IDR Tristan Ozuch-Meersseman
IDR Tristan Ozuch-Meersseman
Tristan OZUCH-MEERSSEMAN
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1 Introduction
L’analyse géométrique est un domaine très actif des mathématiques qui se situe à l’interface de la géométrie, de l’analyse et
de la topologie. Cette spécialité est principalement représentée en géométrie riemannienne, mais ses techniques sont aussi
importantes en géométrie moins "lisse" (finslérienne, métrique) ou plus "lisse" (complexe, kählerienne).
On peut résumer ce qui relève de l’analyse géométrique comme étant l’étude des tenseurs issus de la géométrie rieman-
nienne (ou leurs généralisations) grâce à des techniques d’analyse.
Les techniques d’analyse géométrique ont aussi de nombreuses applications en physique (notamment en relativité géné-
rale), dans d’autres domaines des mathématiques comme la topologie ou certains aspects de la géométrie algébrique.
L’objectif de la géométrie riemannienne est actuellement de comprendre les relations entre la géométrie locale ou même
infinitésimale d’un espace (par exemple, ses différentes notions de courbures) et sa topologie.
Dans cet exposé, nous allons nous focaliser sur un aspect important de l’analyse géométrique : l’analyse des "singularités".
Le terme est imprécis car il aura un sens différent dans chaque cas, mais l’idée est toujours la même : une singularité
correspond à une perte de régularité ou l’explosion d’une quantité géométrique donnée.
Les aspects de l’analyse des singularités présentés seront à chaque fois accompagnés d’exemples de théorèmes adaptés à
l’étude de deux classes d’objets importants de l’analyse géométrique :
Les variétés d’Einstein qui sont des objets statiques, solutions d’une équation "elliptique", et les flots de Ricci qui sont des
objets dynamiques (des flots géométriques), solutions d’une équation "parabolique".
g : x ∈ M 7→ gx ∈ Sym2++ (Tx M ),
où Sym2++ (Tx M ) est l’ensemble des formes bilinéaires symétriques définies positives sur Tx M l’espace tangent à M en x.
Cela permet de définir une distance et des angles sur la variété.
Moralement, cela signifie que notre variété est en tout point infinitésimalement euclidienne : à cette échelle, les distances
viennent d’un produit scalaire. Plus précisément, on définit les longueurs de courbes comme dans le cas euclidien en remplaçant
la norme de la vitesse |γ 0 (t)| par la norme infinitésimale induite par gγ(t) au point concerné :
La longueur L(γ) d’une courbe γ est donnée par :
Z 1 q
L(γ) = gγ(t) (γ 0 (t), γ 0 (t))dt,
0
où γ 0 est la dérivée de γ.
La distance entre deux points est alors définie comme l’infimum des longueurs des courbes reliant ces points entre eux.
Cette définition d’espace riemannien généralise la notion de surface lisse dans l’espace muni de la distance induite par les
courbes contenues dans la surface elle-même. Cela leur donne une structure d’espace métrique qui nous intéresse.
Remarque 1.1. En fait, les deux notions sont équivalentes, d’après un théorème de Whitney n’importe quelle variété rieman-
nienne peut être plongée isométriquement dans un espace euclidien de dimension assez grande.
Définition 1.2. Le tenseur de courbure est un objet géométrique sur la variété noté Rm tel que si X, Y et Z sont des champs de
vecteurs, Rm(X, Y )Z en est aussi un.
C’est moralement la hessienne de la métrique x 7→ gx : dans de bonnes coordonnées locales une métrique à courbure bornée
se comportera comme une fonction C 2 .
Plus précisément, en coordonnées géodésiques (xi )i centrées en 0, dans une base (ei )i de l’espace tangent, la métrique s’écrit,
comme une matrice :
X
g(x)i,j = δi,j + g(0)(Rm(ei , ek )el , ej )xk xl + o(|x|2 )
k,l
δi,j correspondant à la matrice identité. Cette quantité s’annule exactement quand l’espace est localement euclidien (plat), le
tenseur de courbure mesure à quel point la variété que l’on étudie n’est pas "plate".
Ce tenseur comporte en un certain sens trop d’information : imposer des conditions sur ce tenseur de courbure correspond
souvent à des cas qui ne peuvent apparaître ou qui sont suffisamment peu nombreux pour se réduire à des espaces évidents
bien connus. Par exemple, supposer ce tenseur constant ne laisse le choix qu’entre trois géométries bien connues :
2
1. Hyperbolique si la courbure est négative.
2. Euclidienne (ou plate) si la courbure est nulle.
3. Sphérique si la courbure est positive.
Définition 1.3. Le tenseur de courbure de Ricci notée Ric est, une forme bilinéaire symétrique (tout comme la métrique g)
définie comme la trace du tenseur de courbure. C’est donc une moyenne de l’information contenue dans le tenseur de courbure.
