Filière : Etudes françaises
Module : Introduction à l’interculturel (S2)
Etablissement : FPE
Pr: J. ROUCHDI
-L’interculturel, cadre conceptuel:
-Il s’agit d’une mise en relation d’au moins deux cultures en vue de créer un espace
commun d’échange et de dialogue, pour des raisons dictées, entre autres, par des
conditions et des pratiques sociales;
-Le préfixe « inter » de par sa spécificité exprimant la réciprocité ou encore une action
mutuelle, permet d’établir un lien avec la(les) cultures dans le but d’étudier les
phénomènes qui résultent d’une rencontre (mise en relation d’une intériorité et d’une
extériorité, il s’agit d’un espace discursif);
-A travers l’interculturel, il est question de cultures qui interagissent pour se compléter
mutuellement et partant pour coexister (un potentiel enrichissant);
-L’interculturel jette la lumière sur la question des frontières identitaires et les
différences comme possibilités d’échange en vue de mieux se comprendre pour
cohabiter (voyage, traduction, mass-médias, commerce, etc);
-Le préfixe « inter » de par sa spécificité exprimant la réciprocité ou encore une action
mutuelle, permet d’établir un lien avec la(les) culture(s) dans le but d’étudier les
phénomènes qui résultent de cette rencontre (zone de partage d’expériences, de
connaissance, pour Bhabha, c’est un tiers espace) ;
-L’interculturation est un processus dynamique de mise en relation des cultures dans
toute sa complexité problématique (il s’agit d’un enrichissement mutuel qui s’opère
à travers l’espace-temps et l’histoire et qui se produit et « se reproduit » dans un
cadre psychique et/ou matériel;
-Si l’interculturel et l’interculturation créent continûment des dynamiques d’échanges
entre les cultures, le multiculturalisme en est un état de fait;
-S’agissant de la culture, celle-ci comprend plusieurs éléments: mœurs, traditions, normes,
croyances, conduite sociale, valeurs, gastronomie, etc. Pour Taylor: elle est «
l’ensemble des habitudes acquises par l’homme en société. »
-La mise en relation des cultures (va-et-vient) génère la capacité de se décentrer pour
aller à la rencontre de l’autre (la différence) d’où la perméabilité des frontières
culturelles (interaction réciproque, rapport dialogique, discursif,
connaissance/reconnaissance, mobilité intellectuelle, …)
-L’interculturel est aussi la mise en relation des expériences de vie en vue de s’enrichir
mutuellement, d’amortir les chocs, de s’entendre, de mettre en dialogue les
mémoires, les identités, les différences, l’histoire, pour observer, décrire ou encore
analyser de tout près les spécificités culturelles de l’autre. Aux yeux de Jacques
Demorgon, l’interculturel est l’espace d’une perlaboration interdisciplinaire;
-L’interculturel nous ouvre sur trois dimensions: « le particulier, le général et le
singulier»(Demorgon)
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-La pluriculturalité est un concept utilisé pour caractériser la diversité culturelle d’une
région, d’une zone géographique, d’un pays,…;
-L’identité culturelle émane de la relation entre l’individu et la société d’autant que le
comportement humain est fondamentalement social ;
-L’identité ethnique concerne le sentiment des individus d’appartenir à un groupe ethnique
ayant un caractère unique et une culture distinctive partagée ;
-L’interculturel comme processus en construction :
-L’interculturel est un processus de construction sociale, il représente un défi dans la
société moderne à l’ère de la globalisation (interaction entre plusieurs cultures, le
moment interculturel se base sur trois dimensions: logique, historique et
sociologique);
-Il permet de mettre un focus spécial sur le foisonnement culturel du monde et sur les
droits des minorités pour plus de cohésion sociale (reconnaissance de la diversité
culturelle, éducation interculturelle, la coopération) dans le but d’une compréhension
et d’un respect mutuels;
-Consolidation de l’unité nationale: accorder des droits aux peuples indigènes, égalité,
respect des différences, l’enseignement bilingues ou plurilingues, cohabitation,
développement durable, promouvoir la culture du respect mutuel, de l’inter-
tolérance, du dialogue constructif, de l’intercompréhension, redéfinir son identité et
son rapport à la société ;
-Développer les compétences de : l’équité, de citoyenneté, de l’entente, de cordialité, de
respect des droits humains, en plus des compétences pluriculturelles;
-Construire une société basée sur des valeurs plurielles, s’ouvrir sur de nouvelles
