REPUBLIQUE ALGERIENNE DEMOCRATIQUE ET POPULAIRE
MINISTERE DE L’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR ET DE LA
RECHERCHE SCIENTIFIQUE UNIVERSITE Mouloud MAMMERI DE
TIZI-OUZOU
FACULTE DES SCIENCES ECONOMIQUES, DES SCIENCES
COMMERCIALES ET DE GESTION DEPARTEMENT DES
SCIENCES ECONOMIQUES
Mémoire en vue de l'obtention du
diplôme de magister en Sciences
de Gestion Option: Management
des entreprises
Thème
Impact des politiques d’aide à l’entrepreneuriat sur
l’émergence d’esprit d’entreprise chez les jeunes.
Cas : ANSEJ de Tizi-Ouzou.
Dirigé par : Présenté par : Docteur LEGHIMA Amina M r FIRLAS
Mohammed
Devant le jury composé de
:
Président : Mr SI-MOHAMED Djamel, Maître de Conférences (A), UMMTO. Rapporteur :
Mme AISSAT née LEGHIMA Amina, Maître de Conférences (A), UMMTO.
Examinateurs : Mme AKNINE Rosa, Maître de Conférences (B), UMMTO.
Mr OUKACI Kamel, Maître de Conférences (A), Université Bejaïa.
Date de soutenance : Juin
2012.
A la mémoire de mon père.
A ma mère, mon frère et ma sœur.
A tous ceux qui me sont chers.
Remerciements
Mes remerciements s’adressent aux nombreuses personnes qui m’ont apporté aide et
soutien tout au long de l’élaboration de ce mémoire.
Je remercie tout particulièrement :
➢ Cette recherche n'aurait sans doute été que l'ombre d'elle-même sans le soutien
constant, la présence de mon directeur de recherche, Docteur AISSAT née
LEGHIMA Amina. La disponibilité dont elle a fait montre, les conseils
toujours judicieux qu'elle m'a prodigués, la grande rigueur théorique et
méthodologique qu'elle m'a inculquée.
➢ Je suis très reconnaissant aux membres du jury qui m’ont fait l’honneur
d’accepter d’examiner et d’évaluer ce travail. Je remercie en particulier
Docteur AKNINE Rosa et Docteur OUKACI Kamel pour avoir accepté
l’invitation à participer au jury de thèse et à rapporter sur mon travail, et pour
l’intérêt qu’ils ont bien voulu manifester à mon travail.
Je remercie également le Docteur SI MOHAMED Djamel qui me fait l’honneur
de présider ce jury. Qu’ils trouvent ici l’expression de ma très respectueuse
reconnaissance.
➢ Et qu'aurait été cette recherche sans le milieu de pratique qui m'a accueilli, qui
a cru en mon projet de recherche, qui m'a permis d'avoir accès à toutes les
informations dont j'avais besoin et qui a fait en sorte de faciliter toutes les
démarches. Je tiens à remercier le formateur de l’ANSEJ de Tizi-Ouzou, Mr
HAMMOUR Abdelghani.
➢ Merci à vous tous qui avez contribué, de près ou de loin, à un moment ou à un
autre de cette recherche, à me soutenir, à me guider ou à me remettre en
question. Sans vous, cette recherche n'aurait sans doute pas été pareille.
1
Sommaire
2 Introduction générale.........................................................................
03
Chapitre1 : L’entrepreneuriat et esprit d’entreprise chez les jeunes.................... 11
Introduction.................................................................................... 11
Section 1 : Les théories explicatives de l’entrepreneuriat des
jeunes..................................................................................... 13 Section 2 : L’esprit
d’entreprise : éléments de définition.......................... 25 Section 3 : La création
d’entreprise.................................................. 47
Conclusion..................................................................................... 58
Chapitre 2 : Valoriser l’esprit d’entreprise : le rôle des politiques publiques....... 59
Introduction................................................................................... 59 Section 1 : La
nécessité d’encourager l’esprit d’entreprise....................... 61 Section 2 : Les politiques
publiques d’aide à l’entrepreneuriat.................. 71 Section 3 : L’accompagnement comme
élément clé d’une politique publique d’encouragement à
l’entrepreneuriat................................................. 82
Conclusion....................................................................................... 98
Chapitre 3 : Evolution de l’entrepreneuriat et les politiques publiques en faveur de la
création d’entreprise en Algérie.............................................................. 99
Introduction................................................................................... 99 Section 1 :
Hétérogénéité des systèmes entrepreneuriaux et évolution des politiques publiques
d’encouragement à l’esprit d’entreprise en
Algérie.................................................................................... 103 Section 2 : La petite
entreprise et son financement en Algérie.................. 114 Section 3 : Les dispositifs et les
structures d’aide et d’accompagnement à la création d’entreprise en
Algérie..................................................... 125
Conclusion.................................................................................... 141
Chapitre 4 : les aspects méthodologiques de la recherche, résultats, interprétation et
analyse.......................................................................................... 142
Introduction................................................................................... 142 Section 1 : La
démarche méthodologique............................................ 143 Section 2 : Résultats de
l’enquête réalisée auprès d’un échantillon de jeunes entrepreneurs qui sollicitent l’ANSEJ
de Tizi-Ouzou............................. 152 Section 3 : Analyse de l’impact des politiques
entrepreneuriale sur l’esprit d’entreprise des jeunes suite au recueil
d’informations............................ 173
Conclusion..................................................................................... 186
Conclusion générale et recommandations.............................................. 188
Bibliographie................................................................................... 199
Annexes........................................................................................ 201 Tables des
figures...................................................................................................... 224 Tables des
tableaux............................................................................ 225
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Introduction générale et problématique.
Introduction générale :
Présentement, dans les pays post-socialistes qui ont connu une vague de
reformes
économiques et un processus de transition vers l’économie libérale tels que l’Algérie,
l’importance de la création d’entreprise et par la suite des promoteurs créateurs est
vitale pour
la dynamique de
développement.
L’Algérie est engagée dans un processus de transformation de son système politique et
économique. En l’espace de quelques années, les systèmes reposant sur une
planification
centralisée et des grands complexes industriels ont été démantelés, les entreprises
d’Etat ont
été privatisées, les prix et le commerce ont été libéralisés et un cadre juridique et
institutionnel adapté à une économie de marché a été, pour une large part, construit.
L’entrepreneur est désormais placé au cœur des politiques de transition vers l'économie
de
marché. Il remplit un certain nombre de fonctions socio-économiques telles que :
création
d’emploi, soutien de l’innovation, amélioration de la concurrence et diminution de
l’inégalité
sociale entre autres indispensable pour le bon fonctionnement de l’économie de
marché
Nous signalons que l’entrepreneuriat en Algérie est né grâce aux réformes engagées
par les
pouvoirs publics il y a un peu plus de 20 ans. C’est à partir des années 1990, suite aux
changements sur tous les plans, internes et externes qui ont fait que l’Algérie s’oriente
vers
une nouvelle organisation ayant pour pierre angulaire encourager et développer l’esprit
d’entreprise.
Cependant, l’activité entrepreneuriale a pris tout son essor, à savoir la liberté des
entrepreneurs à créer des entreprises dans des secteurs de leur choix, et ce grâce à la
levée du
monopole de l’Etat sur l’activité économique et libérant les initiatives privées où l’Etat a
été
pendant plus de 30 ans le principal entrepreneur. Ainsi, un premier code des
investissements
était mis en place pour la première fois en Algérie en
1993.
Cette libéralisation de l’économie algérienne qui a été marqué dés le début de la
décennie quatre vingt dix par l’application des réformes économiques (réformes fiscales,
réformes bancaires, libéralisation des prix, libéralisation du commerce extérieur) qui
convergent vers un certain libéralisme réclamant ‘‘davantage d’État facilitateur’’ et
accompagnateur de l’initiative privée. Cette transition bouleverse profondément la
politique
économique du pays.
3
Introduction générale et problématique.
L’entrepreneuriat, levier de la création de richesses et d’emplois, désormais fait partie
des
stratégies de reconversion conduites par les pouvoirs publics, où la création d’entreprise
constitue une solution au problème d’exclusion social surtout le chômage des jeunes de
plus
en plus considérable dans la société
algérienne.
A partir de là, une nouvelle approche est mise en œuvre visant à développer l’esprit
d’entreprise et l’initiative privée. L’Algérie opte pour un recentrage dans le sens d’un
renforcement au profit de la petite entreprise. On assiste à une redéfinition du rôle de
l’Etat
facilitateur et accompagnateur de l’initiative privée. Cette tendance constitue au
préalable un
stimulant au développement de l’esprit d’entreprise vecteur du changement et de la
croissance
économique.
Cette volonté d'encouragement a cependant été associée à une autre idée très
tentante,
celle de la création d'entreprise comme une des solutions à la résorption du chômage,
dont le
taux est resté très élevé. Outre ses fonctions traditionnelles, l’entreprenariat peut
contribuer à
la création et à l’évolution efficaces d’un marché naissant et des institutions qui
l’accompagnent, mais aussi à la compréhension publique et individuelle de ce qui
constitue
une économie de marché. La création d’entreprises représente pour les individus un
changement important par rapport aux anciens schémas de comportement dans un
contexte
d’économie planifiée et centralisée ou` l’initiative privée était illégale. L’entrepreneuriat et
la
petite entreprise individuelle sont deux éléments de l’analyse de l’esprit d’entreprise qui
revêtent une importance particulière dans le contexte des économies en
transition.
La création d’emplois via la promotion de l’entreprenariat est aujourd’hui l’une des
grandes
priorités de la politique économique algérienne. C'est pourquoi une grande partie des
financements de l'encouragement à la création le furent en direction des demandeurs
d'emploi,
c'est-à-dire que les jeunes constituent une cible privilégiée de sensibilisation et
d’encouragement à l’esprit
d’entreprise.
Ces politiques ont pour but de mettre en place un climat économique général propice à
la
création des entreprises (fiscalité et réglementation) et de stimuler l’entreprenariat par
un
ensemble de mesures spécifiques incitatrices (aides financières, exonérations
fiscales,...)
Les pouvoirs publics sont désormais conscients de la nécessité d’encourager et
développer
l’esprit d’entreprise et la culture entrepreneuriale, et ont assigné à des institutions
publiques
les tâches de concevoir des politiques spécialement ciblées sur
l’entrepreneuriat.
4
Introduction générale et problématique.
Dans le cadre de sa stratégie de réforme, les autorités publiques ont mis en place des
organes
et des dispositifs nationaux destinés à promouvoir l’initiative individuelle et stimuler
l’activité
entrepreneuriale et le goût d’entreprendre à l’image de l’ANSEJ, ANDI, CNAC,
ANJEM,...
Le but de la présente étude n’est pas de dresser un profil de l’entrepreneur idéal
qui
préciserait toutes les combinaisons de caractéristiques et de compétences requises;
mais de
dresser un inventaire des qualités, compétences et conditions qui, selon les
entrepreneurs,
semblent nécessaires pour aboutir à une création d’entreprise réussie. En effet, qui est
le plus
à même de nous en informer si ce n'est les entrepreneurs eux-
mêmes ?
Présenter un état des lieux des principaux positionnements théoriques et contextuels
des
auteurs ayant décrit les concepts liés à l’entrepreneuriat des jeunes, esprit d’entreprise,
à
l’entrepreneur et à la notion de création d’entreprise fera l’objet de notre premier
chapitre.
Dans le deuxième chapitre notre étude se focalisera sur le rôle de l’Etat à travers de
différents
instruments dans l’encouragement des entrepreneurs et les jeunes en particulier. Et
comment
un dispositif d’accompagnement peut-il contribuer au développement d’une culture et
d’un
esprit entrepreneurial.
Quant au troisième chapitre, il fera l’objet d’un éclairage global sur l’évolution des
systèmes
entrepreneuriaux en Algérie, ainsi le cadre réglementaire et institutionnel en faveur de
l’entrepreneuriat et la création des
entreprises.
Compte tenu des considérables études et de la complexité des modèles qui sont
proposés pour
caractériser le champ de l’entrepreneuriat, nous avons souhaité restituer une
représentation
suffisamment pertinente de la réalité. Nous estimons que la connaissance des
comportements
entrepreneuriaux dépend du travail de terrain. C’est la raison pour laquelle notre travail
se
base sur une approche qualitative, par le biais d’entretiens par questionnaire, cherchant
à
repérer les profils et spécificités des personnes interrogées et à recueillir des
informations
relatives aux qualités et compétences qu’elles mettent en œuvre. Par conséquent, nous
traiterons, dans le dernier chapitre, la méthodologie retenue dans le cadre de notre
étude.
5
Introduction générale et problématique.
1. Enoncé de la problématique :
La création d’entreprise représente aujourd’hui un enjeu économique et social
important dans le monde. Elle s’est avérée comme un moteur pour le développement
des
économies des pays.
Dès lors, beaucoup d’auteurs la considèrent comme un élément fondamental de la
croissance
économique et de la création d’emplois d’un pays. Ils avancent que les similitudes et les
différences entre les divers pays dépendent essentiellement des écarts de leur taux
d’emploi et
du développement de nouvelles entreprises, souvent de taille petite ou
moyenne.
Les chercheurs en entrepreneuriat s’accordent à signaler que nul n’est programmé
génétiquement pour devenir entrepreneur, on ne nait pas entrepreneur, mais on le
devient car
l’entrepreneuriat est un mode de comportement, c’est une attitude qui peut-être
encouragée,
favorisée, contrariée, soit, mais on peut apprendre à modifier son comportement et on
peut y
arriver.
De nos jours, il n’y a quasiment aucun pays qui n’ait pas une politique volontariste de
développement et de mobilisation de l’entrepreneuriat sous forme de programmes,
d’outils et
de structures d’aide à la création
d’entreprises.
Par le biais des différents dispositifs institués pour encourager les entrepreneurs à
entreprendre, l’Etat de nos jours se voit comme un acteur considérable d’incitateur à
l’entrepreneuriat.
Durant les deux dernières décennies, il est vrai qu’en Algérie, la participation des
jeunes à la
vie économique, en général, et à la création d’entreprise a connu un développement
remarquable et rapide. Désormais, les jeunes entrepreneurs attirent une attention
particulière
des instances nationales. Mais cette réalité socio-économique n’a pas fait l’objet d’une
attention suffisante de la part des chercheurs. Cependant, le concept même de
l’entrepreneuriat des jeunes est difficile à
cerner.
A partir de cette vision, notre étude porte sur l’émergence de l’esprit d’entreprise. Celui-
ci se
répand dans de nombreuses structures d’accompagnement publiques, auprès des
jeunes
entrepreneurs. Chaque dispositif d’accompagnement a un angle d’approche particulier
dans
l’encouragement à l’entrepreneuriat et de nombreuses interrogations et doutes
subsistent
encore sur cette discipline et sur les effets escomptés. Nous pouvons constater,
néanmoins,
que de façon générale, l’accent est mis plus particulièrement sur les attentes des jeunes
en
matière de création d’entreprise et
l’entrepreneuriat.
6
Introduction générale et problématique.
En ce qui concerne cette étude sur l’entrepreneuriat, nous souhaitons aborder le
processus de
développement de l’esprit d’entreprise de façon plus large et montrer qu’il existe une
répercussion sur l’ensemble des actions entrepreneuriales entreprises par les
jeunes.
Nous cherchons à savoir en quoi un politique de promotion à l’entrepreneuriat
basée
sur les dispositifs génériques d’aide (avantages financiers et fiscaux) peut favoriser
l’émergence et le développement de l’esprit d’entreprise, au sens large, des jeunes et
agir sur
ses comportements et ses attitudes. Cette politique entrepreneuriale devrait modifier,
voir
transmettre, des capacités et aptitudes entrepreneuriales chez un jeune et lui permettre
d’être
plus entreprenant, en toute circonstance, quels que soient le contexte, la situation et la
structure sociale dans lesquels il
évoluera.
Ceci nous amène à nous poser la question
suivante :
En quoi un programme d’aide à la création des entreprises peut favoriser
l’émergence
de l’esprit d’entreprise des
jeunes?
En effet, il s'agissait d'analyser dans quelle mesure les politiques d’accompagnement à
l'entrepreneuriat était ou non facteur de développement de l’esprit d’entreprise chez les
jeunes
et dans quelle mesure un dispositif spécifique tel que l'A.N.S.E.J y
contribuait.
Une politique d’encouragement à la création d’entreprise peut-elle donner le goût
d'entreprendre aux jeunes et quelles sont ses capacités à développer l’esprit
d’entreprise ?
Une politique entrepreneuriale prend toute sa signification et s’inscrit dans la recherche
de
nouveaux éléments à mettre en place dans les programmes destinés à l’entrepreneuriat,
pour
favoriser et développer l’esprit d’entreprise des
jeunes.
En s’appuyant sur le concept d’intention d’entreprendre qui est largement mobilisée
dans la
littérature en entrepreneuriat pour prévoir et comprendre les facteurs influant sur les
comportements entrepreneuriaux, nous nous focalisons sur l’évolution de cette intention
d’entreprendre chez les
jeunes.
Notre supposition de départ sera donc les politiques publiques, par la multiplicité des
systèmes d’appui et de soutien à la création d’entreprise, peut contribuer à insuffler
l’esprit
d’entreprise.
7
Introduction générale et problématique.
En fait, La création d'entreprise est un acte qui naît au sein d'un processus en
construction. En
amont de celui-ci, de multiples recherches ont tenté d'expliquer les causes qui amènent
les
individus à devenir entrepreneur.
➢ L’esprit d’entreprise peut-il
émerger ?
Cette interrogation, nous fait savoir si l’esprit d’entreprise peut s’acquérir ou pas,
et
quelles sont les facteurs qui peuvent influencer sont
apparition ?
Pour savoir si l’esprit d’entreprise peut émerger, il faudrait au préalable s’interroger
qu’est ce
que « esprit d’entreprise » veut dire ? Et puis dans quelles conditions émerge
t-il ?
La réponse à la première question est largement débattue dans le premier
chapitre.
Pour la seconde question, si l'on conçoit l'entrepreneuriat comme un ensemble
d’aptitudes et
d'attitudes s’exprimant par des perceptions, des intentions, des actes et des
comportements,
alors l’environnement porteur et diffuseur des cultures, peut (doit) être le vecteur de ces
diverses composantes de l’esprit
d’entreprise.
Dans ce cas, l’esprit d’entreprise sous l’influence des facteurs externes à l’individu peut
émerger et se développer. Alors, quel rôle peut jouer les facteurs institutionnels
(dispositifs
d’aide) pour favoriser ou inhiber l’esprit d’entreprise, les actes et les comportements
entrepreneuriaux ?
Dans un remarquable panorama où nous découvrons des travaux traitant de l'influence
des
facteurs sociaux, culturels, ethniques, institutionnels et économiques sur la formation de
l'événement entrepreneurial, Shapero et Sokol (1982), sont les premiers qui ont éclairé
l'optique processuelle du phénomène entrepreneurial. Ils tentent de comprendre le
déclenchement d'un événement entrepreneurial en le corrélant avec des facteurs
situationnels
et individuels. Tout événement entrepreneurial, font-ils remarquer, est la fin d'un
processus et le début d'un autre.1
2. Intérêt de la recherche :
Notre travail avant tout constitue un travail académique, il présente à la fois un intérêt
théorique et méthodologique, un intérêt pratique et managérial et enfin un intérêt pour
l’action
politique.
1TOUNES. A : « L'intention entrepreneuriale : Une recherche comparative entre des étudiants suivant des
formations en entrepreneuriat (bac+5) et des étudiants en DESS CAAE », Thèse pour le doctorat ès Sciences
de Gestion, Université de Rouen, 2003, p 35.
8
Introduction générale et problématique.
2.1.L’intérêt théorique et méthodologique
:
Comme l’entrepreneuriat féminin et immigré, l’entrepreneuriat des jeunes est labellisé
dans la
littérature comme entrepreneuriat des minorités. Cette labellisation justifie qu’il fait l’objet
d’études spécifiques.
Pour ce qui est de l’Algérie, la population des jeunes (moins de 30 ans) représente
environ 65%2 de la population globale. Mais le constat est que l’intérêt pour
l’entrepreneuriat par cette
population reste marginal, ainsi peu de jeunes sont intéressés par une carrière
entrepreneuriale
et être indépendant, la majorité préfèrent une carrière
salariale.
Désormais, les jeunes entrepreneurs attirent une attention particulière des instances
locales et
nationales. Mais cette réalité socio-économique n’a pas fait l’objet d’une attention
suffisante
de la part des
chercheurs.
En tout état de cause, cette sous-représentation apparente des jeunes dans
l’entrepreneuriat en
Algérie et l’impact des dispositifs étatiques sur l’action d’entreprendre chez ces derniers
n’est
pas sans poser des questions théoriques et méthodologiques auxquelles notre travail
devra
apporter des éléments de
réponse.
Etudier cette catégorie d’entrepreneurs s’avère très pertinent dans la mesure où ça va
nous
permettre de dévoiler la perception et la motivation principale que possèdent les jeunes
à
l’égard de l’entrepreneuriat et déduire les influences exercées par les dispositifs de
soutien sur
leur logique entrepreneuriale.
Dès lors, l’émergence de la recherche sur l’entrepreneuriat des jeunes favorise une
mise en
place des solutions stratégiques et efficace pour faire face aux problèmes d’insertion, au
chômage et à promouvoir l’esprit
d’entreprise.
D'un point de vue scientifique, cette thématique reste très peu étudiée. En outre, elle
mobilise
des cadres théoriques originaux qui nous semblent
porteurs.
Par ailleurs, cette recherche mettra en œuvre une méthodologie originale reposant sur
la
collecte de données qualitatives, qui occupe une place de plus en plus importante dans
les
travaux en sciences de
gestion.
2 Données de l’O.N.S (Office National des Statistiques), 2008.
9
Introduction générale et problématique.