Ce tenseur peut être interprété comme le laplacien de la métrique :
En coordonnées locales dites "harmoniques", il prend la forme :
1
Ric = − ∆g + Q(g, ∂g),
2
où Q est quadratique en ∂g.
A partir de la dimension 4, une courbure de Ricci constante (condition d’Einstein) correspond à une large classe de variétés.
Ces métriques peuvent même dégénérer en des espaces qui ne sont plus des variétés riemanniennes.
La courbure de Ricci est aussi une quantité intéressante par le fait qu’en plus de contrôler la géométrie d’une variété, elle
contrôle aussi l’analyse qui se fait dessus :
Une borne inférieure (au sens des formes bilinéaires symétriques) du type Ric ≥ λg pour λ ∈ R implique que les volumes
des boules de rayon r ont un comportement contrôlé par celle d’un espace de courbure constante qui est selon le signe de λ une
des trois géométries sphérique, hyperbolique ou plate.
Du point de vue analytique, cela implique que les espaces ayant une borne inférieure sur leur courbure de Ricci sont "dou-
blants" et qu’il est donc possible d’utiliser la plupart des techniques classiques d’analyse harmonique.
Définition 1.4. La courbure scalaire notée R est un scalaire défini comme la trace de la courbure de Ricci. C’est une moyenne
de la courbure de Ricci sur ses différentes directions.
La courbure scalaire contrôle le volume à petite échelle (comparé à celui de l’espace euclidien) :
Ric(g) = λg.
Cette équation vient de la physique, mais correspond aussi à une condition naturelle à rechercher sur une métrique. Re-
chercher un comportement donné sur le tenseur de courbure entier qui a une grande rigidité ne correspond qu’à très peu de
géométries. Pour la courbure scalaire, c’est le contraire, c’est une condition très souple et donne donc beaucoup solutions, sou-
vent trop pour être étudiées. La situation intermédiaire de la courbure de Ricci constante apparaît comme bien plus intéressante.
En dimension 2, toutes les courbures se confondent et toute surface admet une métrique d’Einstein dite canonique.
Théorème 1.2. Etant donnée une surface fermée Σ, il existe une métrique à courbure constante sur la variété dont le signe ne
dépend que de la topologie de la surface Σ.
Notons γΣ le genre de Σ (le nombre de trous dans la surface) on a plus particulièrement :
1. Si γΣ = 0, alors il existe une métrique g de courbure positive sur Σ. C’est le cas de la sphère.
2. Si γΣ = 1, alors il existe une métrique g de courbure nulle sur Σ. C’est le cas du tore.
3. Si γΣ = 2, alors il existe une métrique g de courbure négative Σ. C’est le cas des surfaces à au moins deux trous.
Remarque 1.3. En dimension 3 et 4, il existe des contraintes topologiques grâce auxquelles on sait que certaines variétés diffé-
rentielles ne peuvent pas être équipées de métriques d’Einstein. Le problème est ouvert en dimension supérieure à 5, on ne sait
pas à quel point la condition d’Einstein est restrictive.
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Du point de vue variationnel, ces métriques sont des points critiques de l’action d’Einstein-Hilbert :
Z
EEH (g) = R(g)dvol(g).
M
Mais aussi des minimiseurs d’autres quantités intégrales, normes L2 de différentes courbures.
Comme la courbure de Ricci peut être interprétée comme le laplacien de la métrique, c’est une équation parabolique (à
difféomorphismes près) analogue par exemple à l’équation de Laplace,
∆u = 0,
Idées de preuve 1. C’est une conséquence des différents théorèmes de régularité elliptique.
∂t gt = −2Ric(gt )
∂t g = ∆g + Q(g, δg)
C’est en fait la version parabolique de l’équation Ric(g) = 0, exactement comme l’équation de la chaleur, ∂t u = ∆u, est la
version parabolique de l’équation de Laplace, ∆u = 0, et est le flot de gradient de l’énergie E(u) (c’est-à-dire le flot normalisé
qui fait diminuer cette quantité à la plus grande vitesse).
