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CONCOURS 2020
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PENALE (dissertation et cas pratique)
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« NOTE DE SYNTHESE
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DISSERTATION : LA LOYAUTE DE
LA PREUVE DANS LE PROCES CIVIL
(ANNALES CONCOURS ENM 2017)
Selon H. Motulsky, le principe de loyauté de Ia prenve provient éu « droit naturel jurisprudentiel ». Ce
principe, renforeé par In jurisprudence ces demivres années, touve particuliécement & Sappliquer en
matiere probatoire, Méme si le procés civil constitue un substitut de la vengeance privée, la fin ne justifie
pas tous les moyens. La déloyauré du maniement de certaines armes est susceptible den ruiner Fefficacité,
faisant ainsi obstacle a lobjectif poustant premier de manifestation de la véuité
1a loyauté est le principe selon lequel le juge et les parties doivent, dans leurs comportements procéduraunx,
faire prenve de bonne foi et de probité. En d'autres termes, elle vise la droiture dans le eadre de Ia procédure
suivie en matiére civile, commerciale, prudhomale, rurale et sociale devant les juridictions de Tordre
iudiciaire, Sexprimant essentiellement, dans le cadre de la preuve, qui est la démonstration din fait ou
‘un aete, dans les formes zdmises ou requises par In Toi, la loyauté n'est pas expressément consactée, mais
elle siinfére de diverses dispositions du Code de procédure civile. Pendant longtemps, le principe de la
contradiction (ou du contradietoire) ne figura ni dans la loi ni dans les tables alphabétiques des ouvrages
de doctrine. Quelques rates décisions de jurisprudence le rappelaient occasionnellement comme une 1égle
de droit naturel (H. Motulsky, « Le droit naturel dans la pratique jurisprudentielle : le respect des droits
de a défense en procédure civile », in Mélanges Roubier, t. 2, p. 175). Ces principes directeurs du procas
civil figurent désormais au chapitre F* des dispositions liminaites du tite I” du Code de procédute civile,
ouviant le livre I° consacré aux dispositions communes @ toutes les jutidictions. Véritable charte de la
répartition des rdles entre juige et parties, les principes directeurs du procés apparaissent ainsi tout 4 la fois
comme des principes inspiration et des régles de droit eoncourant au respect des garanties fondamentales
d'une bonne justice. A cdté des principes consacrés, il faut relever l'essor de nouveaux principes directeurs,
comme la célérité ou In loyauté. H. Motulsky avait déja noté que le principe de loyauté constitunit 4 la
fois, pour les parties, une composante importante du diait de la défense et, pour le juge, une obligation de
stricte neutralité de motivation des jugements; siagissant du législateuy, il ajoutait que la loyauté exigeait
de sa part quil organise un systéme rationnel de voie de recours. La layauté de la preuve dans le proces civil
constitue Pun de ees nouveaux mécanismes préioriens de 1égulation du proces civil
De Fobscurité, le principe de loyauté est passé 4 la lumiere sous Pimpulsion du juge civil en matiere de
prewwe. Erigé par nécessité, employé au titre d'une bonne administration de la justice, e principe de loyauté
constitue une norme comportementale pour les acteurs du proces civil, source d’équité. Toutefois, si le
principe de la contradiction ow du contiadietoire est incontestablement un principe consaeré pat le Code de
procédure civle, la loyauté n'est pas explicitement visée au titre des prineipes directeurs. Aussi, és lors que
la recherche de la vérité absolue reste Fobjectif majeur du proces civil, Papplication du principe de loyauté
est d’autant phis importante, car elle permet dassurer la dignité du proces
Aussi convient il denvisager, une part, Pérection du principe de loyauté de la preuve () et, dautre part,
la résistance d’une application générale du principe de loyauté de la preuve (ID)
68I- L’érection du principe de loyauté en matiére de preuve
Si le principe de loyauté procédurale est implicitement mentionné par le Code de procédure civile au titre
des principes directeurs du proces (A), dur moins de lege lata, la jurisprudence contemporaine ta consacré
explicitement en plusieurs occurrences en tant qu'aspect des droits de la défense (B).
