils font preuve dans le développement des outils
informatiques. L'encouragement amical de Jean-Marie Fritsch m'a été des plus bénéfiques. Tout aussi
appréciables furent les échanges développés au contact de J. Albergel, P. Chevallier, M. Hoepffner et
E. Servat.
Enfin, le soutien affectif que m'ont apporté Natalie, Victor et l'ensemble de mes proches constitue sans nul
doute la contribution essentielle à la réalisation de cette thèse: le temps que je lui ai consacrée m'a parfois
éloigné d'eux, et je ne peux faire moins que leur dédier cet ouvrage.
Avant-propos 10
INTRODUCfION GENERALE
Les travaux présentés dans le cadre de cette thèse sont consacrés aux problèmes du drainage des eaux
pluviales dans les villes d'Afrique de l'Ouest, et sont plus particulièrement orientés vers la connaissance des
mécanismes hydrologiques nécessaire au dimensionne ment des ouvrages.
Cette connaissance ne peut être exhaustive: il serait probablement irréaliste de s'attacher à décrire de façon
absolue dans le temps et dans l'espace les mécanismes du ruissellement pluvial. La connaissance visée ne
représente généralement qu'une approche schématique, convenant à la résolution de problèmes particuliers
au moyen de modèles appropriés.
Les ouvrages de drainage pluvial constituent l'Un de ces problèmes, et leur dimensionnement s'appuie sur la
modélisation de la transformation de la pluie en débit. Ces ouvrages se fondent sur des conceptions
d'aménagement diverses, dont les principales actuellement en vigueur sont basées respectivement sur
l'évacuation rapide et sur la rétention partielle de l'écoulement. Chacune de ces conceptions met en jeu des
caractéristiques d'écoulement distinctes, et conduit à des modèles de ruissellement également distincts.
Ces conceptions sont elles-mêmes déterminées par le contexte plus général de l'ensemble des problèmes du
développement urbain. Le drainage des eaux pluviales y figure au même titre que le traitement des eaux
usées, l'alimentation en eau potable, la santé et le confort des habitants, le transport et la circulation, les
problèmes d'équipements divers tels que électricité, téléphone etc...Ces problèmes ne peuvent être
considérés dans leur ensemble de façon indépendante. Certains sont directement reliés par leurs aspects
techniques (réseaux d'assainissement des eaux usées et de drainage des eaux pluviales par exemple).
D'autres sont liés par des impératifs d'ordre socio-économique, fixant les priorités respectives de chacun de
ces problèmes : doit-on développer en priorité les réseaux de drainage des eaux pluviales, ou les
raccordements privés au réseau de distribution d'eau, ou encore les branchements téléphoniques ou
électriques?
La réponse à ce genre de question est évidemment très complexe et suppose que l'on puisse établir des
fonctions d'objectifs précises, destinées à quantifier les besoins des usagers et les contraintes représentées
par ces équipements, pour établir une planification globale du développement urbain.
Sans approfondir ce qui dépasse largement le cadre de celte thèse, nous voulons cependant souligner qu'une
réflexion portant sur l'adéquation des modèles hydrologiques de ruissellement pluvial ne peut être dissociée
d'une réflexion plus générale sur la fonction et la perception du drainage des eaux pluviales en milieu
urbain.
Introduction générale 11
Cette démarche est actuellement suivie dans les pays industrialisés, comptant maintenant une communauté
scientifique importante en hydrologie urbaine, et une production non moins importante d'études et de
travaux sur le sujet. Elle correspond à une préoccupation croissante relative à la protection de
l'environnement, et confère désormais au drainage des eaux pluviales un aspect structurant du
développement de l'urbanisation.
Dans les pays en voie de développement, et plus particulièrement en Afrique de l'Ouest, le drainage des
eaux pluviales ne constitue pas une priorité affirmée. Pour cette raison parmi d'autres, il n'existe que très
peu d'études synthétiques portant sur ce thème, et les ouvrages techniques réalisés résultent de la
transposition directe d'un savoir faire éprouvé dans les pays industrialisés, donnant la plupart du temps des
résultats décevants.
