Procédés membranaires pour le
traitement de l’eau
Procédés membranaires
pour le traitement
de l’eau
Dr ANDRIAMBININTSOA RANAIVOSON
Tojonirina
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1. Historique des techniques et présentation du principe général
La permsélectivité des membranes a été découverte dès le XVIIIe siècle (Abbé Jean-Antoine Nollet,
1735). Cependant le développement industriel des techniques à membrane ne date que des années
1960 pour les dialyses et 1970 pour les techniques de solvo-transferts. On désigne par dialyse,
l’opération consistant à faire traverser des membranes par un liquide, par diffusion afin d’en séparer
les constituants. L’opération de solvo-transfert consiste, en revanche à faire traverser des
membranes semi-perméables par un liquide, par convection forcée, afin d’épurer le solvant (PONTIE
Maxime, 2002).
Ce sont les techniques de dialyses qui ont permis les premières d’effectuer des séparations de
composés dissous. Il était alors plus judicieux de laisser passer à travers la membrane une faible
quantité de solutés plutôt que la grosse masse du solvant. Cette approche a donné lieu au
développement de :
l’hémodialyse qui désigne l’élimination des substances toxiques du sang à l’aide d’une
membrane ;
l’électrodialyse qui consiste, elle, en une séparation par membrane à l’aide d’une
succession de membranes alternativement échangeuse d’anions et de cations, souvent
utilisée pour le dessalement des eaux saumâtres.
Après l’apparition et le développement des membranes asymétriques, les techniques de solvo-
transfert (osmose inverse, microfiltration / ultrafiltration, nanofiltration – cf. graphique 1 ci-dessous)
ont pu se développer de manière plus rapide que les techniques de dialyse. Une membrane
asymétrique est une succession de couches de matériaux (de même nature ou différents) associés,
possédant une structure asymétrique : une couche fine (d’épaisseur environ 50µm) supportée par
une couche plus épaisse (>100µm) (PONTIE Maxime, 2002).
Figure 1 : Echelle de taille des particules (en µm) et quelques
procédés de solvo-transfert
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La principale caractéristique des techniques de séparation membranaires est de mettre en œuvre des
systèmes polyphasés constitués par :
le fluide à traiter ;
le fluide traité (une solution à dépolluer, une eau à dessaler…) ;
la membrane.
Ces systèmes en fonctionnement sont hors d’état d’équilibre et vont tendre de matière spontanée
vers un nouvel état d’équilibre. Cette évolution implique obligatoirement un transfert de matière et
d’énergie au niveau de la surface de contact entre les deux phases, c’est à dire au niveau de
l’interface (cf. graphique 2), sous l’effet des contraintes imposées au système.
Figure 2 : Lors du transfert de l’espèce i entre les deux phases 1 et 2,
la membrane joue le rôle d’interface.
Transfert de i
Phase 2
Interface
Phase 1
i
i i
La barrière (physique ou chimique) constituée par la membrane va jouer le rôle d’interface sélective
entre les deux phases. Le transfert de matière d’une phase à l’autre va dépendre de l’intensité de la
contrainte appliquée de part et d’autre de cette interface. Cette contrainte a pour but d’accélérer le
processus de séparation. Elle peut être :
un gradient de pression (∆ P) ;
un gradient de potentiel électrique (∆ φ ) ;
un gradient de potentiel chimique (∆ µi) ;
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2. Les techniques séparatives à membranes utilisées dans le traitement des eaux
1. Les différentes filières
2.1.1. L’osmose inverse
L’osmose inverse utilise des membranes denses qui laissent passer l’eau et arrêtant tous les sels.
Cette technique est utilisée pour :
Le dessalement des eaux de mer ;
Le dessalement des eaux saumâtres ;
La production d’eau ultra pure ;
La production d’eau de process…
Le phénomène d’osmose est un phénomène qui tend à équilibrer la concentration en solutés de part
et d’autre d’une membrane semi-perméable. Le phénomène d’osmose est un phénomène naturel
courant, notamment à travers les membranes cellulaires.
La membrane semi-perméable laissera passer le solvant (le soluté ne passe pas) pour équilibrer
la concentration. La différence de concentration crée une pression, appelée Pression osmotique.
Pour inverser le passage du solvant et augmenter la différence de concentration, il faut appliquer
une pression supérieure à la pression osmotique.