[Link]érêt pratique et managérial :
Etudier l’impact des dispositifs d’aide sur l’émergence d’esprit d’entreprise, donne une
vision
claire aux experts de l’accompagnement pour étudier l’aménagement nécessaire à
apporter
aux dispositifs existants pour accompagner les publics en difficulté tels que les jeunes et
faire
émerger un esprit entrepreneurial. Ainsi, aller plus loin non seulement au-delà de la
seule
création d’une entreprise mais toucher à des aspects comme la prise de risque et
l’innovation.
L’intérêt pratique à travers notre travail, consiste à identifier les « bonnes pratiques »
des
chargés de mission en matière d’accompagnement des jeunes porteurs de projet et
d’offrir,
aux accompagnants, un guide pour l’action lorsqu’ils sont face à ce type de
public.
Le repérage de l’impact des dispositifs sur l’esprit d’entreprise des jeunes au cours du
processus entrepreneurial est un élément constitutif pour l’élaboration de ce guide à
l’usage
des accompagnants.
[Link] intérêt pour l’action politique :
Pour les pouvoirs publics, l’enjeu consiste à évaluer si l’encouragement à
l’entrepreneuriat est
une voie à suivre pour favoriser l’émergence de l’esprit d’entreprise des publics jeunes
en
situation de difficulté dans la société. Il est vrai que la création des entreprises retient
l’attention des décideurs comme étant la principale source d’emploi. L’entrepreneuriat
des
jeunes (création du premier emploi) semble constituer une composante importante de la
stratégie de développement de
l’entrepreneuriat.
La visée politique de notre étude rejoint la visée managériale puisque si l’on démontre
que
l’esprit d’entreprise est un facteur essentiel pour créer une entreprise, on se demandera
aussitôt comment on peut l’encourager, l’émerger et le renforcer là où il existe à travers
la
mise en place de politiques et de programmes par les autorités
publiques.
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Chapitre 1 : Entrepreneuriat et esprit d’entreprise chez les
jeunes.
Introduction :
Phénomène mondial, les jeunes créateurs d’entreprises sont de plus en plus
nombreux.
Ils témoignent d’un intérêt croissant pour l’entrepreneuriat. Statistiquement, les jeunes
créateurs d’entreprises occupent une place importante parmi les entrepreneurs, ils sont
considérés comme plus dynamiques, plus motivés, et avec une grande capacité
d’adaptation
aux mécanismes de l’économie de marché par rapport aux générations
antérieurs.
La création d’entreprises par les jeunes attire aujourd’hui une attention particulière des
instances locales, régionales, nationales et voire même internationale. Elle apparait
comme
une solution stratégique performante pour répondre aux problèmes d’insertion et de
chômage
des populations jeunes et devient un enjeu majeur dans les politiques de promotion de
l’esprit
d’entreprise des pays. Ainsi, elle est devenue un sujet incontournable depuis quelques
années
et les origines de cet intérêt sont
diverses.
D’abord, on repère une première demande locale de la part des collectivités locales
dans le
but de développer ou de redynamiser leur tissu économique et, in fine, de créer ou de
sauvegarder des emplois.
On repère également une demande sociale plus large de la part des entreprises qui
cherchent
notamment de plus en plus à recruter et à fidéliser des jeunes cadres dynamiques,
responsables, autonomes, en un mot entrepreneurs. L’entrepreneuriat des jeunes doit
donc être
désormais une option possible de carrière
professionnelle.
A partir de là, il est utile de signaler que le domaine de l’entrepreneuriat en Algérie ne
cesse
de connaitre un essor prompt et sans précédent. Cette démarche s’inscrit dans la
volonté des
pouvoirs publics algériens pour résorber le chômage et surtout celui des jeunes d’une
part et
pour déployer un esprit entrepreneurial s’incarnant dans le développement de l’action et
l’initiative individuelle d’autre part.
Le premier chapitre de notre travail a pour objectif de préciser le positionnement
théorique de
notre recherche dans le champ entrepreneurial. Comment encourager les jeunes
chômeurs à
choisir une carrière entrepreneuriale? Et-il possible de stimuler la création d’entreprise
dans
cette frange de la population ? Et aussi, de donner un éclairage à travers les définitions
des
concepts. Notre présentation reprend des approches et des définitions du concept
d’entrepreneuriat afin de le situer dans la construction
théorique.
11
Chapitre 1 : Entrepreneuriat et esprit d’entreprise chez les
jeunes.
Nous donnons notre propre acception de ce concept en nous inscrivant dans une
dimension
processuelle.
Ensuite, nous mettons en relief des modèles processuels en vue de rendre compte de la
diversité, de la multi-dimensionnalisé et de la complexité du phénomène
entrepreneurial.
Afin de répondre à ces questions, nous nous référerons tout d’abord à la théorie du
processus
entrepreneurial pour expliquer les fondements de l’esprit d’entreprise et à celle de la
carrière
entrepreneuriale. Nous montrerons que notre recherche se situe en amont du processus
entrepreneurial, avant l’engagement dans une création réelle, lorsque l’intention
d’entreprendre émerge et se
développe.
12
Chapitre 1 : Entrepreneuriat et esprit d’entreprise chez les
jeunes.
Section 1 : Les théories explicatives de l’entrepreneuriat des
jeunes :
1.1. L’entrepreneuriat et les
jeunes :
Dans la littérature entrepreneuriale sur les jeunes entrepreneurs, plusieurs
chercheurs
mettent le point sur les handicaps des jeunes entrepreneurs mais peu de travaux
donnent des
informations en vue de comprendre la situation entrepreneuriale de cette catégorie pour
faciliter les actions visant à le
promouvoir.
Selon Fayolle (1996), « les jeunes ingénieurs sont peu enclins à créer et à reprendre
des entreprises »3. Il a aussi montré à travers d’autres enquêtes que chez les jeunes
ingénieurs en
France il y a qu’un intérêt marginal pour la création d’entreprise du fait des formations
souvent inadapté a cet objectif, et aussi de perspectives de rémunérations et de
carrières
considérées comme tout à fait
satisfaisante.
Alors, des auteurs suggèrent d’orienter d’avantage les recherches sur les
minorités, les
femmes, les immigrés et les jeunes...D’autres, plutôt ont suggéré qu’il faut encourager
les
jeunes à se lancer dans les affaires. La carrière entrepreneuriale doit être considérée
comme
un choix professionnel. Il est judicieux d’ajouter qu’il n’y a pas beaucoup de recherches
sur
les jeunes entrepreneurs. De ce fait, il manque d’informations et de compréhension sur
les
prédispositions entrepreneuriales des jeunes, sur leur processus d’entreprendre ainsi
que sur
les problèmes qu’ils rencontrent.
Plusieurs autres chercheurs ont aussi postulé que les jeunes ont une forte
confiance en
eux, ils sont énergétiques et enthousiastes. Ainsi, étudier cette catégorie d’entrepreneur
s’avère très pertinent dont la mesure ou il nous permettra de dévoiler la perception et la
motivation principale que possèdent les jeunes à l’égard de
l’entrepreneuriat.
Dès lors, l’émergence de la recherche sur l’entrepreneuriat des jeunes favorise une
mise en
place des solutions stratégiques et efficace pour faire face aux problèmes d’insertion, au
chômage et à promouvoir l’esprit d’entreprise. La littérature portant sur l’entrepreneuriat,
comme le résume Bruyat (1993)4, a révélé que la création d’entreprise s’articule au tour
de
quatre axes : l’individu, l’entreprise, l’environnement et son
processus.
3 FAYOLLE. A : « Contribution à l'étude des comportements entrepreneuriaux des ingénieurs français », Thèse
de Doctorat en Sciences de Gestion, Université Jean Moulin - Lyon 3, 1996. 4 BRUYAT. C : « Création
d’entreprise : contributions épistémologiques et modélisation », Thèse pour le Doctorat de Sciences de
Gestion, ESA- Université Grenoble II, 1993.
13
Chapitre 1 : Entrepreneuriat et esprit d’entreprise chez les
jeunes.
Toutefois, le domaine de recherche sur l’entrepreneuriat des jeunes est très peu
développé
alors que le nombre de créations par les jeunes devient de plus en plus
important.
On ne saurait trop insister sur l'importance de favoriser l’esprit d’entreprise et une
culture entrepreneuriale chez les jeunes et de les inciter à envisager l'entrepreneuriat
comme
option de carrière. Les changements socio-économiques majeurs ont certes eu
d'importantes
répercussions sur la société en général, mais les jeunes ont été particulièrement
touchés.
Comme le chômage affecte de plus en plus de jeunes aujourd'hui, il faut non seulement
les
inciter à envisager l'entrepreneuriat comme choix de carrière, mais aussi leur fournir le
soutien voulu pour les aider à mener leur projet à
terme.
L'importance de l'entrepreneuriat chez les jeunes a été bien résumée dans un rapport
publié par la Fondation canadienne de la jeunesse 5. Dans les options suggérées pour
régler le
problème du chômage chez les jeunes, les auteurs indiquent que même si
l'entrepreneuriat
n'est pas la solution, mais il est une façon de commencer à s'occuper des questions
sociales et
personnelles touchant la jeunesse et le marché du
chômage.
Pour comprendre le phénomène de la création d’entreprise par les jeunes, nous
adaptons une vision évolutive qui considère la création d’entreprise comme un
processus.
Deux théories permettent d’expliquer le développement de la carrière entrepreneuriale
et le
processus de création d’une entreprise. Nous exposons d’abord ces deux théories
parallèles :
la théorie de l’engagement dans le processus de création et la théorie de la carrière
entrepreneuriale. Ensuite, nous clarifions la position de notre recherche dans ce
processus
évolutif.
1.2. Les théories explicatives de l’entrepreneuriat des
jeunes :
1.2.1. La théorie du processus entrepreneurial : de la perception à la recherche de
création
Les échecs des recherches classiques de causalité atemporelle ont contribué à la
reconnaissance de la notion de processus par les chercheurs en entrepreneuriat
(Fayolle, 2004b)6.
5 FCEI (Fédération Canadienne de l’entreprise indépendante) Perspectives d’embauche : les attentes des
jeunes et des PME en matière d’emploi, 2000. 6 FAYOLLE. A : « Entrepreneuriat et processus: faire du
processus un objet de recherche et mieux prendre en compte la dimension processus dans les recherches »,
Communication au 7ème Congrès International Francophone en Entrepreneuriat et PME. 27 – 29 Octobre,
Montpellier, 2004.
14
Chapitre 1 : Entrepreneuriat et esprit d’entreprise chez les
jeunes.
Ainsi, la notion de processus a mis du temps pour être reconnue par les chercheurs en
entrepreneuriat et ce n’est qu’au début des années 1990 que cette reconnaissance peut
être
située, en déplaçant les recherches vers le «
comment ».
Un processus entrepreneurial est une vue dynamique de la création d’entreprise.
Il correspond à un ensemble de décisions, d’actions et d’orientations, qui sont prises en
fonction des perceptions de l’entrepreneur (ou de l’équipe entrepreneuriale) concernant
les
buts du projet, ses propres motivations, les ressources disponibles et l'état de
l’environnement (Fayolle, 2005)7. Bruyat (1993)8, a proposé un modèle processuel de la
création d’entreprise ; Le processus
consiste en six étapes :
1)- l’action de créer n’est pas perçue par l’individu du fait d’une insuffisance
d’informations
liée à l’éducation, à la personnalité et/ou à l’environnement de
l’individu ;
2)- l’action de créer est perçue par l’individu, il a l’information suffisante pour savoir et
comprendre la création d’entreprise, mais la création ne fait pas l’objet d’une réflexion à
ce
stade ;
3)- l’action de créer est envisagée, la création est considérée comme une alternative à
la
situation actuelle. L’acteur tente d’identifier une idée de création sans y consacrer
beaucoup
de temps et d’énergie ;
4)- l’action est recherchée, l’individu cherche activement une idée et essaie de l’évaluer.
L’acteur agit, recherche des informations, réalise des études, développe son projet et
investit
du temps et de l’argent ;
5)- l’action est lancée, l’entreprise est créée, commence à produire et à
vendre ;
6)- l’action est réalisée, l’entreprise assure son équilibre d’exploitation, la créateur a
apporté
la preuve que son projet était
viable.
Pour passer au déclenchement du processus entrepreneurial, l’action de créer doit être
perçue comme désirée et possible. De plus, Bruyat (1993) 9 ajoute que le futur «
entrepreneur »
considère ses aspirations, ses compétences, ses ressources et son environnement pour
se
décider à créer (Configuration Stratégique Instantanée
Perçue).
7 FAYOLLE. A : « Introduction à l’entrepreneuriat », Edition Dunod, Paris, 2005, p 38. 8
BRUYAT. C, (1993), op. cit 9 BRUYAT. C, (1993), op. cit
15
Chapitre 1 : Entrepreneuriat et esprit d’entreprise chez les
jeunes.
Si la CSIP comporte des tensions et des contradictions liées à des insatisfactions
professionnelles ou à l’existence de projets concurrents et incompatibles, l’individu
passe à
l’étape 4 ; il envisage alors sérieusement de créer, et consacre du temps et des moyens
à ses
recherches. Pour qu'il y ait création d'entreprise, il faut donc qu’il existe une intention de
créer
préalable et que l’un des éléments de la CSIP se
déplace.
Selon Fayolle (2005)10, le déclenchement peut se produire sous l'effet d'un
déplacement, sans
que l'intention soit élevée. Le déclenchement peut également survenir sous la pression
d'une
intention très forte, conduisant à une planification des premières opérations telles que la
recherche d'une idée ou d'une
opportunité.
Mais le modèle ne dit pas ce qui conduit à la perception de la création comme possibilité
de
carrière (passage de l’étape 1 à 2) et ce qui permet la formation d’une intention au
départ
(passage de l’étape 2 à 3). Les théories de l’intention entrepreneuriale que nous
exposerons
juste après permettent de proposer des hypothèses précises. Mais avant de les
développer, il
faut évoquer la théorie alternative de la carrière entrepreneuriale qui dessine un cadre
de
compréhension globale des facteurs influant sur le choix de devenir
entrepreneur.
1.2.2. La théorie de la carrière entrepreneuriale : le choix de carrière et le
développement de l’identité
entrepreneuriale
Malgré le manque d’intégration des recherches sur les carrières et sur le
processus
d’entrepreneuriat, quelques chercheurs ont tenté de bâtir un cadre théorique intégré
pour
l’étude de la carrière des entrepreneurs. Ainsi, plusieurs auteurs tels que Gasse et
Fayolle
proposent, à partir d’une approche centrée sur le courant développementaliste, de
compléter
les approches traditionnelles par les traits (qualités et caractéristiques personnelles de
l’entrepreneur) par l’intégration de variables telles que le niveau d’éducation,
l’environnement
familial de l’enfance, l’histoire professionnelle, le parcours développemental à l’âge
jeune,
etc. Un peu plus récemment, cette perspective s’est élargie et elle a donné naissance à
un
modèle théorique qui repose sur quatre dimensions fortes de l’étude des
carrières:
10 FAYOLLE. A, (2005), op. cit
16
Chapitre 1 : Entrepreneuriat et esprit d’entreprise chez les
jeunes.
1)- la théorie du choix de carrières, explique les facteurs individuels, sociaux,
économiques et
politico-institutionnels qui influencent le choix d’une carrière entrepreneuriale par un
individu ;
2)- la théorie de la socialisation, présente les expériences, de l’éducation,
professionnelles ou
de création antérieures qui préparent l’individu à remplir un rôle professionnel
entrepreneurial ;
3)- la théorie de l'orientation de carrière explique comment un individu s'oriente vers le
rôle
d'un entrepreneur ;
4)- la théorie de la progression de carrière décrit les différents rôles adoptés par les
entrepreneurs au cours du temps et les dilemmes qu'ils ont pendant différentes
périodes.
Les deux premières dimensions tendent à identifier les facteurs et les expériences qui
pourraient encourager l’esprit d’entreprise des jeunes et à choisir une carrière
entrepreneuriale. Les facteurs et les expériences proposés sont les
suivants :
1. Les facteurs individuels : la recherche en entrepreneuriat sur les facteurs
individuels
avait au départ insisté sur les facteurs psychologiques et leurs effets pour
stimuler les
individus à chercher une carrière. Plus récemment, d’autres chercheurs ont
proposé de
nouveaux facteurs qui peuvent mieux prédire les comportements
entrepreneuriaux,
comme le genre, l'attitude favorable vis-à-vis de l’entrepreneuriat, la cognition
sociale
et les processus cognitifs. Ces deux sortes de facteurs sont incluses dans la
théorie du
choix de carrière entrepreneuriale. 2. Les facteurs sociaux : Reynolds (1991)11 a
noté que les facteurs sociaux pourraient
influencer la décision individuelle de devenir un entrepreneur. Plusieurs
recherches
ont montré que l’environnement social d’où provient un individu a un impact sur
sa
motivation à suivre une carrière entrepreneuriale ; l’individu provenant d’un milieu
socialement défavorable est plus motivé pour prendre le contrôle sur ce qu'il
considère
comme un monde hostile et peu attirant. D’autres recherches ont montré que des
expériences entrepreneuriales dans la famille et le soutien de la famille lors de la
création ont un impact favorable sur le choix de carrière entrepreneuriale. La
race, la
culture nationale et les soutiens du gouvernement jouent aussi un rôle très
important.
11 REYNOLDS (1991), cité par WANG. Y : « L’évolution de l’intention et le développement de l’esprit
d’entreprendre des élèves ingénieurs d’une école française : une étude longitudinale », thèse pour l’obtention
de Docteur en Génie Industriel, Ecole Centrale de Lille, 2010, p 27.
17
Chapitre 1 : Entrepreneuriat et esprit d’entreprise chez les
jeunes.
3. Les facteurs économiques : jouent aussi un rôle dans le choix : l’action de
création
est lancée soit quand il y a un manque d'opportunités d'emploi dans les
organisations
existantes, soit quand la croissance économique offre des opportunités. Le
réseau des
ressources dont l'individu dispose peut aussi favoriser la décision de la
création.
4. Les expériences précoces dans la famille, au cours de l'enfance, à l’école ou
à
l’université ainsi que certaines expériences professionnelles peuvent
encourager
des comportements voire même des carrières. Les cours et les formations
spécialisés
en entrepreneuriat ont un effet positif ; les expériences professionnelles négatives
peuvent conduire l'individu vers la
création.
On a supposé que des nouvelles recherches sur la socialisation entrepreneuriale
conduiraient probablement à des modèles qui seraient plus prédictifs des
comportements
entrepreneuriaux que ceux qui ont été fondés uniquement sur des facteurs
individuels.
Si les deux premières dimensions décrivent les facteurs et les expériences qui
pourraient
influencer le choix de devenir un entrepreneur, la troisième dimension explique
comment
un individu s’oriente vers l’identité et différents rôles d’entrepreneur qu’il pourrait
adopter
une fois engagé dans la création. Cette orientation du rôle consiste en deux
étapes :
- accepter le rôle général d’un entrepreneur, c’est-à-dire de créer sa propre
entreprise et être le propriétaire de cette
entreprise ;
- développer un rôle entrepreneurial spécifique. Plusieurs recherches dans le
champ
ont montré qu’il existe différents types d’orientations de l’identité et de rôles
pendant la carrière d’un entrepreneur : certains entrepreneurs se focalisent
sur le
développement technologique, alors que d’autres s’orientent plutôt vers le
développement économique. Mais l’étude de l’identité entrepreneuriale des
entrepreneurs potentiels est encore
rare.
L’identité est la manière dont l’individu fait face à ses propres attentes ou à celle des
autres.
Elle est construite de manière dynamique, multidimensionnelle et complexe, et se
transmet
par des socialisations successives : histoire biographique, parcours scolaire,
expériences
professionnelles, valeurs et représentations collectives, etc. peuvent influencer cette
identité.
En même temps, la construction progressive de cette identité contribue à orienter
l’individu
dans son contexte, donne un sens à ses expériences, et fournit des indications pour
l'action.
Si l’individu choisit une identité entrepreneuriale, il imagine donc certaines situations
entrepreneuriales et y ajuste son
comportement.
18
Chapitre 1 : Entrepreneuriat et esprit d’entreprise chez les
jeunes.
Ceci le fait de passer d’une situation où il se conforme aux attentes des autres, comme
le
travail et les rôles familiaux, à la création de nouvelle identité. Ce changement exige de
la
confiance en soi et l’auto-efficacité de l’individu pour qu'il se sente capable d'y
arriver.
Quand l’individu s’intègre dans sa carrière, il développe une meilleure
connaissance
de lui-même, plus claire en termes de capacités, motivations et valeurs ; l’identité
entrepreneuriale est ancrée dans les valeurs et les expériences professionnelles, celles
liées à
l'éducation ainsi que dans les motivations ; elle renforce et fait évoluer l’intention
entrepreneuriale selon les circonstances. Des facteurs externes, comme la culture
entrepreneuriale ou l'existence de modèle de rôle entrepreneurial, ont une certaine
influence
sur l’identité entrepreneuriale.
Cette théorie intégrée du choix de carrière et du développement de l’identité
entrepreneuriale
présente deux intérêts à nos yeux. Tout d’abord, elle permet de décrire l’ensemble des
facteurs éducatifs, sociaux et institutionnels impactant sur le choix. D’autre part, en
suivant le
processus de développement identitaire de l’individu, elle rend visible le rôle de
l’intégration
dans des milieux éducatifs favorables et de la participation à des expériences sensibles
telles
que la prise de responsabilité.
1.3. La théorie de l’intention d’entreprendre et émergence de l’esprit
d’entreprise :
Pour expliquer le phénomène de création d’entreprise, plusieurs courants de
pensées se
sont succédés en entrepreneuriat. Depuis des années, la majorité des recherches sont
focalisées sur les caractéristiques individuelles « approche par les traits de personnalité
», afin
de trouver leurs liens avec la décision de créer une entreprise. Mais, les recherches
dans cette
voie sont considérées comme illusoires et incapables de prédire le choix de carrière
entrepreneuriale.
