Groupements
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Le texte qui suit, rédigé par le service juridique du Conseil national, sur la base du travail
de réflexion d'une commission spécialisée, rappelle les principes du groupement solidaire
et du groupement conjoint, ainsi que le rôle et les devoirs du mandataire. Il se termine
par une recommandation sur les clauses indispensables qui devraient figurer dans
la convention de cotraitance, annexée à tout contrat de maîtrise d'œuvre.
Patrice GENET
Vice-président du Conseil national
Sous l’égide de l’ancien code, les entreprises pouvaient présenter leur Les candidats ont donc une totale liberté dans la forme de la présentation de
candidature ou leur offre groupée dans les conditions prévues au règlement leur candidature :
de la consultation. Le mode de dévolution était donc choisi par la personne - soit individuellement
publique dès l’avis d’appel à concurrence. - soit sous forme groupée avec normalement le libre choix de la forme du
groupement.
3) Interdiction de changer la composition du groupement entre la remise des candidatures et la remise des offres
5) Interdiction pour un même prestataire d’être mandataire de plus d’un groupement pour un même marché.
Notion de " lots " Cette notion est très importante car, dès lors qu’il est impossible d’attribuer distinctement à chaque membre du groupement
pour la maîtrise d’œuvre la part respective des missions qu’il doit exécuter, le groupement sera considéré comme solidaire.
S’agissant de la maîtrise d’œuvre, la notion de lots équivaut à celle d’éléments de mission tels qu’ils sont définis par le décret
93-1268 du 29 novembre 1993 relatif aux missions de maîtrise d’œuvre confiées par des maîtres d’ouvrage publics à des
prestataires de droit privé (ESQ, APS, APD, PRO, ACT, EXE ou VISA, DET, AOR, OPC, etc.)
Notre conseil : Il est nécessaire de fournir au maître d’ouvrage une grille de répartition des éléments de mission entre les
membres du groupement (et pas uniquement une grille de répartition d’honoraires).
Cette répartition doit être détaillée dans l’acte d’engagement (ou faire l’objet d’une annexe).
Nature et contenu L'acte d'engagement est un document unique qui indique L'acte d'engagement est un document unique qui indique le
de l’acte d’engagement le montant total du marché et l'ensemble des prestations que montant et la répartition détaillée des prestations que
(article 51 du CMP) les membres du groupement s'engagent solidairement1 à chacun des membres du groupement s'engage à exécuter.
réaliser.
Désignation du mandataire L'un des prestataires membres du groupement est désigné dans l'acte d'engagement comme mandataire
dans l’acte d’engagement
Dans un groupement conjoint, une clause peut prévoir que le
mandataire est solidaire.
(1) Les règles définies par le code civil sont applicables.Ainsi, l’article 1202 du code civil dispose que " la solidarité ne se présume point ; il faut qu’elle soit expressément
stipulée". L’acte d’engagement devra donc contenir expressément une clause de solidarité.
Si le contrat de maîtrise d’œuvre fait référence au CCAG prestations intellectuelles (décret n° 78-1306 du 26 décembre 1978 modifié), il faut en
outre tenir compte des spécificités suivantes :
GROUPEMENT SOLIDAIRE GROUPEMENT CONJOINT
Définition de l’article 3.1 Les cotraitants sont solidaires lorsque chacun d'eux est Les cotraitants sont conjoints lorsque chacun d'eux n'est
CCAG PI engagé pour la totalité du marché et doit pallier une engagé que pour la partie du marché qu'il exécute.
éventuelle défaillance de ses partenaires.
Lorsque l’acte Les cotraitants sont solidaires si : Les cotraitants sont conjoints si :
d’engagement ne précise - Les prestations ne sont pas divisées en lots dont chacun est - Les prestations sont divisées en lots dont chacun est
pas la nature du groupement assigné à l'un des cotraitants assigné à l'un des cotraitants
(article 3.1 CCAG PI) - ou si l'acte d'engagement ne désigne pas l'un de ces - et si l'un de ces derniers est désigné dans l'acte
derniers comme mandataire. d'engagement comme mandataire.
Notre conseil : La grille de répartition des prestations est
vraiment importante mais pas suffisante. Il faut en plus ne
pas oublier de désigner nommément le mandataire du
groupement dans le contrat.
Mandat Le mandataire commun agit dans le cadre du mandat défini par les articles 1984 et suivants du code civil.
Ce mandat est l’acte par lequel les cotraitants donnent au mandataire pouvoir de les représenter auprès du maître d’ouvrage
en leurs noms et de coordonner leurs prestations.