Or, si l'on considère la dynamique actuelle de l'extension des villes africaines, on peut s'interroger sur les
conséquences d'une telle lacune, non seulement en matière de protection contre les inondations, mais aussi
sur l'ensemble des problèmes liés à l'eau dans la ville de manière plus générale. Il semble donc opportun
d'analyser plus profondément les causes d'échec et les perspectives encore ouvertes aux systèmes actuels de
drainage des eaux pluviales, en tenant compte des spécificités du milieu urbain africain.
Les travaux: présentés dans cette étude ont cette ambition. Ils s'articulent autour de trois parties distinctes:
après avoir précisé les caractéristiques démographiques des villes africaines, la première partie
traite des aspects techniques des aménagements et des modèles, et de leur adéquation au
milieu urbain africain. Nous examinerons les possibilités d'évolution de ces aménagements
dans les perspectives du développement de l'urbanisation des villes africaines. Puis, nous
préciserons les directions vers lesquelles doivent être développés les modèles de ruissellement
pour être utilisés de façon opérationnelle pour le dirnensionnement des ouvrages;
la deuxième partie rassemble l'ensemble des données acquises en milieu urbain à l'occasion de
cette étude. Nous décrirons d'abord les données hydro-pluviométriques, et souligneront la
difficulté des mesures expérimentales en milieu urbain. Nous présenterons ensuite les études
réalisées pour caractériser le ruissellement des surfaces naturelles, dont la contribution au
ruissellement est potentiellement beaucoup plus importante dans les villes d'Afrique de
l'Ouest que dans les villes des pays industrialisés. Nous décrirons enfin les types d'urbanisation
et d'occupation des sols rencontrés sur les bassins étudiés;
la troisième partie porte sur la mise au point des modèles que nous avons choisis pour
représenter les écoulements en milieu urbain africain. Nous chercherons d'abord à savoir
Introduction générale 12
des différents modèles choisis, et essaierons, pour les meiUeurs d'entre eux, de préciser leur
mode d'utilisation pour des bassins non jaugés.
Introduction générale 13
PREMIERE PARTIE:
Première partie 15
ANNEXE
CONTRIBUTION A L'ErUDE
Le milieu urbain représente par définition une concentration d'activités et de populations, dont l'importance
conditionne la complexité des divers équipements à mettre en oeuvre. En matière de drainage des eaux
pluviales, tout comme dans de nombreux domaines, les problèmes et les pratiques sont souvent déterminés
par la dimension de l'agglomération, et diffèrent considérablement d'une ville comprenant quelques milliers
d'habitants à une mégalopole en comptant plusieurs millions.
C'est pourquoi nous avons voulu, avant d'évoquer les problèmes propres au drainage des eaux pluviales,
présenter les caractéristiques générales de la démographie des villes d'Afrique de l'Ouest.
Bien que relativement récent en Afrique de l'Ouest, le phénomène d'urbanisation connait actuellement un
développement très rapide, alimenté par une grave crise économique et par la persistance de la sécheresse.
Les rapports de croissance démographique de la population urbaine des différentes régions du monde entre
1970 et 2000 , établis par l'UNESCO et cités par Desbordes et Servat (1986), sont indiqués dans le
tableau 1-1 :
D'après ces chiffres, la population des villes africaines devraient quadrupler entre 1970 et 2000, ce qui
correspond à un taux d'accroissement annuel de 5% .
Cependant, même si la population urbaine reste globalement minoritaire, il faut tenir compte de ce que les
taux d'accroissement les plus importants sont observés pour les plus grandes villes. Ainsi, l'Afrique
subsaharienne comptera 60 villes de plus de 500.000 habitants en l'an 2000, selon les sources de l'ONU
citées par la Banque Mondiale.