A- UNE EXIGENCE TEXTUELLE IMPLICITE
1. Une conduite s'imposant aux parties
Le principe de loyauté dans le proces civil nest pas expressément visé par la Code de procédure civile ou
le Code civil. Néanmoins, la loyauté est consaerée par le dispositif législatif et la pratique processuelle. I
est @abord possible d'en déceler les traces dans les termes de l'article 24 du Code de procédure civile. En
effet, selon ce dernier « les parties sont tenues de garder en tout le respect détd la justice ». Cette affirmation
est une manifestation du principe de loyauté. Conerétement, les plaidewrs doivent avoir une attitude
dans leurs éctitures et postures pour que la justice fonctionne avec dignité, En d’auties termes, les parties
doivent recourir A la justice de maniere loyale. Ensuite, l'article 9 du Code de procédure civile dispose
qu’ if incombe chaque partie de prouver conformément d fa foi les faits névessaires au suceés de sa prétention »
Il slagit d'une référence implicite & la loyauté, concue comme le respect de la légalité, En effet, si une preuve
est obtenue contrairement A une disposition légale, elle est considérée comme déloyale. Cette obligation de
loyauté n’est pas restreinte au seul domaine processuel. Elle est aussi connue du droit substantiel et trouve
son fondement a l'article 1104 nouveau du Code civil (C. civ., att. 1134, al. 3 anc.), qui dispose que « les
contrats doivent étre négociés, forn écutés de bonne foi »
En droit de Tarbitrage, estoppel a trouvé une consécration textuelle puisque, désormais, le nouvel
article 1466 du Code de procédure civile issue du décret n° 2011-48 du 13 janvier 2011 dispose que
«la partie qui, en connaissance de cause et sans motif légitime, s'abstient d'invoquer en temps utile une
inrégularité devant le tribunal arbitral est réputée avoir renoneé & sien prévatoir ». Cet article consacte le
principe de estoppel, déia reconnn par la jurisprudence. La jurisprudence définit 'estoppel comme un
comportement procédural « constitutif d'un changement de position, on droit, de nature a induire [Vadversaire]
en erreur stir sex intentions » (Cass. 1 ci, 3 fvt, 2010) et veille & la juste application de ce principe
(Cass. 1*civ., 24 sept. 2014). Liobjectif est de mettre en place un instrument de police processuelle permettant
de sassurer de la loyauté des débats. La Cour de cassation a ainsi considéré qu'une partie ne saurait,
apres avoir expressément sollicité que Paffaire soit jugée au vu des écritures postérieures & lordonnance de
cloture et apres que celle-ci a été rapportée, critiquer la révocation de Tordonnance de cléture (Cass. 2° civ,
20 oct, 2005). Toutefois, la Cour limite la portée de Pestoppel en contrdlant les conditions de sa mise en
cwuvre | « la seule circonstance qu'une partie se contredise au détriment @autrui n’emporte pas nécessairement
une fin de non-recevoir » (Cass. ass. plén., 27 févt, 2009). Enfin, récemment la Cour de cassation a précisé
‘tendue de estoppel en considérant que cette derniére n’a pas vocation & s‘appliquer aux moyens, mais
seulement aux prétentions (Cass. com., 10 févr. 2015).
2. Une conduite s'imposant au juge
La loyauté rest pas inconnue du Code de procédure civile. Audeli de arbitrage (CPC, art. 1464),
article 763 du Code de procédure civile définit clairement la mission premiere du juge de la mise en
état : « Laffaire est instruite sous le contréle d'un magistrat de la chambre @ laquelle elle a été distribuée
Colui-cé a mission de veiller au déroulement loyal de fa procédure, spécialement 4 la ponctualité de Véchange
des pidces », Le juge devia ainsi rechercher pourquoi un rapport
des conclusions et de ta co
inicati
69
8
2
€ uoneuassia=
expertise déposé au greffe du tribunal ne se retrouve pas en appel, dans le dossier transmis & la Gour et
interroger les parties & cet égard (Cass. 2° ciy., 11 janv. 2006). Cette référence & la loyauté entre les parties
ne se retrouve exprimée devant aucune autre juridiction, mais elle semble se rattacher assez naturellement
au principe de la contradiction que « le juge doit, en toutes circonstances, faire observer » (CPC, art. 16, al.