Notre conseil : Le mandat doit délimiter précisément l’étendue des pouvoirs confiés au mandataire. Ainsi, si le mandataire
agit en dehors du cadre de son mandat, il n’engagera pas les autres membres du groupement.
Le mandat fait l’objet d’une des clauses de la convention de cotraitance.
Le contrat de cotraitance (appelé aussi convention de groupement de concepteurs) est un contrat de droit privé signé entre
eux par les membres du groupement et a pour objet d’organiser le fonctionnement interne du groupement. Il est distinct du
marché public et donc inopposable au maître d’ouvrage public.
Précisions sur le rôle du mandataire quand le contrat fait référence au CCAG prestations intellectuelles
GROUPEMENT SOLIDAIRE GROUPEMENT CONJOINT
Rôle Il représente l'ensemble des cotraitants vis-à-vis de la personne Il représente l'ensemble des cotraitants vis-à-vis de la personne
(article 3.1 CCAG PI) responsable du marché. responsable du marché pour l’exécution de ce dernier.
Signature des actes juridiques Le mandataire peut signer le marché et les actes spéciaux.
(article 3.23 GGAG PI)
Précisions sur les missions du mandataire quand le contrat fait référence au CCAG prestations intellectuelles que le groupement soit solidaire ou conjoint.
Modifications en cours Le mandataire doit immédiatement communiquer au maître d’ouvrage toutes les modifications qui se rapportent aux
d’exécution du marché cotraitants ou aux sous-traitants (modification de la forme juridique, de dénomination, de siège social…)
(articles 2.22 et 3.24 CCAG PI)
Sous-traitants Le mandataire transmet (par lettre RAR ou contre récépissé) au maître d’ouvrage les demandes d’acceptation des sous-
(article 3.2 CCAG PI) traitants et d’agrément de leurs conditions de paiement émanant des membres du groupement.
Lorsqu’un sous-traitant doit être payé directement :
- l’acceptation du sous-traitant et l’agrément des conditions de paiement, s’ils ne sont pas prévus dans le marché, sont constatés
dans un avenant ou dans un acte spécial, signés par le mandataire et par le cotraitant qui a conclu le contrat de sous-traitance.
- le mandataire doit, lors de la demande d’acceptation, établir que la cession ou le nantissement de créances résultant du
marché ne fait pas obstacle au paiement direct du sous-traitement.
Le mandataire est tenu de communiquer le ou les sous-traités au maître d’ouvrage lorsque celui-ci en fait la demande.
A défaut de réponse dans les 15 jours, le groupement encourt une pénalité de retard qui est soit celle définie au contrat de
maîtrise d’œuvre soit celle prévue à l’article 3.27 du CCAG PI.
Modalités de règlement en cas En cas de sous-traitance avec paiement direct du sous-traitant, le mandataire est seul habilité à présenter les demandes
de sous-traitance d'acompte et les projets de décompte et à accepter les décomptes. Seules sont recevables les réclamations formulées ou
(articles 12.43 et 12.41 transmises par ses soins.
CCAG PI) S'il s'agit de demandes d'acompte ou de projets de décompte d'un sous-traitant d'un cotraitant, elles doivent également être
acceptées par ce dernier.
Lorsqu'un sous-traitant est payé directement, le mandataire joint au projet de décompte une attestation indiquant la somme
à prélever sur celles qui lui sont dues ou qui sont dues à un cotraitant, pour la partie de la prestation exécutée, et que la
personne responsable du marché devra faire régler à ce sous-traitant.
Précisions sur les missions du mandataire quand le contrat fait référence au CCAG prestations intellectuelles (suite)
Paiement du sous-traitant Le mandatement et, le cas échéant, les autorisations d'émettre une lettre de change-relevé au profit des sous-traitants sont
(article 12.44 CCAG PI) effectués sur la base des pièces justificatives acceptées par le titulaire et transmises par lui ou par le mandataire à la
personne responsable du marché.
Le titulaire dispose d'un délai de quinze jours, à compter de la réception des pièces justificatives servant de base au paiement
direct, pour les revêtir de son acceptation ou pour signifier au sous-traitant son refus motivé de le faire. Passé ce délai, le
silence du titulaire vaut acceptation.
Modalités de règlement Le mandataire est seul habilité à présenter les demandes d'acompte et les projets de décompte, et à accepter les décomptes.
(article 12.42 CCAG PI) Seules sont recevables les réclamations formulées ou transmises par ses soins.