La rapidité de l'augmentation des populations et des superficies occupées justifient la mise en place de
schémas d'urbanisme particulièrement cohérents et évolutifs. En outre, le développement incontrôlé de
l'urbanisation, phénomène qui se manifeste peu dans les pays industrialisés, nécessite que soient prises en
compte dans l'établissement de ces schémas les spécificités du milieu. L'objet de cette première partie
consiste à dégager quelques recommandations allant dans ce sens, concernant les aménagements et les
modèles correspondants.
INTRODUCTION:
Nous traiterons dans ce chapitre la question des aménagements utilisés actuellement en Afrique de l'Ouest
pour le drainage des eaux pluviales. Après les avoir décrits rapidement, nous verrons quels sont les
principaux problèmes qu'ils rencontrent, et quelles sont les perspectives qui leur sont ouvertes.
1.1.1 La conception actuelle des ouvrages de drainage des eaux pluviales dans les
villes d'Afrique de l'Ouest
Dans la totalité des villes d'Afrique de l'Ouest, l'hygiène et l'élimination des nuisances liées à l'eau sont à
l'origine du concept actuel des ouvrages de drainage, basé sur l'évacuation rapide des écoulements.
Cette conception correspond à celle qui prévalait jusque dans les années 70-80 dans les pays industrialisés, et
a la plupart du temps été transposée directement dans les pays africains, historiquement liés politiquement,
économiquement et techniquement à l'Europe en particulier.
Elle conduit à construire des ouvrages organisés sous formes de réseaux convergeant vers l'exutoire. Les
ramilications des réseaux sont, en termes d'aménagement, hiérarchisées à 3 niveaux :
tertiaire, pour les ouvrages assurant le drainage des bâtiments ou des pâtés de maison,
YOPOUGON-Bassl nO
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NIAM Y - Bassi n n 9 5
LOME - Ba~ ~ ~n n Q}
20 Cha pitre l
Première 1 ru e
secondaire, à l'échelle d'un quartier,
primaire, pour les principaux collecteurs qui recueillent les écoulements à l'échelle d'un bassin
de plusieurs dizaines, voire centaines, d'hectares.
Les types d'ouvrages réalisés dépendent principalement de leur modernité et des ressources financières des
villes concernées. Leurs caractéristiques présentent les variantes suivantes:
La plupart des ouvrages datent de la colonisation et sont constitués par des collecteurs à ciel ouvert. Les
équipements les plus modernes sont davantage orientés vers le drainage souterrain. L'orientation des
collecteurs est généralement calquée sur celle des voiries. Pour la quasi-totalité des villes, les réseaux ont été
construits à l'origine pour l'évacuation des eaux pluviales, et reçoivent également les rejets d'eaux usées
(réseaux unitaires).
Le lecteur intéressé par les caractéristiques des aménagements en Afrique de l'Ouest en trouvera une
description plus détaillée dans les rapports réalisés par le BCEOM (1984) et le BETURE-SETAM (1985).
Si le choix du concept hygiéniste est a priori raisonnable dans une région où persistent de nombreuses
maladies liées à la présence de l'eau, le fonctionnement des réseaux est soumis à des contraintes qui sont à
l'origine des problèmes rencontrés actuellement.
Les averses tropicales présentent des intensités beaucoup plus élevées que celles des pays à climat tempéré.
Le tableau 1-3 compare les intensités maximales de pluie obtenues sur des durées de 5, 15 et 30 minutes,
pour des périodes de retour de 2 ans.
15 115 130
mm/h mm/h mm/h
Montpellier 126 69 48
Paris 82 41 27
Pour évacuer les écoulements correspondants à ces averses, les dimensions des ouvrages de drainage
devraient donc être en Afrique de l'Ouest plus importantes que dans les pays tempérés, toutes choses égales
par ailleurs.
A titre indicatif, nous avons calculé, à l'aide de la formule de Caquot (1), les valeurs décennales des débits
de pointe à évacuer pour deux bassins identiques, l'un situé à Paris et l'autre à Abidjan, de superficies et de
pentes respectivement égales à 100 hectares et 1%. Nous avons successivement fixé les coefficients
d'imperméabilité des sols à 30% et 60% .