Pour répondre aux limites des approches centrées sur les caractéristiques individuelles,
d’autres auteurs ont considéré l’entrepreneuriat comme étant déterminé par un contexte
social,
culturel, politique et économique. Des relations fortes et générales entre les
caractéristiques
environnementales et l’émergence de l’esprit d’entreprise et voire même avec la
création
d’entreprise ont pu être établies.
19
Chapitre 1 : Entrepreneuriat et esprit d’entreprise chez les
jeunes.
Pour pallier les limites des deux approches précédentes, l’approche interactionniste a vu
le
jour qui considère que l’acte d’entreprendre est un phénomène complexe et
multidimensionnel. Les caractéristiques individuelles et les facteurs de contexte doivent
être
pris en compte.
Pour appréhender l’esprit d’entreprise en amont de la phase de la création et de
l’intention de créer une entreprise, on a choisi de nous inspirer du modèle d’intention
d’Ajzen (1991)12. Dans cette approche, les modèles d’intention entrepreneuriale
inspirent aujourd’hui
le plus grand nombre de chercheurs en
entrepreneuriat.
1.3.1. La théorie de l’action raisonnée et du comportement planifié d’Ajzen
(1991) :
La théorie du comportement planifié s’inscrit dans la famille des modèles
d’intention,
largement mobilisée pour tenter d’expliquer l’apparition du comportement
entrepreneurial, en
particulier la création d’entreprise. Pour de nombreux auteurs, la création d’une
entreprise est
un comportement planifié et donc
intentionnel.
Dans ces conditions, l’intention semble offrir un cadre cohérent pour atteindre une
meilleure
compréhension des processus d’émergence de l’esprit d’entreprise chez les
jeunes.
Selon cette théorie, tout comportement intentionnel peut être prédit par l’intention d’avoir
un
comportement donné, c'est-à-dire qu’il suppose que les intentions englobent les effets
des
motivations qui influent les individus est déterminée par trois
éléments :
1- Son attitude à l’égard du comportement concerné : elle renvoie au degré
d’appréciation que la personne porte sur ce comportement, et pour notre étude
repose
sur les valeurs professionnelles des jeunes et sa vision de
l’entrepreneuriat.
2- La perception des normes sociales : celles-ci font référence à la pression sociale
perçue qui incite ou n’incite pas à mettre en place le comportement observé.
Parallèlement, l’intention de créer une entreprise est d’autant plus forte que la
création
d’entreprise est perçue comme une action
désirable.
3- Le contrôle qu’il pense avoir sur la situation, c'est-à-dire la perception qu’a
l’individu
des difficultés à surmonter pour mettre en œuvre le comportement étudié, ou,
plus
spécifiquement, de la perception de la présence ou l’absence des ressources et
compétences individuelles propres nécessaire pour réaliser ce
comportement.
12 AJZEN. I, (1991), cité par WANG. Y, [Link], p 30.
20
Chapitre 1 : Entrepreneuriat et esprit d’entreprise chez les jeunes.
Les trois grands types d’éléments se manifestent à travers des croyances
comportementales,
normatives et de contrôle, le schéma suivant montre le modèle qui sous-tend l’intention,
construit à partir de ce qui précède et qui nous permet d’appréhender une partie de
l’esprit
d’entreprise à travers ces trois types de croyances entrepreneuriales.
Figure n°1 : La théorie du comportement planifié (Ajzen, 1991).
Variables externes
Croyances comportementales Variables
et évaluation des démographiques
conséquences de Age, genre, statut,
l’action éducation, etc.
Traits de personnalité Locus de contrôle, besoin d’accomplissement,
tolérance à l’ambiguïté, propension à la prise de risque
Croyances normatives et motivation à se comporter conformément à
l’opinion d’autrui Croyances de contrôle et conditions facilitantes
Source : BRANCHE, B et al : « Formation et esprit d’entreprendre chez les étudiants »,
cahier de recherche n°2009-17 E4, CERAG, Université Pierre Mendès Grenoble 2, France,
p 05.
Le comportement est déterminé par l’intention. Selon la théorie, l’intention de réaliser
un comportement est un déterminant immédiat du comportement ; ceci est le
fondement des
modèles d’intention. Cependant, en raison des problèmes de contrôlabilité évoqués
précédemment, la théorie propose que le comportement soit aussi prédit par l’aptitude à
contrôler le processus menant à sa réalisation effective.
21
Attitude
Normes sociales
Contrôle perçue
Intention Action
Chapitre 1 : Entrepreneuriat et esprit d’entreprise chez les
jeunes.
Selon Bruyat (1993)13, si l’on suit les modèles d’intention, pour qu’il y ait création
d’entreprise, il faut la formation d’une intention de créer sous l’effet d’un changement
d’attitudes en relation avec le comportement
considéré.
Le comportement de créer une entreprise s’inscrit dans un processus plus long au cours
duquel de très nombreux événements peuvent se produire et remettre en cause le projet
de
création. Dans ces conditions, le déclenchement peut se produire sous l’effet d’un
déplacement, sans que l’intention soit élevée, voir même sans que l’individu soit
pleinement
conscient de l’existence d’une intention d’entreprendre. Le déclenchement peut
également
survenir sous la pression d’une intention très forte, conduisant à une planification des
premières opérations telles que la recherche d’une idée ou d’une
opportunité.
Il semble, en conclusion, que le processus se déclenche souvent dans la rencontre et la
combinaison d’une intention et d’un facteur de déplacement, sans que l’on puisse
d’ailleurs affirmer que l’intention précède toujours le déplacement (Fayolle, 2005) 14.
1.4. Le jeune entrepreneur face à ses
motivations :
Dans ses travaux, Mc Clelland (1961)15 a essayé de faire comprendre le système
de
valeurs et les motivations de l’entrepreneur. Il a révélé deux dimensions essentielles qui
détermineraient un comportement d’entrepreneur : le besoin d’accomplissement et le
besoin
de puissance. Pour, le besoin d’accomplissement il pousse l’individu à être responsable
de la
solution de ses problèmes et en conséquence à se fixer lui-même les objectifs aptes à
l’épanouir. Le besoin de puissance, moins étudié, passerait par une volonté plus ou
moins
explicite d’occuper une place prédominante dans un
système.
Les personnes ayant un fort besoin d’accomplissement comparées à celles qui ont une
faible
motivation sur ce plan, sont caractérisées par la préférence pour des tâches présentant
un
risque qui les implique, un travail plus dense dans des occupations qui requièrent une
certaine
force mentale.
13 BRUYAT. C, (1993), op. cit 14 FAYOLLE. A, (2005), op. cit 15 Mc CLELLAND. D, (1961), cité par FILION.
L-J : « Le champ de l'entrepreneuriat : historique, évolution, tendances », Revue Internationale P.M.E., vol.
10, n° 2, 1997, p 7.
22
Chapitre 1 : Entrepreneuriat et esprit d’entreprise chez les
jeunes.
Comme le mentionne I. Danjou, « on ne peut pas parler d’entrepreneur en faisant
l’impasse sur les forces profondes qui l’animent »16. Les motivations, les caractéristiques
individuelles
et les qualités qui sont liées à la personnalité de l’individu jouent un rôle non
négligeable.
Les motivations peuvent être de l’ordre de la recherche de succès personnel, social
comme financier ou de la notoriété que la création permet d’acquérir 17.
Pour le professeur Shapero, il peut s’agir d’un besoin d’indépendance (ou de liberté), du
désir
d’être son propre patron et la recherche de l’autonomie. On peut citer également le
besoin
d’accomplissement et de
changement.
Quant aux qualités et caractéristiques individuelles, nous retenons la confiance en soi,
la
débrouillardise, la capacité à prendre des risques, la créativité, l’adaptabilité, la facilité à
s’entendre avec les autres, à déployer son énergie, à croire au contrôle de sa destinée,
une
évidente capacité à travailler.
Cet état de la recherche montre combien l’entrepreneur est la résultante d’une
combinaison de caractéristiques, parfois innées ou acquises. Une personne pourrait
posséder
un potentiel entrepreneurial mais non la capacité à créer une entreprise. Les
interventions
incitatives doivent d’ailleurs pouvoir s’inscrire dans un objectif d’actualisation d’un
potentiel
entrepreneurial en capacités
entrepreneuriales.
Il apparait très souvent l’existence de trois valeurs clés qu’on retrouve souvent comme
des
motivations des jeunes entrepreneurs
:
• Volonté de s’exprimer et de se réaliser ;
• Besoin d’indépendance et de liberté ;
• Le goût d’entreprendre et de diriger.
L’entrepreneur est dans la réalité un réalisateur de projets qui recherche en permanence
de
nouvelles pistes de développement. Il privilégiera pour ce faire le leadership, le pouvoir
de
contrôle et la prise de risque.
16 DANJOU. I : « Entreprendre : la passion d'accomplir ensemble », Édition L'harmattan, Paris, 2004, p
24. 17 FAYOLLE. A, (2005), op. cit
23
Chapitre 1 : Entrepreneuriat et esprit d’entreprise chez les
jeunes.
1.4.1. Motivations sous-jacentes au lancement d’entreprises par les
jeunes :
Démontrée à travers des études, les jeunes possèdent des qualités de
l’ingéniosité, de
l’initiative, de la motivation, de l’imagination, de l’enthousiasme, du zeste, de l’impulsion,
de
l’ambition, de l’énergie, de la témérité, du courage... On souligne également que les
jeunes
sont connus pour posséder comme qualités l’enthousiasme, la motivation, l’esprit
d’entreprise, le goût du risque, la souplesse, l’énergie, l’ingéniosité et la volonté
d’essayer de
nouvelles approches. Pour Filion (1997)18, la notion de succès tend à prendre en
considération chez les jeunes
entrepreneurs davantage des critères intrinsèques reliés à la réalisation de soi que des
critères
extrinsèque reliés aux performances de l’entreprise et au niveau de statut
atteint.
Les jeunes sont motivés pour entreprendre depuis assez longtemps, souvent dès
leur
enfance. La motivation des jeunes entrepreneurs est l’indépendance, échapper aux
ordres des
supérieurs et le besoin de réalisation personnelle pour gagner de l’argent. Selon
Guillaume (1998)19, la motivation première des jeunes entrepreneurs c’est d’être son
propre patron. Ils créent surtout par défis avec eux-mêmes (désir d’accomplissement,
indépendance...) que par opportunité pour un marché ou à cause de pressions diverses.
La création d’entreprise naît moins souvent par une satisfaction au niveau du
travail.
Par contraste, à leurs homologues des pays développés, les jeunes dans les pays en
voie de
développement se lancent habituellement en affaires par nécessité économique ou pour
survivre, ou faute d’avenues leur permettant de faire une utilisation productive de leur
énergie.
Les données provenant de l’enquête en Zambie montrent que la majorité écrasante
(92,3 %)
des répondants a cité des problèmes socio-économiques comme raison principale du
lancement de l’entreprise (Chigunta,
2001).
De ce nombre, près de la moitié (46,2 %) ont invoqué le manque d’emploi, le tiers (30,8
%),
la nécessité de suppléer au revenu du ménage; (15,4 %), la pauvreté. Seulement (7,7
%) des
répondants ont indiqué, comme raison principale, le désir d’accumuler des
richesses.
18 FILION. L-J, (1997), [Link], p 14. 19 GUILLAUME (1998), cité BACCARI. E : « Les motivations
ème
entrepreneuriales des jeunes entrepreneurs Tunisiens : Etude exploratoire », communication au 8 Congrès
International Francophone en Entrepreneuriat et PME. 25, 26, 27 octobre 2006, Haute école de gestion
(HEG) Fribourg, Suisse.
24
Chapitre 1 : Entrepreneuriat et esprit d’entreprise chez les
jeunes.
Section 2 : Esprit d’entreprise : éléments de
définition
Si l’analyse économique a mis en évidence un certain nombre de caractéristiques
représentatives de l’esprit d’entreprise, ces dernières offrent une vision souvent
idéalisée de
l’entrepreneur et sont à elles seules insuffisantes pour expliquer l’activité
entrepreneuriale.
La définition du livre vert sur l’esprit d’entreprise en Europe résume la diversité des cas
de
figure envisageables : « l’esprit d’entreprise désigne un état d'esprit ainsi que le
processus de
création et de développement de l’activité économique par la combinaison de la prise de
risque, de la créativité et/ou l’innovation et d’une saine gestion, dans une organisation
nouvelle ou existante »20.
Cette définition nous enseigne que si l’on ne peut certes pas de déterminer le profil type
de
l’entrepreneur, il n’implique pas que l’on ne puisse tenter d’étudier le rôle joué par
différentes
catégories de facteurs sur la propension à entreprendre et de même sur l’émergence de
l’esprit
d’entreprise, pour mieux comprendre le phénomène. Ainsi, pourquoi le taux
d’entrepreneuriat
est-il plus faible dans certaines régions comparativement à d’autres ? Quel est le rôle
joué par
les facteurs institutionnels, économiques,
socioculturels ?....
Pour Julien et Marchesnay : «L’esprit d’entreprise peut être défini comme
l’aptitude
d’un individu, d’un groupe social, d’une communauté à prendre des risques pour
engager des
capitaux (pour investir, voire s’investir) dans une sorte d’aventure (« une entreprise »),
consistant à apporter quelque chose de neuf (l’innovation), de créatif, ceci en employant
et en combinant de la façon la plus performante possible des ressources diverses » 21.
L’OCDE, considère « L’esprit d’entreprise est fondamental pour le
fonctionnement
des économies de marché. Dans ces économies, l’entrepreneur est le vecteur du
changement
et de la croissance; son action peut contribuer à accélérer l’élaboration, la diffusion et la
mise en œuvre d’idées novatrices. De ce fait, il permet non seulement une utilisation
rationnelle des ressources, mais aussi un élargissement du champ de l’activité
économique.
Les entrepreneurs ne se bornent pas à rechercher les opportunités économiques
susceptibles
20 Commission des Communautés Européennes : « L’esprit d’entreprise en Europe », COM 2003,27 final,
Bruxelles, 21/01/2003, p 6. 21 JULIEN. P.A et MARCHESNAY. M : « l’entrepreneuriat » ; Edition Economica,
Paris, 1996, p 8.
25
Chapitre 1 : Entrepreneuriat et esprit d’entreprise chez les
jeunes.
d’être rentables ; ils sont également prêts à prendre des risques pour vérifier le bien-
fondé de leurs intuitions »22.
L’esprit d’entreprise est de ce fait la mentalité qui conduit un individu à prendre
des
initiatives, à relever des défis et à devenir acteur de son propre avenir personnel et
professionnel. L’esprit d’entreprise est une compétence de base qui doit être acquise
car il
favorise la satisfaction professionnelle et l’épanouissement personnel. Il puise son
énergie
dans les attitudes qui le définissent : la persévérance, la créativité, l’optimisme,
la responsabilité, l’esprit d’équipe, l’énergie autonome, l’initiative et repose avant tout sur
le
savoir être de l’individu.
A travers, ces confirmations, nous pouvons comprendre le fondement de l’esprit
d’entreprise
par la combinaison des trois éléments qui sont : l’entrepreneuriat, la prise de risque et
innovation.
De son coté Drucker (1985) avait conçu l’esprit d’entreprise en tant que système, il est
une
sorte de « comportement » non un « trait de caractère », c'est-à-dire qu’il n’est pas une
caractéristique propre à un individu ou à une institution, c’est une pratique. Et
l’entrepreneur à
ses yeux est un élément essentiel de la dynamique flexible de l’économie capitaliste. En
bref,
il est le révolutionnaire de l’économie, car l’innovation est l’instrument spécifique de
l’esprit
d’entreprise.
2.1. Les dimensions de l’esprit d’entreprise :
2.1.1. L’entrepreneuriat :
Admettre que l’entrepreneuriat puisse constituer une des voies principales du
développement conduit à en faire un objet de recherche. L’appréhension n’en est
pourtant pas
simple. Dans la littérature, le terme « entrepreneuriat » renvoie tantôt à l’environnement
de la
création d’activité, tantôt à l’entrepreneur lui-même et tantôt à l’esprit d’entreprise ou à
l’action d’entreprendre, voire au résultat de cette action, l’organisation créée, reprise ou
transformée.
22 OCDE : « Stimuler l’esprit d’entreprise », Paris, 1998, p 11.
26
Chapitre 1 : Entrepreneuriat et esprit d’entreprise chez les
jeunes.
Pour Julien et Marchesnay l’entrepreneuriat constitue au premier chef la consécration
directe de l’esprit d’entreprise, de la volonté d’entreprendre dans les affaires 23.
Pour eux, le vocable d'entrepreneuriat dans la littérature tourne généralement autour de
trois
concepts : l'entrepreneur, l'esprit d'entreprise et la création d'entreprise. Donc, il résulte
que
l’entrepreneuriat est un des domaines d’application de l’esprit
d’entreprise.
Mais, définir ce concept n’est pas une chose simple comme le souligne
Verstraete. T :
« il n’y a pas de consensus sur une théorie de l’entrepreneuriat, encore moins une
définition
univoque »24.
Ou encore Bruyat (1993) : « Faute d’une réflexion épistémologique et de modèles
théoriques
s’appuyant sur le savoir accumulé, la recherche en matière d’entrepreneurship et de
création d’entreprise se trouve dans une impasse»25.
Cette difficulté de définir l’entrepreneuriat tient de fait que ce phénomène est caractérisé
par
une importante hétérogénéité dont les manifestations sont multiples. Néanmoins, de
nombreux travaux dans le domaine avaient proposé de multiple définitions sans
qu’aucune
d’entre-elle ne reçoit un consensus
général.
Autrement dit, une définition précise de l’entrepreneuriat reste encore largement
débattue. Dans un essai de définition, Anderson (2002) 26 conclut qu’il est impossible de
s’accorder sur
une définition précise de
l’entrepreneuriat.
Dans notre analyse, il n’est pas question de développer une étude de toute la
littérature
sur le sujet : elle est très étendue, variée, spécialisée, et découpée en de très fines
nuances.
D’autant qu’aucun cadre général, à notre connaissance, ne fait
l’unanimité.
Fayolle et Verstraete (2005)27 pensent également que l’entrepreneuriat est un domaine
trop
complexe et trop hétérogène pour se limiter à une définition. Ils proposent donc de
classer les
différentes définitions avancées par les auteurs selon quatre courants de pensée ou
paradigmes.
23 JULIEN. P.A et MARCHESNAY. M ;( 1996), op. cit, p 11. 24 VERSTRAETE. T : « L’entrepreneuriat :
modélisation du phénomène », Revue Entrepreneuriat –vol 1, n°1, 2001, p 5. 25 BRUYAT. C (1993), op. cit, p
10. 26ANDERSON (2007), Cité par JANSSEN. F : « Entreprendre : une introduction à l’entrepreneuriat » ;
Edition De Boeck, 2009, p 26. 27 VERSTRAETE. T et FAYOLLE. A : « Paradigmes et entrepreneuriat »,
Revue de l’entrepreneuriat, vol 4, n°1, 2005.
27
Chapitre 1 : Entrepreneuriat et esprit d’entreprise chez les
jeunes.
[Link]. Les paradigmes de l’entrepreneuriat
:
a. Le paradigme de l’opportunité d’affaire :
Cette perspective définit l’entrepreneuriat comme la capacité à créer ou à repérer
des
opportunités et à les exploiter (Shane et Venkataraman, 2000), ces derniers précisent
que
l’entrepreneuriat ne requiert pas systématiquement la création d’une nouvelle
organisation,
mais l’acception qu’ils ont de cette dernière manifestation se réduit au sens classique de
la
création d’une entreprise. La détection des opportunités provient souvent d’une
recherche plus
au moins explicite d’informations. Ces dernières servent la construction d’une
opportunité, ou
plutôt la mise au point plus au moins avancée d’une idée qui, elle peut éventuellement
être
une opportunité d’affaire. En effet, cette information est étudiée selon deux
orientations :
- La première s’intéresse au processus cognitif utilisé par certain individus pour
identifier les opportunités (Gaglio et Taub, 1992, Kaisch et Gilad, 1991, Hills,
1995).
Les entrepreneurs manquent de pratique reçoivent davantage d’information que
les
entrepreneurs expérimentés. Ces derniers, sur la base de leurs dispositions
cognitives
et de leur réseau, savent mieux capter les informations pertinentes pour leurs
affaires.
- La seconde orientation prend le point de vue du marché pour considérer, sans
exclure
l’intervention ou les facultés de l’entrepreneur, l’environnement (un territoire, un
réseau, un marché, un dispositif,...) comme porteur d’informations à collecter, à
analyser et à interpréter. [Link] (1979) peut être classé dans cette
perspective.
Casson (1991) assimile les opportunités à des « occasions où de nouveaux biens,
services,
matières premières et méthodes d’organisation peuvent être présentés et vendus à un
prix plus élevé que leur coût de production »28.