Vue comme une sorte d’équation de la chaleur, on s’attend à ce que cette équation d’évolution ait de nombreuses bonnes
propriétés et "améliore" la géométrie de notre espace au cours du temps et converge vers une métrique "idéale". En particulier,
l’objectif initial était vraisemblablement la construction de variétés d’Einstein comme l’équation de la chaleur peut être utilisée
pour construire des fonctions harmoniques.
Cette équation peut être vue comme une équation de diffusion sur la métrique couplée avec un terme Q(g, δg) quadratique
en ∂g.
Les différentes courbures ont aussi des évolutions similaires, avec un terme de diffusion et un terme quadratique (qui crée
des singularités) :
∂t Rm = ∆Rm + Q̃(Rm)
Proposition 1.5. Soit (M, (gt )t ), un flot de Ricci sur un intervalle [a, b]. La variété (M, gt ) est analytique pour tout t > a, peu
importe la régularité initiale. (la métrique est lissée)
Idées de preuve 2. C’est une conséquence des différents théorèmes de régularité parabolique.
gt = (1 − 2λt)g0
On peut donc considérer les métriques d’Einstein comme des points fixes du flot de Ricci à changement d’échelle près.
Remarque 1.7. Les métriques courbées positivement se contractent jusqu’à disparaître, les courbées négativement s’expandent
et celles ayant une courbure de Ricci nulle sont de vrais points fixes du flot.
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1.4 Convergence de Gromov-Hausdorff
Définissons la notion de convergence adaptée aux espaces métriques : la distance de Gromov-Hausdorff.
Définition 1.7. Soit A1 = (X1 , d1 , p1 ) et A2 = (X2 , d2 , p2 ) des espaces métriques pointés (pi ∈ Xi ). On définit dGH (A1 , A2 ), la
distance de Gromov-Hausdorff entre les deux espaces métriques pointés comme :
où dB
H est la distance de Hausdorff sur B et où les inf sont pris sur les B = (X, d, p), espace métrique pointé et fi : Ai → X des
plongements isométriques de (X1 , d1 ) et (X2 , d2 ) dans (X, d) tels que fi (pi ) = p
Remarque 1.8. On peut minimiser sur X = X1 t X2 .
Cette définition très abstraite définit une distance entre espaces métriques à isométrie près. Elle préserve peu de structure,
par exemple, n’importe quel espace métrique compact peut être approché par des espaces métriques sur des ensembles finis.
Cependant, elle a de très bonnes propriétés de compacité : sous des hypothèses très faibles, il est possible de s’assurer
qu’une suite d’espaces métriques pointés admet une sous-suite convergente vers un nouvel espace métrique. Par exemple pour
les variétés riemanniennes à courbure de Ricci minorée, on a :
Théorème 1.9 (Gromov, 1981). Soit (Min , gi )i∈N une suite de variétés de dimension n satisfaisant :
1. La courbure de Ricci de gi est uniformément minorée,
2. Le diamètre de (Mi , gi ) est uniformément majoré.
Alors, il existe une sous-suite qui converge vers un espace métrique (X, d) au sens de Gromov-Hausdorff.
C’est une notion centrale dans l’étude des singularités : étant donnée une suite de variété qui devient singulière, il sera
possible (sous des hypothèses) de prendre une (sous-)limite convergeant vers un espace dit "singulier". Nous verrons aussi
que c’est cette distance qui donne tout son sens au procédé d’éclatement et qui nous permettra de donner un comportement
asymptotique de la formation de singularités. La question sera toujours : quelle peut être la structure de (X, d) suivant les
propriétés satisfaites par les (Min , gi ).
1.5 Singularités
Parlons enfin de ce que l’on entend par "singularité". C’est un concept assez vague qui correspond toujours, à une perte de ré-
gularité d’une variété ou l’explosion d’une quantité géométrique (courbure) ou encore à ce que l’on appellera un effondrement
local :
Quand la courbure n’est pas bornée : [Top]
Quand le volume n’est pas minoré (on dit que la variété "s’effondre") : [Top]
Les singularités apparaissent dans les deux types de problèmes présentés jusqu’ici, statiques et dynamiques.
Leur étude est importante, la connaissance des singularités possibles et leur mode de formation permet d’avoir plus d’infor-
mations sur le comportement d’un flot ou de compléter l’ensemble des minimiseurs (ou points critiques) d’une fonctionnelle
par une classe d’espaces plus larges qui permettent de mieux comprendre ce qui peut dégénérer.