Pénalités de retard Dans le cas de cotraitants pour lesquels le paiement est effectué à des comptes séparés, les pénalités sont reparties entre les
(article 16.5 CCAG PI) cotraitants conformément aux indications données par le mandataire, sauf stipulation différente du marché.
Dans l'attente de ces indications, les pénalités sont retenues en totalité au mandataire, sans que cette opération engage la
responsabilité de la personne publique à l'égard des autres cotraitants.
Fin de la mission En principe, la représentation dure tant que dure la La mission de représentation cesse à la date d’expiration de
de représentation solidarité fondée sur le contrat c’est à dire : la garantie de parfait achèvement.
du mandataire - un an à compter de la réception des travaux (à l’expiration
de la garantie de parfait achèvement qui correspond à la fin Si le contrat fait référence au CCAG PI
de la mission de maîtrise d’œuvre - article 11 du décret du
L’article 3 du CCAG PI prévoit que le mandat s’achève :
29 novembre 1993 relatif aux missions de maîtrise d’œuvre
- soit l'expiration de la garantie technique prévue à
confiées par des maîtres d’ouvrage publics à des prestataires
l'article 34 du CCAG PI (sauf stipulation différente du
de droit privé).
marché, cette garantie est d'un an à compter de la date
d'effet de la réception),
- soit, à défaut de garantie technique, à la date de prise
d'effet de la réception des prestations.
Révocation du mandataire Principe : A défaut de convention de cotraitance, le mandataire ne peut être révoqué sans son propre accord.
avant la fin de la mission La convention de cotraitance peut prévoir des conditions de révocation qui dérogent à ce principe.
Par exemple :
- révocation du mandataire par décision prise à la majorité des membres si le mandataire est défaillant
- révocation automatique si le mandataire est exclu du marché.
(1) La défaillance peut s’entendre dans le non-respect des obligations contractuelles, il peut s’agir notamment, avant le commencement de l’exécution du marché, de la non-
production ou de la production tardive, au maître d’ouvrage des pièces exigées par le contrat, et au stade de l’exécution, de la non-présence du prestataire, du retard pris, etc.
Les effets de la solidarité sont limités aux obligations contractuelles des cotraitants dans l’exécution du marché.
CAA, 18 novembre 1999, Sté SAE (il s’agissait en l’espèce d’un groupement conjoint avec mandataire solidaire mais la
même solution semble valoir, selon le Moniteur du 24 mai 2002, pour les groupements solidaires)
« (…) la solidarité du mandataire ne porte que sur les obligations contractuelles des entreprises du groupement.
Considérant qu’en l’espèce la réparation des conséquences du sinistre lié à l’incendie qui s’est déclenché pendant la durée
des travaux de rénovation n’est, en tout état de cause, pas susceptible de se rattacher à la responsabilité contractuelle de
l’une des entreprises du groupement dans l’exécution du marché (…)».
Effets de la solidarité La défaillance de l’un des cotraitants peut se produire soit La défaillance de l’un des cotraitants peut se produire soit
en cas de défaillance durant la réalisation des prestations, lorsque l’un des durant la réalisation des prestations, lorsque l’un des
d’un cotraitant cotraitants n’est plus en mesure de poursuivre sa mission, cotraitants n’est plus en mesure de poursuivre sa mission,
soit durant le délai de garantie décennale lorsque le maître soit durant le délai de garantie de parfait achèvement.
d’ouvrage veut obtenir réparation de dommages qui portent
atteinte à la solidité ou à la destination de l’ouvrage.
En cas de défaillance durant la réalisation des prestations, En cas de défaillance durant la réalisation des prestations,
les cotraitants solidaires doivent exécuter eux-mêmes ou le mandataire commun solidaire doit exécuter lui-même ou
faire réaliser par un tiers (sous-traitance ou cotraitance si faire réaliser par un tiers (sous-traitance ou cotraitance si
accord du maître d’ouvrage) les prestations du défaillant au accord du maître d’ouvrage) les prestations du défaillant au
même prix que celui prévu dans le marché. même prix que celui prévu dans le marché.
C’est la convention de cotraitance (ou convention de groupement de concepteurs) qui détermine précisément les missions et obligations de chaque membre
du groupement et les limites du pouvoir du mandataire.
Les rapports entre le mandataire et les membres du groupement sont des rapports contractuels entre personnes de droit privé. Ainsi, les actions en
responsabilité, fondées sur les manquements aux dispositions contenues dans la convention, relèvent de la juridiction judiciaire.