Au total, ce paradigme s’intéresse aux sources des opportunités, au processus de
découverte,
d’évaluation et d’exploitation de celle-ci, ainsi qu’aux individus qui les découvrent, les
évaluent et les exploitent.
b. Le paradigme de la création
d’organisation :
Ce courant de pensée définit l’entrepreneuriat comme la création d’une organisation par
une
ou plusieurs personnes (Gartner, 1990 ; Verstraete, 1999, 2002, 2003), dans cette
perspective
la création d’une organisation n’est pas synonyme de la création d’une entreprise au
sens
28 CASSON. M : « L'entrepreneur » ; Editions Economica, Paris, 1991.
28
Chapitre 1 : Entrepreneuriat et esprit d’entreprise chez les
jeunes.
restrictif du terme, ce que les modélisations du présent paradigme dépasse maintenant
largement. Pour Verstraete (2003) : « Dans notre thèse, l’entrepreneuriat est vu comme
un
phénomène conduisant à la création d’une organisation impulsée par un ou plusieurs
individus s’étant associés pour l’occasion » 29. Selon cet auteur, l’entrepreneur est vu
comme
un créateur d’organisation, l’entrepreneuriat comme une dialectique entre l’entrepreneur
et
l’organisation. L’étude de l’entrepreneuriat ne s’inscrit pas dans une disjonction
analytique de
l’organisation mais nécessite une pensée systémique intégrant l’action, le résultat en
découlant et l'entrepreneuriat fait naître. L’auteur relève que diverses formes
organisationnelles peuvent naitre du phénomène entrepreneurial (qui n’est pas
forcement une
entreprise ou une firme) et le fait que l’apparition d’une entité peut n’être qu’un jalon
dans
l’impulsion d’un phénomène plus large.
c. Le paradigme de la création de la valeur :
Ce courant de pensée définit l’entrepreneuriat comme un phénomène ou un
processus
créant de la valeur (Ronstadt, 1984 ;Bruyat, 1993 ; Bruyat et Julien, 2001), qu’elle soit
individuelle, économique ou sociale. Souvent l’entrepreneuriat est considéré comme
porteur
de richesse et d’emploi pour la nation, ou bien globalement de la valeur. Ses enjeux
économiques et sociaux sont relevés depuis longtemps, ainsi plusieurs études
s’efforcent de
démontrer l’existence de liens forts entre les activités entrepreneuriales et la croissance
économique dans de nombreux pays. Ainsi, plusieurs auteurs insistent sur l’importance
des
apports de l’entrepreneuriat à
l’économie.
La création de valeur a été empiriquement identifiée comme un thème situé au cœur de
l’entrepreneuriat par Bruyat (1993) : « l’objet scientifique étudié dans le champ de
l’entrepreneurship est la dialogique individu/création de la valeur » 30 . Pour cet auteur, le
champ de l’entrepreneuriat s’ancre dans la relation liant un individu et la valeur nouvelle
que
ce dernier crée ou peut
créer.
Si l’entrepreneuriat constitue un mécanisme majeur dans le processus de création de la
valeur,
il n’en demeure pas moins que la création de valeur relève d’une diversité de pratiques
qui ne
se réfèrent pas toutes à
l’entrepreneuriat.
VERSTRAETE. T : « Proposition d’un cadre théorique pour la recherche en entrepreneuriat :
29
PhE = f [(C×P×S) c(E x Q)] ; les éditions de l’ADREG (www.é[Link]), 2003, p 13. 30
BRUYAT. C, (1993), [Link], p 57.
29
Chapitre 1 : Entrepreneuriat et esprit d’entreprise chez les
jeunes.
Ce qui peut démarquer l’acception que semble partager les représentants de ce
paradigme en
entrepreneuriat réside dans le caractère novateur de la
valeur.
Bruyat (1993)31 montre à travers la matrice qu’il dessine pour représenter différents
courants
de la recherche en entrepreneuriat, le caractère plus ou moins nouveau de la valeur
apportée,
et le changement qu’induit cet apport de valeur chez celui qui en est le promoteur. Plus
un
phénomène étudié ou un objet de recherche apportent, à la fois, nouveauté et
changement,
plus il y aurait un relatif consensus au sein de la communauté académique pour
admettre que
ce phénomène ou cet objet se situent dans le domaine de
l’entrepreneuriat.
Toutefois, la valeur résultant d’un processus entrepreneurial est nouvelle en ce sens
qu’il y a,
ou pas qu’il y aura, un changement plus au moins intense dans l’environnement
directement
concerné par le processus
correspondant.
d. Le paradigme de l’innovation :
Dans la lignée des travaux de Schumpeter, ce courant accorde une importance
capitale
à l’innovation dans la définition de l’entrepreneuriat, Julien et Marchesnay (1996)
donnent
une définition à l’entrepreneuriat à partir de cette vision « l’innovation constitue le
fondement
de l’entrepreneuriat, puisque celui-ci suppose des idées nouvelles pour offrir ou produire
de
nouveaux bien ou services, ou, encore pour réorganiser l’entreprise. L’innovation c’est
créer
une entreprise différente de ce qu’on connaissait auparavant, c’est découvrir ou
transformer un produit, c’est proposer une nouvelle façon de faire, de distribuer ou de
vendre »32.
Ils précisent leurs acceptions de l’innovation. De nature technologique ou de nature
organisationnelle, l’innovation peut être radicale, systémique, sporadique ou globale.
Autrement dit, pour reprendre un vocabulaire désormais répandu, l’innovation peut être
de
rupture (radicale) ou plus
incrémentale.
Des auteurs comme Drucker (1985), classe l’innovation d’une façon claire comme la
fonction
spécifique de l’entrepreneuriat. Il considère l’innovation comme une condition de
création de la valeur, il affirme : « l’innovation est le fondement de l’entrepreneuriat...
»33.
31 BRUYAT. C (1993), [Link], p 287. 32 JULIEN. P, A et MARCHESNAY. M,
(1996), op. cit, p 35. 33 DRUCKER. P : « Les entrepreneurs » ; Edition
Hachette, Paris, 1985, p 30.
30
Chapitre 1 : Entrepreneuriat et esprit d’entreprise chez les
jeunes.
L’ensemble des partisans de ce courant font référence dans leurs écrits à la célèbre
citation de
Schumpeter en (1939) : « toute tentative de faire les choses différemment dans le
domaine de
la vie économique devrait être considéré comme une innovation susceptible de fournir
un avantage temporaire, et des profits, à la firme » 34.
Il est important de souligner que les auteurs qui s’inscrivent dans l’un ou l’autre courant
de
pensée concilient souvent plusieurs paradigmes en les associant à leur définition. Pour
retenir
une définition de l’entrepreneuriat, il est donc utile de s’inscrire dans une vision
globalisante
qui tienne compte des différents paradigmes cités plus
haut.
[Link]. L’entrepreneur : personnage central au cœur de
l’entrepreneuriat
A l’instar de l’entrepreneuriat, le mot « entrepreneur » reste un concept ambigu
aux
yeux de plusieurs personnes, sa définition ne fait l’objet d’aucun consensus, ni au sein
des chercheurs, ni pour les praticiens. Selon Verstraete (1998) 35, il est aussi difficile de
définir ce
qu’est un entrepreneur que de définir qui est un entrepreneur. Le concept est
polysémique et changeant selon les caractéristiques de l’époque (Boutillier et Uzunidis,
1995)36. Mais une
chose est sûre, c’est un personnage clé dans la théorie économique, qui s’avère difficile
d’en
dresser le portrait avec
précision.
Il est néanmoins au cœur du phénomène entrepreneurial, le mot entrepreneuriat
contient déjà
la notion « entrepreneur » et c’est lui qui impulse la démarche entrepreneuriale.
Autrement
dit, on ne peut pas définir l’entrepreneuriat ou encore l’esprit d’entreprise sans ne faire
référence à l’entrepreneur, il est le sujet, l’acteur. Aussi, l’entrepreneuriat est vu comme
étant
l’action de l’entrepreneur. Mais, jusqu’à l’heure actuelle, il n’existe pas une définition
standardisée et universellement acceptée de l’entrepreneur. Selon Filion (1991) 37, une
des difficultés majeures dans l’étude du rôle de l’entrepreneur
consiste à définir qui est un entrepreneur ou ce qu’est un
entrepreneur.
34 SCHUMPETER. J. A : « Théorie de l’évolution économique » ; Édition Dalloz, Paris, 1935, p 84. 35
VERSTRAETE. T : « Esprit entrepreneurial et cartographie cognitive : utilisations académique, pratiques et
pédagogique de l’outil », Colloque Euro PME, Rennes, 1998. 36 BOUTILLIER. S et UZUNIDIS. D : «
L'entrepreneur : une analyse socio-économique », Editions Economica, Paris, 1995. 37 FILLION. L. J : «
Visions et relations : clés du succès de l’entrepreneur » ; Les Editions de l’entrepreneur, Montréal, 1991.
31
Chapitre 1 : Entrepreneuriat et esprit d’entreprise chez les
jeunes.
Dans la même vision Casson (1991)38, ajoute qu’il n'existe aucune théorie de
l'entrepreneur
qui fasse l’unanimité au sein de la communauté
scientifique.
L’entrepreneur dans ce cas apparait comme un individu, lequel est considéré comme
l’acteur-
clé de l’esprit d’entreprise ; « L'esprit d'entreprise est une notion qui désigne les
personnes, les choix et les actions engagées pour démarrer, reprendre ou gérer une
affaire »39.
Cependant, l’esprit d’entreprise se concrétise, et est « mis en scène » par un acteur :
l’entrepreneur.
De notre part, serait considérée comme « entrepreneur » toute personne animée de
l’esprit d’entreprise. Telle était, par exemple, la position défendue par Drucker 40.
Toutefois, En s’inspirant d’un questionnement de Stevenson et Jarillo (1990) 41, il est
désormais courant, pour étudier l’entrepreneur de distinguer trois
approches :
a. l’approche centrée sur les faits : Répondant en quelque sorte à la question « What
» (Que
fait l’entrepreneur ?), cette première approche est une approche fonctionnelle
directement
héritée des grands auteurs de la Théorie Economique tels que Cantillon (1755), Say
(1803),
Schumpeter (1935) ou Kirzner (1983). Considérée comme la base historique de
l’entrepreneuriat, l’approche fonctionnelle, celle des économistes, se donne pour
objet de
saisir l’impact de la création d’entreprise et le rôle des entrepreneurs dans le
développement socio-économique des
sociétés.
b. l’approche centrée sur les individus : La deuxième approche ou approche par les
traits
cherche à identifier les caractéristiques des entrepreneurs et ce qui les démarque des
publics non entrepreneurs. Elle répond aux questions « Who and Why » (Qui sont les
entrepreneurs ? Pourquoi entreprennent-ils ?). La qualité d’entrepreneur est-elle
innée ou
acquise? Quel est le profil idéal de l’entrepreneur? Les spécialistes des sciences du
comportement ont voulu répondre à ces questions en abordant l’entrepreneur à
travers
l’approche par les traits. Cette approche décrit l’entrepreneur par ses caractéristiques
psychologiques, ses traits de personnalité, ses motivations, ses comportements, son
origine
sociale et sa carrière
professionnelle.
38 CASSON. M, (1991), op. cit. 39 Commission des Communautés Européennes : « L’esprit d’entreprise en
Europe », COM 2003,27 final, Bruxelles, 21/01/2003, p 6. 40 DRUCKER. P, (1985), op. cit. 41STEVENSON
et JARILLO,(1990),Cités par LEVY-TADJINE. T : « L’entrepreneuriat immigré et son accompagnement en
France », Thèse pour le Doctorat de Sciences de Gestion, Université du SUD- Toulon – Var, 2004, p 15.
32
Chapitre 1 : Entrepreneuriat et esprit d’entreprise chez les
jeunes.
c. l’approche centrée sur le processus : La reconnaissance, même tardive, du
caractère
complexe et multidimensionnel de la création d’entreprise a inauguré l’ère de
l’approche
sur les processus entrepreneuriaux (Gartner, 1985 ; Bruyat et Julien, 2001 ;
Hernandez,
1999). Elle répond à la question « How ». La diversité des entrepreneurs et de leurs
projets
d’entreprise a mobilisé plus d’un chercheur, une vingtaine peut-être, dans l’étude du
processus entrepreneurial.
d. Synthèse des différentes
approches :
La revue de l’évolution du champ de l’entrepreneuriat a permis de mettre l’accent sur la
multidisciplinarité de l’objet d’étude et les différentes ruptures épistémologiques
survenues à
la suite des recherches, passant du courant positiviste aux tendances
constructivistes.
Les tenants de l’approche volontariste, insistent sur les facteurs d’intervention de l’Etat
pour
expliquer l’acte entrepreneurial. Ils voient la création d’entreprise comme un phénomène
complexe et multidimensionnel devant inclure les caractéristiques psychologiques de
l’entrepreneur et des facteurs contextuels (Hernandez, 1999) 42. Et c’est dans cette
logique que
s’inscrit notre problématique de recherche qui consiste à démontrer les apports des
politiques
publiques en faveurs de l’entrepreneuriat et plus particulièrement l’esprit d’entreprise.
Autrement dit, l’influence des facteurs politico-institutionnels sur le comportement des
entrepreneurs et spécialement les
jeunes.
Fayolle (2002)43 propose un tableau synthétisant ces trois angles de recherche sur
l’entrepreneur (voir le tableau ci-après page
34)
42 HERNANDEZ. E, M : « le processus entrepreneurial ; vers un modèle stratégique d’entrepreneuriat » ;
Edition L’Harmattan, 1999. 43 FAYOLLE. A : « Du champ de l’entrepreneuriat à l’étude du processus
eme
entrepreneurial : quelques idées et pistes de recherche », 6 Congrès international francophone sur la PME -
Octobre 2002 - HEC – Montréal.
33
Chapitre 1 : Entrepreneuriat et esprit d’entreprise chez les jeunes.
Tableau n°1 : Les trois approches de la Recherche en Entrepreneuriat.
Question Principale
34
How (Approche sur les processus)
Échelle du temps
What (Approche fonctionnelle)
Who / Why (Approche sur les individus)
Depuis le début des années 90
Domaine scientifique principal
200 dernières années Depuis le début des années
50
Économie Psychologie, sociologie
Science de gestion Psychologie cognitive
Science de l’action Anthropologie sociale
Théories des organisations
Objet d’étude Fonctions de
l’entrepreneur
Processus de création d’une nouvelle activité ou d’une nouvelle organisation
Paradigme dominant
Caractéristiques personnelles, Traits des individus entrepreneurs et entrepreneurs
potentiels Positivisme Positivisme
Constructivisme Sociologie compréhensive
Positivisme
Méthodologie Quantitative Quantitative
Qualitative
Quantitative Qualitative
Hypothèse de base
Les processus entrepreneuriaux sont différents les uns des autres
Lien avec la demande sociale (qui est intéressé par ...)
L’entrepreneur
Les entrepreneurs sont joue / ne joue pas un
différents des non- rôle important dans la
entrepreneurs croissance économique
État, collectivités
Entrepreneurs
Entreprises territoriales
Entrepreneurs potentiels
Entrepreneurs Responsables
Système éducatif
Entrepreneurs potentiels Économiques
Formateurs
Éducateurs et formateurs Structures d’accompagnement et d’appui des entrepreneurs
Source : FAYOLLE, A., (2002 : p8).
Chapitre 1 : Entrepreneuriat et esprit d’entreprise chez les
jeunes.
[Link]. Les typologies
d’entrepreneurs :
« Le comportement de l’entrepreneur n’a pas cessé de se transformer avec le temps.
Les
années 80 étaient caractérisées par une crise prolongée et un chômage élevé. Cette
situation
a donné naissance à trois types d’entrepreneur : le traditionnel, le moderne et le
futuriste.
Cette typologie est due aux événements des années 1980-1990. Durant cette période,
la
grande entreprise a subi un échec. La réaction des managers était rigide face à un
environnement turbulent et de plus en plus exigeant.»44
L’analyse de l’esprit d’entreprise nécessite une connaissance approfondie des
comportements réels des preneurs de décisions, d’où l’importance de classer ces
derniers en
fonction de leurs aptitudes différentes à manifester cet esprit d’entreprise et le
développement
d’une typologie d’entrepreneurs.
L’intérêt de cette typologie est d’offrir un outil notamment dans l’analyse des cas. Le
nombre
de typologies étant important, nous nous limitons à en présenter certaines qui nous
paraissent
mieux adaptées à l’analyse des
entrepreneurs.
1- Le premier type serait le chef d’entreprise « entrepreneur », réunissant les qualités
d’innovateur, de preneur de risque (investissement de ses capitaux personnels)
et
organisateur. Peu de typologies reprennent ce type
idéal ;
2- Le second type serait celui du chef d’entreprise innovateur, l’innovation portant le
plus
souvent sur les produits et marchés, plus que sur les technologies et
procédés ;
3- Le troisième type correspond à l’entrepreneur technicien, faiblement innovateur et
gestionnaire recherchant une performance moyenne et
stable ;
4- Le quatrième type met l’accent sur les facultés d’organisateur. Il est appelé
« manager » ou « professionnel » selon les cas. Il est animé du souci de
performance
de son organisation, de la meilleure planification des ressources, ses objectifs
étant
fixés et ses produits stabilisés.
44 MELBOUCI. L : « L’internationalisation des PME et ses conséquences sur les stratégies entrepreneuriales :
de l’économie administrée à l’économie de marché : quelle stratégie pour l’entrepreneur algérien face à la
concurrence mondiale? », Communication présentée au 8 emeCongrès International Francophone en
Entrepreneuriat et PME (CIFEPME), Haute Ecole de Gestion (HEG) Fribourg, Suisse, 2006, p 3.
35
Chapitre 1 : Entrepreneuriat et esprit d’entreprise chez les
jeunes.
[Link]. Les buts économiques des
%entrepreneurs :
« Plus l’entreprise est petite, plus les buts que se fixe le dirigeant sont importants et
conditionnent les choix stratégiques. »45.
Tout dirigeant d’une entreprise doit être en mesure de fixer les objectifs à
atteindre
dans un certain délai et sur un horizon de temps donné. Certes, être un chef
d’entreprise
rentable est la garantie d’un revenu intéressant, d’un statut social enviable et de l’estime
des
autres n’est pas le premier but des entrepreneurs; selon plusieurs auteurs, la réalisation
personnelle leur paraît plus déterminante. Il existe certainement une multitude d’autres
buts.
On peut citer par exemple : la volonté d’assurer un revenu ou un emploi pour sa famille
et les
satisfactions psychologiques à être le
patron.
Pour Julien P.A : « Il existe trois buts ressortaient de la littérature consacrée aux
typologies d’entrepreneurs : la recherche de la pérennisation et de la survie, la
recherche de
l’indépendance et de l’autonomie de décision et enfin, la recherche de la croissance et
du
pouvoir. »46
1- La pérennité : l’entreprise est créée et développée en sorte qu’elle se pérennise,
qu’elle
survive à son créateur qui la transmettra à ses héritiers. Ce but apparaît déterminant
lorsque
l’affaire repose sur des capitaux
familiaux.
2- L’indépendance : le désir d’être « son propre patron », « de ne rien devoir à
personne »
marque, parfois de façon viscérale le comportement des chefs des PME, il se manifeste
dans
la logique financière, industrielle et
institutionnelle.
3- La puissance : un autre plan de la littérature consacrée à l’entrepreneuriat accorde
une
place essentielle au désir d’accomplissement, puis au goût du
pouvoir.
Il est important de raisonner en termes de panier d’utilités, le dirigeant de PME se fixe
un
ensemble hiérarchique de buts. On fait ressortir deux grands paniers, donc, deux grands
types
d’entrepreneurs :
45 MARCHESNAY, M. et FOURCADE, C : « Gestion de la PME/PMI », Edition. Nathan, Paris, 1997. 46
JULIEN, P-A. : « Les PME Bilan et perspectives », Edition. Economica, Paris, 1996.
36
Chapitre 1 : Entrepreneuriat et esprit d’entreprise chez les
jeunes.
- L’entrepreneur P.I.C. (pérennité, indépendance, croissance), analogue à l’entrepreneur
artisan : ce chef d’entreprise utilise les capitaux familiaux. Le développement de l’affaire
est
soumis aux conditions de pérennisation et d’indépendance, en d’autres termes, au
réinvestissement systématique des revenus familiaux dans
l’affaire.
- L’entrepreneur C.A.P. (croissance, autonomie, pérennité), ces entrepreneurs mettent
la
croissance comme objectif principal, on dira ici qu’il s’agit des opportunistes qui
cherchent à
jouer des turbulences de l’environnement pour y trouver des occasions de lancer des
affaires
rentables, en deuxième rang on trouve l’autonomie et en dernier lieu la
pérennité.
Au fil de nos lectures, nous sommes en mesure de mieux appréhender ce personnage
clé
qu’est l’entrepreneur.
2.1.2. L’esprit d’entreprise et la prise de risque :
[Link]. Notion de risque dans la
littérature :
Selon Knight (1921) : « L’acceptation du risque et de l’incertitude caractérise
l’esprit d’entreprise et justifie le profit de l’entrepreneur » 47.
La notion de risque ait toujours été au centre de la définition de concepts tels que ;
entrepreneur, création d’entreprise et esprit d’entreprise. Pendant une longue période,
les
chercheurs en entrepreneuriat ont soutenu l’idée que créer une entreprise est un
comportement
risqué. Pour les économistes classiques, la prise de risque est la caractéristique
distinctive de l’entrepreneur, à l’image du premier auteur sur ce sujet, à savoir Cantillon
(1697-1735)48, qui
a mis plus particulièrement l’accent sur la prise de risque liée à l’incertitude du marché.
Pour
cet auteur le risque que prend l’entrepreneur est par conséquent dépend de l’incertitude
économique.
Schumpeter (1935) a défini l’entrepreneur comme celui qui introduit et conduit
l’innovation. C’est celui qui exécute de nouvelles combinaisons, il réalise « quelque
chose d’autre que ce qu’il accomplit par la conduite habituelle » 49. Il possède un « coup
d’œil »
particulier et sait agir en dehors « de la routine » ; il ne suit pas le chemin, il le construit ;
il ne
suit pas un plan, il l’élabore. Il apporte du nouveau qu’il n’est facile d’imposer.
L’entrepreneur doit « deviner » et faire preuve de créativité. Une créativité qui n’échappe
pas
au risque d’échouer.
47 BOUTILLIER. S, UZUNIDIS. D, (1995), op. cit, p 23. 48
BOUTILLIER. S, UZUNIDIS. D, (1995), op. cit, p 16. 49
SCHUMPETER, J.A, (1935), op. cit, p 116.
37
Chapitre 1 : Entrepreneuriat et esprit d’entreprise chez les
jeunes.
La prise de risque apparaît, donc, comme l’une des caractéristiques distinctives
du
comportement entrepreneurial. Elle demeure au cœur des différentes recherches qui ont
abordé l’entrepreneur et sa psychologie, car, il est évident que la création d’une nouvelle
entreprise ou la reprise d’une existante est par définition une aventure tachée de
risques.