1°). Ainsi, pendant la phase instruction de Paffaire, ce qui est attendw du juge de la mise en état, Cest
Gabord qu'il fasse respecter ce principe par les parties en veillant a ce qu’elles échangent leurs conclusions
et se communiquent leurs piéces.
Le juge doit plus généralement veiller au bon déroulement de instance (CPC, art. 3), ce qui Tautorise a
impaitir les délais et ordonner les mesures nécessaires au respect par les parties de Tobligation qui leur
est faite d'accomplir les actes de procédure qui leur incombent dans les formes et délais requis (CPC,
art, 2), Dans cette perspective, il exerce « tous tes pouvoirs nécessaires & la communication, & Vobtention et
& la production des piéces » (CPC, art, 770) et dispose ainsi Pun large éventail interventions possibles
adresser des injonctions, avoir des échanges plus ou moins directifs ou incitatifs, voire adtesser aux
parties des admonestations et, ainsi, imprimer un certain rythme a la procédure. Il peut, en outre, prendre
des décisions relatives au cours méme de Tinstance : ordonner le retrait du r6le (CPC, art. 382 et 383),
lorsque toutes les parties en font la demande écrite et motivée (CPC, art, 763), prononcer la jonction et
la disjonetion des instances (CPC, art. 766), ou encore, constater extinction de instance (CPE, art. 769)
lorsque ses constatations le conduisent considérer que sont réunies les conditions mises au désistement
ow A 'acquiescement par les articles 397 et 410 du Code de procédure civile.
B - UNE EXIGENCE JURISPRUDENTIELLE EXPLICITE
1. Dans l'obtention et Pélaboration des preuves
La preuve des faits est une charge pesant sur les parties, en vertu de l'article 9 du Code de procédure civile,
selon lequel « il incombe & chaque partie de prouver conformément é la loi tes faits nécessaires au succés de sa
prétention », Plagant la preuve dans la sphere des parties, l'article 9 est le prolangement de l'article 6 du
Code de procédure civile. Mais ce nest pas tant un droit au profit des parties qu'une charge & leur
détriment, puisque celui qui ne peut prouver son droit perd son proces. Lors de cette tentative de preuve,
les plaideurs doivent respecter un principe de loyauté et s‘abstenir de toute fraude ou violence (Cass. soc.,
11 févr, 1981). La loyauté trouve & prospérer sur le terrain de administration judiciaire de la preuve.
Les solutions jurisprudenticlles sont justifiges par la nécessité d'un procés conforme aux valeurs qui
soutiennent lorganisation sociale. Elles trouvent un écho dans Particle 24 du Code de procédure civile
relatif 4 Fobligation de réserve des plaideurs. Aussi, une preuve n'est conforme A la loi que si elle a été
obtenue loyalement, c'est-d-dire sans ruses ni stratagemes
La loyauté de Ia preuve n'est pas expressément énoneée par le Code de procédure civile ou par le Code
civil, mais elle s'infére des dispositions de larticle 9 du Code de procédure civile, Aussi, la Cour de eassation
a considéré au visa de « Farticle 9 du Code de procedure civile, ensemble Varticle 6 § 1 de la Convention de
sauvegarde des droits de Uhomme et des libertés fondamentales et fe principe de loyauté dans Vadministration
de la preuve f...] que Venregistrement dune communication tléphonique réalisé & Fins de Vautewr des propos
tenus constitue un procédé délayal rendant irrecevable sa production & titre de preuve » (Cass. ass. plén., 7
jan: 2011). Das lors, il n’est pas permis de produire des preuves frauditleusement obtenues, comme une
filature organisée par un employeur au préjudice du salarié (Cass. 2° civ,, 17 mars 2016). En revanche, il
est possible de produire un SMS envoyé par la partie adverse das lors que cette derniere est censée savoir
que ledit SMS est susceptible d'étre conservé en mémoire dans le téléphone du destinataire (Cass. 1° cit.,
17 juin 2009), ou d'un message vocal (Cass. soc., 26 févt: 2013)
702. Dans le cadre des débats
Les éléments de preuve sont soumis au principe du contradictoire, mais également & une exigence de
loyauté. La contradiction suppose la mise en ceuvre de certains moyens, a savoir la production et
la communication compléte des piéces de Taffaire. Elle combine de ce point de vue deux éléments de
définition, Le premier, élément matériel vise la communication de tout document comportant un éément
nouveau dont la connaissance est utile pour la partie concernée (CPC, at, 15). Aussi, selon Particle 132
du Code de procédure civile, « la partie qui fair état d'une pice sioblige & ta communiquer spontanément &
toute autre partie & Uinstance », Le second, élément temporel vise la communication des documents dans
un délai sulfisant, compte tenu de la nature de la piéce et du temps du procés, la production d'une piece
hors délai étant inutile et vue comme le signe d'un manquement au devoir de loyauté dans la procédure.