L’absence de convention peut avoir des conséquences graves, surtout en cas de défaillance d’un cotraitant dans la réalisation de ses missions. A défaut de
convention, la résolution du litige relève de l’appréciation souveraine des tribunaux. Ainsi, il a été jugé (T. Com. Melun, 24 avril 1980) « qu’un entrepreneur
qui s’était substitué au défaillant dans la réalisation des travaux, a du conservé à sa charge les coûts occasionnés par cette substitution ; cela faute pour lui
de pouvoir s’appuyer sur une clause contractuelle prévoyant que ces coûts seraient à la charge du défaillant ».
Article 2 Objet de la convention de groupement Préciser que “les parties déclarent qu’elles n’ont pas l’intention de constituer une société,
chacune agissant dans son propre intérêt et conservant son autonomie et ses responsabilités
propres”.
Article 5 Délais d'exécution – pénalités Les délais sont ceux prévus au marché de maîtrise d’œuvre.
Préciser que chacun des membres du groupement est tenu de l’exécution dans les délais de
ses propres obligations contractuelles et qu’à ce titre, il est responsable, envers les autres
membres, des conséquences de tout retard.
Prévoir une clause de répartition des pénalités de retard entre les membres du groupement
qui seraient responsables des dépassement de délais.
Article 6 Désignation et missions du mandataire commun Penser à détailler précisément les missions du mandataire.
- Surtout prévoir une clause l’obligeant à porter à la connaissance des membres du
groupement, par écrit, toutes les communications du maître d’ouvrage.
- Eventuellement le charger :
• de l’établissement du planning d’ensemble de la réalisation du marché de
maîtrise d’œuvre et du contrôle de son application.
• de la répartition s’il y a lieu des primes ou pénalités.
Ne pas oublier de fixer les limites des pouvoirs du mandataire.
Par exemple, s’il est habilité à signer des avenants :
- mentionner qu’il a l’obligation d’informer les cotraitants,
- si le montant de l’avenant dépasse x euros ou si l’avenant fait suite à un changement de
programme, l’obliger à obtenir l’accord de tous les cotraitants, etc.
20 Cahiers de la profession N° 11 - 2e trimestre 2002
Article 7 Durée de la mission du mandataire commun Le mandataire exerce ses fonctions pendant toute la durée du marché.
Article 8 Rémunération du mandataire commun Le mandat peut être gratuit ou faire l’objet d’une rémunération de la part des cotraitants.
Article 9 Révocation du mandataire commun Le mandataire défaillant doit pouvoir être révoqué.
Il faut donc prévoir des clauses spécifiques :
- “Le mandataire pourra être révoqué par une décision prise à la majorité (ou à
l’unanimité) des membres du groupement s’il est défaillant dans l’exécution de ses
fonctions”.
- “Le mandataire sera automatiquement révoqué s’il a été exclu en tant que maître d’œuvre
pour la réalisation du marché”.
Article 11 Sous-traitance Prévoir que “Seul chaque membre du groupement pris individuellement peut effectuer une
opération de sous-traitance dans les conditions prévues par la loi du 31 décembre 1975
relative à la sous-traitance”.
Article 12 Paiement Il est possible de prévoir que les paiements seront effectués sur des comptes séparés ou sur
un compte commun (dans ce cas prévoir les modalités de gestion et de fonctionnement du
compte commun).
Article 13 Responsabilités Rappeler les principes généraux de responsabilité, en fonction de la nature du groupement.
Défaillance d’un cotraitant : elle est constituée lorsque durant la réalisation de la mission, le
cotraitant n’a pas rempli ses obligations dans les délais impartis par la mise en demeure du
maître de l’ouvrage ou du mandataire.
- Prévoir si cette défaillance entraîne l’exclusion du groupement ou non et quelle est la
procédure à suivre (remplacement du cotraitant défaillant par un tiers ou un membre du
groupement).
- Prévoir l’établissement contradictoire d’un état des prestations exécutées par le cotraitant
défaillant.
- Prévoir éventuellement que tous les frais et préjudices résultant de la défaillance seront à
la charge du défaillant.
Défaillance du mandataire : elle est constituée lorsque le mandataire ne se conforme pas aux
obligations qui lui incombent en tant que représentant et coordonnateur des autres membres
du groupement.
Elle est constatée après mise en demeure adressée au mandataire soit par les membres du
groupement après concertation, soit par le maître d’ouvrage.
Le nouveau mandataire désigné par les autres cotraitants (selon des modalités à définir) doit
être présenté à l’agrément du maître d’ouvrage.