Figure 3 : Principe de l’osmose inverse (d’après site Internet relatif au génie alimentaire
http://perso.wanadoo.fr/jose.braun/separation/uf_et_oi.htm – consulté en octobre 2002)
Pression > ΙΙ
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2. La nanofiltration
Cette technique se situe entre l’osmose inverse et l’ultrafiltration. Elle permet la séparation de
composants ayant une taille en solution voisine de celle du nanomètre (soit 10 Å) d’où son nom.
Les sels ionisés monovalents et les composés organiques non ionisés de masse molaire inférieure
à environ 200 - 250 g.mol-1 ne sont pas retenus par ce type de membrane. Les sels ionisés
multivalents (calcium, magnésium, aluminium, sulfates…) et les composés organiques non ionisés
de masse molaire supérieure à environ 250 g.mol-1 sont, par contre, fortement retenus (MAUREL
Alain – 1993).
Nota Bene : Dans le cas des macromolécules, l’unité de masse molaire que l’on utilise est le dalton
: 1 Da = 1 g.mol-1.
Les mécanismes de transfert sont intermédiaires entre ceux de l’osmose inverse et ceux de
l’ultrafiltration. Cette technique est souvent utilisée pour l’adoucissement des eaux.
3. L’ultrafiltration
L’ultrafiltration utilise des membranes microporeuses dont les diamètres de pores sont compris
entre 1 et 100 nm. De telles membranes laissent passer les petites molécules (eau, sels) et arrêtent
les molécules de masse molaire élevée (polymères, protéines, colloïdes) (MAUREL Alain – 1993).
Pour cette raison, cette technique est utilisée pour l’élimination de macrosolutés présents dans les
effluents ou dans l’eau à usage domestique, industriel (électronique) ou médical.
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2.1.4. Microfiltration tangentielle
Ce procédé de séparation solide-liquide met en œuvre des membranes dont les diamètres de pores
sont compris entre 0,1 et 10 µm. Il permet donc la rétention des particules en suspension, des
bactéries et indirectement des colloïdes et de certains ions après fixation de ces derniers sur des plus
grosses particules obtenues par complexation, précipitation ou floculation.
Théoriquement, la différence entre ultrafiltration et microfiltration est très nette.
l’ultrafiltration fonctionne en phase liquide homogène alors que la microfiltration a pour
objectif une séparation solide-liquide ;
la pression de travail est généralement plus faible dans le cas de la microfiltration (Pression
transmembranaire < 3 bars) ;
les flux de filtration sont souvent plus importants dans le cas de la microfiltration.
Cependant, du point de vue technologique, les deux techniques peuvent se recouper. Ainsi, pour
minimiser les phénomènes de colmatage et éviter que des particules solides pénètrent dans les
pores des membranes, on a souvent intérêt à utiliser des membranes d’ultrafiltration pour effectuer
une opération de microfiltration. Inversement, une membrane de microfiltration peut devenir une
membrane d’ultrafiltration (1 à 100 nm) ou même d’osmose inverse (< 1 nm) par suite de la
formation en cours de fonctionnement d’une couche de gel à porosité très fine (membrane
dynamique).
2. Caractérisation des membranes
Le taux de conversion et la sélectivité des membranes sont des deux grandes notions qui
permettent de caractériser les membranes.
1. Définition du taux de conversion
Comme nous l’avons déjà évoqué en conclusion du chapitre 1, dans le cas des techniques à
membrane, l’écoulement du fluide à filtrer peut être continu et tangentiel (cf. figure ci- dessous).
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Figure 5 : Comparaison entre filtration classique (ou frontale)
et filtration tangentielle (d’après MAUREL Alain – 1993)
Filtration Filtration
classique tangentiell
Qo
Qo Qc
Membrane
Qp Qp
Epaisseur
de dépot
Epaisseur
de dépot
Débit de Débit de
filtration filtration
Temps Temps
Qo = Qp Qp + Qc = Qo
Qp << Qc et Qp Qo
La solution à traiter (débit Qo) se divise au niveau de la membrane en deux parties de
concentrations différentes :
une partie qui passe à travers la membrane ou perméat (débit Qp) ;
une partie qui ne passe pas à travers la membrane, appelée concentrat ou rétentat
(débit Qc), et qui contient les molécules ou particules retenues par la membrane.
La fraction de débit du liquide qui traverse la membrane est appelée taux de conversion de
l’opération de séparation : Q
p
Y=
Qo
Dans le cas du traitement des eaux, c’est le perméat qui est le flux valorisé.
