Laurent, Émile (Dr). Les Bisexués, gynécomastes et hermaphrodites, par le Dr Émile Laurent. 1894.
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LES
BISEXUÉS
ET HERMAPHRODITES
GYNÊCOMASTES
PAR
Le Dr Emile LAURENT x
t
PARIS
GEKXRG-BS GARRé, ÉDITEUR
3, 3
sys racisï,
18«4
LES BISEXUÉS
GYNÉCOMASTESET HERMAPHRODITES
DU MÊME AUTEUR
Les habitués des prisons de Paris, avec une préface
du D' Lacassaoke, de Lyon. Tn-8 avec figures et planches.
2« édition 10 fr. »
LAmonr morbide. ln-^2. C° édition 3 fr. 50
[Link]-S, avecportraits. 2 fr. 20
L'année criminelle (1890), avec préface de Takde, In-12,
avec portraits. 2» édition i 3 fr. 50
L'année criminelle (1891), avec une préface de Garuaud.
ln-J2, avec portraits. 3 fr. 50
L'Anthropologie criminelle et les nouvelles théories
du crime. In-S, avec portraits. 2° édition 5 fr. »
Les Maladies des prisonniers. In 8, avec planches.
4 fr. »
Le nicotinisme. In-12, avec portraits (Couronné par la
Société contre l'abus du tabac) 3 fr. 50
Guide pratique pour le traitement des névroses.
Ia-16, cartonné à l'anglaise 3 fr. 50
LES
BISEXUÉS
ET HERMAPHRODITES
/^ÏKlCOMASTIS
5i
1 1 ï,
2' 'J
PAR
V^'J i sÔcj/
Le Dr Emile LAUBENT
PARIS
&EOHGES CARRÉ, ÉDITEUR
3, EUE RACINE,3
1834
AVANT-PROPOS
Les gynécomastes et les hermaphrodites ne sont pas
seulement des êtres curieux à étudier pour le biologiste
et le philosophe téfatologue; ce sont encore des êtres
appelés à Vivre en société; ils sont, par conséquent»
dignes de fixer l'attention du psychiatre et du psycho-
logue.
Ils constituent aussi pour le médecin légiste et le ma-
gistrat un important problème. J'ai pensé qu'il ne serait
pas sans intérêt de condenser dans un volume unique
tous les documents épars publiés sur ces malformations.
Je n'ai réservé qu'une petite place à la question mé-
dico-légale de l'hermaphrodisme, qui est bien eonnuei
Je me suis préoccupé par-dessus tout du côté psychique»
que les auteurs avaient, jusqu'ici, laissé un peu dans
l'ombre.
J'ai envisagé l'hermaphrodite, non pas comme une
pièce anatomique, mais comme un individu vivant de la
vie psychique et sociale.
AYANT-PROPOS
Je me suis arrêté avec trop de complaisance peut-être
à l'étude de la gynécomastie.
Voici pourquoi.
J'ai, en quelque sorte, fait mienne cette curieuse
question. En l'abordant pour la. première fois, lors de
ma thèse inaugurale, je rappelais, en me les appliquant,
les vers de Lucrèce
• Avia Pieridum peraffro loca, nullius ante
Trita solo :juvat intégras accedere fontes
Alque haurire.
J'étais, en effet, un des premiers. Depuis, je suis re-
venu, à plusieurs reprises, sur le même sujet
Je n'ai pas la prétention d'avoir résolu ces délicates
questions; mais j'ai fait de mon mieux. Si j'ai pu jeter
un peu de lumière sur la psychologie des hermaphro-
dites et des gynécomastes, je me tiendrai pour satisfait.
Février
1894. Emile Laurent.
L~onasr.
1. Voyez Émile Laurent. De la Mammite douloureuse hypertro-
phique chez l'homme. In Omette médicale de Paris, 188S.
Émile Laurent. Iœs Gynécomastes. Thèse, Paris, 18S8.
Émile Laurent. De la ilammite des adolescents et des adultes. In
Gazette médicale de Paris, 1889.
Émile Laurent. De l'Hérédité des Gynécomastes. In Annales d'hygiène
publique et de médecine légale, 1890.
PREMIÈREPARTIE
LES GYNÉGOMASTES
CHAPITRE PREMIER
HISTORIQUE
La gynécomastie semble avoir été connue même dans leg
temps anciens, puisque le terme de gynécomastie appar-*
tiendrait "h (italien, qui l'emploie le premier dans sa
403' définition.
Aristote 1 raconte qu'il a vu des hommes à mamelles. Paul
d'Egîne parle des mamelles hypertrophiées et il décrit
même un procédé opératoire pour les enlever. Il est égale-
ment question de cette anomalie dans les ouvrages d'Àlbu-
casis. Plus près de nous, Buffon, dans son histoire natu-
relle de l'homme, prétend en avoir observé quelques cas.
De même Schaeher dans son traité De laéte vîrorum et vîr-
ginum.
Mais aucun de ces ailleurs ne fournit d'observation
détaillée ni même de fait précis. Le premier cas que nous
trouvions signalé d'une façon un peu plus scientifique est
celui du vigneron champenois Martineau, dont l'histoire
est rapportée en quelques lignes dans le Journal de Verdun
du mois d'octobre 1771.
1. Histoiredés [Link], chap. xx.
LES BISEXUÉS
II
Bédor S médecin de la marine, donne la première obser-
vation vraiment complète et intéressante que nous possé-
dions sur ce sujet. Un peu plus tard, Villeneuve expose
assez bien les idées de l'époque â.
En 1836, Bédor, alors chirurgien de l'Hôtel-Dieu de
Troyes, revient sur le même sujet et rapporte brièvement
trois faits nouveaux
En 1832, Robelin en dit quelques mots dans sa thèse x
Horteloup y consacre quelques pages dans la sienne, en 1872.
En 1877, nous trouvons les remarquables observations
publiées par Lacassagne, Lereboullet, Martin et Jagof.
III
En 1880, Olphan, dans sa thèse inaugurale, étudie le
premier la gynécomastie avec quelques détails 5.
Tout en reconnaissant la valeur incontestable de ce tra-
vail, je dois avouer que plusieurs des observations d'Olphan
ne sont pas des observations de gynécomastie, qu'il a con-
fondu la gynécomaslie avec d'autres lésions, en particulier `
avec l'hypertrophie douloureuse de la mamelle, ce qui l'a
amené à tirer des déductions étiologiques et pathogéniques
que je crois erronées. De plus Olphan, en étudiant la gyné-
[Link] médecine,de Chirurgieet de pharmacie,octobre1812.
2. Art. Gynécojjastiedu Dictionnaireen 80 volumes.
3. Gazettemédicalede Paris.
4. Goutte hebdomadaire de médecineet de chirurgie.
5. Unmotsur la gynécomastie ou hypertrophiede la glandemammaire
e
chezt '[Link]. de Paria.
HISTORIQUE
eomastie seulement au point de vue étiologique et anatomo-
pathologique, a laissé dans l'ombre plusieurs points impor-
tants de cette ii>téressante et délicate question.
Enfin, j'ai encore trouvé, disséminées ça et là, quelques
notes on quelques observations dans les journaux français
et surtout dans les journaux anglais et allemands.
CHAPITRE II
DÉFINITION DE LA GYNÉCOMASTIÉ
Presque tous les auteurs qui ont parlé plus ou moins
longuement de ce sujet, se basant sur la simple étymologie
(?ov»i,femme iMttfwftmamelle), ont défini le gynécomaste i
un homme qui a des mamelles comme une femme. Cette
définition est vague et incomplète. On ëite en effet des
exemples d'hommes ayant en de grosses mamelles et qui
cependant n'étaient pas des gynécomastes.
De plus, en lisant les observations d'hermaphrodisme,
j'ai remarqué que la gynécotnaslie était très fréquente che*
les hermaphrodites mâles. Le D* Mottet me citait derniè-
rement encore l'observation d'un individu muni d'un rudi-
ment de verge perforée, encastrée entre deux grandes
lèvres, avec cul-de-sac au-dessous, individu qui a joué le
rôle des deux sexes et qui présentait des mamelles très
développées. J'en ai moi-même observé un cas à l'asile
d'aliénés de Sainte-Anne,x
II
Le gynécomaste proprement dit, domme l'ont compris
LES BISEXUÉS
presque tous les auteurs anciens et modernes qui ont écrit
sur ce sujet, n'est pas un hermaphrodite. Le gynécomaste
est un mâle chez qui les organes sexuels ne sont pas arrivés
à leur développement normal et parfait, et les mamelles •
sont le seul attribut physique de la femme qu'il possède.
Chez l'hermaphrodite, comme chez le gynécomaste sans
doute, il y a déviation du type spécifique; mais chez le
premier cette déviation est congénitale, tandis que chez le
second, au contraire, elle ne se manifeste qu'à l'époque de
la puberté. Chez le gynécomaste, la nature hésite au moment
de la puberté. Chez l'hermaphrodite, c'est pendant la vie
intra-utérine que la nature hésite et dévie de ses lois
habituelles.
III
Sans parler du développement des testicules et des ovaires,
dans les ^premiers temps de leur existence, tous les fœtus
humains ont leurs organes génitaux externes conformés de
la même manière, et le type uniforme de cette conformation
est celui de l'organe féminin. Les fœtus mâles comme les
fœtus femelles offrent également l'apparence extérieure
d'une vulve quand ils sont tr.ès jeunes ce qui [Link] à
Dutrochet de dire que tout homme a été femme dans le
principe. Mais, suivant la théorie du développement excen-
trique de Serres et suivant « les phases successives d'un
développement qui tend des parties latérales vers la ligne
moyenne », chez les mâles cette vulve se soude pour for-
^mer le scrotum et le pénis; cependant un arrêt ou un excès
de développement d'une des parties peut faire unmâle appa-
rent ou imparfait d'une femelle effective et réciproquement
d'un mâle effectif une femelle apparente de là de nom-
breuses variétés d'hermaphrodites.*
DÉFINITION DE LA GYNÉC0MAST1E
IV
Rien de tout cela ne se produit chez le gynécomaste qui
naitavee des organes génitaux internes et externes nojr-
maux. La gynécomastîe est peut-être, si l'on veut, le pre-
mier degré de l'hermaphrodisme^ comme les efféminés,
pédérastes passifs, dont parle M. le professeur Brauardel,
ces êtres aux formes adoucies, a la face glabre, au bassin
élargi, à la poitrine arrondie» aux allures féminines, pour-
raient être regardés comme le premier degré de la gyiiéeo-.
mastie. Mais ces efféminés ne sont pas plus des gynéco-
mastes que des hermaphrodites.
D'ailleurs j'ai consulté Geoffroy Saint-Hilaire fet je n'ai
point trouvé les gynécomastes rangés dans la classification
des hermaphrodites.
La gyiiêeoinastie est une anomalie qui consiste dans le
développement exagéré et persistant des mamelles chez
l'homme, au moment de la puberté, avec arrêt de dévelop-
pement plus ou moins complet des organes génitaux ex ternes
et particulièrement des testicules.
Si la définition de? auteurs anciens me semble trop vague,
et trop incertaine, je ne saurais non plus accepter celle que
propose Horteloup, qui ne considérait commegynécomastes
que « ceux qui ont deux seins développés et qui, par la,
lactation et l'anatomie pathologique, ont prouvé que ces
seins étaient formés d'éléments glandulaiios ». Évidemment
îtorteloHp définit la gynêcamastie d'une façon encore plus
LES BISEXUÉS
strictement étymologique que les anciens, mais sa dé6ni-
tion est trop étroite; car alors la gynécomastie n'existerait
pas ou, dans ce cas, il faudrait donner un autre nom aux
individus que nous étudions.
VI
Je ne saurais encore moins accepter la définition donn ée
pat Olphan. « Le gynéeomaste, dit-il, est un individu du
sexe masculin présentant, dans l'immense majorité des cas
les attributs extérieurs de la virilité dans les formes cor-
porelles, le visage, la voix; ayant assez souvent les organes
génitaux intacts, présentant l'aptitude à la fécondation et
ayant avec cela, ordinairement sur les deux côtés de la poi-
trine, quelquefois sur un seul, une tumeur dont la grosseur
varie depuis le volume d'un œuf de poule jusqu'à celui de
la tête d'un fœtus à terme. »
VII1
Cette définition me semble absolument fausse, contraire
à toutes les données étiologiques, et en contradiction avec
les faits cliniques.
Ces préliminaires posés, j'essaierai de compléter et de
délimiter la définition trop vague ou trop étroite des
auteurs, et je dirai
La gynécomastie est une anomalie qui consiste dans le déve-
loppement exagéré et permanent des mamelles chez Fhomme,
au moment de la puberté, avec arrêt de développement des
testicules. >
CHAPITRE III
L'ÉVOLUTION SEXUELLE ET MAMMAIRE
DE LA PUBERTÉ
Jusqu'à l'époque de la puberté, les individus des deux
sexes ne présentent en général aucune différence Sous le
rapport du volume et de la forme des mamelles. Chez le
jeune homme impubère, comme chez la jeune fille qui n'est
pas encore développée, les mamelles ne consistent qu'en
deux espèces de tubercules rougeâtres, les mamelons, et
une aréole couleur brunâtre et à surface inégale. Mais,
vers l'époque de la puberté, cette parité entre l'un et l'autre
sexe cesse complètement; chez le jeune homme, cette
époque ne détermine aucun phénomène sensible, Si ee n'est,
disent quelques auteurs, un engorgement passager du tissu
cellulaire, quelquefois accompagné de légères douleurs
tandis que, chez la jeune fille, en même temps que les
menstrues s'établissent, le sein se développe, s'élève,
s'arrondit, le mamelon prend une couleur rosée, la peau
s'amincit et devient fine et blanche.
Telle est là marche habituelle de la nature. Mais il est
2
LES BISEXUÉS
des cas exceptionnels où, obéissant à des causes inconnues
et s'écartant des lois uniformes qui président au développe-
ment des êtres, elle produit ces anomalies qui confondent
l'esprit de l'observateur et le raisonnement du philosophe.
II
Un jeune garçon, sans avoir rien présenté de particulier
dans sa conformation physique bu morale, si ce n'est un
peu de timidité, des allures et des goûts un peu féminins,
arrive à l'âge de la puberté. On croit que, comme tous ses
camarades, cet enfant va devenir un homme que ses
formes vont prendre un rapide développement, ses muscles
faire saillie sous la peau de ses membres, les traits de son
visage devenir énergiques, son menton se recouvrir de
barbe; que son épithélium génital va se développer et
qu'en même temps ses testicules et sa verge vont prendre
un accroissement remarquable on croit que ses goûts vont
changer et qu'un instinct secret va le pousser à la recherche
du sexe opposé. Ëh bien 1 chez ce garçon, il n'en sera rien.
Arrivé à la puberté, il semble que chez lui la naturehésite.
Ses membres restent grêles, ses formes adoucies, son visage
reste glabre et ses testicules cessent de s'accroître^ il fuit
le bruit et la société de ses semblables, sans avoir d'attrait
pour l'autre sexe, puis sa poitrine s'arrondit et ses seins se
développent comme ceux d'une fille pubère. Sans être ce
qu'on est convenu d'appeler un hermaphrodite, ce n'est
qu'un homme incomplet et une femme manquée; c'est ce
qu'on appelle un gynéeomaste.
CHAPITRE IV
LES CAUSES DE LA dYNÉCOMASTIE
Au dire d'Aristote, la gynâeomastie serait surtout fré-
quente chez deux eiépêees l'homme et la ébèvre* Ou cite
en effet plusieurs exemples de gynéeomastîe chez le boue.
Aristote lui-même en rapporte un cas. A Lemnos, dit-il, un
boue donnait par les mamelles du lait assez abondamment
pour en faite de petits fromages. Ce boue couvrit une
femelle et donna naissance à un autre mâle qui eut égale-
ment du lait; mais ces faits sont extrêmement rares, et ces
singularités, ajoute-t-il, sont regardées comme des pré-
sages l'oracle ayant été consulté sur le boue de,Lemnos,
le dieu répondit qu'il annonçait un accroissement de for-
tune 1.
Néanmoins, le Dr Weiekard, médecin dû prince de Fulde,
a fait imprimer à Francfort» en 177§, des Observationes
mediese où il rapporte avoir vu un bouc qui donnait du lait
dont on fit du beurre et des fromages.
ôeofliroy Saint Hîlaîre rapporte un fait semblable, observé
i. Aristote. Histoire des animaux, Uvre M, eh.
-e xï, p. ISS. Traduction
Camus.
LES BISEXUÉS
au Jardin des Plantes, et Georges Pouchet a vu aussi un
boue allaiter ses jeunes. On ne cite aucun exemple dans les
autres espèces animales, ce qui semblerait donner raison à
Aristote.
II
Il n'est pas extrêmement rare, dit Villeneuve, de ren-
contrer dans le monde de ces hommes à mamelles plus ou
moins volumineuses, montrées par les uns avec une sorte
d'ostentation, cachées par d'autres avec une réserve toute
particulière. » Malgré cette affirmation, Olphan croit que
« les beaux spécimens du genre sont rares ».
Néanmoins, Krafft-Ebing prétend que la gynécomastie est
assez fréquente, et il rapporte le fait suivant.
Un médecin, atteint d'inversion du sens génital, a constaté
que, chez les six cents invertis avec lesquels il avait eu des
relations, le développement des seins n'était pas chose
rare. Il affirme qu'il a eu lui-même, de treize a quinze ans,
du lait dans ses glandes mammaires, lait que son amant
suçait.
III
Mais pourquoi certains hommes ont-ils des mamelles?`t
Question éminemment obscure, et encore irrésolue. « On
ignore absolument pourquoi quelques hommes ont des
mamelles, dit encore Villeneuve, comme on ignore pour-
quoi certaines femmes ont le visage couvert de barbe. »
Quelques auteurs ont cru à l'influence ethnique. Pline
l'Ancien fait allusion quelque part à certaines races afri-
caines qui avaient une mamelle femelle d'un côté, et une
mamelle mâle de l'autre; d'autre part, d'après la thèse de
LES CAUSES DE LA GÏNÉCOMASTIE
Robelin, « si l'on en croit quelques voyageurs, le bas peuple
de 1» Russie présenterait souvent cette anomalie, et il est
écrit quelque part qu'il en est de même chez les Brésiliens.
Dans ces cas, la mamelle présente tous les caractères d'un
sein de femme bien confprmé. Le développement commence
vers l'âge da la puberté, souvent il ne tarde pas à s'arrêter,
mais d'autres fpis il continue à se faire, et l'on voit alors
des mamelles saillantes, avec une aréole et un mamelon bien
développé. Point de gène, point de douleur dans l'organe
hypertrophié »,
11semble bien qu'il s'agisse là de gynéComastie, mais ces
faits trop succincts auraient besoin d'être contrôlés, et on
ne saurait encore en tirer aucune déduction.
IT
Mais il est un point sur lequel presque tous les auteurs se
sont entendus c'est que les gynéeomastês sont très sou-
vent lymphatiques ou scrofuleux. Villeneuve insiste sur ee
point, et Bédor va plus loin encore, puisqu'il déclare que la
gynécomastie est un signe pathognomonique de la scrofule-
Je crois cette affirmation un peu hasardée; mais, quoi qu'en
dise Olphan, je crois qu'elle contient une part de vérité.
En effet, Bédor a observé quatre fois la gynécomastie chez
des scrofuleux ou des lymphatiques, Villeneuve deux fois;
on trouve encore ce fait fréquemment noté dans les obser-
vations des autres auteurs.
Peut-on incriminer l'hérédité1!1Lae gynéçomaslie est-elle
héréditaire?
LES BISEXUÉS
Sans être constante, la chose n'est pas douteuse. Pour-
quoi un dégénéré ne transmettrait-il pas à sa descendance
ce stigmate de dégénérescence physique, pourquoi n'engen-
drerait-il pas des gynécomastes à son image, comme le stra-
bique engendre des strabiques, comme le prognathe et le
plagiocéphale engendrent des prognathes et des plagiocé-
phales ? Cependant cette transmission de la gynécomastie
du père au fils est relativement peu fréquente. La raison
en est des plus simples. Le gynécomaste est souvent un
infécond, un être impropre à la reproduction alors sa race
s'éteint avec lui. Néanmoins, si son système génital est peu
atteint, si ses testicules sécrètent un sperme fécondant, il
pourra engendrer des individus atteints de la même ano-
malie que lui, mais avec un pas de plus peut-être vers la
déchéance complète, au point de vue sexuel.
Handyside d'Edimbourg rapporte l'histoire d'une famille
de cinq enfants, dont trois étaient des gynécomastes poly-
mastes. Or leur père avait présenté, à l'âge de cinquante ans,
une hypertrophie de la mamelle. Hypertrophie de quelle
nature ? L'auteur ne le dit pas.
Le sujet observé par Bédor avait également un frère
atteint de la même anomalie.
Enfin, voici un fait fort curieux, qui m'est personnel. On
y voit la gynécomastie se transmettre successivement à trois
générations.
D. trente-cinq ans, métreur, né à Rouen. Son grand-
père paternel avait des seins volumineux. C'était un homme
sobre et avare. Son père buvait de grandes quantités de vin
sans s'enivrer. Le volume de ses seins était encore plus
exagéré que chez le grand-père. Son grand-père maternel
est mort à soixante-douze ans, paralysé. C'était un alcoo-
lique. Il buvait des quantités énormes d'eau-de-vie du
Calvados. Sa mère est encore vivante. C'est une femme peu
1. [Link] of Anatomyand Physiology,novembre187D.
LES CAUSES DE LA GYNÉCOMASTIE
nerveuse, mais ayant souvent des préoccupations hypochon-
driaques.
Tous ses oncles, ses tantes, Ses cousins, sont des indivi-
dus très robustes et très bien musclés. Une de ses tantes
est alcoolique.
Sa famille se composait de neuf enfants; il est le seul qui
ait survécu. Tous sont morts en bas âge, quelques-uns de
méningite.
D. avait les seins volumineux en naissant; ils ont en-
suite augmenté petit à petit.
Dès son enfance, il s'adonna aux pratiques de l'onanisme.
A douze ans et demi, il avait lm,S3 de taille, pesait 64 kilo-
grammes et se payait sa première femme. Au moment du
tirage au sort, il pesait 93 kilos il fut réformé pour obésité
(il y a plusieurs obèses dans sa famille, et une de ses tantes
pèse, dit-il/ plus de 100 kilogrammes),
D. a fait beaucoup d'excès de boisson dans son pays.
Cependant il n'a jamais eu de pituites. Depuis quelque
temps, d'ailleurs, il a dû supprimer l'alcool et se mettre au
régime du café, pour lutter contre son Obésité.
D. se maria vers l'âge de vingt-quatre ans. Il remplis-
sait ses devoirs conjugaux très brillamment, m'a-t-il dit,
suffisamment, m'a dit sa femme. Il eut trois enfants,.
1° Un garçon, mort à trois ans de méningite. Il était gynê-
comaste. De plus, c'était un enfant déjà plein de mauvais
instincts, A la naissance de son petit frère, il fut pris d'une
telle jalousie et d'une telle colère qu'il voulait qu'on le jetât
à l'eau, refusant de parler et de manger;
2" Un autre garçon, mort en bas Âge de péritonite;
3° Un garçon aujourd'hui âgé de sept ans. En naissant, il
avait déjà les seins volumineux; au dire de sa mère, ils
étaient gros comme des noix et, dans les jours qui suivirent
la naissance, le mamelon laissait suinter un liquide lactes-
cent. Aujourd'hui, comme j'ai pu le constater moi-même,
ses Seins ont le volume d'une mandarine. A la palpation,
LES BISEXUES
on sent une masse lobulée, nullement douloureuse. Aucun
liquide ne suinte plus par le mamelon. Chez cet enfant, le
tissu adipeux est déjà très développé, et il marche, comme
son père, vers l'obésité. Son intelligence, déjà médiocre,
aurait encore été amoindrie par une affection récente que
ses parents qualifient de méningite. Sa mémoire a beaucoup
diminué; il savait lire, il a tout oublié. Écervelé, étourdi,
il se livre à la masturbation plusieurs fois par jour.
D. sait lire et écrire. C'est un homme très vigoureux,
aux muscles solides, de lm,63 de taille, au dos large, au
ventre un peu gros, au visage couvert de barbe. Les
membres et la poitrine sont également très velus. Il a de
bonnes dents, mais très écartées, en forme de grille d'égout.
Ses seins ont le volume d'une orange. A la palpation, on
sent une épaisse couche de graisse et dessous un gâteau
glanduleux, gros comme une mandarine. Les mamelles sont
flasques et pendantes. La peau qui les recouvre n'est ni
plus mince, ni plus douce, ni plus blanche que dans les
parties environnantes. Il existe une aréole brune assez
colorée, avec de petits tubercules saillants. Lumamelon est
petit et plus semblable à celui de l'homme qu'à celui de la
femme.
Le volume des testicules est un peu au-dessous de la
normale. La verge, à l'état flasque, n'a que 4 centimètres et
demi de long et 8 centimètres de circonférence. Les poils du
pubis sont longs, mais peu fournis.
Chez cet individu, la gynécomastie est évidemment héré-
ditaire. Seulement l'anomalie, au lieu d'attendre la puberté
pour se manifester, est apparue dès la naissance. Ce n'en
est pas moins un stigmate de dégénérescence. Le dernier
rejeton en est la preuve.
LES CAUSES DE LA GYNÉCOMÀSTIE
VI
Mais Ce qu'il est beaucoup plus fréquent de rencontrer
chez les ascendants des gynécomastes, ce sont ces tares ner-
veuses qu'on rencontre à l'origine de toutes les dégéné-
rescences. Un vésanique, un épileptique, uu hystérique, un
alcoolique engendrent des dégénérés; parmi ceux-ci, l'un
sera un aliéné, l'autre nn névrosé ou un détraqué, l'autre
un criminel peut-être, l'autre enfin, mal conformé physi-
quement, un prognathe, un plagiocéphale, un strabique, un
bypospade, un gynécomaste.
Voici un premier fait emprunté à Mffignan Nous voyons
naître, d'un père déséquilibré et d'une mère hystérique, un
gynécomasle, un déMle qui présente des accès délirants.
S^.M âgé de trente ans, est issu de germains; sa grand'
mère maternelle et sa mère sont hystériques; son père, mal
équilibré, se faisait remarquer par des accès de colère et
des emportements que rien ne justifiait.
Sa sœur est mélancolique.
Quant à lui, venu à terme j il a eu des convulsions dans
l'enfance; d'une intelligence au-dessous de la moyenne', il a
acquis avec difficulté une instruction élémentaire il sait
toutefois lire, écrire et compter d'une manière satisfaisante.
Il a appris, au sortir de l'école, le métier de peintre sur por-
celaine et, au bout de plusieurs années, il a fini par devenir
un ouvrier ordinaire.
Il est habituellement très impressionnable, irritable; dans
les rues, il est souvent pris de craintes Jvagues, il redoute,
des accidents; dans l'enfance, il croyait parfois, en mar-
i. Magnan, Communication faite à la Société mcdico-psychologique.
Séance du 28 février 1887. Archives de neurologie, t. III, p. 416,
mai 1888.
LES BISEXUÉS
chant, qu'il allait perdre l'équilibre; il lui semblait par
moments qu'il s'enlevait au-dessus du' sol. II s'est senti à
diverses reprises poussé à frapper; il prenait tout à coup
des objets et les brisait « Je deviens enragé, disait-il, je
briserai tout. » 11 avait confié à son frère un revolver qu'il
ne voulait plus garder, ne se sentant plus maître de lui et
redoutant de faire usage de cette arme, soit contre les autres,
soit contre lui-même.
Dans les derniers temps, en proie à des préoccupations
hypochondriaques, il avait rapidement présenté des halluci-
nations, des troubles de la sensibilité générale et des idées
de persécution; très excité sous l'influence de ce délire, il
avait été amené à l'asile le 28 février 1885 il en est sorti au
bout de trois mois, guéri de son accès délirant, mais non
de sa déséquilibration mentale.
Il présente une atrophie considérable des testicules, qui
sont réduits au volume d'un haricot; les bourses et le scro-
tum sont très peu développés; la verge est petite, mais
l'extrémité antérieure relativement volumineuse, probable-
ment à la suite des manoeuvres de masturbation. Il a du
penchant pour les femmes, recherche leur société, et il
vivait avec une maîtresse quand il a été pris de délire. Ses
seins sont du volume d'une grosse mandarine, l'aréole est
assez étendue, mais le mamelon est petit comme celui de
l'homme. Le ventre est proéminent, arrondi, mais le bassin
a les apparences masculines. Le larynx est peu saillant, la
voix féminine. Les poils, d'un blond pâle, sont fins et peu
abondants.
Voici maintenant un autre fait qui m'est personnel. Un
épileptique engendre des gynécomastes et des hermaphro-
dites. Je crois qu'il faut invoquer comme cause de ces dé-
générescences la tare épileptique chez le père.
J. ne peut donner de détails sur ses grands-parents. Il
sait seulement que son grand-père paternel s'est marié trois
fois lors de son dernier mariage, il avait soixante-douze
LES CAUSES DE LA GYKÉCOMAST1E
ans et sa femme vingt-six. Un an après, celle-ci lui donna
un fils qui, de l'avis général, serait de lui c'est le père de
notre sujet.
Son père, qui était gardien à la Roquette, était un homme
sobre, et sujet à des attaques nerveuses pendant lesquelles
il perdait connaissance il s'agit probablement d'attaques
d'épilepsie. Il est mort tuberculeux.
Sa mère est une honnête femme, encore vivante et bien
portante.
La famille se compose de neuf enfants.
io Une fille âgée de trente-huit ans, mariée et bien por-
tante, mais nerveuse, violente et coléreuse. Elle vit séparée
de son mari, qui l'a abandonnée pour une a utrè, gagnant
laborieusement s'a vie comme dentellière et élevant péni-
blement ses cinq enfant*. Un de ces enfants, le plus jeune,
est déclaré sur les registres de l'état civil comme fille, mais
on serait maintenant très embarrassé pour se prononcer
sur son sexe et On pourrait tout aussi bien le prendre pour
un garçon. Les quatre autres sont bien portants et ne pré-
sentent rien de semblable»
2° Un enfant mort en bas âge. J. ne sait pas de quoi, et
il a même oublié son sexe.
3° Un garçon mort à trois ans et demi, présentant des
malformations des organes génitaux.
4° Une fille âgée de trente ans, nerveuse, violente, mais
bonne au fond. Elle a eu des attaques de nerfs jusqu'à, vingt-
deux ans, époque de sa première couche. Ces attaques se
manifestèrent pour la première fois à la suite d'une peur*
Elle n'est point mariée et a eu trois enfants morts en bas
âge, probablement de méningite tuberculeuse. Actuellement
elle est encore enceinte.
5° Un garçon sobre, marié, père de deux enfants bien
conformés»
6" et 7° Deux petites filles mortes en bas âge, on ne sait
pas de quoi.
LES BISEXUÉS
8° Une fille Agéede vingt-six ou vingt-sept ans, également
mal conformée. C'est un être vicieux, débauché et ivrogne.
Elle commença d'abord par se montrer comme curiosité
duns les fêtes foraines; puis elle se fit actrice d'ordre infé-
rieur, jouant aux Bouffes-du-Nord ou accompagnant les
troupes en tournées. Elle s'habille tantôt en homme, tantôt
en femme, servant indistinctement d'amant ou d'amante,
également recherchée des matrones lubriques et des vieux
libertins. En ce moment, elle vit « collée » avec une femme
et, au dire de J. « elles ont de quoi se satisfaire large-
ment l'une l'autre, et de mille façons ».
9° Enfin notre gynécomaste.
J. a une tante maternelle très sujette aux migraines.
De plus sa mère leur a souvent raconté qu'une de ses petites-
cousines était probablement mal conformée. On prenait,
dit-il, toutes sortes de précautions pour lui rabattre ses
jupons quand elle jouait ou quand elle urinait. On a cru
que cette pudeur exagérée n'avait d'autre but que de dissi-
muler une infirmité.
Je donnerai l'observation personnelle et détaillée de cet
individu dans un des chapitres suivants.
Enfin le Dc Guillot me citait l'exemple d'un jeune homme
de vingt-trois ans, fils d'une névropathe, qui, à. l'âge de
quinze ans et demi, a vu ses mamelles prendre un accrois-
sement considérable; au bout de dix mois, elles avaient
acquis le volume de celles d'une fille pubère, volume
qu'elles ont toujours conservé depuis. Cet accroissement
s'est fait sans douleur et sans amener aucune espèce de
sécrétion. Ces mamelles présentent un mamelon rosé aux
environs duquel sont implantés quelques poils longs et
isolés.
La verge est normalement développée; cependant les tes-
ticules sont un peu plus petits que d'habitude, le pubis est
garni de poils, mais ils remontent moins haut que chez la
plupart des hommes de cet âge. Le bassin est large et évasé.
LES CAUSES DE LA GYNÈCOMASTIE
Les saillies musculaires sont peu prononcées et le tissu
adipeux très développé.
On voit sur la poitrine un léger duvet, mais pas de poils.
H. a une figure imberbe, juvénile il paraît à peine dix-
sept ou dix-huit ans. Le timbre de sa voix est élevé c'est
un garçon coquet, efféminé, à la démarche nonchalante,
aimant passionnément les Heurs et les odeurs. Il a la manie
de l'ordre et chez lui il range tout avec une exagération
ridicule.
VII
L'alcoolisme, qu'on retrouve toujours et partout, l'alcoo-
lisme, l'alpha et l'oméga de toutes les dégénérescence^, se
retrouve aussi â l'origine de la gynéeomaslie.
Voici un fait où cette influence ne saurait être douteuse.
Un alcoolique mort de delirium tremens engendre un dé-
bile gynéoomaste.
D. vingt ans, né à Puteaux (Seine), sans profession.
Son père [Link] un ivrogne il est mort dans un accès de deli-
rium tremens. Sa mère est morte d'une affection cardiaque.
Bien qu'âgé de vingt ans, D. n'en parait guère plus de
seke. Il est d'une taille peu élevée. Ses formes sont effé-
minées cependant, il est assez bien musclé, mais plutôt
comme femme que comme un homme. Le panicule adi-
une
peux sous-cutané n'est pas développé d'une façon exagérée.
La tête est petite, les yeux sont vifs, la bouche grande, le
teint coloré.
Le système pileux est peu développé. Le visage est
imberbe,' on distingue à peine quelques poils de barbe sur
la lèvre supérieure. Les membres sont complètement
glabres. Il .y a quelques poils follets sur la région sternale.
Le pubis estassez bien garni, mais, comme chez la femme,
les poils s'arrêtent brusquementet forment un triangle très
LES BISEXUÉS
nettement délimité. La peau est blanche et manifestement
plus délicate que chez la plupart des hommes de cet Age.
Chose assez singulière chez un individu de cette espèce,
D. n'est pas tatoué.
La voix a un timbre caractéristique. On fait chanter le
sujet; on croirait entendre la voix grêle et aiguë d'une
fillette de douze ou treize ans.
En examinant la bouche, on s'aperçoit qu'il existe encore
des dents de la première dentition, qui aurait été retardée,
au dire du sujet. La seconde dentition aurait été également
retardée. A la mâchoire Supérieure, il existe des intervalles
entre les incisives et les canines; lorsqu'il rit, sa bouche
ressemble, pour employer une comparaison un peu triviale
mais juste, à une grille d'égout.
La verge est normalement conformée, mais elle est très
courte et plus petite que d'habitude. Les bourses sont
larges; les testicules sont manifestement plus petits que
chez la plupart des adolescents de cet âge. L'épididyme est
normalement placé; il ne mesure que 2 millimètres dans
son plus grand diamètre. Le crémaster fonctionne bien;
nous le voyons se contracter sous nos yeux. D. prétend
qu'il n'a jamais vu de femmes. Mais il a des érections fré-
quentes et il avoue que, depuis l'âge de seize ans, il se mas-
turbe environ deux fois par semaine. Il a des éjaculations.
La poitrine est arrondie et fait saillir un peu la chemise.