Les valeurs des débits décennaux obtenus sont indiquées en m3/s dans le tableau 1-4 :
Paris Abidjan
avec p pente du bassin en rn/m, A superficie en ha, C coefficient d'imperméabilisation en rapport, 010
débit de pointe décennal en m 3/s
Le milieu urbain étant caractérisé par une évolution profonde et rapide, il convient de réfléchir sur les
possibilités d'adaptation des ouvrages aux situations nouvelles. Dans ce contexte, il faut noter que la
conception linéaire du drainage conduit à des aménagements totalement figés, qui exigent pratiquement
d'être agrandis, voire remplacés, pour une capacité d'évacuation supérieure. Il est donc très important de
tenir compte de l'évolution du paysage urbain pendant la durée de fonctionnement prévue de l'ouvrage. Il
est certes difficile de prévoir exactement les formes que prendra le développement de l'urbanisation en
Afrique de l'Ouest, mais on peut distinguer 2 tendances principales:
les zones périphériques présentent un tissu urbain encore très lâche et une occupation des sols
inférieure à 30%, et connaîtront dans les prochaines années une imperméabilisation croissant
à un rythme au moins comparable à celui de la démographie
les zones centrales des agglomérations sont le plus souvent des zones d'urbanisation denses, à
développement modéré. Ces zones sont cependant souvent situées pour des raisons historiques
près de l'exutoire, et doivent supporter l'accroissement de ruissellement provenant de la
périphérie.
Ainsi, si l'on considère un ouvrage réalisé pour fonctionner pendant 10 ans (ce qui est particulièrement
court pour cc type d'ouvrage) sur un bassin urbanisé à 30%, il est préférable de le calibrer pour une
configuration urbaine présentant une urbanisation de l'ordre de 45% (5% d'accroissement moyen annuel)
en zone tropicale, et de 33% (1,2 % d'accroissement moyen annuel) en zone tempérée.
Ces chiffres, malgré leur caractère approximatif, illustrent le fait que pour fonctionner correctement
pendant la même durée qu'en zone tempérée, la taille des ouvrages doit être initialement plus importante en
zone tropicale. C'est donc là, en plus de l'influence des précipitations, une cause supplémentaire exigeant le
surdimensionnement des ouvrages classiques.
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[Link] Contraintes liées au transport solide
Le fonctionnement hydraulique des ouvrages est très souvent perturbé par un comblement progressif dû aux
dépôts solides de toutes sortes. Dans une certaine mesure, ces dépôts sont constitués par le rejet d'ordures
ménagères ou d'objets encombrants (pneus, matelas, carcasses métalliques ...) dans les collecteurs à ciel
ouvert (photos 4 et 5). Ces pratiques demandent à ce que soient développées non seulement des techniques
d'entretien appropriées, mais aussi des actions portant sur la sensibilisation des usagers au fonctionnement
des réseaux. Du point de vue de l'aménagement, les réseaux enterrés constituent également un bon moyen
de limiter le rejet des objets encombrants.
Ceci étant dit, la pente, souvent faible, et l'abondance des surfaces naturelles sur les bassins urbains
africains, favorisent l'atterrissement et la sédimentation des particules fines dans les ouvrages (photo 6). Le
BETURE-SETAME (1985) cite des valeurs de vitesse minimales de 0,60 mis au dessous desquelles il ya
risque de dépôt et de sédimentation. Cette contrainte fixe une limite supérieure aux dimensions des
collecteurs. Pour les raisons que nous avons évoquées précédemment, cette limite est en fait fréquemment
non dépassée, et il n'est pas rare d'observer une sédimentation importante dans les plus gros collecteurs. La
construction de gros ouvrages, nécessaires à l'évacuation des débits particulièrement importants en zone
tropicale, peut donc avoir des effets contraires à ceux attendus, et pose de cette façon un problème
technique que l'on peut difficilement résoudre avec les aménagements classiques autrement que par une
intensification de l'entretien des réseaux.