En effet, l’entrepreneur ne se contente pas d’imaginer les formes futures et de concevoir
les
innovations, il passe à l’action en organisant la structure et les processus de l’entreprise
et en
s’engageant vis-à-vis de tiers ou avec ses deniers
personnels.
De l’autre coté, Say. J.B précise que : « la réalisation des profits, est fonction d’aléas
que
l’entrepreneur ne maitrise pas ...en cas de banqueroute, il en supporte toutes les
conséquences »50.
Toutefois, l’entrepreneur pour de nombreux économistes est un agent économique
aventurier,
qui se caractérise par un esprit particulier, parce qu’il assume un risque économique,
financier
et commercial. En d’autre terme l’entrepreneur risque son capital en créant une
entreprise
sans garantie de réussite
future.
Comme nous venons de le voir précédemment, il est bien clair que l’entrepreneur
est
un personnage clé de la dynamique capitaliste dans la mesure où il assumerait les
risques
inhérents au fonctionnement du marché. S’agissant du risque et de l’incertitude, il faut
dire
qu’ils sont inséparables de la démarche entrepreneuriale. L’indicateur permet
d’appréhender
l’importance de l’évitement du risque, de l’imprévu et de l’incertitude. Évidemment,
l’entrepreneur se doit d’assumer des risques, mais pas à n’importe quel prix ; il prend un
risque calculé, modéré, qui lui permet de tirer un avantage certain. Généralement, il ne
s’engage dans une affaire qu’après avoir pris en considération le pour et le contre. Si la
réussite personnelle et financière est probable, alors il lance l’entreprise. Autant dire que
risque et sécurité font généralement bon
ménage.
Le risque est présent dans tout projet, quelle que soit l’activité ou le secteur visé, il est
une
conséquence évidente de l’incertitude et de la contingence dans laquelle baigne chaque
projet.
Le risque est peut être défini comme le degré de probabilité attaché à l’échec. Il existe
plusieurs types de risque que l’entrepreneur peu supporter durant son engagement
dans
l’activité entrepreneuriale. Julien et Marchesnay (1996) font la distinction entre trois
types de
risque liés à l’activité
entrepreneuriale :
50 BOUTILLIER. S : « l’entrepreneur, entre risque et innovation », Revue Innovation, numéro 3-1996, 1996.
38
Chapitre 1 : Entrepreneuriat et esprit d’entreprise chez les
jeunes.
[Link]. Types de risques liés à l’activité
entrepreneuriale :
a. Risque financier : est un risque supporté sur les capitaux engagés dans l’entreprise.
Souvent, l’entrepreneur engage ses propres capitaux, et sa responsabilité s’étend, peu
ou prou
à ses biens personnels et familiaux. Il peut aussi faire appel à des capitaux extérieurs
(amis,
banques, Etat,...). Le risque dans ce cas est celui de non remboursement des emprunts.
Ce type de risque peut être analysé en trois sous-
types :
• le risque de non rentabilité.
• le risque de non solvabilité.
• le risque d’illiquidité.
b. Risque stratégique : ce type de risque est supporté par l’entrepreneur seul, dans le
cas
d’une entreprise personnelle. Ce risque est lié au choix des activités, en fonction des
compétences de l’entrepreneur, des ressources dont il dispose et du positionnement sur
le
marché. L’erreur ou l’échec de la stratégie se traduit bien souvent par la cessation de
l’activité, le dépôt du bilan, voire la faillite.
c. Risque personnel : sont constitués de tous les dysfonctionnements possibles dans
la
gestion des ressources. Ils relèvent en principes de qualités de manageur, de
gestionnaire.
Mais, bien souvent l’entrepreneur doit en assumer seul une large partie, et ne peut faire
la
distinction entre les risques stratégiques et les risques opérationnels, qu’il traite
simultanément, au jour le jour.
Cependant, l’attitude de l’entrepreneur vis-à-vis du risque ne peut être appréhendée de
façon
simpliste. Il n’en reste pas moins que les vertus cardinales de l’esprit d’entreprise
reposent sur
la prise de risque.
Néanmoins, pour l’étude du comportement entrepreneurial face au risque, la littérature
s’est
focalisée sur deux approches, à savoir : l’approche par les traits et l’approche
cognitive.
[Link]. Etude de risque entrepreneurial à travers les
approches :
a. Le risque entrepreneurial dans l’approche par les traits :
Les premières recherches en entrepreneuriat se sont focalisées essentiellement
sur le
créateur et, plus particulièrement, sur ses traits de personnalité. Ainsi, elles se sont
concentrées sur le volet psychologique de l’individu, en essayant de répondre à
différentes
questions.
39
Chapitre 1 : Entrepreneuriat et esprit d’entreprise chez les
jeunes.
Telles que : pourquoi dans des circonstances similaires certains individus décidaient de
lancer
leur propre entreprise alors que d'autres ne le faisaient pas? Ou encore être
entrepreneur
relève t-il de l’inné ou de l’acquis ?
La personnalité du créateur, ses origines, sa formation, son sexe, etc., sont des
critères
qui étaient à l’origine de multiples recherches. Ainsi, plusieurs traits et caractéristiques
ont été
attribués à l’entrepreneur : Le besoin d’accomplissement (McClelland, 1965), l’internalité
du
lieu de contrôle (Brockhaus, 1982), la tolérance de l’ambiguïté (Sexton et Bowman,
1985), la propension à la prise de risque (Begley & Boyd, 1987 ; Brockhaus, 1980) 51.
Dans cette logique, l’échec d’une expérience entrepreneuriale, affecte l’entrepreneur sur
tous
les niveaux (financier, l’opportunité de carrière, familial, psychologique...), il est souvent
perçu comme un énorme échec de l’entrepreneur lui
même.
De point du vue de la propension au risque, les fonctions entrepreneuriales impliquent,
premièrement, une mesure et une prise du risque, aux yeux de plusieurs auteurs. Il
apparaît
naturel que les entrepreneurs ont un niveau très élevé d’acceptation du risque, voir
même de
préférence de risque, ils sont inhérent au qualitatif de preneurs de
risque.
Au contraire, McClelland (1961)52 a avancé qu’actuellement les entrepreneurs ont un
niveau modéré de prise de risque. Car motivés par leur besoin d’accomplissement, les
entrepreneurs introduisent des activités qui sont à la fois compétitives et réalisables, en
utilisant leurs compétences. Dans cette logique, les entrepreneurs maximisent leur
chance de
réussite.
b. Le risque entrepreneurial dans l’approche cognitive :
L’approche cognitive Initiée en entrepreneuriat par Kirzner (1973, 1979). Elle
tente
de comprendre comment les perceptions, les styles de prise de décision et les intentions
affectent les comportements des entrepreneurs et spécialement leurs attitudes face
au risque.
Cet auteur a introduit la théorie de « la vigilance entrepreneuriale » qui attribue à
l’entrepreneur une habilité unique à découvrir et à exploiter des opportunités que les
autres
échouent à percevoir.
51RACHDI. F et KHALID. K : « Le déterminisme de la perception du risque entrepreneurial, dans le choix
formel/informel : le Cas du Maroc », Communication au 8eme Congrès International Francophone en
Entrepreneuriat et PME, Fribourg, 2006. 52 FILLION, L-J : « Le champs de l’entrepreneuriat : histoire,
évolutions, tendances », cahier de recherche n° 97.01, HEC Montréal, 1997.
40
Chapitre 1 : Entrepreneuriat et esprit d’entreprise chez les
jeunes.
L’entrepreneur est vu comme quelqu’un qui raisonne, qui calcule, évalue les moyens à
mobiliser et à mettre en œuvre pour atteindre une fin. C’est cette démarche consciente
qui
expliquerait son action et, en particulier, ses comportements
professionnels.
Ainsi, l’entrepreneur a une perception différente du risque, et il perçoit des situations
avec
plus d’optimisme par rapport à des non
entrepreneurs.
Certes, les deux approches ont révélé des contributions importantes dans la
compréhension des comportements entrepreneuriaux par rapport au risque. Mais elles
ont eu
du mal à prouver que les entrepreneurs sont moins averses au risque que les non
entrepreneurs. Leur principale limite est de se pencher sur une approche
unidimensionnelle du
phénomène entrepreneurial, axée sur
l’entrepreneur.
2.1.3. Innovation moteur de l’esprit
d’entreprise :
Depuis Cantillon et Say, considérés tous deux comme les fondateurs du champ
de l’entrepreneuriat, l’innovation et l’entrepreneuriat sont des concepts reliés (Fayolle
2005)53.
Schumpeter s’inscrira aussi dans cette perspective en suggérant que l’innovation
corresponde à l’activité principale de l’entrepreneur (Tounes, 2005) 54.
En d’autres termes, l’entrepreneur est vu comme un innovateur. Au sein d’une
organisation,
l’entrepreneur possède généralement une très forte influence sur la conduite des
affaires,
notamment due à sa position hiérarchique. Il est l’un des acteurs qui initie et implante
les
innovations.
L’innovation est une caractéristique majeure pour définir l’entrepreneuriat et l’esprit
d’entreprise. Elle peut prendre différentes formes, par exemple, l’introduction de
nouveaux
produits/services dans le marché ou la modification des caractéristiques des
produits/services.
[Link]. Définition de l’innovation :
L’innovation est considérée par plusieurs auteurs comme un moteur significatif de
croissance économique et de création de richesses. Elle est vue comme un levier de la
puissance économique et du développement commercial futur des entreprises. Elle est
liée à
un acteur social, qui est l’entrepreneur et implique une activité entrepreneuriale au sens
schumpétérien du terme, généralement sous la forme de nouveaux produits, de
nouveaux
53 FAYOLLE. A, (2005), op. cit 54 TOUNES. A : « L’ENTREPRENEUR : l’odyssée d’un concept », Cahier de
recherche, CREGO Centre de Recherche et d’Etudes en Gestion des Organisations, n° 03-73, IAE de
Rouen.
41
Chapitre 1 : Entrepreneuriat et esprit d’entreprise chez les
jeunes.
procédés de production, de nouvelles activités, ayant la capacité de générer un potentiel
de
croissance économique ou
sociale.
Drucker (1985) nous a appris que l’innovation est l’outil qui permet à l’entrepreneur de
créer
de la valeur. La fonction entrepreneuriale consiste alors dans la pratique de nouvelles
connaissances pour les rendre
productives.
A ce propos il signale : « L’innovation est l’instrument spécifique des entrepreneurs, le
moyen
d’utiliser le changement comme une opportunité ouverte sur une affaire ou un service
différent. Elle peut être présentée comme une discipline, elle peut s’apprendre et se
pratiquer.
Les entrepreneurs doivent chercher les sources d’innovations qui peuvent réussir. Ils
doivent connaitre et appliquer les principes qui permettent à ces innovations de réussir
»55.
De leur coté, Julien et Marchesnay voient de l’innovation comme le moteur de
l’entrepreneuriat, elle est au cœur même de la démarche entrepreneuriale : «
l’innovation
constitue le fondement de l’entrepreneuriat, puisque celui-ci suppose des idées
nouvelles pour
offrir ou produire de nouveaux biens ou services, ou encore, pour réorganiser
l’entreprise »56. Pour eux l’innovation est l’action de créer une entreprise différente de ce
qu’on connaissait auparavant.
L’OCDE (1997) considère l’innovation comme : « le renouvellement et
l’élargissement de la gamme de produits et services et des marchés associés, la mise
en place
de nouvelles méthodes de production, d’approvisionnement et de distribution,
l’introduction
de changement dans la gestion, l’organisation du travail ainsi que dans les conditions
de
travail et les qualifications des travailleurs. Innover, c’est donc mener une réflexion
globale
sur le fonctionnement de l’entreprise afin de pouvoir la rendre plus souple, plus réactive
et plus compétitive »57.
Toutefois, il est admet aujourd’hui que l’innovation est indissociable de la fonction
entrepreneuriale et que l’entrepreneur doit relever les nouveaux défis de l’innovation. Le
concept d’innovation est en relation direct avec celui d’entreprise, et pratiquement tous
les
projets d’entreprise reposent sur l’origine sur une
innovation.
55 DRUCKER. P, (1985), op. cit, p 43. 56 JULIEN. P-A et MARCHESNAY. M (1996), op. cit, p 35. 57 OCDE
et Eurostat, Manuel d’Oslo, la mesure des activités scientifiques et technologiques : 2ième Edition, 1997, p
56.
42
Chapitre 1 : Entrepreneuriat et esprit d’entreprise chez les
jeunes.
[Link]. L’entrepreneur innovateur de
Schumpeter :
La principale contribution de Schumpeter à l’analyse de l’innovation est celle de
l’entrepreneur innovateur. Il est plus que tout autre auteur, très explicite sur la fonction
économique de l’entrepreneur. Il voit de ce dernier comme le moteur de l’évolution
économique et le révolutionnaire de l’économie, il perturbe l’équilibre économique en
créant
des nouvelles possibilités de
production.
Pour cet auteur, ce personnage est un vecteur de changement dans le système
économique,
introduisant ce qu’il appelle : « la création destructive de valeur ». L’entrepreneur
schumpetérien en revanche, réalise les nouvelles combinaisons de moyens de
production.
C'est-à-dire : l’innovation. Ainsi, l’innovation est perçue comme l’instrument spécifique
des
entrepreneurs.
Autrement dit, dans un système économique où les agents économiques ne possèdent
pas la
même information, l’entrepreneur en fait utilise ou bien profites d’une opportunité
ouverte
sur une affaire ou un service pour exécuter de nouvelles combinaisons qui sont à son
esprit
portantes de changement.
Cependant, les entrepreneurs doivent chercher les sources d’innovations qui
peuvent
réussir. Et ils doivent connaître et appliquer les principes qui permettent à ces
innovations de
réussir. L’innovation alors, est l’action qui consiste à ouvrir de nouvelles possibilités aux
ressources pour pouvoir créer des richesses. A cet aspect il écrit « le rôle de
l’entrepreneur
consiste à ouvrir à reformer ou à révolutionner la routine de production en exploitant une
invention ou, plus généralement une possibilité technique inédite (...) des aptitudes sont
nécessaires, qui n’existent que chez une faible fraction de la population et qui
caractérisent à la fois le type et la fonction de l’entrepreneur » 58.
Les aptitudes de l’entrepreneur se résument essentiellement à l’initiative et à la volonté.
C’est
en la transposant dans le domaine de l’économique que Schumpeter en fait dériver la
notion
d’entreprise et d’entrepreneur. L’entreprise est l’acte de réaliser ; l’entrepreneur, l’agent
qui
réalise des combinaisons nouvelles de facteurs de la
production.
Pour Schumpeter, l’entrepreneur n’est pas l’inventeur d’une découverte. Il est celui qui
introduit cette découverte dans l’entreprise, dans l’industrie, dans l’économie, soit le
responsable de sa diffusion à proprement
parler.
58 SCHUMPETER. J-A, (1935), op. cit, p 41, p 42.
43
Chapitre 1 : Entrepreneuriat et esprit d’entreprise chez les
jeunes.
Selon lui, la société économique est dirigée par des décisions humaines, celles des
entrepreneurs, et non pas par des idéologies ou des classes sociales abstraites. Ainsi,
le
changement découle de l’exercice réel d’une fonction et non de la fonction en tant que
telle :
c’est-à-dire que quelqu’un est « entrepreneur » lorsqu’il met en œuvre de nouvelles
combinaisons ; il crée un contexte grâce auquel le cadre d’intervention du social
s’élargit, se
transforme. Seule cette action de dépassement correspond au rôle et à la fonction
d’entrepreneur.
Schumpeter campe son analyse dans le milieu économique et voit un acteur
transformateur en
toute personne en mesure de mettre en place une nouvelle combinaison
d’arrangements dans
le cadre d’une entreprise, d’une organisation à finalité
économique.
Dans cette perspective, la fonction de l’entrepreneur consiste à surmonter une
série
d’obstacles. Selon Schumpeter, l’innovation est une réponse créatrice à ces obstacles.
Trois
grandes catégories de résistance à l’innovation peuvent être
identifiées.
Premièrement, l’entrepreneur innovateur agit dans un contexte d’incertitude, car compte
tenu
de l’information dont il dispose, il n’est pas assuré que son projet aboutira. Il peut avoir
recours à des données rétrospectives, mais celles-ci apportent peu de certitude puisque
personne ne les utilise dans la voie qu’il
propose.
La deuxième catégorie d’obstacles paraît relativement évidente. Schumpeter l’énonçait
ainsi
en 1935 : « Il est objectivement plus difficile de faire du nouveau que ce qui est
accoutumé et
éprouvé ».
Enfin, la troisième catégorie est la plus importante à nos yeux. Il s’agit de la réaction du
milieu social à l’égard de l’innovation, ou à toute personne qui veut faire du
nouveau.
2.2. Esprit d’entreprise et la culture entrepreneuriale
:
La culture sociétale récente tend à reconsidérer l’entreprise et l’entrepreneur
catalyseur de croissance et à valoriser la culture entrepreneuriale 59. Cependant, la
notion de culture
entrepreneuriale reste floue et recouvre des réalités diverses dans la mesure où elle
vise pour la majorité des auteurs à dynamiser l’esprit d’entreprise (OCDE, 1998) 60.
59 LEGER-JARNIOU. C : « Développer la culture entrepreneuriale chez les jeunes : Théorie(s) et pratique(s)
»; Revue française de gestion N° 185/2008, Paris, 2008, p 162. 60 OCDE : « Stimuler l’esprit d’entreprise »,
Paris, 1998, p 25.
44
Chapitre 1 : Entrepreneuriat et esprit d’entreprise chez les
jeunes.
En citant Johannisson (1984), Léger-Jarniou définit la culture entrepreneuriale comme
suit
« ... est une culture qui valorise les caractéristiques personnelles associées à
l’entrepreneurship soit l’individualisme, la marginalité, le besoin de réalisation
personnelle,
la prise de risques, la confiance en soi et les habiletés sociales ; qui valorise également
le
succès personnel tout en pardonnant l’échec ; qui encourage la diversité et non
l’uniformité et qui encourage le changement et non la stabilité » 61.
La culture entrepreneuriale, appartenant au monde de la culture, Fortin (2002) 62 la définit
à
partir de son application. En effet, elle s’applique à
:
- La création et la gestion d’une
entreprise;
- l’approche dynamique et innovatrice d’un employé pour faire progresser une
entreprise;
- la recherche active et dynamique d’un emploi par une personne sans
emploi;
- la pédagogie stimulante de l’enseignant auprès des jeunes en
formation;
- l’intervention sociale positive et
innovante.
Ce sont là des valeurs identifiables, mais difficiles à mesurer. Elles permettent de mieux
profiter des occasions d’affaires à travers l’initiative individuelle et collective, la
persévérance
et la détermination, l’équilibre entre la sécurité et le risque, et l’harmonie entre stabilité et
changement.
Il s’avère que la fonction sociale de la culture est d’offrir une identité collective
spécifique à une pluralité de personnes, se reconnaissant comme telle et se distinguant
des
membres d’autres cultures. Cependant, si la culture sert de moule, il convient de retenir
que ce
moule est flexible, car il permet des ajustements individuels, des adaptations, des
options
entre des valeurs dominantes et des valeurs variantes. Le système culturel est l’appareil
qui
inspire toute l’action sociale ; il se compose des valeurs, des connaissances et des
idéologies,
des buts, des projets, des intentions ; il active et guide les motivations des acteurs
sociaux,
individuels ou de groupes, les incitant à orienter leurs actions dans un sens déterminé,
évitant
du coup d’autres options.
61 LEGER-JARNIOU. C, (2008), op. cit, p 164. 62 FORTIN. P, A : « La culture entrepreneuriale, un
antidote à la pauvreté », Éditions Transcontinental, Montréal, 2002, p 26, p 27.
45
Chapitre 1 : Entrepreneuriat et esprit d’entreprise chez les
jeunes.
2.3. L’esprit d’entreprise : particularisme ou
pas ?
Dans toute société, l’inégalité naturelle entre les hommes se traduit par les
différences
à suivre le même rythme de progression de savoir et de
productivité.
L’esprit d’entreprise représenterait l’aptitude inné dont certains seraient dotés pour crées
des
richesses et développer autours d’eux un bien être social sans lequel nos société
fondées sur la
connaissance
s’écrouleraient.
En analysant la variété des talents qui fondent la complémentarité des hommes mais
aussi
leurs différences, on peut tenter de relever les principaux traits de caractères et de
situation
qui singulariseraient l’entrepreneur du non
entrepreneur.
2.3.1. Les aspects personnels et
culturels :
L’individu au sein de la société a l’occasion de jouer un rôle différent plus au
moins
affirmé en fonction d’une large palette d’aptitudes et de
préférences :
- S’exprimer dans la collectivité ou s’épanouir individuellement ;
- Savoir faire et expérience ;
- Compétences pluridisciplinaires ou spécialisation ;
- Personnalité (énergie, caractère, charisme) ou attitude de
dépendance ;
- Goût de l’organisation et des procédures (architecture d’un projet) ou préférence
pour
l’exécution de l’œuvre ;
Les quelques caractéristiques contrastées que nous venons de citer permettraient
d’affirmer
que l’esprit d’entreprise traduit une priorité des valeurs individuelles et de la personnalité
sur
celle du savoir.
2.3.2. Les aspects relationnels et
environnementaux :
L’esprit d’entreprise doit affronter le parcours initiatique de l’environnement à deux
niveaux :
a- Celui de la société institutionnelle (banques, administration région
d’implantation).
b- Celui de sa propre organisation intrinsèque (relation avec les partenaires internes-
actionnaires-et externes-fournisseurs-
clientèle,...).