La jurisprudence se montre particuliérement vigilante au respect de Pexigence de loyauté dans le cadre
des débats. I en est ainsi, lorsque le plaideur communique ses pieces ou ses conclusions tres peu de
temps avant Fordonnance de cléture et met matériellement son adversaire dans limpossibilité ¢’en prendre
connaissance et done dy répondre utilement (Cass, ch, mixte, 3 févk 2006). Toutefois, le juge ne peut
pas écarter des piéces ott des conclusions sans préciser « les circonstances particuliéres qui ont empéché de
ecter le principe de la contradiction ou caractériser un comportement de leur part contraire & la loyauté des
débats » (Cass. 2° civ., 11 janv. 2006).
La Cour de cassation a solennellement proclamé le principe de loyauté comme principe directeur des
débats, reprenant pour Faffirmer les termes de Farticle 16 du Code de procédure civile relatit aut principe dit
contradictoire. En effet, par une formule proche de ce dernier article, « le juge est tenu de respecter et de faire
respecter la loyauté des débats » (Cass. 1" cix., 7 juin 2005). Elle a fondé le principe de loyauté des débats
sur les dispositions combinées de larticle 3 du Code de procédure civile, « le juge veille au bon déroulement
de Vinstance » et de Varticle 10 alinéa 1" du Code civil, selon lequel « chacun est tenw d’apporter son concours
4 la justice en vue de a manifestation de la vérité ». Ivarticle 16 du Code de procédure civile a ainsi servi
de modéle a Ia Cour de cassation, En effet, elle a repris la formulation de cet article afin de donner une
isibilité, une reconnaissance, une juridicité au principe de loyauté, qu'il n'avait pas jusqu‘alors. Cette
proclamation solennelle, reprenant ies termes mémes de Particle 16 du Code de procédure civile relatif au
principe de la contradiction, témoigne du fait que la loyauté apparait comme une qualité Phonnéteré dans
le contiadictoite.
Le principe de loyauté procédurale tend & acquérir une importance autonome et au-deld du domaine de
la preuive, en tant que fin de non recevoir @origine jurisprudentielle pour cause de déloyauté procédurale.
Toutefois, sa qualification de nouveau principe directeur de Pinstance, applicable a Pensemble du proces
civil, est discutée au regard des principes directeurs déja consacrés par le Code de procédure civile.
Il - La résistance d’une application générale du principe
de loyauté de la preuve
La jurisprudence de la Cour de cassation a conduit la doctrine & s'intetroger sur le point de savoir si la
loyauté ne devient pas, d'un point de vue normatif, un principe directeur nouveau autonome. Demeure que,
Tun point de vue matériel, le principe de loyauté apparait comme une déclinaison, une mise en application
les principes contenus dans le Code de procédure civile (A). Néanmoins, la loyauté ne s'applique pas & tous
les procés civils (B)
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8
2
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A- I’ABSENCE DE CONSECRATION FORMELLE DE LA LOYAUTE COMME PRINCIPE DIRECTEUR
incertitude d’un principe autonome
En droit positif, les principes directeurs du procas ont la méme valeur juridique que les autres dispositions du
Code de procédure civile. ‘Toutefois, ces principes ont un rayonnement naturel devant toutes les juridictions
et en toule matiére. De plus, ils ont une vertu directtice afin d'interpréter la loi. L’enjew est done important
de déterminer si le principe de Ia loyauté est un principe directeur du procés. D'un cété, ily a des hésitations
a donner une portée positive & une notion empreinte de morale. D’un autre cété, et le droit des contrats en
est [a meilleure preuve en ce quill intégre la notion de bonne foi, la référence & la loyauté peut utilement
tempérer les exces auxquelles conduit parfois une application stricte de la régle, Surtout, le rapprochement
entze les dispositions de l'article 16 du Code de procédure civile et 'arrét du 7 juin 2005 « affirmant que
le juge est tenu de respecter et de faire respecter ta loyaueé des débats » suggére une telle interrogation, sans
qu'il soit toutefois possible de fournir une réponse tranchée. En reprenant la méme formulation, la Cour de
cassation a pu entendre élever le principe de loyauté au méme niveau que le principe du contiadictoire, ou
a un degré inférieur en s‘inspirant de l'article 16 du Code de pracédure civile, comme canevas de la loyauté,
Si certains auteurs ont affirmé existence d'un principe général de loyauté procédurale (S. Guinchard, « Le
principe de loyauté », Justices 1999-115 et s.), Cest au prix de difficultés sérieuses, imputables notamment
a autres principes directeurs dui proces,
Lunticle 15 du Code de procédure civile met a la charge des parties Vobligation de se faire connaitre les
moyens de fait sur lesquels elles fondent leurs prétentions, les éléments de preuve et les moyens de droit
qwelles invoquent. La droiture procédurale est done un comportement attendu des parties, dérivant selon
H, Motulsky, des droits de la défense, et mettant a leur charge une « obligation d’observer un minimum
de loyauté » (« Le droit naturel dans la pratique jurisprudentielle : le respect des droits de la défense
en procédure civile », in Mélanges Roubier, Dalloz, n° 16, p. 187). Toutefois, il faut étre prudent sur la
yertu autonome de Vidée de loyauté. En effet, H. Motulsky y voyait plutét un devoir sous-jacent, tout
comme le doyen Carbonnier qui la décrivait comme « larent{e] sous des textes fragmentaires » (« Droit civil
Introduction », 27° éd., PUK, coll. Thémis, n° 188), Enfin, si G, Cornu et J. Foyer ont nommé la loyauté
comme principe non expressément énoncé, ils la considérent comme sous-jacente de la contradiction,
des devoirs de la défense et de obligation de concourir a la manifestation de la vérité (Cornu et Foyer
« Procédure civile », ‘Thémis)
2. La certitude d’un principe Winterprétation par le juge
La loyauté ne peut pas étre fixée avec des repéres objectifs. Cest une concurrence t1és importante au
principe dispositif et au principe de la contradiction, Or, il est possible de délimiter objectivement les
contours du principe de la contradiction, Toutefois, la loyauté échappe a tout repére objectif, plus encore
peut-étre que la bonne foi. En effet, la loyauté revét assirément une connotation morale majeure, ce qui
rajoute a la difficulté de précision de sa définition, Des lors, faute d'une définition précise, permettant d’en
cerner les contours, il apparait délicat d’élever la loyauté au rang de principe directeur du procés en raison
du risque d'insécurité juridique. De plus, les ambiguités de la loyauté procédurale résultent de la possibilité
de mettre a Mécart des régles techniques de procédure civile et notamment le principe du contradictoire. En
effet, dans Parrét du 7 juin 2005, est Particle 445 du Code de procédure civile qui a été mis 4 Pécart; dans
affaire de 2011, cela a conduit a écarter des moyens de preuve parce qu'ils avaient été obtenus de maniére
déloyale, ce qui fait penser a la fraude a la loi Yraus omnia corrumpit). La loyauté permet ainsi d’écarter
Vapplication de 1égles qui normalement n'auraient pas déi Petre: et inversement.
Toutefois, le principe de loyauté sert de principe d'interprétation permettant d'apprécier la mise en ceuvre
des autres principes directeurs et de surmonter d’éventuelles défaillances textuelles. Ainsi, le principe de
72loyauté permet au juge dapprécier le comportement des parties au regard des principes directeurs du
proces, Cette logique sinscrit ailleurs dans la redéfinition des pouvoirs des parties au proces. En effet, sous
Timpulsion de H. Motulsky, convaineu de la nécessité de « prendre conscience de la part active qui revient au
Juuge dans la recherche dune solution qui certes consiste & rancher des conflits d'intéréts privés, mais d laquette
[...J Vidéal de justice ne saurait rester étranger », les rédacteurs du nouveau Code de procédure civile, issu
du décret du 5 décembre 1975, ont souhaité élaborer un compromis entre accusatoire et inquisitoire, tant
en ce qui concerne le déroulement du proces quau regard de la matiére du litige qui constitue la substance
méme de ce dernier, L’évolution jurisprudentielle a accru ce bouleversement. Manifestement soucieuse
de la méme exigence d'efficacité ou d'efficience, la Cour de cassation a imposé aux parties une nouvelle
obligation de concentration des fondements juridiques ou moyens (Cass. ass. plén., 7 juill. 2006). En
cPauties termes, le demandeur aurait dit, par loyauté, invoquer tous les fondements juridiques en méme
temps, ds la premiére demande, On retrouve ici encore largumentaire de H, Motulsky, lui quia vu dans les
droits de la défense (parmi lesquels, la loyauté procédurale) expression d'un droit naturel de la procédure
civile. La tansformation de Foftice du juge, ajoutée 2 une analyse de la loyauté Ini permettant de déroger
aux principes directeurs du proces civil ou a toute autre régie, permet ainsi d'encadrer strictement les
attitudes procédurales de chaque plaideur
B - LE REFUS D'APPLICATION DE LA LOYAUTE A TOUS LES PROCES CIVILS
1. L'indifférence affirmée en matiére de divorce
En matiére de divorce pour faute les regles sont particuliéres, la loyauté ne semble pas trouver application
dans le cadre de Ia recherche de la preuve. Comme tout fait juridique, la preuve de la faute se fait par tous
moyens ; dés lors que le mode de preuve est licite et loyal (C. civ, art, 259). L'appréciation qu'en fait la Cour
de cassation est assez libézale, En effet, saul preuve de violence ou de fiaude de la part d’un époux (C. civ.,
art, 259-1}, elle admet certains modes de preuve qui pourraient étre considérés comme des atteintes & la
vie privée, Ainsi, aprés avoir retenu Padmission d'un journal intime pour prouver Padultére, elle a retenu
que des relations injurieuses pouvaient étre établies par des courriels et un rapport d’enquéte privé dont la
valeur probante est appréciée souverainement par les juges du fond, en Pabsence de violence ou de fraude
(Cass. 1" civ., 18 mai 2005) ou par SMS (Cass. 1" civ., 17 juin 2009). Plus encore, la Cour de eassation a
admis que la preuve de l'inlidélité, cause de divorce, peut étre faite par un examen des sangs (Cass. 1 civ.,
28 févr. 2006). Dés lors, la loyauté ne trouve pas sa place dans le cadre de Ia preuve de la faute cause dt
divorce, pas plus dailleurs que Patteinte a la vie privée, La fraude et la violence constituent deux procédés
immoraux ’obtention de la preuve, mais dotés d'un certain degré de gravité dépassant méme le principe de
loyauté. Néanmoins, une forme de loyauté se rencontre dans la prohibition de audition des descendants.
Les régles posées par article 205 du Code de procédure civile, qui prohibe Paudition des descendants,
et 259 du Code civil ont été interprétées avec la plus grande rigueur par la Cour de cassation, Elle a
notamment considéré que la remise par un descendant d'une lettre d'un parent relative aux torts du divorce
équivaut au témoignage prohibé par article 205 du Code de procédure civile (Cass. 1" civ, 5 juill. 2001),
Plus récemment, elle a considéré que la prohibition de Paudition des descendants sur les griefs invoqueés par
les époux 8 lappui d'une demande en divorce s'applique aux déclarations recueillies en dehors de Pinstance
en divorce. Dés lors, c’est A bon droit qu'une cour dappel retient que les déclarations des enfants recueillies
lors Pune enquéte de police étrangére a Pinstance en divorce ne peuvent étre prises en considération (Cass.