1.1.3 Le coût du drainage des eaux pluviales dans les villes d'Afrique de l'Ouest
Les différents points évoqués précédemment insistent sur quelques contraintes de fonctionnement des
ouvrages classiques dans l'environnement physico-c1imatique des villes africaines. A caractéristiques de
bassins et à période de retour égales, ces ouvrages présentent dans les villes africaines des dimensions plus
importantes, une durée de fonctionnalité plus courte et des contraintes d'entretien plus lourdes que dans les
villes des pays industrialisés.
Sans en dresser une liste exhaustive, ces aspects illustrent assez bien les problèmes de fonctionnement des
ouvrages dus à une transposition directe de techniques éprouvées dans les pays industrialisés. Si le concept
hygiéniste du drainage des eaux pluviales trouve pleinement sa justification en Afrique de l'Ouest, où l'eau
est un milieu particulièrement propice aux développements de foyers infectieux, il ne faut pas perdre de vue
que ce concept conduit à des aménagements dont les coûts d'investissement et de maintenance sont
particulièrement lourds à supporter, ce qui conduit le plus souvent à les ignorer.
Dans le cas général, les dépenses à engager pour le drainage des eaux pluviales sont incompatibles avec la
part de budget disponible et les priorités fixées pour les autres aménagements urbains. Actuellement, la
plupart des grandes villes africaines ont dépassé leur taille critique, du point de vue du drainage classique, et
se trouvent dans une impasse:
soit accepter globalement un niveau de protection inférieur, en calibrant les ouvrages à partir
de fréquences plus faibles que celles utilisées actuellement pour ramener leurs dimensions à
une taille abordable,
soit procéder de façon différentielle à des aménagements destinés à protéger plus ou moins
certaines zones, en fonction de leur intérêt économique ou social.
Les problèmes posés par ces stratégies ne peuvent être négligés. La fréquence des dégâts occasionnés par le
ruissellement pluvial urbain est à la mesure du rythme de la croissance urbaine en Afrique. Ce n'est sans
doute pas un hasard qu'une ville comme Djibouti ait été sinistrée à 70 % (voir figure 1-1) après un
événement pluvieux dont la fréquence n'est peut-être pas aussi rare qu'on pourrait le croire. On peut
s'attendre dans les prochaines années à la répétition de catastrophes de ce genre, et, pour résoudre le
problème, peut-on encore penser qu'il suffit de remonter son pantalon et d'attendre que tout sèche au
soleil? Les villes africaines, qui ont cessé d'être des gros villages, ne s'accommodent plus guère de cette
philosophie.
Quelles sont, dès lors, les voies à explorer pour sortir de l'impasse ? C'est la question à laquelle le
paragraphe suivant essaie de répondre.
Afrique
DJIBOUI'I: 8 morts et 150000 sans-abri
Fig-1-1
Le paragraphe précédent souligne les limites actuelles des ouvrages de drainage basés sur le concept
hygiéniste de l'évacuation rapide. L'accroissement démographique prévu dans les villes africaines revêt dans
ce contexte une importance accrue, et il convient d'en étudier sans tarder les conséquences. Dans ces
perspectives, les solutions à proposer doivent porter sur plusieurs niveaux de prise en compte des problèmes
urbains:
tout d'abord, et à brève échéance, il importe de répondre à des demandes exprimées de façon
de plus en plus fréquente en matière d'aménagements ponctuels, adaptés aux conditions socio-
économiques locales;
parallèlement, et sans doute à plus longue échéance, il convient d'analyser les interactions du
drainage des eaux pluviales avec l'ensemble des problèmes urbains. Du point de vue de la
gestion de la ressource en eau d'abord, l'alimentation en eau potable ou domestique,
l'alimentation-exploitation-pollution de la nappe, la pollution du milieu récepteur et le
traitement des eaux usées sont autant de domaines à prendre en compte pour définir les
systèmes de drainage. Sur un plan plus général ensuite, la nature et la localisation de
l'urbanisation comporte également des implications réciproques sur les possibilités de
drainage des eaux pluviales.