Il est vrai dans la réalité, aucun entrepreneur ne devrait prendre ses décisions à
l’instinct, mais après avoir réussi son examen de passage devant tous ceux qui ont jugé
de sa
46
Chapitre 1 : Entrepreneuriat et esprit d’entreprise chez les
jeunes.
faisabilité personnelle et celle de son projet. En l’occurrence, la maitrise de
l’environnement
devrait plutôt relever de l’aptitude à négociation qu’on peut considérer comme l’une des
caractéristiques les plus répondues chez les
hommes.
Néanmoins, l’esprit d’entreprise n’est pas suffisant à lui seul pour créer une
entreprise.
Certains pays et même certaines institutions peuvent être de recels obstacles à l’esprit
d’entreprise, mais un vrai entrepreneur doit également ne pas surestimer ses moyens, ni
sous
estimer les empêchements rencontrés et savoir renoncer à une cause
perdue.
2.3.3. Les aspects conceptuels et
opérationnels :
L’esprit d’entreprise s’exprime et trouve lui-même sa confirmation ou sa sanction aux
deux
phrases :
a- De la conception du projet (phase 1) ;
b- De la réalisation et de l’exploitation de celui-ci (phase
2) ;
A l’exception des micro-projets ou des petits projets, les moyennes entreprises exigent
de plus
en plus souvent de compétences pluridisciplinaires pour affronter à chances égales la
concurrence.
L’un des paradoxes des projets mal connus des non-spécialistes tient au fait que
l’homme de
base à l’initiative du projet ne peut toujours se réclamer à lui seul de toutes les
composantes
du succès (savoir faire, gestion, ressources financières) et qui doit recourir à des
institutions
d’aides pour dépasser ces
obstacles.
Section 3 : La création d’entreprise :
3.1. La création d’entreprise : définitions et
intérêt
Comme le souligne Julien et Marchesnay (1996) : « la conséquence logique est
que l’esprit d’entreprise suscite la création d’entreprise » 63. Ainsi, le résultat ultime de
l’esprit
d’entreprise est la création d’entreprise. Plusieurs auteurs affirment que la notion de
création
est la caractéristique fondamentale de l’entrepreneuriat et des recherches qui lui sont
consacrées.
63 JULIEN. P-A et MARCHESNAY. M, (1996), op. cit, p 23.
47
Chapitre 1 : Entrepreneuriat et esprit d’entreprise chez les
jeunes.
Outre, l’entrepreneur est ici placé au cœur des activités économiques, est celui qui crée
une
entreprise grâce à l’apport de capitaux et à l’innovation, laquelle est considérée comme
le
moteur de l’entrepreneuriat. En d’autres termes, créer une entreprise est la
manifestation la
plus claire de l’entrepreneuriat et très souvent sont vu de façon synonymique, mais toute
création d’entreprise n’est pas forcement un acte entrepreneurial « pur »comme le
souligne
Bruyat (1993).
Dans cet ordre d'idées, l’entrepreneuriat apparaît comme un ensemble de
comportements visant la création d’une nouvelle entreprise. En outre, l’entrepreneuriat
prospère dans un milieu favorable. Le potentiel entrepreneurial ne peut s’exprimer que
lorsque les circonstances de l’environnement s’y prêtent. Il requiert une culture
entrepreneuriale perceptible dans l’enseignement scolaire et dans des modèles issus de
l’environnement familial ou du voisinage. Sa manifestation présuppose aussi une culture
locale, des valeurs religieuses, une organisation sociale, un régime politique et un
contexte
légal et réglementaire appropriés. A ces variables environnementales, il faut ajouter les
objectifs ou motivations de l’entrepreneur. On peut alors citer, entre autres, l’ambition,
l’insatisfaction au travail, les charges de la famille, le manque d’intégration. C’est ce que
Julien (2000)64 appelle des « déclencheurs » individuels, familiaux, sociaux ou
organisationnels.
Il a été reconnu le caractère multidimensionnel de la création d’une nouvelle
entreprise. À côté des facteurs socioculturels, il faut citer les facteurs politiques et
économiques.
Fondamentalement, la création d’une nouvelle entreprise représente une décision prise
par un
ou plusieurs entrepreneurs. Julien (2000), de son côté, identifie trois conditions
susceptibles
de mener à la création d’entreprise : l’entrepreneur doit y croire ; le milieu doit l’appuyer
et le
soutenir financièrement ; et l’environnement doit lui apporter une aide matérielle et
immatérielle. Généralement, les influences qui s’exercent sur cette décision se
retrouvent à
trois niveaux :
64 JULIEN. P-A, (2000), [Link]
48
Chapitre 1 : Entrepreneuriat et esprit d’entreprise chez les
jeunes.
3.2. Influences de la décision de la création
d’entreprise :
3.2.1. Le niveau de désirabilité : il s’agit de mieux cerner les facteurs du milieu
immédiat
qui en influencent l’attrait ou, encore mieux, la désirabilité. Les facteurs économiques,
sociaux-culturels et politiques affectent directement la désirabilité perçue d’un
comportement donné ou d’une action. Pour Shapero (1982) 65, ces variables constituent
une condition
essentielle de la création de l’entreprise : « pour mettre en place une entreprise qui est
nouvelle, différente et novatrice, vous devez être capable de vous imaginer dans le rôle.
C'est-
à-dire que l’acte doit être crédible ». Ainsi, la présence d’image d’imitation et d’une
culture
entrepreneuriale développée va favoriser le passage à l’acte. Elle dépend de
dimensions
socioculturelles qui interviennent à différents niveaux
:
a. La famille : l’influence de la famille est déterminante. De nombreuses études ont
démontré
la surreprésentation des entrepreneurs ayant déjà un parent lui-même entrepreneur,
comparativement à la population en général. Cela constitue un facteur réellement
discriminant de l’entrepreneuriat dans une population
étudiée.
b. L’entreprise : certaines entreprises développent plus que d’autres une mentalité
entrepreneuriale (intrapreneuriat). Elles encouragent l’initiative individuelle et la
créativité
à leurs propres personnels. Des entreprises vont même plus loin incitant leur
personnel à
créer leur propre unité
(essaimage).
c. Le milieu professionnel : il est justifiable que certains environnements sont plus
propices
à la création d’entreprises que d’autres. On constate qu’aujourd’hui certains milieux
professionnels sont plus propices à la constitution des réseaux qui facilitent la
création
d’entreprise.
Ainsi, pour Arocena. J : « la réussite de création d’entreprise est une affaire de réseaux.
Beaucoup plus que tout autre considérations, la capacité du créateur à se situer dans
l’environnement institutionnel sera la condition fondamentale de la réussite » 66.
d. Le milieu social au sens large : il peut être plus au moins favorable à l’esprit
d’entreprise.
Plusieurs recherches ont étudié la relation qui existe entre la culture régionale, la
religion,
les facteurs sociologiques d’une manière générale et la création
d’entreprise.
65 SHAPERO (1982), cité par GASSE. Y : « les conditions environnementales de la création d’entreprise dans
les économies émergentes », édition l’Harmattan, Paris, 2007, p 47. 66 AROCENA. J (1984), cité par
HERNANDEZ, E.M : « Entrepreneuriat : Approche théorique », Edition l’Harmattan, Paris, 2000, p 69.
49
Chapitre 1 : Entrepreneuriat et esprit d’entreprise chez les
jeunes.
Ces contestations indiquent que certains individus ont plus de probabilités de créer des
entreprises que d’autres. Toutefois, certains antécédents et certaines caractéristiques
semblent
mieux préparer l’individu à prendre une décision orientée vers l’entrepreneuriat lorsque
l’occasion se présente. La décision peut prendre aussi d’autres facteurs que nous
allons voir.
3.2.2. Le niveau de faisabilité : (variable économiques) : plusieurs facteurs externes,
souvent indépendants de l’individu, influencent l’entrepreneuriat. Il est clair qu’il existe
entre
ces facteurs une interaction qui crée des climats plus au moins favorables à la création
d’entreprises. Gasse (2007) définit la faisabilité comme : « la faisabilité devient une
fonction
d’une série de perceptions positives par rapport à la présence et à l’accessibilité de
moyens et de ressources pertinents à la création d’entreprise » 67. Mais, dans le cas des
pays en
transition comme l’Algérie, la question qui se pose est de savoir si la présence de
conditions
environnementales favorables est suffisante pour un entrepreneuriat
dynamique.
Pour créer son entreprise l’entrepreneur doit accéder à des ressources et parmi ces
ressources
l’accent est mis sur les ressources financières et dans cette perspective Belley (1990)
indique : « nous n’avons identifié aucune recherche qui ne confirme l’importance de la
disponibilité du capital et qui ne mentionne la carence de capital de démarrage comme
étant inhibitive de la création de nouvelles entreprise » 68.
L’Etat joue également un rôle déterminant dans le processus de création d’entreprises
par les
moyens dont il dispose tel que : programmes et dispositifs d’aide à la création des
entreprises.
En effet, comme le signale Boutillier. S et Uzunidis. D : « l’action entrepreneuriale est
indétachable de son environnement économique et technique et, bien sûr, de
l’intervention de la puissance publique » 69.
3.2.3. Le niveau de création : il est évident de signaler que la désirabilité et la
faisabilité sont
des conditions nécessaires mais insuffisantes pour la création des entreprises. Pour
Gasse (2007)70 pour passer à l’action, les entrepreneurs potentiels doivent réunir les
moyens et les
67 GASSE. Y, In PATUREL. R : « Dynamiques entrepreneuriales et développement économique » ; Edition
l’Harmattan, Paris, 2007, p 51. 68 BELLY (1990), cité par HERNANDEZ, E.M : « Entrepreneuriat : Approche
théorique », Edition l’Harmattan, Paris, 2000, p 69, p70. 69 BOUTILLIER. S, UZUNIDIS. D : « La légende de
l’entrepreneur : le capital social, ou comment vient l’esprit d’entreprise », Edition SYROS, Paris, 1999, p 10. 70
GASSE. Y, (2007), op. cit, p 54.
50
Chapitre 1 : Entrepreneuriat et esprit d’entreprise chez les
jeunes.
ressources pertinents au bon moment et au bon endroit, il recense les éléments
suivants qui
peuvent avoir une influence déterminante sur la création d’une
entreprise :
a. L’organisation incubatrice : lorsqu’un entrepreneur crée une nouvelle entreprise, il
quitte
en général une organisation. Ainsi, il apparait évident que les caractéristiques de
cette
organisation influencent l’entrepreneuriat de différentes façons. Elle peut influence sur
l’emplacement par exemple.
b. La nature des entreprises : les organisations établies influencent également le type
et la
nature des entreprises nouvellement créées. C’est le cas en particulier des
entreprises de
haute technologie où les dernières connaissances dans le domaine technique et
commercial sont essentielles à la
réussite.
c. Les facteurs déclencheurs : l’organisation d’origine semble aussi influencer les
motivations de l’entrepreneur. Plusieurs personnes ont crée des entreprises à la
suite de
difficultés internes ou de changements dans l’organisation
d’origine.
d. L’essaimage : l’essaimage joue un rôle important dans la création d’entreprise. Qui
est un
choix délibéré d’un employeur d’appuyer par des mesures variables la création
d’entreprises par ses
employés.
e. La disponibilité des financements : les facteurs les plus mentionnés par les
entrepreneurs
quant au passage concret de l’intention à la création d’entreprise, est la disponibilité
de
fonds qui ressort souvent comme un élément prédominant. Il constitue un défi de
taille
dans les pays
émergents.
f. La présence d’un réseau d’aide : plusieurs pays dans l’optique de donner un souffle
à
leurs économies ont mis en place des structures et des dispositifs d’encouragement
à
l’action entrepreneuriale. Très souvent ces institutions constituent des politiques
publiques
de développement de l’esprit d’entreprise soutenues par des fonds
publics.
S’il n’existe pas de modèle universel du processus de la création d’entreprise, il est à
noter
que trois étapes de développement apparaissent déterminantes : l’éclosion d’une idée,
l’élaboration d’un projet et la création de
l’entreprise.
51
Chapitre 1 : Entrepreneuriat et esprit d’entreprise chez les jeunes.
Figure n°2 : Modèle des influences principales sur la création d’entreprise.
Déterminants Déterminants Déterminants Déterminants sociaux sociaux sociaux sociaux Influences Influences Influences Influences Ma Ma Ma Ma
jeures
jeures jeures jeures Moyens Moyens Moyens Moyens Éléments Éléments Éléments Éléments Étapes Étapes Étapes Étapes Décisions Décisions
Source :
Décisions Décisions Processus Processus Processus Processus Caractéristiques Caractéristiques Caractéristiques Caractéristiques
Gasse. Y : « les conditions environnementales de la création d’entreprises dans les
économies émergentes », éd L’Harmattan, 2007, p 47.
3.3. Les composantes de la démarche de création :
Aujourd’hui, plusieurs recherches en entrepreneuriat ont montré la multiplicité, la
complexité
et la dynamique des processus de création d’entreprises (Bruyat, 1993 et 2001 ;
Fayolle, 2002 ; Gasse, 2004, etc.). Gasse (2004)71 constate que cette démarche
combine deux
catégories de composantes qui comprennent des éléments qui expliquent les différents
types
de démarches de création.
a. La composante stratégique : est un ensemble formé par le projet d’entreprise,
l’environnement et les ressources.
b. La composante psychologique : est un ensemble de comportement, d’aptitudes et
de
motivations du ou des porteurs de projets.
71Gasse.Y : « Les structures d’appui à la création d’entreprise : contribution en vue de l’évaluation de leurs
performances » ; 4eme congrès de l’Académie de l’entrepreneuriat, 2004.
52
Conditions cadres du milieu local et national
Réalisation Initiatives Confiance en soi Détermination Créativité Énergie
Culture Famille Religion
Valeurs Valeurs Valeurs Valeurs
Éducation
Organismes de soutien
Besoins Utilité Différence Valeur a outée
Commercialisable Rentable Porteur (tendance) Gérable
Innovante Citoyenne Satisfaisante Moderne
Désirabilité Désirabilité Désirabilité Désirabilité
Idées Idées Idées Idées
Structure sociale
Communautés d’affaires
Entrepreneuriat Risques Gratifications Reconnaissance Mode de vie
ccessibilité Information
Perceptions Perceptions Perceptions Perceptions (attitudes) (attitudes) (attitudes) (attitudes)
Médias Réseau de communication
Faisabilité Faisabilité Faisabilité Faisabilité
Pro et Pro et Pro et Pro et
ssociations: Professionnelles
Industrielles
Consulaires
Conseils Technologie Gestion Facilité Fonds Feedback Réseau
ccompagnement
Institutions (université)
Entreprise Entreprise Entreprise Entreprise
Création Création Création Création
Chapitre 1 : Entrepreneuriat et esprit d’entreprise chez les jeunes.
Figure n°3 : Les composantes de base du processus de création.
Le projet entrepreneurial
L’entrepreneur et/ou l’équipe
Environnement
Les comportements
Les Aptitudes Les ressources
Les motivations
Les composantes stratégiques Les composantes psychologiques
Source : Gasse.Y : « Les structures d’appui à la création d’entreprise : contribution en vue
de l’évaluation de leurs performances » ; 4 eme congrès de l’Académie de l’entrepreneuriat,
2004, p 6.
Cependant, le processus de création se déclenche dès lors que les différents éléments
des deux
composantes s’affrontent, se mettent en interaction, voir se combinent afin de prendre
des
décisions et engager des actions entrepreneuriales.
Figure n°4 : la confrontation des composantes de la démarche de création.
Les possibilités de
l’environnement
Source : Gasse. Y : « Les structures d’appui à la création d’entreprise : contribution en vue
de l’évaluation de leurs performances » ; 4eme congrès de l’Académie de l’entrepreneuriat,
2004, p8.
53
Les aspirations du
créateur
Compétences et ressources perçues pour le projet
Chapitre 1 : Entrepreneuriat et esprit d’entreprise chez les
jeunes.
3.4. Le processus de la création
d’entreprise :
La mise sur pied d’une entreprise comporte plusieurs phases : la conception, le
démarrage et les opérations. Le modèle du processus entrepreneurial, élaborée par
Gasse (2002)72, met clairement en évidence les différentes phases et alternatives de la
création
d’entreprise. Au cours du processus entrepreneurial, l’entrepreneur, vivant parmi une
population dans une société donnée, subit des influences des variables
psychosociologiques et
du milieu environnant. La dynamique psychosociologique correspond aux
prédispositions :
valeurs culturelles, attitudes, motivations, aptitudes et intérêts. Les facteurs externes
sont
constitués des milieux politique, institutionnel et économique, des modèles,
infrastructures et
ressources, ainsi que des antécédents familiaux, ethniques et professionnels. Celui qui,
pour
toutes sortes de raisons, manifeste le désir de créer une entreprise fait face à plusieurs
possibilités : l’abandon du projet, le démarrage inactif et le démarrage actif. Dans ce
dernier
cas de figure, l’entreprise est effectivement opérationnelle. C’est alors que, selon
l’évolution
de la situation, d’autres voies s’ouvrent à la nouvelle unité : l’échec, la stabilité ou la
croissance.
Il est admis, qu’aujourd’hui la création d’entreprise est un terme générique se
présentant sous deux principales formes : la création et la reprise (l’achat d’entreprise et
l’acquisition par succession). Elle est l’expression des valeurs culturelles, de l’esprit
d’entreprise, des attitudes et des comportements et gestes des entrepreneurs au sein
de la
société. Par rapport à l’achat et à l’acquisition par succession, la création est considérée
par
les auteurs comme la forme par excellence de la naissance de nouvelles entreprises.
L’entrepreneur part de presque rien, il monte son projet d’entreprise, le réalise dans les
conditions spécifiques de son environnement socioculturel, sociopolitique et socio-
économique. Il apparaît comme le prototype même de l’entrepreneur
créateur.
Il convient cependant de préciser, que même si la création d’entreprise est
acceptable
et désirable par la société, sa réalisation concrète suppose sa faisabilité. En effet, des
obstacles
de tous ordres, tels que la réglementation ou le coût du capital, peuvent freiner ou
annihiler
toute tentative de création
d’entreprise.
72 GASSE. Y : « Les entrepreneurs naissants et la poursuite de leur projet d’entreprise : une étude
eme
longitudinale», 6 Congrès international francophone sur la PME -HEC – Montréal, octobre 2002.
54
Chapitre 1 : Entrepreneuriat et esprit d’entreprise chez les
jeunes.
La formation, l’accompagnement, ainsi que les valeurs et attitudes de l’entrepreneur
potentiel
induisent des comportements, incitant l’entrepreneur à passer à l’acte par la traduction
de ses
intentions en actions
entrepreneuriales.
Pour mettre les chances de son côté, l’Agence pour la création d’entreprise
(APCE)73
recommande de procéder avec minutie et de parcourir toutes les étapes
chronologiques, de la
naissance de l’idée de création de l’entreprise au démarrage effectif de l’activité, en
passant
par le financement et les aides. Se présentant sous la forme d’une intuition ou d’un désir
profond, l’idée de création s’origine dans l’observation de la vie quotidienne, de la vie
économique et de la vie professionnelle, le savoir-faire acquis au fil du temps, l’idée
expérimentée par d’autres et une bonne occasion d’affaires. Ainsi, plusieurs voies
d’accès
mènent à la création
d’entreprise.
Il peut arriver que le projet ne soit pas réaliste ou qu’il nécessite, pour sa mise en
œuvre, la formation de l’initiateur ou la présence de partenaires. Une fois le projet bien
ficelé,
il faut faire face au problème de financement correct des activités, une des conditions de
sa
réussite. Aussi une insuffisance de l’apport personnel, constaté dans la plupart des cas,
engage
le porteur de projet ou son équipe à trouver les capitaux manquants. A ce stade, le
recours aux
outils et à des organismes de financement disponibles s’avère incontournable. Les
dispositifs
d'aide à la création d'entreprise existent au niveau de l’État, des ONG, des associations
socioprofessionnelles ou des collectivités locales. Les aides distribuées sont, entre
autres, des
aides financières, des conseils, accompagnement, des allègements fiscaux, des
exonérations
de charges sociales.
Quand tout est au point, le projet passe dans sa phase d’exécution, le
démarrage. Le
produit ou le service est alors mis sur le marché. Il passe le test de l’acceptation par le
marché
existant et la clientèle potentielle. L’émergence de l’entreprise se traduit par la création
d’une
structure, avec ou sans perspective de croissance exponentielle, mais qui tient compte
des
ressources mises en œuvre et des raisons spécifiques à chaque porteur de projet de
création
d’entreprise.
73Agence Pour la Création d’Entreprise (APCE), site ; [Link]
rubrique_id=11¶m=1&type_page=I&type_projet=1
55
Chapitre 1 : Entrepreneuriat et esprit d’entreprise chez les
jeunes.
Si l’entreprise crée la richesse et l’emploi, l’entrepreneur crée l’entreprise (Julien
et
Marchesnay, 1996). Cela est devenu une évidence. L’entrepreneur, fruit de son milieu,
se
trouve donc au cœur du processus
entrepreneurial.
De tout ce qui précède, il ressort que la création d’entreprise est tributaire d’une
multitude
d’influences. En dépit du dénominateur commun existant entre tous les processus de
création,
il y a lieu de considérer des aspects spécifiques à chaque culture et qui déteignent sur
l’entreprise et l’entrepreneur.
3.5. L’esprit d’entreprise et la création
d’entreprise :
Il existe un cadre dans lequel l’acceptation et l’encouragement de
l’enrichissement
personnel constituent un objectif noble poursuivi par les membres de la
communauté.
Quelle considération est accordée à ceux qui font preuve d’appétit aiguisé pour la
richesse?
Au contraire, comment voit-on ceux qui vivent dans la pauvreté matérielle? Quelle
perception
a-t-on de celui qui a essuyé un échec? En effet, l’expérience est là pour montrer que ce
ne sont
pas tous les projets d’entreprise qui
réussissent.
Ce sont autant d’indices susceptibles de révéler la place et le rôle de l’entrepreneuriat
dans la
hiérarchie des valeurs de la
société.