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2.2.2. Définition de la sélectivité
La sélectivité d’une membrane est, en général, définie par le taux de rejet (appelé aussi taux de
rétention) de l’espèce (sel, macromolécule, particule) que la membrane est censée retenir :
Co – C p Cp
TR = =1–
Co Co
Avec Co = concentration de l’espèce à retenir dans la solution et Cp = concentration de la même
espèce dans le perméat
Dans le cas de l’osmose inverse, le soluté de référence est souvent le chlorure de sodium
(NaCl), la déminéralisation des eaux étant l’application la plus importante. Certaines membranes
développées pour le dessalement de l’eau de mer ont un taux de rejet au chlorure de sodium de
99 % environ. D’autres, développées pour le dessalement des eaux saumâtres, présentent un
taux de rejet au NaCl de 96 %.
Dans le cas de l’ultrafiltration, l’efficacité de la membrane est, en général, caractérisée par le
seuil de coupure (cut-off en anglais). Il s’agit de la masse molaire (g/mol) correspondant à une
rétention pratiquement totale (90 % le plus souvent) d’une macromolécule déterminée.
Figure 6 : Caractérisation de la sélectivité d’une membrane d’ultrafiltration
Taux de rejet TR
1
0,9
0,8
0,7
0,6
0,5
0,4
0,3
0,2
0,1
0
103 104 105 106
Masse molaire M (g / mol)
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3. Structure
La structure des matériaux permet de distinguer trois types de membranes (Source :
Site Internet EVARISTE serveur du ministère chargé de l'industrie consacré à
l'innovation industrielle et technologique, http://www.evariste.org, consulté en octobre
2002) :
les membranes isotropes, elles ont des propriétés structurelles constantes sur
toute leur épaisseur ;
les membranes anisotropes, leur structure composite varie de la surface de
la membrane vers l'intérieur ;
les membranes liquides.
Selon la nature des matériaux constitutifs des membranes on parle également de :
membranes organiques ;
membranes minérales ou inorganiques ;
membranes composites ;
membranes échangeuses d'ions.
1. membranes organiques :
Elles sont fabriquées, pour la plupart d’entre elles, à partir de polymères organiques
(acétate de cellulose, polysulfones, polyamides, etc). Les qualités de ces matériaux leur
confèrent une grande adaptabilité aux différentes applications. Environ 90 % des
membranes d'ultrafiltration et de microfiltration sont constituées de membranes
organiques ;
Le tableau ci-dessous regroupe les avantages et inconvénients des membranes
organiques suivants leur composition en se basant sur les critères suivants :
Perméabilité ;
Sélectivité ;
Stabilité chimique ou thermique ;
Sensibilité au chlore.
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2. membranes minérales ou inorganiques
Ces techniques se sont diffusées plus tardivement que les membranes organiques. Ces membranes
sont composées de corps entièrement minéraux (matières céramiques, métal fritté, verre). Leur arrivée a
permis de travailler dans des conditions extrêmes de température et d'agression chimique, ce qui a
ouvert de nouvelles voies dans la séparation par membrane.
Les membranes dites dynamiques sont fabriquées par l’utilisateur à partir de tubes poreux dont le
diamètre des pores est compris entre 0.5 et 5 µm. Une dispersion colloïdale de zirconium associée à
des copolymères est introduite à l’intérieur des tubes. Certaines de ces membranes peuvent trouver des
applications en eaux usées.
3. membranes composites :
Apparues au début des années 1990, elles sont caractérisées par une structure asymétrique dont la
peau est beaucoup plus fine que celle des membranes classiques non composites et par une
superposition de plusieurs couches différenciées soit par leur nature chimique, soit par leur état
physique. Elles peuvent être organiques (superposition de polymères organiques différents), organo-
minérales ou minérales (association de carbone ou d'alumine comme support et de métaux tels le
zircone, l'alumine et le titane) ;
4. membranes échangeuses d'ions
Introduites en 1950, elles fonctionnent sur le principe du rejet d'ions grâce à leur charge. Les
techniques d'électrodialyse, la dialyse et l'électro-désionisation font appel à cette technologie. Leur
principal domaine d'application actuel est le dessalement de l'eau et le traitement des effluents des
installations de protection et de décoration des métaux.
De nouvelles générations de membranes, notamment anioniques et bipolaires, présentant une
résistance chimique améliorée sont apparues sur le marché.