Nous allons voir qu’il y a plusieurs manières de faire face à ces complications dans les cas qui nous intéressent. Si au début
d’une théorie, on choisit souvent d’éviter les singularités, il est possible, en les analysant plus précisément, de comprendre leur
mode de formation et parfois même de résoudre certaines de ces singularités.
On peut penser à l’étude des singularités comme une sorte de formulation faible (au sens de l’analyse de EDP) de problème
géométriques.
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2 Éviter les singularités
La plupart des premiers théorèmes dans l’étude des flots géométriques ou minimiseurs de certaines fonctionnelles corres-
pondent aux cas où des singularités n’apparaissent pas. Donnons quelques exemples :
2.2.1 En dimension 2
En dimension 2, le flot de Ricci n’a pas de singularité (à part des temps d’extinction où la métrique devient uniformément nulle
sur la variété), et fait évoluer n’importe quelle métrique sur une surface fermée vers la métrique de courbure constante de sa
classe conforme, cela donne une nouvelle preuve de l’uniformisation des surfaces.
où g 0 est une métrique de courbure constante égale à 1. On sait alors que (M, g 0 ) est un quotient de la sphère unité. En particu-
lier, M est difféomorphe à la sphère (ce qui n’était pas connu avant).
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Idées de preuve 4. La démonstration repose sur le fait que certaines inégalités algébriques sur le tenseur de courbure sont
préservées par le flot (en particulier la positivité du tenseur de courbure). Ces inégalités empêchent l’apparition de singularité
avant extinction et s’améliorent le long du flot.
En revenant à l’équation satisfaite par la courbure :
∂t Rm = ∆Rm + Q̃(Rm)
On peut montrer que quand la courbure devient grande, le ∆Rm devient négligeable devant le terme quadratique et l’équation
satisfaite se rapproche de celle d’une métrique à courbure constante, et on peut prouver que le rapport du minimum et du
maximum de la courbure tend vers 1.
Les parties hyperboliques de courbure négative deviennent très grosses (de l’ordre de t) et s’allongent en des sortes de cusps
(corne) alors que les parties presque plates ne changent pas d’épaisseur et apparaissent donc très fines [Top]
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3 Étudier la formation des singularités
Une autre manière de s’intéresser aux singularités est de caractériser leur nature et leurs conditions d’apparition.
L’idée pour cela est de trouver un "modèle de singularité" à chaque singularité se formant, c’est-à-dire dégager le compor-
tement de formation de la singularité à son échelle de formation.
Pour dégager ces modèles, l’idée est de "regarder" les singularités à leur échelle d’apparition. Le comportement asympto-
tique sera ce que l’on appellera un modèle de singularité (souvent un objet très particulier).
L’idée est de suivre la singularité grâce à un changement d’échelle adapté à son apparition pour en dégager des espaces
"modèles" pour ces singularités en passant à la limite.
La première étape de ce procédé est de dégager une "échelle caractéristique" de l’apparition de la singularité, cela se fait au
cas par cas, mais on peut par exemple choisir le maximum de la courbure quand la courbure explose, le volume d’un domaine
de la variété quand la variété s’effondre en certains endroits (penser à un cylindre dont le rayon tend vers 0 comme cas typique
d’effondrement).
En observant la variété à cette échelle bien choisie, la quantité choisie reste bornée et parfois il est possible de passer à la
limite et obtenir un comportement asymptotique de la formation de singularité.
Exemple 3.1. Il existe une variété d’Einstein construite par Eguchi et Hanson qui est asymptotique au cône : R4 /Z2 (c’est à dire
4
que (MEH , λgEH , p) → (R4 /Z2 , dR /Z2 , 0) au sens de Gromov-Hausdorff). Elle est de plus de courbure de Ricci nulle. Notons sa
métrique gEH .
Les deux propriétés ci-dessus sont invariantes par changement d’échelle, c’est-à-dire que pour tout λ > 0, λgEH satisfait les
mêmes propriétés.
En faisant tendre λ vers 0, on fait tendre l’espace métrique pointé (M, λgEH , p ∈ M ) vers le cône métrique
4
(R4 /Z2 , dR /Z2 , 0) (c’est la définition du cône asymptotique).
En particulier, une suite de métrique satisfaisant une borne inférieure sur le volume de ses boules unités (à partir d’un
certain rang, elles s’approchent de celles de R4 /Z2 ) et une borne sur sa courbure de Ricci (ici nulle) peut dégénérer vers un
espace singulier.