Cela se traduit par l’esprit d’entreprise et se manifeste à travers les comportements
d’affaires,
de création d’entreprise et des rapports à l’argent, au travail, au changement, à la
concurrence, au profit, au risque et à l’incertitude, mais aussi au destin (Gasse et
d’Amours, 2000)74.
L’esprit d’entreprise et le besoin de réussite sont considérés comme la
substantifique
moelle de la mentalité entrepreneuriale. À la source de cet esprit se trouve le besoin de
réussite, qui n’est pas la chose la mieux partagée au monde. En fait, la réussite
personnelle
varie souvent d’une génération à l’autre, d’une société à l’autre, d’une époque à l’autre.
Sans
être un phénomène héréditaire, la motivation s’explique par les conditions du milieu
social.
Il est bien clair que le processus de création d’entreprise part de l’identification des
besoins,
de la détermination des objectifs, de l’analyse des moyens, de l’influence des stimuli
provenant de l’environnement et de leur perception, de l’esprit d’entreprise ainsi que de
la
ferme volonté de réussir. Cependant, un hiatus peut survenir et compromettre
conséquemment
la réalisation du projet de création. Ce processus peut être affecté ou compromis par la
coexistence d’autres besoins ou la pression du milieu politique, économique ou
socioculturel.
74 GASSE. Y et D’AMOURS. A, (2000), op. cit
56
Chapitre 1 : Entrepreneuriat et esprit d’entreprise chez les
jeunes.
Il s’avère donc que les comportements qui consistent à créer une entreprise
s’expliquent par l’analyse des forces qui les régissent. Or, le moteur de toute action est
la
motivation, celle qui pousse la personne à atteindre les objectifs qu’elle s’est fixée.
L’origine
des motivations est à la fois interne et externe. De là toute l’importance de la dialectique
de la
conscience individuelle et de la conscience collective, de l’égoïsme et de
l’altruisme.
Par une rétroaction, les actions une fois accomplies réagissent sur les valeurs dont elles
sont le
produit, ainsi que les perceptions de l’environnement. Le sentiment d’avoir agi en
conformité
avec ses valeurs confirme, s’il en est besoin, de leur pertinence. L’acteur ou l’agent est
satisfait du travail accompli; il a une autre vision de lui-même, et de ce fait, il a de
l’entregent.
Il y a une cohérence entre les valeurs admises et les valeurs vécues. Également, il se
révèle à
son entourage; il répond à l’attente de son milieu proche parce que ses valeurs sont
généralement acceptées et partagées par sa
communauté.
A ce niveau de la démarche et au terme de cette revue de l’appareillage
théorique, il y
a lieu de s’intéresser à la méthodologie et aux dimensions et indicateurs des principaux
concepts de l’entrepreneuriat sous l’angle politico-institutionnel de la création
d’entreprise et
dans le cadre de l’accompagnement et l’appui des jeunes
entrepreneurs.
57
Chapitre 1 : Entrepreneuriat et esprit d’entreprise chez les
jeunes.
Conclusion :
En guise de conclusion pour ce chapitre, il faut rappeler que l’esprit
d’entreprise
s’inscrit dans un processus plus large qui est celui de l’entrepreneuriat et que ce
processus prend du temps avant d’apporter des résultats. Il nécessite de se
focaliser,
dans un premier temps, sur des formations qui visent à susciter la créativité,
l’innovation, l’expérimentation et la prise de risque et ce dès le plus jeune âge de la
population la plus large possible. La création d’entreprise viendra ensuite et elle
sera
une conséquence « naturelle » de ce développement créatif, notamment dans un
pays où
la culture n’est pas très entrepreneuriale. Pour avancer et se réaliser, les jeunes
sont très
sensibles à l’aspect ludique des
choses.
Il faut retenir aussi qu’il est maintenant reconnu que la promotion de
l’entrepreneuriat
chez les jeunes entrepreneurs est motivée par de nombreuses bonnes raisons.
L’entrepreneuriat intervient comme une solution étendue qui peut guérir tous les maux
de la
société, elle présente plusieurs avantages possibles qui permettent d’alimenter les
motivations
d’un jeune pour devenir entrepreneur. Un avantage évident et probablement important
est la
création d'un emploi pour le jeune et de rompre avec le chômage comme contrainte
dégradante. Les difficultés dans le secteur de l’emploi auxquelles sont confrontées les
jeunes
ont des conséquences négatives non seulement pour les jeunes en cause, mais pour
l’ensemble
de la société.
58
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Chapitre 2 : Valoriser l’esprit d’entreprise : le rôle des politiques
publiques
Introduction :
Ces dernières années, la littérature consacrée à l’esprit d’entreprise,
l’entrepreneuriat
et la création d’entreprise, s’est fortement développée et institutionnalisée. Plusieurs
travaux
mettent l’accent sur l’accompagnement, l’appui et le soutien à l’entrepreneuriat par des
réseaux d’aide à la création d’entreprise (Albert, Fayolle, Marion, 1994 ; Sammut, 2000)
se sont multipliés privés soient-ils ou publics. Sammut (1995) a mis l’accent sur cet
intérêt et
la montée en puissance des aides publiques pour les entrepreneurs, elle indique : « le
discours
sur l’appui et les aides à la création d’entreprise se sont multipliés dans les années 80,
redonnant à l’entrepreneur ses lettres de noblesse et faisant de l’acte d’entreprendre un
enjeu politique et économique majeur »75.
Plusieurs programmes ont été expérimentés dans l’espoir de développer une
culture
entrepreneuriale, réduire le chômage et favoriser la création d’entreprise par les
particuliers,
ainsi les pouvoirs publics se sont attaqués à différents aspects du problème par des
dispositifs
divers. Le type de dispositif le plus utilisé consiste en la création et développement
d’entreprise. Stimuler l’esprit d’entreprise est d’ailleurs constitue l’une des principales
mesures utilisées pour accélérer le développement économique et l’insertion des
individus.
Pour l’OCDE, l’Etat doit intervenir dans l’économie pour stimuler la création d’entreprise,
cette vision sera également défendue par Boutillier. S et Uzunidis. D : « ...L’Etat doit
encadrer, organiser et développer l’esprit d’entreprise » 76. À partir de là stimuler l’esprit
d’entreprise revient à mobiliser l’énergie entrepreneuriale pour en faire un processus
dynamique utilisant toutes les opportunités qu’offre l’économie. Cependant, tous les
Etats des
pays développés ou bien en voie de développement ont mis en place des politiques
d’appui à
la création d’entreprises avec des dispositifs et des instruments qui permettent aux
entrepreneurs potentiels d’accéder plus facilement à certaines ressources dont ils ont
besoin.
Cette volonté de développement des systèmes d’appui apparait davantage
encore au
regard de l’orientation récente des politiques ou programmes gouvernementaux des
pays en
transition. En effet, en Algérie au cours de ces deux décennies, plusieurs facteurs tels
que la
conjoncture économique et l’accroissement du chômage surtout celui des jeunes ont
poussé
les pouvoirs publics et les acteurs économiques à intervenir en faveur de la création
75 SAMMUT. S : « contribution à la compréhension du processus de démarrage de petite entreprise » ; Thèse
de Doctorat en sciences de gestion ; Université Montpellier 1, 1995, p 2. 76 BOUTILLIER. S et UZUNIDIS. D :
« la légende de l’entrepreneur ou comment vient l’esprit d’entreprise » ; éditions Syros, Paris, 1999, p 142.
59
Chapitre 2 : Valoriser l’esprit d’entreprise : le rôle des politiques
publiques
d’entreprise et dans l’accompagnement des différentes catégories de porteurs de projet
de
création. Ainsi, en quinze ans l’action publique en matière d’entrepreneuriat et
l’encouragement à la création d’entreprise s’est beaucoup transformée. Toutefois,
l’appui et
le soutien à la création d’entreprise s’est développé et s’est diversifié pour répondre aux
différents besoins des entrepreneurs potentiels, de l’amont à l’aval de l’acte
entrepreneurial.
60
Chapitre 2 : Valoriser l’esprit d’entreprise : le rôle des politiques
publiques
Section 1 : La nécessité d’encourager l’esprit
d’entreprise :
Plusieurs motifs poussent les pouvoirs publics à encourager l’esprit
d’entreprise.
Tout en apparaissant comme un moyen de lutter contre le chômage et la pauvreté, la
promotion de l’entreprenariat présente aussi d’autres avantages et enjeux, en
concourant
notamment à intensifier la concurrence sur un marché donné, à stimuler la quête de
nouvelles
ouvertures économiques, et à suivre les mutations rapides qu’entraîne la mondialisation
de
l’économie. Sans compter qu’il est manifestement attrayant de compter sur l’initiative
privée
pour alimenter la création d’emplois dans un environnement où la maitrise des
dépenses
publiques est à l’ordre du jour et où de nombreux gouvernants cherchent des moyens
de
remédier au problème du chômage par le biais de l’offre. Encourager l’esprit d’entreprise
apparaît donc comme une composante de l’équation qui permettra de concilier réussite
économique et cohésion sociale (OCDE,
1998).
1.1. importance et enjeux socio-économiques de l’esprit
d’entreprise :
L’esprit d’entreprise représente maintenant l’un des objectifs majeurs des
politiques
mises en œuvre par les pouvoirs publics. Mais quelle est réellement les intérêts et
enjeux de
l’esprit d’entreprise ?
1.1.1. L'esprit d'entreprise contribue à la création d'emplois et à la
croissance :
Ces dernières années, de nombreuses études se sont penchées sur les impacts
économiques réels de l’entrepreneuriat, de la création d’entreprise et de l’esprit
d’entreprise
en matière de création de richesse et
d’emploi.
Les petites entreprises nouvellement créées, et non les grandes entreprises, sont de
plus en
plus celles qui créent les nouveaux emplois. Les pays affichant les taux de croissance
les plus
élevés dans ce secteur ont pu enregistrer les plus fortes baisses subséquentes de leur
taux de
chômage. Dans les années 90, les entreprises à forte croissance ont sensiblement
contribué à la
création d'emplois. Des recherches indiquent que l'esprit d'entreprise contribue
positivement
à la croissance économique, même si la croissance du PIB est influencée par de
nombreux
autres facteurs.
L'esprit d'entreprise peut également contribuer à promouvoir la cohésion économique et
sociale des régions en retard de développement, à stimuler l'activité économique et la
création
d'emplois ou à intégrer les chômeurs et les personnes défavorisées dans le monde du
travail.
61
Chapitre 2 : Valoriser l’esprit d’entreprise : le rôle des politiques
publiques
1.1.2. L'esprit d'entreprise est un élément essentiel de la
compétitivité :
De nouvelles initiatives entrepreneuriales - démarrer une nouvelle entreprise ou
relancer une entreprise existante (par exemple, après un changement de propriétaire) -
stimulent la productivité. Elles augmentent la concurrence dans la mesure où elles
forcent
d'autres entreprises à réagir par une meilleure performance et l'innovation.
L'augmentation du
niveau de performance et d'innovation des entreprises, que ce soit au niveau de
l'organisation,
des processus, des produits, des services ou des marchés, renforce la compétitivité de
l'économie dans son ensemble. Ce processus profite aux consommateurs qui
bénéficient d'un
choix diversifié et de prix réduits.
1.1.3. L'esprit d'entreprise, vecteur de l’épanouissement
personnel :
Le travail n'est pas seulement une source de revenu. Chaque personne choisit sa
carrière en fonction de critères propres: sécurité, indépendance, variété et intérêt. De
plus
hauts niveaux de revenu peuvent inciter les personnes à poursuivre des ambitions
supérieures,
telles que l'épanouissement et l'indépendance, par le biais de l'entreprise. Des enquêtes
auprès
des ménages ont révélé qu'outre les motivations matérielles (argent et statut), le choix
de
l'entreprise peut être fondé sur l'épanouissement personnel (liberté, indépendance
et défi).
Pour certaines personnes, qui ne parviennent pas à trouver un travail "normal" à la
hauteur de
leurs ambitions, le choix de l'entreprise peut être dicté en tout ou en partie par des
nécessités
économiques. Le statut d'entrepreneur peut leur ouvrir la perspective d'améliorer leur
situation
personnelle.
1.1.4. L'esprit d'entreprise et les valeurs
sociales :
Les entrepreneurs sont les forces motrices de l'économie de marché et leurs
réalisations procurent à la société richesse, emplois et choix diversifié pour le
consommateur.
En réponse aux attentes accrues du public en ce qui concerne l'impact de l'activité
entrepreneuriale sur la société et l'environnement, de nombreuses grandes entreprises
ont
adopté des stratégies formelles de responsabilité sociale. Il s'agit notamment de
l'intégration
volontaire des préoccupations sociales et environnementales dans leurs activités et de
leur
interaction avec les parties prenantes, reconnaissant que le comportement responsable
de
l'entreprise peut contribuer à sa réussite. Un tel comportement peut inclure, par
exemple,
l'engagement de produire d'une manière respectueuse de l'environnement ("éco-
efficacité") ou
de respecter les préoccupations du consommateur et d'adopter une attitude conviviale à
son
62
Chapitre 2 : Valoriser l’esprit d’entreprise : le rôle des politiques
publiques
égard. Les PME font preuve d'un "esprit d'entreprise responsable" de manière plus
informelle
même si elles sont au centre de nombreuses activités profitant à la
société.
L'esprit d'entreprise peut également jouer un rôle actif au niveau de la prestation
efficace de services dans le domaine social, de la santé et de l'éducation. Les
entreprises de
l'économie sociale associent les parties prenantes à la gestion et à la prestation de ces
services,
en privilégiant l'innovation et l'orientation vers le client. Une telle approche permet de
compléter les ressources publiques et d'étendre la gamme des services offerts aux
consommateurs.
1.2. Émergence de l’esprit d’entreprise : le rôle de
l’Etat
L’histoire économique de ces deux cents dernières années nous enseigne que
l’entrepreneur certes existe, mais que seul il ne peut rien. L’initiative individuelle n’est
rien
sans l’Etat qui apporte à l’entrepreneur de la sécurité, des marchés et même des
capitaux dont il a besoin pour mener à terme ses projets 77.
L’OCDE (1998) a suggéré les facteurs qui peuvent être l’origine de l’émergence de
l’esprit
d’entreprise. En effet, pour cette organisation dans cette logique l’action de l’Etat à
travers
des politiques d’encouragement reste un des facteurs les plus importants. L’esprit
d’entreprise
résulte ainsi de l’interaction de trois composantes : des conditions cadres propices, des
programmes gouvernementaux bien conçus et une attitude culturelle
positive.
1.2.1. Les conditions cadres propices
:
La mise en place de bonnes conditions cadres (le dispositif institutionnel dans
lequel
s’exerce l’activité économique) doit être le point de départ de l’action des pouvoirs
publics :
développer une activité économique si les marchés fonctionnent mal n’a guère de sens
et peut
engendrer un grand
gaspillage.
1.2.2. Des programmes gouvernementaux bien
conçus :
Des programmes gouvernementaux bien conçus et bien ciblés peuvent
également
compléter l’environnement général, notamment dans les domaines où les conditions
cadres
n’exercent pas une influence directe. Ils sont à même, par exemple, de favoriser la
coopération et d’en maximiser les retombées bénéfiques, d’accroitre les flux
d’informations
77 BOUTILLIER, S et UZUNIDIS, D, (1999), op. cit, p 10.
63
Chapitre 2 : Valoriser l’esprit d’entreprise : le rôle des politiques
publiques
pour le financement de l’activité entrepreneuriale et de permettre une plus grande
souplesse
de réaction aux facteurs locaux influençant l’activité
d’entreprise.
1.2.3. Une attitude culturelle positive :
Une attitude culturelle positive conforte elle aussi les conditions cadres. A titre
d’exemple, un environnement dans lequel l’esprit d’entreprise est tenu en haute estime
et où
on ne stigmatise pas l’échec consécutif à une prise de risque raisonnable sera presque
à coup
sûr propice à l’entreprenariat. De fait, une action visant à améliorer les conditions cadres
afin
d’établir un lien plus étroit entre le risque et le rendement, ou entre l’effort individuel et
sa
rétribution, pourra être longue à donner des résultats si le contexte culturel ne favorise
pas la
prise de risque et la récompense
individuelle.
Bien que les attitudes culturelles soient le fruit de processus complexes et encore mal
compris,
les praticiens et analystes spécialistes de l’entreprenariat s’accordent généralement à
reconnaître l’influence des facteurs culturels sur les modes
d’activité.
Il est bien de signaler que les attitudes culturelles contribuent à façonner le cadre
institutionnel des pays. En fait, certaines caractéristiques du cadre institutionnel peuvent
entraver l’esprit d’entreprise (ou le détourner vers des activités moins bénéfiques pour
l’économie, comme la recherche d’une rente ou même un comportement illicite).
L’amélioration du cadre institutionnel est fondamentale lorsqu’on veut stimuler l’esprit
d’entreprise. De son côté, le cadre institutionnel, qui est évidemment sensible aux
politiques,
influera très probablement sur les normes culturelles, en particulier à long terme. La
transition
vers l’économie de marché dans les pays anciens socialistes illustre parfaitement le rôle
essentiel des interrelations entre les conditions cadres et les facteurs culturels. La mise
en
place de réglementations fondamentales pour l’économie de marché a permis de libérer
l’activité entrepreneuriale et s’est traduite par une forte augmentation des
immatriculations de
sociétés privées, même dans des pays où l’entreprenariat était resté absent de la scène
économique depuis des
décennies.
Malheureusement, dans certains cas, l’absence de certaines conditions cadres
essentielles, notamment d’un secteur bancaire efficace ou d’une législation complète en
matière de faillites, entrave le développement des entreprises. De plus, l’ampleur du
secteur
informel dans ces économies laisse penser que la corruption et une lourde fiscalité
handicapent les entrepreneurs et les dissuadent de participer à l’économie
formelle.
64
Chapitre 2 : Valoriser l’esprit d’entreprise : le rôle des politiques
publiques
1.3. Les conditions environnementales d’émergence de l’esprit
d’entreprise :
Dans le contexte des pays en transition, tel que l’Algérie, le concept de «
conditions
environnementales » est souvent lié à la création d’une législation et d’une
réglementation
permettant l’activité privée, à l’établissement des droits de propriété, à l’existence
d’institutions fonctionnant dans une optique de marché, d’un système bancaire, de la
concurrence, d’un droit commercial et d’une éthique des affaires. Concernant les
entrepreneurs, il inclurait des procédures simples et peu couteuses d’octroi de licences
et
d’enregistrement, une fiscalité non prohibitive et transparente mais aussi une législation
et une réglementation stable et appliquées 78.
1.3.1. Stabilité économique :
La stabilité économique d’un pays constitue le facteur le plus déterminant dans la
décision de l’entrepreneur. Il est évident que presque impossible de s’engager dans
l’activité
entrepreneuriale de façon satisfaisante dans un contexte d’inflation galopante, de taux
d’intérêt imprévisible et d’instabilité constante des taux de
change.
L’incertitude et l’ambigüité deviennent intolérables pour les affaires dans un contexte
d’instabilité macro-économique. En fait, l’instabilité monétaire dans plusieurs pays en
transition comme l’Algérie a crée un environnement difficile pour émerger un esprit
d’entreprise.
1.3.2. La fiscalité :
Dans tous les pays post-socialistes comme l’Algérie qui ont mis en place de
nouvelles
législations fiscales et ayant créé des administrations fiscales, il semble que l’évasion
fiscale
et l’inefficience du système de collecte des impôts créent des distorsions qui ont pour
effet de
pénaliser les entreprises qui déclarent leurs revenus. Ainsi, les entrepreneurs de la
plupart des
pays en transition voient dans la pression fiscale sur les entreprises l’une des
principales
entraves à leur réussite.
Toutefois, la pression fiscale sur les petites entreprises résulte de plusieurs
autres
causes qui s’ajoutent à la fiscalité elle-même, on cite par exemple la complexité des
systèmes
d’imposition et leurs changements fréquents et la corruption des autorités locales et
régionales. Une fiscalité plus juste et équitable permettrait peut-être de réduire le
nombre
d’entrepreneurs informels, et encouragerait ceux-ci à entrer dans le
système.
78 OCDE, (1998), op. cit, p 290.
65
Chapitre 2 : Valoriser l’esprit d’entreprise : le rôle des politiques
publiques
1.3.3. Les conditions à l’entrée :
Il est clair que pour enregistrer des entreprises nouvelles, les procédures sont
longues
et bureaucratiques dans les pays en phase de transition vers l’économie de marché. Ils
sont
parmi les cinq principaux problèmes de la création des
entreprises.
1.3.4. L’application de la législation :
Actuellement, dans la plupart des pays en transition une législation favorisant la
constitution du secteur privé, à commencer par les lois sur la privatisation, les faillites et
la
lutte contre les monopoles. Cependant, la faiblesse de l’application des réglementations
constituerait un frein majeur à l’émergence de l’esprit d’entreprise et un élément
dissuasif
pour les investisseurs
potentiels.
1.3.5. Les politiques et les programmes de soutien à
l’entrepreneuriat :
Depuis de nombreuses années la plupart des pays industrialisés possèdent des
politiques et des programmes d’aide à l’entrepreneuriat. Et maintenant on constate la
même
chose dans les pays en transition, conscients de la nécessité d’encourager le
développement de
l’esprit d’entreprise. Ainsi, on trouve des mesures d’aide financières directes comme les
subventions, les prêts conventionnés et les systèmes de garantie de crédits accordés
par l’Etat.
De l’autre coté, les gouvernements ont entrepris d’encourager le développement des
infrastructures des entreprises. La création d’agences et d’organismes régionaux et
nationaux
de développement ou d’autres intermédiaires qui, bien souvent, offrent aux
entrepreneurs à la
fois des conseils et des aides
financières .