C'est à ces différents niveaux que nous nous placerons pour évoquer ce que l'on peut attendre d'une
approche différente du drainage des eaux pluviales.
Les villes des pays industrialisés se sont progressivement tournées, depuis les années 70, vers le concept de
rétention de l'écoulement pluvial. Cette évolution a été dictée par le mode de développement de ces villes,
et l'impossibilité des systèmes classiques de maintenir un niveau de protection équivalent, pour des raisons
aussi bien économiques que techniques. L'intérêt des ouvrages basés sur la rétention ou le retardement de
l'écoulement réside d'une part dans le fait qu'ils atténuent les débits à évacuer et d'autre part qu'ils peuvent
être insérés ponctuellement dans les réseaux classiques déjà existants. Ils conduisent ainsi à une diminution
Les techniques dites "alternatives" correspondant à cette conception du drainage ont fait l'objet de
nombreux rapports et publications: on en trouvera un échantillon représentatif dans les compte-rendus des
principales conférences consacrées à l'hydrologie urbaine (IAHR, 1984), (IAHR,1987), (UNESCO,1988).
Nous en résumons l'essentiel dans ce qui suit.
Les aménagements sont principalement basés sur le stockage et l'infiltration d'une partie de l'écoulement:
le ruissellement des voiries (trottoirs, routes, parkings, etc..) peut être diminué par l'utilisation
de matériaux poreux, ou de pavés étudiés à cet effet;
dans le réseau, la présence de retenues artificielles atténue la violence des débits de pointe de
crue; ces retenues peuvent être utilisées en dehors des épisodes pluvieux, à des fms ludiques
(terrains de tennis, de football, espaces de loisirs);
D'autres techniques consistent à ralentir simplement la vitesse de l'écoulement, en disposant les collecteurs
en biais par rapport aux lignes de plus grande pente.
Enfin, les techniques les plus élaborées traitent en temps réel le drainage des eaux pluviales, en disposant
d'un réseau de capteurs de précipitations télétransmis, et de la possibilité d'intervenir sur le remplissage et
la vidange d'un système de bassins de rétention. Cette dernière technique permet d'exploiter au maximum la
flexibilité des systèmes.
En Afrique de l'Ouest, il n'existe malheureusement que très peu de réalisations portant sur
l'expérimentation de ces divers systèmes. Le séminaire organisé en 1985 par le CIEH autour des problèmes
de conception des projets d'assainissement et de dimensionnement des ouvrages reste à ce jour le document
le plus complet résumant les diverses propositions d'aménagements alternatifs en Afrique.
Heberling (1985) Y souligne l'influence de la disposition des collecteurs par rapport aux lignes de plus
grande pente sur l'importance des débits à évacuer. Il propose d'en tenir compte pour dessiner l'extension
future des agglomérations, et donne un exemple de schéma directeur pour la ville de Tahoua, ville
Bassins de retenue
ou d'infiltration à
l'échelle de la
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ou d'infiltration à
l'échelle du quartier
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Chapitre 1
Première partie 30
secondaire du Niger comptant environ 50.000 habitants.
Herz (1985) imagine différents systèmes de rétention et d'infiltration des eaux pluviales en zone d'habitat
traditionnel africain (figures 1·2 et 1-3). Il évoque également la possibilité de purifier les eaux stagnantes par
introduction de plantes aquatiques dans les bassins de rétention de plus grande taille.
Maikibi (1985) préconise d'utiliser les voiries comme systèmes de drainage. Il propose de mettre en place à
cet effet des rues pavées susceptibles de mieux résister à l'érosion du ruissellement. Ce matériau a
également pour avantage d'être fabriqué sur place pour un coût avantageux. Le système a effectivement été
expérimenté à Taboua.
Le thème des aménagements alternatifs est également traité par Knaebel et al.(1986) dans un ouvrage
intitulé "Oue faire des villes sans égouts T', L'alternative y dépasse d'ailleurs le simple aspect technique des
aménagements, et étend sa signification jusqu'à la prise en charge et la gestion de ces aménagements par les
collectivités locales, suppléant ainsi les administrations centrales. Knaebel cite un exemple de contrôle du
ruissellement pluvial par la population du quartier de Kisenso, à Kinshasa, basée sur la rétention des eaux
en provenance des toitures et sur le développement de la végétation pour favoriser l'infiltration et diminuer
l'érosion du sol.