Les mamelles, grosses comme des oranges, sont développées
à peu près comme celles d'une fille de quinze ans. La peau
qui recouvre la glande est blanche, fine, et présente quelques
poils longs et durs. A la palpation, on a la sensation de la
graisse.
Les deux mamelles sont d'égal volume.
Le mamelon est très bien développé, d'une couleur rosée
autour on aperçoit quelques petites saillies rappelant les
tubercules de Montgomery. On ne voit pas le lacis de veines
bleues sous-cutané, comme chez la femme.
LES CAUSES DE LA GYNÉCOMASTIE
D. est peu intelligent. Bien qu'il soit allé longtemps à
racole, tl sait à. peine lire et compter il ne cannait même
pas la table de Fythagore; il ne sait pas écrire. On n'a
jamais pu lui apprendre aucun métier. A la prison de la
Santé où je l'ai vu, on l'occupe à faire du papier de dentelle,
travail qui ne demande aucune intelligence ni aucune
adresse, H suffit de poser une feuille. de papier sur une
matrice où est gravé un dessin quelconque et de frapper
avec un marteau en plomb jusqu'à ce que le dessin se soit
découpé dans la feuille de papier.
De plus, D.t. est un vagabond et un habitué des prisons.
Il a déjà subi cinq condamnations pour maraudage,
vagabondage, vol à l'étalage. Il ne témoigne aucun regret;
aussitôt sorti, il recommencera et se fera enfariner de
nouveau.
VIII
A cèté de ces causes puissantes de dégénérescence, on
en trouve d'autres moins actives, mais néanmoins encore
singulièrement efficaces. On les retrouve aussi dans l'étio-
logie de la gynécomastie. Faneau de Laeour1 a montré que
les tuberculeux, et surtout les issus de tuberculeux, sont
souvent des efféminés,, et que chez eux les mamelles
acquièrent quelquefois un développement anormal» Il cite
en particulier deux faits où il s'agit manifestement de
gynécomastes.
R. (Emile), vingt-deux ans, parqueteur.
fiamilk. Sa mère est morte d'une hypertrophie du
cœur, à l'âge de vingt-trois ans. Son père existe encore il a
eînquante-sitf ans.
L Faneau de [Link] fimwime et de l'infantilisme chef lejs
Thèse inaugurale.
[Link], 18"?!.
LES BISEXUÉS
Antécédents. – II a eu une jeunesse maladive.
Début. Tousse depuis quatre mois.
Etat actuel. Poumon droit respiration prolongée.
Poumon gauche. Craquements; crachats nummulaires
caractéristiques. Sueurs assez abondantes la nuit.
Systèmepileux. – Cheveux bruns, remarquablement longs
et fins, abondants; sourcils très fournis; cils très longs et très
uns.
Barbe. Moustaches médiocrement fournies; absence
presque complète de poils sur les autres parties de la face.
A peine quelques poils sur la poitrine.
Poils du pubis suffisamment développés et bien fournis.
Dents normales et très belles.
Ongles légèrement courbés, mais pas d'une façon caracté-
ristique.
Organes génitaux. Testicules manifestement moins
développés qu'à l'état normal, do la grosseur d'un œuf de
moineau véritable microrchîdie verge peu développée.
Bourses tombantes, longues. Mamelles très développées.
Le mamelon est aussi très saillant et très développé l'aréole,
fortement pigmentée, tranche, par sa couleur brune, sur la
décoloration de la peau qui recouvre la glande.
La glande mammaire présente un développement exagéré.
Le malade nous dit qu'à l'âge de quatorze ou quinze ans, il
eut les mamelles douloureuses, surtout celle du côté gauche.
Cet état dura six mois, pendant lesquels les seins, surtout
le gauche, se développèrent considérablement.
La douleur disparut, mais le gonflement persista.
Aspect général. Ce malade présente une gracilité de
formes tout à fait remarquable il a le pannicule adipeux
sous-cutané très développé ce que nous n'avons pas trouvé
chez la plupart des autres individus de sa catégorie.
La cause en est due apparemment à l'époque récente du
début; nul doute que, lorsque quelques mois auront passé
sur sa tête, les sueurs profuses et les expectorations auront
LES CAUSES DK LA GÏNÊCOMASTIE
fait disparaitre cette couche graisseuse qui, actuellement,
imprime au malade un cachet féminin si caractéristique.
Voici maintenant la seconde observation.
M. (Jules), vingt-cinq ans, ferblantier à Paris.
famille. – Son père est mort à vine-deux ans de la suette
miliaire; sa mère est morte à vingt-cinq ans, tuberculeuse.
Antécédents. Pendant son enfance, il était délicat,
malingre, fuyant tous les exercices fatigants.
A cette époque, sans tousser continuellement, il avait
cependant tous les hivers un rhume qui durait jusqu'au
printemps.
Début. II y a quatre ans que la toux est devenue conti-
nuelle. Il eut une pleurésie, il y a deux ans.
État actuel. Craquements et gargouillements à droite
et à gauche au sommet.
Systèmepileux. Cheveux abondants, fins et souples;
sourcils noirs, fournis, tranchant sur la pâleur du visage.
Cils d'une longueur remarquable.
Le visage, malgré l'âge du malade (vingt-cinq ans), est
presque glabre, et a l'expies sion très juvénile. La moustache
est à peine indiquée par quelques poils follets courts; il en
existe également sur le menton et les joues une très petite
quantité.
Poils de la poitrine absents. Poils du pubis normaux en
quantité et en longueur.
Les bras et les jambes sont remarquablement glabres.
Peau, -s La peau est blanche, fine, souple comme la peau
d'une femme, le pannieule adipeux sous-cutané est très déve-
loppé d'où une mollesse remarquable de tous les contours.
7te«&* Le malade nous apprend qu'à l'âge de deux ans,
il n'avait pas encore de dents de lait, du moins c'est ce qu'il
a entendu dire par sa mère.
Même retard dans la seconde dentition, qui n'a eu lieu
qu'à douze ans, et d'une façon incomplète, ainsi que nous
pouvons le constater.
3
LESBISEXUÉS
Nous observons en effet plusieurs dents de la première
dentition sur le malade.
La mâchoire supérieure présente trois dents de lait: la
seconde incisive droite, la canine et la seconde incisive
gauches (la canine est cariée, mais il est facile de la recon-
naitre pour une dent de lait).
Les autres dents sont pour la plupart cariées, quelques
autres sont complètement détruites.
Ongles. Légèrement hippocratiques.
Organes génitaux. Les organes génitaux sont aussi
remarquables que les autres parties de l'organisme chez ce
sujet, qui est véritablement un type du genre.
La verge est microscopique considérée pendant l'état de
flaccidité, elle ne mesure, depuis sa base jusqu'à son sommet,
que 5 cent. 1/2; sa circonférence à la base est de 4 centi-
mètres et, à la base du gland, de 3 centimètres environ, toutes
dimensions qui sont celles de l'organe d'un enfant de dix à
douze ans.
Les testicules sont très petits, gros à peine comme des
œufs de moineau, et le scrotum qui les recouvre est lui-
même adapté à ces dimensions exiguës.
Mamelles. Les mamelles sont très développées, Taréole
fortement pigmentée, saillante comme chez les femmes on
sent à la main les grains glanduleux de l'organe. Le malade
rapporte qu'à l'âge de quatorze à quinze ans, il a éprouvé
dans les deux seins des douleurs assez vives qui ont duré
cinq à six mois. C'est à cette époque, dit le malade, que les
mamelles ont pris le développement que nous observons
aujourd'hui.
Le développement est remarquable, l'organe présente un
diamètre horizontal d'environ 8 centimètres et undiamètre
vertical d'environ 7 centimètres.
Le segment de sphère que forme la mamelle mesure à
peu près 10 à fi centimètres d'arc.
Appétits vénériens nuls.
LES CAUSES DE LA GYNÊCOMASTIE
Féminisme très prononcé. L'aspect général de cet indi-
vidu est celui d'un jeune homme de dix-sept ans.
Enfin, voici un dernier fait qui m'est personnel, et où l'on
pourrait encore remarquer l'influence héréditaire de la
tuberculose.
A, vingt-six ans, cordonnier, né à Bordeaux. Son pore
est mort tuberculeux. Sa mère est encore vivante et bien
portante.
C'est un vagabond peu intelligent, à la parole lente et
embarrassée, à la physionomie sournoise, sachant néan-
moins lire et écrire. Il prétend s'être peu masturbé et il a
commencé à voir des femmes à l'âge de dix-sept ans. Il
avoue avoir fait pas mal d'excès de boisson.
Il ne se rappelle pas avoir souffert des seins, qui ont grossi
petit à petit. Ils sont à peu près gros comme de petites
oranges, avec une forme conique. La peau qui les recouvre
ne diffère pas sensiblement de celle des régions environ-
nantes. Il existe une aréole brune, très nettement marquée.
Le mamelon est volumineux, saillant, rosé et long d'au
.moins 1 centimètre. On dirait qu*îl est dans un état d'érec-
tion constant.
La verge est assez longue, mais comme volume elle
parait au-dessous de la normale.
IX
A côté de la tuberculose^ de la scrofule» du lymphatisme,
comme le veulent Villeneuve, Bédor et les anciens auteurs,
je crois qu'on pourrait invoquer l'obésité.
L'obésité, à mon sens, n'est point une cause de gynéeo-
mastie, parce qu'elle surcharge de graisse la poitrine et
exagère un peu le volume du sein. Non, car dans e©cas, il
ne s'agirait plus de gynécomastie. En effet, outre cette sur-
LES BISEXUÉS
charge graisseuse, on peut observer chez les obèses des
mamelles dont le tissu glandulaire est hypertrophié, hyper-
trophie facile à sentir par la palpation et rendue encore plus
perceptible à la vue par l'exagération du tissu adipeux.
L'obésité agirait alors comme cause dégénératrice.
En voici un exemple.
L. trente-cinq ans, ferblantier, né à Avranches. Son
père, qui était obèse, est mort d'une congestion cérébrale.
Sa mère est morte d'une pneumonie. Sa sœur est obèse.
L. est un garçon peu intelligent, bavard, querelleur,
sachant néanmoins lire et écrire et gagnant bien sa vie.
D'un caractère nerveux et impressionnable, il se livre
quelquefois à des actes de violence» ILest emprisonné pour
avoir cassé la jambe, dans une rixe, à un individu avec qui
il s'était pris de querelle.
Le jour de son entrée en cellule à la prison de la Santé,
L.». a été pris d'une sorte d'émotion angoissante et s'est mis
à cracher le sang à pleine bouche. Ce phénomène lui était
déjà arrivé une autre fois, à la suite d'une vive contrariété.
C'est un de ces faits assez communs d'hystérie pulmo-.
naire.
L. est Obèse. Les seins sont volumineux comme des
oranges, un peu pendants et grossis encore par le tissu
adipeux qui les environne.
Ce développement exagéré des seins se produisit vers
l'âge de seize ans; L. éprouvait alors souvent des dou-
leurs. Mais depuis longtemps il ne ressent plus rien.
Le système pileux est bien développé.
Les organes génitaux sont très au-dessous de la moyenne.
La verge, à l'état flasque, ne mesure que 6 centimètres.
L. aime les femmes, mais sans exagération.
M. Variot a observé un cas analogue.
C'était un homme obèse, mais ses mamelles étaient déve-
loppées comme celles d'une femme. Ses testicules avaient
la grosseur de petits haricots. Sa verge était également
LES CAUSES DE LA GÏNÉCOMAST1E
atrophiée. Le pubis était recouvert de rares poils. Le
visage était glabre. La lèvre supérieure était légèrement
velue comme chez les femmes du môme âge. La voix était
grêle.
D'après les renseignements fournis par cet homme, il
était carrier, avait été marié une fois, mais très malheu-
reux en ménage: sa femme le trompait avec un voisin, il
l'avait abandonnée.
Il avouait du reste que ses aptitudes génitales étaient
très réduites. De là, peut-être, ses infortunes matrimoniales.
En résumé, toutes les causes de dégénérescence peuvent
être causes de gynâcomastie.
En tète marchent la lolie, l'épilepsie, l'hystérie, les
névroses, ralcootisme et, en seconde ligne, la tuberculose,
la scrofule» l'obésité.
Ainsi donc, de par son hérédité^ le gynéeomaste est un
dégénéré. Et il en porte en lui les stigmates physiques et
psychiques.
CHAPITRÉ t
ORIGINES PATHOGÉNIQUES DE LA
GYNÉCOMASTIE
Nous avons dit que, chez le gynécomaste, la mamelle
s'hypertrophie, que le testicule s'arrête dans sa marche
croissante et s'atrophie. Il semble que la nature retire
d'une main ce qu'elle a donné de l'autre* Il semble qu'il
y ait un des deux organes, mamelle ou testicule, qui, com-
mençant son évolution en avant, amène ou accompagne la
régression de l'autre organe.
Ne pourrait-on pas reconnaître là une manifestation de
cette loi du balancement des organes dont parle Geoffroy
SaînWIîlâire ? «On peut regarder, dit-il, comme une consé-
quence de cet antagonisme du développement de certains
organes, la possibilité de la réunion chez le même sujet
de deux anomalies de volume l'une par diminution, l'autre
par augmentation. On a souvent observé ce, genre particu-
lier de balancement des organes1.» C'est ce que Gœthe
avait déjà dit « Une somme dépensée dans le budget de
1. 1. [Link] dès anomaliesde CorgauMte,
t. I, p. 216.
LES BISEXUÉS
la nature en faveur de la mamelle exige de l'économie
dans l'organe de la génération ».
Selon Olphan, cette idée de balancement ou de force
compensatrice entre les deux organes doit être rejetée; elle
ne satisfait pas l'esprit.
Nous croyons cependant que la théorie de Goethe et
de Geoffroy Saint-Hilaire est vraie, au moins en partie, et
que Olphan s'est trompé, Et, en effet, Olphan refuse
d'admettre cette idée parce que, dit-il, elle est en contra-
diction avec les faits. Selon lui, beaucoup de 'gynécomastes
ont des organes génitaux normaux et tous les caractères
de la virilité. Donc il n'y a pas de balancement.
Mais, si on passe en revue les observations rapportées
par Olphan, on s'aperçoit vite que, dans tous les cas de
vraie gynécomastie, il y a atrophie plus ou moins complète
des organes génitaux.
Il
Il me semble donc difficile de nier qu'il y ait des rap-
ports entre le développement des mamelles et celui des
testicules. Cependant, je vois immédiatement surgir une
objection.
Pourquoi, me dira-t-on, les individus adultes qui per-
dent leurs testicules, soit par mutilation, soit par atrophie,
soit par orchite, ne voient-ils pas leurs formes viriles se
féminiser et deux mamelles s'arrondir sur leur poitrine?
On pourrait peut-être réduire l'objection par le simple
raisonnement. En effet, si l'homme a dépassé la puberté,
cet âge où il se produit pour ainsi dire une poussée de vie
sur les mamelles et les organes génitaux, si chez lui le
développement est complet, la nature ne pourra reporter
sur un organe la force de vie et d'accroissement qu'elle
destinait à l'autre. Il n'y a pas deux évolutions dans le
ORIGINES PATHOGÉNIQUES
développement de notre être, et la nature, qui suit une
marche toujours la même, ne revient pas sur ses pas pour
répandre sur le même individu une vie nouvelle.
Aussi rien d'étonnant à lie qu'un adulte qui perd ses
testicules ne voie pas toujours des mamelles venir les rem-
placer. Néanmoins, tant la nature est fidèle aux grandes
lois du développement^ et quelque étrange que la chose
puisse paraître, plusieurs faits de ce genre ont été observés»
Nous verrons, dans le chapitre suivant, qu'il existe des
cas authentiques de gynécomastie accidentelle, par suite
d'atrophie ou de mutilation des testicules.
III
II est encore une objection que l'on ne manquera certai-
nement pas de me faire. Pourquoi, me dira-t-on enCorej les
eunuques ne sont-ils pas toujours, ou du moins souvent,
des gynécomastes? Mais l'eunuque a été castré dans sa
première enfance. Il n'âpu avoir, au moment de la puberté,
cette éclosion qui met des testicules dans le sOrotum du
jeune homme et des mamelles sur la poitrine de la jeune
fille, puisque le germe qui devait amener cette éclosion
a été tué dès le principe. Et puis, je crois que la gynéco-
mastie complète ou incomplète n'est pas très rare chez e;ux.
Une des grandes objections d'Olphan contre la théorie
du balancement des organes est précisément I'eunuchisme
où, dit-il» on ne rencontîe pas la gynécomastie, et il
s'appuie sur des notes du médecin turc Sfevastopoulo.
« J'ai examiné, dit ce dernier, un grand nombre d'eu-
nuques devenus des adultes leurs formes sont •virilesi
aucun ne présente rien qui ressemble à l'hypertrophie
glandulaire des seins. Je m'eu suis assure de mes propres
mains. Quelques-uns, en prenant de l'embonpoint, ont un
LES BISEXUÉS
développement assez considérable du pannieule graisseux,
mais pas la moindre trace de glande. » Je ne doute pas de
la compétence ni de la véracité du Dr Sevastopoulo néan-
moins, beaucoup d'auteurs se sont plu à. reconnaître que
les eunuques étaient souvent des efféminés. H n'est pas
jusqu'à Ambroise Paré qui ne soit de cet avis.
« Les eunuques et chastrez, dit-il, dégénèrent en nature
féminine; en signe de quoi ils n'ont pas de barbe, leur voix
change, le courage leur fait défaut; ils deviennent timides
et honteux bref, sont inhabiles à plusieurs bonnes actions
humaines et leur vie n'est que misérable'. »
Bédor a vu à la cathédrale de Cadix un eunuque gyné-
comaste. « J'ai moi-même, dit-il, souvent contemplé avec
compassion, mais déleetablement entendu un jeune castrat
d'Italie attaché à la cathédrale de Cadix. Sa voix était
comparable à celle de la plus brillante cantatrice. Il allait
par la ville, donnant des leçons de musique aux demoi-
selles. Eh bien! au travers du tissu souple et distendu de
la longue et étroite soutane qu'il portait, il était aussi
remarquable par la volumineuse rondeur saillante de ses
régions mammaires que par les diverses excroissances
implantées de longs poils isolés qui parsemaient sa grosse
face blême, entièrement privée de barbe et rendue encore
plus étrange par un immense chapeau à la Bazile dont il
était coiffé. »
IV
Mais si, chez l'homme, l'arrêt du développement des
testicules on leur mutilation féminise l'individu et fait ses
mamelles s'hypertrophier, ne verra-t-on pas l'inverse se
produire chez la femme qui n'a plus d'ovaires ?2
1. Liv. VUI,chap. 23.
ORIGINES PATHOGÉNIQUES
On ne possède pas de documents sur ce sujet; néanmoins,
Milne-Edwards' dit « L'extirpation des ovaires exerce sur
la constitution une influence remarquable pratiquée dans
le jeune âge, cette opération empêche le bassin de s'élargir
et les mamelles de se développer; le pubis reste dénudé
les règles ne s'établissent pas. Il parait que, dans quelques
contrées de l'Asie, on a souvent occasion de rencontrer de
ces eunuques femelles et qu'elles ont quelque chose de
viril dans leur aspect et dans le timbre de Iflur voix. »
Selon Adelon 2, « la femme castrée revêt la constitution
de l'homme; les fonctions sexuelles s'anéantissent; les
règles cessent; les seins s'affaissent; en même temps la
peau perd sa. blancheur les formes deviennent viriles
le menton se recouvre de barbe et la voix devient rauque
et grave ».
Je ne rapporterai pas ici cette histoire d'un châtreur de
porcs qui exerça son art sur sa fille que ses débauches
avaient irrité et qu'aucun moyen n'avait pu empocher de
forniquer. Le succès de l'opération aurait été complet,
selon Frankîns..
Virchow lui-même, paraphrasant la parole de Van Hel-
mon, prope? solum utermn ttmligr est id quod est, n'a-t-il
pas dit « La femme n'eftt femme que par les ovaires
toutes les propriétés spécifiques de son corps et de son
esprit, de sa nutrition et de sa sensibilité nerveuse, la déli-
catesse et la rondeur de ses membres, tout cela et toutes
les autres qualités caractéristiques de la femme sont dans
la dépendance de l'ovaire. »
Il est bien peu de personnes qui n'aient pas vu, au moins
une fois dans leur vie, une de ces femmes à barbe que l'on
exhibe comme curiosité dans les fêtes foraines. s11 suffit
d'en avoir vu une pour se souvenir toujours de sa voix
rauque, de ses formes masculines, de sa poitrine plate et
t. j<M(o)mee~pA~M/og~e coMpareM, t. IX.
Art. Castratiokdu
1, Anaiomie et physiologie
Dictionnaireent.60IX.
comparées, volumes.
to~MMM.
LES BISEXUÉS
musculeuse. Eh bien, des autopsies de femmes à barbe ont
été faites, et on a constaté quelquefois l'absence des ovaires l,
Il est une opération moderne qui aurait peut-être pu
donner quelques éclaircissements là-dessus. Je veux parler
de t'ovariotomie. Mais il est rare qu'on enlève les deux
ovaires, et, si on l'a fait, c'était presque toujours après la
puberté. Or, je l'ai dit, la nature revient difficilement sur
ses pas. Souvent même, l'ovariotomie se pratique après la
ménopause alors on n'enlève plus qu'un organe mort.
Et puis; n'a-t-on pas vu aussi l'ovariotomie pratiquée plus
tôt amener quelquefois presque immédiatement les trans-
formations de la ménopause, y compris l'affaissement des
seins?2
VI
Tout le monde sait quelle relation existe entre les orga-
nes génitaux et la voix. Il suffit, pour en être convaincu,
d'avoir entendu chanter une fois à la chapelle Sixtine les
eunuques du Vatican.
Ce phénomène se rencontre même chez les animaux.
Nous retrouvons dans les discussions de la Société zoolo-
gique de Londres le fait suivant: on voit quelquefois une
poule faisanne prendre le plumage et la voix du mâle or,
ces poules ont presque toujours des tumeurs de l'ovaire.
Pourquoi refuserait-on d'admettre une relation analogue
entre les organes génitaux et les mamelles?
i. Art. Ovaires du Dictionnaire de médecineet de chifttrgie
pratiques.
OR)6tNE8PATHOGÉMQUE8
vu
Enfin, on sait que les nouveau-nés des deux sexes présen-
tent, dans les premiers jours de la naissance, une sécrétion
qui s'échappe par le mamélon quand on vient à le presser,
et & laquelle les chimistes ont reconnu toutes les qualités
du lait normal.
Ne sont-ce pas ces nonvea.m-nésqui, ayant une sécrétion
lactée, l'ayant plus abondante ou plus longtemps continue,
formeraient les futurs gynécomates ?
NathaHs GufUot,t}uHer, Depaul, ont démontré qu'elle dis-
paraissait vers le vingtième jour, et nous verrons, dans un
des chapitres suivants, à quelles causes on doit l'attribuer~
CHAPITREVt
LA GYNSCOMASTIE ACCIDENTELLE
J'ai dit, dans le précédent chapitre, qu'on pouvait voif~la
gynpcomastie se développer accidentellement, à la suite
d'une atrophie des testicules ou de leur mutilation, comme
dans forchite ourlienne, par exemple. Lerebou!let présenta
en eoet, en i8T7, à la Société médicale des hôpitaux, un
jeune soldat qui se trouvait dans Ces conditions 1.
Get homme, Agé de vingt-deux ans, d'une constitution
très robuste, était très bien conformé et présentât tous les
caractères physiques et physiologiques de la virilité, lors-
qu'il fut atteint d'oreillons. La maladie sembla bénigne, et,
au début de son évolution, on ne constata aucune réaction
Hbrile, aucune complication. Au bout de quatre jours, sans
queJe gonflement para Mien ait disparu, survint une orehite
double, En deux jours, chacun des deux testicules atteignit
le triple de son volume primitif. Les douleurs cependant
restaient modérées, l'epididyme était intact.
La maladie évolua assez rapidement. Au moment où il
fut admis à FhApital du Val-de-Grâce, le malade présentait
i. C~eMe~eMeMM~tta-e
<<emédecine
et de e&tt'tt~e, M'n.
LES BISEXUÉS
encore du gonflement péri-parotidien, et cependant l'atro-
phie du testicule était déjà en voie d'évolution. En vingt
jours, les testicules s'atrophièrent au point de ne plus offrir
que le volume d'un petit haricot. Mais, en même temps que
survenait cette atrophie testiculaire et que la puissance vi-
rile et les appétits vénériens disparaissaient, les mamelles,
jusqu'alors identiques à celles d'un jeune homme adulte et
bien conformé (le fait a été constaté, alors que le malade
avait été précédemment admis à l'hôpital pour une simple
bronchite), se développaient lentement et progressivement.
Aujourd'hui, sans qu'il existe cependant aucun autre
symptôme pouvant donner au malade des apparences exté-
rieures qui caractérisent le féminisme, on peut constater
très nettement le développement notable des seins, qui
donnent à la palpation la sensation d'une glande à lobules
hypertrophiés et non celle d'un pannicule adipeux plus
abondant que de coutume, un lacis veineux sous-cutané
très apparent et qui augmente de jour en jour, un mamelon
qui s'érige sous l'influence d'une excitation un peu pro-
longée enfin l'absence de barbe, alors que les poils du
pubis restent très abondants et que le pénis a un dévelop-
pement normal,
Cessymptûmes, dont on put constater très nettement l'évo-
lution graduellement et lentement progressive, s'accompa-
gnèrent d'une perte absolue du sens génésique,.
Tout dernièrement, M. Charvot communiquait &la Société
de chirurgie l'observation d'un jeune soldat qui, à la suite
d'une orchite ourlienne double, vit ses testicules s'atrophier,
devenir du volume d'un haricot. En même temps, les désirs
vénénens ne se faisaient plus sentir et il restait impuissant.
Bientôt après, les seins se mirent à grossir, prenant le
volume d'une orangè, avec développement d'une aréole
bleuâtre
i. Semainemédicale,)Smars 1S94.
LA GYKÉCOMASTtE ACCtttENTELLE
L'orchite blennorrhagique peut produire des effets ana-
logues. J'en trouve un exemple dans une observation d*0t-
phan, qui ne semble pas s'en être rendu eotnpte Cemalade
était entré à Fhopital pour une blennorrhagie compliquée
d'une orchite droite.
Un jour, au cours de la visite, le chef de service remarque
une tumeur au sein gauche, interroge le malade, qui repond
qu'il a cette tumeur depuis onze mois; elle a grossi peu à
peu et sans le faire souffrir. A l'époque où il s'en est aperçu,
il avait déjà eu des rapports sexuels, et ses organes géni-
taux n'offraient rien de particulier.
Cette tumeur siège immédiatement sous le mamelon, qui
n'est pas proéminent at ne présente pas d'aréole colorée;y
elle est ovoïde, de la grosseur d'un gros œuf de poule par
le palper, on sent le tissu glandulaire.
La peau n'est pas adhérente, et les ganglions du voisinage
n'offrent rien de particulier. Elle est absolument indolente
aux pressions même assez fortest Jamais le moindre écou-
lement n'est sorti du mamelon.
III
L'orehite traumatique peut amener des effets semblables.
Je n'en veux pour preuve que la curieuse observation rap-
portée par Laeassagne
B. âgé de vingt-deux ans, était d'une constitution très
i. toc. cH.
S. 0<K<«eAeM'M<Kt<f<t:?'e
c~M~teetHe
et eAirtt~)~187~
<
LESBISEXUES
robuste, et, à l'âge de quinze ans, exerçant la profession de
bateleur et soulevant fréquemment des poids très lourds, il
présentait tous les attributs de la virilité, lorsqu'il fut atteint
d'une orehite traumatique gauche.
Durant un mois, l'hypertrophie du testicule, très gros,
très dur, très douloureux, fut combattue par un traitement
antiphlogistique. Au bout de deux mois, B. reprenait ses
exercices, mais le testicule fondait peu à peu, et cette atro-
phie progressive n'entravait en rien ni les fonctions génê-
siques, ni la force musculaire. Le malade déclare, en effet,
avoir de fréquentes érections il réclame pour lui seul la
paternité d'un enfant vivant et bien constitué, qu'il a eu au
mois d'octobre dernier. Condamné pour voies de fait envers
un supérieur et admis à l'hôpital dans le service des détenus
que dirige M. Lacassagne, il présente en ce moment les symp-
tômes suivants le testicule droit est volumineux et d'une
consistance normale; le testicule gauche est atrophié, plus
petit qu'une noisette; la verge est bien conformée; les érec-
tions sont faciles et fréquentes. Le malade avoue que, depuis
qu'il est prisonnier, il se masturbe de temps en temps. Les
poils sont bruns, abondants au pubis.
Mais les seins, qui (le malade est très affirmatif à ce sujet)
se sont développés à l'âge de quinze ans et au moment même
où survenait l'atrophie testiculaire, présentaient en ce mo-
ment le volume d'une grosse orange.
Ils sont durs et fermes, en tout semblables à ceux d'une
femme bien développée. L'aréole est brunâtre, du diamètre
d'une pièce de deux francs.
Le mamelon, peuvolumineux, s'érige facilement, sans pro-
duire aucune sensation spéciale. Autour des deux aréoles
on voit une couronne de poils; à la palpation, on sent très
nettement les lobules de la glande. La circonférence thora-
cique est de 91 centimètres au niveau de la ligne sous-pec-
torale, d, 90 centimètres au niveau de I~ ligne bi-mammaire,
et de 85 au niveau de la ligne axillaire.
LA GYNÉCOMASTIE ACCIDENTELLE
IV
La castration peut également amener le développement
exagéré dés seins.
Gaillet, de Reims, rapporte qu'en 18SOil enleva un testi-
cule à un jeune homme de vingt-huit ans pour un cancer de
l'épididymet Alors, dit l'auteur, la région mammaire se mit
à saillir comme celle d'une jeune fille sur le point d'être
réglée; au centre se trouvait un mamelon bien conformé,
avec une aérole brune présentant quelques poils. Le même
phénomène s'est remarqué sur un individu de vingt ans,
grand, bien conformé, à qui Gaillet avait également enlevé
une tumeur de l'eptdidyme.
Ces sujets étant morts, on put faire l'examen anatomique
et histologique de leurs mamelles,
Une mutilation accidentelle des organes génitaux a été
aussi quelquefois la cause de l'hypertrophie des mamelles
masculines.
Martin, médecin militaire, cite le fait suivant
Un homme marié, père de famille, est atteint, dans un
combat, d'un éclat d'obus qui lui enlève la vèrge et les tes-
ticules. Cet homme guérit, mais bientôt sa barbe tombe, sa
voix change de timbre et ses mamelles s'hypertrophient.
Cotfin dit avoir vu un ancien sergent subir ces mêmes
transformations. Cet homme était vigoureux; il avait une
fi Gazettehebdomadairef~emédecineet chirurgie,JS77,
<~MeKe AeM<mt<d<t!M,ISTf.
LES BISEXUÉS
barbe touffue il commandait d'une voix forte et virile à ses
hommes; il avait une verge et des testicules volumineux. H
contracte une orchite syphilitique double; ses testicules
s'atrophient et deviennent petits comme des haricots. Alors
les formes s'adoucissent, la voix se féminise la barbe tombe,
les cheveux deviennent longs et Sus, la peau devient blan-
che, la force musculaire diminue il n'y a plus d'érections
ni d'émission spermatique la verge devient comme celle
d'un enfant de sept à huit ans; la poitrine s'arrondit et les
seins grossissent.
Vt
D'autres fois, la marche des accidents est inverse. Un
homme, à la suite d'un traumatisme sur la région mam-
maire, voit ses seins se développer et ses testicules s'atro-
phier.
En 1887, Thomson rapporte ala M~~mtm~erme~tca! ~oc:eh/
l'histoire d'un homme de quarante ans qui, dans un combat,
fit une chute sur la poitrine. Quelques semaines après, ses
mamelles deviennent grosses comme celles d'une femme,
avec une aréole et un lacis de veines bleues. En même
temps le testicule droit s'atrophiait presque complètement,
et le gauche diminuait de moitié de son volume. Depuis, cet
homme n'a plus éprouvé de désir sexuel, quoiqu'il eût, au-
paravant, beaucoup de goàt pour les femmes, much <!cMM:<e</
ta woman, dit l'auteur anglais, et qu'il ait eu trois enfants.
Bergess, le même jour, prenant part a la discussion, rap-
porta aussi l'exemple d'un homme dont les testicules s'atro-
phièrent à la suite de l'absorption d'une grande quantité
d'iode, et dont les mamelles prirent ensuite un accroisse-
ment considérable.
1. Me tonce<, 1887.
LACYNÉCOMA6TIE
ACCtDENTELLE
VII
Il est impossible de ne voir dans ces faits qu'une simple
coïnçidence et de nier F antagonisme qui existe entre les
deux organes, mamelle et testicule.
CHAPITRE VII
LA MAMMITE DE LA PUBERTÉ
La mammite de la puberté est une chose essenKell&ment
dinérente de la gynécomastie cependant, comme les deux
achetions apparaissent souvent au même âge, il m'a paru
indispensable de lui consacrer quelques pages dans le cours
de cette étude. De plus, elles ne sont pas sans avoir quelque
analogie. On pourrait presque dire que la mammite de la
puberté est une gynécomastie aiguë, et la gynécoî[Link]
une mammite chronique.
Voyons d'abord comment se comporte la mammite de la
puberté.
II
Chez l'enfant, on trouve dans la mamelle l'élément glan-
dulaire au complet, avec les acini et les conduits excréteurs.
Puis, les acini disparaissent, et les canaux galactophores
deviennent de moins en moins visibles et de moins en moins
nombreux, à mesure qu'on examine des mamelles de sujets
LES BtSEXUÉS
plus âgés. En un mot, ta glande s'atrophie avec l'âge.
Néanmoins, an moment de la puberté, alors que l'enfant se
modifie pour devenir un homme, il semMf que la mamelle
se ranime, subissant le retentissement de cette transforma-
tion générale. Aussi, c'est à cette époque que se montre la
mammite de la puberté, c'est-à-dire entre seize et dix-huit
ans, le plus ordinairement vers quatorze ou quinze ans.
III
Est-ce là une affection rare? Plusieurs auteurs le pensent.
Je ne le crois pas. Sans doute les observations ne sont pas
très nombreuses dans la littérature médicale, mais cela
tient très probablement, pour ne pas dire certainement, à
ce que, l'aNection étant peu grave et peu douloureuse, la
plupart des malades négligent de consulter le médecin.
Chez beaucoup même la maladie ne consiste qu'en quelques
picotements douloureux des seins, mais sans attirer autre-
ment l'attention. Ce n'est, dit Moizard, qu'une hyperhémie
temporaire d'une glande encore incomplètement atrophiée
dans laquelle, sous l'influence d'un mouvement général de
l'organisme, on voit apparaître une dernière lueur de vita-
lité.
IV
Les symptômes de la mammite de la puberté sont bien
connus; je n'y insisterai pas longuement.
Généralement le malade ressent des picotements doulou-
reux, des élancements dans les seins, qui deviennent un
peu sensibles à la pression. Assez souvent, comme je viens
de le dire, tout se borne à cela, et lamaladie passe inaperçue.
LA MAMMITE DE LA PUBERTÉ
D'autres fois les symptômes douloureux acquièrent plus
d'intensité. Le sein devient très sensible &la pression et les
frottements de la chemise sont très pénibles. La glande est
rouge, gonuée, grosse comme une mandarine on une petite
orange; le mamelon est saillant et l'aréole d'un rouge foncé.
A la palpation on sent une sorte de g&teauglandulaire induré.
Généralement unilatérale, quelquefois bilatérale, Cette
mammite ne s'accompagne d'aucun symptôme général.
Ordinairement la maladie se termine par résolution, au
bout de deux ou trois septénaires. Néanmoins, dans quel-
ques cas exceptionnels, on a vu le sein suppurer. Velpaau
en cite un exemple, et Moizard en rapporte un autre dans
sa thèse.
D'autres fois enfin, les symptômes inflammatoires et les
douleurs disparaissent assez rapidement, mais le sein reste
dur et gros très longtemps, et cette induration peut ~méme
persister indénnunent.
Quelles sont les causes de la mammite de la puberté ?2
On a bien pu dans quelques cas invoquer des trauma-
tismes, des coups, des chutes, des frottements, etc. mais
ces cas sont exceptionnels, et généralement la mammite
apparatt sans cause appréciable.
Quelques auteurs, le professeur Lacassagne de Lyon, en
particulier, ont cru remarquer que la mammite de la
puberté était souvent causée par la masturbation., Les
enfants qui se masturbent, me disait M. Lacassagne, ont le
sein douloureux; c'est même un signe précieux pour recon-
naître l'existence des mauvaises habitudes chez les enf~nts~
Il suf6t de leur presser un peu la poitrine avec la paume de
la main; s'i! existe un point mammaire douloureux, c'est
qu'ils se masturben t.
LESBISEXUÉS
J'ai fait des recherches dans ce sens, et je dois dire que,
chez nombre d'enfants masturbateurs, je n'ai point trouvé
ce point mammaire douloureux. J'ai également interrogé à
ce point de vue des adolescents atteints de mammite, et
cette étiologie ne m'a pas paru absolument nette, même
dans les cas où ils avouaient se masturber.
Prenons un exemple.
L. quinze ans, employé de commerce, se présente
lei7 septembre 1888 à la consultation du D~Bouchereau, à
Sainte-Anne.
Son père était un homme violent et très nerveux; il est
mort tuberculeux. Sa mère est encore vivante et bien por-
tante.
Il y a trois semaines, L. s'est aperçu que son sein droit
devenait douloureux à la pression. Le frottement de sa
chemise lui semblait pénible. Le sein s'est mis alors à gon-
fler. Actuellement, il est douloureux à la moindre pression
et gros à peu près comme une noix. En comparant avec le
côté gauche, qui est indemne, on constate une saillie
notable. En palpant le sein, on sent un petit gâteau induré,
grand environ comme une pièce de cinquante centimes. Le
mamelon, qui semble érigé, a une teinte rouge foncé.
L. n'a pas reçu de coups dans la région mammaire. H
avoue, avec ,beaucoup de réticences et en rougissant, qu'il
se masturbe en moyenne deux fois par semaine, mais je ne
serais pas étonné qu'il en usât avec plus de largesse.
L. est un garçon assez intelligent et assez instruit.
Ses organes génitaux sont normaux et son pubis est
garni de poils. Sa figure est imberbe et ses membres sontt
glabres.
Rien d'eBeminé dans les formes.
Ainsi L. avoue bien se livrer à l'onanisme, mais ses
habitudes ne semblent avoir rien d'exagéré. Or, la plupart
des enfants en font autant, et cependant ils échappent à la
mammite.
LA MAMMITE DE LA PUBERTÉ
Bien pins, Stumcke, un auteur allemand soutient que
les jeunes gens qui se livrent à l'onanisme, ou qui usent des
plaisirs sexuels, sont épargnés par la maladie. tl va même
jusqu'à se demander s'il ne serait pas possible, dans les
cas où l'inflammation prend un caractère d'intensité consi-
dérable, d'user avec mesure de la satisfaction de l'instinct
sexuel pour amener la résolution
Mon collègue, le D* Mayer 8. Diamant-Berger, ancien
interne a l'hôpital Rothschild, me communique un fait
inédit, qui semblerait venir corroborer cette théorie du
médecin allemand.
R..t, dix-sept ans, apprenti tailleur, entre à l'hôpital
Rothschild au mois de novembre 1887, pour des accidents
de tuberculose pulmonaire au début.
Dans le courant de janvier 1888, il ressentit des picote-
ments douloureux dans le sein droit, qui augmentait de
volume et accusait bientôt la grosseur d'une mandarine, et
cela sans réaction fébrile ni modification aucune de l'état
général.
Cette mammite resta stationnaire pendant cinq mois,
malgré les traitements divers mis en œuvre (compression
ouatée, élastique, onguent mercurtel belladone, etc.),
R. sortit de l'hôpital, en juin 1888, sensiblement amé-
lioré au point de vue des signes pulmonaires.
N'ayant jamais eu de rapports sexuels antérieurement, il
pratiqua alors le coït, en moyenne une fois par semaine.
Au bout d'un mois la mammite disparaissait progressive-
ment, et, peu de temps après, le sein était revenu à son état
normal.
R. rentre à l'hôpital au mois de décembre 1888, tou-
jours pour des accidents de tuberculose pulmonaire. Un
mois après, la mammite reparaît. Il va sans dire que le
1. Stumcke- Pe6ef stcet /~)-M<M
BoaMa~tHs dér Kindet. JowM! c~r
XitxtM-~aat&ett~. Décembre 1M'
LESBtSEXUÉS
malade avait d& cesser tout rapport sexuel. Cette seconde
poussée présenta absolument les mêmes caractères que la
première même localisation à droite, même augmentation
de volume, même sensation de chaleur locale et de picote-
ments continuels.
R. quitte l'hôpital au mois de février 1889 et recom-
mence àavoir des rapports sexuels. En moins d'un mois, sa
mammite avait complètement disparu.
La corrélation entre la satisfaction des fonctions géné-
siques et le développement de la mammite semble bien
évidente chez cet individu.
VI
J'ai tenu à citer ce fait et surtout à le rapprocher du pré-
cédent où la masturbation aurait produit un résultat inverse.
Ils prouvent qu'il faut invoquer ces deux raisons à la fois,
1~continence et la masturbation, ou mieux qu'il ne faut les
invoquer ni l'une ni l'autre. La puberté seule doit être mise
en cause, avec les modifications organiques puissantes
qu'elle entraîne et qui retentissent aussi bien sur la mamelle
que sur le système génital.
Comme je l'ai dit, la mamelle est, à cette époque, un or-
gane qui va disparaître et qui jette une dernière lueur de
vie. Il se produit une hyperhémie que la moindre cause
pourra venir augmenter et, par conséquent, qui pourra ame-
ner la mammite ce sera un traumatisme léger chez l'un,
la masturbation chez l'autre, la continence chez un troi-
sième.
CHAPITRE VIII
LES FAUSSES OYNÉCOMASTïES
II existe quelques affections du sein qui présentent avec
la gyné[Link] des ressemblances plus ou moins frap-
pantes, et qui ont amené des confusions de la part des au-
teurs.
L'hypertrophie douloureuse des mamelles est une affec-
tion de ce genre, et José Maria Sojo Carmcna-lm a consacré
quelques lignes dans sa thèse
Un individu, n'importe à quel âge, voit un de ses seins ou
même tous les deux, gonfler rapidement. Ils deviennent
douloureux quelquefois la peau est un peu rouge; les seins
restent plus on moins longtemps dans cet état; puis, cette
hypertrophie disparaît lentement et progressivement, SMS
qu'on ait remarqué aucun trouble du côté des organes géni-
taux.
Il
Cruveithier cite un cas de ce genre
C. vingt-quatre ans, cordonnier, entre dans mon ser-
i. Sur le sein doM&xtfetM!Tht de Paris, 1&87.
3. ~Ma!<mMe partAo~o~t~, t. Hf, p. S3.
LES BISEXUÉS
vice en octobre 1850 pour une variole, m'a présenté une
mamelle droite qui avait le volume moyen de la glande
mammaire d'une femme. C'est du tissu glandulaire noueux,
et non de la graisse. Cet homme disait que son sein n'avaitt
commencé à se développer qu'à vingt et unans, et qu'il avait
mis six mois à acquérir son développement actuel. Pendant
tout ce temps, cet organe était tellement douloureux, que le
malade en avait sollicité plusieurs fois l'extirpation. Aucun
liquide né suinte par le mamelon. Depuis cette époque, il
n'éprouve aucune douleur.
Nélaton a publié un cas analogue'. Il s'agissait d'un indi-
vidu de vingt-trois ans qui avait le sein gauche hypertrophié
et très douloureux. La mamelle avait même fini par prendre
une consistance lobulée et le mamelon laissait échapper un
liquide séreux et blanchâtre. Cette hypertrophie était sur-
venue subitement, sans causes appréciables. Les organes
génitaux étaient bien développés et le malade ne présentait
aucun des caractères du féminisme.
Voici maintenant deux faits qui me sont personnels.
L. trente-cinq ans, mécanicien, né à Tourcoing. Nous
relevons dans ses antécédents héréditaires l'alcoolisme chez
le père. Un de ses frères a eu des convulsions pendant son
enfance et est resté infirme.
L. a fait lui-même des excès de boisson, buvant chaque
jour trois ou quatre litres de vin et plusieurs petits verres
de rhum.
Il y a trois mois, il a commencé à ressentir des'élance-
ments douloureux dans les seins, qui se mirent à gonfler.
Lorsque j'examine le malade, qui se trouvait alors à l'in-
firmerie de la Santé, dans le service de M. le D~ Petit, je
trouve ses mamelles développées comme celles d'une fille
de quinze ans. Au-dessous du mamelon et au-dessous de la
peau ambiante, on sent un gâteau grand comme la paume de
1. Case~e des iM~tM:, t8M.
LES FAUSSES 6YNËCOMAST1E8
la main, dur, douloureux, rappelant la forme et la consis-
tance d'une mamelle de femme.
Les mamelons sont un peu saillants et les glandes du
pourtour de l'aréole un peu plus développées que de cou-
tume. Il ne suinte pas de liquide par le mamelon. Les seins
sont très douloureux à la pression et le malade souffre
beaucoup.
Cet homme a de la barbe, un système pileux bien déve-
loppé, des membres bien musclés, des formes viriles, une
voix d'un timbre grave et des organes génitaux normale-
ment développés. D'ailleurs, il a été marié il remplissait
bien ses devoirs conjugaux, et il prétend qu'il a tout lieu de
se croire le père d'un enfant que sa femme lui a laissé.
B. vingt-quatre ans, jardinier.
Son père était un ivrogne; il est mort d'une fluxion de
poitrine. Sa mère, une femme très nerveuse, est encore
vivante. Une de ses sœurs louche et est également très ner-
veuse.
B. est un garçon au front un peu étroit, sachant lire et
écrire, mais d'un caractère nerveux et emporté. 11 a passé
presque toute sa vie en prison pour vagabondage, vio-
lences, vols.
IL raconte que ses seins ont commencé à augmenter de
volume vers 1 âge de seize ans. Ils furent pendant assez
longtemps très douloureux. A dix-neuf ans, les douleurs
avaient disparu et le volume exagéré de ces organes faillit
le faire réformer. Il fut néanmoins soldat.
Actuellement, ses seins ont à peu près le volume d'une
orange. A la palpalion, on sent une masse glandulaire
grosse comme une mandarine. L'aréole est colorée en rouge-
brun assez foncé et on y voit quelques poils longs et durs.
Le mamelon est saillant, rosé.
La poitrine et les membres sont complètement glabres.
Le triangle pileux pubien est mal développé. Les organes
génitaux sont normalement conformés.
LES BISEXUÉS
B. a commencé à voir des femmes vers l'âge de dix-neuf
ans, mais it ne fitt pas d'excès dans ce sens. II reconnaît s'ôtre
beaucoup masturbé dans sa jeunesse, principalement au
moment de la puberté.
Comme on le voit, ce qui caractérise cette affection, c'est
son invasion en quelque sorte subaiguë, sa marche lente,
sa durée presque indéfinie, son apparition spontanée, sans
cause appréciable.
Dans aucun des cas observés, il n'a été possible d'invo-
quer un traumatisme ou toute autre raison étiologique tout
ce que l'on à pu constater, c'est que, dans quelques cas, cette
maladie a été la suite d'une mammite de la puberté passée
à l'état chronique.
Quelques auteurs, Olphan 1 en particulier, l'ont confondue
avec la gynécomastie. Et cependant, eUe en diffère essen-
tiellement. La gynécomastie est, en effet, une affection indo-
lore et persistante, apparaissant généralement à l'époque
de la puberté, et s'accompagnant d'un certain degré de fémi-
nisme et d'une atrophie plus ou moins prononcée des orga-
nes génitaux. Legynécomaste est déjà presque un homme
incomplet, il est au seuil de l'hermaphrodisme. Rien de
tout cela ne se rencontre chez mes malades. Leurs mamelles
grossissent accidentellement et à une époque souvent loin-
taine de la puberté; cette hypertrophie est douloureuse;
enfin, ces individus ont des formes viriles ils sont bien
constitués au point de vue génital, anatomiquement et phy-
siquement.
Il s'agit donc dans ces cas d'une mammite spéciale, lésion
mal connue, peut-être d'une inflammation débutant chro-
niquement, comme le pense Robelin~ peut-être d'un pro-
cessus pathologique propre au tissu mammaire, comme le
donne à entendre Horteloup.
1. Ça motsur la Gynécomaslie.
TMM de Paris, MSt.
LES FAUSSES GYNÉCOMASTIE8
III
Dernièrement, Leudet a décrit une affection spéciale de
la mamelle chez les phthisiques, affection essentiellement
différente de la tuberculose mammaire et présentant tous
les symptômes d'une mammite.
Ordinairement unilatérale, quelquefois bilatérale, « cette
affection se développe à la suite de douleurs accusées par
les malades dans la paroi thoracique correspondante
elle se présente sous la forme d'une augmentation de vo-
lume de la totalité de la glande, sans induration partielle,
sans coloration rougeâtre de la peau, sans adhérences aux
tissus sous-jacents ni empàtemeut du tissu cellulaire sous-
Cutané. Le volume de la glande peut être relativement con-
sidérable. Celle-ci est le siège de douleurs spontanées,
mais surtout de douleurs au contact ou à la pression, dou-
leurs en général locales, ne s'irradiant pas dans les organes
voisins n.
Cette mammite peut durer plusieurs mois. « La période
de décroissance de l'engorgement s'annonce d'abord par
une modification des douleurs. On voit la douleur spontanée
disparaître le malade peut supporter le contact de ses vête-
ments, puis la glande devient presque insensible à la pres-
sion ». Dans aucun cas Leudet n'a constaté d'induration
partielle dans la glande ni d'engorgement des ganglions
lymphatiques. Dans aucun cas la terminaison ne s'est faite
par suppuration.
Aux quatre faits observés par Leudet on doit en ajouter
1. [Link]~pc'~opAt~des M<!w:eHMe&~ les AoHtMM atteints
de tuberculose (~'eA.gén, de m~!6CtM,
pt<bHO!Mft'e. janvier 1836.)
2. [Link], ei&
5
LES BISEXUÉS
un cinquième, observé par Blomfield presque au même
moment*.
Quelle est la nature de cette mammite, qui apparaît
presque toujours au milieu des accidents graves de la tuber-
culose pulmonaire? Pour Lendet, il s'agit d'une irritation
de voisinage causée par les lésions du poumon et de la
plèvre.
Blomfield fait remarquer que, dans le cas qu'il a observé,
le malade avait subi à din'6rentes reprises des frictions sur
la poitrine; ces manipulations répétées pourraient, selon
lui, rappeler à la vie la glande mammaire, et telle pourrait
être l'origine du processus inflammatoire. La théorie pro-
posée par Leudet semble plus conforme aux faits et par
conséquent plus admissible.
IV
Ce sont là, en somme, des affections qu'on pourrait con-
fondre avec la gynécomastie, mais qui en diffèrent essen-
tiellement. Ce sont, si l'on veut, de fausses gynécomasties.
i. James E. Blomfield.B}/per~fBp~o/' the <Ma!e
mcm'Hary~Mf&tg'
pMA!SM.(ThePr<M<t<!OMf,mai 1886,p. 336.)
CHAPITRE IX
STRUCTURE ANATOMIQUE DE LA MAMELLE
CHEZ LE GTNECOMASTE
La mamelle de Fnomme, selon Luschka, comprend, à
l'état normale un parenchyme très peu abondant composé
d'un stroma fibreux formé de tissu cellulaire, de fibres élas-
tiques et de fibres musculaires. Le tissu gl&ndtilfure ne
se reconnaît qu'à. quelques vésicules glandulaires; Lusenka
n'a trouvé que quelques aeini, unis par leurs prolongements
tnbnieux en nn conduit plus long, qui se perd dans le mame-
lon les vésicules sont recouvertes par une fine membrane,
un epithélium polygonal pourvu de noyaux granuleux.
Lesquels de ces éléments s'hypertrophient dans la gyne-
eomastie?
Il
Selon Villeneuve, les mamelles du gynécomaste « sont
absolument privées de l'organe sécréteur du lait, et ne sont
composées que de tissu cellulaire abreuve de sues grais-
LESBtSEXUÊS
seux et lymphatiques qui y ont afflué dans des proportions
extraordinaires
Le professeur Mayer, de Bonn,fit l'autopsie de l'individu
qui s'appela d'abord Marie-Dorothée Durgé et ensuite
Charles Durgé, ce castrat de la cathédrale de Cadix dont
parle Bédor. « On ne peut distinguer dans ses seins, dit-il,
de granulations glanduleuses; à leur place on trouve une
quantité de petits globules d'une graisse rouge jaunâtre. »
III
J. Cloquet a pratiqué l'autopsie d'un infirmier de Saint-
Louis, âgé de soixante ans, qui avait des mamelles aussi
développées que celles d'une femme. On n'y trouva qu'un
amas de graisse, sans nul rudiment de glande mammaire.
Lereboullet pense au contraire que souvent il ne s'agit pas
d'une accumulation de graisse, mais d'une vétitable hyper-
trophie glandulaire. Il appuie son opinion sur deux faits de
Gaillet, de Reims, dont j'ai déjà parlé.
Voici ce qu'a donné l'examen cadavérique dans le pre-
mier cas La substance qui forme la mamelle offre la
même densité que chez la femme grosse; couleur blanc rosé
& la eircojnférence, blanc opaque, un peu laiteux au centre
et vers le mamelon. A la coupe, on voit de petites saillies
de la grosseur d'une tête d'épingle, présentant une couleur
rosée qui parait due à l'injection sanguine. En pressant, on
fait sortir de ces petites saillies ouvertes un liquide blanc
jaunâtre, opaque, épais, un peu visqueux si on perce celles
de ces petites saillies qui ne sont pas ouvertes, on peut faire
suinter le même liquide.
« Le microscope fait reconnaître du colostrum avec ses
corps granuleux, ses globules laiteux d*uu volume varié, et
STRUCTURE ANATOMIQUE DE LA MAMELLE
enfin de l'éptthélium propre aux culs-de-sac de la glande
mammaire'. »
Dans le second cas, on retrouve encore ta structure glan-
duleuse. « La pression faisait suinter par le mamelon un
peu de liquide blanc jaun&tre, visqueux, ayant tous les
caractères du colostrum. Sur la peau on voyait deux con-
duits galaetophores qui se dirigeaient de l'épaisseur de la
glande vers le mamelon. ')
D'autre part, Lereboullet dit qu'il a lui-même constaté que
souvent les mamelles du gynécoma&te donnent, & la palpa-
tion, la sensation d'une « glande &lobules hypertrophiés et
non celle d'un pannicule adipeux plus abondant que de
coutume
Lacassagne et Olphan font la même remarque.
Comme on le voit; il est impossible de tirer une conclu-
sion d'un aussi petit nombre de faits contradictoires. Néan-
moins, les observations microscopiques 6nt une très grande
valeur) et on ne saurait nier, après ces faits, que certains
gynécomastes n'aient pas une véritable glande mammaire
les cas de sécrétion lactée chez l'homme, dont je rapporterai
quelques exemples authentiques un peu plus loin, sont éga-
lement en faveur de cette théorie. Mais, d'autre part, on est
forcé d'admettre que la mamelledu gynécomaste n'est assez
souvent composée que de tissu adipeux. Nous avons
quelques examens microscopiques en faveur de cette idée;
en outre, souvent on n~a pas cette sensation lobulée dont
parle Lacassagne et à laquelle Olphan attache une valeur
de premier ordre.
En résumé, on peut dire que la mamelle du gynéeomaste
est composée, tantôt d'un tissu glandulaire analogue à celui
de la mamelle de la femme, tantôt de tissu adipeux.
t: Sociétéde Bta~e, t8M.
CHAPITRE X
ROLE PHYSIOLOGIQUE DES MAMËU~ES
CHEZ LE GTNECOMASTE
A quoi servent les mamelles chez l'homme?
Dionis ne leur assigne qu'un seul usage, qui est de
défendre le oceur.
Nous préférerions voir là simplement l'une des expres-
sions de l'unité du t~pe d'après lequel les deux sexes ont
reçu leur organisation.
Mais, chez le gynëcomaste.n'anraient-elles pas un antre
rôle? Ne seraient elles pas propres à sécréter dn lattaamnte
celles de la femme?
« Les mamelles des hommes peuvent former du~ait~comme
celles des femmes, dÏt~nffon; on & plusieurs oxeniplea de
co&it, et c'est surtout àl'&ge de la. puberté que cela arrive;
j'ai vu un jeune homme de quinze, ans faire sortir d'une de
ses mamelles plus d'une cuillerée d'un liquide laiteux ou,
plutôt de véritable lait ab
On cite un assez grand nombre de i~ita de ce genre.
t. BMCtfe~afx~te de f&emMe.
LESBISEXUÉS
En voici un, que j'ai trouvé consigné dans le Journal de
Verdun de 47'7i, et qui m'a paru curieux.
« Le nommé Martineau, vigneron de la paroisse de Saint-
Thierri, près de Reims, homme d'une taille ramassée, riche
en embonpoint, d'un tempérament mélancolique, et grand
mangeur, rendait naturellement par le sein gauche une
liqueur laiteuse. Ce sein commença à se développer à l'âge
de puberté par les seuls efforts de la nature et parvint peu
à peu égaler en volume celui d'une nourrice. Les chaleurs
rendaient plus fréquent L'écoulement, qui augmentait au
point de jaillir par le mamelon et de ruisseler de lui-même
entre les sillons des seins. Des sueurs abondantes et fétides,
soit aux aisselles, soit aux pieds, soit aux parties naturelles,
même un flux séreux provenant de l'anus ou de l'urèthre,
évacuations qu'il éprouvait surtout dans les temps froids, y
suppléaient, au rapport de ce vigneron. Ces phénomènes ont
suivi les lois et l'ordre de l'économie animale depuis leur
apparition jusqu'à, leur cessation, arrivée à l'âge de ein-. =
quante-cinq ans. M
Ansiaux dit que l'individu qu'il a observé, bien qu'il
n'eût qu'une mamelle, avait un écoulement, depuis l'âge
de douze ou treize ans, par le mamelon, écoulement qui
tachait le linge en jaune et empesait la chemise. Il s'accrut
beaucoup vers l'âge de quinze ans et revenait toutes les
semaines, s'accompagnant d'un prurit très vif.
L'un des sujets d'Handyside rendait également un liquide
laiteux par les mamelles..
On cite des faits plus étranges encore.
De Humboldt raconte qu'il vit, dans ses voyages, un cer-
tain Francesco Lozano, d'Arénas, âgé de trente-deux ans,
qui put donner deux ou trois fois par jour à téter, pendant
cinq mois, à un enfant la mère était tombée malade, et le
père, pour distraire cet enfant, lui aurait présenté les seins
qui se mirent à grossir, et il s'en écoula bientôt un lait
épais et sacré.
ROLE PHYS~OLOfUOUEDES MAMELLES
Carpentier de Merieonrt, dans son Traité MaMtM
mamelles, cite un cas à peu près semblable.
Un matelot, ayant perdu en pleine mer sa femme dont
l'enfant Mtait, lui présenta le sein pour calmer ses cris il
fut surpris de voir qu'à force de succion l'enfant put se
nourrir pendant toute la traversée.
~illeneuve refuse énergiquement de croire à ces faits
sans les avoir vus.
Bedor, moins incrédule, dit « Je me persuade pourtant
qu'une telle succion, sur les gynécomastes, aurait, plus vite
que chez les autres hommes, pour résultat tl amener la
sécrétion lactée. Je m'incline aussi à croire qu'on M)tien-
drait doutant plus tôt que leurs caractères sexuels seraient
plus défectueux. »
Virey croit également que certains hommes ont pu
rendre par les mamelons une sérosité laiteuse. « Ces
hommes, ajoute-t-il, étaient d'une complexion molle,
pauvres en barbe, et presque des eunuques. j)
il est impossible de nier ce fait, que des gynécomastes
ont rendu par le mamelon un liquide ayant la consistance
et la couleur du lait; mais, comme aucune analyse enimique
ni aucun examen microscopique n'ont été faits, on ne
pourrait affirmer que ce fût véritablement du lait, bien que
logiquement la chose soit possible, puisque l'on a constaté,
dans quelques cas, une ~tande ires analogue à celle de la
femme.
Il
Le mamelon du gynécomaste entre en érection comme
celui de la femme, et cette érection peut amener des sensa-
tions voluptueuses. Ce fait d'ailleurs n'a rien d'extraordi-
naire, puisqu'il se produit normalement chez beaucoup
d'hommes.
LESBtSEXUÉS
Chez la femme arrivée à l'époque de la ménopause, le
sein, devenu inutile, comme l'utérus et les ovaires, subit
avec eux une régression. La glande mammaire s'atrophie,
subit une sorte de dégénérescence graisseuse; le sein
s'affaisse et devient flasque.
Le même phénomène se produit-il chez le gynécomaste
arrivé à un certain âge?
Peu d'observateurs ont suivi leurs malades assez long-
temps pour pouvoir répondre à cette question. Chez le
nommé Martineau, dont j'ai rapporté l'histoire plus haut,
les mamelles ont subi une espèce de régression vers cin-
quante-cinq ans. On cite encore un ou deux faits de ce
genre.
Malgré ce petit nombre de cas, je suis porté à croire que,
chez l'homme, le sein obéit plus ou moins aux mêmes lois
que chez la femme, et qu'il s'atrophie quand disparaissent
les spermatozoïdes dans le testicule. Cette idée est du
moins logique et rationnelle.
CHAPITRE Xt
MORPHOLOGIE
DES eTTnËSOMASTE~
D'après iSappey, le mamelon, chez rhomme, repond en
général à t'espace compris entre la 4' et côte.
Chez le gynécomaste, 1~ glande occupe & peu près la
même situation, maie le volume en est oûnaidëraMëment
augmenté. En effet, chez l'homme normalement constitue,
I& glande mammaire Il a pour lunitc un espace circulaire
dont le, mamelon serait pris comme centre, et qui aucait
3 ou 3 centimètres de diamètre' "< Or, Jagot donne une
ob~er~&tion r~cNeiIlie dans le service du professeur Forge,
à l'Rotet-Diea d'Angers, où an a pris des mesures sur nn
sein hypertrophie. « La [Link], dit-il, mesure 8* cent. i/S de
diamètre et le Sein proémine de S centimètres au-dessus de
la poitrine du malade couché horizontalement. En par*
courant les observatMn~, nous avons remarque que les
auteurs ~saignent au sein du gynécoma~te~ tantôt le volume
d'une petite oran~ ou du poing, tantôt le volume d'une
tête de &Btms a terme.
i. M<~ <t~CA?~.
LES BISEXUÉS
J'ai cependant trouvé nn cas de grandes mamelles pen-
dantes rapporté par Petrequîn' « J'en ai vu un cas remar-
quable à Pavie, dit-il, chez un homme de quarante-cinq
ans, gros de taille, fort d'embonpoint, et qui n'avait pu se
marier à cause de cette diHbrmité des mamelles, qui, sem-
blables à une longue courge bouteille, pendaient comme
celles des Hottentotes l'une d'elles avait 40S à 487 milli-
mètres d'étendue.
II
Sans vouloir faire ici une étude esthétique des mamelles
chez le gynécomaste, je dois cependant décrire leur forme
et leur aspect.
Sous ce rapport, elles diffèrent un peu de celles de la
femme, et je crois que Villeneuve fait erreur quand il les
dit <tmoins bien circonscrites et moins bien dessinées
Généralement la mamelle est à peu près régulièrement
ovoïde elle présente un sillon à son point de réunion avec
les parties voisines, et ne se continue pas en s'étalant sur
une large base. « On dirait une orange coupée par le milieu
et appliquée contre le thorax 2. »
Le mamelon est ordinairement saillant comme chez la
jeune Site vierge et pubère; il est entouré d'une aréole plus
ou moins brune, suivant les sujets. On trouve assez souvent
des tubercules de Montgomery sur cette aréole. La peau
qui recouvre la glande mammaire chez le gynécomaste n'a
généralement pas cette blancheur nacrée, cette finesse, que
l'on rencontre chez la femme, et surtout « cette douceur au
toucher, qu'on ne retrouve nulle part ailleurs" ».
Au lieu de ce duvet fin, soyeux et presque imperceptible,
m~tt.-cMftt! p. 2S1.
i. L'tnno<.
2. [Link].cît.
3. Tripier. Art. M&Mu-zsdu Dictionnaireettejifetop~t~Me.
MORPttOLOQtE DES GYNËCOMA&TE8
qui se voit sur la mamelle de la femme, on trouve sou-
vent sur celle du gynéeomaste des poils rares, isolés, longs
et durs.
Quant à ce lacis de veines bleues, ce réseau sons-cutané
qui, vu par transparence, donne à la peau une teinte mar-
brée et légèrement bleuâtre, plusieurs observateurs l'ont
rencontra Mais il peut souvent manquer.
Pour donner une idée plus exacte de l'état des Seins chez
le gynéeomaste, je croM qu'il vaut mieux citer quelques
faita.
Voici d'abord l'histoire d'un sujet dont j'ai déjà parlé
dans un des précédents chapitres, à propos de son
hérédité.
J. n'a jamais été malade. Il se rappelle seulement que,
Fan passé, étant à la. iSanté, il a eu, pendant un mois, des
maux de tête très violents. Il avoue avoir fait quelques
excès de boisson; mais, dit-il, l'alcool agit peu sur lui, et il
est obligé de boire de grandes quantités pour se « soûler
J. a vingt-huit ans. C'est un garçon assez instruit, d'une
intelligence ordinaire, d'un esprit même assez éveillée mais
attaché surtout aux choses futiles, incapable d'un grand
effort ou d'une attention soutenue. H répand clairement à
toutes les questions et sa mémoire est excellente; il se rap-
pelle parfaitement toute son enfance, ses jeux avec ses
petits camarades, leurs premières plaisanteries. Il n'est que
médiocrement préoccupe par son état seulement les plai-
santeries de ses camarades l'agacent, et i1est contrarié par
cette idée qu'il ne pourra jamais se marier ni avoir d'enfants.
Au point de vue religieux, c'est un indiBërenta
J. a subi deux condamnations à vingt et un ans, il ~e
fait enfermer une première fois pour complicité de vol. Un
mauvais sujet, qui avait volé i,000 francs chez ses parents,
lui proposa de les manger avec lui, ce que J..< accepta. Une
seconde fois, il s'est fait condamner pour avoir insulté les
agents et comme bonneteur.
LES BISEXUÉS
J. ai",59 de taille. Sa physionomie est vive, son visage
plutôt joli; l'arc sourcilier, en particulier, est des plus har-
monieux le nez est aquilin et très correct, les yeux noirs,
les cheveux noirs et assez abondants, les arcades sourci-
lières sont un peu saillantes, le front est étroit, l'oreille
bien faite, avec un hélix complet et un peu d'exagération de
l'angle auricuto-temporat, le visage complètement imberbe.
La mensuration du crâne donne
Diamètre antéro-postérieur 171 millimètres.
Diamètre transverse 151 millimètres.
Diamètre bizygomatique 136 millimètres.
J. n'a plus de dents de lait, mais ses dents sont mal
faites, inégales, écartées, surtout à la mâchoire supérieure.
La voix est douce, un peu tremblée, agréable, sonore, et
d'une tonalité assez élevée sans être criarde, mais pluMt
celle d'un homme que d'une femme. D'ailleurs, J. a chanté
avec quelque succès dans certains cafés-concerts.
J. a commencé à marcher à un an et à. parler à quatorze
mois. Ses seins ont commencé & gonfler vers l'âge de douze
ou treize ans, et leur développement ne lui occasionna que
de très légères douleurs. H se rappelle qu'à cette époque
il était plutôt attiré vers les petites filles, leurs jeux et leurs
travaux.
Les seins augmentèrent petit à petit et, à quinze ans, ils
avaient acquis le volume qu'ils ont maintenant,
Actuellement, ils ont à peu près le volume d'une tête de
fœtus. Un peu flasques, ils tombent comme ceux d'une
femme quiaaltaHé. La longueur du sein, mesuré aussi exac-
tement que possible de la base de l'organe au sommet du
mamelon, est de 13 cent. 1/2, et la circonférence, prise &la
~basêi de 30 centimètres. (Voy. pl. t.)
La peau qui recouvre les seins est une, blanche, satinée,
très douce au toucher, et sans le moindre poil. On voit sous
la peau, par transparence, un très beau lacis de veines
bleues, comme chez la femme.
MORPHOLOGIE DES GYNÉCOMASTE8
Le mamelon, peu saillant, légèrement rosé, s'érige sous
l'tnduenee d'un chatouillement ou d'une titillation. *!1 est
alors long d'environ 1 centimètre, Il existe autour une
aréole également très peu colorée et présentant quelques
petits tubercules saillants, rappelant les tubercules de Mont-
gomery chez la femme. Aucun liquide n'aurait jamais
suinté par le mamelon.
En palpant le sein, on sent très nettement une masse
glandulaire, du volume d'une orange.
La poitrine est glabre, ainsi que les membres, qui sont
arrondis et sans saillies musculeuses. La peau est blanche
et délicate comme celle d'une femme. Le bassin est élargi,
et sa circonférence, en passant par les épines iliaques anté-
rieures et supérieures, est de 87 centimètres.
La verge est peu volumineuse et très courte elle ne me-
sure que 2 centimètres de longueur et une circonférence de
7 centimètres; pendant l'érection, elle acquiert 8 ou 6 cen-
limètres de longueur. Le glaud est petit comme une noisette,
bien recouvert par nti rudiment
de prépuce qu'on peut
relever.
Au-dessous de la verge il existe deux petits replis cutanés,
longs environ d'un centimètre et demiet larges d'un demi.
Ces replis simulent un embryon de grandes lèvres et de
vutve; mais il n'existe pas de cul-de-sac.
Les testicules sont gros a peine comme des (Bufs de moi-
neau. Le gauche est mou, plus petit que le droit, et on peut
le faire remonter dans l'abdomen;
Le triangle pubien est très nettement délimité et bien
garni de poils.
J. a commencé à se masturber à l'âge de sept ans mais,
à cette époque, il n'avait pas d'éjaeulations, et eeHes-ei n'ap-
parurent qu'a dix-sept ans. Aujourd'hui même, il lui arrive
fréquemment de se masturber sans obtenir de résultat.
Pendant son dernier séjour a la prison, comme je le ques-
ttojinais sur ses habitudes d'onanisme et le priais de m'en-
6
LES BISEXUÉS
voyer quelque jour un échantillon de son sperme pour l'exa-
miner au microscope, il m'avoua qu'il s'était, à plusieurs
reprises, longuement masturbé sans avoir pu obtenir une
seule goutte de semence. Néanmoins, il assure qu'en pré-
sence d'une femme la grâce ne lui a jamais manqué et que
l'éjaculation s'est toujours produite. Depuis l'âge de dix-huit
ans, il se livre assez régulièrement au coït. Dans ces der-
niers temps, il avait une maîtresse avec laquelle il avait deux
ou trois rapports tous les lundis. Seulement, cela le fatiguait
beaucoup, et il était pris ensuite d'une envie presque invin-
oble de dormir. Il ne lui répugnait point de toucher la poi-
trine de sa. maîtresse, et celle-ci aimait, assure-t-il, à pré-
luder aux autres caresses amoureuses en lui touchant les
seins ou bien en les frottant contre les siens ou encore en
lui titillant le mamelon avec la langue.
J ne s'est jamais senti de goût pour les hommes. Il a
toujours refusé de S'habiller en femme. Des hommes lui ont
proposé de l'entretenir avec largesse il a toujours refusé
ces propositions.
C'est, en somme, un être incomplet, au physique au moins,
un être que la nature a mal servi.
Voici maintenant un autre fait, emprunté à Olphan.
D. dix-sept ans, né à Clermont-Ferrand.
Ce jeune homme présente une taille ordinaire, des formes
masculines, une corpulence bien normale la face n'a pas de
poils, ce qui n'a rien d'extraordinaire à cet âge; le timbre
de sa voix n'a pas encore subi la mue de la puberté.
La tête est bien développée, autant qu'on peut en juger
sans prendre les mensurations craniométriques. Les épaules
sont même larges.
Les deux seins présentent une tumeur de la grosseur
d'une orange. Ces éminences se distinguent très nettement
de ce que l'on remarque chez les hommes d'un certain âge,
et qui ont un développement du pannicule graisseux au
lieu de se continuer insensiblement avec les parties voi-
MORPHOLOGIEDES QYti~GOMAStES
sines, elles forment un relief circulaire; on dirait que, cou-
pant une pomme par le milieu, on l'a appliquée sur la poi-
trine si ces seins ne se tenaient très droits, on remar-
querait très bien le sillon qui existait entre la paroi pecto-
rale et la glande, comme chez les femmes dont les seins
retombent.
Ces tumeurs se sont développées, depuis huit mois, d'une
façon insidieuse et indolente. Si l'on entoure leur base d'un
lae et qu'on prenne la mesure, on trouve 12&i4contimôtres~
elles paraissent hautes de 5à 8 centimètres. La peau a sa
coloration et sa mobilité normales pas de lacis veineux
sons-cutané apparent; le mamelon est saillant et l'aréole
rose, sans tubercules ni ppils-
On sent parfaitement, par le toucher, les lobes glandu-
laires.
Jamais d'écoulement d'aucune sorte. Le malade n'a pas su
nous dire si, à certains moments, les mamelles entraient
en érection.
Ces seins sont absolument semblables a ceux d'une jeune
Bile de cet âge, et si~ cachant le reste de la personne, on les
montrait seuls à quelqu'un, il commettrait sûrement une
erreur de sexe.
Les deux testicules sont descendus; le droit est même
plus volumineux que d'ordinaire le gauche, au contraire~
est assez fortement réduit dans son volume; l'épididyme
parait moins atrophié que la glande elle-même.
Le pubis est garni de poils~ Le pénis est de forme. ordi-
naire et présente un phimosis. Le malade a des désirs véné-
riens et il entre en érection pendant l'examen de ses organes
génitaux; il prétend n'avoir jamais m de femme, mais avoue
des habitudes vicieuses.
LES BISEXUÉS
III
Il n'est pas rare de ne rencontrer qu'un seul sein hyper-
trophié chez l'homme.
Cruveilhicren rapporte un cas dont j'ai déjà parlé.
Anciaux, dans sa clinique chirurgicale, cite un homme
qui avait la mamelle gauche aussi développée que celle
d'une femme, mais sans vice de conformation des organes
génitaux.
Dans une lecture faite à la Société obstétricale de Dublin
par Foot et rapportée par ?'Aë ~tMteWy~oM)'M<t< of MM~fcct/
Science, il est question d'un garçon de quatorze ans qui
avait une hypertrophie de la mamelle gauche, mais toujours
sans arrêt de développement des organes génitaux, ni fémi-
nisme.
On trouve aussi dans The <M«~tCtt< ?'nK~ and 6'<Me<tc,de
Londres, l'histoire d'un enfant de treize ans, qui avait 1%
mamelle droite volumineuse. Mais cet enfant paraissait au-
dessous de son âge; il était, dit l'auteur anglais, « o/'MtAo'
delicat <M/M6t»,
Morgan~ dans The Z<tMee< de t87S, rapporte encore le cas
d'un marin qui, a seize ans, eut une hypertrophie de la
mamelle droite, avec une aréole brune et lohulée comme
-celle d'une femme. Les organes génitaux étaient bien déve-
loppés, « /M~Mand well </<M~e~ ».
Enfin, tout dernièrement, le docteur Folenfant, médecin
militaire, nous racontait avoir vu une mamelle hypertrophiée
chez un jeune conscrit, que l'on avait d& réformer pour
cette raison.
Olphan cite aussi un fait du même genre.
R. quinze ans, ouvrier en bronze, né à Paris.
Ce jeune homme est d'une taille au-dessus dela moyenne,
[Link] BE6 GYNËCOMASTHS
pour son Age ses formes extérieures et t'expression de son
visage sont celles des jeunes garçons de son âge.
Sa voix no présente pas de timbre particulier. Il p&ratt
a~voir, de tonte manière, le développement normal de son
sexe et de son âge.
Depuis un an et demi, il s'est aperçu d'une grosseur qui
se développait d'une façon lente et indolente au sein
gauche.
Il présente autour du mamelon une tumeur de la grosseur
d'utM orange moyenne. On sent, par la pression, les cana-
licules glandulaires.
Le mamelon n'est pas saUlant~ l'aréole n'est pa~ colorée.
Cette petite masse hypertrophiée est assez mobile et
parfaitement indolore, même aux pf casions asâex fortes.
Rien de particulier à l'autre sein.
Les deux testicules sont descendus dans les bourses et
présentent absolument t[)i volume normal à cet âge.
La verge présente un développement qui n'oË're rien de
particulier. Le pubis commence & se garnir de poils. Ce
jeune homme affirme n'avoir jamais vu de femmes; mais il
a des érections et des désirs vénériens, et accuse des habi-
tudes contre nature.
Nous reportons encore nos regards vers son habttus
extérieur; nous constatons et fMsona constater par des
personnes présentes qu'il n'on're absolument rien de par-
ticulier, et que, si on le pta-eait dans une école, par exempte,
au milieu des jeunes gens de son âge, il ne s'en distingue-
fait absolument en rien.
IV
La p&tymastie se reMontre de temps en temps chez la
femme; et, depuis Junia, Nie d6 Junius Avitus et mère
d'Atexandre Sévère, Junia qu'on avait surnommer « Mam-
LES BISEXUÉS
mea jusqu'à Anne de Bolen, mère d'Henri VIII, et la belle
madame Vitres de Trèves, les exemples en sont nombreux.
Mais ce phénomène est très rare chez l'homme. Nous ne
connaissons qu'un fait de gynéco-polymastie, et encore deux
mamelles seulement étaient hypertrophiées; les autres
étaient rudimentaires. Ce fait curieux est rapporté par
Handyside d'Edimbourg, dans le ./CM!'Ma~ o/~<!Ha<OMy and
physiologli. Sur cinq enfants d'une même famille, trois pré-
sentaient cette anomalie (nous en avons déjà parlé à propos
de l'hérédité). Le premier de ces enfants avait quatre
mamelles sur la poitrine, les deux inférieures étant rudi-
mentaires. Les deux mamelles supérieures étaient normale-
ment situées, à exacte distance de la ligne médiane, et elles
étaient plus développées que de coutume, Mo'e /M/fy <~ce-
loped than usual; elles avaient un mamelon avec plusieurs
papilles proéminentes. Elles s'étaient développées à seize
ans. Cet homme était bien musclé, avait de belles formes, et
ses organes génitaux étaient normalement développas,/MHy
f~ece~ope~and Ha!<M?'a<.
Le deuxième enfant avait deux mamelles seulement,
mais développées d'une façon tout à fait anormale, et laissant
exsuder un liquide laiteux.
Enfin, le troisième enfant avait, comme le premier, quatre
mamelles, les deux supérieures hypertrophiées.
Les deux autres enfants ne présentaient rien d'anormal
sous ce rapport.
L'auteur ajoute que, dans la suite de leurs années, ces
cinq enfants devinrent grands, forts, bien musclés, big,
~tt'oHy,MM~cM~a!* oMt!masculine. Néanmoins il reconnaît qu'il
y avait chez eux un mélange des traits des deux sexes,
blindig o/' the sexual features,
DESSYNËCOMA8TE6
MORPROLOGtE
Généralement, et à de rares exceptions près, le gynéco-
maste a des testicules d'un volume au-dessous da l'état
normal, gros comme une noisette, disent la plupart des
auteurs. La verge est aussi généralement plus petite qu'à
l'état normal. On cite même des cas où elle existait à peine,
Bédor prétend avoir vu un sujet dont « le pénis était d'une
telle brièveté qu'entre le scrotum et lé gland, il présentait
à peine la longueur de ce dernier ».
Fanaglio a vu aussi un jeune soldat qui~ avec un dévelop-
pement exagéré des mamelles, avait un pénis rudimentajre
et un scrotum bifide'
Néanmoins, je dois reconnaître que, chez le~ individus qui
n'ont qu'une seule mamelle hypertrophiée~ il est beaucoup
plus fréquent de rencontrer des organes génitaux normaux.
VI
Nous avons dit que les gynécomastes étaient te plus sou-
vent e&'émmés. Nous retrouvons en effet chez eu~ quelques
signes fréquents, pour ne pas dire constants, de féminisme
ou d~ dégénérescence.
D'abord la voix, au lieu de ce timbre mâle qu'elle prend
ëhez l'homme après la puberté, reste grêle eomnae celle
d'un enfant, ou douce comme celle d'une femme. J'ai fait
chanter un jour devant moi un gyaêcomatStc. Due personne
qui l'awMt entendu sans le voir, aurait affirmé que c'était
la voix d'une fillette de treize à quatorze ans.
t. Journal de m~Mtae~g Turin,
LES BISEXUÉS
Le système pileux est peu développé chez les hommes
à mamelles: beaucoup n'ont pas de barbe ou ont un fin
duvet sur la lèvre supérieure; les membres et la poitrine
sont glabres le pubis est généralement bien garni, mais,
comme chez la femme, les poils forment un triangle et
s'arrêtent brusquement.
La dentition est généralement retardée; assez souvent
même ils conservent, jusqu'à l'âge de quinze et vingt ans, des
dents de lait. Un des individus que j'ai observés présentait
en effet ce phénomène. Ses dents étaient légèrement diver-
gentes il existait des intervalles entre les canines et les
incisives, et sa bouche ressemblait à une grille d'égout,
pour employer une comparaison un peu triviale.
Voici du reste une observation deJagot,oh toutes ces par-
ticularités sont notées avec beaucoup de soin 1.
Jacques Gouillet, âgé de ving-cinq ans, est né à Saint-
Brandon (Côtes-du-Nord). Depuis son enfance, il se livre &
des travaux pénibles et est aujourd'hui homme de peine
dans une fonderie. Gouillet a la taille élevée, 1°',73, l'ha-
bitus viril, le teint brun, mais il parait timide.
Le tissu cellulaire est peu développé, tandis que les poils
sont plutôt abondants que rares à la face et au pubis.
JT~te. La tête est petite, le front peu élevé. Voici la
mesure des diamètres:
i° Occipito-bregmatique, 14 centimètres.
3° Occipito-frontal, 17 centimètres et demi.
3' Oseipito-mentonnier, 19 centimètres
4° Bi-pariétal, 14 centimètres et demi;
8° Bi-mastoïdien, 13 centimètres et demi.
La voix est mâle et le larynx suffisamment développe.
y'/Mt'oa*.–Le thorax est large; la circonférence, au niveau
de la ligne axillaire, est de 93 centimètres; elle est de
96 au niveau de la ligne bi-mammaire.
1. Gazette /teMom<!d<ttfede médecineet de e/m-m'~te,t4 sep-
tembret8~7.
MORPHOLOGIE DES GYNÉCOMA8TES
Seins. Le volume des seins est assez considérable pour
avoir été remarqué, à l'auscultation, par-dessus la chemise;
ils présentent une forme hémisphérique bien limitée, dont
la base mesure 8 centimètres et demi de diamètre.
Us proéminent de S centimètres au-dessus de ta poitrine
du malade, couché horizontalement; l'aréole est entourée
de poils assez nombreux, les tubercules de Montgomery y
sont bien plus accentués qu'ils ne le sont en général chez
1 homme. Sous une mince couche de tissu cellulaire, on sent
une glande volumineuse, dont les acini sont très percep-
tibles. Au dire du malade, ces organes auraient été plus
volumineux au début de la puberté et d'une fermeté telle
que la moindre pression était douloureuse.
~a~M. Le bassin présente une largeur remarquable
98 centimètres et demi d'une épine iliaque à l'autre. Sept
autres malades adultes, mesurant de 1"0 à i",7Ë, ont
donné, pour le même diamètre du bassin, une moyenne de
JM!centimètres~ Aucun ne dépassait 3'7 centimètres.
~em~fM. Les membres sont vigoureux, le tissu cellu-
laire y est assez peu abondant pour que les saillies museu-
laires soient très accusées. Les pieds et les mains sont ceux
d'un travailleur~
O~etHMyen~ftWtf. La verge est plutôt petite que grosse.
Le scrotum contient, a droite, un testicule normal, mais qui
ne serait descendu dans le scrotum que vers l'Age de vingt-
trois ans, le malade ayant éprouvé, à cette époque, dans le
trajet du cordon, des douleurs assez vives.. A gauche, au
contraire, on trouve un testicule lisse, petit, dur, gros
comme une petite olive. L'épididyme est mou et semble
normal, ainsi que le cordon. Ge testicule n'a jamais été plus
développée le malade rafnrme.
Crouillet n'a pas d'instruction; il ne sait ni lire ni écrire,
mais il n'a jamais été l'école et semble aussi intelligent qu`un
autre. Les questions qu'on lui fait sur sa diNbrmitë lui sem-
blent désagréables, et il pleureMtit volontiers à ce moment.
LES BISEXUÉS
Il a peu de désirs vénériens, mais l'érection se fait cepen-
dant très bien. II a contracté, à dix-huit ans, une blennor-
rhagie légère; c'était ta première fois qu'il avait des rapports
sexuels. Il a été réformé au conseil de revision des C~tes-du-
Nord. Mais, à l'époque de la guerre, il a cependant servi
comme mobile.
VII
Outre ces signes de dégénérescence, le gynécomaste pré-
sente encore, lorsque l'on prend la peine de l'examiner
dans son ensemble, quelque chose de particulier.
Chez lui, le pannicnle adipeux est généralement très dé-
veloppé, la peau est blanche, les cheveux longs et fins; le
bassin est élargi, les hanches développées; les membres
sont ronds comme ceux de la femme, les muscles ne font
point de saillies vigoureuses sous la peau; les lignes de
son corps sont pleines d'harmonie; ses contours affec-
tent une mollesse remarquable, en même temps que les
articulations et les muscles combinent leur action pour
donner aux mouvements cette souplesse, ce je ne sais quoi
d'onduleux et de gracieux, qui est le propre de la chatte et
de la femme. <<Nous avons tous connu, dit P. Lorain, pen-
dant. les années de notre enfance, et plus tard grandissant
avec nous, des enfants, des adolescents, puis des hommes,
qui ne subissaient pas les mêmes transformations que les
diverses étapes de l'âge amènent chez leurs camarades;
c'est ainsi qu'enfants, ils ressemblent plus à des filles qu'à
des garçons; adolescents, ils ressemblent à des enfants;
hommes, ils n'étaient qu'adolescents. Êtres singuliers, fémi-
nisés ou indénniment juvéniles, personnages imberbes, à
longs cils, à cheveux fins, à teint pale, à hanches très déve-
loppées, souvent gras, ayant la voix grêle et présentant
plusieurs des caractères de l'eunuchisme. »
MORPHOLOGIE DES 6YNËCOMA8TES
Ce portrait saisissant que trace Lorain des eBemines
s'applique admirablement aux gyneeomastes qui, 8 fois
sur 10 au moins, présentent tous les caractères du fémi-
nisme, ce premier pas vers l'hermaphrodisme. Pour com-
pléter ce portrait, je ne saurais mieux comparer les gyné-
eomastes qu'à ces Apollons Musagètes, que l'on voit au
musée du Vatican, et auxquels, selon Winkelmann, il fau-
drait bien peu ajouter pouren faire des Minerves guerrières;
ou mieux encore à cet hermaphrodite, mollement étendu
sur une peau de panthère, qui dort de son sommeil de
pierre dans le palais des Offices, à. Florence.
CHAPITRE XII
APTITUDES GÉNITALES DES GTTNECOMASTES
Nous venons de voir que les organes génitaux des gyné-
comastes étaient souvent atrophiés. Dans Ce cas, que devien-
nent leurs aptitudes génitales ? Sont-ils impuissants ?
Je ne le crois pas. Presque tous ceux que j'ai observés
avaient des érections suivies d'éjaculations. C'étaient, sans
doute, des inférieurs sous ce rapport; mais enfin, ils n'étaient
pas impuissants. Du reste, beaucoup d'eunuques sont ca-
pables d'entrer en érection. Ils étaient même très recher-
chés des dames romaines, au dire de Juvenal
,SMM<
~tMMcMMtcMtmM~, ac moHm ~empN*
O~cn~adelectentae desesperatio6afts.
Brantôme, dans sa crudité naturaliste, raconte aussi de
drolatiques histoires qui ne laissent aucun doute à cet
égard. Et Frank assure que, dans une ville qu'il ne nomme
pas, quatre castrats pervertirent tellement les mceura du
sexe, que la police fut contrainte d'interposer son autorité
pour faire cesser des excès trop scandaleux.
CHAPITRE XII
APTITUDES GÉNITALES DES GYNÉCOMASTES
Nous venons de voir que les organes génitaux des gyné-
comastes étaient souvent atrophiés. Dans ce cas, que devien-
rtent leurs aptitudes génitales? Sont-ils impuissants?
Je ne le crois pas. Presque tous ceux que j'ai observés
avaient des érections suivies d'éjaculations. C'étaient, sans
doute, des inférieurs sous ce rapport; mais enfin, ils n'étaient
pas impuissants. Du reste, beaucoup d'eunuques sont ca-
pables d'entrer en érection. Ils étaient même très recher-
chés des dames romaines, au dire de Juvénal
Sunt qiias eunuehi imbelles, ae mollia semper
Osculadeleclentac desesperatiu burbx.
Brantôme, dans sa crudité naturaliste, raconte aussi de
drôlatiques histoires qui ne laissent aucun doute. à cet
égard. Et Frank assure que, dans une ville qu'il ne nomme
pas, quatre castrats pervertirent tellement les mœurs du
sexe, que la police fut contrainte d'interposer son autorité
pour faire cesser des excès trop scandaleux
LES BISEXUÉS
Voici, d'au tre part, une observation de Robelin qui nous
donnera une idée assez exacte des aptitudes génitales des
gynéeomaàles.
Le nommé Laiset, âgé de vingt-quatre ans, charretier,
d'une taille de éinq pieds trois pouces, entre au Val-de-
Grâce, pour y être soigné d'un abeês dont il guérit en peu
de temps.
Chargé de lui donner des soins, je m'aperçus un jour que
ses mamelles étaient plus volumineuses qu'un homme ne
les a ordinairement.
Cette particularité ayant fixé mon attention, j'explorai
soigneusement les autres parties du corps, et voici ce que je
remarquai. Les mamelles, très bien séparées, d'une forme
demi-sphéritfue et d'une consistance assez molle, ressem-
blaient parfaitement & celles d'une femme. On sentait dis-
tinctement, comme chez le sexe, le corps glanduleux dont
Ces organes sont composés.
La poitrine était étroite, les épaules saillantes, la voix
féminine et le visage enfantin et imberbe.
Les parties génitales, quant a leur conformation, ne diffé-
raient de celles de l'homme que par leur petitesse. La
verge, semblable à un petit tubercule, pouvait avoir, pen-
dant l'érection, suivant ce que m'a dit l'individu lui-même,
un pouce et demi de longueur; les testicules étaient compa-
rables, par leur volume, à une petite noisette.
Je lui trouvai le bassin très évasé, le pubis proéminent et
peu garni de poils; ceux-ci manquaient aux jambes et aux
bras, et se remarquaient en petite quantité à la région
axillaire.
Du reste, le sujet avait peu d'embonpoint, il était même
assez grêle,, Je tirai de lui les détails suivants né à Paris
de parents bien constitués, il n'éprouva rien de remarquable
depuis sa naissance jusqu'à l*âge de quatorze ans, époque 4
1. hoc. cil.
APTITUDES DES GYNÉ[Link]
laquelle s'annonça chez lui la puberté, dont il ne tarda pas
à faire usage.
Ce fut à seize ans que se développa sa taille, qui passe
aujourd'hui cinq pieds trois pouces, et qu'il vit ses mamelles
prendre de l'accroissement.
A dix-huit ans, celles-ci se gonflèrent considérablement,
jusqu'à devenir deux fois plus volumineuses qu'à l'ordi-
naire, et, dans cet état, elles distillaient une humeur séreuse,
semblable à du lait. Obligé d'aller fréquemment à cheval, il
éprouvait des sècousses fort incommodes. Il essaya, pour se
soulager, d'appliquer sur sa poitrine une plaque de liège afin
de soutenir ses mamelles dont le poids le gênait extrême
ment, et ce moyen lui réussit.
L'engorgement séreux subsista pendant deux années
entières, c'est-à-dire jusqu'à l'âge de vingt ans, et depuis
cette époque il ne reparut pas davantage. Cette singulière
conformation ne l'empêche pas d'être gai et d'avoir toutes
les habitudes qui se remarquent chez les autres hommes.
Il faut cependant en excepter sa répugnance à toucher le
sein des femmes, pour lesquelles il a d'ailleurs un goût
prononcé, quoique assez mal partagé par la nature, du côté
des parties de la génération.
II
Quant à savoir si le gynécomaste est fécond, la question
est beaucoup plus délicate. Je crois que beaucoup d'entre
eux doivent être stériles, sans cependant oser être trop
affirmatif sur ce point, puisqu'au dire des anciens, on a vu
des eunuques engendrer. Pythias, amie d'Aristote, était
fille d'un eunuque, selon Suidas. Les Sèythes, dit Hippo-
crate, qui devenaient eunuques à force de monter à cheval
sans selle ni étriers, se perpétuaient cependant. Malheu-
e
LES BISEXUÉS
reusement, personne n'a fait l'examen du liquide séminal
chez les gynécomastes. Un des malades que j'ai observés à
la prison de la Santé, ayant des éjaculations, on voulut pro-
fiter de cette occasion. Un administrateur malveillant et à
vues étroites dénonça [Link] au préfet de police, comme
excitant les détenus à la masturbation.
Et l'honnête M. Herbette, le plus brouillon et le plus
verbeux des bureaucrates, s'empressa d'enregistrer cette
accusation idiote, cette calomnie, contre un homme qui
jouit, parmi ses collègues des hôpitaux, de la plus haute
estime.
III
Je me suis encore demandé si les gynécomastes, de par
leur constitution physique, de par leurs instincts, ne seraientt
pas portés à la pédérastie.
On sait que les eunuques, dans l'antiquité, étaient
presque fatalement TOués à ce vice honteux.
Pétrone dit d'eux
Omnibus ergo
Seorla plaisent,fraetique enervoearporegresstts,
Et Iaxiscpin0&et lot novanominavestis,
Qu£quevirumqtuemntt.
Ce que Héguin de Guérie a traduit de la jsorte
Brillant efféminé,composeton sourire;
Livretes longs cheveuxaux baisers du zèphyre,
Adoniset Vénus,d'un impudiqueamour,
A tes autels douteuxvontbrûler tour à tour.
Tout le monde connaît l'histoire d'Eutrope, le premier
eunuque qui osa exercer la fonction de magistrat romain
i. Salyncmi,CX1X,p. t96.
APTITUDES DES GYNÉCOMASTES
et de général. 11fut plusieurs années l'amant de Plolémée,
qui le donna an général Arîstée, pour lequel il exerça les
fonctions de pourvoyeur. Il passa ensuite au service de la
fille d'Aristée lorsqu'elle se maria, et le futur consul était
alors employé à la coiffer, à lui présenter l'aiguière d'argent,
à la baigner et à l'éventer pendant l'été. J'ai interrogé tous
mes gynécomastes sur leurs habitudes génitales. Malgré
leurs dénégations, et sans néanmoins avoir de preuves cer-
taines, j'en ai fortement soupçonné deux d'entre eux d'avoir
été pécher à Sodome.
CHAPITRE XIII
L'AME DES GYNÉCOMASTES
« L'état de dégénérescence mentale, dit Legrain, est
constitué par le fait d'une accumulation plus ou moins
considérable dans les antécédents héréditaires d'un indi-
vidu, d'affections cérébro-spinales ou de maladies géné-
rales, retentissant sur le système nerveux, susceptibles
toutes deux d'influencer la descendance »
C'est d'ailleurs ce que Morel avait déjà dit, en définissant
les 1 dégénérescences « des déviations maladives du type
primitif ou normal de l'humanité 2 ».
Maintenant, voici pourquoi je range les gynéoomastes
parmi les dégénérés, ces rameaux flétris du grand arbre
social, comme disait Buffon dans son style imagé.
II
Il existe, en effet, chez les dégénérés un état physique
1. Du délirechezles dégénè[Link]. Paris, 1886.
[Link]égénérescences.
LES BISEXUÉS
particulier et un état mental particulier. « Aux difformités
cérébrales qui se révèlent par des stigmates d'ordre psychi-
que, correspondent des malformations nombreusesdesautres
organes, qui se révëlen t par des stigmates d'ordre physique. »
Legrain énumère les principaux stigmates physiques qui
marquent le dégénéré d'un cachet indélébile, et nous notons
les suivants implantation vicieuse des dents, développe-
ment exagéré des glandes mammaires, bassin élargi,
féminin, atrophie des testicules.
11suffit de parcourir mes observations pour voir que tous
les sujets présentent plusieurs de ces signes caractéris-
tiques. D'autre part, j'ai prouvé que ce sont presque tous
des héréditaires, lorsque j'ai étudié les causes de la gyné-
comastie.
III
Mais à quelle classe de dégénérés appartiennent les
gynécomastes ?
Je n'hésite pas à les ranger parmi les débiles, ces êtres à
intelligence peu développée, qui possèdent peut-être
quelque mémoire, mais peu ou point la faculté d'assimila-
tion chez qui les impulsions souvent paralysent la volonté.
Enfants, ils ont eu toutes les peines du monde à apprendre
à parler; adolescents, ils font le désespoir de leurs maîtres
et de leurs parents par leur inaptitude à tout travail et à
toute 'étude, par l'ingratitude de leur mémoire, leur impos-
sibilité de fixer leur attention* et souvent par leurs vices
précoces et leurs mauvais instincts.
Le nommé Guimart, observé par Bédor, était manifeste-
ment un débile.
Voici d'ailleurs son histoire'.
i. Journalde médecine,de chirurgieet de pharmacie,t. XXV,p. ni,1,
octobre 1812.
L'AME DES GYNÉCOMASTES
J.-B. Guimart, âgé de vingt et un ans, natif de Ginabat,
canton de l'Ain, département de l'Auvergne, est l'individu
dont il s'agit. Chargé de le visiter, je m'aperçus avec sur-
prise, en lui découvrant larégion épigastrique, que sa poitrine
avait le même aspect que celle d'une fille bien constituée
de quinze à seize ans, ce qui me porta de suite à véri-
fier le sexe du sujet dans son organe le plus caractéristique.
J'y rencontrai tous les signes extérieurs du sexe masculin
dans l'état naturel; mais la verge, d'après l'aveu du malade,
n'a jamais éprouvé la turgescence propre à l'acte vénérien;
et les testicules, quoique dans le nombre et la position qui
leur sont le plus ordinaires, sont réduits pour le volume à
celui d'une petite noisette. Reportant mes regards sur le
premier phénomène que j'avais remarqué, je vis deux
éminences hémisphériques très distinctes, circonscrites dans
un espace d'environ quatre pouces, de chaque côté de la
poitrine, sur l'épanouissement des grands pectoraux, et
se perdant doucement du côté de leur jonction, comme vers
le cou, les épaules et les hypocondres. Ces éminences ont
une consistance et une mobilité exactement semblables à
celle qui est déterminée chez les femmes par le développe-
ment des glandes mammaires. Elles sont de même revêtues
d'un tissu plus blanc et plus fin que le reste du corps; sur-
montées chacune d'un mamelon dont le chatouillement
excite l'érection, et qui est entouré d'une aréole exempte
de poils et ayant une couleur vermeille. Le toucher de ces
parties lui cause une sensation douloureuse; principalement
la tumeur gauche, qui estplus volumineuse que la droite, et
dont il parait ne supporter qu'avec peine le plus léger
contact.
Le jeune homme est d'une faible complexion sa peau
est blanche; ses cheveux sont châtain clair; il a le poil ras
et un fin duvet se montre à peine sur son menton. Son
idiosyncrasie se rapporte au tempérament pituiteux et
flegmatique des physiologistes. Son air est humble et lan-
LESBISEXUÉS
guissant; son visage est rond, pâle et bouffi; ses yeux, cou-
verts et enfoncés, paraissent n'oser soutenir les regards des
autres. La taille est d'environ 5 pieds 3 pouces ses mem-
bres grêles, mais droits; toutes les formes généralement
adoucies, mais les hanches pas plus évasées qu'à l'ordi-
naire. Les chairs sont lâches et molles, ses gencives sont
décolorées, et l'émail de la plupart des dents gâté vers la
couronne.
Le costume de notre sexe l'incommode, autant que les
manières lui en paraissent étrangères; car une cravate, un
gilet fermé pour se garantir du froid, gênent sa poitrine et
lui causent de fréquentes oppressions, qu'il ne peut sou-
lager qu'en se dépouillant le haut du corps.
Il m'a dit que son frère, Jean Guimart, de trois ans plus
âgé, avait aussi une gorge, et encore plus considérable,
mais que ses sœurs n'avaient rien de plus ni de moins que
les autres femmes.
L'époque à laquelle ses mamelles se sont développées a
précédé de plusieurs années l'âge où la puberté les fait
s'arrondir chez les tilles car il m'a dit qu'elles s'étaient
formées vers la septième année.
Son langage est obseur, très incorrect, et quoique ayant
vécu dans les casernes où, dit-il, il n'était pas mal, il n'a
rien contracté de la jactance soldatesque.
Guimart, du plus loin qu'il s'en rappelle, fuyait toujours
la lutte, la course, le saut, le jet de pierre, et avait de
l'éloignement non seulement pour la gymnastique, premier
plaisir des petits garçons, mais encore pour leur société.
En grandissant, son humeur nonchalante ne changea
point. Il ne s'est, dit-il, jamais battu, mais seulement dis-
puté de loin en gardant les moutons sur la montagne.
L'habit de soldat qu'il porte maintenant ne semble guère
l'avoir rendu plus belliqueux. Il craint les morts et surtout
l'obscurité. Il a ce naturel timide qu'on ne doit qualifier du
titre flétrissant de lâcheté que lorsqu'il fait manquer à ce
L'AME DES GYNÉCOMASTES
que l'on se doit, et trahir les devoirs d'une place occupée
volontairement dans la société. Il donna un trait de ce
caractère le soir de l'incendie d'une maison. 11était si fort
saisi de terreur qu'il ne savait où se mettre et pensait, à ce
qu'il m'a dit, que les Anglais s'étaient emparés de la ville.
Apathique, de son propre aveu, il n'a jamais eu d'attache-
ment pour personne, même dans sa famille; je le crois
aussi incapable d'aversion. Mort à toutes les jouissances, la
musique ne l'amuse pas, et il n'a jamais eu même l'idée de
chanter.
Incapable d'aucun excès, un verre de vin lui suffit et
davantage l'incommode au même instant.
Les deux sexes lui sont également indifférents et même
étrangers l'infortuné ignore et ne doit jamais connaître ce
besoin qui sollicite de rechercher une cohabitation dont
l'attrait dédommage à lui seul de tous les maux de la vie, et
dont le résultat est si important pour la société. Enfin, on
pourrait dire de cet être misérable qu'il offre l'exemple
tout à la fois d'un homme manqué et d'une femme incom-
plète.
On n'a qu'a lire les autres observations que j'ai citées au
cours de cette étude, et on n'aura pas de peine à se con-
vaincre que presque tous les gynécomastes sont des êtres
inférieurs au point de vue intellectuel, en un mot des
débiles.
B. un de ceux que j'ai observés à la Santé, bien qu'il
soit allé à l'école assez longtemps, sait à peine écrire et
ne connaît pas la table de Pythagore. Ses réponses, obscures
et enfantines quelquefois, révèlent une intelligence très peu
ouverte. D'ailleurs, il n'a jamais pu apprendre aucun mé-
tier. Chez lui la volonté est paralysée par les instincts
bien qu'il n'ait que vingt ans, il a déjà subi cinq condamna-
tions pour vagabondage, maraudage, vol à l'étalage. Ce
n'est pas un criminel dangereux; il reculerait devant la
moindre violence, mais il est absolument incorrigible; il ne
LES BISEXUÉS
témoigne aucun regret de ce qu'il a fait, et il est probable
qu'aussitôt sorti il recommencera. Ce cas est des plus nets.
Ce gynécomaste est non seulement un faible d'esprit, mais
c'est aussi un impuissant de volonté, un instinctif.
Seul le sujet observé par le Dr Guillot pourrait être range
parmi les dégénérés supérieurs. C'est un être bizarre, un
garçon paresseux, très préoccupé de sa personne, sans
énergie, ayant la manie de l'ordre.
IV
Nous avons dit combien les eunuques se rapprochaient
des gynécomastes, Eh bien, tous les auteurs ne se plaisent-
ils pas à reconnaître le peu d'intelligenee, les vices et les
mauvais instincts des eunuques? Tous ne les peignent-ils
pas comme des êtres vils, méchants et pusillanimes? 1
C'est a peine si, en parcourant l'histoire ancienne, on
trouve quelques eunuques doués d'une intelligence supé-
rieure, tant il est vrai que la dignité de l'homme réside en
grande partie dans ses testicules.
On n'en cite que quelques-uns Phavorinus, le philo-
sophe Aristonieus, général de Ptolémée; Narcès, cham-
bellan de Justinien, qui commanda en chef et battit les
Goths à Nocera Aly, grand vizir de Soliman II Kaffour,
qui gouverna l'Egypte pendant vingt ans; Hassan, qui dé-
fendit Alger contre Charles-Quint; Sarou-Taki-Khan, pre-
mier ministre du schah de Perse.
D'autres ne furent élevés par les rois que pour de crimi-
nelles complaisances et pour le malheur des peuples
Sporus, sous Néron; Plotin, sous Ptolémée Farinelli, sous
Ferdinand III.
Les Romains avaient un tel mépris pour les castrats qu'ils
refusaient leur témoignage en justice»
L'AME DES GYNÉCOMASTES
Tous ces faits historiques sont pleins d'enseignements.
et il me semble bien difficile de ne pas faire des eunuques
et des gynécomastes des dégénérés, des débiles et souvent
des instinctifs.
Avant de terminer ce chapitre, je tiens à faire remarquer
que ce que je viens de dire ne saurait s'appliquer à ces
gynécomasties que j'ai appelées accidentelles. Dans ces cas,
bien qu'il y ait déviation du type spécifique, elle est simple-
ment accidentelle, et l'état mental de ces sujets ne pré-
sente absolument rien de particulier, Néanmoins, il n'est
pas rare de les voir devenir lypémaniaques, lorsqu'ils ont
perdu les attributs de la virilité.
Le docteur Martin cite le cas de trois soldats qui avaient
eu les parties génitales externes complètement détruites
par des éclats d'obus. On parvint à les guérir, mais tous
trois tombèrent dans une tristesse profonde et peu après se
suicidèrent.
Ces hommes, en effet, avaient gardé dans le cœur des pas-
sions avec le désespoir éternel de ne pouvoir les assouvir.
Ils avaient conservé dans un des replis de leur encéphale
le souvenir des ébranlements éprouvés à une époque anté-
rieure, souvenirs assez puissants pour allumer en eux des
désirs qui provoquaient un état d'éréthisme comparable à
celui qu'ils éprouvaient autrefois. Mais ces souvenirs s'ar-
rêtaient au seuil de l'organe anéanti; la vie alors leur
devint intolérable et ils se suicidèrent.
On peut bien retrancher les organes extérieurs, mais on
ne tue pas les désirs intérieurs. Ce fut là l'erreur d'Origène,
de Léonce d'Antioche et de leurs sectateurs ils se trom-
pèrent en se rendant eunuques leur chasteté n'était qu'in
volontaire, et ils s'étaient la gloire de résister par leurs
LES BISEXUÉS
propres efforts ils se créèrent des regrets sans se donner
une vertu.
Tout le monde a lu aussi, dans je ne sais plus quel roman
de Voltaire, l'histoire piquante de cette jeune fille qui s'en-
dort sous un arbre et se réveille avec un homme à côté
d'elle. Il la dévore des yeux et gémit douloureusement
Que cMagura d'essere senza cogita l
« Lorsque mon premier maître eut formé le cruel projet
de me confier ses femmes, écrit un eunuque, et m'eut
obligé, par des séductions soutenues de mille menaces, de
me séparer pour jamais de moi-même, las de servir dans
les emplois les plus pénibles, je comptai sacrifier mes pas-
sions &mon repos et à ma fortune.
« Malheureux que j'étais! Mon esprit préoccupé me fai-
sait voir le dédommagement et non la perte j'espérais que
je serais délivré des atteintes de l'amour par l'impuissance
de le satisfaire. Hélas! on éteignit en moi l'effet des pas-
sions sans en éteindre la cause et, bien loin d'en être sou-
lagé, je me trouvai environné d'objets qui les irritaient
sans cesse. J'entrai dans le sérail où tout m'inspirait le
regret de ce que j'avais perdu je me sentais animé à
chaque instant; mille grâces naturelles semblaient ne se
découvrir à ma vue que pour me désoler pour comble de
malheur, j'avais toujours devant les yeux un homme
heureux. Dans ce temps de trouble, je n'ai jamais conduit
une femme dans' le lit de mon maître, je ne l'ai jamais
déshabillée, que je ne sois rentré chez moi la rage dans le
coeur, et un affreux désespoir dans l'âme.
« Voilà comment j'ai passé ma misérable jeunesse. Je
n'avais f*°,confident que moi-même. Chargé d'ennuis et de
Chagrins, il me les fallait dévorer, et ces mêmes femmes
quej'étais tenté de regarder avec des yeux si tendres, je
ne les envisageais qu'avec des regards Sévères j^étais
perdu si elles m'avaient pénétré* Quels avantages n'en
auraient-elles pas pris 1
L'AME DES GVNÉCOMASTES
« Je me souviens qu'un jour que je mettais une femine
dans le bain, je me sentis si transporté, que je perdis entiè-
rement la raison, et que j'osai porter ma main dans un
lieu redoutable. Je crus que ce jour était le dernier de mes
,Jours 1. »
1. [Link],lettreIX.
CHAPITRE XIV
DANSLA SOCIÉTÉ
LESGYNÉCOMASTES
Le gynécomaste est-il apte au mariage?
Bédor n'hésite pas « La gynécomastie, dit-il,] établit,
sinon une preuve assurée, au moins une assez forte pré-
somption d'impuissance pour devoir détourner de tout
mariage dont le but serait de ne pas rester sans postérité.
La réponse d'ùn médecin devra être dans ce sens lors-
qu'il se trouvera requis d'éclairer une famille sur ce point. »
Si un gynécomaste venait me demander s'il peut se
marier, je lui demanderais à faire l'examen microscopique
du liquide spermatique, et c'est de cet examen que dépen-
drait ma réponse.
Hnfin, dernier point les gynécomastes peuvent-ils être
soldats?
JLarrey et RoblÎn n'hésitent pas à les réformer. Je suis
LES BISEXUÉS
absolument de leur ,avis. Il est évident, bien que les ma-
melles soient indolentes, qu'il leur est très difficile et très
pénible de porter le sac avec cette difformité. D'ailleurs,
le sujet cité par le D* Follenfant, dont j'ai déjà parlé, a
d être renvoyé après un passage de quelques semaines à
la caserne. Il ne pouvait supporter la bretelle du sac.
J'ajouterai que, placer un jëune homme avec des ma-
melles et des grâces de femme dans une chambrée, serait
presque un encouragement â la pédérastie.
CHAPITRE XV
TRAITEMENT DE LA GYNÉCOMASTIE
<cOn doit considérer la gynécomastie comme un mou-
vement de la nature et la respecter », dit Olphan.
Aussi, les'procédés de Paul d'Égine et d'Albucasis doi-
vent être complètement rejetés. Voici, simplement à titre
de document historique, celui que conseillait Paul d'Ëgine
« Il est bon d'opérer, dit-il, cette difformité naissante qui
donne l'air efféminé. Faisant donc une incision en crois-
sant, à la partie inférieure de la mamelle, nous disséquons
et nous enlevons la graisse, puis nous réunissons par des
points de suture'. »
II
On pourrait peut-être, chez certains gynécomastes, pour
éviter les frottements, et, par suite, les inflammations, sou-
tenir les seins avec une ceinture de laine ou même avec
t. Paul d'É[Link]. Briou,XLVI.
LES BISEXUÉS
un corset. « C'est le seul cas, dit Villeneuve, où les hommes
puissent porter sans honte cette espèce de vêtement dont
quelques efféminés de nos jours font un usage grandement
ridicule, pour ne pas dire plus, »
SECONDE PARTIE
LES HERMAPHRODITES
CHAPITRE PREMIER
HISTORIQUE
S'il faut en croire la Genèse,le premier hermaphrodite
aurait été Adam « Et ereavit Deus hominem ad imaginent
suam; ad imaginent Dei ereavit illum^ masculum et feminam
ereavit eos*.»
En Egypte, on considérait Astarté, la déesse de la lune,
comme étant à la fois mâle et femelle; et on retrouve dans
les poètes anciens des traces de cette légende.
D'après la mythologie, Hermaphroditus, fils d'Hermès
ou Mercure et de Vénus Aphrodite, était, au dire d'Ausone,
un hybride qui tenait à la fois des traits de son père et de
sa mère. Cujns erat facies in quâ paterque materque cognoseï
possint, nomen iraxil ab Mis.
Ovide raconte, dans ses Métamoi"phoses,que la nymphe
Salmacis demanda à s'unir à Hermaphroditus d'une ma-
nière indissoluble. Nulla dies, dit-elle, a me nec me diducat
au illoi Ses vœux furent exaucés, et ils ne formèrent plus
qu'un seul individu. Vola suos habuere Deos, nam mixta duo-
1. Genèse,eh. i, v. 27.
LES BISEXUÉS
rum cor pora junguntur, faciesgue inducitur illis. Salmaeis
optato jnncta est nympha marilo; felïx virgo stbi, si seit
inesse virum. Et Ausone félicite Hermaphroditus de son bon-
heur Et tu, forrnosœ juvenis permixte puellse, bis fetix,
unum si licet eue duos.
Ovide se demande quel être étrange a formé leur réunion
Necduo sunt, sedforma duplex, néefeminadiei,
Necpuer ut postent,neuirumqueet ulrumquevidenlur.
Ovide contestait ainsi aux hermaphrodites cette préro-
gative si enviée d'une double puissance génitale. Ausone
était du même avis. Coneretus sexu, dit-il, sed non perfectus
utroque, ambîgux Veneris, neutro patiundus amoré. Lucrèce
les déclare également impuissants androgynttm neutnim,
inter u!rumque ab utroque remolum.
Les anciens croyaient aussi aux changements de sexe.
Telle est la fable de Tirésias. Il avait marché sur des
serpents accouplés et avait tué le mêle il était devenu
femme. Sept ans après, à la suite d'une même rencontre, il
tua la femelle et redevint homme. Schyton, au dire d'Ovide,
fut également homme et femme tour à tour
Necloquor, ut quondamnaturajure noxrnlo
Ambigumfuerit modovir, modofemina,Sehyton.
Cœneus fut homme et femme, assure Virgile Et juvenis
quondam nunc femina Cxneus, rursus et in velerem fata revo-
lula figuram.
Ausone a vu un oiseau mâle qui est devenu femelle pava-
que de pavo constitit ante oculos. En Campanie, un éphèbe
devint tout â coup jeune fille unus epheborum virgo repente
fuit. Mais, cette fois, il n'a pas été témoin du fait et n'est pas
loin de le considérer comme une légende nova res, dit-il,
et vix cfedenda poetis.
HISTORIQUE
II
Les anciens considéraient la naissance d'un hermaphro-
dite comme un mauvais présage. A Athènes, on les précipi-
tait dans la mer; à Rome, dans le Tibre.
Tite-Live rapporte que, sous le consulat de Messalus et de
Licinius, en Ombrie, un hermaphrodite fut mis à mort, sur
avis des aruspices, et un autre à Lune, en Etrarie, sous le
consulat de Metellus et Fabius Maximus.
Cicéron lui-même considère la naissance des hermaphro-
dites comme un des prodiges qui annoncent de grandes
calamités publiques; Quid ortusandrogi/ni, nonne fatale
quoddam monslrum (uit ?
Lucrèce voit aussi dans la naissance d'un androgyne, un
signe de malheur: Multaque tune tellus etiam portenta creare
conala est.
Les notions scientifiques que l'on possédait alors sur
l'hermaphroditisme étaient bien vagues et bien incertaines.
Aristote l'avait observé chez les chèvres. Strabon en avait
vu quelques exemples dans l'espèce humaine. Pline est un
peu plus complet, mais guère plus sérieux. Il admet l'exis-
tence des hermaphrodites Gignuntur et utriusque sexus
quos hermaphrodites vocamus, olim androgynos vocatos, et in
pi'odîgih habitas, nunc vero in deliciis.
Il assure qu'il existe un peuple hermaphrodite au pays
d'Afrique, peu au delà des Nausamones, à côté des Mos-
cliens. Il admet aussi les changements de sexe. Ex feminis
mutari in mare* non est fabulosum, dit-il. Invenitmts in anna-
libus, Licinio Crasso et C. Cassio Lopino comulibus, Casini
pmrum faclum ex virgine. H a même été témoin d'un fait
semblable Ipse in Africâ vidi mutatam in tnarent nuptiarum
die L. Cassicium, ciuem thyrdritanum. C'est le jour de son
LES BISEXUÉS
mariage que l'infortuné Cassieius vit cette transformation
s'accomplir. A Argos, un hermaphrodite, marié comme
femme, eut ensuite de la barbe et tous les signes de la viri-
lité il prit même une épouse.
III
On a voulu voir dans l'hermaphrodisme une allégorie
correspondant aux deuxgrands vices de l'antiquité: la pédé-
rastie et le tribadisme. Il y a là, à mon sens, une grande
erreur et une fausse interprétation des textes anciens. Tous
les historiens ont dépeint Néron comme un pédéraste
éhonté personne n'a jamais songé à en faire un herma-
phrodite.
Nul doute que les pédérastes et les tribades recherchaien t,
pour leurs plaisirs contre nature, ces êtres au sexe en
apparence indécis, et qui pouvaient leur donner tour à tour
l'illusion du mâle et de la femelle. Mais, de là à conclure
que l'hermaphroditisme était la même chose que le triba-
disme et la pédérastie, il y a loin. Seule une épigramme de
Martial indique que quelques femmes pouvaient remplir
incomplètement auprès d'autres femmes le rôle d'un
homme: mefilitwquevh'umprodigiosa Venus»
IV
Le droit romain s'est préoccupé en plus d'un endroit des
hermaphrodites.
D'abord, Ulpien se demande quel sexe il faut leur attribuer.
Quseritur hermaphroditum cui comparamus? et maguputo ejus
HISTORIQUE
sexus xstimaudum qui in eo prsevalet. Nous ne nous pronon-
çons pas autrement maintenant encore.
Ulpien se demande ensuite si l'hermaphrodite est capable
de la puissance paternelle, et s'il a le droit d'hériter. Le
jurisconsulte latin admet l'affirmative, si les organes mas-
culins prédominent. Nermaphroditus plane, si in eo virilia
prsôvalebunt) posthumum heredeni imlituere poterit.
Enfin, l'hermaphrodite peut-il être témoin d'un testament?
A Rome, cette capacité n'appartenait qu'au mâle. La ques-
tion se résout encore par la considération du sexe qui pré-
domine Hermaphroditw an ad lestamentum adhiberi possit
qualitas sexus incalescentis os tendit.
Le moyen âge, si aittî du merveilleux, vit dans les herma-
phrodites des monstres envoyés par Dieu dans sa colère, et
présageant les plus grands malheurs,
L'hermaphrodisme donna même lieu à une hérésie, Une
opinion s'était établie, d'après ce passage de la Genèse que
j'ai cité plus haut, qu'Adam était hermaphrodite. Une pieuse
'dame, dit Voltaire dans son Dictionnaire philosophique,
« était sûre qu'Adam avait été hermaphrodite comme les
premiers hommes du divin Platon ».
S'appuyant sur un ancien édit de l'empereur Constantin,
qui avait ordonné de faire périr les hermaphrodites Hoc
lertium hominis genus e tila tolli et auferriconslituît, – pres-
que tous les théologiens de l'époque voulaient qu'on les mîtt
à mort.
Bauhin écrit, à la fin du xvi° siècle: « Quant à l'être,
moitié homme et moitié femme, qui fait injure à la nature,
il doit être mis à mort. »
LESBISEXUÉS
Schenkins, Zaunschleifer, Mollerius, Teichmeyer, parta-
gent la même opinion.
Au xvii" siècle, Riolan reproduit encore l'opinion de
Bauhin.
Pourtant, on ne tarda pas à faire grâce de la vie à ces
misérables, tout en leur enlevant la plupart de leurs droits
civils et religieux. Mollerius discutait gravement, pour
savoir si on devait les baptiser.
Quant au mariage, on le refusait, si aucun sexe n'était
distinct; si l'un des sexes prévalait, le mariage avait lieu
suivant ce sexe. Dans le doute, dit Baldi, on laissait le
choix du sexe à l'hermaphrodite, mais en lui faisant jurer
de s'en tenir au sexe choisi.
« A ceux-ci, dit Ambroise Paré, qui ont les deux sexes
bien formés et s'en peuvent aider et servir pour la géné-
ration, les lois anciennes et modernes ont fait et font
encore élire de quel sexe ils veulent user, avec défense,
sous peine de perdre la vie, de ne se servir que de celui
duquel ils auront fait élection. » Il ajoute c Et aucuns en
ont abusé, de telle sorte que, par un usage mutuel et réci-
proque, paillardaient de l'un et de l'autre sexe, tantôt
d'homme, tantôt de femme, à cause qu'ils avaient nature
d'homme et de femme proportionnée à tel acte. »
Zacchias a vu des faits du même genre Rabes historias
nonnullas hermaphroditorum qui et pro viris habebantw et
uxorem duxerunt, vel monasticam vitam cum monac/tis, tari-
quam virîvivebant, qui tamen in femînas post modttmabierunt,
filios pepererunt et in posierum pro feminis habili sunt.
Montaigne parle d'un hermaphrodite des environs de
Plombières qui, marié comme femme, fut condamné à être
pendu, parce qu'il avait fait un mauvais usage de ses
organes. 11rapporte aussi l'histoire du moine d'Jssoire qui
accoucha dans son couvent.
« J'ai cogneu un hermaphrodict, lit-on dans Montanus,
lequel estoit du sexe obséquieux des femmes, occasion
HISTORIQUE
pour laquelle il fut marié à un homme, auquel il engendra
quelque fils et fille, et ce nonobstant il avait aecoustume
monter sur les chambrières et engendrer en icelles. »
En 1612, Marin le Marcis fut condamné à mort pour
avoir abusé de son sexe. 11ne fut sauvé que grâce au rap-
port de Duval.
En 1893, Marguerite Malaure fut reconnue comme ayant
les parties naturelles des deux sexes. Une sentence des
capilouls de Toulouse lui enjoignit de porter des habits
d'homme. Saviard lui rendit instantanément son sexe, en
réduisant une descente de matrice dont le col, qui faisait
saillie, avait été pris pour le membre viril.
En 1765, le parlement de Lyon condamna Anne Grand-
jean, qui s'était mariée comme garçon, à être attachée au
carcan avec un écriteau portant ces mots « Profanateur
du sacrement du mariage, » et à être ensuite fouettée par
l'exécuteur de la haute justice. Sur appel de la sentence,
Anne Grandjean fut transférée à Paris, où l'on examina
ses organes. Elle avait une mentule qui sortait des grandes
lèvres, au-dessus du méat urinaire, avec un gland imper-
foré et deux espèces de testicules vers l'orifice. Le parle-
ment de Paris, considérant l'état de l'accusé et sa bonne
foi, n'aperçut en lui qu'un individu que la nature elle-
même avait' trompé, et, par arrêt du 10 janvier 1765, la
sentence de la sénéchaussée de Lyon fut infirmée, quant
aux peines prononcées contre Grandjean le mariage fut
déclaré nul et abusif, et il lui fut enjoint de reprendre
l'habit de femme.
Les mutations subites du sexe étaient encore admises au
moyen âge. A. Paré cite un certain nombre de faits.
A l'époque des menstrues, une fille vit un membre viril
lui pousser.
A Reims, chez une fille de quatorze ans, qui couchait
avec une chambrière, des parties génitales d'homme vinrent
â se développer.
LESniSEXUÉS
A Yîtrjr-le- François, un individu que, jusqu'à [Link],
on avait tenu pour fille, sentit, après avoir sauté un fossé,
qu'une verge et des testicules venaient de lui pousser au
ventre. « Il s'en retourna, larmoyant, à la maison, disant
que les tripes lui étaient sorties du ventre. a
Paré remarque que « nous ne trouvons jamais, en his-
toire véritable, que d'homme aucun soit devenu femme,
parce que la nature tend toujours à ce qu'il y a de plus
parfait ».
Malgré toutes ces erreurs, A. Paré n'en fut pas moins,
avec Zacchias, Bauhin, Duval, Riolan, Saviard, le précurseur
et l'initiateur des grands physiologistes, dont les noms vont
revenir sans cesse sous ma plume dans les chapitressuivants,
depuis Haller, Ruyscb, Morand, Ferrein, Hunier, Parsons,
Arnaud, Blumenback, llufeland, Ackermann, Ewerard,
Home, Mayer, Rudolphi, Béclard, Marc, Duguês, Meckell,
jusqu'à Isidore Geoffroy-Saint-Hilaire, Serres, Cosle, Bouil-
laud, Follin, Ricco, Holmes, Simpson, Rok-itanski, Luigi de
Crecchio, Laugier et Ambroise Tardieu.
CHAPITRE II
DÉFINITION
Le mot hermaphrodisme tire son étymologie des deux
mots grecs Ep[«.%(Mercure), et AçpoSÎT»)(Vénus). Les Alle-
mands l'appellent ZiiiitlerbUdung.
L'Académie définit l'hermaphrodisme « La réunion de
certains caractères des deux sexes dans un seul individu, n
Littré le définit « La réunion de quelques-uns des carac-
tères des deux sexes chez le même individu. »
Zacchias disait r Dicuntur kermapkradili qui $exu mtnt
indistincti, nempe qui neutfitm vet utrumqve habere videntm\
et hoc nomine comprehendi volo quascumque qui aliquo modo
in sexus qualitate dubium excîlare possunt. Il ajoute ailleurs
Diei eos hermaphroditos qui parlim habent membra viri, partit»
mulieris.
Pour les canonistes, la définition est beaucoup plus abso-
lue. L'hermaphrodite, disent-ils, est celui qui peut, lanquam
mas, generare ex allô, et, lanquam femina, generare ex se ipso.
Pour Geoffroy-Saint-Hilaire, l'hermaphrodisme est la réu-
nion apparente ou réelle, complète ou incomplète, des deux
sexes sur le même individu. Cette définition est, en somme,
celle qui boite le moins.
CHAPITRE III
LES CAUSES DE L'HERMAPHRODISME
Quelles sont les causes de l'hermaphrodistae ?Pourquoi
un individu naît-il incomplet au point de vue du sexe?9
Pourquoi ces ébauches d'organes dissemblables réunis ?
Ce sont là des questions éminemment obscures et aux-
quelles il est bien difficile de répondre, en l'état actuel de
la science.
Pourtant, il semble à peu près démontré que l'hérédité
morbide a une influence sur la production de cette anomalie.
Sans doute, un hermaphrodite ne pourra engendrer un
autre hermaphrodite, puisqu'ils sont dans la majorité des cas
inféconds^ sinon impuissants. Mais, un individu qui présente
une tare pathologique quelconque, physique ou psychique,
risque fort, non pas de transmettre toujours cette tare à sa
descendance, mais de créer un produit qui présentera
quelque défectuosité, quelque anomalie. Comme je l'ai déjà
dit à propos des gynécomasles, un épileptique pourra
engendrer un épileptique, Il est vrai mais il pourra aussi
engendrer un être disgracié au point de vue physique, un
LES BISEXUÉS
hypospade aussi bien qu'on strabique, un hermaphrodite
aussi bien qu'un microcéphale.
J'ai observé fréquemment les différentes formes d'hypo-
spadias chez les dégénérés criminels
J'ai montré également, dans la première partie de cet
ouvrage, que les hommes à mamelles donnaient fréquem-
ment le jour à des alcooliques et à des dégénérés. J'ai
même cité l'exemple d'une famille composée presque exclu-
sivement de gynécomastes et d'hermaphrodites.
L'hermaphroditisme ne serait plus ainsi, dans bien des
cas, qu'un stygmate physique de dégénérescence, ainsi que
l'ont signalé déjà Morel et Magnan. Nous verrons, dans les
chapitres suivants, combien cette théorie concorde avec les
faits.
II
Pour le Dr Cleisz, l'alimentation est un facteur puissant
dont il faut tenir compte dans la détermination sexuelle de
l'embryon 3.
Il admet aussi que, quand bien même les parties génitales
auraient commencé leur développement dans un sexe
défini, l'influence de l'alimentation peut être assez forte
pour déterminer un développement dans Li sens opposé,
de façon à former uu hermaphrodisme partiel ou complet,
formation hybride, dont le caractère sera celui d'une double
sexualité. Ces formations hybrides se produisent générale-
ment lorsque survient un changement soudain dans
l'alimentation, particulièrement dans' le cas de disette
1. Voyezà ce propos un article que j'ai publie dans les Ardtioesde
criminelledu 13janvier1892;Observations
l anthropologie sur quelques
anomaliesde la vergechez,les dégénéréscriminels,
2. [Link] lois qui présidentà la créationdessexes.
T&èsede Paris,"1889.
LES CAUSES DE L'HEltMAPHIiOMSME
subite, qui exerce une influence pernicieuse, surtout sur le
développement dû sexe féminin; aussi, la plupart des
hybrides sont-ils du genre masculin.
Pflflger a noté chez les grenouilles Cette particularité,
qu'un tiers environ se transforme en mâles naturellement;
le reste est composé de femelles ou d'hybrides. On trouve
encore beaucoup de ces derniers après trois mois. On est
presque autorisé à penser que, chez ces animaux, les
qualités de l'œuf et du sperme se sont balancées dans la
formation primordiale de l'embryon, et que ce n'est que
l'influence de l'alimentation qui, dans la suite, aurait fait
pencher la balance.
CHAPITRE IV
L'HERMAPHRODISME DANS LE RÈGNE
VÉGÉTAL
Tous les procédés mis enjeu parles végétaux, pour multi-
plier les individus et perpétuer les variétés et les espèces,
peuvent être divisés en deux grands groupes ceux de la
multiplication asexuée et ceux de la multiplication sexuée.
Dans le premier cas, une partie plus ou moins consi-
dérable d'un individu se détache de lui, vit d'une vie indé-
pendante, et se développe en un individu nouveau qui
possède tous les caractères spécifiques de celui dont il
provient, que le phénomène se produise par bourgeonne-
ment, par segmentation, ou par sporulation.
II
La reproduction sexuée est caractérisée par ce fait
qu'une cellule, dite mâle. se fond dans une autre cellule,
dite femelle, qui se développe en un végétal nouveau.
9
LES BISEXUÉS
Dans les plantes dites dioïques, les organes mâles et les
organes femelles sont portés par des pieds différents. Dans
ce cas, si les cellules mâles sont mobiles, elles iront elles-
mêmes à la rencontre de l'individu femelle; si elles ne sont
pas mobiles, elles seront portées à l'organe femelle par
des agents extérieurs, tels que l'eau, le vent ou les insectes.
III
Dans les plantes dites monoïques, les organes produc-
teurs des cellules mâles et des organes femelles sont réunis
sur le même individu. Mais, dans ces cas, l'hermaphro-
disme n'est pas parfait, parce que l'auto-fécondation est le
plus souvent impossible. Ainsi, dans un grand nombre de
plantes, les organes mâles et les organes femelles, quoique
situés dans un même appareil hermaphrodite, dans une
même fleur, par exemple, ne se développent pas en même
temps, de sorte que les cellules mâles et les cellules
femelles, qui sont proches parentes, ne peuvent pas se
fusionner les unes avec les autres.
Dans d'antres plantes, quoique les cellules mâles puissent
facilement être mises en contact des organes femelles
situés dans un même appareil hermaphrodite, elles sont
naturellement, pour un motif que nous ignorons, incapables
de féconder les cellules femelles produites par ce même
appareil, et n'ont d'action que sur les cellules femelles
d'un appareil différent.
D'autres fois enfin, les organes mâles et les organes
femelles étant réunis dans un même appareil hermaphro-
dite et arrivant à la maturité en même temps, Tauto-fécon-
dation est cependant rendue impossible, parce que les
organes sont disposés de telle sorte que les cellules mâles
L'HERMAPHRODISME DANS LE RÈGNE VÉGÉTAL
sont mécaniquement dans l'impossibilité de se mettre en
contact avec l'organe femelle.
Pourtant, on observe chez certains végétaux des cas
d'hermaphrodisme parfait et d'auto-fécondation. Ainsi,
chez quelques espèces phanérogames où les organes
mâles et les organes femelles sont réunis sur un même
individu et sur une même fleur, bien souvent la féconda-
tion s'effectue directement entre les organes voisins, par
exemple entre les mâles et les femelles renfermés dans
une même fleur.
CHAPITRE V
L HERMAPHRODISME CHEZ LES ÊTRES
INFÉRIEURS
Quand on descend l'échelle des êtres, on trouve des
animaux inférieurs réellement hermaphrodites, produisant
les œufs et le sperme, se fécondant eux-mêmes.
Chez les protozoaires, la reproduction est asexuée et se
fait selon les modes que j'ai indiqués dans le chapitre
précédent. Chez les éponges, les astéries et presque tous
les cœlentérés, les oeufs et les spermatozoïdes se déve-
loppent chez le même individu, dans l'épaisseur des mé-
sentères ils tombent dans la cavité intestinale, où s'opère
la fécondation.
Chez les cestoïdes, dont l'organisation anatomique et phy-
siologique est déjà bien supérieure, les organes reproduc-
teurs mâles et femelles sont également réunis chez le même
individu. Ainsi, les anneaux des tœniadés sont hermaphro-
dites et renferment chacun un appareil générateur mâle
complet et un appareil générateur femelle complet. Mais
ces deux ordres d'organes n'arrivent pas à maturité en
LES BISEXUÉS
même temps. Les organes mâles se développent en premier
lieu et versent les spermatozoïdes dans une sorte de poche
vaginale où ils attendent la maturation des œufs.
Les trématodes sont aussi hermaphrodites, et ta réunion
des éléments mâles et femelles se fait sur un individu
unique, au moyen d'un organe qu'on a appelé sinus génital.
II
Les hirudinés et les gastéropodes sont hermaphrodites
cependant, deux individus sont nécessaires à la fécondation.
Ils se fécondent l'un l'autre et Se servent à la fois de mâle
et de femelle. Ainsi, chessl'escargot (Hélix pomtttia), il existe
une mutuelle copulation entre deux individus. Chacun des
deux dégaine d'abord son dard et l'enfonce dans les tissus de
l'autre, soit pour le fixer, soit pour l'exciter. Puis, chacun
dégaine son pénis et l'introduit dans l'atrium génital pour y
déverser les spermatozoïdes.
CHAPITRE VI
LA DIFFÉRENCIATION DES SEXES
A mesure qu'on s'élève dans la série animale, on voit le
travail génésique se répartir sur deux individus. De cette
division résulte la diflérence des sexes. De ces deux êtres,
l'un est destiné à produire les œufs, l'autre à élaborer le
sperme. La différence entre ces deux êtres est d'autant plus
manifeste, leur accouplement d'autant plus parfait, qu'on
remonte la chaîne des êtres vers le genus homo.
Mais il y a encore bien des degrés dans la génération
dioïque.
Chez les crustacés, et en particulier chez l'écrevisse (As-
lacus fluviatitis), le mâle se contente de déposer ses sper-
matozoïdes sur le ventre de la femelle.
Chez les arachnides et les myriapodes, il n'y a pas non
plus de copulation véritable* Le mâle recueille ses sperma-
tozoïdes avec ses pédipulpes et les introduit dans l'organe
femelle avec les plus grandes précautions, car la femelle
cherche à s'emparer de lui pour le dévorer.
LESBISEXUÉS
Il
Chez certains insectes, tels que les papillons et les can-
tharides, les mâles ne naissent que pour féconder et mourir.
Chez les canlharides, l'accouplement est le signal de la
mort; c'est le chant du départ. « Le mâle, dit Audouin,
harcèle la femelle, laquelle oppose d'abord de l'apathie, et
plus tard de la résistance. 11 monte sur son dos et saisit ses
deux antennes avec les pattes de devant. Il existe au pre-
mier article du tarse de ses pattes une profonde échancrure,
et à la jambe une forte épine ou crochet qui, en se repliant,
vient fermer cette échancrure et la convertir en véritable
trou. C'est avec ces espèces de pinces que le mâle accroche
les antennes de la femelle, qu'il les tiraille et les manie
comme deux rênes. Leur accouplement a bientôt lieu. Il
dure quatre heures environ. Après ce temps, la femelle,
jusqu'alors immobile et comme indifférente, s'agite avec
force. Le mâle, affaibli, tombe, mais son pénis s'est rompu
et demeure engagé dans le vagin. » La fin de la copulation
est le signal de la mort du mâle, qui ne se relève plus après
être tombé du dos de sa femelle. Celle-ci ne tarde pas à s'en-
foncer dans la terre, où elle dépose ses œufs, puis meurt
à son tour.
III
Chez la plupart des poissons, la fécondation est fortuite.
Les femelles déposent leurs oeufs dans les bas-fonds et
s'éloignent le mâle passe plus ou moins tôt dans le même
lieu et y verse sa laitance.
Chez les batraciens, il y a un degré de perfectionnement.
LA DIFFÉRENCIATIONDES SEXES
Chez la grenouille, le mâle s'attache à la femelle et arrose
les œufs à mesure qu'elle les pond. Dans d'autres espèces,
le mâle se contente de suivre la femelle et d'arroser les œufs
qu'elle pond sur sa route.
IV
Dans les espèces plus élevées, la fécondation est mieux
assurée, car elle s'opère avant la ponte et dans le corps de
la femelle. Il y a alors un véritable accouplement, très
imparfait encore chez les reptiles et chez les oiseaux. Chez
ces derniers, il y a simplement abouchement ou juxtaposi-
tion de deux cloaques.
Chezles mammifères, les sexes se différencient de plus en
plus. Les organes reproducteurs internes sont de plus en
plus dissemblables, pendant que les organes externes pren-
nent, eux aussi, une forme tout à fait différente chez le mâle
et la femelle. L'accouplement est complet et devient une
fonction des plus importantes.
Dans certaines espèces, certaines parties du corps même
se différencient. Dans quelques cas, on voit les mâles se
caractériser par la présence de crinières et de cornes, alors
que leurs femelles en sont dépourvues.
"VI1
Chezles bimanes, cette différenciation des sexes est encore
plus profonde etplus tranchée. L'hommediffère delà femme,
»
LES BISEXUÉS
non seulement par ses testicules et son pénis, mais encore
par la forme plus rude de ses muscles et de ses membres,
par son système pileux plus abondant, par le timbre plus
grave de sa voix, par sa stature engénéral plus élevée. La
femme diffère de l'homme non seulement par ses ovaires et
sa vulve, mais encore par la forme plus gracieuse de son
corps, par ses contours plus délicatement arrondis, par
son visage glabre, par ses cheveux plus longs, plus soyeux
et plus fins, par la grâce délectable de ses seins et de ses
hanches molles et rondes, par ses goûts même et ses incli-
nations, fruits de l'hérédité mûris à point par l'éducation.
Alors, l'accouplement devient cette chose harmonieuse et
parfaite qui se compose d'un acte physiologique qu'on
appelle le coït, et ordinairement aussi d'un sentiment qu'on
appelle l'amour.
Nous allons voir, dans les chapitres suivants, par quelles
mystérieuses déviations certains individus restent incom-
plets ou bien tendent à retourner aux formes inférieures de
l'hermaphrodisme, à redevenir des êtres monoïques.
Nous envisagerons ensuite ce que peuvent être ces indi-
vidus au point de vue morphologique, physiologique et
psychique.
CHAPITREVU
LA PÉRIODE PRÉSEXUELLE DE LA VIE
FŒTALE
« Chez l'homme, dit l'auteur inconnu des Elements of
social science, les organes du sexe masculin ont atteint leur
complet développement et les organes du sexe féminin sont t
restés à l'état embryonnaire; l'opposé se rencontre dans la
femme le pénis de l'homme se retrouve dans le clitoris de
la femme. Chez le fœtus, les deux organes se ressemblent au
point qu'on ne peut les distinguer l'un de l'autre. Le déve-
loppement de l'un est arrêté dès les premiers mois, tandis
que celui de l'autre continue sa marche régulière. L'utéruâ
est représenté, chez l'homme, par une légère dépression de
la prostate. Il en résulte que la séparation des sexes est
plus apparente que réelle; en réalité, nous sommes tous des
hermaphrodites. »
II
Dutrochet écrivait également, en 1833
«. Dans les premiers temps de leur existence, tous les
LES BISEXUÉS
fœtus humains ont leurs organes génitaux externes con-
formés de la même manière, et le type uniforme de cette
conformation apparente est celui de l'organe féminin, Les
fœtus mâles, comme les fœtus femelles, offrent également
l'apparence extérieure d'une vulve, quand ils sont très
jeunes, mais bientôt, chez les mâles, cette vulve apparente
disparaît par la soudure de ses deux parties latérales, par
le développement de sa partie postérieure qui se gonfle pour
former les deux poches scrotales, lesquelles, dans le prin-
cipe, sont séparées par une fissure; par le développement
enfin du pénis, à la partie inférieure duquel il n'existe
d'abord qu'une simple gouttière," laquelle ne tarde pas à se
transformer en canal par la soudure de ses bords. Il résulte
de là que les deux formes sexuelles extérieures, femelle et
mâle, sont les deux phases successives d'un développement
qui tend des parties latérales vers la ligne moyenne, ainsi
que l'a établi la théorie du développement excentrique, due
à M. Serres. La première phase offre la séparation des deux
parties latérales, en outre plus développées; ainsi, la forme
extérieure féminine précède la forme extérieure masculine.
« On sait qu'à une époque plus avancée du développe-
ment, les fœtus femelles paraissent être mâles, en raison de
l'accroissement disproportionné de leur clitoris. Ainsi, il est
vrai de dire que, relativement à la conformation apparente
des organes génitaux ex ternes, tout homme à été femme dans
le principe. On conçoit, d'après cela, comment un arrêt de
développement dans les organes externes peut faire d'un
mâle effectif une femelle apparente, et comment, au con-
traire, un excès de développement, ou' si l'on veut, le déve-
loppement inopportun de ces mêmes organes externes, peut
faire un mâle apparent, mais cependant toujours imparfait,
d'une femelle effecti7e. »
CHAPITRE VIII
PATHOGÉNIE DE L'HERMAPHRODISME
Quelques mots d'embryogénie me paraissent indispen-
sables pour comprendre comment se produit l'hermaphro-
disme.
Vers le deuxième mois de la vie intra-utérine, l'ébauche
des organes de la génération est représentée par les glandes
génitales primitives qui deviendront testicules ou ovaires,
par le corps de Wolffet son canal excréteur, qui formerales
voies génitales mâles, et par les conduits de Muller, qui
formeront les voies génitales femelles.
Tous ces conduits débouchent dans le cloaque par l'inter-
médiaire du sinus uro-génital. C'est à l'extrémité antérieure
de la fente eloacale qu'apparaissent ultérieurement les
rudiments des organes génitaux externes Véminence géni-
tale, qui forme le pénis ou le clitoris, le sillon génital, qui
forme la portion terminale de l'urèthre ou les petites lèvres,
et les replis génitaux, qui forment le scrotum ou les grandes
lèvres.
Chez,le mâle, les glandes génitales deviennent les testi-
cules, et les canaux de Wolff les canaux déférents. Les con-
LES BISEXUÉS
duits de Millier disparaissent. Les corps de Wolffs'atrophient t
aussi, sauf la partie moyenne, qui s'accole de chaque côté au
testicule et se transforme en épididyme. Le tubercule génital
se change en pénis. Le sillon génital se ferme, pour consti-
tuer la portion spongieuse de l'urèthre, tandis que le sillon
uro-gônital forme la portion membraneuse. Les replis géni-
taux se soudent sur la ligne médiane et donnent ainsi nais-
sance au scrotum.
Chez la femelle, les glandes génitales développées repré-
sentent les ovaires. Les conduits de Müller fournissent les
trompes, l'utérus et le vagin. Les canaux et les corps de
Wolff disparaissent, à l'exception de la portion qui corres-
pond à l'épididyme et qui forme l'organe de Hosenmuller
ou parovarium du ligament large. Le tubercule génital,
beaucoup moins développé que chez le mâle, devient le
clitoris. La gouttière génitale reste ouverte et ses bords
forment les petites lèvres- Enfin, les replis génitaux restent
séparés et se renflent pour constituer les grandes lèvres.
II
Telle est, d'après G. Herrmann, la marche du développe-
ment embryogénique des organes génitaux chez le fœtus.
En somme, le jeune embryon a tout ce qu'il faut pour
devenir à la fois mâle et femelle dans ses organes génitaux
internes, mais seulement mâle ou femelle dans ses organes
génitaux externes.
« Partant de ce stade très jeune, continue G. Herrmann,
on voit les sexes se différencier progressivement parla suite,
d'après un plan général parfaitement établi. Le dimor-
phisme sexuel ne porte pas seulement sur les organes géni-
taux, mais aussi sur l'habitus général du corps port,
barbe, voix, mamelles, conformationdu squelette, du bassin
PATHOGËNtE DE L'HERMAPHRODISME
en particulier, etc. La différenciation physiologique est
complète après la puberté, une fois quela sécrétion du
sperme d'une part, l'ovulation et tes menstrues de l'autre,
se montrent régulièrement. Il se fait en même temps dans
la personnalité morale des individus une différenciation,
qui se manifeste aussi bien par l'orientation générale des
idées, des goûts et des habitudes, que par les penchants
sexuels proprement dits'. »
Mais il peut se produire dans le développement des dévia-
tions qui se traduisent par un mélange en proportions
variables, sur un même individu, de caractères mâles et
femelles.
Ces quelques explications données, il est facile de com-
prendre dès maintenant la possibilité de vices ou de modi-
fications de développement consistant dans l'évolution
simultanée d'un ovaire et d'un testicule, d'une trompe et
d'un canal déférent. De même des monstruosités peuventse
produire par arrêt de développement des différentes parties
de 1 organe génital externe.
1. G. [Link], ency~op.<<e:
in. D<c<. 6'eteNCM
mëdtc.,4~série, t. X1U,p. 612.
CHAPITRE IX
CLASSIFICATION DES HERMAPHRODITES
Ambroise Paré avait divisé les hermaphrodites en quatre
groupes, suivant qu'ils étaient mâles, femelles ou bisexués.
Pierquin a suivi le même procédé, en les divisant en mono-
games, androgynes et gynanthropes, agames et digames.
II
Isidore Geoffroy-Saint-Hilaire avait adopté la classifi-
cation suivante
1° /?M'nMp~fo~MMM sans ea'ee~,où le nombre normal des
parties constitutives de l'appareil génital n'est pas changé.
a. JM<MCM<Mt, quand l'appareil génital) essentiellement
mâle, offre dans quelques-unes de ses parties la forme
femelle.
b. ~!KtHtM~quand l'appareil génital, w essentiellement
femelle, offre dans quelques-unes de ses parties la forme
mâle.
te
LESBISEXUÉS
c. Neutre, quand les organes génitaux offrent un mélange
des deux sexes. Il est dit superposé quand les organes
profonds sont d'un sexe et les organes externes d'un autre;
~t~ra~, quand il est mâle d'un coté et femelle de l'autre;
MtMt-to~fot, quand les organes profonds et moyens étant,
d'un côté, du même sexe, ceux du côté opposé appartien-
nent à deux sexes dinerents; croisé, quand les organes
profonds sont mâles à droite et femelles à gauche, tandis
que les organes moyens sont mâles &gauche et femelles à
droite, et réciproquement.
3" Benaa~/tfo~MMeaeec excès, où il y a augmentation du
nombre normal des parties constitutives de l'appareil
génital.
a. Masculin complexe, quand l'appareil génital, essentiel-
lement masculin, se trouve associé à certains organes fémi-
nins.
b. festmM camy~e, quand l'appareil génital, essentiel-
lement féminin, se trouve associé à certains organes mas-
culins.
e..SMea't~pof/at<) quand il existe un appareil mâle et
un appareil femelle, tous deux complets.
d. BMMCMe!impm'/6[t<, quand il existe un appareil mâle
et un appareil femelle, tous deux incomplets, ou dont l'un
seulement est incomplet.
III
Depuis Meekel, on admet généralement la division en
hermaphrodisme vrai et en hermaphrodisme apparent.
Ainsi, Klebs admet
i" L'~ma~'ottwe M'a~ où il y a coexistence d'ovaires
et de testicules.
t. Caadt. d. path. Anal., <&?3.
CLASSIFICATION DES HERMAPHRODITES
11le subdivise en
a. Hermaphrodisme M'a: &t~Mf<!<;
b. Hermaphrodisme vrai wMt~<t<a~'
c. ~e~«tp~ro<ifMmevrai ~a<a< ou alterne.
2° Le pMM~e-AM'NM~AM~Mme, où il n'existe des glandes
génitales que d'un seul sexe.
Il le subdivise en masculin et féminin.
Suivant que l'anomalie porte sur les organes externes,
on sur les internes, ou sur les deux à la. fois, le pseudo-her-
maphrodisme dans chaque sexe est subdivisé en pM~o-Aef-
maphrodisme exlerne, tM~'Me ou complet.
C'est cette classification que j'adopterai dans les cha-
pitres suivants.
CHAPITRE X
L'HERMAPHRODISME VRAI
L~hermaphrodi&me vrai ou hermaphrodisme bisexuel im-
parfait est l'hermaphrodisme du segment profond de l'appa-
reil génital c'est la forme qui se rapproche le plus de
l'hermaphrodisme parfait.
Suivant le nombre et la disposition des glandes génitales,
G. Herrmann le distingue en
1° .NM'Mtop~'odtMM vrai bilatéral, où il y a un testicule
et un ovaire de chaque CÔM
â° ~nKa:pAt'o~MHMM'at ~mt~!<e!'a/,où il y a un testicule
et un ovaire d'un seul côté, le côté opposé ne présentant
qu'une glande génitale, ou en étant complètement dé-
pourvu
3' Z~'MMpAMMKMM vrai latéral ou externe, où il y a un
testicule d'un côté et un ovaire de l'autre.
II
Il existe chez l'homme des cas manifestes d'hermaphro-
LESBISEXUÉS
disme vrai et personne ne songe maintenant à révoquer
la chose en doute.
D'ailleurs, ce phénomène avait déjà été observé sur les
animaux. Stelladi, Mayer, Gnrit, l'ont observé sur des chiens
et des boucs; Hunter, sur une ânesse et sur une vache;
Harlan, chez un singe; de Mascagni, sur une vache; Delle
Chiaie, Schnopf, Et. Geoffroy-Saint-Hilaire, Martin Saintr
Ange, I. Geoffroy-Saint-Hilaire et Meckel, sur la chèvre
de Valmont de Bomare et Brilloet, chez le daim Hettlin-
gert Scopoli, Duméril, Rudolphi, KIng, chez différentes
variétés d'insectes; ;Niehoits, chez le homard; Pallas, chez
l'esturgeon; Schwalbe et Morand, chez la carpe; Starke et
Réaumur, chez le brochet Heide et Bechtein, chez la poule;
Faber, chez le rat; Thomas Borckhausen, Mascagni et
Scriba, chez le bélier; Schlumpf, chez le veau, etc.
Je vais citer brièvement quelques faits irréfutables
observés chez l'homme.
I1 I
Les cas d'hermaphrodisme vrai bilatéral sont les plus
rares.
CceUus Rhodigin raconte qu'à Ferrare, en Lombardie,
naquit un corps monstrueux qui, outre qu'H avait deux
testicules, « se trouvait fourni des natures tant d'homme
que de femme, situées coslé à eosM l'une de l'autre~ ».
Vrolik aa décrit les organes d'un hypospade mort à cin-
quante-huit ans. Il avait, à gauche et à droite, un ovaire et
un testicule.
H. Müller a a également étudié un cryptorchide avec pénis,
t. CœHuaHhotHgin.~.efOttsa~t~UM, )![Link],eh.M.
2. Yrolik.
[Link]
ar6M<~
acftHM<)'.
iftusti·,em~o~M., tab. 9.4
tab.
embryogin., 94et
et 95. Lipsiae,
LipMB,lt85d.
854.
3. !n CanM~«~a?<M&BdIV, p. i2, 185t.
L'HERMAPHRODtSME VRAI
qui avait un vagin, un utérus, des trompes, deux testicules
et deux ovaires.
Arthur Durham a vu aussi un hypospade féminin, qui
avait de chaque côté un testicule normal avec épididymc
et cordon spermatique;; au-dessus de chaque testicule exis-
tait un ovaire ayant subi la dégénérescence graisseuse.
2
Heppner a examiné un jeune hypospade masculin qui,
avec un utérus, avait deux testicules et deux ovaires.
IV
On cite aussi quelques cas d hermaphrodisme vrai uni-
latéra). Pourtant, celui rapporté par Lilienfeld* me parait
très douteux.
Mais 0. Gast~a manifestement observé sur un fMus
monstrueux mort-né un utérus avec testicule d'un côté et
ovaire de l'autre.
Les cas d'hermaphrodisme vrtd alterne sont beaucoup
plus nombreux.
Luc et Morand ont vu, chez nn hypospade avec vagin
et utérus, un ovaire à droite et un testicule à gauche.
Même fait observé par Varoder en HS4".
1. Gx;~ JTotp. J!epo' 3'! s., t. V, p. 424, )8M.
2. Bete~eW~ arch. /<i!' Anal., 1870, p. 702.
3. BeH' :<t<'J~o'~Ao/c~ie x. EM<M)tcAe~Ny~Mc/t. ][Link]., ]ttar-
burg, 18Se.
4. Beitrage ~xr J~)'e von <fen BattcA-B<ama-Gent<<!bjoa<<eu. MH den
verus. Inaug. DiM., BerUn-&re!f~waM, 1884.
Ae)'MMp&ro<f:<ti)!HM~
5. De &enHap/n'o<<M. Th. de Paris, 1749.
6. Pinel. ~<)t< de la Soc. méd. <f'NM!<<<!<MH, 1.
t. IV, p. 342, Pans, iSOL
LES BISEXUÉS
En 1767, Mont 1fit l'autopsie, à l'hôpital de Dijon, de Jean-
Pierre Hubert, qui avait des mamelles, une fente vulvaire,
un vagin rétréci et un rudiment de matrice avec ovaire à
droite. La lèvre vulvaire gauche contenait un testicule bien
conformé dont le canal déférent débouchait dans une vési-
cule séminale contenant du sperme.
Mêmes faits observés par Rudolphi~ et Berthold 3.
Marie-Dorothée Derrier avait tous les instincts sexuels
d'un homme, avec érections et pollutions. A l'autopsie,
Mayer' lui trouva un vagin, un utérus avec deux trompes
aboutissant à droite à un testicule et à gauche à un ovaire.
Les faits rapportés par Barkow5, Banon", Cramer',
Gruber Klotz., peuvent être considérés également comme
des exemples d'hermaphrodisme vrai alterne.
J. Router" a eu l'occasion d'examiner trois jeunes frères
provenant tous trois de la même mère. Ils étaient affectés
d'hypospadias et présentaient un ovaire d'un côté et un
testicule de l'autre.
11va sans dire que cet hermaphrodisme profond s'accom-
pagne toujours d'hermaphrodisme externe.
VI
Plusieurs auteurs nient l'existence des individus insexués,
1. ~M. de f~c<t<feMte de Dijon, t. tf, p. t97, <7M.
2. [Link]' [Link].d. WM~MeA. sMBerlin,t82a.
3. [Link] K. 6MeH<e/t.d. n~Me~Mc/t. zu CN~myeK, Bd M,p. i0~,
t8;5.
4. C~pef' ~oe&eMCAt' isa6, no 50.
5. ~aat. ~&[Link], i8S), p. 60.
6. Dt<6H<tJoM~tta!,t. XIV, p. ?3, i8S2.
7. Ettt faH von Ae)'HM~A''MHMMMM ~<et'a~. Zurich,18S7.J
8. Jt~[Link] l'[Link]érialedes Sciencesde~a<n<-Pe<er~eK!t8S9.
9, C<-n<<-a<M.C/Mt' IBM.
[Link] Be<<t'<t~ .:MrLe/Irevon Aefmap~'o~ttMtMM~. In. Verhand.d.
phys. !)!<<<e~e~e~~K W<t)-<~t< 1S89.
L'UERAtAPHROD!8ME VRAI
des hermaphrodites neutres, ne présentant profondément
tes attributs d'aucun sexe. Pourtant Polaillon a rapporté à
la Société o~e/t'tcc~e et gynécologique de ~'<f! (séance du
12 mai 1887) un fait qui paraît être un cas indiscutable
d'hermaphrodisme neutre.
I! s'agit d'un individu qui succomba à la Pitié, dans son
service, et dont il put faire l'autopsie.
Pendant sa vie, dit M. Polaillon, j'avais été frappe de ses
caractères de fémininité. Sa peau était blanche, nne,
dépourvue de poils. Ses formes étaient arrondies comme
celles d'une femme. Ses bras et ses mains étaient grêles,
allongés, pourvus d'attaches très fines. Sa figure avait des
traits réguliers, délicats, avec absence complète de barbe,
bien qu'il fût arrivé à l'âge de trente et un ans. Ses épaules
étaient tombantes. La partie antérieure de sa poitrine por-
tait deux mamelons bien formés, surmontant deux tégéres
saillies mammaires, saillies plus marquées qu'elles ne le
sont habituellement chez un homme.
Le bassin paraissait très large. Mais N. ne me permit
pas, tout d'abord, d'examiner ses organes génitaux.
N. était peu robuste et n'avait jamais exercé d'état
pénible. Il avait débuté par être tailleur. Puis il s'était mis
dans une entreprise de marchand de bière, où il n'avait pas
fait fortune.
11paraissait avoir des goûts sédentaires et un caractère
faible. Il était d'une grande pusillanimité. L'ouverture d'un
abcès lui avait donné une appréhension excessive, et
chaque fois qu'il fallait le panser, c'étaient des cris et des
plaintes exagérés.
Sa voixavaitun timbre singulier, assez aigu, ressemblant
à celui d'une voix féminine.
N. était d'une taille au-dessus de la moyenne.
Je n'ai eu aucun renseignement sur ses fonctions géni-
i. JoM''ta<de me~ecMe
de Paris, t. XII,p. S?0,IMTf.
LES BISEXUÉS
tales. Un jour que je lui demandais pourquoi il ne s'était
pas marié, il me répondit avec mauvaise humeur Com-
ment ~OM~s-coM~ que je me sais marié dans l'état où je suis ?
Le bassin est large, excavé comme un bassin de femme.
La région pubienne est saillante, arrondie, proéminente
comme un mont de Vénus. De là partie inférieure de cette
région partent deux replis cutanés, épais, représentant très
exactement les grandes lèvres d'une valve. En se rejoignant,
ces deux replis forment, en haut, une sorte de capuchon,
en bas, une véritable fourchette. Au-dessous du capuchon
se trouve un appendice qui est un pénis en miniature. Cet
organe mesure à peine 4 centimètres de longueur. Il est
très grêle, mais parfaitement normal, et terminé par un
gland, qui porte à son extrémité un méaturinaire. Ce gland
est recouvert par un long prépuce qui forme un phimosis.
Au-dessous du pénis, entre les deux replis que nous avons
comparés à des grandes lèvres, se trouve un petit scrotum
ridé, ne contenant point de testicules. Les grandes lèvres
ne renferment, non plus, aucun organe pouvant être pris
pour des testicules. Enfin, au-dessous de ce scrotum, il n'y
a pas de dépression simulant un orifice vulvaire et un
vagin.
n fut impossible de trouver la moindre trace d'utérus,
d'ovaires ou de testicules.
En somme, N. était essentiellement un hermaphrodite
neutre. Par son pénis rudimentaire, mais normalement
conformé et traversé par un canal de l'urèthre, par son
scrotum à Fêtât d'ébauche, il appartenait au sexe masculin.
Mais il tenait au sexe féminin par la présence des grandes
lèvres, par la conformation de son squelette et par tout son
habitus extérieur.
CHAPITRE XI
LE PSEUDO-HERMAPHRODtSME INTERNE
Lorsqu'il y a persistance des conduits de Muller chez un
individu mâle, on dit que le paeudo-hermaphrudisme mterne
est masculin. Dans un premier degré, il peut y avoir ano-
malie des organes profonds, sans anomalie notable des
organes génitaux externes.
Leukart~ cite l'exemple d'un mâle, pourvu d'une verge
petite et de deux testicules, dont la prostate étaitremplacee
par une vésicule, qui pouvait simuler un vagin rudimen-
taire.
Betz et Eppinger ont vu chacun un individu, pourvu
de verge et de testicules, présenter un utérus avec un vagin
rudimentaire.
Le cas que Petit (de Namur) communiqua en 1738 a l'Aca-
démie des sciences est célèbre. Un soldat muni d'une verge
ordinaire, d'un scrotum avec deux testicules non descendus,
fut cependant trouvé porteur d'un vagin et d'un utérus
bicorne.
1. TKM~meA ~et<, i8â3.
2. JMttKe!~reAtp,i8SC.
3. P~ef Vtef~a~McM/t. Bd. CXXV.
LES BISEXUÉS
Mêmes faits ont été observés par Mayer et Hyrtl
Franqup a observé un cryptorchide qui avait un vagin
et un utérus avec trompas.
Mais ces cas sont rares, et on rencontre bien plus sou-
vent cette forme de l'hermaphrodisme avec malformation
concomitante des organes génitaux externes. Il y a alors
pseudo-hermaphrodisme complet.
Ackermann~avuun hypospade qui avait un simulacre
de vulve, avec vagin et utérus. Les testicules et les voies
spermatiques existaient cependant d'une façon normale.
Günther et Godard ont noté des faits analogues.
Mayer' a vu un hypospade d'aspect féminin, avec utérus
et vagin, présenter des testicules débouchant dans ce der-
nier par leurs conduits déférents.
Angélique Courtois n'avait point eu de règles pendant sa
vie, et n'avait présenté de tendances sexuelles d'aucune
sorte. A l'autopsie, FoDin trouva un utérus et un vagin
rudimentaire s'ouvrant dans l'urèthre; à droite, une trompe
sans ovaire; à gauche, une trompe avec un testicule; une
petite verge hypospade
Hesselbach", Langer** et [Link] ont relaté des faits
semblables.
Router en a également décrit un cas typique observé
chez le porc.
i. [Link] je~fC/<[Link],1831.
[Link]~<et'[Link]< yocAeiMcAf.. tS5).
3. SeaKMMt'i! BeMf~e,IV, i859.
4. Infantis attA'ojj~Mhistoriaet <co)!0~fap/t!a.
Iéna, t80&.
5. [Link] [Link],18M.
6. Aec/tM'c&e~ <ët'a<o~
sur l'appareilséminalde ~'[Link], t86t).
7. IconesM<ec<<t. 1831.
8. GaseMe~eshôpitaux, t88l.
9. Bet~'S~e:Mt'natur tt. Heilkunde,ton ~'M~rete/tM./~M~eM<!cA.
WM~burg, tS~.
l6 &t<cA)% <&k. G~~beA.d. ~e)'<t c« tVt<Mt, ISSo.
H. unqar, Zet<MA)-1853.
t2. [Link].
PSEUDO-HERMAPHRODISME tNTEKKEE
II
Lorsqu'il y a persistance des conduits de WolBfchez un
individu femelle, on dit que le pseudo-hermaphrodisme
interne est féminin.
Comme dans le pseudo-hermaphrodisme féminin, les
conduits de WolH*peuvent persister sans anomalie des
organes génitaux externes; mais le phénomène est rare.
Realdus Colombus a cité un cas très douteux, et K&berlé
un autre.
Il est bien plus fréquent de rencontrer en même temps
des anomalies des organes génitaux externes.
Le cas le mieux connu de ce genre est celui rapporté par
Lnigi de Crecchio 1.
Le nommé Giuseppe Marzo fut baptisé comme fille, puis
élevécomme garçon, dont il manifesta tous les penchants
lors de la puberté, bien qu'il n'ett jamais d~excrétion sper-
matique. Il n'eut d'ailleurs pas davantage de menstrues. Il
vécut toujours comme homme, eut une série d'aventures
galantes, et contracta même des blennorrhagies à deux
reprises.
L'habitus général était nettement masculin larges
épaules, visage couvert d'une barbe abondante, absence
de seins; mais les extrémités étaient fines et le bassin un
peu large.
A l'autopsie, on trouva une verge longue de 6 centimètres
avec gland volumineux, urèthre s'ouvrant au niveau du
frein; un vagin, un utérus avec trompes et ovaires, une
prostate, et des canaux ejaculateurs.
t. So~x-ft
m! e!Modi apparenzeutW!t in una [Link] Il Murye-
~M, iS63.
CHAPITRE XII
LE PSEUDO-HERMAPHRODISME EXTERNE
Le groupe des pseudo-hermaphrodites externes comprend
des formes qui conunent à celles qui ont été étudiées dans
les chapitres précédents, surtout au pseudo-hermaphro-
disme interne. Mais, dans tous ces cas, c'est toujours l'ano-
malie des organes externes qui prédomine.
Chez le mâle, les premières formes de 1 hermaphrodisme
externe sont constituées par l'hypospadias et la cryptor-
chidie ou non-descente des testicules.
A un degré plus élevé, l'hypospadias se complique et nn
vagin plus ou moins rudimentaire appar&iti
Tel le cas Stguaté par Stegbhner'. Chez une jeune fille qui
avait des organes génitaux entièrement féminins, on trouva,
à l'autopsie, des testicules, et nulle trace d'ovaires.
i. De-Af'r~mp~t'adM.
na~Mrtt.
Bambergu. Leipzig,1817.
LES BtSEXUÉS
Schneider', S(tmmer!ng', Grenther2, Pech\ Otto'
Girand*, Rieco~ Martinis, [Link] Avery' Wood",
Czarda", Dohrn", Marchand' Zinsser", Schœnberg",
Leopold", S!ppet",Pozzi'Wermann~, MaxSimon~ ont
rapporté des faits analogues.
Les mieux étudiés sont ceux d'AlexinaB. e t de Catherine
Hohmann Alexina fut élevée comme fille dans un couvent
jusqu'à l'âge de vingt-deux ans. A son autopsie, on trouva
les dipositions suivantes pénis rudimentaire infundibu-
lum simulant le vagin, dans lequel s'ouvraient les canaux
éjaculateurs; orifice uréthral situé comme chez la femme
testicules descendus, complètement à droite, incomplète-
ment à gauche vésicules séminales contenant du sperme.
A quarante ans, Catherine avait des mamelles très déve-
loppées et pendantes, une verge hypospade, un scrotum
i. ~cj~~ .Mt'6. f. S<a<t<Mi'HM!A.X.
s. Illuslr. med. Zeit., i, isn-
3. Cnn!N!. t!e)'mftp/t)'ot~!<MB:o. Leipzig, i846.
4. Auswaht etKtyef MK~tte)- u. ~ef'fw&ef FaHe. Dresden, tSSS.
5, We~e ~Heae BM&aeM., Mai.
6. BeeMett périodique de la Soc. de méd. de Paris, Il.
7. Cenno <<ertco di M! MM~t'OMonto.
8. f:e~e</a&)-MM/M-.~ar ye)-[Link]., Bd XtX.
9. [Link]., tS69.
10. PAth~e<pA. me~. and SM'<?.Rep., XVI.
H. !') CM.o~ a)tt<. a)!<o< tS72.
<2. Wienet- med. Woe/MtMcAt., 18~6.
0. ~re/t. /?<t- 6~[Link]< 18~7.
H. r!)~.A~/t., BJ XCII.
15. DtM. Gie'.sett., 1803.~
i6. B~. Min. tVoe/ie~cAt' 1874.
n. ~)-cA. /&- CyMM., 1873 et ~7.
18. M., 1879.
19. Soc. <<<- biologie, <8St et M8S.
20. ~e«A)-A«-BM;p&t'. 17I![Link]<<!«. In fu-eA. ~t'cA., 1886.
N1. ~n<tM~.~tM. Eriftngen, 1886.
SS. Goujon. B<M!e d'MK cas ~'A~')t!a/)Aro<<MMe6Me~Ke< imparfait
<:&e!; f&[Link] ~oKf. de f~af., 186H.
S3. Rokitanski. Wt~e'' med. W<K!&etMeAt' i86S.
LE PSEUDO-MEHMAPHRODtSME EXTERNE
divisé, simulant une vulve, un vagin court et un utérus
rudimentaire avec deux testicules.
En t884, Gérin-Rose a présenté un cas & peu près sem-
blable h la Société m~tca/e des h6,pîtaux.
Julie D. âgée de vingt-six ans, est restée à Lariboisiere.
du 6, septembre au 8 octobre, pour une fièvre typhoïde.
Elle est sortie guérie mais, avant son départ, M. Gérin-
Rose ayant été frappé de la singulière anomalie de ses par-
ties génitales, en a fait prendre un moule exact. C'est une
personne qui, par la longueur des cheveux, la finesse et la
douceur des traits, le développement des seins, l'absence
de poils sur le corps, ressemble parfaitement à une femme.
La vulve parait au premier aspect normale. Mais on est
bientôt étonné de la. dimension exagérée dn clitoris, qui a
35 millimètres de long, est curviligne et ressemble à un
gland avec sa couronne préputiale. Ce gland est imperforé
on voit cependant une petite dépression linéaire à la place
o!t devrait se trouver le méat urinaire. Celui-ci, auquel fait
suite un urèthre très court, s'ouvre en réalité à 1 centimètre
au-dessous du pénis clitoriforme où du clitoris péniforme,
qui augmente de volume pendant l'érection, en se recour-
bant comme une verge. A ForiJScovaginal ne se trouvent ni
hymen, ni caroncules myrtiformes. Le vagin, de 9 centimè-
tres de long, se termine par un cul-de-sac derrière lequel le
doigt qui s'y meut à l'aise ne perçoit aucune saillie pouvant
faire admettre la présence d'un col utérin. La palpation pro-
fonde de la région hypogastrique et desfosses iliaques n'y ren-
contre aucun organe pouvant être un utérus ou des ovaires.
Cette femme n'a jamais eu de règles, ni aucun symptôme
qui ressemble à une fluxion utéro-ovarienne périodique. En
revanche, dans l'épaisseur des grandes lèvres, sur les par-
ties latérales de ce pénis ébauché ou clitoris gigantesque,
se sentent par la palpation et se voient par le relief deux
saillies qui doivent être des testicules. Cet être anormal ne
s'est jamais senti attiré que vers le sexe masculin; Julie a
il
LES BISEXUÉS
eu des relations sexuelles avec un homme, mais n'a éprouvé
de sensation voluptueuse que par la friction de la muqueuse
vaginale; les attouchements du pseudo-clitoris lui sont
indiCEérents.
Tel est encore le cas signalé par Magitot à la Société de
<tfMf~!e, en t881.
Il s'agit d'une personne âgée de quarante ans, enregis-
trée, à sa naissance, dans la catégorie des individus appar-
tenant au sexe féminin, et dont l'éducation a été dirigée
dans ce sens. Vers l'âge de quatorze ans, est survenu, à
trois reprises différentes et à trois mois d'intervalle chaque
fois, un écoulement sanguin par les organes génitaux, mais
qui ne s'est plus reproduit. En même temps les seins ont
augmenté sensiblement de volume. Ayant alors du pen-
chant pour les hommes, elle se maria à dix-sept ans; les
rapports sexuels furent très incomplets.
Après son mariage, une révolution complète s'est opérée
dans ses instincts génésiques, c'est vers les femmes que se
sont décidément portés depuis lors ses penchants; si bien
que, devenue veuve depuis une dizaine d'années, elle a été
l'amant de plusieurs femmes.
Sa taille est de 1 mètre 78; les cheveux sont noirs, ainsi
que la barbe, qui est assez abondante; la voix et les allures
sont eBeminées; les mains sont charnues et vigoureuses.
Les seins sont assez volumineux; le bassin manque- d'am-
pleur. Le volume de la verge est celui du pénis d'un enfant
d'une douzaine d'années; il y a hypospadias, scrotum bifide,
et contenant un testicule dans chacune de ses parties. Au
fond du sillon de séparation des parties ~crotales existe un
infundibulum admettant à peine le petit doigt, et dans
lequel on ne constate pas trace de col utérin.
Le pénis est susceptible d'érection; il se produit des éja-
eulations spermatiques; le sperme a les apparences du
liquide normat, mais le microscope n'y découvre pas de
spermatozoïdes.
LE PSEUDO-HEMMAPHROCtSMEEXTEKXE
Je ne citerai que pour mémoire les observations anciennes
de Columbus, Faroni, Scultet, Fabricius d'Aquapendente,
Diemerbrœck, Cori~tiam, Pinel, Duguës et Toussaint, Des-
genettes, Wrisberg, Vallisneri, Sabatier, Breschet, et celles
plus récentes de [Link]'~ForcstWiUard~,Rodnguez~,
P. Garnier*, .). Godiee~, Cummings~.
Enfin, je terminerai en citant le cas où Porro est intervenu
si heureusement
Le 1S novembre 1883 se présente au dispensaire de M. le
professeur Porro, la nommée T. G. F. âgée de vingt-doux
ans, à.l'effet de savoir à quel sexe elle appartenait réelle-
ment. Elevée depuis son enfance comme une fille, T. n'en
a jamais eu les goûts; au contraire, tout décelait dans ses
instincts des idées masculines; sa taille est de 1 mètre 59,
son poids de SI kit.-MO; les traits du visage sont vtrtis, la
lèvre supérieure et les joues sont ombragées de quelques
poils noirs. Le thorax est celui d'un homme, les seins sont
développés comme chez les jeunes filles vierges, le mamelon
n'est pas érectile. Le ventre est plat, mais la conformation
du bassin est celle d'une femme les bras sont secs et non
arrondis; les membres inférieurs, par contre. offrent la
conformation féminine, ils convergent vers les genoux.
Le penil est peu proémineut; il est garni de poils durs et
a l'aspect ordinaire de celui de toute femme adulte, les
jambes étant rapproché[Link] on écarte celles-ci, on découvre
une vulve avec un clitoris très développé, dont le gland
dépasse seulement de 1 cent. 1/3 le prépuce ou capuchon.
[Link] base du gland, partent deux replis de la muqueuse vul-
vaire qui simulent les petites lèvres; en les entr'ouvrant,
).~t<M&ttr't. me<<-
.7oMMia<,1876,p. 906.
2. ~MCt'f<WM!o/ 0&!<f<)-tcs, Ne~York, MT?,p. BSO.
3. BscMg!ao4~dtc<t,
CM'aeitS,[Link]'!9.
~tMn.d'A~.p:<M.e<tte «MM.légale,t. XtV, série. 1885,p. S9t.
S. Me ~ttcM, 2Savril 1S8S.
?. Jtot~Mm~ma~<!M<<~Kt'~«'<t'Jo:o'nf<<,
t8S3.
t C~mc~. Ke<<ooi<'<M-<H<ï, u'' 51.
LES BISEXUÊ8
on rencontre un canal de 4 centimètres environ, qui s'étend
de la. base du gland jusqu'à une ouverture pratiquée sur la
ligne médiane, distante de 6 centimètres de la marge anté-
rieure de l'anus. Cette ouverture conduit à un nouveau
canal, qui, après un trajet de 4 cent. 1/2, s'ouvre dans la
vessie.
Deux replis cutanés, de dimensions plus grandes que les
précédents, se développent de chaque côté du corps péni-
forme, parallèlement aux petites lèvres; ils sont couverts
de poils et peuvent passer pour les grandes lèvres. On trouve
à leur sommet, vers la région inguinale, deux corps durs
appliqués à l'anneau. A la pression de ces corps, le sujet
n~accuse aucune sensation douloureuse, ni spéciale au frois-
sement testieulaire. S'agit-il là des ovaires ou des testicules?
Tel est le problème à résoudre et le seul moyen de faire un
diagnostic exact.
Le toucherrectal démontre que la prostate n'existe pas;
l'utérus n'est pas rencontré davantage.
Le 9 décembre 1882, M. le professeur Porro ouvre le pli
génito-crural du coté droit et met à découvert son contenu,
que tous les médecins assistant à l'opération reconnaissent
être le testicule coiffé de son épididyme; le cordon sperma-
tique est reconnu dans le cordon de soutien et d'attache du
testicule. Quelques points de suture au catgut et un Lister
furent appliqués, et, quinze jours après, l'opéré quittait le
service avec un nouvel état civil, enchanté du résultat de
cette investigation.
Il
Réaldo Colomb, de Crémone, raconte, au livre XV de son
jiM<t(om!c « Il y avait une Ethiopienne ou Moresque, la-
quelle ne pouvait agir ny pâtir commodément, car l'un et
l'autre sexe luy estoit venu imparfaict, a son grand regret
LE PSEUBO HERMAPHnODtSMEEXTERNE
et détriment. Car la verge n'excédait la grandeur et la gros-
seur du petit doigt, l'ovale du sein de pudicité estoit si
estroite, qu'à peine pouvait admettre le petit bout du doigt
aussi. Elle désirait que je lui coupasse ladicte verge, mais je
n'osay, craignant d'être blasmé et réprimé de justice, d'au-
tant que j'estimais que ladicte abcissiom ne pouvait se faire
sans péril de sa vie. »
« Durant le femps que j'estois au pays d'Anjou, dit Jac-
ques Duval', il y a quarante-cinq ans, un gentilhomme et sa
femme plaidaient devant FOfScial du dit lieu, tendant à fin
le demandeur, que le mariage qu'il avait contracté avec sa
femme fust solust et déclaré nul, et qu'il lui fust permis de
se remarier. La cause du divorce prétendu était que cette
demoiselle avait un membre viril, long de deux travers de
doigt, en la partie supérieure de l'ovale muliëbre, lieu au-
quel devoit estre le clitoris, qui se dressait alors que son
mari voulait avoir sa compagnie, et le Messoit, de sorte
qu'il n'avoit encore eu décente habitation et copulation avec
elle.
« La visitation faite, le fait cognu véritable et ouîl'onre
jugé pertinent du mari c'est que si elle voulait permettre
qu'on luy coupast ladicte partie superflue et inutile en une
femme, il accorderoit que le mariage persévérast comme il
avait été célébré; et le refus de la dicte demoiselle, qui
accordoit plustot la solution du mariage, que de permettre
l'amputation de cette partie qu'elle vouloit réserver, ainsi
que nature l'avoit formée, le mariage fut du consentement
des deux parties déclaré solut et cassé, l'homme permis de
reprendre telle femme qu'il adviseroit bien estre. »
« Il m'a esté référé, dit encore Jacques Duval,
qu'en
ladicte ville de Paris il y avait un jeune homme d'église,
prestre, lequel est gros d'enfant; et recognu pour tel, il a
esté enfermé prisonnier aux prisons de la cour ecclésias-
p. 331.
(<)r!-<M<e<~A<'t'nMpAt'o<~M,
LESBtSEXUËS
tique, pour là attendre ta fin de sa. grossesse, et que la
nature ait produit ses effets, pour recevoir peu après puni-
tion digne de sa faute. ?
Hector le Nu, '<appelé pour tailler la fille de Guillaume
Frérot, de Honfleur, aagée de six ans, lui trouva parties de
femme bien conformées et de plus unciytoris long comme
ta verge d'un enfant masle du même aage et possédant au
surplus deux espèces de testicules, renfermez sous la motte,
des deux costez de l'ovale a.
C'est à des exemples analogues qu'il faut penser en lisant
dans Montaigne les histoires de ce soldat hongrois et de ce
moine d'Issoire qui accouchèrent l'un en plein camp, l'autre
dans une cellule du couvent auquel il appartenait.
Schneider', Virchorw Escbricht Bnrdach Hofmann
Schauta [Link] Litten ont rapporté des faits plus
scientifiques;
Mais le cas le plus connu et le mieux étudié est celui de
Marie-Madeleine Lefort, qui fut examinée par Béclard, H.
l'âge de seize ans. Réglée depuis l'&ge de huit ans, elle pré-
sentait un clitoris long de 27 millimètres, dont le grand im-
perforé était recouvert dans les trois quarts de sa circonfé-
rence d'un prépuce mobite. Au-dessous se trouvait une fente
vulvaire garnie de deux lèvres étroites et courtes. Vers la
partie supérieure de la fente, &la racine du clitoris, était
un orifice arrondi admettant facilement une sunde d'un
calibre moyen.
Marie Lefort éprouvait des penchants féminins et les
mamelles étaient bien développées, mais l'habitus général
[Link]/xA.d. S<ar<jetrsKe!'&.
von Xopp.,1809.
3. Wa~s&M!-?!-)' ~Aa~.M.
[Link]/<e's ~)-e/M!1S36.
4. ~ita<. <7K<er<. Leipzig, )f<14.
5, ~e~. ~tt&[Link]~ IS'n.
6. WteHefttte~WooAeMO/M-t~,
18S1. ·
T. BcMhc/te Me<<.Woc/temc/i/ï,1881.
8. Wrc/terw~[Link].
LE PSEUDO-IIERMAPHRODISME EXTERNE
du corps était celui d'an adolescent du même âge larynx
saillant, voix forte, barbe naissante, peau des membres
velue.
L'autopsie montra que cette femme ne présentait d'autre
anomalie qu'un développement exagéré du clitoris et une
atrésie du vagin. Celle-ci était due à la présence d'une cloi-
son qu il aurait sufft d'inciser pour rendre le sujet à son
sexe.
III
J'ai trouvé dans la littérature un fait qai n'a point été
ctasse et auquel j'ai peine à croire, n'ayant pas en mains les
documents suffisants. Pourtant je le citerai à titre de cu-
riosité.
Le docteur D. Tsortsis, médecin militaire dans l'armée
hellénique, membre de la Commission de recrutement du
département de Négrepont (île d'Eubée, a observé, parmi
les recrues de cette année de la province de Karystia, un
jeune homme de vingt et un ans, ayant une bosse sur la-
quelle il portait, tout a fait au-dessous de l'angle inférieur
del'omoplate gauche, perpendiculairement, un organe géni-
tal féminin, petit et presque entièrement développé. Cet
organe était de deux centimètres et demi environ, et avait
ses grandes lèvres un peu écartées; celles-ci présentaient
une face externe, recouverte de poils noirs d'une longueur
d'un centimètre et demi, et d'une face interne rosée,humide
et lisse, ayant l'apparence d'une muqueuse sans poils et qui
se continuait en haut et en bas avec la grande lèvre du côté
opposé, et enfin une extrémité antérieure qui se continuait
en haut avec le mont de Vénus, pour ainsi dire, recouvert
de poils plus épais et plus longs. A l'éeartementdes grandes
lèvres, l'auteur a observé une petite cavité montrant l'en-
LESB1SEXCÉ8
trée du vagin et, vers son angle supérieur) un petit tuber-
cule lenticulaire, présentant très probablement le elitoris.
Les petites lèvres manquaient complètement. Sur la face de
la membrane muqueuse de cet organe génital, le docteur
Tsortsis n'a observé d'antre sécrétion que celle de la sneur.
CHAPITRE XIH
MORPHOLOGIE DES HERMATHRODtTES
Quel est l'aspect physique extérieur des hermaphrodites?
En général, les caractères propres & chaque sexe sont
atténués, mais les caractères d'un sexe prédominent pres-
que toujours sur ceux de l'autre sexe.
L'homme conserve sa structure générale plus solide, ses
formes plus accentuées, sa voix plus mâle, sa poitrine large,
son système pileux plus développe. Quant à la femme, Zac-
chias décrit ainsi ses apparences < ~faMttM eorports mulie-
bris mollis 6<de~eahM coicexilis, animus &<H~M~e< po«M-
nibus mMHefe dignis t)ttjaMci<M~;ptHin t)tM<e, in ano, in
perineo nulli, M<tmM~<MM!<~et pectus cafMO~Mm, capilli
capitis ~rom~ tenues, mo~Mtw
Les dimensions du thorax, sa forme, celle des clavicules
et des côtes, seront différéntes, chez l'hermaphrodite mas-
culin et l'hermaphrodite féminin. La forme des hanches et
des cuisses, la direction des genoux, la marche, l'attitude,
les dimensions du larynx, la saillie du cartilage thyroïde, le
timbre et la force de la roix présenteront également des
dinërenccs notables.
LES IMSEXLÉ8
JI
Mai~, comme je viens de le dire plus haut, il peut se faire
que tous ces caractères soient atténues ou même mélanges.
On obtient ainsi des types d'eucminës et de viragos.
« En même temps que les organes sexuels prennent une
ressemblance plus ou moins marquée avec ceux de la
femme, l'organisation tout entière se modifie dans le même
sens et s'empreint véritablement d'un caractère féminin.
Ainsi, le Larynx est peu saillant et la voix peu grave. La
barbe est rare et quelquefois manque presque entièrement.
Une peau douce, délicate, portant t peine quelques poils.
et soutenue par un tissu adipeux bien développe, recouvre
des muscles peu saillants. La poitrine étroite, le bassin
élargi, les membres petits rappellent t par leurs proportions
ceux de la femme. Enfin les mamelles arrondies, plus ou
moins volumineuses, pourvues de mtunetons bien pronon-
cés, viennent compléter une ressemblance qui, souvent,
s'étend jusqu'au moral On pourra se rendre compte de
ces phénomènes en jetant un coup d'œil sur la planche 11.
Alevina. le pseudo-hermaphrodite mâle, si bien étudié
par Tardicu était brun et avait 1"3') de taille. Les traits'
du visage n'avaient rien de bien caractéristique et res-
taient indécis entre ceux de l'homme et ceux de la femme.
La voix était douce, avec quelques sons graves et mascu-
lins. Un léger duvet recouvrait la lèvre supérieure. La poi-
trine était plate comme celle d'un homme et sans appa-
rence de mamelles. Les membres supérieurs n'avaient rien
des formes arrondies qui caractérisent ceux des femmes
bien faites ils étaient très bruns et légèrement velus. Le
bassin et les hanches étaient ceux d'un homme.
t. Is. Geotfroy-Saint-HUatre.
S. QM<M<MH H<e<<tco-tt<ede f«!en<!<[Link], 1874.
'').CH);n
MORPHOLOGIE DES HERMAPHRODITES
L'hermaphrodisme chez la femme peut également s'ac-
compagner de modifications de l'habitus extérieur qui les
rapproche du type masculin. Mais ces phénomènes sont
moins constants et moins accusés que dans l'hermaphro-
disme masculin. Pourtant, on rencontre fréquemment chez
ces femmes une voix forte et d'un timbre grave, comme
chez l'homme. Ainsi, selon Homc\ la voix des négresses
mandingues, qui ont un clitoris très volumineux, est grave~
et rude.
IV
La barbe est généralement un attribut du sexe masculin
mais elle peut manquer dans les cas d'atrophie des testi-
cules, et, par contre, se développer chez la femme par suite
de l'atrophie des ovaires,<
La longueur de la chevelure peut s'observer aussi bien
chez les hermaphrodites mâles que chez les hermaphro-
dites femelles. Pourtant, chez ceux-ci, les cheveux sont
généralement plus nns et plus soyeux,
Quant aux poils du pubis, ils forment un triangle cir-
conscrit chez la femme, tandis que, chez l'homme, ils se
prolongent jusqu'au nombril. Chez les femmes gynandres,
le système pileux peut être beaucoup plus développe.
Hojl'mann a vu, sur une femme très brune, les poils
remonter jusque entre les seins. Ruggieri cite également
un cas où l'abondance de poils sur le ventre motiva une
séparation.
<. Zec~HfM
<Mcompara~tM~t:a<om! t. 111,p. 3n.
LES B!SEXUË8
Chez le pscudo-hormaphrodite reproduit ci-contre, le
triangle pileux pubien est très nettement délimité.
Enfin, la démarche et les attitudes des hermaphrodites
sont en grande partie sous l'influence de l'éducation. Un
hermaphrodite mâle qu'une erreur de sexe aura fait revêtir
du costume féminin, prendra vite les allures et la démarche
d'une femme, et, inversement, une pseudo-femme habille
en homme, marchera ei se tiendra comme un homme.
CHAPITRE XIV
L'HERMAPHRODISME ARTIFICIEL
J'ai déjà décrit une forme de dégénérescence physique,
l'infantilisme et l'effémination, qui est presque del'h~rma~
phrodisme, si on envisage l'individu au point de vue des
formes générales: petit, maigre, fluet, le visage imberbe,
le pubis glabre, la verge et les testicules comme ceux d'un
enfant, la voix aiguë.
J'ai observé dans le temps, à la prison de la Santé, un
petit Savoyard âgé de vingt-cinq ans, qui en paraissait bien
q uatorze ou quinze avec sa petite taille (i'°,49), son visage
complètement imberbe, ses oreilles volumineuses, larges
et écartées. C'était un être très inférieur au point de vue
génital, ignorant encore les femmes (Voyez planche IH).
J'en ai vu deux ou trois autres qui, à vingt ans, avaient
des testicules et une verge comme des enfants de dix ans'
D'autres sont encore plus fëminisés avec leur voix grêle,
leurs cheveux fins, leurs longs cils et leurs hanches déve-
loppées.
1. Voyez, Jt ce propos, mon livre Les ~a&t<t<Mdes prisons (<e
P<tr~.
LES BISEXUÉS
On m'a montré, toujours à la. prison de la Santé, un petit
voleur de seize ans et demi. Il avait un joli visage frais et
imberbe, un pubis glabre, un bassin élargi, des cheveux
fins, des yeux bleus ombragés, de longs cils, une voix douce
et Cûtée, Il ressemblait à une gracieuse fillette de onze ou
douze ans (Voyez la planche IV). 1
« Vous connaissez tous, dit Brouardel, le type du petit
gavroche, ce type essentiellement parisien, de l'enfant qui
passe pour un prodige dans ses classes jusqu'à. douze ou
treize ans, et qu'on entend parfois dans la rue faire de ces
répliques étonnantes qui nous font retourner la tête en
souriant. J'ai eu l'occasion d'en observer plusieurs à Sainte-
Barbe~ A douze ou ~treize ans, ils venaient me consulter
pour une inflammation du sein, et je remarquais que
leurs organes génitaux ne se développaient pas, que ces
enfants devenaient grassouillets, restaient souvent petits
et glabres. En même temps, leur intelligence s'atténuait
beaucoup, et ils passaient rapidement de la tête à la queue
de leur classe.
« Lorsqu'on dissèque un de ces individus, on trouve une
vessie très petite, un rudiment de prostate, pas de muscles
ischio et bulbo-caverneux, une toute petite verge, un bassin
très étroit.
« Un jeune homme, entre le premier dans une des
grandes écoles du gouvernfment, en était sorti également
dans les premiers. Son père vient un jour me trouver pour
me communiquer ses craintes au sujet de son fils qui, à
vingt-quatre ans, est aussi innocent qu'une jeune fille. IL
ajoute qu'il ne peut pas arriver à monter a cheval, tombant
chaque fois qu'il essaye. Je fais venir le jeune homme et je
m'aperçois que les adducteurs sont complètement atrophiés.
Ce garçon s'asseyait en charnière, comme une poupée de
Nuremberg. Je l'ai fait électriser: il peut maintenant aller
à cheval doucement. D'un autre Côte, nous avons réussi à
vaincre son obstination et ses craintes au sujet de son
<2
L HERMAPHJtODtSME ARTIFICIEL
impuissance il est marié, père de deux enfants. Il a
quelques actes génitaux, mais tellement rares qu'on peut
le considérer malgré tout comme impuissant', »
Il
Les individus que je viens d'esquisser sont à peine des
hommes physiquement. Au point de vue psychique, ce sont
presque de femmes, et c'est parmi eux que se recrutent
les pédérastes de profession, les pédérastes passifs, ceux
qu'on appelle les « petits jésus ».
Leurs formes et leurs allures déjà, féminines le deviennent
plus encore par l'éducation. Leur âme devient féminine
aussi.
Je pourrais citer des exemples innombrables de ces her-
maphrodites aceidente!s.
Un Jour, on amena à l'infirmerie de la Santé un drôle de
dix-sept ans, qui en paraissait à peine quatorze ou quinze.
Immédiatement, il fut l'objet de nombreuses propositions et
les rendez-vous étaient déjà donnés pour 'la nuit dans les
cabinets. De crainte de quelque rixe sanglante, je dus le
faire réintégrer dans sa cellule.
Comme je tentais de lui expliquer l'intérêt qu'il y avait
pour lui à quitter l'imirmerie, il me répondit avec un
cynisme rare
– Oh 1il y a longtemps que j'y suis passé pour la pre-
mière fois! Allez, quand je serai en'centrale, je Tte mour-
rai pas de faim je choisirai mon petit homme.
J'en ai observé un autre dont l'histoire est bien curieuse
et vaut la peine d'être rapportée un peu plus longuement.
1. Caee~ des M~<at<.c, p. 39.
lS8Tf,
LES BISEXUÉS
Henri a dix-huit ans. It a été amené jeune à Paris par sa
mère, qui était venue se placer comme cuisinière. H fré-
quenta peu l'école où les leçons l'ennuyaient, préférant
l'école buissonnière, courant après les omnibus avec des
polissons de son âge, dévastant les plates-bandes des
squares pu faisant des niches aux sergents de ville. Néan-
moins, il sait lire et écrire d'une façon satisfaisante.
A l'âge de quatorze ans, il entra comme groom au ser-
vice de la comtesse de X. qui prit également sa mère
comme cuisinière. La comtesse n'était qu'une comtesse de
contrebande, une horizontale de haute marque. Henri la
charma par ses grâces d'éphèbe, et il devint bientôt son
page favori. Juché derrière son huit-ressorts quand elle
allait au Bois, à la porte de son antichambre pour prendre
la carte des visiteurs, en ville, au théâtre, partout enfin il
était présent aux côtés de sa maîtresse. Là il fut témoin de
scènes qui ne manquèrent pas de développer les mauvais
instincts qu'il portait en lui.
Pourtant, bien qu'il fût choyé par la comtesse, bien qu'il
n'e&t pour ainsi dire rien à iaire, cet état ne convenait pas
à son humeur vagabonde de gavroche parisien. Il eut pré-
féré courir nu-pieds dans la rue et n'être au service de per-
sonne. Un soir il accompagna sa ma~tresse au Châtelet, oia
1 on donnait une première. Il abandonna furtivement son
poste auprès du coupé pour s'en aller rôder autour des voi-
tures ambulantes des marchands d'oranges. Là, il rencon-
tra quelques anciens camarades d'école et de fredaines. 11
renoua connaissance avec eux sur le comptoir d'un mar-
chand de vins.
Le lendemain, le groom désertait la maison de la com-
tesse pour venir retrouver ses anciens amis. C'était une
bande d'une douzaine de jeunes gens de quatorze a
vingt ans, vivant tous de pédérastie, sous la protection de
sinistres gaillards ayant la plupart le double de leur âge,
formant ainsi des ménages où le mari était un homme et
L'HERMAPHRODISME ARTIFICIEL
la femme an adolescent, le premier faisant fructifier le der-
nier qu'il considérait comme sa chose et qu'il appelait sa
« travailleuse », sa « persilleuse », sa « honteuse ».
Au bout de deux jours, Henri le Blondin, comme on l'ap-
pelait, était lié avec un de ces don Juan de pissotière qui
en fit rapidement une «Heur fauchée Met se chargea de son
éducation. L'élève fit de rapides progrès. Il apprit vite a
rendre sa démarche lascive, ses gestes provocants, ses
prunelles inviteuses. H rôdait place du Châtelet, autour des
vespasiennes des Halles, autour des stations d'omnibus.
endroits où l'on a le plus de chances de rencontrer des
« rivettes H (amateurs), satisfaisant le plus souvent ses
clients sur place on bien dans un hôtel borgne du voisi-
nage.
Henri ne resta pas très longtemps avec ces individus.
Ses grâces juvéniles le firent remarquer d'autres spécula-
teurs à mise plus élégante et d'un ordre plus élevé dans le
vice. U se trouva un jour confortablement installé dans un
hûtel meublé du faubourg Montmartre. Alors il ne fréquenta
plus que les cafés des boulevards, se promenant dans le
passage Jouffroy, dans la galerie Vivienne, au Palais-Royal
ou au jardin des Tuileries les jours de musique.
A cette époque, il fut pendant quelque temps ia perle'
d'un établissement particulier situé rue Tronchet, et dont
je tairai le numéro. Le rez-de-chaussée est un cabaret où
les clients font un instant antichambre. Si vous connaissez
te mot de passe, on vous apporte un album contenant un
certain nombre de photographies de jeunes gens et de
jeunes filles; le client n'a qu'à choisir, et, au bout d'un
instant, on l'introduit dans une chambre où il trouve l'objet
de son choix.
Un jour, Henri fut blessé à l'anus dans un coït violent et
disproportionné. D'énormes végétations se mirent alors à
se développer autour de cet orifice.
Le développemeut de ces excroissances aurait dû,
LESBISEXUÉS
semble-t-il, lui faire cesser le commerce de son corps. H
n'en fut rien. Cela m~, au contraire, chez lui, une gr&ee de
pins, et, quelque étrange que le fait puisse paraître, de
jeunes débauchés et de vieux libertins le recherchaient
pour cette unique raison.
D'ailleurs, ce fait est loin d'être unique. Ch. Mauriac rap-
porte' avoir soigné un malade qui avait le gland couvert
d'une couche épaisse de végétations, et qui ne se décida
que tardivement à se faire traiter, parce que, pour des rai-
sons faciles à deviner, sa maitresse le préférait ainsi.
Mauriac ajoute < Peut-être y a-t-il des hommes qui sont
loin de se plaindre des végétations vulvo-vaginales. »
Mais, si cette ornementation était une source de volupté
pour sa clientèle, elle devint bientôt, sous l'influence de
l'accroissement progressif et aussi sous l~nSaence d'irrita-
tions répétées, une source de souffrances pour lui, au point
de l'obliger à renoncer & la pédérastie. Il s'associa alors
avec un fabricant d'allumettes de contrebande de la rue
Sainte-Marguerite. II se fit condamner quatre fois pour ce
commerce illicite, ce qui amena son arrestation.
J'ai pu l'observer tout à mon aise pendant son séjour à
l'infirmerie de la Santé, où il se fit opérer de ses végéta-
tions.
C'était un garçon de toute petite taille, à la physionomie
douce~ aux yeux bleus, aux cheveux blonds et fins, aux cils
longs, à la figure féminine, aux formes grêles, à la figure
glabre. Son arc sourcilier présentait une courbe des plus
harmonieuses. Ses oreilles étaient un peu larges et écartées~
mais l'ourlet était bien marqué. (Voyez la planche Y.) Ses
membres étaient arrondis, glabres, presque sans saillies
musculaires. Ses organes génitaux étaient ceux d'un enfant.
Henri était une vraie femmelette, presque une fillette.
Un détenu, qui s'était épris de lui, le dépeignait ainsi,
du Dtet. <!em~. et chirurg. pratiques.
I. Art. ~9~<<!<tCM!
L'HERMAPHRODISME ARTIFtCtEL
dans une lettre que j'ai pu surprendre « H est blond comme
les blés, avec deux yeux d'azur presque innocents et noyés
quelquefois comme en une mystérieuse rêverie. A le voir
au repos, lorsqu'aucune passion ne l'agite et que sa tête
de chérubin repose sur l'oreiller, on se prend involontaire-
ment & rêver aux ravissantes créations de Murillo ou aux
jolis personnages qui peuplent les fresques de Lebrun. Et
l'énamouré ajoute tristement: « Cette fleur est sans parfum;
ces yeux ne se sont jamais ouverts que devant d'immondes
tableaux; et cette bouche mutine et rieuse n'a jamais parlé
d'autre langage que l'idiome affreux de la pègre et de la
canaille. ),
III
Plus encore que les pédérastes de profession et les infan-
tiles, les individus atteints d'inversion sexuelle, ceux que
l'Allemand Karl Heinrich-Ulrichs a appelés uranistes, se
font hermaphrodites artificiellement.
Avec des organes génitaux masculins à peu près ré-
guliers pt à peu près complets, ils se font femmes dans
leur habitus extérieur, et quelquefois même dans leur cos-
tume.
Taylor rapporte l'observation d'une célèbre artiste an-
glaise, Elise Edwards, qui joua sur plusieurs scènes d'Eu-
rope et ne fut reconnue pour un homme qu'après sa mort.
Dès sa plus tendre jeunesse, cette personne avait adopté des
manières féminines et aimait à s'habiller en femme, Les
organes génitaux étaient fixés au corps par un appareil
spécial, de sorte qu'on ne pouvait les teconnaitre à pre-
mière vue.
i. ~fedtca!~W~nt~enee, 1S73,wt. H.
LES BISEXUES
Albert Moll affirme qu'un urauiste berlinois a longtemps
servi dans un hôtel comme femme de chambre, trouvant ce
moyen très commode pour jouer jusqu'au bout son rôle de
femme.
Pour pouvoir s'accoupler avec des hommes normaux, ces
individus ont recours à des subterfuges. Ainsi, dans la
rue, un uraniste, costumé en femme, cherche à attirer l'at-
tention des hommes qui lui plaisent. Ceux-ci, le voyant vêtu
comme une femme, croient réellement avoir affaire à une
femme. Lorsque la connaissance est faite et les pourparlers
engages, 1 uraniste persuade à l'autre que le eot<<M vulgaris
non <<M<ant ~0/M~<a<f)H O~M'<~MOM~Ctm immissio MeM~t in os.
Ensuite, mem&fMHtsuum occulit en le retenant entre ses
cuisses, tant que l'érection n'est pas complète; et, par sur-
croit de précaution, il le recouvre avec sa chemise ou avec
ses mains. Deux seins postiches en caoutchouc achèvent de
tromper son partenaire.
Du reste, les uranistes présentent, assez souvent un déve-
loppement considérable des glandes mammaires. R. von
Krafft-Ebing rapporte l'histoire d'un uraniste qui affirmait
avoir eu dans les seins, à l'âge de treize a quinze ans, du
lait qu'un de ses amis avait tété.
A. Mol! assure avoir rencontre, chez certains uranistes,
au niveau de la région mammaire, une accumulation de
tissu adipeux, qui donnait aux seins l'aspect arrondi de
ceux d'une femme. J'ai vu des individus de ce genre à la
prison de la Santé, où ils étaient presque des femmes.
« J'ai toujours eu une répugnance marquée pour la
femme, me disait l'un d'eux. Du reste, j'avais, en quelque
sorte, honte de faire voir mes organes génitaux, étant, sous
ce rapport, peu favorisé, »
Cet individu fut, pendant un certain temps, entretenu par
i LesPefoer~toMde !M~<Mte< ~t!<<!<.Traductionfrançaisedes doc-
teurs Pactetet [Link]é, Paris, t893..
L'HERMAPHRODISME ARTIFICIEL
un autre pédéraste, qui le faisait habiller en femme et le
possédait ainsi. « Si j'étais riche, concluait-il, je voudrais
avoir quatre ou cinq domestiques nègres, parce qu'ils sont
généralement très membrés, et me faire voir par eux suc-
cessivement et tous les jours. ),
J'ai observé, toujours à la prison de la Santé, un autre
uraniste qui s'était donné le langage, les manières et la
tournure de la femme. D'un visage agréable~ avec des traits
réguliers, des cheveux 8ns, des yeux bleus et doux, il a des
attitudes câlines, une voix caressante de demoiselle. A l'in-
firmerie centrale des prisons, où je pus l'étudier à loisir, il
passait tout son temps à se bichonner et à se pommader.
« Je ne puis et n'ai jamais pu, disait-il à un de ses co-
détenus, voir une femme; j'ai essayé une seule fois dans ma
vie. L'attouchement, le contact de la femme me font l'effet
contraire. Près d'un homme qui me convient, surtout lors-
qu'il est jeune et joli garçon, sans qu'il me touche, rien
que de l'examiner, je suis en érection~ et je ressens, lorsque
j'ai des rapports avec un homme, peut-être plus de plaisir
que la femme elle-même, et des deux côtés à la fois. Un
jour, il m'avoua qu'étant dernièrement à l'hôpital de la
Pitié, pour je ne sais plus quelle raison, il était tombé
amoureux d'un interne. Il dut demander à en sortir, parce
qu'il n'osait avouer sa passion à l'interne et qu'il souffrait
trop de ne pouvoir la satisfaire.
Le désir de se sentir entièrement femme va si loin chez
ces individus,'qu'un malade observé par Hammond*vou-
lut à différentes reprises se couper les organes génitaux et
se faire ainsi hermaphrodite.
Hammond.t'tmpMMMMe e< &t/ëM)He.
cAej:<'AoM!tn<
w
[Link] 'BISEXUÉS/
IV
Ce que nous venons d'observer chez l'homme s'observe
aussi chez la femme.
R. von Krafft-Ebing a décrit des femme& gynandre s
atteintes d'inversion sexuelle, et qui, femelles par le bas-
ventre, sont mates par la forme générale du squelette, par
le type du visage, par les goûts et les allures.
Voici, du reste, comment il dépeint la virago, la femme-
homme « Le penchant homo-sexuel se déclare chez elle de
bonne heure toute petite fille, ses jeux favoris sont ceux
des garçons; elle méprise les poupées et se passionne pour
le cheval de bois elle joue aux soldats et aux brigands. Elle
n'aime pas les travaux à l'aiguille, y est maladroite. Sa toi-
lette négligée lui donne l'air d'un gamin. Elle montre plus
de dispositions pour les sciences que pour les arts d'agré-
ment. Elle s'essaye à fumer et à boire elle a les parfums et
les friandises en horreur. Elle songe avec amertume qu'elle
est une femme, et qu'elle ne connaîtra ni l'existence libre
de l'étudiant, ni la vie du soldat. Elle se livre avec l'ardeur
d'une amazone aux sports des jeunes gens; cette âme mas-
culine, enfermée dans une poitrine de femme, donne car-
rière, dans ces exercices violents, à son courage et à ses
sentiments virils. Les cheveux sont coupés courts; la coupe
de sâ robe rappelle les vêtements d'hommes; son plus
grand désir serait de prendre complètement le costume
masculin*, »
J'ai observé à Sainte-Anne une femme qui, depuis des
années, s'est cristallisée dans son délire. Elle assure que
Napoléon 111a.~u des relations avec sa mère. Napoléon IV
ayant été tué par les Zoulous, elle se croit appelée à régner
1. V. KrftfH-EMng. MMa~.
PtycAops<Ma
L'HERMAPHRODISME ARTIFICIEL
sur ta France. Elle se figure, par conséquent, être un homme.
Elle a pris une démarche et des manières absolument mas-
culines. La coupe de ses cheveux donne également à son
visage une apparence virile. Elle n'est jamais aussi heu-
reuse que quand on l'autorise à revêtir des habits d'hommes,
car ainsi l'illusion est complète, comme on pourra en juger
en examinant la planche VI. On croirait absolument voir
un homme. Par contre, si on n'était prévenu, on n'ose-
rait pas non plus affirmer que les trois pédérastes alle-
mands costumes~ reproduits planches VII, VMt et IX, sont
des hommes. Ces photographies, que le, professeur Lacas-
sagne a rapportées de Berlin, sont bien curieuses.
CHAPITRE XV
SEXUALITÉ DES HERMAPHRODITES
« Rudimentaire dans le jeune âge, disait Farabœuf à un
de ses cours, l'épithélium génital laisse les petits des deux
sexes se rassembler impunément. Chargé de sauvegarder
les intérêts de l'espèce, de la perpétuer, il sommeille jus-
qu'à la puberté. Alors cet épithélium s'éveille, imprègne les
individus, et transforme en eux la tête, le coeur et le corps.
Ils étaient enfants, indifférents et égoïstes; ils se sentent t
adolescents, solidaires de leurs semtlables, deviennent
généreux, sincères, obligeants; ils veulent se sacrifier pour
leur famille, pour leur patrie, prier ou combattre pour le
monde entier. Les épithéliums génitaux exigent davantage
et commandent de perpétuer l'espèce. Si leurs ordres sont
énergiques, si l'individu qui les reçoit n'a pas été entraîné,
préparé, mis en garde, rendu opportuniste par l'éducation
et l'hérédité, la recherche et la possession immédiate d'un
individu du sexe opposé devient le seul et unique but de la
vie. Pour l'atteindre, les animaux en rut se livrent à. des
combats épouvantables, s'exposant à tous les dangers. Le.
jeune homme, même éclairé, n'a quelquefois plus le sens
ta
LES BISEXUÉS
commun. Il compromet son avenir, sa santé, sa fortune,
son honneur, et va jusqu'à sacrifier sa vie pour montrer, par
le suicide, que l'individu n'est rien, s'il ne peut obéir à la
voix de l'espèce. Chez l'adulte, peut-être habitué au poison,
les organes génitaux fonctionnent moins énergiquement; le
dieu de l'espèce, satisfait ou trompé, se fait entendre
moins haut. L'individu reprend ses droits, l'altruisme
effervescent de la jeunesse est balancé par un retour à
l'égoïsme. »
II
Comment vont se comporter ces phénomènes psycho-
physiologiques chez l'hermaphrodite? L'éveil de la puberté
va-t-il se faire sentir chez lui?
En général, la puberté fera son installation chez l'herma-
phrodite mais, dans bien des cas, l'épithélium génital
parlera moins haut que chez la plupart des sujets normaux.
D'autres fois, s'il parle, il ne sera pas toujours compris, et
l'adolescent ne se rendra pas compte des transformations
qu'il subit et des sentiments qui l'agitent.
Alexina B. dont l'histoire nous a été conservée précieu-
sement et dans tous ses détails par Tardieu, sentit se lever
en elle une puberté presque orageuse. En rapport tous les
jours avec des jeunes filles de quinze à seize ans, elle éprou-
vait des émotions dont elle avait peine à se défendre. Plus
d'une fois, la nuit, ses rêves étaient accompagnés d'une sen-
sation indéfinissable; elle se sentait mouillée et trouvait le
matin sur son linge des taches grisâtres et comme empesées.
Elle a essayé d'analyser ses premières sensations dans le
mémoire qu'a publié Tardieu après son suicide.
« Acet âge où se développent toutes les grâces de la jeu-
nesse, dit-elle, je n'avais ni cette allure pleine d'abandon,
ni cette rondeur de membres qui révèlent la jeunesse dans
SEXUALITÉ DES HERMAPHRODITES
toute sa fleur. Mon teint, d'une pâleur maladive, dénotait
un état de souffrance habituelle. Mes traits avaient une'
certaine dureté qu'on ne pouvait s'empêcher de remarquer.
Un léger duvet qui s'accroissait tous les jours, couvrait ma
lèvre supérieure et une partie de mes joues. On le comprend,
cette particularité m'attirait souvent des plaisanteries que
je voulus éviter en faisant un fréquent usage de ciseaux en
guise de rasoir. Je ne réussis, comme cela devait être, qu'à
l'épaissir davantage et à le rendre plus visible encore.
« J'en avais le corps littéralement couvert; aussi évitais-je
soigneusement de me découvrir les bras, même dans les
plus fortes chaleurs, comme le faisaient mes compagnes.
Quant à ma taille, elle restait d'une maigreur vraiment
ridicule. Tout cela frappait l'œil je m'en apercevais tous
les jours. Pourtant j'étais née pour aimer. Toutes les
facultés de mon âme m'y poussaient; sous une apparence
de froideur et presque d'indifférence, j'avais un coeur de
feu.
« Je me liai bientôt d'une étroite amitié avec une char-
mante jeune fille nommée Thécla, plus âgée que moi d'une
année. Certes rien n'était plus opposé extérieurement que
notre physique. Mon amie était aussi fraîche, aussi gracieuse,
que je l'étais peu. On ne nous appela que les inséparables
et, en effet, nous ne nous perdions pas de vue un seul
instant. »
Un peu plus tard, Alexina s'éprit d'une autre de ses
compagnes qu'elle appelle Sara. Mais cette seconde passion
fut beaucoup moins platonique que la première; les sens y
entraient pour une large part.
« Une fois la prière faite, dit-elle, j'allais la trouver à son
lit, et mon bonheur était de lui rendre ces petits soins
qu'une mère donne à son enfant. Peu à peu je pris l'habitude
de la déshabiller» Otait-elle une épingle sans moi, j'en étais
presque jalouse! Ces détails paraîtront futiles, sans doute,
mais ils sont nécessaires.
LESBISEXUÉS
« Après l'avoir étendue sur sa couche, je m'agenouillais
'près d'elle, mon front effleurant le sien. Ses yeux se
fermaient bientôt sous mes baisers. Elle dormait, je la
regardais avec amour, ne pouvant me résoudre à m'arracher
delà,
« Ce que j'éprouvais pour Sara, ce n'était pas de l'amitié,
c'était une véritable passion 1
« Je ne l'aimais pas, je l'adorais 1
« Souvent, je me réveillais au milieu de la nuit. Alors, je
me glissais furtivement près de mon amie, me promettant
bien de ne pas troubler son sommeil d'ange mais pouvais-
je contempler ce beau visage sans en approcher mes
lèvres!1
« Il en résultait que, après une nuit agitée, j'avais peine
à me trouver éveillée, lorsque sonnait le réveil.
« Un peu avant huit heures, Sara montait au dortoir pour
échanger son peignoir contre d'autres vêtements. Je ne
souffrais pas qu'elle le fit sans moi. Nous étions seules
alors. Je la laçais, je lissais avec un bonheur indicible les
boucles gracieuses de ses cheveux naturellement ondulés,
appuyant mes lèvres, tantôt sur son cœur, tantôt sur sa
belle poitrine nue.
« Pauvre et chère enfant! Que de fois je fis monter à
son front la rougeur de l'étonnement et de la honte!1
Tandis que sa main écartait la mienne, son œil clair et
limpide s'attachait sur moi comme pour pénétrer la cause
d'une conduite qui lui paraissait le comble de l'égarement,
et cela devait être.
« Je priai un soir mon amie de partager mon lit. Elle
accepta avec plaisir. Dire le bonheur que je ressentis de sa
présence à mes côtés, serait chose impossible! J'étais folle
de joie Nous causâmes longuement avant de nous endor-
mir, moi, les deux bras passés autour de sa taille, elle, son
visage reposant auprès du mien. Sara m'appartenait désor-
mais Elle était à moi! »
SEXUALITÉ DES HERMAPHRODITES
Il s'en faut de beaucoup que l'éveil de la puberté se
fasse sentir d'une façon aussi nette chez les hermaphro-
dites. Dans bien des cas l'instinct sexuel est lent à s'éta-
blir le sujet hésite, ne sachant vers quel sexe il doit
tourner ses aspirations.
III
La plupart des hermaphrodites sont indifférents au point
de vue sexuel.
T. Galland a rapporté l'histoire d'un hermaphrodite
féminin qui s'est mariée deux fois. Non seulement elle n'a
jamais éprouvé la moindre sensation voluptueuse pendant
le coït, mais toutes les tentatives faites pour accomplir
cet acte lui ont été pénibles et douloureuses, quoiqu'elle
s'y prêtât volontiers. Elle ne demandait ni ne désirait les
rapprochements sexuels; elle subissait les caresses de son
mari pour lui être agréable. Jamais, suivant ce dernier,
elle n'a fait auprès de lui la moindre tentative provoca-
trice. Elle n'a jamais eu le moindre désir érotique, même
en rêve.