Ces techniques électromembranaires sont aujourd'hui au nombre de trois :
l'électrodialyse (ED) dite conventionnelle ;
l'électrodialyse à membranes bipolaires (EDMB) ;
l'électrodialyse à membranes (EM).
Le point commun de ces techniques est la mise en œuvre de membranes échangeuses d'ions
permettant de transférer des ions de façon sélective sous l'effet d'un champ électrique.
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• Electrodialyse conventionnelle – principe
Le terme dialyse désigne la diffusion d'un soluté à travers une membrane qui lui est perméable.
L'électrodialyse désigne le transfert d'ions à travers une membrane qui leur est perméable sous
l'effet d'un champ électrique.
• Electrodialyse à membranes bipolaires – principe
Les membranes bipolaires sont constituées d'une face perméable aux anions et d'une face
perméable aux cations.
Sous l'effet d'un champ électrique, l'eau présente au cœur de la membrane est dissociée en ions H+
et OH- générés respectivement par les faces cationiques et anioniques.
• Electrolyse à membranes - principe
L'électrolyse à membranes est la technique électromembranaire dans laquelle on couple les effets
d'une électrodialyse (migration d'ions au travers d'une membrane semi-perméable) à ceux d'une
électrolyse (réactions aux électrodes).
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4. Les différents systèmes membranaires
Un système membranaire comprend :
Un système de prétraitement ;
Des pompes ;
Un système d’agitation (pour les systèmes à membranes immergées) ;
Un ensemble de module ;
Un poste unitaire chimique de nettoyage ;
Un post-traitement chimique au besoin.
Le prétraitement vise à prévenir le colmatage prématuré des membranes et / ou des canaux
d’écoulement tangentiel. Les pompes servent à bâtir la pression transmembraine. Les pompes ou un
système d’agitation permettent la circulation de l’eau à traiter dans les modules ou entres les
modules. La séparation est assurée dans les modules membranaires. Le post traitement chimique
permet d’ajuster, ou de réajuster, la composition chimique de l’eau traitée (source : Guide de
conception des installations de production d'eau potable présent en ligne sur le site Internet
d’Environnement Québec http://www.menv.gouv.qc.ca, consulté en octobre 2002).
Suivant la manière dont est appliquée la pression membranaire, deux types de systèmes peuvent
être distingués :
Les systèmes de filtration sous pression ;
Les systèmes à membranes immergées.
4.1. Système de filtration membranaire sous pression
Dans le cas d’un système de filtration sous pression, les modules sont installés dans des caissons
pressurisés (cf. figure ci-dessous – schéma a). Une pompe additionnelle peut servir à la recirculation
du concentrat à l’entrée des modules (cf. figure ci- dessous – schéma b).
L’ajustement du débit d’alimentation et l’ajustement d’une vanne, située en aval des modules,
permettent de contrôler la pression transmembranaire et le taux de récupération global. Le perméat
est généralement à une pression proche de la pression atmosphérique.
Les différents types de modules peuvent être mis en œuvre de cette façon. Plusieurs modules
peuvent être placés en série dans un même caisson comme dans le cas des modules spiralés où un
caisson peut contenir de un à six modules spiralés. Plusieurs caissons peuvent être utilisés en série
et / ou en parallèle (source : Guide de conception des installations de production d'eau potable
présent en ligne sur le site Internet d’Environnement Québec http://www.menv.gouv.qc.ca, consulté
en octobre 2002).
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Figure 9 : Systèmes de filtration membranaires sous pression
– Schéma a : configuration multi-étagée
Figure 10 : Systèmes de filtration membranaires sous pression
– Schéma b : configuration avec recirculation
4.2. Système à membranes immergées
Dans un système à membranes immergées, les membranes sont plongées dans un bassin alimenté
avec l’eau à traiter (cf. figure ci-dessous). Le côté alimentation est soumis à une pression
hydrostatique et un vide partiel est appliqué du côté perméat. L’agitation de l’eau autour des
membranes (écoulement tangentiel libre) réduit l’accumulation de particules à la surface des fibres.
La vitesse de soutirage du concentrat à même le bassin contrôle le taux de récupération. Dans le
domaine de l’eau potable, cette configuration n’existe actuellement qu’avec des membranes à fibre
creuses de types UMF (source : Guide de conception des
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installations de production d'eau potable présent en ligne sur le site Internet d’Environnement Québec
http://www.menv.gouv.qc.ca, consulté en octobre 2002).
Figure 11 : Système à membranes immergées
A : alimentation
C : concentrat
P : perméat
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