expériences, relativiser son système culturel;
-Construction d’un savoir et bien commun, d’une équité sociale, apprentissage actif,
résolution collective des problèmes, travailler en équipe…
-L’exercice de la citoyenneté, le renforcement de l’identité, des droits individuels et
collectifs;
-L’interrelation équitable interpersonnelle et groupale;
-Développement d’une citoyenneté interculturelle, des relations humaines, d’une vision
interculturelle,
-L’histoire est un chantier d’interculturation des sociétés (confrontation des cultures et des
pouvoirs) (Demorgon)
-La culture:
-Système de valeurs, mode de vie, comportement social, croyance, activités artistiques,
patrimoniales. Pour certains, La culture est tout ce qui n’est pas la nature (Segall. Et
al. (1990)
-Structures symboliques inconscientes exprimant certains aspects de la réalité physique et
de la réalité sociale (Lévi Strauss);
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-Le sens du partage des mêmes valeurs avec un groupe social, basé sur une histoire
commune contribuant à forger une vision et facilitant la compréhension des autres et
du monde (pouvoir doux selon Joseph Nye);
-Apprentissage de la culture:
-A travers l’enculturation en tant que processus d’assimilation des valeurs sociales et
culturelles au sein d’un groupe d’humains ;
-A travers l’acculturation en tant que processus d’apprentissage résultant du contact des
individus appartenant à différentes cultures (expérience sociale, observation,
inconscient collectif);
-A travers la socialisation en tant qu’efforts réalisés par un groupe social pour contrôler le
comportement des individus qui lui appartiennent ;
-La différence culturelle:
-Ensemble de traits, de comportements, de croyances, qui distingue un individu d’un
autre;
-Système de valeur distinguant un groupe social d’un autre ;
-Conscience d’appartenir à un groupe humain ayant ses propres spécificités culturelles;
-Manières de voir et comprendre soi-même et l’autre à travers une reconnaissance
mutuelle;
-L’identité:
-L’identité personnelle, dite aussi identité de soi, est définie selon trois composantes:
cognitive (ensemble des idées sur soi), affective (mise en valeur de soi-même) et
comportementale (présentation de soi aux autres) ;
-L’identité sociale est celle qui dérive des appartenances catégorielles (séparation entre le
« eux/elles » et le « nous »);
-L’identité culturelle est l’ensemble des traits et valeurs symboliques qui singularisent un
groupe d’individus;
-Hybridité:
-Croisement de variétés, de races, de différences. Elle est aussi une coexistence
d’éléments disparates, une reconnaissance de la multiplicité, de la mobilité, de la
fluidité, un rejet de l’essentialisme, un échange croissant, une homogénéisation du
multiple, une création de nouveaux espaces d’interférence, d’innovation et
d’enrichissement;
-Transculturation:
-Processus de transformation par lequel une communauté emprunte des matériaux à la
culture majoritaire (Fernando Ortiz);
-L’autre:
-C’est l’alter, il se définit par opposition au concept de même (opposition entre
l’identique et le différent selon des codes culturels). Nous précisons ici que,
l’intraculturel se distingue de l’interculturel par sa mise en relation des différences
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culturelles des individus à l’intérieur d’une culture: individus idiocentriques(leur
orientation est plus individualiste que la moyenne) et individus allocentriques(leur
orientation est plus collectiviste que la moyenne, Hofstede);
-Il suppose une différence émanant d’appartenances distinctes. Il se construit dans des
contextes sociaux, culturels et historiques particuliers;
-L’autrui:
-C’est le prochain, il s’agit de situations de corrélation avec quelqu’un qui appartient à
une même communauté;
-Il désigne un autre que moi, une relation d’inter-subjectivité;
-Il se construit dans des contextes sociaux, culturels et historiques particuliers;
-Relations à autrui:
Selon Tzvetan Todorov dans « La conquête de l’Amérique », il y a trois types de relations
à l’autre:
-Axiologique: jugement de valeur ;
-Praxéologique: soumission à l’autre, soumission de l’autre, neutralité ou indifférence;
-Epistémique: une connaissance portant sur le contenu scientifique du concept ;
-L’altérité:
-Il s’agit d’une mise en relation de la différence. L’altérité suppose l’existence d’une
identité avec laquelle elle établit un lien. L’altérisation est un processus de
construction entre un eux et un nous.