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Théorème 3.2 ([And], [B-K-N]). Soit (Mi , gi , pi ) une suite de métrique d’Einstein de dimension 4 et de constante d’Einstein
bornée qui converge vers un orbifold (une variété avec éventuellement des singularités coniques), l’espace singulier.
On a de plus la description de la formation des singularités :
Si (Mi , gi , pi ) converge vers (M∞ , g∞ , p∞ ) singulier en p∞ .
Alors, (Mi , gtii , pi ) (où t1i = |Rmi |(pi )) converge de manière lisse vers une variété de courbure de Ricci nulle asymptotique à
un quotient de R\Γ (plat). C’est le modèle de formation des singularités.
C’est-à-dire : la formation de singularités dans une suite de variétés d’Einstein est modelée sur la singularité connue de
métriques de courbure de Ricci nulle asymptotique à un cône plat qui converge vers le cône plat.
Idées de preuve 5. La preuve se fait en éclatant la variété autour d’un maximum de sa courbure. Les conditions du théorème
de compacité des variétés d’Einstein (rayon d’injectivité et courbure bornée) sont alors vérifiées et on peut passer à la limite.
Le côté asymptotiquement plat vient du fait qu’il y a une réelle concentration de la courbure au point qui devient singulier.
Les points à distance finie de la singularité ayant une bien plus faible courbure, la variété éclatée paraît de plus en plus plate à
longue distance.
Le côté Ricci-plat vient simplement du fait que si Ric(g) = λg et gα = αg, alors Ric(gα ) = αλ gα . Comme ici, on fait un
changement d’échelle qui tend vers +∞ (l’échelle choisie est la courbure qui explose), la variété est Ricci-plate à la limite.
Remarque 3.3. Les variétés qui apparaissent dites ALE Ricci-plates ne sont pas classifiées. Connaître toutes ces métriques qui
apparaissent dans de nombreuses situations comme modèles de formation de singularités est un vieux problème très important.
Théorème 3.4 (Cheeger-Naber [C-N]). Soit (Mi , gi , pi )i une suite de variétés pointées de dimension n convergeant vers (X, d, p)
et satisfaisant :
1. −gi ≤ Ric(gi ) ≤ gi
2. voli (B(xi , 1)) > v0 > 0
Alors (X, d, p) est lisse hors d’un sous-espace singulier de codimension au moins 4.
Ce comportement d2 ≈ t entre les distance et les temps est classique dans l’étude des équations paraboliques principalement
lié au fait que, par ce changement, l’équation est toujours satisfaite.
On veut alors, comme dans le cas Einstein, utiliser une propriété de compacité. Les outils principaux pour vérifier les
hypothèses du théorème d’Hamilton sont les fonctionnelles introduites par Perelman en 2002.
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Idées de preuve 6. La preuve est faite par éclatement des singularités à l’échelle de leur courbure. [Top]
L’existence d’une limite vient de l’utilisation des fonctionnelles de Perelman pour lesquelles le flot de Ricci est un flot de
gradient.
Ces fonctionnelles qui contrôlent la géométrie (le non-effondrement en particulier) s’améliorent le long d’un flot de Ricci et
sont invariantes par éclatement parabolique. On obtient grâce à elle un contrôle uniforme sur la suite d’éclatement qui permet
de passer à la limite par le théorème de compacité d’Hamilton. Les limites possibles sont alors celles listées dans l’énoncé.
Remarque 3.6. En dimension plus grande, il n’est pas toujours possible de s’assurer de la possibilité de passer à la limite, quand
c’est le cas, on tombe souvent sur des flots de Ricci particuliers, les solitons de Ricci qui sont des généralisations de variétés
d’Einstein dans le sens où ce sont des points fixes du flot de Ricci à changement d’échelle et difféomorphismes près.
Ils satisfont :
Ric + Hessf = λg.
Une variété d’Einstein aurait Hessf = 0
S’il n’est pas possible de passer à la limite, on peut toujours distinguer le cas où c’est possible ou non et tout de même
obtenir des informations sur la formations des singularités, par exemple, le théorème de pseudolocalité de Perelman affirme
que toutes les singularités possibles ont une fonctionnelle ν assez négative.
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4.2 Singularités du flot de Ricci
Dans le cas dynamique, en plus des suites de flots de Ricci qui peuvent dégénérer, il y a des singularités qui peuvent apparaître
le long d’un même flot.
L’idée est de découper ce cylindre en son milieu et de refermer les deux petits cylindres restant grâce à des "capuchons" bien
choisis. [Top]
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