Ces quelques exemples illustrent les possibilités que l'on peut mettre en oeuvre à brève échéance pour
.répondre aux besoins particuliers des villes africaines. Les ouvrages ou méthodes ainsi proposés ne sont pas
cependant sans inconvénient, et leurs auteurs sont les premiers à en convenir. Le problème du traitement
des eaux stagnantes doit par exemple être étudié avec un soin particulier. Ils n'en constituent pas moins le
point de départ d'une stratégie sans doute mieux adaptée aux spécificités du phénomène urbain africain, et
ouvre à ce titre une voie de recherche et d'aménagement importante qu'on souhaiterait voir se développer
dans les prochaines années.
Au delà des systèmes ponctuels que nous avons évoqués dans le paragraphe précédent, l'introduction
d'ouvrages basés sur la rétention de l'écoulement doit s'inscrire dans le cadre plus large de la gestion de la
ressource en eau. En Afrique Tropicale, où la ressource est souvent peu abondante, il n'est pas mauvais de
rappeler que toutes les techniques permettant une meilleure exploitation de la ressource doivent être
considérées avec le plus grand intérêt.
Eaux usées
1
'-------------------------> Milieu
récepteur
un milieu d'origine, représentant la potentialité d'alimentation en eau. Suivant les cas, il s'agit
d'un fleuve, d'un lac ou d'un réservoir de barrage, ou bien d'une nappe,
un système d'adduction en eau potable et en eau domestique par écoulement gravitaire ou par
pompage,
un système d'évacuation des eaux pluviales et des eaux usées, séparatif ou unitaire,
un milieu récepteur, vers lequel sont acheminées les eaux pluviales et les eaux usées. Suivant
les cas, il s'agit d'un fleuve, d'un lac ou d'un réservoir de barrage, d'une lagune ou de la mer,
à Niamey, des difficultés d'alimentation se sont produites lors des étiages "historiques" du
Niger en 1984 et 1985.
à Abidjan, à la même époque, l'insuffisance des retenues de barrages n'a pas permis d'assurer
la distribution régulière de l'eau et de l'électricité pendant plusieurs mois.
à Ouagadougou, les réservoirs des 3 barrages situés à proximité de la ville sont les exutoires
des eaux pluviales et des eaux usées. Ils connaissent actuellement de graves problèmes de
pollution et assurent de plus en plus difficilement une partie de l'alimentation en eau de la
ville.
Pour les deux premiers exemples, il est certain que la persistance de la sécheresse actuelle joue un rôle
important dans les perturbations observées. Mais, d'une façon générale, la diminution de la ressource locale
est étroitement liée au développement de la population et de l'urbanisation, et s'explique par :
Les conséquences de cette évolution se traduisent par la nécessité d'aller chercher "plus d'eau plus loin", et
entraînent une augmentation des coûts de l'exploitation et de l'adduction de la ressource. Certaines villes
ont déjà mis en place des réseaux d'adduction d'eau provenant de plusieurs dizaines, voire centaines, de
kilomètres (Dakar et le lac de Guiers), mobilisant la plus grande partie du budget consacré aux problèmes
de l'eau.
Dans ce contexte, les ouvrages de rétention de l'écoulement que l'on peut proposer pour résoudre les
problèmes de drainage trouvent des prolongements intéressants:
Par ces pratiques, la réutilisation de la ressource en eau conduirait à diminuer non seulement les coûts des
réseaux de drainage, mais aussi ceux, encore plus lourds, des systèmes d'adduction et d'alimentation en eau.
En récupérant les eaux pluviales, les habitants eux-mêmes bénéficieraient d'un abaissement de leurs
dépenses consacrées à leurs besoins en eau.