Cependant, différents facteurs peuvent se trouver à l’origine de l’esprit
d’entreprise :
• La culture et l’ethnique, au sein de la société ou une partie de celle-ci, l’existence
d’un
système de valeur lié à l’initiative, à l’individualisme, à la volonté de se dépasser
et
d’accumuler.
• Au plan individuel, la volonté de se distinguer, d’être original, donc d’innover tout en
ayant la capacité de mettre en œuvre des idées
originales.
• La nécessité, dans le sens que les conditions du marché peuvent devenir des
stimulants
à l’esprit d’entreprise.
• Le cadre institutionnel, lui-même joue un rôle dans l’émergence de l’esprit
d’entreprise, soit en stimulant directement par de divers avantages, et en
procurant un
66
Chapitre 2 : Valoriser l’esprit d’entreprise : le rôle des politiques
publiques
cadre favorable qui ne soit pas administrativement et fiscalement trop
contraignant,
qui soit équitable entre les intervenants, favorisant la confiance mutuelle plutôt
que la
méfiance entre administration et
entreprise.
Par ailleurs, dans le contexte des pays en voie de développement en transition tels que
l’Algérie, deux thèmes nous paraissent essentiels à mettre en relation avec l’esprit
d’entreprise :
- L’esprit d’entreprise et la formation.
- L’esprit d’entreprise et l’informel.
1.4. Stimulation direct de l’esprit d’entreprise :
Des études récentes ont démontré que les politiques publiques peuvent
contribuer à
stimuler l'esprit d'entreprise.
Dans plusieurs cas, la mode est à la stimulation directe du secteur privé : comment, se
demande-t-on au sein de plusieurs agences d’aide, pouvons-nous avec nos ressources
abondantes, créer un secteur privé dynamique ? Cette question lancinante doit être
interprétée
dans le contexte d’un sentiment de culpabilité implicite : nous avons dans le passé, se
disent
ces mêmes administrateurs, contribué à créer un Etat pléthorique qui a nui au progrès
économique.
L’option d’un modèle de société de type libéral, fondé sur l’État de droit et dont le
moteur de croissance est le secteur privé, engage l’État à jouer un rôle de premier ordre
dans
l’avènement d’une telle société. En effet, l’État est un agent économique dans la mesure
où il
est à la fois consommateur de biens et services, principal employeur et régulateur de
l’activité
économique. Son rôle traditionnel est de faire respecter la loi, d’assurer la sécurité, de
défendre les libertés publiques et de réguler l’activité économique. Ses agents des
services
publics, leurs attitudes et leurs comportements sont comptables du niveau de
développement
du secteur privé.
Le rôle de l’État revient donc à améliorer l’environnement institutionnel,
dynamiser
les institutions du secteur privé, renforcer les institutions publiques de promotion,
promouvoir
la concertation État/secteur privé, se désengager de plus en plus de toutes les activités
67
Chapitre 2 : Valoriser l’esprit d’entreprise : le rôle des politiques
publiques
économiques situées en dehors du domaine de la souveraineté nationale en cédant ses
actions
à des capitaux privés.
En effet, ces dernières années l’Etat prend acte de ses propres incapacités à dynamiser
les
structures économiques et découvre dans le potentiel d’initiatives, des atouts qui ne
méritaient
pas la suspicion qu’il avait à leur encontre. Les gouvernements procèdent à un
renouvellement
de leur analyse qui se fonde sur quatre
constats :
1. L’Etat doit admettre qu’il s’est montré peu compétant dans les fonctions de
producteur
qu’il s’était arrogées. La lourdeur administrative, la confusion des objectifs, la
direction en apanage ont fini par rendre non opérationnel le secteur public. L’Etat
doit
renoncer à ces monopoles après avoir vu la défaillance des grandes entreprises
nationalisées. L’Etat doit remettre en cause ses procédures
d’interventions.
2. L’Etat ne doit pas laisser le champ aux activités privées. Par exemple, le succès
de la
Corée du Sud doit à une action conjuguée de l’Etat et des entrepreneurs avec
des
dispositions règlementaires et fiscales ajustées pas à pas dans le but d’orienter,
relancer ou émerger les initiatives entrepreneuriales. La concertation a mieux fait
jouer, par les mécanismes de la complémentarité, les forces du développement
que
n’ont pas réussi ailleurs les oppositions
sectaires.
3. Les pouvoirs publics découvrent qu’un grand nombre de citoyens doivent leur
survie,
non pas à leurs interventions mais aux propres initiatives des intéressés. Ils
prennent
conscience avec un certain ravissement que, si les structures qu’ils préconisent
sont
affectées d’une certaines sclérose, celles qu’ils n’ont ni organisées, ni même
parfois
souhaitées, constituent une réalité
bénéfique.
Désormais, les gouvernements des pays du tiers monde lèvent des dispositions
contraires à la liberté d’entreprise.
4. Enfin, les institutions internationales à l’exemple de la Banque Mondiale (B.M) et
le
Fond Monétaire International (F.M.I) se font l’écho de ces mutations. Lorsque les
pays
en difficultés économiques sollicitent de nouveaux prêts, ces organismes exigent
une
restructuration de l’économie plus favorable à la libéralisation des initiatives, en
1994
l’Algérie s’est lancée à travers des réformes économiques un plan d’ajustement
structurel après avoir sollicité un prêt auprès du
F.M.I.
68
Chapitre 2 : Valoriser l’esprit d’entreprise : le rôle des politiques
publiques
Dés lors, le débat sur les mérites d’une économie publique et les avantages d’une
économie de
marché perd son acuité. La recherche des dispositions les plus aptes à valoriser l’esprit
d’entreprise et à favoriser la création d’unités de production viables devient une priorité.
L’Etat qui s’était voulu un simulateur des producteurs se glisse dans son rôle de
stimulateur.
Ces initiatives se regroupent en quatre thèmes
majeurs :
1. Un programme législatif favorable à la création d’entreprise : disparition des
entraves
à la liberté d’entreprendre, aménagement d’initiations fiscales, suppression des
monopoles publics, ouverture à l’initiative privée de nouveaux secteurs comme la
santé par exemple.
2. Des facilités bancaires favorables aux investissements : accès facile des PME aux
crédits institutionnels, taux d’intérêts bonifiés, création d’un service d’assurance
spécifique,...etc.
3. Une suppression des entraves à l’entrepreneuriat : élimination des dispositions
administratives dissuasives, réduction de certaines taxes, réduction des
procédures
favorisant la concurrence, accélération des formalités
douanières,...etc.
4. Un soutien à l’activité entrepreneuriale : programme de formation technique,
assistance comptable, aide à la gestion en période de croissance, structuration
de la
profession,....etc.
L’œuvre de régulation de l’Etat se transforme. Il ne s’agit plus de tout prévoir, de tout
organiser, voire de devenir l’acteur principal. Il est question dorénavant d’orienter, de
canaliser, de favoriser l’éclosion d’acteurs multiples. Plutôt que d’installer des industries,
locomotives, on en vient à favoriser les entreprises qui poussent sur le terrain et
bénéficient
d’une forte intégration à l’économie locale.
Pour favoriser le développement de l’entrepreneuriat, les autorités doivent tout faire pour
encourager et faciliter le travail de l’entrepreneur potentiel en éliminant les obstacles,
tout en
augmentant l’attrait lié à l’exploitation des occasions identifiées comme
prometteuses.
Stevenson (2000)79 va plus loin, en affirmant que l’esprit d’entreprise se développe le
plus
souvent dans les sociétés caractérisées par la mobilité des ressources, le
réinvestissement des
79 STEVENSON. H, H (2000), cité par KHALIF. M : « L’entrepreneur et développement économique : défis et
contributions de l’entrepreneur dans le contexte des pays émergents », communication au 9 eme symposium
international sur les pratiques entrepreneuriales en Algérie, MDI Business School Alger, Mai 2010.
69
Chapitre 2 : Valoriser l’esprit d’entreprise : le rôle des politiques
publiques
profits générés dans d’autres projets méritants, la reconnaissance des réussites et des
bons
coups des autres, et la perception que le changement est une bonne
chose.
Une politique efficace de développement de l’entrepreneuriat devrait donc (au moins)
comporter une dimension individuelle, axée sur les besoins de l’entrepreneur en
devenir, pour
l’accompagner dans les étapes de la création, ou de la croissance de
l’entreprise.
1.5. Développement d’un milieu entrepreneurial :
Gasse (2010)80 insiste sur le fait que l’entrepreneuriat est surtout une affaire de
personnes, mais qu’il est possible de faire émerger chez elles l’esprit d’entreprise, le
goût
d’entreprendre, ainsi que de développer les compétences nécessaires pour réussir. Il y
a
cependant des conditions à mettre en place dans l’environnement global, mais aussi et
surtout
dans le milieu immédiat des entrepreneurs. Cependant, le développement d’une culture
entrepreneuriale, dans un milieu donné, relève autant de facteurs reliés aux personnes,
c’est-à-
dire aux entrepreneurs eux-mêmes, à leur famille, à leur évolution dans un
environnement
donné, qu’à la localisation proprement dite de l’entrepreneur et de l’entreprise. À partir
d’un
modèle descriptif, il a essayé de présenter les principales influences de la création
d’entreprise
dans un milieu afin de mieux en comprendre la dynamique, et surtout d’identifier des
moyens
d’interventions capables de stimuler un esprit entrepreneurial riche et
porteur.
Deux questions viennent immédiatement à l'esprit : est-ce possible de stimuler l'esprit
d’entreprise dans un milieu et quelles sont les influences
majeures?
Oui, l’esprit d'entreprise peut être développé et stimulé. Les facteurs que nous avons
déjà
mentionnés dans la troisième section du premier chapitre peuvent être maîtrisés et mis
en
place; certains prendront plus de temps que d'autres, comme les éléments culturels,
mais
prétendre qu'on ne peut rien changer dans ce domaine serait un prétexte pour ne
rien faire.
Le potentiel entrepreneurial d'un milieu n'est pas fixé dans le temps. Il peut
s'accroître
grâce à une variété d'interventions et de changements environnementaux qui favorisent
l'émergence du talent entrepreneurial et l’esprit d’entreprise ou rendent son exploitation
plus
efficace lorsqu'il est déjà existant.
80 GASSE. Y : « L’influence des aspects social et institutionnel dans le développement d’une culture
entrepreneuriale », communication au 9 eme symposium international sur les pratiques entrepreneuriales en
Algérie, MDI Business School Alger, Mai 2010.
70
Chapitre 2 : Valoriser l’esprit d’entreprise : le rôle des politiques
publiques
Une attitude positive face à l'entrepreneuriat, une manifestation d'approbation dans les
écoles
et les médias, la présentation de l'entrepreneuriat comme un style de vie, la valorisation
du
succès entrepreneurial à travers la reconnaissance sociale et les honneurs, des
aptitudes
renforcées ainsi qu'une vigilance accrue à la perception des opportunités, des contenus
pédagogiques axés sur la découverte, les inventions, le
risque...
Tous ces facteurs serviront à promouvoir l'esprit d’entreprise et à accroître
l'utilisation
des capacités créatrices déjà implantées dans le milieu. En fait, l'évolution de
l'entrepreneuriat
est fonction de l'interaction dynamique de caractéristiques individuelles et de facteurs
socio-environnementaux.
Section 2 : Les politiques publiques d’aide à
l’entrepreneuriat :
2.1. L'entrepreneuriat et le politique :
La résurgence de l'entrepreneur s'inscrit dans un contexte de grandes mutations
technologiques, industrielles, économiques et sociales. Les politiques ont cru voir dans
l'action entrepreneuriale une issue aux divers problèmes sociaux. Dans le contexte
actuel de
transition, l'État et les acteurs économiques et politiques tendent de promouvoir de
nouveaux
rôles sociaux pour donner à l'économie un souffle
nouveau.
La dynamique de ce processus repose de plus en plus sur l'innovation continue à
travers la valorisation et la stimulation de l’esprit d’entreprise. L'État, les collectivités
locales,
les banques, les grands intérêts économiques, etc. doivent donner à toutes les
imaginations les
moyens de s'exprimer. Il était impératif économique, dans les années 1980, d'élever
l'initiative
individuelle au rang de valeur
suprême.
Initiative individuelle, imagination, innovation, mais aussi instabilité, incertitude,
précarité... l'entrepreneuriat est appelé au secours de l'économie. La mise en place,
au
cours des années 1990, d'un ensemble de dispositifs juridiques et financiers au
service du
créateur d'entreprise, la déréglementation ou encore la multiplication de toutes sortes
de
formation à la fonction de l'entrepreneur peuvent être considérées comme des
politiques
de retour aux valeurs fondamentales de l'économie de marché. Elles sont en même
temps
des réponses concrètes aux questions angoissantes de la
décennie 1980.
71
Chapitre 2 : Valoriser l’esprit d’entreprise : le rôle des politiques
publiques
La crise, la restructuration de l’économie et la remise en question des
habitudes
bien établies au sein des structures socio-économiques ont accouché de nouveaux
comportements des agents économiques. Le développement de l'entrepreneuriat en
fait
partie. Ces nouveaux comportements, faisant de la création d'entreprise un champ
d'investissement à part entière, doivent, par l'intermédiaire des nouveautés que les
nouvelles entités apportent à l'économie locale ou nationale, accroître les
performances,
en termes de compétitivité et d'emplois, de cette
dernière.
Aujourd’hui, l’entrepreneuriat, sous toutes ses formes (start-up, reprise d’activité,
spin-off, intrapreneuriat, technopreneuriat, entrepreneuriat social, etc.) est reconnu
comme
une source importante de création d’emplois et de richesse pour un
pays.
En effet, les travaux majeurs de certains économistes ont permis d’éclairer les
politiciens
sur l’importance de l’entrepreneur, du phénomène de l’entrepreneuriat et de sa
contribution à la croissance économique, à la création de richesse, et au
développement
des pays (Drucker, 1985 ; Hayek, 1945 ; Knight, 1971 ; Schumpeter, 1934) ce qui fait
dire
à certains qu’à travers le monde, particulièrement depuis l’avènement de l’économie
de la
connaissance, « l’entrepreneuriat est devenu le moteur du développement
économique est social » (Audretsch, 2006)81.
2.1.1. Promotion et aide à
l’entrepreneuriat :
[Link]. Assistance et soutien aux jeunes
entrepreneurs:
Pour Boutillier. S et Uzunidis. D (1999) : « L'aide et la formation à la fonction de
l'entrepreneur débutent par une réflexion sur ce qu'entrepreneur veut dire, pour,
ensuite,
trouver des arguments, par l'observation et l'analyse, afin de montrer de quelles façons
l'entrepreneur s'intègre dans l'ensemble social duquel tirera des ressources et auquel
son action profitera »82.
81 AUDRETSCH. D, B (2006), cité par KHALIF. M : « L’entrepreneur et développement économique : défis et
contributions de l’entrepreneur dans le contexte des pays émergents », communication au 9 eme symposium
international sur les pratiques entrepreneuriales en Algérie, MDI Business School Alger, Mai 2010.
82 BOUTILLIER. S, UZUNIDIS. D : « Entrepreneur, esprit d’entreprise et économie : un enseignement basé
er
sur un triptyque ; structures, comportements et performances », communication au 1 congrès de l’Académie
de l’entrepreneuriat, Lille, 1999, p 53.
72
Chapitre 2 : Valoriser l’esprit d’entreprise : le rôle des politiques
publiques
Les premières mesures d’aide à la création d’entreprise, qui ont vu le jour en Algérie au
milieu des années 90, ciblaient principalement le soutien de l’entreprise au moment de
sa
création, l’aide prenant généralement la forme de prêts ou de subventions. Ces mesures
étaient
généralement sous la responsabilité des acteurs nationaux et régionaux, l’objectif étant
alors
d’augmenter le nombre de créations d’entreprises. Par la suite, d’autres mesures ont
cherché à
diminuer le taux d’échec des entreprises; ces dernières reposaient davantage sur des
mécanismes de suivi de façon à suivre l’évolution des projets
subventionnés.
On a ensuite vu naître des mesures mettant l’accent sur la formation des porteurs de
projets et
sur le renforcement des procédures de suivi; plutôt que des prêts directs, c’est le
financement
d’organismes d’aide et de formation qui était
favorisé.
De façon générale, la notion de soutien aux jeunes entrepreneurs réfère aux
programmes
d’intervention subventionnés par les fonds publics au niveau local ou national :
formation,
prêts garantis, financement, conseil et
accompagnement.
Promouvoir l’esprit d’entreprise, c’est insuffler la volonté de créer à une partie de
la
population, c’est forger un vivier de créateurs potentiels. Il est clair qu’à partir de ce
vivier,
seul certains confirmeront leurs souhaits et volonté d’entreprendre par une idée-projet
réalisable. Ces derniers décideront alors de passer aux actes et d’entreprendre la
réalisation
effective de leur projet. Ils deviendront de ce fait créateurs
d’entreprise.
Le soutien au créateur en tant qu’individu est un des éléments d’une politique de
promotion
de la création d’entreprise.
Pour pouvoir être un entrepreneur « bonne qualité », il faut disposer des aptitudes
suivantes :
• Animé d’une volonté farouche de se dépasser et d’aller toujours plus
loin ;
• Il sait faire face aux difficultés et ne s’avoue jamais
vaincu ;
• Capable de changer de cap à temps si son idée s’avère non
rentable ;
• Il est appris à se connaitre, c'est-à-dire à connaitre ses objectifs et motivations d’une
part,
ses forces et ses faiblesses d’autre
part.
Ces caractéristiques définissent un « entrepreneur idéal », qui n’est pas toujours
présent.
Par ailleurs, les éléments d’une politique de soutien concernent davantage les créateurs
de
petites entreprises aux moyens de départ relativement limités. Ces créateurs ressentent
un
besoin d’assistance et de soutien aigu lors de la phase de pré-création et de
création.
73
Chapitre 2 : Valoriser l’esprit d’entreprise : le rôle des politiques
publiques
Les besoins de ces personnes restent divers, au premiers rang desquels la nécessaire
atténuation du risque personnel d’entreprendre. En second lieu, la levée de certains
blocages
financiers qui handicapent la réalisation de projets économiquement
viables.
L’ensemble des mesures d’aide se situe plus ou moins en amont ou en aval du
processus entrepreneurial: certaines vont inciter à la création d’entreprise et d’autres
cibler
davantage le développement d’entreprises
viables.
2.1.2. Processus d’aide et d’assistance à la création
d’entreprise :
Aujourd’hui on admit que les spécialistes de gestion considèrent qu’entreprendre
n’est pas un phénomène inné, naturel, mais une technique. Autrement dit on ne nait pas
entrepreneur, on le devient. Nul n’est programmé génétiquement pour devenir
entrepreneur,
on ne nait pas entrepreneur. L’entrepreneuriat est un mode de comportement, c’est une
attitude qui peut-être encouragée, favorisée, contrariée, soit, mais on peut apprendre à
modifier son comportement et on peut y
arriver.
Drucker (1985) considère la capacité d’entreprendre comme n’étant pas qu’un
trait de
la personnalité mais aussi et principalement une pratique et une discipline dont les
règles
peuvent s’apprendre et demandent à être systématiquement appliquées. De sa part
M. Santi suppose que : « l’esprit d’entreprise n’est ni naturel, ni spontané. C’est le fruit
d’un
travail constant, d’une discipline d’esprit et d’action, d’une pratique quotidienne. En ce
sens,
il n’est pas l’unique apanage de certains individus, de conformation propice, mais
signifie
certains savoirs, certaines aptitudes et attitudes qui peuvent être enseignées,
renforcées et
exploitées »83.
Ainsi, les entrepreneurs, tout comme les managers, font face à des défis
importants
pour formuler et/ou mettre en œuvre leurs stratégies de manière indépendante, et à
franchir
des barrières qui s’avèrent parfois insurmontables dans leur propre pays. Pour
comprendre
comment des politiques spécifiques de développement de l’entrepreneuriat peuvent être
efficaces pour créer de la richesse dans un contexte donné, il est indispensable de
s’inspirer
des bonnes pratiques recensées dans certains pays développés et émergents, mais
aussi des
diverses expériences
d’entrepreneurs.
83 HERNANDEZ. E, M : « Le processus entrepreneurial vers un modèle stratégique d’entrepreneuriat »,
Edition l’ Harmattan, Paris, 1999, p 211.
74
Chapitre 2 : Valoriser l’esprit d’entreprise : le rôle des politiques publiques
Ces exemples sont salutaires, car ils permettent d’identifier et de mettre en valeur leurs
contributions comme modèles au développement d’un esprit d’entreprise.
Tout cela a pour but d’attirer l’attention des autorités et plus généralement des
décideurs politico-économiques sur l’importance de cette dynamique entrepreneuriale,
essentielle pour la croissance économique durable d’un pays. La présentation de
politiques et
de cas d’entrepreneuriat nous amène aussi à réfléchir à la fois aux défis spécifiques,
aux
conditions nécessaires et aux stratégies à succès accessibles aux aspirants
entrepreneurs, ainsi
qu’à leur contribution à la construction de règles et de normes, et finalement à la
création de
richesses et au développement socioéconomique des pays émergents.
Benoun et Sénicourt84 ont schématisé le processus d’aide et d’assistance à la création
et au
développement des entreprises en indiquant pour chaque cible le type d’action
nécessaire :
Figure n° 5: Processus d’aide et d’assistance à la création et au développement des
entreprises.
Temps Cibles Types d’actions
Grand public Information
Sensibilisation
Avant Créateurs Potentiels Stimulation
Individus
Créateurs Révélés Formation
Pendant Préparation
Individus ou Création Conseil
entreprise
Entreprise Après Nouvelle
Soutien Institutionnel
Entreprises en Soutien Financier
phase de Participation
croissance risquée
Source : D’après M. Benoun et P.Sénicourt in Hernandez, E.M :« Le processus
entrepreneurial vers un modèle stratégique d’entrepreneuriat », Edition l’ Harmattan, Paris,
1999, p 212.
84 Cités par HERNANDEZ. E, M (1999), [Link].
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