Le Conte
Le Conte
DES AUTRES.
Jean-François VINCENT
Le mot « conte » apparaît en Français au 12ème siècle, en rela on avec le verbe « conter », qui lui-même est
rela f au terme la n « computare » qui est à la base du verbe « compter ». Ce terme appar ent à une famille de
mots construits à par r de « putare » signifiant « émonder les arbres » et / ou « apurer un compte », d’où : ju-
ger, penser …
Ce n’est qu’à par r du 14ème siècle, que le terme « compter » se spécialise dans le sens de calculer. Conter,
était à l’origine, « relater un fait en énumérant ses diverses circonstances ». Le conte est donc défini comme un ré-
cit situé dans un temps et un lieu indéterminés, un récit simple, transparent et opaque : sa simplicité est donc
trompeuse.
On pressent très vite que ce récit ingénu dissimule des significa ons importantes ; on sent confusément
qu’il dit autre chose que ce qu’il dit. Comme le rêve, il se présente avec un contenu manifeste qui dissimule le con-
tenu latent.
Littérature orale :
La li1érature orale recueille les récits de fic on invariables dans leurs fonds (mais ils peuvent varier dans
leur forme), anonymes, et transmis oralement. Les genres de la li1érature orale sont : le mythologie, l’épopée, la
légende, le conte, le chant, les fables, mais aussi … les proverbes, les dictons, les virelangues ..
Oralité :
Oraliser, c’est dire ou lire un texte à haute voix. Le conteur n’oralise pas. Le récit qu’il donne n’est pas l’ap-
pren ssage par cœur d’un texte qu’il a lu. Le récit qu’il délivrez est une re-créa on à par r d’une structure narra-
ve.
Orature :
L’orature est l’ensemble des textes donnés oralement, et qui ont une visée éthique et esthé que.
Le mot « orature » est un mot ancien qui avait disparu au 16ème siècle, et qui a été réu lisé ensuite. Au
ème
19 siècle, Paul Sébillot le remplace par l’expression « li1érature orale », mais ce terme semble impliquer un pas-
sage par l’écriture, ce qui ne convient pas à l’orature, dont les textes sont improvisés et/ou transmis sans passage à
l’écriture. En effet, beaucoup de conteurs dans le monde en er, sont analphabètes, ce qui ne les empêche pas de
dire des textes de valeur.
Symbole :
Le symbole est polysémique. C’est une mise en dynamique … un être, un objet, une image qui figure une
idée abstraite. Ainsi, la forêt peut être un lieu de refuge ou un endroit où l’on se perd. Le lion peut renvoyer au cou-
rage ou à l’agressivité.
Le conte et les jeunes enfants
Le conte a aujourd’hui, dans notre société, une image enfan ne, voire infan le. Mais ini alement, le conte était un
texte pour adulte. Il y a des niveaux différents de compréhension ... et sans doute un certain rapport, entre
les adultes / les enfants ; les classes cul vées /les classes populaires ; les riches / les pauvres. (Guy Prunier, Con-
teur)
Raconter est un acte simple, sans doute culturel, et ... assurément social puisqu’il réunit.
Le conte parle du monde pour nourrir la vie, car il recons tue, reconstruit, propose des solu ons, donne du
sens aux choses ... L’homme lorsqu’il parle aurait tendance à vouloir convaincre. Le conteur n’a pas pour voca on
de convaincre, mais plus simplement de faire voir, de donner à imaginer, de faire naître ou nourrir des rêves.
"Une des principales causes de l’échec scolaire est une maîtrise insuffisante de la langue. Les textes de la
tradi on orale sont un ou l précieux et efficace pour aider les enfants à acquérir le lexique, les structures gramma-
cales et les figures stylis ques qui leur manque. Ils leur perme1ent aussi de développer une pensée sub le, et leur
ouvre l’accès à la culture et aux savoirs." (Chris an Montelle)
A travers le conte, l'enfant fait l'appren ssage de l'intégra on sociale. Be1elheim l'explique en ces termes :
"Pour qu'une histoire accroche vraiment l'a1en on d'un enfant, il faut qu'elle le diver sse et qu'elle éveille sa cu-
riosité. Mais pour enrichir sa vie, il faut en outre qu'elle s mule son imagina on., qu'elle l'aide à développer son
intelligence et à voir clair dans ses émo ons, qu'elle soit accordée à ses angoisses et ses aspira ons, qu'elle lui fasse
prendre conscience de ses difficultés tout en lui suggérant des solu ons aux problèmes qui le troublent."
Dans les histoires pour de jeunes enfants, les méchants sont punis, parfois même éliminés ; les bons sont ré-
compensés ; le faible peut l'emporter sur le fort s'il trouve des alliés ou fait preuve d'intelligence. On assiste au
triomphe du courage, de la tolérance, de l'amour. Tout est bien qui finit bien ... Car l'enfant a besoin d'une morale
simple et adaptée pour l'aider à reconnaitre le Bien du mal, et "trouver l'éthique qui sou ent son désir de s'iden -
fier à un héros" (Françoise Dolto). C'est ainsi que l'enfant puisera ses forces pour affronter ce qui l'a1end, même si
ce doit être : la violence, la malveillance, la jalousie, la rivalité, l'injus ce.
Si l'on nourrit les enfants d'histoires, si l'on accepte de leur redonner celles qu'il préfèrent et réclament, leur
univers sera enrichi, leur imagina on s mulée, et leur langage évoluera. Car les histoires encouragent les enfants à
accroître leur bagage lexical, et à a1eindre le niveau de langage explicite du récit.
"Le conteur diver t et fait rêver, tout en faisant comprendre l’expérience humaine et susciter la réflexion.
Mais les contes ouvrent aussi les portes de l’imaginaire, et font du conteur, un « passeur vers d’autres ailleurs » et
vers un autre temps.
Les élèves que nous trouvons dans nos classes, sont riches d’une histoire intérieure et porteurs de conflits
et de désirs. Ils passent leur temps à fabriquer de l’imaginaire dans les jeux pour donner du sens à ce qui les en-
toure.
Conter, c’est naviguer sur l’océan des mots. « Il était une fois » … suit ce qui était, et précède … ce qui se-
ra." (Henri Cazaux)
ASSOCIATION DÉPARTEMENTALE DES PYRENÉES ORIENTALES
(DOSSIERS COOPÉRATIFS N°4)
Le monde du
spectacle
Le texte
Le spectacle du
L’improvisation monde
(Apprendre à voir
et à écouter)
Le corps
La musique
La technique
La danse
(Son et
lumière)
Le produit
fini
Communicable
Le plaisir
Le temps à l’autre La jouissance
DOSSIERS COOPÉRATIFS N°4
Types de textes ou comment classer les textes selon leurs fonctions et leurs
caractéristiques
INJONCTIF - conseiller - consigne, rece1e, mode d’em- - instruc on, recommanda on,
ploi, ordonnance consigne
- faire faire
- jeu - jeu
- aider
- ... - ...
- me1re en garde
- faire partager son point de vue - tract, publicité, affiche - discours, plaidoirie, accusa-
on
- persuader, jus fier en u lisant - fable
des arguments, en en réfutant - publicité, démarchage com-
- courrier des lecteurs, droit de
d’autres mercial
réponse, le1re
• Nombreux connecteurs - dispute, contesta on, récla-
- conte philosophique, disserta-
ma on, négocia on...
on
Types ou classes Fonctions Exemples Exemples
et caractéristiques Ecrit Oral
POÉTIQUE - u liser toutes les ressources de la - poème, chanson - texte lu, dit, chanté
langue
- jeu de mots - improvisa on
- émouvoir
- slogans poli que ou publici- - jeu oral
- établir des liens taire
- ...
- jouer avec les connota ons - jeu poé que
rôles ….
RÉFLEXIF - réfléchir, penser - note - entre en
- grille méthodologique
- ….
LIRE
ET ÉCRIRE
COMPRENDRE
COMPÉTENCE
TEXTUELLE
ÉCOUTER
PARLER
ET
DIRE
COMPRENDRE
DE RÈGLES, DE LOIS …
ENSEMBLE (…)
RELATIONNELS ET SOCIAUX.
Jean-François VINCENT
Entre
Ce que je pense ,
Ce que je dis ,
Il y a dix possibilités
à communiquer.
Transmettre les contes est la preuve que leur passage continue de vivre.
C’est donc un devoir de les raconter.
Une des principales causes de l’échec scolaire est une maîtrise insuffisante
de la langue. Les textes de la tradi on orale sont un ou l précieux et efficace pour
aider les enfants à acquérir le lexique, les structures gramma cales et les figures
stylis ques qui leur manque. Ils leur perme1ent aussi de développer une pensée
sub le, et leur ouvre l’accès à la culture et aux savoirs. (Chris an Montelle)
C’est un moment où l’on donne quelque chose sans demander des réponses à des ques ons … ni d’exécu-
ter une consigne, ni d’effectuer un exercice : C’est gratuit ! L’adulte donne quelque chose à l’enfant sans rien
demander en échange : lorsqu’on apprend à lire aux enfants, c’est pour qu’ils puissent ensuite lire seuls, et c’est
très bien ! Mais cela sous-entend un inves ssement à long terme. Le conte, c’est quelque chose que l’on fait
pour eux seulement, pour qu’ils reçoivent ac vement, sans rien demander en échange.
Le « merveilleux », c’est tout ce qui dans une histoire ne pourrait exister dans la réalité, mais c’est peut
être aussi tout ce qui est beau et qui nous émerveille.
Le conte est un domaine privilégié où la réflexion de l’adulte procure à l’enfant un plaisir intellectuel à son
niveau.
Le monde actuel mul plie les technologies nouvelles, modernes, fascinantes; les programmes scolaires et
les courants pédagogiques entrainent de plus en plus les enfants et les jeunes vers l’abstrac on, la rigueur de la
pensée scien fique… Tous ces ou ls de pensée sont précieux et efficaces mais ils excluent la nuance, l’entre-les-
lignes, le sous-entendu, le clin d’œil, la connivence, la contradic on.
Le conte donne aux enfants une provision de fantaisie, d’humour, de poésie. Ne nous privons pas de leur
raconter des histoires, nous les aiderons ainsi à mieux appréhender et comprendre le monde.
LECTURE— CONTE :
Il y a une différence entre lecture et conte :
Quand il lit, le lecteur choisit son rythme ; il peut s’arrêter, revenir en arrière, recommencer une phrase…
Le livre introduit un écran, une barrière entre le lecteur et l’auditeur ! (s’il s’agit de deux personnes dis nctes).
De plus, les illustra ons du livre contrarient l’imagina on de l’auditeur, créant une « réalité » qui ne peut
être celle que celui-ci se construisait intérieurement dans le fil de l’histoire.
Le conte écrit n’a pas nécessairement besoin de dialogues : il est fait pour être lui (il est important alors, que le
lecteur ne le lise que pour lui).
C’est plus simple et plus vivant. S’il est besoin d’un passé, u liser plutôt le passé composé (éventuellement
l’imparfait). Le passé simple est un temps de li1érature (donc fait pour être lu).
Eviter les : « il dit », « elle ajoute », « il répond » …. Le conteur est la bouche qui exprime ce que disent les per-
sonnages du conte.
RECIT— CONTE
Il ne faut pas confondre récit et conte :
Le récit se situe dans la narra on,
Le conte se situe dans la vie.
Pour raconter, il faut installer les personnages devant le conteur, c’est-à-dire, entre le conteur et le public.
Dans une légende, l’histoire est datée et localisée. La légende naît d’une par cularité historique, géographique
ou géologique.
SAVOIR et INTUITION :
Le conteur est un « découvreur » de forêt, puisque le conte est une forêt !
Le conteur ne se situe pas dans un savoir, mais dans une intui on.
« Le savoir est l’époux, la saveur est l’épouse, et leur fille est la vérité »
Henri GOUDAUD, Les dits de Maitre Shonglang, Seuil.
- récapituler (en 30 secondes, et pour lui), toute l’histoire : les noms, les lieux, les passages obligés, les objets
par culiers, la chanson ou la rece1e ou la formule magique …
- puis, il laisse ensuite l’histoire venir vers lui (au fur et à mesure qu’elle avance vers lui, il oublie tout et ne
fait que traduire en mots, les images qui se présentent à lui : il raconte le film !)
- se trouver dans une réelle envie de partager ce qu’il aime avec les gens qu’il aime (c’est ce qui donnera de
l’authen cité à son conte !)
Aussi, il est calme, concentré à regarder son conte. Il raconte tout ce qu’il voit. Il finit ses phrases, même si ce qu’il
va dire parait évident; et il ose répéter ce qu’il a déjà dit si les choses se répètent.
La vie du conte est dans le mouvement, le dialogue, l’échange : il faut donner le plus possible la parole aux person-
nages de l’histoire, c’est ainsi que le conte paraitra vivant.
Corps émo onnel Les sens L’effet produit et l’éveil pro- Ce que le mot suscite dans le
bable (et souvent incons- corps émo onnel de
Les mémoires sensi ves
cient) des mémoires an- l’homme, qui nourrit l’émo-
L’intui f ciennes onnel du conte.
Le créa f (« Je le savais, mais j’avais
oublié que je le savais! »)
DES CLEFS POUR ENTRER DANS LE CONTE :
En Turquie, on dit :
Au Moyen Orient :
Contes mythologiques
(nos racines)
Contes merveilleux
(nos rêves) Ils proposent des solu ons et se terminent toujours bien.
A la différence du héros mythologique, le héros d’un conte merveilleux n’existe que pendant ce1e quête. Les
contes merveilleux comportent des éléments constants et symboliques : forêt, eau, feu, certaines couleurs …
(Cf. Morphologie du conte Vladimir PROPP)
Contes é2ologiques
(notre chemin) Ils sont sources d’enseignement; ils expliquent … pourquoi les choses du monde sont/vont
ainsi.
Contes d’aver2ssement
(lois de vie et de mort)
Contes d’animaux
Contes de mensonges
Croquaient en caquetant
La poule y pond.
Kiki la cocotte offrit à Kiki la cocotte un coquet caraco kaki à col de caracul.
cacochyme, conquis par les coquins quinquets de Kiki la cocotte avait offert à Kiki la
Si ton tonton tond ton tonton, ton tonton est tondu Ane et ver et taupe ont-ils os?
Une bien bonne vieille bouteille de bien bon vin blanc vieux.
RÉDUCTION
D’UN MESSAGE ORAL
Dans un message transmis oralement, le récepteur est touché par le VERBAL et le NON VERBAL. Le
récepteur est sensible pour 7% aux mots u lisés, pour 56% à l’apparence physique, au regard, aux
gestes et pour 37% par la voix.
ÉMETTEUR RÉCEPTEUR
Ce qu’il sait
Ce qu’il veut dire 100%
Ce qu’il entend
60% (perturba ons sonores,
physiques, stress…)
Ce qu’il écoute
50% (tout ce qui n’est pas ses
centres d’intérêt)
Ce qu’il comprend
40% (son interpréta on,
ses jugements…)
Ce qu’il re ent
20% (les premiers et derniers mots,
la tonalité affec ve…)
CONTES DE FRANCE
Contes merveilleux des pays de France (2 vol.) Dagmar Fink - Iona
Trésor des Contes (6 vol.) Henri Pourrat - Gallimard
Contes Charles Perrault - Poche n° 6767
Contes du chat perché (bleu et rouge, 2 vol.) Marcel Aymé - Folio
Contes de la mort Jean Markale - Albin Michel
Contes du Lundi Alphonse Daudet - Poche n° 1058
7 contes Michel Tournier - Folio n° 264
Laïs de Marie de France Marie de France - Poche n° 4523
CONTES DE SAGESSE
Le cercle des menteurs Jean-Claude Carrière - Plon
Le bol et le baton, 120 contes zen Deshimaru - Albin Michel
Contes hassidiques J.L. Peretz - Stock
Les contes de Rabbi Nachman Mar n Buber - Stock
Le Mesveni, 150 contes soufis Rùmi - Albin Michel
Sagesses et malices de Nasreddine, le fou… Jihad Darwiche - Albin Michel