Le problème qui reste posé concerne la salubrité de ces ouvrages et la protection de la santé des habitants, à
des échelles ponctuelle et globale. Il est évident que la faisabilité d'un tel système nécessite de développer
une importante infrastructure destinée à assurer le traitement des eaux stockées ou infiltrées, L'aspect
économique du problème revient à savoir si les économies escomptées sur les équipements de drainage et
d'adduction permettent de réserver les crédits nécessaires pour mettre en place cette infrastructure. Dans
l'affirmative, la conception du drainage associée à la réutilisation de la ressource conduirait, à niveau
d'investissement égal pour l'ensemble des problèmes liés à l'eau, à un résultat global nettement plus
satisfaisant.
Les réflexions que nous avons développées dans ce paragraphe constitue un exemple d'approche de
l'assainissement, intégré à l'ensemble des problèmes de l'eau dans la ville. Il faut aller plus loin encore, et
considérer réellement l'assainissement comme un élément structurant de l'urbanisation, au même titre que
. l'environnement sanitaire, socio-économique et les autres infrastructures urbaines. Sans prétendre que
l'assainissement potentiel d'une zone doive déterminer son développement futur, il conviendrait néanmoins
de prendre en compte ce facteur parmi les informations permettant d'établir, au stade du projet, le schéma
directeur le plus adéquat.
Dans les villes d'Afrique de l'Ouest, la gestion actuelle des problèmes de l'eau dans la ville ne permet pas de
satisfaire l'ensemble des besoins exprimés par les pouvoirs publics ou les collectivités locales. En particulier,
le drainage des eaux pluviales ne dispose pas de moyens suffisants pour garantir une protection efficace
contre les inondations et les risques sanitaires qu'elles comportent.
des budgets limités, consacrés en priorité au développement des réseaux d'adduction d'eau.
Dans la situation actuelle, et plus encore dans la perspective d'un taux d'accroissement démographique
exceptionnellement élevé, cette gestion conduit à des risques importants, représentés par divers dommages
économiques et sanitaires.
. Les limites des aménagements basés sur l'évacuation rapide des écoulements doivent conduire à réfléchir
sur les performances des techniques dites "alternatives", basées notamment sur la rétention de l'écoulement.
Les aménagements dérivant de cette conception comportent théoriquement plusieurs avantages:
en matière de protection contre les inondations, ils peuvent être insérés ponctuellement dans
les réseaux classiques de façon à diminuer la charge de ces réseaux,
en matière d'alimentation en eau, ils peuvent conduire à une diminution de la demande en eau
domestique et une augmentation quantitative de la ressource locale, susceptible d'abaisser les
coûts d'adduction.
Ces systèmes exigent cependant des développements importants dans le domaine du traitement des eaux
stockées ou infiltrées. Ces développements semblent toutefois nécessaires à terme, quelle que soit la
conception choisie en matière de drainage des eaux pluviales, pour garantir la salubrité et la conservation du
milieu.
Les coûts d'investissement requis par des politiques de l'eau basées sur les schémas d'évacuation rapide ou
retardée des eaux pluviales doivent donc être soigneusement étudiés, en sachant que le second offre a priori
des niveaux de satisfaction nettement supérieurs.
De façon générale, dans une région aussi vaste que l'Afrique de l'Ouest, les problèmes posés sont aussi
divers que le sont les caractéristiques géographiques, économiques et humaines. Comme le remarque
Knaebel, la diversité des problèmes appelle la diversité des solutions.
Par ailleurs, sur le plan technique, les expérimentations d'ouvrages alternatifs en Afrique de l'Ouest sont
peu nombreuses et font cruellement défaut. Il est donc difficile de se prononcer sur l'efficacité réelle de ces
ouvrages en Afrique de l'Ouest. Ouelques enseignements peuvent être tirés des expériences, maintenant
relativement nombreuses, effectuées dans les pays industrialisés, qui ont infléchi leur politique de l'eau dans
ce sens depuis le milieu des années 70. L'essentiel des recherches reste cependant à entreprendre "in situ", et
doit porter par exemple sur: