Rapport CAFTAN FF
Rapport CAFTAN FF
développement socio-
économique
(Cas du caftan marocain)
Réalisé par :
Akhdar Siham
Arbaoui Maria
Chfira Wijdane
Khaizourin Fatimazahra
Marhfor Fatimazahra
Encadré par :
Mme.Lala Latifa Alaoui
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Introduction
Le patrimoine est aujourd’hui un concept central dans le débat autour du développement durable
et de la recomposition des territoires. Son intégration dans le processus de développement est une
nécessité absolue que sa richesse et sa diversité soient une nouvelle approche d’intervention en
matière d’aménagement du territoire. Le patrimoine doit être considéré comme un levier de
l’action publique et privée, car son développement dans la cadre des pôles, induirait des
retombées sociales, économiques, financières, fiscales et environnementales considérables à
l’échelle locale et régionale, voire même nationale.
Notre rapport est constitué de deux parties, La première partie se focalise sur le concept du
patrimoine immatériel, le premier chapitre s’articule autour des soubassements théoriques du
patrimoine immatériel et le deuxième chapitre est consacré au rôle de l’UNESCO dans la
préservation de ce dernier. Le troisième chapitre expose les composantes et l’historique du
patrimoine immatériel et un dernier chapitre pour les enjeux qu’il fréquente.
La deuxième partie sera consacrée au développement socio-économique et l’impact du
patrimoine immatériel sur ce dernier. Dans cette partie on a opté pour la réalisation d’un cas
d’étude qui porte sur le caftan marocain, son histoire, son évolution ainsi que certains évènements
organisés autour de cet habit traditionnel.
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Première partie : Le Concept
du Patrimoine Immatériel
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Chapitre 1 : Le patrimoine immatériel
Un pays qui s’engage dans la voie du développement durable doit nécessairement mettre en
valeur la richesse intangible dont il dispose, au plus juste son patrimoine immatériel qui constitue
un socle de richesse économique, sociale et culturelle. La préservation du patrimoine immatériel
exige l’engagement de toutes les parties prenantes quoi qu’il s’agisse du rôle des collectivités
locales, des gouvernements ou des organisations internationales. Ce chapitre sera consacré dans
un premier temps à l’identification et à l’analyse conceptuelle du patrimoine immatériel sur
différents niveaux. D’autre part, dans une seconde section nous évoquerons le rôle de l’Unesco
dans la préservation et la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel.
Le patrimoine immatériel marque de son empreinte l’actualité économique, sociale et culturelle
non seulement au Maroc mais aussi à l’échelle mondiale. De même, il constitue un facteur majeur
de développement durable des Etats qui s’efforcent à préserver la richesse immatérielle dont ils
disposent. En revanche, le patrimoine immatériel se heurte à un problème de conceptualisation
chez un bon nombre d’observateurs .Il est tantôt envisagé comme un cadre juridique national et
international, tantôt comme un défi administratif multidisciplinaire, tantôt encore comme un
levier socio-économique souvent négligé. Tout d’abord, il convient d’emblée de souligner
l’étymologie du mot patrimoine. Ce dernier vient du latin « patrimonium ». Ainsi Le latin fait la
différence entre ce qui vient de la « mère », le « matrimonium », (« mariage ») et ce qui est relatif
au « père », « patrimonium ». Le patrimoine représente donc l’ensemble des biens qu’une
personne a hérité de son père ou de sa mère. Le vocable patrimoine prend, dans la terminologie
juridique, une signification différente de celle que lui donne le langage courant. « Le patrimoine
est l’attribut économique essentiel des personnes, qu’elles soient physiques ou morales. C’est
l’ensemble des droits et obligations d’une personne, qui sont dans le commerce et qui ont une
valeur économique ou pécuniaire. Il est composé de tous les actifs détenus par la personne. Le
patrimoine est aussi une réalité concrète exposée aux influences que subissent les faits
économiques et sociaux et qui subit d’une époque à l’autre des variations et des
surdéveloppements. Il peut prendre notamment la forme matérielle et/ou immatérielle.
D’après l’Unesco le patrimoine immatériel peut être défini comme étant « les traditions ou les
expressions vivantes héritées de nos ancêtres et transmises à nos descendants, comme les
traditions orales, les arts du spectacle, les pratiques sociales, rituels et événements festifs, les
connaissances et pratiques concernant la nature et l’univers ou les connaissances et le savoir-faire
nécessaires à l’artisanat traditionnel ». En revanche, les objets, les espaces culturels et les
personnes ne peuvent pas être considérés comme des éléments du patrimoine immatériel, même
s’ils peuvent y être étroitement liés. Par exemple, le tissage au doigt du tapis de selle traditionnel
pourrait être considéré comme un élément du patrimoine immatériel, mais pas le tapis qui en
découle.
Quelques Exemples d'éléments du patrimoine immatériel peuvent être illustrés comme suit :
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Une pratique liée à la chasse, à la pêche ou à la cueillette
Une manifestation festive à laquelle participe un grand nombre de membres de la
communauté (comme une fête qui souligne le passage des saisons)
La connaissance des usages médicinaux de certaines plantes locales
La fabrication artisanale d'objets.
Le patrimoine immatériel est un patrimoine vivant qui s’enrichit et se transmet d’une génération à
l’autre par les porteurs de traditions. Cela d’une part, d’autre part c’est un patrimoine ouvert qui
ne trouve véritablement son identité, ne prend toute sa valeur que dans l’interaction avec les
citoyens, les chercheurs, les nations… Le patrimoine immatériel s’incarne dans des pratiques qui
demandent à se transmettre de façon sans cesse renouvelée. Ces pratiques pourront se manifester
à petite échelle, sous forme quotidienne ou cyclique, mais également sous forme d’échanges
économiques. En effet il peut se comprendre à la fois comme un désir de préserver certaines
traditions pour elles-mêmes, et comme une ouverture politique et sociale vers un monde pluriel
pour les générations à venir, dans lequel les communautés locales et les regroupements culturels
constituent des acteurs de premier plan.
Il est clair sur les plans théorique et juridique que la désignation ou l’identification d’un élément
du patrimoine immatériel portera toujours sur « les savoir-faire, les connaissances, les
expressions, les pratiques ou les représentations » et non pas sur des objets ou des espaces
culturels qui leurs sont associés. Les pratiques coutumières, techniques, artistiques,
vestimentaires, alimentaires, et linguistiques sont des caractéristiques culturelles qui sont à la
base des valeurs communes. Elles méritent d’être documentées, sauvegardées ou brevetées,
valorisées et transmises parce qu’elles constituent au même titre que les biens matériels un
héritage significatif auquel les individus sont étroitement attachés et dont ils tirent une fierté. Le
concept de patrimoine immatériel tel qu'on le conçoit aujourd'hui a vu le jour à mesure que les
différents peuples et les différents Etats se sont rendu compte du caractère essentiel et
fondamental des pratiques et savoirs traditionnels. Il a émergé en fonction de la croissance accrue
des possibilités d'uniformisation des cultures, Plus que le droit au choix et à la différence dans les
manières de vivre ou de s'exprimer (y compris selon les usages traditionnels de son groupe), ce
sont les conditions de possibilités mêmes de ce droit qui résident au centre de cette vision. Car
l'exercice de préservation du patrimoine immatériel, conçu comme incluant un tas
d'enseignements et de valeurs pour les générations à venir, n'a de sens pour autant que si les
citoyens futurs aient accès et jouissent de cette richesse intangible léguée de père en fils et qui
constitue une fierté pour l’ensemble de la nation. Pendant des années le patrimoine immatériel fut
reconnu dans plusieurs pays du monde comme « folklore » ou « traditions populaires », est
devenu aujourd’hui une notion qui s’étale sur de nouveaux sens. A travers le processus de
patrimonialisation, tous les intervenants soulignent la nécessité d'un aval et d'une implication de
la part des porteurs ou des groupes concernés (c'est-à-dire les personnes ou groupes de personnes
qui détiennent une connaissance ou un savoir-faire dans le domaine du patrimoine immatériel
qu’ils ont hérités de leurs ancêtres). Bien davantage que des traces documentaires d'activités
passées ou qu'un simple sujet de recherche - en cette ère de la documentation-, Il existe des
différences d'approche nationales par rapport au traitement du patrimoine vivant. Plusieurs
facteurs jouent dans cette compréhension variée à la fois du rôle des autorités publiques et de la
cible des stratégies à appliquer. Parmi ces facteurs, on retrouve d'entrée de jeu le fait que la
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Convention de l'Unesco de 2003 propose une nomenclature demeurant ouverte quant aux
catégories d'éléments susceptibles d'être acceptés par l'Organisation au niveau international. On
retrouve bien sûr aussi la composition spécifique des éléments culturels transmis de génération en
génération sur un territoire. Cela a entre autres pour effet d'appréhender le patrimoine immatériel
tantôt comme une sous-section traditionnelle de la culture d'un peuple, tantôt comme un quasi-
synonyme de culture locale en général, façonnée et vécue sur le territoire dans la langue de
l'endroit, parfois au sein même d'institutions établies. Dans cette dernière circonstance, la
Convention de 2003 tend à se rapprocher encore davantage de celle sur la diversité des
expressions culturelles de 2005, avec laquelle elle entretient à la base des affinités. Grosso modo,
la notion de patrimoine englobe les manifestations tangibles telles que les sites archéologiques,
monuments historiques et objets conservés dans les musées. Mais il intègre également les fêtes
traditionnelles et tout ce qui est désormais inclus dans ce que l’Unesco définit comme patrimoine
culturel immatériel.
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autre région, elles font toutes partie du patrimoine culturel immatériel en ce sens qu’elles ont été
transmises de génération en génération, qu’elles ont évolué en réaction à leur environnement et
qu’elles contribuent à nous procurer un sentiment d'identité et de continuité, établissant un lien
entre notre passé et, à travers le présent, notre futur. Le patrimoine culturel immatériel ne
soulève pas la question de la spécificité ou de la non spécificité de certaines pratiques par rapport
à une culture. Il contribue à la cohésion sociale, stimulant un sentiment d’identité et de
responsabilité qui aide les individus à se sentir partie d’une ou plusieurs communautés et de la
société au sens large.
Représentatif: le patrimoine culturel immatériel n’est pas seulement apprécié en tant que bien
culturel, à titre comparatif, pour son caractère exclusif ou sa valeur exceptionnelle. Il se
développe à partir de son enracinement dans les communautés et dépend de ceux dont la
connaissance des traditions, des savoir-faire et des coutumes est transmise au reste de la
communauté, de génération en génération, ou à d’autres communautés.
Fondé sur les communautés: le patrimoine culturel immatériel ne peut être patrimoine que
lorsqu’il est reconnu comme tel par les communautés, groupes et individus qui le créent,
l’entretiennent et le transmettent ; sans leur avis, personne ne peut décider à leur place si une
expression ou pratique donnée fait partie de leur patrimoine.
B- La Convention de 2003 pour la sauvegarde du patrimoine culturel
immatériel :
Si de nos jours, le concept du patrimoine culturel immatériel est mis en valeur et constitue un
levier économique ainsi que la pérennité de cultures et traditions des nations c'est grâce à
L’UNESCO qui a été créé le 16 novembre 1945, seule agence spécialisée du système des
Nations Unies dotée d’un mandat spécifique dans le domaine de la culture, qui aide ses États
membres à élaborer et mettre en œuvre des mesures pour sauvegarder efficacement leur
patrimoine culturel. Parmi ces mesures la Recommandation sur la sauvegarde de la culture
traditionnelle et populaire de 1989, par la Déclaration universelle de l’UNESCO sur la diversité
culturelle de 2001 et par la Déclaration d’Istanbul de 2002 adoptée par la troisième Table ronde
des ministres de la culture, Considérant la profonde interdépendance entre le patrimoine culturel
immatériel et le patrimoine matériel culturel et naturel . La Conférence générale de l'UNESCO a
adopté en 2003, à sa 32e session, la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel
immatériel, fruit d'efforts engagés de longue date, depuis la fondation de l'UNESCO, avec la
rédaction de rapports et l'organisation de conférences destinés à étudier et reconnaître la diversité
des identités culturelles du monde. La Convention de 2003 est, parmi les instruments normatifs
de l'UNESCO dans le domaine de la culture, l'un des principaux pour l'élaboration d'activités
destinées à la promotion de la diversité culturelle. Cette dernière a été proposée et soutenu par
Koichiro MATSUURA Directeur général de l'UNESCO (1999-2009) .Cette initiative a été
adopter par ce dernier après sa présidence du comité du patrimoine mondial de 1989 à 1999. Il a
découvert qu'il y avait des vides dans la Convention du patrimoine mondial de 1972 sans nier
que cette dernière représente un instrument très réussi mais elle ne couvre que le patrimoine
culturel matériel .A l'aide des efforts qui ont été faits au cours des années 1990, il s'est inspiré
pour proposer le changement d'un cadre juridique pour la sauvegarde du patrimoine immatériel
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au niveau international ainsi qu'une nouvelle Convention après avoir atteindre le poste du
directeur de l'Unesco qui est celle de 2003. L'adoption de la Convention de 2003 revêt une
importance majeure et primordiale pour l'ensemble de l'humanité car elle est le premier texte
international à définir un cadre politique, juridique, administratif et financier en matière de
sauvegarde du patrimoine immatériel. La Convention de 2003 assure la viabilité du patrimoine
culturel immatériel par l'identification, la documentation, la recherche, la préservation, la
protection, la promotion, la mise en valeur, la transmission (essentiellement par l'éducation
formelle et non formelle), ainsi que la revitalisation des différents aspects de ce patrimoine. De
manière plus large, elle défend fièrement l'identité et la diversité culturelles des peuples de ce
monde, et contribue au dialogue, au respect et à la paix entre les cultures. La Convention a vu le
jour le 17 octobre 2003, suite à son adoption par la Conférence générale de l'UNESCO lors de sa
32éme session. Elle est née des insuffisances de la Recommandation de 1989 sur la sauvegarde
de la culture traditionnelle et populaire, premier instrument normatif international en la matière,
mais n'ayant qu'une force morale.
Les buts de la Convention sont la sauvegarde et le respect du patrimoine culturel immatériel des
communautés - y compris celles autochtones - des groupes et des individus, ainsi que la
sensibilisation à son importance, et enfin la coopération et l'assistance internationales. Elle
s'inspire du mécanisme de la Convention de 1972 concernant la protection du patrimoine
mondial culturel et naturel. La sauvegarde est envisagée grâce à la création d'un Comité
intergouvernemental de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, composé de représentants
des Etats parties qualifiés dans les divers domaines du patrimoine culturel immatériel. Sur
proposition des Etats membres, ce Comité sera chargé d'élaborer et de mettre à jour deux listes:
la liste représentative du patrimoine culturel immatériel, et celle pour sa sauvegarde urgente. S'il
ne fait nul doute que la responsabilité première de la sauvegarde du patrimoine présent sur son
territoire incombe à l'Etat partie, la Convention laisse une place importante aux acteurs locaux
dans l'identification (inventaires, article 12), la définition des éléments du patrimoine culturel
immatériel et la gestion de ce patrimoine. Le succès de cette Convention reposera d'ailleurs sur
l'implication et la participation des communautés (article 15, article 11 alinéa b) dans la
sauvegarde de leur patrimoine. En vertu de la Convention, les activités de sauvegarde seront
financées par un fonds, constitué en Fonds-en-dépôt, dont les ressources proviendront
notamment des contributions des Etats Parties, ainsi que des fonds alloués à cette fin par la
Conférence générale de l'Unesco, des versements, dons ou legs faits par des Organisations du
Système de l'ONU, des personnes publiques ou privées . La Convention est entrée en vigueur le
20 avril 2006 et compte à ce jour 50 Etats parties. (À condition que l'expression culturelle se
trouve sur le territoire d'un Etat partie à la Convention). Afin de réaliser plus efficacement ses
objectifs, la Convention met également en place des mécanismes de coopération et d’assistance
internationale, par l'intermédiaire notamment du Fonds du patrimoine culturel immatériel.
Conformément au chapitre 1 des Directives opérationnelles, la sauvegarde du patrimoine
figurant sur la Liste de sauvegarde urgente et la création d'inventaires se voient accorder une liste
de sauvegarde urgente : critères de sélection (Article 18) :
P.1 Le programme, le projet ou l’activité implique une sauvegarde telle que définie à l’Article
2.3 de la Convention.
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P.2 Le programme, le projet ou l’activité aide à la coordination des efforts de sauvegarde du
patrimoine culturel immatériel au niveau, régional, sous régional et/ou international.
P.3 Le programme, le projet ou l’activité reflète les principes et les objectifs de la Convention.
P.4 Si le programme, le projet ou l’activité est déjà terminé, il a fait preuve d’efficacité en
termes de contribution à la viabilité du patrimoine culturel immatériel concerné. S’il est encore
en cours ou planifié, on peut raisonnablement s’attendre à ce qu’il contribue substantiellement à
la viabilité du patrimoine culturel immatériel concerné.
P.5 Le programme, le projet ou l’activité a été ou sera mis en œuvre avec la participation de la
communauté, du groupe ou, le cas échéant, des individus concernés, et avec leur consentement
libre, préalable et éclairé.
P.6 Le programme, le projet ou l’activité peut servir de modèle, selon le cas sous régional,
régional ou international, à des activités de sauvegarde.
P.7 L'(es) État(s) partie(s) soumissionnaires, l'(es) organe(s) chargé(s) de la mise en œuvre et
la communauté, le groupe ou, le cas échéant, les individus concernés sont d’accord pour
coopérer à la diffusion de bonnes pratiques, si leur programme, leur projet ou leur activité est
sélectionné.
P.8 Le programme, le projet ou l’activité réunit des expériences susceptibles d’être évaluées
sur leurs résultats.
P.9 Le programme, le projet ou l’activité répond essentiellement aux besoins particuliers des
pays en développement.
Chapitre III : Positionnement international du Maroc au titre du patrimoine immatériel :
Le Maroc recèle un héritage culturel extrêmement riche et diversifié. Les occupations humaines
ayant évolué dans ce territoire depuis les débuts de la Préhistoire ont produit continuellement des
cultures aussi bien immatérielles que matérielles qui constituent aujourd’hui ce que nous
qualifions de « civilisation marocaine ». La position géographique du pays lui a certainement
conféré la qualité de carrefour de courants culturels divers qui ont enrichi au cours des temps
immémoriaux le substrat de la culture marocaine. Dans ce chapitre, nous allons mettre en relief
le patrimoine immatériel marocain en se focalisant plus particulièrement sur le positionnement
international de ce dernier ainsi que les opportunités dont il bénéficie et les obstacles qui
entravent la bonne gestion de ce patrimoine vivant.
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culturel JAMMA EL FNA était parmi les premiers éléments à être proclamés comme tel en
2001. L’adoption par l’UNESCO de la convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel
immatériel en 2003 est venue supplanter ce système des proclamations en apportant une
meilleure définition à cette part intangible du patrimoine culturel de l’humanité. Le Maroc a
ratifié cette convention le 6 juillet 2006 et depuis, il n’a cessé d’apporter sa contribution
substantielle a sa mise en œuvre notamment en y proposant des éléments marocains pour
inscription sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Cette
ratification de la Convention a amené le Ministère de la Culture marocain, principal organisme
compétent pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel du pays, à adapter son
organigramme à cette nouvelle donne en créant en 2006 un Service entièrement dédié à
"l'inventaire du patrimoine culturel immatériel". La quasi-totalité des gestionnaires du
patrimoine culturel au Maroc ont suivi leur formation spécialisée au sein de l’Institut National
des Sciences de l’Archéologie et du Patrimoine (INSAP). Celui-ci dispense plus particulièrement
une formation dans le domaine de l’Anthropologie. Plusieurs institutions publiques et
associatives (Ministère de la Culture, INSAP, Ministère de l’Artisanat, Institut Royal de la
Culture amazighe, Centre Cinématographique Marocain, etc.) disposent d’une documentation
très riche concernant les différentes catégories du patrimoine culturel immatériel du Maroc.
L’inventaire de celui-ci est géré principalement par les services compétents du Ministère de la
Culture en collaboration avec ses partenaires pertinents selon des instruments méthodologiques
appropriés dont notamment un système informatisé nouvellement créé à cet effet. Parallèlement
à ces différentes performances institutionnelles et méthodologiques, l'instauration d'autres
mesures de sauvegarde ont été dernièrement mises en place. Il s'agit plus particulièrement de
l'élaboration d'une nouvelle loi régissant le patrimoine culturel national et d’un projet de mise en
œuvre d'un processus de reconnaissance des "Trésors humains vivants". D’autres mesures
contribuant à la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel se rapportent, entre autres, à
l’élaboration d’une stratégie patrimoniale nationale dite « Patrimoine 2020 », dédiée notamment
à la promotion des festivals patrimoniaux, à l’encouragement des mécanismes de diffusion de
l’information et des connaissances, etc. Par ailleurs, l’organisation de journées d’études, de
séminaires, de colloques, l’implication des ONG et leur encadrement étatique, l’insertion de la
composante culturelle dans les politiques territoriales de développement local, etc., contribuent à
la connaissance, à la revitalisation et à la sauvegarde des expressions patrimoniales immatérielles
marocaines.
La mise en valeur du patrimoine culturel immatériel à travers sa reconnaissance et le respect des
pratiques communautaires est renforcée par l’organisation de campagnes de sensibilisation, par
la formation et le renforcement des compétences locales au sein des ONG œuvrant dans le
domaine culturel et par l’implication du milieu scolaire dans les programmes visant la prise de
consciences de l’importance du patrimoine culturel immatériel. La gestion du patrimoine culturel
au Maroc est assurée officiellement à l'échelle gouvernementale par le Ministère de la Culture.
Celui-ci est doté à cet effet d'une "Direction du patrimoine culturel" dédiée selon ses
prérogatives, à l’inventaire, à la gestion, à la réhabilitation, à la sauvegarde et à la mise en valeur
de tous les aspects du patrimoine culturel national. Au sein de cette Direction, la Division de
l'Inventaire et de la Documentation du Patrimoine (DIDP) englobe un service spécifiquement
chargé de l'inventaire et de la documentation du patrimoine culturel immatériel. Au sein du
même Ministère de la Culture, une autre Direction est dédiée à la promotion des arts. Elle
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contribue selon les tâches qui lui incombent à promouvoir des aspects importants du patrimoine
culturel immatériel comme les festivals patrimoniaux par des appuis financiers et par la mise à
disposition des compétences organisationnelles. Elle contribue également à la promotion de
quelques aspects des arts de spectacle nationaux. Le projet de loi en cours de validation
concernant la gestion du patrimoine culturel national comporte neuf article entièrement dédiés au
patrimoine culturel immatériel et s'intéressent essentiellement aux modalités de la création
conceptuelle des éléments immatériels, de leur sauvegarde et de leur valorisation.
Par ailleurs, plusieurs acteurs publics (Départements ministériels, institutions de recherche,
centres spécialisés, universités, etc.) et des ONG interviennent et coopèrent pour assurer la
sauvegarde du patrimoine culturel immatériel par tous les moyens disponibles. Cela concerne
essentiellement des programmes de sensibilisation, de documentation, d'inventaire, de
revitalisation et de sauvegarde proprement dite. Par exemple, l’Institut Royal de la Culture
Amazighe (IRCAM) a été créé en 2001 pour promouvoir une grande partie des aspects
immatériels de la culture amazighe marocaine. Le Ministère de l’Artisanat a contribué
substantiellement ces dernières années à la sauvegarde des savoir-faire liés à l’artisanat marocain
par une stratégie qui s’inscrit désormais dans le long terme et grâce à des actions concrètes
touchant directement la mise en valeur des métiers traditionnels et leur transmission aux
générations futures.
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importantes . Il est ainsi des rites de passages ( naissance , puberté , mariage mort ) ; il est de
même des littératures orales ( contes , récits , légendes , mythes , devinettes , adages , etc. ) il est
également de tous les savoirs accumulés pendant des centaines , sinon des milliers d’années
agropastoral , artisanal , marin , météorologique , médicinal , esthétique , etc. ). Si les entrées
citées plus haut se retrouvent partout et à toutes époques, leur mise en œuvre témoigne d’une
diversité impressionnante que ce soit au niveau du support linguistique utilisé, des contenus et
des modes de transmission. Nonobstant la variété et la richesse des expressions du patrimoine
culturel immatériel du Maroc, une unité certaine y existe réellement et se manifeste dans une
culture spécifique qui a forgé une personnalité non moins spécifique. Que l’on soit au Sahara ou
en Méditerranée, en montagne ou en plaine, en ville ou en campagne, en bord de mer ou à
l’intérieur du pays, une vision semblable du monde se profile derrière une diversité apparente.
Certes, le patrimoine culturel immatériel au Maroc est très riche et varié. Mais seuls six éléments
qui sont inscrits :
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d’autres dimensions plutôt d’ordre ludique et sportif fortement imprégnées de sentiment de
noblesse, d’orgueil, de fierté, de partage et d’expression de liberté.
L’Argan Marocain :
L’inscription de l’Argan Marocain au patrimoine immatériel de l’UNESCO intervient dans le
cadre de la 9ème Session du Comité Intergouvernemental de Sauvegarde du Patrimoine Culturel
Immatériel qui se tient au siège de l'Organisation onusienne à Paris, du 24 au 28 novembre 2014.
L'élément «l'Argan, pratiques et savoir-faire liés à l'arganier» a été inscrit, jeudi 27 novembre
2014 par l'Unesco, sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.
Cette inscription intervient dans le cadre de la 9ème Session du Comité Intergouvernemental de
Sauvegarde du Patrimoine Culturel Immatériel qui se tient au siège de l'Organisation onusienne à
Paris, du 24 au 28 novembre 2014. Utilisée essentiellement dans l'alimentation, l'huile d'argan
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est également exploitée dans des recettes de pharmacopée ancestrale et dans des préparations
cosmétiques qui font l'objet d'une demande qui ne cesse de s'accroître. Il est à signaler que
l'inscription de cet élément accompagnera, également, le plan des oasis et d'arganier qui couvre
la période 2011-2020, lancé, en 2011, par le ministère de l'Agriculture et de la Pêche maritime,
et qui vise la réhabilitation de 200 000 ha d'arganier et l'extension de sa culture en conduite
moderne sur 5 000 ha et l'augmentation de la production de l'huile d'argan pour atteindre, en
2020, 10 000 tonnes/an, actuellement estimée à 4 000 tonnes/an.
A rappeler que cette inscription intervient au lendemain de l'adoption par le Conseil exécutif de
l'Unesco du projet de décision présenté par le Maroc, lors de la 195ème Session du Conseil
exécutif qui s'est tenue au siège de l'Organisation en octobre dernier et qui affirme notamment
que "le capital immatériel est une composante fondamentale du développement humain et que le
patrimoine culturel immatériel, qui repose sur les traditions culturelles des peuples, représente
une ressource fondamentale pour le développement durable qui doit être prise en considération
dans les objectifs de développement durable pour l'après-2015 ». Au plus des éléments
officiellement inscrits auprès de l’UNESCO, le MAROC travaille sur deux projets en cours
d’exécution considérés comme principaux symboles du patrimoine immatériel Marocain, qui
sont :
Caftan :
Aujourd'hui, Le caftan, nommé aussi « Takchita » dans sa version sophistiquée, est l'un des
divers composants du patrimoine vestimentaire marocain. Le caftan marocain est unique au
monde grâce tout d'abord à ses origines à la fois romaine, de l’Andalousie Mauresque mais aussi
grâce au génie artisanal marocain comme dans les grandes villes de Fès d'où est originaire la «
Lebsa dial joher », robe pour les princesses mauresques (marocaines), andalouses ou encore «
kairouanaises » ainsi que Marrakech et son inspiration afro-berbère mais aussi Tétouan avec la «
Keswa Lakbira » ou encore la « Chedda Chamalia » et Rabat avec sa coiffe nommée « Touqida
». Toutes les broderies, les ethnies et la culture marocaine ont amené le caftan à se faire une
place à part entière dans le monde de la mode et à être le seul à encore exister dans le patrimoine
arabomusulman.
Gnaoua :
L’ambition des organisateurs du festival « Gnaoua » n’a pas de limites. Il y a quelques mois,
une demande officielle pour inscrire le festival dans le patrimoine mondial immatériel de
l’IUNESCO a été formulée auprès de l’organisation onusienne. Objectif : sauvegarder cet art
représentatif de la richesse culturelle africaine. Mais aussi, préserver cette musique qui ne cesse
de séduire un très large public de tous horizons. Pour rappel, la ville d’Essaouira abrite
également deux autres grands rendezvous artistiques de renommée mondiale : le festival
Printemps des Alizés et le festival des « Andalousies Atlantiques ». Seule Essaouira au Maroc
abrite autant de festivals sur l’année. Une fois n’est pas coutume, la ville d’Essaouira accueillera
cette année 2015 la 18e édition du festival « Gnaoua » au mois de mai et non pas en juin, comme
ça a été le cas depuis le début de cette manifestation. Un rendez-vous devenu désormais
incontournable pour les adeptes de la musique « gnaouia » et des amateurs des musiques du
monde.
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Chapitre IV : le patrimoine immatériel comme levier
incontournable au développement socio-économique :
Le patrimoine immatériel, nourrit la diversité culturelle et la créativité humaine. Il peut aider à
relever de nombreux défis contemporains du développement socio-économique. Il est également
une source non négligeable de revenus et d’emplois. Les activités du patrimoine culturel sont
rarement considérées comme un secteur majeur de l’activité économique, même si elles
occupent dans les représentations ou les images qui en sont données une place symbolique
importante. Les estimations statistiques les plus larges ne lui permettent guère de dépasser en
termes d’activité ou d’emploi un demi-point de PIB ou de population active. Mais si on
considère les filières à la base desquelles les activités patrimoniales se situent, du tourisme
culturel à l’artisanat d’art, ces dernières deviennent une base possible du développement
économique et social. Quand on parle du « patrimoine «, d’activités patrimoniales ou même «
d’emploi patrimonial «, on doit avoir à l’esprit ces deux ensembles : celui des activités
patrimoniales au sens strict, en général comme secteur des monuments, musées, collections,
archives et bibliothèques ; celui des filières patrimoniales, regroupant celle du tourisme culturel,
de l’artisanat d’art, des produits dérivés, du multimédia, etc. A cela s’ajouteront le délicat
problème de l’extension quasi-illimité de la notion de patrimoine et la nécessité de le définir de
manière conventionnelle. Dans tout pays en développement comme le cas du Maroc, la
délimitation et la valorisation de l’identité culturelle locale peuvent faire de la sauvegarde du
patrimoine un moyen de lutte contre la pauvreté. Aujourd’hui, on voit bien dans tous les pays de
l’Afrique du Nord le lien de causalité entre disparition de certains éléments du patrimoine
culturel immatériel au Sahara et l’appauvrissement matériel ainsi que la marginalisation sociale.
La sauvegarde d’une expression culturelle vivante qui s’impose n’est pas aisée surtout lorsqu’il
s’agit d’un pays en voie de développement. La solution de concilier sauvegarde et utilisation
économique du patrimoine n’est pas exemple malheureusement de difficultés et de périls. Car on
peut craindre, comme dans le cas de plusieurs éléments patrimoniaux, que certains d’entre eux
s’accompagnent parfois d’effets pervers (folklorisation du patrimoine pour répondre aux besoins
des touristes) et aboutissent à une banalisation du patrimoine immatériel qui pourrait conduire à
la perte de l’identité patrimoniale.
Le collage et l’assemblage d’éléments patrimoniaux parfois complètement étrangers à la culture
locale comme c’est le cas de la fabrication des chaussures berbères, des Babouches et dans
l’affichage sur les murs des restaurants et des boutiques d’une panoplie d’objets de la production
artisanale, montre que la tendance bascule souvent vers une instrumentalisation économique du
patrimoine ce qui représente une réelle menace d’uniformisation et d’appauvrissement culturels.
Certains pensent qu’il y a bien dans tout cela quelque chose du domaine de la construction d’un
décor devant répondre aux attentes des touristes. La politique de sauvegarde et de valorisation du
patrimoine culturel, qui veut réconcilier identité culturelle et logique économique, doit être vue
comme le financement, d’un bien public. Ainsi chaque individu porteur ou récepteur du
patrimoine est responsable de sa transmission pour permettre de partager les éléments de la
diversité culturelle. Les gestionnaires publics ont également un rôle important à jouer au sein des
institutions et des collectivités territoires. Les réseaux sociaux numériques pourront aussi
faciliter la reconnaissance partagée du patrimoine immatériel. Sensibilisation, formation,
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inventaire, protection, classement sont aujourd’hui des actions à entamer d’urgence, mais à
travers une 43 politique du patrimoine conçue à l’intérieur d’une politique nationale culturelle et
basée sur des expertises scientifiques, anthropologiques et économiques. Divers régions du
monde pensent accéder à la modernité en substituant du neuf à de l’ancien : négligeant la
dimension culturelle et patrimoniale dans les projets d’aménagement, de planification, et de
développement territoriaux, ce qui se traduit par des pertes en termes d’espaces urbains, de lieux
de mémoire ou encore de traditions et pratiques sociales. Dans la majorité de ces projets,
collaboration entre acteurs nationaux et autorités locales dans la mise en œuvre de la politique
relative à la gestion et à la valorisation du patrimoine reste faible. Pourtant, grâce à l’innovation
technique, la préservation du patrimoine pourrait être à l’origine di développement économique,
socioculturel et du rayonnement de tout un pays.
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Deuxième Partie : Cas du
caftan marocain
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Chapitre I : Le caftan a une histoire plus vaste qui a
transcendé les frontières et les âges
Le caftan fut d’abord un habit masculin, particulièrement apprécié des peuples cavaliers de
l’Asie centrale. L’habit, ressemblant alors davantage à un manteau ouvert à l’avant, fut adopté
par bien des peuples au cours de l’Histoire, y imprimant chacun leurs couleurs et expressions. Les
caravaniers qui, pendant des siècles, ont sillonné les contrées d’Asie centrale et de la péninsule
arabique reliant l’Orient à l’Occident, transportaient au moins autant de culture dans leurs
cargaisons que de coupons de soie et d’épices fines.
Caftan Ouzbek
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Empereur Moghol Babur Mohammad Shah Qajar
Originaire d'Azerbaïdjan
Les Turcs prirent Constantinople en 1453 et quittèrent ainsi leur condition de peuple nomade
pour le faste d’un empire qui, à son apogée, s’étendra de l’Algérie au golfe persique et de la mer
rouge aux portes de l’Autriche. A l’image de leur épopée, l’habit du peuple des steppes évolua.
Le caftan des steppes sobre et pratique pour répondre aux impératifs d’une vie nomade et
éprouvante, se para des marques de la puissance et de la richesse du nouvel empire. L’empire
perse voisin, héritier d’une tradition millénaire, influencera très sensiblement le goût de son
nouveau et opulent voisin. Le caftan, devenu symbole de magnificence et de distinction,
nécessitait alors des mois pour être réalisé par les artisans ottomans qui le brodaient, le perlaient
et le bordaient de passementeries au fil d'or et d'argent. Ces joyaux devinrent alors naturellement
des présents d’honneur à la Sublime Porte. Si bien que l’Académie Française, en digne fille de
son temps, définit alors le caftan comme une « robe de distinction en usage chez les Turcs » que
« le Grand Seigneur envoie aux personnes qu’il veut honorer ».
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Les deux caftans suivants, le premier étant perse, le second ottoman mais tous deux de la
même époque, illustrent clairement les similitudes de goût vestimentaire à la cour du Grand Turc
et à celle du Shah :
Le caftan d’apparat développé à la cour des empereurs perse et ottoman est le véritable ancêtre du
caftan moderne. Les fines étoffes et les riches passementeries au fil d’or, d’argent ou de soie sont
les fondamentaux de tous les caftans RAZWANI, ainsi que la réalisation des caftans entièrement
à la main, dans le respect du savoir-faire ancestral des maîtres artisans.
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La passion orientale :
À la fin du XVIIème siècle, Paris s’entiche de l’univers capiteux du Grand Turc avec la
visite forte en couleurs de Soliman Aga à la cour de Louis XIV. Les contes des Mille et Une
Nuits traduits en 1704 ouvrent les portes d’un univers exubérant et mystérieux et continue à
alimenter, en Europe, la fascination pour la sensualité et les fastes orientaux. Le caftan fait alors
fureur entre les dames de l’aristocratie et c’est portant caftan et travaillant à un ouvrage de
broderie que la marquise de Pompadour, favorite de Louis XV, pose pour la postérité :
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Voici quelques autres exemples de l’engouement de ces dames pour ce qu’on appelait alors les «
turqueries » :
Le mouvement orientaliste
L’intérêt de l’Occident pour l’esthétique orientale ne se démentira pas au fil des ans, bien au
contraire. Ce n’est plus uniquement le voyage d’Italie que les jeunes gens souhaitent faire alors
pour parachever leur formation intellectuelle et esthétique, comme c´était le cas à la Renaissance.
Le voyage initiatique s’étend désormais jusque sur les rives méridionale et orientale de la
Méditerranée. Au XIXème siècle, la colonisation porte le monde oriental au-devant de l’actualité.
Artistes et écrivains occidentaux tentent l’expérience orientale et s’imprègnent de la culture dont
ils nous laissent de vibrants témoignages.
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Les essentiels des caftans RAZWANI se retrouvent déjà dans ce tableau : le jeu sur les matières
notamment via la superposition de riches étoffes brodées et de voilages transparents, les
contrastes de couleurs ou encore les rubans et boutons de passementeries qui parcourent les bords
des caftans. Les caftans RAZWANI se caractérisent également par le grand soin apporté aux
ceintures qui finissent de définir la silhouette féminine. Les ceintures RAZWANI ne sont pas de
simples accessoires, mais de véritables parures qui brille de leur propre éclat tout en sublimant le
caftan.
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C’est dans le terreau riche d’un Maroc à la croisée des mondes, intrinsèquement lié à
l’Andalousie mauresque puis au contact direct de l’empire ottoman, que prendra forme la
quintessence du caftan tel que nous le connaissons aujourd’hui.
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I- Evolution du caftan marocain :
On est tous d’accord pour dire que le Caftan Marocain est d’abord un bijou de création. Une sorte
de vitrine qui affiche, sous un angle assez particulier, le patrimoine culturel et artistique
marocain. Mais on observe qu’avec son évolution, ou sa révolution, il est passé d’un puissant
symbole de noblesse à un symbole de glamour et de notoriété.
Ce changement de statut lui fait revivre son épopée, un retour à l’âge d’or, exposé parfois sous
des projecteurs comme une réelle œuvre d’art. Restons poétiques mais soyons réalistes : Le
Caftan marocain, peut-il vraiment être modernisé ou doit-il garder tous ses aspects traditionnels ?
Bien que la tradition soit par définition loin de la modernité, le Caftan Marocain a vécu à ce jour
une évolution très particulière. Le concept, un peu paradoxal, veut que le Caftan, célèbre habit
traditionnel, s’attribue une nouvelle identité : une image à succès et une notoriété internationale.
Dès lors un besoin de changement s’installe. Il est primordial de s’adapter à son époque, c’est ce
qui s’est traduit par une révolution dans le monde du Caftan. Elle s’est déroulée certes sur le
temps, mais avec un étalement dans l’espace, au-delà des frontières et des océans. A une époque
où toutes les civilisations se croisent, le Caftan moderne devient un phénomène culturel et
artistique au-delà du simple habit. En version classique ou revisité, il est présent dans chaque
foyer grâce à sa première ambassadrice : La femme marocaine. C’est à travers son émancipation,
au début des années 70, que le Caftan Marocain se voit porter vers un processus de
modernisation.
Si l’accessoire par excellence est la ceinture pour le Caftan, il suffit d’avoir le Caftan moderne
pour briller lors de tout événement. Les occasions ne manquent pas pour nous le rappeler :
Mariages, baptêmes, Aïds… C’est d’ailleurs l’un des liens qu’entretient étroitement le Caftan
Marocain avec notre très chère et unique culture.
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Aujourd’hui, tout a changé. Les clientes optent pour le caftan moderne sur mesure, inspirées par
les modèles de magazines ou des images sur les réseaux sociaux. Elles ont parfois des motifs
personnalisés et apprécient beaucoup tout ce qui scintille comme enjolivure ou décoration.
Aujourd’hui on fonctionne plus par inspiration. On observe notre environnement, ce qui nous
entoure. Tout peut m’inspirer, du tapis traditionnel à une simple rencontre.. Les pierres, la
matière, les motifs, chaque pièce qui compose le Caftan moderne a sa propre histoire et contribue
à le rendre plus beau.
Le Caftan c’est le Maroc, c’est notre habit traditionnel, notre culture, notre fierté. C’est un
mélange de sentiments, un art conservé et transmis de générations en générations. Nous sommes
une génération qui doit conserver ce patrimoine et le présenter aux yeux du monde entier.
En gros, le courant traditionnel n’est pas contre le caftan moderne (moderniser le Caftan). A une
condition : Respecter certaines limites esthétiques et morales. Pour les stylistes « New
génération », le Caftan moderne a réinventé les métiers de couture traditionnelle. Il leur a donné
un nouvel espoir d’évolution et la possibilité de perdurer dans le temps.
Il existe certainement un grand débat sur la modernisation du Caftan marocain mais dans le cadre
de l’évolution des mentalités. Les créateurs de 3ème génération se sentent impliqués et
responsables de ce patrimoine, autant que les anciens. Ils défient tout de même les contraintes
imposées si souvent par la société de consommation.
Chaque femme, marocaine ou pas, rêverait d’avoir son propre Caftan, qu’il soit classique ou
contemporain. Avec l’ouverture des esprits et une culturelle mondialisée, ce rêve est devenu
accessible et réalisable pour toutes. C’est très simple, chacune de nous peut créer un caftan
moderne qui peut mélanger tradition et modernité. Coupe « Fassi » ou « robe », l’essentiel est
d’apporter votre propre touche personnelle, tout en respectant le travail des stylistes et des
maîtres artisans. Justement, le Caftan Marocain peut tout se permettre : Abandonner le classique
brocard lyonnais / soie chinoise pour des tissus plus abordables, comme la viscose, ou encore
plus délicats, comme la mousseline et la dentelle. Les techniques de broderie et d’ornement, qui
sont issues d’un savoir-faire ancestral des « Maâlmiyas », offrent un large éventail de choix pour
réussir de jolies compositions personnalisées.
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En plus bref Optez pour le chemin de la modération et trouvez un équilibre : exprimez votre
style en ajustant vos goûts à certaines règles ! C’est à dire sans oublier les valeurs culturelles que
représente ce sublime Caftan Marocain. Prenez le temps d’équilibrer l’aspect visuel et pratique
de votre création : les tons toujours en accord avec votre teint et les coupes bien ajustées à votre
morphologie.
Créer son propre Caftan moderne est une belle façon d’apporter sa touche à un mouvement
culturel en pleine expansion. C’est une nouvelle ère, une époque où l’apogée du Caftan Marocain
traditionnel passe par celle du « Caftan Modernisé. » Alors pourquoi ne pas participer à cette
évolution/révolution préconisée ?
Vu comme ça, on peut finalement oser la modernité sans oublier la tradition. Dans ce cas très
particulier, l’une ne va pas sans l’autre. C’est bien la modernité qui a fait du Caftan Marocain
traditionnel un grand symbole féminin, mondialement connu et reconnu pour sa somptuosité. Et
c’est le Caftan Moderne qui assure à son tour la continuité d’une splendide évolution de ce
patrimoine.
L’événement est à sa 23ème édition : Caftan fait découvrir les sept merveilles
du monde :
Cette manifestation « renforce encore les liens unissant les arts ancestraux marocains aux
tendances de mode du moment ».
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Il serait fascinant de voyager de par le monde à travers des tenues majestueuses. C’est ce que
propose l’événement Caftan dont la 23ème édition, sous le thème « Les sept merveilles du monde
». Ce rendez-vous prestigieux de la haute couture marocaine est initié par le magazine Femmes
du Maroc. Selon les organisateurs, cette manifestation « renforce encore les liens unissant les arts
ancestraux marocains aux tendances de mode du moment ».
Pour expliciter le choix du thème de cette édition, les initiateurs remontent le temps. Comme ils
le rappellent, le monde antique a vu s’élever des réalisations exceptionnelles par leur beauté,
fascinantes par leur architecture, impressionnantes par leur gigantisme. Celles-ci étant les sept
merveilles du monde. « Elles ont captivé, intrigué, ensorcelé. Elles continuent encore aujourd’hui
à vivre pour l’éternité dans l’imaginaire collectif. Inimitables, uniques, extraordinaires, ces
réalisations étaient et seront toujours le reflet du génie de leurs créateurs et celui de l’humanité
tout entière », exaltent les organisateurs. Dans ce sens que la même source énumère, entre autres,
la Pyramide de Khéops, les Jardins suspendus de Babylone, la Statue de Zeus, le Mausolée
d’Halicarnasse, le Temple d’Artémis, le Colosse de Rhodes et le Phare d’Alexandrie. Chacune de
ces œuvres légendaires de l’antiquité ayant, comme le rappellent les initiateurs, participé au
rayonnement de sa cité, à sa gloire, sa célébrité et son immortalité.
L’ensemble de ces merveilles sera reflété, le temps d’un show qui promet d’être époustouflant,
dans les créations des stylistes qui, selon la même source, « s’en inspireront pour donner à Caftan
2019 cette éternité qui est l’essence même de la beauté qu’un artiste, architecte, sculpteur… peut
mettre en valeur pour sublimer ses œuvres ».
Ce sont les stylistes confirmés, Hind Lamtiri, Meriem Belkhayat, Siham El Habti, Nisrine Ezzaki
Bakkali, Zineb Lyoubi Idrissi, Samira Mhaid Knouzi, Najia Benjelloune, Imane Tadlaoui Faouz,
Houda Larini, Hadia Benjelloun, Safaa Ibrahimi, Kacem Sahl, Amal Belcaid, Halima Chami et
Nadia Boutaleb, qui s’exprimeront sur ces sept merveilles à travers leurs créations.
Aussi les jeunes créateurs de mode, Salma Debbagh, Ghita Essakalli et Imane Ouchen seront de
la partie.
Si le monde compte sept merveilles, Caftan 2019, lui, entend, selon les initiateurs, « être la 8ème
merveille le temps d’un défilé ! ». Aussi, l’événement part, selon la même source, à la rencontre
de ces monuments hors du commun en racontant leurs histoires. « Les créateurs ont eu l’occasion
de rendre hommage à notre Maroc millénaire, à sa magie et à sa richesse. Ce show exceptionnel
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rendre hommage au talent de nos créateurs, à la richesse de notre patrimoine culturel et au
métissage des cultures », concluent les initiateurs
Le caftan marocain fait sensation lors d’un défilé de mode africaine à Brasilia
Dans une valse de crêpe georgette, de tulle, de broderies fines toutes en lumière, de couleurs
pastel et de tons chauds, la collection de caftans présentée par la styliste marocaine Siham
Belamine n’a pas manqué de susciter l’admiration de l’audience pour cette tenue traditionnelle
qui a acquis ses lettres de noblesse tant au Maroc qu’à l’étranger.
Venus nombreux pour assister à ce défilé qui célèbre l’Afrique dans toute sa diversité, le gotha de
la société brésilienne et du corps diplomatique accrédité à Brasilia et la presse brésilienne ont pu
découvrir une succession de caftans, de gandouras et de tenues marocaines contemporaines
témoignant d’un patrimoine vestimentaire séculaire avec une touche de modernité et de fraîcheur.
La sélection de tenues marocaines, présentée lors du défilé, se voulait de montrer la versatilité de
la tenue marocaine qui se prête à toutes les tendances de mode, tous les climats et tous les goûts,
a déclaré à la MAP la styliste Belamine.
Pour ce défilé, j’ai voulu présenter des tenues jeunes et aérées montrant à la fois la force de la
tradition vestimentaire marocaine et la richesse de ses différents affluents culturels, a-t-elle
ajouté, en relevant que la présentation d’une collection moderne cherche à aiguiser l’intérêt des
femmes brésiliennes pour cette tenue au charme intemporel.
La styliste marocaine a également estimé que la participation du Maroc à ce défilé de mode est
une belle occasion de présenter davantage les spécificités culturelles des ce pays, qui a eu droit à
son propre défilé de samba fin février au Sambadrome de Rio de Janeiro.
« Le défilé de la Mocidade était une belle occasion pour présenter le Maroc dans toute sa
splendeur aux Brésiliens et le défilé d’aujourd’hui permet de dégager d’avantage la beauté du
costume traditionnel du Royaume dans son contexte africain », s’est-elle réjouie entre deux
changements de tenue.
Le public s’est également délecté du charme et la beauté des tenues traditionnelles africaines et
maghrébines comme les boubous, les dashiki, les gandouras et autres étoffes Kenté, qui ont
donné un goût authentique du raffinement de la mode du continent africain.
De côté des personnalités brésiliennes, l’heure était à l’émerveillement devant la beauté des
tenues proposées, lesquelles retracent l’évolution de la mode en Afrique.
« Nous ne nous attendions pas à recevoir une telle réaction positive de la part du public », a
déclaré à la MAP Neogylda Cosme, présidente du groupe des épouses des ambassadeurs africains
accrédités à Brasilia.
De son avis, ce défilé, réussi à bien des égards, a permis de « faire connaître la diversité de la
mode africaine, mais aussi de rappeler aux Brésiliens, à travers les costumes présentés, que
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l’Afrique est un continent composé de plusieurs pays, ayant leurs habitudes et leurs spécificités
vestimentaires ».
Ce défilé a également une signification particulière car il a permis de montrer la richesse de
l’Afrique à travers la mode et a célébré la femme et sa journée mondiale, a poursuivi l’épouse de
l’ambassadeur de l’Angola au Brésil.
En plus de sa vocation de vitrine sur la culture diversifiée et multi-facettes de l’Afrique, ce défilé
a associé l’utile à l’agréable en ce sens que la totalité des fonds récoltés lors de cet événement
seront reversés à plusieurs projets à caractère social dans le District Fédéral.
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Conclusion
Ce travail nous a élucidé que le concept du patrimoine immatériel demeure un concept large et
flou et qui n’est pas encore bien pris en charge par les différents organismes concernés. On ne
peut nier que le Maroc a pris l’initiative de préservation, de gestion et de valorisation du
patrimoine immatériel sous l’égide de l’Unesco en vue de bénéficier de son rôle primordial dans
le développement socio-économique du pays.
Notre travail nous a donc permis de comprendre et s’approfondir dans l’analyse de ce trésor qui a
été ignoré et marginalisé depuis toujours.
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