1 civ, 1° fv, 2012). Lrobjectif est de ne pas placer les enfants dans une situation conflictuelle & Pégard
des parents désirant divorcer, en dautres termes les descendants doivent adopter une position loyale a
Pégard de leur parent,
73
8
Pitnotot)2. Vindifférence mesurée en matiére de vie privée
En Tabsence de fondement textuel spécifique, les juges ont eu recours & divers fondements pour parvenir
a leur objectif. Ainsi, ils ont utilisé les articles 9 et 10 du Code de procédure civile on Particle 10 du Code
civil relatif au droit a Ia preuve ot au réle des parties. Les droits de la personnalité ont également servi de
fondement, notamment la vie privée. Ainsi, au visa de Particle 9 du Code civil, qui dispose que « chacun a.
droit au respect de sa vie privée », les juuges ont rejeté les preuves obtenues A insu d'une partie. Das lors, la
Haute cour doit coneilier, d'une part, le droit. la preuve et, d'autre part, le droit au respect de la vie privée. I]
ressort de la jurisprudence que le droit de la preuve ne peut prévaloir, que si les juges du fond ont caractérisé
« la nécessité de la production titigicuse aux besoins de ta défense et sa proportionnalité au but recherché »
(Cass. 1° cix,, 16 oct. 2008). Essenticllement, est en matiére de vie privée du salarié que la jurisprudence
s'est développée, Chacun ayant droit au respect de sa vie privée, selon Particle 9 du Code civil, un salarié
peut étre victime dune atteinte 4 son droit au respect de In vie privée dans le contexte de la relation de
travail. Ila ainsi déja été jugé qu'une filature organisée par Pemployeur pour contrdler et surveiller activité
dun salatié constitue un moyen de preuve illicite dés lors qu'elle implique nécessairement une atteinte a
la vie privée de ce dernier, insusceptible ’étre justifige, eu égard A son caraetére disproportionné, par les
intéréts légitimes de Femployeur (Cass. soe., 26 nov. 2002)
Dans le cadre d'une preuve déloyale, Ie juge doit apprécier souverainement Is hiétatchie des droits.
Toutefois, la jurisprudence a pu considérer le droit 4 la vie privée comme un droit inférieur au droit a
la preuve. Ainsi, un assureur peut recourir A un détective privé pour rapporter la preuve de la fraude de
Passuré, méme si le rapport méconnait gravement la vie privée (Cass. I" civ., 31 oct. 2012). Egalement,
le secret des correspondances peut étre sacrifié au profit du droit 4 la preutve (Cass. 1" civ, 5 ave 2012)
Néanmoins, le contidle ne se fait pas toujours en faveur du dioit 4 la preuve. En effet, le moyen déloyal
peut étre considéré comme disproportionné et par extension irrecevable (Cass. |" cix., 14 jany. 2010). Plus
récomment, la Cour de cassation a affirmé qu’est illicite le mayen de preuve fondé sur un rapport d’enquiéte
Etabli par un détective privé qui a, ala demande de Pemployeur, procédé & la filature d'un salarié de la
sortie de son domicile jusqu’s son retour A celui ci (Cass. 2° civ, 17 mars 2016). Cette enquéte devait étre
considérée comme un moyen de preuve illicite, comme portant atteinte & la vie privée, et est done déloyale.
La loyauté en procédure civile a fréquemment été associée aut principe de la contradiction, Aut point, que
la Cour de cassation a repris & Videntique la formulation de Vatticle 16 du Code de procédute civile sur
le principe de Ia contradiction, pour consacrer la loyauté des débats. Ainsi, sous Nimpulsion du juge, la
loyauté fait désormais figure de principe incontournable. Si sa consécration est souhaitée par une partie de
la doctrine, le rapport Delmas-Goyon sur le juge du XXI'siécle, de décembre 2013, préconise, dans sa 28
proposition, de faire de « obligation de loyauté des parties {...] Mun des principes directeurs de fa procédure
civile », suggérant Pajouter & cet effet un second alinéa & Particle 15 du Code de procédure civile,
74[
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CONCOURS 2020
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