Le nommé Hohmann, observé par Rokitanski, était d'une
indifférence sexuelle absolue.
Quelques hermaphrodites ne sont pas éloignés du com-
merce des femmes, et, comme le fait observer Tardieu, peu-
vent ressentir des désirs, des excitations et des jouissances
complètes, en même temps qu'un orgasme vénérien qui
peut aller jusqu'à l'émission de la liqueur spermatique.
On voit aussi des hermaphrodites qui, après avoir mani-
festé un goût très vif pour le commerce des hommes, sont
ramenés, par la descente des testicules, à des instincts tout
opposés qui les portent vers la femme.
Assez souvent aussi on voit des hermaphrodites verser
LES BISEXUÉS
no
dans Fa prostitution et jouer le rôle d'homme et le râle de
femme,
IV
L'éducation peut, dans bien des cas, pousser l'instinct
sexuel dans un sens opposé à ce qu'il devrait être, et pro-
duire ainsi une sorte d'inversion sexuelle.
On en cite plusieurs exemples.
Magitot a rapporté, en 1881, l'histoire d'un individu,
homme en réalité, qui fut enregistré domine femme. Il se
maria avec un homme, mais en entretenant toutefois en
même temps des rapports avec des femmes,
Tortual a également cité le cas d'un hermaphrodite mâle
qui, marié à un homme, se complaisait dans cette union et
y éprouvait des jouissances charnelles.
Maria Arsano, reconnu homme après sa mort? avait été
marié comme femme. Clara Meyer, hypospade et homme
bien caractérisé, avait tenu le rôle de femme et ne se sou-
mettait qu'avec une pudeur effarouchée à la visite qui
dévoila son véritable sexe.
Marzo, dont les organes internes étaient féminins, se
sentait très porté pour les femmes. Il avait même contracté
deux blennorrhagies.
Mais, si les hermaphrodites sont souvent des quasi impuis-
sants, ils sont souvent aussi des individus très salaces. Les
sensations très incomplètes qu'ils peuvent ressentir les
poussent sans doute à s'en procurer d'autres par des moyens
plus ou moins naturels.
SEXPALITÉ DES HERMAPHRODITES
Le Dr E. Lévy a observé à Grispalsheim deux soeurs her-
maphrodites qui étaient connues dans toute la région pour
leur lubricité. Elles avaient des rapports aussi bien avec des
hommes qu'avec des femmes.
« Les castrais, dit Brouardel, les eunuques, et les quatre
ou cinq cent mille adeptes d'une secte religieuse du sud de
la Russie, qui s'enlèvent entièrement les parties génitales,
ne passent pas pour être mélancoliques, mais extrêmement
salaces et débauchés. »
VI
Les hermaphrodites sont-ils féconds? Je n'hésite pas à
résoudre la question par la négative; car leurs malforma-
tions tendent toutes à entraver les fonctions reproductrices.
Loin de jouir d'une double puissance génératrice, ils sont
presque tous inféconds^En général, les testicules sont atro-
phiés et la sécrétion spermatique manque. Pourtant, on a
cité des cas où il y avait une éjaculation spermatique bien
caractérisée; on a même quelquefois constaté la présence
de spermatozoides.
« Il n'y a jusqu'ici, dit G. Hermann, aucune observation
authentique d'un hermaphrodite humain au sujet duquel
on doive se poser la question de la possibilité d'une auto-
fécondation, bien que la chose ne soit pas absolument
impossible a priori1. »
VII
On voit de temps en temps l'hermaphrodisme porter cer-
f. Art. Hersapimoditedu Dict. encyclopédiquedes scienc. méd.,
p. 63g.
LES BISEXUÉS
tains individus réellement mâle4;à la pédérastie, soit par un
entraînement peu explicable, soit dans un but de lucre.
Tardieu a pu voir à Saint-Lazare un individu de seize ans
arrêté sous des vêtements féminins, se livrant a la prosti-
tution clandestine. C'était un jeune garçon mal conformé
et livré dès l'enfance aux habitudes les plus crapuleuses,
servant aux plaisirs des hommes de la plus basse classe.
Le pénis n'avait pas plus de 3 centimètres de longueur et
était gros comme L'extrémité du doigt indicateur. Il était
encapuchonné par des replis qui descendaient de manière à
simuler les petites lèvres, et les deux moitiés du scrotum
non réunies servaient à compléter l'apparence d'une vulve
et circonscrivaient une ouverture en forme d'infundi-
bulum, assez large pour admettre le membre viril, et dont
le fond refoulé donnait à ce faux vagin une longueur de 7
à 8 centimètres. On sentait manifestement dans l'aine
gauche un testicule facilement reconnaissable. L'anus dilaté
et enfoncé reproduisait en arrière exactement la forme de
l'infundibulum qui existait en avant. II était évident que
ce malheureux individu s'était prêté depuis longtemps à
des actes deux fois contre nature'.
Magnan a également rapporté l'histoire non moins cu-
rieuse d'un hypospade scrotal, i forme vulvaire, pseudo-
hermaphrodite mâle, qui s'adonna à la pédérastie 2.
Cet individu fut inscrit comme fille sur les registres de
l'état civil. Considéré comme telle, on lui mit des vêtements
féminins et on l'envoya à l'école des filles. A sept ans, ses
petites camarades ayant remarqué une conformation extra-
ordinaire de ses organes génitaux, se moquèrent déjà de
lui» On le plaça alors dans un couvent dirigé par des reli-
gieuses. A treize ans, il quitta le pensionnat et entra dans
un couvent de Bénédictines, où l'une de ses tantes, reli-
1. [Link]édieo-tégalede l'identité,p. 55.
2. [Link] à la Sociétémédico-psychologique, 28 fé-
vrier [Link] neurologie,t. XIII, u° 39. Mai 1887,p. 419.
SEXUALITÉ DES HERMAPHRODITES
gieuse, le destinait au noviciat. Son peu d'aptitude au tra-
vail, la lenteur de son intelligence et l'apparition d'un peu
de barbe au menton en firent, peu à peu; la risée de ses
camarades. Il quitta le couvent et rentra à la maison, au-
près de sa mère, s'occupant du ménage, faisant la cuisine,
cousant, tricotant. A la mort de son père, il s'éloigna de sa
famille pour suivre, en qualité de domestique, un homme
âgé de soixante-dix ans, qui l'emmena à la Martinique. A
peine arrivé en Amérique, il devint l'objet des assiduités de
son vieux patron; il lui céda; mais, comme aucun rapport
sexuel ne pouvait s'effectuer, cet homme se livra sur lui à
des actes contre nature, qui finissaient par l'onanisme buc-
cal réciproque. Cependant, une négresse, domestique dans
la même maison, s'étant aperçue de sa conformation, le
prit pour un homme, en devint amqureuse et lui demanda
àpartager son lit. Une mulâtresse fit à sontour sa conquête;
mais, ni avec l'une ni avec l'autre de ces deux femmes il
n'éprouva les sensations que lui procurait son vieux patron. “
Cet individu revint en France, fit rétablir son véritable
sexe, et s'engagea comme infirmier dans une communauté
religieuse.
On cite aussi des exemples non moins nombreux d'her-
maphrodites femmes, qui se livrèrent au tribadisme. J'en ai
rapporté un cas dans la première partie de cette étude.
On m'a encore montré, aux fêtes aquatiques de l'Ëlysée-
Montmartre, deux femmes à la voix grave, aux traits forte-
ment accentués, qui se livrent aux plaisirs vénériens avec
des hommes et des femmes, alternativement, et avec laplus
vive ardeur (Voir les planches X et XI).
14
CHAPITRE XVI
L'HERMAPHRODISME PSYCHIQUE
R. V. *Krafft-Ebing a décrit une sorte d'hermaphrodisme
psycho-sexuel qui fait que, chez certains individus, le désir
sexuel se manifeste tantôt pour l'homme, tantôt pour la
femme.
Un individu, qui était en proie à cette forme d'inversion
sexuelle, a fait à Albert Moll la confession suivante
« .Mon mal consistait en ce que j'étais continuellement
lancé des sensations féminines aux sensations masculines,
et inversement. Le corps d'un homme exerçait sur moi une
influence irrésistible et surexcitait mon imagination; mais,
en même temps, j'éprouvais le désir d'embrasser une femme.
Pendant mon enfance, j'étais déjà excité par la beauté de
l'homme et de la femme. Depuis l'âge de sept ans, je me
suis adonné à une masturbation effrénée, en pensant, pen-
dant l'acte, à des hommes. Par deux fois, je suis parvenu à
m'échapper de cet enfer; maintenant, cela ne m'est plus
possible. Mon imagination maladive me fait considérer
comme particulièrement désirables les hommes blonds, vi-
goureux, en pleine santé. Cet état m'est très pénible, mais
je ne puis y résister. Ce qui me fait surtout perdre la tête,
LES BISEXUÉS
ce sont les cuisses et les hanches des hommes de même un
pénis très volumineux »
V. Krafft-Ebing a cité l'observation d'un médecin qui,
toutes les quatre semaines, éprouve pendant cinq jours
les phénomènes physiques et psychologiques des règles,
sauf l'hémorrhagie il a le sentiment de posséder des or-
ganes génitaux féminins.
Krafft-Ebing désigne ce phénomène sous le nom d'eviralio
et sous celui de de/'eminatio le processus analogue observé
chez la femme.
Blumenstock a également observé un individu qui avait
voulu fonder une religion en Crallicie, et qui était persuadé
qu'il accoucherait de deux jumeaux.
Dans ces cas, il s'agit simplement d'un phénomène psy-
chique, mais d'un phénomène qui transforme l'individu et
atteint son sexe, sinon morphologiquement, tout au moins
physiologiqueinenl.
Marandon de Mbnlycl a >oulu voir dan* la maladie des
Scythes une sorte û'eoirulio, en un mot une folie para-
noïque.
1. Alb. Moll. Les l'enersions de Vitulincl f/ênilul. Traduct. franc.,
li. 190.
l'i. mi ]cs 1:1xi
CHAPITRE XVII
PSYCHOLOGIE DES HERMAPHRODITES
Au point de vue intellectuel, les hermaphrodites sont
presque toujours des êtres inférieurs. A là dégénérescence
physique correspond bien souvent la dégénérescence psy-
chique.
Le Dr P. Lotiet a observé plusieurs individus atteints de
monorchidie ou de cryptorchidie, qui étaient des imbéciles
ou des débiles
Il a vu en particulier un hypospade scrotal à forme vùl-
vaire qui était manifestement un déséquilibré.
Magnan a également signalé à la Société médico-psycholo-
gique deux cas d'individus plus ou moins hermaphrodites
et qui, au point de vue intellectuel, étaient des débiles.
A la même séance, Moreau de Tours a cité une observa-
tion analogue un être âgé de douze ans, réputé fille, gar-
çon en réalité, et atteint de débilité mentale.
1. Pierre Loû[Link] anomaliesdesorganesgénitaux chez les dégé-
néré[Link] Bordeaux,1889.
LES BISEXUÉS
Il
Les sentiments affectits et moraux sont peu développés
chez les hermaphrodites. On en cite peu qui aient eu,
comme Alexina B. de grandes passions, et qui soient
allés comme elle jusqu'au suicide.
Ils sont bien plus souvent les victimes de la débauche et
de la prostitution que de l'amour. Souvent même le genre
d'éducation qu'on leur donne contribue encore à les étioler
et à détruire leurs dernières énergies morales.
« Élevé comme une fille, dit Legrand du Saule, l'herma-
phrodite mâle en a pris et conservé la vaine apparence, la
timidité, la douceur, le caractère. »
Tardieu ajoute « Elevés dès l'origine, vêtus, placés, par-
fois même mariés comme des femmes, ils conservent les
pensées, les habitudes, les manières d'agir féminines, et ce
n'est ni sans difficultés, ni sans troubles, ni sans péril, qu'ils
rentrent dans leur sexe véritable, quand leur état civil
vient à être vérifié. »
CHAPITRE XVIII
LES HERMAPHRODITES DANS LA SOCIÉTÉ
Dès sa naissance, l'hermaphrodite est mis à part dans la
société. Souvent même on ignore son véritable sexe et on
l'inscrit au hasard comme mâle ou comme femelle, suivant
les apparences bien trompeuses du moment. Il peut en ré-
sulter des erreurs déplorables. On a pu voir ainsi élever un
homme comme une femme, fausser tous ses sentiments et
toutes ses idées, l'obliger à vivre dans un milieu tout diffé-
rent de celui qui lui conviendrait.
Puis, les conséquences les plus graves peuvent découler
de ces erreurs, lîn hermaphrodite mâle peut être introduit
dans un pensionnat de jeunes fllles ou dans une commu-
nauté de religieuses, et y être une cause de démoralisation
et de scandale.
Faut-il rappeler ici l'anecdote du moine dlssoire? jtfas,
mulïer, monachus, mundi tniraèifo monslrum, disait Banhin.
Faut-il aussi rappeler cette autre anecdote du soldat
hongrois dont la maternité se déclara au milieu d'un camp?
« Les conséquences des erreurs de sexe, dit G, Tourde,
sont trop souvent le malheur et la démoralisation des
LES BISEXUÉS
individus qui en sont l'objet; elles nuisent aux autres, et
l'erreur est surtout fâcheuse lorsque l'homme est pris pour
une femme, ce qui est le cas fréquent »
Aussi Ch. Debierre propose d'introduire la modification
suivante dans l'article 57 du Code civila: « Tout nouveau-né
sera soumis à l'examen médical, l'acte de naissance énon-
cera le sexe, mais seulement quand celui-là sera de toute
évidence. Dans le cas de doute sur le sexe, il sera sursis
jusqu'à la puberté (quinze à dix-huit ans), époque â laquelle
le sujet sera soumis à une commission médico-judiciaire
qui statuera sur son sexe et sur son inscription comme
homme, femme ou neutre, sur les registres de l'état civil,
mais en attendant l'acte de naissance portera en marge les
signes S. D. (sexe douteux). »
II
Voilà l'hermaphrodite devenu homme. Devra-t-il être
soldat? A moins qu'il soit manifestement mâle, il ne peut
être appelé sous lés drapeaux. On comprend sans peine
pourquoi.
Mais, si l'hermaphrodite ne peut être, dans la majorité
des cas, soldat, peut-il être électeur?
« Sans aucun doute, dit G. Tourde, s'il est démontré
qu'il appartient au sexe mâle, et à la condition qu'il aura
fait rectifier préalablement son acte de naissance, quand
par cet acte il a été déclaré fille. » Et il fapporte à ce sujet
l'aventure suivante.
1. G. Tourdei Art. Hermaphivodismk (médecine légale). In DM.
encyelop. des Se. méd., p. 644.
2. Ch. Debierre. L'hermaphrodite devant te Code civil. tn Archives
de l'Anthropologie criminelle, 1886, pi 338.
3. L'article 51 dit simplement que l'acte de naissance doit énoncer
le sexe de l'enfant.
LES HERMAPHRODITES DANS LA SOCIÉTÉ
En mars 1843, dans le Conneclicut, à Salisbury, une
élection est contestée parce que le parti whig avait introduit
une fille parmi les électeurs. Le docteur Bary est chargé de
l'examen; il dit que le pénis est imperforé, mais qu'il a
trouvé un testicule c'est un homme avec tous les droits de
son sexe. Le lendemain, au moment où l'électeur s'approche
de l'urne, le docteur Triknor s'oppose au vote, en affirmant
que c'est une femme. Les deux docteurs sont invités à Une
consultation immédiate; le premier montre le testicule au
second; celui-ci se désiste, le vote est déposé. Quelques
jours après, on apprend que cet individu est marié à un
homme, qu'il a les goûts féminins; on constate des règles,
le docteur Bary finit par trouver l'utérus, et le testicule n'est
plus qu'un ovaire hernié: c'est un hermaphrodite féminin
qui a indûment usé du droit de suffrage.
III
Un hermaphrodite peut-il contracter mariage?
Pour Horteloup, on est toujours homme ou femme, jamais
ni l'un ni l'autre.
D'après cette doctrine, en épousant un hermaphrodite,
on épouse forcément un homme ou une femme. Par con-
séquent, et la jurisprudence est de cet avis, le mariage est
nul quand il y a erreur de personne. Ce qui fait qu'un
individu, marié à un hermaphrodite, Il un être incomplet,
impropre à l'amour et à la reproduction, peut être condamné
à passer sa vie entière à ses côtés, la nouvelle loi sur le
divorce ne prévoyant pas ce cas.
Pourtant, se demande Ch. Debierre', « quel est le but du
mariage, le but suprême, si ce n'est la famille ? C'est bien là
1. [Link]., p. 340.
LES BISEXUÉS
une loi primordiale si jamais en fut sur la terre; c'est plus
même, c'est une nécessité sociale qui aujourd'hui s'impose
à tout Francais. Si donc une condition organique vicieuse
s'oppose la réalisation de ce but, avec cette circonstance
aggravante qu'elle était inconnue du conjoint, est-il juste
que le mariage soit valable N'y a-t-il pas, sinon erreur de
personne civile, tout au moins erreur de personne anato-
mique, et la voix de la nature n'est-elle pas toujours celle
qui doit décider et passer avant les autres? »
En 1881, le tribunal civil de la Seine semble s'être rendu
à la justesse de ces idées; car, dans l'affaire de M"° Mar-
tinez de Campos, le procureur général Banaston n'a pas
craint de dire1 « Qu'est-ce que M. le comte de San An-
tonio ? Est-ce un homme, une femme, tous les deux à la
fois, comme ces êtres hybrides dont parle la mythologie ?
On n'en sait rien. Je sais bien qu'il est capitaine; mais,
dans l'espèce, ce n'est pas suffisant pour contracter ma-
riage. Ce qu'il faut savoir, c'est si le comte de San Antonio
est pourvu des organes nécessaires au mariage. Or, il n'y
a qu'une enquête qui puisse amener ce résultat, en admet-
tant toutefois que le comte consente à s'y soumettre. »
Aussi Ch. Debierre propose d'ajouter à l'article 180 du
Code civil le paragraphe additionnel suivant
« Les vices de conformation des organes génitaux qui
constituent manifestement une impossibilité absolue dans
l'accouplement fructueux de l'acte sexuel et créent l'erreur
de la personne physique, sont une cause formelle de nullité
du mariage. »
i. [Link] THbunaux,déc. 1881.
CHAPITRE XIX
L'HERMAPHRODISME ET LA MÉDECINE
LÉ&ALE
L'hermaphrodite ne se trouve guère devant le médecin
légiste que dans deux ou trois circonstances rarenient au
moment de sa naissance, assez souvent lorsqu'il est appelé
sous les drapeaux, ou bien lorsqu'il se marie.
L'examen a toujours pour but d'établir quel est le sexe.
Je n'ai pas besoin de dire combien il est difficile et délicat
pour la plupart des cas. La lecture des chapitres précédents
indiquera suffisamment sur quel point doit porter cet exa-
men, etcomment on pourra arriver à établir le diagnostic
du sexe, en se basant surtout sur les apparences et sur
l'état psychique. Car je n'hésite pas à déclarer que, dans ces
cas, la présence de testicules ou d'ovaires dans le ventre,
doit peu préoccuper le médecin-légiste. Il doit surtout
rechercher si l'individu est homme ou femme extérieure-
ment et physiquement. La vie anatomique est de peu d'im-
portance pour l'hermaphrodite; c'est à sa vie physiologique
et psychique qu'il faut surtout s'intéresser.
D'ailleurs, toutes ces questions ont été étudiées minatieu-
sement, aussi bien au point de vue pratique qu'au point de
LES BISEXUÉS
vue théorique, par les médecins légistes, Je me contenterai
de renvoyer aux travaux de Tardieu, Tourde, Debierre, etc.
Autrefois, l'examen des hermaphrodites et des impuissants
était beaucoup plus compliqué. A titre de curiosité, je cite-
rai, pour terminer, la fameuse épreuve du congrès, que
Vincent Tagereau décrit dans une page très naïvement
écrite.
« Après, dit-il, que les parties ont prêté serment qu'elles
tascheront, de bonne foy et sans dissimulation, d'accomplir
L'œuvre de mariage sans y apporter empeschement de part
ny d'autre; après aussi que les experts ont juré qu'ils feront
fidèle rapport de ce qui se passera au congrez, les uns et
les autres se retirent en une chambre pour ce préparée, où
l'homme et la femme sont de rechef visitez, l'homme afin
de savoir s'il n'a point de mal, la femme pour considérer
l'état de sa partie honteuse, et, par ce moyen, cognoistre la
différence de son ouverture et dilatation avant et après le
congrez, et si l'intromission y aura été faicte ou non. En
quelques procès les parties sont visitées nuës, depuis le
sommet de la teste jusques à la plante des pieds, en toutes
parties de leur corps, eliam in podiee, pour sçavoir s'il y a
rien sur elles qui puisse avancer ou empescher le congrez,
les parties honteuses de 1-homme lavées à l'eau tiède (c'est
à sçavoir à quelle fin), et la femme mise en un demy bain,
où elle demeure quelque temps. Cela fait, l'homme et la
femme se couchent en plein jour en un liet, et les rideaux
estant tirez, c'est à l'homme à se mettre en devoir de faire
preuve de sa puissance, habitant charnellement avec sa
partie et faisant intromission, où souvent adviennent des
altercations honteuses et ridicules, l'homme se plaignant
que sa partie ne le veut laisser faire et empesche l'intromis-
sion elle le niant et disant qu'il y veut mettre le doigt et la
{1}V. Tagereau. Discoursde l'impuissancede r hommeet de la
femme,1612.
L'HERMAPHRODISME ET LA MÉDECINE LÉGALE
dilater et l'ouvrir par ce moyen encore ne sçauroit-îl,
quelque érection qu'il fasse, si sa partie veut l'empescher.
si on ne lui tenoit les mains et les genoux, ce qui ne se fait
pas.- Enfin les parties ayant esté quelque temps au Iict,
comme une heure ou deux, les experts appelez, ou de leur
propre mouvement quand ils s'ennuyent, (! !) en ayant
assez subject, si sint viri, s'approchent et, ouvrans les ri-•
deaux, s'informent de qui s'est passé entre elles et visitent
la femme de rechef pour sçavoir si elle est plus ouverte et
dilatée que lorsqu'elle s'est mise au liet et si l'intromission
a esté-faicte; aussi an fada sit emissïo, ubi, quid et quale
cmissum. Ce qui ne se fait pas sans bougies et lunettes à
gens qui s'en servent pour leur vieil âge, ny sans recherches
fort sales et odieuses. Et font leur procès-verbal de ce qui
est passé au congrez, ou (pour mieux dire) de ce qu'ils veu-
lent, qu'ils baillent aux juges estant au même logis, en une
salle ou chambre à. part avec les procureurs et praticiens en
cour d'Église, attendant la fin de cest
ac^C» ,( ^>
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`·n t ~`-`
CHAPITRE XX
TRAITEMENT DE L'HERMAPHRODISME.
Neuf fois sur dix on ne peut rien pour remédier à l'her-
maphrodisme aussi le traitement n'existe pour ainsi dire
pas.
Pourtant il est des cas, rares, il est vrai, où le chirurgien
peut, dans une certaine mesure, réformer les erreurs de la
nature.
11peut arriver que le vagin existe dans sa partie profonde
et soit fermé à l'orifice par une cloison fibreuse. La section
de cette cloison peut faire une femme cohabitable d'un in-
dividu d'abord absolument impropre à l'acte sexuel.
De même certains hermaphrodites hypospades, munis
d'un rudiment de verge, sont souvent inaptes au coït parce
que cette verge se trouve déviée par une bride fihreuse
quand elle [Link]. La section de cette bride fibreuse
suffit pour rendre à l'organe sa direction normale et per-
mettre ainsi l'intromission plus ou moins complète.
Tels sont, à peu près, les seuls cas où le chirurgien puisse
intervenir raisonnablement. Car je considère comme con-
traires â. la morale et à la science ces prétendues opérations
qui auraient pour but, en enlevant les clitoris péniformes de
certaines femmes, d'en faire des parfaites et
à l'amour. femeïïqïTpUis
plus aptes v*
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~1 J r
la
x~
TABLE DES MATIÈRES
Avant-propos S
PREMIÈRE PARTIE
l
LES GYNÉGOMASTES
CHAPITRE PREMIER. Historique, 9
T. La gynécomastie selon Aristote et Galien, Albucasis, Buffon.
Première observation. II. Travaux de Bédor, de Robelin,
Lacassagne, Lereboullet, etc. IH. La tbèse d'Olphan.
CHAPITRE II. DÊKiKiTiosDELA gvmécomastie 13
I.' Définition étymologique. – II, Différences entre le gynéco-
maste et l'hermaphrodite. – III. Analogie des organes génitaux
du foetus mâle et du fœtus femelle. Loi du développement
excentrique. IV. Différence entre les efféminés et les gyué-
camastes. V. Définition d'Horteloup. VI. Définition
d'Olphan. VII. Définition de l'auteur.
CHAPITRE III. L'ÉVOLUTION
sexuelle et mammaire de LApuberté. 17
I. Évolution normale. – Il. Évolution chez le gynécomaste.
Table DES maiiéues
CHAPITRE IV. – LES CAUSESiik LA gynécomastib.
1. La gynécomastie chez les animaux. Il. Fréquence de
gynécomastie. Ill. Influences ethniques. IV. Influence du
lymphatisme et de la scrofule. V. Influence de l'hérédité.
Gynécomastie héréditaire. Exemples. VI. Influence de l'héré-
dité nerveuse. Exemples. VII. Influence de l'alcoolisme chez
les ascendants. VIII. Influence de la tuberculose héréditaire
ou acquise. IX. Le rôle de l'obésité. X. Conclusion.
CHAPITRE V. Okigdœs patuooéniques DE LA gykécomastie. 39
I. La mamelle et le testicule. Loi de balancement des deux
organes! Réfutation de la théorie d'Olphan. – Il. La gynéco-
mastie arcidentelle. III. La gynécomastie chez les eunuques.
IV. Effets de la castration chez la femme sur les mamelles.
V. Les suites de l'ovariotomie à notre point de vue. VL Rela-
tions entre les organes génitaux et la voix. Analogies. – VIL La
sécrétion lactée des nouveau-nés.
CHAPITRE VI. LA okhécomastis accidentelle «
I, Gynécomastie par suite d'orchite ourlienne. Observations de
Lereboullet et Charvot. IL Gynécomastie par suite d'orchite
blennorrhagique. Observation d'Olphan. – III. Gynécomastie par
suite d'orchite traumatique. Ubservation de Lacassagne.
IV. Gynécomastie par suite de castration. Observation de
Gaillet. V. Gynécomastie par mutilation des organes géni-
taux. Observations de Martin et Colfiu. VI. Marche inverse
des accidents. Hypertrophie traumatique de la mamelle et
ensuite atrophie des testicules. Observation de Thompson.
VII. Conclusion.
CHAPITRE VII. LA mamjiite DE LA pubertk. 55
1. Analogies pathogéniques entre la mammite de la puberté et la
gynécomastie. – II. La mamelle de l'enfant. Sa transformation
au moment de la puberté. III. Fréquence de la mammite de
la puberté. IV. Les symptômes. – V. Les causes. Rôle de la
masturbation. Opinion de Lacassagae. Opinion de Stumcke.
Exemples. VI. Conclusion. La maniante de la puberté est la
TABLE DES MATIÈRES
dernière lueur de vie que jette lm organe qui va dispa-
raitre.
CHAPITRE VIII. LES FAUSSEScthëcomabties 61
I. Hypertrophie douloureuse de la mamelle chez l'homme.
Analogies et différences avec la gynécomastie. – Il. Observa-
tions. III. Mammite des phthisiques. – IV. Conclusion.
CHAPITRE IX. STRUCTURE
anatosiiqi'k DE LA mamelle CHEZLE qynê-
COMASTE f 61
I. Structure de la mamelle chez l'homme normal. Il. Examen
macroscopique de mamelles de gynécomastes. III, Examen
microscopique.
CHAPITRE X. Rôle DES mamelles
PHYSIOLOGIQUE CHEZLE gyhéco-
MASTE. il
I. Le rôle de la mamelle chez l'homme. La mamelle du gynéco-
maste séerétu-t-elle du lait? Nature du liquide sécrété.
II. Érectilité du mamelon chez le gynéoomaste. – III. Le sein
du gynéconaastc, arrivé à un certain âge, subit-il une régression
comme chez la femme?
CHAPITRE XI, – Morphologie DESgïhécomastes 15
1. Volume des mamelles chez les gynécomastes. II. Forme et
aspect des mamelles. État de la peau environnante. Mamelon
et aréole. Observations. III. Gynéeomastie unilatérale.
Exemples. IV. Polymastie. Exemples. V. Organes génitaux
des gynécomastes. VI. Voix des gynécomastes. Système
pileux. Dentition. Observation de Jagot. – VII. Formes effé-
minées des gynécomastes.
CHAPITRE XII. APTITUDESgénitales des gynécomastes. 93
I. Généralement les
gynécomastes ne sont pas impuissants.
Observation de Robelin. Il. Sont-ils féconds? – 111. La pédé-
rastie chez les eunuques et les gynécomastes.
CHAPITRE XIII. L'aoe DESoyhécomastes 99
TABLE DES MATIÈRES
1. Théorie de la dégénérescence. II. Les stigmates de dégéné
reseence physique chez les gynécomastes. NI. Les gynéeo-
mastes sont des débiles. Observation de Bédor. IV. L'intel-
ligence des eunuques. V. La lypémanie et le suicide chez les
gynécomastes accidentels.
CHAPITRE XIV. LES gynécomnstes DANSLA société 109
1. Les gynécomastes sont-ils aptes au mariage? – Il. Peuvent-ils
être soldats?
CHAPITRE XV. – TBAITEMEST DB H OYHÉCOMitSTIE, Hi
I. Procédés anciens. Il. De l'usage du corset chez les gynéeo-
mastes.
SECONDE PARTIE
LES HERMAPHRODITES
CHAPITRE PREMIER. Historique 1*3
I. L'hermaphrodisme d'après la Genèse et d'après la mythologie.
Les Changements de sexe. II. La naissance des hermaphro-
dites et les prodiges chez les anciens. Tite-Live et Cicéron.
Aristote. III. L'hermaphrodisme et la pédérastie dans l'anti-
quité. Les tribades. IV. Les hermaphrodites devant la. juris-
prudence romaine. V. Les hermaphrodites au moyen âge.
Cruauté de la religion à leur égard. Les hermaphrodites et le
mariage au moyen âge; Ambroise Paré et Zacchias. Procès
célèbres. Les recherches modernes sur l'hermaphrodisme et
leurs auteurs.
CHAPITRE Il. Défisitios » 123
Étymologie. Définition de l'Académie. Définition de Zacchias. Défi-
nition de 1. Geoffroy-Saint-Hilaire,
CHAPITRE III. Les CAUSESde i'hbhmaphhooissib 125
TABLE DES MATIÈRES
1. Rôle de l'hérédité. II. Rôle de l'alimentation maternelle.
Les disettes et l'hermaphrodisme.
CHAPITRE IV. – L'heiimapiibodishe dans LE iikgxe végétal 129
I. La multiplication asexuée. IL La reproduction sexuée. Les
végétaux dioiques. III. Les végétaux! monoïques et herma-
phrodites. L'autofécondation des phanérogames.
CHAPITRE V. L'heumaphhouisue CHEZLESETRESiNrâuis»as. 133
I. L'hermaphrodisme dans la série animale. La reproduction
asexuée des protozoaires. Les animaux monoïques. Cœlentérés
et cestoïdes. Les trématodes. Il. Les hirudinés et les gasté-
ropodes. La copulation et la fécondation chez l'escargot.
CHAPITRE VI. LA différekciatioh DESsexes 135
I. Accouplements imparfaits. Les crustacés. Arachnides et myria-
podes. – II. La vie amoureuse des insectes. Cantharides et
papillons. III. La vie amoureuse des poissons et des batra-
ciens. L'accouplement chez les grenouilles. IV. La vie amou-
reuse chez les reptiles et les oiseaux. V. Différenciation plus
parfaite des organes sexuels. L'accouplement] des mammifères.
VI. Différenciation complète des Sexes dans le genus hotno.
Accouplement parfait.
CHAPITRE VII. LA période presexuelle DE LAVIEfœtale. 1Ï9
I. Analogie sexuelle des fœtus masculins et féminins dans les
premiers mois de la vie fœtale. – Il. Evolution fœtale des
sexes.
CHAPITRE VIII. PATHOOÉNIE
DE l'iieioiaphrodisue. 141
I. Quelques mots d'embryogénie. Evolution des corps de Wolff
et des conduits de Mùller. IL Evolution du dimorphisme
sexuel et ses déviations.
CHAPITRE IX. – Classification des iieosapiirodites 145
I. Classification d'Ambroise Paré et Pierquin. Il. Classifica-
tion d'I. Geoffroy-Saint-Hilaire. – III. Classification de Klehs.
TABLE DES MATIÈRES
CHAPITRE X. L'hermaphrodisme ibai 14&
I. Classification des hermaphrodites vrais. – II. L'hermaphrodisme
vrai chez l'homme et les animaux. Ill. Hermaphrodisme vrai
bilatéral. IV. Hermaphrodisme vrai unilatéral. V, Herma-
phrodisme alterne. VI. Hermaphrodisme neutre.
CHAPITRE XI. LE fsbddo-hebhàfbhodisiu interne 1B5
I. Pseudo-hermaphrodisme interne masculin. II. Pseudo-her-
maphrodisme interne féminin.
CHAPITRE XII. – LE pseudo-hermaphrodisme externk 459
I. Pseudo-hermaphrodisme externe masculin. Il. Pseudo-herma-
phrodisme externe féminin. III. Cas rare et étrange d'her-
maphrodisme.
CHAPITRE XIII. Morphologie dus hermaphrodites 169
I. Structure générale. H. Féminisation. III. Viragos.
IV. Système pileux. V. Attitudes et démarche.
CHAPITRE XIV. L'hermaphrodisme artificiel 178
I. Infantilisme et eifémination. II. Hermaphrodisme extérieur
des jeunes pédérastes. Un « petit Jésus ». Histoire d'Henri le
Blondin. III. Hermaphrodisme artificiel des uranistes.
IV. Hermaphrodisme artificiel des tribades.
CHAPITRE XV. – Sexualité DEShermaphrodites 193
I. Naissance et développement de l'instinct génésique. Il. La
puberté chez l'hermaphrodite. Premiers sentiments et premières
sensations d'Alexina. – III. Indifférence sexuelle des herma-
phrodites. IV. Rôle de l'éducation sur l'orientation de l'iustinct
sexuel chez les hermaphrodites. V. Salaoilê des hermaphro-
dites. VI, Fécondité des hermaphrodites. VII. Hermaphro-
disme, pédérastie et tribadisme.
s
CHAPITRE XVI, L'hermaphrodisme P8YCMM}m 2H
L'hermaphrodisme psycho-sexuel de Krafft-Ebing. Confession d'un
pédéraste à Alb. Moïl. La maladie des Scythes.
TABLE DES MAT1ÊIIES
CHAPITRE XVII. PsYCirèmoiE DEShermaphrodites 213
I. Valeur intellectuelle. II. Valeur morale.
CHAPITRE XVIII. LES HEitMAPunoDiTEs
DANSLA société 217
I. Erreurs de sexe à la naissance de l'hermaphrodite. Consé-
quences. Proposition de Ch. Debierre. -11. L'hermaphrodite et
le service militaire. L'hermaphrodite électeur. III. L'herma-
phrodite et le mariage. Insuffisance des lois. Proposition de
Ch. Debierre.
CHAPITRE XIX. – L'hermaphrodite ET LA médecine légale 221
Comment le médecin légiste doit faire son examen. La question
de l'impuissance. L'ancienne épreuve du Congrès.
CHAPITRE XX. – Traitement DE l'hermaphrodisme 225
Cas où il est moralement et scientifiquement permis d'inter-
venir.
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