-Il s’agit d’un ensemble de valeurs symboliques et matérielles à travers lesquelles s’opère
le basculement de la différence dans l’extériorité;
-L’altérité du dehors concerne les peuples situés dans un lieu/temps distant. L’altérité du
dedans (interne) concerne l’intérieur d’un ensemble social. L’altérité de soi au sens
barthien (soi comme un autre)
-La diversité culturelle:
-Un système divers de valeurs et de représentations du monde;
-Multiplicité des cultures, de sous-cultures, de sous-populations et de dimensions
variables partageant un ensemble d’idées et de valeurs fondamentales;
-Cohabitation de différents systèmes culturels au sein des mêmes frontières géopolitiques;
-Un métissage social favorisant un pluralisme culturel.
-La super-diversité :
Ce concept voit le jour en 1990 par Steven Vertovec:
-Une forme d’hétérogénéité et de complexité dans les problématiques migratoires
inégalées;
-Diversification du divers, résultante d’un grand nombre de variables;
-Reconnaissance plus large des formes de différences qui existent dans la société;
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-La multiculture:
Selon Malcom James, (2015)
-Configurations sociales multiples de racialisation et d’ethnicité;
-«Déterminée mais non fixée par des frontières nationales, des groupes de parenté
racisés»;
-«Elle dépend de la mobilisation et de la performance de flux diasporiques en des lieux
spécifiques…» (p. 18);
-Psychologie interculturelle:
-Il s’agit de l’étude des similarités et des différences des individus issus de différents
groupes socioculturels, ethniques, (le relatif, l’universel, il s’agit ici de sous-estimer
ou surestimer l’influence de la culture)…
-On compare les membres et les dimensions de plusieurs cultures sur des aspects
psychologiques : valeurs, comportements, rôles sociaux, identités, développement;
(John Berry, 1992)
-L’acculturation: comment des individus appartenant à différentes cultures peuvent-ils
faire face aux situations de contacts cultuels? ;
-Racialisation de la culture:
-Lorsque la race remplace la culture comme base du préjugé (Taguieff, 1988)(depuis la fin
de la deuxième guerre mondiale, l’apartheid,…);
-On compare les cultures sur l’aspect racial, sur la prétention d’appartenir à un groupe
supérieur (John Berry, 1992). Il s’agit d’un rejet de la différence de l’autre en se
basant sur des logiques racisées (exclure sur des bases raciales, hiérarchisation se
fondant sur la race);
-« La race fonctionne bel est bien comme un langage » (Stuart Hall, Identités et cultures,
p. 98)
-Négociation interculturelle:
-L’impact de la dimension interculturelle en négociation gagne de plus en plus en ampleur.
Pour Margalit Cohen-Emerique, la communication entre cultures différentes passe
par trois phases: décentration, compréhension et éventuellement changement.
-La négociation interculturelle prend nécessairement en considération le cadre de
référence de l’autre: ses valeurs (individualisme, collectivisme, distance hiérarchique,
comportement, croyance, perception), ses spécificités cultuelles, son univers mental, son
histoire;
-Acculturation psychologique:
-Il s’agit d’un processus de changement culturel et psychologique résultant d’un contact
direct et continu entre plusieurs groupes culturels.
-L’acculturation psychologique peut être de trois types:
-Aisée: acquisition des compétences culturelles et sociales (adaptation au nouveau
contexte culturel)
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-Conflictuelle: les individus subissent un choc culturel (inadaptation au nouveau
contexte culturel)
-Psychopathologique: les individus se sentent déprimés et ne parviennent pas à faire
face au stress acculturatif.
-La civilisation:
-« Civilisation s’oppose à barbarie. Cependant, le sens du premier mot change
considérablement si nous le mettons au pluriel. Les civilisations ne correspondent
plus à une catégorie morale et intellectuelle atemporelle…mais à des formations
historiques qui apparaissent et disparaissent, caractérisées par de nombreux traits liés
tant à la vie matérielle qu’à celle de l’esprit. » (Tzvetan Todorov, La peur des
barbares Au-delà du choc des civilisations, p.51)
-Intérité:
-Le concept d’intérité est employé pour la première fois par le logicien et inter-linguiste
Couturat. Le terme est repris par Remis Hess(1998), il l’a appliqué au
développement des échanges internationaux des pédagogues sans frontières. Il s’agit
d’une évidence étroite de l’individuation. Entre l’identité et l’altérité il y a l’altérité,
c’est-à-dire un rapport d’intérité. Son sens ne se limite pas à ceci, il s’étend pour
intégrer un troisième élément. Autrement dit, un tiers inclus. Pour Demorgon dans «
Critique de l’interculturel », l’intérité se base sur trois éléments situant des
antagonismes : au sein de la nature, entre les humains et leur environnement, et entre
les humains.
-Transduction:
- « La transduction désigne l’opération par laquelle deux ou plusieurs ordres de
réalité incommensurables entre en résonnance et deviennent commensurables
par l’invention d’une dimension qui les articule et par un passage à un ordre
plus riche en structures » (Godin, 2004, 1356, in, Critique de l’interculturel,
Demorgon, p. 63);
-Elle exprime le processus d’influence qu’exercent les unes sur les autres les réalités
singulières en interaction du fait de leur contiguïté spatiale ou de leur continuité
temporelle (Critique de l’interculturel, Demorgon, p. 64)
-Osmose:
-« L’osmose est un processus selon lequel des données d’une culture passent dans une
autre, de façon lente et douce. Ce passage peut n’être pas conscient pendant
longtemps. » (Critique de l’interculturel, Demorgon, p. 87)
-Métissage:
-« Il s’offre comme une troisième voie entre la fusion totalisante de l’homogène et la
fragmentation différentialiste de l’hétérogène. Le métissage est une composition dont les
composantes gardent leur intégrité. »(Le métissage, Laplantine et Nouss, p. 8) &/ ff
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- Références:
-[Link] consulté le
04/02/2020
-Licata Laurent et Heine Audrey, Introduction à la psychologie interculturelle,
Belgique, De Boeck Supérieur, 2012
-Arendt Hannah, La crise de la culture (titre original : Between past and future), Paris,
Gallimard (impression Grafica Veneta à Trebaseleghe, Italie, 2015), 1972
-Senghor Léopold Sédar, Le dialogue des cultures, Paris, Ed. Seuil, 1993
-Cuche Denys, La notion de la culture dans les sciences sociales, Paris, Ed. La découverte,
(1996,2001), 2004
-Collectif, Quimera, Revista de Literatura, Madrid (Ministerio de Educación, Cultura y
Deporte) Ed. Ediciones de Intervención cultural S. L., Dossier : Literatura suiza, N° 375,
febrero 2015
-Khatibi Abdelkébir, Penser Le Maghreb, Rabat, Ed. Maârif Al Jadida SMER, 1993
-Lobatchev Boris, L’Autrement-pensé (Инакомыслие) (traduit du russe, préface de Jean-
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-Sapir Edward, Anthropologie, Paris, Ed. Points, 1971
-Collectif : CONSIGLIO NAZIONALE DELL’ECONOMIA E DEL LAVORO, LA
COMUNICAZIONE INTERCULTURALE Indagine e riflessioni sulla stampa di
immigrazione in Italia e sulla stampa italiana all’estero, Roma, S/Ed, 25 marzo 2004
-Collectif : Los libros de viajes : realidad vivida y género literario, Madrid,
Akal/Universidad Internacional de Andalucía, 2005
-Patel Fay, Li Mingsheng, Sooknanan Prahalad, Intercultural communication Building a
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-Collectif, Becoming interculturally competent through education and training, Bristol
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University of Glasgow, UK, 2009
-Nye Joseph S., Soft Power, New York, Publicaffairs, 2004
-Bhabha Homi k., Les lieux de la culture une théorie postcoloniale(traduit de l’anglais
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-Maalouf Amin, Les identités meurtrières, Paris, Ed. Grasset, 1998
-Laâbi Abdellatif, Combat pour la culture, Rabat, Ed. Marsam, 2010
-Collectif, Edward Said and Jacques Derrida: Reconstellating humanism and the global
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-Michel Franck, Désirs d’Ailleurs Essai D’Anthropologie Des Voyages, Québec, Les
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-Todorov Tzvetan, La peur des barbares Au-delà du choc des civilisations, Paris, Editions
Robert Laffont, 2008
-Halualani Rona Tamiko, Intercultural Communication A CRITICAL
PERSPECTIVE, United States of America, Cognella Academic Publishing, 2019
p. 7/7